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Beyrouth

Depuis 2015, le Liban fait face à une crise de gestion des déchets ayant des répercussions graves sur la santé et l'environnement. Cette recherche vise à analyser les interactions entre différents acteurs dans un réseau social autour de la gestion des déchets, en utilisant la théorie de l'acteur-réseau pour comprendre comment ces pratiques émergentes favorisent l'organisation et le tri des déchets. L'étude met en lumière l'importance de la co-construction entre acteurs humains et non-humains dans la formation d'une organisation apprenante dédiée au tri et au recyclage.

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Beyrouth

Depuis 2015, le Liban fait face à une crise de gestion des déchets ayant des répercussions graves sur la santé et l'environnement. Cette recherche vise à analyser les interactions entre différents acteurs dans un réseau social autour de la gestion des déchets, en utilisant la théorie de l'acteur-réseau pour comprendre comment ces pratiques émergentes favorisent l'organisation et le tri des déchets. L'étude met en lumière l'importance de la co-construction entre acteurs humains et non-humains dans la formation d'une organisation apprenante dédiée au tri et au recyclage.

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Réseau social de circulation des déchets ménagers et

apprentissage organisationnel : la crise des déchets


ménagers à Beyrouth depuis 2015
Nancy Saliba

To cite this version:


Nancy Saliba. Réseau social de circulation des déchets ménagers et apprentissage organisationnel : la
crise des déchets ménagers à Beyrouth depuis 2015. Gestion et management. HESAM Université,
2021. Français. �NNT : 2021HESAC012�. �tel-03501789�

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ÉCOLE DOCTORALE ABBÉ GRÉGOIRE
ÉQUIPE SÉCURITÉ ET DÉFENSE

THÈSE
présentée par : Nancy SALIBA BOUERI
soutenue le : 16 Septembre 2021

pour obtenir le grade de : Docteur d’HESAM Université


préparée au : Conservatoire national des arts et métiers
Discipline : Sciences de gestion et du management
Spécialité : Sciences de gestion et du management

RÉSEAU SOCIAL DE CIRCULATION DES DÉCHETS


MÉNAGERS ET APPRENTISSAGE
ORGANISATIONNEL : LA CRISE DES DÉCHETS
MÉNAGERS À BEYROUTH DEPUIS 2015

THÈSE dirigée par :


M. PESQUEUX Yvon, Professeur, Cnam

Jury
M. Patrick BOISSELIER, Professeur des Universités, Sciences de gestion,
CNAM Président
T
M. Rémi JARDAT, Professeur agrégé des Universités, Sciences de gestion,
Université d'Évry Rapporteur
H
M. Richard SOPARNOT, Professeur, Sciences de gestion, ESC Clermont
Rapporteur
È
Mme Olfa ZERIBI, Professeur des Universités, Sciences de gestion, Agence
Universitaire Francophone Examinatrice
S
M. Karim HADDAD, Directeur adjoint, SICOMO et membre du comité de
l’environnement à l’Association des Industriels Libanais
E
Examinateur
A Laeticia, Andrea et Estelle

2
Remerciements

Ce manuscrit est l’aboutissement de plusieurs années de recherche avec des moments intenses
en émotions qui resteront à bien des égards inoubliables. La rédaction d’une thèse n’est pas un
travail solitaire et ce travail n’aurait jamais pu aboutir sans le soutien et la contribution d’un
nombre important de personnes que je tiens à remercier.

Tout d’abord je tiens à exprimer ma grande gratitude à mon directeur de thèse Pr. Yvon
Pesqueux, pour son accompagnement constructif et ses conseils précieux lors de la préparation
et du développement de ma thèse. Je le remercie pour avoir accepté de m’accompagner dans ce
processus. Avec son support et sa vaste expérience, il a été un excellent mentor tout au long de
mon parcours doctoral. Je suis extrêmement reconnaissante pour sa motivation, son support et
ses encouragements pour pouvoir mener à bien mon travail de recherche qui était une aventure
pleine de défis. Merci pour votre modestie, votre patience, votre sagesse et vos qualités
humaines !

Je remercie ensuite mon jury, M. Boisselier, M. Jardat, M. Soparnot et M. Haddad pour leur
bienveillance et leurs conseils lors de la pré-soutenance. Je remercie également Mme
Zeribi pour l’honneur qu’elle me fait par sa présence dans ce jury.

Je tiens à remercier mon cher pays Le Liban, qui m’a permis de mener ma recherche et d’avoir
l’embarras du choix sur le grand problème des déchets. Mon sujet de recherche m’a ouvert la
voix sur un domaine émergent qui demande à la fois d’être chercheur et spécialiste en matière
de déchets, un sujet qui touche les trois facettes importantes de l’entrepreneuriat « vert » :
social, environnemental et économique.

J’en viens tout naturellement à ma chère famille qui, dans la foi, m’a permis de devenir la
personne que je suis. Merci à mon mari, mes parents et mes beaux-parents de m’avoir soutenue
et aidée dans la gestion de ma vie familiale et professionnelle. C’est grâce à vos sacrifices que
j’en suis arrivée là aujourd’hui et vous pouvez en être fiers. Je tiens aussi à remercier également
ma grande famille, amis et collègues pour tout leur support moral et leur motivation.

3
Je voudrais tout particulièrement remercier une grande amie de notre famille Lina Attie sans
qui cette aventure n’aurait jamais pu démarrer. Son honnêteté intellectuelle a grandement
contribué à forger la chercheuse que je suis devenue. Merci de tout cœur.

Enfin je remercie l’Ecole doctorale Abbe Grégoire, mon laboratoire de recherche ainsi que toute
l’équipe doctorale au Cnam Paris pour leur support durant ces trois années de recherche bien
denses. Merci de m’avoir accordé la possibilité de passer un séjour à Paris compte tenu de la
crise économique et de la situation dégradante au Liban ces deux dernières années. Ceci m’a
permis d’achever mon travail de recherche loin des perturbations actuelles. Je n’oublie surtout
pas les formations doctorales que j’ai suivies au Cnam Liban, sous la direction de Mme Safa,
qui m’ont orientée vers la recherche en sciences sociales.

A tous ceux que je n’ai pas cités, mais qui ont été à mes côtés et à qui je pense, merci.

4
Résumé

Depuis juillet 2015, le Liban a connu une crise de gestion des déchets avec des conséquences
désastreuses aux niveaux de la santé et de l'environnement. Plusieurs initiatives ont pris lieu
depuis afin de réduire l'impact de cette crise. L’objectif est de voir le rapport au déchet par les
différents acteurs venant faire une organisation-réseau. Plus précisément, il s’agit de
comprendre comment ces nouvelles pratiques émergentes amènent ainsi plusieurs acteurs de la
crise à interagir et à s’organiser entre eux à travers le déchet actant non-humain, afin de former
une organisation de tri et de recyclage. Les interactions entre les actants humains et non-
humains peuvent être considérées sous l’angle d’un réseau de tri et de recyclage formant ainsi
une organisation apprenante. Pour cela, nous avons mobilisé l’approche de l’acteur réseau qui
privilégie les interactions entre acteurs sociaux et la co-construction entre individus et structure
du réseau.

Mots clés : Développement durable – Réseau social – Apprentissage organisationnel – Gestion


des déchets – Sociologie de la traduction

5
Résumé en anglais

Since July 2015, Lebanon has experienced a waste management crisis with disastrous
consequences to health and the environment. Several initiatives took place to reduce the impact
of this crisis. The objective of our research is to interpret the relationship to waste by different
actors who constitute a network organization. In other terms, our research aims at understanding
how these new emerging practices call several actors of the crisis to interact and organize
together and through waste, a non-human actant, in order to create sorting and recycling
organizations. The interactions between human and non-human actants can be viewed from the
perspective of a sorting and recycling network, thus forming a learning organization. In our
research, we mobilized actor-network theory, an approach that favors interactions between
social actors and the co-construction between individuals and the network structure.

Key words: Sustainable development – Social network – Organizational learning – Waste


management – Actor-network theory

6
Table des matières
Table des matières ...................................................................................................................... 7
Liste des tableaux ....................................................................................................................... 7
Liste des figures ....................................................................................................................... 12
Liste des annexes ....................................................................................................................... 13

1. Chapitre 1 : Le déchet au centre de notre recherche ........................................................ 33


1.1. La notion de développement durable comme cadre général .................................... 35
1.2. Le déchet .................................................................................................................. 38
1.2.1. L’histoire du déchet .......................................................................................... 41
1.2.1.1. La préhistoire (période allant de trois à cinq millions d’années jusqu’à trois
mille ans avant Jésus-Christ) ....................................................................................... 41
1.2.1.2. L’antiquité (période allant de 3500 avant J-C jusqu’à 476 après J-C) ....... 42
1.2.1.3. Le Moyen-âge et la Renaissance (période allant de 476 jusqu’en 1789) .... 43
1.2.1.4. La période contemporaine ............................................................................ 44
1.2.2. Le déchet comme sujet de recherche................................................................ 45
1.2.3. La gestion des déchets ...................................................................................... 47
1.2.3.1. La collecte et le tri ........................................................................................ 49
1.2.3.2. Le transport, le traitement et la valorisation des déchets ............................. 50
1.2.3.3. Vers une gestion plus durable ...................................................................... 51
1.2.4. La crise des déchets à Beyrouth ....................................................................... 53
1.2.4.1. Aperçu général sur la gestion des déchets au Liban ..................................... 53
1.2.4.2. Faits et chiffres avant la crise de 2015 ......................................................... 55
1.2.4.3. L’éclatement de la crise en 2015 .................................................................. 60
2. Chapitre 2 : Pourquoi adopter une approche en acteur-réseau ? ...................................... 66
2.1. Théorie de l’acteur-réseau ou « Actor-Network Theory » ....................................... 74
2.1.1. Texte fondateur de la SAR, par Callon : .......................................................... 74
2.1.2. Acteur ou « actant » ......................................................................................... 76
2.1.3. Réseau .............................................................................................................. 77
2.1.4. Controverse ...................................................................................................... 78
2.1.5. Le processus de traduction ............................................................................... 79
2.1.6. L’ANT comme théorie, méthodologie et méthode .......................................... 85

7
2.2. Critiques de l’ANT ................................................................................................... 85
2.3. Le choix de l’ANT malgré les critiques ................................................................... 88
2.3.1. Le déchet comme actant non humain ............................................................... 89
2.3.2. La crise des déchets lue au travers du processus de traduction ........................ 93
2.3.2.1. La problématisation : la prise en compte de l’hétérogénéité des actants ..... 93
2.3.2.2. L’intéressement ............................................................................................ 97
2.3.2.3. L’enrôlement ................................................................................................ 97
2.3.2.4. La mobilisation des alliés ............................................................................. 98
2.3.3. La mobilisation de l’ANT dans notre recherche .............................................. 98
3. Chapitre 3 : Une gouvernance « partenariale » des déchets ? ........................................ 101
3.1. Les notions de gouvernance et des biens communs ............................................... 103
3.1.1. La gouvernance des biens communs .............................................................. 104
3.1.2. La gouvernance partenariale multiniveaux .................................................... 106
3.2. Vers une gouvernance partenariale multiniveaux des déchets considérés comme étant
des communs ...................................................................................................................... 109
3.2.1. Le statut des profanes et experts dans la gestion des communs ..................... 111
3.2.2. Les partenaires de la gouvernance partenariale des déchets .......................... 113
4. Chapitre 4 : Réseau Social ............................................................................................. 116
4.1. Qu’est-ce qu’un réseau ? ........................................................................................ 118
4.2. Le réseau : quel champ de recherche ? ................................................................... 119
4.2.1. Le rôle des réseaux dans les services de gestion des déchets......................... 120
4.3. Réseau social .......................................................................................................... 121
4.3.1. L’analyse des réseaux sociaux ....................................................................... 122
4.3.2. Du réseau social physique au réseau social virtuel ........................................ 126
4.3.2.1. Un point sur les réseaux sociaux numériques ............................................ 127
4.3.2.2. Les réseaux sociaux numériques du point de vue des chercheurs .............. 134
4.4. Le réseau comme méta organisation ...................................................................... 137
5. Chapitre 5 : Apprentissage organisationnel ................................................................... 139
5.1. De l’apprentissage individuel à l’apprentissage organisationnel ........................... 142
5.2. Quelques approches de la notion d’apprentissage organisationnel ........................ 144
5.2.1. L’apprentissage à dominance individuelle et cognitive ................................. 148
5.2.2. Le modèle interactionniste de Nonaka et Takeuchi ....................................... 154

8
5.3. Quelle relation entre chercheur/praticien au regard des modèles d’apprentissage
présentés ? .......................................................................................................................... 159
5.3.1. Par rapport au modèle d’Argyris et Schön ..................................................... 160
5.3.2. Par rapport à l’approche de Nonaka et Takeuchi et la spirale des savoirs ..... 164
6. Chapitre 6 : Méthodologie.............................................................................................. 167
6.1. Pourquoi la recherche-action ? ............................................................................... 171
6.2. La recherche-intervention comme méthode déclenchante de notre choix de sujet de
recherche ............................................................................................................................ 173
6.2.1. Mon journal de bord ....................................................................................... 177
6.2.1.1. Extraits de mon journal de bord ................................................................. 178
6.2.2. Chronologie des évènements .......................................................................... 181
6.3. L’approche de l’acteur-réseau ou ANT comme contexte d’usage de la recherche-
intervention......................................................................................................................... 194
6.3.1. Le Liban comme contexte de notre étude : aperçu historique et culturel ...... 196
6.3.2. Recherche-intervention à travers les phases de l’ANT .................................. 198
6.3.2.1. La problématisation .................................................................................... 202
6.3.2.2. Les dispositifs d’intéressement ou comment sceller les alliances .............. 206
6.3.2.3. Comment définir et coordonner les rôles : l’enrôlement............................ 207
6.3.2.4. La mobilisation des alliés : les porte-parole sont-ils représentatifs ? ......... 208
7. Chapitre 7 : Que nous racontent les déchets ? ................................................................ 214
7.1. Mon expérience à Fondation Diane depuis Octobre 2019 ..................................... 219
7.2. Aperçu sur les initiatives de gestion des déchets ménagers financées par Fondation
Diane 230
7.2.1. L’initiative « Green Track » ........................................................................... 231
7.2.1.1. Fiche d’identité ........................................................................................... 232
7.2.1.2. Dynamique entrepreneuriale ...................................................................... 232
7.2.2. L’initiative « Fabric Aid » .............................................................................. 234
7.2.2.1. Fiche d’identité ........................................................................................... 235
.................................................................................................................................... 235
7.2.2.2. Dynamique entrepreneuriale ...................................................................... 235
7.2.3. L’initiative « Compost Baladi » ..................................................................... 238
7.2.3.1. Fiche d’identité ........................................................................................... 239
7.2.3.2. Dynamique entrepreneuriale ...................................................................... 239

9
7.2.4. L’initiative « EcoServ » ................................................................................. 242
7.2.4.1. Fiche d’identité ........................................................................................... 243
7.2.4.2. Dynamique entrepreneuriale ...................................................................... 243
7.3. Formation technique au sein de Fondation Diane .................................................. 244
7.4. Présentation d’initiatives de gestion de déchets faisant aussi partie de notre analyse
247
7.4.1. Le centre de collecte et de tri à Beit Meri ...................................................... 248
7.4.1.1. Dynamique entrepreneuriale ...................................................................... 256
7.4.2. « Bi Clean » .................................................................................................... 256
7.4.2.1. Dynamique entrepreneuriale ...................................................................... 257
8. Chapitre 8 : La mise en œuvre du modèle de la traduction ............................................ 259
8.1. Interprétation et analyse des données ..................................................................... 263
8.1.1. Analyse des controverses ............................................................................... 264
8.1.1.1. Les éléments de la première controverse ................................................... 266
8.1.1.2. Les éléments de la deuxième controverse .................................................. 270
8.1.1.3. Les éléments de la troisième controverse ................................................... 277
8.1.2. Analyse des situations .................................................................................... 280

10
Liste des tableaux

TABLEAU 1: FAMILLES SEMANTIQUES DU DECHET .................................................................... 46


TABLEAU 2: TYPOLOGIE DE DECHETS SOLIDES .......................................................................... 54
TABLEAU 3: LES PRATIQUES D'ELIMINATION DES DECHETS SOLIDES MUNICIPAUX .................... 58
TABLEAU 4: COMPARAISON DE DEUX FORMES DE COMMUNS DANS LE CAS DE DECHETS
D’EQUIPEMENTS ELECTRIQUES ET ELECTRONIQUES (DEEE) EN FRANCE ET LA «

RESPONSABILITE ELARGIE DU PRODUCTEUR » (REP). ..................................................... 110


TABLEAU 5: CARACTERISTIQUES DU RESEAU DUR VERSUS RESEAU MOU ................................ 121
TABLEAU 6: SYNTHESE DE PLUSIEURS DEFINITIONS DE L’APPRENTISSAGE ORGANISATIONNEL144
TABLEAU 7: LES FORMES D’APPRENTISSAGE ........................................................................... 149
TABLEAU 8: ÉLEMENTS FONDATEURS DE LA RECHERCHE-ACTION .......................................... 172
TABLEAU 9: LISTE DES CENTRES DE COLLECTE DE MATIERES RECYCLABLES AU LIBAN .......... 188
TABLEAU 10: CLASSIFICATION DES EVENEMENTS QUE J’AI NOTES DANS MON JOURNAL DE BORD
........................................................................................................................................ 191
TABLEAU 11: LES PROBLEMES ET BUTS DES ACTANTS ............................................................. 205

11
Liste des figures

FIGURE 1: GESTION DES DECHETS DANS LES PAYS EN DEVELOPPEMENT .................................... 52


FIGURE 2: ETAT ET TENDANCES DE L'ENVIRONNEMENT LIBANAIS ............................................. 56
FIGURE 3: ORGANISATION SOCIALE ......................................................................................... 124
FIGURE 4: LES MEDIAS SOCIAUX .............................................................................................. 136
FIGURE 5: LES COURANTS DE L’APPRENTISSAGE ORGANISATIONNEL ....................................... 146
FIGURE 6: LES BOUCLES D’APPRENTISSAGE SELON ARGYRIS ET SCHÖN .................................. 150
FIGURE 7: LA « SPIRALE DU SAVOIR » SELON NONAKA ET TAKEUCHI ..................................... 156
FIGURE 8: QUATRE MODES DE CONVERSION ET SPIRALE DE CONNAISSANCES DE NONAKA ET
TAKEUCHI ....................................................................................................................... 164
FIGURE 9: LES RISQUES ASSOCIES A LA RELATION CHERCHEUR/PRATICIEN............................. 174
FIGURE 10: PERIODE DE COLLECTE DES DONNEES EMPIRIQUES ............................................... 181
FIGURE 11: RETOUR CHRONOLOGIQUE SUR LA CRISE DES DECHETS AU LIBAN ........................ 183
FIGURE 12: CARTOGRAPHIE ILLUSTRANT LA DISTRIBUTION DES PROJETS DE GESTION DES
DECHETS AU LIBAN ......................................................................................................... 190

FIGURE 13: PRESENTATION GENERALE DE LA GRILLE D’ANALYSE .......................................... 201

12
Liste des annexes
ANNEXE 1: JOURNAL DE BORD ....................................................................................................... 321
ANNEXE 2: LISTE DES ARTICLES DE PRESSE ET DOCUMENTS CONSULTES ................................................... 376
ANNEXE 3: GUIDE DES ENTRETIENS ET ENTRETIENS ............................................................................. 381

13
Introduction

14
« Le tas d’ordures a cela pour lui qu’il n’est pas
menteur. La naïveté s’est réfugiée là. Le masque de Basile s’y
trouve, mais on en voit le carton, et les ficelles, et le dedans
comme le dehors, et il est accentué d’une boue honnête. Le faux
nez de Scapin l’avoisine. Toutes les malpropretés de la
civilisation, une fois hors de service, tombent dans cette fosse
de vérité où aboutit l’immense glissement social. Elles s’y
engloutissent, mais elles s’y étalent. Ce pêle-mêle est une
confession. Là, plus de fausse apparence, aucun plâtrage
possible, l’ordure ôte sa chemise, dénudation absolue, déroute
des illusions et des mirages, plus rien que ce qui est, faisant la
sinistre figure de ce qui finit. Réalité et disparition… Cette
sincérité de l’immondice nous plaît, et repose l’âme…
L’observateur social doit entrer dans ces ombres. Elles font
partie de son laboratoire ». Source : (« Hugo Victor - Les
Misérables Tome V », 1890) (Bertolini, 2011,).

15
Méprisés et craints pendant des siècles, les déchets deviennent le sujet le plus familier de nos
jours. La production mondiale des déchets a doublé en l’intervalle de dix ans selon une étude
de la Banque mondiale en 2012 et elle devrait croître de presque 70% d’ici 2025. Ainsi, les taux
de production de déchets par habitant devraient passer de 1,2kg en 2012 à 1,42kg en 2025.
Selon un rapport en 2018, plus de deux milliards de tonnes de déchets urbains ont été produits,
ce qui confirme une tendance repérée depuis plus de trente ans. La production globale de
déchets est estimée augmenter de 70% durant les trois prochaines décennies, ce qui est un taux
beaucoup plus élevé que le taux de croissance démographique attendu. Ces quantités
importantes de déchets solides posent un problème sanitaire, environnemental, social et
économique complexe pour notre planète, d’où la nécessité de traiter ce sujet à tous les niveaux.

Nos représentations sociales ainsi que nos savoirs se transforment sous l’angle des nouvelles
politiques environnementales. Les citoyens sont appelés à trier à domicile, à classifier et à
réduire leurs déchets. Autour du détritus lui-même s’associent plusieurs actions individuelles
et collectives. Ceci remet en évidence l’importance des réseaux sociaux qui se constituent pour
un service intégré de gestion des déchets (Debout, 2012).

Notre recherche porte sur le rôle que jouent les déchets dans cette transition vers la
soutenabilité, et plus précisément l’émergence des réseaux sociaux dans la genèse d’une
gouvernance partenariale à multi-niveaux et ceci à travers une réorganisation de la gestion des
déchets depuis l’éclatement de la crise en 2015 à Beyrouth. Le développement de ces pratiques
présuppose la participation de plusieurs acteurs, participation qui a non seulement un effet sur
la relation que les gens ont avec leurs déchets, mais aussi sur une série d’interactions. Le déchet
sera considéré comme un actant non-humain, reliant tous les actants de la crise. Les interactions
entre les actants peuvent être considérées sous l’angle d’un réseau de tri et de recyclage formant
ainsi une organisation apprenante.

Dans cette perspective, nous allons visualiser les réseaux sociotechniques à travers le processus
de traduction et nous allons suivre leur évolution depuis 2015 sous deux registres : celui de la
gouvernance partenariale et celui de l’apprentissage organisationnel. Le déchet, actant non
humain, constitue la substance de ces réseaux. Pour cela, l’approche de l’acteur réseau sera
mobilisée car elle privilégie les interactions entre acteurs sociaux et la co-construction entre
individus et structure du réseau.

16
L’ANT permet d’entrer dans le jeu relationnel de toutes sortes de relais non-humains qui sont
des amplificateurs de réflexions en matière de création de savoirs et de comportements
conduisant à des actions entre humains et non humains (Callon & Ferrary, 2006). Elle donne
au chercheur la possibilité de réfléchir et de décrire une situation complexe, problématique ou
émergente, d’une façon plus détaillée et plus dynamique (Korsgaard, 2011). Cette approche
constitue une méthode d’observation du terrain qui permet une lecture originale de la recherche-
action que nous avons entamée. Co-actrice de ma recherche, ceci m’a permis de suivre les
événements, d’interagir avec les actants de la crise, ainsi que d’apprendre à apprendre dans des
situations de gestion assez simples mais aussi assez complexes, car on traitait des déchets dans
une structure assez compliquée.

17
18
Contexte et intérêt de notre recherche

Dans son ouvrage « Voyage en Orient », Alphonse de Lamartine espère élargir pendant son
séjour au Liban en 1832, son expérience des sociétés humaines. Durant ses excursions au Liban,
il décrivait avec passion la beauté de ce pays du Proche Orient ayant une rive sur la
Méditerranée et qui a été longtemps considéré comme la Suisse de l’Orient. Ses descriptions
ont contribué à entretenir le mythe du Liban.

Les premières traces de peuplement du Liban remontent à 7000 ans avant Jésus-Christ. Ce pays,
décrit dans la Bible comme « la terre du lait et du miel » fut la mère patrie des Phéniciens, et
fut occupé par plusieurs puissances étrangères qui le marquèrent durablement, tels les Perses,
les Grecs, les Romains, les Grecs Byzantins, les Arabes, les Croisées, l’Empire Ottoman et la
France. Comme entité géopolitique et tel qu’il existe dans ses frontières actuelles, le Liban est
créé en 1920 par le Traité de Sèvres et le mandat associé fut attribué à la France pour ensuite
prendre son indépendance en 1943. Une série d’événements politiques ont marqué l’histoire de
ce pays et sa culture. Son histoire, son système politique et la diversité de sa culture, de sa
démographie religieuse et de sa géographie en constituent un pays unique du Proche Orient.
C’est l’un des plus petits pays du monde, avec six millions d’habitants, qui attire de nombreux
touristes car la capitale Beyrouth est connue comme étant le « Paris du Moyen-Orient ».

La gestion des déchets solides était l’une des priorités du gouvernement libanais pour éliminer
les séquelles de la guerre civile qui a débuté en 1975 et qui a duré 15 ans, années au cours
desquelles tous les services publics se sont détériorés. La gestion des déchets ménagers dans le
pays ne bénéficiait toujours pas d'une politique bien définie pour préciser les outils ou moyens
permettant d'atteindre les objectifs, ou pour que les autorités principales joignent leurs efforts
pour aboutir à une solution définitive. Des difficultés majeures ont été rencontrées dans la mise
en œuvre des stratégies (2003, 2006 et 2010) en raison des objections de la population ainsi que
des contraintes de financement (SweepNet, 2014). Alors que les projets de plans étaient encore
en discussion, le contrat de décharge sanitaire principale de la capitale, celle de Naameh a expiré
en la mi-janvier 2015, mettant en péril le sort de la gestion des déchets à Beyrouth et au Mont-
Liban.

19
Depuis janvier 2015, des habitants et des militants écologistes manifestaient et bloquaient les
routes menant à Naameh. Cette décharge accueillait plus de 90% des déchets de la capitale et
du Mont Liban, l’équivalent de 60% de la quantité totale des déchets dans tout le pays. Suite à
la pression des habitants de la ville et à la surexploitation de la décharge, la crise des déchets
explose en juillet 2015 après sa fermeture totale. Le gouvernement n’ayant pas de plan
alternatif, les ordures s’amoncelaient partout dans les rues pendant plus de huit mois. Les
résidents de la ville se trouvaient devant une crise sanitaire et environnementale catastrophique
: les déchets s’entassaient à côté des immeubles, certains brûlaient à ciel ouvert, d’autres les
jetaient dans les vallées pour ensuite les brûler, etc. Des centaines de sites d’enfouissement
illégaux décoraient les entrées des villages, les vallées, les ponts, les fleuves et bloquaient même
les routes. Des odeurs nauséabondes trouvaient le moyen envahissaient tous les foyers. Cela a
eu des effets néfastes sur l'environnement et sur la santé publique, tels que l'absorption de
toxines dans le sol, la libération de gaz à effet de serre, les risques d'incendie et les maladies de
la peau, ainsi que l'augmentation des infections microbiennes qui se propagent par l'air et par
l'eau contaminée, ainsi que d'autres problèmes de santé (AUB, 2016). Par conséquent, de
nouveaux types d’acteurs s’impliquent depuis 2015 dans la mise en place d’une gestion des
déchets durable et économique. Désormais, des acteurs hétérogènes comme les résidents, les
municipalités, les experts, les entreprises et le gouvernement tendent à devenir partenaires dans
un réseau social de mise en œuvre d’une organisation. Un condensé de problématiques
afférentes s’entrepose depuis le déclenchement de la crise des déchets à Beyrouth en 2015.

Dans notre recherche, nous adopterons une approche contextualiste de l’organisation. Elle est
constituée à partir du contexte qu’on observe et dont elle fait partie (Pesqueux, 2020). La
gouvernance des différents maillons de la collecte et du recyclage semble très complexe.
L’implication de plusieurs groupes d’acteurs, ayant des objectifs sociaux, techniques,
environnementaux, économiques et institutionnels créent des controverses. Ces contraintes
impliquent des interactions, des ajustements et des choix entre eux.

20
Problématique et objet de recherche :

La démarche scientifique s’inscrit dans une logique orientée par une question centrale qui donne
lieu à des allers-retours entre modèles théoriques et terrains d’étude. Cette question de
recherche, appelée aussi problématique, constitue l’une des difficultés majeures dans un travail
de recherche. Toute recherche scientifique commence par une interrogation qui va nous guider
dans notre recherche (Dumez, 2016; Giordano & Jolibert, 2012). Nous présentons la
problématique au début mais sa construction définitive est travaillée tout au long de notre
recherche. Selon Paillé, dans une recherche qualitative, la problématique « doit veiller à
demeurer ouverte et à ne pas plaquer d’avance trop de concepts ou d’éléments théoriques sur la
réalité du terrain qui va faire l’objet de l’enquête » (Paillé & Mucchielli, 2015).

Un diagnostic de la situation actuelle a été établi dans notre recherche exploratoire que nous
avons entamé lors du mémoire propédeutique vers la mi-2017, et depuis notre implication dans
des projets de transformation de cette situation jusqu’à présent (Juin 2021).

La définition de la question de recherche réunit les questions que l’on se pose en tant que
chercheur. Ceci nous aide à déterminer les directions dans lesquelles nous devons agir pour
aboutir à la finalité poursuivie. Cette finalité se construit à partir d’une observation de la
situation (Liu, 1997). D’où l’importance d’adresser, à partir des connaissances théoriques, les
questions sans réponses connues que révèle la différence entre l’état présent de la situation et
les finalités poursuivies par la recherche sur le terrain. A partir de ces questions, sous questions
et hypothèses de travail, nous énonçons les connaissances sollicitées pour avoir des réponses,
pour ensuite envisager les actions nécessaires afin de réduire ces « zones d’inconnu » et pour
pouvoir avancer dans nos connaissances (Liu, 1997).

La particularité de cette thèse relève d’une relecture de la situation au Liban, l’émergence de


réseaux sociaux de gestion de déchets, ainsi que l’implication de plusieurs acteurs qui, en
interagissant sur ces réseaux, forment des organisations de gestion et de valorisation des déchets
ménagers. Ceci nous amène à voir si les représentations des individus vis-à-vis des déchets ont
changé et si le fait d’être impliqué dans leur gestion en interagissant dans des réseaux de tri et
de recyclage débouche en un apprentissage organisationnel. Donc, ce travail de recherche essaie
de relier deux phénomènes, à savoir l’apprentissage organisationnel et le développement
21
durable en matière de déchets. L’objectif est de voir comment le rapport au déchet par les
différents acteurs vient faire une organisation-réseau. Plus précisément, il s’agit de comprendre
comment ces nouvelles pratiques émergentes amènent ainsi plusieurs acteurs de la crise à
interagir et à s’organiser entre eux à travers le déchet considéré comme un actant non-humain
central, afin de former une organisation de tri et de recyclage. « Il est possible de considérer le
déchet comme étant un des analyseurs possibles du fonctionnement d’une société dans la
mesure où ils sont représentatifs de rapports sociaux » (Pesqueux, 2016).

Argyris et Schön font deux distinctions préliminaires de l’apprentissage. La première fait


référence à ce qui a été appris. Ceci porte sur une accumulation d’informations sous la forme
de connaissances : « Qu’avons-nous appris ? ». La deuxième fait référence au processus
permettant d’obtenir ce qui a été appris. C’est donc l’acte d’apprendre ou « comment
apprenons-nous ? » (Argyris & Schön, 2006).

L’objectif principal est de comprendre les modalités de gestion des déchets qui se sont mises
en place, avec l’intervention d’une pluralité d’acteurs constitutifs d’un réseau social, acteurs
qui, auparavant n’étaient pas concernés par la gestion des déchets.

C’est de cette situation que nait la problématique suivante :

Quel est l’apprentissage qui émerge du réseau social de recyclage des déchets ménagers
issu de cette crise des déchets ?

De la problématique émanent des questions de recherche qui fondent la démarche de recherche,


questions qui se sont structurées après plusieurs allers et retours entre théories et terrain avant
de se stabiliser.(Giordano & Jolibert, 2012). Par conséquent trois sous-questions de recherche
découlent de notre problématique, chacune d’elles permettant de projeter un aspect particulier
de la question principale. Ensuite, une hypothèse de travail est proposée pour chacune des
questions, sur une base d’orientations théoriques de départ. Dumez précise que dans une
démarche qualitative, le chercheur ne va pas tester des hypothèses qui sont définies a priori,
mais plutôt il travaille sur des propositions qui vont le guider dans sa recherche (Dumez, 2016).
Ce sont des propositions qui, d’une part, ont contribué à l’approfondissement théorique de la
problématique et, d’autre part, à fonder le recueil de données.

22
Argyris et Schön déclarent que l’apprentissage prend lieu « lorsque les individus d’une
organisation se trouvent confrontés à une situation problématique et qu’ils entament une
investigation au nom de l’organisation ». Le résultat de ces investigations est considéré comme
le déclencheur de l’apprentissage (Argyris & Schön, 1978). Puisque notre objet de recherche
porte sur l’apprentissage, il serait judicieux de commencer par mieux comprendre ce concept,
du moins au niveau individuel, car ce sont les citoyens qui sont appelés à trier les déchets à
domicile ; d’où la première sous-question qui découle de la problématique :

Question 1 : qu’apprennent les individus qui sont impliqués dans le tri des déchets ?
Hypothèse 1 : à modifier leurs représentations vis-à-vis des déchets (Argyris & Schön,
1978).

Le modèle d’Argyris et Schön porte sur deux niveaux principaux d’apprentissage puis sur un
troisième niveau qu’ils ont introduit plus tard. Ils différencient chaque niveau en fonction du
degré, de la profondeur et de la modification des représentations. L’apprentissage en boucle
simple ou de niveau zéro s’inscrit dans une perspective à court terme sans modifications des
schémas existants (Bootz, 2001). Ce premier type d’apprentissage consiste à acquérir de
nouvelles informations par les acteurs et permet de consolider des savoirs existants par
répétitions. La double boucle ou apprentissage de niveau 1 concerne les représentations et
donne le caractère d’une organisation apprenante. Ce niveau d’apprentissage est de nature
différente de celui en boucle simple car il va changer la nature du problème afin d’apporter une
réponse appropriée à l’organisation. En d’autres termes, il amène à définir de nouvelles règles
qui sont reliées à de nouvelles stratégies ; c’est une source de créativité. Argyris et Schön ont
aussi mis en évidence une troisième boucle d’apprentissage, ou apprentissage au second degré
« deutero-learning », qui fait référence à l’apprentissage de l’apprentissage. L’organisation est
appelée à revoir ses valeurs directrices afin de surpasser les blocages habituels et de redéfinir
son plan d’action.

L’apprentissage organisationnel raisonne en étapes d’apprentissage et reprend le concept


d’apprentissage incrémental agissant par saut soit en « doubles boucles », soit en « spirales de
connaissances ». Il n’y aurait finalement d’apprentissage organisationnel que si chaque partie
construit de nouveaux savoirs qui sont ensuite codés dans les théories de l’action de

23
l’organisation, c’est-à-dire dans le savoir partagé par tous les membres de l’organisation et
transmis par les processus de socialisation (Greenwood, 1993). D’où il serait nécessaire de voir
de quel apprentissage il s’agit en partant du déchet lui-même qui est au centre de ces
interactions.

Lorsqu’on parle de réseau et d’interaction/socialisation entre les différentes parties prenantes


créant un système-réseau, la question qui suit est importante à assimiler puisqu’on parle
d’acteur-réseau et on parle du déchet comme commun. En partant de la spirale des savoirs, il
serait nécessaire de voir si l’implicite devient tacite et un apprentissage profond, ou bien si ça
reste implicite.

Question 2 : quel apprentissage ?


Hypothèse 2 : c’est le déchet comme tacite commun qui sert de base à une spirale des
savoirs et même à une gouvernance partenariale multiniveau (Nonaka et al., 2005) et
(Ostrom, 1990).

Le modèle de Nonaka et Takeuchi permet le passage des savoirs implicites à des savoirs tacites,
dans la mesure où il déclenche des savoirs profonds. Il sera important de voir si cette
organisation-réseau de tri des déchets disparaissant, les gens recommenceront à faire comme
avant. Il faudra aussi étudier les liens coopératifs ou liens faibles qui ont émergé pour décrire
les comportements sociaux lors de la crise des déchets. L’apprentissage social permet, à travers
l’interaction interpersonnelle, un échange de forte valeur économique.

Ceci va dans le même sens de ce qu’a souligné Ostrom dans son modèle de gestion des biens
communs ou « common-pool resource » où elle met l’accent sur l’importance des arrangements
institutionnels de petite taille qui permettent une meilleure gestion entre les différents
bénéficiaires, assurant leurs profits ainsi que la continuité de la ressource. La gouvernance dans
des contextes de gestion environnementale et dans l’institutionnalisation des biens communs
peut engendrer la substance d’une organisation partenariale sous l’approche de l’acteur-réseau.
Cette approche prend en compte le principe de l’hétérogénéité des acteurs, celui de la symétrie
et le processus de traduction (Geels, 2011). Il serait important de voir dans quelle mesure cette
approche permet-elle aux déchets de circuler entre les différents acteurs, dont certains n’étaient

24
pas impliqués auparavant mais sont actuellement acteurs principaux de la crise des déchets à
Beyrouth. D’où émane la troisième sous-question de recherche.

Question 3 : qu’apprend-on des déchets ?


Hypothèse 3 : c’est le déchet comme actant non-humain qui fait organisation apprenante
(l’approche de l’acteur-réseau – l’ANT (Akrich et al., 1988))

Dans un premier lieu, nous essayons de comprendre les structures sociales qui regroupent les
humains et les non humains qui, ensemble, forment un réseau social de circulation des déchets
à Beyrouth. Ensuite nous allons voir dans quelles mesures l’approche de l’acteur réseau permet
aux déchets de faire interagir tous les acteurs de la crise et d’apprendre autour de leurs
poubelles. C’est le déchet, actant non humain qui relie tous les actants humains malgré les
controverses auxquelles ils font face. En optant pour le répertoire de la traduction, nous sommes
intéressés d’observer les situations dans lesquelles plusieurs actants interagissent autour des
déchets : qui traduit quoi, à qui et comment ? Est-ce que les organisations de tri et de collecte
des déchets sont apprenantes ?

Afin de répondre aux questions de recherche, une démonstration a donc été construite au regard
des phases du « modèle de l’intéressement » pour comprendre comment le déchet « fait
organisation » à partir du déclenchement de la crise des déchets. Nous avons élaboré une grille
d’analyse nous permettant de lire les nouvelles organisations qui se créent, de les comprendre
ainsi de suivre leur évolution avec l’implication de nouveaux acteurs. Ceci nous a conduits vers
l’approche de l’acteur-réseau qui nous aide ainsi à illustrer les enjeux théoriques liés à notre
objectif de compréhension. Nous avons alors appréhendé les initiatives comme des réseaux, et
un caractère majeur mis en avant par la littérature dans l’état de celles-ci qui porte sur
l’importance de la convergence du réseau. Ceci prend place lorsque chacune des entités qui
constituent le réseau sont naturellement alliées les unes aux autres, et les interactions sont fortes
et multidimensionnelles.

25
Plan général de la recherche :

Plan général de la thèse


Partie Objectif général Chapitre Objectif / chapitre

Préambule Exposer les motifs qui m’ont poussé à choisir ce sujet de recherche :
expérience personnelle, choix du sujet, etc.

