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Valorisation des Produits Forestiers au Gabon

Ce travail de fin d'études vise à renforcer le tissu socio-économique local au Gabon par la valorisation des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) dans le cadre d'une gestion durable des forêts. Il propose un plan de zonage pour le développement des activités forestières et agroforestières, tout en recensant des pistes de valorisation et des recommandations pour une gestion communautaire. Les mesures suggérées visent à diversifier les sources de revenus des villageois et à encourager leur implication dans la gestion des ressources forestières.

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Valorisation des Produits Forestiers au Gabon

Ce travail de fin d'études vise à renforcer le tissu socio-économique local au Gabon par la valorisation des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) dans le cadre d'une gestion durable des forêts. Il propose un plan de zonage pour le développement des activités forestières et agroforestières, tout en recensant des pistes de valorisation et des recommandations pour une gestion communautaire. Les mesures suggérées visent à diversifier les sources de revenus des villageois et à encourager leur implication dans la gestion des ressources forestières.

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Communauté française de Belgique

FACULTE UNIVERSITAIRE DES SCIENCES AGRONOMIQUES DE GEMBLOUX

APPUI A LA VALORISATION DES


PRODUITS FORESTIERS NON LIGNEUX
LE CAS DU REGROUPEMENT DE VILLAGES EBE-MESSE-MELANE EN
BORDURE DU PERMIS FORESTIER ROUGIER GABON

Travail de fin d’études

Année académique 2006-2007

Présenté par : D’ANS Séverine


Promoteur : Pr. DOUCET J-L.
En vue de l’obtention du grade de Bio-ingénieur orientation Nature, Eaux & Forêts
Toute reproduction du présent document, par quelque procédé que ce soit, ne peut être
réalisée qu’avec l’autorisation de l’auteur et de l’autorité académique de la Faculté
universitaire des sciences agronomiques de Gembloux.

Le présent document n’engage que son auteur.


Communauté française de Belgique

FACULTE UNIVERSITAIRE DES SCIENCES AGRONOMIQUES DE GEMBLOUX

APPUI A LA VALORISATION DES


PRODUITS FORESTIERS NON LIGNEUX
LE CAS DU REGROUPEMENT DE VILLAGES EBE-MESSE-MELANE EN
BORDURE DU PERMIS FORESTIER ROUGIER GABON

Travail de fin d’études

Année académique 2006-2007

Présenté par : D’ANS Séverine


Promoteur : Pr. DOUCET J-L.
En vue de l’obtention du grade de Bio-ingénieur orientation Nature, Eaux & Forêts
Remerciements

Mes remerciements s’adressent en premier lieu aux initiateurs de ce travail :

- Pr. Doucet, J-L., promoteur et professeur engagé et modeste ;


- Dr. Vermeulen C., orateur formidable… merci pour les relectures et les
remarques judicieuses ;
- Ir. Bracke C. pour m’avoir accueillie et encadrée au Gabon …et avoir
compris ma susceptibilité ( !). Egalement, de vous avoir vus, toi et Chloé sur
le terrain est un bon enseignement pour tous ceux qui veulent travailler dans
de tels projets.

Je remercie également toutes personnes et tous organismes qui ont permis la réalisation
de ce travail :

- L’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) pour m’avoir octroyé une


bourse ;
- L’asbl Nature +, ainsi que la bonne humeur et l’efficacité de Michèle
Federspiel ;
- Le WWF et son personnel pour son appui ;
- Eric Chézeaux et la société forestière Rougier Gabon pour les documents
fournis ;
- Chloé Schippers pour les données fournies et surtout son antivirus ( !) ;
- Jean François Ondzagha-Mba, pilote hors pair et disponible 24h/24. Merci
pour tous les bons moments passés ensemble.

Ma pensée va également à toutes les personnes que j’ai rencontré au Gabon et surtout
ceux qui m’ont accueillie et/ou accompagnée sur le terrain : Papa Gabriel et Maman Louise,
la famille Ondo-Bekale et Maman Joséphine, J-B Ewara, Willy, Olivier, Frankie, Pékoss,
Jacques Peeters et sa famille…

Je remercie tous ceux qui m’ont accompagnée durant ces années d’étude, dont :

- La faculté pour son cadre d’étude agréable et à taille humaine ;


- L’AG pour son travail unique pour les étudiants et toutes les commissions qui
participent à une bonne ambiance entre les étudiants ;
- Les professeurs pour leur travail quotidien, même si certains ont pu
quelquefois regretter ma présence…
- Harmo, Junior et Ezana pour la biblio et les conseils avant mon départ au
Gabon.
- Romain et Nath pour l’envoi « DHL » des dernières corrections de Cédric !
- Mes amis de toujours (dans le désordre, y’a pas de préférence !) : Julie la
folle, Sylvie l’amie des animaux, Véro, Daise, Potachou, Popotte, Renaud,
Arno, Nico, Pierre « Pas de bol », Max le shérif, John effusus, Cath (un grand
merci pour la carto !) et tous les co-koteurs et ceux que j’ai oubliés…
- Jerry mon chat (ton flegme m’étonnera toujours…), et mes chevaux Flora,
Flamme, Orphée, Rimmel pour la confiance qu’ils m’accordent et les
chouettes moments de détente qu’ils me procurent.
- Dame Nature qui m’a donné l’envie de faire ces études !
Je remercie mes parents et toute ma famille pour m’avoir transmis le goût du voyage et
l’envie d’exercer un métier pour le bien-être et le développement des populations.

…et je remercie David, ô combien « Grand » dans mon cœur !


Résumé
Depuis le 31 décembre 2001, le Gabon s’est doté d’une loi riche en promesses quant à la
gestion durable et sociale des massifs forestiers par les populations rurales à travers le concept
encore neuf de « forêt communautaire ».
L’objectif de ce travail est de renforcer le tissu socio-économique local à travers la
valorisation des Produits Forestiers non ligneux (PFNL), dont certains s’inscrivent dans une
problématique de ressources végétales concurrentielles, par le fait qu’ils peuvent être, d’une
part, recherchés par les villageois pour leurs PFNL, et d’autre part par les compagnies
forestières pour la valeur de leurs bois.
Après avoir analysé l’inventaire des PFNL principaux, répertorié les PFNL utilisés et
étudié la dimension spatiale des activités villageoises (agriculture, chasse, pêche et collecte) -
en regard au régime foncier qui s’y applique - ce travail conclut sur une proposition de plan de
zonage permettant un développement optimal des activités forestières et agroforestières.
Enfin, dans la perspective d’un développement durable de la région étudiée, ce travail
recense des pistes de valorisation des PFNL par le développement de processus de
transformation et de transport des PFNL en vue de la commercialisation. Parallèlement, des
recommandations sont émises sur l’enrichissement en espèces-cibles au sein du finage
villageois.
Ces mesures contribueront à une diversification des sources de revenus. Dans l’optique
d’une gestion durable et contrôlée par les villageois, des recommandations quant aux actions
communautaires réalisables seront formulées.

MOTS-CLES : Produits Forestiers Non Ligneux, agroforesterie, conflit, foresterie sociale,


développement durable, régime foncier.

Abstract
Since December the 31th 2001, a new policy has been implemented in Gabon, which is
about sustainable and social management of forests by rural populations, throughout the new
concept of « participative forestry ».
The aim of this study is to reinforce the socio-economical aspects by valuating Non
Timber Food Products (NTFP). Some of these are included in a conflict between villages’
inhabitants who use them as a food resource, and logging companies whose interests lay in
timber exploitation.
We begin with the inventory of the principal NTFP, and then we list them in order to
study the spatial dimension of the villages’ inhabitants’ activities (agriculture, fishery, hunting
and NTFP collecting). The spatial dimension is studied in regard to land use. This part of the
study ends by a proposition on how to parcel out land for an ideal development of both
forestry and agroforestry.
Finally, along with the idea of sustainable development of the studied area, we list
several ways to valorize NTFP, especially by developing NTFP transformation and transport
with a sale purpose. Beside, advices are made about the enrichment in target species within
the forested areas located further away than the villages’ zones, but still exploited.
These measurements will contribute to an income sources diversification. In sight of a
sustainable management controlled by villagers, recommendations are formulated about
realizable participative actions, as long as it seems possible.

KEYWORDS : Non Timber Food Product, agroforestry, conflict, participatory forestry,


sustainable development, land use.
Table des matières
INTRODUCTION................................................................................................. 1

Chapitre 1 Présentation du Gabon.............................................................................. 3


1.1. Situation générale............................................................................................... 3
1.2. Climat ................................................................................................................. 3
1.3. Hydrographie...................................................................................................... 4
1.4. Géomorphologie et pédologie ............................................................................ 5
1.5. Démographie et ethnolinguistique ..................................................................... 5
1.6. Economie............................................................................................................ 6
1.7. La forêt et le secteur forestier............................................................................. 7
1.7.1. La richesse biologique des forêts gabonaises............................................... 7
1.7.2. Les écosystèmes forestiers du Gabon ........................................................... 7
1.7.3. Le potentiel économique des forêts gabonaises............................................ 7
1.7.4. Vers une gestion durable des forêts gabonaises : la réforme du code
forestier du 31 décembre 2001........................................................................................... 8

Chapitre 2 Présentation du projet DACEFI et des partenaires ............................. 10

Chapitre 3 Quelques définitions ................................................................................ 12


3.1. PFNL ................................................................................................................ 12
3.2. Terroir............................................................................................................... 12
3.3. Finage ............................................................................................................... 13
3.4. Agriculture sur brûlis ....................................................................................... 13
3.5. Jardin de case ................................................................................................... 14

Chapitre 4 Présentation de la zone d’étude.............................................................. 14


4.1. Situation géographique et administrative......................................................... 14
4.2. Ethnolinguistique locale................................................................................... 16
4.3. Organisation socio-culturelle ........................................................................... 16
4.3.1. Le système patrilinéaire et les relations de parenté ................................... 16
4.3.2. Structure des clans...................................................................................... 16
4.3.3. Le culte initiatique populaire : le bwiti....................................................... 17
4.4. Historique des clans et origine des villages ..................................................... 18
4.4.1. Historique des clans.................................................................................... 18
4.4.2. Origine du nom des villages ....................................................................... 18
4.5. Le droit foncier coutumier dans le domaine forestier ...................................... 19
4.5.1. L’appropriation primaire de la forêt .......................................................... 19
4.5.2. L’appropriation secondaire de la forêt....................................................... 19
4.6. Contexte socio-économique ............................................................................. 20
4.6.1. Organisation spatiale des villages.............................................................. 20
4.6.2. Recensement des villageois......................................................................... 20

OBJECTIFS ET METHODOLOGIES................................................................ 21

Chapitre 5 Objectifs.................................................................................................... 21
5.1. Objectif principal.............................................................................................. 21
5.2. Objectifs spécifiques ........................................................................................ 21
5.2.1. Synthèse cartographique............................................................................. 21
5.2.2. Principaux systèmes agroforestiers et place de l’arbre dans ces systèmes 21
5.2.3. Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces-ressources........... 22
5.2.4. Valorisation des PFNL ............................................................................... 22
5.2.5. Plan de zonage............................................................................................ 22

Chapitre 6 Méthodologie............................................................................................ 22
6.1. Analyse de terrain............................................................................................. 23
6.1.1. Synthèse cartographique............................................................................. 23
6.1.2. Principaux systèmes agroforestiers et place de l’arbre dans ces systèmes 24
6.1.3. Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces-ressources........... 24
6.1.4. Valorisation des PFNL ............................................................................... 24
6.2. Analyse de synthèse ......................................................................................... 26
6.2.1. Recommandations ....................................................................................... 26
6.2.2. Proposition d’un plan de zonage ................................................................ 26

RESULTATS..................................................................................................... 27

Chapitre 7 Remarques préalables à la lecture des résultats ................................... 27


7.1. Conventions utilisées........................................................................................ 27
7.1.1. Unité monétaire .......................................................................................... 27
7.1.2. Cartographie............................................................................................... 27
7.2. Répartition des genres selon les activités......................................................... 28

Chapitre 8 Résultats cartographiques ...................................................................... 28


8.1. Cartographie des activités villageoises ............................................................ 29
8.1.1. Zone agricole .............................................................................................. 29
8.1.2. Cours d’eau et lieux de pêche..................................................................... 30
8.1.3. Chasse et pièges.......................................................................................... 30
8.1.4. Collecte de PFNL........................................................................................ 30
8.1.5. Campements................................................................................................ 30
8.2. Cartographie des sites d’importance culturelle ................................................ 31
8.2.1. Anciens villages .......................................................................................... 31
8.2.2. Sites sacrés et lieux de culte........................................................................ 31
8.3. Cartographie des terroirs et du finage .............................................................. 31

Chapitre 9 Principaux systèmes agroforestiers et place de l’arbre dans ces


systèmes ……………………………………………………………………………31
9.1. Agriculture itinérante sur brûlis ....................................................................... 31
9.1.1. Description.................................................................................................. 31
9.1.2. Place de l’arbre au sein du système de production .................................... 34
9.2. Jardins de case.................................................................................................. 35
9.2.1. Description.................................................................................................. 35
9.2.2. Place de l’arbre au sein du système de production .................................... 36

Chapitre 10 Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces-ressources... 37

Chapitre 11 Identification des zones potentiellement conflictuelles....................... 42

Chapitre 12 Valorisation des PFNL .......................................................................... 43


12.1. Appréciation de la disponibilité en PFNL par les villageois........................ 43
12.2. Description des PFNL végétaux utilisés dans la zone d’étude..................... 44
12.2.1. Les PFNL végétaux destinés à l’alimentation .......................................... 44
12.2.2. Les PFNL végétaux utilisés en médecine traditionnelle ........................... 47
12.2.3. Les autres usages des PFNL ..................................................................... 50
12.3. Etude de la structure diamétrique de quelques PFNL fruitiers en relation
avec leur tempérament et leur environnement ..................................................................... 52
12.4. Possibilités de commercialisation des PFNL ............................................... 66
12.4.1. Les PFNL dont on pourrait développer le commerce............................... 66
12.4.2. Coûts et investissements liés à la commercialisation des PFNL .............. 66
12.4.3. Freins à la commercialisation des PFNL ................................................. 67
12.5. Possibilités d’enrichissement en PFNL........................................................ 67

DISCUSSIONS ET RECOMMANDATIONS ..................................................... 69

Chapitre 13 Analyse de terrain.................................................................................. 69


13.1. Synthèse cartographique .............................................................................. 69
13.2. Principaux systèmes agroforestiers et place de l’arbre dans ces systèmes .. 70
13.2.1. Jardins de case.......................................................................................... 70
13.3. Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces ressources.............. 71
13.4. Valorisation des PFNL ................................................................................. 71
13.4.1. Etude de la structure diamétrique de quelques PFNL fruitiers en relation
avec leur tempérament et leur environnement ................................................................. 71
13.4.2. Possibilités de transformation et de commercialisation des PFNL.......... 72

Chapitre 14 Analyse de synthèse ............................................................................... 74


14.1. Recommandations ........................................................................................ 74
14.1.1. Mise en place d’activités communautaires ............................................... 74
14.1.2. Mise en place d’un verger communautaire ? ........................................... 74
14.1.3. La lutte contre les prédateurs ................................................................... 75
14.1.4. Faciliter le transport................................................................................. 76
14.2. Proposition d’un plan de zonage .................................................................. 77

CONCLUSION .................................................................................................. 78

BIBLIOGRAPHIE................................................................................................. I

ANNEXE ………………………………………………………………………………...I

Note
Les essences et les plantes citées dans le texte sont en général nommées par
leur nom pilote, voire par leur nom en fang. Une liste des noms latins,
accompagnée d’un index, est fournie dans l’Annexe 1.
Liste des figures

Figure 1. a) Localisation du Gabon sur la mappemonde et en Afrique


[[Link]]; b) Carte du Gabon [ANONYME, 2007 a] .............................. 3
Figure 2. Climat dans les principales villes du Gabon [FAO, 2000].................................... 4
Figure 3. Carte ethnolinguistique [CLIST, 1995]........................................................ 4 verso
Figure 4. Ressources naturelles et organisation administrative du Gabon [ANONYME,
2000 a]................................................................................................................................ 6
Figure 5. Les grands types de végétation de l’Afrique centrale atlantique (DE NAMUR,
1990, cité par DOUCET [2003]) : 1. Forêt inondée et marécageuse, 2. Mosaïque
forêt inondée, 3. Forêt dense humide sempervirente, 4. Forêt dense humide semi-
sempervirente, 5. Forêt claire zambézienne, 6. Forêts submontagnarde et
montagnarde, 7. Forêt sempervirente de transition vers un type semi-sempervirent,
8. Savanes et steppes, 9. Mosaïque forêt – savane, 10. Mosaïque forêt – savane –
forêt zambézienne, 11. Forêt à Marantacées, 12. Mangroves et forêts
inondées……………………………………………………………………………5 verso
Figure 6. Types floristiques régionaux [CABALLE, 1978]. ....................................... 5 verso
Figure 7. Organisation du domaine forestier national selon la nouvelle loi forestière
[DROUINEAU & NASI, 1999]........................................................................................ 9
Figure 8. Localisation des sites potentiels de mise en place de forêts communautaires
[DACEFI, 2004].............................................................................................................. 11
Figure 9. Schéma expliquant les notions de finage, terroir et jardin de case. .................. 14
Figure 10. Localisation du regroupement de villages dans la province de l’Ogooué-
Ivindo, Gabon. Carte préparée par SCHIPPERS [à paraître]. ................................. 15
Figure 11. Carte représentant le finage villageois défini par Schippers, les concessions
forestières environnantes (CFA et Rougier Gabon) et la zone dédiée à
l’établissement d’une forêt communautaire. ............................................................... 15
Figure 12. Carte du terroir de Mélané ....................................................................... 28 verso
Figure 13. Carte du terroir de Messé ......................................................................... 28 verso
Figure 14 Carte du terroir d’Ebé-Messé.................................................................... 28 verso
Figure 15. Carte présentant l’exploitation des ressources villageoises et le finage redéfini.
................................................................................................................................ 29 verso
Figure 16. Schéma d’un jardin de case type. ....................................................................... 35
Figure 17. Photos de malades le corps enduit de kaolin. La cordelette et la plume autour
de la tête désignent les malades ou les personnes en cours d’initiation..................... 42
Figure 18. a) Fruits de Coula edulis ; b) Amandes d’Irvingia gabonensis......................... 45
Figure 19. Ecoulement laiteux d’Alstonia boonei ................................................................ 47
Figure 20. Corps de garde, village de Mélané...................................................................... 50
Figure 21. Activité de vannerie au village d’Ebé-Messé ..................................................... 50
Figure 22. Initié fabricant une statuette en bois de Maesopsis eminii. Celle-ci sera offerte
au tradipraticien lors de la prochaine cérémonie bwiti. ............................................. 51
Figure 23. a) Préparation des bâtons de manioc dans les feuilles de Megaphrinium
macrostachyum. Une fois la pâte de manioc emballée dans les feuilles, les bâtons
ainsi constitués seront mis à bouillir. Ils seront alors consommés ou vendus. b) Les
feuilles de Megaphrinium macrostachyum peuvent aussi servir de « papier
aluminium naturel » pour la préparation de plats à l’étouffée. Ces « paquets » ainsi
constitués sont également vendus sur les marchés en ville. ........................................ 51
Figure 24. Murs d’une cuisine faite en bois de Xylopia aethiopica. ................................... 51
Figure 25. Structure de population du moabi............................................................ 52 verso
Figure 26. Sites de collecte du moabi, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie
par Rougier. .......................................................................................................... 52 verso
Figure 27. Légende du fond de carte (moabi)............................................................ 52 verso
Figure 28. Structure de population de l’engong. ....................................................... 53 verso
Figure 29. Sites de collecte de l’engong, avec en arrière plan sa carte de répartition
fournie par Rougier.............................................................................................. 53 verso
Figure 30. . Légende du fond de carte (engong). ....................................................... 53 verso
Figure 31. Structure de population de l’abam........................................................... 54 verso
Figure 32. Sites de collecte de l’abam, avec en arrière plan sa carte de répartition
fournie par Rougier.............................................................................................. 54 verso
Figure 33. Légende du fond de carte (abam). ............................................................ 54 verso
Figure 34. Structure de population de l’oboto........................................................... 55 verso
Figure 35. Sites de collecte de l’oboto, avec en arrière plan sa carte de répartition
fournie par Rougier.............................................................................................. 55 verso
Figure 36. Légende du fond de carte (oboto). ........................................................... 55 verso
Figure 37. Structure de population de l’onzabili....................................................... 56 verso
Figure 38. Sites de collecte de l’onzabili, avec en arrière plan sa carte de répartition
fournie par Rougier.............................................................................................. 56 verso
Figure 39. Légende du fond de carte (onzabili). ........................................................ 56 verso
Figure 40. Structure de population de l’essong. ........................................................ 57 verso
Figure 41. Sites de collecte de l’essong, avec en arrière plan sa carte de répartition
fournie par Rougier.............................................................................................. 57 verso
Figure 42. Légende du fond de carte (essong). .......................................................... 57 verso
Figure 43. Structure de population de l’ébom........................................................... 58 verso
Figure 44. Sites de collecte de l’ébom, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie
par Rougier. .......................................................................................................... 58 verso
Figure 45. Légende du fond de carte (ebom). ............................................................ 58 verso
Figure 46. Structure de population du manguier sauvage (andok)......................... 59 verso
Figure 47. Sites de collecte du manguier sauvage (andok), avec en arrière plan sa carte
de répartition fournie par Rougier. .................................................................... 59 verso
Figure 48. Légende du fond de carte (andok)............................................................ 59 verso
Figure 49. Structure de population de l’afane. .......................................................... 60 verso
Figure 50. Sites de collecte de l’afane, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie
par Rougier. .......................................................................................................... 60 verso
Figure 51. Légende du fond de carte (afane). ............................................................ 60 verso
Figure 52. Structure de population de l’ozigo. .......................................................... 61 verso
Figure 53. Sites de collecte de l’ozigo, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie
par Rougier. .......................................................................................................... 61 verso
Figure 54. Légende du fond de carte (ozigo).............................................................. 61 verso
Figure 55. Structure de population de l’amvout. ...................................................... 62 verso
Figure 56. Sites de collecte de l’amvout, avec en arrière plan sa carte de répartition
fournie par Rougier.............................................................................................. 62 verso
Figure 57. Légende du fond de carte (amvout).......................................................... 62 verso
Figure 58. Structure de population du noisetier du Gabon (coula)......................... 63 verso
Figure 59. Sites de collecte du noisetier, avec en arrière plan sa carte de répartition
fournie par Rougier.............................................................................................. 63 verso
Figure 60. Légende du fond de carte (coula). ............................................................ 63 verso
Figure 61. Proposition de zonage autour des zones villageoises. Cas particuliers d’Ebé-
Messé, villages pluri-lignager. ............................................................................. 76 verso
Liste des tableaux
Tableau 1. Structure des clans dans les villages étudiés [NDONGO NGUIMFACK, 2007]. ................... 17
Tableau 2. Résultats des recensements effectués [LECUIVRE, 2002 ; NDONGO
NGUIMFACK, 2007]. .......................................................................................... 19 verso
Tableau 3. Répartition sexuelle des tâches. Légende : + dominant ; +/- partagé ; -
minoritaire ; 0 nul. ............................................................................................... 27 verso
Tableau 4. Raisons invoquées pour la conservation des arbres dans les champs. . 31 verso
Tableau 5. Modalités de cogestion de certaines plantes retrouvées dans les jardins de
case................................................................................................................................... 36
Tableau 6. Distribution des arbres fruitiers au sein du terroir. Légende : XXX Très
fréquent ; XX Fréquent ; X Parfois ; 0 Rare ou nul. .................................................. 37
Tableau 7. Régulations possibles des rapports de l’homme à la terre et aux ressources
par les maîtrises foncières [adapté de LE ROY, 1996]. .................................... 37 verso
Tableau 8. Grille d'analyse des droits fonciers, en relation avec les arbres [DUPRIEZ &
DE LEENER, 1993].............................................................................................. 40 verso
Tableau 9. Résultats des questions 9, 13 et 14 du questionnaires d’enquête (Annexe 3).
Les chiffres indiquent le nombre de fois que le PFNL a été mentionné. La première
colonne indique ceux qui sont récoltés ; la deuxième, ceux qui sont constatés rares
ou disparus ; la troisième, ceux que les villageois souhaiteraient avoir en plus
grande quantité..................................................................................................... 43 verso
Tableau 10. Densité moyenne des essences selon les trois niveaux d’analyse (CFAD :
37195 ha ; Sud CFAD : 10772 ha ; Finage : 4833 ha). ................................................ 53
Tableau 11. Synthèse des résultats obtenus pour le moabi aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 54
Tableau 12. Synthèse des résultats obtenus pour l’engong aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 55
Tableau 13. Synthèse des résultats obtenus pour l’abam aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 56
Tableau 14. Synthèse des résultats obtenus pour l’oboto aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 57
Tableau 15. Synthèse des résultats obtenus pour l’onzabili aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 58
Tableau 16. Synthèse des résultats obtenus pour l’essong aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 59
Tableau 17. Synthèse des résultats obtenus pour l’ébom aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 60
Tableau 18. Synthèse des résultats obtenus pour l’andok aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 61
Tableau 19. Synthèse des résultats obtenus pour l’afane aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 62
Tableau 20. Synthèse des résultats obtenus pour l’ozigo aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 63
Tableau 21. Synthèse des résultats obtenus pour l’amvout aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 64
Tableau 22. Synthèse des résultats obtenus pour le coula aux trois niveaux d’étude
(CFAD, Sud CFAD et Finage)....................................................................................... 65
Tableau 23. Classement des essences de PFNL en fonction de nombre se sites de collecte
relevés. ............................................................................................................................. 65
Tableau 24. Classement des essences selon son statut. Pour les essences « sans
problème », une évaluation succinte de possibilité de commercialisation est
présentée.......................................................................................................................... 65
Tableau 25. Prix du transport vers quelques villes voisines............................................... 66
Tableau 26. Mode de transformation et temps de conservation des principaux PFNL
récoltés............................................................................................................................. 73
INTRODUCTION
L’application aux forêts tropicales du concept de foresterie sociale trouve son origine
suite aux problèmes liés à la séparation entre l’aménagement forestier et le contexte social qui
régit l’usage et le contrôle de l’espace forestier par les populations environnantes. C’est ainsi
que dans les années 70 sont entrepris les premiers efforts pour réintégrer la production et
l’aménagement forestiers dans le cadre des relations sociales.

Toutefois, les approches communautaires initiales de la foresterie sociale présentaient de


nombreuses insuffisances dont, entre autres [VON STIEGLITZ, 1999] :
- une approche communautaire caractérisée par une sous-estimation des conflits
potentiels entre les groupes d’intérêt et par une analyse insuffisante des régimes
fonciers et du statut des arbres ;
- une importance exagérée accordée au facteur subsistance, alliée à une certaine
frilosité dans la gestion des intérêts économiques des agriculteurs et dans le
développement d’une production forestière commerciale paysanne, et à une
tendance à sous-estimer l’économie de marché ;
- une tendance à établir une dichotomie entre la «foresterie classique – la mauvaise»
et la «foresterie sociale – la bonne».

L’aménagement forestier intégré, la cogestion des forêts et la gestion en


collaboration sont donc les fondements de cette nouvelle orientation.

La foresterie «sociale» couvre un certain nombre de dimensions «sociales». Elle peut


être «sociale» dans le sens où : elle cherche à provoquer des impacts en termes de
développement local à partir des produits des ressources forestières ; elle est socialement
intégrée ; elle a une configuration sociale ; ou elle contribue au changement social.
Ce changement social présente des facettes variées, d’ordre politique, économique,
ou liées à la gestion des conflits. La foresterie sociale et la gestion forestière centrée sur la
communauté peuvent présenter certains risques, tels que le danger de contribuer à une
utilisation non durable des ressources. L’engagement social de l’ensemble des acteurs est
nécessaire pour éviter ces risques.

L’engagement des communautés dans la gestion forestière est dorénavant un pilier


majeur de la plupart des programmes internationaux visant à soutenir le développement du
secteur forestier dans les pays tropicaux [BROWN, 1999]. Embrassant toute une série de
formes sociales de gestion forestière, les origines de la foresterie communautaire sont très
étroitement liées aux programmes lancés par les gouvernements, tels que la foresterie des
groupes d’usagers au Népal et la gestion forestière commune (Joint Forest Management) en
Inde [HOBLEY, 1996].

En Afrique centrale, le concept de foresterie communautaire s’est développé initialement


au Cameroun au milieu des années 90. Le Gabon s’est inspiré de la législation camerounaise
et s’est doté d’une loi riche en promesses quant à la gestion durable et sociale des massifs
forestiers par les populations locales (loi n°016/01 du 31 décembre 2001). Dans ce sens, la
nouvelle loi vise une exploitation durable des zones forestières et rend obligatoire
l’élaboration d’un plan d’aménagement, qui inclut, entre autres, la prise en compte des
populations locales et l’amélioration de leur cadre de vie. La foresterie communautaire offre

1
donc le potentiel de contribuer de manière positive à l’ amélioration des conditions de vie en
milieu rural et au recul de la pauvreté.

Le plan d’aménagement intégré a donc pour objectif d’éviter le risque de conflit


d’intérêt entre les divers groupes intéressés par la ressource tout en permettant une gestion
durable de celle-ci.

Les populations rurales d’Afrique centrale sont effectivement largement dépendantes des
produits issus de la forêt, que ce soit pour la sécurité alimentaire ou pour en retirer des
bénéfices. L’importance culturelle de ces produits, repris sous la dénomination scientifique de
PFNL ou PFABO, est telle que certains sont vendus à grande échelle dans les marchés
urbains.
Ainsi, des revenus non négligeables de l’extraction des PFNL peuvent être attendus.
Egalement, la collecte de PFNL peut contribuer à une diversification des sources de revenus
et détourner les populations rurales des activités illégales.

C’est dans ce contexte que le projet DACEFI (Développement d’Alternatives


Communautaires à l’Exploitation Forestière Illégale), en place au Gabon depuis le 1er janvier
2006, sensibilise les populations locales sur leurs droits et devoirs face à la nouvelle loi
forestière et se propose de promouvoir toutes les techniques simples concourant à la pratique
d’une agroforesterie durable.

