Valorisation des Produits Forestiers au Gabon
Valorisation des Produits Forestiers au Gabon
Je remercie également toutes personnes et tous organismes qui ont permis la réalisation
de ce travail :
Ma pensée va également à toutes les personnes que j’ai rencontré au Gabon et surtout
ceux qui m’ont accueillie et/ou accompagnée sur le terrain : Papa Gabriel et Maman Louise,
la famille Ondo-Bekale et Maman Joséphine, J-B Ewara, Willy, Olivier, Frankie, Pékoss,
Jacques Peeters et sa famille…
Je remercie tous ceux qui m’ont accompagnée durant ces années d’étude, dont :
Abstract
Since December the 31th 2001, a new policy has been implemented in Gabon, which is
about sustainable and social management of forests by rural populations, throughout the new
concept of « participative forestry ».
The aim of this study is to reinforce the socio-economical aspects by valuating Non
Timber Food Products (NTFP). Some of these are included in a conflict between villages’
inhabitants who use them as a food resource, and logging companies whose interests lay in
timber exploitation.
We begin with the inventory of the principal NTFP, and then we list them in order to
study the spatial dimension of the villages’ inhabitants’ activities (agriculture, fishery, hunting
and NTFP collecting). The spatial dimension is studied in regard to land use. This part of the
study ends by a proposition on how to parcel out land for an ideal development of both
forestry and agroforestry.
Finally, along with the idea of sustainable development of the studied area, we list
several ways to valorize NTFP, especially by developing NTFP transformation and transport
with a sale purpose. Beside, advices are made about the enrichment in target species within
the forested areas located further away than the villages’ zones, but still exploited.
These measurements will contribute to an income sources diversification. In sight of a
sustainable management controlled by villagers, recommendations are formulated about
realizable participative actions, as long as it seems possible.
OBJECTIFS ET METHODOLOGIES................................................................ 21
Chapitre 5 Objectifs.................................................................................................... 21
5.1. Objectif principal.............................................................................................. 21
5.2. Objectifs spécifiques ........................................................................................ 21
5.2.1. Synthèse cartographique............................................................................. 21
5.2.2. Principaux systèmes agroforestiers et place de l’arbre dans ces systèmes 21
5.2.3. Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces-ressources........... 22
5.2.4. Valorisation des PFNL ............................................................................... 22
5.2.5. Plan de zonage............................................................................................ 22
Chapitre 6 Méthodologie............................................................................................ 22
6.1. Analyse de terrain............................................................................................. 23
6.1.1. Synthèse cartographique............................................................................. 23
6.1.2. Principaux systèmes agroforestiers et place de l’arbre dans ces systèmes 24
6.1.3. Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces-ressources........... 24
6.1.4. Valorisation des PFNL ............................................................................... 24
6.2. Analyse de synthèse ......................................................................................... 26
6.2.1. Recommandations ....................................................................................... 26
6.2.2. Proposition d’un plan de zonage ................................................................ 26
RESULTATS..................................................................................................... 27
CONCLUSION .................................................................................................. 78
BIBLIOGRAPHIE................................................................................................. I
ANNEXE ………………………………………………………………………………...I
Note
Les essences et les plantes citées dans le texte sont en général nommées par
leur nom pilote, voire par leur nom en fang. Une liste des noms latins,
accompagnée d’un index, est fournie dans l’Annexe 1.
Liste des figures
1
donc le potentiel de contribuer de manière positive à l’ amélioration des conditions de vie en
milieu rural et au recul de la pauvreté.
Les populations rurales d’Afrique centrale sont effectivement largement dépendantes des
produits issus de la forêt, que ce soit pour la sécurité alimentaire ou pour en retirer des
bénéfices. L’importance culturelle de ces produits, repris sous la dénomination scientifique de
PFNL ou PFABO, est telle que certains sont vendus à grande échelle dans les marchés
urbains.
Ainsi, des revenus non négligeables de l’extraction des PFNL peuvent être attendus.
Egalement, la collecte de PFNL peut contribuer à une diversification des sources de revenus
et détourner les populations rurales des activités illégales.
*
* *
Notre point d’intérêt principal s’est centré sur la recherche des modalités de valorisation
des PFNL végétaux au sein d’un regroupement de villages gabonais en bordure d’un permis
forestier. Il s’agissait pour nous de problématiser une harmonisation possible entre
l’exploitation des PFNL par les populations locales et la mise à profit de la ressource en bois
par les compagnies forestières, dans le constant souci :
- d’éviter les conflits entre ces deux acteurs, dans le cadre d’une gestion concertée et
durable des ressources naturelles.
2
Chapitre 1 PRESENTATION DU GABON
1.1. Situation générale
Le Gabon se situe à l’ouest de l’Afrique Centrale dans le creux du golfe de Guinée. Ses
pays limitrophes sont la Guinée Equatoriale au nord-ouest, le Cameroun au nord-est et le
Congo-Brazzaville à l’est et au sud. A l’ouest, le pays longe la côte Atlantique sur
approximativement 885 km. Le territoire ainsi délimité couvre une superficie de 267.667 km²
incluse entre les latitudes 2°12’N et 3°55’S et entre les longitudes 8°20’ E et 14°40’ E
[SAYER et al., 1992].
Sur le plan administratif, le Gabon se divise en neuf provinces: Estuaire, Haut-Ogooué,
Moyen-Ogooué, Ngounié, Nyanga, Ogooué-Ivindo, Ogooué-Lolo, Ogooué-Maritime et
Woleu-Ntem. Chacune des 9 provinces est découpée en sous-divisions administratives dont
47 départements, 152 cantons, 50 communes, 26 arrondissements et 3.304 villages et
regroupements de villages (DGSEE, 2001 cité par GAUSSIN [2005]). Le village est la plus
petite structure administrative.
La capitale administrative du pays, Libreville, est située dans la province de l’Estuaire ;
la capitale économique du pays est Port-Gentil (Figure 1).
a) b)
) ) )
1.2. Climat
Le climat du Gabon (Figure 2) est chaud et humide de type équatorial, avec une
moyenne thermique annuelle de 25,9°C. L’amplitude thermique annuelle est faible : elle est,
pour exemple, de 2,8°C à Libreville. La grande saison sèche, de juin à septembre, est
légèrement plus froide que le reste de l’année, et les mois de mars et avril sont souvent les
plus chauds [DROUINEAU & NASI, 1999].
Les précipitations varient de 1.400 mm, au nord-est et dans les régions de savanes, à
3.800 mm dans le nord-ouest [FRENKEN, 2005]. L’humidité atmosphérique est en
3
permanence élevée, variant entre 80 et 88%. Selon la classification de Köppen, le climat est
de type Am, caractérisé par une pluviométrie inférieure à 60 mm pendant un ou plusieurs
mois de l’année et des précipitations annuelles moyennes comprises entre 1.400 et 3.300 mm
[REITSMA, 1988].
1.3. Hydrographie
Le Gabon fait partie des pays du Bassin du Congo, région correspondant aux bassins
versants de trois fleuves principaux. Ceux-ci sont par ordre d’importance : le Congo (Congo
Brazzaville, Centrafrique, RDC), l’Ogooué (Gabon) et la Sanaga (Cameroun).
Le réseau hydrographique du Gabon est dense et comprend quasi l’entièreté du bassin
versant du fleuve Ogooué ainsi que ceux de plusieurs petits fleuves tels la Nyanga et le Komo.
Avec ses 1.200 km de long, l’Ogooué traverse le pays d’Est en Ouest et son bassin versant
(215.000 km², dont 90 % se trouvent au Gabon) couvre l’essentiel du pays, drainant 75 % du
territoire [FRENKEN, 2005]. Son importance à l’échelle du territoire explique ainsi que l’on
retrouve son nom dans plusieurs provinces du Gabon.
4
Figure 3. Carte ethnolinguistique [CLIST, 1995]
4 verso
1.4. Géomorphologie et pédologie
Du point de vue géomorphologique, on distingue trois grands ensembles structuraux
[DROUINEAU & NASI, 1999] :
- le bassin sédimentaire côtier : cette plaine de 50.000 km² correspond au
recouvrement du socle Précambrien-Archéen par des sédiments côtiers du primaire
au Néocène. D’un relief peu développé, elle comporte d’importants dépôts sableux
tandis que les roches sédimentaires sous-jacentes renferment du pétrole.
- les chaînes montagneuses : les failles du vieux socle précambrien-Archéen
donnent naissance aux Monts de Cristal au nord-ouest alors que les reliefs du sud-
ouest (massif du Chaillu et Mayombe) d’origine cristalline ou sédimentaire, ont été
mis en valeur par le jeu de l’érosion.
- les plateaux batékés de l’est, coupés de vallées profondes, ont été constitués par les
dépôts éoliens sableux au cours de l’Eocène.
Le Gabon est essentiellement un pays de plateaux et de collines, et dépourvu de fortes
altitudes. Son point culminant, le mont Milondo, dépasse à peine les 1.000 m.
Les grands ensembles pédologiques sont à relier avec les unités géologiques mises en
évidence ci-dessus. Dans leur grande majorité, les sols appartiennent à la famille des sols
ferralitiques fortement désaturés.
1
1€ = 656 FCFA
5
envisagée, il est compris entre 35 (classification de Guthrie) et 62 (classification de Kwenzi
Mikala) [IDIATA, 2002].
L’ethnie majoritaire est l’ethnie des Fang (32 %). Le pays compte aussi parmi les ethnies
les plus représentées : les Mpongwè (15 %), les Mbédé (14 %), les Punu (12 %).
Les pygmées, les Kota et les Fang partagent une structure sociale patrilinéaire tandis que
le groupe Mbété et le groupe Mérié pratiquent le matriarcat. Chez les groupes Okandé et
Myéné par contre on trouve les deux systèmes de filiation (LECLERC, 2002 cité par
GAUSSIN [2005])
1.6. Economie
L’économie du Gabon repose largement sur des ressources naturelles non renouvelables
comme le pétrole et les minerais (Figure 4), et des ressources naturelles renouvelables dont
beaucoup sont dérivées de ses forêts.
Le Gabon est un pays minier très riche : pétrole, uranium, fer, zinc, argent, or, diamants
et surtout manganèse (4ème producteur et 3ème exportateur mondial avec des réserves évaluées
à 200 millions de tonnes). L’exploitation minière constitue la première ressource économique
du pays, principalement avec le pétrole. L’or noir peut ainsi représenter jusqu’à 80 % des
revenus d’exportations, contribuer à plus de 40 % du PIB annuel du pays et compter pour
plus de 50 % des recettes budgétaires de l’État [ASSOUMOU NDONG, 2003]. Le PIB du
Gabon, de 3.152,5 milliards FCFA (estimations de 2002) [ANONYME, 2007 b], est un des
plus élevé de l’Afrique. Cependant, l’économie du Gabon est fragile car elle est très peu
diversifiée et nettement dépendante des cours mondiaux du pétrole, du dollar américain et de
l’euro. C’est une économie de rente, extravertie et lourdement endettée.
6
Figure 5. Les grands types de végétation de l’Afrique centrale atlantique (DE NAMUR, 1990, cité par
DOUCET [2003]) : 1. Forêt inondée et marécageuse, 2. Mosaïque forêt inondée, 3. Forêt dense humide
sempervirente, 4. Forêt dense humide semi-sempervirente, 5. Forêt claire zambézienne, 6. Forêts
submontagnarde et montagnarde, 7. Forêt sempervirente de transition vers un type semi-sempervirent, 8.
Savanes et steppes, 9. Mosaïque forêt – savane, 10. Mosaïque forêt – savane – forêt zambézienne, 11. Forêt
à Marantacées, 12. Mangroves et forêts inondées.
6 verso
L’agriculture est peu développée. Les surfaces cultivées sont réduites et évaluées à 5 %
de la superficie totale du pays. Cette agriculture est essentiellement une agriculture
traditionnelle diffuse, souvent vivrière. Malgré la présence de quelques unités agro-
industrielles très modernes, la balance commerciale agricole est nettement déficitaire et les
importations couvrent 60 % des besoins alimentaires.
L’engorgement récent des marchés des hydrocarbures et l’épuisement progressif des
réserves pétrolières du Gabon ont contraint l’Etat gabonais à procéder à une diversification de
son économie sous peine d’entrer dans une phase de récession durable [ANONYME, 2000 a].
De nouveaux espoirs ont été placés dans le secteur forestier, 2ème richesse du pays, pour
contribuer au développement durable de l’économie nationale [WRI, 2000]. L’industrie du
bois est le deuxième employeur gabonais (près de 28 % de la population active) après l’Etat et
la deuxième participation au PIB après le pétrole, bien qu’étant loin derrière (2,8 % du PIB
contre près de 30 % pour le secteur pétrolier) [DOUCET, 2003].
7
Parmi les nombreuses espèces qui composent la forêt, seules quelques unes sont
exploitées. La principale est l’okoumé (Aukoumea klaineana), qui représentait au début des
années 90 environ 2/3 de la production et des exportations. L’okoumé et l’ozigo (Dacryodes
buettneri) sont les essences destinées à la fabrication de contreplaqué, celles destinées au
sciage sont regroupées sous le nom générique de « bois divers ». Parmi ces dernières, on
compte comme principales essences exploitées le padouk, le moabi et le kevazingo.
Actuellement, la production relative d’okoumé baisse légèrement alors que celle des bois
divers augmente plus significativement. Cette évolution peut s’expliquer par une volonté de
diversifier les essences mais aussi par un marché favorable pour les bois divers. Une autre
explication est l’ouverture de permis forestiers au delà de la zone de répartition de l’okoumé
(au nord du pays) [DEMARQUEZ, 2006].
Le décret n° 559/PR/MEFE du 12 juillet 1994 portant sur les coupes familiales, constitue
le premier pas d’intégration des communautés locales dans la gestion forestière : un permis
par pieds d’arbres (100 pieds max.) était délivré au chef de famille sur les forêts de son
territoire traditionnel (dans une limite de 5 km de part et d’autre de la route). La loi précise
que « la coupe familiale est exclusivement réservée aux personnes physiques gabonaises
résidant en permanence en milieu rural ». Cependant, une dérogation était possible sous
réserve d’une autorisation spéciale du directeur général des Eaux et Forêts. Cette voie était
couramment employée par les bénéficiaires de coupes familiales qui, en raison du manque de
matériel, passaient des contrats d’exploitation avec des sociétés forestières. Avec l’instabilité
du secteur bois et l’exigence de plus en plus pressante de plans d’aménagement, les
entreprises forestières se sont tournées de plus en plus vers ces ressources situées en dehors de
leurs concessions sous aménagement et ont, sous couvert de la légalité, spolié les
communautés locales de leurs ressources en bois. Les contrôles du volume prélevé étaient
rares en raison de manque de moyens matériels, financiers et humains des pouvoirs publics en
charge de la gestion forestière.
Une révision du code forestier s’avérait nécessaire afin d’impliquer et de responsabiliser
les communautés locales et le secteur forestier à la gestion et la conservation des ressources
naturelles.
8
La réforme du code forestier gabonais a été promulguée le 31 décembre 2001
[ANONYME, 2001]. Elle définit un cadre réglementaire résolument orienté vers la gestion
durable du patrimoine forestier gabonais. Cette nouvelle législation suit les premiers pas
lancés par le Cameroun dont la révision du code forestier date de 1995.
Le domaine forestier national a été redéfini en considérant d’une part le domaine
forestier permanent de l’Etat et d’autre part le domaine forestier rural. Le domaine forestier
permanent de l’Etat comprend les forêts domaniales classées et les forêts domaniales
productives enregistrées ; le domaine forestier rural comprend les terres et forêts dont la
jouissance est réservée aux communautés villageoises (Figure 7).
Cette refonte comporte ainsi de nombreuses innovations, dont les deux principales sont
la mise sous aménagement des forêts domaniales productives et la possibilité de création, au
sein du domaine forestier rural, d’un sous ensemble de forêts communautaires, géré de façon
spécifique et intégrant la participation des populations à cette gestion (art 22).
Figure 7. Organisation du domaine forestier national selon la nouvelle loi forestière [DROUINEAU &
NASI, 1999].
Toute forêt domaniale doit présenter un plan d’aménagement intégrant les objectifs de
protection des écosystèmes, de conservation de la biodiversité ainsi que la régularité de la
production. Ceci implique une bonne connaissance des potentialités de la forêt et de ses
capacités de régénération. Les travaux d’aménagement sont à la charge du concessionnaire,
tandis que le contrôle et le suivi du plan d’aménagement et d’industrialisation sont du ressort
de l’administration des Eaux et Forêts et des autres administrations compétentes.
