L'Empire Colonial
L'Empire Colonial
français en Afrique :
métropole et
colonies, sociétés
coloniales,
de la conférence de Berlin (1884-1885)
à la fin de la guerre d’Algérie (1962)
L’Empire colonial
français en Afrique :
métropole et
colonies, sociétés
coloniales,
de la conférence de Berlin (1884-1885)
à la fin de la guerre d’Algérie (1962)
ISBN 978-2-200-63648-7
Sommaire
Les auteurs..................................................................................................................... 9
Partie 1
Les Afriques coloniales de la France
Partie 2
Les grandes politiques coloniales de la France
en Afrique
Partie 3
L’Empire emporté dans les guerres jusqu’aux
indépendances
Bibliographie.................................................................................................................. 249
Les cartes ont été réalisées par Karim Chaïbi, cartographe et doctorant à l’université
Paris 1 Panthéon-Sorbonne (guerre insurrectionnelle et environnement). Auteur de
l’Atlas historique de l’Algérie (2022).
Introduction
« Le second âge
colonial français :
ambitions, moyens
et déceptions »
Pierre VERMEREN
Le premier Empire colonial français, forgé sous l’Ancien Régime, a pour l’essentiel
sombré lors du traité de Paris de 1763, qui a clos la guerre de Sept Ans. Victorieux,
les Britanniques ont mis fin à la domination française sur une grande partie des
Indes et de l’Amérique du Nord. D’une certaine manière, la monarchie française
s’est vengée des Britanniques à la décennie suivante, en aidant les Treize Colonies
d’Amérique à s’émanciper de leur tutelle coloniale, par son entrée dans la guerre
d’indépendance des États-Unis d’Amérique. Puis la France du xixe siècle a com-
pensé cette perte de puissance en se dotant d’un immense empire africain, que l’on
qualifiait encore de « nouvelle France » – comme la Louisiane de jadis –, au sujet de
l’Algérie au milieu du xixe siècle.
Du premier âge colonial, il ne restait à travers le monde que des possessions presque
vides (la Louisiane à l’ouest du Mississippi) ou insulaires (les « îles à sucre »), que
la Révolution et l’Empire ont continué à perdre ou à brader : Saint-Domingue, la
Louisiane, l’île Maurice (ex-de France) et les Seychelles. Si les intérêts maritimes
et coloniaux français, depuis le xviie siècle, se sont surtout consacrés à l’Asie et aux
Amériques, qu’en reste-t-il au début du xixe siècle ?
D’abord, les quatre vieilles colonies de la Martinique, de la Guadeloupe, de la
Guyane aux Amériques, et celle de la Réunion (ex- Bourbon) à proximité de
l’Afrique dans l’océan Indien. Cette île est au début du xixe siècle la seule véritable
colonie française en Afrique. Outre certains archipels, les échelles du Levant en
Méditerranée, et les cinq comptoirs que la France a conservés aux Indes, marins et
marchands français utilisent certains comptoirs en Afrique : les îles de Saint-Louis et
Gorée au Sénégal, la colonie de Fort-Dauphin au sud de Madagascar, qui comptent
quelques centaines de Français chacune ; des micro-territoires à bail en Algérie pour
12 | L’Empire colonial français en Afrique : métropole et colonie… ■
colonial français1. Cet empire, qui n’a jamais été industrialisé ni véritablement déve-
loppé en dehors d’une poignée de grands ports, est resté à l’écart des circuits du
développement industriel, et son pouvoir d’achat est resté infime par rapport aux
puissances industrielles rivales de la France.
Cette phrase de Ferry était un argument de promotion de la politique coloniale.
Mais elle a été perpétuée par la vulgate économique marxiste du xxe siècle, promue
par Lénine. Celle-ci a imposé jusqu’à nos jours l’idée que la colonisation était un
effet de la révolution industrielle, l’Europe étant à la fois en recherche de matières
premières et voulant écouler ses produits industriels. Bien des contre-exemples,
comme le développement industriel de l’Allemagne, ont démontré le contraire.
1. Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce, Paris, Albin Michel, 1984.
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À tel point qu’en dépit de son gigantesque empire africain constitué en un siècle
– 12 millions de km2 –, la France, ses banquiers et ses industriels, ne se sont guère
intéressé à lui jusqu’aux années trente, préférant investir en Russie, aux États-Unis,
en Amérique latine ou dans l’Empire ottoman. La carte des investissements français
dans le monde ne se superposait nullement à celle de l’empire colonial. Celui-ci
ne possède en 1913 que 10 % des investissements extérieurs français, dont 61,5 %
pour la seule Afrique du Nord.
Pourtant, la France s’est appropriée près de 40 % du continent africain, ce qui
représente 88 % de la « plus grande France », expression en forme de slogan poli-
tique forgée dans l’entre-deux-guerres. L’empire comptait alors au total – métro-
pole incluse – 13,5 millions de km2. Mais ce gigantisme est en partie illusoire car
ces immensités africaines sont sous-peuplées (45 millions d’habitants à la veille de la
Seconde Guerre mondiale), avec une moyenne de 3,3 habitants au kilomètre carré,
très pauvres de surcroît. Moins de 5 % des habitants (probablement 3 %) y ont
accès à un niveau de vie proche de la métropole – dont le gros million d’Européens
d’Afrique du Nord. En outre, la France possède plus de quatre millions de km2 de
Sahara, très marginalement exploités – rappelons que le pétrole n’a jamais coulé
dans l’Empire colonial français jusqu’en 1957, dans le désert algérien et en pleine
guerre d’Algérie –, sans que les huit millions de kilomètres restants, en majorité
composés de brousses sèches et de forêts tropicales ne le soient beaucoup plus.
Mais quel est dès lors l’enjeu de cet empire colonial pour la France ? La croissance
démographique de la France étant inexistante sous la Troisième République – le
pays compte 40 millions d’habitants, Alsace comprise, en 1870, et 39 millions
en 1945 –, on ne peut attribuer à l’empire une fonction démographique qu’il ne
possède pas, si ce n’est de fournir des soldats en cas de guerre mondiale, ce qui a été
débattu au Parlement à la veille de 1914, puis mis en œuvre par l’armée. L’Afrique
a fourni 3,8 % des effectifs combattants de l’armée française dans la Grande Guerre.
À l’époque coloniale, aucun territoire d’Afrique ne fournit – Grande Guerre mise
à part – de main-d’œuvre à la métropole, à l’exception tardive de l’Algérie et du
Maroc dans la première moitié du xxe siècle. À la veille du déclenchement de la
guerre d’Algérie, en 1954, la métropole abrite 280 000 travailleurs coloniaux tem-
poraires sur son sol, presque tous célibataires, soit 200 000 Algériens, aux deux tiers
Kabyles, et 80 000 Marocains, le plus souvent Chleuhs (Berbères du Sud). Le reste
est négligeable, à l’exception de quelques milliers d’étudiants en formation après
1945.
En dehors des deux guerres mondiales du xxe siècle, la France n’a donc jamais
vraiment compté sur son empire : ni pour des raisons financières, ni économiques
ni démographiques. Cet ouvrage démontrera en outre que la France n’a jamais
vraiment eu de doctrine coloniale. Rares sont les responsables de la Troisième
République qui ont formulé une doctrine coloniale française, à l’instar de Paul
■ Introduction | 15
2. Paul Leroy-Beaulieu, De la colonisation chez les peuples modernes, Paris, Guillaumin et Cie, 1874.
3. Georges Hardy, La Politique coloniale et le partage de la terre au xixe et xxe siècles, Paris, Albin Michel, 1937. Et, Le
problème religieux dans l’Empire français, Paris, PUF, 1940.