*
* *

Le travail qu’on va lire se réfère à la situation en début de projet. Postérieurement à la


caractérisation du contexte socio-économique général, nous y procéderons à l’évaluation de
possibilités de valorisation des PFNL, et de l’impact de celle-ci sur le milieu naturel.
Sous l’intitulé de notre ouvrage « Appui à la valorisation des Produits Forestiers Non
Ligneux » se recoupent des observations opérées de plusieurs points de vue ; il faut en effet
recourir à une approche pluridisciplinaire pour comprendre l’imbrication des facteurs
conditionnant une bonne gestion des ressources naturelles par les communautés locales.

Notre point d’intérêt principal s’est centré sur la recherche des modalités de valorisation
des PFNL végétaux au sein d’un regroupement de villages gabonais en bordure d’un permis
forestier. Il s’agissait pour nous de problématiser une harmonisation possible entre
l’exploitation des PFNL par les populations locales et la mise à profit de la ressource en bois
par les compagnies forestières, dans le constant souci :

- d’éviter les conflits entre ces deux acteurs, dans le cadre d’une gestion concertée et
durable des ressources naturelles.

- de développer de nouvelles sources de revenus en vue de la diversification du tissu


économique local.

En résumé, ce travail qui recueille les enseignements de diverses disciplines -


agroforesterie, ethnobotanique, anthropologie, sociologie - concerne l’étude d’un milieu
social, de sa relation avec l’environnement, et de l’intérêt pour l’ensemble des intervenants
de régler leurs comportements en fonction des exigences d’un développement durable.

2
Chapitre 1 PRESENTATION DU GABON
1.1. Situation générale
Le Gabon se situe à l’ouest de l’Afrique Centrale dans le creux du golfe de Guinée. Ses
pays limitrophes sont la Guinée Equatoriale au nord-ouest, le Cameroun au nord-est et le
Congo-Brazzaville à l’est et au sud. A l’ouest, le pays longe la côte Atlantique sur
approximativement 885 km. Le territoire ainsi délimité couvre une superficie de 267.667 km²
incluse entre les latitudes 2°12’N et 3°55’S et entre les longitudes 8°20’ E et 14°40’ E
[SAYER et al., 1992].
Sur le plan administratif, le Gabon se divise en neuf provinces: Estuaire, Haut-Ogooué,
Moyen-Ogooué, Ngounié, Nyanga, Ogooué-Ivindo, Ogooué-Lolo, Ogooué-Maritime et
Woleu-Ntem. Chacune des 9 provinces est découpée en sous-divisions administratives dont
47 départements, 152 cantons, 50 communes, 26 arrondissements et 3.304 villages et
regroupements de villages (DGSEE, 2001 cité par GAUSSIN [2005]). Le village est la plus
petite structure administrative.
La capitale administrative du pays, Libreville, est située dans la province de l’Estuaire ;
la capitale économique du pays est Port-Gentil (Figure 1).

a) b)

) ) )

Figure 1. a) Localisation du Gabon sur la


mappemonde et en Afrique
[[Link]]; b) Carte du
Gabon [ANONYME, 2007 a]

1.2. Climat
Le climat du Gabon (Figure 2) est chaud et humide de type équatorial, avec une
moyenne thermique annuelle de 25,9°C. L’amplitude thermique annuelle est faible : elle est,
pour exemple, de 2,8°C à Libreville. La grande saison sèche, de juin à septembre, est
légèrement plus froide que le reste de l’année, et les mois de mars et avril sont souvent les
plus chauds [DROUINEAU & NASI, 1999].
Les précipitations varient de 1.400 mm, au nord-est et dans les régions de savanes, à
3.800 mm dans le nord-ouest [FRENKEN, 2005]. L’humidité atmosphérique est en

3
permanence élevée, variant entre 80 et 88%. Selon la classification de Köppen, le climat est
de type Am, caractérisé par une pluviométrie inférieure à 60 mm pendant un ou plusieurs
mois de l’année et des précipitations annuelles moyennes comprises entre 1.400 et 3.300 mm
[REITSMA, 1988].

Figure 2. Climat dans les principales villes du Gabon [FAO, 2000].


Au cours de l’année, il y a alternance de quatre saisons : la petite saison sèche de janvier
à février; la petite saison des pluies de mars à mai, la grande saison sèche de juin à septembre
et la grande saison des pluies d’octobre à décembre. A travers tout le pays, les effets de la
grande saison sèche sont tempérés par la couverture nuageuse persistante ainsi que par des
bruines dans les zones montagneuses faisant face à l’Atlantique. La durée de cette saison
sèche croît du nord-est au sud-ouest du pays.

1.3. Hydrographie
Le Gabon fait partie des pays du Bassin du Congo, région correspondant aux bassins
versants de trois fleuves principaux. Ceux-ci sont par ordre d’importance : le Congo (Congo
Brazzaville, Centrafrique, RDC), l’Ogooué (Gabon) et la Sanaga (Cameroun).
Le réseau hydrographique du Gabon est dense et comprend quasi l’entièreté du bassin
versant du fleuve Ogooué ainsi que ceux de plusieurs petits fleuves tels la Nyanga et le Komo.
Avec ses 1.200 km de long, l’Ogooué traverse le pays d’Est en Ouest et son bassin versant
(215.000 km², dont 90 % se trouvent au Gabon) couvre l’essentiel du pays, drainant 75 % du
territoire [FRENKEN, 2005]. Son importance à l’échelle du territoire explique ainsi que l’on
retrouve son nom dans plusieurs provinces du Gabon.

4
Figure 3. Carte ethnolinguistique [CLIST, 1995]

4 verso
1.4. Géomorphologie et pédologie
Du point de vue géomorphologique, on distingue trois grands ensembles structuraux
[DROUINEAU & NASI, 1999] :
- le bassin sédimentaire côtier : cette plaine de 50.000 km² correspond au
recouvrement du socle Précambrien-Archéen par des sédiments côtiers du primaire
au Néocène. D’un relief peu développé, elle comporte d’importants dépôts sableux
tandis que les roches sédimentaires sous-jacentes renferment du pétrole.
- les chaînes montagneuses : les failles du vieux socle précambrien-Archéen
donnent naissance aux Monts de Cristal au nord-ouest alors que les reliefs du sud-
ouest (massif du Chaillu et Mayombe) d’origine cristalline ou sédimentaire, ont été
mis en valeur par le jeu de l’érosion.
- les plateaux batékés de l’est, coupés de vallées profondes, ont été constitués par les
dépôts éoliens sableux au cours de l’Eocène.
Le Gabon est essentiellement un pays de plateaux et de collines, et dépourvu de fortes
altitudes. Son point culminant, le mont Milondo, dépasse à peine les 1.000 m.
Les grands ensembles pédologiques sont à relier avec les unités géologiques mises en
évidence ci-dessus. Dans leur grande majorité, les sols appartiennent à la famille des sols
ferralitiques fortement désaturés.

1.5. Démographie et ethnolinguistique


Selon le recensement de la population effectué en 1993, le Gabon comptait un total d’un
peu plus d’un million d’habitants, dont seulement 27 % vivaient en milieu rural. En 2004,
cette population était estimée à 1,35 million d’habitants dont 15 % de ruraux. Le taux de
croissance démographique annuel pour la période 1997-2003 s’élevait à 2,3 %.
La densité moyenne est d’environ 5 habitants/km² avec néanmoins de grosses disparités
régionales et une forte concentration dans les trois principaux centres urbains (Libreville,
Port-Gentil et le triangle Franceville-Moanda-Mounana). Ainsi, la densité rurale n’est que
d’un habitant/km² [FRENKEN, 2005].
Le Gabon se caractérise par une population urbaine et jeune. Un tiers de la population a
moins de 15 ans et seulement 6 % ont plus de 65 ans [ANONYME, 2007 b]. L’âge médian est
de 18,6 ans.
En 1993, le taux de chômage s’élevait à 18 % au niveau national ; en 1996 il était de
21,6 % à Libreville et de 30,7 % à Port-Gentil. On estime qu’à Libreville et à Port-Gentil (70
% de la population urbaine) près de 20 % des personnes vivent en dessous du seuil de
pauvreté absolue (29 000 FCFA/mois = 44,20 €/mois1). Cette pauvreté se manifeste surtout à
travers la précarité des conditions de vie et l’insécurité alimentaire [FRENKEN, 2005].
Le Gabon compte aussi plus ou moins 11 % d’immigrants (15 % en considérant
l’immigration clandestine), soit environ 150.000 personnes, dont près de 10.000 Français qui
détiennent une grande partie des secteurs culturels et commerciaux. On trouve aussi des
Libanais, des Nigérians, des Togolais, des Camerounais et d’autres nationalités venues
s’installer au Gabon (LECLERC, 2002 cité par GAUSSIN [2005] )
Le peuple gabonais est composé d’une cinquantaine d’ethnies, la plupart de culture
Bantou. Cette mosaïque d’ethnies est le fruit de plusieurs courants migratoires qui ont fini par
s’interpénétrer. Ainsi, la délimitation des espaces linguistiques actuels est la résultante de
toute une série de migrations de groupes humains, imposant leur langue aux populations
assimilées, adoptant la langue des populations rencontrées ou encore optant pour un métissage
linguistique (Figure 3). Le nombre de groupes ethnolinguistiques varie selon la classification

1
1€ = 656 FCFA

5
envisagée, il est compris entre 35 (classification de Guthrie) et 62 (classification de Kwenzi
Mikala) [IDIATA, 2002].
L’ethnie majoritaire est l’ethnie des Fang (32 %). Le pays compte aussi parmi les ethnies
les plus représentées : les Mpongwè (15 %), les Mbédé (14 %), les Punu (12 %).
Les pygmées, les Kota et les Fang partagent une structure sociale patrilinéaire tandis que
le groupe Mbété et le groupe Mérié pratiquent le matriarcat. Chez les groupes Okandé et
Myéné par contre on trouve les deux systèmes de filiation (LECLERC, 2002 cité par
GAUSSIN [2005])

1.6. Economie
L’économie du Gabon repose largement sur des ressources naturelles non renouvelables
comme le pétrole et les minerais (Figure 4), et des ressources naturelles renouvelables dont
beaucoup sont dérivées de ses forêts.
Le Gabon est un pays minier très riche : pétrole, uranium, fer, zinc, argent, or, diamants
et surtout manganèse (4ème producteur et 3ème exportateur mondial avec des réserves évaluées
à 200 millions de tonnes). L’exploitation minière constitue la première ressource économique
du pays, principalement avec le pétrole. L’or noir peut ainsi représenter jusqu’à 80 % des
revenus d’exportations, contribuer à plus de 40 % du PIB annuel du pays et compter pour
plus de 50 % des recettes budgétaires de l’État [ASSOUMOU NDONG, 2003]. Le PIB du
Gabon, de 3.152,5 milliards FCFA (estimations de 2002) [ANONYME, 2007 b], est un des
plus élevé de l’Afrique. Cependant, l’économie du Gabon est fragile car elle est très peu
diversifiée et nettement dépendante des cours mondiaux du pétrole, du dollar américain et de
l’euro. C’est une économie de rente, extravertie et lourdement endettée.

Figure 4. Ressources naturelles et organisation administrative du Gabon [ANONYME, 2000 a].

6
Figure 5. Les grands types de végétation de l’Afrique centrale atlantique (DE NAMUR, 1990, cité par
DOUCET [2003]) : 1. Forêt inondée et marécageuse, 2. Mosaïque forêt inondée, 3. Forêt dense humide
sempervirente, 4. Forêt dense humide semi-sempervirente, 5. Forêt claire zambézienne, 6. Forêts
submontagnarde et montagnarde, 7. Forêt sempervirente de transition vers un type semi-sempervirent, 8.
Savanes et steppes, 9. Mosaïque forêt – savane, 10. Mosaïque forêt – savane – forêt zambézienne, 11. Forêt
à Marantacées, 12. Mangroves et forêts inondées.

Figure 6. Types floristiques régionaux [CABALLE, 1978].

6 verso
L’agriculture est peu développée. Les surfaces cultivées sont réduites et évaluées à 5 %
de la superficie totale du pays. Cette agriculture est essentiellement une agriculture
traditionnelle diffuse, souvent vivrière. Malgré la présence de quelques unités agro-
industrielles très modernes, la balance commerciale agricole est nettement déficitaire et les
importations couvrent 60 % des besoins alimentaires.
L’engorgement récent des marchés des hydrocarbures et l’épuisement progressif des
réserves pétrolières du Gabon ont contraint l’Etat gabonais à procéder à une diversification de
son économie sous peine d’entrer dans une phase de récession durable [ANONYME, 2000 a].
De nouveaux espoirs ont été placés dans le secteur forestier, 2ème richesse du pays, pour
contribuer au développement durable de l’économie nationale [WRI, 2000]. L’industrie du
bois est le deuxième employeur gabonais (près de 28 % de la population active) après l’Etat et
la deuxième participation au PIB après le pétrole, bien qu’étant loin derrière (2,8 % du PIB
contre près de 30 % pour le secteur pétrolier) [DOUCET, 2003].

1.7. La forêt et le secteur forestier


1.7.1. La richesse biologique des forêts gabonaises
« Du point de vue floristique, par le nombre des genres et des espèces, par celui
d’espèces endémiques aussi, le Gabon est vraisemblablement l’un des secteurs les plus riches,
peut-être le plus riche, de ce vaste ensemble forestier africain » [WILKS, 1990].
En effet, le domaine gabono-camerounais est la zone la plus riche en nombre d’espèces
par unité de surface de toute l’Afrique tropicale. On estime qu’il existe au moins 6000 espèces
de plantes au Gabon et environ 19 % d’entre elles sont considérées comme endémiques
[WILKS, 1990].
Le Gabon présente également une riche faune forestière mammalienne avec 130 espèces
dont pas moins de 19 espèces différentes de primates. L’avifaune compterait quant à elle 623
espèces avec une forte proportion d’espèces sédentaires forestières (approximativement 270
espèces) endémiques du bassin congolais.
La grande richesse du Gabon aussi bien floristique et faunistique explique la création des
nombreuses zones protégées et des parcs naturels ; En 2002, lors du Sommet de
Johannesburg, le président gabonais a annoncé la mise en réserve de 10 % du territoire,
hissant son pays parmi ceux dont la surface protégée est la plus élevée au monde.

1.7.2. Les écosystèmes forestiers du Gabon


Avec une superficie forestière estimée à 220.000 km², soit plus de 80 % de la surface
totale du pays, le Gabon possède un des taux de boisement les plus élevés du monde tropical
en ce qui concerne la forêt dense. Celle-ci abrite la plupart des écosystèmes forestiers guinéo-
congolais et est donc pourvue d’une grande richesse spécifique et d’un niveau élevé
d’endémisme.
La majorité du territoire est couverte par une forêt dense humide (Figure 5), qui peut être
divisée en deux catégories : la forêt sempervirente côtière hygrophile et la forêt sempervirente
de transition vers les types semi-sempervirents (Figure 6).

1.7.3. Le potentiel économique des forêts gabonaises


Le secteur forestier jouit d’un potentiel énorme en matière de revenus économiques
pouvant être gérés de façon durable. L’importance de rentabiliser rationnellement les
ressources forestières et d’encourager la transformation locale a amené l’Etat gabonais à
repenser le régime de l’exploitation [ANONYME, 2000 a].

7
Parmi les nombreuses espèces qui composent la forêt, seules quelques unes sont
exploitées. La principale est l’okoumé (Aukoumea klaineana), qui représentait au début des
années 90 environ 2/3 de la production et des exportations. L’okoumé et l’ozigo (Dacryodes
buettneri) sont les essences destinées à la fabrication de contreplaqué, celles destinées au
sciage sont regroupées sous le nom générique de « bois divers ». Parmi ces dernières, on
compte comme principales essences exploitées le padouk, le moabi et le kevazingo.
Actuellement, la production relative d’okoumé baisse légèrement alors que celle des bois
divers augmente plus significativement. Cette évolution peut s’expliquer par une volonté de
diversifier les essences mais aussi par un marché favorable pour les bois divers. Une autre
explication est l’ouverture de permis forestiers au delà de la zone de répartition de l’okoumé
(au nord du pays) [DEMARQUEZ, 2006].

1.7.4. Vers une gestion durable des forêts gabonaises : la réforme du


code forestier du 31 décembre 2001
Depuis quelques années, sous l’impulsion des bailleurs de fonds, les pays d’Afrique
centrale ont entamé une refonte complète de leur code forestier. Les réformes engagées
intègrent des concepts clés comme l’exploitation et l’aménagement durable des massifs ou la
participation des populations à la gestion forestière.
Le Gabon a ainsi adhéré à diverses conventions internationales en rapport avec la gestion
rationnelle des milieux naturels :
- La souscription aux recommandations issues de la conférence des Nations Unis sur
l’environnement et le développement (Rio de Janeiro, Brésil) en 1992 ;
- La souscription à l’Accord International sur les Bois Tropicaux (AIBT) de 1993,
visant à assurer de façon soutenue l’utilisation et la conservation des forêts
tropicales ;
- La souscription à l’Agenda 21, objectif OIBT en 1990, visant à généraliser à
l’horizon 2000, la commercialisation des bois issus des forêts aménagées ;
- La souscription aux résolutions du protocole de Kyoto (Japon) de 1997 :
instrument juridique qui impose aux Etats les plus industrialisés de réduire leurs
émission des gaz à effet de serre.

Le décret n° 559/PR/MEFE du 12 juillet 1994 portant sur les coupes familiales, constitue
le premier pas d’intégration des communautés locales dans la gestion forestière : un permis
par pieds d’arbres (100 pieds max.) était délivré au chef de famille sur les forêts de son
territoire traditionnel (dans une limite de 5 km de part et d’autre de la route). La loi précise
que « la coupe familiale est exclusivement réservée aux personnes physiques gabonaises
résidant en permanence en milieu rural ». Cependant, une dérogation était possible sous
réserve d’une autorisation spéciale du directeur général des Eaux et Forêts. Cette voie était
couramment employée par les bénéficiaires de coupes familiales qui, en raison du manque de
matériel, passaient des contrats d’exploitation avec des sociétés forestières. Avec l’instabilité
du secteur bois et l’exigence de plus en plus pressante de plans d’aménagement, les
entreprises forestières se sont tournées de plus en plus vers ces ressources situées en dehors de
leurs concessions sous aménagement et ont, sous couvert de la légalité, spolié les
communautés locales de leurs ressources en bois. Les contrôles du volume prélevé étaient
rares en raison de manque de moyens matériels, financiers et humains des pouvoirs publics en
charge de la gestion forestière.
Une révision du code forestier s’avérait nécessaire afin d’impliquer et de responsabiliser
les communautés locales et le secteur forestier à la gestion et la conservation des ressources
naturelles.

8
La réforme du code forestier gabonais a été promulguée le 31 décembre 2001
[ANONYME, 2001]. Elle définit un cadre réglementaire résolument orienté vers la gestion
durable du patrimoine forestier gabonais. Cette nouvelle législation suit les premiers pas
lancés par le Cameroun dont la révision du code forestier date de 1995.
Le domaine forestier national a été redéfini en considérant d’une part le domaine
forestier permanent de l’Etat et d’autre part le domaine forestier rural. Le domaine forestier
permanent de l’Etat comprend les forêts domaniales classées et les forêts domaniales
productives enregistrées ; le domaine forestier rural comprend les terres et forêts dont la
jouissance est réservée aux communautés villageoises (Figure 7).
Cette refonte comporte ainsi de nombreuses innovations, dont les deux principales sont
la mise sous aménagement des forêts domaniales productives et la possibilité de création, au
sein du domaine forestier rural, d’un sous ensemble de forêts communautaires, géré de façon
spécifique et intégrant la participation des populations à cette gestion (art 22).

Figure 7. Organisation du domaine forestier national selon la nouvelle loi forestière [DROUINEAU &
NASI, 1999].
Toute forêt domaniale doit présenter un plan d’aménagement intégrant les objectifs de
protection des écosystèmes, de conservation de la biodiversité ainsi que la régularité de la
production. Ceci implique une bonne connaissance des potentialités de la forêt et de ses
capacités de régénération. Les travaux d’aménagement sont à la charge du concessionnaire,
tandis que le contrôle et le suivi du plan d’aménagement et d’industrialisation sont du ressort
de l’administration des Eaux et Forêts et des autres administrations compétentes.
Les différents types de permis définis par le code forestier sont :

9
- les Concessions Forestières sous Aménagement Durable (CFAD) : un même
concessionnaire ne peut pas être attributaire de plus de 600.000 ha au total.
- les Permis Forestiers Associés (PFA) : d’une surface inférieure à 50.000 ha, ces
permis sont attribués exclusivement à des gabonais. Ces permis doivent être
associés à une CFAD pour être aménagés, soit par intégration dans le plan
d’aménagement d’une CFAD, soit par regroupement de PFA pour la constitution
d’une CFAD. Ces permis sont attribués pour la durée d’une rotation fixée au
minimum à 20 ans.
- les Permis de gré à gré : également réservée aux nationaux, ce type de coupe porte
sur 50 pieds dont le produit est dédié à des fins de transformation locale.

L’autre grande innovation de la loi est la possibilité de créer dans le domaine forestier
rural des forêts communautaires. Celles-ci sont créées à la demande d’un village, d’un canton
ou d’un département dans l’intérêt des communautés villageoises concernées (art. 157). Les
travaux de délimitation, de classement et d’aménagement des forêts communautaires sont
réalisés gratuitement par l’administration des Eaux et Forêts (art 159). L’exploitation est
subordonnée à un plan simplifié d’aménagement durable, dit « plan simple de gestion » (PSG)
(art 158), réalisé en régie ou en fermage par les communautés villageoises (art 160). Les
revenus engendrés par l’exploitation reviennent à la communauté (art 161).
Enfin, la politique gabonaise en matière environnementale souhaite renforcer son réseau
d’aires protégées. Des projets sont également en cours pour évaluer les possibilités de
développement de nouvelles sources de revenus à travers le développement du tourisme de
nature ou la valorisation de Produits Forestiers Non Ligneux et de la biodiversité.
Si à ce jour une avancée considérable est visible sur l’évolution du processus
d’élaboration des plans d’aménagement des forêts domaniales productives au Gabon, force est
de constater que la mise en route de la pratique de la foresterie à caractère social demeure
encore lettre morte. Ainsi, pour répondre à cette préoccupation, le projet Développement
d’Alternatives Communautaires à l’Exploitation Forestière Illégale, DACEFI en abrégé, vient
en appui aux communautés locales, et se propose de tester au Gabon, de manière pratique, ce
point de la nouvelle législation encore méconnu.

Chapitre 2 PRESENTATION DU PROJET DACEFI ET DES


PARTENAIRES
Le projet « Développement d’Alternatives Communautaires à l’Exploitation Forestière
Illégale » s’intègre dans le programme « Forêts Tropicales et Autres Forêts dans les Pays en
Développement ». Il est soutenu par la Commission Européenne (Action Communauté
Européenne ENV/2004-81135) et mis en œuvre conjointement par le WWF-CARPO,
l’association, sans but lucratif de droit belge Nature+ et le Laboratoire de Foresterie Tropicale
et Subtropicale de la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux
(FUSAGx), Belgique. Ce projet a démarré officiellement le 1er janvier 2006 pour une durée
de trois ans.
Le projet vise à contribuer à la gestion durable des massifs forestiers d’Afrique centrale
par la promotion d’approches de foresteries sociales et communautaires, alternatives à
l’exploitation illégale des massifs. Les actions se développent en Afrique centrale, et plus
particulièrement au nord-est du Gabon dans la province de l’Ogooué-Ivindo en périphérie du
Parc National de Minkébé et au Cameroun dans la province de l’Est. Les régions de ces deux
pays, de par leurs nombreux parcs et réserves naturels, présentent un haut potentiel
d’implantation de forêts communautaires (Figure 8).

10
Les objectifs globaux de ce projet peuvent se formuler comme suit :
- Les massifs forestiers d’Afrique centrale sont gérés plus durablement.
- Les emplois et revenus des populations riveraines sont augmentés.
- L’exploitation illégale et abusive (y compris braconnage) est réduite.

En vue d’atteindre ces objectifs, cinq résultats sont attendus :


1. De nouvelles Forêts Communautaires (FC) dotées de plans de gestion durable
sont créées.
2. Les ressources des FC sont améliorées.
3. Les ressources forestières sont davantage valorisées au bénéfice de la
population.
4. Les capacités locales de gestion des FC sont renforcées.
5. Les expériences et leçons tirées de la foresterie communautaire sont
capitalisées et diffusées.

Figure 8. Localisation des sites potentiels de mise en place de forêts communautaires [DACEFI, 2004].
Après un an et demi d’exercice sur le terrain, le projet peut se féliciter des nombreuses
avancées. Alors qu’au Cameroun le projet travaille déjà en partenariat avec treize FC à
différents stades d’avancement et appuie à la rédaction de nombreux Plan Simple de Gestion
(PSG), l’assistance technique au Gabon œuvre dans sept villages pilotes en y effectuant toutes
les études préliminaires à la mise en place des FC. Ainsi, dans la région de Makokou, trois
axes d’intervention ont été choisis. Cette répartition correspond aux trois grands groupes
ethnolinguistiques de la province de l’Ogooué-Ivindo : les Fang (axe Makokou-Lalara), les
Kota, y compris Mahongwé et Shamai, (axe Makokou-Mékambo) et les Kwélé (axe
Makokou-Mvadi).

11
Dans les villages ciblés, le projet vise à assurer au niveau institutionnel (administration
des forêts et ONG locales) et sur le terrain (échelon villageois) la promotion de la foresterie
sociale et d’informer les populations locales quant à leurs droits et devoirs dans la nouvelle
loi. Parallèlement il se propose aussi de promouvoir sur le terrain toutes les techniques
simples visant la pratique d’une agroforesterie durable permettant la diversification du tissu
socio-économique local. Enfin, il ambitionne de tester la mise en place de trois forêts
communautaires pilotes en périphérie du Parc national de Minkébé (Figure 8).
La mise en place des FC implique :
- d’appuyer une gestion durable des forêts en impliquant les population ;
- d’améliorer la vie des populations en augmentant les emplois et revenus
forestiers ;
- de protéger l’environnement en développant des alternatives à l’exploitation
illégale et abusive des forêts.

A cet effet, un fascicule de vulgarisation de la loi forestière sur les FC a été rédigé et le
projet aide les communautés villageoises dans leurs démarches vis-à-vis de l’administration
forestière. Aussi des stages de formation ont été dispensés dans les villages (techniques de
greffage et marcottage, reconnaissance des essences forestières commerciales…) afin de
développer sur le plan technique la viabilité du projet. Ces interventions se font à chaque fois
avec des partenaires locaux, qu’ils soient du domaine public (Etat, administration des Eaux et
Forêts, etc.) ou privés (exploitants forestiers, entreprises, centres de formation, experts, etc.)
Enfin, le projet encadre des étudiants gabonais (de l’Ecole Nationale des Eaux et Forêts,
ENEF) et belges (de la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux,
FUSAGx) pour leur mémoire de fin d’étude notamment.

C’est de la volonté d’appliquer ces mesures qu’est née la collaboration entre Rougier et
les ONG (WWF et Nature+). La CFAD de l’Ogooué-Ivindo de Rougier Gabon se trouve en
effet dans la zone d’implantation potentielle de FC, et notamment au niveau du regroupement
de villages Ebé-Messé-Mélané. L’action conjointe des partenaires rassemble les éléments
nécessaires pour apporter un appui technique aux communautés villageoises.

Chapitre 3 QUELQUES DEFINITIONS


3.1. PFNL
PFNL est l’acronyme de Produit Forestier Non Ligneux. Selon la définition de la FAO
[1999], nous entendrons par PFNL les « biens d’origine biologique autres que le bois, dérivés
des forêts, des autres terres boisées et des arbres hors forêt ». Le terme de PFNL est large, car
il reprend tous les produits issus de la chasse, la pêche et la cueillette… et sa définition en tant
que produit non ligneux n’est pas tout à fait adaptée car ce terme reprend notamment des
produits ligneux. Cette erreur provient de la traduction du terme anglais NTFP « Non Timber
Food Product », où « timber » désigne bien le bois, mais le bois exclusivement destiné à
l’exploitation forestière. Pour pallier cette erreur, un autre acronyme a été présenté : PFAB
« Produit Forestier Autre que le Bois d’œuvre ». Cependant, bien que cette nouvelle
dénomination commence à percer au niveau scientifique, l’usage du terme PFNL reste courant
malgré les travers de sa traduction. Par convention (puisqu’il faut en établir une), nous
emploierons dans ce mémoire le terme de PFNL.

3.2. Terroir
La définition du terroir utilisée dans ce travail provient de l’ouvrage de KARSENTY &
MARIE (1997), cité par VERMEULEN & CARRIERE [2001]. Le terroir reprend

12
l’« ensemble des terres soumises au cycle cultural (compris les jachères et recrûs forestiers),
divisés en lots géométriques assignés. » Plus schématiquement, le terroir désigne la « portion
du finage où les logiques d’occupation du sol sont dominantes. » [VERMEULEN &
KARSENTY, 2001].
DUPRIEZ & DE LEENER [1993] précisent cette notion en considérant le terroir comme
« un ensemble géographique local dans lequel les habitants se reconnaissent et s’identifient en
vertu de relations régulières : relations de voisinage, relations foncières, relations d’échange,
de biens ou de services, relations politiques ou administratives. […] Les habitants d’un même
village sont en effet impliqués de façon différente dans l’espace villageois selon qu’il s’agit
de la langue, du lignage, de l’appartenance socio-politique, de la commercialisation des
produits, de la propriété foncière, de la religion, etc. ».

3.3. Finage
Le finage désigne les réserves foncières en forêt sur lesquelles s’exercent les droits
d’usage coutumiers (chasse, pêche, cueillette, pâturages, lieux de culte et éventuellement,
vestiges patrimoniaux) d’une communauté. Il exprime un territoire non borné où les usages
d’une communauté s’affaiblissent au profit d’une autre suivant une représentation
topocentrique, où proximité et éloignement des lieux d’habitation sont les références
dominantes [VERMEULEN & KARSENTY, 2001].
L’identification des finages dans le cadre d’un aménagement durable devient aujourd’hui
incontournable car cet aménagement n’est plus seulement purement technique, et implique de
connaître les autres usages de l’espace et des ressources. L’identification de finages villageois
renvoie donc à la nécessité de considérer la forêt comme l’imbrication d’espaces, de réseaux
et de points conventionnels car la gestion d’une forêt n’est pas une activité séparée des autres
aspects de la vie quotidienne avec ses relations économiques, sociales ou familiales.