Les différents types de permis définis par le code forestier sont :
9
- les Concessions Forestières sous Aménagement Durable (CFAD) : un même
concessionnaire ne peut pas être attributaire de plus de 600.000 ha au total.
- les Permis Forestiers Associés (PFA) : d’une surface inférieure à 50.000 ha, ces
permis sont attribués exclusivement à des gabonais. Ces permis doivent être
associés à une CFAD pour être aménagés, soit par intégration dans le plan
d’aménagement d’une CFAD, soit par regroupement de PFA pour la constitution
d’une CFAD. Ces permis sont attribués pour la durée d’une rotation fixée au
minimum à 20 ans.
- les Permis de gré à gré : également réservée aux nationaux, ce type de coupe porte
sur 50 pieds dont le produit est dédié à des fins de transformation locale.
L’autre grande innovation de la loi est la possibilité de créer dans le domaine forestier
rural des forêts communautaires. Celles-ci sont créées à la demande d’un village, d’un canton
ou d’un département dans l’intérêt des communautés villageoises concernées (art. 157). Les
travaux de délimitation, de classement et d’aménagement des forêts communautaires sont
réalisés gratuitement par l’administration des Eaux et Forêts (art 159). L’exploitation est
subordonnée à un plan simplifié d’aménagement durable, dit « plan simple de gestion » (PSG)
(art 158), réalisé en régie ou en fermage par les communautés villageoises (art 160). Les
revenus engendrés par l’exploitation reviennent à la communauté (art 161).
Enfin, la politique gabonaise en matière environnementale souhaite renforcer son réseau
d’aires protégées. Des projets sont également en cours pour évaluer les possibilités de
développement de nouvelles sources de revenus à travers le développement du tourisme de
nature ou la valorisation de Produits Forestiers Non Ligneux et de la biodiversité.
Si à ce jour une avancée considérable est visible sur l’évolution du processus
d’élaboration des plans d’aménagement des forêts domaniales productives au Gabon, force est
de constater que la mise en route de la pratique de la foresterie à caractère social demeure
encore lettre morte. Ainsi, pour répondre à cette préoccupation, le projet Développement
d’Alternatives Communautaires à l’Exploitation Forestière Illégale, DACEFI en abrégé, vient
en appui aux communautés locales, et se propose de tester au Gabon, de manière pratique, ce
point de la nouvelle législation encore méconnu.
10
Les objectifs globaux de ce projet peuvent se formuler comme suit :
- Les massifs forestiers d’Afrique centrale sont gérés plus durablement.
- Les emplois et revenus des populations riveraines sont augmentés.
- L’exploitation illégale et abusive (y compris braconnage) est réduite.
Figure 8. Localisation des sites potentiels de mise en place de forêts communautaires [DACEFI, 2004].
Après un an et demi d’exercice sur le terrain, le projet peut se féliciter des nombreuses
avancées. Alors qu’au Cameroun le projet travaille déjà en partenariat avec treize FC à
différents stades d’avancement et appuie à la rédaction de nombreux Plan Simple de Gestion
(PSG), l’assistance technique au Gabon œuvre dans sept villages pilotes en y effectuant toutes
les études préliminaires à la mise en place des FC. Ainsi, dans la région de Makokou, trois
axes d’intervention ont été choisis. Cette répartition correspond aux trois grands groupes
ethnolinguistiques de la province de l’Ogooué-Ivindo : les Fang (axe Makokou-Lalara), les
Kota, y compris Mahongwé et Shamai, (axe Makokou-Mékambo) et les Kwélé (axe
Makokou-Mvadi).
11
Dans les villages ciblés, le projet vise à assurer au niveau institutionnel (administration
des forêts et ONG locales) et sur le terrain (échelon villageois) la promotion de la foresterie
sociale et d’informer les populations locales quant à leurs droits et devoirs dans la nouvelle
loi. Parallèlement il se propose aussi de promouvoir sur le terrain toutes les techniques
simples visant la pratique d’une agroforesterie durable permettant la diversification du tissu
socio-économique local. Enfin, il ambitionne de tester la mise en place de trois forêts
communautaires pilotes en périphérie du Parc national de Minkébé (Figure 8).
La mise en place des FC implique :
- d’appuyer une gestion durable des forêts en impliquant les population ;
- d’améliorer la vie des populations en augmentant les emplois et revenus
forestiers ;
- de protéger l’environnement en développant des alternatives à l’exploitation
illégale et abusive des forêts.
A cet effet, un fascicule de vulgarisation de la loi forestière sur les FC a été rédigé et le
projet aide les communautés villageoises dans leurs démarches vis-à-vis de l’administration
forestière. Aussi des stages de formation ont été dispensés dans les villages (techniques de
greffage et marcottage, reconnaissance des essences forestières commerciales…) afin de
développer sur le plan technique la viabilité du projet. Ces interventions se font à chaque fois
avec des partenaires locaux, qu’ils soient du domaine public (Etat, administration des Eaux et
Forêts, etc.) ou privés (exploitants forestiers, entreprises, centres de formation, experts, etc.)
Enfin, le projet encadre des étudiants gabonais (de l’Ecole Nationale des Eaux et Forêts,
ENEF) et belges (de la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux,
FUSAGx) pour leur mémoire de fin d’étude notamment.
C’est de la volonté d’appliquer ces mesures qu’est née la collaboration entre Rougier et
les ONG (WWF et Nature+). La CFAD de l’Ogooué-Ivindo de Rougier Gabon se trouve en
effet dans la zone d’implantation potentielle de FC, et notamment au niveau du regroupement
de villages Ebé-Messé-Mélané. L’action conjointe des partenaires rassemble les éléments
nécessaires pour apporter un appui technique aux communautés villageoises.
3.2. Terroir
La définition du terroir utilisée dans ce travail provient de l’ouvrage de KARSENTY &
MARIE (1997), cité par VERMEULEN & CARRIERE [2001]. Le terroir reprend
12
l’« ensemble des terres soumises au cycle cultural (compris les jachères et recrûs forestiers),
divisés en lots géométriques assignés. » Plus schématiquement, le terroir désigne la « portion
du finage où les logiques d’occupation du sol sont dominantes. » [VERMEULEN &
KARSENTY, 2001].
DUPRIEZ & DE LEENER [1993] précisent cette notion en considérant le terroir comme
« un ensemble géographique local dans lequel les habitants se reconnaissent et s’identifient en
vertu de relations régulières : relations de voisinage, relations foncières, relations d’échange,
de biens ou de services, relations politiques ou administratives. […] Les habitants d’un même
village sont en effet impliqués de façon différente dans l’espace villageois selon qu’il s’agit
de la langue, du lignage, de l’appartenance socio-politique, de la commercialisation des
produits, de la propriété foncière, de la religion, etc. ».
3.3. Finage
Le finage désigne les réserves foncières en forêt sur lesquelles s’exercent les droits
d’usage coutumiers (chasse, pêche, cueillette, pâturages, lieux de culte et éventuellement,
vestiges patrimoniaux) d’une communauté. Il exprime un territoire non borné où les usages
d’une communauté s’affaiblissent au profit d’une autre suivant une représentation
topocentrique, où proximité et éloignement des lieux d’habitation sont les références
dominantes [VERMEULEN & KARSENTY, 2001].
L’identification des finages dans le cadre d’un aménagement durable devient aujourd’hui
incontournable car cet aménagement n’est plus seulement purement technique, et implique de
connaître les autres usages de l’espace et des ressources. L’identification de finages villageois
renvoie donc à la nécessité de considérer la forêt comme l’imbrication d’espaces, de réseaux
et de points conventionnels car la gestion d’une forêt n’est pas une activité séparée des autres
aspects de la vie quotidienne avec ses relations économiques, sociales ou familiales.
13
« L’agriculture itinérante servira de marqueur dans la constitution d’un territoire
(lignager, clanique, ou ethnique), c’est-à-dire à la fin du processus migratoire »
[VERMEULEN & KARSENTY, 2001].
14
Figure 10. Localisation du regroupement de villages dans la province de l’Ogooué-Ivindo, Gabon.
Carte préparée par SCHIPPERS [à paraître].
Le regroupement se situe en bordure de deux permis forestiers : au niveau de la zone
d’étude, le permis situé au Sud de l’axe routier Lalara-Ovan est exploité par la société CFA,
(Compagnie Forestière des Abeilles, anciennement SHM, Société de la Haute Mondah), le
permis au Nord de cette route est exploité par la société Rougier Gabon (anciennement
exploité par la SHM). Rougier a soustrait de son permis une bande large de cinq kilomètres à
partir du bord de la route pour permettre l’aménagement d’une forêt communautaire. Cette
bande est représentée en vert sur la carte ci-dessous (Figure 11 ).
Figure 11. Carte représentant le finage villageois défini par Schippers, les concessions forestières
environnantes (CFA et Rougier Gabon) et la zone dédiée à l’établissement d’une forêt communautaire.
15
4.2. Ethnolinguistique locale
La population des villages étudiés est entièrement composée de Fangs, ethnie
majoritairement présente dans la région.
Le peuple fang forme un groupe ethnique de langue bantoue, divisé en sous-groupes. La
diversité des sous-groupes est à l’origine des variations linguistiques que l’on peut retrouver
entre les différents peuples fangs. Les fangs nzaman constituent un de ces sous-groupes et
sont ceux que l’on retrouve dans la zone d’étude (Figure 3, p.4 verso). Selon la classification
de Guthrie, leur code d’identification ethnolinguistique est A75E [MAHO, Rédaction en
cours]. Selon les anciens rencontrés dans les villages, leurs ancêtres se trouvaient dans le
Woleu-Ntem et auraient migré à l’intérieur du Gabon en suivant les cours d’eau à travers la
forêt.
16
Tableau 1. Structure des clans dans les villages étudiés [NDONGO NGUIMFACK, 2007].
Village Clan Lignage Segment
Ebé-Messé EBISSA - Ndzeboure
- Nsalane
Ebé-Messé EBIDOM Essobame
Ebé-Messé YÉBÉ - Essifone - Essa Eyeghe Eyogho
- Essa Eyeghe Binkok
- Essa Nkon-nenen
- Essono
Ebé-Messé OKAK Essa Okwal
Mélané ESSAKAN Essa Engone Ekoune
La présence des différents lignages dans les villages résulte de migrations provoquées
par le système de production coutumier : le village était déplacé après quelques années suite
aux contraintes exercées par l’agriculture itinérante, la cueillette, la chasse et la pêche. De
plus, au début du 20ème siècle, les villages situés en forêt ont été déplacés par
l’administration coloniale et regroupés au bord de la future route Lalara-Ovan. Ce
déplacement des populations les rendaient alors accessibles à l’administration coloniale qui
lança le développement de l’agriculture, du commerce et de l’éducation. Selon le récit des
anciens, l’installation des villages au bord de la route permit également à l’administration
coloniale d’employer les villageois pour la construction de la route.
17
4.4. Historique des clans et origine des villages
4.4.1. Historique des clans
L’historique des clans est à relier directement à celle des villages. Les villages étaient
bâtis par des familles d’essarteurs venues s’installer en forêt pour quelques années. Après la
constatation de l’épuisement des terres, ces familles levaient le camp et partaient s’installer
ailleurs. Lors de ces migrations, des familles de clans différents se croisaient dans les villages,
créant au fil des années des affinités particulières entre elles. La sédentarisation actuelle des
villages est liée au système de production agricole, devenu prépondérant : « L’agriculture
itinérante servira de marqueur dans la constitution d’un territoire (lignager, clanique, ou
ethnique), c’est-à-dire à la fin du processus migratoire » [VERMEULEN & KARSENTY,
2001].
Les paragraphes suivants vont présenter succinctement l’origine du nom de chaque clan
[NDONGO NGUIMFACK, 2007]. On peut noter que les noms de lieu proviennent souvent
d’élément remarquables dans le paysage ou de faits marquants. Les noms des clans dérivent
également d’une action passée ou d’une qualité retrouvée chez les ancêtres.
Le clan EBISSA
Ebissa signifie « envahir et prendre les biens ». L’événement qui est à l’origine de ce
nom est toutefois inconnu (ou ne souhaite pas être diffusé).
Le clan EBIDOM
La signification du nom de ce clan est inconnue car aucune personne à même de nous
renseigner sur l’origine du clan n’a été trouvée. De ce fait, la mobilité spatiale de ce clan n’a
pu être déterminée. Cependant, dans le passé proche les Ebidom ont cohabité avec les Ebissa
dans l’ancien village de Nlobe. Les affinités entre ces deux clans sont relativement fortes ;
pour exemple, ils partageaient le même permis lors des coupes villageoises.
Le clan YÉBÉ
Yébé signifie « assimilé », ce qui laisse à penser que les ancêtres étaient des personnes
qui assimilaient ce qu’on leur disait [NDONGO NGUIMFACK, 2007] ou étaient des esclaves
[VERMEULEN, communication personnelle].
Les Yébé proviennent du Cameroun, près du Woleu-Ntem. Ils se sont progressivement
déplacés en suivant les pistes d’éléphant et les cours d’eau pour finalement arrêter leur
progression dans l’Ogooué-Ivindo.
Le clan OKAK
L’origine du nom Okak provient du jour où les ancêtres de ce clan se sont retrouvés sous
un grand arbre nommé akak (Duboscia macrocarpa).
Les ancêtres des Okak venaient du Woleu-Ntem.
Le clan ESSAKAN
Le nom d’Essakan se réfère aux pintades sauvages, appelées kan en langue fang. Ce nom
leur a été donné car on dit que les ancêtres de ce clan partageaient le même habitat que les
pintades. Ceci expliquerait aussi pourquoi les Essakan ne consommaient pas de pintades.
Aujourd’hui cette pratique est abandonnée et les Essakan consomment des pintades sauvages.
18
Village d’Ebé-Messé
Comme on l’a vu dans l’historique des clans, le nom de Messé provient du nom de la
rivière proche de ce village.
L’origine d’Ebé ou plutôt Ebeh provient du nom d’un très grand mubala (Pentaclethra
macrophylla) que les villageois ont dû abattre pour nettoyer le site du village. Aussi, en
s’installant, comme ceux-ci ne voulaient pas oublier leurs ancêtres enterrés à Messé, ils ont
adjoint le nom de Messé à Ebé, donnant ainsi Ebé-Messé.
19
Tableau 2. Résultats des recensements effectués [LECUIVRE, 2002 ; NDONGO NGUIMFACK, 2007].
19 verso
Un des objectifs du travail consistera à identifier les zones potentiellement conflictuelles
avec les exploitants forestiers (voir Chapitre 11 ) Actuellement, certains membres d’un
lignage revendiquent la propriété de parties de la forêt qui constituent selon eux leurs anciens
villages (où sont enterrés les ancêtres) ou des lieux de culte.
20
OBJECTIFS ET METHODOLOGIES
Chapitre 5 OBJECTIFS
5.1. Objectif principal
L’objectif principal est de valoriser durablement les PFNL végétaux dans des villages en
bordure de permis forestier. Cet objectif s’inscrit dans une problématique de PFNL
concurrents, c’est-à-dire pouvant être exploités non seulement par les villageois mais aussi par
les compagnies forestières pour la qualité de leur bois.
Une bonne gestion des PFNL passe par un aménagement raisonné de la zone exploitée
par les villageois. Dans ce sens, des recommandations et des propositions de plans de zonage
seront formulées.
21
5.2.3. Modalités d’appropriation et de cogestion des espaces-
ressources
L’objectif est de présenter un tableau synthétique détaillant les modalités d’appropriation
et de cogestion de la ressource selon les activités, et particulièrement la récolte des PFNL. Ce
travail est basé sur la théorie des maîtrises foncières formulée par LE ROY [1996], reprise et
adaptée par VERMEULEN [2000].
Il s’agit de mieux comprendre les règles régissant les relations entre les individus des
communautés villageoises et leur environnement en abordant les notions d’accès à la
ressource, d’espace vécu et de territoire coutumier (terroir et finage). Il est en effet guère
réaliste d’envisager des actions de développement sans qu’au préalable les droits des
populations, en matière foncière et en ce qui concerne les modes d’utilisation des ressources,
ne soient connus et précisés.