4. Paul Leroy-Beaulieu, « La situation et le régime de l’Algérie », in L’économiste français, 14 décembre 1896.
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Après avoir évoqué les idées économiques, Ferry énonce sa proposition liée au projet
civilisateur, devenue célèbre :
« Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles
ont le devoir de civiliser les races inférieures… »5.
Dans la logique qui est la sienne – et c’est en ces termes qu’il répond au député
Camille Pelletan, socialiste républicain proche de Clemenceau, qui dénonce sa poli-
tique coloniale –, l’œuvre de civilisation attachée la colonisation française possède
un degré moral supérieur, car elle ne se limite pas au seul commerce – à la manière
des Britanniques – ; il déclare à ce propos :
« Je vous défie (…) monsieur Pelletan, de soutenir jusqu’au bout votre thèse, qui
repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Vous ne la sou-
tiendrez pas jusqu’au bout, car vous êtes (…) le partisan de l’expansion coloniale
qui se fait par voie de trafic et de commerce. […] (Or) si la déclaration des droits
de l’homme a été écrite pour les noirs de l’Afrique équatoriale, alors de quel droit
allez-vous leur imposer les échanges, les trafics ? ».
Aussi étranges que ces mots résonnent à nos oreilles, et quel que soit le jugement
qu’on leur accorde, l’historien doit être attentif à l’inscription du projet colonial
de « civilisation » dans la tradition révolutionnaire française ; la mondialisation du
commerce et des échanges, perçue comme inéluctable par les dirigeants et représen-
tants de la République, doit s’accompagner selon Ferry d’une dimension politique
et civilisationnelle6 pour l’humaniser, le civiliser. Cette approche présuppose un
fait établi par les contemporains de Ferry, relatif à la hiérarchie morale et technique
des peuples (races) selon leur degré de civilisation. C’est d’ailleurs ce décalage qui
légitime à leurs yeux le projet colonial.
Enfin, Ferry agrémente sa démonstration d’un troisième niveau, à usage européen
interne cette fois, puisqu’il concerne la compétition entre les puissances, ce qu’il
appelle « les idées d’ordre politique et patriotique ».
« Messieurs, dans l’Europe telle qu’elle est faite, dans cette concurrence de tant de
rivaux que nous voyons grandir autour de nous, les uns par les perfectionnements
militaires ou maritimes, les autres par le développement prodigieux d’une population
incessamment croissante (…), la politique (…) d’abstention, c’est tout simplement
le grand chemin de la décadence !
5. À cette époque, le mot « race » est synonyme de « peuple » ; on dit par exemple, la « race française » ou la « race
normande ».
6. Le général Bonaparte est le premier à avoir attribué au mot civilisation – jusqu’alors synonyme de culture,
comme dans « civilisation romaine » – ce signifiant politique nouveau, lors de l’expédition d’Égypte ; une politique
de civilisation est dirigée vers l’extérieur, dans un but « civilisateur ». Elle consiste à œuvrer au rapprochement des
civilisations. Au début du xxie siècle, on emploierait les mots de démocratisation et de mondialisation.
■ Introduction | 17
Les nations, au temps où nous sommes, ne sont grandes que par l’activité qu’elles
développent (…) Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde (…), en
regardant comme un piège, comme une aventure, toute expansion vers l’Afrique
ou vers l’Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c’est
abdiquer, et dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c’est descendre
du premier rang au troisième ou au quatrième. (…) Je ne puis pas (…) envisager une
pareille destinée pour notre pays ».
Ferry insiste ici sur la compétition patriotique et militaire à laquelle se livrent les
puissances européennes ; lancées dans une course au drapeau et aux innovations,
elles optent pour la compétition nationale en matière de colonisation. Celle-ci est
donc aussi « une question de standing », pour reprendre l’expression de l’historien
de l’économie Jean-Charles Asselin. Le postulat est assez simple, il n’y a pas de
grande puissance sans colonies. Face à l’Empire britannique et à l’Empire russe,
la barre est très élevée pour la France. Or à cela s’ajoutent des circonstances mili-
taires et démographiques particulières de la France en Europe, qu’il faut brièvement
évoquer, car elles sont fondamentales pour comprendre la passion coloniale fran-
çaise pour l’Afrique, forgée de toutes pièces en quelques décennies.