3.4. Agriculture sur brûlis


L’agriculture pratiquée dans la zone est de type semi-itinérante et sur brûlis (les villages
étant sédentarisés). Elle associe successivement de nombreuses cultures dans le temps et
dans l’espace. La culture d’ouverture après l’abattage, à savoir le concombre, est suivie de
l’arachide puis des cultures vivrières amylacées, le manioc, le plantain, l’igname, ainsi qu’une
multitude de plantes condimentaires et de plantes médicinales. La caractéristique principale
de l'agriculture chez les Fang Ndzaman, tout comme les Fangs Ntumu décrit par CARRIERE
[1999], réside dans le fait qu'ils ne pratiquent qu’un seul cycle d’arachides sur une même
terre, contrairement à leurs voisins les Mvae et Badjoué du sud Cameroun (De Wachter,
1997).
L’utilisation des terres dans l’espace et dans le temps présente une structure en mosaïque
au sein du terroir agricole, où différentes bandes de terres sont allouées à chaque famille. Ce
type de mise en valeur des terres induit au sein du terroir agricole une mosaïque complexe de
régénération associant autant d’itinéraires culturaux que de sites mis en culture dans des
situations écologiques variées. La superposition de chaque zone d’activités de subsistance
(chasse, pêche, cueillette et agriculture) fait preuve d’une utilisation adaptée de l’espace et du
temps. Dans ce contexte d’économie de subsistance diversifiée, les déplacements semblent
jouer un rôle limitant pour les activités à mener chaque jour [CARRIERE, 1999]. Le
chevauchement spatial des activités permet aux villageois de s’acquitter de nombreuses tâches
lors d’un seul et même déplacement quotidien vers les champs vivriers (vérification des
pièges, chasse, cueillette, collecte des produits vivriers et entretien des cultures). De ce fait, ils
optimisent le travail et l'exploitation de chacun des déplacements.

13
« L’agriculture itinérante servira de marqueur dans la constitution d’un territoire
(lignager, clanique, ou ethnique), c’est-à-dire à la fin du processus migratoire »
[VERMEULEN & KARSENTY, 2001].

3.5. Jardin de case


On entend par « jardin de case », les végétaux, spontanés ou non, qui se trouvent dans
l’enceinte du village aux abords immédiats des habitations, et qui ont un intérêt culinaire,
médicinal ou ornemental.
Les jardins de case constituent un type particulier d’agroforêt. En fonction de leur
localisation, ces systèmes présentent une combinaison d’espèces ligneuses et d’espèces à
cycle court très variables. En zone tropicale humide, les bananiers, papayers, taros, manioc,
manguiers, avocatiers, y sont bien représentés [MARY & BESSE, 1996].

La Figure 10 illustre les notions de terroir, de finage et de jardin de case.

Figure 9. Schéma expliquant les notions de finage, terroir et jardin de case.

Chapitre 4 PRESENTATION DE LA ZONE D’ETUDE


4.1. Situation géographique et administrative
L’étude s’est déroulée dans le regroupement villageois d’Ebé-Messé-Mélané.
Administrativement, il se situe dans le canton de Bélem dépendant du département de la
Mvoung dans la Province de l’Ogooué-Ivindo. Le regroupement est composé de deux
villages, Ebé-Messé et Mélané, tous deux sous l’autorité d’un chef de village différent. Un
chef de regroupement représente l’entité d’Ebé-Messé-Mélané. Celui-ci habite le hameau de
Messé qui se situe entre les deux villages, à 4 km d’Ebé-Messé et 6 km de Mélané. Le chef de
canton, représentant des sept villages composant le canton de Bélem, siège au village d’Ebé-
Messé.
Le regroupement de villages ainsi composé est l’un des plus étendus de la région et
s’étend sur près de 14 km le long de l’axe routier Lalara-Ovan.

14
Figure 10. Localisation du regroupement de villages dans la province de l’Ogooué-Ivindo, Gabon.
Carte préparée par SCHIPPERS [à paraître].
Le regroupement se situe en bordure de deux permis forestiers : au niveau de la zone
d’étude, le permis situé au Sud de l’axe routier Lalara-Ovan est exploité par la société CFA,
(Compagnie Forestière des Abeilles, anciennement SHM, Société de la Haute Mondah), le
permis au Nord de cette route est exploité par la société Rougier Gabon (anciennement
exploité par la SHM). Rougier a soustrait de son permis une bande large de cinq kilomètres à
partir du bord de la route pour permettre l’aménagement d’une forêt communautaire. Cette
bande est représentée en vert sur la carte ci-dessous (Figure 11 ).

Figure 11. Carte représentant le finage villageois défini par Schippers, les concessions forestières
environnantes (CFA et Rougier Gabon) et la zone dédiée à l’établissement d’une forêt communautaire.

15
4.2. Ethnolinguistique locale
La population des villages étudiés est entièrement composée de Fangs, ethnie
majoritairement présente dans la région.
Le peuple fang forme un groupe ethnique de langue bantoue, divisé en sous-groupes. La
diversité des sous-groupes est à l’origine des variations linguistiques que l’on peut retrouver
entre les différents peuples fangs. Les fangs nzaman constituent un de ces sous-groupes et
sont ceux que l’on retrouve dans la zone d’étude (Figure 3, p.4 verso). Selon la classification
de Guthrie, leur code d’identification ethnolinguistique est A75E [MAHO, Rédaction en
cours]. Selon les anciens rencontrés dans les villages, leurs ancêtres se trouvaient dans le
Woleu-Ntem et auraient migré à l’intérieur du Gabon en suivant les cours d’eau à travers la
forêt.

4.3. Organisation socio-culturelle


4.3.1. Le système patrilinéaire et les relations de parenté
L’organisation familiale des Fangs est de type patrilinéaire polygame. L’ascendance
repose sur un ancêtre masculin commun et l’unité familiale est composée d’un chef de
famille, qui a autorité sur celle-ci, accompagné d’une ou plusieurs femmes, de leurs enfants et
éventuellement de collatéraux (frère, grand-père, …). Les relations de parenté sous-tendent et
coordonnent tous les aspects de la vie sociale et économique des populations [LECUIVRE,
2002].
Aujourd’hui, le système d’organisation socio-culturelle est en pleine mutation, influencé
par le métissage des ethnies et le modèle occidental concentré sur la famille nucléaire. Il se
situe donc entre ces diverses influences, chaque famille l’adaptant à sa façon. Cependant, dans
les villages rencontrés lors de l’étude, on peut dire que le système traditionnel est encore
prépondérant. Il est d’ailleurs à ce point présent que l’autorité du chef du lignage prédomine
largement sur celui du chef administratif, le chef de village.
On peut également noter que certains lignages sont plus influents que d’autres au sein
d’un même village. Ceci est peut-être dû à l’effectif (Selon NDONGO NGUIMFACK
[2007], 80% des habitants du village d’Ebé-Messé sont représentés par les membres du clan
Yébé et sont les plus influents alors qu’ils ne sont pas originaires de la zone).

4.3.2. Structure des clans


La structure sociale est organisée en clans (ayoug) qui sont organisés en lignages (ada)
puis en familles (au sens d’une famille élargie, nda bot).
Le lignage est l’unité sociale de référence par rapport à laquelle se situe un individu au
sein de sa communauté rurale. On parle ici de patrilinéage puisque le rapport de filiation se
définit par rapport au père. Les lignages se regroupent en clans lorsqu’ils reconnaissent un
ancêtre commun [DUPRIEZ & DE LEENER, 1993]. Le clan comprend « l’ensemble des
descendants patrilinéaires d’un ancêtre commun, les enfants naturels des filles qui en font
partie et les adoptés » [ALEXANDRE & BINET, 1958, cité par DEGEYE & MANIGART,
2001]. Chaque clan est ici d’origine fang (Tableau 1).
Le village de Mélané et le hameau de Messé sont tous deux occupés par un seul clan,
respectivement les Essakan et les Okak. Le village d’Ebé-Messé comprend les familles des
trois autres clans (Yébé, Ebissa et Ebidom), ainsi qu’une veuve du clan Essakan.

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Tableau 1. Structure des clans dans les villages étudiés [NDONGO NGUIMFACK, 2007].
Village Clan Lignage Segment
Ebé-Messé EBISSA - Ndzeboure
- Nsalane
Ebé-Messé EBIDOM Essobame
Ebé-Messé YÉBÉ - Essifone - Essa Eyeghe Eyogho
- Essa Eyeghe Binkok
- Essa Nkon-nenen
- Essono
Ebé-Messé OKAK Essa Okwal
Mélané ESSAKAN Essa Engone Ekoune

La présence des différents lignages dans les villages résulte de migrations provoquées
par le système de production coutumier : le village était déplacé après quelques années suite
aux contraintes exercées par l’agriculture itinérante, la cueillette, la chasse et la pêche. De
plus, au début du 20ème siècle, les villages situés en forêt ont été déplacés par
l’administration coloniale et regroupés au bord de la future route Lalara-Ovan. Ce
déplacement des populations les rendaient alors accessibles à l’administration coloniale qui
lança le développement de l’agriculture, du commerce et de l’éducation. Selon le récit des
anciens, l’installation des villages au bord de la route permit également à l’administration
coloniale d’employer les villageois pour la construction de la route.

4.3.3. Le culte initiatique populaire : le bwiti


Le bwiti est une religion occulte actuellement répandue dans tout le Gabon, et en partie,
en Guinée Equatoriale et dans le sud du Cameroun. Le culte bwiti a été adopté par les Fangs
au début du 20ème siècle, à la place du mbwiri, leur culte des ancêtres traditionnel. Dans les
années 1930-1940, le bwiti s’est transformé en apportant quelques éléments nouveaux
empruntés au christianisme (BALANDIER, 1982 cité par DEGEYE & MANIGART [2001]).
La pratique du bwiti est réservée aux initiés, mais n’importe qui, initié ou non, peut
assister aux cérémonies. Durant les cérémonies, tous les initiés et les malades consomment le
bois sacré (Tabernanthe iboga), une apocynacée arbustive contenant un alcaloïde puissant. Ce
bois sacré libère les esprits et permet au consommateur d’accéder au monde des ancêtres et
des divinités, de découvrir l’au-delà et de connaître les secrets de la vie et de la mort.
Le bwiti est très présent dans les villages, et particulièrement celui d’Ebé-Messé où
exerce un tradipraticien (chaman local) de très grande renommée. De nombreux malades
viennent de tous horizons se faire soigner. Nous entendons par « malade », toute personne
venant se faire consulter par le tradipraticien, le nyma, du village d’Ebé-Messé. La maladie
dont est affectée la personne peut aussi bien être physique que mentale ou psychologique.
Leur séjour dure de quelques jours à quelques années. Le village les loge dans un foyer
communautaire et les malades participent aux activités villageoises (agriculture
essentiellement). Parfois, pour les malades les plus influents ou ceux qui souhaitent amener
leur famille en raison de la durée du traitement, des logements leur sont loués.
On peut dès lors remarquer que l’affluence des malades entraîne sur les ressources une
pression, directe ou indirecte, et non contrôlée du fait de leur nombre variable [LECUIVRE,
2002].

17
4.4. Historique des clans et origine des villages
4.4.1. Historique des clans
L’historique des clans est à relier directement à celle des villages. Les villages étaient
bâtis par des familles d’essarteurs venues s’installer en forêt pour quelques années. Après la
constatation de l’épuisement des terres, ces familles levaient le camp et partaient s’installer
ailleurs. Lors de ces migrations, des familles de clans différents se croisaient dans les villages,
créant au fil des années des affinités particulières entre elles. La sédentarisation actuelle des
villages est liée au système de production agricole, devenu prépondérant : « L’agriculture
itinérante servira de marqueur dans la constitution d’un territoire (lignager, clanique, ou
ethnique), c’est-à-dire à la fin du processus migratoire » [VERMEULEN & KARSENTY,
2001].

Les paragraphes suivants vont présenter succinctement l’origine du nom de chaque clan
[NDONGO NGUIMFACK, 2007]. On peut noter que les noms de lieu proviennent souvent
d’élément remarquables dans le paysage ou de faits marquants. Les noms des clans dérivent
également d’une action passée ou d’une qualité retrouvée chez les ancêtres.
Le clan EBISSA
Ebissa signifie « envahir et prendre les biens ». L’événement qui est à l’origine de ce
nom est toutefois inconnu (ou ne souhaite pas être diffusé).
Le clan EBIDOM
La signification du nom de ce clan est inconnue car aucune personne à même de nous
renseigner sur l’origine du clan n’a été trouvée. De ce fait, la mobilité spatiale de ce clan n’a
pu être déterminée. Cependant, dans le passé proche les Ebidom ont cohabité avec les Ebissa
dans l’ancien village de Nlobe. Les affinités entre ces deux clans sont relativement fortes ;
pour exemple, ils partageaient le même permis lors des coupes villageoises.
Le clan YÉBÉ
Yébé signifie « assimilé », ce qui laisse à penser que les ancêtres étaient des personnes
qui assimilaient ce qu’on leur disait [NDONGO NGUIMFACK, 2007] ou étaient des esclaves
[VERMEULEN, communication personnelle].
Les Yébé proviennent du Cameroun, près du Woleu-Ntem. Ils se sont progressivement
déplacés en suivant les pistes d’éléphant et les cours d’eau pour finalement arrêter leur
progression dans l’Ogooué-Ivindo.
Le clan OKAK
L’origine du nom Okak provient du jour où les ancêtres de ce clan se sont retrouvés sous
un grand arbre nommé akak (Duboscia macrocarpa).
Les ancêtres des Okak venaient du Woleu-Ntem.
Le clan ESSAKAN
Le nom d’Essakan se réfère aux pintades sauvages, appelées kan en langue fang. Ce nom
leur a été donné car on dit que les ancêtres de ce clan partageaient le même habitat que les
pintades. Ceci expliquerait aussi pourquoi les Essakan ne consommaient pas de pintades.
Aujourd’hui cette pratique est abandonnée et les Essakan consomment des pintades sauvages.

4.4.2. Origine du nom des villages


Village de Mélané
Le nom du village provient d’une herbe que l’on a retrouvé en abondance sur ce site.
Cette herbe, appelée Alane (Alchornea floribunda) - Mélané au pluriel -, est utilisée comme
narcotique lors des cérémonies mbwiri. Ceci nous laisse supposer, ou confirme, qu’à l’époque
le rite local était le mbwiri et que celui-ci a laissé place au bwiti petit à petit.

18
Village d’Ebé-Messé
Comme on l’a vu dans l’historique des clans, le nom de Messé provient du nom de la
rivière proche de ce village.
L’origine d’Ebé ou plutôt Ebeh provient du nom d’un très grand mubala (Pentaclethra
macrophylla) que les villageois ont dû abattre pour nettoyer le site du village. Aussi, en
s’installant, comme ceux-ci ne voulaient pas oublier leurs ancêtres enterrés à Messé, ils ont
adjoint le nom de Messé à Ebé, donnant ainsi Ebé-Messé.

4.5. Le droit foncier coutumier dans le domaine forestier


On appelle droit foncier coutumier les modalités d’appropriation traditionnelles avant la
colonisation. L’histoire des déplacements des peuples nous montre que l’acquisition de
l’espace forestier coutumier (dit finage) est fonction de l’endroit de fondation du village, de la
représentation culturelle des populations de leur environnement, des activités socio-
économiques et du pouvoir coutumier qui s’y exerçait.
Chaque ethnie possède sa propre conception de la propriété selon que son activité
principale est l’agriculture, la chasse ou la pêche. OKOME [1997, cité par DEGEYE &
MANIGART, 2001] distingue deux modes d’appropriation traditionnels de la forêt : le mode
primaire et le mode secondaire.

4.5.1. L’appropriation primaire de la forêt


Dans un premier temps, l’appropriation des terres forestières se faisaient à partir de la
création du village ou de la première mise en valeur des terres. C’est ce qu’on appelle
l’appropriation primaire de la forêt. Cette mise en valeur dépend, comme on l’a vu plus haut
de l’activité principale de l’ethnie étudiée.
Selon WEBER [1977], les peuples pahouins (d’où sont issus les fangs nzaman)
n’établissaient pas de liens durables avec le sol, et les formes d’appropriation se résumaient au
droit de hache et au droit d’usage du sol défriché. L’introduction de l’agriculture itinérante a
modifié le rapport à la terre et les ethnies d’essarteurs ont développé des droits d’héritage
familiaux sur les jachères et les recrus forestiers. Cette modification de comportement serait
due à la mutation du guerrier-chasseur en agriculteur planteur [VERMEULEN &
KARSENTY, 2001].

4.5.2. L’appropriation secondaire de la forêt


Les modes d’appropriation secondaires de la forêt sont divers. Comme on l’a vu, la forêt
appartient généralement aux premiers arrivants (appropriation primaire). Ces derniers, selon
les liens qui les unissent à d’autres personnes ou d’autre lignages, peuvent céder une partie de
leur périmètre. C’est ce qu’on appelle l’appropriation secondaire.
On identifie ainsi cinq normes développées par les sociétés traditionnelles gabonaises
pour réguler l’appropriation de la terre (droit à l’accès et droit à l’occupation) [OKOME,
1997 cité par DEGEYE & MANIGART, 2001] : la première occupation, l’alliance, la
conquête, l’adoption et l’intégration au lignage. Il faut préciser que dans ces sociétés, la forêt
n’était pas un bien marchand susceptible d’être vendu. Elle appartenait à un lignage et abritait
les divinités et les ancêtres qui y étaient enterrés. L’appropriation lignagère des terres
persistait ainsi même après son abandon, et devenait ainsi le bien public du lignage. Dans ce
cadre, le sentiment d’appartenance au lignage prévalait sur l’individu, ce qui explique que la
propriété individuelle de la forêt n’avait pas lieu d’être. La gestion et l’utilisation des
ressources forestières dépendaient du chef coutumier et de la représentation culturelle que les
villageois faisaient de leur espace.

19
Tableau 2. Résultats des recensements effectués [LECUIVRE, 2002 ; NDONGO NGUIMFACK, 2007].

Recensement VILLAGE D’EBÉ-MESSÉ


2001 Résident permanent Résident non permanent
Total %H %F %P % NP
Age Homme Femme Homme Femme
0-15 18 21 24 35 98 43% 57% 40% 60%
16-50 14 21 39 36 110 48% 52% 32% 68%
> 50 9 4 0 0 13 69% 31% 100% 0%
Total 41 46 63 71 221 47% 53% 39% 61%
%H/F 47% 53% 47% 53%
% P / NP 39% 61%

Recensement VILLAGE D’EBÉ-MESSÉ


2006 Résident permanent Résident non permanent
Total %H %F %P % NP
Age Homme Femme Homme Femme
0-15 20 15 8 3 46 61% 39% 76% 24%
16-50 16 24 29 24 93 48% 52% 43% 57%
> 50 6 11 2 0 19 42% 58% 89% 11%
Total 42 50 39 27 158 51% 49% 58% 42%
%H/F 46% 54% 59% 41%
% P / NP 58% 42%

Recensement VILLAGE DE MÉLANÉ


2006 Résident permanent Résident non permanent
Total %H %F %P % NP
Age Homme Femme Homme Femme
0-15 1 0 8 8 17 53% 47% 6% 94%
16-50 2 3 7 3 15 60% 40% 33% 67%
> 50 3 4 0 0 7 43% 57% 100% 0%
Total 6 7 15 11 39 54% 46% 33% 67%
%H/F 46% 54% 58% 42%
% P / NP 33% 67%

19 verso
Un des objectifs du travail consistera à identifier les zones potentiellement conflictuelles
avec les exploitants forestiers (voir Chapitre 11 ) Actuellement, certains membres d’un
lignage revendiquent la propriété de parties de la forêt qui constituent selon eux leurs anciens
villages (où sont enterrés les ancêtres) ou des lieux de culte.

4.6. Contexte socio-économique


4.6.1. Organisation spatiale des villages
Les villages ont une structure spatiale linéaire. Les quelques maisons excentrées le sont
pour des raisons de famille, le ménage souhaitant s’installer près de ses parents ; le plan
schématique du village d’Ebé-Messé (Annexe 2) montre que l’occupation spatiale des
lignages est de type groupé (par quartiers).
Les champs se trouvent à proximité des habitations ou le long de la route afin d’en
faciliter l’accès. A l’époque, chaque famille avait son champ derrière sa maison. L’intérêt
d’un ménage de s’installer auprès de ses parents est de pouvoir bénéficier d’une bande de
terre près du village. En effet, les relations de famille au sein du lignage sont tellement fortes
qu’elles permettent à un parent de demander à un autre de son lignage qu’on lui concède une
bande de terre près de sa maison pour faciliter la culture et l’entretien.

4.6.2. Recensement des villageois


Le Tableau 2 reprend l’ensemble des données de recensement. Il y a été inclus le
recensement effectué par LECUIVRE [2002] concernant le village d’Ebé-Messé.
Lors des recensements il a été noté le statut de résidence des villageois présents, en
distinguant deux catégories :
- Permanent (P) : personne présente au village pendant toute la durée de l’enquête.
- Non Permanent (NP) : individu habitant à l’extérieur et susceptible de revenir au
village périodiquement ou définitivement.

D’après le recensement effectué par NDONGO NGUIMFACK [2007], le regroupement


compte 197 habitants dont 158 à Ebé-Messé et 39 à Mélané. Ainsi, les deux villages du
regroupement sont tout d’abord très différents de par leur effectif puisqu’il y a quatre fois plus
d’habitants à Ebé-Messé qu’à Mélané. Cette différence numérique s’explique en partie par le
nombre de lignages au sein de chaque village. Une autre explication est la position
géographique des villages par rapport aux centres stratégiques : Ebé-Messé se trouve à 11 km
du chef-lieu du département Ovan alors que Mélané est à 21 km d’Ovan et à 35 km du point
stratégique du carrefour CFA. Du fait de cet éloignement, les habitants de Mélané ont plus
tendance à migrer ; ceci peut se remarquer par le pourcentage de résidents non permanents.
En ce qui concerne la village d’Ebé-Messé, l’évolution de la population interpelle car on
remarque une diminution de l’effectif globale, mais une augmentation du pourcentage de
résidents permanents. Il est fort probable que les résidents non permanents en 2001 aient
quitté définitivement le village par la suite. On observe effectivement que c’est surtout le
nombre de résidents non permanents qui a fortement chuté, le nombre de résidents
permanents restant plus ou moins constant, toute classe d’âge comprise. On observa
également que les effectifs de résidents non permanents diminuent fortement pour la classe
d’âge 0-15 ans. D’après les témoignages des villageois, les parents préfèrent envoyer leurs
enfants dans de plus grands centres urbains pour faire leurs études. L’école d’Ebé-Messé,
actuellement à l’état d’abandon, témoigne de cette désertion.

20
OBJECTIFS ET METHODOLOGIES
Chapitre 5 OBJECTIFS
5.1. Objectif principal
L’objectif principal est de valoriser durablement les PFNL végétaux dans des villages en
bordure de permis forestier. Cet objectif s’inscrit dans une problématique de PFNL
concurrents, c’est-à-dire pouvant être exploités non seulement par les villageois mais aussi par
les compagnies forestières pour la qualité de leur bois.

L’intérêt de l’étude est de :


éviter les sources de conflit entre ces deux acteurs, dans le but d’une gestion
durable des ressources naturelles.
développer de nouvelles sources de revenus par la diversification du tissu
économique local.

Une bonne gestion des PFNL passe par un aménagement raisonné de la zone exploitée
par les villageois. Dans ce sens, des recommandations et des propositions de plans de zonage
seront formulées.

5.2. Objectifs spécifiques


Chaque objectif spécifique apporte une réponse partielle à l’objectif principal. C’est
donc autour de ces objectifs spécifiques que s’articule le présent document, leur synthèse
répondant au sujet du mémoire.

5.2.1. Synthèse cartographique


L’objectif est d’établir une synthèse cartographique de la zone d’étude reprenant les
différents éléments d’occupation spatiale des villageois (portions du terroir et finage) ainsi
que l’identification des zones potentiellement conflictuelles avec les exploitants forestiers.

5.2.2. Principaux systèmes agroforestiers et place de l’arbre dans ces


systèmes
Les deux principaux systèmes agroforestiers du regroupement de villages sont :
- l’agriculture itinérante sur brûlis,
- les jardins de case.

L’objectif est de décrire ces systèmes de production. On étudiera plus particulièrement


la place de l’arbre dans ces deux systèmes en tentant de répondre, entre autres, aux questions
suivantes :
- Pour quelles raisons les arbres observés sont-ils préservés ?
- Quelle est l’importance des PFNL au sein de ces différents systèmes ?
- Quelles sont les modalités d’appropriation de la ressource « arbre » dans ces
systèmes (cf. thème suivant 5.2.3. ) ?
Les réponses à ces questions permettront de dégager les lignes conductrices qui
permettront de mieux comprendre l’évolution de ces systèmes.

21
5.2.3. Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces-
ressources
L’objectif est de présenter un tableau synthétique détaillant les modalités d’appropriation
et de cogestion de la ressource selon les activités, et particulièrement la récolte des PFNL. Ce
travail est basé sur la théorie des maîtrises foncières formulée par LE ROY [1996], reprise et
adaptée par VERMEULEN [2000].
Il s’agit de mieux comprendre les règles régissant les relations entre les individus des
communautés villageoises et leur environnement en abordant les notions d’accès à la
ressource, d’espace vécu et de territoire coutumier (terroir et finage). Il est en effet guère
réaliste d’envisager des actions de développement sans qu’au préalable les droits des
populations, en matière foncière et en ce qui concerne les modes d’utilisation des ressources,
ne soient connus et précisés.

5.2.4. Valorisation des PFNL


Un des objectifs du projet DACEFI est de formuler des alternatives communautaires à
l’exploitation illégale de la forêt dans un but de gestion durable des ressources. Le terme de
durabilité implique l’aménagement et la conservation des ressources naturelles afin de
satisfaire les besoins des générations actuelles et futures. C’est pourquoi, un des résultats
attendus du projet est la valorisation des ressources forestières au bénéfice de la population.
Cette valorisation passe par l’étude des potentialités d’exploitation des PFNL végétaux en vue
d’une commercialisation. L’utilisation de moyens techniques, économiquement et
socialement appropriées, mais également respectueux de l’environnement contribue non
seulement à la valorisation des PFNL mais aussi à leur conservation.

En clair, il s’agira de :

1. analyser l’état de la ressource et identifier les PFNL dont la régénération est


insuffisante ;
2. étudier la présence de PFNL au sein du terroir (cf.1.2.3) ;
3. identifier les PFNL les plus appréciés et évaluer leurs possibilités de
commercialisation ;
4. tester les possibilités de domestication des PFNL et leur mise en pépinière ;
5. identifier les possibilités et les modalités d’enrichissement en PFNL au sein
du finage (zone villageoise, zone agricole et zone forestière).

5.2.5. Plan de zonage


Le plan de zonage constitue l’aboutissement du travail et sa réalisation repose
concrètement sur la « confection de plusieurs cartes thématiques par feuillet dont la
superposition et l’intégration [conduisent] au zonage » [COTE, 1992]. A ces cartes s’ajoute
une bonne compréhension du milieu et des attentes des villageois, et ce, en vue d’aboutir à un
plan de zonage qui permette un développement optimal des activités forestières et
agroforestières.

Chapitre 6 MÉTHODOLOGIE
L’étude porte sur la partie du terroir villageois d’Ebé-Messé et Mélané correspondant à
la zone rurale « extraite » de la CFAD Ogooué-Ivindo de Rougier Gabon (voir Figure 11,
p.15).

22
Le travail de terrain a été réalisé entre les mois de mars et d’avril. Il consistait en des
séjours de deux à trois semaines dans les villages, entrecoupés de phases de restitution à
Makokou avec Charles Bracke, assistant technique du projet.
Fin février, le plan de travail a été précisé et adapté en fonction des conditions locales
avec le Pr. J-L. Doucet.

6.1. Analyse de terrain


6.1.1. Synthèse cartographique
Cette synthèse cartographique de la zone d’étude s’attache à reprendre les différents
éléments d’occupation spatiale, avec pour principaux thèmes retenus :

- les sites d’activités villageoises,


- les sites patrimoniaux.

Ces deux thèmes vont permettre d’avoir une idée du terroir et du finage des
communautés résidentes. L’aire d’influence des communautés résidentielles ainsi définie
permettra d’appréhender les sites qui peuvent être source de conflit avec l’exploitation
forestière.

A cette fin, les données existantes ont été complétées par la localisation complémentaire
des espaces sacrés et des lieux d’activité, le tout en utilisant la toponymie locale. Aussi, lors
des sorties de terrain, des localisations complémentaires de PFNL ont été réalisées. Cette
collecte de données a été effectuée à l’aide d’un GPS et celles-ci ont été traitées avec le
logiciel ESRI ArcGis®. La projection utilisée pour cette cartographie est la projection
géographique WGS 1984.

Documents de référence
Plusieurs sources ont permis d’établir les fondements de la cartographie réalisée :
- l’étude d’occupation spatiale dans la zone de regroupement [NDONGO
NGUIMFACK, 2007] ;
- le mémoire de DEA de SCHIPPERS [en cours] sur les villages pilotes du projet
DACEFI - dont le regroupement de villages Ebé-Messé-Mélané ;
- les données d’inventaire et les fichiers cartographiques de l’exploitant forestier
ROUGIER GABON possédant la CFAD au nord de la zone d’étude et avec lequel
une convention de collaboration a été signée.
Les documents fournis reprennent :
- Les divisions administratives du Gabon ; données provenant de l’Institut National
de Cartographie, INC (SCHIPPERS) ;
- Les villes et villages du Gabon, données provenant de l’INC ;
- Le réseau routier (données provenant de l’INC et de ROUGIER GABON,
données provenant probablement de la digitalisation de la carte topographique de
la région au 1/200.000ème) ;
- Le réseau hydrographique de l’ancienne surface de l’UFG de Rougier, en partie
sur la zone d’étude ;
- La CFAD de l’Ogooué-Ivindo ;
- Les formations végétales de l’ancienne surface de l’UFG de Rougier, en partie sur
la zone d’étude ;
- Les sites indiquant la présence de chasse et de pêche ;
- Les sites de récolte de PFNL.