Introduction : Montrer l’intérêt de Contexte et intérêt Pourquoi une thèse sur les
Mise en contexte notre recherche et de notre recherche déchets au Liban ?
de la recherche et montrer une vision
problématisation claire de ce que nous Problématique et Question centrale à
cherchons. Spécificité objet de recherche articuler tout au long de
du contexte libanais et notre recherche
énoncé de la
problématique. Entrée Design de la Distinction entre les
à la littérature par le recherche différentes parties de notre
déchet qui est au thèse
cœur de notre sujet.
Fondement Approche inductive en
épistémologique de cohérence avec l’ANT
notre recherche

Première partie : Afin de répondre aux Chapitre 1 : Le Cadre général, historique,


Approche de la questions de déchet au centre de méthodes de gestion des
problématique par recherche, différentes notre recherche déchets, crise des déchets
la littérature, cadre approches seront au Liban
théorique et adressées.
méthodologie Entrée à la littérature Chapitre 2 : Qui traduit quoi, à qui et
par le déchet qui est Pourquoi adopter comment ?
au cœur de notre une approche en C’est le déchet comme
sujet. Ensuite, acteur-réseau actant non humain qui
élaboration de la constitue la substance
démarche théorique d’une organisation sur deux
et méthodologique registres : celui du réseau
et celui de la gouvernance
partenariale

Chapitre 3 : Une Qui sont les partenaires de


gouvernance la gouvernance partenariale
« partenariale » des des déchets de la situation
déchets ? actuelle ?

Chapitre 4 : Réseau En quoi le réseau fait


social organisation ?
Description de
l’organisation du recyclage

26
des déchets sous forme
d’un réseau comme
organisation

Chapitre 5 : A travers plusieurs modèles


Apprentissage d’apprentissage
organisationnel organisationnel et à travers
l’ANT, à voir si le déchet est
un tacite commun de la
spirale des savoirs

Chapitre 6 : Méthodologies de
Méthodologie recherche en sciences de
gestion, choix de méthode
et justification

Deuxième partie : Situations de gestion, Chapitre 7 : Que L’usage du cadre de l’ANT


Etude du terrain Entretiens, analyse et nous racontent les pour la compréhension de
approfondie et croisement avec la déchets ? la crise des déchets
interprétation revue de littérature.
Le champ de Chapitre 8 : Mise en En quoi les apports
recherche et les œuvre du modèle de conceptuels et empiriques
implications la traduction ont permis de faire avancer
théoriques, la thèse. La recherche a-t-
méthodologiques et elle répondu aux questions
managériales de la de recherches ?
recherche

Conclusion Réflexion générale sur le sujet de recherche, les apports conceptuels et


empiriques et les résultats obtenus

Notre recherche comporte deux parties, la première est conceptuelle et méthodologique et la


seconde empirique. L’objectif de la première partie est l’approche de la problématique par la
littérature à travers les concepts clés de notre recherche, les rapports entre ces thèmes et les
modèles théoriques appropriés. L’objet consiste dans un premier temps à organiser les
réflexions qui nourrissent le champ de développement durable dans le cadre d’apprentissage
tout en l’illustrant par l’étude des structures sociales particulières concernées, et ceci en prenant
des exemples concrets issus d’un système-réseau qui se forme en venant faire organisation.
Nous essayons de comprendre les structures sociales qui regroupent les humains et les non
humains qui, ensemble, forment un réseau social de circulation des déchets à Beyrouth. Le
premier chapitre illustre la situation au Liban et nous amène à voir ce qu’est devenu le déchet
qui, avant la crise, n’était perçu que comme un débarras. Mais depuis 2015, les représentations

27
ont évolué vis-à-vis des détritus. Dans un deuxième temps, notre recherche vise à comprendre
le rôle que jouent les déchets dans cette transition vers une économie circulaire, l’émergence
des réseaux sociaux et la genèse d’une gouvernance partenariale pour une réorganisation de la
gestion des déchets qui a impliqué de nouveaux acteurs. La gestion des déchets fournit un
terrain d’observation remarquable pour appréhender les échanges qui prennent lieu entre les
sous-systèmes fonctionnellement aménagés par les autorités publiques d’un côté et les
constituantes du monde vécu d’un autre côté. C’est sous l’angle de l’approche sociotechnique
ou de traduction, qui fait l’objet du chapitre deux, connue aussi sous l’ANT (Actor-Network
Theory) et proposée par Callon et Latour, que nous ferons nos observations tout au long de
notre recherche. Nous interprèterons les interactions entre les différents acteurs de la
gouvernance partenariale des déchets, appelés aussi actants humains, autour d’un actant non
humain qui est le déchet. La gouvernance fait l’objet du chapitre trois. Ceci donne lieu à un
tissage de réseaux sociaux mobilisant plusieurs acteurs qui sont au cœur du système de gestion
des déchets ménagers faisant l’objet du chapitre quatre. Conceptuellement, nous essayerons de
mettre en évidence en quoi le réseau fait organisation tout en formalisant le lien entre réseau
social et déchets dans des situations de gestion au Liban. Pour cela, il serait judicieux de voir
les différentes approches d’apprentissage organisationnel, car ce dernier constitue la capacité
stratégique à développer et combiner le capital social avec celui relationnel, surtout quand il
s’agit d’organisations situées dans des environnements instables. L’apprentissage est donc au
cœur de notre sujet de recherche et de notre problématique, et il constitue l’objet du chapitre
cinq.

Tout ceci étant nécessaire pour illustrer, à travers les phases de l’ANT, le film de notre
expérience personnelle depuis le début de la crise des déchets au Liban. Ce chapitre porte sur
la méthodologie adoptée dans notre recherche afin de voir dans quelles mesures les différentes
approches permettent aux déchets de faire interagir tous les acteurs de la crise et apprendre
autour des leurs poubelles. La démarche se veut comme compréhensive et prend la forme d’un
processus de recherche inductive. Il s’agit d’une recherche qualitative de terrain qui sera menée
dans une démarche de recherche action, par le biais d’entretiens et de notes de terrain dans des
situations de gestion.

Dumez admet que la gestion se différencie de l’économie et de la sociologie car elle étudie la
façon par laquelle des acteurs puissent réaliser leurs choix en « élaborant leurs dispositifs ». La

28
gestion porte son intérêt aux dispositifs organisationnels tout en liant l’action afin d’obtenir un
résultat (Dumez, 2016). D’où l’importance de la dimension empirique qui marque les sciences
de gestion. Pour mener à bien notre recherche, nous dresserons des grilles d’analyses qui sont
en cohérence avec chacune des phases de l’ANT pour pouvoir interpréter le matériau. Ceci se
matérialise dans la deuxième partie qui est empirique, et où aura lieu l’analyse des résultats
c’est-à-dire l’interprétation de ce que les déchets nous ont raconté pour répondre aux questions
de notre recherche.

Fondement épistémologique de notre recherche :

Le terme « Epistémologie » vient du grec ancien épistémê (connaissance vraie, science) et de


logos (« discours sur »). Dans le monde francophone, cette notion désigne « l’étude critique des
sciences et de la connaissance scientifique » (Pesqueux, 2010a). Nadeau précise que
l’épistémologie « étudie de manière critique la méthode scientifique, les formes logiques et
modes d’inférence utilisés en science, de même que les principes, concepts fondamentaux,
théories et résultats des diverses sciences, et ce, afin de déterminer leur origine logique, leur
valeur et leur portée objective » (Nadeau, 1999).

Trois questions sont liées à une épistémologie selon Lemoigne. La première est d’ordre
gnoséologique qui répond à la question « quoi ? » ou « qu’est-ce que la connaissance » et qui
conduit à deux formes d’attitudes : celle ontologique qui considère l’organisation comme un
objet et celle phénoménologique qui la considère comme un processus. Il serait important de
noter que c’est dans ce cadre qu’un savoir profane et un savoir d’expert se rencontrent. La
deuxième question est d’ordre méthodologique qui répond à la question « comment ? » dont la
réponse va différer selon l’attitude choisie dans la réponse à la question gnoséologique et qui
amène à justifier la méthode choisie. Dans notre recherche, nous adopterons une méthode plutôt
inductive, en cohérence avec l’ANT et non pas abductive ni hypothético-déductive. La
troisième question « pourquoi ? » montre la logique du raisonnement et les valeurs associées
tout en revenant à la réponse apportée à la question gnoséologique (Pesqueux, 2020).

En sciences de gestion, la socialisation constitue le matériau empirique et conceptuel dans le


processus de création de savoir. D’où l’importance de trouver entre la trilogie rigueur –

29
pertinence – impact, le positionnement du chercheur dans la création du savoir, car chacune de
ces extrêmes peut mener à des savoirs différents (Martinet & Pesqueux, 2013). Schön a donné
l’exemple du paysage qui prend plusieurs formes dans la pratique professionnelle ; il présente
les « hautes terres au sous-sol solide ». C’est là où le praticien peut mener à bien les théories et
modèles issus de l’étude. Il signale aussi la présence de « basses terres marécageuses » là où les
situations paraissent chaotiques. Cette image montre que les problèmes présents en hautes terres
sont intéressants mais ce sont surtout ceux qui se présentent en terrains « marécageux » qui
portent le plus d’intérêt pour les chercheurs. Ici se pose le dilemme dans lequel le praticien se
situe : doit-il traiter les problèmes avec rigueur sans avoir une grande portée sociale, ou bien
doit-il considérer les problèmes « épineux » tout en sacrifiant la rigueur technique (J.-M.
Barbier, 2011a).

Selon Pesqueux, le choix épistémologique du chercheur doit trouver l’équilibre entre ‘rigueur’,
‘pertinence’ et ‘impact’ et il doit aussi examiner la tension qui existe entre l’utile, c’est-à-dire
lorsqu’il s’agit de la problématique, et la pratique. Il distingue trois champs de connaissances
pour les sciences de gestion : les « théories des organisations », les « questions
d’organisation » et les « techniques d’organisation ». Le dilemme de la rigueur et de la
pertinence constitue une source d’inquiétude dans le domaine de la recherche scientifique. Il
serait judicieux de souligner le rôle des chercheurs qui sont appelés à mettre les sciences
fondamentales ou appliquées à la portée des praticiens. Ces derniers sont aussi appelés à
transmettre les problèmes aux chercheurs afin de les étudier (Pesqueux, 2020). Dans la réalité,
Schön rajoute que les problèmes sont construits à partir des matériaux extraits de situations
complexes et incertaines. Le chercheur est appelé à donner du sens à une situation qui au départ
n’en avait pas. Cette tâche est considérée comme une condition essentielle pour l’utilisation des
techniques.

Pesqueux précise que l’épistémologie constitue la base du processus de conceptualisation dans


le sens de la construction d’une représentation, de la circulation d’un concept qui est mobilisé
avec d’autres et de l’extension du concept afin de pouvoir comprendre une situation. Il évoque
la question de la pertinence dans la structuration des connaissances en sciences de gestion qui
porte sur la description faite à partir de pratiques et de techniques. Après vient celle de la rigueur
car la recherche empirique porte sur une interprétation au regard d’une diversité de modèles et

30
d’approches théoriques. Le troisième apport est en termes de prescription car les sciences de
gestion font partie des sciences de l’action, d’où la question de l’impact (Pesqueux, 2020).

Liu souligne que l’épistémologie de la recherche-action sollicite que l’individu est capable de
saisir une situation entière à travers des représentations signifiantes qui se construisent jour
après jour. La problématique constitue une représentation qui donne au chercheur la possibilité
de comprendre et d’agir sans perdre la saisie globale de la situation. C’est pour cela que le choix
des paramètres cruciaux aidera le chercheur-acteur à décider des actions à prendre, afin de
comprendre les facettes inconnues de sa problématique et par la suite la faire évoluer vers des
débouchés souhaités.

En conclusion, cette introduction présente le cadre de notre recherche, les questions principales
ainsi que les éléments conceptuels et épistémologiques nécessaires pour mener à bien notre
étude du terrain et pour développer un discernement rigoureux de notre démarche
compréhensive. C’est une recherche-intervention articulée dans le cadre de l’ANT avec une
approche inductive, partant de l’univers de développement durable et observant en quoi le
déchet est générateur d’une organisation « apprenante », avec des enjeux sociaux, économiques
et politiques.

31
Première partie
Approche de la problématique par la
littérature, cadre théorique et méthodologie

32
1. Chapitre 1 : Le déchet au centre de notre recherche

« Le monde persiste ; il n’est rien qui devienne, rien qui passe. Ou mieux : il devient, il passe,
mais n’a jamais commencé à devenir ni ne cessera de passer, il se conserve dans les deux
processus… Il vit de soi : ses excréments sont sa nourriture ».

« La volonté de la puissance », p532, Nietzsche, 1988

La croissance des déchets en général et ceux solides en particulier pose un problème important
de gestion dans le monde actuel. En 2018, deux milliards de tonnes de déchets ont été produits
dans le monde (Kaza et al., 2018). Leur gestion est de plus en plus centralisée avec des
approches différentes privilégiant le tri sélectif, la mise en décharge ou l’incinération. Les
autorités publiques, les ingénieurs et les organisations non gouvernementales internationales
proposent soit une amélioration du service urbain à travers la pré-collecte et le ramassage, soit
une valorisation des déchets à travers des solutions de recyclage, etc. Une sensibilisation des
populations aux comportements éco-citoyens est nécessaire afin de permettre d’éviter toute
pollution et de considérer au plus vite des situations existantes de pollution (Houdayer, 2013).

Les déchets sont au cœur du développement durable (World Bank, 2016), et au centre de notre
recherche, car leur gestion ainsi que leur destin constituent un problème central auquel se
confrontent plusieurs acteurs depuis la fermeture de la décharge principale et le déclenchement
de la crise au Liban.

Dans ce chapitre on va commencer par donner un aperçu sur l’évolution de la notion du


développement durable pour ensuite donner les définitions sur les déchets et leur histoire à
travers les siècles. Ce qui nous amène aussi à présenter dans un premier temps les différentes
modalités de la gestion des déchets. La dernière partie de ce chapitre présente les évolutions
actuelles des déchets dans le contexte de leur gestion à Beyrouth avant la crise de 2015, ainsi
que les difficultés rencontrées depuis l’éclatement de la crise. L’objectif principal est de
comprendre les nouvelles modalités de gestion des déchets avec l’intervention d’une pluralité
d’acteurs formant un réseau social de circulation des déchets regroupant plusieurs acteurs, qui
n’étaient pas concernés auparavant.
33
34
1.1. La notion de développement durable comme cadre général

Bien que les relations des individus avec leur environnement ne datent pas d’hier, l’émergence
de la notion de soutenabilité n’a été révélée au public que lors du premier Sommet de la Terre
en 1972 à Stockholm, pour ensuite se manifester à fond avec la publication du rapport
Brundtland en 1987 de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement
(CMED), connue aussi sous le nom de ‘Commission Brundtland’, car la Commission était sous
la direction de Gro Harlem Brundtland, Première ministre de Norvège. La ‘Commission
Brundtland’, mise en place par l’Organisation des Nations Unies avait comme objectif de
définir un programme de coopération internationale sur les problèmes environnementaux. Elle
s’était réunie pour la première fois à Genève en octobre 1984. Dans son mandat, « La
Commission est convaincue qu’il est possible de bâtir un avenir plus prospère, plus juste et
plus sûr en le fondant sur des politiques et des pratiques permettant d’étendre et de soutenir
les fondements écologiques du développement. » (UN WCED 1987 Brundtland Report.pdf,
s. d.) .

Dans le rapport Brundtland publié en 1987 sous le titre « Our common future » ou « Notre
avenir à tous », le développement durable est défini comme « un mode de développement
économique qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations
futures à répondre aux leurs ». (UN WCED 1987 Brundtland Report.pdf, s. d.). On parle pour
la première fois de la nécessité de lier la croissance économique aux besoins, car elle peut être
souvent en contradiction avec les limites écologiques. La notion de besoin selon le rapport devra
être culturellement et socialement déterminée ; pour un développement durable, il faudra mettre
en exergue des valeurs qui maintiendront un mode de consommation écologique.

En sciences sociales, la notion de développement durable a été introduite en décennie 70 avec


la prise de conscience des ravages sur l’environnement de la croissance des « Trente Glorieuses
». Ses trois dimensions portent sur l’efficacité économique, l’aspect écologique et l’équité
sociale (Pesqueux, 2016). La dimension économique est liée au développement, au besoin et la
satisfaction du besoin. L’aspect écologique porte sur la relation entre les générations présentes
et celles futures. La dimension sociale est considérée comme élément responsable des relations
sociales vis-à-vis de la nature ainsi que les relations entre les individus eux-mêmes. Le concept
général de développement durable recherche un certain équilibre et une compatibilité entre ces
35
trois systèmes. Camerini parle de l’analyse épistémologique qui permet d’approcher ces trois
dimensions qui composent le développement durable ayant les valeurs humaines au centre du
débat (Camerini, 2003).

La genèse du concept de développement durable sur les scènes politico-médiatiques dans le


monde a été conduite par le contexte de risque, de crise, voire de catastrophes climatiques et
écologiques (Galateau, 2013). Le concept a été consacré lors du troisième Sommet de la Terre
à Rio de Janeiro, en 1992. Mais ce n’est que vingt ans plus tard, au RIO+20, qu’un ensemble
de résolutions a été consenti dans un rapport intitulé : « L’avenir que nous voulons ». Relevons
une clause importante dans ce rapport, portant sur une gestion efficace des déchets (clause
numéro 218, p.786) :

« Nous sommes conscients qu’il importe d’adopter une démarche prenant en compte l’ensemble
du cycle de vie et de continuer à élaborer et appliquer des politiques en vue d’une utilisation
efficiente des ressources et d’une gestion écologiquement rationnelle des déchets. Par
conséquent, nous nous engageons à réduire, réutiliser et recycler (les trois R) davantage les
déchets et à en améliorer la valorisation énergétique afin de parvenir à gérer la plupart des
déchets produits dans le monde d’une manière écologiquement rationnelle et, lorsque cela est
possible, de les utiliser comme une ressource. Les déchets solides, tels que les déchets
électroniques et plastiques, posent des problèmes particuliers sur lesquels il faudra se pencher.
Nous demandons que des politiques, stratégies et dispositions législatives et règlementaires
complètes relatives à la gestion des déchets soient mises au point et appliquées aux échelons
national et local » (« L’avenir que nous voulons, résultat de la Conférence dite Rio+20, Rio de
Janeiro, Brésil 20-22 juin 2012 », 2012).

En France, la première Conférence environnementale nait en 2012, et depuis, un rendez-vous


annuel prend place pour permettre aux différentes parties de mesurer les progrès réalisés en
matière de développement durable. Ainsi, la notion d’économie circulaire a pris place au cours
de la 2ème Conférence environnementale en 2013. Elle devrait remplacer au cours des années
le modèle linéaire « produire, consommer, jeter » qui a atteint ses limites. « On entend par
économie circulaire un système de production et d’échanges prenant en compte, dès leur
conception, la durabilité et le recyclage des produits ou de leurs composants de sorte qu’ils
puissent redevenir soit des objets réutilisables soit des matières premières nouvelles, dans un
objectif d’améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources. L’optimisation du cycle de la

36
matière prend aussi en compte les besoins en énergie et en eau nécessaires dans le cycle de vie
du produit ». (Conseil national des déchets en France, Juin 2013).

La notion du cycle est désormais au centre des débats environnementaux. L’économie circulaire
est une logique différente de celle de l’économie linéaire. Il ne convient plus de détruire les
objets qui sont au bout du rouleau, mais il s’agit de les retransformer en matière réutilisable. La
matière circulant en boucle, le déchet ne serait alors plus un objet indésirable mais serait
considéré comme étant au moins à éviter ou, à défaut, comme une ressource attendue
(Arnsperger & Bourg, 2016). Elle a fait l’objet de jalons institutionnels (rappeler les dimensions
ONU, Union Européenne et Liban).

Le thème du développement durable est retrouvé dans le domaine marketing des entreprises
lorsqu’elles lancent des produits « bio » sous l’ombrelle du terme « durable » alors que bio ne
peut pas être conforme à durable. De même, le terme durable est aussi synonyme de prudence
et consiste à tout faire dans l’espoir de passer inaperçu (Pesqueux, 2016). Notons aussi les fortes
pressions qui s’exercent sur les entreprises depuis les années 90 pour les pousser à prendre
davantage en compte les dimensions environnementales et sociales dans leur gestion. Des
exigences telles que l’application de normes environnementales, à titre d’exemple le référentiel
ISO 26000 sur la responsabilité sociétale et le développement durable, aussi la série ISO 14000
sur le management des systèmes environnementaux (Pesqueux, 2016 ; Rémillard & Wolff,
2009).

À l’heure où le développement durable est dans tous les rapports officiels et de tous les chefs
d’État et d’entreprises multinationales depuis quelques décennies, nos poubelles n’ont pourtant
jamais cessé de se multiplier. Malheureusement, nous entendons depuis quelques années que le
monde croule sous les déchets. Selon le rapport de la Banque mondiale en 2018, les taux de
production de déchets augmenteront de 70% d’ici 2050. Cette quantité importante de déchets
solides en fait un problème sanitaire, environnemental, social et économique complexe. Cela
met la santé publique en danger, en particulier dans les pays en développement.

37
1.2. Le déchet

Le mot « déchet » dérive du verbe « déchoir » qui voulait dire au Moyen Age la part qui est
perdue (Pesqueux, 2016). Etymologiquement le déchet signifie ce qui est tombé, ce qu’on a
abandonné, ce qui tombe en déchéance, en disgrâce. On les appelle aussi les « ordures », un
mot qui a une racine commune avec « horrible » et « horripilant », ce qui effraie et ce qui
littéralement hérisse le poil (Duquennoi, 2015).

« Déchet, rebut, ordure, salissure, souillure, excrément…sont quelques-uns des membres de


cette grande famille du lexique de la déchéance. En usant de ces termes, il est clair que chacun
peut dénigrer, écarter, jeter, rejeter, avilir, abandonner, répudier, condamner ce qu’il désigne.
Et chacun de ces termes peut devenir une sorte de « baudruche » sémantique utile pour y placer
ce qui est répudié, dans un amalgame parfois dangereux » (Harpet, 2008).

La définition du déchet peut être très subjective ; ce qui est considéré comme objet sale pour
une personne peut être vu comme objet de valeur pour une autre. Par sa nature, le déchet est
une matière hétérogène. Il existe plusieurs points de vue, définitions et classifications des
déchets.

La définition donnée par le CNRTL est la suivante :


« DÉCHET, subst. Masc.
A. - Altération en volume, quantité ou qualité subie par une chose pendant sa fabrication, sa
manipulation ou sa mise en vente.
- P. ext. Dégât.
B. - Souvent au plur. Ce qui tombe d’une matière que l’on travaille.
1. [on considère que le déchet peut être réutilisé] Synon. de chute, reste.
2. [On considère que le déchet est inutilisable] Synon. de détritus.
- P. ext. Immondices
C. – Au fig.
1. Lang. Cour.
a) [En parlant d'une pers.] Épave humaine.
b) [En parlant d'une œuvre d'art] Pièce, passage, de qualité inférieure. »

38
En anglais, le « déchet » se traduit par « waste », ce qui désigne à l’origine de vastes étendues
désertes et vides, sans aucune valeur pour les individus, puis par extension tout ce qui est sans
valeur c´est-à-dire ce qui est dépensé sans aucune compensation. D’autres synonymes existent
pour « déchet » : « garbage’ »qui vient d’un mot de vieux français et qui désigne les viscères
de la volaille, et « refuse » qui est le cousin de l’italien « rifiuto » et qui signifie ce que l’on
refuse de voir et d’utiliser. On voit que le rejet et l’abandon se retrouvent dans toutes les langues
romanes pour interpréter le mot « déchet » : « restos » ou « residuos » en espagnol, ou aussi
« desperdicio » en portugais. C’est le latin « rudus » qui le seul a une connotation positive : il
désigne la masse brute du minerai métallique qui n’est pas encore touchée et qui porte la
promesse de richesse. Deux notions françaises scientifiques en émanent : « rudéral », un
adjectif qui qualifie « les plantes qui poussent sur les décombres, les tas d’ordures et
généralement aux abords des habitations et sur les voies de circulation » (CNRTL), et le
deuxième terme « rudologie » (de rudus, décombres) qui a été défini dans les années 1970-
1980 par le géographe Jean Gouhier en 1974 comme la science de l’étude et de la gestion des
déchets (Duquennoi, 2015). Cette science est définie par son concepteur comme l’étude des
relations entre l’espace concret et les rejets produits pas les activités humaines (Le Dorlot,
2000).

En France, le Code de l’environnement en 2003 (article L541-1 du 2 juillet 2003) donne la


définition suivante :
« II. Est un déchet au sens du présent chapitre tout résidu d’un processus de production, de
transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit ou plus généralement tout
bien meuble abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon.
III. Est ultime au sens du présent chapitre un déchet, résultant ou non d’un traitement du déchet,
qui n’est plus susceptible d’être traité dans les conditions techniques et économiques du
moment, notamment par extraction de la part valorisable ou par réduction de son caractère
polluant ou dangereux. »

Depuis décembre 2010, l’article a été modifié (L541-1-1) et le déchet est défini comme suit : «
toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait
ou dont il a l’intention ou l’obligation de se défaire. ». Dans le rapport de la conférence de ‘La
gestion globale des déchets’ en 2015 (Wilson et al., 2015), le déchet a été décrit comme une
matière indésirable considérée comme inutile, excessive. Les déchets sont perçus comme une

39
mauvaise substance de mauvaise qualité au mauvais endroit au mauvais moment. Les déchets
et les restes sont « ce qui reste de la consommation, ce dont le système de production n’a plus
ou pas besoin, le trop, ce qui est délaissé par manque d’usage, ce qui est périmé et rejeté »
(Houdayer, 2013). Bertolini voit que la poubelle appelle à une lecture du monde à l’envers en
faisant figure de miroir ; elle fournit ainsi une image de nos consommations en négatif
(Monsaingeon, 2012). La valeur d'un déchet ou d'un bien est déterminée par les frais qu’il exige,
les coûts de transport, les quantités de matériaux impliqués, l'innovation technologique et la
disponibilité de systèmes de gestion des déchets appropriés (Williams, 2005). Ceux-ci ont une
influence majeure sur le fait de considérer les déchets comme détritus ou comme ressource.

Il existe plusieurs catégories de déchets mais la classification reste difficile car il y a une grande
variation dans la composition de chaque catégorie. On distingue deux grandes catégories : les
déchets dangereux et les déchets non dangereux ; dans chacune de ces catégories émane
différents types de déchets. Selon l’ADEME (Les typologies utilisées pour distinguer les
déchets, s. d.), les déchets peuvent être classés comme suit :
• Les déchets municipaux : ces déchets regroupent tout type d’ordures collecté dans le
territoire de chaque municipalité comme les déchets ménagers mélangés, les déchets
ménagers collectés séparément, les déchets ménagers dangereux, les déchets verts
ménagers, et ceux provenant des collectivités locales aussi, etc.
• Les déchets assimilés : ces déchets regroupent les ordures générées des activités
économiques ainsi que les déchets des commerçants et petites entreprises
(administrations, hôpitaux, etc.) collectés dans les mêmes conditions que ceux
ménagers.
• Les déchets ménagers et assimilés ou DMA : ce sont les déchets issus des ménages et
des déchets assimilés mais ne regroupent pas les déchets générés par les services
municipaux ou ceux de l’assainissement collectif ou le balayage des rues, etc.
• Les ordures ménagères et assimilés (OMA) : ce sont les déchets assimiles et ceux
collectes sélectivement (triés par matière comme le verre, les papiers-journaux et les
emballages.)
• Les déchets des activités économiques (DAE) : cette famille regroupe les déchets
dangereux et non dangereux dont les producteurs sont l’ensemble des activités
économiques et les secteurs de production comme la pêche, l’agriculture, la construction

40
et l’industrie. Une partie de ces déchets étant les déchets assimilés. Les modalités de
prise en charge diffèrent selon la catégorie de produits.
Dans le catalogue européen des déchets, il y a une liste de plus de 650 catégories de déchets.
Cette liste n’est pas considérée complète et exhaustive, car d’autres catégories de déchets
peuvent être rajoutées plus tard (Williams, 2005).

Les déchets constituent la trace de vie des hommes sur Terre depuis les premiers temps de leur
existence (Monsaingeon, 2017). Aujourd’hui, on les trouve partout : les déchets sont enterrés
dans la terre, ou dispersés à la surface des océans, dissipés en forme de particules
microscopiques dans l’univers. Malheureusement on les trouve le plus souvent là où on les
attend le moins. Une citation de l’anthropologue Marcel Mauss (1931) rappelle combien, pour
les ethnologues comme pour les archéologues, le déchet a marqué l’histoire des hommes et des
civilisations : « Les objets les plus communs sont ceux qui nous apprennent le plus sur une
civilisation. Une boîte de conserve, par exemple, caractérise mieux nos sociétés que le bijou le
plus somptueux ou que le timbre le plus rare. Il ne faut donc pas craindre de recueillir les
choses même les plus humbles et les plus méprisées. Un objet ne peut rien valoir à nos yeux
non plus qu’aux yeux de l’indigène et être une indépassable source de renseignements. En
fouillant un tas d’ordures, on peut reconstituer toute la vie d’une société » (Hémisphères,
2013).

1.2.1. L’histoire du déchet


Les déchets marquent la présence des hommes sur terre depuis les premiers temps. Comme le
dit Monsaingeon, dans son livre intitulé Homo Detritus (p.17) : « Ils dessinent les contours des
espaces de vie et marquent les paysages, parfois pour l’éternité ».

1.2.1.1. La Préhistoire (période allant de trois à cinq millions d’années jusqu’à trois
mille ans avant Jésus-Christ)
Les hommes préhistoriques étaient peu préoccupés par leurs déchets. Ils devaient se nourrir, se
vêtir et se défendre ; les ordures qu’ils généraient sont des silex cassés, des cendres de bois, des
os, et des armes devenues inutilisables, etc. Lorsque les quantités encombraient leur espace de
vie, nos ancêtres abandonnaient leurs grottes et partaient à la recherche de nouveaux abris
41
(Béguin, 2013). Vers 7500 avant J-C, les hommes préhistoriques se mettaient à la pratique de
l’enfouissement, et commençaient à brûler leurs ordures et à les composter. Peu à peu, ces
techniques disparaîtront et la nécessité d’une gestion des déchets deviendra de plus en plus
problématique car les populations commençaient à se rassembler pour former des
communautés.

1.2.1.2. L’Antiquité (période allant de 3500 avant J-C jusqu’à 476 après J-C)
Une nouvelle période commence vers le troisième millénaire avant Jésus Christ : c’est
l’Antiquité. La concentration humaine dans les villes multipliait considérablement les quantités
de déchets de toute sorte, et commençait à poser un vrai problème (Williams, 2005). Les villes
antiques nous montraient un bon exemple en matière de traitement des déchets. Par exemple en
Turquie, un dépotoir public urbain est construit à la ville de Çatal Höyük durant cette même
ère. Durant l’époque antique, les Grecs étaient les premiers à se soucier le plus de leurs déchets.
Ils mettaient en place une gestion des ordures. Notons aussi que les Romains créaient des fosses
en dehors des villes ou les gens déposaient leurs ordures et les restes d’animaux sacrifiés. Ils
pouvaient aussi mettre les rebuts dans des vases en terre cuite au pied des résidences. Ainsi des
hommes appelés « boueux » étaient chargés de vider les récipients ; ces hommes sont les
ancêtres des éboueurs. A Rome comme à Athènes le travail du métal et du minerai commence
à profiler, donc de nouveaux déchets sont générés et par suite devaient disparaître. Vers l’an
2000 av. J-C, ce sont les Chinois qui avaient introduit le compostage dans leur vie quotidienne.
À la même époque, en Europe, de nouveaux mécanismes de recyclage des déchets en métal ont
été instaurés.

D’après Williams (2005), en Grèce, le déchet est devenu une vraie gêne pour les citoyens
d'Athènes vers les années 500 avant J.-C. Une loi est promulguée interdisant de jeter des ordures
dans les rues. Il était exigé que les déchets soient transportés par des chiffonniers à une décharge
publique située à l'extérieur de la ville. C’est au début du premier millénaire, que les premiers
dossiers archivés en Palestine montrent que brûler les déchets était une méthode utilisée pour
les éliminer.

42
1.2.1.3. Le Moyen-âge et la Renaissance (période allant de 476 jusqu’en 1789)
Au début de cette ère, les déchets ne posaient toujours pas de gros problèmes. Dans les
campagnes, ils étaient utilisés comme matière fertilisante ou engrais pour la terre et étaient
parfois mangés par les cochons et autres animaux de la ferme. Au début du XIe siècle le
commerce s’est développé et les populations dans les villes augmentaient de plus en plus, ce
qui entraînait des problèmes sanitaires majeurs. L’image de la ville au Moyen-âge est une ville
où la saleté règne partout et les odeurs sont terriblement nauséabondes. Harpet (1999) indique
que c’est uniquement lorsque le roi est affecté par la saleté qu’une série de mesures en faveur
d’une gestion des déchets est décrétée, mais elles n’étaient pas efficaces, et l’insalubrité
contribue à la propagation de pandémies qui s’étendent à toute l’Europe.

A l’aube de la Renaissance, en France, il a fallu beaucoup d’efforts pour que l’hygiène et les
signes de propreté dans les villes et les quartiers secondaires voient le jour. Malgré les réformes
des monarques qui se succédaient et qui essayaient de remettre de l’ordre, les villes seront
insalubres pendant des siècles à cause des mauvaises volontés des riverains.

Au XVIIe siècle, l’apparition du métier de chiffonnier se développait et les chiffonniers étaient


considérés comme les premiers recycleurs car les matières ramassées sont transformées en de
nouveaux objets. Durant cette même période, le règne de Louis XIV servira à la mise en œuvre
des reformes en matière d’ordures. Mais peu de gens avaient la conscience de ce qu’est
réellement la propreté et comment l’appliquer durant les deux siècles qui suivirent. Jusqu’à la
fin du XIXe siècle, ce sont principalement les citadins qui devaient prendre le rôle de balayeurs
et d’éboueurs (Guigo, 1991).

Quelques évènements ont marqué l’évolution de la gestion des déchets du XIIe siècle jusqu’au
XIXe siècle (Rojo, 2009):
- 1185, Paris, France : Il a été interdit de jeter les saletés par les fenêtres ;
- 1220, Naples - Italie : Celui qui dépose les déchets à un endroit non approprié sera arrêté
et envoyé en travaux forcés ou fouetté ;
- 1297, Angleterre : une loi est adoptée pour forcer les propriétaires à enlever les saletés
qui se trouvent devant leur maison ;
- 1354, Angleterre - Londres : dans chaque quartier, des éboueurs sont embauchés pour
collecter les ordures ménagères une fois par semaine ;

43
- 1388, Angleterre : le parlement interdit de jeter les ordures dans les cours d’eau ;
- 1400, France : Les tas d’ordures énormes sont empilés aux portes de Paris ce qui
compromettait la défense de la ville ;
- 1407, Angleterre : Une loi interdit de déposer les déchets à l’extérieur que lorsque les
ramasseurs viennent les enlever. Les déchets sont soit vendus sous forme de compost
soit jetés dans le marais d’Essex ;
- 1408, Allemagne : tous les wagons qui entrent dans les villes avec de la marchandise
doivent ramener leurs déchets en sortant ;
- 1506, France : Louis XII met en place un système de collecte des déchets ;
- 1560, Hambourg, Allemagne : premier décret sur la propreté dictant que tous les
marchés doivent être nettoyés quatre fois par an aux frais des dépenses publiques ;
- 1588 Angleterre : La reine Elisabeth I accorde des récompenses à la collecte des
chiffons pour la fabrication du papier ;
- 1690, États-Unis : Le moulin de Rittenhouse produit du papier à partir de fibres
recyclées en provenance de déchets de papiers et de chiffons ;
- XVIIe siècle, Europe et États-Unis : L’ère industrielle engendre des quantités beaucoup
plus importantes de déchets surtout avec l’introduction de la machinerie au charbon. A
titre d’exemple, plus de 3,5 millions de tonnes de charbon par ans sont brûlées à Londres
seulement. Beaucoup de femmes et d’enfants travaillent à tamiser le charbon afin de
récupérer ce qui peut être utilisé dans la fabrication de briques ;
- XVIIIe siècle, Europe et États-Unis : Beaucoup de familles vivent de la récupération et
de la vente de déchets recyclables.

1.2.1.4. La période contemporaine


Ce n’est que vers la fin du XIXe siècle que l’application durable d’une gestion des déchets prend
lieu allant de la collecte des déchets ménagers et leur traitement jusqu’à l’assainissement des
villes. Ce siècle était sans doute celui qui améliorera le plus la propreté et l’hygiène des surfaces
urbaines françaises (Béguin, 2013). Vers le début du XXe siècle, les cendres dérivant des
déchets ménagers sont collectées régulièrement dans des bennes mobiles. Ces déchets sont triés
manuellement le plus souvent par des femmes. Une grande partie des déchets est récupérée ; le
verre et le métal sont retournés aux marchands et certains résidus de cendres sont utilisés dans
la construction. Les autorités locales sont responsables d’assurer la gestion des déchets

44
ménagers, mais les détritus finissaient par être soit incinérés soit mis dans des sites
d’enfouissement (Wilson, 2007). Ces méthodes d’élimination des déchets ont alimenté les
colères des gens, conduisant au syndrome NIMBY (not in my backyard) ou pas dans ma cour.

Au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, deux problèmes majeurs ont apparu dans la
production de déchets : l’accroissement de la quantité et l’apparition de nouveaux types de
déchets dont certains sont toxiques. La pression populaire et l’émergence du mouvement de
protection de l’environnement vers la fin des années 1960 ont favorisé l’introduction de la
gestion des déchets et les méthodes de leur traitement dans l’agenda politique dans le monde
(Wilson, 2007).

La société moderne se trouve en face de problèmes difficiles en matière de déchets qu’elle doit
résoudre dans le contexte d’un développement durable : produire moins de déchets, les recycler,
et les valoriser (UNED, 2009).

1.2.2. Le déchet comme sujet de recherche


Ce n’est que très récemment que la question des déchets est devenue un objet de recherche dans
le domaine des sciences humaines et sociales. Le rapport Meadows Halte à la croissance, dans
sa version rééditée en 1992, accentue la question des limites en termes de ressources, mais
surtout celle en termes d’espace disponible pour accueillir les résidus liés aux activités
humaines: cette réédition souligne que «le monde étouffe sous nos déchets » car notre planète
est envahie de production de déchets et d’émissions de pollution de tout genre et que les
capacités de charge sont malheureusement bien dépassées (Semal, 2007).

Selon Harpet (Harpet, 2008), « jusque dans les années 90, aucun ouvrage académique de la
philosophie française n’abordait concrètement les préoccupations écologiques, et encore
moins la question des déchets ». D’après lui, trois obstacles doivent être surmontés pour que le
déchet, dans sa dimension symbolique, matérielle et culturelle puisse devenir une priorité. Le
premier est le déni de la langue respectueuse (la politesse marquant le respect des bonnes
convenances) ; le deuxième est la tentation de traiter les matières déshonorantes (le sale, le
visqueux, le boueux, le difforme) ; et le dernier obstacle est le dessein de négativité qui lui est
réservé (éliminer, enfouir, incinérer…).
45
Le tableau suivant liste les sept familles sémantiques du déchet selon Harpet (Harpet, 1999) :

Tableau 1: Familles sémantiques du déchet

La littérature sur les déchets est pléthorique et disparate. De la philosophie à la biologie à toutes
les sciences, les déchets sont une grande priorité. L’accent est mis sur deux périmètres
d’influence: celle du déchet-objet renvoyant aux stratégies, à l’institution, à la technique et celle
du déchet-idée comme diffamateur des représentations collectives (Harpet, 1999). Le déchet
renvoie aussi aux représentations que chaque individu peut avoir du sale et du propre, de l’utile
et de l’inutile, du jetable et du réutilisable (Houdayer, 2013). Italo Calvino, reformulant une
célèbre expression, associe le principe du « jeter » à une signature de l’être. « Jeter est la
première condition indispensable pour être, parce qu’on est ce qu’on ne jette pas. » Je jette,
donc je suis. On trouve donc dans les détritus et dans les relations que nous tissons avec eux,
sujet à penser notre relation d’être-au-monde, et une tendance à ne pas vouloir s’y confronter
(Monsaingeon, 2017). Les déchets occupent donc une image négative et ils sont éloignés des

46
cadres de vie. Tout ce qui est en rapport avec les rebuts, les ordures, les marges est synonyme
de nuisance, d’indésirable et d’exclu, leur vue menace la santé (Houdayer, 2013).