En clair, il s’agira de :
Chapitre 6 MÉTHODOLOGIE
L’étude porte sur la partie du terroir villageois d’Ebé-Messé et Mélané correspondant à
la zone rurale « extraite » de la CFAD Ogooué-Ivindo de Rougier Gabon (voir Figure 11,
p.15).
22
Le travail de terrain a été réalisé entre les mois de mars et d’avril. Il consistait en des
séjours de deux à trois semaines dans les villages, entrecoupés de phases de restitution à
Makokou avec Charles Bracke, assistant technique du projet.
Fin février, le plan de travail a été précisé et adapté en fonction des conditions locales
avec le Pr. J-L. Doucet.
Ces deux thèmes vont permettre d’avoir une idée du terroir et du finage des
communautés résidentes. L’aire d’influence des communautés résidentielles ainsi définie
permettra d’appréhender les sites qui peuvent être source de conflit avec l’exploitation
forestière.
A cette fin, les données existantes ont été complétées par la localisation complémentaire
des espaces sacrés et des lieux d’activité, le tout en utilisant la toponymie locale. Aussi, lors
des sorties de terrain, des localisations complémentaires de PFNL ont été réalisées. Cette
collecte de données a été effectuée à l’aide d’un GPS et celles-ci ont été traitées avec le
logiciel ESRI ArcGis®. La projection utilisée pour cette cartographie est la projection
géographique WGS 1984.
Documents de référence
Plusieurs sources ont permis d’établir les fondements de la cartographie réalisée :
- l’étude d’occupation spatiale dans la zone de regroupement [NDONGO
NGUIMFACK, 2007] ;
- le mémoire de DEA de SCHIPPERS [en cours] sur les villages pilotes du projet
DACEFI - dont le regroupement de villages Ebé-Messé-Mélané ;
- les données d’inventaire et les fichiers cartographiques de l’exploitant forestier
ROUGIER GABON possédant la CFAD au nord de la zone d’étude et avec lequel
une convention de collaboration a été signée.
Les documents fournis reprennent :
- Les divisions administratives du Gabon ; données provenant de l’Institut National
de Cartographie, INC (SCHIPPERS) ;
- Les villes et villages du Gabon, données provenant de l’INC ;
- Le réseau routier (données provenant de l’INC et de ROUGIER GABON,
données provenant probablement de la digitalisation de la carte topographique de
la région au 1/200.000ème) ;
- Le réseau hydrographique de l’ancienne surface de l’UFG de Rougier, en partie
sur la zone d’étude ;
- La CFAD de l’Ogooué-Ivindo ;
- Les formations végétales de l’ancienne surface de l’UFG de Rougier, en partie sur
la zone d’étude ;
- Les sites indiquant la présence de chasse et de pêche ;
- Les sites de récolte de PFNL.
23
Outils
- GPS Garmin 60
- ESRI ArcView®, ESRI ArcGIS®
Ces relevés permettront d’établir une vision schématique du jardin de case dans la
région d’étude.
Outils
- Inventaire
- Enquête : l’enquête menée (Annexe 3) a permis de compléter les observations
faites sur le terrain en ce qui concerne les plantes rencontrées et leur
agencement dans l’espace. Cette enquête a été réalisée au niveau de 16 unités
familiales réparties dans les deux villages (taux de sondage de 62%).
Outils
- Enquête : l’enquête menée a permis de compléter le savoir sur les maîtrises
exercées par les individus ou groupes d’individus sur les terres agricoles et
sur les PFNL amorcée par NDONGO NGUIMFACK [2007].
24
1. Analyser l’état de la ressource et identifier les PFNL problématiques
o Analyse de la structure de population des principaux PFNL identifiés par
NDONGO NGUIMFACK [2007]. Les données d’inventaire ayant servi à
l’élaboration des histogrammes ont été fournies par l’inventaire
d’aménagement de ROUGIER GABON. Ces données ont été ventilées en
fonction des différents niveaux d’analyse :
La zone du finage villageois définie par SCHIPPERS [en cours].
Le taux de sondage est de 1% pour les gros arbres et de 0,2% pour
la régénération (classe de diamètre entre 10 et 19,9 cm) ; la
surface de 4 .833 ha.
La bande du retrait de permis de Rougier Gabon (bande de 5 km
environ à partir de l’axe routier Lalara-Ovan). Le taux de sondage
est de 1% pour les gros arbres et de 0,2% pour la régénération
(classe de diamètre entre 10 et 19,9 cm) ; la surface de 10.772 ha.
L’ensemble de l’UFG 3 de la CFAD Ogooué-Ivindo de Rougier
au nord de la zone d’étude. Le taux de sondage est de 1% pour les
gros arbres et de 0,2% pour la régénération (classe de diamètre
entre 10 et 19,9 cm) ; la surface de 37.195 ha.
o Géoréférencement des cartes de répartition de densité des PFNL fournies
par ROUGIER GABON et de la carte topographique 1/200.000ème
fournie par SCHIPPERS.
2. Etudier la présence de PFNL au sein du terroir
o Voir point précédent
3. Identifier les PFNL les plus appréciés et évaluer leurs possibilités de
commercialisation
o Une enquête menée a permis de dégager ces éléments.
4. Tester les possibilités de domestication des PFNL et leur mise en
pépinière
o Pour une espèce très appréciée, Coula edulis des tests de germination ont
été effectués selon trois modalités de semis : le fruit entier (lot A),
l’amande entourée de sa coque (lot B) ou soit l’amande seule (lot C). En
raison de la mauvaise production fruitière, couplée au moment tardif de la
mise en place du test, chaque lot ne contient que 30 individus.
o Essai de marcottage aérien et souterrain sur un jeune Coula edulis. Ces
essais de marcottage ont été réalisés en condition de village, c’est-à-dire
en utilisant le minimum d’intrant.
o Transplantation de jeunes plants de PFNL (Gambeya lacourtiana,
Baillonella toxisperma, Irvingia gabonensis) pour les élever en pépinière.
Ceci a permis d’avoir des premiers plants de PFNL en pépinière.
5. Identification des possibilités et les modalités d’enrichissement en PFNL
au sein du finage (zone villageoise, zone agricole et zone forestière)
o Enquête sur l’intérêt des villageois pour les PFNL et leur motivation pour
en planter dans le terroir.
o Inventaire des trouées d’exploitation à proximité du terroir villageois.
Documents de référence
- Les données d’inventaire d’aménagement fournie par ROUGIER GABON.
- Les cartes de répartition des principaux PFNL identifiés par NDONGO
NGUIMFACK sur l’ensemble des trois zones énumérées précédemment
fournie par ROUGIER GABON (cartes présentées en Annexe 7)
25
- Formation en greffage et marcottage (du 26 au 29 mars 2007) dispensée par
le CIAM (Centre d’Introduction, d’Amélioration et de Multiplication du
matériel végétal, basé à Ntoum, Gabon).
Outils
- Enquêtes de terrain
- MS Excel®
- GPS Garmin 60
- ESRI ArcView®, ESRI ArcGIS®
- Sachets, outils divers, etc. pour la mise en place de plants de PFNL en
pépinière.
26
RESULTATS
Chapitre 7 REMARQUES PREALABLES A LA LECTURE DES
RESULTATS
7.1.2. Cartographie
Les sources cartographiques utilisées pour la conception des différentes couches
d’informations cartographique (shapefiles) sont : SCHIPPERS [en cours], le groupe
ROUGIER et NDONGO NGUIMFACK [2007]. Etant donné la diversité des sources, il
convient de définir certaines conventions appliquées lors de la conception des cartes.
Une donnée s’est avérée être redondante : le tracé des axes routiers a été cartographié
par Schippers et le groupe Rougier. La préférence entre ces deux couches de données
s’est tournée vers celle de Rougier, afin notamment de garder la correspondance entre
les routes et le réseau hydrographique, également fourni par Rougier. Cependant, les
erreurs relatives des points GPS relevés lors du travail de terrain sont du même ordre
de grandeur que ce soit avec le tracé de Rougier ou avec celui de C. Schippers. Ce
problème d’erreur est probablement dû à la source utilisée pour cartographier les
données fournies : Schippers s’est basée sur les données de l’INC et Rougier a
probablement digitalisé la carte topographique au 1/200.000ème. Dans ce derniers cas,
une erreur de digitalisation d’un demi-millimètre entraîne une erreur de 100m sur le
terrain. En outre, des erreurs proviennent également de la prise de points GPS. Celles-
ci dépendent de la précision et de la justesse du GPS, conditionnée en partie par son
type de récepteur. Enfin, les erreurs peuvent provenir de la projection utilisée lors du
traitement cartographique.
Quelques discordances ont été mises en évidence entre le réseau hydrographique
cartographié par Rougier et le réseau hydrographique réel. Par exemple, lors de
l’enquête sur la toponymie des rivières et lors des sorties de terrain, il était flagrant de
trouver des rivières inscrites sur la carte qui ne se retrouvaient pas sur le terrain.
Inversement, certaines rivières (ou plutôt des petits rus) traversées lors du travail de
terrain n’existent pas sur la carte fournie. Rougier a probablement cartographié les
rivières en regard de la topographie, c’est-à-dire en prenant la convention que chaque
relief d’une certaine envergure constitue un bassin versant.
27
Tableau 3. Répartition sexuelle des tâches. Légende : + dominant ; +/- partagé ; - minoritaire ; 0 nul.
GENRE
Homme Femme
ACTIVITE
Agriculture +/- +/-
Défrichage + -
Abattage + 0
Brûlis +/- +/-
Nettoyage, séparation des parcelles +/- +/-
Semis et plantation +/- +/-
Mise en place des barrières + 0
Piégeage dans les cultures + 0
Entretien 0 +
Récolte - +
Transformation des produits récoltés 0 +
Chasse et pièges + 0
Pêche +/- +/-
Pêche au barrage 0 +
Pêche à l'écuelle 0 +
Pêche au filet + -
Pêche à la ligne + 0
Collecte de PFNL +/- +/-
Collecte de feuilles de Gnetum africanum - +
Collecte de feuilles de Megaphrinium macrostachyum - +
Collecte d'Irvingia gabonensis - +
Coupe de bois pour le feu - +
27 verso
Au niveau de la conception des cartes, la convention adoptée a été différente
selon l’échelle de la carte et l’intérêt de cette couche dans l’analyse. En général, le
réseau hydrographique fourni par Rougier n’a pas été modifié, sauf pour la carte
reprenant les cours d’eau mentionnés par les villageois – où seuls figurent ceux
mentionnés pour une plus grande lisibilité de la carte. Dans ce dernier cas, les cours
d’eau mentionnés ne figurant pas dans la couche de données fournie par Rougier n’ont
pu être cartographiés dans ce travail en raison du manque de temps.
Nous parlerons en général dans ce travail d’un seul finage, alors qu’en réalité il y en a
deux : chaque village a son finage, ce qui donne deux finages. Cependant il existe un
finage supplémentaire d’origine lignager du fait que deux lignages proviennent du
village de Messé (Yebé et Okak) et habitent actuellement à Ebé-Messé. Ils continuent
d’exploiter la forêt environnante (chasse, pêche, cueillette) au village de Messé en
excluant toute personne étrangère au lignage.
Toutefois, depuis juin 2003, les deux villages se sont formés en regroupement,
favorisant les échanges entre les communautés résidentielles, en plus des affinités
résultant de leur histoire et de leurs migrations. Ainsi, les membres d’un village
peuvent dans certains cas venir prélever certaines ressources dans le finage du village
voisin (si par exemple, elles sont en abondance dans le finage d’un village alors que
l’autre est déficitaire). Le finage étant défini comme un territoire non borné où les
usages d’une communauté s’affaiblissent au profit d’une autre (KARSENTY &
MARIE cité par VERMEULEN & KARSENTY [2001]), est généralement délimité de
façon arbitraire entre les villages voisins, mais ce finage ne possède pas vraiment de
limites fixes en pleine forêt. Les limites du finage sont donc mobiles, obéissant à une
dynamique régie par divers facteurs (conditions socioculturelles, économie,
phénologie des essences, démographie, exode rural…). Le choix dans ce travail de
définir un seul finage est donc arbitraire. Cependant on le nuancera en le divisant en
zones où les communautés, lignagères ou villageoises, seront prioritaires (voir
Chapitre 10 ).
La définition du finage est pertinente car si un dossier de demande de forêt
communautaire voit le jour, ce sera probablement au niveau du regroupement qu’il
sera émis.
28
Figure 12. Carte du terroir de Mélané
28 verso
8.1. Cartographie des activités villageoises
Dans de nombreuses sociétés africaines, la représentation de l’espace s’appuie sur une logique
topocentrique, c’est-à-dire centrée sur les « lieux » et sur les réseaux qui joignent ces lieux.
« L’enchevêtrement des droits d’usage, la polyvalence des lieux, la complémentarité des
usages marquent fortement l’utilisation des terres. Les raisons tiennent autant à
l’interdépendance des groupes sociaux qu’au besoin de sécurité des acteurs, qui mettent en
œuvre des stratégies complexes visant à minimiser les risques » [PENELON et al., 1998].
29
Figure 15. Carte présentant l’exploitation des ressources villageoises et le finage redéfini.
29 verso
8.1.2. Cours d’eau et lieux de pêche
La carte (Figure 15) présente les rivières connues des villageois du regroupement. Le
fond de carte fourni par Rougier ne reprend pas tous les cours d’eau et ces certains rus n’ont
pu être digitalisés. Une distinction entre les rivières a été faite, selon que s’y exerce ou non la
pêche féminine (voir Chapitre 10 , p.37). Cette donnée nous permettra de mieux définir e
finage, l’appropriation étant plus forte dans le cas de la pêche féminine. En effet, les rivières
constituent souvent les limites physiques du finage. Aussi, lors de l’établissement de zonage,
on essaye autant que possible d’établir les limites en fonction des rivières [PENELON et al.,
1998].
8.1.5. Campements
Les campements expriment en partie les confins du finage, car ce sont souvent les
endroits extrêmes où les villageois vont pour avoir un gros ravitaillement en viande, fruit et
poisson.
Aujourd’hui, les campements tendent à être délaissés, notamment par l’arrivée des
produits de grande consommation qui ne rendent plus nécessaire ce genre de pratique. Les
campements visités actuellement sont des anciens camps forestiers et leur accès se fait de
préférence par la route ou les pistes forestières. Aussi, la zone d’exploitation autour des camps
n’a pu être définie. Ceci explique en partie pourquoi ces éléments n’ont pas été repris dans la
détermination du finage, auquel ils ne sont pas jointifs.
30
8.2. Cartographie des sites d’importance culturelle
8.2.1. Anciens villages
Les anciens villages, elik, constituent des sites d’importance culturelle car ils
représentent l’endroit où les ancêtres reposent. Ainsi, c’est particulièrement l’endroit où sont
enterrés les ancêtres qui est sacré et pour lequel toute destruction doit être évitée. Il s’agit pour
les villageois d’éviter de réveiller les esprits et de susciter leur colère.
Lorsque le village est abandonné depuis peu d’années (environ cinquante ans dans notre
zone d’étude), les anciens se rappellent facilement la structure du village et montrent un
certain attachement aux anciennes habitations puisqu’elles représentent l’endroit où ont vécu
leurs parents. Par contre, les champs autour de l’ancien village jouent un rôle mineur et sont
généralement oubliées de la mémoire collective.
31
Chaque homme chef de famille possède des champs dans les environs de son village
natal. Il est propriétaire de l’ensemble des terres (terres cultivées et en jachère) et ce droit est
transmis de père en fils. Ensuite, chaque femme possède un droit d’usufruit sur une partie du
champ familial. Ce sont généralement les épouses du chef de famille, mais il peut également y
avoir d’autres femmes. Celles-ci sont alors veuves ou célibataires, comme la mère de famille
ou une sœur, ou parfois en ménage dans le cas d’une belle-fille.
Chaque femme décide du nombre de parcelles qu’elle souhaite gérer pendant la saison
de culture. Le nombre est parfois discuté entre femmes, et avec le chef de famille. En effet, le
chef de famille, ainsi que les autres hommes de la famille, doivent pouvoir défricher et abattre
tous les terrains voués à être cultivés.