23
Outils
- GPS Garmin 60
- ESRI ArcView®, ESRI ArcGIS®

6.1.2. Principaux systèmes agroforestiers et place de l’arbre dans ces


systèmes
La description des jardins de case a été réalisée sur base d’un inventaire au niveau
villageois. Cet inventaire a été réalisé sur un jardin de case « type » pour chaque village, les
autres jardins de case ayant été également observés en vue de déceler des éventuelles
variantes.
Cet inventaire reprend :
- le nombre d’arbres et arbustes présents dans chaque jardin étudié ;
- le type de plantes herbacées présentes qu’elles soient alimentaires ou
médicinales (étant donné le caractère annuel de celles-ci, seules des
informations qualitatives ont été considérées).

Ces relevés permettront d’établir une vision schématique du jardin de case dans la
région d’étude.

Outils
- Inventaire
- Enquête : l’enquête menée (Annexe 3) a permis de compléter les observations
faites sur le terrain en ce qui concerne les plantes rencontrées et leur
agencement dans l’espace. Cette enquête a été réalisée au niveau de 16 unités
familiales réparties dans les deux villages (taux de sondage de 62%).

6.1.3. Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces-


ressources
Cette typologie, réalisée à l’aide d’enquêtes et de discussions informelles avec les
différentes catégories de la population (chefs administratifs, chefs de famille, femmes,
enfants), sera synthétisée en reprenant le nom en langue locale (le fang) des espaces-
ressources.
Il s’agira de déterminer les conditions de gestion des espaces-ressources et de tenter de
les retranscrire en terme de droit de possession, droit de propriété, droit d’exploitation, liés
aux personnes (groupes ou individus) qui ont accès à ces droits. Seront notamment abordés les
notions d’accès à la ressource, d’espace vécu et de territoire coutumier (terroir et finage).
Cette approche s’intéresse essentiellement aux ressources forestières, et plus
particulièrement aux PFNL. Les terrains agricoles seront aussi abordés alors que l’activité
d’élevage est absente de la zone d’étude.

Outils
- Enquête : l’enquête menée a permis de compléter le savoir sur les maîtrises
exercées par les individus ou groupes d’individus sur les terres agricoles et
sur les PFNL amorcée par NDONGO NGUIMFACK [2007].

6.1.4. Valorisation des PFNL


La valorisation des PFNL s’articule en différents points, énoncés dans les objectifs. Pour
chacun de ces points, une méthodologie a été adaptée.

24
1. Analyser l’état de la ressource et identifier les PFNL problématiques
o Analyse de la structure de population des principaux PFNL identifiés par
NDONGO NGUIMFACK [2007]. Les données d’inventaire ayant servi à
l’élaboration des histogrammes ont été fournies par l’inventaire
d’aménagement de ROUGIER GABON. Ces données ont été ventilées en
fonction des différents niveaux d’analyse :
La zone du finage villageois définie par SCHIPPERS [en cours].
Le taux de sondage est de 1% pour les gros arbres et de 0,2% pour
la régénération (classe de diamètre entre 10 et 19,9 cm) ; la
surface de 4 .833 ha.
La bande du retrait de permis de Rougier Gabon (bande de 5 km
environ à partir de l’axe routier Lalara-Ovan). Le taux de sondage
est de 1% pour les gros arbres et de 0,2% pour la régénération
(classe de diamètre entre 10 et 19,9 cm) ; la surface de 10.772 ha.
L’ensemble de l’UFG 3 de la CFAD Ogooué-Ivindo de Rougier
au nord de la zone d’étude. Le taux de sondage est de 1% pour les
gros arbres et de 0,2% pour la régénération (classe de diamètre
entre 10 et 19,9 cm) ; la surface de 37.195 ha.
o Géoréférencement des cartes de répartition de densité des PFNL fournies
par ROUGIER GABON et de la carte topographique 1/200.000ème
fournie par SCHIPPERS.
2. Etudier la présence de PFNL au sein du terroir
o Voir point précédent
3. Identifier les PFNL les plus appréciés et évaluer leurs possibilités de
commercialisation
o Une enquête menée a permis de dégager ces éléments.
4. Tester les possibilités de domestication des PFNL et leur mise en
pépinière
o Pour une espèce très appréciée, Coula edulis des tests de germination ont
été effectués selon trois modalités de semis : le fruit entier (lot A),
l’amande entourée de sa coque (lot B) ou soit l’amande seule (lot C). En
raison de la mauvaise production fruitière, couplée au moment tardif de la
mise en place du test, chaque lot ne contient que 30 individus.
o Essai de marcottage aérien et souterrain sur un jeune Coula edulis. Ces
essais de marcottage ont été réalisés en condition de village, c’est-à-dire
en utilisant le minimum d’intrant.
o Transplantation de jeunes plants de PFNL (Gambeya lacourtiana,
Baillonella toxisperma, Irvingia gabonensis) pour les élever en pépinière.
Ceci a permis d’avoir des premiers plants de PFNL en pépinière.
5. Identification des possibilités et les modalités d’enrichissement en PFNL
au sein du finage (zone villageoise, zone agricole et zone forestière)
o Enquête sur l’intérêt des villageois pour les PFNL et leur motivation pour
en planter dans le terroir.
o Inventaire des trouées d’exploitation à proximité du terroir villageois.

Documents de référence
- Les données d’inventaire d’aménagement fournie par ROUGIER GABON.
- Les cartes de répartition des principaux PFNL identifiés par NDONGO
NGUIMFACK sur l’ensemble des trois zones énumérées précédemment
fournie par ROUGIER GABON (cartes présentées en Annexe 7)

25
- Formation en greffage et marcottage (du 26 au 29 mars 2007) dispensée par
le CIAM (Centre d’Introduction, d’Amélioration et de Multiplication du
matériel végétal, basé à Ntoum, Gabon).

Outils
- Enquêtes de terrain
- MS Excel®
- GPS Garmin 60
- ESRI ArcView®, ESRI ArcGIS®
- Sachets, outils divers, etc. pour la mise en place de plants de PFNL en
pépinière.

6.2. Analyse de synthèse


6.2.1. Recommandations
Différentes recommandations vont, à la fin de l’analyse des résultats, être émises. Ces
recommandations porteront sur la mise en place des pépinières villageoises, leur gestion et
organisation. Des propositions porteront également sur les possibilités de commercialisation
des PFNL, ainsi que sur leur valorisation dans le circuit économique.

6.2.2. Proposition d’un plan de zonage


Nous tenterons ensuite de synthétiser les résultats obtenus pour les différents objectifs
secondaires afin de dégager les modalités optimales de gestion de PFNL au sein du finage
villageois. Ceci aboutira sur une proposition de plan de zonage permettant une lecture claire
des éléments rassemblés au cours de ce travail en vue de répondre à l’objectif principal.
Le plan de zonage proposé sera donc une source d’information reprenant les éléments
précédents et comprendra également des propositions de solutions de gestion en terme
d’aménagement forestier.

26
RESULTATS
Chapitre 7 REMARQUES PREALABLES A LA LECTURE DES
RESULTATS

7.1. Conventions utilisées


7.1.1. Unité monétaire
L’unité monétaire au Gabon est le franc CFA. Cette monnaie est également celle utilisée
par tous les pays membres de l’Union Africaine. Son taux est fixe par rapport à l’euro et un
euro correspond à 656 FCFA. Dans la suite du travail, afin d’avoir des valeurs cohérentes et
en relation avec le contexte de l’étude, il a été préférable d’exprimer les valeurs en monnaie
d’usage local.
Aussi, afin d’avoir un repère sur le niveau de vie des gabonais, une journée de travail
effectuée par un manœuvre temporaire équivaut en moyenne à 3.000 FCFA.

7.1.2. Cartographie
Les sources cartographiques utilisées pour la conception des différentes couches
d’informations cartographique (shapefiles) sont : SCHIPPERS [en cours], le groupe
ROUGIER et NDONGO NGUIMFACK [2007]. Etant donné la diversité des sources, il
convient de définir certaines conventions appliquées lors de la conception des cartes.

Une donnée s’est avérée être redondante : le tracé des axes routiers a été cartographié
par Schippers et le groupe Rougier. La préférence entre ces deux couches de données
s’est tournée vers celle de Rougier, afin notamment de garder la correspondance entre
les routes et le réseau hydrographique, également fourni par Rougier. Cependant, les
erreurs relatives des points GPS relevés lors du travail de terrain sont du même ordre
de grandeur que ce soit avec le tracé de Rougier ou avec celui de C. Schippers. Ce
problème d’erreur est probablement dû à la source utilisée pour cartographier les
données fournies : Schippers s’est basée sur les données de l’INC et Rougier a
probablement digitalisé la carte topographique au 1/200.000ème. Dans ce derniers cas,
une erreur de digitalisation d’un demi-millimètre entraîne une erreur de 100m sur le
terrain. En outre, des erreurs proviennent également de la prise de points GPS. Celles-
ci dépendent de la précision et de la justesse du GPS, conditionnée en partie par son
type de récepteur. Enfin, les erreurs peuvent provenir de la projection utilisée lors du
traitement cartographique.
Quelques discordances ont été mises en évidence entre le réseau hydrographique
cartographié par Rougier et le réseau hydrographique réel. Par exemple, lors de
l’enquête sur la toponymie des rivières et lors des sorties de terrain, il était flagrant de
trouver des rivières inscrites sur la carte qui ne se retrouvaient pas sur le terrain.
Inversement, certaines rivières (ou plutôt des petits rus) traversées lors du travail de
terrain n’existent pas sur la carte fournie. Rougier a probablement cartographié les
rivières en regard de la topographie, c’est-à-dire en prenant la convention que chaque
relief d’une certaine envergure constitue un bassin versant.

27
Tableau 3. Répartition sexuelle des tâches. Légende : + dominant ; +/- partagé ; - minoritaire ; 0 nul.
GENRE
Homme Femme
ACTIVITE
Agriculture +/- +/-
Défrichage + -
Abattage + 0
Brûlis +/- +/-
Nettoyage, séparation des parcelles +/- +/-
Semis et plantation +/- +/-
Mise en place des barrières + 0
Piégeage dans les cultures + 0
Entretien 0 +
Récolte - +
Transformation des produits récoltés 0 +
Chasse et pièges + 0
Pêche +/- +/-
Pêche au barrage 0 +
Pêche à l'écuelle 0 +
Pêche au filet + -
Pêche à la ligne + 0
Collecte de PFNL +/- +/-
Collecte de feuilles de Gnetum africanum - +
Collecte de feuilles de Megaphrinium macrostachyum - +
Collecte d'Irvingia gabonensis - +
Coupe de bois pour le feu - +

27 verso
Au niveau de la conception des cartes, la convention adoptée a été différente
selon l’échelle de la carte et l’intérêt de cette couche dans l’analyse. En général, le
réseau hydrographique fourni par Rougier n’a pas été modifié, sauf pour la carte
reprenant les cours d’eau mentionnés par les villageois – où seuls figurent ceux
mentionnés pour une plus grande lisibilité de la carte. Dans ce dernier cas, les cours
d’eau mentionnés ne figurant pas dans la couche de données fournie par Rougier n’ont
pu être cartographiés dans ce travail en raison du manque de temps.
Nous parlerons en général dans ce travail d’un seul finage, alors qu’en réalité il y en a
deux : chaque village a son finage, ce qui donne deux finages. Cependant il existe un
finage supplémentaire d’origine lignager du fait que deux lignages proviennent du
village de Messé (Yebé et Okak) et habitent actuellement à Ebé-Messé. Ils continuent
d’exploiter la forêt environnante (chasse, pêche, cueillette) au village de Messé en
excluant toute personne étrangère au lignage.
Toutefois, depuis juin 2003, les deux villages se sont formés en regroupement,
favorisant les échanges entre les communautés résidentielles, en plus des affinités
résultant de leur histoire et de leurs migrations. Ainsi, les membres d’un village
peuvent dans certains cas venir prélever certaines ressources dans le finage du village
voisin (si par exemple, elles sont en abondance dans le finage d’un village alors que
l’autre est déficitaire). Le finage étant défini comme un territoire non borné où les
usages d’une communauté s’affaiblissent au profit d’une autre (KARSENTY &
MARIE cité par VERMEULEN & KARSENTY [2001]), est généralement délimité de
façon arbitraire entre les villages voisins, mais ce finage ne possède pas vraiment de
limites fixes en pleine forêt. Les limites du finage sont donc mobiles, obéissant à une
dynamique régie par divers facteurs (conditions socioculturelles, économie,
phénologie des essences, démographie, exode rural…). Le choix dans ce travail de
définir un seul finage est donc arbitraire. Cependant on le nuancera en le divisant en
zones où les communautés, lignagères ou villageoises, seront prioritaires (voir
Chapitre 10 ).
La définition du finage est pertinente car si un dossier de demande de forêt
communautaire voit le jour, ce sera probablement au niveau du regroupement qu’il
sera émis.

7.2. Répartition des genres selon les activités


Le tableau récapitulatif (Tableau 3) reprend la répartition sexuelle des tâches. L’objectif
de ce tableau n’est pas de présenter les différentes activités et de les détailler car cela a déjà
été fait dans d’autres travaux [LECUIVRE, 2002] mais de mettre en évidence les acteurs dans
la gestion des ressources naturelles.
Nous constatons toutefois que la collecte de certains PFNL est une activité
exclusivement féminine chez les Fangs d’Ebé-Messé-Mélané.

Chapitre 8 RESULTATS CARTOGRAPHIQUES


Les résultats cartographiques constituent la trame de base pour l’établissement du plan
de zonage. Les différentes couches d’informations des cartes thématiques présentées vont
nous permettre de retirer les élément d’occupation spatiale et les zones potentiellement
sources de conflit avec l’exploitation forestière.

28
Figure 12. Carte du terroir de Mélané

Figure 13. Carte du terroir de Messé

Figure 14 Carte du terroir d’Ebé-Messé

28 verso
8.1. Cartographie des activités villageoises
Dans de nombreuses sociétés africaines, la représentation de l’espace s’appuie sur une logique
topocentrique, c’est-à-dire centrée sur les « lieux » et sur les réseaux qui joignent ces lieux.
« L’enchevêtrement des droits d’usage, la polyvalence des lieux, la complémentarité des
usages marquent fortement l’utilisation des terres. Les raisons tiennent autant à
l’interdépendance des groupes sociaux qu’au besoin de sécurité des acteurs, qui mettent en
œuvre des stratégies complexes visant à minimiser les risques » [PENELON et al., 1998].

8.1.1. Zone agricole


Les cartes (Figure 12, Figure 13 et Figure 14) présentent, pour chaque village, la zone
agricole qui reprend, entre autres, les champs, les jachères et les recrûs forestiers. On
remarque que les champs ne sont guère éloignés du village, et que ceux-ci sont répartis de
façon concentrique ou le long de la route et des pistes forestières. Leur emplacement se
justifie par le fait que le temps de déplacement est le principal facteur limitant [CARRIERE,
1999].
Certains champs sont été abandonnés récemment, ce qui explique la difficulté de bien
refléter la zone agricole. La raison principale évoquée est la déprédation des animaux. Ce cas
se retrouve pour le village de Mélané et pour le hameau de Messé, bien que les causes
d’abandon soient différentes.
Pour le village de Mélané, l’abandon des terres résulte d’une invasion de fourmis au
Nord du Village. Ceci se remarque par l’abondance de nids de fourmis sur les arbres. Celles-
ci, très agressives, ont eu raison des villageois et les ont contraints à faire leurs cultures en
dehors de leur zone d’influence. Evidemment, il n’a pas été possible de trouver un
accompagnateur valeureux pour défricher les limites de ces champs récemment abandonnées,
(ce qui explique l'interpolation du terroir villageois). Ce problème préoccupe d’ailleurs
fortement les habitants de Mélané qui réclament auprès du projet DACEFI un moyen efficace
pour les éradiquer.
Pour le hameau de Messé, le cas est particulier car on remarque qu’il n’y a plus de zone
agricole. Ceci est dû à l’abandon récent des champs qui étaient régulièrement dévastés par les
éléphants. Les traces observées au sein même de Messé durant le séjour témoignent de la
proximité insistante de leur présence.
Le couple habitant Messé a d’abord tenté de déplacer une partie de leurs cultures à 2 km
à l’ouest du hameau le long de la route, mais les destructions par les éléphants étaient toujours
aussi fréquentes. Il y a deux ans, le couple a donc décidé d’installer ses cultures à l’entrée du
camp forestier de la société CFA à 25 km de là. La femme gère là-bas une auberge et profite
de ses allées et venues pour envoyer une partie des récoltes au hameau, le surplus étant vendu.
Ainsi, dans ce hameau, il n’y a pas de zone agricole pour définir le terroir. Cependant, il
existe quelques champs récemment abandonnés et, comme il a été mentionné plus haut pour
l’ancien village de Messé, on doit en tenir compte. Le sentiment d’appropriation de ces lieux
est encore fort ancré dans la mémoire des villageois, certains ayant vécu là-bas pendant leur
jeunesse.
Les cacaoyères ont été abandonnées il a plus longtemps, et essentiellement dans les
années 90, suite à l’effondrement du prix du cacao. Aucune activité agricole s’y exerce mais
les activités de chasse au fusil (5 mentions sur 16), et de collecte de PFNL (6 mentions sur 16)
et de bois de feu (5 mentions sur 16)sont encore fréquentes.

29
Figure 15. Carte présentant l’exploitation des ressources villageoises et le finage redéfini.

29 verso
8.1.2. Cours d’eau et lieux de pêche
La carte (Figure 15) présente les rivières connues des villageois du regroupement. Le
fond de carte fourni par Rougier ne reprend pas tous les cours d’eau et ces certains rus n’ont
pu être digitalisés. Une distinction entre les rivières a été faite, selon que s’y exerce ou non la
pêche féminine (voir Chapitre 10 , p.37). Cette donnée nous permettra de mieux définir e
finage, l’appropriation étant plus forte dans le cas de la pêche féminine. En effet, les rivières
constituent souvent les limites physiques du finage. Aussi, lors de l’établissement de zonage,
on essaye autant que possible d’établir les limites en fonction des rivières [PENELON et al.,
1998].

8.1.3. Chasse et pièges


La carte (Figure 15) présente les sites de chasse ou de pièges repérés lors des sorties de
terrain. Les points GPS pris à ces endroits matérialisent sur un fond cartographique la zone de
chasse des villageois. Cependant ces points ne constituent pas une liste exhaustive de tous les
sites de chasse car il aurait fallu suivre tous les chasseurs à toutes les sorties de chasse. Il est
évident qu’une telle façon de procéder est fastidieuse sauf si elle participe à un cadre
particulier d’étude. Ceci est particulièrement vrai pour la localisation des pièges, qui
estrendue difficile par le fait que chaque chasseur a ses sites de pièges connus de lui-même.
Ceci expliquerait pourquoi on retrouve plus de pièges à Messé puisque seul un homme y vit.
Il est d’autant plus âgé, ce qui influence cette pratique, la chasse y étant moins « sportive ».
Ces pièges sont essentiellement disposés dans l’ancien village de Messé.
Enfin, on remarque que les parcours de chasse empruntent régulièrement les pistes
forestières construites par Rougier. Ces routes constituent donc des voies de pénétration en
forêt pour les villageois.

8.1.4. Collecte de PFNL


Les collectes de PFNL sont aussi des indices matérialisant le finage villageois. La carte
présentée (Figure 15) n’expose que les sites de PFNL, sans distinction de l’essence car
souvent un site (matérialisé par un point GPS sur la carte) peut contenir plusieurs PFNL
d’essences différentes.
Cependant, peut-être en raison de l’objectif premier des sorties de terrain qui était de
répertorier les PFNL en forêt, on remarque que ceux-ci se trouvent fréquemment sur les sites
de chasse. Cette idée n’est pas totalement fausse et a été confirmée par la suite par le récit des
hommes, qui ne récoltent de PFNL que pendant le retour de chasse. L’objectif unique d’aller
en forêt pour aller récolter des PFNL se rencontre rarement chez les hommes, qui se
concentrent essentiellement sur la chasse, mais chez les femmes, notamment pour la récolte
de mangues sauvages ou de feuilles (Gnetum africanum et Megaphrinium macrostachyum).

8.1.5. Campements
Les campements expriment en partie les confins du finage, car ce sont souvent les
endroits extrêmes où les villageois vont pour avoir un gros ravitaillement en viande, fruit et
poisson.
Aujourd’hui, les campements tendent à être délaissés, notamment par l’arrivée des
produits de grande consommation qui ne rendent plus nécessaire ce genre de pratique. Les
campements visités actuellement sont des anciens camps forestiers et leur accès se fait de
préférence par la route ou les pistes forestières. Aussi, la zone d’exploitation autour des camps
n’a pu être définie. Ceci explique en partie pourquoi ces éléments n’ont pas été repris dans la
détermination du finage, auquel ils ne sont pas jointifs.

30
8.2. Cartographie des sites d’importance culturelle
8.2.1. Anciens villages
Les anciens villages, elik, constituent des sites d’importance culturelle car ils
représentent l’endroit où les ancêtres reposent. Ainsi, c’est particulièrement l’endroit où sont
enterrés les ancêtres qui est sacré et pour lequel toute destruction doit être évitée. Il s’agit pour
les villageois d’éviter de réveiller les esprits et de susciter leur colère.
Lorsque le village est abandonné depuis peu d’années (environ cinquante ans dans notre
zone d’étude), les anciens se rappellent facilement la structure du village et montrent un
certain attachement aux anciennes habitations puisqu’elles représentent l’endroit où ont vécu
leurs parents. Par contre, les champs autour de l’ancien village jouent un rôle mineur et sont
généralement oubliées de la mémoire collective.

8.2.2. Sites sacrés et lieux de culte


Chaque village possède des sites sacrés, mvoun, ou des lieux de culte. Ceux-ci se
trouvent dans les environs proches du village. Leurs localisation est importante pour éviter
d’éventuels conflits avec les communautés locales. En effet, ces lieux, qui ne peuvent être
remaniés, doivent être cartographiés pour éviter que des projets de construction tels qu’une
piste de débardage ou l’implantation d’un verger n’aient lieu.
On peut remarquer que les statuts peuvent être différents selon le lieu sacré : la forêt
sacrée, appelée Ndzok bekoung, à côté de Messé est impénétrable et ce, même pour les
villageois ; par contre, les tombes du cimetière de l’ancien village de Messé ne peuvent être
détruites, mais l’on peut les recouvrir de terre et faire un terrassement sans que ceci pose de
problème !

8.3. Cartographie des terroirs et du finage


La cartographie des terroirs (Figure 12, Figure 13 et Figure 14) reprend l’ensemble des
terres soumises au cycle cultural (champs et jachères) et correspond grosso modo à la zone
agricole cartographiée.
Le finage a quant à lui été redéfini selon les critères vus ci-dessus. Il reprend pour limites
les rivières, les routes et pistes forestières (buffer de 250 m.) et les sites de collecte et de
chasse (buffer de 250 m.).
On remarque que ce finage s’étend plus au Nord et qu’il s’étend probablement plus au
Sud. En effet, certaines rivières sont parcourues lors de la pêche féminine au Sud de la route,
mais l’étendue des sites de pêche n’a pu être relevée. La récolte de données a été faite durant
la saison des pluies alors que la pêche se pratique essentiellement en saison sèche.

Chapitre 9 PRINCIPAUX SYSTEMES AGROFORESTIERS ET PLACE


DE L’ARBRE DANS CES SYSTEMES

9.1. Agriculture itinérante sur brûlis


9.1.1. Description
Le système de production adopté par les communautés locales étudiées est
principalement l’agriculture itinérante sur brûlis. Deux fois par an, à la fin de la saison sèche,
les terres défrichées sont brûlées puis semées pour le début de la saison des pluies. Le
calendrier cultural, présenté dans l’Annexe 4, décrit les différents types de champ en fonction
des saisons de culture.

31
Chaque homme chef de famille possède des champs dans les environs de son village
natal. Il est propriétaire de l’ensemble des terres (terres cultivées et en jachère) et ce droit est
transmis de père en fils. Ensuite, chaque femme possède un droit d’usufruit sur une partie du
champ familial. Ce sont généralement les épouses du chef de famille, mais il peut également y
avoir d’autres femmes. Celles-ci sont alors veuves ou célibataires, comme la mère de famille
ou une sœur, ou parfois en ménage dans le cas d’une belle-fille.
Chaque femme décide du nombre de parcelles qu’elle souhaite gérer pendant la saison
de culture. Le nombre est parfois discuté entre femmes, et avec le chef de famille. En effet, le
chef de famille, ainsi que les autres hommes de la famille, doivent pouvoir défricher et abattre
tous les terrains voués à être cultivés.
Les activités de défrichage, abattage, brûlis se font toujours d’un commun accord avec
toutes les personnes concernées. En général, un nombre restreint de familles (5-6 max.) se
mettent d’accord pour installer leurs champs au même endroit. L’association de plusieurs
champs a pour but de créer en forêt un vaste espace dégagé, permettant de lutter plus
efficacement contre les prédateurs des cultures. Une fois le terrain choisi, chaque famille
travaille sur son champ. Les hommes défrichent et abattent les arbres pour l’ensemble du
champ avant de le brûler. Ensuite, chaque femme gère ses parcelles, du semis à la récolte en
passant par l’entretien. Il faut préciser que les parcelles de chaque femme peuvent se trouver
dans différents champs ; il peut y avoir par exemple, une parcelle proche de l’habitation, et
une autre un peu plus loin ou de l’autre côté du village. Les parcelles sont séparées par des
clôtures basses faites de branchages entrelacés et maintenus entre eux par des piquets. Ces
clôtures délimitent les parcelles mais peuvent également servir à délimiter le chemin d’accès
entre les champs des différentes familles.
Parfois, les femmes peuvent s’entraider. Ce système d’entraide fait toujours intervenir un
don et un contre-don. Ce contre-don peut être une partie de la récolte ou une aide en retour.

Schématiquement, il existe deux types de champ : les champs d’arachide et les champs
sans arachide. Cette dichotomie rappelle celle énoncée par DE WACHTER [2001] à propos
de l’ethnie Badjoué dans le sud-est du Cameroun.
Les deux types de champ correspondent à deux saisons de culture qui correspondent à la
fin de la saison sèche : septembre est le mois d’installation des champs d’arachide, mars est
celui de l’installation des champs de concombre. L’analyse du système agricole des fangs
Ndzaman de notre région d’étude rejoint celle effectueé par CARRIERE [1999] chez les fangs
Ntumu qui constate que « La caractéristique principale de l'agriculture chez les Ntumu réside
dans le fait qu'ils ne pratiquent qu’un seul cycle d’arachides sur une même terre,
contrairement à leurs voisins les Mvae et Badjoué du sud Cameroun [DE WACHTER,
2001] ».
Effectivement, il y a de grandes similitudes entre le système de culture des Ntumu et des
Ndzaman. On retrouve chez les Ndzaman de notre zone, quatre des six types de champs
décrits par CARRIERE [1999] :
1. les champs de concombre, bifak ngon, créés immédiatement après l’abattage d’une
portion de forêt primaire ou de forêt secondaire âgée (plus de 15 ans) ;
2. les champs d’arachides, bibok, de superficie moins importante que les champs de
courges. Ils sont établis, soit sur jachère pré-forestière qui succède à la culture de la
courge, soit sur forêts secondaires jeunes et/ou âgées ;
3. les champs vivriers polyculturaux, bifak bidzi, en association qui succèdent à la récolte
d’arachides, où dominent d'abord le manioc puis le bananier plantain en association
avec de nombreuses autres cultures ;

32
4. les champs de bananes plantains, ekora, post courge ou post arachide, essentiellement
destinés à la vente, de superficie égale ou supérieure aux champs de courge.
Chaque champ est identifié grâce à sa culture dominante à une période donnée et possède
divers degrés d'association. Les différentes parcelles cultivées sont classées en types non
exclusifs puisque, au cours du temps et en fonction de l’emplacement initial du champ, la
culture dominante change.

Les champs se trouvent à proximité du village et sont répartis soit de façon


concentriques le long des villages (Cas du village d’Ebé-Messé, l’entièreté des champs est
comprises dans un cercle de rayon de 900 m), soit le long des routes (cas du village de
Mélané). Initialement, les champs étaient établis derrière la maison et l’installation de
nouvelles parcelles s’effectuait dans un axe perpendiculaire à la route en direction la forêt.

A l’intérieur de ces parcelles il semble régner un désordre apparent suite à la


superposition des différentes cultures associées. Il y a toutefois certaines règles adoptées :
- Les champs de concombre sont installés sur des jachères arborées de 7-8 ans. Les
graines de concombre et d’igname sont alors semées au pied des futurs supports
formés par les arbres abattus et laissés en champ car ce sont des plantes
grimpantes. Les graines de concombre sont semées en poquet de 3-4 graines et
espacées d’environ 1 m.
- Les ananas sont généralement plantés en bordure des parcelles pour matérialiser
les limites du champ. Des piquets sont également utilisés pour délimiter les
parcelles.
- Les semis d’arachide nécessitent un sol complètement dégagé (sans racine), ce qui
explique pourquoi on installe cette culture sur de jeunes jachères (3-5 ans) car elles
possèdent plus d’herbacées et donc moins de grosses racines. Les arachides sont
plantées avec un espacement moyen de 20 cm.
- L’espacement entre les rejets de banane est en général de 1 à 2 m. Les pieds de
banane sont très sensibles à la fertilité du sol et sont installés de préférence sur des
jachères âgées au moins de 8-10 ans.
- Le manioc n’a pas d’exigence en matière de fertilité. Il a en effet la réputation de
pousser sur tous les sols. Ainsi , on préfèrera le planter sur de mauvais sols (à terre
rouge) alors que les rejets de banane seront plantés de préférence sur des sols
fertiles (à terre noire). On évite autant que possible d’associer les rejets de banane
et les plants de manioc car le manioc à croissance plus rapide a tendance à étouffer
les jeunes bananiers. Dans le cas où ces deux cultures sont associées, on les espace
au moins de 2 m. Les boutures de manioc peuvent également être plantées sur une
partie du champ et sont alors alignées. L’espacement entre chaque plant de manioc
est de 1 à 2 m.