Pour les dirigeants de la France du xixe siècle, pour les Républicains en particu-
lier, la colonisation de l’Afrique est la seule possible, du fait de la domination
des Britanniques et des Russes sur l’Asie – à l’exception de la petite péninsule
Indochinoise –, tandis que la doctrine Monroe (du nom du cinquième président
des États-Unis) réserve les Amériques aux Américains. L’Afrique permet donc de
relever plusieurs défis.
Les deux premiers défis sont internes, car ils concernent la démographie française,
ainsi que la capacité du régime républicain à démontrer sa supériorité par rapport à la
monarchie, qui a perdu le premier Empire colonial, et aux Empires de Napoléon Ier
et Napoléon III, qui ont été battus, au prix de concessions territoriales exorbitantes
en Europe et aux colonies résiduelles.
© Armand Colin. Toute reproduction non autorisée est un délit
Les dirigeants français du xixe siècle et leurs successeurs doivent faire avec la démo-
graphie française qui se bloque au xixe siècle. Si la France a été la première puissance
européenne au xviie siècle, c’est aussi parce qu’elle avait la première population des
nations d’Europe. Ces temps sont révolus. Russie, Allemagne, Angleterre, États-
Unis et bientôt Italie sont dans une dynamique nataliste qui laisse peu et à peu la
France en arrière. La colonisation est donc une alternative tentante à la puissance
démographique, même si la France l’a peu utilisée jusqu’à la Première Guerre mon-
diale. Elle pose toutefois un problème particulier : comment coloniser un pays sans
hommes ni femmes… ? Bugeaud et ses successeurs à la tête de l’Algérie ont tout
fait pour rendre la migration en Algérie désirable aux Français : mais rien n’y a fait,
les Français étant aisés au xixe siècle, tandis que la baisse de leur natalité permet de
conserver intactes leurs propriétés agricoles acquises à la Révolution. Face à une
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immigration marginale issue de métropole, qui ne peut en aucun être comparée aux
dizaines de millions de Britanniques et d’Allemands qui s’embarquent au même
moment pour l’Amérique ou pour les « pays neufs », le pouvoir colonial à Alger
invente la politique migratoire française : il fait savoir aux paysans siciliens, maltais,
andalous ou du Mezzogiorno, que l’Algérie est ouverte, et que métiers et terres
les y attendent. Puis il naturalise leurs enfants nés en Algérie, décision prise en
1884. Cette politique est transférée quelques années plus tard en métropole pour
les mêmes raisons.
La France coloniale établit avec difficultés une colonie de peuplement européen
en Algérie, et elle sera incapable de reproduire ce modeste modèle. En dehors de
l’Algérie urbaine et littorale, peu de véritables villes européennes émergent dans
l’empire, et plus on s’éloigne de la métropole, plus le peuplement européen est
faible et son maillage lâche. Au Maroc, la population se répartit dans 14 villes euro-
péennes construites à dessein par Lyautey, mais seule Casablanca – voire Rabat – est
un véritable foyer de peuplement. En Tunisie, l’essentiel des Européens résident à
Tunis, et en Afrique subsaharienne, Dakar est une exception urbaine, tardivement
rejointe par Abidjan. Outre la Réunion, seule Madagascar est un peu à part : elle
accueille autant de Français que le reste de l’Afrique subsaharienne française, ou
que l’Indochine. Mais 50 000 Français sur un territoire plus grand que la France,
cela reste étriqué. Presque partout, la colonisation française est administrative et
militaire ; elle impose de s’entendre avec les chefs locaux dits indigènes, car ce sont
eux, une fois passé le temps de la « pacification », qui tiennent et gouvernement de
fait les populations. Par nécessité, la colonisation française débouche sur un accom-
modement avec les élites locales (ou nationales comme au Maroc) : rien à voir de ce
point de vue avec l’Amérique du Nord ou l’Australie.