Les déchets représentent un objet complexe et mixte c’est-à-dire qu’il porte sur deux
dimensions : une matérielle et l’autre sociale. Cette dernière concerne les pratiques et les
représentations que les gens ont par rapport aux déchets (Dupré, 2013) . Malgré tous les progrès
de la société technique, elle n’est toujours pas parvenue à créer une production sans déchets ou
un usage sans pollution. Le monde, suivant Nietzsche « devient, il passe, mais n’a jamais
commencé de devenir ni cessé de passer, il se maintient dans l’une et l’autre activité… Il vit de
soi : ses excréments sont sa nourriture ». (Houdayer, 2013), p.67).

Le déchet peut être caractérisé par sa nature, mais également par son producteur, son mode de
collecte ou l’entité qui le prend en charge. Le « détenteur » désigne celui qui possède les
déchets, et le « producteur » désigne toute personne dont l’ensemble des activités produit des
déchets ou toute personne qui effectue des opérations de prétraitement, de mélange ou autres,
entraînant un changement dans la nature ou la composition des déchets. La valeur d'un déchet
ou d'un bien est déterminée par les frais qu’il exige, les coûts de transport, les quantités de
matériaux impliqués, l'innovation technologique et la disponibilité de systèmes de gestion des
déchets appropriés (Williams, 2005). Ceux-ci ont une influence majeure sur le fait de considérer
les déchets comme détritus ou comme ressource.

Bien que la notion de déchet soit au centre des débats internationaux, les principes adoptés pour
sa gestion font appel à son potentiel prometteur. Il serait peut-être plus approprié de parler de
« gestion des ressources » que de « gestion des déchets ».

1.2.3. La gestion des déchets


Harpet (Harpet, 1999) indique que c’est uniquement lorsque le roi est touché par les saletés
qu’une série de mesures en faveur d’une gestion des ordures est diffusée : « Tant que le roi
n’est point touché, la ville s’accommode de ses miasmes et excréta, de ses boues et immondices.
Dès lors que la souillure vient entacher la parure souveraine et amoindrir son degré de
“pureté”, il s’agit de faire de l’incident un événement, de l’événement une inauguration »
p.215.
47
La gestion des déchets est un sujet complexe qui comporte de multiples aspects. La gestion des
déchets municipaux constitue un problème social, puisque ce sont les citoyens qui
détermineront l'acceptation sociale des services municipaux de gestion des déchets solides dans
leurs propres localités ; et c'est un problème économique en raison des charges de la gestion,
qui comprennent la collecte et l'élimination finale, en particulier dans les pays à revenu faible
et intermédiaire (Ikhlayel & Nguyen, 2017). La gestion des déchets ménagers est considérée
comme un service public essentiel. C’est une question transversale qui est directement liée à 12
des 17 objectifs de développement durable des Nations Unies en 2015. Les initiatives de gestion
des déchets offrent un ensemble de possibilités pour les sociétés de réduire la pollution de
l’environnement causée par les déchets municipaux. La Banque mondiale (2012) a observé que
l'amélioration de la gestion des déchets municipaux, en particulier dans les villes ou les pays en
voie de développement, devient de plus en plus critique voire primordiale. Le rapport souligne
que la gestion des déchets solides est le service le plus important qu'une ville devrait fournir, et
rajoute que les municipalités qui ne parviennent pas à gérer les déchets ne pourront pas assurer
d’autres services tels que la santé éducative et les routes. Plusieurs modes soulignent les étapes
d’une bonne gestion des déchets comme la collecte, le tri, le transport et le traitement des
résidus.

Aujourd’hui, nous parlons même « d’économie circulaire » prometteuse. « Pouvoirs publics,


industriels, associations environnementalistes, tout le monde semble d’accord : le zéro-déchet
est l’idéal vers lequel il est devenu impératif de tendre » (Monsaingeon, 2017, p.21).

Selon le rapport GWMO (Global Waste Management Outlook) de 2015, la « gestion des
déchets » pourrait évoluer vers une « gestion de ressources », avec des initiatives politiques
complémentaires telles que la consommation et la production durables, l'économie circulaire et
« l'économie verte ». Les modes de gestion des déchets ménagers peuvent être classés en trois
catégories ou étapes : la récupération et le recyclage, les différents moyens de traitement des
déchets (incinération, compostage, méthanisation et autres) ainsi que les méthodes
d’enfouissement (broyage avant mise en décharge, décharges contrôlées, décharges brutes ou
autres) (Bertolini, 1992).

48
1.2.3.1. La collecte et le tri
L’étymologie du mot déchet qui vient de « déchié », un terme apparu au 12ème siècle, indique
un bien déchu. La racine latine « dis » signifie la « séparation », et « cadere » désigne la « chute
». On se rend compte que l’idée du tri est présente dans la notion même de déchet (Dupré,
2013). D’après Debout (2012) « la fourniture du service d’assainissement ou d’évacuation des
déchets répond à une dynamique centrifuge : la collecte » p.5. La collecte est définie comme
« toute opération de ramassage des déchets en vue de leur transport vers une installation de
traitement des déchets » (article L.541-1-1 du code de l’environnement, France). Le processus
de collecte commence lorsque le service d’enlèvement prend en charge les déchets. Ce service
est assuré par les services publics de la collectivité ou bien par un opérateur spécialisé.

Le tri des déchets à la source permet de donner une seconde vie, le plus souvent par la
réutilisation et le recyclage évitant ainsi leur incinération ou leur abandon en décharge et, par
conséquent de diminuer l’empreinte écologique. Il est aussi possible de trier les ordures après
la collecte des ordures dans un centre de tri. Il existe aussi la collecte par « apport volontaire »
des déchets par les habitants jusqu’aux points de collecte, qui sont en général des réceptacles
spécifiques installés à des endroits dispersés de la ville. Trier les déchets à la source demande
un investissement de temps important ce qui laisse les citoyens renoncer au tri si la procédure
est compliquée, quoiqu’ils soient prêts à trier leurs déchets si cela peut être utile à
l’environnement et à la société. Le temps perdu, la distance à parcourir et le manque
d’informations sont quelques contraintes qui amènent les gens à ne pas vouloir trier. Le tri et la
collecte sont deux activités fortement liées car toute sorte de déchets générés, qu’ils soient
recyclables ou matières organiques, peuvent être soit triés à la source, par les ménagers, soit
mélangés. Dans le premier cas, une collecte sélective est effectuée. On dit alors que la collecte
est à deux voies ou qu’elle est séparée, quand les recyclables sont récupérés. On dit que la
collecte prend la forme mixte quand tous les déchets sont mélangés et transportés ensemble. La
collecte sélective assure moins de pertes de matières lorsque celles-ci sont traitées ainsi qu’une
meilleure qualité de produit en sortie (Cimpan et al., 2015). Les déchets concernés par la
collecte séparée sont essentiellement les matières recyclables (verre, papier, carton, plastique,
métal) et les bio-déchets (déchets de cuisine et déchets verts). En triant les déchets à la source,
il serait possible de croire que nous contribuons à protéger notre planète pour continuer à y
vivre durablement comme le signale le rapport de Brundtland.

49
Il faudra noter aussi que la notion de collecte diffère de celle de la pré-collecte. La pré-collecte
concerne toutes les opérations précédant le ramassage des déchets par le service d’enlèvement.
Dans quelques pays Africains et au Liban par exemple, des activités informelles de pré-collecte
des déchets recyclables sont effectuées par des individus pour la revente ; c’est aussi le cas des
« cartoneros » du Brésil dans les points d’apports volontaires dans la rue, ou même des
« ragpickers » en Inde qui font du porte-à-porte (Debout, 2012).

1.2.3.2. Le transport, le traitement et la valorisation des déchets


Le transport est le processus au cours duquel la camionnette remplie de déchets se déplace de
la zone de collecte au site de traitement ou de tri (Tanguy, 2017). Cette étape vient avant le tri
des déchets si cela n’est pas fait à la source ou par des activités individuelles informelles.

Le traitement est défini comme une manière d’agir sur une substance pour la modifier
(CNRTL.fr). Dans le cas d’un déchet, cette modification ou cette transformation renvoie soit à
l’extraction de sa part valorisable soit à la diminution de son aspect polluant (Tanguy, 2017) .
La valorisation des déchets est la somme d’actions rendant le déchet utile en passant ou pas par
sa transformation ou son traitement. Elle consiste, d'une façon générale, dans « le réemploi, le
recyclage ou toute autre action visant à obtenir, à partir des déchets, des matériaux
réutilisables ou de l'énergie » (France, loi du 13 juillet 1992). Le processus de valorisation se
construit sur une transition entre l’état provisoire de déchet pour un état de ressource. Le
recyclage est à la « frontière de laquelle un déchet n’est plus » (Pesqueux, 2016). La valorisation
des rebuts consiste essentiellement à recycler les emballages avec le déploiement des systèmes
de collecte sélective ainsi que la mise des filières de récupération.

En France, les voies de traitement des déchets apparaissent explicitement dans l’alinéa II de
l’article L541-1 du Code de l’environnement où il est précisé de « mettre en œuvre une
hiérarchie des modes de gestion des déchets consistant à privilégier dans l’ordre : a) la
préparation en vue de la réutilisation, b) le recyclage, c) toute autre valorisation, notamment la
valorisation énergétique, d) l’élimination » (Article L541-1, Alinéa II, 2010). Au Québec, la
Loi sur la Qualité de l’Environnement définit la valorisation de matière résiduelle comme
« toute opération visant par le réemploi, le recyclage, le compostage, la régénération ou par
toute autre action qui ne constitue pas de l’élimination, à obtenir à partir des matières

50
résiduelles des éléments ou des produits utiles ou de l’énergie ». (Loi sur la qualité de
l’environnement, s. d.).

La hiérarchie 3RV-E (réduction, réemploi, recyclage, valorisation et élimination) existe depuis


des décennies et est considérée comme cadre théorique fondateur de la gestion de déchets
moderne. De nos jours, une approche plus large vient s’ajouter, c’est celle des 4R-VD
(réduction, récupération, réutilisation, recyclage, valorisation et disposition) qui encourage une
gestion intégrée des déchets plutôt que de simples actions (Tanguy, 2017). La réutilisation est
l’approche la plus ancienne car elle était déjà répandue avant la mise en place d’une gestion des
déchets municipaux (Vergara & Tchobanoglous, 2012). A titre d’exemple, aux Etats-Unis dans
la période préindustrielle, les vêtements ainsi que d’autres matériaux qui n’étaient pas
disponibles en grande quantité étaient réparés ou échangés entre les ménages. Quant à la gestion
municipale, un des exemples de 14 réutilisations est celles des bouteilles en verre qui a été
appliquée puis abandonnée puis réintroduite en France et au Québec.

1.2.3.3. Vers une gestion plus durable


De nos jours, les pratiques vers la valorisation du déchet et le recyclage ont progressivement
transformé la gestion des déchets vers une gestion de ressources, car cela apporte davantage
potentiels pour la société (Hultman & Corvellec, 2012). Une fois traités, les déchets peuvent
remplacer certaines ressources fossiles dont l’extraction paraît onéreuse et surtout polluante.
De même pour les déchets organiques qui permettent de fournir de l’énergie et du compost à
partir de leur digestion anaérobique. Ceci nécessite des investissements et des collaborations
entre les collectivités locales pour une mise en place d’une bonne gestion allant de la logistique
de récupération jusqu’au traitement des déchets.

Les pratiques raisonnées des ménagers deviennent comme emblèmes d’une forme d’écologie
au quotidien. Ainsi, en triant les déchets à la source, il serait possible de croire que nous
contribuons à protéger notre planète pour continuer à y vivre durablement comme le signale le
rapport de Brundtland. Aujourd’hui, nous parlons même « d’économie circulaire » prometteuse.
« Pouvoirs publics, industriels, associations environnementalistes, tout le monde semble
d’accord : le zéro-déchet est l’idéal vers lequel il est devenu impératif de tendre »
(Monsaingeon, 2017). Selon le rapport GWMO (Wilson et al., 2015) de 2015, la gestion des

51
déchets pourrait évoluer vers une « gestion de ressources », avec des initiatives politiques
complémentaires telles que la consommation et la production durables, l'économie circulaire et
"l'économie verte".

Ikhlayel et Nguyen (Ikhlayel & Nguyen, 2017) signalent que la résolution des problèmes liés à
la gestion des ressources d’eau et la gestion des déchets sont deux préoccupations pesantes pour
le développement durable des sociétés. Résoudre les deux problèmes d’un point de vue
technique ne suffit pas. En effet, l'engagement des parties prenantes est crucial pour atteindre
le développement durable. Les résidents, les autorités locales, les gouvernements et les
universités doivent tous être encouragés à participer à l'accélération du processus de
développement de manière saine. Les solutions techniques, associées à la participation des
parties prenantes, peuvent mener à la mise en œuvre de politiques qui permettront de résoudre
ces problèmes et d'améliorer la situation actuelle.

La gestion des déchets est constituée de points fixes comme les stations de transfert, les centres
de tri et les décharges ; ainsi que des connexions mobiles comme les parcours de collecte et de
transport des déchets. Le service de gestion des déchets appartient donc à la catégorie des
services urbains en réseaux. D’où il sera important d’introduire ce qu’est un réseau (Debout,
2012).

Dans notre cas, il sera important de montrer l’exemple de la gestion des déchets dans les pays
en développement avant d’exposer la situation actuelle au Liban, un pays considéré en
développement d’après l’OECD (Organisation de Coopération et de développement
économiques).

Figure 1: Gestion des déchets dans les pays en développement

52
Source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gestion_de_d%C3%A9chets_Pays_en_d%
C3%A9veloppement.png?uselang=fr

1.2.4. La crise des déchets à Beyrouth

1.2.4.1. Aperçu général sur la gestion des déchets au Liban


La population au Liban en 2013 est de 5.6 millions (dont 1.5 million de réfugiés enregistrés
depuis 2011, début de la guerre en Syrie) comparé à 4.5 millions en 2009. Le pays génère (en
2013) aux alentours de 2 millions de tonnes de déchets ménagers solides (DMS) en plus de 0.5
million de tonnes produits par les réfugiés syriens depuis 2011, et une moyenne de 1.05 kg par
jour par habitant ; une augmentation prévue de la production de déchets est estimée à 1,65% en
moyenne par an dans l'ensemble du pays, mais elle est cependant inégalement répartie dans les
différentes régions. Selon le dernier rapport sur les déchets solides au Liban, plus que 3 mille
tonnes de déchets dangereux sont générées par an et la plupart est mélangée avec les déchets
ménagers. Les quantités de déchets de soins est de 25 milles tonnes par an, celles des déchets
industriels (dangereux et non dangereux) est de 188,850 tonnes par an. La collecte des déchets
ménagers est de 100% dans les villes et de 99% dans les zones rurales (SweepNet, 2014).

53
Tableau 2: Typologie de déchets solides

Source (SweepNet, 2014)

Composition des déchets solides au Liban:

- Organique : 52.5%
- Papier/carton : 16%
- Plastique : 11.5%
- Métal : 5.5%
- Verre : 3.5%
- Autres : 11%

D’après le rapport Sweep-Net en 2014, 9% des déchets municipaux sont compostés, 8%


recyclés, 53% mis en décharge, et 30% déversés ouvertement. Le Liban dispose de trois
décharges contrôlées et opérationnelles, trois autres construites mais non opérationnelles, deux
en cours d’étude et une seule en cours de construction.

Plusieurs institutions gouvernementales sont impliquées dans la gestion des déchets solides au
Liban : le Ministère de l’Environnement (ME), le Ministère de l’Intérieur et des Municipalités
(MIM), et le Conseil pour le Développement et la Reconstruction (CDR). Le CDR est l’autorité
principale qui gère les déchets ménagers solides dans la région de Beyrouth et au Mont Liban,
alors que dans la plupart des autres régions du pays, ce sont les autorités locales dont les
municipalités qui sont responsables de la collecte des déchets. Un chevauchement des

54
responsabilités entre les différentes autorités forme un obstacle majeur à la mise en œuvre d’un
système intégré de gestion des déchets municipaux.

En l’absence de la mise en place d’une stratégie de gestion des déchets solides pour le pays, les
coûts de transport et de traitement des déchets varient considérablement entre les différentes
régions. D’après le rapport de Sweep-Net en 2014, le coût de collecte et de transport à Beyrouth
et Mont Liban est de 32 dollars US par tonne, et le coût total de la collecte à l’élimination des
déchets arrive à 130 dollars US par tonne, alors qu’au nord du pays (Tripoli) par exemple le
coût total est entre 20 et 30 dollars US par tonne.

1.2.4.2. Faits et chiffres avant la crise de 2015


La gestion des déchets solides (GDS) était l’une des priorités du gouvernement libanais pour
éliminer les séquelles de la guerre civile qui a débuté en 1975 et qui a duré 15 ans, au cours
desquels tous les services publics se sont détériorés.

Après la guerre, l’infrastructure du pays était détruite. En 1993, la Banque mondiale a prêté 175
millions de dollars au pays pour des travaux de « reconstruction et de réhabilitation d’urgence »
sur une période de trois ans. L’un des objectifs principaux du prêt est de développer un système
de gestion des déchets dans tout le pays. Peu après, la partie du prêt qui était attribuée à la
gestion des déchets a été retirée du projet principal pour devenir un projet à part entière pour
une période allant jusqu’en 2003. En 1994, la société privée, Sukleen, a remporté l’appel d’offre
international pour la collecte des déchets à Beyrouth et en banlieue. Le projet était organisé par
le Conseil pour le développement et la reconstruction (CDR) et était supervisé par la Banque
mondiale. Sukleen a donné 14,9 dollars le prix de la tonne et a été payée 3,6 millions de dollars
pour la collecte de 240,000 tonnes de déchets au cours de la première année du contrat (AUB,
2016).

Début 1995, le CDR attribue à Averda, société mère de Sukleen, des travaux de balayage pour
la capitale et banlieue sans avoir lancé un appel d’offre officiel. Selon Averda (SOER, 2010),
la société a fréquemment reçu de nouveaux travaux sans appel d'offres. À l’origine, la zone de
service était inférieure à 100 kilomètres carrés. Mais le CDR a étendu la zone de service à 1380
km 2. L'expansion a commencé en 1995 et s'est poursuivie progressivement, générant plus de
2,1 millions de tonnes de déchets par an en 2014.
55
En 1997, un système de gestion des déchets solides relativement avancé a été mis en place à
Beyrouth et dans certaines parties du Mont-Liban (à l’exclusion de Jbeil). Ce plan inclut le tri
manuel et mécanique des déchets ménagers, la séparation des matières organiques, le
déversement et le traitement aux centres de Sukleen et Sukomi à Karantina et à Amrousieh. Le
plan comporte aussi le compostage ainsi que la mise en décharge des déchets et des matières
inertes aux sites de Naameh et de Bsalim, respectivement. Cependant, de nombreux obstacles
ont entravé son bon fonctionnement, notamment la capacité limitée des sites disponibles par
rapport aux grandes quantités de déchets générés. En conséquence, plus de 85% des déchets ont
été éliminés à la décharge de Naameh, qui à l’origine faisait partie d’un plan d’urgence sur cinq
ans et qui était destiné à recevoir des quantités limitées de déchets (AUB, 2016).
La figure suivante illustre le plan d’urgence pour la gestion des déchets solides à Beyrouth et
au Mont Liban qui a été adopté depuis 1997.

Figure 2: Etat et tendances de l'environnement libanais

Source : (SOER, 2010, p.275).

56
En dehors de la région de Beyrouth et du Mont Liban, plusieurs projets de mise en place d’une
gestion des déchets étaient étudiés et appliqués partiellement ou entièrement (SOER, 2010). En
1998, le CDR signe un contrat avec la société Batco pour la réhabilitation de la décharge semi-
contrôlée de Tripoli au nord du pays, afin de réduire les risques environnementaux. Ce contrat,
renouvelable tous les ans, vise à traiter les déchets solides en utilisant des méthodes appropriées
de décharge sanitaire, d'extraction du gaz généré et d'incinération ; ce projet n’a toujours pas
vu le jour et la situation dans la capitale du nord est catastrophique. En 2001, le CDR signe un
contrat avec un entrepreneur pour exploiter le nouveau site d'enfouissement sanitaire à Zahlé,
la capitale de la Bekaa qui se situe au centre du pays, et pour transférer les déchets entassés de
l'ancienne décharge non contrôlée vers le nouveau site d'enfouissement. Les travaux et les
acquisitions des deux premières années ont été financés par la Banque mondiale. Ce site
fonctionne toujours et reçoit plus que 350 tonnes de déchets solides de 27 municipalités dans la
région. En 2017, ce site a reçu un nouveau financement pour installer un système de tri
mécanique pour une capacité de 25 tonnes de déchets par jour. En 2012, à Saida, au sud du
pays, une usine et un centre de tri et un digesteur anaérobique a été le fruit d’un financement
privé. L’usine reçoit les déchets de 16 municipalités dans la région de Saida. Depuis 2011, onze
petits projets de compostage ont été financés par l’Union Européenne et construits par OMSAR
avec une capacité de produire entre 10 et 150 tonnes de composts par jour, ainsi que d'autres
petites usines de compostage qui ont été installées dans des petits villages sélectionnés et
financés par le USAID (United States Agency for International Development). Dans le reste du
pays, la gestion des déchets est caractérisée par des pratiques rudimentaires de collecte et
d’enfouissement (MOE/EU/UNDP, 2014). En 2011, le ministère de l’environnement, en
coordination avec le UNDP a préparé une étude détaillée pour un plan de clôture ou de
réhabilitation des décharges incontrôlées. Une plateforme équipée d’un système d’information
géographique (GIS) a été spécialement créée pour déterminer les emplacements des sites. Cette
analyse à multicritères et approfondie des risques – tenant en compte tous les facteurs
physiques, géologiques, environnementaux, juridiques et socio-économiques – a été utilisée
pour hiérarchiser les décharges et identifier l’option de réhabilitation la plus appropriée. Cette
étude a montré que le nombre total des décharges était de 504, et le coût de leur clôture ou leur
réhabilitation était de 52 millions de dollars US, dont 35 millions de dollars pour la fermeture
de 20 décharges prioritaires. Ce plan a aussi identifié 166 décharges qui étaient en état de
démolition et construction dans de diverses régions, ainsi que les coûts pour la clôture ou la
57
réhabilitation. (UNDP et al., 2017). Selon cette étude, il n’existe pas de coûts explicites ni de
système de recouvrement des coûts au pays, ce qui laisse ce secteur souffrir de déficits
budgétaires majeurs. La collecte, le traitement ou l’élimination des déchets solides occupe une
part importante des budgets municipaux, laissant peu de financement pour les projets de
développement communautaires. Le financement des infrastructures de gestion des déchets est
actuellement assuré par trois mécanismes : les budgets et fonds municipaux, les redevances
payées directement par les municipalités ainsi que les prêts et dons internationaux.

Le tableau suivant donne un aperçu des pratiques d'élimination des déchets au Liban par
département.

Tableau 3: Les pratiques d'élimination des déchets solides municipaux

Source : (SOER, 2010)


58
En 2013, le CDR signe un contrat avec Sukleen pour la collecte des déchets ménagers solides
et pour le balayage des rues dans le Grand Beyrouth et certaines régions du Mont-Liban. Cette
région accueille plus de 60% du total des déchets générés dans tout le pays. Le CDR a également
signé deux contrats avec Sukomi (une société partenaire de Sukleen) pour l'exploitation des
usines de traitement des déchets solides d'Amrousieh et de Qarantina et de l'usine de
compostage Coral, et pour la construction des décharges sanitaires de Naameh et de Bsalim.

Projets en phase de préparation (période allant de 2006 jusqu’en 2015) :

En 2006, un plan national pour une gestion des déchets solides a été défini et approuvé par le
Conseil pour le développement et la reconstruction (CDR) en collaboration avec le Ministère
de l'Environnement (MoE). Le plan propose un système intégré de gestion des déchets solides
municipaux qui couvre l'ensemble du pays sur une période de dix ans. Il comprenait la collecte,
le tri et le recyclage, le compostage et la mise en décharge sanitaire.

En raison de la guerre de juillet 2006, le plan a cependant été suspendu jusqu’en septembre
2010, où il a été convenu les deux points suivants :

- L’adoption d’un nouveau plan de gestion des déchets solides dans toutes les régions libanaises,
grâce à l’adoption de technologies de décomposition thermique et de valorisation énergétique
des déchets dans les grandes villes ;

- L’application du plan national de 2006 dans le reste du pays.

En 2010, une société de conseil danoise, Ramboll, a été chargée de mener les études nécessaires
liées à la mise en œuvre du nouveau plan. Le plan national divise le pays en quatre zones de
services, chacune étant supposée traiter tous les déchets solides générés, de sorte qu'aucun
transport transfrontalier de déchets ne doit être autorisé. Les zones desservies sont Beyrouth et
le Mont-Liban (1), le Liban-Nord et Akkar (2), la Bekaa et Baalbeck-Hermel (3) et le Sud-
Liban et Nabatiyeh (4).

La zone de service 1 génère chaque année environ 1 million de tonnes de déchets qui sont
acheminés vers deux centres de tri situés près de Beyrouth, où les déchets volumineux sont
éliminés et les déchets restants sont mis en décharge. Selon le rapport Ramboll 1, environ 850
000 tonnes de déchets ont été envoyées en décharge.

59
En 2013, un plan national complet de gestion des déchets solides a été présenté au comité
interministériel. Ce plan reposait sur l’étude Ramboll et sur la décision numéro 55 du Conseil
des ministres de 2010, qui prévoyait notamment l’adoption du traitement thermique des déchets
et de la valorisation énergétique dans les grandes villes, et l’engagement pris dans le plan de
gestion des déchets solides de 2006 dans le reste du pays (CDR, 2014). Malheureusement, le
plan n’a pas été présenté au Conseil des Ministres en raison de la démission du gouvernement.

La gestion des déchets ménagers dans le pays ne bénéficiait toujours par d'une politique bien
définie pour préciser les outils ou moyens permettant d'atteindre les objectifs, ou pour que les
autorités principales joignent leurs efforts pour aboutir à une solution définitive. Des difficultés
majeures ont été rencontrées dans la mise en œuvre des stratégies (2003, 2006 et 2010) en raison
des objections de la population ainsi que des contraintes de financement (SweepNet, 2014).
Alors que les projets de plans étaient encore en discussion, le contrat de décharge sanitaire de
Naameh a expiré mi-janvier 2015, mettant en péril le sort de la gestion des déchets à Beyrouth
et au Mont-Liban. Depuis janvier 2014, des habitants et des militants écologistes ont commencé
à manifester et à bloquer les routes menant à la décharge de Naameh.

1.2.4.3. L’éclatement de la crise en 2015


La crise des déchets explose en juillet 2015, après la fermeture de la décharge la plus grande de
Beyrouth, celle de Naameh, qui accueillit plus de 90% des déchets de la capitale, et ce à la
demande de ses habitants à cause de sa surexploitation. Destiné à l'origine à recevoir deux
millions de tonnes sur cinq ans à partir de 1998, le site d'enfouissement faisait partie d'un plan
d'urgence visant à fermer la décharge de Burj Hammoud. Cependant, le gouvernement a
prolongé sa durée de vie sans suivre correctement le plan de 2006 du ministère de
l’Environnement qui a été modifié en 2010 et qui consistait à rechercher un nouveau site
d’enfouissement. Les quantités de déchets ont été multipliées par huit depuis sa mise en marche
en 1998. Le gouvernement n’ayant pas de plan alternatif, la décharge de Naameh ferme ses
portes et les ordures commencent à s’amonceler dans les rues de Beyrouth et au Mont Liban.
Durant plus de huit mois, la seule solution possible était de les brûler au milieu des quartiers
résidentiels et de les jeter dans les vallées et dans des sites d’enfouissement illégaux et à l’air
libre.

60
Quelques zones n'ont pas subi les conséquences de la fermeture de la décharge de Naameh, car
elles avaient déjà installé des usines de tri et de compostage, des digesteurs anaérobies ou
d'autres décharges sanitaires. Cependant, dans la plupart des municipalités de Beyrouth et du
Mont-Liban, les déchets ont été jetés ouvertement dans les rues, sous les ponts, dans les vallées,
etc. Dans la plupart des cas, ces décharges à ciel ouvert ont été brûlées. Cela a eu des effets
néfastes sur l'environnement et la santé publique, tels que l'absorption de toxines dans le sol, la
libération de gaz à effet de serre, les risques d'incendie et les maladies de la peau, ainsi que
l'augmentation des infections microbiennes qui se propagent par l'air et l'eau contaminée, ainsi
que d'autres problèmes de santé(AUB, 2016).

D’après le guide de l’AUB, les effets de la combustion et de l’enfouissement des déchets à l’air
libre sur la santé :
Open dumping (décharges non contrôlées) :
- Libération de mauvaises odeurs et de gaz ;
- Absorption de toxines par le sol et risque de contamination des eaux souterraines et de surface
dû à la production du liquide noir « leachate » ;
- Importants flux de gaz à effet de serre ;
- Perte de ressources qui pourraient être recyclées ou réutilisées pour la récupération d'énergie ;
- Multiplication de rongeurs sauvages pouvant transporter diverses maladies microbiennes et
parasitaires, dont certaines sont également infectieuses pour l'homme et les animaux
domestiques dont beaucoup sont asymptomatiques ;
- Multiplication d’autres maladies transportées par des insectes comme les moustiques, les
puces, les blattes, ainsi que les espèces fongiques comme les tiques ;
- Risques d’incendie et risques de contacts directs et de blessures pouvant entraîner des
réactions allergiques et des maladies de la peau ainsi que plusieurs types de cancers ;
- Menaces microbiennes : les bactéries (salmonelles, E. coli, choléra, etc.) qui se transmettent
par la nourriture ou par contact direct avec les animaux, les insectes, les rongeurs et par des
sources d'eau. Ils peuvent également devenir résistants aux antibiotiques ; les champignons qui
se propagent dans l’air et dans l’eau contaminée et engendrent des complications respiratoires
telles que l'asthme et les allergies ; les parasites qui se propagent dans l’eau polluée, les
aliments, les insectes et les chiens ; les virus (hépatites A et E et rage), qui se transmettent par
les insectes, les rats, les poulets, les chauves-souris et les chiens.

61
Open burning (brûler les déchets à l’air libre) :
- Prolifération de résidus toxiques et de vapeurs pouvant causer des difficultés respiratoires ;
- Risque d'explosion ou de propagation du feu ;
- Emission de substances nocives telles que le gaz à effet de serre, l’amiante, le benzène, les
gaz acides, les métaux et le polycycliques hydrocarbures aromatiques et la propagation de
dioxines dans l'air ;
- Augmentation du risque de cancer dans les communautés voisines, notamment à cause des
dioxines, substance très nuisible pour l'homme ;
- Une étude menée à la suite de la crise des déchets a montré une augmentation massive du
risque de cancer (Baalbaki et al., 2016).

Subséquemment, le déchargement et le brûlage à ciel ouvert présentent des risques


extrêmement élevés de contamination des ressources naturelles par des substances et des
polluants toxiques qui augmentent les risques de contaminations, de maladies et d’infections.
Ils génèrent également des menaces de maladies infectieuses, maladies respiratoires, les
maladies de la peau, etc. Par conséquent, le brûlage à l'air libre doit être complètement interdit
et les décharges ouvertes doivent être fermées et réhabilitées le plus tôt possible afin d'éviter
des répercussions catastrophiques sur la santé. Enfin, les pesticides chimiques doivent être
évités car ils pourraient nuire accidentellement à l'homme ou aux animaux, ainsi que fumées et
particules toxiques au cas où elles seraient pulvérisées sur des décharges ouvertes qui seraient
ensuite brûlées. Il sera aussi nécessaire de mettre des pièges et autres moyens pour éloigner les
familles de rongeurs.

Enfin, il est important de préciser que la crise des déchets est une occasion de réexaminer la
réforme requise, de commencer à préconiser une décentralisation administrative et promouvoir
le développement durable. Pour ce faire, il serait important d’évaluer la situation actuelle de la
gestion des déchets et la faisabilité de sa décentralisation (ressources humaines, financières et
techniques) afin de fournir aux municipalités les structures, les partenariats et le financement
nécessaires.

Depuis l’éclatement de la crise des déchets en 2015, plusieurs activistes environnementaux


lèvent la voix et appellent à des manifestations dans le centre de Beyrouth, incitant le
gouvernement à opter pour une stratégie de gestion qui commence par la réduction à la source,

62
la collecte des déchets sans compactage, le tri secondaire, le recyclage, le compostage, la
récupération d'énergie et la mise en décharge contrôlée. D’après l’ingénieur industriel et
l’expert en matière de valorisation des déchets, Ziad Abi Chaker, les ménages n'étaient pas
impliqués dans le plan de gestion des déchets de Beyrouth et du Mont-Liban avant la crise. Le
CDR représente le gouvernement, les municipalités, ainsi que Sukleen, une entreprise privée
chargée de la collecte, du traitement, de l'enfouissement et du nettoyage de la ville étaient les
seuls acteurs impliqués. Après la grève des déchets qui a duré plus que huit mois, les gens ont
commencé à interagir et à apprendre autour de leurs déchets afin de s’en débarrasser. Ils
devaient trouver des solutions rapides mais appropriées au moment où la crise commençait à
poser de graves problèmes d’environnement et de santé.
Plusieurs plans de gestion de la situation de crise ont été proposés par diverses parties
environnementales telles que Arc En Ciel, (2015) :
- Imposer immédiatement le tri à la source, et répartir les déchets en 2 catégories
(recyclables/non recyclables). Ceci devrait permettre de raccourcir le transport de
déchets jusqu’aux sites d’enfouissement ainsi que les quantités envoyées ;
- Proposer une stratégie nationale définitive basée sur la valorisation, la décentralisation
et la définition des techniques de gestion. Cette stratégie devrait obligatoirement amener
vers zéro enfouissement et zéro incinération. La récupération d’énergie devrait se
limiter à la méthanisation et au RDF (refused derived fuel) ;
- Décentraliser : Les municipalités sont génératrices de déchets. Elles sont donc les
propriétaires et les responsables. Pour cela, il sera important de créer des clusters ou
zones de service de 10,000 à 100,000 habitants (les municipalités riches ne disposant
pas de terrains s’associent avec d’autres municipalités pauvres ayant des terrains) ;
- Promouvoir les partenariats public-privés (PPP) et favoriser l’émergence d’entreprises
sociales : assurer une sécurité juridique aux futurs acteurs et investisseurs dans ce
secteur. Créer un fond pour la formation de petites entreprises conformes aux normes
d’une bonne gestion et vertes. Encourager les entrepreneurs locaux qui sont concernés
par le développement durable. Accréditer les opérateurs/municipalités selon des
standards préétablis et mettre en place des systèmes de contrôle et de sanctions.
Sensibilisation de la population au tri et au recyclage ;
- Assurer aux municipalités des formations et un appui technico-financier pour la gestion
des déchets et encourager les partenariats public-privé (PPP).

63
Depuis Mars 2016, et après huit mois de grève des déchets dans la capitale et le Mont Liban, le
gouvernement a adopté un plan intermédiaire de faire fonctionner deux sites, la décharge de
Bourj Hammoud située sur la côte dans la banlieue nord de la capitale et la décharge de Costa
Brava située dans la banlieue sud. Dans les deux cas, la construction d’un brise-lames était
prévue dans la construction de cellules d’enfouissement, pour empêcher la pollution de la mer
méditerranéenne. La décharge de Bourj Hammoud, outre le fait qu’elle reçoit les déchets
municipaux de la région affectée, doit servir au traitement de l’ancien dépotoir qui a desservi
le Mont Liban pendant la guerre et qui a été fermé en urgence en 1997. Ces deux sites
provisoires sont sursaturés en 2018 et malgré les protestations, ils continuaient à recevoir les
déchets jusqu’en 2021.

En conclusion, l’échec de la politique de gestion des déchets au Liban, la saturation des


décharges sanitaires et les dangers de l’incinération sont les raisons pour lesquelles le pays ne
réussit pas à adopter une solution à long terme comme l’indique l’expert Mario Ghorayeb en
2018 dans son article (article imprimé dans « le commerce du Levant », Février 2018). Une
nouvelle grève des déchets était prévue pour 2019. Ceci est dû à la mauvaise gestion des
décharges provisoires, qui sont en train de recevoir des quantités supérieures à celles qui ont
été prévues dans le plan intermédiaire qui a été décrété par le gouvernement en 2016. Ceci va
sursaturer les décharges surtout que les déchets ne sont pas traités avant la mise en décharge en
termes de tri, recyclage ou compostage. Tout ceci succède à un cumul des déchets à partir des
années 1990 après 15 ans de guerre et surtout à cause de la non-application des promesses du
gouvernement libanais concernant la décentralisation de la gestion des déchets au niveau
municipal et la non-libération de fonds nécessaires aux municipalités pour qu’elles puissent
instaurer un plan stratégique au niveau de la gestion des déchets. L’incinération, la seule
solution proposée par le gouvernement, ne serait pas le remède principal dans la gestion des
déchets. Les détritus doivent passer par une chaîne complète qui commence par le tri à la source,
la valorisation des matières premières que ça soit au niveau du recyclage ou du compostage ;
les matières qui ne sont ni recyclées ni compostées peuvent être traitées en termes d’incinération
ou mise en décharge. Mais le problème au Liban est beaucoup plus que technique, c’est un
problème de confiance. Le processus d’incinération va générer des cendres toxiques qui
peuvent affecter notre santé et notre environnement, celles-ci peuvent être disposées d’une
manière sporadique dans des décharges et des sites d’enfouissement alors qu’elles ont besoin
d’un traitement spécifique.
64
Point chapitre :

L’aperçu sur les déchets, leur histoire à travers les siècles ainsi que les conséquences
désastreuses d’une mauvaise gestion des déchets jusqu’à l’éclatement de la crise en 2015, le
contexte libanais représente un terrain de recherche attrayant. C’est au regard de la crise que les
détritus sont au centre d’une transition vers la soutenabilité. Nous avons pu constater qu’une
prise de conscience a eu lieu depuis quelques années, suite aux nombreux scandales
environnementaux. Depuis, le pays vit une émergence de réseaux sociaux. Sous forme de
nouvelles injonctions participatives de circulation des déchets ménagers, ces réseaux appellent
à la formation d’organisations apprenantes. Ces initiatives appellent à une prise en compte des
citoyens, qui ne seraient pas dissociés, dans leur action, des autres acteurs comme les experts,
et les autorités responsables de la gestion.

Debout signale qu’à n’importe quelle étape du service de gestion des rebuts, les résidus peuvent
être déposés ou collectés, tandis qu’autour du déchet lui-même, s’associent plusieurs actions
individuelles et collectives qui remet en évidence l’importance des réseaux sociaux pour un
service de gestion des déchets unifié (Debout, 2012). Dans le cas du tri sélectif par exemple, il
ne s’agit pas seulement de l’individu, seul, face à ses poubelles, mais de la gestion de l’ensemble
des déchets par plusieurs acteurs mobilisés (Galateau, 2013). D’où il serait important de
s’intéresser aux différentes organisations qui structurent la société dans cette réorientation vers
une gestion durable au Liban. En effet, les pratiques et comportements des individus ainsi que
les relations entre les différents acteurs impliqués dans la gestion des déchets appellent à une
relecture des interactions formant des réseaux de circulation des déchets.

L’urgence au Liban est à une orientation politique nouvelle impliquant plusieurs acteurs et
agissant en réseau. D’où vient la nécessité d’étudier la capacité des initiatives locales et
l’émergence des réseaux de collecte, de tri et de gestion à stabiliser une gouvernance des déchets
dans le pays. Cette situation particulière, dans un pays plein de controverses, contribue à la
création de savoir sur les enjeux conceptuels de la question de soutenabilité.
Tout ceci devra répondre à la complexité de l’objet « déchet » qui appelle à des interactions
entre acteurs afin d’être gouverné, permettant ainsi la constitution d’apprentissage collectif.