Le temps moyen de jachère pour 9 familles sur les 16 interrogées (dont une ne possédant
pas de champ) est de 5 ans. Bien que des jachères âgées soient mentionnées, il semble que les
jeunes jachères prédominent. Ceci peut s’expliquer par plusieurs raisons :
- La facilité de culture du manioc et son succès dans l’alimentation quotidienne ;
- Le manque d’hommes pour abattre les arbres. Ainsi, les femmes, et
particulièrement les vieilles ou les veuves, se plaignent souvent de devoir avoir
recours à un scieur pour installer de nouveaux champs et sont découragées car ceci
nécessite d’avoir de l’argent pour le payer. Aussi, ces femmes mentionnent que les
hommes ne débroussent plus dans l’essana, la forêt vierge, ce qui tend à penser
que les rotations s’effectuent toujours dans les mêmes champs proches

33
Tableau 4. Raisons invoquées pour la conservation des arbres dans les champs.

33 verso
du village, avec comme effet induit, la réduction du temps de mise en jachère.

9.1.2. Place de l’arbre au sein du système de production


Les résultats d’enquête et les visites sur le terrain montrent que la plupart des champs
possèdent des arbres. Ceux-ci sont dispersés au sein du champ. Ils sont soit plantés, soit
préservés lors de leur abattage. Dans le premier cas, il s’agit principalement d’essences
commerciales de production fruitière ; dans le deuxième cas, il s’agit d’essences forestières.
Les raisons principales invoquées lors des enquêtes répondant à la question 6 (voir Annexe 3)
sont compilées dans le Tableau 4.
La raison principale invoquée pour préserver une essence forestière dans les champs
est donc sa valeur alimentaire. Une espèce se dégage largement des autres : le manguier
sauvage qui est mentionné 10 fois sur les douze citations. Puis on retrouve le moabi, l’ozigo et
le noisetier du Gabon, cités respectivement 5, 4 et 2 fois. Enfin, l’abam, le bois amer, l’ebom,
l’essong, l’ofoss ainsi que le palmier à huile (chacun cité 1 fois) sont d’autres essences
préservées dans les champs pour leur production de fruits.
Il faut savoir, et nous le reverrons plus tard (Chapitre 10), que les fruitiers sauvages, tout
comme les PFNL utilisés en médecine traditionnelle - tous deux définis comme arbre « utile »
par les villageois - ont un statut particulier. Ils font partie du patrimoine de la communauté
villageoise et toute personne du village peut venir en prélever les produits. Dans le cas où
l’arbre se trouve dans un champ, et qu’il n’a pas été planté, le propriétaire du champ est
également propriétaire de l’arbre. Ainsi, c’est lui qui décide ou non de le couper - par exemple
s’il est stérile, dans le cas d’un fruitier ou si celui-ci gêne les cultures ou les arbres présents. Si
l’arbre est considéré comme jouant un rôle (alimentaire et/ou médicinal, tels que le manguier
sauvages ou le moabi) pour l’ensemble de la communauté villageoise, il y a une sorte
d’interdit communautaire qui proscrit la coupe de l’arbre. Ceci concerne essentiellement le
moabi, le manguier sauvage, l’oboto et l’ofoss.

La raison suivante invoquée pour la conservation des arbres dans les champs est
l’utilisation des bois pour la construction. Le principal cité est l’okoumé (8 citations sur 9),
puis viennent ensuite le movingui, l’olon et le padouk (avec 2 citations pour chacun) et enfin
l’iroko, le moabi et le kévazingo (1 citation pour chacun).

Les deux autres motivations pour conserver un arbre dans le champ citées par près d’un
tiers des personnes interrogées, sont l’utilisation dans la pharmacopée, et la difficulté
d’abattage.
Pour les arbres utilisés en médecine locale, le kévazingo est le plus invoqué avec 3
citations, puis le moabi (2 citations) et ensuite l’émien, l’éteng et le sorro (1 citation chacun).
Enfin, les arbres difficiles à abattre cités sont : le dabéma, le diana, le manguier sauvage,
le moabi, le noisetier du Gabon, l’okala, le pindja, et le sorro.

Lors des sorties de terrains, deux vergers ont également été recensés. Il appartiennent à
la même famille élargie, nda bot (l’un appartient au père, l’autre au fils), et sont composés
d’avocatiers et d’atangatiers dont les fruits sont vendus. Au niveau de la gestion et de la
récolte, ce sont les hommes propriétaires du verger qui s’en occupent.

34
9.2. Jardins de case
9.2.1. Description
Les jardins de case se trouvent pour la plupart derrière les cuisines là où tous les déchets
de cuisine sont rejetés. C’est pourquoi, la plupart des villageois n’ont pas de considération
pour cet espace qu’ils nomment ekoune, c’est-à-dire la poubelle. Comme les champs se
trouvent aux abords immédiats du village il n’y a pas cette nécessité d’avoir des plantes
alimentaires près des maisons. Ceci explique pourquoi la majorité des villageois ont répondu
« non » spontanément à la question « Possédez vous un jardin de case ? ».
Les jardins de case se situent également entre les maisons, dans les espaces nommés
nsen, c’est-à-dire la cour.

Figure 16. Schéma d’un jardin de case type.

Figurent dans un jardin de case type retrouvé dans l’ékoune (Figure 16) :
- 1 à 2 atangatiers
- une vingtaine de bananiers (avec comme rapport 1/3 de banane douce et 2/3
de banane plantain) ;
- 1 à 5 papayers ;
- 1 citronnier ;
- 1 fausse citronnelle ;
- parfois un avocatier ;
- parfois quelques pieds de piments.
- des plants de taro en couverture ou de patate douce (surtout à Mélané)

Les arbres retrouvés dans le nsen sont essentiellement représentés par des atangatiers,
des cocotiers, des palmiers à huile ou des goyaviers.

Les produits prélevés sur les plantes situées près des cuisines ont des statuts différents
selon le type de plante : il y a celles qui sont plantées, celles qui sont médicinales et les arbres,

35
plantés ou non. Certaines plantes font plutôt l’objet d’une appropriation lignagère, tandis que
d’autres appartiennent juste à la famille nucléaire, ou au contraire, à la communauté
villageoise. Une synthèse des principales plantes retrouvées dans les jardins de case selon le
mode de cogestion est présentée dans le Tableau 5.
Tableau 5. Modalités de cogestion de certaines plantes retrouvées dans les jardins de case

Village Lignage Famille


Emien Arbre à pain Ananas
Fausse citronnelle Canne à sucre Atangatier
Menthe gabonaise Citronnier Avocatier

Oseille de Guinée Iboga Bananiers


Papayer Mandarinier Cocotier
Patate douce Oranger Corossolier
Piment Pamplemoussier Goyavier
Taro Iboga
Manguier
Manguier sauvage*
Moabi*
Palmier à huile
Tabac
Tomate
* Si l’arbre a été planté.
NB : la légende est la même que celle présentée à la Figure 16.

9.2.2. Place de l’arbre au sein du système de production


L’appropriation dépend de manière générale de la valeur commerciale de l’espèce
(ananas, avocat, atanga, mangue, banane, etc.). Les plantes uniquement destinées à la
consommation quotidienne familiale (taro et piment essentiellement) ou celles médicinales
(émien, fausse citronnelle, menthe gabonaise et oseille de Guinée) peuvent être prélevées à
tout moment par n’importe quel membre du village. Seul l’iboga constitue une plante
médicinale particulière car c’est la seule à être commercialisée. Les racines sont consommées
et l’achat d’un petit plant coûte 5.000 FCFA, un gros coûtant 10.000 FCFA. L’appropriation
de cette plante est familiale ou lignagère, les revenus engendrés par la vente revenant à la
famille, l’extraction étant lignagère. Le nyma, tradipraticien, a, en quelques sortes, autorité sur
tous les plants d’iboga de son lignage. Il faut souligner que le syndicats des tradipraticiens
interdisent la production à grande échelle et que les plants au sein du village sont
principalement réservés aux habitants du villages et aux malades présents.

Les arbres bénéficient d’une appropriation plus forte, lignagère ou familiale et l’on
remarque que les arbres dont les produits ont une valeur commerciale appartiennent
uniquement à la famille. Egalement, ces arbres sont de préférence plantés dans le nsen et en
dehors de l’ekoune. Seul le papayer que l’on retrouve communément dans l’ekoune produit
des fruits qui peuvent être prélevés par n’importe quel membre du village.

36
Enfin, pour conclure, le Tableau 6 présente la distribution des arbres fruitiers au sein
du terroir. Nous remarquons ainsi que les plus présents sont l’avocatier, le palmier à huile, le
papayer et le citronnier. Nous pouvons également remarquer que l’atangatier, très présents
dans les villages, se retrouve rarement dans les plantations.
Tableau 6. Distribution des arbres fruitiers au sein du terroir. Légende : XXX Très fréquent ; XX
Fréquent ; X Parfois ; 0 Rare ou nul.

Arbre village champ


Avocatier XX XX
Corossolier X 0
Manguier X 0
Palmier à huile XX XXX
Atangatier XXX 0
Papayer XXX XXX
Goyavier XX X
Arbre à pain X XX
Moabi 0 0
Manguier sauvage X XX
Mandarinier 0 0
Citronnier XX XX
Pamplemoussier XX XX

Chapitre 10 MODALITES D’APPROPRIATION ET DE COGESTION


DES ESPACES-RESSOURCES
Tout plan d’aménagement dans le cadre de la foresterie sociale ne peut passer à côté
de la prise en compte des droits fonciers exercés par les villageois. En effet, la gestion
forestière n’est pas seulement le fait d’exploitants forestiers, mais également des villageois
qui entretiennent avec leur milieu, et ses ressources, des relations particulières. On retrouve
fréquemment dans les populations africaines une imbrication ou superposition de droits
différents, portant respectivement sur les plantes et sur la terre qui les porte [DUPRIEZ & DE
LEENER, 1993] et qui sont beaucoup plus complexes que la dichotomie public/privé et nu-
propriétaire/usufruitier issu du droit occidental.

Les modalités d’appropriation et de cogestion sont des notions dynamiques qui


évoluent avec le temps. Il y a une évolution permanente du sociosystème, incorporant les
différents élément historiques (agriculture itinérante sur brûlis, colonisation, sédentarisation)
[VERMEULEN & KARSENTY, 2001]. Actuellement, nous pouvons constater une
superposition du système traditionnel et du modèle occidental, qui a été « imposé »
auparavant. De ce fait, l’idée est d’intégrer ces nouvelles notions dans la compréhension du
système foncier [PENELON et al., 1998 ; TEREA, 2006] d’où l’importance de comprendre
les modalités d’appropriation et de cogestion des espaces-ressources, et les règles qui les
sous-tendent. Cette méthode est capitale si l’on souhaite d’un projet qu’il perdure (en passant
par l’acceptation par les populations locales et la maîtrise des conflits internes et externes). La
pérennité d’un projet ne peut se faire sans une bonne compréhension du milieu.

Le Tableau 7 présente les différents espaces ressources des communautés résidentielles


selon la théorie des maîtrises foncières. Les paragraphes suivants expliquent les diverses
notions présentes au sein de ce tableau, exprimées autant que possible par leur dénomination
fang. Ces notions sont suivies du code mentionnant la case du tableau à laquelle elle se
rapporte (exemple une ressource gérée publiquement à maîtrise indifférenciée sera classée en

37
Tableau 7. Régulations possibles des rapports de l’homme à la terre et aux ressources par les maîtrises
foncières [adapté de LE ROY, 1996].
Modalités Maîtrise Maîtrise Maîtrise Maîtrise Maîtrise
d'appropri- indifférenciée prioritaire spécialisée exclusive exclusive et
ation (1) (2) (3) (4) abusive (5)
Droit d'accès,
Droit d'accès et Droit d'accès, Droit "d'user
d'extraction et de
Modalités d'extraction d'extraction, et de
Droit d'accès gestion
(éventuellement de gestion et disposer",
de (éventuellement
temporaire) d'exclusion donc d'aliéner
cogestion temporaire)
Public (A) essamlouna, nplwara, mviah,
Commun à tous messosoé, issog nkon
Externe (B)
Commun à n groupes
(villages)
Externe (B)
Commun à n groupes ndoun, oshi miyop, minsébé,
(lignages)
Externe (B)
Commun à n groupes mvan
(unités familiales)

Interne-Externe (C) mvan, afoup


Commun à deux
mvon
groupes (villages)
afan, nzen,
Interne-Externe (C) ndoun, miyop,
Commun à deux
minsébé, elik,
groupes (lignages)
mvoun
Interne-Externe (C)
Commun à deux
mvan
groupes
(unités familiales)
Interne (D) essamlouna,
Commun à un groupe
messosoé, issog
(initiés du culte bwiti)
afan, nzen,
Interne (D) ndoun, miyop,
Commun à un groupe
minsébé, elik, bili
(village)
mourasse
afan, miyop,
Interne (D) minsébé, elik,
Commun à un groupe
mvoun, bili
(lignage)
bindoul
mvan, afoula,
Interne (D) mbamé, avou,
Commun à un groupe eli bivabala,
fala meba, bili
(unité familiale)
zam

Privé (E) ekui, angou,


étok
Propre à une personne abeng

37 verso
A1). La maîtrise sur un espace peut être différente de la maîtrise sur les ressources qui s’y
trouvent, ce qui explique pourquoi on retrouve parfois le même terme dans différentes cases.

Le lexique des maîtrises défini par LE ROY [1996] est présenté dans l’annexe 5.

*
* *

Le terme afan [maîtrise exclusive commune à un village D4, à un lignage D4, à deux
lignages C4] désigne la brousse c’est-à-dire la forêt exploitée par les villageois ; l’essana
[maîtrise prioritaire commune à tous A2] étant la forêt vierge ou la forêt lointaine qui n’a
jamais été ni travaillée, ni exploitée. Ainsi, personne ne peut revendiquer l’essana. Chaque
village possède sa zone d’exploitation en forêt (afan) mais c’est plus exactement les membres
des lignages originaires du finage qui exercent la plus grande maîtrise sur l’afan. Ceci
explique pourquoi le terme afan est l’objet de différents types de maîtrises : l’afan peut
résulter de l’occupation de cette zone par un village, composé d’un ou plusieurs lignages (qui
peuvent, à la suite de migrations, se diviser et se retrouver dans des villages différents). Après
migrations, il arrive que bien souvent des membres retournent dans l’afan leur ancien village.
Aussi, une différence du type de ressource exploitée est mise en évidence dans le mode
de cogestion de l’afan. Le droit d’exploiter les bois et de les vendre ne peut se faire que sur
l’afan de son lignage d’origine. La délimitation de cet afan est différente de la précédente car
elle résulte des layons tracés, à l’aide d’une boussole, par les exploitants forestiers lors des
coupes familiales.
La chasse fait partie des activités où la maîtrise est la plus poussée. Une personne
provenant d’un village X et installée dans le village Y ne pourra jamais aller chasser dans
l’afan Y sans autorisation. Les activités de pêche surtout, et dans une moindre mesure de
cueillette, ont un niveau de maîtrise et de cogestion plus souple.

Pour ce qui est de la chasse, les nzen [maîtrise exclusive commune à un village D4, ou
maîtrise exlusive à deux lignages, Yébé et Okak, C4] désignent les pistes en forêt où l’homme
part chasser. La chasse au fusil (nzali) [maîtrise prioritaire commune à plusieurs lignages B2,
maîtrise prioritaire commune à un village B4 ] s’exerce de façon individuelle ou parfois en
groupe de 2 à 3 hommes. Sur certains nzen on peut retrouver des pièges, les bikui (ekui au
singulier). Les pièges sont individuels et chaque chasseur possède sa zone de pièges [maîtrise
exclusive propre à une personne privée E4].

La zone de cueillette est définie par le terme ndoun [maîtrise exclusive commune à un
village D4 ou à deux lignages C4, maîtrise prioritaire commune à plusieurs lignages B2]. La
cueillette en zone forestière est généralement réservée aux lignages originaires du village.
Cependant, il y a une sorte d’accord tacite pour certaines ressources où les droits d’accès et
d’extraction sont plus étendus. Ceci concerne des ressources rares dans un finage villageois,
alors qu’elles sont abondantes dans le finage du village voisin. Les feuilles d’Aké
(Megaphrinium macrostachyum) font partie de ces exceptions dans la zone du regroupement
de village : le village d’Ebé-Messé en est relativement dépourvu, alors qu’on retrouve des
massifs étendus de ces feuilles au niveau du hameau de Messé jusqu’au village de Mélané.
Ainsi, les membres du village d’Ebé-Messé, quelque soit leur lignage d’origine, peuvent aller
prélever ces feuilles dans la zone forestière du village voisin sans demander d’autorisation.
Cette exception explique pourquoi le terme ndoun est dupliqué dans la case du niveau de
maîtrise prioritaire entre deux villages.

38
L’angou [maîtrise exclusive propre à une personne privée E4] constitue une exception
remarquable en regard de la collecte des PFNL. Il désigne le tas de mangues sauvages laissés
au pied de l’arbre-mère et qui appartient à la femme qui l’a récolté. Plusieurs femmes peuvent
se retrouver sous le même manguier sauvages (chacune ayant son tas), mais c’est celle qui
arrive le plus tôt ou qui choisit le bon arbre qui est assurée d’avoir une meilleure récolte.
L’angou est ainsi la ressource forestière végétale où la maîtrise est poussée au niveau
privé. Ces fruits sont très prisés car la pâte extraite du broyage des amandes est utilisée
quotidiennement dans l’alimentation. Comme les fruits sont lourds à transporter, les femmes
font au préalable des tas et laissent les fruits pourrir, ceci pour faciliter la casse des noyaux.
Une fois les noyaux cassés, elles ramènent les amandes au village.

Les rivières, oshi [maîtrise spécialisée commune à plusieurs lignages B2], sont
nombreuses dans la zone d’étude. Elles matérialisent souvent, comme nous l’avons vu
précédemment, les limites du finage villageois et peuvent être exploitées conjointement par
des villages voisins.
La pêche masculine est beaucoup moins pratiquée que la pêche féminine et se résume à
une pêche individuelle itinérante à la ligne (nplwara), à l’épervier (mviah) ou au filet (nkon).
Pour ces types de pêche, la maîtrise est faible [maîtrise prioritaire commune à tous A2], se
résumant à l’accès et l’extraction, un étranger de passage pouvant pêcher sans autorisation.
Les pêches féminines ont un niveau de maîtrise plus fort du fait qu’elles nécessitent un
investissement en temps et en main d’œuvre beaucoup plus important. Comme le précisent
VERMEULEN & CARRIERE [2001] à propos des sites de pêche Mvae, ethnie proche des
Fangs Ndzaman de notre zone d’étude, « le degré d’appropriation d’un site dépend de
l’investissement à long terme consenti sur celui-ci. »
Les miyop [maîtrise exclusive commune à un village D4, à un, deux ou plusieurs
lignages D4, C4, B4] sont les barrages à poissons construits le plus souvent sur de grandes
rivières. Les hommes se mettent alors à plusieurs pour les construire. Ils coupent de gros bois
qu’ils mettent transversalement dans la rivière et qui sont retenus par des piquets et amarrés
ensuite par des lianes. Les femmes les rejoignent deux jours après environs, une fois le miyop
construit. Elles le renforcent en colmatant le tout avec de la terre et des branchages. Elles
vident ensuite ensemble le minsébé [maîtrise exclusive commune à un village D4, à une, deux
ou plusieurs familles D4, C4, B4], c’est-à-dire la zone entre les deux barrages, et se partagent
ensuite la récolte de façon équitable. Pour vider le minsébé, les femmes utilisent une écuelle,
appelée ekana, faite en contrefort d’okoumé [LECUIVRE, 2002]. Il faut noter que cette
activité se perd aujourd’hui car elle demande beaucoup de main d’œuvre et que les activités
communautaires deviennent de plus en plus rares, le plus souvent réduites à la cellule
familiale. Cette perte des activités communautaires est due à la désertion des villages et à la
monétarisation des activités.
L’étok [maîtrise exclusive et absolue propre à une personne privée E5] désigne quant à
lui un piège à poisson fait à l’aide de branchages et parfois recouvert de cailloux : les poissons
attirés par l’ombre et la protection des prédateurs, se nichent dedans. Une fois que l’on
souhaite récolter, on fait un barrage autour de l’étok puis on vide l’eau à l’intérieur. La
construction d’un étok est un signe fort d’appropriation d’une partie de la rivière considérée
comme un bon site de pêche. Chaque femme garde son site de pêche d’année en année.
Parfois les femmes s’associent et les poissons pêchés sont partagés équitablement. Si la
femme est malade ou décède, un autre membre de la famille peut reprendre le site de pêche.

Les campements de longue durée en forêt sont rares. Il en existe de ponctuels lors d’une
chasse de plusieurs jours : le chasseur amène avec lui une bâche et quelques éléments
rudimentaires pour se loger. La fréquentation des campements est plus forte lors de la période

39
de récolte des mangues sauvages et lors de la préparation de cérémonies. Il faut dans ce cas
pouvoir ramener une bonne quantité de nourriture, issue de la chasse, la pêche et la cueillette,
pour nourrir tous les invités. Ces campements, mvan [maîtrise exclusive commune à une,
deux ou plusieurs familles D4, C4, B4] sont familiaux, plusieurs familles pouvant partir
ensemble, qu’elles soient du même lignage ou non.
Deux campements essentiellement sont fixes et actuellement fréquentés plus intensément
par plusieurs villages [maîtrise exclusive commune à plusieurs villages C4] : il s’agit des
anciens campements forestiers des sociétés SHM et Rougier Gabon qui sont composés de
bâtiments en dur. Ceux-ci à l’état d’abandon sont sommairement entretenus par les villageois.
En raison de l’accessibilité facile par les pistes forestières, ces campements constituent les
points extrêmes d’exploitation en forêt. Toutefois, il ne sont pas pris en compte dans la
délimitation du finage, l’objectif d’appropriation n’est plus ici la maîtrise sur l’espace, mais
bien sur un « flux » de ressources. Les villageois s’y rendent d’ailleurs le plus souvent par des
moyens motorisés. On peut toutefois se demander quelle sera la pérennité de ces campements,
Rougier étant en train de démanteler le leur.

L’elik (bilik au pluriel) [maîtrise exclusive commune à un village D4, à un lignage D4, à
deux lignages C4] désigne l’ancien village ou toute terre qui a été habitée et qui se retrouve
totalement abandonnée. Il peut également y avoir un elik au sein même du village. L’elik
devient donc un terrain appartenant à tout le village ou aux personnes originaires du village
(lignage), et les droits d’accès, d’extraction et d’exclusion peuvent être exercés par chacune
de ces personnes.

Mvoun [maîtrise exclusive commune à un lignage D4 ou à deux lignages C4] désigne


l’endroit sacré. Souvent les bilik constituent des endroits sacrés car il représentent le lieu où
les ancêtres sont enterrés. L’appropriation lignagère de ces terres abandonnées ne doit pas être
négligée, les membres du lignage étant toujours susceptibles de retourner dans cette zone.

Le terme afoula [maîtrise exclusive commune à une famille D4] désigne l’ensemble des
terres appartenant à une famille. A l’intérieur de cet espace, chaque famille nucléaire exerce
un droit théorique sur les terres en culture, mbame [maîtrise exclusive commune à une
famille D4] et les jachères, mévou (avou, au singulier) [maîtrise exclusive commune à une
famille D4]. Le droit d’exclusion est exercé par le chef de famille. Il est hérité de père en fils
et est effectif jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de descendance ou de membre de la famille
revendiquant ce droit. Le droit d’usufruit est quant à lui transmis de la mère aux filles ou aux
belles-filles.
Chaque femme de la cellule familiale peut choisir un nombre de parcelles, mebeng
(abeng au singulier) [maîtrise exclusive propre à une personne privé E4], qu’elle souhaite
mettre en culture. Ces parcelles sont groupées ou, le plus souvent, réparties dans différents
champs ; il peut y avoir par exemple, une parcelle proche de l’habitation, et une autre un peu
plus loin ou de l’autre côté du village.
Les terres peuvent également être cédées, temporairement ou non, à une autre personne :
ce peut être pour une ou plusieurs saisons de culture si la personne est étrangère, ou plus
longtemps si la personne est connue (par exemple, la personne est du même village ou du
même lignage). Dans ce dernier cas, la famille d’origine peut récupérer les terres si, par la
suite, il n’y a plus de descendants pouvant revendiquer le droit d’usufruit.
Les champs sont séparés matériellement par une clôture basse faite de branchages
entrelacés. Cette limite entre les champs possède le terme particulier d’ifeuma, le nni étant le
terme plus général, exprimant la limite ou la frontière entre deux territoires.

40
Tableau 8. Grille d'analyse des droits fonciers, en relation avec les arbres [DUPRIEZ & DE LEENER,
1993].

A. propriété de la terre
1. propriété collective
> lignage
> clan
> groupement
> Collectivité
2. propriété d'Etat
3. propriété privée
> individuelle
> institutionnelle
> firme
B. usage de la terre
> en pleine propriété
> précaire
> individuel
> communautaire
C. statut de l'arbre
> spontané
> planté
D. fonctionnalité de l'arbre
> utilité simple
> utilités multiples
E. propriété de l'arbre
1. arbre incorporé à la propriété fonçière

2. arbre appartenant à quelqu'un d'autre que le propriétaire fonçier

F. usager de l'arbre
1. usager propriétaire
2. Usager non-propriétaire
> un seul usager
> plusieurs usagers

40 verso
Les limites, ainsi que le droit d’exclusivité sur les terres se conservent, même lorsque le
champ semble abandonné. C’est ainsi que les jachères appartiennent toujours à la même
famille, ou à défaut au même lignage, quelque soit le nombre d’années écoulées.
Parmi les différents types de champ, nous avons recensé :
- Les champs d’arachide, ebok (bibok au pluriel) ;
- Les champs de concombre, efak ngon (bifak ngon au pluriel) ;
- Les cacaoyères, afoup kaka (mefoup kaka au pluriel)

Fala meba, « mon jardin » [maîtrise exclusive commune à une famille D4], est le terme
employé pour le jardin de case. Il se situe en général dans l’ekoune, sorte de compost à
l’arrière des maisons où sont jetés les déchets divers (boîtes de conserve, restes de nourriture,
etc.) où la récolte est en général moins contrôlée que dans le nsen (§0). Le terme réellement
employé dépend du soin qui est apporté à cette aire. En général le terme fala meba décrit plus
les plantes ornementales et celle plantées pour la consommation personnelle, alors que
l’ekoune désigne plus l’aire derrière la maison où les plantes poussent de façon désordonnée
et spontanée.

Comme nous avons vu dans la partie 9.1.2. , les arbres ont des statuts différents. Le
Tableau 8 présente un exemple de grille d’analyse des droits fonciers exercés en relation avec
les arbres.
Ainsi, nous avons recensé :
- Bili bifak, qui signifie « les arbres des champs ». Ces arbres peuvent
appartenir aux deux catégories suivantes.
- Bili mourasse [maîtrise exclusive commune à un village D4] qui signifie « les
arbres de tout le monde ». Ce terme désigne les PFNL non plantés,
alimentaires ou médicinaux, et dont les produits peuvent être prélevés par
l’ensemble de la communauté villageoise. Ces arbres se trouvent dans
l’enceinte du village ou sur les terres cultivées. Comme nous l’avons vu au §
.9.1.2. Il y a une sorte d’interdit communautaire en ce qui concerne la coupe
d’un arbre dont les produits sont pour le bien de tout le monde. Les habitants
de villages voisins peuvent également venir prélever les fruits ou les écorces
de ces arbres lorsque leur production fait défaut dans leur zone. Il faut
toutefois une autorisation préalable de la part des villageois.
- Bili zam [maîtrise exclusive commune à une famille D4], qui signifie « mes
arbres » et qui comprend les arbres qui font l’objet d’une appropriation plus
forte en raison de leur valeur commerciale (avocatier, atangatier, bananiers…
cf. § 9.2.2. ). Ces arbres se trouvent également soit dans les jardins de case,
soit dans les champs.
- Bili bindoul qui signifie « les agrumes » (citronnier, oranger,
pamplemoussier, mandarinier). Sauf si quelqu’un souhaite les cultiver pour
son propre compte, la récolte des fruits de ces arbres au sein du village est
lignagère [maîtrise exclusive à un lignage D4].
- Eli bivabala [maîtrise exclusive et absolue commune à une famille D5]
signifie « arbre qu’on a protégé pour se l’approprier ». Ce sont des arbres
destinés à être utilisés pour la construction et qui sont proches du village. La
famille qui souhaite réserver l’arbre doit le nettoyer sur tout leur pourtour
pour se l’approprier. Dans le cas où il existe plusieurs familles dans le
village, le nom de la famille qui s’est approprié le bois est marqué à la
peinture sur le tronc.

41
L’afoup mvon [maîtrise commune à deux villages C4] correspond à la pépinière
villageoise construite en décembre 2006 à Messé et gérée conjointement par les deux villages.

Au sein du village d’Ebé-Messé exerce un tradipraticien renommé, appelé nyma. La


médecine qu’il exerce est associée au culte bwiti, lequel reprend les rites traditionnels mbwiri
en y incorporant des références chrétiennes. Des lieux propres aux initiés et aux malades en
cours de traitement ont été édifiés. L’accès est en général ouvert à tous mais le prélèvement
des ressources est réservés aux membres. Trois lieux associés au culte ont été répertoriés :
- Essamlouna [maîtrise indifférenciée commune à tous A1, maîtrise spécialisée
commune aux initiés D4]désigne le temple mbwiri, où sont conservées les
cithares et où se déroulent les cérémonies. Toute personne peut assister aux
cérémonies mais seuls les initiés peuvent y participer.
- Messosoé [maîtrise indifférenciée commune à tous A1, maîtrise spécialisée
commune aux initiés D4] désigne l’endroit où les malades en cours de
traitement se lavent. Cette zone comprend quelques plantes médicinales et
constitue également un lieu de recueillement. L’accès est ouvert à tous mais
seuls les initiés peuvent consommer les produits issus de cet endroit.
- L’issog [maîtrise indifférenciée commune à tous A1, maîtrise spécialisée
commune aux initiés D4] est l’endroit où les malades s’enduisent de kaolin.
C’est une sorte de bain purifiant que les malades prennent tous les jours à
heures fixes : à midi, à 17h et à 3h du matin.

