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Débat sur le Polythéisme et Monothéisme Égyptien

Le document traite de la complexité de la religion égyptienne antique, oscillant entre polythéisme et monothéisme, avec des égyptologues ayant des opinions divergentes sur la nature de ces croyances. Les manuels scolaires égyptiens reflètent cette ambivalence, certains présentant un monothéisme caché derrière le polythéisme, tandis que d'autres insistent sur la multiplicité des divinités. La figure d'Akhenaton est souvent utilisée pour illustrer cette transition vers un monothéisme, bien que son échec à imposer cette réforme soit également souligné.

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Débat sur le Polythéisme et Monothéisme Égyptien

Le document traite de la complexité de la religion égyptienne antique, oscillant entre polythéisme et monothéisme, avec des égyptologues ayant des opinions divergentes sur la nature de ces croyances. Les manuels scolaires égyptiens reflètent cette ambivalence, certains présentant un monothéisme caché derrière le polythéisme, tandis que d'autres insistent sur la multiplicité des divinités. La figure d'Akhenaton est souvent utilisée pour illustrer cette transition vers un monothéisme, bien que son échec à imposer cette réforme soit également souligné.

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CEDEJ - Égypte/Soudan

Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales

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Table des matières


Plan
Plan détaillé Texte intégral 1 - La religion égyptienne antique 2 - L’Égypte chrétienne Notes
de bas de page
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Chapitre V. Religions
p. 111-128