65
2. Chapitre 2 : Pourquoi adopter une approche en
acteur-réseau ?

« Nous vivons le temps des objets », constate J. Baudrillard : « je veux dire que nous vivons à
leur rythme et selon leur succession incessante. C'est nous qui les regardons aujourd'hui
naître, s'accomplir et mourir alors que, dans toutes les civilisations antérieures, c'étaient les
objets, instruments ou monuments pérennes, qui survivaient aux générations d'hommes »
Baudrillard, 1970, p. 18 (Le Menestrel, 1996).

Pourquoi une entrée par une approche sociale ?

Notre objectif étant de comprendre le rôle que jouent les déchets dans cette transition vers la
soutenabilité, et plus précisément l’émergence des réseaux sociaux dans la genèse d’une
gouvernance partenariale multi-niveaux, nous essayons d’interpréter la réorganisation de la
gestion des déchets depuis l’éclatement de la crise en 2015 à Beyrouth qui a impliqué de
nouveaux acteurs. Cela nous pousse à comprendre les structures sociales et les modèles
particuliers concernés.

A cette étape de notre réflexion, nous nous intéressons aux structures sociales et techniques qui
se forment afin de trouver des solutions de gestion durable des déchets. La gestion des déchets
ménagers fournit un terrain d’observation remarquable pour appréhender les échanges qui
prennent place entre les sous-systèmes fonctionnellement aménagés par les autorités publiques
d’un côté et les constituantes du monde vécu d’un autre côté. Une coalition rallie plusieurs
entités hétérogènes : les habitants, les mouvements environnementaux, les autorités publiques
ainsi que les pouvoirs publics et milieux industriels. Pourtant, toute une série de contraintes
vient se déplacer ; ceci pousse à chercher les logiques socio-économiques sous-jacentes qui font
appel aux différents acteurs pour une réorganisation d’une gestion des déchets. Pour cela, les
angles d’analyse proposés par Callon et Latour dans un processus sociologique ou de traduction
semblent propres à rendre compte de ces formes d’opérations et de leurs articulations.

66
Cette première partie du chapitre répond à un double objectif : exposer les recherches effectuées
dans ce domaine et justifier le choix de la mobilisation d’une approche interactionniste
spécifique, celle de l’acteur-réseau.

Dans un premier temps, pour répondre à la première clarification, il est nécessaire de convoquer
les différentes approches ainsi que les perspectives dites sociotechniques qui impliquent
plusieurs acteurs. Dans un second temps, afin de pouvoir justifier notre choix de l’approche
sociologique de l’acteur-réseau dans notre recherche, nous exposerons les limites des approches
présentées, qui sont en rapport avec notre objet de recherche : comprendre la circulation des
déchets à travers la dynamique de réseaux qui se forment à travers les interactions entre les
différents actants de la crise actuelle au Liban, et qui par la suite conduisent à une émergence
d’une gouvernance partenariale à multi-niveaux. Les réseaux sociaux ainsi que la gouvernance
seront élaborés plus tard dans les chapitres qui suivent.

Nous abordons en premier lieu l’approche sociotechnique, puis le modèle SCOT (Social
Construction of Technology) ainsi que l’approche d’Alter connue sous le terme « sociologie de
l’innovation ». On va ensuite exposer brièvement la théorie des représentations sociales car
cette dernière permet de créer des liens entre l’individu et la société. Et pour finir, on va
présenter la perspective « multi-niveaux » de Geels qui intègre un modèle structurel complexe,
et qui est utilisée surtout pour expliquer les changements pouvant décrire les innovations.

Cependant, ces travaux offrent quelques éclaircissements à notre objectif de recherche, mais
leurs limites nous ont conduits à adopter la perspective de l’acteur-réseau.

L’approche sociotechnique s’est développée par Trist et Bramforth depuis 1951 et a été reprise
par plusieurs chercheurs notamment Shani et Al. (1992). Les résultats humains et
organisationnels ne pouvaient être interprétés que lorsque les systèmes sociaux,
environnementaux et technologiques étaient perçus comme une seule entité et non séparément.
Car d’après Trist et Bramforth (1951), le tout constitue un « système socio technique ». Donc,
l’organisation sociale est affectée par la technologie car ce sont deux systèmes qui interagissent.
Cette approche donne une part importante à la technologie utilisée. Les chercheurs de
l’approche sociotechniques considèrent la technologie ou même le système technique, comme
une boite noire. Les objectifs de ces boites répriment le système social (Grint et Woolgar, 1997).
Cette approche porte son intérêt sur la construction d’une « paix sociale » plutôt que de
considérer les vraies possibilités d’action, d’interprétation et de reconstruction des usagers de

67
la technologie durant les phases du processus. Selon Trist et Bamforth, le système social et celui
technique se complètent mais sont indépendants puisque le premier suit les sciences sociales et
le second concerne les lois de la nature. D’après ce que l’auteur signale, cette approche se dévie
plutôt vers le déterminisme.

Le modèle SCOT (Pinch et Bijker 1984) relève de la perspective socioconstructiviste et


considère que les objets techniques sont construits à partir d’interactions entre des groupes
sociaux qui sont impliqués dans leur mise en œuvre. Orlikowski (Orlikowski, 1996) signale que
le modèle SCOT est une approche fondatrice dans l’étude de la relation technologie-
organisation, surtout dans le domaine des systèmes d’information. Ce dernier n’est pas le cas
dans notre recherche actuelle car nous ne parlons pas d’outil ni de système informatique. Mais
nous allons présenter les deux concepts principaux du modèle : l’innovation en tant que
processus non linéaire et la flexibilité interprétative. En premier lieu, le processus d’innovation
est linéaire car il provient uniquement des discussions entre acteurs et n’existe pas dans les faits,
car l’innovation, comme dans la technologie, prend forme à partir de négociations entre les
différentes entités. Il s’agit ici de « variations » ou de l’évolution de l’artefact, ainsi de
« sélections », c’est-à-dire lorsque les acteurs sont amenés à mettre en œuvre des choix
technologiques. Les négociations et les controverses qui prennent lieu entre les différents
groupes d’acteurs que les auteurs appellent « des groupes sociaux pertinents », donnent les
résultats de ces choix technologiques. Orlikowski souligne le rôle de cette approche de
construction sociale dans la plupart de ses recherches, qui prend en considération les
interactions multiples entre les acteurs et l’objet technique. D’où la proximité de cette approche
avec celle de l’acteur-réseau qui toutes les deux régissent des controverses et des compromis
dans l’agencement sociotechnique.

En deuxième lieu, les auteurs du modèle SCOT ont présenté une autre notion qui permet de
mieux comprendre le fonctionnement de l’objet ou artefact. Ceci dépend de la signification qui
lui est attribuée par les acteurs et non pas de l’artefact lui-même (Pinch et Bijker 1984). D’où
la notion de « flexibilité interprétative » qui a été par la suite adoptée par plusieurs chercheurs.
La conception d’une technologie est un processus flexible qui peut engendrer des résultats
différents qui dépendent des circonstances sociales du développement. Pour Bijker et Pinch
(1987), cette flexibilité interprétative ne prend place que pendant la phase de développement de
la technologie. Mais pour Law et Callon (1992), elle est davantage liée à l’artefact et elle est
capable de représenter différentes interprétations pour chacun des acteurs impliqués. Les

68
auteurs du modèle SCOT ont développé le concept de « groupes sociaux pertinents » car pour
eux les membres d’un même groupe partagent les mêmes significations pour chacun des
artefacts (Bijker, Hughes et Pinch, 2012). Ces mêmes chercheurs ont ensuite développé un
nouveau modèle nommé TCOS (Technical Construction of Society) qui amène les individus à
avoir des interprétations communes de la technologie. Le cadre technologique permet de
distinguer, pour chaque personne, un problème pertinent d’un autre qui ne l’est pas, et donc à
connaître les exigences d’une bonne solution. Ce modèle est considéré comme dynamique car
son contenu change au travers des interactions entre les acteurs, d’où son intérêt majeur dans la
contextualisation des relations sociotechniques. Cependant, ce modèle présente des limites, ce
qui freine sa mobilisation dans le cadre de notre recherche. Les auteurs de cette approche
considèrent deux éléments principaux qui sont la technologie et les groupes sociaux. Alors que
dans notre recherche, ce n’est pas la technologie en elle-même que nous cherchons car notre
objectif est de voir si la circulation des réseaux sociaux amène à la création de savoir, qui est
l’ingrédient d’un apprentissage. Alors que dans le modèle SCOT, l’importance porte sur la
technologie qui est considérée comme une boite noire lors de sa diffusion. Les usagers
négocient avec une machine qui leur offre des capacités d’usage (Flichy, 2003). Les interactions
entre les différents acteurs et les controverses sont occultées par ce concept. La théorie
sociotechnique est étroitement attachée à la méthodologie de « recherche intervention » ou
« recherche action » car elle met plus l’accent sur l’aspect social que sur celui technique de
résolution de problèmes. Elle permet d’établir un apprentissage mutuel entre les usagers et les
chercheurs ; ce qui facilite aux utilisateurs de percevoir, comprendre et résoudre leurs
problèmes d’organisation ( (Rojot 2016, p.132).

Quant aux sociologues de l’innovation, citons Alter (2006) qui souligne dans sa perspective un
lien entre technologie et organisation, surtout lorsqu’il s’agit de la conception d’une innovation.
Il considère la dimension collective comme prédominante sur les caractéristiques intrinsèques
de l’innovation. Il parle d’un management « chemin faisant ». Il s’appuie sur deux logiques
antagonistes : celle des gestionnaires attachés à une logique d’ordre et celle des inventeurs liés
à une logique d’innovation qui dévie la logique d’ordre établie dans l’organisation. Il souligne
l’importance du collectif pour le développement de la technologie innovante au niveau national.
Il reconnait que « le développement d’une innovation ne repose aucunement sur la qualité
intrinsèque des inventions mais sur la capacité collective des acteurs à leur donner sens et
usage » (p.88). Selon le même auteur (Alter, 1999), le processus d’innovation est constitué de
trois phases : l’incitation, l’appropriation et l’institutionnalisation. Il souligne que l’idée de
69
départ ne se transforme en innovation que quand les acteurs arrivent à lui donner un sens. Dès
lors, les innovateurs sont appelés à négocier en permanence, à construire et déconstruire des
« réseaux d’alliés » afin de soutenir l’innovation. Notons ici que cette optique est largement
développée par les chercheurs de l’acteur-réseau, et qu’Alter (2003) étudie essentiellement le
passage de l’invention à l’innovation mais n’étudie pas l’évolution d’un système technique
après son institutionnalisation. Or, Akrich (2006) proclame qu’un système technique peut faire
l’objet d’innovation même après son institutionnalisation et sa diffusion. D’un autre côté,
l’approche d’Alter ne considère que légèrement les interactions fines entre les différents acteurs
tels que les utilisateurs, les décideurs et les concepteurs de l’innovation socio technique.

Une autre approche est celle des représentations sociales, qui sont définies par Jodelet (2003)
comme des formes de « connaissances socialement élaborées et partagées ayant une visée
pratique et concourant à la construction d’une réalité commune à un ensemble social » (p. 36).
Cette approche appartient à la psychologie sociale qui est constituée à partir de la notion de
représentation collective de Durkheim (Rojot, 2016). Elle se transcrit dans un processus de
construction de sens (Weick, 2006), prend en considération les dimensions cognitives et
sociales qui contiennent des savoirs, des valeurs et des prises de position envers un objet.

D’après Abric (Jodelet, 2003), à travers leurs fonctions justificatrices et adaptatrices, les
représentations sociales donnent des explications aux relations qu’entretiennent les individus
avec leur environnement social. Elles dépendent des circonstances extérieures et sont donc
modulées et induites par les pratiques. Abric souligne que les représentations sociales sont des
formes de connaissances qui contribuent à la construction d’une réalité commune à un groupe
social. Les fonctions des représentations sociales se résument en quatre catégories : des
fonctions de savoir, des fonctions identitaires, des fonctions justificatrices et des fonctions
d’orientation. La théorie de représentations sociales concerne l’individu ainsi que ses
expériences et ouvre une voie entre lui et le collectif, mais ça reste une approche psychosociale.
Dans le cadre de notre recherche, nous sommes plutôt intéressés par l’observation des
interactions entre les différentes entités qui sont impliquées dans la gestion des déchets. Ce sont
surtout les interactions sociales à travers le déchet, l’actant non humain qui est au centre des
débats dans la crise au pays. Nous sommes plutôt dans une approche interactionniste qui relie
tous les acteurs de la crise formant ainsi un réseau social de gouvernance partenariale multi-
niveaux.

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Soulignons aussi la perspective multi-niveaux (Multi-level perspective) proposée par Geels
(Geels, 2011) qui conceptualise des modèles dynamiques dans les transitions sociotechniques.
Le cadre analytique de cette approche contient des concepts de l’évolution économique tels que
les niches et les régimes, des études de la science et la technologie tels que les réseaux sociaux,
le « sensemaking » et l’innovation, ainsi que la théorie néo-institutionnelle (Geels, 2011, p26).
Cette théorie est utilisée dans l’analyse des transitions sociotechniques dans des contextes de
soutenabilité ; ces transitions impliquent des modifications dans la configuration globale de
systèmes comme celui du transport, d’énergie et d’agroalimentaire. Ces modifications auront
besoin de technologie, politique, marchés, pratiques de consommation, infrastructure,
signification culturelle et connaissances scientifiques, donc l’implication de plusieurs acteurs
(Elzen, Geels et Green, 2004). Cette approche intègre un modèle structurel complexe pour
expliquer les transitions et les changements permettant de décrire les innovations tant
systémiques que radicales comme résultat du processus multi-acteur et multi-niveaux. Cette
approche sera élaborée dans le chapitre qui suit car elle complète l’approche de l’acteur-réseau
et elle implique plusieurs acteurs multi-niveaux.

Dans chacune des approches citées, l’hétérogénéité des acteurs n’est pas prise en compte ; ceci
n’étant pas mobilisé pour pouvoir passer à notre analyse de la dynamique des réseaux et à
l’émergence de gouvernance partenariale multi-niveaux. Dans la partie qui suit, nous allons
présenter l’approche de l’acteur-réseau ainsi que ses divers éléments qui la mobilisent. Mais
avant nous allons justifier son adoption par rapport aux modèles présentés ci-dessus.

La théorie de l’acteur-réseau tire sa popularité dans les sciences de gestion, plus précisément
dans les recherches en organisation, gestion et innovation, de la question suivante : « comment
les objets, les personnes et les idées sont connectés et regroupés dans des unités plus larges ? »
(Langley and Tsoukas 2017, p164) . Cette approche prend en compte le principe de
l'hétérogénéité des acteurs, celui de la symétrie et le processus de traduction (Geels, 2011;
Martin 2012 ; Czarniawska, 2014; Whiteman and Kennedy 2016; Aka 2019). Callon et Latour
(1991) proposent de suivre l’histoire des faits scientifiques à travers les processus de leur
structuration et s’intéressent à la « description des mécanismes par lesquels est obtenu, plus ou
moins facilement, un accord sur le contenu de l’expérience, la signification des résultats »
(Callon et Latour, 1991, p24). Leur théorie permet d’appréhender dans un double processus la
production de la connaissance dans la société et la société elle-même. Pour eux, l’objet sera
d’ouvrir les boites noires de tout artefact afin de dévoiler leur construction. Ceci résulte de la

71
mise en réseau de différents éléments qui constituent des systèmes stabilisés. « Une boîte noire
renferme ce sur quoi on n’a plus à revenir ; ce dont le contenu est devenu indifférent » (Callon
et Latour 2006, p18). Ils considèrent que la boite noire est une combinaison entre ce qui est
considéré comme fait social et un élément de la nature. Ils ne distinguent donc pas entre liens
sociaux et relations techniques mais s’intéressent à l’association entre ce qui est social et
technique, d’où leur nomination de phénomène « sociotechnique » (Akrich, 2006).

Dans ce chapitre, nous allons exposer le modèle de la sociologie de l’acteur-réseau, qui


considère qu’un réseau social se dessine grâce à des relations entre humains et non humains qui
interagissent dans leurs environnements technique, matériel et organisationnel pour constituer
un acteur-réseau et des organisations de gestion. Nous allons voir dans quelles mesures cette
approche permet-elle aux déchets de circuler entre les différents acteurs, qui, parmi eux, certains
n’étaient pas impliqués auparavant mais sont actuellement acteurs principaux de la crise des
déchets à Beyrouth. Malgré les controverses, nous allons justifier notre choix pour cette
approche dans notre recherche tout en racontant l’histoire des déchets en suivant la même trame
que les coquilles Saint-Jacques.

72
73
2.1. Théorie de l’acteur-réseau ou « Actor-Network Theory »

Actor-Network Theory (ANT), en français théorie de l’acteur-réseau est une approche


sociologique développée à partir des années 80 principalement par Callon, Latour et Akrich,
ainsi que d’autres chercheurs du centre de Sociologie de l’Innovation de Mines – Paris Tech.
Elle est traduite par « sociologie de l’acteur-réseau » (SAR) et elle combine deux notions qui
normalement sont considérées comme contradictoires : celle d’acteur et celle de réseau.
Toutefois, l’ANT, connue également comme sociologie de la traduction, a pour objectif de
suivre la constitution de ces deux termes et de présenter des outils d’analyse. « La société ne
constitue pas un cadre à l’intérieur duquel évoluent les acteurs. La société est le résultat toujours
provisoire des actions en cours. » (Callon et al., 2006). L’ANT contribue aux études sur la
science et la technologie comme le signale Callon (2006) dans son chapitre intitulant
« sociologie de l’acteur réseau », et elle permet la circulation des faits scientifiques et
sociotechniques qui créent des réseaux composés de traductions successives. D’où l’attribution
du terme « sociologie des réseaux sociotechniques » à l’ANT.

La notion de société faite d’humains est remplacée par celle de collectif produit par des humains
et de non humains (Callon, 1986) - (Akrich et al., 2006). Callon (2006) précise que l’ANT
diffère des autres courants constructivistes car elle prend en compte les non humains dans la
construction de la société. Les non humains prennent la forme d’artéfacts techniques ou bien
ils sont présents sous la forme d’énoncés. Ils constituent donc des éléments du contexte à étudier
et forment le cadre de l’action. Dans le cadre d’une recherche dans un laboratoire ou en dehors
du laboratoire, les non humains agissent et leur rôle actif dans la recherche et dans l’innovation
technique en sciences sociales augmente et entraîne des conséquences multiples. D’où
l’importance de ces collectifs hybrides qui composent la société.

2.1.1.Texte fondateur de la SAR, par Callon :


La recherche de Callon en 1986 sur « la domestication des coquilles Saint-Jacques dans la baie
de Saint Brieuc » (CALLON, 1986), a mis en place cette nouvelle école de pensée : celle de la
sociologie de la traduction ou théorie de l’acteur-réseau ou la sociologie de l’acteur-réseau. Et
depuis, plusieurs travaux menés par Callon, Latour, Akrich ainsi que par d’autres chercheurs,

74
ont porté sur la construction sociale de la science et les conditions d’émergence des innovations
techniques et scientifiques (Akrich et al., 2006; Callon & Latour, 1981; Callon & Law, 1997).

Une relecture de 1986 de Callon nous aide à comprendre les éléments essentiels de cette
approche. Dans sa recherche, il étudie la constitution progressive du processus de la
domestication des coquilles Saint-Jacques dans la baie de Saint-Brieuc dans les années 70, et
ceci pour ne pas arriver à la catastrophe de Brest là où le stock a diminué progressivement à
cause de la pêche des coquilles toute l’année sans leur laisser le temps de se reproduire. En
baie de St Brieuc, le fait de ne pas pêcher pendant une partie de l’année a permis une meilleure
reproduction et donc une préservation du stock, mais les marins-pêcheurs de St Brieuc
s’inquiétaient du risque car les ventes commençaient à diminuer. Lors d’un voyage au Japon,
trois chercheurs ont découvert que les coquilles St Jacques sont élevées d’une façon très
originale : les larves sont récupérées puis fixées sur des sacs ou collecteurs, qui les protègent
des prédateurs le temps qu’elles fassent leurs coquilles, avant de les relâcher en fond de baie où
elles se développent pendant deux à trois ans avant d’être pêchées. Cette technique a permis
l’augmentation des stocks considérablement. Ces trois chercheurs disposaient de connaissances
qu’ils souhaitaient retransmettre au profit des besoins des pêcheurs et des consommateurs en
France. Ils avaient importé la méthode utilisée au Japon qui a fait ses preuves afin d’accroître
leur crédibilité. Ils se rendent indispensables d’avoir acquis un savoir spécifique. Une
problématique sur l’élevage des coquilles émerge tout en admettant le risque d’extinction de
ces mollusques dans la baie de Saint Brieuc. Trois catégories d’acteurs humains et non humains
se sont formées comportant les coquilles, les marins pêcheurs et les collègues scientifiques. Les
connaissances sur le comportement des coquilles étant insuffisantes pour savoir si l’expérience
du Japon est transposable en France, une problématisation prend donc lieu.

Dix ans après, un groupe social s’est formé à Saint Brieuc et un groupe de spécialistes s’est
organisé pour étudier et promouvoir la culture des coquilles. Dans son étude, Callon identifie
une asymétrie entre les interprétations fournies par ces groupes. « Lorsqu’ils se rendent compte
des aspects scientifiques et techniques des controverses, ces sociologues restituent fidèlement
les points de vue en présence et s’abstiennent à juste titre de prendre parti » (p.170). Cette
asymétrie joue un rôle primordial dans la compréhension des sciences et des techniques. Les
sociologues ne projettent que peu de discussions portées par les acteurs et ne sélectionnent
qu’un petit nombre d’acteurs lorsque ces derniers parlent d’eux-mêmes, de leurs alliés, de leurs
adversaires ou de situations sociales plus larges. Il est important aussi de noter que mêmes les

75
explications sociologiques de la science sont le plus souvent controversées. L’identité des
acteurs présente donc un enjeu continu dans les controverses qui se développent au cours de
l’élaboration des innovations techniques ou scientifiques. Callon a donc opté pour le répertoire
de la traduction tout en observant trois principes de méthode : le premier principe porte
l’observateur à ne privilégier aucun point de vue et ne censurer aucune interprétation. Le
deuxième est celui de symétrie qui consiste à ne pas changer de répertoire lorsqu’il y a un
passage des aspects techniques aux aspects sociaux, même si les controverses portent sur des
enjeux scientifiques ou techniques ou sur la constitution de la société. Le dernier principe
consiste en une libre association entre les différents acteurs.

Cette introduction sur la théorie de l’acteur-réseau montre l’intérêt qu’elle porte à la production
de la science particulièrement à la construction des faits scientifiques. Les auteurs de cette
théorie considèrent les faits scientifiques et humains en fonction d’une multitude de relations
qui la forme, rejetant toute approche dichotomique qui sépare l’humain du non humain, la
politique de la technologie, ou en sens plus large nature et société. L’ANT considère qu’un
réseau social se concrétise grâce à des relations entre humains et non humains qui interagissent
dans leurs environnements technique, matériel et organisationnel pour constituer un acteur-
réseau (Callon, 1989). Partant alors du principe que dans l’ANT, le monde est pensé en termes
de réseaux d’actants, ces actants étant des humains et des non humains, Ils construisent
ensemble un réseau ; d’où l’importance des deux notions clés d’ANT : acteur et réseau.

2.1.2. Acteur ou « actant »


Comme on l’avait précisé avant, cette approche prend en considération, « au-delà des humains,
les objets non humains et les discours. Ces derniers sont considérés comme des acteurs ou des
actants » (Latour, 2005). La notion d’actant a été introduite par le sémiologue Greimas
(Greimas, 1968), qui a remplacé le terme « personnage » par le terme « actant » lui donnant la
responsabilité de l’acte émetteur (p.13), donc ce terme ne s’applique pas seulement aux non-
humains mais aussi aux objets et aux concepts. Cette notion d’actant a été ensuite adoptée par
Callon et Latour dans la Sociologie de la Traduction. Pour ces chercheurs (2006, p20) un acteur
symbolise un élément qui cherche à rendre d’autres éléments dépendants de lui et qui regroupe
des concepts que l’on utilise pour décrire le monde qui l’entoure. L’action ne tient plus son
exclusivité à des humains mais dépend aussi des non humains qui peuvent être des acteurs.

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Latour donne l’exemple du porte-clés d’une chambre d’hôtel qui, à cause de son volume et sa
masse remarquables, pousse son détenteur à penser à le déposer à l’accueil avant de sortir. Cet
objet non humain est un acteur car il a un rôle d’influence sur le déroulement de l’action d’une
façon conçue initialement (Akrich et al., 2006). L’action est donc la propriété de ce collectif
formé d’actants humains et non humains, et la continuité d’une action est le résultat des relations
entre des humains et des non humains (Latour, 2007). Les coquilles Saint-Jacques sont
considérées comme un actant aussi important que les autres actants humains, et elles sont de la
même importance que ces derniers comme le sollicite le principe de symétrie, c’est-à-dire elles
doivent être prises en compte dans les controverses qui les mettent en opposition avec les
chercheurs et les marins pêcheurs. « Les choses peuvent autoriser, rendre possible, encourager,
mettre à portée, permettre, suggérer, influencer, faire obstacle, interdire, et ainsi de suite »,
(Latour, 2007), p.103).

Latour (2005) signale qu’un acteur ou actant figurant dans la notion acteur-réseau n’est pas la
source d’une action mais un objectif qui se déplace à travers une multitude d’entités qui
l’entourent. Il précise aussi (Latour, 2010) que les actants constituent eux-mêmes des réseaux
sociotechniques. Ils sont définis par l’ensemble des relations qu’ils maintiennent, par la
transformation de cet ensemble à partir de leurs associations aussi. D’où l’importance du
concept de réseau qui est aussi au cœur de ce courant de pensée.

2.1.3. Réseau
La notion de réseau, selon Callon présente plusieurs avantages qui concordent avec celle
d’acteur-réseau. Premièrement, elle facilite la distinction entre microstructures et
macrostructures. Elle permet aussi la circulation entre des points locaux et d’autres points qui
étaient isolés, leur permettant ainsi à devenir des points de passage obligé. Le second avantage
est lié à la notion de pouvoir. C’est grâce à la notion de réseau qu’on peut savoir comment un
point qui était isolé devient un point de contrôle à un grand nombre de points, devenant ainsi
un lieu de pouvoir. En troisième lieu, la notion de réseau permet de relier plusieurs points
dispersés sans forme pour créer des rapports de forces qui se traduisent par des formes qui par
la suite deviennent irréversibles. Le quatrième avantage réside dans la libération du concept de
contexte. Chaque point du réseau a le contexte qui lui est donné à travers les liens qu’il construit
avec d’autres points (Callon & Ferrary, 2006). Dans l’approche de Callon en 1986, il parle d’un

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réseau hétérogène qui s’est constitué rassemblant des humains et des non humains lesquels
agissent comme intermédiaires les uns avec les autres. Latour (2006) signale que le monde ne
doit pas être traduit en termes de groupes sociaux, mais en réseau d’actants. Le social est perçu
comme une série d’interactions entre actants hétérogènes formant un acteur-réseau. Toute
entité, qu’elle soit d’humains ou de non humains, est d’une importance égale. Si l’on retire un
actant, le réseau se déstabilise.

Callon (2006) décrit le fonctionnement du réseau en donnant l’exemple de la couche d’ozone


qui diminue à cause de l’utilisation d’aérosols. Cet énoncé lie tous les éléments d’un réseau
sociotechnique regroupant des actants humains (les laboratoires, les mouvements écologistes,
les industries, les gouvernements) et des non humains (les substances chimiques et les réactions
qu’elles engendrent ainsi que les couches atmosphériques). Ainsi, partant d’un problème qui
touche la majorité des individus, les actants hétérogènes acceptent de coopérer et de discuter
autour du projet commun, ce qui amène à une constitution d’un réseau (Callon, 1986).

En circulant, des inscriptions se font au sein de ce réseau sociotechnique qui permet la


circulation entre les actants ; des centres de traduction rassemblent l’ensemble des inscriptions
et permettent d’engager des actions qui mobilisent le réseau. D’où l’importance de l’action et
du réseau qui constituent les deux facettes de la notion d’acteur-réseau.

L’acteur-réseau n’est pas donné mais se construit comme on vient de voir. Les entités s’allient
tout en mobilisant et alignant leurs intérêts sous l’image de réseau. La stabilisation sera obtenue
grâce à des opérations de traduction tout en mobilisant les notions d’actant, de réseau et de
controverses. Callon (1986) signale que pour retranscrire le réseau des acteurs, il sera nécessaire
de suivre les associations et les controverses, plutôt que de se concentrer sur les acteurs eux-
mêmes. En effet, le réseau s’affermit ou s’affaiblit en fonction des situations de force qui sont
retranscrites à travers les diverses « controverses » qui forment le réseau (Latour, 2007). D’où
il sera nécessaire de définir la controverse dans l’approche de l’acteur-réseau.

2.1.4. Controverse
Le processus de traduction se compose par les controverses qui le parcourent. Callon (1986)
précise que les controverses sont toutes « manifestations par lesquelles est remise en cause,
discutée, négociée ou bafouée, la représentativité des porte-paroles » (p.199). C’est par la

78
controverse que s’élaborent les faits. Elle donne lieu à des discussions au sein desquelles des
idées divergentes vont être relatées et entrechoquées ; elle permet à établir un lien entre des
activités hétérogènes et rend le réseau clair. Elle engendre des négociations entre les différents
actants par l’intermédiaire de porte-paroles, ce qui va amener aux déplacements de l’énoncé et
des actants eux-mêmes. Ainsi, le rôle des porte-paroles se concrétise par leur implication dans
la négociation, dont l’enjeu sera de conquérir pour ne pas être réduits au silence (Callon et al.,
2006). S’intéresser aux controverses permet dès lors de cesser d’avoir une vision lissée des
actants dans l’analyse d’un réseau sociotechnique (Akrich, 2006). À travers les controverses, le
réseau évolue et prend sens en reconstituant les raisons des transformations, permettant ainsi
une cohérence de l’ensemble. Elles sont à la fois porteuses du sens et du contenu, et elles
affirment les faits, leurs usages et leurs formes à travers l’analyse des réseaux (Dreveton, 2011).
Ainsi, la controverse est considérée comme un mode d’expression des groupes observés
(identités et intérêts), des problèmes auxquels ils font face et des solutions discernées. Elle
permet une reformulation des objectifs. Le chercheur tente à expliquer la création, le
déroulement et la fin des controverses dans la constitution des réseaux sociotechniques. Une
controverse peut se définir dès lors après plusieurs tentatives de débroussaillage entre les
groupes d’acteurs concernés autour des objets techniques dans un contexte social et technique
incertain.

2.1.5. Le processus de traduction


La mise en relation des actants prend lieu grâce à un processus de composition appelé
« traduction » (Akrich et al., 2006). La notion « traduction », empruntée à Michel Serres et
reprise par Callon, constitue le concept emblématique qui a donné son nom à la sociologie de
la traduction comme il le montre dans son article fondateur sur les coquilles Saint Jacques.
Callon définit la traduction en 1974 comme une relation symbolique « qui transforme un énoncé
problématique particulier dans le langage d’un autre énoncé particulier » (Foucart, 2013) .
Puis en 1986, dans son article fondateur, il définit le processus de traduction comme « le
mécanisme par lequel un monde social et naturel se met progressivement en forme et se
stabilise pour aboutir, si elle réussit, à une situation dans laquelle certaines entités arrachent
à d’autres, qu’elles mettent en forme, des aveux qui demeurent vrais aussi longtemps qu’ils
demeurent incontestés. Le choix du répertoire de la traduction n’a pas pour seule ambition de
donner une description symétrique et tolérante du processus complexe mélangeant réalités
79
sociales et naturelles. Il permet aussi d’expliquer comment s’établit le silence du plus grand
nombre qui assure à quelques-uns la légitimité de la représentativité et le droit à la parole »
(p.205).

De plus, Callon souligne que la traduction implique le déplacement des actants pour effectuer
des liens intelligibles entre eux. Elle est considérée comme un mécanisme qui met en jeu ses
traducteurs, ses enrôleurs, ses intermédiaires et ses médiateurs, ces derniers traduisant,
mobilisant et modifiant le sens des éléments qu’ils sont supposés transporter. Le processus de
la traduction se compose de quatre étapes indépendantes, qui évoluent simultanément. Chaque
étape marque une progression dans les négociations par la mobilisation des actants. Ces quatre
étapes sont : la problématisation, les dispositifs d’intéressement, l’enrôlement et la mobilisation
des alliés.

1. La problématisation : cette étape consiste à identifier des problèmes et à les regrouper sous
forme de questions qui sont liées l’une à l’autre, puis à identifier les ensembles d’actants
qui, à leur tour, passent obligatoirement par le programme de recherche présenté. La
problématisation permet de mettre les actants dans une situation de coopération. Les
questions émises par les chercheurs dans le cas des coquilles Saint-Jacques projettent trois
actants : les coquilles (Pecten Maximus), les collègues scientifiques et les marins-pêcheurs
de la baie de Saint Brieuc. Chaque actant était concerné par les différentes questions
formulées. Ainsi faudra-t-il les convaincre que ce qu’ils proposent est un point de passage
obligé pour les rendre indispensables au processus. Donc le travail de problématisation est
une phase qui conçoit la question à un problème créant ainsi une alliance entre les trois
actants et porte d’intérêts pour chacun d’entre eux. Poser le problème, et identifier les
actants, c’est implicitement savoir qui est concerné et pourquoi.

« Problématiser, c’est définir une série d’acteurs et dans le même mouvement identifier les
obstacles qui les empêchent d’atteindre les buts ou objectifs qui leur sont imputés. Ainsi se
construit un réseau de problèmes et d’entités au sein duquel un acteur se rend indispensable ».
Cette étape ne pourrait se réaliser sans controverses. Ces dernières matérialisent la dissidence
des acteurs ; elle permet de mettre en évidence les avantages de chacun à prendre parti dans le
réseau. Callon ( 2006) souligne l’importance de la controverse scientifique qui contribue à une
association entre éléments hétérogènes qui sont parfois en conflit mais qui conduit
graduellement à des négociations. Dans son étude sur les coquilles en 1986, Callon cherche à

80
expliquer « la naissance, le déroulement et l’éventuelle fermeture des controverses ». C’est
cette asymétrie qui prend un rôle primordial dans l’explication des sciences et techniques.

2. Les dispositifs d’intéressement ou comment sceller les alliances : les trois chercheurs
essayent, à travers un ensemble d’actions, à imposer et à stabiliser l’identité des autres
actants qu’ils ont déterminés lors de la problématisation, et à établir des rencontres, des
réunions publiques et des expérimentations. S’intéresser veut dire se placer entre,
s’interposer (Callon, 1986, p.185). Un travail volontaire prend lieu pour « intéresser » les
actants, soit par l’établissement de relations entre les actants soit par la rupture des relations:
– Mener des expérimentations pour vérifier si la fixation des larves se fait dans un sac pour
les protéger de leurs prédateurs et dans quelles conditions, etc.
– Effectuer de nombreuses rencontres et débats avec les organisations professionnelles pour
leur montrer les raisons de l’extinction des coquilles à Brest ; tout en mobilisant des courbes
et des analyses ; leur présenter aussi ce qui se fait au Japon.
L’ensemble des actions mises en œuvre créent un rapport de force favorable entre les
actants, car l’intéressement est basé sur l’identification des actants, la connaissance de leurs
besoins et le rôle de chacun à travers les associations qui s’établissent entre eux « tout en
interrompant d’éventuelles associations concurrentes et en construisant un système
d’alliances » (p.189).

3. L’enrôlement : « L’enrôlement est un intéressement réussi ». Cette étape commence par une
description des négociations munies entre les actants, ainsi que toutes les difficultés
auxquelles ils font face. Par exemple, la négociation avec les coquilles commence avec les
courants, ainsi avec toute autre force qui empêche la fixation des larves, ou dans d’autres
termes qui s’oppose au lien qui associe les chercheurs aux coquilles. Ensuite, la négociation
implique aussi les larves des coquilles pour voir si elles veulent bien se fixer sur les sacs, et
quelles sont les techniques à adopter, etc. Durant cette phase, des négociations multilatérales
s’effectuent menant à définir les actants, leur identité ainsi que leurs rôles respectifs.

4. La mobilisation des alliés : les porte-parole sont-ils représentatifs ?

La mobilisation marque tous les déplacements nécessaires qui vont même plus loin que le
système d’alliances qu’elles produisent, et finit par se matérialiser. Les trois actants identifiés
lors de l’intéressement et de l’enrôlement ne sont représentés que par quelques individus, alors
que la domestication et les techniques de production concernent l’ensemble des actants.

81
« Les trois chercheurs négocient l’intéressement des coquilles avec une poignée de larves qui
représentent toutes celles, innombrables, qui échappent à la capture ».

Or, la question est la suivante : qu’est-ce qui garantit que toutes les larves vont réagir comme
en situation d’expérimentation ? En quoi les engagements des quelques marins-pêcheurs
assureront-ils l’engagement de tous les pêcheurs ? Même question pour les chercheurs.

On peut résumer que les ensembles des acteurs, leurs intérêts, ne préexistent pas. Le processus
contribue à les identifier, à les intéresser, à déplacer les conceptions et les interactions pour
essayer de stabiliser un réseau. « La traduction est un processus avant d’être un résultat »
(Callon, 1986 p.205). Chacune des étapes de la traduction marque un avancement dans les
discussions qui concourent à nommer des porte-parole légitimes qui expriment ce que veulent
les coquilles et les marins-pêcheurs : « la problématisation, simple conjecture, a été
transformée en mobilisation » (p.205). Les divisions et trahisons font partie du processus et
amènent le réseau à repositionner et être renégocié.

En 2001, ce processus a été revisité par Callon, Lascoumes et Barthe en 2001 dans leur ouvrage
« agir dans un monde incertain » et il s’étend sur plusieurs étapes, tout en relatant chacune des
trois étapes ci-dessus et en mobilisant les notions de réseau, d’actant et de controverses.

1. Analyse du contexte ou contextualisation : pendant cette étape, les éléments du contexte


ainsi que les enjeux et les degrés de convergence entre les différents acteurs sont délibérés,
mais c’est surtout sur l’ensemble des non humains (actants) qui lient les humains entre eux.

2. Problématisation et intéressement : c’est la formulation d’une question qui relie les acteurs.
L’objectif de faire passer chaque partie d’un contexte à une acceptation de coopération. On
parle de controverses à ce stade comme on les a introduites dans les quatre étapes qui
précèdent. La controverse permet, à travers le foisonnement des divers points de vue, de
mettre en place un cadre de référence pour le problème auquel les acteurs font face. Malgré
la nature contradictoire de leurs intérêts, ils acceptent d’interagir et de coopérer afin
d’aboutir à une solution commune ou à un objectif commun (Pichault & Friedberg, 2013).
Comme le signalent Akrich et al., « le modèle de l’intéressement souligne à
l’inverse l’existence de tout un faisceau de liens qui unissent l’objet à tous ceux qui le
manipulent…le modèle d’intéressement met en scène tous les acteurs qui se saisissent de

82
l’objet et les intérêts plus ou moins organisés qu’il suscite » (Akrich, Callon, & Latour,
1988, p.22).

3. La constitution d’un point de passage obligé et la convergence : les bases du réseau ou les
alliances se forment. L’importance des porte-paroles qui représentent chaque groupe
d’acteurs et à partir desquelles le réseau s’érige. Akrich et. al. (1988) soulignent la difficulté
de faire le choix des porte-paroles. Tout comme la réussite de Thomas Edison, le choix des
représentants ou des porte-paroles qui vont interagir et discuter pour mettre en œuvre une
innovation ou un projet, augmente la chance de succès. Chacune des entités de la situation
a son porte-parole. Les négociations qui vont s’établir auront lieu entre chaque porte-parole.
Tous les actants humains et non-humains sont représentés dans les espaces de négociation
à partir desquels les réseaux s’organisent.