Figure 17. Photos de malades le corps enduit de kaolin. La cordelette et la plume autour de la tête
désignent les malades ou les personnes en cours d’initiation.

Chapitre 11 IDENTIFICATION DES ZONES POTENTIELLEMENT


CONFLICTUELLES
L’étude de la maîtrise foncière sur les différents espaces-ressources permet d’identifier
les zones potentiellement conflictuelles entre les exploitants forestiers et les communautés
locales. Il s’agit principalement d’éléments patrimoniaux constitués par les anciens villages,
leur cimetière et les sites sacrés (Figure 12, Figure 13 et Figure 14).
Les arbres appropriés pour la construction en forêt peuvent aussi être source de conflit
dans le cas où aurait lieu un passage de coupe à proximité des villages. La durée du travail de
terrain n’a malheureusement pas permis l’inventaire de tous ces arbres.
Egalement, certains arbres en forêt sont réputés pour leur valeur médicinale et sont
appropriés par les villageois. Il s’agit essentiellement des moabis qui ont été réservés et
soustraits à l’exploitation forestière lors du passage de coupe de Rougier en 2001.

42
Les villageois remarquent que d’autres essences productrices de PFNL médicinaux sont
recherchées par les exploitants forestiers. Il s’agit du kévazingo essentiellement, puis du
movingui, du sorro et du pau rosa (cf.§ 9.1.2. ci-dessus et § 12.1. ci-dessous).

Enfin, on peut noter que la bande de 5 km que Rougier a soustrait au sud de son permis
semble suffisante car le finage du regroupement ne s’étend pas jusque là.

Chapitre 12 VALORISATION DES PFNL


12.1. Appréciation de la disponibilité en PFNL par les villageois
D’après le témoignage des villageois (taux de sondage de 62%), les trois PFNL les plus
récoltés sont les noisettes, les mangues sauvages et les fruits d’amvout. Leur succès est tel que
les villageois souhaitent pouvoir récolter plus. Nous verrons dans le § 12.3. (p.52) quel est
l’impact de la récolte sur la structure diamétrique de ces espèces. Les fruits de moabi sont très
recherchés mais il est qualifié de rare au niveau du finage.
Tableau 9. Résultats des questions 9, 13 et 14 du questionnaires d’enquête (Annexe 3). Les chiffres
indiquent le nombre de fois que le PFNL a été mentionné. La première colonne indique ceux qui sont
récoltés ; la deuxième, ceux qui sont constatés rares ou disparus ; la troisième, ceux que les villageois
souhaiteraient avoir en plus grande quantité.
Disparu ou
Récolté A favoriser
rare
Noisette 10 2
Manguier sauvage 8 3
Amvout 7 1
Abam 6
Moabi 5 7 2
Champignon blanc 5
Engong 4 1 2
Ozigo 4 1
Nkumu 4
Ofoss 3 1 1
Aké 4
Champignon jaune 3
Oboto 2 1 2
Echine 2 1
Afane 1 1
Afo 1
Ebom 1
Herbe à gorille 1
Lianes 1
Miel 1
Onzabili 1
Rotin 1
Kévazingo 2 2
Essong 1
Okoumé 1
Pau rosa 1
Movingui 1
Padouk 1
Parmi les arbres à favoriser, on remarque que les arbres appartenant à la pharmacopée et
concurrentiels avec l’exploitation forestière sont souvent cités. Les villageois redoutent leur
exploitation commerciale et souhaitent préserver certains pour prélever les écorces
médicinales.

43
La récolte de koumou (Gnetum africanum) et de feuilles d’aké (Megaphrinium
macrostachyium) est sous évaluée car ce sont bien souvent les chefs de familles qui ont
répondu au questionnaire, même si la présence et l’avis des femmes aient été souhaités. Les
femmes sont généralement plus réservées et c’est dans leur cuisine que l’on peut facilement
identifier les produits récoltés. Ainsi, le koumou et particulièrement les feuilles d’aké font
partie des collectes régulières de PFNL, et ce pendant toute l’année. Pour exemple, dans une
famille à mode de vie relativement moderne, composée de 4 adultes (deux générations de
couple) et deux enfants en bas âge, une cinquantaine de bâtons de manioc étaient préparés
toutes les deux semaines. La confection de ces bâtons nécessite une centaine de feuilles d’aké
(2 feuilles par bâton).

12.2. Description des PFNL végétaux utilisés dans la zone d’étude


Les informations recueillies ont été classées en trois catégories : les PFNL destinés à
l’alimentation, ceux utilisés en médecine traditionnelle et ceux destinés à d’autres emplois
(artisanat, usage domestique par exemple). Ceux présents dans au moins deux de ces
catégories seront précédés d’une astérisque afin de mettre en évidence de façon simple leur
caractère multi-ressource. Il faut noter que certaines plantes domestiques ont été reprises dans
les listes suivantes car elles possèdent d’autres usages que culinaires ; dans ce cas, on le
précisera dans le descriptif de l’espèce.
Les listes présentées ci-dessous n’ont pas non plus pour ambition d’être exhaustives.
Ceci est particulièrement vrai pour les PFNL utilisés en médecine traditionnelle car les
villageois ne souhaitent pas toujours dévoiler leurs secrets ou leur patrimoine culturel.
Beaucoup de remèdes sont également appris avec le tradipraticien lors de l’initiation bwiti et
ne peuvent être dévoilés que si l’on se fait initier à son tour.
Les différentes espèces productrices sont classées dans chaque catégorie par leur nom
latin. Il est suivi par la famille de l’espèce, puis par son nom pilote en français et/ou par son
nom en fang (en italique).

12.2.1. Les PFNL végétaux destinés à l’alimentation


Afromomum giganteum K. Schum. – Zingibéracées ; Herbe à gorille, Adzom
Plante herbacée très répandue sur les sites anthropisés : bords de chemin, jachères et
anciennes pistes de débardage. Les fruits rouges poussant à même le sol sont consommés pour
leur pulpe acidulée et parfumée. La pulpe de ce fuit, contenant de nombreuses graines,
ressemble à celle du fruit de la passion. Ce sont les enfants qui consomment en majorité les
fruits. Ces fruits sont également très appréciés des singes et gorilles, d’où leur nom pilote en
français : herbe à gorille.
Afrostyrax lepidophyllus Harms – Styracacées ; Ail indigène, Echine
Arbuste ou petit arbre hermaphrodite dont tous les organes sont empreints d’une forte
odeur d’ail. L’écorce, les graines ou la racine sont utilisés comme condiment. Les locaux
l’appellent échine ou « cube Maggie » indigène.
* Anonidium mannii (Oliv.) Engl. & Diels – Annonacées ; Ebom, Ebom
Petit arbre de la forêt ombrophile dont le fruit est un pseudo-syncarpe pouvant atteindre
50 cm de long et près de 10 kg. Il est communément appelé corossolier sauvage et est
essentiellement ramené au village et consommé par les enfants. Les adultes négligent en
général les fruits sucrés en prétextant que ce sont des saveurs réservées aux enfants.

44
* Antrocaryon klaineanum Pierre – Anacardiacées ; Onzabili, Osakong
Arbre de très grande taille, présent dans les vieilles forêts et les forêts secondaires et
dont les fruits sont des petites drupes (2 à 4 cm de diamètre) aplaties, pentagonales et de
couleur jaune. La pulpe jaune et acidulée est très appréciée des enfants.
* Baillonella toxisperma Pierre – Sapotacées ; Moabi, Adzo
Arbre emblématique pour sa valeur multi-ressource, ses dimensions impressionnantes…
et sa rareté en forêt. En effet, cette espèce a fortement été recherchée par les exploitants
forestiers pour ses qualités en tant que bois de tranchage. Quelques pieds ont d’ailleurs été
protégés de l’exploitation par les villageois conscients de sa faible densité actuelle.
La pulpe jaune des fruits peut être consommée et les graines sont employées pour
produire une huile très appréciée. Cependant, en raison du faible nombre de moabis dans la
région, la préparation de l’huile est de plus en plus rare et la technique de préparation se perd
peu à peu.
* Coula edulis Baill. – Olacacées ; Noisetier du Gabon, Ewoumi
Les fruits de ce petit arbre sont des drupes sphériques verdâtres. Seules les amandes sont
consommées et sont très appréciées dans tout le pays. Leur goût rappelle celui des noisettes
des latitudes tempérées. Les « noisettes », koumi en fang, peuvent se conserver quelques mois
au fumoir.

Figure 18. a) Fruits de Coula edulis ; b) Amandes d’Irvingia gabonensis


Dacryodes buettneri (Engl.) Lam – Burséracées ; Ozigo, Assia
Grand arbre facilement reconnaissable en forêt par son feuillage roussâtre. Il est
également appelé atangatier sauvage par analogie avec l’atangatier (Dacryodes edulis ([Link]
f.) H. J. Lam.) qui est planté près des habitations. En Fang, la différence entre les deux
espèces est faite par la dénomination Assia Fang « Atangatier des Fangs » pour l’espèce
sauvage et Assia ntangha « atangatier des blancs » pour l’espèce domestique.
Pour ces deux espèces, le fruit, appelé atanga, est consommé bouilli et assaisonné de sel.
Une pâte à base de fruits peut aussi être préparée ; elle possède l’avantage de pouvoir se
conserver plus longtemps (2 à 3 mois) que les fruits frais. Les atangas sont très appréciés des
villageois et c’est pourquoi beaucoup d’atangatiers sont plantés près des habitations.
Le succès de l’atangatier est tel qu’actuellement peu de personnes vont en forêt chercher
les fruits de l’ozigo, dont les fruits sont plus petits et moins charnus.
Gambeya lacourtiana (De Wild.) Aubr. & Pellegr. – Sapotacées ; Longhi abam, Abam
Les gros fruits sphériques, rouges à maturité sont consommés crus.
Garcinia kola Heckel – Clusiacées ; Bois amer, Biali
L’écorce est utilisée pour corser le vin de palme (faite à partir d’Elaeis Guineensis
Jacq.). La fermentation progressive confère un goût de plus en plus amère au vin.

45
Gnetum africanum Welw. – Gnétacées ; Koumou, Nkumu
Petite liane de sous-bois que l’on retrouve dans les jachères et dans les forêts perturbées
en cours de régénération. Les feuilles facilement reconnaissables par leur texture filamenteuse
sont récoltées puis rassemblées en paquet d’environ 100 g. Ces paquets sont ensuite finement
découpés et les lanières de feuilles obtenues sont bouillies et consommées comme légume
avec du poisson, du piment et de la pâte d’arachide. Ce genre de préparation à base de feuilles
peut aussi se faire avec d’autres légumes comme le taro ou l’oseille.
Les villageois distinguent deux « qualités » de koumou : le koumou à petites feuilles, dit
kouéssé, et préféré par les bakotas, et le koumou à grandes feuilles, le nkumu-ndzok (koumou
d’éléphant).
*Irvingia gabonensis Baillon. – Irvingiacées ; Manguier sauvage, Andok
Les fruits de l’Irvingia gabonensis sont très prisés par les autochtones pour leur amande,
bien que la pulpe soit semblable à celle du manguier domestique. Le succès de cette essence
est tel que la meilleure récolte est pour celui qui se lève le plus tôt et qui se trouve sous le bon
arbre. Les amandes extraites des noyaux sont mises à sécher au soleil ou au fumoir pour
mieux retirer les téguments. Elles sont ensuite mises à griller et pilées afin d’obtenir une pâte.
Cette pâte, qui peut se conserver un à deux ans au-dessus du fumoir, est ensuite utilisée
comme liant pour les sauces.
Irvingia robur Mildbr. – Irvingiacées ; Essong, Essoung
Les amandes d’Irvingia robur sont également utilisées comme liant pour sauce, avec la
même préparation que celle d’Irvingia gabonensis mais sa récolte se fait de plus en plus rare
car les noyaux sont plus difficiles à casser et les amandes plus petites.
* Laccospermum secundiflorum (G. Mann. & H. Wendl.) Kuntze - Arécacées ; Palmier
asperge, Nkan
Le cœur de ce palmier, appelé chou, est mangé cru ou cuit. Cette préparation ne fait
tout de même pas partie de la consommation coutumière des villageois et n’est que
moyennement appréciée à cause de son goût amer. Les jeunes notamment ne mangent plus les
produits du palmier-asperge.
Mammea africana Don. – Clusiacées ; Oboto, Agnang
Les drupes subglobuleuses à pulpe juteuse et acidulée sont consommées crues et sont
très appréciées des villageois.
Panda oleosa Pierre – Pandacées ; Afan, Afane
Cet arbre de taille moyenne possède des graines oléagineuses qui permettent la
confection d’une pâte employée en tant que sauce en cuisine. L’usage de cette pâte est
pratiquement abandonné aujourd’hui à cause de la difficulté de casse des noyaux et du temps
de préparation qui en résulte.
Poga oleosa Pierre – Rhizophoracées ; Ovoga, Afo
Les graines de ce grand arbre sont utilisées pour la confection d’une huile alimentaire.
La fabrication de cette huile se perd en raison de la difficulté de cassage des noyaux.
Pseudospondias longifolia Engl. – Anacardiacées ; Ofoss, Oufo
Petit arbre à longues grappes de fruits analogues à de petites prunes violettes. Ces
fruits sont sucrés et sont très appréciés des villageois. WALKER & SILLANS [1961]
précisent que l’on peut en faire des confiture ou de l’alcool.
Tetracera spp. – Dilléniacées ; Liane à eau, Ndzik-mendzim
Les tiges coupées donnent une eau limpide et abondante que l’on peut boire. Les
autochtones les emploient en forêt pour se désaltérer.

46
* Trichoscypha acuminata Engl. – Anacardiacées ; Amvout,
* T. abut Engl. & Brehmer et/ou T. spp. – Anacardiacées ; Akui
Certains villageois distinguent deux qualités d’Amvout : celui à gros fruits blanc rosé à
rouge, appelé Akui, et celui à petits fruits rouges, conservant le nom d’Amvout. Cette
classification ressemble beaucoup à celle des Badjoués décrite par FANKAP et al. [2001].
Selon eux, aussi, deux espèces de Trichoscypha seraient regroupées sous le nom d’Akui : T.
abut, dont les drupes « seraient vertes immatures et rouges mûres, plus grosses que celles de
T. acuminata », et T. oddonii dont les fruits « seraient blancs immatures et rosés mûrs ».
Cependant le genre Tricoscypha regroupe plus de 126 espèces et sa classification n’est pas
encore clairement établie [HU et al., 2007].
Ces arbustes du genre Trichoscypha sont tous des arbres cauliflores, dont la cicatrice de
l’attache des panicules de fruits sur le tronc lui donne un aspect bosselé caractéristique. Les
drupes, dont la pulpe est sucée, sont très appréciées et sont riches en vitamine C.
*Trichoscypha arborea A. Chev. - Anacardiacées ; Engong
Arbustes ressemblant aux précédants mais, contrairement à ces derniers, ils possèdent de
grosses panicules de drupes dans la cime. Les fruits sont plus gros (6x4 cm) et parmi les plus
sucrés du genre.

12.2.2. Les PFNL végétaux utilisés en médecine traditionnelle


Alchornea floribunda Müll. Arg. – Euphorbiacées ; Alane
Plante employée comme excitant avant les initiations et les rites fétichistes du mbwiri.
La personne ayant consommé les racines d’alane était ensuite enfermée dans une pièce
sombre. Les autres personnes de la cérémonie jouent alors de la cithare et chantent afin de
faire révéler à travers celle qui a consommé l’alane la parole des esprits et des ancêtres.
Les racines mises dans l’eau à bouillir serviraient aussi à soigner les hernies par purge.
Alstonia boonei De Wild. – Apocynacées ; Emien, Ekouk

Arbre très utilisé en pharmacopée locale pour soigner


la grippe, le paludisme (les villageois l’appellent la
« nivaquine des noirs ») et lutter contre les vers et les
maux de ventre.
Le remède est confectionné à base d’écorces mises à
tremper dans l’eau. La solution obtenue est bue ou
injectée dans les narines chez les enfants qui refusent de la
boire en raison du fort goût amer.
On fait également une purge pour soigner les maux
de ventre avec l’eau récupérée après décoction des
écorces. On y rajoute du piment avant de faire la purge.

Figure 19. Ecoulement laiteux d’Alstonia boonei

* Anonidium mannii (Oliv.) Engl. & Diels – Annonacées ; Ebom, Ebom


L’écoulement mis en cataplasme permettrait de réduire l’abcès et des inhalations
d’écorces bouillies permettent de soigner la fièvre et le paludisme.
Pour les femmes qui viennent d’accoucher ou pour soigner le dos en général, on utilise
un mélange d’écorces d’Anonidium mannii, d’Antrocaryon klaineanum, de Baillonella
toxisperma et de Guibourtia tessmannii que l’on met à bouillir avec de l’eau. L’eau devient
rouge puis on y rajoute un piment avant de l’administrer en lavement.

47
* Antrocaryon klaineanum Pierre – Anacardiacées ; Onzabili, Osakong
Selon les villageois, l’onzabili soignerait les maux de ventre, la dysenterie et le mal de
tête. Aussi les décoction d’écorce sont administrées en lavement chez la femme qui vient
d’accoucher ou d’avorter.
* Baillonella toxisperma Pierre – Sapotacées ; Moabi, Adzo
La décoction des écorces administrée par voie rectale permet de soulager les maux de
dos. Les écorces peuvent également être administrées en lavement chez la femme qui vient
d’accoucher ou d’avorter.
L’huile issue des graines de moabi est également utilisée en massage pour soigner la
galle.
D’après LECUIVRE [2002], les écorces de moabi doivent provenir d’arbres très gros, et
donc être âgés, pour avoir les vertus désirées. Ceci est un facteur expliquant pourquoi il y a
une telle concurrence entre l’exploitation des villageois et celle des forestiers.
Carica papaya L. – Caricacées ; Papayer, Alola
Cette espèce domestique est fréquemment plantée dans les jardins de case pour ses fruits.
Les feuilles chauffées puis appliquées sur le dos sont utilisées pour soigner le mal de dos.
* Ceiba pentadra Gaertn. – Bombacacées ; Fromager, Doum
Les vapeurs après décoction des écorces soignent les courbatures et le mal aux
articulations ; la personne se met alors au dessus de la bassine et se recouvre d’un drap pour
favoriser la transpiration.
Arbre de consultation pour les sorciers tradipraticiens du culte mbwiri.
Corynanthe gabonensis A. Chev. – Rubiacées ; Nkoun-nghié
Les usages médicinaux de cet arbre d’assez fortes proportions n’ont pas été précisés.
Cependant, WALKER & SILLANS [1961] précisent que son écorce est utilisée comme
aphrodisiaque puissant.
* Coula edulis Baill. – Olacacées ; Noisetier du Gabon, Ewoumi
La décoction des écorces est administrée en bain de bouche contre les maux de dents.
Cucurbitacées ; Bikaracolo
Lianes, dont la corde dénudée de ses feuilles et attachée autour de la tête pendant une
demi-heure soignerait le mal de tête.
Les feuilles peuvent également servir à la préparation de collyre : on froisse les feuilles
que l’on laisse infuser dans l’eau 30 à 45 minutes dans un infusette faite en feuilles de
Haumania liebrechtsiana. On presse ensuite les feuilles de Haumania liebrechtsiana pour
appliquer le collyre.
Cymbopogon citratus (DC) Stapf. – Poacées ; Fausse citronnelle ; Asep-ntangha
Cette graminée domestique est présente dans la plupart des jardins de case et est
utilisée pour aromatiser l’eau du café. Les feuilles seules sont également infusées uniquement
en cas de maladie, comme la grippe. Les vertus médicinales sont nombreuses (12
applications) mais n’ont pas été précisées lors du séjour.
Distemonanthus benthamianus Baillon. - Césalpiniacées ; Movingui, Eyen
Arbre de consultation pour les tradipraticiens du culte mbwiri.
Ficus vogeliana Miq. – Moracées ; Faux sycomore, Tol
Les vapeurs émises par la décoction des écorces soignent le ventre et le dos.
Guibourtia tessmannii (Harms) Leonard – Césalpiniacées ; Kévazingo, Oveng
La décoction des écorces de Guibourtia tessmannii et de Swartzia fistuloides,
agrémentée de sucre, est utilisée pour soigner le dos.
La femme enceinte utilise la décoction des écorces de Guibourtia tessmannii, sans les
faire bouillir, pour soulager son dos.

48
Hibiscus subdariffa L. – Malvacées ; Oseille de Guinée, Essang
Les feuilles de cette plante domestique des jardins de case sont utilisées en décoction
pour soigner l’anémie.
*Irvingia gabonensis Baillon. – Irvingiacées ; Manguier sauvage, Andok
La décoction des écorces administrée en lavement soignerait les fièvres et le paludisme.
Cet usage rejoint les travaux d’OKOLO et al. [1995], qui ont montré les propriétés
analgésiques de l’écorce d’Irvingia gabonensis.
Klainedoxa gabonensis Pierre var. Microphylla Pellegr. – Irvingiacées ; Eveuss, Evuss
On prend les feuilles rouges des rameaux de l’inflorescence et on les met à bouillir dans
l’eau. Cette décoction ensuite appliqué en lavement matin et soir chez la femme enceinte.
Morinda lucida Bth. – Rubiacées ; Achong
L’application en lavement de la décoction des écorces soigne les maladies du ventre
chez l’enfant.
Musanga cecropioides R. Br. – Moracées ; Parasolier, Assong
Afin de faire disparaître la toux, les jeunes fibres de l’écorce sont mâchées et l’exsudat
qui en sort est avalé.
Nauclea didderichii (De Wild.) Merr. – Rubiacées ; Bilinga
La décoction des écorces est employée comme vomitif après un empoisonnement.
Ocinum viride Willd. – Labiées ; Menthe gabonaise, Assèp
Cette plante domestique se rencontre fréquemment aux abords des habitations en petits
massifs. La solution à base de feuilles froissées trempées dans l’eau soigne la grippe.
Piper umbellatum L. – Pipéracées ; Abomzan
Plante herbacée rencontrée dans les jeunes jachères et dont les feuilles froissées sur la
peau calment les piqûres des mouches-filaires.
Piptadenia africana Hook. F. – Mimosacées ; Dabéma, Toum
Arbre à bois dur, parfois utilisé pour la fabrication d’objets, dont la décoction des
écorces soigne les douleurs dorsales.
Pterocarpus soyauxii Taub. – Fabacées ; Padouk, Mbele
Boire l’écoulement rouge du padouk après l’avoir mis à bouillir soignerait l’anémie.
Pycnanthus angolensis Welw. - Myristicacées ; Ilomba, Eteng
Arbre de consultation pour les sorciers tradipraticiens du culte mbwiri.
Scyphocephalium ochocoa Warb. – Myristicaceae ; Sorro ; Soughe
La décoction des écorces soignerait les hémorroïdes.
Swartzia fistuloides Harms – Césalpiniacées ; Pau rosa, Akok eli
La décoction des écorces de Guibourtia tessmannii et de Swartzia fistuloides,
agrémentée de sucre, est utilisée pour soigner le dos et tout mal aux articulations.
Akok eli siginifie l’arbre caillou, ce qui montrerait que les fangs reconnaissent l’arbre par
la qualité de son bois, ou plus probablement par sa difficulté d’abattage.
Tabernanthe iboga Baillon. – Apocynacées ; Bois sacré, Iboga
Petit arbuste des sous-bois, cultivé comme plante magique pour le bwiti. On utilise son
écorce ou sa racine aux vertus hallucinogènes lors des cérémonies et des rites d’initiation.
* Trichoscypha acuminata Engl. – Anacardiacées ; Amvout, Abur
Afin de faire disparaître la toux, les jeunes fibres de l’écorce sont mâchées et l’exsudat
qui en sort est avalé. La décoction des écorces, administrée en lavement, soigne le mal de dos.
* Trichoscypha abut Engl. & Brehmer et/ou T. spp. – Anacardiacées ; Akui
La décoction des écorces est utilisée contre la fièvre et la fatigue chez les enfants.
*Trichoscypha arborea A. Chev. - Anacardiacées ; Engong
La décoction de écorces soignerait l’anémie et la fatigue.

49
12.2.3. Les autres usages des PFNL
Bambusa vulgaris Schrad. – Poacées ; Bambou de Chine

Les tiges de bambou sont utilisées pour la


construction de corps de garde dans les villages
(Figure 20). Les bambous sont arrivés au Gabon
avec les premiers colons. Leur présence au bord
des routes indique l’emplacement d’un village
abandonné [WALKER & SILLANS, 1961].

Figure 20. Corps de garde, village de Mélané

* Ceiba pentadra Gaertn. – Bombacacées ; Fromager, Doum


Autrefois, le coton produit dans les capsules servait à faire des coussins.
Cocos nucifera L. – Arécacées ; Cocotier
Les nervures des folioles servent à la confection de chasse-mouche. Une fois les
nervures effilées et nettoyées, elles sont regroupées et peuvent être attachées ensemble par un
lien en liane.
Eremospatha cabrae (G. Mann. & H. Wendl.) H. Wendl. - Arécacées ; Rotin, Aka
Les tiges de rotins étaient autrefois utilisées
pour la construction de case ou de corps de garde.
Aujourd’hui, on retrouve les rotins dans
l’ameublement grâce à la vannerie (fabrication de
sièges, canapés, tables…). Les tiges de rotin sont
attachées ensemble par des lianes de diverses
espèces, et regroupées sous le nom de nlong en fang.
Dans le regroupement, homme de Mélané exerce
cette activité de vannerie dans le village d’Ebé-
Messé (Figure 21).

Figure 21. Activité de vannerie au village d’Ebé-Messé

Zanthoxylum heitzi Aubr. & Pellegr. – Rutacées ; Olon, Olong


Le bois est utilisé pour la construction des charpentes. Il est aussi employé pour la
fabrication de tambours.
Haumania liebrechtsiana (De Wild. & Th. Dur.) J. Leonard – Marantacées ; Ke-sala
Les feuilles de Haumania liebrechtsiana, solides et non toxiques, sont utilisées comme
entonnoir ou comme infusette (voir l’usage de Coccinia grandis).

50
* Laccosperma secundiflorum (G. Mann. & H. Wendl.) Kuntze - Arécacées ; Palmier
asperge, Nkan
Les lianes sont très utilisées dans la vie quotidienne: elles peuvent servir de liens et sont
utilisées pour la confection de nombreux objet en vannerie (fauteuils, paniers, …).
Maesopsis eminii Engl. – Rhamnacées ; Nkanli

Petit arbre à croissance rapide dont le bois, tendre


et léger est utilisé pour la fabrication de cithares, de
statuettes ou de jouets pour enfants.

Figure 22. Initié fabricant une statuette en bois de Maesopsis


eminii. Celle-ci sera offerte au tradipraticien lors de la
prochaine cérémonie bwiti.

Megaphrinium macrostachyum (Benth.) Milne-Redhead – Marantacées ; Aké


Les feuilles de Megaphrinium macrostachyum font partie intégrante de la vie des
villageois qui consomment quotidiennement des bâtons de manioc emballés dans ces feuilles
(Figure 23.a). Les feuilles sont également utilisées pour la préparation de plats à l’étouffée
(Figure 23.b).

Figure 23. a) Préparation des bâtons de manioc dans les feuilles de Megaphrinium macrostachyum. Une
fois la pâte de manioc emballée dans les feuilles, les bâtons ainsi constitués seront mis à bouillir. Ils seront
alors consommés ou vendus. b) Les feuilles de Megaphrinium macrostachyum peuvent aussi servir de
« papier aluminium naturel » pour la préparation de plats à l’étouffée. Ces « paquets » ainsi constitués
sont également vendus sur les marchés en ville.
Musa paradisiaca L. – Musacées ; banane plantain, ekone,
Musa sinensis L. – Musacées ; banane douce, Atora
Les feuilles des bananiers sont également utilisées pour emballer les préparations. On les
utilise aussi comme « passoire » lorsque des aliments doivent être cuits à la vapeur : on met
quelques feuilles de bananier dans le fond de la casserole pour que les aliments ne soient pas
en contact avec l’eau du fond.
Xylopia aethiopica Rich. – Annonacées ; Okala, Oyang

L’écorce de cette essence parfumée se détache facilement


et est utilisée pour la confection de murs pour les cuisines.
Aujourd’hui, ce type de cuisine est de plus en plus rare,
les murs en tôle étant préférés, ou en planches lorsque les
revenus sont suffisants.
Figure 24. Murs d’une cuisine faite en bois de Xylopia aethiopica.

51
Raphia textilis Welw – Arécacées ; Raphia, Atuit
Les villageois utilisent les fibres des folioles pour faire des pagnes. Les feuilles sont
également utilisées pour balayer la cour, activité effectuée par les hommes tous les matins.
Les femmes, quant à elles, balayent la cuisine à l’aide de petits balais faits également en
raphia. Selon le sage du village d’Ebé-Messé, on mangeait autrefois les fruits et on l’utilisait
pour la construction.

12.3. Etude de la structure diamétrique de quelques PFNL fruitiers


en relation avec leur tempérament et leur environnement
Dans cette partie, nous allons tenter de préciser les réactions des essences de PFNL (dont
le choix est basé sur la liste fournie par NDONGO NGUIMFACK [2007]) en regard des
différents paramètres environnementaux.

Les outils permettant de déterminer le statut de ces essences sont :


- la structure diamétrique ;
- le tempérament de l’essence ;
- la densité au niveau de la zone d’étude ;
- la répartition de la densité ;
- les prélèvements par les villageois ;
- l’aire de répartition de l’essence.
Divers facteurs peuvent expliquer l’allure des structures diamétriques. Certains sont
d’ordre écologique, tels que le tempérament de l’espèce, son aire de répartition, son mode de
dispersion, etc. D’autre sont liés à l’historique des impacts anthropiques [DOUCET, 2003].

L’interprétation des données issues de l’inventaire d’aménagement permet d’établir la


structure diamétrique des essences inventoriées. Cette structure peut être illustrée par des
graphiques du type « histogrammes ».

Ainsi, on peut distinguer [TEREA, 2006] :


- les structures en exponentielle décroissante à pente plus ou moins forte, dénotant
une régénération constante dans le temps ;
- essences dont la structure diamétrique est « en cloche », dénotant un déficit plus ou
moins marqué dans les petites classes de diamètre, et donc une capacité de
renouvellement de l’essence limitée ;
- essence dont la structure est bimodale. Pour ces essences, la régénération peut être
compromise ;
- essence à structure irrégulière. C’est en général le cas des essences très peu
représentées.
Des structures bimodales ou à décroissance brusque au-delà d’un certain diamètre
peuvent s’expliquer par des accroissements ou des mortalités naturelles différentes selon les
classes de diamètre [TEREA, 2006].