Les activités de défrichage, abattage, brûlis se font toujours d’un commun accord avec
toutes les personnes concernées. En général, un nombre restreint de familles (5-6 max.) se
mettent d’accord pour installer leurs champs au même endroit. L’association de plusieurs
champs a pour but de créer en forêt un vaste espace dégagé, permettant de lutter plus
efficacement contre les prédateurs des cultures. Une fois le terrain choisi, chaque famille
travaille sur son champ. Les hommes défrichent et abattent les arbres pour l’ensemble du
champ avant de le brûler. Ensuite, chaque femme gère ses parcelles, du semis à la récolte en
passant par l’entretien. Il faut préciser que les parcelles de chaque femme peuvent se trouver
dans différents champs ; il peut y avoir par exemple, une parcelle proche de l’habitation, et
une autre un peu plus loin ou de l’autre côté du village. Les parcelles sont séparées par des
clôtures basses faites de branchages entrelacés et maintenus entre eux par des piquets. Ces
clôtures délimitent les parcelles mais peuvent également servir à délimiter le chemin d’accès
entre les champs des différentes familles.
Parfois, les femmes peuvent s’entraider. Ce système d’entraide fait toujours intervenir un
don et un contre-don. Ce contre-don peut être une partie de la récolte ou une aide en retour.
Schématiquement, il existe deux types de champ : les champs d’arachide et les champs
sans arachide. Cette dichotomie rappelle celle énoncée par DE WACHTER [2001] à propos
de l’ethnie Badjoué dans le sud-est du Cameroun.
Les deux types de champ correspondent à deux saisons de culture qui correspondent à la
fin de la saison sèche : septembre est le mois d’installation des champs d’arachide, mars est
celui de l’installation des champs de concombre. L’analyse du système agricole des fangs
Ndzaman de notre région d’étude rejoint celle effectueé par CARRIERE [1999] chez les fangs
Ntumu qui constate que « La caractéristique principale de l'agriculture chez les Ntumu réside
dans le fait qu'ils ne pratiquent qu’un seul cycle d’arachides sur une même terre,
contrairement à leurs voisins les Mvae et Badjoué du sud Cameroun [DE WACHTER,
2001] ».
Effectivement, il y a de grandes similitudes entre le système de culture des Ntumu et des
Ndzaman. On retrouve chez les Ndzaman de notre zone, quatre des six types de champs
décrits par CARRIERE [1999] :
1. les champs de concombre, bifak ngon, créés immédiatement après l’abattage d’une
portion de forêt primaire ou de forêt secondaire âgée (plus de 15 ans) ;
2. les champs d’arachides, bibok, de superficie moins importante que les champs de
courges. Ils sont établis, soit sur jachère pré-forestière qui succède à la culture de la
courge, soit sur forêts secondaires jeunes et/ou âgées ;
3. les champs vivriers polyculturaux, bifak bidzi, en association qui succèdent à la récolte
d’arachides, où dominent d'abord le manioc puis le bananier plantain en association
avec de nombreuses autres cultures ;
32
4. les champs de bananes plantains, ekora, post courge ou post arachide, essentiellement
destinés à la vente, de superficie égale ou supérieure aux champs de courge.
Chaque champ est identifié grâce à sa culture dominante à une période donnée et possède
divers degrés d'association. Les différentes parcelles cultivées sont classées en types non
exclusifs puisque, au cours du temps et en fonction de l’emplacement initial du champ, la
culture dominante change.
Le temps moyen de jachère pour 9 familles sur les 16 interrogées (dont une ne possédant
pas de champ) est de 5 ans. Bien que des jachères âgées soient mentionnées, il semble que les
jeunes jachères prédominent. Ceci peut s’expliquer par plusieurs raisons :
- La facilité de culture du manioc et son succès dans l’alimentation quotidienne ;
- Le manque d’hommes pour abattre les arbres. Ainsi, les femmes, et
particulièrement les vieilles ou les veuves, se plaignent souvent de devoir avoir
recours à un scieur pour installer de nouveaux champs et sont découragées car ceci
nécessite d’avoir de l’argent pour le payer. Aussi, ces femmes mentionnent que les
hommes ne débroussent plus dans l’essana, la forêt vierge, ce qui tend à penser
que les rotations s’effectuent toujours dans les mêmes champs proches
33
Tableau 4. Raisons invoquées pour la conservation des arbres dans les champs.
33 verso
du village, avec comme effet induit, la réduction du temps de mise en jachère.
La raison suivante invoquée pour la conservation des arbres dans les champs est
l’utilisation des bois pour la construction. Le principal cité est l’okoumé (8 citations sur 9),
puis viennent ensuite le movingui, l’olon et le padouk (avec 2 citations pour chacun) et enfin
l’iroko, le moabi et le kévazingo (1 citation pour chacun).
Les deux autres motivations pour conserver un arbre dans le champ citées par près d’un
tiers des personnes interrogées, sont l’utilisation dans la pharmacopée, et la difficulté
d’abattage.
Pour les arbres utilisés en médecine locale, le kévazingo est le plus invoqué avec 3
citations, puis le moabi (2 citations) et ensuite l’émien, l’éteng et le sorro (1 citation chacun).
Enfin, les arbres difficiles à abattre cités sont : le dabéma, le diana, le manguier sauvage,
le moabi, le noisetier du Gabon, l’okala, le pindja, et le sorro.
Lors des sorties de terrains, deux vergers ont également été recensés. Il appartiennent à
la même famille élargie, nda bot (l’un appartient au père, l’autre au fils), et sont composés
d’avocatiers et d’atangatiers dont les fruits sont vendus. Au niveau de la gestion et de la
récolte, ce sont les hommes propriétaires du verger qui s’en occupent.
34
9.2. Jardins de case
9.2.1. Description
Les jardins de case se trouvent pour la plupart derrière les cuisines là où tous les déchets
de cuisine sont rejetés. C’est pourquoi, la plupart des villageois n’ont pas de considération
pour cet espace qu’ils nomment ekoune, c’est-à-dire la poubelle. Comme les champs se
trouvent aux abords immédiats du village il n’y a pas cette nécessité d’avoir des plantes
alimentaires près des maisons. Ceci explique pourquoi la majorité des villageois ont répondu
« non » spontanément à la question « Possédez vous un jardin de case ? ».
Les jardins de case se situent également entre les maisons, dans les espaces nommés
nsen, c’est-à-dire la cour.
Figurent dans un jardin de case type retrouvé dans l’ékoune (Figure 16) :
- 1 à 2 atangatiers
- une vingtaine de bananiers (avec comme rapport 1/3 de banane douce et 2/3
de banane plantain) ;
- 1 à 5 papayers ;
- 1 citronnier ;
- 1 fausse citronnelle ;
- parfois un avocatier ;
- parfois quelques pieds de piments.
- des plants de taro en couverture ou de patate douce (surtout à Mélané)
Les arbres retrouvés dans le nsen sont essentiellement représentés par des atangatiers,
des cocotiers, des palmiers à huile ou des goyaviers.
Les produits prélevés sur les plantes situées près des cuisines ont des statuts différents
selon le type de plante : il y a celles qui sont plantées, celles qui sont médicinales et les arbres,
35
plantés ou non. Certaines plantes font plutôt l’objet d’une appropriation lignagère, tandis que
d’autres appartiennent juste à la famille nucléaire, ou au contraire, à la communauté
villageoise. Une synthèse des principales plantes retrouvées dans les jardins de case selon le
mode de cogestion est présentée dans le Tableau 5.
Tableau 5. Modalités de cogestion de certaines plantes retrouvées dans les jardins de case
Les arbres bénéficient d’une appropriation plus forte, lignagère ou familiale et l’on
remarque que les arbres dont les produits ont une valeur commerciale appartiennent
uniquement à la famille. Egalement, ces arbres sont de préférence plantés dans le nsen et en
dehors de l’ekoune. Seul le papayer que l’on retrouve communément dans l’ekoune produit
des fruits qui peuvent être prélevés par n’importe quel membre du village.
36
Enfin, pour conclure, le Tableau 6 présente la distribution des arbres fruitiers au sein
du terroir. Nous remarquons ainsi que les plus présents sont l’avocatier, le palmier à huile, le
papayer et le citronnier. Nous pouvons également remarquer que l’atangatier, très présents
dans les villages, se retrouve rarement dans les plantations.
Tableau 6. Distribution des arbres fruitiers au sein du terroir. Légende : XXX Très fréquent ; XX
Fréquent ; X Parfois ; 0 Rare ou nul.
37
Tableau 7. Régulations possibles des rapports de l’homme à la terre et aux ressources par les maîtrises
foncières [adapté de LE ROY, 1996].
Modalités Maîtrise Maîtrise Maîtrise Maîtrise Maîtrise
d'appropri- indifférenciée prioritaire spécialisée exclusive exclusive et
ation (1) (2) (3) (4) abusive (5)
Droit d'accès,
Droit d'accès et Droit d'accès, Droit "d'user
d'extraction et de
Modalités d'extraction d'extraction, et de
Droit d'accès gestion
(éventuellement de gestion et disposer",
de (éventuellement
temporaire) d'exclusion donc d'aliéner
cogestion temporaire)
Public (A) essamlouna, nplwara, mviah,
Commun à tous messosoé, issog nkon
Externe (B)
Commun à n groupes
(villages)
Externe (B)
Commun à n groupes ndoun, oshi miyop, minsébé,
(lignages)
Externe (B)
Commun à n groupes mvan
(unités familiales)
37 verso
A1). La maîtrise sur un espace peut être différente de la maîtrise sur les ressources qui s’y
trouvent, ce qui explique pourquoi on retrouve parfois le même terme dans différentes cases.
Le lexique des maîtrises défini par LE ROY [1996] est présenté dans l’annexe 5.
*
* *
Le terme afan [maîtrise exclusive commune à un village D4, à un lignage D4, à deux
lignages C4] désigne la brousse c’est-à-dire la forêt exploitée par les villageois ; l’essana
[maîtrise prioritaire commune à tous A2] étant la forêt vierge ou la forêt lointaine qui n’a
jamais été ni travaillée, ni exploitée. Ainsi, personne ne peut revendiquer l’essana. Chaque
village possède sa zone d’exploitation en forêt (afan) mais c’est plus exactement les membres
des lignages originaires du finage qui exercent la plus grande maîtrise sur l’afan. Ceci
explique pourquoi le terme afan est l’objet de différents types de maîtrises : l’afan peut
résulter de l’occupation de cette zone par un village, composé d’un ou plusieurs lignages (qui
peuvent, à la suite de migrations, se diviser et se retrouver dans des villages différents). Après
migrations, il arrive que bien souvent des membres retournent dans l’afan leur ancien village.
Aussi, une différence du type de ressource exploitée est mise en évidence dans le mode
de cogestion de l’afan. Le droit d’exploiter les bois et de les vendre ne peut se faire que sur
l’afan de son lignage d’origine. La délimitation de cet afan est différente de la précédente car
elle résulte des layons tracés, à l’aide d’une boussole, par les exploitants forestiers lors des
coupes familiales.
La chasse fait partie des activités où la maîtrise est la plus poussée. Une personne
provenant d’un village X et installée dans le village Y ne pourra jamais aller chasser dans
l’afan Y sans autorisation. Les activités de pêche surtout, et dans une moindre mesure de
cueillette, ont un niveau de maîtrise et de cogestion plus souple.
Pour ce qui est de la chasse, les nzen [maîtrise exclusive commune à un village D4, ou
maîtrise exlusive à deux lignages, Yébé et Okak, C4] désignent les pistes en forêt où l’homme
part chasser. La chasse au fusil (nzali) [maîtrise prioritaire commune à plusieurs lignages B2,
maîtrise prioritaire commune à un village B4 ] s’exerce de façon individuelle ou parfois en
groupe de 2 à 3 hommes. Sur certains nzen on peut retrouver des pièges, les bikui (ekui au
singulier). Les pièges sont individuels et chaque chasseur possède sa zone de pièges [maîtrise
exclusive propre à une personne privée E4].
La zone de cueillette est définie par le terme ndoun [maîtrise exclusive commune à un
village D4 ou à deux lignages C4, maîtrise prioritaire commune à plusieurs lignages B2]. La
cueillette en zone forestière est généralement réservée aux lignages originaires du village.
Cependant, il y a une sorte d’accord tacite pour certaines ressources où les droits d’accès et
d’extraction sont plus étendus. Ceci concerne des ressources rares dans un finage villageois,
alors qu’elles sont abondantes dans le finage du village voisin. Les feuilles d’Aké
(Megaphrinium macrostachyum) font partie de ces exceptions dans la zone du regroupement
de village : le village d’Ebé-Messé en est relativement dépourvu, alors qu’on retrouve des
massifs étendus de ces feuilles au niveau du hameau de Messé jusqu’au village de Mélané.
Ainsi, les membres du village d’Ebé-Messé, quelque soit leur lignage d’origine, peuvent aller
prélever ces feuilles dans la zone forestière du village voisin sans demander d’autorisation.
Cette exception explique pourquoi le terme ndoun est dupliqué dans la case du niveau de
maîtrise prioritaire entre deux villages.
38
L’angou [maîtrise exclusive propre à une personne privée E4] constitue une exception
remarquable en regard de la collecte des PFNL. Il désigne le tas de mangues sauvages laissés
au pied de l’arbre-mère et qui appartient à la femme qui l’a récolté. Plusieurs femmes peuvent
se retrouver sous le même manguier sauvages (chacune ayant son tas), mais c’est celle qui
arrive le plus tôt ou qui choisit le bon arbre qui est assurée d’avoir une meilleure récolte.
L’angou est ainsi la ressource forestière végétale où la maîtrise est poussée au niveau
privé. Ces fruits sont très prisés car la pâte extraite du broyage des amandes est utilisée
quotidiennement dans l’alimentation. Comme les fruits sont lourds à transporter, les femmes
font au préalable des tas et laissent les fruits pourrir, ceci pour faciliter la casse des noyaux.
Une fois les noyaux cassés, elles ramènent les amandes au village.
Les rivières, oshi [maîtrise spécialisée commune à plusieurs lignages B2], sont
nombreuses dans la zone d’étude. Elles matérialisent souvent, comme nous l’avons vu
précédemment, les limites du finage villageois et peuvent être exploitées conjointement par
des villages voisins.
La pêche masculine est beaucoup moins pratiquée que la pêche féminine et se résume à
une pêche individuelle itinérante à la ligne (nplwara), à l’épervier (mviah) ou au filet (nkon).
Pour ces types de pêche, la maîtrise est faible [maîtrise prioritaire commune à tous A2], se
résumant à l’accès et l’extraction, un étranger de passage pouvant pêcher sans autorisation.
Les pêches féminines ont un niveau de maîtrise plus fort du fait qu’elles nécessitent un
investissement en temps et en main d’œuvre beaucoup plus important. Comme le précisent
VERMEULEN & CARRIERE [2001] à propos des sites de pêche Mvae, ethnie proche des
Fangs Ndzaman de notre zone d’étude, « le degré d’appropriation d’un site dépend de
l’investissement à long terme consenti sur celui-ci. »
Les miyop [maîtrise exclusive commune à un village D4, à un, deux ou plusieurs
lignages D4, C4, B4] sont les barrages à poissons construits le plus souvent sur de grandes
rivières. Les hommes se mettent alors à plusieurs pour les construire. Ils coupent de gros bois
qu’ils mettent transversalement dans la rivière et qui sont retenus par des piquets et amarrés
ensuite par des lianes. Les femmes les rejoignent deux jours après environs, une fois le miyop
construit. Elles le renforcent en colmatant le tout avec de la terre et des branchages. Elles
vident ensuite ensemble le minsébé [maîtrise exclusive commune à un village D4, à une, deux
ou plusieurs familles D4, C4, B4], c’est-à-dire la zone entre les deux barrages, et se partagent
ensuite la récolte de façon équitable. Pour vider le minsébé, les femmes utilisent une écuelle,
appelée ekana, faite en contrefort d’okoumé [LECUIVRE, 2002]. Il faut noter que cette
activité se perd aujourd’hui car elle demande beaucoup de main d’œuvre et que les activités
communautaires deviennent de plus en plus rares, le plus souvent réduites à la cellule
familiale. Cette perte des activités communautaires est due à la désertion des villages et à la
monétarisation des activités.
L’étok [maîtrise exclusive et absolue propre à une personne privée E5] désigne quant à
lui un piège à poisson fait à l’aide de branchages et parfois recouvert de cailloux : les poissons
attirés par l’ombre et la protection des prédateurs, se nichent dedans. Une fois que l’on
souhaite récolter, on fait un barrage autour de l’étok puis on vide l’eau à l’intérieur. La
construction d’un étok est un signe fort d’appropriation d’une partie de la rivière considérée
comme un bon site de pêche. Chaque femme garde son site de pêche d’année en année.