4. Les investissements de forme : convergence des acteurs qui sont différents et qui sont
difficilement influençables et ceci à travers la représentation de chaque groupe d’acteurs
par des acteurs traducteurs ou les acteurs porteurs du projet comme le signale Callon (1989).
Ces acteurs-traducteurs vont substituer à des entités nombreuses et difficilement
manipulables un ensemble d’intermédiaires plus homogènes, moins nombreux et plus
faciles à contrôler. Le rôle de ces derniers est de renforcer le réseau.

5. L’enrôlement et la mobilisation : l’enrôlement consiste à donner une tache précise aux


membres du réseau afin de les rendre actants principaux dans le devenir du réseau. La
mobilisation consiste à les impliquer dans l’action et permet ainsi de trouver un sens et de
l’intérêt à la formation du réseau. Une construction des rôles dans une sorte de division de
taches permet ainsi de consolider le réseau.

6. Le rallongement et l’irréversibilité : c’est la multiplication des entités qui composent le


réseau en allant du centre à la périphérie. Les sujets qui ont été porteurs d’un projet sont
rassemblés autour du noyau, auquel se rajoutent de nouvelles entités pour le solidifier. Les
deux étapes qui suivent sont deux conditions nécessaires pour éviter le risque de dispersion
qui peut rendre le réseau plus fragile.

7. La vigilance : afin d’assurer un bon fonctionnement du réseau, la vigilance est un élément


important car le processus de traduction fait face à des chaînes de traductions concurrentes.
C’est surtout faire attention à la manière dont s’articulent les réseaux. De même pour le

83
principe de la transparence, qui est une condition importante permettant d’instaurer une
confiance entre les actants.

L’ANT est un chantier ouvert qui a été conçue pour accompagner les collectifs qui sont en train
de se créer (Lee & Brown, s. d.). Pour résumer, la sociologie de la traduction ou théorie de
l’acteur-réseau considère que le monde est pensé en termes de réseaux d’actants. Ces actants
constitués d’humains et de non humains construisent ensemble un réseau. Le processus de
traduction commence par une identification de ses actants, et par la suite de flux d’informations
entre les actants hétérogènes. Les savoirs qui sont remis en cause par des controverses, circulent
par une succession de traductions puis se transforment par une série d’adaptations progressives.
Relier les acteurs et les phases de traduction suppose une capacité des acteurs de présenter de
nouvelles interprétations qui déplacent les intérêts de toutes les parties afin de diminuer leurs
divergences (Latour, 2005). L’ANT indique que les projets échouent parce que certains
participants n'arrivent pas à traduire les intérêts des autres participants et ne parviennent donc
pas à les aligner. L'acteur-traducteur constitue le lien essentiel dans la construction du processus
de traduction.

Bien que cette approche relève du domaine de la sociologie des sciences et techniques, elle
connaît un intérêt croissant en sciences de gestion. Des travaux menés par les auteurs fondateurs
de l’approche de l’acteur-réseau portent sur l’étude de projets innovants comme le véhicule
électrique et le développement de système informatique, etc. (Collin et al., 2016). C’est une
« approche établie » dans les sciences de gestion car son rôle c’est de décrire une technologie
(Dumez, 2011) et elle permet ainsi de développer de nouveaux modes de gestion et d’action en
entreprise, surtout quand il s’agit d’une innovation. De même elle est mobilisée dans des études
en marketing pour comprendre par exemple comment les pionniers arrivent à développer un
avantage concurrentiel sur les marchés ou à analyser les processus d’appropriation
d’innovations (Krupicka, 2012) ; (Akrich, 1998).

84
2.1.6. L’ANT comme théorie, méthodologie et méthode

D’un point de vue théorique, la richesse de l’ANT est son positionnement transdisciplinaire
dans la mesure où son point focal d’origine, l’innovation, est un concept qui traverse au moins
les deux disciplines que sont la sociologie et les sciences de gestion. L’innovation y est
appréhendée de sa création à son acceptation dans une approche processuelle et interactive, où
l’hétérogénéité des actants est reconnue, la diffusion de l’innovation n’étant pas considérée
comme linéaire. Elle est le fruit d’une activité collective conditionnée par la réussite des
relations entre actants. L’ANT met en avant l’importance de la circulation de l’information, de
la communication, l’adaptation, et la souplesse dans les processus d’innovation. L’innovation
étant collective, les décisions prises dans un processus d’innovation sont multiples et
hétérogènes. Il est ainsi difficile de savoir à qui attribuer la paternité de la diffusion d’une
innovation. Le temps y apparait comme capital.

L’ANT relève aussi de la méthodologie en ayant enrichi le schème actanciel (Berthelot, 1998)
qui tournait auparavant autour de la notion d’acteur (Crozier & Friedberg, 2014) avec la tension
entre actants non-humain (le déchet pour ce qui nous concerne ici) et actants humains c’est-à-
dire les groupes sociaux qui se sont articulés autour.

Elle relève enfin de la méthode puisqu’elle propose une manière d’interpréter les discours
recueillis par enquête, qu’il s’agisse de réponses à des questions ouvertes ou de la collecte de
récits de vie. C’est à ce titre que les modalités de l’interprétation qu’elle propose se situe en
filiation avec Greimas (Greimas, 1968).

2.2. Critiques de l’ANT


De nombreuses controverses ont été adressées à la théorie de l’acteur-réseau, notamment sur
l’importance qu’elle accorde à l’actant non humain, plus précisément sur son principe de
symétrie humain et non-humain que nous avons souligné. Grossetti (2007) signale que la notion
d’acteur-réseau pose plusieurs problèmes du fait qu’elle introduit des « non-humains » dans un
« réseau » comprenant aussi des humains. L’objectif de « traiter également et dans les mêmes
termes » les humains et les non-humains, peut amener à abandonner une grande partie des
85
acquis des sciences humaines et sociales qui s’appuient clairement sur les spécificités des
humains. D’après le processus de traduction, les controverses permettent d’élargir et de
stabiliser le réseau à travers les négociations que les actants humains et non humains ont
suscitées, ce qui permet de renforcer la théorie.

Flichy (2003) reproche à l’ANT de ne pas prendre en considération les interprétations des
acteurs et leur intentionnalité : « cette perspective élimine l’intentionnalité des acteurs au profit
d’une simple capacité tactique à saisir les opportunités, à faire des coups et à resserrer les
mailles du réseau » (p.67). D’après l’auteur, un acteur ne peut pas imposer son choix, car l’ANT
ne prend en considération ni son intentionnalité ni sa stratégie. Il souligne que la question de
l’intentionnalité n’a pas sa place dans les controverses de l’ANT. Toutefois, dans notre
recherche, les stratégies des acteurs seront prises en compte à partir du moment où l’ambiguïté
et le niveau de la crise deviennent significatifs depuis l’été 2015, atteignant leur apogée vers la
fin de l’été 2019 alors que, depuis des décennies, aucune stratégie n’a été mise en place même
avant le déclenchement avéré de la crise. Matériellement, ce sont les déchets qui s’entassent en
grandes quantités un peu partout qui induisent la création de ces réseaux sociaux et de la
gouvernance multiniveaux associée : c’est donc l’actant non humain qui laisse les actants
humains interagir à travers les controverses générées par « la crise des déchets ».

D’autres critiques d’ordre sociologique s’élèvent contre l’ANT en soulignant que tous les
acteurs ne sont pas situés sur le même plan, ils n’ont ni le même pouvoir ni les mêmes
ressources. Les dimensions culturelles et politiques du contexte des réseaux disparaissent au
détriment du réalisme de l’analyse en cours (Collin et al., 2016). Dans notre cas, l’usage de
l’ANT est validé au regard de l’actant principal de la crise qui est le déchet, à partir duquel on
analysera chacun des actants humains en suivant les étapes de la traduction ; c’est au regard de
la problématisation et des dimensions culturelles et politiques que sera analysée la dynamique
du réseau avant et après la grève de 2015. L’autorité principale de la gestion des déchets depuis
1997 et jusqu’en 2015 était le gouvernement, alors qu’après, plusieurs entités formant des
réseaux sociaux et des organisations deviennent les actants principaux de la gestion des déchets
ménagers dans le pays.

Il est important de noter que l’approche de l’ANT mobilise de nombreux chercheurs car elle
offre des notions qui facilitent un déchiffrage des données empiriques. Mais c’est surtout dans

86
sa mise en œuvre que des critiques apparaissent. Cazal (2007) souligne la nécessité d’être
circonspect par sa mobilisation, car elle s’avère largement plus difficile qu’elle n’y parait. En
plus, sa dimension d’opérationnalisation reste floue (Brechet & Desreumaux, 2008) ; elle est
considérée comme une approche et non pas comme une théorie car elle ne présente pas des
explications. Law (1999) souligne que le réseau d’acteurs est une application de la sémiotique
où un réseau d’actants humains et non humains (hétérogènes) se définit et se constitue. L’ANT
sert à tirer des conclusions en termes d’action et présente des limites quant à son utilisation
pratique (Collin et al., 2016). Dans notre recherche, l’ANT sera mobilisée à travers la crise des
déchets qui permet la construction d’un réseau social de circulation des détritus sous d’autres
registres tels que la gouvernance partenariale multi-niveaux et l’apprentissage organisationnel ;
tout ceci reste à justifier tout au long de notre recherche.

Sur ce, notons aussi que Latour (1996) a précisé dans son article, où il donne des clarifications
sur l’ANT, que le modèle consiste à identifier humain, non humain, ou mêmes des
caractéristiques inhumaines. Le modèle se caractérise par la distribution de rôles entre ces
entités ; des connections s’établissent entre elles ; une circulation entraînée par ces attributions,
ces distributions et ces connections ; ce qui amène à une transformation des attributions,
distributions et connections de tous les éléments qui circulent, ainsi que les directions vers
lesquelles ils sont envoyés.

Latour (1999) souligne aussi que le fait d'utiliser des mots pour décrire quelque chose est sujet
à problème. Il signale que « la théorie de l'acteur-réseau est problématique sur quatre points –
la « théorie », les « acteurs », les « réseaux », et le trait d'union entre les deux derniers ».

Cependant, plusieurs chercheurs utilisent l’ANT au cours des dernières années. Comme on l’a
décrit dans la section précédente de ce chapitre, l’utilisation est surtout bien répandue dans les
recherches anglophones et dans plusieurs domaines. En France, cette approche est notable en
sociologie comme en sciences de gestion (Collin et al., 2016). Malgré les différentes
controverses à l’ANT, cette approche s’est considérablement diffusée au-delà des bornes de la
sociologie. Notons que plusieurs recherches s’intéressent aux rôles que jouent les actants dans
la construction d’un outil de gestion ou une nouvelle technologie dans les organisations (Lee et
Hassard, 2016; Dreveton, 2011). En matière de gestion des déchets solides, une étude a mobilisé
la théorie de l’acteur-réseau pour trouver les éléments-clés à considérer dans les villes des pays

87
en développement (Méndez-Fajardo et Gonzalez, 2014). Dans le même cadre, dans la gestion
des eaux à Ontario, l’ANT a été adoptée pour étudier comment les réseaux informels peuvent
amener à mieux comprendre les innovations (Gravel et Kone, 2017). D’autres recherches ont
opté pour la méthode de l’ANT pour analyser les nouvelles technologies utilisées dans le secteur
public dans les pays en développement, ou même l’impact des innovations dans une dynamique
de réseau (Fuhrer, Hoareau, et Cucchi 2017; Stanforth 2007).

2.3. Le choix de l’ANT malgré les critiques


Comme on l’a déjà vu, le processus de traduction induit une articulation des différents actants
au sein des réseaux sociotechniques. La traduction implique un changement de forme qui
permet une convergence des actants par leur mise en relation à travers un processus de
composition (Callon et al., 2006). Elle se développe à travers des négociations, d’intrigues ou
d’actes, formant ainsi un rapport de force entre les actants où chacun cherche à imposer sa
vision, son histoire aux autres. La traduction, comme définie par Callon, amène à une
transformation « [d’] un énoncé problématique particulier dans le langage d’un autre énoncé
particulier » (Collin et al., 2016). À terme, cette traduction permet de créer des liens
intelligibles entre les actants. Elle permet ainsi le déplacement des actants (Callon, 1986) pour
aboutir à la formation et la précision du réseau sociotechnique.

Il est fondamental pour notre recherche de noter que les auteurs de l’ANT, principalement
Callon et Latour s’appuient sur la notion de réseau et apportent un éclairage dans les théories
des organisations sur la constitution des organisations en réseau (Rojot, 2016). Ces auteurs
contribuent à la sociologie de la connaissance ; ils « considèrent, en particulier, la production
d’un fait scientifique ou d’une innovation comme la constitution d’une situation de changement
ou d’innovation autour de laquelle des acteurs vont finalement se retrouver en convergence
dynamique » (Rojot, 2016, p324). D’où l’importance de cette approche dans notre recherche.
Callon, Lascournes et Barthe signalent dans leur ouvrage « Agir dans un monde incertain. Essai
sur la démocratie technique » (Durand, 2002) que dans le domaine de la santé et de
l’environnement, l’avenir reste « opaque et menaçant », ce qui permet l’émergence des diverses
controverses publiques et par la suite d’accroître la perception de ces incertitudes. Ces
controverses permettent de creuser dans « les débordements » créés par le développement des

88
sciences et techniques qui font ressortir les crises inattendues ainsi que les problèmes qu’elles
engendrent. Ces controverses « peuvent être fécondes » (Durand, 2002), et permettent de mieux
cerner les problèmes associés à une perception sociale des risques. Ils proposent une nouvelle
démarche à suivre, le développement d’« un processus d’apprentissage collectif » qui permet
une meilleure intégration des conflits à travers les controverses afin de passer à une
« démocratie » basée sur le dialogue. Ainsi, la production de connaissance se fait par une
délégation à des spécialistes afin d’instaurer des débats publics et de répondre aux inquiétudes
de la société. Dans ces cas, la controverse est un moyen d’apprentissage permettant de relier la
science (la recherche) à la société à travers des dialogues entre les différents acteurs.
L’interaction entre les différents acteurs aide à faire progresser la recherche des problèmes.

Comme le précise Callon dans son texte fondateur (1986, p174), « la science et la technique
sont des histoires dramatiques dans lesquelles l’identité des acteurs est un élément en
discussion ». L’existence de certains actants est problématique comme c’est le déchet dans
notre cas. Surtout que le principe d’égalité entre humain et non-humain souligne l’originalité
de l’ANT malgré les critiques. Les objets sont « élevés » au rang d’actant du processus de
constitution de la société et de la technologie. C’est pour cela que Callon et Latour remplacent
la notion « d’acteur » pour les humains, par celle « d’actant » pour inclure à la fois les humains
et les non-humains (Grossetti, 2007).

2.3.1.Le déchet comme actant non humain


La disposition des déchets ménagers a évolué depuis les années quatre-vingt-dix en passant du
principe d’élimination à celui de valorisation (R. Barbier, 2002). Plusieurs recherches portent
sur le rôle des objets dans l’analyse du « collectif », terme proposé par Latour pour étendre le
social aux non humains qui le composent. L'utilisation de la théorie de l'acteur-réseau en tant
qu'outil d'analyse permet de cadrer le déchet comme un résultat des relations sociales (Fagan
Honor et al., 2001). La crise des déchets va être ici considérée comme un effet social « artificiel
», et la petite coopération public-privé conduit au recyclage par l’émergence de réseaux en
encourageant le tri des déchets à la source. Le déchet est « l’actant » non humain qui relie tous
les « actants » humains qui interagissent dans le réseau. Comme le précise Arjun (1989) dans
son ouvrage « The social life of things, commodities in cultural perspective », les

89
« commodities » ou objets, désignent tout bien ou service mis en circulation entre des parties,
quelles que soient les modalités de la circulation (don, troc, échange marchand, ou même tribut,
pillage, vol), et ces objets ont un sens qui est inscrit dans leurs formes, leurs utilisations et leurs
trajectoires. L’interprétation des transactions entre individus est déterminée à travers l’analyse
des trajectoires des objets.

Barbier (R. Barbier & Trepos, 2007) remet en question le déchet recyclable dans le cadre de
valorisation des déchets à travers les exigences de tri à la source. Les déchets ne sont alors plus
collectés en masse, mais à travers leur catégorisation, ce qui va mener ensuite à considérer leurs
différences et surtout à caractériser leur destination. Pesqueux (2016) signale qu’“il est possible
de considérer le déchet comme étant un des analyseurs possibles du fonctionnement d’une
société dans la mesure où ils sont représentatifs de rapports sociaux”. Les instruments sociaux
sont applicables aux situations dans lesquelles les structures économiques sont considérées
comme inadéquates ou indésirables. Ils se basent sur la communication et l'interaction entre
tous les acteurs d'une société, avec ou sans la participation directe du gouvernement. Un
engagement actif et la création de partenariats avec tous les acteurs concernés du système sont
essentiels pour garantir la participation de ceux qui sont la clé du succès du système
(unep23092015.pdf, s. d.). Chaque citoyen et chaque entreprise ont un intérêt parce que tout le
monde génère des déchets, et toutes les populations vivent à proximité de sites de gestion des
déchets. C’est ceci qui est à l’origine de l’émergence d’une gouvernance partenariale multi-
niveaux.

Comme les coquilles Saint-Jacques, les déchets étaient méprisés par tous ses utilisateurs,
producteurs ou consommateurs. Avant l’été 2015, les résidents jetaient leurs déchets mélangés
dans un seul sac et les déposaient dans des conteneurs placés un peu partout dans les rues. Ils
payaient une cotisation annuelle à la municipalité pour la collecte et le transport des déchets.
La seule autorité concernée était celle publique, et la plupart des habitants de la ville de
Beyrouth ne savaient même pas quel était le destin de leurs déchets ; la seule préoccupation
était de se débarrasser du « sale » (étude exploratoire que nous avons menée en 2017). Des
récupérateurs et collecteurs de rue fouillaient tous les jours dans les sacs pour essayer de retirer
les matières recyclables comme le carton, le papier, le métal et le verre afin de les vendre à des
usines de compactage et de recyclage. Les résidents dans les quartiers riches comme dans les
quartiers pauvres de la capitale ne voyaient dans leur poubelle que l’image du sale et ne
s’occupaient que de jeter les sacs remplis de poubelle en dehors de la maison tous les jours car

90
« ça pue ». Comme le précise Le Dorlot (2004), « l’éloignement a été le maître mot du rapport
homme/déchet ». Le plus important, c’est de l’éloigner et de le cacher loin du regard de ceux
qui l’ont généré. Notons ici que les papiers toilettes ne sont pas forcément jetés dans les WC
mais étaient aussi jetés dans des petits sacs en plastique qui, à leur tour, sont mis avec les autres
déchets de la cuisine dans un grand sac. Depuis 1994, le CDR avait signé un contrat avec une
société privée « Sukleen » pour la collecte et le transport des déchets ménagers dans la région
de Beyrouth et du Mont Liban. Les municipalités payaient mensuellement à Sukleen une
redevance par tonne de déchets collectés. Les déchets, considérés comme le miroir de l’homme
et de la société, sont liés à ceux qui les produisent : poubelle de riche, poubelle de pauvre
(Monsaingeon, 2012). Beyrouth, la capitale du Liban, regroupe 50% de la population du pays
et génère 60% du total des déchets avec une consommation exacerbée et une production et une
accumulation de détritus dans des décharges saturées et situées à côté des lieux d’habitation.
Les quantités de déchets atteignent un niveau maximal à cause d’une mauvaise gestion et d’un
manque de stratégie de valorisation et de diminution des déchets solides. La valorisation n’était
considérée que comme une étape de traitement parmi d´autres. Elle se différenciait des autres
modes de traitement en présentant le déchet comme une ressource par sa transformation ou sa
réutilisation. Selon la Banque Mondiale en 2012, environ 2% de la population urbaine mondiale
vit de la récupération des déchets réutilisables. Au Liban, d’après une étude exploratoire que
nous avons menée en 2017, deux grandes usines de recyclage déclarent que plus que 75% des
matières recyclables sont récupérées par des collecteurs de rue et par des petits centres de
compactage qui eux aussi reçoivent une grande partie de leurs matières recyclables des
récupérateurs. Malgré la présence d’usines de recyclages qui sont prêtes à recevoir une grande
partie des déchets recyclables, le manque d’une stratégie de valorisation et de traitement
conduisent à percevoir les déchets comme du « sale » dont il faut se débarrasser.

Depuis le déclenchement de la crise des déchets à Beyrouth, les ménages ont pris conscience
de la gravité de la situation et de son impact sur l'environnement et la santé. Les déchets étaient
empilés partout, les autorités locales étaient incapables de trouver une solution à l’entassement
des poubelles pendant plus de huit mois d’affilée. Par conséquent, la crise a amené les gens à
apprendre autour des déchets pour parvenir à des solutions. La contribution des ménages à la
gestion des déchets est devenue un générateur de gouvernance qui s’impose à travers des séries
d’interactions entre les divers acteurs de la crise, afin de contribuer à une gestion plus efficace
des déchets. Une réorientation de la gestion publique vers une gestion collective des déchets
ménagers conjecture tout un ensemble de déplacements affectant les intérêts et les pratiques de
91
plusieurs acteurs (Rumpala, 1999). Une série de négociations tend à favoriser d’un côté le tri,
la collecte sélective et le recyclage pour une partie des acteurs de la crise, et tend pour d’autres
à opter pour les méthodes d’incinération et de mise en décharge. D’où l’émergence de nouveaux
acteurs qui auparavant n’étaient pas impliqués. Les parties prenantes dans la gestion des déchets
jusqu’en 2015 étaient les autorités publiques gouvernementales représentées par le CDR et les
municipalités ou les unions de municipalités (AUB report, 2016). Depuis 2015, la décharge
principale de la capitale a fermé ses portes devant les manifestations des habitants, et Sukleen
ne ramassait plus les poubelles car elle n’avait plus accès à la décharge. Les municipalités
n’arrivaient pas à trouver des solutions aux quantités énormes de déchets accumulés devant les
maisons ; les habitants ne supportaient plus les odeurs nauséabondes et la vue des déchets
entassés un peu partout. Plusieurs communautés commençaient à transporter les déchets de
devant les résidences pour les jeter dans des vallées plus loin des habitations, pour ensuite en
brûler une partie. Le pays croulait sous les montagnes de déchets et s’asphyxiait dans des nuages
de fumée. Pendant plusieurs mois, les déchets remplissaient les fleuves, les vallées, les rues,
enfin tout le pays suffoquait dans cette potion toxique.

L’identification des actants de la crise des déchets fait partie de la première étape du processus
de traduction, en amenant à identifier les éléments du contexte depuis le déclenchement de la
crise en 2015. Le déchet constitue l’actant non humain qui depuis « dormait » depuis des années
en n’étant ni valorisé ni exploité. La composition des déchets municipaux comme on l’a déjà
exposé dans le chapitre précédent sur les déchets, est variée ; les matières organiques
constituent entre 50 et 55%, celles recyclables 37% et des déchets divers 11%. Depuis l’été
2015, le stock des déchets ménagers mélangés atteint un stade alarmant au niveau de la santé et
de l’environnement. La société qui était en charge de ramasser et de transporter les déchets à
son site de traitement pour les compacter et ensuite les déposer à la décharge avait arrêté ces
services, et ce à cause de la fermeture de la décharge principale de la capitale. Ceci a rendu les
municipalités incapables de faire face à cette situation qui s’aggravait de mois en mois.

En l'absence de toute solution durable, le problème de l'accumulation des déchets a atteint un


stade critique affectant la santé des citoyens (libération de toxines, contamination des aliments,
fuite dans les sources d'eau et de nourriture, pollution de l'eau). La pollution de la mer
Méditerranée et l'émergence de maladies infectieuses sont quelques-unes des conséquences de
cette crise. Les déchets étaient déposés au bord des routes, déversés dans les cours d'eau et les
terrains vacants et brûlés à l'air libre près des résidences ; le pays comptait plus de mille sites

92
d’enfouissement non contrôlés. De telles pratiques présentent des risques pour la santé des
résidents, les enfants étant particulièrement touchés. Les déchets déversés obstruent également
les canalisations, et accroît les dommages que les inondations causent à la santé publique. Même
dans les endroits où les déchets ont été collectés, ils peuvent toujours être déversés dans des
zones basses ou en dehors des villes. Cela signifie que le déversement à ciel ouvert affecte les
sources d'eau et nuit à l'environnement (Wilson et.al, 2013).

2.3.2. La crise des déchets lue au travers du processus de traduction


Comme on l’a déjà signalé, le processus de la traduction se compose de quatre étapes
indépendantes qui progressent simultanément. Chaque étape marque une évolution dans les
négociations par la mobilisation des actants. Ces quatre étapes sont : la problématisation, les
dispositifs d’intéressement, l’enrôlement et la mobilisation des alliés. Dans notre recherche,
nous allons accompagner l’évolution de la crise depuis son déclenchement ainsi que les acteurs
qui se multiplient à travers le processus de traduction en partant de l’étude de Callon sur la
domestication des coquilles Saint-Jacques dans la baie de Saint Brieuc. L’élaboration des
détails de chacune des étapes sera l’objectif de la deuxième partie de notre recherche, dans
l’analyse de la dimension empirique du terrain.

2.3.2.1. La problématisation : la prise en compte de l’hétérogénéité des actants


Cette première étape du processus de traduction correspond à l’identification des problèmes
regroupés sous la forme de questions liées. Ceci permet de définir un premier niveau d’actants
qui sont concernés (Callon, 1986). Le nombre d’actants varie en fonction de l’évolution de la
problématique qui va placer les actants en situation de coopération (Dreveton, 2011).
Depuis la crise en 2015, plusieurs actants arrivent sur la scène : le déchet (actant non humain),
les autorités publiques, les habitants de la ville ainsi que les chercheurs et experts en matière de
déchet (actants humains). Ces actants sont de plus en plus concernés car la crise s’amplifie
d’année en année. Le gouvernement fait face à une résistance publique et à des oppositions
devant toute décision. Pour les habitants, ces résolutions gouvernementales peuvent nuire à la
santé et à l’environnement. Chaque actant croit être expert en matière de gestion des déchets et
les médias ne font que parler du problème de gestion des déchets presque tous les jours.

93
L’objectif de notre recherche est d’analyser la constitution progressive, depuis 2015, d’un
savoir « scientifique » sur les déchets ménagers dans le pays. Les chercheurs, les activistes
environnementaux, les ménages, ainsi que le secteur de recyclage et bien d’autres organismes
publics et privés, constituent des actants humains qui participent à la genèse d’une gestion des
déchets. Nous allons exposer ci-dessous les intérêts de chacun de ces actants. Nous laisserons
l’analyse de la situation ainsi que chacune des étapes du processus de traduction pour la partie
empirique.

Les différents actants de la crise des déchets depuis 2015 (AUB, 2016) :

- Les ménages ou les habitants de la ville de Beyrouth et du Mont Liban ;


- Les municipalités ;
- Les professionnels regroupant les usines de recyclage et de compostage et les experts
en matière de déchets représentés par des associations ou petites entreprises ;
- Le gouvernement ou les autorités publiques ;
- Les activistes environnementaux ;
- Les chercheurs.

Nous proposons de regrouper les actants cités ci-dessus par secteurs et activités auxquelles nous
reviendrons au cours de notre validation empirique, comme suit :
- Institutionnel ou public : comprend les institutions, les municipalités ou unions de
municipalités, le ministère de l’environnement, et tout ce qui est relatif aux institutions
de l’Etat et aux pouvoirs publics ;
- Privé : correspond au secteur non institutionnel (les industries, les ménages) ;
- Le secteur informel comme les activistes environnementaux, les professionnels, les
chercheurs, les experts, etc.

La méconnaissance des différentes logiques de gestion des déchets est presque totale, surtout
avant la grève des déchets. La communauté scientifique ne s’était vraiment pas intéressée
puisqu’un seul parti était responsable du destin des déchets municipaux ; les municipalités dans
la capitale et le Mont Liban n’avaient pas de plan d’urgence en cas de crise puisqu’elles
n’étaient pas impliquées dans la gestion ; les habitants qui sont producteurs de déchets voulaient
se débarrasser de leurs poubelles. Jusqu’en 2015, il n’existait donc pas de relation directe entre
les déchets et leurs producteurs et/ou avec les autorités locales. C’est depuis la crise et
l’apparition des chercheurs en matière de gestion des déchets qu’un lien sera progressivement

94
construit. Les partis environnementaux et plusieurs municipalités ont décidé de joindre leurs
efforts et de prendre des initiatives pour réduire l'impact de cette crise. Mais ces interventions
dépendent bien sûr de l’existence du savoir nécessaire. Une nouvelle perspective a eu lieu dans
certaines municipalités du Mont-Liban depuis 2016 ; les initiateurs installent de nouvelles
exigences comme l’exigence du tri des déchets de la source car c'est devenu une nécessité pour
une bonne gestion des déchets ménagers. Mais certaines contraintes imposées sont un fardeau
financier que les municipalités ne peuvent assumer sans le soutien ou l'intégration du secteur
privé et des dons externes. La coordination et le partenariat avec des acteurs privés et des ONG
étaient nécessaires pour pouvoir communiquer aux citoyens les nouvelles instructions de tri à
la source et obtenir leur adhésion pour assurer la collecte sélective, construire une installation
de collecte et de tri et recruter le personnel. Cela implique les opérations de nombreux actants
dans un système-réseau venant créer des organisations « apprenantes ». L'argument est
notamment avancé par les partisans écologistes qui ont une vision modeste du recyclage des
déchets ménagers et des techniques de tri (expliciter). Ces derniers forment des coalitions et des
associations afin de projeter leurs avis et de contester toute décision du gouvernement comme
l’installation d’un incinérateur ou l’augmentation de la surface des décharges qui sont situées
sur la côte libanaise, etc. Ces actants font partie du réseau qui se forme et contribuent à la
diffusion de connaissances vis-à-vis du déchet.

La problématisation construite montre une situation dans laquelle il faut admettre qu’un détour
vers la valorisation des déchets est essentiel. Et ceci inclut le tri et la collecte sélective, tout en
prenant des mesures de limitations de la mise en décharge. Le choix de la valorisation des
déchets partant du tri à la source et du recyclage permet de constituer un point de passage obligé,
une phase qui incite à interagir et à coopérer pour diminuer les déchets ménagers et par la suite
à faire avancer les raisonnements dans les négociations entre les différents actants.

L’argumentation qui se développe est toujours la même :


- Quel sera le destin des déchets ou plutôt le déchet peut-il être perçu comme ressource ?
- Le gouvernement et les autorités publiques entendent-ils préserver leurs intérêts
économiques à long terme (quelles que soient les raisons de ces orientations) ?
- Les déchets seront-ils valorisés (quels que soient les mécanismes plus ou moins obscurs
qui expliquent cette orientation) ?

95
- Les habitants voient-ils moins de risque sur la santé et sur l’environnement (quelle que
soit leur perception vis-à-vis le déchet) ?
- Les experts visent-ils la création de connaissances ?

Alors comme c’était dans le cas des coquilles Saint Jacques, les actants sont tous amenés à
accepter de répondre à la question : comment le déchet peut-il être valorisé ?

Comme le précise Callon (1986), la problématisation, outre l’identification des acteurs qu’elle
implique, permet de sceller les alliances entre les actants à travers les déplacements et détours
à consentir. Le problème des déchets ménagers a atteint sa limite, la santé et l’environnement
sont menacés, et les obstacles sont nombreux ; le problème des déchets dans la ville de Beyrouth
prend de plus en plus d’ampleur ; les autorités publiques qui ne pensent qu’à maximiser leurs
intérêts n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une stratégie de gestion de déchets pour le long
terme ; le privé représenté par les habitants ainsi que par les entreprises de recyclage qui veulent
être impliqués pour apprendre à gérer le problème des déchets constatent que la situation
s’aggrave ; les chercheurs et experts qui désirent développer les connaissances sont en train de
voir chacune des autres parties prétendre être le seul expert dans ce domaine. La
problématisation induit un mode d’associations entre les actants de la crise à travers
l’identification de chacun ainsi que les problèmes qui s’interposent entre eux. « Ainsi se
construit un réseau de problèmes et d’entités au sein duquel un secteur se rend indispensable »
(Callon, 1986, p.185). Dans notre cas, il s’agit de la coopération (donc de l’émergence d’une
gouvernance partenariale multi-niveaux) afin de réduire les quantités de déchets eu égard à la
saturation des décharges dans la région de Beyrouth, et la monopolisation de la gestion des
déchets par une seule entité publique jusqu’au déclenchement de la crise en 2015 et la grève de
collecte qui a duré plus de huit mois d’affilée. Les habitants ne veulent pas de sites
d’enfouissement à côté des villes ; ils n’ont plus confiance dans les promesses de l’Etat ; les
sites temporaires utilisés depuis la crise sont saturés et une nouvelle crise était en germe en
2019. Ces mêmes décharges sont situées en bord de mer, et le gouvernement a prévu des plans
d’expansion de ces sites ; toutes les autres entités levaient la voix pour faire face à cette situation
alarmante. Donc les problèmes ne sont pas générés spontanément mais résultent de la définition
de la mise en action des différentes entités, qui auparavant n’étaient pas liées les unes aux autres.
Mais à travers les déchets, des interactions commencent à surgir.

96
2.3.2.2. L’intéressement
Comme le définit Callon (1986), l’intéressement est « l’ensemble des actions par lesquelles une
entité s’efforce d’imposer et de stabiliser l’identité des autres acteurs qu’elle a définis par sa
problématisation » (p185). Les actants s’allient sur un objectif commun, leurs identités
évoluent tout au long du processus d’intéressement. Un lien social se consolide entre les entités
naturelles et celles humaines. Le dispositif d’intéressement dans le cas des déchets se crée au
long des années depuis 2015 avec l’évolution de la crise et une conviction qu’une coopération
est nécessaire pour aboutir à une solution durable. Le dispositif d’intéressement matérialise des
hypothèses faites sur les méthodes de gestion des déchets les plus appropriées pour une solution
durable et acceptée par toutes les entités. Si l’intéressement réussit, il permettra l’enrôlement
des actants.

Si les habitants ainsi que les autres entités privées collaborent et apprennent autour des déchets,
le destin des déchets ne finira pas par l’incinération simple ou la mise en décharge. Et le
développement des réseaux sociaux de circulation des déchets pourra confirmer la genèse d’une
gouvernance partenariale multi-niveaux. Une observation de près est nécessaire pour étudier
les dispositifs d’intéressement qui se constituent. Avant la crise, les recherches montrent que la
plupart des entités ne savaient rien sur les déchets (Arc En Ciel, 2015), comme c’était le cas
pour les coquilles Saint-Jacques. « L’intéressement est alors fondé sur une certaine
interprétation de ce que sont et veulent les acteurs à enrôler et auxquels s’associer » (Callon,
1986, p189).

2.3.2.3. L’enrôlement
L’enrôlement représente une étape de consolidation au sein du processus de traduction
(Rumpala, 1999). Callon (1986) précise que le dispositif d’intéressement ne s’ouvre pas
seulement sur l’alliance et sur l’enrôlement. L’enjeu est de transformer une question en
plusieurs affirmations considérées comme incontestables comme : les déchets circulent ; une
solution durable et économique est nécessaire, etc. Ceci reste à décrire plus tard quand nous
analyserons le terrain dans la deuxième partie de notre thèse. Nous allons parler d’enrôlement
des actants pour ensuite décrire l’ensemble des négociations multilatérales. Négocier avec les
déchets, c’est discuter avec toutes les oppositions à leur circulation et leur réutilisation. Le

97
dispositif d’intéressement va revenir aux hypothèses qui fondent le programme de négociations.
Si la démarche vise à favoriser le tri et la collecte sélective, un programme de négociations sera
contenu dans les propositions envisagées. Il s’agit d’enrôler des actants sur le terrain afin de
former un réseau correspondant à un circuit où les déchets suivront un autre destin plus durable
que la mise en décharge.

2.3.2.4. La mobilisation des alliés


L’objet de cette étape est d’accroître le nombre d’actants et d’accentuer leur coordination au
sein du réseau sociotechnique. Chacun des actants est représenté par un porte-parole : « Qui
parle au nom de qui ? Qui représente qui ? » (Callon, 1986, p193). Ça sera un nombre limité
de personnes qui vont affirmer ou pas les hypothèses données. Afin de déboucher la désignation
de porte-paroles, une chaine d’intermédiaires et d’équivalences est mise en place. On parle ici
d’une mobilisation au-delà du système d’alliances qu’elle constitue, pour ensuite se matérialiser
par toute une série de déplacements (Law, 1984). Les négociations généralisées sur une
représentativité des porte-paroles amène à une réalité sociale et naturelle. A la fin de ces quatre
étapes du processus de traduction, suivant Callon, un acteur-réseau se forme à partir de liens
contraignants.

Comme le signale Rumpala (1999), le recours aux porte-paroles de la collecte sélective qui
implique les résidents et appelle à une série de négociations et donne une possibilité
supplémentaire de renforcer les systèmes d'alliances qui ont été construits. Les intérêts des
habitants sont pris dans un processus de traduction ; ils se déplacent pour devenir « le premier
maillon de la valorisation ». Les usagers doivent faire un effort de tri de leurs déchets afin de
bénéficier à l’ensemble de la collectivité et de permettre la genèse d’un réseau d’acteurs.

2.3.3. La mobilisation de l’ANT dans notre recherche


Au cours de notre recherche et depuis nos observations dès le déclenchement de la crise en
2015, des entités hétérogènes se rassemblent, interagissent et discutent autour des déchets.
L’objectif de notre recherche vise à observer les réseaux qui sont en train de se former et la
gouvernance partenariale multi-niveaux des déchets qui émerge à travers le processus de
traduction qui prend en compte l’assemblage des éléments hétérogènes.
98
Selon Amblard, Bernoux, Herreros et Livian (Jouhier, s. d.), la Sociologie de la Traduction a
pour objet de comprendre les systèmes d’actions organisées. Sa posture méthodologique
implique d’appréhender les situations dans leur complexité, car cette approche s’intéresse aux
liens entre les éléments formant une organisation qui par la suite est analysée comme un réseau
sociotechnique.

Callon part constate que pendant la mise en œuvre des projets d’innovation, une multitude
d’entités hétérogènes interagissent. Il peut s’agir de centres de recherches techniques, d’un
laboratoire de recherches, d’industriels, d’agences publiques ou d’autorités locales ainsi que de
consommateurs. Ces entités deviennent des entités économiques. Pour l’auteur, ces mises en
relation constituent un nouveau modèle socio-économique et deviennent de plus en plus
« fréquentes et inévitables » (Biémar et al., 2017).

Le déchet, dans notre cas, comme actant non humain constitue la substance d’une organisation
sur deux registres : celui du réseau et celui de la gouvernance partenariale multi-niveaux. Cette
approche est intéressante dans la mesure où elle mobilise les travaux sur les réseaux sociaux
qui privilégient les interactions entre acteurs sociaux et la co-construction entre individus et
structure du réseau. L’ANT permet de relier des actants humains et non-humains qui sont des
amplificateurs des réflexions en matière de création de savoir (Callon & Ferrary, 2006). Ces
objets se développent en même temps que se développent les interactions entre actants et
peuvent jouer un rôle décisif dans la réussite ou non d’un projet. La théorie de l’Acteur-Réseau
est aussi intéressante car elle donne la possibilité au chercheur de réfléchir et de décrire une
situation complexe problématique ou émergente d’une façon la plus détaillée et la plus
dynamique (Korsgaard, 2011). La Théorie de l’Acteur-Réseau constitue une méthode
d’observation du terrain qui permet une lecture originale de la recherche-action que nous avons
entamée.