Texte intégral
1 - La religion égyptienne antique
Les égyptologues sont très partagés au sujet de la nature de la religion égyptienne. Tous
reconnaissent son caractère polythéiste mais alors que certains (Breasted, Maspero) voient
dans celui-ci l’essence des croyances égyptiennes antiques, d’autres (Daumas, Erman,
Morenz, Sauneron) évoquent l’existence d’un noyau monothéiste caché derrière la
multiplicité des divinités. Ainsi Serge Sauneron écrivait :
« ... Les indices sont nombreux qui montrent que les croyances religieuses étaient infiniment
plus unifiées, dans l’esprit des Égyptiens, que ne le laisserait supposer l’infinie diversité des
formes et des noms divins. D’abord, et depuis une époque très ancienne, se décèle une
tendance constante à réunir en une seule divinité les noms et les fonctions de deux ou trois
dieux initialement différents. C’est déjà montrer que l’âme égyptienne, loin de se satisfaire
d’un foisonnement d’entités religieuses ayant chacune sa fonction définie, tend à considérer
que toutes les fonctions divines doivent se trouver réunies dans la personne du dieu principal
de chaque nome. Les dieux des capitales, loin de se juxtaposer en une équipe
complémentaire, comme les dieux de l’Olympe par exemple tendent chacun pour son compte
à l’universalité »1.
Cette discussion se retrouve dans les manuels scolaires égyptiens. Il importe d’en définir les
motifs et les enjeux afin de mettre en évidence les diverses orientations des auteurs.
Un égyptologue non-égyptien peut prendre par rapport à ce sujet la distance nécessaire à une
approche « objective ». Ses sentiments nationaux n’entrent pas en considération. Il peut
éloigner du débat ses convictions religieuses. Son avis, s’il est publié, ne sera dans son pays
critiqué par aucune Église, aucun parti.
Un égyptologue égyptien, chargé de rédiger un manuel est, sur ce point plus que sur tous les
autres, soumis à de fortes influences. S’il parle en tant que musulman, il doit voir et exposer la
religion antique comme totalement impie. Cette myriade de divinités ne peut être jugée
autrement par un croyant convaincu de l’unicité de Dieu et qui répète au moins cinq fois par
jour « il n’est pas d’autre divinité que Dieu ». La condamnation du polythéisme préislamique
de l’Arabie par Muhammad s’appliquera naturellement aussi à ces dieux.
Mais, d’autre part, il importe de donner aux enfants une image glorieuse de leur passé. Ne
peut-on craindre qu’ils se moquent ou qu’ils méprisent des païens idolâtres ? Il faut donc,
pour montrer la supériorité des Égyptiens assimiler la religion antique à une forme de
monothéisme. L’élève admettra facilement que ses ancêtres si glorieux, qui étaient par ailleurs
convaincus de l’existence d’une vie après la mort, ne pouvaient être ignorants ni impies au
point de ne pas adorer un seul dieu. Mais une telle version peut valoir à l’auteur des
remarques des autorités religieuses : certains auteurs habiles sauront établir un subtil
compromis. Akhenaton et sa réforme religieuse imposant le culte d’un dieu unique est un
thème moins risqué qui est donc abordé et développé par la totalité des manuels.
Une exception cependant : PREP 60 A le passe sous silence et se distingue également par une
présentation de la religion antique comme un polythéisme pur :
« Les Égyptiens s’imaginaient leurs divinités sous la forme d’animaux ou d’oiseaux, ils
croyaient que la divinité habitait le corps de ces créatures. (...)
Les rites des Égyptiens se rapprochaient de ce que nous appelons aujourd’hui la magie. De
là vient l’importance des fêtes religieuses et de la classe des prêtres. »
Le texte est clair : le terme de « magie » qui renvoie pour un musulman au monde
démoniaque, suffit à anéantir la valeur des croyances antiques. L’expression « la classe des
prêtres », le silence sur Akhenaton, ainsi que le ton général de l’ouvrage laisseraient penser
que l’on a plutôt affaire à un esprit matérialiste qu’à un esprit religieux strict.
C’est un avis opposé que l’on trouve dans une majorité de manuels. Ainsi lit-on dans PREP
60 B :
« LA RELIGION
1° L’Égyptien craint Dieu. Les anciens Égyptiens croyaient à l’existence d’une divinité
unique, dominant leurs actions, leurs pensées et leur en demandant des comptes. C’est
pourquoi ils craignaient sa punition et ils la suppliaient de toujours les guider dans la bonne
voie.
2° La multiplicité des idoles. Il y a 6000 ans, chaque tribu avait son idole particulière que
l’on estimait protectrice contre le mal et porteuse de bien. Quand vint l’époque du roi Ménès
qui fit entrer sous son pouvoir toutes les tribus vivant dans les provinces de l’Égypte, toutes
les provinces furent unies dans la foi. Elles différaient seulement dans l’établissement des
symboles représentants la divinité unique et ses attributs divins. Ses noms se multiplièrent
avec la multiplicité des provinces, ainsi était-elle appelée Aton dans la ville de ’Ayn Chams,
Ptah à Memphis, Thot à Achmunayn, Amon à Thèbes, Horus à Louxor et Khnoum à Aswan.
3° La doctrine du monothéïsme. Ces multiples idoles n’étaient pas adorées pour elles-mêmes
mais étaient considérés comme des symboles de la divinité unique, aux noms nombreux, aux
attributs multiples et tout ceci constituait les éléments de l’Adoré-de-tous et du Créateur-de-
toute-chose.
4° Le culte des animaux Les anciens Égyptiens adoraient certains animaux. Ces animaux
n’étaient pas sacrés en eux-mêmes mais ils étaient les symboles des qualités par lesquelles ils
croyaient que la divinité les avait caractérisés. Quand le pays s’affaiblit, à l’époque tardive,
les gens s’éloignèrent de leur religion. Après avoir été - à l’origine - de simples symboles de
la divinité, ces symboles en devinrent l’essence. Us furent adorés pour eux-mêmes et pris
comme divinités à la place de Dieu. Quand Us mouraient, Us étaient enterrés avec un faste
éclatant.
5° L’immortalité de l’âme Les anciens Égyptiens croyaient que l’homme, au moment de sa
mort, passait dans un autre monde dans lequel il menait une autre vie. Ils croyaient que cet
autre monde était meilleur que la vie terrestre et c’est pour cela qu’ils s’intéressaient aux
sujets religieux et à la construction de leur sépulture. »
Le titre du premier paragraphe indique d’entrée le sens de l’approche : la crainte envers Dieu
est présentée comme l’une des qualités de l’ancien Égyptien. C’est aussi l’une des qualités du
Musulman ; la traduction littérale du mot « Islam » n’est-elle pas résignation, soumission ?
Les caractéristiques de la divinité décrite sont fort proches de celles du Dieu des Musulmans,
omniprésent, omniscient, omnipotent. L’expression utilisée à la fin du paragraphe (« la bonne
voie ») est réservée aux sujets religieux, indiquant la voie sur laquelle le Musulman supplie
Dieu de le guider.
L’unicité de la divinité antique est affirmée d’emblée comme un fait indiscutable. Vient
ensuite une justification, dont l’argumentation historique est intéressante. Les élèves ont en
effet retenu- le premier chapitre s’y est longuement attardé -que Ménès fut l’unificateur de
l’Égypte. Il suffit donc à l’auteur d’en faire implicitement son unificateur religieux. On peut
alors présenter les dieux locaux comme autant d’aspects du Dieu unique. Cette présentation
est faite sur un ton tellement affirmatif et sûr que l’on a l’impression que les auteurs ont pu
lire dans la conscience de leurs ancêtres. Or la religiosité personnelle de l’ancien Égyptien est
quasiment méconnue. On pourra comparer ce texte avec celui, tout en nuances, de Serge
Sauneron cité plus haut. Le dernier paragraphe, dont l’idée d’ensemble (croyance en l’au-
delà) ne peut être mise en doute clôt l’exposé sur une note plus sûre.
Un manuel de secondaire (SEC A) reprend des idées semblables en les développant plus
longuement :
« La vérité est que les Égyptiens ne vénéraient pas les animaux pour ce qu’ils étaient mais
qu’ils visualisaient en eux la force de Dieu représentée dans des êtres plus faibles.
(...) Comme tant d’autres peuples de la terre et malgré leur foi profonde, les Égyptiens
croyaient en la magie. »
Dans ce premier extrait, l’explication donnée au culte des animaux est la même que dans le
texte précédent et l’on admet couramment que l’on adorait les animaux en tant que
réceptacles de la puissance divine. Les pratiques magiques ne sont toutefois pas passées sous
silence. Le fait que les Égyptiens n’aient pas été le seul peuple à connaître ce travers,
constitue peut-être une excuse. On peut voir également une excuse, un souci de justification,
dans un passage consacré aux divinités égyptiennes, où on lit à propos du culte du soleil :
« Quel péché commettaient-ils en voyant Dieu dans le soleil ? Le prophète Abraham avait
observé la lune et l’avait presque adorée, il avait observé le soleil et l’avait presque adoré. Et
Abraham était prophète, Dieu l’aimait, l’avait instruit et il était dans le droit chemin. »
Les jugements sur les ancêtres se fondent sur la tradition religieuse monothéiste, Abraham
étant un prophète commun aux religions, juive, chrétienne, musulmane. Mais, tout comme
ceux de PREP 60 B, les auteurs de SEC A vont aller plus loin dans leur présentation d’un
« monothéisme égyptien » :
« L’élévation vers le monothéisme
Les Égyptiens se tournèrent particulièrement vers le monothéisme. Ils avaient la certitude que
Dieu était unique et que nul ne lui était associé mais ils ne déclarèrent pas cela en une seule
fois car ils étaient fidèles au passé et chaque province défendait avec acharnement sa
divinité, lai réservant beaucoup de sa fidélité malgré les progrès de la connaissance.
Les Égyptiens passèrent dans leur vie religieuse [et comme eux beaucoup de peuples) par
trois phases :
- la phase de la multiplicité (des divinités...)
- la phase de la prépondérance (de certaines d’entre elles...)
- la phase du monothéisme, stade de la maturité complète de la pensée politique et sociale.
Les gens tendirent vers le monothéisme en toute chose et s’orientèrent vers un dieu unique
n’ayant pas d’associé. Ce penchant se manifesta dans le bouleversement religieux
qu’accomplit Akhenaton, l’un des rois de la xviiie dynastie. Akhenaton croyait à un dieu
unique n’ayant pas d’associé, ayant créé l’univers et tout ce qu’il renferme. Il le voyait dans
le disque solaire envoyant ses rayons aux peuples de la terre, leur apportant la lumière et la
vie. Il ne le symbolisa pas autrement que par cette image, il n’en sculpta pas d’idole et ne lui
ajouta ni compagnon, ni enfant. »
Deux idées directrices guident ce texte. La première montre le monothéisme des Égyptiens
comme une notion qu’ils n’osèrent affirmer de peur de bousculer les traditions. Il est tout à
fait exact que la tradition et même le culte du passé revêtaient en Égypte une importance