Parfois les femmes s’associent et les poissons pêchés sont partagés équitablement. Si la
femme est malade ou décède, un autre membre de la famille peut reprendre le site de pêche.
Les campements de longue durée en forêt sont rares. Il en existe de ponctuels lors d’une
chasse de plusieurs jours : le chasseur amène avec lui une bâche et quelques éléments
rudimentaires pour se loger. La fréquentation des campements est plus forte lors de la période
39
de récolte des mangues sauvages et lors de la préparation de cérémonies. Il faut dans ce cas
pouvoir ramener une bonne quantité de nourriture, issue de la chasse, la pêche et la cueillette,
pour nourrir tous les invités. Ces campements, mvan [maîtrise exclusive commune à une,
deux ou plusieurs familles D4, C4, B4] sont familiaux, plusieurs familles pouvant partir
ensemble, qu’elles soient du même lignage ou non.
Deux campements essentiellement sont fixes et actuellement fréquentés plus intensément
par plusieurs villages [maîtrise exclusive commune à plusieurs villages C4] : il s’agit des
anciens campements forestiers des sociétés SHM et Rougier Gabon qui sont composés de
bâtiments en dur. Ceux-ci à l’état d’abandon sont sommairement entretenus par les villageois.
En raison de l’accessibilité facile par les pistes forestières, ces campements constituent les
points extrêmes d’exploitation en forêt. Toutefois, il ne sont pas pris en compte dans la
délimitation du finage, l’objectif d’appropriation n’est plus ici la maîtrise sur l’espace, mais
bien sur un « flux » de ressources. Les villageois s’y rendent d’ailleurs le plus souvent par des
moyens motorisés. On peut toutefois se demander quelle sera la pérennité de ces campements,
Rougier étant en train de démanteler le leur.
L’elik (bilik au pluriel) [maîtrise exclusive commune à un village D4, à un lignage D4, à
deux lignages C4] désigne l’ancien village ou toute terre qui a été habitée et qui se retrouve
totalement abandonnée. Il peut également y avoir un elik au sein même du village. L’elik
devient donc un terrain appartenant à tout le village ou aux personnes originaires du village
(lignage), et les droits d’accès, d’extraction et d’exclusion peuvent être exercés par chacune
de ces personnes.
Le terme afoula [maîtrise exclusive commune à une famille D4] désigne l’ensemble des
terres appartenant à une famille. A l’intérieur de cet espace, chaque famille nucléaire exerce
un droit théorique sur les terres en culture, mbame [maîtrise exclusive commune à une
famille D4] et les jachères, mévou (avou, au singulier) [maîtrise exclusive commune à une
famille D4]. Le droit d’exclusion est exercé par le chef de famille. Il est hérité de père en fils
et est effectif jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de descendance ou de membre de la famille
revendiquant ce droit. Le droit d’usufruit est quant à lui transmis de la mère aux filles ou aux
belles-filles.
Chaque femme de la cellule familiale peut choisir un nombre de parcelles, mebeng
(abeng au singulier) [maîtrise exclusive propre à une personne privé E4], qu’elle souhaite
mettre en culture. Ces parcelles sont groupées ou, le plus souvent, réparties dans différents
champs ; il peut y avoir par exemple, une parcelle proche de l’habitation, et une autre un peu
plus loin ou de l’autre côté du village.
Les terres peuvent également être cédées, temporairement ou non, à une autre personne :
ce peut être pour une ou plusieurs saisons de culture si la personne est étrangère, ou plus
longtemps si la personne est connue (par exemple, la personne est du même village ou du
même lignage). Dans ce dernier cas, la famille d’origine peut récupérer les terres si, par la
suite, il n’y a plus de descendants pouvant revendiquer le droit d’usufruit.
Les champs sont séparés matériellement par une clôture basse faite de branchages
entrelacés. Cette limite entre les champs possède le terme particulier d’ifeuma, le nni étant le
terme plus général, exprimant la limite ou la frontière entre deux territoires.
40
Tableau 8. Grille d'analyse des droits fonciers, en relation avec les arbres [DUPRIEZ & DE LEENER,
1993].
A. propriété de la terre
1. propriété collective
> lignage
> clan
> groupement
> Collectivité
2. propriété d'Etat
3. propriété privée
> individuelle
> institutionnelle
> firme
B. usage de la terre
> en pleine propriété
> précaire
> individuel
> communautaire
C. statut de l'arbre
> spontané
> planté
D. fonctionnalité de l'arbre
> utilité simple
> utilités multiples
E. propriété de l'arbre
1. arbre incorporé à la propriété fonçière
F. usager de l'arbre
1. usager propriétaire
2. Usager non-propriétaire
> un seul usager
> plusieurs usagers
40 verso
Les limites, ainsi que le droit d’exclusivité sur les terres se conservent, même lorsque le
champ semble abandonné. C’est ainsi que les jachères appartiennent toujours à la même
famille, ou à défaut au même lignage, quelque soit le nombre d’années écoulées.
Parmi les différents types de champ, nous avons recensé :
- Les champs d’arachide, ebok (bibok au pluriel) ;
- Les champs de concombre, efak ngon (bifak ngon au pluriel) ;
- Les cacaoyères, afoup kaka (mefoup kaka au pluriel)
Fala meba, « mon jardin » [maîtrise exclusive commune à une famille D4], est le terme
employé pour le jardin de case. Il se situe en général dans l’ekoune, sorte de compost à
l’arrière des maisons où sont jetés les déchets divers (boîtes de conserve, restes de nourriture,
etc.) où la récolte est en général moins contrôlée que dans le nsen (§0). Le terme réellement
employé dépend du soin qui est apporté à cette aire. En général le terme fala meba décrit plus
les plantes ornementales et celle plantées pour la consommation personnelle, alors que
l’ekoune désigne plus l’aire derrière la maison où les plantes poussent de façon désordonnée
et spontanée.
Comme nous avons vu dans la partie 9.1.2. , les arbres ont des statuts différents. Le
Tableau 8 présente un exemple de grille d’analyse des droits fonciers exercés en relation avec
les arbres.
Ainsi, nous avons recensé :
- Bili bifak, qui signifie « les arbres des champs ». Ces arbres peuvent
appartenir aux deux catégories suivantes.
- Bili mourasse [maîtrise exclusive commune à un village D4] qui signifie « les
arbres de tout le monde ». Ce terme désigne les PFNL non plantés,
alimentaires ou médicinaux, et dont les produits peuvent être prélevés par
l’ensemble de la communauté villageoise. Ces arbres se trouvent dans
l’enceinte du village ou sur les terres cultivées. Comme nous l’avons vu au §
.9.1.2. Il y a une sorte d’interdit communautaire en ce qui concerne la coupe
d’un arbre dont les produits sont pour le bien de tout le monde. Les habitants
de villages voisins peuvent également venir prélever les fruits ou les écorces
de ces arbres lorsque leur production fait défaut dans leur zone. Il faut
toutefois une autorisation préalable de la part des villageois.
- Bili zam [maîtrise exclusive commune à une famille D4], qui signifie « mes
arbres » et qui comprend les arbres qui font l’objet d’une appropriation plus
forte en raison de leur valeur commerciale (avocatier, atangatier, bananiers…
cf. § 9.2.2. ). Ces arbres se trouvent également soit dans les jardins de case,
soit dans les champs.
- Bili bindoul qui signifie « les agrumes » (citronnier, oranger,
pamplemoussier, mandarinier). Sauf si quelqu’un souhaite les cultiver pour
son propre compte, la récolte des fruits de ces arbres au sein du village est
lignagère [maîtrise exclusive à un lignage D4].
- Eli bivabala [maîtrise exclusive et absolue commune à une famille D5]
signifie « arbre qu’on a protégé pour se l’approprier ». Ce sont des arbres
destinés à être utilisés pour la construction et qui sont proches du village. La
famille qui souhaite réserver l’arbre doit le nettoyer sur tout leur pourtour
pour se l’approprier. Dans le cas où il existe plusieurs familles dans le
village, le nom de la famille qui s’est approprié le bois est marqué à la
peinture sur le tronc.
41
L’afoup mvon [maîtrise commune à deux villages C4] correspond à la pépinière
villageoise construite en décembre 2006 à Messé et gérée conjointement par les deux villages.
Figure 17. Photos de malades le corps enduit de kaolin. La cordelette et la plume autour de la tête
désignent les malades ou les personnes en cours d’initiation.
42
Les villageois remarquent que d’autres essences productrices de PFNL médicinaux sont
recherchées par les exploitants forestiers. Il s’agit du kévazingo essentiellement, puis du
movingui, du sorro et du pau rosa (cf.§ 9.1.2. ci-dessus et § 12.1. ci-dessous).
Enfin, on peut noter que la bande de 5 km que Rougier a soustrait au sud de son permis
semble suffisante car le finage du regroupement ne s’étend pas jusque là.
43
La récolte de koumou (Gnetum africanum) et de feuilles d’aké (Megaphrinium
macrostachyium) est sous évaluée car ce sont bien souvent les chefs de familles qui ont
répondu au questionnaire, même si la présence et l’avis des femmes aient été souhaités. Les
femmes sont généralement plus réservées et c’est dans leur cuisine que l’on peut facilement
identifier les produits récoltés. Ainsi, le koumou et particulièrement les feuilles d’aké font
partie des collectes régulières de PFNL, et ce pendant toute l’année. Pour exemple, dans une
famille à mode de vie relativement moderne, composée de 4 adultes (deux générations de
couple) et deux enfants en bas âge, une cinquantaine de bâtons de manioc étaient préparés
toutes les deux semaines. La confection de ces bâtons nécessite une centaine de feuilles d’aké
(2 feuilles par bâton).
44
* Antrocaryon klaineanum Pierre – Anacardiacées ; Onzabili, Osakong
Arbre de très grande taille, présent dans les vieilles forêts et les forêts secondaires et
dont les fruits sont des petites drupes (2 à 4 cm de diamètre) aplaties, pentagonales et de
couleur jaune. La pulpe jaune et acidulée est très appréciée des enfants.
* Baillonella toxisperma Pierre – Sapotacées ; Moabi, Adzo
Arbre emblématique pour sa valeur multi-ressource, ses dimensions impressionnantes…
et sa rareté en forêt. En effet, cette espèce a fortement été recherchée par les exploitants
forestiers pour ses qualités en tant que bois de tranchage. Quelques pieds ont d’ailleurs été
protégés de l’exploitation par les villageois conscients de sa faible densité actuelle.
La pulpe jaune des fruits peut être consommée et les graines sont employées pour
produire une huile très appréciée. Cependant, en raison du faible nombre de moabis dans la
région, la préparation de l’huile est de plus en plus rare et la technique de préparation se perd
peu à peu.
* Coula edulis Baill. – Olacacées ; Noisetier du Gabon, Ewoumi
Les fruits de ce petit arbre sont des drupes sphériques verdâtres. Seules les amandes sont
consommées et sont très appréciées dans tout le pays. Leur goût rappelle celui des noisettes
des latitudes tempérées. Les « noisettes », koumi en fang, peuvent se conserver quelques mois
au fumoir.
45
Gnetum africanum Welw. – Gnétacées ; Koumou, Nkumu
Petite liane de sous-bois que l’on retrouve dans les jachères et dans les forêts perturbées
en cours de régénération. Les feuilles facilement reconnaissables par leur texture filamenteuse
sont récoltées puis rassemblées en paquet d’environ 100 g. Ces paquets sont ensuite finement
découpés et les lanières de feuilles obtenues sont bouillies et consommées comme légume
avec du poisson, du piment et de la pâte d’arachide. Ce genre de préparation à base de feuilles
peut aussi se faire avec d’autres légumes comme le taro ou l’oseille.
Les villageois distinguent deux « qualités » de koumou : le koumou à petites feuilles, dit
kouéssé, et préféré par les bakotas, et le koumou à grandes feuilles, le nkumu-ndzok (koumou
d’éléphant).
*Irvingia gabonensis Baillon. – Irvingiacées ; Manguier sauvage, Andok
Les fruits de l’Irvingia gabonensis sont très prisés par les autochtones pour leur amande,
bien que la pulpe soit semblable à celle du manguier domestique. Le succès de cette essence
est tel que la meilleure récolte est pour celui qui se lève le plus tôt et qui se trouve sous le bon
arbre. Les amandes extraites des noyaux sont mises à sécher au soleil ou au fumoir pour
mieux retirer les téguments. Elles sont ensuite mises à griller et pilées afin d’obtenir une pâte.
Cette pâte, qui peut se conserver un à deux ans au-dessus du fumoir, est ensuite utilisée
comme liant pour les sauces.
Irvingia robur Mildbr. – Irvingiacées ; Essong, Essoung
Les amandes d’Irvingia robur sont également utilisées comme liant pour sauce, avec la
même préparation que celle d’Irvingia gabonensis mais sa récolte se fait de plus en plus rare
car les noyaux sont plus difficiles à casser et les amandes plus petites.
* Laccospermum secundiflorum (G. Mann. & H. Wendl.) Kuntze - Arécacées ; Palmier
asperge, Nkan
Le cœur de ce palmier, appelé chou, est mangé cru ou cuit. Cette préparation ne fait
tout de même pas partie de la consommation coutumière des villageois et n’est que
moyennement appréciée à cause de son goût amer. Les jeunes notamment ne mangent plus les
produits du palmier-asperge.
Mammea africana Don. – Clusiacées ; Oboto, Agnang
Les drupes subglobuleuses à pulpe juteuse et acidulée sont consommées crues et sont
très appréciées des villageois.
Panda oleosa Pierre – Pandacées ; Afan, Afane
Cet arbre de taille moyenne possède des graines oléagineuses qui permettent la
confection d’une pâte employée en tant que sauce en cuisine. L’usage de cette pâte est
pratiquement abandonné aujourd’hui à cause de la difficulté de casse des noyaux et du temps
de préparation qui en résulte.
Poga oleosa Pierre – Rhizophoracées ; Ovoga, Afo
Les graines de ce grand arbre sont utilisées pour la confection d’une huile alimentaire.
La fabrication de cette huile se perd en raison de la difficulté de cassage des noyaux.
Pseudospondias longifolia Engl. – Anacardiacées ; Ofoss, Oufo
Petit arbre à longues grappes de fruits analogues à de petites prunes violettes. Ces
fruits sont sucrés et sont très appréciés des villageois. WALKER & SILLANS [1961]
précisent que l’on peut en faire des confiture ou de l’alcool.
Tetracera spp. – Dilléniacées ; Liane à eau, Ndzik-mendzim
Les tiges coupées donnent une eau limpide et abondante que l’on peut boire. Les
autochtones les emploient en forêt pour se désaltérer.
46
* Trichoscypha acuminata Engl. – Anacardiacées ; Amvout,
* T. abut Engl. & Brehmer et/ou T. spp. – Anacardiacées ; Akui
Certains villageois distinguent deux qualités d’Amvout : celui à gros fruits blanc rosé à
rouge, appelé Akui, et celui à petits fruits rouges, conservant le nom d’Amvout. Cette
classification ressemble beaucoup à celle des Badjoués décrite par FANKAP et al. [2001].
Selon eux, aussi, deux espèces de Trichoscypha seraient regroupées sous le nom d’Akui : T.
abut, dont les drupes « seraient vertes immatures et rouges mûres, plus grosses que celles de
T. acuminata », et T. oddonii dont les fruits « seraient blancs immatures et rosés mûrs ».
Cependant le genre Tricoscypha regroupe plus de 126 espèces et sa classification n’est pas
encore clairement établie [HU et al., 2007].
Ces arbustes du genre Trichoscypha sont tous des arbres cauliflores, dont la cicatrice de
l’attache des panicules de fruits sur le tronc lui donne un aspect bosselé caractéristique. Les
drupes, dont la pulpe est sucée, sont très appréciées et sont riches en vitamine C.
*Trichoscypha arborea A. Chev. - Anacardiacées ; Engong
Arbustes ressemblant aux précédants mais, contrairement à ces derniers, ils possèdent de
grosses panicules de drupes dans la cime. Les fruits sont plus gros (6x4 cm) et parmi les plus
sucrés du genre.
47
* Antrocaryon klaineanum Pierre – Anacardiacées ; Onzabili, Osakong
Selon les villageois, l’onzabili soignerait les maux de ventre, la dysenterie et le mal de
tête. Aussi les décoction d’écorce sont administrées en lavement chez la femme qui vient
d’accoucher ou d’avorter.