99
La façon dont les gens traitent leurs déchets est régie par les systèmes et les technologies qui
les entourent et par les lieux dans lesquels ils vivent. Des réseaux constitués de plusieurs entités
sont en train de se former depuis la crise en 2015 au Liban. Plusieurs acteurs se sont mobilisés,
se rallient et se confrontent. La mobilisation de l’approche de l’acteur-réseau nous semble
nécessaire ; le processus de traduction mobilise les savoirs mis en cause par des controverses
qui, par la suite, circulent par une succession de traductions pour pouvoir ensuite se transformer
progressivement par une série d’adaptations simultanées. L’acteur-traducteur constitue le lien
nécessaire dans la construction du processus de traduction (Callon, 1986). Les auteurs
fondateurs de l’ANT considèrent que la constitution d’une situation de changement se fait par
l’élaboration d’un réseau formé d’actants qui se retrouvent en convergence dynamique. Ils
soulignent que ce réseau n’existerait pas sans le fait scientifique, et le changement n’aura pas
eu lieu sans le réseau. Ce dernier est donc « une méta-organisation regroupant des entités qui
présentent la particularité de pouvoir être humaines ou non humaines, individuelles ou
collectives avec chacune leur rôle, leur identité, leur programme » (Rojot, 2016).

Cette approche sera mobilisée dans notre recherche afin de comprendre les logiques des
différents actants qui forment les organisations en réseau et les différentes controverses à partir
de la circulation des déchets ménagers.

Cependant, l’ANT ne sera pas la seule référence adoptée dans l’analyse de notre recherche pour
deux raisons :

- C’est la dynamique des réseaux sociaux qui conduit à l’émergence d’une gouvernance
partenariale multi-niveaux dans le pays (les deux chapitres suivants amènent à justifier
cette première raison).

- Cette organisation est-elle apprenante ? d’où il reste à observer s’il y a eu création d’un
savoir, ingrédient d’un apprentissage.

100
3. Chapitre 3 : Une gouvernance « partenariale » des
déchets ?

« Sustainable development is the pathway to the future we want for all. It offers a framework
to generate economic growth, achieve social justice, exercise environmental stewardship and
strengthen governance ».
« Ban Ki-Moon, 2013 »

La politique de gestion des déchets est passée d’une approche réglementaire centrée sur les
pollutions liées aux déchets à une politique socio-économique et une prise de conscience
généralisée qui a permis de percevoir le déchet comme ressource. Ce changement de statut du
déchet a pris de l’ampleur depuis presque deux décennies à travers le concept d’économie
circulaire qui vise à minimiser les impacts environnementaux et qui met en avant la valeur
environnementale du déchet (Micheaux & Aggeri, 2019). Depuis, on parle d’une politique de
responsabilisation des acteurs qui sont à la source du déchet et d’une distribution des savoirs
entre eux (Aggeri, 1999). Dans ce chapitre nous allons partir de « la tragédie des biens
communs » initiée par Hardin puis de la gouvernance des communs à travers les travaux
d’Elinor Ostrom qui souligne l’importance de la communication entre les acteurs et la considère
comme un facteur essentiel dans le développement de relations entre les individus, afin
d’élaborer en commun leur propres systèmes ou leurs règles de fonctionnement (Ostrom, 1990).
Nous nous appuyons sur une analogie de la gouvernance des communs (les déchets à Beyrouth)
avec celle proposée par Ostrom sur les ressources naturelles surtout que, dans l’approche
d’Ostrom, la responsabilité collective ne sollicite pas toujours l’intervention du gouvernement.
Ceci nous permettra d’identifier les différents acteurs de la gouvernance partenariale des
déchets de la situation actuelle afin de pouvoir mobiliser l’approche de l’ANT qu’on a présentée
dans le chapitre précédent ; l’objectif sera de vérifier à travers cette approche comment le déchet
est considéré comme la substance d’une organisation sur le registre d’une gouvernance
partenariale multiniveau d’un côté et sur celui du réseau d’un autre côté.

101
102
3.1. Les notions de gouvernance et des biens communs

La gouvernance n’est pas le concept d’un thème particulier ; on en parle dans plusieurs
disciplines comme l’économie, le management public, la sociologie ou même la science
politique. La gouvernance est définie par Gaudin (2002) comme une forme de production
collective plus ou moins coordonnée qui porte parfois des confusions. Les réflexions sont
diverses mais tournent autour de trois perspectives : la gouvernance politique moderne, la
gouvernance institutionnelle multiniveaux et la gouvernance d’entreprise et ses coûts de
transaction. Gaudin souligne dans le même cadre la méthode d’analyse de réseaux qui
caractérise les flux de relations entre les individus dans un groupe social. Cette analyse a pris
de l’ampleur par rapport aux coopérations et aux interactions qui amènent à une action
collective.

La notion de la gouvernance trouve ses fondements dans l’article publié par Hardin depuis 1968
sur la « tragédie des biens communs » qui se traduit par l’impossibilité d’empêcher l’usage
d’une ressource. La notion de biens communs a été définie par Petrella comme « ce qui
concerne les conditions de vie – ressources matérielles et immatérielles essentielles et
insubstituables pour le vivre ensemble (par exemple pas le pétrole mais l’eau, pas le livre mais
la connaissance, etc.) ». Le « bien commun » est une notion ancrée au droit à la vie et au droit
au vivre ensemble et qui ne dépend pas de la volonté des individus (Pesqueux, 2015).

Cette logique a été adressée en 1968 par Hardin dans son article célèbre, où il mettait en scène
des bergers qui se partagent un pâturage en libre accès. D’où émane la tragédie des biens
communs lorsque chacun, poussé par son intérêt personnel, est tenté de faire paître un nombre
toujours plus important d’animaux afin de maximiser son profit et finalement d’une
gouvernance par le marché quand elle se consacre aux biens communs. Hardin constate que les
individus sont placés dans des systèmes qui les amènent à posséder et à polluer dans un monde
limité. Il proclame que la liberté de partager un bien commun va nuire à tout le monde (Hardin,
1968). Il en conclut que la gestion optimale d’un bien commun doit passer soit par l’étatisation
soit par la privatisation. Pour l’auteur, la tragédie des biens communs apparaît aussi dans les
problèmes de pollution. L'homme rationnel constate que sa part du coût des déchets qu'il rejette
dans les biens communs est inférieure au coût de la purification de ses déchets avant de les
libérer. Chaque individu se comporte en tant qu’entrepreneur indépendant, rationnel et libre. La

103
pollution est donc une conséquence des populations, d’où l’importance d’une gouvernance des
biens communs. La privatisation et le contrôle de la part de l’Etat ont longtemps été considérés
comme les seuls moyens pour résoudre ce qu'on appelle le « dilemme des biens communs ».

Cependant, la coexistence de ces solutions n’ont souvent pas répondu aux attentes, mais ont
accéléré la dégradation des ressources communes (Steins et al., 2000). Des recherches
empiriques ont montré que les individus qui sont intéressés à utiliser un bien commun sont
appelés à travailler ensemble afin de créer des institutions qui mettent en place des mécanismes
pour une meilleure gestion et utilisation des biens ; tout ceci dans le but d’empêcher la
dégradation de la ressource (Ostrom, 1990) ; (Cook, 1990).

3.1.1. La gouvernance des biens communs


Ostrom (Ostrom, 1990) conteste la vision alarmiste d’Hardin qui omet de considérer les
capacités d’autorégulation des acteurs. Elinor Ostrom présente un modèle de gestion des biens
communs ou « common-pool resource ». Elle souligne l’importance des arrangements
institutionnels de petite taille qui permettent une meilleure gestion entre les différents
bénéficiaires, assurant ainsi leurs profits et la continuité de la ressource. Ses recherches en 1990
portent sur des petits projets auxquels dépend et desquels bénéficie largement la population qui
l’entoure telle que la gestion de l’eau en matière d’environnement ou même la gestion des
services de police en milieu urbain.

En 2009, Ostrom obtient le prix Nobel en sciences économiques pour avoir démontré que les
propriétés communes pouvaient être gérées avec succès par des associations d’usagers sans être
privatisées ni régulées par les autorités publiques (Nobel Prize, 2009). Son intérêt porte sur une
gouvernance dans le cadre d’une action collective pour gérer des biens communs. Elle a
présenté de nouvelles approches théoriques pour analyser les situations de biens communs et a
proposé une nouvelle perspective sur l’évolution des institutions dans des actions collectives.
Elle a démontré que les communautés sont capables de s’autogouverner et d’éviter la
surexploitation des ressources. Elle réaffirme ce que Bates avait souligné en 1988 (Ostrom &
Baechler, 2010). Les individus seront confrontés à deux sortes de dilemmes. Le premier porte
sur la prise de conscience d’un ensemble d’individus en ce que la formation d’une institution
leur apporte des bénéfices supérieurs à une situation où chacun cherche son propre intérêt. Et

104
le second dilemme régit le moment de la création de l’institution. Le nouvel ensemble de
règlements adopté par cette institution devient une forme de biens communs. Ostrom a montré
dans ses recherches sur l’action collective que les individus ont tendance à coopérer quand ils
font face à un problème social. Après plusieurs observations de terrain, elle adopte une analyse
inductive dans l’étude des institutions de gestion des biens communs, et met en évidence huit
« principes de conception » d’une gouvernance des communs au regard du premier dilemme
qui propose des modes dans lesquels les individus sont amenés à se comporter pour gérer les
ressources communes (Pesqueux, 2015) :
1. L’existence de limites d’accès à la ressource et aux droits de son exploitation clairement
définis ;
2. L’adaptation des règles d’utilisation de la ressource aux conditions locales ;
3. La mise en place de procédures pour faire des choix collectifs ;
4. L’existence de systèmes de supervision et de surveillance du comportement des citoyens
ayant accès à la ressource ;
5. La mise en place de sanctions graduelles en fonction du contexte et de la gravité de la
transgression des règles ;
6. L’institution de mécanismes rapides et efficaces de résolution des conflits ;
7. La reconnaissance par les autorités du droit à l’auto-organisation et aux règles issues de
cette auto-organisation ;
8. L’ensemble du système est organisé à plusieurs niveaux.

Afin d’arriver à cette situation idéale, il s’agit ici de construire un processus de changement
institutionnel afin de répondre aux dilemmes sociaux auxquels les individus sont confrontés.
Dietz, Ostrom et Stern (Dietz et al., 2003) ont proposé les principes d’un système pour une
bonne gouvernance qui est réparti en cinq phases : la diffusion de l’information, la cohabitation
entre les différents intérêts, l’incitation au respect des règles, les infrastructures technologiques
et institutionnelles et les adaptations au fil du temps. Notons que l’élément clé des huit principes
est l’implication des utilisateurs de la ressource ou « commoners » dans l’institution même des
normes engendrées. Selon Micheaux et Aggeri (Micheaux & Aggeri, 2019), l’absence de valeur
naturelle dans le déchet constitue une première différence avec le commun foncier des études
d’Ostrom, car ce dernier est principalement une « ressource pure » en matières premières et
valorisable économiquement. Mais depuis les recherches d’Ostrom sur les communs, ils
deviennent l’objet d’une action collective. De nos jours, le commun est considéré comme un

105
remède à la crise de confiance vis-à-vis du politique comme le signalent Micheaux et Aggeri.
De nouvelles formes de coopération et des initiatives de co-construction impliquent la
participation de l’usager à la gestion collective du commun. L’action de valorisation des déchets
s’apparente à une activité de commoning d’où l’enrichissement du commun et la création de
nouvelles formes d’action collectives. Le commun amène à une formation d’une structure de
gouvernance.

3.1.2. La gouvernance partenariale multiniveaux


L’organisation est un construit social qui répond aux attentes, aux objectifs et aux intérêts de
plusieurs partenaires et toute personne qui peut influencer les décisions. Ceci correspond à une
conception élargie du modèle partenarial. Les COP (référence) se réfèrent à la notion de « partie
intéressée ». Néanmoins, le développement durable de l’organisation ne peut être garanti que
par une convergence des intérêts contradictoires de tous les partenaires. L’une de ses principales
limites réside dans la multiplication d’objectifs hétérogènes des différents acteurs qui sont en
même temps difficile à satisfaire (Meier & Schier, 2008).

La notion de la gouvernance multiniveaux, mise en place par l’Union Européenne, a été utilisée
par plusieurs chercheurs et est aussi connue sous d´autres appellations telles que la
« gouvernance en réseau », « en comité » ou « collaborative ». Hooghe et Marks distinguent
deux types de gouvernance multiniveaux dont l’un est limité aux responsabilités et compétences
politiques ou gouvernementales, tandis que le deuxième type est plus vaste en nombre de
compétences et s’étend à d’autres sphères territoriales, ce qui amène à voir des domaines de
compétence qui sont pensés pour être flexibles plutôt que fixes (Liesbet et al., 2003). Donald
Kettl est l’un des théoriciens les plus connus en cette matière. Il se base sur la sociologie des
réseaux et emploie le terme « réseaux » pour désigner l’évolution de la gouvernance dans
l’administration publique depuis le début du millénaire, qui se traduisent en des partenariats
entre public-privé (Kettl, 2000). C’est grâce à la gouvernance multiniveaux que plusieurs
exemples de gestion environnementale participative ont été étudiés dans plusieurs pays (Newig
& Fritsch, 2009). Au Canada, les fonds municipaux verts permettent d’investir dans des
technologies telles que la gestion des déchets et le traitement de l’eau. Ces nouvelles formes de
gouvernances sont basées sur des ententes volontaires entre plusieurs acteurs, dont ceux de la
société civile, les organisations non gouvernementales, les municipalités, etc.

106
Ostrom privilégie elle aussi une conception des institutions qui est centrée sur une analyse
approfondie des types de règles et de normes des institutions. Dans notre recherche, nous
sommes intéressés à un aspect essentiel qui est la hiérarchie des règles ou l’analyse « multi-
niveaux » qui prend en compte les complémentarités institutionnelles (Weinstein, 2013).

Brondizio souligne que l’existence ou l’absence du capital social à un niveau peut aboutir à
stimuler ou à freiner son développement à d’autres niveaux. S’il est soutenu par des valeurs
partagées par des groupes agissant à différents niveaux. Il forme une ressource précieuse qui
aide à la résolution de problèmes multi-niveaux. Ce qui implique, pour ce qui est de la
gouvernance multiniveaux la nécessité d’envisager les interactions entre des groupes des
individus et l’environnement à une multitude de niveaux allant du local au global (Brondizio et
al., 2013).

Ostrom, partant de la notion d’« arènes d’action » comme cadre d’analyse des institutions,
souligne l’importance des liens entre les différentes arènes en prenant deux axes : les liens
horizontaux ou liens organisationnels et ceux verticaux à plusieurs échelles imbriquées micro
et macro. Car d’un côté un commun ne peut pas être compris dans un système isolé mais il
dépend des environnements publics et marchands qui conditionnent son fonctionnement. Ceci
est nécessaire pour une analyse de tous les types de communs qui sont conçus comme modes
de gouvernance. En plus des règles qui définissent le droit d’accès à la ressource, il y a les règles
de « choix collectifs » qui déterminent qui participe aux activités opérationnelles en plus des
règles de « choix constitutionnels » qui encadrent les règles de choix collectifs. L’analyse des
systèmes d’action collective sera faite en contrôlant les « arènes d’action ». Cette approche
permet de mieux comprendre la dynamique des institutions en donnant une grande importance
aux processus d’apprentissage individuels ou collectifs dans les processus de constitution et de
choix de règles (Ostrom, 2005). Pesqueux parle aussi du modèle de Ostrom comme une
gouvernance multiniveaux et souligne que si le prix limite l’accès à la ressource, il tend en
même temps à favoriser les plus puissants et n’aboutit pas à une protection sûre de la ressource
(Pesqueux, 2015).

Dans le cas de la gestion environnementale, Lemos et Agrawal distinguent quatre formes de


partenariats ou de gouvernance en commun. La première est appelée co-management entre
agence d’Etat et communauté d’utilisateurs, la deuxième est connue sous partenariat public-

107
privé entre agence d’Etat et acteurs sur le marché, puis les partenariats sociaux-privés qui se
font entre des acteurs du marché et des utilisateurs, enfin la gouvernance multi-partenariale qui
prend en considération tous les types d’agents aussi connue sous l’appellation de gouvernance
« polycentrique » ou celle de gouvernance métropolitaine (Lemos & Agrawal, 2007). Elle
désigne l’existence de plusieurs centres de prise de décision qui à la base sont indépendants les
uns des autres, mais qui prennent l’autre en compte dans des engagements contractuels et ont
souvent recours à des mécanismes centraux pour résoudre les problèmes (Ostrom, 2010). Son
point de vue imprègne les effets de composition et d’émergence entre niveaux de gestion à
travers la formation d’unités encastrées ou « nested units ». C’est une approche qui permet de
reconnaître les systèmes de gouvernance qui caractérisent un sous-système social et permet
ainsi d’identifier les interactions entre les différents sous-systèmes.

Notons, par exemple, la notion de la « gouvernance verte » qui cherche à rendre les relations
entre les activités de production et de consommation plus efficaces, ainsi qu’à diminuer la
dégradation des écosystèmes et le niveau d’exploitation des ressources naturelles. Elle unit la
perspective de développement durable et les principes de bonne gouvernance et de gestion
participative. Tous les acteurs concernés seront impliqués tels que les autorités publiques, les
organisations, les citoyens et toute autre entité qui pourra engendrer des effets sur
l’environnement (Pesqueux, 2015). La gouvernance verte repose sur plusieurs principes qui
vont dans le même sens que les principes de gouvernance des biens communs d’Ostrom ; notons
l’importance de la participation des populations locales, des organisations collectives dans les
prises de décisions concernant la gestion des ressources naturelles dont elles dépendent ainsi
que la constitution d’arrangements institutionnels. Comme le signale aussi Pesqueux, ces
logiques s’imprègnent d’une logique prospective face aux enjeux actuels et futurs de l’état de
l’environnement et des ressources naturelles, tout en engageant plusieurs acteurs dans un cadre
d’échanges. Tout ceci vise à adopter une démarche participative « fondée sur l’hypothèse que
les populations locales, les organisations collectives sont plus à même d’assurer la gestion –
exploitation, respect des procédures et des politiques, contrôle et surveillance – que l’Etat et le
marché » (Pesqueux, 2015), p.51).

108
3.2. Vers une gouvernance partenariale multiniveaux des déchets
considérés comme étant des communs

Revenons à présent à l’analyse historique sur les déchets engagée dans le premier chapitre.
Celle-ci permet de retracer l’évolution de valeur du déchet au cours des années, des régimes
adoptés et des modes de gestion. Cette évolution dépend du contexte national et des
infrastructures de collecte et de traitement (Lane, 2011). Le déchet est perçu comme une
ressource et a une certaine valeur qu’il s’agit de valoriser collectivement. Plusieurs méthodes
de gestion des déchets ménagers ont été présentées dans le premier chapitre allant du recyclage
à la production d’énergie, etc. Toutefois, le déchet par nature n’a pas de valeur. Mais dans le
cadre de l’économie circulaire, on parle de la valeur sociale du déchet qui est considéré un
commun car il génère de nouveaux emplois locaux (Eco-systèmes — Rapport annuel d’activités
2017, s. d.).

Ci-dessous un tableau comparatif montre la différence entre un commun naturel et le commun


déchet dans une étude récente sur la gouvernance des déchets électriques et électroniques en
France.

109
Tableau 4: Comparaison de deux formes de communs dans le cas de déchets d’Equipements
électriques et électroniques (DEEE) en France et la « responsabilité élargie du producteur »
(REP).

Commun naturel Commun déchet

Ressource Ressource naturelle Ressource matérielle : le déchet

Communauté Agriculteurs, ou autres Producteurs

Structure de gouvernance Structure de gouvernance articulée autour


Structure de
décrite par les principes de la commission des filières et des cahiers
gouvernance
d’Ostrom. des charges.

Source : (Micheaux & Aggeri, 2019), p56.

Dans leur recherche, les auteurs parlent du secteur des DEEE qui regroupe des produits très
hétérogènes et des marchés divers. Des éco-organismes se sont formés, chacun représentant une
catégorie de produits ou de services. Ils ont la charge d’orienter les flux de déchets vers les sites
de traitement afin de dépolluer les déchets, les trier, etc. Ces organismes sont des systèmes de
droit privé et sont agréés par les pouvoirs publics ; ils ont pour but de valoriser les déchets pour
optimiser leur durée de vie et diminuer la consommation de ressources vierges. Ces mêmes
auteurs soulignent la singularité du commun déchet ou du déchet comme étant un potentiel
commun. Un transfert de responsabilité ne veut pas dire un retrait de l’Etat, mais une émergence
d’institutions ou éco-organismes qui encouragent l’innovation de façon à considérer les déchets
comme ressource et à les valoriser. D’où il est intéressant de considérer les formes d’auto-
organisation à travers les formes de gouvernance partenariale des déchets comme modèle
d’action collective autogérée.

Dans le cas des déchets solides ménagers au Liban, on retrouve la même logique prédatrice
évoquée par Hardin dans la tragédie des biens communs. Les déchets n’appartenant à personne
peuvent être considérés comme des ressources qui ont de la valeur. Cette ressource reste
abandonnée et conduit à l’émergence d’autorités captives façonnées par la recherche de profit
110
et faisant fi des impacts environnementaux (Micheaux & Aggeri, 2019). Parmi les
conséquences de cela, citons, pour ce qui concerne la crise des déchets à Beyrouth, la
dégradation de la santé humaine et la prolifération des maladies et une sursaturation des espaces
d’enfouissement autorisés. Le déchet, considéré comme un commun, ne peut plus être maintenu
par une seule entité qui est le gouvernement, surtout après la crise de 2015 qui s’est même
répandue à tout le pays en 2019. Aussi une bonne gouvernance des déchets impliquant tous les
acteurs émergeants serait-elle nécessaire. La question reste à définir ces acteurs, et à préciser le
statut de l’expertise à l’expert au sein d’un système de gouvernance partenariale multiniveaux.

3.2.1. Le statut des profanes et experts dans la gestion des communs


Lors des deux premières conférences de citoyens en France en 1998 sur le sujet des organismes
génétiquement modifiés, puis en 2002 sur le changement climatique, le profane est conçu
comme celui qui ne doit avoir aucune implication particulière ni compétence ni connaissance
sur le sujet traité. Joly et al. (Joly et al., 1999) signalent qu’un « profane » est à l’origine
« candide et ignorant » mais en même temps il a une capacité d’orienter son bon sens et de
donner son point de vue informé.
La notion de « profane » a été même diffusée dans le domaine nucléaire lorsqu’il était difficile
de savoir qui est profane, qui est expert, qui est compétent et qui ne l’est pas dans les enjeux et
les controverses nucléaires (Wojcik, 2009). Plusieurs recherches ont mis en évidence
l’importance de l’expérience des profanes, refusant l’idée selon laquelle le public ne serait que
récepteur dans une recherche scientifique. Wojcik (Wojcik, 2009) mentionne les apports de
plusieurs études qui montrent l’importance des capacités du savoir des profanes dans les années
90, et ceci dans divers domaines techniques des non-spécialistes tels que les groupes de
malades. Notons par exemple la recherche d’Epstein (Epstein, 1995) qui montre comment les
militants du traitement du Sida qui sont des profanes au départ, ont progressivement pu
intervenir dans les recherches scientifiques et à faire partie des comités d’experts dans les
questions liées au traitement de cette maladie.

Quant à la notion d’« expert », nous reprenons la définition donnée par Gelfand depuis 1963
qui porte sur une dichotomie entre l’expert et le responsable politique. « Un expert est un
spécialiste, un conseiller technique. Il se distingue, en général, nettement de l’homme politique
dont le type même, en régime de démocratie représentative, est le parlementaire. L’expert,
111
n’étant pas responsable devant l’électeur, n’est pas soumis à la pression de l’opinion publique,
ce qui n’est pas le cas pour l’homme politique qui doit constamment tenir compte des variations
de celle-ci. Si l’expert financier Keynes conseille à Lloyd George, premier ministre anglais, de
ne pas accabler l’Allemagne par trop de lourdes réparations, ce dernier lui répondra qu’il doit
tenir compte de ses électeurs qui veulent qu’on contraigne l’ennemi à payer le maximum »
(Aziki 2017, p5). Etymologiquement, le mot expert ou « expertus » signifie éprouvé ou qui a
fait ses preuves. Munagorri le définit comme une personne compétente ayant une expérience
sur un sujet donné. Il signale qu’un individu pourrait être qualifié « d’expert » s’il a été nommé
tel dans le cadre d’une procédure d’expertise. De nos jours, le recours aux experts prend lieu
lorsqu’il faudra prendre des décisions sur des sujets complexes et diversifiés comme la santé,
le transport, l’environnement et la sécurité alimentaire (Munagorri, 2002). Aziki parlait de
réseaux d’experts qui se forment au niveau international sur un ensemble de valeurs politiques
surtout au sein des organisations internationales telles que l’ONU. Les défis de la modernisation
et de la globalisation ont permis l’avènement d’un nouveau type d’acteurs d’influence qui sont
professionnels et compétents. L’expert interagit avec sa hiérarchie et apporte son savoir-faire
technique. Dans le cadre de l’évolution de l’action publique, les spécialistes ont un rôle
primordial ; Aziki note par exemple leur place dans le domaine d’hygiène alimentaire ; on les
appelle les hygiénistes et sont considérés comme partie prenante dans l’élaboration d’un
appareil administratif garant de la sécurité alimentaire au niveau national. L’expert s’est donc
fait une place de choix dans de divers secteurs comme la santé et l’industrie. L’expert devient
un « spécialiste » dans son domaine après avoir imposé son savoir-faire dans les organisations,
grâce à son bagage académique, ses connaissances et son expérience. Ce statut d’expertise de
terrain intervient de plus en plus depuis l’apparition des critères de bonne gouvernance dans le
domaine de l’aide au développement. Le rôle d’expert tout comme celui de profane est
socialement construit (Wojcik, 2009).

Il sera important de noter ici que la science se construit différemment de l’expertise. Dans
d’autres termes, l’expert a pour objectif d’éclairer un décideur qui fait appel à lui alors que la
science se nourrit des controverses qui sont censés pouvoir s’exprimer librement afin de faire
avancer les connaissances dans un contexte autre que celui du marché (Akrich, 1998).

Dans le cas d’un problème de soutenabilité, il devient nécessaire d’avoir une forme
d’organisation des systèmes de gestion environnementale dans des espaces de traduction et de
co-régulation entre les différents acteurs à l’instar des « forums hybrides » qui sont décrits par
112
Barthe, Callon et Lascournes (Durand, 2002). Ces derniers ont présenté comment les
« profanes » remettent en cause l’autorité des savoirs issus du laboratoire tout en
approfondissant leurs propres savoirs afin de devenir des spécialistes sur des sujets qui les
concernent. Ils ont démontré ceci à partir des dossiers spécifiques comme le cas des parents
d’enfants myopathes ou celui des riverains de sites désignés pour l’enfouissement des déchets
nucléaires (Wojcik, 2009).

Ceci va impliquer une diversité d’acteurs de la controverse pour faire avancer la mise en place
de formes de gouvernance partenariale. Des acteurs dits profanes et d’autres experts vont venir
mettre en cause le « dilemme de second ordre » d’Ostrom qu’on avait introduit dans la section
précédente qui porte sur la gouvernance des biens communs d’Ostrom et qui relève de ce qui
peut inciter les individus à mettre en place un système d’institutionnalisation afin d’appliquer
les principes de conception d’une gouvernance des communs (Mabi & Massit-Folléa, 2013). Il
s’agit donc d’un processus à travers lequel des institutions vont se construire. La collaboration
se fait par exemple sous forme de demande d’expertise qui fournit un avantage individuel
immédiat car le coût sera divisé par le nombre d’individus qui participent à la génération de
l’information obtenue au niveau collectif. L’information est aussi considérée un commun.

Notons, pour ce qui est de l’expert et de l’expertise, qu’une articulation apparaît entre des
experts, des experts profanes, des profanes experts et des profanes dont le niveau de légitimité
dépend du niveau de gouvernance concerné. La gouvernance est donc considérée comme
opportunité pour les non experts car elle permet à ces derniers d’acquérir de l’expertise dans le
cadre des systèmes de gouvernance. En même temps, ces systèmes de gouvernance introduisent
le statut de l’expertise et des experts en leur sein (Pesqueux, 2015).

3.2.2. Les partenaires de la gouvernance partenariale des déchets


La gouvernance dans des contextes de gestion environnementale et dans l’institutionnalisation
des biens communs peut engendrer la substance d’une organisation partenariale sous l’approche
de l’acteur-réseau que nous avons choisie. Il nous reste à identifier les différents partenaires qui
participent à mettre en place un système d’institutionnalisation dans la question des déchets au
Liban.

113
Rappelons les nouveaux actants de la gouvernance des déchets de la situation actuelle au Liban,
c’est-à-dire depuis la crise de 2015 : les ménages, les municipalités ou autorités locales, le
gouvernement et les autorités publiques, les activistes environnementaux, les chercheurs, ainsi
que les professionnels regroupant les usines de recyclage et de compostage et les experts en
matière de déchets représentés par des associations ou petites entreprises.

Pour conclure, les acteurs impliqués dans les systèmes de gestion de biens communs ne doivent
pas être considérés comme rationnels au sens de la micro-économie standard. Si on revient à
l’approche de l’acteur-réseau (ANT), ils doivent plutôt être considérés comme des actants
encastrés qui agissent sur le social d’une façon « plutôt » rationnelle. De plus, l'action collective
n'est pas un processus formé seulement d’humains, mais elle implique aussi un bien commun,
un problème, une certaine technologie ou même des institutions, etc. (Steins et al., 2000).

Dans la gestion des biens communs, les décisions relatives à certaines mesures, telles que le
montant de la contribution à un programme de propriété commune, sont influencées par les
réseaux de relations sociales et techniques, la signification attribuée au système de gestion, la
perception de l’environnement externe, et l’expérience sociale. Ostrom souligne l’importance
de la capacité d’innovation et d’adaptation des acteurs qui sont susceptibles de faire évoluer les
règles d’utilisation des biens communs. Elle signale aussi que ni l’Etat ni le marché ne
permettent aux individus une bonne utilisation à long terme des systèmes de ressources
communes, mais ce sont les arrangements institutionnels fondés sur la gouvernance partenariale
qui permettent la gestion collective des biens communs (Lasida, 2014).

D’après Steins et al., tout ceci ne peut jamais être complètement compris sans tenir compte des
entités non humaines qui font partie du processus d'action collective. D’où la notion d’acteur-
réseau car il s’agit de l’agencement d’une ressource qui est formée d’actants humains et non-
humains dans un processus de traduction, au cours duquel différentes formes de rationalité
apparaissent comme des « points de passage obligés » (CALLON, 1986). Les stratégies
d’actions collectives seront donc plus appréciées lorsqu’elles prennent en considération les
actants non humains (Steins et al., 2000). Cette approche nous permet donc de justifier
l’articulation de la notion de gouvernance multi-niveaux avec celle de l’acteur-réseau.
114
Depuis la crise en 2015 au Liban, la gestion des déchets prend une forme collaborative et se
pense désormais collectivement et de façon interactive, car les décisions à venir en matière de
déchets impliquent de plus en plus d’acteurs. Une dimension collective est en phase émergente
après des dialogues, des négociations et surtout une prise de conscience environnementale de
la part des citoyens. Le pouvoir et les intérêts individuels dominent de moins en moins et ne
conditionnent plus la réussite ou l’échec d’initiatives « vertes ». C’est la combinaison évolutive
des pouvoirs entre les acteurs impliqués qui devient importante ; et surtout, peut-on penser, et
ceci est un des enjeux de la thèse, c’est l’adoption d’un mode coopératif institutionnel qui mène
à des solutions durables pour le bénéfice de tous.

Les déchets ne sont pas des ressources naturelles à protéger. Cependant, ce constat ne nous
semble pas suffisant pour retirer les apports de cette littérature aux solutions pour notre
problématique.

D’où la nécessité de comprendre comment les nouveaux réseaux sociaux de recyclage des
déchets se construisent actuellement au Liban. De plus, il est important de s´interroger si ces
initiatives, regroupant plusieurs entités lues sous le prisme de l’ANT et prenant la forme
d’organisations, pourront amener à une résolution des problèmes environnementaux en matière
de déchets et si elles aboutiront à un apprentissage organisationnel et lequel.

115
4. Chapitre 4 : Réseau Social

« Une société caractérisée par la réciprocité généralisée est plus efficiente qu'une société
méfiante, de la même façon que la monnaie est plus efficiente que le troc ».
Robert Putnam, 1993

Considéré comme un objet sale pour certains, le déchet peut être vu comme un objet de valeur
ou comme une ressource pour d’autres. Cette double propriété conduit à une multitude d’actions
individuelles ou collectives concernant sa gestion. Les politiques publiques de valorisation des
détritus tournent autour de trois thèmes de réflexion : les problèmes d’appropriation des déchets
dans des milieux pauvres (Cavé, 2015), les activités de pré-collecte informelles pour la
récupération des matières recyclables et leur incorporation dans des filières comme c’était le
cas du Liban et de plusieurs pays africains (Debout, 2012), ainsi que les conditions de
développement d’un capital social de valorisation des déchets du point de vue économique et
social (Tsitsikalis et al., 2011). Le tissage de réseaux sociaux mobilise plusieurs acteurs qui sont
au cœur du système de gestion des déchets ménagers.

L’étude des réseaux sociaux autour des déchets constitue en effet une approche importante pour
notre thèse afin de déterminer les enjeux face aux problèmes posés par les déchets ménagers
dans le cadre de cette crise au Liban.

De nos jours, les réseaux sociaux prennent une importance croissante aussi bien pour les
chercheurs que pour les praticiens, et deviennent un sujet et un objet de recherche dans de
nombreux champs comme la psychologie, la sociologie, les sciences de gestion et
l’anthropologie.

Dans ce chapitre, nous cherchons à comprendre ce qu’est un réseau et à approfondir cette notion
déjà introduite dans le chapitre 2. Nous y aborderons la notion de réseau social introduite par
les sociologues tels que Granovetter, Putnam et Burt. Conceptuellement, nous allons mettre en
évidence, par rapport à notre sujet de recherche, en quoi le réseau fait organisation, ceci en
formalisant le lien entre réseau social et déchets tout en illustrant ceci par la situation au Liban.

116
117
4.1. Qu’est-ce qu’un réseau ?

Le mot « réseau » vient du latin « retilus », diminutif de « rete-retis », qui veut dire filet. Il
désignait un « petit filet utilisé pour la chasse et la pêche » (CNRTL, s. d.). Considéré comme
un outil de capture jusqu’au XVIIe siècle, il est devenu un mot technique et populaire employé
par les tisserands et les vanniers pour désigner « un entrecroisement de fibres textiles ou
végétales » (Parrochia, 2005). Plus tard, ce terme faisait référence à « un ensemble de chemins
ou de voies ferrées qui mettent en communication les diverses localités d’une contrée », ou
même à un ensemble de voies de communication ou de canalisations comme par exemple les
réseaux d’autoroutes, réseaux électriques, réseau d’irrigation, réseau de canaux. Dans le même
cadre, le terme réseau désigne des flux, des lieux, des infrastructures et même des personnes.
Comme le précise Parrochia, « la forme générale du réseau a émergé des problèmes concrets
qui se posaient face aux réalités naturelles et aux constructions sociales ». Il joue le rôle de
connexion et porte une double représentation : « celle de l’image d’une économie construite sur
des flux et celle d’une relecture des relations sociales aussi bien dans la société que dans les
organisations » (Pesqueux, 2010b).

Cette notion a gagné de l’importance et fait référence dans plusieurs domaines tels que
l’informatique, la biologie, les télécommunications et les médias, etc. Le réseau est devenu un
élément essentiel permettant de comprendre le fonctionnement de la société moderne et il est
très utilisé pour étudier les télécommunications en termes d’organisation et de technologie
(Lemieux, 1999). Citons, par exemple, les réseaux de mobilisation où, dans le but de contrôler
conjointement, des acteurs interagissent avec d’autres soit du fait de conflits entre eux soit par
coopération par rapport à des acteurs-cibles. On parle ici de mobilisation pour aboutir à une
opinion commune.

D’autres aspects ont concouru à l’émergence de la notion de réseau dans le domaine des
sciences sociales. L’analyse des structures des réseaux d’acteurs sociaux appartient au schème
structural (Berthelot 1990), mais elle est aussi associée au schème actanciel car il s’agit
d’actants. L’appartenance au schème structural se caractérise par l’étude systématique des
relations dans un réseau ainsi que par l’étude des inégalités qui s’établissent entre les entités
composant les politiques publiques. (Lemieux, 1999). La logique de Burt appartient aussi à ce

118
schème quand il introduit la notion de trous structuraux en 1990, quand des acteurs sont reliés
à un troisième acteur sans être connectés entre eux (Burt, 2009). Dans son ouvrage, Burt
présente l’une des premières théories de l’action sociale reposant sur l’analyse en réseaux. A la
suite de Granovetter en 1973 avec l’introduction des « liens faibles » dans les réseaux, Burt met
en évidence l’importance des absences de relations entre acteurs et leur impact sur les réseaux
par l’introduction des « trous structuraux » (Lazega, 1995).

4.2. Le réseau : quel champ de recherche ?

Pesqueux distingue quatre champs disciplinaires liés à la notion du réseau. Le premier est celui
des réseaux sociaux liant les deux niveaux macro et micro sociaux. Le second est lié aux
sciences de l’ingénieur où les réseaux forment « à la fois un modèle de l’espace et celui d’une
cible ». En économie (3° champ disciplinaire), le terme réseau est utilisé comme support d’une
intermédiation entre offreurs et demandeurs et d’allocation de ressources. Le quatrième champ
est celui des sciences de l’organisation, où le réseau est considéré comme un mode
d’organisation et un moyen de coordination entre des activités diverses appartenant à des entités
indépendantes et créant des compétences complémentaires dans l’organisation (Ferrary &
Pesqueux, 2004).

Le réseau forme ainsi un support traitant de l’interaction et il est utilisé pour comprendre
plusieurs phénomènes organisationnels comme le changement, la coopération et
l’apprentissage organisationnel. En théorie, un réseau peut prendre plusieurs formes: une forme
reliant marché et hiérarchie ou une forme d’interactions sociales (Vandangeon-Derumez &
Autissier, 2012). Callon et Latour le décrivent comme une « organisation » qui rassemble les
humains et non humains mis en intermédiation.

La notion de réseau suggère une collaboration entre les acteurs et renvoie directement au
concept de système qui rassemble des éléments interprétant des relations entre eux (Géniaux &
Mira-Bonnardel, 2003). Livian essaie lui aussi de rapprocher la notion de réseau avec celle de
système. Il définit un réseau comme « un ensemble d’éléments en interaction, reliés de manière
suffisamment stable et s’inscrivant dans le temps et dans l’espace » (Pesqueux, 2010b). De

119
puissants facteurs techniques, économiques, politiques, sociaux et environnementaux, ont
contribué à l’émergence des systèmes en réseau à partir du dix-neuvième siècle en Europe, en
Amérique du Nord, au Japon, ainsi que dans les pays en développement où le défaut
d’infrastructures semble le signe de processus d’urbanisation mal maîtrisés, une cause majeure
de dysfonctionnement urbain et un facteur d’accroissement des inégalités socio-spatiales dans
les villes (Coutard & Rutherford, 2009).

4.2.1.Le rôle des réseaux dans les services de gestion des déchets
En effet, en matière d’organisation des services urbains, les réseaux ont été définis comme « un
ensemble d’équipements interconnectés, planifiés et gérés de manière centralisée à une échelle
tantôt locale tantôt plus large et offrant un service plus ou moins homogène sur un territoire
donné qu’il contribue ainsi à solidariser » (Coutard & Lévy, 2010). Les systèmes en réseaux
ont contribué à répondre aux problèmes d’insalubrité des villes dans les pays développés par
l’accroissement des réseaux d’assainissement, et ils ont aussi fourni une réponse effective aux
réseaux de services énergétique et alimentaire (Coutard & Rutherford, 2009). Le service de
gestion des déchets ménagers a permis de reconsidérer la lecture de ce qu’est un réseau (Debout,
2012). Le secteur des déchets commence à attirer l’attention dans les débats scientifiques et
organisationnels ; le service de gestion des déchets appartient à la catégorie des services urbains
en réseau. Il diffère des autres réseaux techniques comme l’électricité, l’eau et l’assainissement
car il ne constitue pas à proprement parler un réseau fixe, mais il est constitué de points nodaux
fixes (les centres de tri, les décharges, etc.) qui sont connectés par des liens mobiles (les
parcours de collecte et de transport) (Debout, 2012).