capitale. S’il est judicieux d’y faire allusion pourquoi l’oublier à propos d’Akhenaton ? C’est
en partie cet attachement au passé qui est responsable de l’échec du pharaon réformateur. Car,
et nombreux sont les manuels qui oublient de le signaler - certains le niant même -la réforme
d’Akhenaton échoua. Parmi les raisons de cet échec figure la difficulté de faire admettre un
changement aussi radical.
« Comment le paysan pouvait-il renier le dieu de sa ville, et la nation briser avec une tradition
multiforme où tous, corps et âmes, trouvaient leur compte ? » écrit à ce propos Jean Yoyotte2.
Les textes des manuels ont souvent une tendance que l’on peut juger excessive à assimiler le
peuple égyptien tout entier à Akhenaton3.
La seconde explication tente de dégager une évolution chronologique : les origines, époque
aux dieux multiples sont ainsi suivies d’une époque où certains dieux prennent une
importance particulière. L’aboutissement est le monothéisme. L’auteur voit ainsi une
évolution, un sens à l’histoire religieuse qu’il expose dans une sorte de « spiritualisme
dialectique » dont la fin ultime fut l’accession au monothéisme. Cette « élévation vers le
monothéisme » va de pair avec « les progrès de la connaissance » sans que l’on puisse
discerner lequel des deux éléments est, pour l’auteur, moteur. L’étape finale dépasse
largement le simple domaine religieux puisqu’elle est présentée comme « le stade de la
maturité complète de la pensée politique et sociale » rejoignant ainsi la conception
musulmane selon laquelle religion, politique et société sont intimement liées. La présentation
de la doctrine d’Akhenaton est, elle aussi, fortement influencée par la religion (musulmane)
des auteurs. La formule « dieu unique n’ayant pas d’associé » répétée trois fois en quelques
lignes est celle qu’utilisent les Musulmans dans leur profession de foi, se démarquant à la fois
des cultes polythéiste de l’Arabie antéislamique et du dogme trinitaire du Christianisme. Cette
foi profonde en l’unicité de Dieu se retrouve dans la dernière phrase (« ne lui ajouta ni
compagnon ni enfant ») marquant la différenciation entre le nouveau dieu unique et les autres,
le plus souvent groupés en triades ou encore entre ce dieu et celui des Chrétiens, les
Musulmans ne considérant par le Christ comme fils de Dieu. L’absence d’idoles sculptées
doit également rapprocher le dieu d’Akhenaton de celui des Musulmans qui interdit les
représentations figurées.
Un seul manuel (SEC B) aborde la question du monothéisme égyptien de façon réellement
historique, en s’appuyant sur des textes de l’époque. Sa présentation de la question, claire et
mesurée est la plus proche des sources :
« Les Égyptiens croyaient-ils en l’unicité de Dieu ?
Malgré le nombre tellement grand des divinités, les Égyptiens ont parfois fait mention de
dévotion envers une divinité unique ayant une force supérieure à leurs divinités. On déduit
cela des expressions qu’ils ont gravées sur les pierres ou les pyramides :
1-Dieu grand a créé toute chose lui-même,
2-Dieu est le créateur des âmes dans les ombres, il est l’éternité et demeure pour toujours,
3-La divinité sacrée qui n’a pas d’associé : mention de certains rois des Ve et VIe dynasties,
appliquée à la divinité du soleil,
4-La divinité qui a chassé toutes, les autres, les mène au fouet, les tue et mange leur chair :
citation du règne d’Ounas.
Cependant, de cet, expressions et exemples, on ne déduit pas que les anciens Égyptiens
croyaient en l’unicité de Dieu car la majorité d’entre eux adoraient certains animaux.
Malgré cela on peut dire que le soleil occupait la place la plus élevée parmi les divinités. »
Multitude des divinités et phrases révélant une sensibilité monothéiste : le « mystère » de la
religion égyptienne est ici abordé loin des thèmes partisans, nationaux ou religieux.
Ce sont des thèmes que le manuel de M. Gamal al-Din Mukhtar (de PREP 60 C à PREP 84)
ménage habilement, dans une présentation qui varie peu en un quart de siècle. Le débat y est
placé sur un point qui permet à la fois de ne pas froisser les susceptibilités religieuses et de
montrer les Égyptiens sous un jour favorable. Plutôt que de se lancer dans la discussion
monothéisme / polythéisme, l’auteur met l’accent sur l’importance de la religion :
« La réflexion de l’homme se porta, avant toute chose, sur les forces contrôlant l’univers -
comment le créèrent-elles ? Comment régissent-elles les créatures ? - ainsi que sur
l’interprétation des phénomènes naturels, des caractères des êtres, sur la mort et ce qu’il y a
derrière elle. Le résultat de tout cela fut l’apparition des croyances religieuses qui sont une
chose indispensable dans la vie de l’homme, sans lesquelles il ne peut vivre. De même, la
religion et la civilisation sont liées. La plupart des civilisations furent créées et progressèrent
sous la bannière de la religion. C’est pourquoi il était absolument nécessaire que nous
parlions des croyances religieuses des Égyptiens et de leurs idées concernant la résurrection,
le jugement dernier et l’au-delà, pour faciliter la compréhension des faits de leur
civilisation. »
Cette description de l’apparition des croyances religieuses peut - dans ses deux premières
phrases - paraître assez matérialiste. Les phrases suivantes montrent que telle n’est pas
l’option de l’auteur qui présentait seulement une religion non révélée. Il écrit avec sa foi en un
Dieu qui s’est révélé aux hommes : les croyances antérieures à la révélation peuvent être
présentées comme des réponses aux questions de l’Homme face à l’Univers. Soulignant la
nécessité des croyances religieuses qu’il relie au progrès des civilisations, il montre la place
de choix qu’ont occupé les anciens Égyptiens en ce domaine : l’existence des croyances est
pour lui plus importante que leur nature. Il peut donc présenter sa vision strictement
polythéiste de la religion égyptienne :
« Le plus important à noter à propos de la religion des Égyptiens est peut-être la multitude
des divinités. Elle provient de ce que l’Égypte était, au début de son histoire, divisée en
petites principautés qui subsistèrent après l’unification du pays, sous la forme des provinces
composant le royaume égyptien. Chaque province garda sa divinité locale particulière autour
de laquelle se groupaient les gens, se réfugiant auprès d’elle dans les moments difficiles.
Ainsi nous trouvons une province adorant le faucon, animal qui forçait l’admiration des gens
par sa force sur les oiseaux et par son vol au plus haut des deux, d’où le choix de cet animal
pour symboliser le soleil. Une autre province adorait la vache, bonne et généreuse du lait
qu’elle offre et on la symbolisa par le ciel, qui offre à la terre l’eau des pluies. »
Ce texte mentionne, sans commentaires, la diversité des dieux. Il est suivi du récit de la
légende osirienne, dont une phrase mérite commentaire :
« Horus affronta Seth et Dieu lui fit emporter une victoire éclatante. »
Pourquoi mêler Dieu4 au combat d’Horus (descendant légitime d’Osiris) et de Seth
(usurpateur et assassin d’Osiris) ? Sa mention indique d’abord la divinité bienfaisante : Horus.
Faut-il voir d’autres conséquences à cette intervention de Dieu dans le récit d’une légende
antique ? Il paraît à la fois raisonnable et suffisant de la relier à l’habitude manifestée par
l’auteur de faire intervenir la main de Dieu dans l’histoire de l’Égypte.
Ce dernier exposé de la religion égyptienne est le seul aujourd’hui en cours dans les manuels
historiques. Sa modération, son adaptation aux contingences religieuses et nationalistes ont pu
aider à ce maintien au fil des ans.
2 - L’Égypte chrétienne
L’Égypte est l’un des pays qui fut le plus précocement touché par le christianisme. Selon la
tradition, c’est en effet Saint Marc l’évangéliste qui vint lui-même prêcher la nouvelle
doctrine à Alexandrie. Cette ville devint un foyer de diffusion du christianisme vers tout le
pays et un foyer d’intenses discussions doctrinales. C’est en Égypte qu’apparurent le
monachisme et l’érémitisme comme formes de vie chrétienne. Les persécutions, et surtout
celle menée par Dioclétien en 284, firent dans le pays un grand nombre de victimes. Séparée
de Rome et de Constantinople depuis le concile de Chalcédoine (451), l’Église d’Égypte subit
les vicissitudes imposées par l’Empire jusqu’à l’arrivée des Arabes musulmans en 642. Les
Chrétiens se virent alors accorder le statut de « protégés », avec ses avantages et ses
servitudes et beaucoup se convertirent à l’Islam.
Les Coptes forment aujourd’hui une importante minorité religieuse ; leur évaluation
numérique varie entre trois et huit millions, chiffres suscitant de nombreuses polémiques. A
l’intérieur de cette minorité, la transmission des spécificités religieuses et culturelles fait
figure de nécessité face au prosélytisme musulman ambiant. La famille, le catéchisme et le
cours de religion chrétienne (assuré en théorie dans toute classe comprenant plus de 15 %
d’élèves chrétiens) sont les vecteurs essentiels de cette éducation5.
Dans ce contexte, il est intéressant d’examiner la place qu’accordent les manuels nationaux à
l’histoire de l’Égypte chrétienne et la façon dont ils présentent ces quelques siècles.
Le programme du cycle secondaire n’incluant pas la religion chrétienne, on doit se limiter aux
manuels des cycles primaire et préparatoire.
L’évolution de la longueur du chapitre consacré à ce sujet est différente dans les deux cycles.
En Primaire, un chapitre complet évoque la vie du Christ, la diffusion de son message et la
séparation de l’Église d’Alexandrie, de 1955 jusqu’à une année située entre 1965 et 1968. Le
christianisme ne réapparaît qu’en 1974, depuis, quelques lignes résument à grands traits son
histoire jusqu’à l’arrivée des Musulmans en Égypte. En Préparatoire, le chapitre sur le
Christianisme est présent dans tous les manuels. Il est cependant plus développé dans les
manuels axés sur l’Égypte que dans ceux consacrés au « monde arabe antique ».
Dans les anciens manuels du cycle primaire (PRIM 55 à PRIM 65) la vie du Christ est
racontée aux élèves. Voici celle de PRIM 63/64 qui est tout à fait représentative de l’ensemble
des biographies du Christ publiées dans les manuels d’histoire égyptiens :
« Il y a 1964 ans, naissait le Messie, Jésus fils de Marie (à lui le salut) dans un village appelé
Bethléem, situé au sud de Jérusalem en Palestine, région alors sous la domination romaine.
Quand le gouverneur romain apprit la nouvelle de sa naissance par les miracles qui
apparurent alors, il prit peur et ordonna de tuer tous les enfants âgés de moins de deux ans
parmi ceux qui habitaient Bethléem ou les villages voisins. C’est pourquoi Marie pensa à
s’enfuir avec son fils Jésus en Égypte pour s’y installer jusqu’à ce que le massacre des
enfants prenne fin. Marie resta deux ans en Égypte, pendant lesquels elle alla à Mattariyya,