* Baillonella toxisperma Pierre – Sapotacées ; Moabi, Adzo
La décoction des écorces administrée par voie rectale permet de soulager les maux de
dos. Les écorces peuvent également être administrées en lavement chez la femme qui vient
d’accoucher ou d’avorter.
L’huile issue des graines de moabi est également utilisée en massage pour soigner la
galle.
D’après LECUIVRE [2002], les écorces de moabi doivent provenir d’arbres très gros, et
donc être âgés, pour avoir les vertus désirées. Ceci est un facteur expliquant pourquoi il y a
une telle concurrence entre l’exploitation des villageois et celle des forestiers.
Carica papaya L. – Caricacées ; Papayer, Alola
Cette espèce domestique est fréquemment plantée dans les jardins de case pour ses fruits.
Les feuilles chauffées puis appliquées sur le dos sont utilisées pour soigner le mal de dos.
* Ceiba pentadra Gaertn. – Bombacacées ; Fromager, Doum
Les vapeurs après décoction des écorces soignent les courbatures et le mal aux
articulations ; la personne se met alors au dessus de la bassine et se recouvre d’un drap pour
favoriser la transpiration.
Arbre de consultation pour les sorciers tradipraticiens du culte mbwiri.
Corynanthe gabonensis A. Chev. – Rubiacées ; Nkoun-nghié
Les usages médicinaux de cet arbre d’assez fortes proportions n’ont pas été précisés.
Cependant, WALKER & SILLANS [1961] précisent que son écorce est utilisée comme
aphrodisiaque puissant.
* Coula edulis Baill. – Olacacées ; Noisetier du Gabon, Ewoumi
La décoction des écorces est administrée en bain de bouche contre les maux de dents.
Cucurbitacées ; Bikaracolo
Lianes, dont la corde dénudée de ses feuilles et attachée autour de la tête pendant une
demi-heure soignerait le mal de tête.
Les feuilles peuvent également servir à la préparation de collyre : on froisse les feuilles
que l’on laisse infuser dans l’eau 30 à 45 minutes dans un infusette faite en feuilles de
Haumania liebrechtsiana. On presse ensuite les feuilles de Haumania liebrechtsiana pour
appliquer le collyre.
Cymbopogon citratus (DC) Stapf. – Poacées ; Fausse citronnelle ; Asep-ntangha
Cette graminée domestique est présente dans la plupart des jardins de case et est
utilisée pour aromatiser l’eau du café. Les feuilles seules sont également infusées uniquement
en cas de maladie, comme la grippe. Les vertus médicinales sont nombreuses (12
applications) mais n’ont pas été précisées lors du séjour.
Distemonanthus benthamianus Baillon. - Césalpiniacées ; Movingui, Eyen
Arbre de consultation pour les tradipraticiens du culte mbwiri.
Ficus vogeliana Miq. – Moracées ; Faux sycomore, Tol
Les vapeurs émises par la décoction des écorces soignent le ventre et le dos.
Guibourtia tessmannii (Harms) Leonard – Césalpiniacées ; Kévazingo, Oveng
La décoction des écorces de Guibourtia tessmannii et de Swartzia fistuloides,
agrémentée de sucre, est utilisée pour soigner le dos.
La femme enceinte utilise la décoction des écorces de Guibourtia tessmannii, sans les
faire bouillir, pour soulager son dos.
48
Hibiscus subdariffa L. – Malvacées ; Oseille de Guinée, Essang
Les feuilles de cette plante domestique des jardins de case sont utilisées en décoction
pour soigner l’anémie.
*Irvingia gabonensis Baillon. – Irvingiacées ; Manguier sauvage, Andok
La décoction des écorces administrée en lavement soignerait les fièvres et le paludisme.
Cet usage rejoint les travaux d’OKOLO et al. [1995], qui ont montré les propriétés
analgésiques de l’écorce d’Irvingia gabonensis.
Klainedoxa gabonensis Pierre var. Microphylla Pellegr. – Irvingiacées ; Eveuss, Evuss
On prend les feuilles rouges des rameaux de l’inflorescence et on les met à bouillir dans
l’eau. Cette décoction ensuite appliqué en lavement matin et soir chez la femme enceinte.
Morinda lucida Bth. – Rubiacées ; Achong
L’application en lavement de la décoction des écorces soigne les maladies du ventre
chez l’enfant.
Musanga cecropioides R. Br. – Moracées ; Parasolier, Assong
Afin de faire disparaître la toux, les jeunes fibres de l’écorce sont mâchées et l’exsudat
qui en sort est avalé.
Nauclea didderichii (De Wild.) Merr. – Rubiacées ; Bilinga
La décoction des écorces est employée comme vomitif après un empoisonnement.
Ocinum viride Willd. – Labiées ; Menthe gabonaise, Assèp
Cette plante domestique se rencontre fréquemment aux abords des habitations en petits
massifs. La solution à base de feuilles froissées trempées dans l’eau soigne la grippe.
Piper umbellatum L. – Pipéracées ; Abomzan
Plante herbacée rencontrée dans les jeunes jachères et dont les feuilles froissées sur la
peau calment les piqûres des mouches-filaires.
Piptadenia africana Hook. F. – Mimosacées ; Dabéma, Toum
Arbre à bois dur, parfois utilisé pour la fabrication d’objets, dont la décoction des
écorces soigne les douleurs dorsales.
Pterocarpus soyauxii Taub. – Fabacées ; Padouk, Mbele
Boire l’écoulement rouge du padouk après l’avoir mis à bouillir soignerait l’anémie.
Pycnanthus angolensis Welw. - Myristicacées ; Ilomba, Eteng
Arbre de consultation pour les sorciers tradipraticiens du culte mbwiri.
Scyphocephalium ochocoa Warb. – Myristicaceae ; Sorro ; Soughe
La décoction des écorces soignerait les hémorroïdes.
Swartzia fistuloides Harms – Césalpiniacées ; Pau rosa, Akok eli
La décoction des écorces de Guibourtia tessmannii et de Swartzia fistuloides,
agrémentée de sucre, est utilisée pour soigner le dos et tout mal aux articulations.
Akok eli siginifie l’arbre caillou, ce qui montrerait que les fangs reconnaissent l’arbre par
la qualité de son bois, ou plus probablement par sa difficulté d’abattage.
Tabernanthe iboga Baillon. – Apocynacées ; Bois sacré, Iboga
Petit arbuste des sous-bois, cultivé comme plante magique pour le bwiti. On utilise son
écorce ou sa racine aux vertus hallucinogènes lors des cérémonies et des rites d’initiation.
* Trichoscypha acuminata Engl. – Anacardiacées ; Amvout, Abur
Afin de faire disparaître la toux, les jeunes fibres de l’écorce sont mâchées et l’exsudat
qui en sort est avalé. La décoction des écorces, administrée en lavement, soigne le mal de dos.
* Trichoscypha abut Engl. & Brehmer et/ou T. spp. – Anacardiacées ; Akui
La décoction des écorces est utilisée contre la fièvre et la fatigue chez les enfants.
*Trichoscypha arborea A. Chev. - Anacardiacées ; Engong
La décoction de écorces soignerait l’anémie et la fatigue.
49
12.2.3. Les autres usages des PFNL
Bambusa vulgaris Schrad. – Poacées ; Bambou de Chine
50
* Laccosperma secundiflorum (G. Mann. & H. Wendl.) Kuntze - Arécacées ; Palmier
asperge, Nkan
Les lianes sont très utilisées dans la vie quotidienne: elles peuvent servir de liens et sont
utilisées pour la confection de nombreux objet en vannerie (fauteuils, paniers, …).
Maesopsis eminii Engl. – Rhamnacées ; Nkanli
Figure 23. a) Préparation des bâtons de manioc dans les feuilles de Megaphrinium macrostachyum. Une
fois la pâte de manioc emballée dans les feuilles, les bâtons ainsi constitués seront mis à bouillir. Ils seront
alors consommés ou vendus. b) Les feuilles de Megaphrinium macrostachyum peuvent aussi servir de
« papier aluminium naturel » pour la préparation de plats à l’étouffée. Ces « paquets » ainsi constitués
sont également vendus sur les marchés en ville.
Musa paradisiaca L. – Musacées ; banane plantain, ekone,
Musa sinensis L. – Musacées ; banane douce, Atora
Les feuilles des bananiers sont également utilisées pour emballer les préparations. On les
utilise aussi comme « passoire » lorsque des aliments doivent être cuits à la vapeur : on met
quelques feuilles de bananier dans le fond de la casserole pour que les aliments ne soient pas
en contact avec l’eau du fond.
Xylopia aethiopica Rich. – Annonacées ; Okala, Oyang
51
Raphia textilis Welw – Arécacées ; Raphia, Atuit
Les villageois utilisent les fibres des folioles pour faire des pagnes. Les feuilles sont
également utilisées pour balayer la cour, activité effectuée par les hommes tous les matins.
Les femmes, quant à elles, balayent la cuisine à l’aide de petits balais faits également en
raphia. Selon le sage du village d’Ebé-Messé, on mangeait autrefois les fruits et on l’utilisait
pour la construction.
Les résultats obtenus de cette analyse sont présentés dans les fiches récapitulatives pour
chaque essence et à chaque niveau d’analyse (CFAD, Sud CFAD et Finage, voir Annexe 7).
L’ordre de présentation des essences est fonction grosso modo de la densité moyenne
(Tableau 10).
Le fond de carte des cartes suivantes (Figure 26 à Figure 59), présentant les sites de
collecte des PFNL, provient des cartes de répartition fournies par Rougier. L’entièreté de ces
cartes, ainsi que la légende (valeurs de densités) qui les accompagne sont présentées dans
l’Annexe 7.
52
La détermination des formations végétales préférentielles s’est faite de façon visuelle en
superposant la carte géoréférencée de répartition de l’essence étudiée et la couche de données
des formations végétales. Cette dernière, ainsi que les codes des formations végétales, sont
présentés dans l’Annexe 6.
Tableau 10. Densité moyenne des essences selon les trois niveaux d’analyse (CFAD : 37195 ha ; Sud
CFAD : 10772 ha ; Finage : 4833 ha).
Moabi Engong Abam Oboto Onzabili Essong Ebom Andok Afane Ozigo Amvout Coula
CFAD 0,09 0,15 0,22 0,26 0,26 1,00 0,96 2,03 2,59 3,82 4,38 9,47
Sud CFAD 0,04 0,13 0,25 0,29 0,51 0,91 1,42 1,83 2,29 3,46 3,90 6,46
Finage 0, 00 0,00 0,09 0,38 0,11 0,85 2,00 2,72 2,29 3,59 4,38 6,74
53
0,035
0,03
0,02 CFAD
0,015 Sud CFAD
0,01
0,005
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )
Figure 26. Sites de collecte du moabi, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
53 verso
Tableau 11. Synthèse des résultats obtenus pour le moabi aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
MOABI Structure de CFAD Structure bimodale.
population Sud CFAD Structure irrégulière.
Finage Pas de distribution car espèce très rare.
Répartition de CFAD Bonne représentativité du moabi dans la zone.
la densité Sud CFAD Quasi absent sur plus de la moitié de la zone. Expliquerait
pourquoi la distribution est irrégulière (densité trop faible et
mauvaise répartition).
Finage Quasi absent.
Sites de récolte Finage Près des villages. Ce sont probablement les arbres préservés
de l'exploitation par Rougier en 2001.
Mélané (2)* : Rmax** = 990 m
Messé (7) : Rmax = 2.180 m
Ebé-Messé (3) : Rmax = 895 m
Formation végétale Forêt généralement secondaire de densité comprise entre 20 et
préférentielle 60% (formations F2 et F3)
* Nombre de sites de récolte entre parenthèses
** Rayon maximum de collecte
Bien que sa présence au sein du terroir soit très faible, on remarque que tous les villages
possèdent des sites de récolte. Ceci démontre l’importance de cet arbre pour les villageois du
regroupement.
Plus de la moitié des moabi se retrouvent à Messé. L’origine de cette présence plus
marquée pourrait être due à une pression plus faible sur la ressource, couplée à une moindre
exploitation de la forêt. En effet, plusieurs causes peuvent expliquer cette présence
différentielle :
- Une bonne partie des villageois de Mélané et d’Ebé-Messé pratiquent le bwiti
et utilisent les écorces de moabi pour se soigner. Le succès de cet arbre en
tant que médicament est tel qu’un moabi près du village d’Ebé-Messé en est
mort après avoir été totalement ceinturé.
- Messé étant un site d’ancien village, le moabi a peut-être été favorisé par les
anciens. Par la suite, l’abandon du village a permis à la forêt de se régénérer,
et au moabi de faire son apparition.
En conclusion, cette essence étant importante pour les villageois, il convient de pallier sa
régénération déficiente au sein du terroir. Suite à leur demande, le projet DACEFI a déjà mis
en pépinière plus de 400 graines de moabi fin janvier. Les modalités de transplantation et de
distribution aux villageois constituent l’étape suivante pour cette essence.
54
0,06
0,04
CFAD
0,03
Sud CFAD
0,02
0,01
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diamètre (1 = 10 à 19,9 cm)
Figure 29. Sites de collecte de l’engong, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
54 verso
Tableau 12. Synthèse des résultats obtenus pour l’engong aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
ENGONG Structure de CFAD Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
population Sud CFAD Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
Finage Pas de distribution.
Répartition de CFAD Assez bien représenté sur l'ensemble de la zone. Quelques
la densité poches où la présence est bien marquée. Correspond grosso
modo à de jeunes forêts secondaires (entre SJ1 et F3, mais pas
trop F3).
Sud CFAD Quasi absent sur un peu plus de la moitié de la zone. Présent
surtout sur la moitié Est où il y a une bonne représentation de
l'essence.
Finage Quasi absent.
Sites de récolte Finage Près du village d'Ebé-Messé uniquement
Ebé-Messé (3) : Rmax = 1.360 m
Formation végétale Jeunes forêts secondaires (SJ1 jusqu’à F3) et milieux
préférentielle anthropisés.
L’engong est également une essence de PFNL très appréciée, bien que sa présence soit
très faible au sein du regroupement. En effet, le Tableau 9 confirme l’intérêt que portent les
villageois pour cette essence bien qu’ils n’en récoltent que très peu. Les fruits d’engong, étant
sucrés, pourraient à l’avenir être valorisés en produit tels que confitures, sirops ou pâte de
fruit.
En conclusion, l’engong est une essence qui pourrait être mise en pépinière.
55
0,08
0,07
Densité relative (tige/ha)
0,06
0,05 CFAD
0,04 Sud CFAD
0,03 Finage
0,02
0,01
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )
Figure 32. Sites de collecte de l’abam, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
55 verso
Tableau 13. Synthèse des résultats obtenus pour l’abam aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
ABAM Structure de CFAD Structure bimodale.
population Sud CFAD Structure bimodale.
Finage Structure irrégulière, due à l'activité anthropique ou à la faible
densité de l'essence qui ne rend pas l'analyse pertinente à ce
niveau d'étude.
Répartition de CFAD Bonne répartition sur l'ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Environ 1/3 de la zone est dépourvue d'abam, les 2/3 à l'ouest
ayant une bonne représentation de l'espèce.
Finage Mauvaise représentation sur la zone. Environ 1/3 de la zone
(le tiers ouest) possède une forte densité d'abam, les 2/3 restants
en étant dépourvu.
Sites de récolte Finage Prélèvements (14 sites), répartis dans les trois villages.
Mélané (4) : Rmax = 985 m
Messé (2) : Rmax = 780 m
Ebé-Messé (7) : Rmax = 1.260 m
Formation végétale Jeunes stades de la forêt.
préférentielle
Bien que l’abam ait une mauvaise représentation au sein du finage, il semble que la
faible présence de cette essence appréciée (Tableau 9) ne soit pas problématique pour les
villageois. Cependant les jeunes pieds étant largement déficitaires (Figure 31), on pourrait
favoriser sa régénération et son effectif par la mise en pépinière.
56
0,25
0,15 CFAD
Sud CFAD
0,1 Finage
0,05
>15
10
11
12
13
14
15
1
8
9
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )
Figure 35. Sites de collecte de l’oboto, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
56 verso
Tableau 14. Synthèse des résultats obtenus pour l’oboto aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
OBOTO Structure de CFAD Structure bimodale.
population Sud CFAD Struture bimodale.