Debout considère que la gestion des déchets ménagers constitue un réseau mou ; il compare ses
caractéristiques à celles d’un réseau dur comme suit :

120
Tableau 5: Caractéristiques du réseau dur versus réseau mou

Source: (Debout, 2012), page 9


https://www-cairn-info.proxybib-pp.cnam.fr/revue-flux1-2012-1-page-7.htm#re8no8

D’après lui, les réseaux durs se caractérisent par une gestion centralisée et homogène. Il en
déduit que le déchet, par sa double nature, par les caractéristiques du réseau « mou » qui
assurent sa gestion et par les interactions sociales qui en résultent, appelle à une adaptation du
service de sa gestion. Le réseau en lui-même ne favorise pas des formes d’intégration territoriale
mais ce sont les choix sociotechniques qui les sous-tendent (Debout, 2012).

4.3. Réseau social


Le réseau est un espace dynamique et flexible, où les savoirs et les compétences des partenaires
interagissent et se rapprochent. Chaque acteur du réseau peut évoluer et enrichir ses
connaissances (Bertezene, 2006). Un réseau social est formé à partir de relations diverses entre

121
différents acteurs. Ces acteurs sont essentiellement des individus mais il peut aussi s’agir
d’associations, de ménages, etc. (Lemieux, 1999).

La notion de réseau social a été introduite par l’anthropologue britannique John Barnes en 1954
pour déclarer qu’il existe un ensemble de relations entre des groupes sociaux, puis elle a été
adoptée en sciences sociales. Il a signalé que les individus qui vivaient sur une île Norvégienne
étaient indirectement liés entre eux formant ainsi un réseau, et il était convaincu que la
population était prise « dans un filet serré de parenté et d’amitié… qui les relie aussi à leurs
parents et amis dispersés dans toute la Norvège et effectivement à travers le monde entier »
(Boltanski & Chiapello, 1999). Pour Fayon, un réseau social est constitué d’individus ou
d’organisations qui sont reliés entre eux à travers des liens qu’engendrent les interactions
sociales (Fayon, 2008).

4.3.1. L’analyse des réseaux sociaux


Les études sur les réseaux sociaux, vulgarisées par Granovetter en 1973, sont basées sur les
interactions entre acteurs et les configurations de réseaux qu’elles constituent. La position de
chaque acteur dans le réseau précise le rôle que chacun joue ce qui, par la suite déterminera la
logique d’action. Dans sa recherche exploratoire sur les réseaux sociaux, Granovetter discutait
comment l’analyse des processus dans les réseaux interpersonnels peut être considérée comme
un pont entre deux réseaux micro et macro. C’est par le biais de ces réseaux que l’interaction à
petite échelle sera traduite en un modèle à grande échelle, qui par la suite sera renvoyé à de
petits groupes. Lorsqu’il s’agit d’un réseau, il part d’une approche relationnelle pour étudier les
liens sociaux afin de pouvoir juger leur efficacité dans l’acheminement de l’information. Il
souligne l’importance des liens faibles qui, comparés avec les liens forts, sont plus susceptibles
de relier les membres de différents petits groupes et sont porteurs de valeurs facilitant l’accès à
des informations non redondantes. Ceci implique que l’expérience personnelle des membres du
réseau social est étroitement liée à des aspects plus larges de la structure sociale tels que la
mobilité et la structure de coalitions. Ces derniers aident à développer le lien micro-macro à
travers l’analyse des réseaux sociaux (Granovetter, 1973). Dans sa recherche en 1973, il signale
que la force d’un lien interpersonnel est due à quatre facteurs qui sont la quantité de temps
consacré dans une relation, l’intensité émotionnelle partagée entre les acteurs, la confiance et
l’intimité entre les individus, ainsi que les services réciproques entre eux. Il remarque que les
122
personnes consacrent plus de temps dans les liens forts. Aussi l’émotion, l’intimité et la
confiance sont plus intenses dans les liens forts. Certains individus pourraient donc accéder et
faire circuler les informations plus facilement que d’autres. Granovetter décrit le capital social
du réseau à travers l’intensité des liens entre les individus. Certains ont la possibilité d’accéder
et de faire circuler les informations plus facilement que d’autres, selon leur position au sein
d’un réseau (Rozario & Pesqueux, 2018).

Dans une démarche inspirée des travaux de Granovetter, Putnam distingue deux types de
capitaux sociaux ; celui d’attachement qui émane des liens forts homogènes et qui décrit les
relations entre les membres d’un même groupe, et celui des connaissances (ou
« acquaintances » en anglais) qui concerne les liens faibles entre des personnes socialement
plus éloignées d’où le besoin d’accès à des informations externes (R. Putnam, 1995). Les liens
coopératifs ou liens faibles ont été utilisés pour décrire les comportements sociaux lors d’une
urgence climatique. Ces capitaux font recours à des milieux sociaux qui fournissent des
avantages individuels particuliers de position (Rozario & Pesqueux, 2018).

Ensuite vient l’analyse de la structure sociale, introduite par Burt en 1992, où il parle des trous
structuraux dans les réseaux relationnels et de leurs conséquences. La réalité sociale est un
mélange de liens forts et de liens faibles qui illustre la société dans son ensemble comme étant
constituée d’une multitude de communautés unies par des liens forts et reliées entre elles par
des liens faibles. Burt souligne que la densité des réseaux sociaux tend à changer et le tissu
social est donc marqué par des trous que Burt qualifie de structuraux (Ferrary & Pesqueux,
2004).

Un trou structural, selon Burt, ressemble à un espace vide dans le réseau de contacts d’une
personne, c´est--à-dire ces contacts n’interagissent pas tous ensemble de près. Dans le cas d’un
réseau social fermé donc en l’absence de trous structuraux, l’information est redondante alors
que dans un réseau social ouvert, les trous structuraux sont considérés comme des ponts
relationnels entre les groupes sociaux. Chaque acteur a accès à de différents flux d’information.
Ceci présente une opportunité pour contrôler les projets qui rassemblent les individus des côtés
opposés du trou (Burt, 2000). D’après lui, les opportunités de réussite sont nombreuses, mais
ce sont les informations qui jouent un rôle central dans leur saisie. Ainsi les trous structuraux

123
déterminent ceux qui captent les opportunités et portent des avantages en termes de contrôle et
en termes de négociation pour certains acteurs dans les réseaux (Burt, 2009).

Dans la figure ci-dessous, Burt (Burt, 2000) expliquait comment les mécanismes de réseaux se
forment dans un marché donné entre vendeurs et acheteurs. Certains individus se sont déjà
rencontrés fréquemment et d’autres ont échangé entre eux. Ceci justifie la constitution d’un
réseau à n’importe quel moment.

Figure 3: Organisation sociale

Source : (Burt, 2000) Figure 2 - P.349

Dans l’illustration ci-dessus, les points représentent les individus ; les lignes symbolisent les
relations fortes et les pointillés relient les individus ayant des relations faibles. D’après lui,
l’analyse des structures du réseau dépend des relations antérieures entre les personnes et entre

124
les organisations d’un certain marché car ceci peut affecter l’information échangée. Les liens
les plus faibles sont des trous dans la structure sociale du marché qu’il a appelés « trous
structuraux ». Ces trous créent un avantage concurrentiel pour les individus qui maintiennent
des relations qui recouvrent les failles. Ces trous montrent que les personnes sont concentrées
sur leurs propres activités ; les individus, de part et d’autre d’un trou structurel, ont accès à de
différents flux d’information comme l’illustre la figure 3. Burt considère que ces trous
présentent une opportunité de discussion qui rassemble les individus des côtés opposés du trou.

Ferrary et Pesqueux dans leur ouvrage « organisation en réseau, mythes et réalités » signalent
que « gagner la confiance des acteurs économiques avec lesquels on souhaite échanger et se
construire une réputation suppose un processus d’apprentissage social entre les individus »
(Ferrary & Pesqueux, 2004, p.172). En d’autres termes, ce sont les interactions à faible enjeu
économique qui vont initier une relation de confiance où se tisseront des relations d’échange
économique, ce qui va permettre de constituer un réseau socio-économique. L’apprentissage
social permet, à travers l’interaction interpersonnelle, un échange de forte valeur économique.
Si deux personnes qui ne se connaissent pas ont un intérêt économique à échanger, l’acteur
demandeur devra tout d’abord échanger avec des liens faibles. Ensuite les relations basculent
dans des interactions fondées sur des liens sociaux forts mais à faible enjeu économique pour
être plus tard transmises en échange à un enjeu économique fort. La création préalable de liens
faibles pourra ouvrir aux individus des perspectives d’échanges économiques favorables au
développement de leur activité économique.

En sciences des organisations, la notion de capital social est marquée par trois registres :
- Le premier registre est celui du capital social cognitif qui est lié aux représentations
partagées des individus. Il prend en considération les différentes dimensions du capital
social ainsi que les mécanismes et processus nécessaires pour créer un capital
intellectuel (Nahapiet & Ghoshal, 1998).
- Le second est celui du capital social structurel qui met en relief la logique des liens forts
et des liens faibles en s’appuyant sur la force des liens selon la taille du réseau comme
l’ont bien illustré Granovetter et Burt.
- Le troisième registre est celui du capital social relationnel qui s’appuie sur des valeurs
telles que la confiance, la réciprocité et les obligations communes comme l’ont souligné
Granovetter, Burt et Putnam.

125
Dans ce dernier contexte, Putnam a mis l’accent sur l’importance des institutions intermédiaires
dans les réseaux sociaux qu’elles créent. Ces institutions contribuent à l’efficience économique
d’un territoire. Putnam propose trois éléments d’une hypothèse culturaliste qui met en exergue
le développement d’un capital social et d’un capital humain à un moment et un lieu donné. Ces
éléments sont le « bonding » capital, le « bridging » capital et l’opérateur commun aux deux
capitaux. Le « bonding » capital selon Putnam est lié à la formation de liens affectifs entre des
individus qui se ressemblent (même âge, même religion, etc.) alors que le « bridging » capital
consiste à créer des ponts entre des personnes qui ne se ressemblent pas. L’opérateur commun
consiste à établir des liens entre les deux capitaux. Ceci amène à une socialisation qui se base
sur des liens de coopération et de réciprocité ou liens horizontaux. Putnam se réfère à des termes
issus du Yiddish pour parler d’une cohésion sociale et différencie les individus selon leur
activité sociale : les « Machers » sont ceux qui entreprennent des activités formalisées, les
« Schmoozers », ceux qui ont des activités plus formalisées. Sa logique concernant le rôle des
institutions intermédiaires est la suivante : une société dans laquelle les individus coopèrent et
sont unis, mène une vie meilleure que celle où l’individualisme et la méfiance sont dominants.
Le capital social et le capital humain sont liés implicitement à l’existence d’un territoire
géographique ainsi qu’au lieu d’inscription de l’activité des institutions intermédiaires (Putnam,
1995; Putnam, 2001; Rose, 1993).

Ceci va dans le même sens de ce qu’a souligné Elinor Ostrom dans son modèle de gestion des
biens communs ou « common-pool resource » (partie élaborée dans le chapitre précédent sur la
gouvernance). Elle met l’accent sur l’importance des arrangements institutionnels de petite
taille qui permettent une meilleure gestion entre les différents bénéficiaires, assurant leurs
profits ainsi que la continuité de la ressource.

4.3.2. Du réseau social physique au réseau social virtuel


Le développement des réseaux informatiques et des communications virtuelles entre les
individus fait l’objet de plusieurs polémiques. La question sera de savoir si cela amène à un
appauvrissement ou bien à un enrichissement des relations sociales. Certains chercheurs
signalent que l’Internet et les réseaux informatiques donnent le caractère de désocialisation à la
vie virtuelle, ce qui selon eux constitue un danger pour l’équilibre psychologique des êtres

126
humains. Ces derniers se retirent volontairement du monde réel pour trouver refuge dans un
monde virtuel ou électronique (Ferrary & Pesqueux, 2004 ; Holmes, 2005).

4.3.2.1. Un point sur les réseaux sociaux numériques


De nos jours, nous apprenons à circuler dans un réseau grâce à l’Internet, ce qui a ouvert la voie
à de nouveaux partenariats, à de nouveaux moyens de communication voire à un travail
collaboratif. Plusieurs notions sont aujourd’hui utilisées : réseaux sociaux numériques, médias
sociaux, sites de réseaux sociaux, Web social, Web 2.0, etc. Initialement, le Web 1.0 a été conçu
pour accueillir des pages ou des sites web statiques qui n’étaient mis à jour que rarement,
jusqu’à la création de systèmes de gestion de contenu qui sont basées sur un web dynamique.
Le web était considéré comme un dispositif de visualisation de données. Le Web 2.0, imposé
en 2007 désigne les technologies du World Wide Web avec des interfaces permettant aux
internautes d’interagir avec le contenu des pages ainsi qu’entre eux, d’où la création du terme
Web Social1. Les pratiques de navigation ont évolué ce qui rend l’implication des utilisateurs
fondamentale. Ils peuvent interagir en donnant leurs opinions et commentaires et les internautes
deviennent des acteurs car ils contribuent également à alimenter les sites, les blogs et les
réseaux. Le premier réseau social numérique, SixDegrees.com, a été conçu en 1997 ; il
permettait aux utilisateurs de créer des profils et de surfer sur la liste des amis afin d’aider les
personnes à faire des networks d’amis et d’envoyer des messages les uns aux autres.
SixDegrees.com a attiré des millions d’abonnés jusqu’à sa clôture en l’an 2000. Plusieurs autres
outils ont vu le jour durant cette période comme par exemple BlackPlanet, MiGente et
LiveJournal.

L’émergence des réseaux sociaux numériques indique un changement dans l’organisation de la


communication en ligne. Ils sont destinés à des groupes d’intérêts ou à ceux qui sont regroupés
autour des personnes et continuent d’exister et de croître. Au début du deuxième millénaire, des
réseaux sociaux numériques, également appelés médias sociaux constituent une nouvelle ère
dans l’histoire de l’internet. Linkedin (2002), Myspace (2003) puis Facebook (2004), Flickr

1
Le Web social fait référence à une vision d'Internet considéré comme un espace de socialisation, un lieu dont
l'une de ses fonctions principales est de faire interagir les utilisateurs entre eux afin d'assurer une production
continuelle de contenu, et non plus uniquement la distribution de documents. Il est considéré comme un aspect
très important du Web 2.0. En particulier, il est associé à différents systèmes sociaux tels que le réseautage social,
les blogs ou les wikis.
127
(2004) et Twitter (2006), Whatsapp (2009), Instagram (2010), Snapchat (2011) sont les plus
connus ; pour la plupart d’entre eux, l’internaute crée sa page personnelle et donne ainsi la
possibilité d’interagir avec d’autres utilisateurs ou de créer des groupes et partager des
documentaires, vidéos ou autres.

Cardon signale que les réseaux sociaux sont des « espaces de visibilité paramétrables » qui
invitent les internautes à s’engager dans des interactions dans des formats de visibilités variés
et leur donnent la liberté d’adapter des représentations de leur identité à des publics différents
(Cardon, 2019). Les relations sociales sont généralement regroupées sous le vocable « amis »
et suscitent une évolution des structures relationnelles.

Ces réseaux sociaux ont une structure sans limites qui, pour certains, consiste à mettre en
évidence les connexions interpersonnelles mobilisées dans des processus sociaux comme par
exemple trouver un travail. Ils sont plutôt considérés comme des supports numériques qui ont
pour rôle de donner plus d’ampleur aux évolutions des réseaux sociaux (Grossetti, 2014).

Au Liban, par exemple, la crise de 2015 a surtout pris de l’ampleur avec la diffusion des photos
des déchets entassés un peu partout à l’air libre pendant plus de huit mois. Voici quelques
photos qui ont fait le tour du monde à travers les réseaux sociaux numériques.

128
Photo 1 : Août, 2015 : Les déchets accumulés dans les quartiers résidentiels de la ville et de la
banlieue (source : Facebook)

Photo 2 : Septembre 2015 : les quantités de déchets augmentent deux mois après la fermeture
de la décharge principale (source : Facebook)

Photo 3 : Septembre 2015 : Les municipalités et les gens brûlent les déchets à côté des maisons
(Source : Facebook).
129
Photo 4 : Octobre 2015 : le fleuve de Beyrouth coule sous les tonnes d’ordures (Source :
Facebook)

Photo 5 : Novembre 2015, la banlieue de Beyrouth engloutie par des montagnes de déchets.
Les ordures serpentent sur les routes et les ferment (Source : Facebook).

130
Photo 6 : Novembre 2015, Enfouissement à l’air libre dans des vallées historiques du Mont
Liban (Source : Facebook)

Des groupes ont été créés sur des médias sociaux comme Facebook et Instagram depuis le
déclenchement de la crise en 2015. Par exemple, la page « Vous puez » a été créée suite à la
crise et prend le statut d’un groupe de mouvement de protestation contre les atermoiements
dans le règlement de la crise des déchets. Jusqu’en novembre 2019, cette page regroupe plus de
trois cent mille personnes et diffuse non seulement des nouvelles concernant la crise des déchets
mais tout ce qui est en rapport avec la corruption. La métaphore de « vous puez » vise les
politiciens et autorités publiques freinant le développement du pays. Ce collectif s'est fait
connaître lors de l'émergence de mouvements de contestation en 2015 en pleine crise des
déchets. Plusieurs autres initiatives ont créé leurs pages et font partie des réseaux sociaux qui
ont pour but de divulguer la conscience environnementale chez les individus, d’autres
regroupent des initiatives de collecte des déchets recyclables. Les réseaux sociaux aident à
diffuser toutes les informations nécessaires pour encourager les gens à trier leurs déchets et
pour leur donner des détails sur les points de collecte et sur les jours de collecte, etc. A titre
d’exemple, « Recycle Beirut » est fondé par un petit groupe d’amis en 2015 qui ont créé une
page sur Facebook pour informer les ressortissants de Beyrouth de leur disposition à collecter
les déchets recyclables. Ils ont mobilisé des gens sur des motos pour éviter les embouteillages
dans la cité de Beyrouth et ont commencé à stocker, à trier davantage puis à vendre les matières
131
recyclables. Ils ont même créé une application pour les téléphones mobiles et tablettes
électroniques afin de gérer leur affaire en termes de commandes, de localisation des résidences
et d’informations pratiques. Une petite cotisation mensuelle a été imposée à tous les ménages
qui y sont impliqués afin d’assurer la continuité de cette initiative et surtout pour couvrir les
charges de transport. Plusieurs autres initiatives ont commencé à créer leurs réseaux à partir des
supports sociaux numériques afin d’apprendre autour des déchets, d’impliquer plus d’acteurs
et d’interagir pour contribuer à réduire l’impact environnemental dans le pays ; citons quelques
réseaux qui ont été créés : Fern initiative, Act for tomorrow, Waste management coalition,
Compost Baladi, Fondation Diane, etc.

Les résidents dans la ville de Beyrouth et du Mont Liban ne pouvaient plus rester immobiles
car les odeurs nauséabondes envahissaient les rues et les maisons. Des réseaux sociaux aidaient
à faire circuler les déchets, et les gens cherchaient des solutions sans penser à leurs propres
intérêts pendant que les autorités n’arrivaient pas à trouver une solution durable à ce problème.
En octobre 2019, le Liban a connu un mouvement de contestation nationale qui n’a toujours
pas cessé (Juin 2021). C’est une révolte du peuple contre le régime politique qui règne depuis
plus de 30 ans et qui a mené le pays à une situation de crise. Des manifestations éclataient un
peu partout ainsi que des rassemblements au centre-ville de Beyrouth pour contester le
gouvernement. Tous les jours, une dizaine de volontaires ramassaient et triaient les ordures sur
place. Une semaine après le début des manifestations, ils étaient plus de mille personnes, petits
et grands, à nettoyer tous les jours. Sur dix camions, neuf étaient chargés de déchets recyclables.
Alors que les réseaux sociaux s’emparaient des actions collectives quant aux déchets, des
volontaires d’autres villes commençaient aussi à les ramasser. Cette action était le premier
accomplissement des actions collectives depuis le début de la révolution. Les initiatives étaient
autonomes, et de plus en plus de personnes y participaient tous les jours. De nouvelles initiatives
ont été créées depuis, telles que « Muwatin Lebnene » qui veut dire ¨citoyen libanais¨, ainsi que
des associations vertes et ONG qui ont aidé à l’organisation de ces actions telles que « Recycle
Beirut » qui a proposé d’effectuer un tri plus strict afin de réduire au maximum les quantités de
déchets destinées à l’enfouissement, ainsi que d’autres comme « Cedar Environmental » et
« Arc en Ciel ». Les nombreux citoyens participaient aux actions de « Muwatin Lebnene » car
ils considèrent que c’est par devoir civique qu’ils le font. Des médias sociaux numériques
diffusaient des photos de ces initiatives et recevaient beaucoup de commentaires et de retours
positifs.

132
Photo 7 : Source : Nabil Ismail Photography (page sur Facebook, consultée le 20.01.2020)

Photo 8 : Source : Nabil Ismail Photography (page sur Facebook, consultée le 20.01.2020)

133
Photo 9 : Source : https://aawsat.com/english/home/article/1955131/lebanon%E2%80%99s-
protests-cleaning-morning-and-partying-night (Auteur : AFP).

Photo 10 : Source : Annahar.com (Octobre, 2019)


Les mégots de cigarettes collectés dans des bouteilles d’eau vides et envoyés à une organisation
non gouvernementale qui les transforme en produits réutilisables comme par exemple pour
fabriquer des planches à voile.

4.3.2.2. Les réseaux sociaux numériques du point de vue des chercheurs


Les réseaux sociaux numériques sont classés en trois catégories selon Thelwall : les réseaux
sociaux de socialisation qui regroupent par exemple des supports comme MySpace et
Facebook ; les réseaux sociaux de réseautage qui sont utilisés pour trouver de nouveaux

134
contacts qui auparavant étaient inconnus, comme c’est le cas de Viadeo et de LinkedIn ; les
réseaux sociaux de navigation tels que Del.icio.us et Digg connus sous le « social
bookmarking » qui sont des sites de partages de liens Internet qui ont comme but d’aider les
utilisateurs à trouver une information ou une ressource (Thelwall, 2009). Il différencie les sites
qui font partie des réseaux sociaux en tant que supports principaux comme c’est le cas pour
Facebook, Tik Tok et LinkedIn, de ceux qui sont secondaires comme YouTube et Deezer.
Cavazza a regroupé les services de pages en ligne par catégories. Il considère que YouTube et
Deezer par exemple sont des outils de partage de vidéos, Skype et Windows Live Messenger des
outils de discussion (chatting), et Facebook, My Space et LinkedIn des réseaux sociaux
généralistes (Cavazza, 2019). Dagenais souligne que le « mariage de la technologie et du tissu
social » et le thème des réseaux sociaux font l’objet de plusieurs recherches depuis bien
longtemps avant l’arrivée du Web. (Dagenais, 2019). Le véritable moteur du changement est
l’expérience que tiraient les utilisateurs sur les réseaux sociaux. Dagenais souligne aussi qu’il
faut penser aux enjeux qui interviennent lorsqu’une nouvelle technologie de communication se
lance et aux impacts sur la vie personnelle et professionnelle des individus, sur les médias et
supports existants, aussi sur le management des entreprises et sur la société en général. Il donne
l’exemple de Facebook qui a été à la base un journal de bord personnel que chaque membre
acceptait de partager. Or les journaux personnels et de partage de vécu personnel existaient bien
avant Facebook, comme par exemple dans les émissions en direct ou téléréalités, ainsi que les
appels téléphoniques en onde. Ceci justifie que le besoin existait déjà avant l’arrivée de
Facebook, mais ce dernier est devenu un grand livre ouvert qui permet de communiquer de
façon continue avec un groupe d’amis ou avec des plus ou moins proches. En 2019, Facebook
a fêté ses 15 ans. C’est la plateforme qui a bouleversé le web et la société. Facebook compte
1,56 milliards d’utilisateurs journaliers, à comparer à plus de 2,5 milliards d’utilisateurs
réguliers pour l’ensemble des plateformes ou médias sociaux : Facebook, Instagram,
Messenger et Whatsapp), Facebook est donc le media le plus puissant de l’histoire de
l’humanité.

Voici un aperçu sur les médias sociaux les plus connus mondialement avec quelques chiffres
récents d’après Cavazza (Cavazza, 2019) :
- YouTube, leader sur la vidéo en ligne avec plus de 2 milliards d’utilisateurs ;
- Twitter, leader sur les infos d’actualité de la société ;

135
- LinkedIn, réseau de contact et de partage à caractère professionnel avec plus de 562
millions d’utilisateurs en 2019 ;
- SnapChat réseau de partage de photos et vidéos qui disparaissent au bout de 10 secondes
utilisée surtout par le moins de 20 ans ;
- Tik Tok réseau de création des clips vidéo créé en 2016, utilisé surtout par les
adolescents, avec plus de 500 millions d’utilisateurs.

La figure ci-dessous illustre le panorama des médias sociaux par Cavazza mis à jour en 2019 et
qui répartit les médias sociaux pour adultes en six grands usages : publication, partage,
messagerie, réseautage, discussion et collaboration.

Figure 4: les médias sociaux

Source : (Cavazza, 2019) https://fredcavazza.net/2019/05/12/panorama-des-medias-sociaux-


2019/

On peut conclure que les réseaux sociaux numériques remettent en cause l’échelle des sujets
qui créent l’actualité, font circuler l’information et aident à consolider et à traduire les liens
entre des réseaux d’acteurs. Elles ouvrent par leur souplesse technique la voie au discours, à

136
l’interaction et à l’échange autour d’un sujet déterminé. Cet espace virtuel a pu regrouper
plusieurs acteurs politiques, publiques, sociaux et il a surtout suscité leurs intérêts dans des
débats sur des sujets d’actualité tels que le changement climatique, les déchets ménagers, et
autres sujets environnementaux. Le partage des photos et des vidéos fait diffuser l’information
et impacte l’évolution des évènements.

4.4. Le réseau comme méta organisation

Rojot (Rojot, 2016) souligne l’importance du réseau dans la constitution des institutions et
organisations. Il considère que le point de départ est constitué par les travaux de Callon et Latour
en sociologie des réseaux. La production d’un fait scientifique ou la constitution d’une situation
de changement va permettre à plusieurs acteurs de se retrouver en convergence dynamique à
travers un processus de traduction. Ceci se fait par la constitution d’un réseau qui n’existerait
pas indépendamment du fait scientifique et vice-versa. De nature socio technique, ce réseau est
une méta-organisation regroupant des actants humains et non humains comme celui constitué
dans le cas des coquilles Saint-Jacques dans la baie de Saint Brieuc. Dans l’approche de Callon
en 1986, détaillée dans le chapitre 2, il s’agit d’un réseau hétérogène qui rassemble des humains
et des non humains lesquels agissent comme intermédiaires les uns avec les autres. Le processus
de traduction, de nature complexe, est formé de plusieurs étapes. La première étant la
problématisation qui consiste à identifier les problèmes et à les regrouper sous forme de
questions qui sont liées l’une à l’autre pour ensuite identifier l’ensemble d’actants afin de les
mettre dans une situation de coopération. La deuxième étape, c’est l’intéressement qui consiste
à sceller les alliances entre les actants. A ce stade, le rôle de chacun des actants est identifié et
l’ensemble des actions mises en œuvre produisent un rapport de force propice entre eux. L’étape
qui suit est l’enrôlement ; elle permet de décrire les négociations munies entre les actants et de
mettre en marche une convergence pour ensuite passer à la prise de parole au nom des collectifs
surtout pour l’actant non humain et ainsi de suite.

Dans l’illustration de la situation des déchets ménagers au Liban, le réseau ne s’est pas imposé
de lui-même mais s’est constitué au fur et à mesure, notion que nous utiliserons pour observer

137
et interpréter la situation depuis le déclenchement de la crise dans le pays en 2015. Ce
phénomène n’est pas du tout autonome mais il a émergé à travers un processus actif, un vécu
où un réseau social se constitue à partir de l’environnement politique, scientifique et matériel
dans lequel il est situé.

Point chapitre :

« Le terme de réseau désigne aussi bien des réseaux physiques (routes, téléphone, web) que des
réseaux sociaux (relations entre personnes, etc.) ou des modèles (réseaux neuronaux). Une
différence est que les réseaux physiques existent en dehors des échanges alors que les réseaux
sociaux sont définis par les échanges. Cependant, les réseaux physiques sont des produits de
l‘activité sociale et les réseaux sociaux lorsqu‘ils sont fondés sur des relations durables peuvent
être considérés même en dehors des échanges (réseaux de parenté). En sociologie, un réseau
est la structure formée par des contacts, des échanges ou des relations entre des personnes ou
des institutions » (Borlandi, 2005, p.600). Effectivement, les études sur les réseaux sociaux
représentent un terrain de choix pour identifier les liens établis et pour former un capital social
et un processus d’apprentissage dans une perspective dynamique.

L’un des objets de notre recherche sera d’identifier les mailles du réseau de circulation des
déchets ménagers et d’observer la place de l’apprentissage dans cette constitution. Les travaux
des sociologues commentés dans ce chapitre soulignent l’importance des interactions entre les
différents acteurs dans un cadre institutionnel, politique et culturel. Comme le soulignent Loup
et Paradas, la dynamique collective issue d’un projet commun engendre divers apprentissages :
l’apprentissage individuel, l’apprentissage organisationnel et l’apprentissage territorial qui
constituent ensemble une « boucle vertueuse » en mouvement perpétuel (Loup & Paradas,
2006).

138
5. Chapitre 5 : Apprentissage organisationnel

« We can know more than we can tell » Michael Polanyi (1966)

Dans le chapitre précédent, nous avons souligné l’importance du capital social et celui
relationnel à travers les réseaux sociaux, qui sont des composantes du capital humain.
L’apprentissage organisationnel est donc la capacité stratégique à développer et combiner ces
capitaux (Rozario & Pesqueux, 2018). Cette thématique a pris de l’ampleur dans les
organisations situées dans des environnements instables, nécessitant de réagir et/ou d’anticiper
rapidement les changements de l’environnement (Bollecker & Durat, 2006).

L’apprentissage constitue un domaine largement exploré en sciences de gestion depuis plus de


six décennies et constitue un sujet de recherche dans plusieurs champs disciplinaires tels que la
psychologie sociale et la psychologie cognitive, les sciences de l’éducation et de la
communication, la sociologie, le management de l’innovation, etc. (Dodgson, 1993; Easterby-
Smith, 1997). L’importance de ce phénomène réside dans sa pluridisciplinarité et dans la
possibilité d’aborder différents axes de recherches. Les diverses recherches montrent qu’il est
impossible de sortir avec une synthèse de toutes les études consacrées à l’apprentissage
organisationnel sans simplifier et altérer leur diversité. Le terme apprentissage recouvre à la
fois deux notions : le produit « qu’apprend-on ? » et le processus « qu’est-ce qu’apprendre ? »
(Fillol, 2004). « Qu’apprend-on » constitue la première partie de notre question de recherche :
« Qu’apprend-on dans un réseau social de recyclage des déchets ? ». Donc l’apprentissage est
au cœur de notre sujet de recherche et de notre problématique.

Dans un environnement vulnérable comme c’est le cas au Liban, il y a une nécessité d’étudier
le développement des capacités d’apprentissage en matière de déchets depuis le début de la
crise dans le pays en 2015. Pour cela, il serait tout d’abord judicieux d’étudier dans ce chapitre
la tendance d’une organisation à devenir apprenante. Nous aborderons les modèles
d’apprentissage organisationnel et essayerons de trouver le lien entre l’apprentissage individuel
et celui organisationnel. Ceci étant nécessaire afin de comprendre quel niveau ou type
d’apprentissage prend lieu avec les initiatives de gestion de déchets qui se forment récemment
139
dans le pays. Dans ce chapitre, nous présentons quelques approches de l’apprentissage
individuel et organisationnel, ensuite nous nous référons au modèle le plus dominant de
l’apprentissage individuel, celui d’Argyris et Schön, et nous adressons les différentes
controverses, ainsi que la spirale des savoirs de Nonaka et Takeuchi pour passer du
« knowledge » au « knowing » donc à une vision dynamique de l’apprentissage tout en
illustrant à travers l’ANT le film de notre expérience personnelle depuis le début de la crise des
déchets au Liban.

140
141
5.1. De l’apprentissage individuel à l’apprentissage organisationnel

L’apprentissage individuel a été initialement exploré dans les études sur le comportement
humain. Les béhavioristes, connus comme les précurseurs de l’analyse de l’apprentissage
individuel, ne donnent aucune importance à l’individu mais considèrent que le comportement
humain se base sur un schéma mécaniste de stimulus-réponse. Alors que les tenants de
l’approche cognitive considèrent les individus comme une partie essentielle au processus de
connaissance (Fillol, 2004).

Plusieurs définitions ont été données à la notion de l’apprentissage individuel. Il est considéré
comme une suite d’actions cognitives ou physiques à travers lesquelles l’individu enrichit son
savoir-faire ou sa connaissance (Guilhon & Oubrich, 2003), ou comme un processus à travers
lequel l’individu acquiert de nouvelles connaissances comme par exemple l’expérience (Fillol,
2004), ou même l’acquisition de savoir-faire qui implique une capacité physique à produire des
actions qui, à leur tour, produisent une capacité d’articuler la compréhension conceptuelle de
l’expérience (Kim, 1993). Piaget, théoricien de la pédagogie et du développement de
l’intelligence, constate que l’apprentissage amène à une modification des représentations
mentales chez l’individu. Il distingue deux processus différents d’apprentissage : l’assimilation
et l’accommodation. Le premier se caractérise par l’acquisition d’une nouvelle information et
l’intégration des schèmes de pensée existants chez l’individu sans qu’il y ait de remise en cause
de ces derniers. Alors que le processus d’accommodation décrit une évolution de l’intelligence
qui amène à une modification des connaissances déjà acquises afin de pouvoir intégrer la
nouvelle information. L’accommodation prend lieu seulement lorsque l’assimilation ne sera pas
possible (Piaget, 1984).

Schein propose trois niveaux d’apprentissage : le premier niveau est celui de « l’acquisition de
savoirs » à travers lequel l’individu acquiert de nouvelles connaissances ; le second
est « l’acquisition de compétences et de routines comportementales » qui donne lieu à de
nouvelles routines chez l’individu et assure un apprentissage plus ou moins durable ; le
troisième niveau est « l’apprentissage émotionnel » qui est le résultat d’actions réprimées qui
amènent l’individu à hésiter dans ses choix futurs et à résister lors d’un nouvel apprentissage.
Ce niveau est donc durable et difficilement modifiable (Schein, 1993).

142
L’apprentissage fait donc référence soit à un processus à travers lequel un individu accumule
des informations sous la forme de connaissances soit à l’acte même d’apprendre qui peut être
soit bien ou mal exécuté. Pour Argyris et Schön, l’apprentissage est considéré comme un
processus d’investigation dans une organisation permettant de revoir les paradigmes
fondamentaux qui sous-tendent le comportement général ; toutefois, ces auteurs soulignent que
le comportement peut être changé par d’autres facteurs que l’apprentissage comme l’oubli ou
la détérioration, etc. Ces auteurs avaient introduit le concept de l’apprentissage organisationnel
au début des années 70, et ont été critiqués par des sociologues qui refusent
d’attribuer l’apprentissage à une collectivité ou à une organisation. Ils reprennent ce que Weick
avait souligné en 1969 et considèrent que l’apprentissage organisationnel porte sur des
« processus dynamiques » d’organisation et non pas sur les organisations elles-mêmes.
L’apprentissage organisationnel prend lieu lorsque les individus d’une organisation font face à
une situation problématique et initient une investigation au nom de l’organisation. L’approche
d’Argyris et Schön est considérée comme une approche classique de l’apprentissage
organisationnel (Argyris & Schön, 2006, 1978).

Juste dans les années 1990, la notion d’apprentissage était principalement appliquée à l’individu
jusqu’à ce que Simon propose une transposition aux organisations (Fillol, 2004). Plusieurs
définitions sont données à ce concept qui est considéré comme étant assez complexe. Citons
celle de Levitt et March : « les organisations apprennent lorsqu’elles intègrent les
conséquences de l’histoire aux procédures qui guident leur comportement » (Levitt & March,
1988), ou celle de Senge : « Dans les organisations apprenantes, les individus améliorent sans
cesse leur capacité à créer les résultats désirés, de nouvelles façons de penser surgissent et se
développent continuellement, la vision collective accorde une marge de liberté importante, et
les individus apprennent sans cesse comment mieux apprendre ensemble » (Senge, 1994), ou
encore celle de Koenig : « Phénomène collectif d’acquisition et d’élaboration de compétences
qui, plus ou moins profondément, plus ou moins durablement, modifie la gestion des situations
et les situations elles-mêmes » (Koenig, 2006).

L’apprentissage, qu’il soit organisationnel ou non, mène à une modification des représentations
individuelles. D’après Ferrary et Pesqueux, il est considéré avant tout un processus plutôt qu’un
état, partant du modèle cognitif d’Argyris et Schön qui le reconnaissent comme un processus

143
d’essais-erreurs conduisant à une « théorie adaptive » de l’apprentissage. Ce niveau-là est
qualifié de primaire et conduit à de nouvelles représentations ou schémas mentaux.
L’apprentissage organisationnel accentue l’aspect collectif à partir d’une dynamique
interactionniste, ainsi l’importance des représentations. Les recherches consacrées sur
l’apprentissage organisationnel portent sur deux aspects, celui cognitif que l’on vient
d’introduire et celui comportemental. Cette dernière forme repose sur les procédures
organisationnelles et relie le modèle de l’organisation apprenante à celui du changement
organisationnel (Ferrary & Pesqueux, 2006).

5.2. Quelques approches de la notion d’apprentissage


organisationnel
Les définitions que nous illustrons dans le tableau 6 ci-dessous, visent à exposer la diversité des
approches de l’apprentissage dont chacune porte sur un élément de l’apprentissage : l’objet de
l’apprentissage (informations, connaissances, représentations, compétences et comportements),
le sujet d’apprentissage (individu, groupe, organisation), le déclencheur de l’apprentissage
(erreur, mauvaise performance, modification de l’environnement, innovation) ou le processus
lui-même (interaction et socialisation, amélioration par répétition d’une action
organisationnelle, innovation organisationnelle, codification et mémorisation) (Godet et al.,
2001; Leroy, 1998; Pesqueux & Durance, 2004).

Tableau 6: Synthèse de plusieurs définitions de l’apprentissage organisationnel

(Dorvilier, 2007) (Leroy, 1998)

AUTEURS DEFINITIONS DE L’APPRENTISSAGE


ORGANISATIONNEL
Cyert et March, 1963 « Adaptation de l’organisation à son environnement ».
Argyris et Schön, « Processus par lequel les membres d’une organisation détectent
1978 des « erreurs » et les corrigent en modifiant leur théorie d’usage ».
Duncan et Weiss, « Connaissances des liens de causalité entre les actions de
1979 l’entreprise et les réactions de l’environnement ».
Kolb, 1984 « Création de savoirs à partir de l’action organisationnelle ».