au vieux Caire et à Asyut. Quand elle apprit l’arrêt du massacre, elle retourna à son village
d’origine nommé Nazareth, au nord de Jérusalem, actuellement situé dans la zone de
Palestine qu’a usurpée Israël. Le Messie et sa mère, Marie, s’installèrent à Nazareth. Il y fut
élevé par des maîtres juifs, il étudia la Torah, livre saint des Juifs, et apprit dans son enfance
le métier de menuisier. Il était un exemple supérieur dans la perfection de sa moralité, son
comportement avec les gens et sa bonté pour les pauvres. Le Messie est appelé « le
Nazaréen » et les Chrétiens sont appelés « Nazaréens » en relation avec la ville de Nazareth.
Quand le Messie atteignit l’âge de 30 ans, il commença à diffuser son message qui est une
invitation à adorer un seul Dieu et à abandonner l’idolâtrie, à l’amour du bien, à répondre à
l’offense par la douceur. Certains Juifs, certains Romains crurent en son message. Le Messie
choisit douze élèves parmi ses fidèles disciples qui avaient été les premiers à croire en lui. Il
les fit venir auprès d’eux et leur enseigna les fondements de la religion chrétienne ; ils le
suivaient où qu’il se rendît. On les appelle « les Apôtres », qui aidèrent par la suite à la
diffusion du christianisme. Il apparut une série de miracles du Messie, tels que la guérison
des malades et la résurrection des morts avec la permission de Dieu.
Mais les Juifs le détestaient et lui résistèrent. Les Romains le détestaient aussi car les
Chrétiens refusaient d’adorer l’empereur romain comme une divinité et les Romains
voulaient qu’ils s’inclinent devant ses statues. Le Messie, les Apôtres et les Chrétiens
rencontrèrent les premiers une violente persécution de la part des Juifs et des dirigeants
romains.
Après que le Messie ait été élevé jusqu’aux cieux en 34, les Apôtres continuèrent à diffuser
son message. »
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Il faut noter que ce récit de la vie du Messie est inspiré du Coran alors que les illustrations qui
l’accompagnent semblent avoir pour auteur un Chrétien.
Tout comme dans le Coran, le Messie est dénommé ’Aysa, alors que les Arabes chrétiens
l’appellent Yasu’. De même, l’absence totale de Joseph est à relier avec la vision coranique
selon laquelle Marie s’isola totalement lorsque l’ange Gabriel (Jibril) vint la visiter. Le Coran
ne mentionne pas Joseph, seuls quelques exégètes le signalent, voyant en lui un cousin de
Marie. Joseph est par contre présent, portant même une auréole sur les illustrations, ce qui
laisse à penser qu’elles sont l’œuvre d’un Chrétien.
La mention de la fuite en Égypte (absente du Coran) peut être interprétée comme une fidélité
à la tradition nationale. Les étapes (Mattariyya, le vieux Caire, Asyut) sont à rattacher à la
tradition égyptienne (copte et musulmane) qui voit dans de nombreux sites d’Égypte des
haltes de la Sainte Famille en exil.
Jésus lui-même est décrit comme un vrai musulman, « sa moralité, son comportement avec les
gens et sa bonté pour les pauvres » sont conformes à son image coranique :
« Je suis un serviteur de Dieu : il m’a remis l’Écriture et a fait de moi un prophète. Il m’a
rendu béni où je me trouve.
Il m’a recommandé la prière et l’aumône tant que je vivrai, et la piété filiale pour ma mère. Il
ne m’a rendu ni oppresseur, ni mauvais. »
Paroles de ’Aysa (Jésus) dans le Coran -
(Sourate XIX - versets 30-33).
Les miracles du Messie, cités par tous les manuels ont une grande importance pour les
musulmans. Ainsi J. Jomier écrit-il6 :
« Un musulman du peuple me disait qu’à la mosquée, lorsque le prédicateur parle de Jésus,
c’est la plupart du temps pour souligner ses miracles. »
C’est un aspect surnaturel de l’existence de Jésus qui oppose le plus Chrétiens et Musulmans :
la fin de sa vie terrestre. Le texte du manuel traduit exprime la conception musulmane : « le
Messie a été élevé jusqu’aux Cieux », faisant écho au Coran :
« Nous (Dieu) les (infidèles) avons maudits pour avoir dit ’Nous avons tué le Messie, Jésus
fils de Marie, l’apôtre d’Allah !’ alors qu’ils ne l’ont ni tué ni crucifié, mais que son sosie a
été substitué à leurs yeux. »
(Sourate IV - verset 156).
Pour les Musulmans, Jésus n’est donc pas mort, ce qui constitue une différence doctrinale
fondamentale par rapport au Christianisme. Notons à propos de l’attitude de ses
contemporains une expression : « la fourberie des Juifs », PREP 60/65 B.
On peut caractériser la représentation de la vie de Jésus donnée par les manuels égyptiens
comme étant musulmane dans sa conception générale et égyptienne par certains détails. La
lecture d’un tel texte doit troubler un enfant chrétien gui n’y retrouvera pas les enseignements
de sa religion. Il n’y trouvera rien non plus de choquant, qui lui permette de s’opposer à ce
texte. On retrouve ici une tendance, dénoncée par les enseignants chrétiens, à présenter de
façon souvent voilée la vision musulmane comme seule valable et seule existante7. La vie de
Jésus entraine beaucoup trop de conséquences religieuses pour que son récit puisse être limité
à un plan historique ; les manuels témoignent en cela de l’importance de la question religieuse
en Égypte.
Après la vie du Christ, les manuels s’intéressent à l’arrivée du Christianisme en Égypte. Saint
Marc est cité par tous les livres ainsi que quelques martyrs coptes, victimes des dures
persécutions infligées par les empereurs. Le monachisme est vu par la plupart des manuels
comme une fuite face à ces persécutions, présentation qui occulte totalement la richesse
spirituelle présentée de telles expériences. La séparation de l’Église copte est comme une
suite aux persécutions romaines et une preuve d’originalité, d’indépendance par rapport à
l’empire romain. La plupart des manuels enchaînent ensuite directement sur un passage à la
gloire de la « libération » musulmane de l’Égypte par les troupes de ’Amr Ibn al-Aç, ainsi
PREP 84 :
« Au moment où les Romains exerçaient la plus violente des persécutions sur ceux dont la foi
n’était pas conforme à la doctrine religieuse officielle de l’Empire, une force arabe nouvelle
s’était constituée au cœur de la péninsule arabique. C’est que Muhammad fils de ’Abd Allah
al-Hachami avait atteint l’âge de 40 ans (en 611 ap. J.C.) et l’esprit descendit sur lui à la
Mecque, annonciateur d’une nouvelle religion, la religion islamique. Le prophète (à lai
bénédiction et salut) apporta le message et combattit pour lai sous l’étendard islamique
jusqu’à ce qu’il gagne chez tous les Arabes de la péninsule comme gagnèrent ses successeurs
dans la diffusion de la foi islamique dans les pays voisins.
’Amr Ibn al-Aç avança jusqu’en Égypte commandant des armées d’Arabes musulmans et les
Égyptiens les accueillirent et les aidèrent contre les Romains jusqu’à leur expulsion de la
patrie en 642. L’Égypte entama alors une page nouvelle de son histoire, comme elle avait
lutté jusqu’à verser son sang pour défendre le Christianisme, elle porta l’étendard islamique
et participa pour la plus grande part à la construction de la civilisation arabe jusqu’à
devenir le cœur du monde islamique et le centre de rayonnement de la civilisation arabe. »
Il doit être assez frustrant pour un Copte de constater la rapidité avec laquelle est traitée
l’histoire de l’Égypte chrétienne et comment sont éludés des faits qui concernèrent, des
siècles durant, la majorité de son peuple8. L’Islam se voit comme l’élément final venant
parfaire la révélation monothéiste, rendant caduc et inférieur tout ce qu’il l’a précédé. Les
manuels se doivent de suivre cette doctrine qui est celle de la majorité de la population.
L’image de la « page nouvelle » que tourne l’Égypte avec l’Islam va tout-à-fait dans ce sens,
oubliant les quelques millions de Coptes attardés sur la page précédente.
En guise de conclusion, le fait suivant, rapporté par Gilles Kepel9 dans son livre « Le
Prophète et Pharaon » met en évidence l’actualité et la portée du problème.
« En comparant le manuel d’histoire de sixième primaire (âge des élèves : 12 ans) entre
1975 et 1976, ’Al-Da’wa’10 remarque que la deuxième édition fait la part trop belle aux
lieux de pèlerinage chrétiens au Moyen Orient par rapport aux lieux saints musulmans. Elle
met cela en rapport avec le fait que la rédaction de la deuxième édition est due à un chrétien
et un musulman alors que la première était le fruit des efforts de trois musulmans et un seul
chrétien. Qui plus est, il est honteux de faire apprendre aux enfants, dont la majorité sont
musulmans, que le sépulcre du Christ se trouve à Jérusalem : telle est en effet la conception
chrétienne, mais non musulmane. »
On trouve dans le rapport de ces faits beaucoup de similitudes avec les réflexions inspirées
par la lecture des chapitres consacrés au christianisme.
*
Notes de bas de page
1 G. POSENER, S. SAUNERON, J. YOYOTTE, Dictionnaire de la civilisation égyptienne,
Paris, F. Hazan, 1970.
2 G. POSENER, S.SAUNERON, J. YOYOTTE, op. cit.
3 Cf. par exemple p.
4 Le mot arabe utilisé est « Allah », « Dieu » des religions monothéistes, distinct de « ilah »,
« dieu », « divinité ».
5 Cf. Dossier du CEDEJ n° 1-1985, Luc BARBULESCO, Les Chrétiens égyptiens
d’aujourd’hui.
6 J. JOMIER, Les grands thèmes du Coran, Paris, Le Centurion, 1978.
7 Rapport sur les livres scolaires en langue arabe imposés aux écoles par le ministère de
l’Enseignement, Anonyme, Le Caire, 1960.
8 L’Égypte semble avoir été en majorité chrétienne jusqu’au xe siècle.
9 G. KEPEL, Le Prophète et Pharaon, Paris, La Découverte, 1984, p. 115.
10 Mensuel de l’Association des Frères Musulmans.
papyrus
Type d'objet
papyrus
Numéro de musée
EA10188,1
Titre
Série : Série : Le papyrus de Bremner-Rhind
Description
Papyrus de Nesmin; feuille 1 avec cols 1-4. Texte hiératique. Les Chansons d'Isis et de
Nephthys sont des cols. 1-17'; 'le rituel d'amener dans Sokar' est cols 18-21; le livre de l'Opep
est le cols 22-32; les 'Noms d'Apep' sont des cols 32-33.
Cultures/périodes
Ptolémée
Date de production
305 av. J.-C. (c'est-à-dire au colophon) (à l'acc. o. à la colophonie)
Trouver un point de recherche
Excavés/déchets de recherche: Thebes (historique - Haute-Égypte)
Afrique : Égypte : Thèbes (historic - Haute-Égypte)
Matériaux
papyrus
Dimensions
Longueur: Longueur: 48,80 centimètres (châssis) (cadre)
Largeur: Largeur: 29,20 centimètres (cadre) (cadre)
Inscriptions
 Type d'inscription: inscription
 Scrit d'inscription: Hieratic
 Traduction d'inscriptions: Titres/épithètes incluent: Père de Dieu; Prêtre
d'Amonrasonther Les titres/épithètes incluent : Dame de la Maison; Sistrum-Player
d'Amun-Ra Les titres/épithètes incluent : le Père de Dieu; le prêtre d'Amonastéotre
Sujet d'inscription
littéraire
Commentaires du conservateur
Nicholson et Shaw, Ancient Egyptian Materials and Technology (Cambridge 2000), p. 238