Finage Struture bimodale.
Répartition de CFAD Assez bonne répartition dans la zone, avec de fortes densités
la densité dans les jeunes forêts (poches dans les formations SJ1).
Sud CFAD Bonne répartition dans la zone.
Finage Bonne répartition dans la zone.
Sites de récolte Finage Beaucoup de prélèvements à Mélané
Mélané (20) : Rmax = 2.700 m
Ebé-Messé (2) : Rmax = 1.240 m
Formation végétale Forêt secondaire jeune.
préférentielle
L’oboto est l’une des essences de PFNL les plus appréciée, que ce soit à Mélané où sa
présence est bien marquée, qu’à Ebé-Messé. Les habitants de ce dernier village regrettent
qu’il ne soit pas plus présent et vont parfois vers Mélané en récolter.
Cette essence est favorisée dans les milieux secondarisés et sa régénération ne semble
pas poser de problèmes au niveau du regroupement (Figure 34). Cependant, on pourrait
enrichir la zone d’Ebé-Messé en Oboto puisque celui-ci a été mentionné 2 fois comme étant à
favoriser et qu’une famille l’a mentionné comme étant rare (Tableau 9).
57
0,2
0,18
>15
10
11
12
13
14
15
1
8
9
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )
Figure 38. Sites de collecte de l’onzabili, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
57 verso
Tableau 15. Synthèse des résultats obtenus pour l’onzabili aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD
et Finage).
ONZABILI Structure de CFAD Structure bimodale. Régénération ralentie.
population Sud CFAD Structure bimodale. La densité moyenne élevée au niveau de
cette zone expliquerait la meilleure structure diamétrique.
Finage Structure bimodale. La faible densité moyenne au niveau de
cette zone expliquerait la structure diamétrique irrégulière.
Répartition de CFAD Bonne répartition.
la densité Sud CFAD Assez bonne répartition. Densité plus élevée à l'ouest de la
zone
Finage Bonne répartition.
Sites de récolte Finage Peu de sites de prélèvement (7).
Pas de collecte à Mélané.
Messé (3) : Rmax = 2.315 m
Ebé-Messé (4) : Rmax = 1.235 m
Formation végétale Milieux anthropisés surtout, jeunes stade de la forêt (SJ1), et
préférentielle jeune forêt secondaire à dominance de petites cimes.
L’onzabili, qui possède une structure de population nettement déficitaire dans la plupart
des classes de diamètre semble souffrir de l’activité anthropique. En effet, on remarque que sa
densité est très faible autour du village d’Ebé-Messé et qu’il est absent sur le parcours
d’exploitation en PFNL autour de Mélané.
Si quelques pieds ont probablement été maintenus par les villageois, ce qui expliquerait
le pic en classe 6, sa présence au sein du finage apparaît compromise. Toutefois, cette essence
semble peu exploitée par les villageois et sa mise en pépinière présente peu d’intérêt.
58
0,5
0,45
>15
10
11
12
13
14
15
1
8
9
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )
Figure 41. Sites de collecte de l’essong, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
58 verso
Tableau 16. Synthèse des résultats obtenus pour l’essong aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
ESSONG Structure de CFAD Structure en exponentielle décroissante. Bonne régénération.
population Sud CFAD Structure en exponentielle décroissante. Bonne régénération.
Finage Structure qui devrait être en exponentielle décroissante mais
qui possède un déficit en classe 2 et un excès en classe 3.
Répartition de CFAD Bonne représentation
la densité Sud CFAD Bonne représentation
Finage Bonne représentation
Sites de récolte Finage Peu de collecte
2 sites sont exploités par les vieilles femmes du village dEbé-
Messé.
Ebé-Messé (2) : Rmax = 1390 m.
Formation végétale Forêt primaire ou forêt secondaire indifférenciée (F2et F3).
préférentielle
L’essong fait partie des essence qui ont perdu de l’intérêt de la part des villageois en
raison de la difficulté liée à la casse des noyaux. Pourtant, cette essence produisant une pâte
semblable à celle issue des amandes du manguier sauvage pourrait être revalorisée. Il faudrait
dans ce cas veiller à sa régénération, qui est plus faible au niveau du finage.
59
1
0,9
Figure 44. Sites de collecte de l’ébom, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
59 verso
Tableau 17. Synthèse des résultats obtenus pour l’ébom aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
EBOM Structure de CFAD Courbe décroissante. Ralentissement de régénération.
population Sud CFAD Courbe en exponentielle décroissante.
Finage Courbe en exponentielle décroissante.
Répartition de CFAD Bonne répartition. Un îlot au nord-ouest où l'espèce est plus
la densité représentée.
Sud CFAD Présence très marquée .
Finage Présence très marquée .
Sites de récolte Finage Peu de sites de collecte.
Mélané (4) : Rmax = 1.740 m
Formation végétale F2 ou essence favorisée par l’activité anthropique (anciens
préférentielle villages).
L’ebom est une essence qui montre peu d’intérêt de la part des villageois, certains ne la
connaissant même pas. Sa présence étant nettement favorisée par l’activité anthropique,
aucune recommandations particulière au niveau de la gestion n’est à émettre.
60
1,2
0,8
CFAD
0,6 Sud CFAD
Finage
0,4
0,2
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diam ètre (1 = 10 à 19,9 cm )
Figure 47. Sites de collecte du manguier sauvage (andok), avec en arrière plan sa carte de répartition
fournie par Rougier.
60 verso
Tableau 18. Synthèse des résultats obtenus pour l’andok aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
ANDOK Structure de CFAD Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
population Sud CFAD Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
Finage Structure décroissante avec ralentissement de régénération.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone sauf dans la
région d’Ovan.
Sites de récolte Finage Sites de récolte nombreux
Mélané (23) : Rmax = 3.360 m
Messé (24) : Rmax = 2.575 m
Ebé-Messé (22) : Rmax = 1.695 m
Formation végétale F2 ou essence favorisée par l’activité anthropique (anciens
préférentielle villages). Problèmes de surexploitation près d’Ovan.
La présence de l’andok semble être favorisée par les activités humaines car sa densité au
niveau du terroir est plus importante qu’aux niveaux supérieurs. Cependant, on peut
remarquer un déficit de régénération en classe 1 (Figure 46). Cette essence étant largement
appréciée, on peut toutefois recommander de poursuivre sa mise en pépinière pour répondre
aux besoins des villageois, mais également à un échelon plus global en raison de sa
surexploitation (région d’Ovan).
61
0,8
0,7
Figure 50. Sites de collecte de l’afane, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
61 verso
Tableau 19. Synthèse des résultats obtenus pour l’afane aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
AFANE Structure de CFAD Structure en cloche.
population Sud CFAD Structure en cloche.
Finage Structure en cloche, mais avec un déficit en classe 2.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Sites de récolte Finage Pas de collecte.
Formation végétale Forêt primaire (F1).
préférentielle
L’afane est également une essence peu intéressante car, bien qu’exploitée par les
anciens, elle ne l’est plus aujourd’hui en raison de la difficulté liée à la casse des noyaux.
Cependant, dans le cas où cette essence serait revalorisée, il conviendrait de veiller à sa
régénération qui semble sensible à des événements climatiques ou phénologiques, bien que sa
densité au niveau du terroir ne pose pas de réels problèmes.
62
1,4
1,2
Densité relative (tige/ha)
1
CFAD
0,8
Sud CFAD
0,6 Finage
0,4
0,2
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >15
Classe de diamètre (1 = 10 à 19,9 cm)
Figure 53. Sites de collecte de l’ozigo, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
62 verso
Tableau 20. Synthèse des résultats obtenus pour l’ozigo aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
OZIGO Structure de CFAD Structure en cloche.
population Sud CFAD Structure en cloche.
Finage Structure en cloche.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Sites de récolte Finage Sites de récolte nombreux et sur tous les circuits de collecte.
Mélané (38) : Rmax = 2.660 m
Messé (15) : Rmax = 2.600 m
Ebé-Messé (31) : Rmax = 2.150 m
Formation végétale Forêt secondaire jeune (SJ1 et F3).
préférentielle N’aime pas les terrains non forestiers (culture itinérante et
défrichements).
L’ozigo est une des essences de PFNL phare dans l’alimentation des villageois. Sa
présence au niveau du terroir est bien marquée, ainsi que son exploitation. Cette exploitation
ne semble pas compromettre les effectifs mais on remarque que les effectifs en classe 1 sont
déficitaires. Ce problème de régénération peut être dû à des conditions climatiques ou
phénologiques comme nous l’avons vu plus haut. Peu de demandes ont été exprimées pour
augmenter la production et aucune mesure de gestion particulière n’est à appliquer. Toutefois,
l’ozigo est une essence concurrentielle, exploitée également par les forestiers ; ses effectifs
pourraient souffrir dans ce cas. Si, à l’avenir, une exploitation des grumes d’ozigo se produit
dans la zone dans le cadre d’une forêt communautaire, il faudrait veiller à assurer la
production future par sa mise en pépinière.
63
4
3,5
Figure 56. Sites de collecte de l’amvout, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
63 verso
Tableau 21. Synthèse des résultats obtenus pour l’amvout aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
AMVOUT Structure de CFAD Structure en J inversé.
population Sud CFAD Structure en J inversé.
Finage Structure en J inversé.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone sauf dans la
région d’Ovan.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Sites de récolte Finage Mélané (6) : Rmax = 1.900 m
Messé (9) : Rmax = 1.255 m
Ebé-Messé (34) : Rmax = 1.885 m
Formation végétale Forêt primaire ou secondaire indifférenciée (F1 surtout et F2).
préférentielle
L’amvout est une espèce très exploitée et qui ne semble pas souffrir de cette
exploitation. De ce fait, aucune mesure de gestion n’est à appliquer et une valorisation des
produits issus de la collecte peut être envisagée.
64
4
3,5
Figure 59. Sites de collecte du noisetier, avec en arrière plan sa carte de répartition fournie par Rougier.
64 verso
Tableau 22. Synthèse des résultats obtenus pour le coula aux trois niveaux d’étude (CFAD, Sud CFAD et
Finage).
COULA Structure de CFAD Courbe en exponentielle décroissante.
population Sud CFAD Courbe en exponentielle décroissante.
Finage Courbe en exponentielle décroissante.
Répartition de CFAD Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
la densité Sud CFAD Faible représentation sur l’ensemble de la zone et dans la
région d’Ovan.
Finage Bonne représentation sur l’ensemble de la zone.
Sites de récolte Finage Sites de récolte nombreux et sur tous les circuits de collecte
Mélané (38) : Rmax = 2.695 m
Messé (22) : Rmax = 2.635 m
Ebé-Messé (37) : Rmax = 1.880 m
Formation végétale Forêt secondaire jeune (SJ1 et F3).
préférentielle
Tableau 23. Classement des essences de PFNL en fonction de nombre se sites de collecte relevés.
Afane Essong Engong Ebom Onzabili Moabi Abam Oboto Amvout Andok Ozigo Coula TOTAL
Mélané 0 2 0 0 0 2 4 20 6 23 38 38 133
Messé 0 0 0 0 3 7 2 0 9 24 15 22 82
Ebé-Messé 0 0 3 4 4 3 7 2 34 22 31 37 147
TOTAL 0 2 3 4 7 12 13 22 49 69 84 97 362
On remarque que les quatre PFNL les plus récoltés (Tableau 23) sont parmi les cinq
plus denses (Tableau 10) au niveau de la zone.
Le noisetier est l’essence la plus exploitée et l’une des plus appréciée avec l’amvout et
le manguier sauvage. Les raisons de son succès sont une production abondante, une facilité de
conservation des noisettes et un moindre investissement puisqu’il n’y a pas à proprement
parler de transformation. Ses effectifs, bien qu’élevés, semblent souffrir de la surexploitation
et/ou d’une activité anthropique trop marquée. Ces deux raisons justifient sa mise en pépinière
pour pouvoir notamment répondre à une demande extérieure.
En conclusion, nous pouvons proposer le classement des essences suivant :
Tableau 24. Classement des essences selon son statut. Pour les essences « sans problème », une évaluation
succinte de possibilité de commercialisation est présentée.
Régionalement Anthropiquement Possibilités de
Sans problème
problématique problématique commercialisation
Moabi Onzabili Oboto non
Engong Essong non
Abam Ebom oui et non
Andok (!) oui
Afane (!) non
Ozigo (!) oui
Amvout oui
Coula oui
* (!) : veiller toutefois à la régénération de ces essences
65
12.4. Possibilités de commercialisation des PFNL
Un suivi de consommation ne pouvant pas être pertinent en raison de la faible production
des PFNL fruitiers, l’évaluation des possibilités de commercialisation des PFNL s’est faite au
moyen de questionnaires. Ceux-ci nous ont permis de dégager les PFNL les plus appréciés
(voir § 12.1. 12.3. ) et les moins problématique au niveau de la région. Nous allons voir les
possibilités de commercialisation et les éventuels coûts que celle-ci engendre.
Ovan est la ville la plus proche mais la moins commerçante en raison de sa petite taille.
Le prix de location d’un emplacement sur le marché d’Ovan coûte 100 F CFA.
Les villageois s’y rendent également à pieds et le trajet d’Ebé-Messé jusqu’à Ovan (11 km)
peut facilement prendre trois heures ou plus.
66
12.4.3. Freins à la commercialisation des PFNL
L’obstacle à la commercialisation principalement évoqué par les villageois est le manque
de circulation et le manque de clients. Ce problème de circulation est important car la majorité
des villageois ne possèdent pas de moyen de transport et sont dépendant des véhicules qui
passent pour, soit vendre leurs produits au niveau du village, soit pour les acheminer
jusqu’aux centres urbains. Les espoirs des villageois sont dorénavant tournés vers le projet de
rénovation de la route, qui ne sera plus une piste mais bien une route goudronnée.
L’autre frein à la commercialisation invoqué est le manque d’activité économique dans
la région et donc le manque de clients. Beaucoup de villageois rappellent la période où était
installé le campement forestier de Rougier, drainant de nombreux forestiers riches et
consommateurs de denrées diverses.
Enfin, il y a un frein culturel qui fait que nombre de denrées produites ne sont pas
vendues mais données à des membres éloignés de la famille ou parfois échangées (troc). C’est
l’une des raisons qui explique qu’il est parfois difficile d’établir une relation entre les denrées
récoltées et les revenus engendrés par celles-ci. Egalement, il semblerait que l’activité de
commerce soit plutôt le fait de certaines ethnies comme les Haoussa qui sont réputés être
commerçants.
Lors du séjour dans les villages, des tests de germination du noisetier de Gabon ont été
installés. Il s’agissait d’évaluer quelles étaient les possibilités de domestication de cette
essence. Malheureusement, à ce jour, aucun des dispositifs mis en place n’a obtenu de
résultats concluants. Il y avait trois dispositifs contenant chacun un lot de trente fruits récoltés
provenant du même arbre. Le faible nombre dans chacun des lots s’explique par une mauvaise
année de production du noisetier du Gabon. Le premier lot servait de témoin : les fruits étaient
mis en terre entier. Le deuxième contenait uniquement le noyau et sa graine. Enfin, le
troisième lot contenait uniquement les amandes.
67
L’objectif de ces tests étaient de mettre en évidence une différence de rapidité du temps
de levée des graines. Cependant, le lot de graines nues a été complètement dévasté par les
fourmis. Il faut donc, pour un test ultérieur utiliser un répulsif ou un insecticide pour lutter
contre les fourmis.
Egalement, sur un jeune noisetier du Gabon, des tests de marcottage aérien et souterrain
ont été effectués mais à ce jour, aucune des marcottes s’est révélée être concluante.
68
DISCUSSIONS ET RECOMMANDATIONS
Chapitre 13 ANALYSE DE TERRAIN
13.1. Synthèse cartographique
Une première conclusion sur l’occupation spatiale est présentée. Cependant, comme le
soulignent VERMEULEN & KARSENTY [2001], l’utilisation de l’espace s’intègre dans une
dynamique régie par les événements historiques, démographiques et comportementaux. Ainsi,
nous pouvons analyser l’état actuel de cette occupation spatiale mais aussi l’intégrer dans une
dynamique en dégageant les éléments qui l’influencent.