Les résultats obtenus de cette analyse sont présentés dans les fiches récapitulatives pour
chaque essence et à chaque niveau d’analyse (CFAD, Sud CFAD et Finage, voir Annexe 7).
L’ordre de présentation des essences est fonction grosso modo de la densité moyenne
(Tableau 10).
Le fond de carte des cartes suivantes (Figure 26 à Figure 59), présentant les sites de
collecte des PFNL, provient des cartes de répartition fournies par Rougier. L’entièreté de ces
cartes, ainsi que la légende (valeurs de densités) qui les accompagne sont présentées dans
l’Annexe 7.

52
La détermination des formations végétales préférentielles s’est faite de façon visuelle en
superposant la carte géoréférencée de répartition de l’essence étudiée et la couche de données
des formations végétales. Cette dernière, ainsi que les codes des formations végétales, sont
présentés dans l’Annexe 6.
Tableau 10. Densité moyenne des essences selon les trois niveaux d’analyse (CFAD : 37195 ha ; Sud
CFAD : 10772 ha ; Finage : 4833 ha).
Moabi Engong Abam Oboto Onzabili Essong Ebom Andok Afane Ozigo Amvout Coula
CFAD 0,09 0,15 0,22 0,26 0,26 1,00 0,96 2,03 2,59 3,82 4,38 9,47
Sud CFAD 0,04 0,13 0,25 0,29 0,51 0,91 1,42 1,83 2,29 3,46 3,90 6,46
Finage 0, 00 0,00 0,09 0,38 0,11 0,85 2,00 2,72 2,29 3,59 4,38 6,74

53
0,035

0,03

Densité relative (tige/ha) 0,025

0,02 CFAD
0,015 Sud CFAD

0,01

0,005

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 25. Structure de population du moabi.

Figure 26. Sites de collecte du moabi, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 27. Légende du fond de carte (moabi).

53 verso
Tableau 11. Synthèse des résultats obtenus pour le moabi aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
MOABI Structure de CFAD Structure bimodale.
population Sud CFAD Structure irrégulière.
Finage Pas de distribution car espèce très rare.
Répartition de CFAD Bonne représentativité du moabi dans la zone.
la densité Sud CFAD Quasi absent sur plus de la moitié de la zone. Expliquerait
pourquoi la distribution est irrégulière (densité trop faible et
mauvaise répartition).
Finage Quasi absent.
Sites de récolte Finage Près des villages. Ce sont probablement les arbres préservés
de l'exploitation par Rougier en 2001.
Mélané (2)* : Rmax** = 990 m
Messé (7) : Rmax = 2.180 m
Ebé-Messé (3) : Rmax = 895 m
Formation végétale Forêt généralement secondaire de densité comprise entre 20 et
préférentielle 60% (formations F2 et F3)
* Nombre de sites de récolte entre parenthèses
** Rayon maximum de collecte

Bien que sa présence au sein du terroir soit très faible, on remarque que tous les villages
possèdent des sites de récolte. Ceci démontre l’importance de cet arbre pour les villageois du
regroupement.
Plus de la moitié des moabi se retrouvent à Messé. L’origine de cette présence plus
marquée pourrait être due à une pression plus faible sur la ressource, couplée à une moindre
exploitation de la forêt. En effet, plusieurs causes peuvent expliquer cette présence
différentielle :
- Une bonne partie des villageois de Mélané et d’Ebé-Messé pratiquent le bwiti
et utilisent les écorces de moabi pour se soigner. Le succès de cet arbre en
tant que médicament est tel qu’un moabi près du village d’Ebé-Messé en est
mort après avoir été totalement ceinturé.
- Messé étant un site d’ancien village, le moabi a peut-être été favorisé par les
anciens. Par la suite, l’abandon du village a permis à la forêt de se régénérer,
et au moabi de faire son apparition.

En conclusion, cette essence étant importante pour les villageois, il convient de pallier sa
régénération déficiente au sein du terroir. Suite à leur demande, le projet DACEFI a déjà mis
en pépinière plus de 400 graines de moabi fin janvier. Les modalités de transplantation et de
distribution aux villageois constituent l’étape suivante pour cette essence.

54
0,06

Densité relative (tige/ha)


0,05

0,04
CFAD
0,03
Sud CFAD
0,02

0,01

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diamètre (1 = 10 à 19,9 cm)

Figure 28. Structure de population de l’engong.

Figure 29. Sites de collecte de l’engong, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 30. . Légende du fond de carte (engong).

54 verso
Tableau 12. Synthèse des résultats obtenus pour l’engong aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
ENGONG Structure de CFAD Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
population Sud CFAD Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
Finage Pas de distribution.
Répartition de CFAD Assez bien représenté sur l'ensemble de la zone. Quelques
la densité poches où la présence est bien marquée. Correspond grosso
modo à de jeunes forêts secondaires (entre SJ1 et F3, mais pas
trop F3).
Sud CFAD Quasi absent sur un peu plus de la moitié de la zone. Présent
surtout sur la moitié Est où il y a une bonne représentation de
l'essence.
Finage Quasi absent.
Sites de récolte Finage Près du village d'Ebé-Messé uniquement
Ebé-Messé (3) : Rmax = 1.360 m
Formation végétale Jeunes forêts secondaires (SJ1 jusqu’à F3) et milieux
préférentielle anthropisés.

L’engong est également une essence de PFNL très appréciée, bien que sa présence soit
très faible au sein du regroupement. En effet, le Tableau 9 confirme l’intérêt que portent les
villageois pour cette essence bien qu’ils n’en récoltent que très peu. Les fruits d’engong, étant
sucrés, pourraient à l’avenir être valorisés en produit tels que confitures, sirops ou pâte de
fruit.

En conclusion, l’engong est une essence qui pourrait être mise en pépinière.

55
0,08
0,07
Densité relative (tige/ha)

0,06
0,05 CFAD
0,04 Sud CFAD
0,03 Finage
0,02
0,01
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 31. Structure de population de l’abam.

Figure 32. Sites de collecte de l’abam, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 33. Légende du fond de carte (abam).

55 verso
Tableau 13. Synthèse des résultats obtenus pour l’abam aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
ABAM Structure de CFAD Structure bimodale.
population Sud CFAD Structure bimodale.
Finage Structure irrégulière, due à l'activité anthropique ou à la faible
densité de l'essence qui ne rend pas l'analyse pertinente à ce
niveau d'étude.
Répartition de CFAD Bonne répartition sur l'ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Environ 1/3 de la zone est dépourvue d'abam, les 2/3 à l'ouest
ayant une bonne représentation de l'espèce.
Finage Mauvaise représentation sur la zone. Environ 1/3 de la zone
(le tiers ouest) possède une forte densité d'abam, les 2/3 restants
en étant dépourvu.
Sites de récolte Finage Prélèvements (14 sites), répartis dans les trois villages.
Mélané (4) : Rmax = 985 m
Messé (2) : Rmax = 780 m
Ebé-Messé (7) : Rmax = 1.260 m
Formation végétale Jeunes stades de la forêt.
préférentielle

Bien que l’abam ait une mauvaise représentation au sein du finage, il semble que la
faible présence de cette essence appréciée (Tableau 9) ne soit pas problématique pour les
villageois. Cependant les jeunes pieds étant largement déficitaires (Figure 31), on pourrait
favoriser sa régénération et son effectif par la mise en pépinière.

56
0,25

Densité relative (tige/ha)


0,2

0,15 CFAD
Sud CFAD
0,1 Finage

0,05

>15
10

11

12

13

14

15
1

8
9
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 34. Structure de population de l’oboto.

Figure 35. Sites de collecte de l’oboto, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 36. Légende du fond de carte (oboto).

56 verso
Tableau 14. Synthèse des résultats obtenus pour l’oboto aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
OBOTO Structure de CFAD Structure bimodale.
population Sud CFAD Struture bimodale.
Finage Struture bimodale.
Répartition de CFAD Assez bonne répartition dans la zone, avec de fortes densités
la densité dans les jeunes forêts (poches dans les formations SJ1).
Sud CFAD Bonne répartition dans la zone.
Finage Bonne répartition dans la zone.
Sites de récolte Finage Beaucoup de prélèvements à Mélané
Mélané (20) : Rmax = 2.700 m
Ebé-Messé (2) : Rmax = 1.240 m
Formation végétale Forêt secondaire jeune.
préférentielle

L’oboto est l’une des essences de PFNL les plus appréciée, que ce soit à Mélané où sa
présence est bien marquée, qu’à Ebé-Messé. Les habitants de ce dernier village regrettent
qu’il ne soit pas plus présent et vont parfois vers Mélané en récolter.
Cette essence est favorisée dans les milieux secondarisés et sa régénération ne semble
pas poser de problèmes au niveau du regroupement (Figure 34). Cependant, on pourrait
enrichir la zone d’Ebé-Messé en Oboto puisque celui-ci a été mentionné 2 fois comme étant à
favoriser et qu’une famille l’a mentionné comme étant rare (Tableau 9).

57
0,2
0,18

Densité relative (tige/ha)


0,16
0,14
0,12 CFAD
0,1 Sud CFAD
0,08 Finage
0,06
0,04
0,02
0

>15
10

11

12

13

14

15
1

8
9
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 37. Structure de population de l’onzabili.

Figure 38. Sites de collecte de l’onzabili, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 39. Légende du fond de carte (onzabili).

57 verso
Tableau 15. Synthèse des résultats obtenus pour l’onzabili aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD
et Finage).
ONZABILI Structure de CFAD Structure bimodale. Régénération ralentie.
population Sud CFAD Structure bimodale. La densité moyenne élevée au niveau de
cette zone expliquerait la meilleure structure diamétrique.
Finage Structure bimodale. La faible densité moyenne au niveau de
cette zone expliquerait la structure diamétrique irrégulière.
Répartition de CFAD Bonne répartition.
la densité Sud CFAD Assez bonne répartition. Densité plus élevée à l'ouest de la
zone
Finage Bonne répartition.
Sites de récolte Finage Peu de sites de prélèvement (7).
Pas de collecte à Mélané.
Messé (3) : Rmax = 2.315 m
Ebé-Messé (4) : Rmax = 1.235 m
Formation végétale Milieux anthropisés surtout, jeunes stade de la forêt (SJ1), et
préférentielle jeune forêt secondaire à dominance de petites cimes.

L’onzabili, qui possède une structure de population nettement déficitaire dans la plupart
des classes de diamètre semble souffrir de l’activité anthropique. En effet, on remarque que sa
densité est très faible autour du village d’Ebé-Messé et qu’il est absent sur le parcours
d’exploitation en PFNL autour de Mélané.
Si quelques pieds ont probablement été maintenus par les villageois, ce qui expliquerait
le pic en classe 6, sa présence au sein du finage apparaît compromise. Toutefois, cette essence
semble peu exploitée par les villageois et sa mise en pépinière présente peu d’intérêt.

58
0,5
0,45

Densité relative (tige/ha)


0,4
0,35
0,3 CFAD
0,25 Sud CFAD
0,2 Finage
0,15
0,1
0,05
0

>15
10

11

12

13

14

15
1

8
9
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 40. Structure de population de l’essong.

Figure 41. Sites de collecte de l’essong, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 42. Légende du fond de carte (essong).

58 verso
Tableau 16. Synthèse des résultats obtenus pour l’essong aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
ESSONG Structure de CFAD Structure en exponentielle décroissante. Bonne régénération.
population Sud CFAD Structure en exponentielle décroissante. Bonne régénération.
Finage Structure qui devrait être en exponentielle décroissante mais
qui possède un déficit en classe 2 et un excès en classe 3.
Répartition de CFAD Bonne représentation
la densité Sud CFAD Bonne représentation
Finage Bonne représentation
Sites de récolte Finage Peu de collecte
2 sites sont exploités par les vieilles femmes du village dEbé-
Messé.
Ebé-Messé (2) : Rmax = 1390 m.
Formation végétale Forêt primaire ou forêt secondaire indifférenciée (F2et F3).
préférentielle

L’essong fait partie des essence qui ont perdu de l’intérêt de la part des villageois en
raison de la difficulté liée à la casse des noyaux. Pourtant, cette essence produisant une pâte
semblable à celle issue des amandes du manguier sauvage pourrait être revalorisée. Il faudrait
dans ce cas veiller à sa régénération, qui est plus faible au niveau du finage.

59
1
0,9

Densité relative (tige/ha)


0,8
0,7
0,6 CFAD
0,5 Sud CFAD
0,4 Finage
0,3
0,2
0,1
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 43. Structure de population de l’ébom.

Figure 44. Sites de collecte de l’ébom, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 45. Légende du fond de carte (ebom).

59 verso
Tableau 17. Synthèse des résultats obtenus pour l’ébom aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
EBOM Structure de CFAD Courbe décroissante. Ralentissement de régénération.
population Sud CFAD Courbe en exponentielle décroissante.
Finage Courbe en exponentielle décroissante.
Répartition de CFAD Bonne répartition. Un îlot au nord-ouest où l'espèce est plus
la densité représentée.
Sud CFAD Présence très marquée .
Finage Présence très marquée .
Sites de récolte Finage Peu de sites de collecte.
Mélané (4) : Rmax = 1.740 m
Formation végétale F2 ou essence favorisée par l’activité anthropique (anciens
préférentielle villages).

L’ebom est une essence qui montre peu d’intérêt de la part des villageois, certains ne la
connaissant même pas. Sa présence étant nettement favorisée par l’activité anthropique,
aucune recommandations particulière au niveau de la gestion n’est à émettre.

60
1,2

Densité relative (tige/ha)


1

0,8
CFAD
0,6 Sud CFAD
Finage
0,4

0,2

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 46. Structure de population du manguier sauvage (andok).

Figure 47. Sites de collecte du manguier sauvage (andok), avec en arrière plan sa carte de répartition
fournie par Rougier.

Figure 48. Légende du fond de carte (andok).

60 verso
Tableau 18. Synthèse des résultats obtenus pour l’andok aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
ANDOK Structure de CFAD Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
population Sud CFAD Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
Finage Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone sauf dans la
région d’Ovan.
Sites de récolte Finage Sites de récolte nombreux
Mélané (23) : Rmax = 3.360 m
Messé (24) : Rmax = 2.575 m
Ebé-Messé (22) : Rmax = 1.695 m
Formation végétale F2 ou essence favorisée par l’activité anthropique (anciens
préférentielle villages). Problèmes de surexploitation près d’Ovan.

La présence de l’andok semble être favorisée par les activités humaines car sa densité au
niveau du terroir est plus importante qu’aux niveaux supérieurs. Cependant, on peut
remarquer un déficit de régénération en classe 1 (Figure 46). Cette essence étant largement
appréciée, on peut toutefois recommander de poursuivre sa mise en pépinière pour répondre
aux besoins des villageois, mais également à un échelon plus global en raison de sa
surexploitation (région d’Ovan).

61
0,8
0,7

Densité relative (tige/ha)


0,6
0,5 CFAD
0,4 Sud CFAD
0,3 Finage
0,2
0,1
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 49. Structure de population de l’afane.

Figure 50. Sites de collecte de l’afane, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 51. Légende du fond de carte (afane).

61 verso
Tableau 19. Synthèse des résultats obtenus pour l’afane aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
AFANE Structure de CFAD Structure en cloche.
population Sud CFAD Structure en cloche.
Finage Structure en cloche, mais avec un déficit en classe 2.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Sites de récolte Finage Pas de collecte.
Formation végétale Forêt primaire (F1).
préférentielle

L’afane est également une essence peu intéressante car, bien qu’exploitée par les
anciens, elle ne l’est plus aujourd’hui en raison de la difficulté liée à la casse des noyaux.
Cependant, dans le cas où cette essence serait revalorisée, il conviendrait de veiller à sa
régénération qui semble sensible à des événements climatiques ou phénologiques, bien que sa
densité au niveau du terroir ne pose pas de réels problèmes.

62
1,4

1,2
Densité relative (tige/ha)
1

CFAD
0,8
Sud CFAD
0,6 Finage

0,4

0,2

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diamètre (1 = 10 à 19,9 cm)

Figure 52. Structure de population de l’ozigo.

Figure 53. Sites de collecte de l’ozigo, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 54. Légende du fond de carte (ozigo).

62 verso
Tableau 20. Synthèse des résultats obtenus pour l’ozigo aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
OZIGO Structure de CFAD Structure en cloche.
population Sud CFAD Structure en cloche.
Finage Structure en cloche.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Sites de récolte Finage Sites de récolte nombreux et sur tous les circuits de collecte.
Mélané (38) : Rmax = 2.660 m
Messé (15) : Rmax = 2.600 m
Ebé-Messé (31) : Rmax = 2.150 m
Formation végétale Forêt secondaire jeune (SJ1 et F3).
préférentielle N’aime pas les terrains non forestiers (culture itinérante et
défrichements).

L’ozigo est une des essences de PFNL phare dans l’alimentation des villageois. Sa
présence au niveau du terroir est bien marquée, ainsi que son exploitation. Cette exploitation
ne semble pas compromettre les effectifs mais on remarque que les effectifs en classe 1 sont
déficitaires. Ce problème de régénération peut être dû à des conditions climatiques ou
phénologiques comme nous l’avons vu plus haut. Peu de demandes ont été exprimées pour
augmenter la production et aucune mesure de gestion particulière n’est à appliquer. Toutefois,
l’ozigo est une essence concurrentielle, exploitée également par les forestiers ; ses effectifs
pourraient souffrir dans ce cas. Si, à l’avenir, une exploitation des grumes d’ozigo se produit
dans la zone dans le cadre d’une forêt communautaire, il faudrait veiller à assurer la
production future par sa mise en pépinière.

63
4
3,5

Densité relative (tige/ha)


3
2,5 CFAD
2 Sud CFAD
1,5 Finage
1
0,5
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 55. Structure de population de l’amvout.

Figure 56. Sites de collecte de l’amvout, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 57. Légende du fond de carte (amvout).

63 verso
Tableau 21. Synthèse des résultats obtenus pour l’amvout aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
AMVOUT Structure de CFAD Structure en J inversé.
population Sud CFAD Structure en J inversé.
Finage Structure en J inversé.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone sauf dans la
région d’Ovan.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Sites de récolte Finage Mélané (6) : Rmax = 1.900 m
Messé (9) : Rmax = 1.255 m
Ebé-Messé (34) : Rmax = 1.885 m
Formation végétale Forêt primaire ou secondaire indifférenciée (F1 surtout et F2).
préférentielle

L’amvout est une espèce très exploitée et qui ne semble pas souffrir de cette
exploitation. De ce fait, aucune mesure de gestion n’est à appliquer et une valorisation des
produits issus de la collecte peut être envisagée.

64
4
3,5

Densité relative (tige/ha)


3
2,5 CFAD
2 Sud CFAD
1,5 Finage
1
0,5
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )

Figure 58. Structure de population du noisetier du Gabon (coula).

Figure 59. Sites de collecte du noisetier, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.

Figure 60. Légende du fond de carte (coula).

64 verso
Tableau 22. Synthèse des résultats obtenus pour le coula aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
COULA Structure de CFAD Courbe en exponentielle décroissante.
population Sud CFAD Courbe en exponentielle décroissante.
Finage Courbe en exponentielle décroissante.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Faible représentation sur l’ensemble de la zone et dans la
région d’Ovan.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Sites de récolte Finage Sites de récolte nombreux et sur tous les circuits de collecte
Mélané (38) : Rmax = 2.695 m
Messé (22) : Rmax = 2.635 m
Ebé-Messé (37) : Rmax = 1.880 m
Formation végétale Forêt secondaire jeune (SJ1 et F3).
préférentielle

Tableau 23. Classement des essences de PFNL en fonction de nombre se sites de collecte relevés.
Afane Essong Engong Ebom Onzabili Moabi Abam Oboto Amvout Andok Ozigo Coula TOTAL
Mélané 0 2 0 0 0 2 4 20 6 23 38 38 133
Messé 0 0 0 0 3 7 2 0 9 24 15 22 82
Ebé-Messé 0 0 3 4 4 3 7 2 34 22 31 37 147
TOTAL 0 2 3 4 7 12 13 22 49 69 84 97 362

On remarque que les quatre PFNL les plus récoltés (Tableau 23) sont parmi les cinq
plus denses (Tableau 10) au niveau de la zone.
Le noisetier est l’essence la plus exploitée et l’une des plus appréciée avec l’amvout et
le manguier sauvage. Les raisons de son succès sont une production abondante, une facilité de
conservation des noisettes et un moindre investissement puisqu’il n’y a pas à proprement
parler de transformation. Ses effectifs, bien qu’élevés, semblent souffrir de la surexploitation
et/ou d’une activité anthropique trop marquée. Ces deux raisons justifient sa mise en pépinière
pour pouvoir notamment répondre à une demande extérieure.
En conclusion, nous pouvons proposer le classement des essences suivant :
Tableau 24. Classement des essences selon son statut. Pour les essences « sans problème », une évaluation
succinte de possibilité de commercialisation est présentée.
Régionalement Anthropiquement Possibilités de
Sans problème
problématique problématique commercialisation
Moabi Onzabili Oboto non
Engong Essong non
Abam Ebom oui et non
Andok (!) oui
Afane (!) non
Ozigo (!) oui
Amvout oui
Coula oui
* (!) : veiller toutefois à la régénération de ces essences

65
12.4. Possibilités de commercialisation des PFNL
Un suivi de consommation ne pouvant pas être pertinent en raison de la faible production
des PFNL fruitiers, l’évaluation des possibilités de commercialisation des PFNL s’est faite au
moyen de questionnaires. Ceux-ci nous ont permis de dégager les PFNL les plus appréciés
(voir § 12.1. 12.3. ) et les moins problématique au niveau de la région. Nous allons voir les
possibilités de commercialisation et les éventuels coûts que celle-ci engendre.

12.4.1. Les PFNL dont on pourrait développer le commerce


Nous avons vu dans le Tableau 24 que quatre essences pourraient être commercialisées
en regard de son effectif et de l’appréciation des villageois. Il s’agit du noisetier, de l’ozigo,
de l’andok , et de l’amvout. Il faut toutefois veiller à la régénération de l’andok et de l’ozigo
et appuyer celle-ci par la mise en pépinière en vue d’un enrichissement. L’ebom, en raison des
faibles prélèvements pourrait souffrir d’un manque d’intérêt de la part des population locales
(producteurs et consommateurs), du fait de sa méconnaissance. C’est pourquoi la possibilité
de commercialisation est difficile à évaluer pour cette essence.
D’autres essences pourrait être valorisées si on développe ou renforce la filière
commerciale. Il s’agit des feuilles d’aké et des lianes et du rotin utilisés en vannerie. La
région abonde de ces espèces mais à l’heure actuelle, aucune données ne permettent d’évaluer
la disponibilité réelle de la ressource.

12.4.2. Coûts et investissements liés à la commercialisation des PFNL


La commercialisation de PFNL entraîne un certain investissement, que ce soit en coût ou
en temps. La prise en compte de ces deux facteurs est essentielle.
Le temps de transformation n’a pu être évalué en raison du manque de moyen technique
et du défaut de production des espèces de PFNL cette année. Le tableau ci-dessous reprend
quant à lui les prix demandés pour se rendre dans les principales villes autour de la zone par
des moyens motorisés. Les prix présentés sont les prix habituellement demandés, bien qu’ils
varient en fonction du transporteur (bus, grumier, connaissance…).
Tableau 25. Prix du transport vers quelques villes voisines.

Prix du transport (FCFA)


Village - Ovan
Personne 500
Panier 250
Sac 25 kg 500
Village - Ndjolé
Personne 5.000
Panier 2.000 – 2.500
Village – Makokou
Personne 4.000
Panier 1.500-2.000
Village – Oyem
Personne 7.000
Panier 2.000 – 2.500

Ovan est la ville la plus proche mais la moins commerçante en raison de sa petite taille.
Le prix de location d’un emplacement sur le marché d’Ovan coûte 100 F CFA.
Les villageois s’y rendent également à pieds et le trajet d’Ebé-Messé jusqu’à Ovan (11 km)
peut facilement prendre trois heures ou plus.

66
12.4.3. Freins à la commercialisation des PFNL
L’obstacle à la commercialisation principalement évoqué par les villageois est le manque
de circulation et le manque de clients. Ce problème de circulation est important car la majorité
des villageois ne possèdent pas de moyen de transport et sont dépendant des véhicules qui
passent pour, soit vendre leurs produits au niveau du village, soit pour les acheminer
jusqu’aux centres urbains. Les espoirs des villageois sont dorénavant tournés vers le projet de
rénovation de la route, qui ne sera plus une piste mais bien une route goudronnée.
L’autre frein à la commercialisation invoqué est le manque d’activité économique dans
la région et donc le manque de clients. Beaucoup de villageois rappellent la période où était
installé le campement forestier de Rougier, drainant de nombreux forestiers riches et
consommateurs de denrées diverses.

Enfin, il y a un frein culturel qui fait que nombre de denrées produites ne sont pas
vendues mais données à des membres éloignés de la famille ou parfois échangées (troc). C’est
l’une des raisons qui explique qu’il est parfois difficile d’établir une relation entre les denrées
récoltées et les revenus engendrés par celles-ci. Egalement, il semblerait que l’activité de
commerce soit plutôt le fait de certaines ethnies comme les Haoussa qui sont réputés être
commerçants.

12.5. Possibilités d’enrichissement en PFNL


L’objectif poursuivi, par la mise en place de la pépinière villageoise, est multiple. Il
permet d’enrichir le regroupement de villages en plantes domestiques telles que les agrumes,
les atangatiers, les manguiers… mais également en PFNL et ce, que ce soit au niveau du
terroir ou du finage. Les plants obtenus de ces derniers pourront être transplantés, soit au
niveau du terroir, soit au sein même du finage. Egalement, les plants supplémentaires produits
pourront être vendus dans la région.
Même si la majorité des arbres souhaités par les villageois sont des espèces domestiques,
une forte demande en moabi a été exprimée. On voit l’importance culturelle de cet arbres
lorsque l’on compare le nombre de fois que les villageois citent le prélever (Tableau 9) et les
sites effectifs de prélèvements (Tableau 23) malgré sa faible densité. Dès la fin janvier 2007,
plus de 400 graines de moabis ont été mises en pépinière. Les villageois restent encore un peu
sceptiques à l’idée de planter des espèces qui poussent naturellement en forêt et montrent un
intérêt mitigé pour ceux-ci. Par la suite, quelques graines de manguiers sauvages ont été
fournies mais elles ont été oubliées dans un coin. Quelques plants ont pu être transplantés
mais la majorité des graines sont mortes, ce qui explique la faible part de manguiers sauvages
dans la pépinière. D’une manière générale, la culture d’arbres est quelque chose d’assez
nouveau, et encore plus celle d’essences forestières. Aussi, l’intérêt est moins grand pour les
PFNL car les cultures fruitières domestiques produisent des fruits plus rapidement. Toutefois,
au fur et à mesure de l’avancement du projet, les villageois montrent peu à peu un certain
intérêt pour la culture des PFNL.

Lors du séjour dans les villages, des tests de germination du noisetier de Gabon ont été
installés. Il s’agissait d’évaluer quelles étaient les possibilités de domestication de cette
essence. Malheureusement, à ce jour, aucun des dispositifs mis en place n’a obtenu de
résultats concluants. Il y avait trois dispositifs contenant chacun un lot de trente fruits récoltés
provenant du même arbre. Le faible nombre dans chacun des lots s’explique par une mauvaise
année de production du noisetier du Gabon. Le premier lot servait de témoin : les fruits étaient
mis en terre entier. Le deuxième contenait uniquement le noyau et sa graine. Enfin, le
troisième lot contenait uniquement les amandes.

67
L’objectif de ces tests étaient de mettre en évidence une différence de rapidité du temps
de levée des graines. Cependant, le lot de graines nues a été complètement dévasté par les
fourmis. Il faut donc, pour un test ultérieur utiliser un répulsif ou un insecticide pour lutter
contre les fourmis.
Egalement, sur un jeune noisetier du Gabon, des tests de marcottage aérien et souterrain
ont été effectués mais à ce jour, aucune des marcottes s’est révélée être concluante.

Enfin, un relevé des trouées d’exploitation, sites privilégiés pour l’enrichissement en


forêt a été effectué. L’avantage de ces trouées est qu’elles sont proches du village. Les trouées
au sud de la route (exploitation par CFA en 2005) sont plus récentes que celle au nord de
celle-ci (exploitation par Rougier Gabon en 2001) et sont donc plus favorables à un
enrichissement des trouées (couvert arboré plus dégagé, défrichage de la zone plus aisé, etc.).

68
DISCUSSIONS ET RECOMMANDATIONS
Chapitre 13 ANALYSE DE TERRAIN
13.1. Synthèse cartographique
Une première conclusion sur l’occupation spatiale est présentée. Cependant, comme le
soulignent VERMEULEN & KARSENTY [2001], l’utilisation de l’espace s’intègre dans une
dynamique régie par les événements historiques, démographiques et comportementaux. Ainsi,
nous pouvons analyser l’état actuel de cette occupation spatiale mais aussi l’intégrer dans une
dynamique en dégageant les éléments qui l’influencent.

L’étude des cartes montre que les parcours de chasse et de collecte en forêt ne dépassent
pas 5 km aller-retour. Ainsi, le finage pour chaque village est grosso modo compris dans un
cercle moyen de rayon maximum de 3 km et n’empiète pas sur le permis forestiers de Rougier
Gabon. Toutefois, si on prend en compte les rivières et les sites de pêche féminine, le finage
villageois est plus important et s’étend jusqu’à la limite sud de l’UFG3 de la CFAD Ogooué-
Ivindo. Toutefois, comme il a été mentionné, la pêche est une activité saisonnière et moins
pratiquée aujourd’hui qu’à l’époque. La connaissance de l’emplacement des sites persiste
mais on n’a pu évaluer l’importance de cette pratique dans les activités villageoises.
Egalement certains sites de pêche sont mentionnés au sud de la route Lalara-Ovan, alors qu’il
n’y a quasiment pas de chasse ni de collecte de PFNL. Ceci nous amène à penser que le finage
se réduit par la diminution de la pratique de la pêche féminine.