La faible démographie africaine d’alors rend ce type de colonisation française pos-
sible. Quand les Français débarquent à Alger en 1830, le pays compte trois millions
d’habitants. La Tunisie un million, le Maroc tout au plus cinq en 1912. Vers 1900,
Madagascar comptait deux millions d’habitants, et à la même époque, toute la
population d’Afrique de l’Ouest, Nigeria et Gold-Coast (ex-Ghana) compris, comp-
tait trente millions d’habitants. L’Afrique est donc un champ d’expansion d’autant
plus aisé pour la France coloniale, que les immensités sahariennes et steppiques,
ou même la forêt équatoriale, sont extrêmement peu peuplées, souvent bien moins
qu’un habitant par kilomètre carré.
Sur ce continent peu peuplé, la France entend imposer sa marque avec les moyens
dont elle dispose. Mais l’idée de Ferry et des Républicains n’est pas seulement de
venger les défaites militaires françaises de 1814 et 1870. C’est d’abord de prouver
la validité du régime républicain aux yeux des Français, et de la majorité paysanne
attentiste, qui reste à convaincre que la république fera mieux que les régimes poli-
tiques antérieurs. La monarchie et les deux empires ont perdu leurs conquêtes entre
1763 et 1870. La république saura-t-elle à la fois reprendre l’Alsace-Lorraine et
■ Introduction | 19
constituer un empire colonial digne d’une grande nation européenne ? Telle est
la question posée et assumée d’un bout à l’autre par les dirigeants de la Troisième
République de 1870 à 1940. Si son effort suprême a été la victoire sur l’Allemagne
dans la Grande Guerre, le régime a en parallèle accordé une grande attention à cet
empire qu’il a forgé, conservé, agrandi et qui finalement vient à son secours par
deux fois, en 1914 et en 1940. Face aux régimes qui l’ont précédée, la république
a tenu bon.
Les deux autres défis posés aux dirigeants français sont externes. Ils ne peuvent plus
faire la guerre en Europe, car les coalisés de 1815 d’une part, puis les Allemands
après 1871 de l’autre, interdisent tout mouvement sur ce continent. Or, pour rester
une grande puissance militaire et, après la défaite de 1870, préparer la revanche, la
France doit trouver du champ hors d’Europe. Paul Leroy-Beaulieu, qui comman-
dait l’armée du Nord en 1870, a remarqué que les unités françaises qui ont résisté
lors de cette guerre, sont celles qui avaient connu le feu en Afrique. La colonisation
militaire de l’Afrique est une école de la guerre et du commandement à inventer,
aventure dans laquelle se lance sans rechigner la Troisième République en dévelop-
pant les points d’ancrage hérités des régimes précédents. Jusqu’à la guerre d’indé-
pendance algérienne au xxe siècle, l’Afrique du Nord devient la terre du « baroud »
de toutes les promotions d’officiers saint-Cyriens – mais aussi des polytechniciens –
qui choisissent « la Coloniale », au moins pour leur premier stage, ou leur première
affectation. Comme l’obsession des autorités françaises est de préparer la revanche
jusqu’en 1914, puis de se préparer à la vengeance allemande dans l’entre-deux-
guerres, l’Afrique coloniale joue le rôle de terre d’entraînement et de base arrière
pour la guerre en Europe.
En outre, la France n’a pas les moyens de lutter contre la Grande-Bretagne, la
première puissance maritime et économique mondiale, de sorte qu’elle doit à la fois
ménager cet allié potentiel en cas de guerre sur le continent, et ne pas la défier : d’où
l’importance et la possibilité de l’expansion continentale africaine, tandis que la
puissance britannique est concentrée sur la route des Indes et l’océan Indien. D’où
© Armand Colin. Toute reproduction non autorisée est un délit