L’étude des cartes montre que les parcours de chasse et de collecte en forêt ne dépassent
pas 5 km aller-retour. Ainsi, le finage pour chaque village est grosso modo compris dans un
cercle moyen de rayon maximum de 3 km et n’empiète pas sur le permis forestiers de Rougier
Gabon. Toutefois, si on prend en compte les rivières et les sites de pêche féminine, le finage
villageois est plus important et s’étend jusqu’à la limite sud de l’UFG3 de la CFAD Ogooué-
Ivindo. Toutefois, comme il a été mentionné, la pêche est une activité saisonnière et moins
pratiquée aujourd’hui qu’à l’époque. La connaissance de l’emplacement des sites persiste
mais on n’a pu évaluer l’importance de cette pratique dans les activités villageoises.
Egalement certains sites de pêche sont mentionnés au sud de la route Lalara-Ovan, alors qu’il
n’y a quasiment pas de chasse ni de collecte de PFNL. Ceci nous amène à penser que le finage
se réduit par la diminution de la pratique de la pêche féminine.
69
ce fait entre les villages : 67% des habitants de Mélané sont des résidents non permanents
contre 42% à Ebé-Messé, et 94% des moins de 15 ans sont des résidents non permanents
contre 24% à Ebé-Messé (Tableau 2). Ainsi, les habitants de Mélané, isolés, ont tendance à
migrer vers des villages ou des villes plus importants. Ceci explique pourquoi on retrouve,
d’une part, des membres du clan Ebissa et Ebidom originaires d’Ebé-Messé à Ovan et des
membres du clan Essakan de Mélané à Ebé-Messé.
Ebé-Messé est également attractif à de nombreux égards : il est directement voisin à la
commune d’Ovan (village d’Ayol), il est le lieu de résidence du chef de canton, qui est
également un tradipraticien renommé. Ainsi, le village d’Ebé-Messé est attractif car sa
position aussi bien géographique, qu’administrative et économique est intéressante.
Le revers de cette attractivité est une pression accrue sur les ressources. Le cas le plus
flagrant est la collecte de feuilles d’aké qui ne peuvent plus être récoltées en quantité au sein
du finage d’Ebé-Messé. Les femmes doivent effectivement faire plus de 3 km pour en trouver
ou aller dans l’afan de Messé ou Mélané. Cette pression se remarque également par les
densités en PFNL souvent plus faibles aux alentours d’Ovan (voir 12.3. ).
70
hommes alors que l’arrière-cour (fàlàk, également proche du terme fang fala, qui signifie
également « le jardin ») est réservée aux femmes. La cour serait l’espace social, « affiché »
des hommes tandis que l’arrière-cour serait l’espace retiré des femmes. Ainsi, la masculinité
de l’espace représenté par la cour est clairement revendiquée par les hommes, qui
l’entretiennent en la balayant ou la désherbant. Cette dualité des espaces sociaux expliquerait
la différence des espèces retrouvées dans la cour et dans l’arrière-cour, la cour affichant des
plantes ornementales et des arbres, tandis que l’arrière-cour présentent des plantes spontanées
et de couverture. Egalement, la gestion des deux vergers existant à Ebé-Messé est tenu par des
hommes. On peut redouter que les femmes soient écartées de la gestion des arbres, ceux-ci
étant généralement repris dans l’héritage patrilignager.
71
commercialisées et leur transformation serait appuyée par des moyens techniques tels que des
presses.
Egalement DOUCET & FOUFANI [1997] ont lancé la transformation des fruits de
Tricoscypha à travers le « jus de Kompia » au Cameroun. Cependant cette production s’est
heurtée à un problème de conservation et d’origine sanitaire.
L’autre obstacle à l’élaboration de sirop ou de confiture est l’approvisionnement en
bouteilles ou en pots en verre. Il serait possible de faire des commandes à Ovan mais le temps
d’étude n’a pas permis d’évaluer l’investissement nécessaire (en travail horaire et en coûts) et
les bénéfices qui pourraient être retiré de ces productions. Un pot de pâte à tartiner au
72
chocolat (250 g.) coûte 2.000 FCFA et un pot de beurre 1.700 FCFA. Il faudrait alors que le
prix de vente d’un pot de confiture puisse être vendu dans la même gamme de prix pour être
attractif. Pour ce qui est du prix du sirop, un litre de sirop au supermarché coûte 1.500 FCFA.
Une façon de passer au-delà de cet obstacle d’intrant est la fabrication de pâtes de fruit,
qui ne nécessitent pas de conditionnement particulier et qui bénéficient d’une bonne
conservation à long terme. De plus, les pâtes de fruits pourraient se vendre à l’unité, ce qui
entraînerait un prix de revient plus important.
Enfin, les villageois fabriquent déjà des produits transformés et possédant un meilleur
temps de conservation. Il s’agit des pâtes préparées à base des fruits transformés d’ozigo
(ichara sia), à base de fruits de l’échine, ou à base d’amandes de mangues sauvages,
communément appelée chocolat en raison de sa ressemblance avec celui-ci. Les noisettes
possèdent également cet avantage de se conserver longtemps lorsqu’on les fait sécher au
fumoir. Cependant, ces produits ne sont pas ou peu vendus (cas des noisettes et de l’échine),
la pâte chocolat (andok) faisant exception tellement son commerce est développé au niveau du
pays.
Tableau 26. Mode de transformation et temps de conservation des principaux PFNL récoltés.
Les produits à conservation prolongée sont donc à valoriser car il existe peu de moyens
de conservation. Le fait de pouvoir consommer sur de plus longues durées les produits
élaborés incitent les villageois à partir en récolter. En effet, on remarque que trois des produits
principalement récoltés sont des produits transformables.
Séchage des champignons
Une formation concernant le séchage des champignons peut également s’avérer
intéressante. Certaines personnes âgées pratiquent le séchage des champignons mais la
technique est généralement méconnue. Le séchage serait également une alternative à la vente
des champignons frais qui se dégradent assez vite.
Production d’huile
La production d’huile de palme permettrait de réduire la dépendance des villageois vis-à-
vis de l’huile produite industriellement. Les villageois ont émis la demande de variétés
améliorées de cette essence aujourd’hui domestiquée. Le temps de transformation serait alors
amélioré grâce à des moyens techniques adaptés (presses).
TCHIEGANG et al. [1998] ont analysé la composition chimique de l’huile issue des
noisettes. La teneur en acide oléique de celle-ci représente plus de 95% des acides gras et se
révèle particulièrement intéressante au niveau nutritionnel. La région étant riche en cette
essence, on pourrait proposer l’élaboration de cette huile. Il faudrait toutefois faire au
préalable une séance de dégustation afin de voir si cette huile entrerait dans les
comportements alimentaires des villageois.
Construction d’une unité de transformation pilote
En raison des problèmes liés à la conservation des produits et à l’hygiène que la
transformation destinée à la commercialisation suppose, une unité de transformation pilote
dans l’objectif de commercialisation pourrait être construite. Elle pourrait être l’endroit
privilégié pour la fabrication de produits finis déjà commercialisées (pâtes et paquets de plats
préparés) dans des conditions sanitaires mieux contrôlées et de dispenser des formations,
notamment sur la confection de confitures ou autre produits finis. Un local logistique pourrait
permettre un stockage des produits contrôlé.
73
Chapitre 14 ANALYSE DE SYNTHESE
14.1. Recommandations
14.1.1. Mise en place d’activités communautaires
La collecte et la vente communautaires de PFNL semble plus être le fait des femmes
puisque celles-ci s’organisent déjà en groupe pour le faire, bien que cette pratique n’est pas
généralisée. Les propositions émises à cet égard motivent les femmes et principalement les
veuves qui ont peu de ressources financières. Aussi, pouvoir organiser les femmes en
associations revaloriserait leur statut, ce qui leur conférerait un poids plus important dans la
prise de décision. L’exploitation des feuilles pouvant se faire au niveau du regroupement, des
collectes importantes pourraient être effectuées.
La gestion des arbres, comme nous avons pu le percevoir à travers les différents thèmes
vus, est plutôt réservée aux hommes car il constitue un capital sur pied hérité
patrilinéairement. Alors que le projet essaye de valoriser des actions communautaires, on se
rend compte qu’il fait face à des problèmes de genre, les femmes étant souvent écartées au
niveau de la prise de décision, alors qu’elles sont les plus à mêmes d’établir des actions
communautaires.
74
Cependant, le nombre de villageois étant restreint, on peut compter sur l’auto-contrôle entre
les membres.
Pour ce qui est de la pépinière villageoise, on peut se poser quelques questions quant à sa
pérennité puisque sa gestion relève essentiellement des membres âgés du village et des chefs
administratifs et traditionnels. Ces derniers se sentent responsables vis-à-vis de tous les autres
membres du village et leur motivation est effective. Toutefois, ils regrettent à maintes reprises
l’absence des jeunes. Les jeunes, bien qu’approuvant l’idée, sont peu motivés et voient peu
d’intérêt à, d’une part, effectuer un trajet de plusieurs kilomètres pour y accéder et d’autre
part, à exercer une activité non rémunérée. Les femmes sont également (presque) absentes au
niveau de la gestion de la pépinière, souvent trop prises par leurs tâches ménagères
quotidiennes.
On peut également mentionner une différence de motivation entre les villages. Les
habitants de Mélané s’attachent beaucoup plus au projet car ils espèrent réellement une
amélioration de leurs revenus via les pépinières et l’agroforesterie. Leur situation éloignée des
villes fait qu’ils sont plus dépendants de leurs productions agricoles et des ressources
naturelles. Les habitants d’Ebé-Messé sont par contre influencés par le mode de vie
« citadin », n’étant qu’à 11 km d’Ovan contre 21 km pour les habitants de Mélané.
Il conviendrait de trouver rapidement une solution dans la gestion de la pépinière car,
dans le cas de l’abandon total du hameau de Messé (un seul couple y réside, et l’homme est
âgé de 72 ans…), la pépinière pourrait souffrir d’un défaut d’entretien et de surveillance. La
désignation d’un responsable-pépinière au sein de chaque village permettrait de soulager ce
couple dans la gestion de la pépinière, celui-ci n’osant plus s’absenter par le poids des
responsabilités qui pèsent sur eux. Egalement, le responsable-pépinière se chargerait
d’organiser les volontaires pour l’entretien hebdomadaire. A long terme, la rémunération d’un
personnel restreint chargé de la pépinière serait à entreprendre en raison de l’importance des
soins à prodiguer (arrosage, sarclage, mise en sachet,…).
Enfin, le projet peut également aider les populations à la lutte contre les fourmis qui
pénalisent fortement l’exploitation des terres autour de Mélané.
75
14.1.4. Faciliter le transport
Un des principaux freins à la vente est la difficulté liée au transport des produits. Une
façon d’aider les populations serait de pouvoir les aider à acquérir un moyen de transport,
motorisé ou non, qui favoriserait l’acheminement d’une plus grande quantité de produits issus
de la collecte, soit de la forêt villageoise vers le village, soit du village vers le marché. Ainsi,
des quantités plus importantes pourraient être prélevées et pourraient être plus facilement
acheminées vers les points de vente en réduisant les pertes liées au temps d’exposition des
produits ainsi que la dépendance aux moyens de transport extérieurs. Dans un premier temps,
on peut envisager une charrette tirée par un vélo, puis en fonction de la réussite de cette
initiative et de la motivation des villageois, on pourrait envisager des moyens de transport
motorisés. Aussi, un micro-crédit peut être envisagé pour aider les villageois à acquérir le
moyen de transport qu’ils souhaitent.
76
Figure 61. Proposition de zonage autour des zones villageoises. Cas particuliers d’Ebé-Messé, villages pluri-lignager.
76 verso
14.2. Proposition d’un plan de zonage
Le plan de zonage proposé doit représenter une distribution schématique des zones
d’activité en intégrant toutes les notions vues dans les paragraphes précédents. Il doit en effet
prendre en compte tous les éléments étudiés car il intègre des facteurs humains, économiques
et environnementaux. Ceci est d’une importance capitale si l’on souhaite permettre un
développement optimal des activités forestières et agroforestières.
77
CONCLUSION
Dans les forêts d’Afrique Centrale, la gestion des forêts n’est pas seulement une question
technique visant à l’aménagement des massifs forestiers mais également sociale par
l’importance des produits que les communautés rurales y prélèvent.
Les PFNL font partie intégrante de la vie quotidienne des populations rurales mais peu
d’entre eux sont prélevés en vue d’être commercialisés, la plupart étant échangés ou donnés
dans le cadre de relations sociales.
Pourtant les PFNL peuvent constituer une source importante de revenus et possèdent le
potentiel de contribuer de manière positive à l’amélioration des conditions de vie en milieu
rural et au recul de la pauvreté.
En effet, les populations rurales éloignées sont le témoin d’un exode grandissant vers des
villages plus importants ou les centres urbains. Mélané souffre de cet exode, avec un taux de
résidents permanents de 33% (Tableau 2), alors qu’Ebé-Messé s’installe dans un statut de
village périphérique à une ville. Ces différences sont également visibles au niveau culturel par
la prépondérance du mode d’alimentation traditionnel à Mélané et plus « urbain » à Ebé-
Messé. Ainsi, la dépendance vis-à-vis des ressources forestières est différente entre les deux
villages : les sites des collecte sont presque aussi nombreux pour ces deux villages, alors que
la population est quatre fois plus importante à Ebé-Messé (Tableau 23).
Certaines ressources font l’objet d’une commercialisation et l’analyse des densités et
des sites de collecte révèlent que ce sont en général des populations bien représentées dans le
finage et qui font l’objet des collectes les plus importantes. Ces essences sont l’andok, l’ozigo
et le coula et leur succès dans l’alimentation tient probablement au fait que les produits finis
peuvent se conserver longtemps avec peu de moyens. Il faut donc, pour ces essences,
améliorer le processus de transformation si l’on souhaite développer la filière commerciale, et
éventuellement appuyer la régénération par leur mise en pépinière. C’est avant tout dans ces
produits déjà vendus que l’appui au développement de la filière commerciale est le plus sûr
d’aboutir à des résultats concrets.
Les autres produits forestiers pouvant être valorisés sont les feuilles d’aké - largement
utilisées dans la confection de « paquets » et de bâtons de manioc - et les lianes et rotin
utilisés en vannerie. Même si l’abondance de ces deux ressources est reconnue par les
villageois, un inventaire permettrait de compléter cette évaluation et d’approfondir les
possibilités de commercialisation. Les feuilles d’aké sont particulièrement intéressantes car la
possibilité d’une collecte communautaire a été approuvée par l’ensemble des femmes.
Enfin, le jus de Tricoscypha pourrait être envisagé, la ressource étant abondante dans la
région. Les procédés d’élaboration d’autres produits transformés possédant une bonne
conservation pourraient être enseignés, par exemple dans le village d’Ebé-Messé.
Ainsi, afin d’aider les populations locales à développer ces filières commerciales, un
local logistique pilote pourrait être construit et servirait de centre de formation, de cuisine
expérimentale pour les nouvelles préparations, tout en possédant des conditions d’hygiène
satisfaisantes pour leur commercialisation. Egalement, afin de tester la motivation et
responsabiliser les villageois à l’entretien de ces structures, un système d’aide par micro-
crédit pourrait être instauré. Ce micro-crédit servirait notamment à développer le transport des
produits récoltés vers les marchés ou à l’achat d’outils.
Certaines essences sont appréciées des villageois mais leurs effectifs sont trop faibles au
niveau du finage. Il s’agit du moabi, de l’engong, de l’oboto et de l’abam. Pour ces essences,
78
un appui à leur régénération en pépinière est nécessaire si l’on souhaite ne pas épuiser la forêt
et permettre une gestion durable des massifs.
La pépinière possède déjà quelques jeunes plants de PFNL, essentiellement des moabis,
dont l’importance culturelle est indiscutable. Cette pépinière villageoise produit également
des espèces fruitières cultivées, dont certaines sont des variétés améliorées. La production de
ces plants, essences forestières ou espèces fruitières cultivées, servirait à enrichir le terroir et
le finage en espèces désirées, mais également pourrait être vendue en réponse à une demande
extérieure. Au niveau du regroupement, un verger communautaire peut être mis en place pour
la vente future de ces plants et de la collecte des fruits.
En parallèle, le développement de l’association de plantes à cycles de production variés
dans les champs familiaux permettront de subvenir au besoins alimentaires quotidiens et
d’assurer une sécurité alimentaire.
Assurer les besoins actuels, responsabiliser les acteurs, créer un dynamisme économique
et contribuer à une production soutenable constituent des éléments fondamentaux pour le
développement durable des communautés rurales.
79
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