Le Parti pris des choses de Francis Ponge publier en 1942 est un cours recueil de 32 poèmes qui prend
pour matière les objets les moins impressionnant (galet, cageot, escargots). Le poète semble joué
avec 2 références dans son poème Huître : le dictionnaire est le mode d’emploi qu’il utilise afin de
représenter un objet de façon à mettre en valeur une démarche poétique. Ce poème présente 3
mouvements correspondant aux trois paragraphes en allant de plus en plus de l’extérieur vers
l’intérieur. Comment ce texte permet à la fois de donner une définition minutieuse de l’objet et une
réflexion sur le langage et l’art ?
I L’apparence extérieur (1-8)
II L’intérieur de l’huître (8-14)
III La perle (15-16)
Dès le début, on découvre la description de l’objet dans sa forme extérieur tel qu’il Ligne 1-2
apparait quand on le voit avec l’emploi du mot « apparence ». Ce qui est troublant
pour le lecteur c’est que tout correspond à la simplicité d’un dictionnaire notamment
avec l’emploi du présent de l’indicatif du verbe « être ». Toutefois, dès la ligne 2, on as
l’impression d’un tâtonnement comme si on tenait véritablement en main cette
huître. Tel un scientifique, on appréhende l’objet banal comme quelque chose
d’inconnue. On peut relever un parallélisme de construction qui respecte l’ordre
(préposition article nom adverbe adjectif) cela créer une antithèse opposant le plus au
moins et qui permet d’insister sur une définition qui s’ajuste au fur et à mesure.
La fin de la phrase avec l’expression « brillamment blanchâtre » marque une Ligne 2-3
opposition entre un adverbe noter positivement et un adjectif qui comporte un suffixe
en -âtre qui est péjoratif. D’après le poète, c’est de cette manière qu’on arrive à
exprimer un endroit fantastique à un lieu commun. L’assonance en -a suggère une
dimension presque admirative face à cet objet. Le poète joue sur l’orthographe tel que
blanchâtre et opiniâtrement car cela introduit un élément de personnification comme
si l’huitre était dotée d’un caractère : le mot signifie attacher à ses opinions. Dès lors
on observe un glissement entre une perception objective et une appréciation
subjective. De plus, l’emploi de l’adjectif qualificatif « clos » fait référence à
l’expression Huit Clos qui nous rappelle façon amusante que les valves d’huîtres sont
comparées implicitement à des portes qui refuse de s’ouvrir.
L’emploi de l’adverbe « pourtant » marque un retournement de situation autant que Ligne 3-6
l’évidence de la simplicité qu’il y a à ouvrir une huître. A la manière d’un mode
d’emploi, le pronom personnel « on » permet à chacun de se reconnaitre dans
l’exemple à suivre : « on peut l’ouvrir ». Mais alors même que tout semblait très
simple, il s’avère que l’ouverture semble plus difficile que prévus ce qui créer un
comique de situation. On retrouve la phrase la plus longue qui est une série de verbe
à l’infinitif : « tenir se servir, s’y reprendre ». On note d’ailleurs l’allitération en -r qui
marque la difficulté croissante. D’ailleurs l’emploi de l’adjectif « franc » ajoute une
dimension humoristique car elle représente un couteau utiliser en pleine entrave
autant que l’idée de chercher à surprendre l’huître (comique de geste). L’utilisation de
verbe pronominaux « se servir », « s’y reprendre » marque implicitement l’échec de la
première tentative et des suivantes. Toutefois le texte conserve sa distance langagière
car les actions indiquées par les infinitifs n’impliquent pas une durée limitée. Dès lors
on se prête à un jeu verbal et physique en ayant conscience que tout ne fonctionne
pas et cela créer un décalage. On retrouve une répétition du son [k] (allitération) qui
indique la difficulté de l’entreprise. Par ailleurs la scène est perturbante car on as
l’impression de voir avec les yeux de l’huître. Le poète insiste sur la force mais aussi la
maladresse par la description ainsi que la narration.