Les Chansons d'Isis et de Nephthys sont des cols. 1-17'; 'le rituel d'amener dans Sokar' est cols
18-21; le livre de l'Opep est le cols 22-32; les 'Noms d'Apep' sont des cols 32-33.

Traductions de Faulkner dans JEA 22 (1936): 121-40.

Mark Smith, Traversing...


Références bibliographiques
Trismegistos / Portail interdisciplinaire des ressources papyrologiques et épigraphiques
(48496)
Faulkner 1933 / Le Papyrus Bremner-Rhind (Brit. Mus. Non. 10188)
Quirke 1993 / Propriétaires de papyrus funéraires au British Museum (139)
Emplacement
Ne pas être exposé
Condition
Enquête sur les papyrus:
Détails de l'état:
Papyrus
Encre noire
Encre rouge
Dosage: papier brun

Détails du mont:
Sandwich: verre
Fixation: ruban adhésif auto-adhésif

Priorité de l'objet: B
Priorité du mont: A
Condition générale: B

Énoncé de l'état de curation:


juste
Noms associés
Nommé en inscription: Nesmin (crire)
Nommé en inscription: Tasheretentaihet Irtyru (mère)
Nommé en inscription: Padiamunnebnesutbuity (père)
Nom de l'acquisition
Achat par: David Bremner
Acheté auprès de: Alexander Henry Rhind
Date d'acquisition
1865
Département
Égypte et Soudan
BM/Nombre de grands
EA10188,1
Numéro d'enregistrement
.10188.1
ID supplémentaires
Numéro divers: Numéro divers: Cadre.1
Conservation
Traitement
Textes des Sarcophages

Article

de Joshua J. Mark, traduit par Babeth Étiève-Cartwright


publié le 08 mars 2017
Disponible dans ces autres langues: anglais, portugais
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Les Textes des sarcophages (c. 2134-2040 av. J.-C.) sont 1 185 formules magiques,
incantations et autres formes d'écriture religieuse inscrites sur les sarcophages pour aider le
défunt à s'orienter dans l'au-delà. Ils comprennent le texte connu sous le nom de Livre des
deux chemins, qui est le premier exemple de cosmographie dans l'Égypte ancienne,
fournissant des cartes de l'au-delà et la meilleure façon d'éviter les dangers sur le chemin du
paradis. L'égyptologue Geraldine Pinch note que "ces cartes, qui étaient généralement peintes
sur le fond des sarcophages, sont les plus anciennes cartes connues de toutes les cultures" et
que le Livre des Deux Chemins "n'était rien de moins qu'un guide illustré de la vie après la
mort" (15). Le Livre des Deux Chemins n'était pas un ouvrage à part entière, ni même un
livre, mais des cartes détaillées qui correspondaient au reste du texte peint à l'intérieur du
sarcophage.