On peut s’étonner de la taille de ce finage qui peut s’expliquer par :


- une population vieillissante ;
- une moindre connaissance de la forêt par les jeunes, ceux-ci grandissant
généralement en ville. De ce fait, les sites d’anciens villages ne sont plus
connus en tant que tels, et les pistes issues de l’exploitation forestière sont de
plus en plus utilisées.
- la place prépondérante de l’agriculture dans le mode de production actuel des
communautés résidentielles, laissant peu de temps aux activités forestières.
L’exploitation de la forêt est ainsi limitée au trajet qu’un homme peut effectuer dans la
journée, les campements de plusieurs jours étant réservés à des occasions exceptionnelles.
La perte des connaissances traditionnelles chez les jeunes constitue un risque accru de
pression sur les ressources forestières et particulièrement celles qui concernent la faune, les
jeunes étant essentiellement ceux qui partent chasser en forêt. Cette prédominance de la
chasse entraîne un désintérêt pour les PFNL, les bénéfices sur ceux-ci étant moins importants.
Ceci se traduit également par une perte de connaissance de la diversité de ceux-ci. En effet, on
se rend compte que ce sont les générations plus âgées qui récoltent plus d’espèces différentes
(essong, afane, ebom).
Ainsi, du fait de ce finage limité, on peut se demander quelle sera la pression future sur
les ressource forestières, l’exploitation des ressources se concentrant sur une surface plus
petite.

La pression sur les ressources dépend également de la position géographique des


villages. On remarque effectivement que la ville d’Ovan exerce une influence non négligeable
sur les populations villageoises. Ovan constitue un pôle d’attraction de par sa plus grande
activité économique en tant que centre administratif. Des différences numériques expliquent

69
ce fait entre les villages : 67% des habitants de Mélané sont des résidents non permanents
contre 42% à Ebé-Messé, et 94% des moins de 15 ans sont des résidents non permanents
contre 24% à Ebé-Messé (Tableau 2). Ainsi, les habitants de Mélané, isolés, ont tendance à
migrer vers des villages ou des villes plus importants. Ceci explique pourquoi on retrouve,
d’une part, des membres du clan Ebissa et Ebidom originaires d’Ebé-Messé à Ovan et des
membres du clan Essakan de Mélané à Ebé-Messé.
Ebé-Messé est également attractif à de nombreux égards : il est directement voisin à la
commune d’Ovan (village d’Ayol), il est le lieu de résidence du chef de canton, qui est
également un tradipraticien renommé. Ainsi, le village d’Ebé-Messé est attractif car sa
position aussi bien géographique, qu’administrative et économique est intéressante.
Le revers de cette attractivité est une pression accrue sur les ressources. Le cas le plus
flagrant est la collecte de feuilles d’aké qui ne peuvent plus être récoltées en quantité au sein
du finage d’Ebé-Messé. Les femmes doivent effectivement faire plus de 3 km pour en trouver
ou aller dans l’afan de Messé ou Mélané. Cette pression se remarque également par les
densités en PFNL souvent plus faibles aux alentours d’Ovan (voir 12.3. ).

En conclusion, on peut remarquer cette tendance générale à la réduction du finage, qui


s’explique par l’exode des jeunes vers les centres urbains et, en conséquence, la perte de
connaissances traditionnelles. L’afflux des populations vers les centres urbains va créer des
problèmes fonciers autour de ces zones, tandis que les campagnes vont se désertifier et
s’appauvrir. Il convient de recréer une dynamique dans les zones rurales.

13.2. Principaux systèmes agroforestiers et place de l’arbre dans


ces systèmes
La description de ce système de production rejoint, à bien des égards, les études
effectuées par DE WACHTER [2001] en pays badjoué dans le sud Cameroun. Malgré
quelques légères différences (essentiellement caractérisées par une seule saison de culture
pour les champs d’arachide), nous pouvons citer :
- la fonction principale des champs dans la production d’aliments de
subsistance ;
- le type de culture en fonction de l’âge de la jachère et la recherche de
l’économie de travail (temps de déplacement essentiellement) ;
- la pénurie de main d’œuvre masculine ;
- la domination de la culture du manioc qui supplante aujourd’hui la banane
plantain comme source de féculent.
Une étude affinée de ce système de production permettrait de vérifier si les productions
répondent bien aux attentes des villageois et si celles-ci ne provoquent pas la dégradation des
sols. Cette étude serait particulièrement intéressante pour le village d’Ebé-Messé, où la
pression villageoise est plus importante.

13.2.1. Jardins de case


Les arbres rencontrés aux abords des maisons ont différents statuts, qui dépendent de
la valeur commerciale de l’espèce, du type de semis (naturel ou artificiel), de son utilité en
tant qu’aliment ou médicament, des croyances et de l’appréciation générale.
La différenciation des jardins de case selon qu’il se situe derrière la cuisine, dans
l’ekoune ou entre les maisons, dans le nsen rappelle la description de ce type d’agroforêt par
DOUNIAS & HLADIK [1996] à propos des agroforêt mvae du sud Cameroun. Les auteurs
identifient une dualité des espaces sociaux par la différenciation de la cour et l’arrière-cour.
La cour (appelée ń.sεη en langue mvae, très proche du nsen en langue fang) est l’espace des

70
hommes alors que l’arrière-cour (fàlàk, également proche du terme fang fala, qui signifie
également « le jardin ») est réservée aux femmes. La cour serait l’espace social, « affiché »
des hommes tandis que l’arrière-cour serait l’espace retiré des femmes. Ainsi, la masculinité
de l’espace représenté par la cour est clairement revendiquée par les hommes, qui
l’entretiennent en la balayant ou la désherbant. Cette dualité des espaces sociaux expliquerait
la différence des espèces retrouvées dans la cour et dans l’arrière-cour, la cour affichant des
plantes ornementales et des arbres, tandis que l’arrière-cour présentent des plantes spontanées
et de couverture. Egalement, la gestion des deux vergers existant à Ebé-Messé est tenu par des
hommes. On peut redouter que les femmes soient écartées de la gestion des arbres, ceux-ci
étant généralement repris dans l’héritage patrilignager.

13.3. Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces


ressources
Le tableau de maîtrises foncières montrent une tendance nette à la pratique des maîtrises
foncières exclusives (4), avec des modalités de cogestion principalement internes (D4).
Cependant, Les maîtrises foncières exercées sur les arbres et les ressources forestières sont
rendues compliquées par l’imbrication des différentes unités de cogestion (village, lignage,
famille). Toutefois, les villageois prennent conscience qu’ils forment dorénavant un
regroupement et s’approprie de nouveaux espaces ressources (pépinière villageoise) communs
au regroupement.
La gestion des ressources non ligneuses des produits forestiers reste essentiellement
lignagère mais on remarque que celle-ci évolue et qu’elle tend à réduire son aspect exclusif.
Ce fait constitue une ouverture dans la proposition de collectes communautaires.

13.4. Valorisation des PFNL


13.4.1. Etude de la structure diamétrique de quelques PFNL
fruitiers en relation avec leur tempérament et leur
environnement
L’étude des essences à très faible densité de population ne se révèle pas être pertinente à
l’échelle du finage et ne permet pas de déterminer la structure de population correcte. Ceci
concerne principalement pour essences le moabi, l’engong et l’abam. L’analyse de la structure
de population des niveaux d’étude supérieurs (Sud CFAD et CFAD) donne une indication sur
le statut général de l’essence mais ne permet pas de distinguer une éventuelle pression sur la
ressource due aux activités anthropiques. L’analyse de la structure de ces essences pourrait
être affinée si les strates d’échantillonnage sont fixées a priori, et non a posteriori comme
c’est le cas dans ce travail, avec un taux de sondage fixé pour chaque strate en fonction de la
précision souhaitée.
L’abam serait une essence à étudier particulièrement puisqu’elle est appréciée des villageois
et que sa structure de population dans les niveaux d’analyse supérieurs montrent une structure
de population relativement correcte. Toutefois, en raison de sa faible densité, un appui à la
régénération de cette essence peut être proposé. L’oboto est une essence particulièrement
appréciée mais son effectif est trop faible pour proposer une commercialisation. La mise en
pépinière de cette essence serait alors à recommander.
Parmi les PFNL présents en abondance dans la zone d’étude, on remarque que les plus
récoltés sont souvent ceux dont les effectifs sont les plus importants. Leur exploitation en vue
d’une commercialisation peut donc être proposée pour autant que leur régénération soit
assurée de façon naturelle ou artficielle (mise en pépinière). Il s’agit de l’andok, de l’ozigo et
du noisetier. Ces espèces, en raison du succès alimentaire de celles-ci peuvent être

71
commercialisées et leur transformation serait appuyée par des moyens techniques tels que des
presses.

13.4.2. Possibilités de transformation et de commercialisation des


PFNL
Comme nous l’avons vu, les facteurs influençant la commercialisation sont la
conservation du produit, l’investissement en temps de travail et le montant de
l’investissement. Concernant ce dernier facteur, il est évident qu’en cas d’achat de matériel
permettant la transformation ou facilitant la commercialisation, il faudra envisager l’achat
d’un matériel adapté dont l’entretien et le renouvellement puisse être supporté par les
bénéfices engendrés par l’activité. Il faudra également prévoir une source de financement
adapté et durable permettant ce type d’investissements (fonds de développement rural,
microcrédits).

Les principaux types de transformation et de commercialisation envisageables sont repris


et expliqués dans les points qui suivent.
Le commerce des feuilles de marantacées
Ce feuilles, sont utilisées quotidiennement dans l’alimentation des gabonais et sont
vendus jusque dans les centres urbains principaux. Ainsi, la demande est très forte et il serait
possible de répondre en partie à cette demande entre Ovan et Makokou, régions déficitaires en
feuilles. Dans le cas d’une vente en masse de ces feuilles, il a été proposé d’effectuer une
rotation des collectes comme l’a proposé MATHOT [2002] pour le koumou. Cette idée a été
approuvée par l’ensemble des femmes du regroupement. Un inventaire de la ressource en
feuilles de marantacées serait donc nécessaire pour affiner les modalités de cueillette.
Des confitures, des sirops, des pâtes de fruit
Le principal obstacle à la commercialisation des fruits est la durée de conservation de
ceux-ci. De ce fait, ces fruits sont généralement destinés à la consommation personnelle plutôt
qu’à la vente en raison de leur rapide décomposition. En effet, le transport jusqu’au marché
peut provoquer des dégâts et ils peuvent rester quelques heures au soleil avant de trouver un
acquéreur. C’est pourquoi leur temps d’exposition reste limité.
Pour des fruits à chair tendre et sucrée comme ceux de l’abam, on peut recommander la
fabrication de confiture ou de pâte de fruit. Les villageois semblaient très intéressés par cette
idée et la majorité (11 réponses positives sur les 16 questionnaires) a approuvé cette idée.
Certains ont même proposé de faire des confitures avec les agrumes, et une jeune fille a déjà
imaginé la possibilité de vendre les jus qu’elle produirait auprès des écoles à Ovan.
Cependant, le problème essentiel soulevé reste la fourniture en pots bien que certains
villageois affirment qu’il est facilement possible de passer des commandes dans les centres
urbains. La confection de confiture nécessite également un peu de vanille pour adoucir le
goût. Dans une perspective de production de confiture, on pourrait alors lancer la production
de vanille. Toutefois des formations quant à la production de confiture et de culture de vanille,
devront être envisagées.

Egalement DOUCET & FOUFANI [1997] ont lancé la transformation des fruits de
Tricoscypha à travers le « jus de Kompia » au Cameroun. Cependant cette production s’est
heurtée à un problème de conservation et d’origine sanitaire.
L’autre obstacle à l’élaboration de sirop ou de confiture est l’approvisionnement en
bouteilles ou en pots en verre. Il serait possible de faire des commandes à Ovan mais le temps
d’étude n’a pas permis d’évaluer l’investissement nécessaire (en travail horaire et en coûts) et
les bénéfices qui pourraient être retiré de ces productions. Un pot de pâte à tartiner au

72
chocolat (250 g.) coûte 2.000 FCFA et un pot de beurre 1.700 FCFA. Il faudrait alors que le
prix de vente d’un pot de confiture puisse être vendu dans la même gamme de prix pour être
attractif. Pour ce qui est du prix du sirop, un litre de sirop au supermarché coûte 1.500 FCFA.
Une façon de passer au-delà de cet obstacle d’intrant est la fabrication de pâtes de fruit,
qui ne nécessitent pas de conditionnement particulier et qui bénéficient d’une bonne
conservation à long terme. De plus, les pâtes de fruits pourraient se vendre à l’unité, ce qui
entraînerait un prix de revient plus important.

Enfin, les villageois fabriquent déjà des produits transformés et possédant un meilleur
temps de conservation. Il s’agit des pâtes préparées à base des fruits transformés d’ozigo
(ichara sia), à base de fruits de l’échine, ou à base d’amandes de mangues sauvages,
communément appelée chocolat en raison de sa ressemblance avec celui-ci. Les noisettes
possèdent également cet avantage de se conserver longtemps lorsqu’on les fait sécher au
fumoir. Cependant, ces produits ne sont pas ou peu vendus (cas des noisettes et de l’échine),
la pâte chocolat (andok) faisant exception tellement son commerce est développé au niveau du
pays.
Tableau 26. Mode de transformation et temps de conservation des principaux PFNL récoltés.

Nom Pilote Transformation Conservation


Andok pâte conservée au fumoir 1-2 ans
Coula amandes conservées au fumoir 1 an
Ozigo pâte conservée au fumoir 2-3 mois

Les produits à conservation prolongée sont donc à valoriser car il existe peu de moyens
de conservation. Le fait de pouvoir consommer sur de plus longues durées les produits
élaborés incitent les villageois à partir en récolter. En effet, on remarque que trois des produits
principalement récoltés sont des produits transformables.
Séchage des champignons
Une formation concernant le séchage des champignons peut également s’avérer
intéressante. Certaines personnes âgées pratiquent le séchage des champignons mais la
technique est généralement méconnue. Le séchage serait également une alternative à la vente
des champignons frais qui se dégradent assez vite.
Production d’huile
La production d’huile de palme permettrait de réduire la dépendance des villageois vis-à-
vis de l’huile produite industriellement. Les villageois ont émis la demande de variétés
améliorées de cette essence aujourd’hui domestiquée. Le temps de transformation serait alors
amélioré grâce à des moyens techniques adaptés (presses).
TCHIEGANG et al. [1998] ont analysé la composition chimique de l’huile issue des
noisettes. La teneur en acide oléique de celle-ci représente plus de 95% des acides gras et se
révèle particulièrement intéressante au niveau nutritionnel. La région étant riche en cette
essence, on pourrait proposer l’élaboration de cette huile. Il faudrait toutefois faire au
préalable une séance de dégustation afin de voir si cette huile entrerait dans les
comportements alimentaires des villageois.
Construction d’une unité de transformation pilote
En raison des problèmes liés à la conservation des produits et à l’hygiène que la
transformation destinée à la commercialisation suppose, une unité de transformation pilote
dans l’objectif de commercialisation pourrait être construite. Elle pourrait être l’endroit
privilégié pour la fabrication de produits finis déjà commercialisées (pâtes et paquets de plats
préparés) dans des conditions sanitaires mieux contrôlées et de dispenser des formations,
notamment sur la confection de confitures ou autre produits finis. Un local logistique pourrait
permettre un stockage des produits contrôlé.

73
Chapitre 14 ANALYSE DE SYNTHESE
14.1. Recommandations
14.1.1. Mise en place d’activités communautaires
La collecte et la vente communautaires de PFNL semble plus être le fait des femmes
puisque celles-ci s’organisent déjà en groupe pour le faire, bien que cette pratique n’est pas
généralisée. Les propositions émises à cet égard motivent les femmes et principalement les
veuves qui ont peu de ressources financières. Aussi, pouvoir organiser les femmes en
associations revaloriserait leur statut, ce qui leur conférerait un poids plus important dans la
prise de décision. L’exploitation des feuilles pouvant se faire au niveau du regroupement, des
collectes importantes pourraient être effectuées.
La gestion des arbres, comme nous avons pu le percevoir à travers les différents thèmes
vus, est plutôt réservée aux hommes car il constitue un capital sur pied hérité
patrilinéairement. Alors que le projet essaye de valoriser des actions communautaires, on se
rend compte qu’il fait face à des problèmes de genre, les femmes étant souvent écartées au
niveau de la prise de décision, alors qu’elles sont les plus à mêmes d’établir des actions
communautaires.

14.1.2. Mise en place d’un verger communautaire ?


L’installation d’un verger communautaire au sein du regroupement est en général
approuvée par les villageois mais beaucoup redoutent des difficultés au niveau de sa gestion.
Selon eux, ces difficultés seraient liées à la motivation des villageois, certaines familles étant
motivées, d’autres totalement désintéressées. Dans le cas où celui-ci serait installé, les
villageois émettent les souhaits suivants :
- Installation du verger près des villages pour d’une part éviter les
déprédations(éléphants, rongeurs…) mais également faciliter les activités
d’entretien et de récolte ;
- Installation du verger près d’un cours d’eau pour faciliter son entretien ;
- Installation du verger pas trop loin de la route pour être visible et facile d’accès.
Au niveau de la gestion, les villageois recommandent que chaque famille soit
responsable d’une parcelle du verger. Ainsi à défaut d’entretien, on pourrait trouver
facilement les responsables. Aussi, ceci entraînerait une motivation supplémentaire à bien
entretenir la zone, l’orgueil de la famille étant mis en jeu. Un système de points pourrait alors
compléter le contrôle social exercé par les villageois, le nombre de points calculés influençant
le reversement des bénéfices obtenus ou bien d’une prime. Toutefois, il faudrait adapter le
système pour les personnes dans l’incapacité, temporaire ou non, de pouvoir effectuer les
travaux d’entretien ou de récolte. Il s’agit en effet de ne pas désavantager doublement ces
personnes par leur handicap.

Cependant, à l’heure actuelle, en raison du manque d’organisation, des jalousies, des


conflits inter-lignagers et du faible pourcentage de résidents permanents, l’idée d’un verger
communautaire semble difficile à concrétiser. Toutefois, une formation portant sur
l’organisation associative a été dispensée, mais il est encore trop tôt pour évaluer son impact.
La promotion de l’arboriculture au sein des jachères et des recrûs forestiers constitue une
alternative, non exclusive à la gestion d’un verger communautaire.
Cependant, la difficulté serait au niveau de l’extraction de la ressource car on a vu que
les produits des PFNL fruitiers spontanés peuvent être prélevés par tous les membres du
village. Il pourrait y avoir une confusion entre les arbres plantés et les arbres spontanés.

74
Cependant, le nombre de villageois étant restreint, on peut compter sur l’auto-contrôle entre
les membres.

Toutefois, si la motivation des villageois du regroupement persiste et si les faits suivent


aux mots, la création d’un verger communautaire engendrerait des revenus plus importants et
augmenterait l’esprit de cohésion entre les villageois. Elle rendrait également la récolte des
fruits plus organisée et rémunératrice. De façon complémentaire, un enrichissement en
variétés améliorées et en PFNL fruitiers ou de construction pourrait être envisagé dans les
champs.

Pour ce qui est de la pépinière villageoise, on peut se poser quelques questions quant à sa
pérennité puisque sa gestion relève essentiellement des membres âgés du village et des chefs
administratifs et traditionnels. Ces derniers se sentent responsables vis-à-vis de tous les autres
membres du village et leur motivation est effective. Toutefois, ils regrettent à maintes reprises
l’absence des jeunes. Les jeunes, bien qu’approuvant l’idée, sont peu motivés et voient peu
d’intérêt à, d’une part, effectuer un trajet de plusieurs kilomètres pour y accéder et d’autre
part, à exercer une activité non rémunérée. Les femmes sont également (presque) absentes au
niveau de la gestion de la pépinière, souvent trop prises par leurs tâches ménagères
quotidiennes.
On peut également mentionner une différence de motivation entre les villages. Les
habitants de Mélané s’attachent beaucoup plus au projet car ils espèrent réellement une
amélioration de leurs revenus via les pépinières et l’agroforesterie. Leur situation éloignée des
villes fait qu’ils sont plus dépendants de leurs productions agricoles et des ressources
naturelles. Les habitants d’Ebé-Messé sont par contre influencés par le mode de vie
« citadin », n’étant qu’à 11 km d’Ovan contre 21 km pour les habitants de Mélané.
Il conviendrait de trouver rapidement une solution dans la gestion de la pépinière car,
dans le cas de l’abandon total du hameau de Messé (un seul couple y réside, et l’homme est
âgé de 72 ans…), la pépinière pourrait souffrir d’un défaut d’entretien et de surveillance. La
désignation d’un responsable-pépinière au sein de chaque village permettrait de soulager ce
couple dans la gestion de la pépinière, celui-ci n’osant plus s’absenter par le poids des
responsabilités qui pèsent sur eux. Egalement, le responsable-pépinière se chargerait
d’organiser les volontaires pour l’entretien hebdomadaire. A long terme, la rémunération d’un
personnel restreint chargé de la pépinière serait à entreprendre en raison de l’importance des
soins à prodiguer (arrosage, sarclage, mise en sachet,…).

14.1.3. La lutte contre les prédateurs


La lutte contre les prédateurs est une mesure de première importance si l’on ne veut pas
que les villageois se découragent. Selon DE WACHTER [2001], la déprédation des cultures
serait surtout due aux rongeurs, aux singes et aux artiodactyles. DOUNIAS [1996] propose de
(re)développer une co-adaptation « piégeages-cultures » des recrûs forestiers post-agricoles.
Ces pièges ne seraient pas de simples pièges à collet comme ceux fréquemment utilisés et qui
ne font aucune distinction sur la proie, mais fonctionnant à l’aide d’un appât spécifique. Ainsi,
l’auteur justifie la pose ce type de piège par la mise « à profit de l’attraction exercée sur la
faune par les cultures pour canaliser le gibier potentiel vers un ensemble de pièges à appâts
installés à même le champ et dans les recrûs forestiers post-agricoles attenants. Les pertes
éventuellement subies sur les cultures sont compensées par une production agricole
diversifiée, largement excédentaire et par ailleurs pourvoyeuse de venaison ».

Enfin, le projet peut également aider les populations à la lutte contre les fourmis qui
pénalisent fortement l’exploitation des terres autour de Mélané.

75
14.1.4. Faciliter le transport
Un des principaux freins à la vente est la difficulté liée au transport des produits. Une
façon d’aider les populations serait de pouvoir les aider à acquérir un moyen de transport,
motorisé ou non, qui favoriserait l’acheminement d’une plus grande quantité de produits issus
de la collecte, soit de la forêt villageoise vers le village, soit du village vers le marché. Ainsi,
des quantités plus importantes pourraient être prélevées et pourraient être plus facilement
acheminées vers les points de vente en réduisant les pertes liées au temps d’exposition des
produits ainsi que la dépendance aux moyens de transport extérieurs. Dans un premier temps,
on peut envisager une charrette tirée par un vélo, puis en fonction de la réussite de cette
initiative et de la motivation des villageois, on pourrait envisager des moyens de transport
motorisés. Aussi, un micro-crédit peut être envisagé pour aider les villageois à acquérir le
moyen de transport qu’ils souhaitent.

Le fonds financier communautaire pourrait également avoir pour missions suivantes :


- la commande d’études sectorielles ;
- permettre de suivre des formations et de participer à des échanges
d’expérience ;
- la promotion et le soutien à la commercialisation des productions locales.

76
Figure 61. Proposition de zonage autour des zones villageoises. Cas particuliers d’Ebé-Messé, villages pluri-lignager.

76 verso
14.2. Proposition d’un plan de zonage
Le plan de zonage proposé doit représenter une distribution schématique des zones
d’activité en intégrant toutes les notions vues dans les paragraphes précédents. Il doit en effet
prendre en compte tous les éléments étudiés car il intègre des facteurs humains, économiques
et environnementaux. Ceci est d’une importance capitale si l’on souhaite permettre un
développement optimal des activités forestières et agroforestières.

On peut résumer les propositions d’enrichissement et de gestion au niveau des


différentes zones :

- La zone villageoise (habitation et jardins de case) serait enrichie en PFNL


fruitiers principaux et qui peuvent demander un entretien régulier (exemple des
palmiers lors de la fabrication du vin de palme). Ces arbres étant plantés, ils
feraient l’objet d’une appropriation lignagère ou familiale. On peut également
enrichir la zone villageoise en PFNL pharmaceutiques, qui eux feraient l’objet
d’une appropriation communautaire [gestion exclusive commune au village].
- La zone agricole serait enrichie en PFNL fruitiers appréciés et
commercialisables (vergers familiaux) et de construction [appropriation
familiale, gestion exclusive] pour autant que leur tempérament s’adapte aux
conditions de culture.
- La zone « tampon » serait enrichie en PFNL fruitiers non adaptés à
l’association avec les cultures (donc ceux sciaphiles, semi-sciaphiles), en
PFNL pharmaceutiques et en PFNL complémentaires (alimentation et
construction) [gestion exclusive commune au village, sauf pour les arbres de
construction qui seraient appropriés de façon lignagère).
- La zone forestière villageoise serait enrichie en essences commerciales (bois
d’œuvre). La gestion de ces arbres s’effectuerait au niveau du regroupement et
les bénéfices seraient reversés à la communauté (regroupement). Ceci
constituerait un fonds financier contribuant au développement rural.

Les parcours de collecte en forêt se situant essentiellement dans un rayon maximum de


3 km, c’est dans cette zone qu’il convient de faire des enrichissements en PFNL. Ces
enrichissements seraient alors constitués d’essences problématiques en raison de leur densité
ou de leur régénération et qui sont très appréciées par les villageois. Egalement,
l’enrichissement doit pouvoir se faire dans la mesure du possible près des pistes empruntées
par les villageois.

77
CONCLUSION
Dans les forêts d’Afrique Centrale, la gestion des forêts n’est pas seulement une question
technique visant à l’aménagement des massifs forestiers mais également sociale par
l’importance des produits que les communautés rurales y prélèvent.
Les PFNL font partie intégrante de la vie quotidienne des populations rurales mais peu
d’entre eux sont prélevés en vue d’être commercialisés, la plupart étant échangés ou donnés
dans le cadre de relations sociales.
Pourtant les PFNL peuvent constituer une source importante de revenus et possèdent le
potentiel de contribuer de manière positive à l’amélioration des conditions de vie en milieu
rural et au recul de la pauvreté.
En effet, les populations rurales éloignées sont le témoin d’un exode grandissant vers des
villages plus importants ou les centres urbains. Mélané souffre de cet exode, avec un taux de
résidents permanents de 33% (Tableau 2), alors qu’Ebé-Messé s’installe dans un statut de
village périphérique à une ville. Ces différences sont également visibles au niveau culturel par
la prépondérance du mode d’alimentation traditionnel à Mélané et plus « urbain » à Ebé-
Messé. Ainsi, la dépendance vis-à-vis des ressources forestières est différente entre les deux
villages : les sites des collecte sont presque aussi nombreux pour ces deux villages, alors que
la population est quatre fois plus importante à Ebé-Messé (Tableau 23).
Certaines ressources font l’objet d’une commercialisation et l’analyse des densités et
des sites de collecte révèlent que ce sont en général des populations bien représentées dans le
finage et qui font l’objet des collectes les plus importantes. Ces essences sont l’andok, l’ozigo
et le coula et leur succès dans l’alimentation tient probablement au fait que les produits finis
peuvent se conserver longtemps avec peu de moyens. Il faut donc, pour ces essences,
améliorer le processus de transformation si l’on souhaite développer la filière commerciale, et
éventuellement appuyer la régénération par leur mise en pépinière. C’est avant tout dans ces
produits déjà vendus que l’appui au développement de la filière commerciale est le plus sûr
d’aboutir à des résultats concrets.
Les autres produits forestiers pouvant être valorisés sont les feuilles d’aké - largement
utilisées dans la confection de « paquets » et de bâtons de manioc - et les lianes et rotin
utilisés en vannerie. Même si l’abondance de ces deux ressources est reconnue par les
villageois, un inventaire permettrait de compléter cette évaluation et d’approfondir les
possibilités de commercialisation. Les feuilles d’aké sont particulièrement intéressantes car la
possibilité d’une collecte communautaire a été approuvée par l’ensemble des femmes.
Enfin, le jus de Tricoscypha pourrait être envisagé, la ressource étant abondante dans la
région. Les procédés d’élaboration d’autres produits transformés possédant une bonne
conservation pourraient être enseignés, par exemple dans le village d’Ebé-Messé.
Ainsi, afin d’aider les populations locales à développer ces filières commerciales, un
local logistique pilote pourrait être construit et servirait de centre de formation, de cuisine
expérimentale pour les nouvelles préparations, tout en possédant des conditions d’hygiène
satisfaisantes pour leur commercialisation. Egalement, afin de tester la motivation et
responsabiliser les villageois à l’entretien de ces structures, un système d’aide par micro-
crédit pourrait être instauré. Ce micro-crédit servirait notamment à développer le transport des
produits récoltés vers les marchés ou à l’achat d’outils.

Certaines essences sont appréciées des villageois mais leurs effectifs sont trop faibles au
niveau du finage. Il s’agit du moabi, de l’engong, de l’oboto et de l’abam. Pour ces essences,

78
un appui à leur régénération en pépinière est nécessaire si l’on souhaite ne pas épuiser la forêt
et permettre une gestion durable des massifs.
La pépinière possède déjà quelques jeunes plants de PFNL, essentiellement des moabis,
dont l’importance culturelle est indiscutable. Cette pépinière villageoise produit également
des espèces fruitières cultivées, dont certaines sont des variétés améliorées. La production de
ces plants, essences forestières ou espèces fruitières cultivées, servirait à enrichir le terroir et
le finage en espèces désirées, mais également pourrait être vendue en réponse à une demande
extérieure. Au niveau du regroupement, un verger communautaire peut être mis en place pour
la vente future de ces plants et de la collecte des fruits.
En parallèle, le développement de l’association de plantes à cycles de production variés
dans les champs familiaux permettront de subvenir au besoins alimentaires quotidiens et
d’assurer une sécurité alimentaire.

Assurer les besoins actuels, responsabiliser les acteurs, créer un dynamisme économique
et contribuer à une production soutenable constituent des éléments fondamentaux pour le
développement durable des communautés rurales.

79
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