Désormais on nous présente l’huitre qui s’abîme « Rond blanc », « sorte de halo ». On Ligne 7-8
as donc l’impression qu’il s’agit d’un combat mené avec l’huitre notamment avec
l’expression « les coups qu’on lui porte ». D’ailleurs l’expression « travail grossier »
désigne également une action difficile laborieuse et une forme de torture qui est
imposé à l’huître. Le lecteur a donc face à lui des images poétiques qui deviennent
circulaire « rond blanc », « halo » qui renvoie à une perception physique céleste et
picturale et imaginaire. Ainsi la réalité et la dimension onirique semble associé et on
assiste à la création d’une image poétique.
Dans le 2eme mouvement on découvre l’intérieur de l’huitre et l’expression « tout un Ligne 9-
monde » semble poursuivre cette imaginaire afin de créer une forme d’admiration. On 11
imagine toutes les possibles situations qui se rattache à l’immensité mais on passe
ensuite au trivial : « à boire et à manger ». Pour autant le poète joue des images et
des expressions qui étaient figées, il joue sur le sens propre et imagés car l’huitre est
comestible si bien qu’on passe de la trivialité à une véritable richesse. D’ailleurs
l’expression sous un firmament désigne de manière cataphorique un paysage associé à
l’immensité et à la beauté du ciel. La matière qu’est évoquée « de nacre » précise la
texture et la beauté de cette espace (métaphore) cette métaphore insiste sur la
dimension céleste créer par la profondeur et le reflet particulier et propre à la nacre
qui donne l’impression de voir à l’intérieur d’une huître un véritable ciel. Le poète
poursuit cette image en divisant le ciel en deux car il évoque les cieux d’en dessus et
les cieux d’en dessous. L’utilisation du verbe « s’affaisser » donne l’impression d’être
pris au piège à travers cette huître métaphorique.
On est renvoyé à un complément circonstanciel de but pour l’expression « une mare » Ligne 12-
qui est associé à la négation et qui forme une déception. On passe d’une dimension 15
aérienne marqué par une beauté esthétique et une élévation à une image
cauchemardesque et presque nauséeuse (allitération en fricative [v] et [f]). L’idée du
poète consiste à tirer de la beauté à partir de ce qui est banal. Francis Ponge utilise un
travail poétique qui se rapproche de la prose poétique. Pourtant la description renoue
avec l’admiration notamment avec le participe passé franger qui est polysémique : « à
mi-chemin entre le bijou et le tissu précieux, ce terme correspond à la richesse ».
Cependant le fait qu’il soit associé à un sachet visqueux créer une forme d’étrangeté
et de bizarrerie qui rend l’huitre encore plus attirante. Ainsi le poète en faisant varier
dans un portrait épidictique l’appréciation fait naître une réflexion sur le goût de
l’observateur. On note la répétition de terme qui renvoie à des limites brouillées qui
font écho au terme « halo », « franger » et « bord ». Le raffinement intérieur s’oppose
au travail grossier précédemment. La description se poursuit de l’extérieur vers
l’intérieur
Le poète aime travailler sur la formation des mots et dans le 3eme mouvement on Ligne 15-
retrouve le terme « formule » qui est employé non pas comme un substantif mais 16
comme un verbe. La formule désigne une petite forme tout comme le poème et
l’objet dont il parle. Ainsi l’expression « une formule perle à leur gosier de nacre »
nous renvoie principalement au mot « gosier » comme si la perle était l’expression la
plus pur de la parole de l’huître. (expression de sa pureté). Le terme formule désigne
le diminutif de « forme » et il s’associe au verbe « s’orner » comme s’il mettait à
distance toute dimension précieuse du langage pour goûter au bonheur de
l’expression poétique. La dernière partie de la phrase fait référence à une fine satire à
la manière des maximes qui introduit une dimension morale elle aussi rejeté comme si
le plus beau dans l’huitre ne devait être qu’observé
En conclusion, ce poème présente les caractéristiques de la prose poétique. On retrouve bien trois
mouvements qui nous font progresser de l’extérieur vers l’intérieur et qui modifie notre perception
d’un objet à priori banal qui devient l’image du travail poétique dont le secret n’est révélé qu’après un
dur labeur. Francis Ponge poursuit l’itinéraire initié par Arthur Rimbaud dans le poème le Buffet en
permettant une nouvelle forme d’émancipation poétique