Cercueil de Khnoum-Nakht
Peter Roan (CC BY-NC-SA)
Les textes sont dérivés, en partie, des textes des pyramides (c. 2400-2300 av. J.-C.) et ont
inspiré l'ouvrage ultérieur connu sous le nom de Livre des morts égyptien (c. 1550-1070 av.
J.-C.). Ils furent rédigés principalement pendant la première période intermédiaire de l'Égypte
(2181-2040 av. J.-C.), bien qu'il existe des preuves qu'ils aient commencé à être composés
vers la fin de l'Ancien Empire (c. 2613-2181 av. J.-C.) et qu'ils aient continué à l'être au début
du Moyen Empire (2040-1782 av. J.-C.). À l'époque du Nouvel Empire (c. 1570-1069 av. J.-
C.), ils furent remplacés par le Livre des morts, qui faisait parfois partie du mobilier funéraire.
Les Textes des sarcophages sont importants à plus d'un titre, mais surtout parce qu'ils
illustrent le changement culturel et religieux entre l'Ancien Empire et la Première Période
Intermédiaire de l'Égypte et qu'ils clarifient l'évolution des croyances religieuses du peuple.
Ancien Empire et Première Période Intermédiaire
L'Ancien Empire d'Égypte est bien connu comme "l'âge des bâtisseurs de pyramides". Le roi
Snéfrou (c. 2613-2589 av. J.-C.) perfectionna l'art de la construction des pyramides et son fils,
Khéops (2589-2566 av. J.-C.), créa la plus grandiose d'entre elles avec la Grande Pyramide de
Gizeh. Khéops fut suivi par Khafrê (alias Képhren, 2558-2532 av. J.-C.) puis par Menkaourê
(alias Mykérinos, 2532-2503 av. J.-C.), qui érigèrent tous deux des pyramides sur le site. Ces
trois monuments étaient entourés de complexes comprenant des temples occupés par le clergé
et des logements pour les ouvriers de l'État qui travaillaient sur le site. Bien que les pyramides
soient universellement admirées de nos jours, peu de gens sont conscients du coût énorme de
ces monuments.

Les Pyramides de Gizeh


Shellapic76 (CC BY)
Pendant toute la période de l'Ancien Empire, les souverains devaient non seulement construire
leurs propres tombes, mais aussi entretenir celles de leurs prédécesseurs. Gizeh était la
nécropole royale des monarques de l'Ancien Empire, mais il y avait aussi le complexe
pyramidal de Saqqarah, un autre à Abusir, et d'autres entre les deux. Toutes ces pyramides
devaient être occupées par des prêtres qui accomplissaient les rituels destinés à honorer les
rois défunts et à les aider dans leur voyage dans l'au-delà.
Les prêtres recevaient des dotations du roi pour réciter les formules magiques et accomplir les
rituels, mais ils étaient en outre exemptés d'impôts. Comme les prêtres possédaient une grande
quantité de terres, cela représentait un manque à gagner important pour le roi. Au cours de la
5e dynastie, le roi Djedkarê Isési (2414-2375 av. J.-C.) décentralisa le gouvernement et donna
plus de pouvoir aux gouverneurs régionaux (nomarques), qui étaient désormais en mesure de
s'enrichir aux dépens du gouvernement central. Ces facteurs contribuèrent à l'effondrement de
l'Ancien Empire vers la fin de la VIe dynastie et au début de la Première période
intermédiaire.
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Les textes des sercophages furent élaborés pour répondre au besoin d'une nouvelle
compréhension de la vie après la mort et de la place qu'y occupaient les gens du peuple.
À cette époque, l'ancien paradigme d'un roi fort à la tête d'un gouvernement central stable fut
remplacé par des nomarques individuels régnant sur leurs provinces respectives. Le roi était
toujours respecté et les impôts envoyés à la capitale, Memphis, mais les nomarques, et le
peuple en général, jouissaient d'une plus grande autonomie qu'auparavant. Ce changement de
modèle de gouvernement permit une plus grande liberté d'expression dans l'art, l'architecture
et l'artisanat, car il n'y avait plus d'idéal imposé par l'État sur la façon dont les dieux, les rois
ou les animaux devaient être représentés; chaque région était libre de créer le type d'art qu'elle
souhaitait.
Ce changement entraîna également une démocratisation des biens et des services. Alors
qu'auparavant, seul le roi pouvait s'offrir certains luxes, ceux-ci étaient désormais accessibles
à la petite noblesse, aux fonctionnaires de la cour, aux bureaucrates et aux gens ordinaires. La
production de masse de biens tels que les statues et les céramiques commença et ceux qui
n'auraient pas pu s'offrir le luxe d'un beau tombeau avec des inscriptions pendant l'Ancien
Empire découvrirent qu'ils pouvaient désormais le faire. De même que le roi voyait sa tombe
ornée des Textes des pyramides, tout le monde pouvait désormais en faire autant grâce aux
Textes des sarcophages.
Démocratisation de l'au-delà
Les Textes des sarcophages furent élaborés pour répondre au besoin d'une nouvelle
compréhension de la vie après la mort et de la place qu'y occupent les gens ordinaires.
L'égyptologue Helen Strudwick explique leur raison d'être:
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Les textes, un ensemble de textes rituels, d'hymnes, de prières et de formules magiques
destinés à aider le défunt dans son voyage vers l'au-delà, trouvent leur origine dans les Textes
des pyramides, une suite de formules magiques essentiellement obscures gravées sur les murs
intérieurs des pyramides de l'Ancien Empire. Les Textes des pyramides étaient exclusivement
réservés au roi et à sa famille, tandis que les Textes des sarcophages étaient principalement
utilisés par la noblesse et les hauts fonctionnaires, ainsi que par les gens ordinaires qui avaient
les moyens de les faire copier. Les Textes sur les sarcophages signifiaient que n'importe qui,
quel que soit son rang et avec l'aide de divers sortilèges, pouvait désormais avoir accès à l'au-
delà. (502)
Au cours de l'Ancien Empire, seul le roi était assuré de poursuivre son existence dans l'au-
delà. À partir de la Première Période Intermédiaire, cependant, les individus ordinaires étaient
désormais considérés comme tout aussi dignes de la vie éternelle que les membres de la
famille royale. Cette époque a toujours été présentée à tort comme une période de chaos et de
conflits, alors qu'il s'agissait en fait d'une période de croissance culturelle et artistique
considérable. Les érudits qui affirment qu'il s'agissait d'un "âge sombre" à la suite d'un
effondrement monumental du gouvernement citent souvent comme preuve l'absence de
projets de construction impressionnants et la piètre qualité des arts et de l'artisanat.
En réalité, il n'y a pas eu de grandes pyramides et de temples érigés tout simplement parce
qu'il n'y avait pas d'argent pour les construire et pas de gouvernement central fort pour les
commander et les organiser, et la différence de qualité de l'artisanat est due à la pratique de la
production de masse des biens. Il existe de nombreuses preuves de l'existence, à cette époque,
de tombes élaborées et de magnifiques œuvres d'art qui montrent que ceux que l'on
considérait autrefois comme des "gens du peuple" pouvaient désormais s'offrir le luxe de la
royauté et pouvaient également voyager vers le paradis, tout comme le roi.
Mythe d'Osiris
La démocratisation de l'au-delà était due en grande partie à la popularité du mythe d'Osiris.
Osiris était le premier né des dieux après l'acte de création et, avec sa sœur Isis, il fut le
premier roi d'Égypte jusqu'à son assassinat par son frère jaloux Seth. Isis réussit à ramener
Osiris à la vie, mais il était incomplet et il est donc descendu pour régner dans le monde
souterrain en tant que Seigneur et Juge des morts.
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Le réveil d'Osiris
Jean-Pierre Dalbéra (CC BY)

Le culte d'Osiris devint de plus en plus populaire au cours de la première période


intermédiaire, car il était considéré comme le "premier des Occidentaux", le plus important
des morts, qui promettait la vie éternelle à ceux qui croyaient en lui. Lorsqu'Isis le ramena
d'entre les morts, elle demanda l'aide de sa sœur Nephthys pour chanter les incantations
magiques. Cette partie du mythe était reconstituée lors des fêtes d'Osiris (et aussi lors des
funérailles) par les Lamentations d'Isis et de Nephthys, un spectacle d'appel et de réponse de
deux femmes jouant les rôles des divinités pour appeler Osiris à l'événement. Le festival était
une reconstitution rituelle de la résurrection et tous ceux qui y assistaient participaient
spirituellement à cette renaissance.
Sortilèges
Les sortilèges et incantations des Textes des sarcophages font référence à de nombreux dieux
(notamment Amon-Rê, Shou, Tefnout et Thot) mais s'appuient systématiquement sur le mythe
d'Osiris. Le sort 74 (Sort pour la renaissance d'Osiris) recrée la partie de l'histoire dans
laquelle Isis et Nephthys ramènent Osiris à la vie:
Ah l'impuissant!
Ah l'impuissant endormi!
Ah l'impuissant en ce lieu
que tu ne connais pas, mais que je connais!
Voici que je t'ai trouvé couché sur le côté,
languissant.
Ah, ma sœur, dit Isis à Nephtys,
C'est notre frère,
Viens, relevons sa tête,
Viens, rattachons ses os,
Viens, rassemblons ses membres,
Viens, mettons fin à tous ses malheurs,
afin que, dans la mesure où nous pouvons l'aider, il ne se fatigue plus. (Lewis, 46)
Bien que ces paroles s'adressent à Osiris, on pense désormais qu'elles s'appliquent également
à l'âme du défunt. Tout comme Osiris est revenu à la vie grâce aux incantations des sœurs,
l'âme se réveillerait après la mort et continuerait à vivre pour, espérons-le, être justifiée et
autorisée à entrer au paradis.
L'âme du défunt participait à la résurrection d'Osiris parce qu'Osiris avait fait partie du voyage
de l'âme sur terre, lui avait insufflé la vie et faisait également partie du sol, des récoltes, de la
rivière, de la maison que la personne avait connue dans sa vie. Le sort 330 se lit comme suit,
Que je vive ou que je meure, je suis Osiris.
J'entre et réapparais à travers toi
Je me décompose en toi
Je grandis en toi... Je couvre la terre... Je ne suis pas détruit" (Lewis, 47).
Forte du pouvoir d'Osiris, l'âme pouvait commencer son voyage dans l'au-delà. Cependant,
comme pour tout voyage dans un pays que l'on n'a jamais visité, une carte et des indications
étaient jugées utiles. Le Livre des deux chemins (ainsi appelé parce qu'il indiquait deux voies,
terrestre et maritime, vers l'au-delà) présentait des cartes, des rivières, des canaux et les
meilleurs chemins à emprunter pour éviter le lac de feu et d'autres pièges du voyage. Le
chemin à travers le monde souterrain était périlleux et il était difficile pour une âme
nouvellement arrivée de savoir où aller. Les Textes des sarcophages assuraient à l'âme qu'elle
pouvait atteindre sa destination en toute sécurité. Strudwick écrit: "La connaissance des
formules magiques et la possession de la carte signifiaient que le défunt, comme les pharaons
dans les temps passés, pouvait négocier les dangers du monde souterrain et atteindre la vie
éternelle" (504).
Cercueil orné du Livre des Deux Chemins
The Trustees of the British Museum (Copyright)

L'âme était censée avoir vécu une vie digne d'être poursuivie, sans péché, et être justifiée par
Osiris. Les instructions données tout au long du texte supposent que l'âme sera jugée digne et
qu'elle reconnaîtra les amis comme les menaces. Le sort 404 se lit comme suit:
Elle (l'âme) arrivera à une autre porte. Elle trouvera les sœurs compagnes debout et elles lui
diront: "Viens, nous voulons t'embrasser." Et elles couperont le nez et les lèvres de quiconque
ne connaît pas leurs noms. (Lewis, 48)
Si l'âme n'a pas reconnu Isis et Nephtys, il est clair qu'elle n'a pas été justifiée et qu'elle subira
l'un des nombreux châtiments possibles. Le sort 404 fait référence à l'âme arrivant à une
porte, et il y en aurait de nombreuses sur le chemin d'une personne, ainsi que diverses
divinités que l'on souhaiterait éviter ou apaiser.
Écriture et remplacement
Tout comme les textes eux-mêmes représentent la démocratisation de l'au-delà, les toiles sur
lesquelles ils étaient peints le sont également. Les grands sarcophages de l'Ancien Empire
furent généralement remplacés par d'autres plus simples au cours de la Première Période
Intermédiaire. Ceux-ci étaient plus ou moins élaborés en fonction de la richesse et du statut du
défunt. L'égyptologue Rosalie David note:
Les premiers sarcophages étaient en cartonnage (une sorte de papier mâché fabriqué à partir
de papyrus et de gomme) ou en bois, mais au Moyen Empire, les sarcophages en bois
devinrent de plus en plus courants. Plus tard, certains sarcophages furent fabriqués en pierre
ou en poterie et même (généralement pour la royauté) en or ou en argent. (151-152)
Les scribes peignaient soigneusement ces sarcophages avec le texte, y compris les illustrations
de la vie de la personne sur terre. L'une des principales fonctions des Textes des pyramides
était de rappeler au roi qui il avait été de son vivant et ce qu'il avait accompli. Lorsque son
âme se réveillerait dans le tombeau, elle verrait ces images et le texte qui les accompagnait et
pourrait se reconnaître.

Textes des sarcophages


The Trustees of the British Museum (Copyright)

Chaque espace disponible du sarcophage était utilisé pour les textes, mais ce qui était écrit
différait d'une personne à l'autre. On y trouve généralement, mais pas toujours, des
illustrations décrivant la vie d'une personne, des frises horizontales représentant diverses
offrandes, des textes verticaux décrivant les objets nécessaires dans l'au-delà et des
instructions sur la manière dont l'âme doit voyager. Les textes étaient écrits à l'encre noire,
mais le rouge était utilisé pour mettre l'accent ou pour décrire des forces démoniaques et
dangereuses. Geraldine Pinch décrit une partie de ce voyage:
Le défunt devait traverser la mystérieuse région de Rosetau où le corps d'Osiris reposait
entouré de murs de flammes. Si l'homme ou la femme décédé(e) s'en montrait digne, il ou elle
pouvait se voir accorder une nouvelle vie au paradis. (15)
À des époques ultérieures, cette nouvelle vie serait accordée si le défunt était justifié dans la
Salle de la Vérité, mais lorsque les Textes des sarcophages furent rédigés, il semble que l'on
passait par un feu rédempteur autour du corps d'Osiris. Le culte d'Osiris devint le culte d'Isis à
l'époque du Nouvel Empire d'Égypte et son rôle en tant que puissance à l'origine de sa
résurrection était souligné. Le Livre des morts égyptien remplaça alors les Textes des
sarcophages en tant que guide de l'au-delà. Bien que les tombes et les sarcophages aient
continué à porter des inscriptions magiques, le Livre des morts égyptien servit à guider l'âme
vers le paradis pendant le reste de l'histoire de l'Égypte.
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Bibliographie
 Bunson, M. The Encyclopedia of Ancient Egypt. Gramercy Books, 1991.
 David, R. Handbook to Life in Ancient Egypt Revised. Oxford University Press, 2007.
 Gibson, C. The Hidden Life of Ancient Egypt. Saraband, 1999.
 Lewis, J. E. The Mammoth Book of Eyewitness Ancient Egypt. Running Press, 2003.
 Pinch, G. Egyptian Mythology: A Guide to the Gods, Goddesses, and Traditions of
Ancient Egypt. Oxford University Press, 2004.
 Strudwick, H. The Encyclopedia of Ancient Egypt. Metro Books, 2006.
Book Recommendation
Egyptian Mythology: A Guide to the Gods, Goddesses, and Traditions of Ancient Egypt
by Pinch, Geraldine
published by Oxford University Press (2004)
$20.13

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achats de livres sélectionnés.
Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de
Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le
domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres
cultures.
Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il
était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie,
la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.
Comptes rendus
Bernadette Menu, Égypte pharaonique. Nouvelles recherches sur l’histoire juridique,
économique et sociale de l’ancienne Égypte
Paris, L’Harmattan, 2004, 391 p.
Olga Boutkevytch
p. 172-177
https://doi.org/10.4000/droitcultures.1165
Bibliographical reference
Égypte pharaonique. Nouvelles recherches sur l’histoire juridique, économique et sociale de
l’ancienne Égypte, Paris, L’Harmattan, 2004, 391 p.
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Une redécouverte de l’Egypte ancienne
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Une redécouverte de l’Egypte ancienne
1Malgré son attrait pour les chercheurs, l’histoire de l’Égypte pharaonique est longtemps
demeurée peu étudiée. Ce n’est pas l’éloignement historique de cette période qui en est la
cause, mais les lacunes théoriques et méthodologiques de la science historique.
2L’intensification des recherches sur l’histoire de l’Égypte ancienne à la fin du XIXe et au
début du XXe siècle s’explique par des circonstances objectives. Ce n’est en effet qu’à partir
de la deuxième moitié du XIXe siècle que les découvertes archéologiques ont rendu
accessibles à la recherche les sources les plus importantes de l’ancienne Egypte (notamment
la découverte des archives diplomatiques de Tell-el-Amarna en 1887–1890 qui fut d’une
importance considérable pour l’histoire du droit). C’est en s’appuyant sur ces sources que les
chercheurs ont pu commencer des recherches intensives sur l’histoire de cette région. Il
n’existe cependant pas de région ou de pays de l’antiquité autre que l’Egypte qui fasse l’objet
d’autant d’opinions contradictoires.
3Sur la question de l’esclavage et de la traite des esclaves en Egypte notamment, les
chercheurs sont parvenus à des conclusions diamétralement opposées : de la reconnaissance
de l’esclavage comme fondement de l’Etat en ancienne Egypte (c’était là principalement
l’avis des représentants de l’historiographie soviétique) jusqu’à l’idée que les Egyptiens ne
connaissaient pas l’esclavage.
4La problématique égyptienne s’est révélée encore plus contradictoire pour l’étude de
l’histoire du droit et en particulier du droit international de cette région. C’est ainsi que là où
certains chercheurs estimaient que les Egyptiens avaient été agressifs et hostiles envers les
autres peuples et que les étrangers étaient en Egypte privés de droits (R. P. Ward, F. de
Martens, K. A. Névoline), d’autres affirmaient au contraire que le commerce et les échanges
pacifiques avaient constitué l’activité principale dans ce pays et que, pour ce qui est des
étrangers, ils vivaient en Egypte en colonies et avaient leurs coutumes et leurs lois propres (G.
A. Wainwright, R. Pirelli, A. S. Hershey, R. Numelin). On pourrait dire la même chose de
l’activité maritime (notamment du commerce maritime) de l’Egypte ancienne puisque
l’existence de cette activité a été complètement niée par certains chercheurs (E. D. Brown, F.
Martens), tandis que d’autres l’estimaient au contraire assez développée (R. El Nadouri, J.
Vercoutter, J. Pirenne, par exemple).
5Cet état des recherches sur l’histoire de l’Egypte pharaonique est dans une grande mesure dû
à la méthode de recherches suivie par les savants. La typologie des recherches sur l’histoire
sociale et l’histoire juridique de l’ancienne Egypte est caractéristique de l’étude de l’histoire
de l’antiquité dans son ensemble. L’on procédait à l’analyse soit d’une région ou d’un pays
spécifique, soit de l’histoire ancienne en général indépendamment de ses aspects (politiques,
économiques, juridiques), soit de certaines questions de l’histoire ancienne (histoire du droit,
histoire de la société, histoire du commerce, etc.). Les recherches intégrales, systématiques,
sur certaines régions du monde ancien avec l’intégralité de leurs facteurs (juridiques,
politiques, économiques, idéologiques, culturels ou autres) constituent une exception.
6Malgré la publication d’un nombre assez important d’ouvrages sur l’histoire de l’ancienne
Egypte, de nombreuses questions relatives à sa formation et à son évolution sociale à la
période pharaonique demeurent encore discutées ou n’ont pas encore été résolues par la
science. Il faut cependant souligner ici le rôle de l’école historique française qui a produit
toute une série d’importantes recherches concernant l’histoire de l’Egypte ancienne, ce qui
n’est pas étonnant pour le pays de Jean-François Champollion, le premier à avoir déchiffré les
hiéroglyphes de la pierre de Rosette et permis l’étude systématique de l’histoire de l’ancienne
Egypte.
7A cet égard, l’ouvrage de Bernadette Menu, dont les travaux de recherche sur l’ancienne
Egypte sont largement connus, est un succès incontestable. A la différence de la plupart des
recherches antérieures, ce livre se présente comme une analyse complète, intégrale, de
l’ensemble des problèmes concernant l’histoire de l’Etat et du pouvoir, le droit, l’économie, la
politique et la société de l’Egypte pharaonique. Sans se limiter à l’un de ces aspects, l’auteur
dresse un tableau intégral de chacun de ces objets. De plus, l’analyse de l’interaction des
processus juridiques, politiques, économiques et sociaux qui se produisaient dans l’Egypte
pharaonique donne une idée complète des questions abordées.
8L’ouvrage a pour but, tant par sa teneur que par sa structure, d’examiner en profondeur le
thème choisi. Sa première partie - Les fondements du pouvoir - est consacrée aux problèmes
de la naissance et de la formation de l’Etat en Egypte depuis ses premières sources (famille,
groupes tribaux, Etat primitif, protoétat) jusqu’à la formation de l’ancien Empire égyptien.
Tout en examinant ce processus, l’auteur détermine les principaux mécanismes et facteurs
ayant influé sur la naissance du protoétat et sur son évolution jusqu’au stade de l’Etat
hégémonique dans la région.
9La première partie de l’ouvrage porte sur trois thèmes principaux : 1) la formation de l’Etat
en ancienne Egypte, 2) les fondements du pouvoir des pharaons et sa légitimisation dans
l’idéologie et, enfin, 3) la justice des pharaons.
10Ces trois thèmes présentent la structure de l’Etat et du pouvoir dans l’Egypte ancienne (p.
17-186) et accordent une attention particulière à la formation du système juridique (p. 85-165)
et de la procédure judiciaire pharaonique (p. 167-186).
11En décrivant la structure de l’Etat dans l’ancienne Egypte, l’auteur analyse les rapports
« patron – client » qui s’y formaient. Pourtant, ce faisant, elle ne répète pas l’avis erroné de
nombreux chercheurs (R. Ago, Keshiro Iriye) en les comparant ou en les rendant équivalents
à ceux qui existaient au Moyen Age, mais, au contraire, elle définit les traits spécifiques de la
structure intra-étatique de l’ancienne Egypte. Selon Bernadette Menu, l’ancienne Egypte est
« structurée en cercles concentriques ou, mieux, en pyramides juxtaposées ou superposées qui
s’emboîtent les unes dans les autres à la manière des poupées russes, la plus grande étant
constituée par le roi, sa famille, son entourage palatin, ses hauts fonctionnaires centraux et
provinciaux, ses envoyés et ses scribes » (р. 371). Soulignons ici que la structure pyramidale
des relations à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur du pays caractérisait pratiquement toutes les
régions du monde antique. La structure du système de relations internationales de l’antiquité
était donc intégralement fondée sur un principe « pyramidal »; le sommet de la pyramide étant
occupé par l’Etat hégémonique prédominant dans la région (l’Egypte ancienne dans la région
de l’Afrique du Nord, l’Empire hittite en Asie Mineure, Sumer, Akkad, Babylone, l’Assyrie à
différentes périodes en Mésopotamie, les formations politiques mycéniennes dans la région
égéenne, etc.) ; ce principe devait être finalement remplacé par une structure « horizontale »
des relations interétatiques à la période du haut Moyen Age.
12En étudiant l’Etat et la structure du pouvoir en ancienne Egypte, Bernadette Menu attache
une attention particulière à l’idéologie et à la mythologie au sein de ce système. Il y a là une
approche intéressante étant donné l’attention insuffisante accordée par les chercheurs à
l’analyse de la mythologie en tant que partie intégrante de l’idéologie étatique et juridique et
de l’histoire des conceptions juridiques. En dévoilant le sens de la mythologie de l’Egypte
ancienne, l’auteur y détermine les aspects de la légitimation du pouvoir du pharaon, ainsi que
ceux de la vie politique extérieure (militaire, commerciale) et ceux de la vie juridique (sociale,
économique) interne du pays. L’ouvrage révèle de façon convaincante les mécanismes à
l’aide desquels la mythologie de l’Egypte ancienne jouait le rôle d’une idéologie étatique des
pharaons et cela avec la participation directe des pharaons eux-mêmes et de leurs idéologues
(vizirs, prêtres et sages du palais).
13L’analyse de la notion essentiellement égyptienne de Maât (qui se rapproche dans une
certaine mesure de la notion de Dharma dans l’Inde ancienne et de celles de fa et de li dans la
Chine ancienne) présente un intérêt particulier. Bernadette Menu propose sa propre notion de
Maât qu’elle définit comme « l’ensemble des conditions qui font apparaître et qui
renouvellent la vie » (p. 87) et dont le pharaon lui-même est le garant (p. 143). Pour elle, Maât
réunit en elle-même des traits des notions d’équité, de justice, d’ordre, de vérité, d’égalité, de
prospérité, etc. ; et les temples de l’ancienne Egypte dédiés à Maât témoignent du niveau de
conscience juridique des Egyptiens ainsi que de l’imposition systématique par les pharaons
des notions d’ordre dans l’Etat à l’aide de l’idéologie religieuse (p. 99). L’ouvrage confirme
la thèse concernant l’importance clé des notions de maintien de l’ordre existant et de respect
des engagements en tant que procédant de l’ordre suprême (du droit naturel).
14Bien que la deuxième partie de l’ouvrage soit intitulée « Économie et société », elle
présente également un intérêt pour les juristes et les historiens du droit. L’auteur y analyse les
problèmes suivants : l’évolution du système économique et monétaire de l’ancienne Egypte,
le régime juridique des terres, des processus du commerce et d’échange; de l’esclavage, de la
dépendance personnelle et du statut personnel. Les échanges sont notamment analysés en tant
que facteur de formation du système économique de l’Egypte. Il est important de noter ici que
les échanges à la fois comme phénomène et équivalence et trait essentiel de leur procédure,
constituent la quintessence de l’ensemble de la communication internationale de ce pays. Sans
créer de théorie économique à proprement parler, les pharaons, selon l’auteur, bien avant les
Grecs anciens qui devaient développer la théorie économique, utilisaient avec succès les
règles principales de la gestion politique de l’économie (p. 215).
15Ce qui nous apparaît comme particulièrement précieux est la combinaison dans l’ouvrage
de l’analyse des aspects économiques et juridiques de la vie de l’ancienne Egypte. L’analyse
des processus économiques ou sociopolitiques sert au lecteur juriste de source de
compréhension des aspects juridiques proprement dits de l’ancienne Egypte. Ainsi, l’auteur
analyse les modalités de l’acquisition des terres, les relations de marché et leur
réglementation, l’utilisation du louage de services et les aspects du statut des travailleurs loués
ainsi que la régulation du commerce par l’Etat.
16L’analyse du système économique de l’Egypte pharaonique montre la prédominance d’une
« économie de palais » caractéristique des pays de l’ancien Proche Orient, économie dans
laquelle pratiquement tous les leviers économiques et commerciaux se trouvaient entre les
mains du pharaon et de sa cour (p. 190-233). L’auteur examine également les problèmes
fondamentaux du commerce et des relations économiques aux niveaux étatique et privé (p.
199-212).
17Bernadette Menu formule une conclusion intéressante en ce qui concerne la place de
l’économie dans la vie de l’Egypte pharaonique, variable selon la période de son histoire. Elle
considère les facteurs économiques de la fin de la période néolithique comme des facteurs-
clés dans la naissance de l’Etat égyptien. Pourtant, dès la période de l’Etat développé en
ancienne Egypte, l’économie de ce pays était déjà orientée dans une grande mesure vers les
échanges en tant que forme d’activité diplomatique des pharaons, et le commerce visait
principalement à l’acquisition des produits de prestige (p. 215).
18La recherche présente également un intérêt incontestable pour les spécialistes du droit
international, bien que les questions relatives au droit international n’y soient pas traitées
séparément. Cependant, l’analyse de l’activité de l’Etat égyptien dans le domaine de la
politique extérieure, et notamment celle du pharaon et du vizir (p. 85-186), des processus
d’établissement des frontières de l’Etat et du statut juridique du territoire (p. 299-317), du
statut juridique de la population étrangère en ancienne Egypte (p. 156-159 et 339-344), des
relations commerciales (p. 134-145) et militaires (p. 321-335) de l’Egypte, permet de donner
une représentation de l’activité en matière de droit international non seulement de l’Etat
égyptien, mais aussi de la région dans son ensemble. L’auteur décrit les prémisses de la
procédure et du système de contrôle de franchissement des frontières, définit le prototype des
déclarations douanières : ce faisant elle montre de manière convaincante la liaison existant
entre ce processus et le renforcement du pouvoir centralisé du pharaon ainsi que
l’accroissement du rôle du territoire dans la vie politique et économique de l’Egypte ainsi que
dans ses relations internationales (p. 149-165).
19L’examen des questions de l’activité militaire des pharaons égyptiens attire une attention
particulière. L’auteur démontre que pratiquement toute l’idéologie pharaonique visait à
justifier les conquêtes militaires par deux objectifs : « civiliser » d’autres peuples moins
développés et établir la domination mondiale du dieu Râ (p. 135-145). A cet égard, l’idéologie
de guerre de l’ancienne Egypte se rapproche de la conception de la guerre dans la Grèce
antique.
20Lorsqu’elle analyse la légitimation de la guerre dans l’idéologie des pharaons, Bernadette
Menu détermine trois stades de ce processus en fonction du développement historique de
l’Etat (p. 137-138). Au cours d’une première étape, lorsque l’Etat égyptien n’est pas encore
suffisamment développé, le pharaon explique ses guerres exclusivement par le désir de
défendre la vie et le bien-être de son peuple. A la deuxième étape, alors que le pouvoir du
pharaon se renforce, ce pouvoir dépend de plus en plus des objectifs religieux. Voilà pourquoi
les guerres (conquêtes) de cette période sont justifiées par le devoir du pharaon sacré par le
dieu Râ d’étendre son pouvoir sur les autres peuples (cela sert également le renforcement de
ce pouvoir à l’intérieur du pays). La troisième étape se caractérise par le développement de
l’Empire hégémonique égyptien (étape qui correspond au Nouvel Empire) dans la région,
c’est pourquoi les conquêtes militaires des pharaons sont expliquées directement par les
ordres du dieu Amon-Râ. Dans l’ensemble, la composante idéologique et religieuse de la
notion de guerre en ancienne Egypte est si forte que, de l’avis tout à fait fondé de l’auteur, la
guerre elle-même se présente comme «un acte hautement intellectualisé» (р. 135).
21La position de l’auteur à l’égard de l’existence de l’esclavage en ancienne Egypte mérite
particulièrement que l’on s’y arrête. A la différence du traitement généralement admis des
guerres menées par l’Egypte comme visant à capturer des esclaves, Bernadette Menu
considère que « les captifs de guerre eux-mêmes n’étaient pas réduits en esclavage mais
intégrés à la société égyptienne par des procédés éducatifs, avant d’être insérés dans les
filières du travail comme individus libres, relevant administrativement de structures
institutionnelles mais disposant d’une pleine capacité juridique » (р. 13). Cette approche qui
s’appuie dans l’ouvrage sur plusieurs exemples (p. 339-344) semble plus juste.
22Il est à noter ici que, pour formuler ce type de conclusions, l’auteur se fonde sur les
données des sources primitives de l’ancienne Egypte (notamment les Textes des pyramides,
les Annales des pharaons et surtout les textes historiques et idéologiques du Nouvel Empire).
 1 Drеvnij Еgipet : jazyk – kul’tura –soznanie – Pоd. red. О.I.Pavlovoj – Мoskva,
1999.
 2 I. V. Vinogradov, Rannee i Drevnee Tsarstva Egipta, Istorija Vostoka, Т. 1,Vostok
drevnosti, Мoskv (...)
 3 I. V. Vinogradov, Srednee tsarstvo v Еgipte inashestvie giksosov, ibidem.
 4 V. A. Golovina, « Institut hmw-k’ v Egipte epokhi Srednego tsrstva », Vestnik
Drevnej Istorii, 199 (...)
 5 M. V. Gorelik, Оruzhie drevnego Vostoka (IV tys. – IVvв.dо n.e.), Мoskva, 1993.
 6 Ju. Ja. Perepelkin, Khozjajstvo staroegipetskikh vel’mozh, Мoskva, Nauka, 1988.
 7 T. N. Savel’eva, Khramovye khozjajstva Egipta vremeni Drevnego Tsarstva (III-
VIII dinastii), Мosk (...)
 8 D. B. Prusakov, Rаnnee gosudarstvo v drevnem Египте, Institut vostokovedenija
RAN, 2001.
23Le seul souhait que nous aimerions formuler serait que l’auteur accorde davantage
d’attention aux recherches sur l’histoire de l’ancienne Egypte qui ont été faites par les
chercheurs d’Europe de l’Est. On y fait preuve parfois d’une approche assez novatrice de
l’ensemble des problèmes. Bien que les publications concernées soient en langue russe, ce qui
les rend difficiles d’accès pour le lecteur occidental, nous aimerions citer à cet égard :
L’Egypte ancienne : langue, culture, conscience paru en 1999 sous la direction de O. I.
Pavlova1, La période prédynastique et l’Ancien Empire d’Egypte – Histoire de l’Orient, t. 1,
L’0rient dans l’Antiquité publié en 1997 par I. V. Vinogradov2, Le Moyen Empire en Egypte
et l’invasion des Hyksôs, dans le même ouvrage3 ; V. A. Golovina, « L’institution des
Hemou-ka en Egypte à l’époque du Moyen Empire », Vestnik Drevnej Istorii, 1992, n°14 ; M.
V. Gorelik, Les armes de l’Orient Ancien (du IV millénaire au IVe siècle av. J.-C.), Moscou,
19935 ; I. V. Perepiolkine, L’économie des magnats de l’ancienne Egypte, Moscou, 19886 ;
T. N. Savéliéva, L’économie des temples à l’époque de l’Ancien Empire (III-VIII dynasties),
Moscou, 19927 ; D. B. Proussakov, L’Etat primitif dans l’Egypte ancienne, Moscou, Institut
d’Orient de l’Académie des Sciences, 20018.
24On peut par exemple trouver dans ce dernier ouvrage des idées intéressantes de l’auteur sur
la formation de l’Etat et du pouvoir en Egypte (D. Proussakov s’écarte de l’approche
généralement admise du problème de la formation des relations sociales – juridiques et
économiques), sur l’idéologie des pharaons et des vizirs, l’esclavage, le commerce ou les
guerres menées par les Egyptiens.
25Dans l’ensemble, comme le dit Bernadette Menu elle-même (p. 14), le lecteur est sensible
au fait que cet ouvrage fondamental est le fruit de longues et profondes recherches effectuées
par l’auteur dans le domaine de l’histoire de l’ancienne Egypte.
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Notes
1 Drеvnij Еgipet : jazyk – kul’tura –soznanie – Pоd. red. О.I.Pavlovoj – Мoskva, 1999.
2 I. V. Vinogradov, Rannee i Drevnee Tsarstva Egipta, Istorija Vostoka, Т. 1,Vostok
drevnosti, Мoskva, 1997.
3 I. V. Vinogradov, Srednee tsarstvo v Еgipte inashestvie giksosov, ibidem.
4 V. A. Golovina, « Institut hmw-k’ v Egipte epokhi Srednego tsrstva », Vestnik Drevnej
Istorii, 1992, n°1.
5 M. V. Gorelik, Оruzhie drevnego Vostoka (IV tys. – IVvв.dо n.e.), Мoskva, 1993.
6 Ju. Ja. Perepelkin, Khozjajstvo staroegipetskikh vel’mozh, Мoskva, Nauka, 1988.
7 T. N. Savel’eva, Khramovye khozjajstva Egipta vremeni Drevnego Tsarstva (III-VIII
dinastii), Мoskva, 1992.
8 D. B. Prusakov, Rаnnee gosudarstvo v drevnem Египте, Institut vostokovedenija RAN,
2001.
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References
Bibliographical reference
Olga Boutkevytch, “Bernadette Menu, Égypte pharaonique. Nouvelles recherches sur
l’histoire juridique, économique et sociale de l’ancienne Égypte”, Droit et cultures, 50 | 2005,
172-177.
Electronic reference
Olga Boutkevytch, “Bernadette Menu, Égypte pharaonique. Nouvelles recherches sur
l’histoire juridique, économique et sociale de l’ancienne Égypte”, Droit et cultures [Online],
50 | 2005-2, Online since 07 July 2009, connection on 29 January 2025. URL:
http://journals.openedition.org/droitcultures/1165; DOI:
https://doi.org/10.4000/droitcultures.1165

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