144
Fiol et Lyles, 1985 « Processus d’amélioration des actions grâce à des connaissances
nouvelles permettant une compréhension approfondie de
l’entreprise et de l’environnement ».
Bennis et Nanus, 1985 « Moyen par lequel l’organisation accroît son potentiel de survie
grâce à sa capacité de négocier les changements de
l’environnement ».
Levitt et March, 1988 « Processus par lequel les organisations codifient les ingérences du
passé et les transforment en routines » et qui influencent leurs
comportements
Huber, 1991 Processus par lequel des savoirs sont acquis par « une unité de
l’entreprise (personne, service, groupe) » ; ces savoirs sont
potentiellement utiles à l’organisation et grâce auxquels cette
dernière élargit son recueil de comportements possibles.
Dodgson, 1993 « Processus par lequel les entreprises développent et organisent
leurs connaissances en fonction de leurs actions et de leurs
caractéristiques culturelles ».
Weick et Roberts, « Processus par lequel les interactions entre individus sont
1993 multipliées et coordonnées » afin de retirer un résultat à dimension
collective.
Ingham, 1994 « Processus d’interactions sociales qui a pour projet et/ou pour
résultat la production de nouvelles connaissances
organisationnelles. »
Midler, 1994 « L’apprentissage organisationnel implique la collectivisation des
connaissances ; ces savoirs seront utilisés en vue d’agir sur
l’environnement interne et celui externe »
Koenig, 1994 « Phénomène collectif d’acquisition et d’élaboration de
compétences qui, plus ou moins profondément, plus ou moins
durablement, modifie la gestion des situations et les situations elles-
mêmes ».

Les définitions que nous venons de présenter montrent que l’apprentissage est un processus
dynamique qui repose sur une interaction entre l’individu et son environnement et qui se forme
après une suite d’actions cognitives ou physiques à travers lesquelles l’individu acquiert de

145
nouvelles connaissances. De La Ville distingue trois perspectives de l’apprentissage
organisationnel : une première perspective issue des théories évolutionnistes en biologie, est
centrée sur les routines organisationnelles prenant en considération les compétences. Une
deuxième perspective d’attrait cognitif qui considère « l’apprentissage organisationnel comme
facteur de régulation du système cognitif organisationnel ». La dernière considère
l’apprentissage organisationnel comme une manifestation culturelle de régénération
organisationnelle ce qui remet en relief deux sens de la notion de culture : une culture vue
comme un ensemble de savoirs et comme un mode collectif de confrontation aux faits (Ferrary
& Pesqueux, 2006).

Avant de voir les différents modèles théoriques de l’apprentissage organisationnel, notons les
deux typologies présentées par Moingeon et Rammanantsoa et reprises par Argyris et Schön
qui reposent sur deux variables. La première analyse la façon dont les organisations apprennent
à partir des structures, procédures et routines existantes. Elle analyse aussi comment les
individus apprennent au sein d’une organisation. La deuxième variable porte d’un côté sur la
description et l’analyse de l’apprentissage et de la mémoire organisationnelle ainsi que les
mécanismes afin de sortir avec un modèle ; d’un autre côté elle concerne le progrès du
fonctionnement des organisations à travers des conseils d’action (Argyris & Schön, 2006).

Pesqueux adresse les différents courants de l’apprentissage organisationnel dans la figure


suivante.

Figure 5: les courants de l’apprentissage organisationnel

146
Source : (Rozario & Pesqueux, 2018) figure 9.4 – p.178

Dans notre recherche, nous nous intéressons à comprendre l’approche cognitive de


l’apprentissage organisationnel car il s’agit d’une organisation scientifique du travail et d’une
valorisation du rôle de l’expertise en situation de gestion à travers la figure du chercheur en
action et de son interaction avec plusieurs acteurs.

L’apprentissage organisationnel raisonne en étapes d’apprentissage et reprend le concept


d’apprentissage incrémental agissant par saut soit en « doubles boucles » soit en « spirales de
connaissances ». Dans les parties suivantes, nous allons présenter quelques modèles classiques
sur l’apprentissage organisationnel.

147
5.2.1. L’apprentissage à dominance individuelle et cognitive
Alors que le behaviorisme analyse comment l’environnement détermine le comportement, le
cognitivisme étudie les représentations humaines qui expliquent les conduites humaines.
Comme le précise Fiol (1994), l’apprentissage organisationnel est considéré comme une
modification de l’état de la connaissance organisationnelle et compris comme un changement
cognitif. L’apprentissage organisationnel repose sur deux processus cognitifs différents mais
qui sont reliés entre eux. Un processus individuel qui constitue la base d’une approche classique
d’apprentissage et qui franchit des étapes simples allant de la perception sélective à
l’interprétation de l’individu, ensuite et à sa réponse, ceci se déroule dans un cadre
organisationnel qui favorise l’apprentissage. Le deuxième processus est d’ordre collectif qui
repose sur la constitution de références partagées qui gèrent l’information à partir de codes,
pour ensuite organiser des débats et discuter les diverses représentations. On distingue
l’apprentissage cognitif qui se manifeste par une transformation des représentations et des
perceptions, et l’apprentissage comportemental qui constitue le lien entre le modèle de
l’organisation apprenante et le modèle du changement organisationnel.

Dans notre recherche, nous nous intéressons à l’apprentissage cognitif et à la théorie d’usage
qui se construit à partir de notre observation du schéma d’action des différents acteurs vis-à-vis
de l’organisation des réseaux de tri et de recyclage des déchets depuis le déclenchement de la
crise au Liban. Dans la perspective cognitiviste, une modification des systèmes de croyances et
d’interprétations prend lieu ; on dit que ceci correspond à un enrichissement des connaissances.
Il s’agit donc de l’apprentissage organisationnel. Cette approche donne plus d’importance à
l’apprentissage qu’à l’adaptation qui est considérée comme un apprentissage minime. Fiol et
Lyles présentent une hiérarchie entre adaptation et apprentissage, qui sera adoptée plus tard par
plusieurs chercheurs. Ils considèrent que l’apprentissage est de nature incrémentale et il est
souvent fondé sur la répétition (Fiol & Lyles, 1985). Le tableau suivant a été présenté par Leroy
dans sa thèse sur l’apprentissage organisationnel lors d’une fusion (Leroy, 2000).

148
Tableau 7: les formes d’apprentissage

ADAPTATION APPRENTISSAGE AUTEURS


Single-loop Double-loop Argyris et Schön [1978]

Behavioral level learning Strategic level learning Duncan [1974]

Adjustment learning Turnover learning Hedberg [1981]

Turnaround learning

Adaptation Unlearning Hedberg [1981]

Behavioral development Cognitive development Fiol et Lyles [1985]

Lower level learning Higher level learning Lyles [1988]

Maintenance learning Innovative learning Ventriss et Luke [1988]

Adaptive learning Generative learning Senge [1990]

Tactical learning Strategic learning Dogson [1991]

Operational learning Conceptual learning Kim [1993]

Source : (Leroy, 2000)

L’apprentissage est de nature incrémentale et il est fondé sur la répétition comme le précisent
Fiol et Lyles. Or, suivant Leroy, le véritable apprentissage est situé dans une démarche
volontariste et active. Ce qui va dans le même sens que la définition donnée par Argyris et
Schön en 1978 considérant l’apprentissage comme une transformation et une restructuration
des théories de l’action qui sont inscrits dans les pratiques de l’entreprise. La comparaison entre
adaptation et apprentissage dans le tableau ci-dessus renvoie au modèle d’Argyris et Schön qui
distinguent deux boucles d’apprentissage (Argyris & Schön, 1978). Ils soulignent que les
organisations reposent sur la base de « théories d’usage » afin de contrôler la situation,
maximiser les profits et apparaître rationnelles. Selon Pesqueux et Durance, l’apprentissage
organisationnel prend lieu lorsque les individus d’une organisation font face à une situation
problématique et commencent leurs investigations au nom de l’organisation. Le passage du
niveau individuel à celui organisationnel demande l’intégration de l’investigation aux
représentations mentales et aux programmes inscrits dans l’environnement organisationnel
(Pesqueux & Durance, 2004). Ceci fait partie de notre objectif car dans notre recherche on

149
s’intéresse à creuser pour voir si l’apprentissage réside dans un système réseau venant faire
organisation.

Argyris et Schön ont mis de l’avant à la notion d’apprentissage organisationnel en publiant leur
ouvrage en 1978 « Organizational Learning : A Theory of Action Perspective ». Ils déclarent
que l’apprentissage prend lieu « lorsque les individus d’une organisation se trouvent confrontés
à une situation problématique et qu’ils entament une investigation au nom de l’organisation ».
Le résultat de ces investigations est considéré comme le déclencheur de l’apprentissage
(Argyris & Schön, 1978).

Ils présentent leur modèle d’apprentissage organisationnel qui porte sur deux modes principaux
de changement dans les organisations, puis un troisième type qu’ils ont introduit plus tard. Ils
différencient chaque niveau en fonction du degré, de la profondeur et de la modification des
représentations. Ils distinguent l’apprentissage en boucle simple et l’apprentissage en boucle
double, et une troisième boucle qui est l’apprentissage de l’apprentissage.

Figure 6: les boucles d’apprentissage selon Argyris et Schön

Source : « Théorie des organisations » , (Rozario & Pesqueux, 2018), p.180 (Figure 9.5)

150
L’apprentissage en boucle simple ou l’apprentissage de niveau zéro est le premier niveau
d’apprentissage qui s’inscrit dans une perspective à court terme sans modification des schémas
existants (Bootz, 2001). Dans d’autres termes, ce niveau est considéré comme un apprentissage
opérationnel qui modifie les stratégies d’action ou les paradigmes, sans impacter les valeurs des
théories d’action c’est-à-dire sans troubler les valeurs directrices qui ont assisté à modifier le
comportement. Ce premier type d’apprentissage, à dominance cognitive, consiste à acquérir de
nouvelles informations par les acteurs et permet de consolider des savoirs existants par
répétitions. En cas d’incident d’activité, le praticien en tire un constat et réajuste son
comportement sans modifier sa représentation du monde. Au niveau organisationnel, ce type
d’apprentissage est basé sur la répétition et aide à améliorer la performance organisationnelle
par le renforcement des savoirs existants, ce qui réduit la modification des comportements.
Lorsqu’une entreprise détecte une non-réalisation d’un résultat qu’elle a anticipé, elle ajuste ses
pratiques ; ce processus peut être compris comme un apprentissage d’amélioration qui
s’effectue au sein de l’entreprise sans remettre en cause les théories qui sous-tendent l’action
comme le précisent Argyris et Schön. L’apprentissage en simple boucle permet aussi de
répondre à des questions de « comment » agir à un problème, mais ne répond pas à des questions
de « pourquoi » ceci a eu lieu. Le champ d’application est donc restreint et porte sur
l’amélioration de processus opérationnels (Bootz, 2001).

La double boucle ou apprentissage de niveau 1 concerne les représentations et donne le


caractère d’une organisation apprenante. Ce niveau d’apprentissage est de nature différente de
celui en boucle simple car il va changer la nature du problème afin d’apporter une réponse
appropriée à l’organisation. Ce type infère un changement des valeurs de la théorie d’usage et
des stratégies de l’organisation. Dans d’autres termes, il amène à définir de nouvelles règles qui
sont reliées à de nouvelles stratégies ; c’est une source de créativité. A ce niveau
d’apprentissage, le praticien interroge les principes de son action. Pesqueux nous donne
l’exemple du thermostat : si la température idéale n’est pas programmée à l’avance, le
thermostat ne sera pas capable de la déterminer. C’est le principe de l’action humaine de
déterminer la température (Rozario & Pesqueux, 2018). L’apprentissage en double boucle peut
varier selon le niveau d’agrégation et selon les liens qui associent les unités entre elles à un
même niveau ou à de différents niveaux au sein de l’organisation. Ce type d’apprentissage
prend de l’importance avec le degré auquel les valeurs essentielles ou directrices sont affectées.
Il résulte d’une modification cognitive qui se traduit par un traitement d’information et entraîne

151
la créativité, le changement et l’action, donc un changement des schémas d’interprétations et
une restructuration des valeurs dominantes (Bootz, 2001). La différence entre la première et la
deuxième boucle d’apprentissage est brouillée par la dimension de l’organisation ainsi que par
son degré de complexité.

Argyris et Schön ont aussi mis en évidence une troisième boucle d’apprentissage ou
apprentissage au second degré « deutero-learning » qui fait référence à l’apprentissage de
l’apprentissage. Par ce niveau, ils soulignent la possibilité d’apprendre sur sa propre manière
d’apprendre et à tirer des leçons de l’expérience vécue. On dit que l’organisation se penche
vers elle-même pour repérer les obstacles à l’apprentissage tels que les attitudes défensives, le
conformisme et la préservation d’information. L’organisation en tire alors les leçons de
l’apprentissage (Pesqueux & Durance, 2004). Ensuite, elle est appelée à revoir ses valeurs
directrices afin de surpasser les blocages habituels et de redéfinir son plan d’action. D’après
Bootz (2001), « C’est en apprenant à reconnaître les problèmes, à les classer par rapport à des
contextes que le sujet deviendra capable d’apprendre à apprendre ». L’apprentissage en triple
boucle permet aux individus de revoir leur comportement concret qui est en situation. Ce niveau
d’apprentissage dépasse celui à double boucle en lui attribuant une dimension systématique. La
capacité d’apprendre à apprendre constitue donc un facteur déterminant du niveau de
compétitivité de l’entreprise ce qui est plus avantageux pour les petites entreprises à apprendre
mieux ou plus rapidement que celles leaders, car elles possèdent de meilleures capacités
d’apprentissage et elles ressentent moins le besoin d’apprendre (Levitt & March, 1988).

Il serait judicieux de souligner un phénomène important qui fait partie de l’apprentissage à


double boucle : le désapprentissage. Dans une perspective organisationnelle, le
désapprentissage est considéré comme un processus d’oubli des connaissances ou d’effacement
d’anciennes réponses. Selon Hedberg (1981), les connaissances deviennent obsolètes avec
l’évolution de l’environnement ce qui amène à remplacer les associations qui étaient valables
auparavant. Il peut y avoir un problème dans l’identification de ce qui a été perçu, ce qui rend
les catégories perceptives inefficaces. Un autre exemple de désapprentissage est lorsqu’une
perturbation a lieu entre stimuli et réponse, on se perd dans l’apport de la réponse appropriée à
un stimulus précis. Ensuite les réponses ne pourront pas être regroupées d’une façon cohérente
lorsque le contexte externe ou celui interne change (Hafsi & Lambert, 2012). Le processus
d’apprentissage devient donc passif et prend la forme d’un problème. C’est ici que le

152
désapprentissage aura lieu et sera considéré comme un processus graduel. Les connaissances
ne sont plus utilisées car elles sont obsolètes. On parle ici d’une désorientation qui peut
d’ailleurs amener à une réaction inverse et revenir aux solutions existantes même si elles sont
toutefois erronées. Ce désapprentissage peut provoquer aussi une déstabilisation générale de
l’organisation (Leroy, 2000). Le désapprentissage est ancré dans une collectivité car il n’est pas
individuel, il est donc considéré comme un processus difficile. Ceci rend plus dur pour une
organisation de remplacer ses routines et ses théories d’action. Pour plusieurs auteurs, comme
le mentionne Leroy dans sa thèse, le désapprentissage est un oubli actif et constitue la condition
nécessaire pour qu’un apprentissage ait lieu. Il n’est pas intentionnel mais régit lorsque
l’organisation n’arrive pas à apporter une solution à un problème.

Toutefois, ce modèle est critiqué dans la mesure où, chez C. Argyris et D.A. Schön (1978),
l’apprentissage reste essentiellement individuel. Le lien entre les niveaux individuels et
organisationnels n’est pas explicite dans leur théorie. En effet, selon eux, l'apprentissage
organisationnel passe nécessairement par l'individu qui construit sa propre représentation de la
théorie appliquée de l'organisation. Or, même pour ces auteurs, cette image est toujours
incomplète et les individus cherchent sans cesse à la compléter et à se situer par rapport au
contexte. Quand les conditions changent, ils modifient leur description.

Deux conceptions de l’apprentissage sont généralement opposées, ce qui pose le problème de


la définition précise de la notion d’apprentissage organisationnel. La première est centrée sur
l’individu et pose le problème de la dimension organisationnelle. La seconde insiste sur
l’organisation considérée comme un tout où la relation entre l’évolution des réponses de
l’organisation et la construction des savoirs n’est pas étudiée. Il n’y aurait finalement
d’apprentissage organisationnel que si chaque partie construit de nouveaux savoirs qui sont
ensuite codés dans les théories de l’action de l’organisation, c’est-à-dire dans le savoir partagé
par tous les membres de l’organisation et transmis par les processus de socialisation
(Greenwood, 1993).

153
5.2.2. Le modèle interactionniste de Nonaka et Takeuchi
Ces deux chercheurs proposent une approche différente de celle de Simon. Ce dernier souligne
que les individus doivent étudier un environnement qui est lié à un problème et ils doivent
s’organiser pour trouver ensemble une solution adéquate. Alors que pour Nonaka et Takeuchi
(1997) , ils doivent plutôt considérer individuellement et collectivement cet environnement afin
de pouvoir trouver de multiples réflexions (Nonaka et al., 2005).
Ils ont repris les travaux de Polanyi sur la connaissance individuelle et l’ont développé au
niveau organisationnel. Polanyi a examiné la nature de la connaissance dans son fameux
ouvrage « Personal knowledge » (Polanyi, 1958) où il a signalé que « nos croyances sont
ancrées en nous », ainsi nos croyances sont-elles la source de toute connaissance nécessitant un
consentement tacite, une passion intellectuelle, des idiomes partagés et une appartenance à une
communauté qui partage les mêmes opinions ». Il ne peut y avoir une transformation entre une
connaissance tacite et une connaissance explicite. Toute connaissance possède un élément tacite
et ce qui est tacite est propre à l’individu, et la capacité de faire ou de résoudre un problème est
basée, en partie, sur ses propres expériences et apprentissage (Grant, 2007). Donc la
connaissance tacite serait difficile à formaliser et à communiquer. Elle intègre des éléments
techniques comme les aptitudes et les compétences concrètes ainsi que d’autres éléments
cognitifs comme les croyances et les paradigmes. Quant à a connaissance explicite ou codifiée,
elle est transmissible dans un langage formel ou systématique. Polanyi souligne que les
individus acquièrent la connaissance en organisant activement leurs expériences personnelles.
Il retrouve le principe d’enaction ou enactment de Weick qui illustre un processus selon lequel
nous déterminons et nous structurons nos réalités. C’est ainsi que l’individu joue un rôle
proactif en créant son propre monde (Weick, 2015).

Nonaka et Takeuchi estiment que le développement de l'autonomie des individus et des groupes
est le meilleur moyen de faire résonner le monde (Demailly & Pingaud, 2005). Ils proposent
donc un modèle dynamique qui privilégie l’axe « tacite-explicite » plutôt que celui
« individuel-collectif ». Selon eux, la création de connaissances organisationnelles se base sur
quatre types de transformations et se développe sur deux dimensions : celle épistémologique
qui étudie la différence entre tacite et explicite et celle ontologique qui étudie le passage de
l’individu à l’organisation puis au domaine inter-organisationnel (Ferrary & Pesqueux, 2006).
Nonaka a été influencé par le philosophe Michael Polanyi qui considère que la connaissance
tacite est un élément clé de l’innovation. Les individus développent leurs connaissances par les
154
observations, les routines, les inspirations ainsi que par d’autres formes de connaissances qui
ne sont pas nécessairement écrites mais qui sont présentes dans l’esprit. Selon Nonaka, les
connaissances tacites et explicites sont complémentaires et sont essentielles pour la création de
connaissances. Il explore la connaissance tacite sous deux volets. Le premier englobe les savoir-
faire qui sont fortement personnels et difficiles à communiquer aux autres tandis que le
deuxième est cognitif et lié aux valeurs, aux croyances et aux idées que nous tenons pour
acquises.

Dans son article fondateur, Nonaka propose une approche de création de savoir dans
l’organisation. Il souligne que le processus d’innovation porte sur un dialogue continu entre
savoir tacite et savoir explicite ou formalisé. Son modèle présente quatre formes d’interactions
entre ces connaissances. L’interaction de l’organisation avec son environnement, ainsi que les
moyens à travers lesquels elle crée et elle diffuse l’information, sont beaucoup plus importants
quand il s’agit de développer une compréhension dynamique de l’organisation. (Nonaka, 1994).
Il appelle à ne plus percevoir les grandes entreprises comme simples outils de résolution de
problèmes ou de traitement d’informations. Elles doivent au contraire être perçues comme
source de création du savoir (Bayad & Simen, 2003).

Les recherches de Nonaka en 1994 ainsi que celles avec Takeuchi en 1997 (Nonaka et al., 2005)
proposent quatre types de connaissances. Ce processus implique quatre formes de
transformations : le passage d’une connaissance explicite à une connaissance tacite
(intériorisation), le passage d’une connaissance tacite à une connaissance explicite
(extériorisation), le passage d’une connaissance tacite à une autre tacite (socialisation) ainsi que
le passage d’une connaissance explicite à une autre explicite (combinaison). Ces chercheurs
soulignent que le partage des connaissances tacites individuelles conduit à une création de
savoirs tacites collectifs donc à des croyances et des comportements partagés. Les
connaissances explicites sont en général apprises par la réflexion et prennent la forme de
savoirs, mais elles se créent surtout grâce à une combinaison entre les connaissances explicites
qui existent mais aussi grâce à l’articulation des connaissances tacites. L’apprentissage est
considéré comme un processus de conversion de connaissances. Le modèle proposé par Nonaka
et Takeuchi est connu sous « la spirale du savoir » ou la spirale SECI de la création de la
connaissance. Avec ce modèle il s’agit plutôt du knowing que du knowledge (Ferrary &
Pesqueux, 2006). La création de connaissance prend la forme d’une spirale infinie qui montre

155
comment des connaissances tacites interagissent entre elles puis comment à la suite d’un effort
de conceptualisation, une partie d’entre elles se transforme en connaissances explicites qui
seront à leurs tours combinées entre elles. Certaines d’entre elles sont intériorisées et
redeviennent tacites pour recommencer de nouveau le cycle de conversion, d’où l’attribution
du nom « spirale » de connaissances à ce modèle.

Figure 7: La « spirale du savoir » selon Nonaka et Takeuchi

Source : (Rozario & Pesqueux, 2018) « le modèle SECI » de Nonaka et Takeuchi – p.182

Ce modèle dynamique aide à tisser les liens entre l’apprentissage organisationnel et la forme
des savoirs à apprendre, tout en analysant la question du rapport entre le tacite et l’explicite.

Les quatre modes de conversion de connaissance sont les suivants :


- La combinaison consiste à transformer une connaissance explicite en une autre
explicite. Ce mode consiste surtout à créer de nouvelles connaissances ou à les
transmettre à d’autres connaissances explicites sans que la nature de la connaissance
soit altérée. Les individus combinent leurs connaissances explicites à travers différents
médias comme l’échange de documents, les conversations téléphoniques ou même les
réseaux de communication informatisés. Au-delà de la simple transmission, ce mode de

156
conversion peut être mis en cohérence avec les connaissances explicites ou bien il peut
être considéré comme une simple superposition de connaissances car il est considéré
comme un processus de regroupement de connaissances explicites nouvelles ou
existantes en une connaissance systémique, comme par exemple des caractéristiques
pour un prototype de nouveaux produits.

- L’externalisation : ou « extériorisation » qui constitue à formaliser les savoirs tacites


pour aller du savoir-faire tacite vers le savoir-faire explicite. Cette étape passe par un
processus de verbalisation, de symbolisation et d’explicitation de la connaissance. Elle
est aussi appelée codification ; il s’agit d’adopter un code symbolique sur lequel les
individus s’octroient plusieurs actions jusqu’alors considérées implicites. Le tacite est
une source d’incertitude et de malentendu potentiel entre les acteurs qui essaient
d’apporter plus de clarté dans leurs échanges. C’est une étape de base pour la création
de connaissances dans la mesure où elle transforme les connaissances tacites en
explicites. Cette étape de décontextualisation permet la transmission, la généralisation
et l’application à d’autres contextes même si la connaissance est attachée à un contexte
précis ; elle permet aussi la réflexion et l’interaction entre les individus. Elle appelle à
plusieurs types de support : métaphores, analogies, concepts ou modèles. Avec
l’extériorisation, la connaissance peut prendre une autre forme. Mais d’après Argyris et
Schön l’apprentissage doit passer par une autre forme car il y a plus de chance que cette
étape ne renvoie pas aux pratiques réelles des individus mais elle porte plus sur des
théories affichées officiellement.

- La socialisation consiste à transformer une connaissance tacite en une autre tacite, et


prend lieu par acquisition directe d’une connaissance par la pratique, l’observation,
l’imitation et le travail en équipe. L’apprentissage est plus discret car il n’est pas
explicite mais il passe par des processus d’interaction entre l’apprenant et l’apprenti et
ce mode de socialisation ne traite que la connaissance tacite. La communication est
plutôt en face à face sur le lieu du travail, et l’apprentissage est visuel ou vicariant.
L’expérience partagée constitue la base de la socialisation car c’est difficile pour un
individu d’assimiler le processus de pensée d’une autre personne.

157
- L’internalisation ou « intériorisation » consiste à transformer une connaissance explicite
en une connaissance tacite, et ceci à travers la pratique et la répétition. Ce mode est donc
étroitement lié à l’apprentissage par expérimentation. L’apprentissage prend une forme
de vécu car ce mode consiste à réduire la distance avec la connaissance donc à
l’intérioriser et à l’enrichir. Il s’agit de recontextualiser la connaissance par la répétition
pour qu’elle s’automatise progressivement. Ce processus peut être problématique car le
passage de l’explicite au tacite est souvent dur. Une démarche d’essais et d’erreurs est
indispensable ; on dit que l’internalisation se définit par un passage du cognitif au
comportemental car elle est mise en pratique et consiste à appliquer les connaissances
et les adapter au contexte de travail pour devenir concrète. Les connaissances explicites
sont par exemple documentées pour faciliter le processus d’internalisation.

Comme ce modèle le montre, les connaissances sont acquises par un apprentissage informel et
par l’interaction des individus ou la socialisation dans un groupe au cours de l’action. On dit
que les connaissances sont individuelles et localisées. Ensuite elles s’explicitent aux autres
membres du groupe qui se les partagent. Cette étape amène à une combinaison innovatrice de
connaissances explicites et tacites qui par la suite sont intériorisées de façon individuelle, ceci
enrichit et fait évoluer les connaissances tacites (Bootz, 2001; Rozario & Pesqueux, 2018). D’où
la nomination de ce processus comme « spirale » du savoir, c’est-à-dire sans fin comme
l’apprentissage.

Nonaka et Takeuchi considèrent que la création de la connaissance organisationnelle repose sur


le modèle de transformation de connaissance « SECI » que nous venons d’expliquer. Deux
dimensions contribuent au développement des quatre modes de transformation ; la première est
celle épistémologique qui montre la différence entre tacite et explicite, et la deuxième est celle
ontologique qui montre le passage de l’individu à l’organisation et de l’organisation au domaine
inter-organisationnel. Ces mêmes chercheurs présentent sept éléments permettant la
constitution d’un projet d’apprentissage organisationnel :
- Le développement d’une vision de connaissances dans le cadre d’une intention
stratégique émanant d’une volonté managériale ;
- Le développement des ressources humaines ou de l’équipage de connaissances ;
- L’interaction entre les individus d’une façon intense afin de faciliter la transformation
des connaissances tacites en connaissances explicites ;
158
- La mise en place d’un processus de développement de nouveaux produits comme
dispositif de création de nouvelles connaissances au sein de l’organisation ;
- Le rôle important du middle management qui assure au quotidien la coordination avec
la direction générale surtout dans un contexte de situations d’urgence ;
- Le reclassement stratégique des connaissances à travers les configurations
organisationnelles suivantes : la hiérarchie pour l’acquisition, le développement et
l’exploitation des connaissances, le système d’information ou support adopté pour une
base de données ;
- La création d’un réseau de connaissances avec la clientèle.

L’identification des éléments ci-dessus facilite la coordination des ressources dans une
organisation d’une façon plus efficace.

Il convient néanmoins de présenter quelques critiques sur l’approche de Nonaka et Takeuchi.


Gourlay souligne qu’il manque des preuves empiriques et conceptuelles qui prouvent
l’application du modèle SECI dans des cas pratiques. Il souligne de même que les modes de
pensée occidentale et orientale sont divergents, notamment dans leur distinction entre
connaissance tacite et explicite. Ce modèle est principalement adapté au contexte japonais ce
qui rend difficile de le transposer aux organisations occidentales. Selon Gourlay, cette approche
omet les connaissances tacites inhérentes et définit les connaissances d’une façon subjective
(Gourlay, 2006). De même, d’autres auteurs admettent la difficulté de repérer empiriquement
les différents modes de conversion (Belmondo, 2003).

5.3. Quelle relation entre chercheur/praticien au regard des modèles


d’apprentissage présentés ?

159
5.3.1.Par rapport au modèle d’Argyris et Schön
Selon Argyris et Schön, l’apprentissage organisationnel est défini comme une étude menée par
des praticiens dans un cadre organisationnel, ce qui montre qu’ils ont des points en commun
avec les chercheurs. La préoccupation principale et commune entre ces deux parties est de
corriger les erreurs et de donner du sens à partir de situations problématiques. Ils soulignent
aussi que l’investigation des praticiens peut aboutir « à une décision d’abandon d’hypothèse
différente, car ce sont des concepteurs-acteurs-expérimentateurs dont les actions servent la
double fonction de sonder des situations d’action et d’influer sur elles » p.65 (Argyris & Schön,
1978, ). Ces auteurs ont même étudié la relation entre praticiens et chercheurs dans la recherche
action. Ils signalent qu’un chercheur dans un contexte d’apprentissage organisationnel part vers
un programme de recherche action et devient un « acteur-expérimentateur », ce qui le met en
relation avec les praticiens tout en s’intégrant aux situations qu’il étudie.

Dans notre cas, le chercheur n’est pas un spectateur mais un acteur de la crise qui est en situation
d’agir et d’interagir avec d’autres acteurs. Au Liban, avant que la crise des déchets en 2015 ne
surgisse, la gestion des déchets ménagers n’avait qu’un acteur qui est l’Etat. La société qui était
responsable de la collecte était privée mais le contrôle était fait par le gouvernement. Mais
depuis 2015, une vague de changements a eu lieu. La décharge principale de la capitale ferme
ses portes comme on a vu au premier chapitre et les poubelles n’étaient pas collectées pendant
plus de huit mois. Les résidents de la ville de Beyrouth et du Mont Liban, une région qui couvre
la moitié du pays, étaient frustrés de voir leurs poubelles s’entasser dans les quartiers
résidentiels. Ça puait partout et tout le monde s’inquiétait des répercussions sur la santé. Je2
vais parler de mon expérience personnelle en tant que résidente soucieuse de l’environnement
et praticienne car j’étais cadre dans une entreprise familiale qui produisait des sacs poubelles.
En 2012, je faisais partie de l’équipe de recherche et développement, et on travaillait sur un
projet de développement de sacs biodégradables car la consommation de sacs en plastique était
en croissance continue. Nous avons introduit des sacs oxobiodégradables à des prix abordables
et avons lancé une campagne publicitaire pour orienter et sensibiliser les individus à réduire
leur consommation de plastique et d’utiliser des sacs biodégradables, En 2015, après quelques
semaines de la grève des déchets, nous avons lancé une campagne de tri à la source tout en

2
Nous allons utiliser la première personne du singulier car nous exposons le film de notre vie : une expérience
personnelle en tant que résidente, praticienne et chercheure. Nous reprenons la première personne du pluriel juste
après l’histoire de vécu personnel.
160
introduisant des lots de 2 paquets de sacs poubelle de deux couleurs différentes pour sensibiliser
les gens à trier leurs ordures. Depuis des décennies les sacs poubelle au Liban avaient un code
de couleur pour chaque dimension, la couleur bleue pour les sacs de 50 litres et noire pour ceux
de 30 litres, etc. Le but étant de sensibiliser les ménages au tri à la source, chaque couleur a été
ensuite adoptée pour une catégorie de déchets : les sacs bleus pour les recyclables et ceux noirs
pour les déchets organiques, etc.

Avant et durant la crise, j’étais praticienne de la situation profane. Durant cette période je
suivais un programme doctoral et je cherchais un sujet de thèse d’actualité. En même temps je
ne supportais pas l’idée que les gens attendent passivement une solution pour leurs déchets et
que l’image renvoyée de mon pays soit celle submergée par les ordures. Dans mon quartier, les
déchets bouchaient presque les entrées des immeubles et des odeurs nauséabondes s’entassaient
un peu partout. Les maisons n’étaient pas aérées de peur que ça ne sente, et que les virus y
pénètrent et affectent la santé des gens. Tout le monde était dégouté et ne faisait que râler pour
voir comment éloigner les poubelles de devant chez lui. Dans l’industrie familiale où je
travaillais, nous avions un département de recyclage de papiers et achetions presque une
centaine de tonnes par jour des collecteurs « scavengers » qui collectaient le papier jeté dans
les villes. J’ai décidé avec un groupe d’amis de distribuer des sacs poubelles ayant comme
slogan « Sorting at Home » aux voisins du quartier pour leur expliquer qu’il est important de
trier nos poubelles afin de diminuer les quantités de déchets ménagers et de diminuer ainsi
l’impact environnemental. Par rapport au modèle d’Argyris et Schön, cela fait partie de la
première boucle d’apprentissage. Nous reprenons leur modèle que nous avons illustre en début
de chapitre.

161
Les représentations que les gens avaient vis-à-vis des ordures étaient claires ; ils considèrent
que les déchets « c’est sale » et voulaient s’en débarrasser le plus rapidement possible. Quand
la grève de collecte avait pris lieu, les poubelles étaient jetées en dehors des résidences et les
pratiques étaient les mêmes : se débarrasser du sale. Mais à un certain moment, la situation
s’empirait et chacun pensait à une solution collective pour enlever les saletés de devant sa
maison mais partant du principe NIMBY « not in my backyard ». Le déchet, décrit comme
matière indésirable, est considéré comme inutile, excessif (Wilson et al., 2015). Les résultats
de leurs comportements étaient encore pires car la seule solution possible était de brûler les
déchets entassés à côté des résidences ou de les jeter ouvertement dans les vallées, sous les
ponts et dans des sites d’enfouissement illégaux et à l’air libre (en 2019, il y avait plus de 1000
sites d’enfouissement illicites dans le pays). Ce premier niveau d’apprentissage s’inscrit dans
une perspective à court terme sans modification des schémas existants comme le précisent
Argyris et Schön. A dominance cognitive, il consiste à acquérir de nouvelles informations par
les acteurs actuels et potentiels de la crise et permet de consolider des savoirs existants par
répétitions. A ce stade, la répétition de nos actes de tri d’une façon systématique ainsi que la
sensibilisation des gens à travers des forums et des réunions locales ont fait surgir la conscience
environnementale chez plusieurs, car ils étaient impliqués dans ce processus. Quand nous
rencontrons des incidents d’activité, nous en tirons un constat en tant que praticien et réajustons
notre comportement sans modifier notre représentation du monde. Ceci a augmenté de plus en
plus pour passer à la deuxième boucle : modifier les représentations des individus à travers des
initiatives locales regroupant plusieurs acteurs : les résidents eux-mêmes, les autorités locales
162
qui elles aussi étaient une barrière importante à toute initiative collective, les praticiens qui
étaient impliqué dans la sensibilisation et le lancement de centres de tri, ainsi que d’autres
associations et industries qui joignaient leurs efforts pour donner de leur expertise dans le
domaine. Plusieurs chercheurs ont souligné que la diversité des acteurs favorise les
apprentissages. Pour Nonaka et Takeuchi (1997), la « variété requise » ou bien la diversité des
représentations contribue à faire avancer la spirale de la création des connaissances. Driscoll
dans sa thèse en 1995, estime que si la diversité n’était pas respectée, aucun apprentissage ne
peut se manifester. D’autres constatent que la diversité des participants dans des problèmes
complexes impliquant plusieurs acteurs est une composante essentielle et un facteur favorable
aux apprentissages organisationnels (Turcotte & Dancause, 2002).

Après vient le statut de chercheur que nous avons adopté depuis l’élaboration d’une étude
exploratoire en 2017, qui nous a permis de chercher à comprendre et à modifier une action.
Selon Dewey lorsque l’étude se résume par un apprentissage, elle donne lieu à la fois à des
réflexions et des actes qui seront dans une certaine mesure nouveaux pour le chercheur qui
mène l’étude (Dewey, 1938). Le changement de comportement est nécessaire pour que
l’apprentissage ait lieu mais ceci ne suffit pas. Ce changement peut amener à trois types
d’apprentissage : individuel, restreint et organisationnel. L’apprentissage individuel n’apporte
que quelques avancées pour les chercheurs. Celui restreint n’apporte que peu d’améliorations
au niveau du fonctionnement organisationnel. Le troisième type organisationnel permet de
réduire l’écart entre la situation espérée et celle actuelle (Rousseau, 2002). Une collaboration
sera nécessaire entre plusieurs acteurs ayant des rôles différents et s’appuyant sur leurs savoirs
et compétences ainsi que sur des méthodes différentes mais en même temps complémentaires.
Les praticiens montrent l’intention qui est à la base de l’action ce qui décrivait notre cas avant
et durant la crise des déchets. Selon Rousseau, les praticiens font référence à la relation causale
entre une action et ses conséquences, intentionnelles ou pas. Dès lors, des systèmes
organisationnels se créent quand les individus ont pris l’habitude d’interagir dans un cadre
organisationnel. Leurs comportements intentionnels ainsi que leurs conséquences donnent
naissance à des systèmes d’organisations. Plusieurs initiatives regroupant plusieurs acteurs ont
été développées ; ces formes d’organisation étaient impliquées dans la collecte, le tri et le
recyclage des déchets ménagers, jusqu’à atteindre pour quelques-uns zéro déchets. Ces
initiatives ont fait l’objectif de notre recherche exploratoire qu’on a faite en 2017 et qui montre

163
que la collaboration et l’interaction entre plusieurs acteurs sont primordiales pour la survie et
la continuité de l’organisation.

Le chercheur que nous sommes suit un programme de recherche-action ayant comme modèle
l’apprentissage organisationnel. Nous sommes donc acteurs-expérimentateurs et praticiens.
Nous avons tout d’abord improvisé en matière de recyclage et d’innovation (apprentissage de
base) puis nous nous sommes professionnalisés car nous faisons partie du réseau social de
circulation des déchets ce qui correspond à la deuxième boucle d’apprentissage. Le passage à
l’apprentissage de deuxième niveau : apprendre à apprendre, exige que les membres de
l’organisation révisent leur système d’apprentissage et réfléchissent aux effets qu’il peut
entraîner. Notre participation aux colloques portant sur la question de la gestion des déchets a
permis de créer de la connaissance ce qui correspond à la boucle 3.

Dans l’illustration de la situation de gestion des déchets ménagers au Liban, le réseau social
s’est constitué à partir d’interactions afin d’apprendre et d’interpréter la situation. L’observation
des réseaux sociaux de circulation des déchets fait partie de notre recherche-action. Donc toutes
ces réflexions dans cette partie théorique nous amènent à approfondir nos connaissances et à
observer si ces réseaux d’acteurs sont-générateurs d’apprentissage organisationnel.

5.3.2. Par rapport à l’approche de Nonaka et Takeuchi et la spirale des savoirs


Comme nous l’avons déjà signalé, le modèle dynamique aide à tisser les liens entre
l’apprentissage organisationnel et la forme des savoirs à apprendre, tout en analysant la question
du rapport entre le tacite et l’explicite. Le déchet est considéré comme tacite commun et sert de
base à cette spirale des connaissances.

Figure 8: Quatre modes de conversion et spirale de connaissances de Nonaka et Takeuchi

164
Source : (Blandine et al., 2010)
https://www.researchgate.net/publication/47736930_Le_Knowledge_Management_applique_
aux_problematiques_de_developpement_Durable_dans_la_Supply_Chain/figures?lo=1

Comme nous l’avons vu, la socialisation prend lieu par acquisition directe d’une connaissance
par la pratique, l’observation, l’imitation et le travail en équipe. L’apprentissage est plus discret
car il n’est pas explicite mais il passe par des processus d’interaction entre l’apprenant et
l’apprenti et ce mode de socialisation ne traite que la connaissance tacite. L’expérience partagée
constitue la base de la socialisation car c’est difficile pour un individu d’assimiler le processus
de pensée d’une autre personne.

Ceci illustre notre situation actuelle qui fait interagir les différents acteurs autour du déchet ; on
observe les interprétations et les représentations des individus à travers la socialisation. Au
cours de l’action, ces savoirs tacites s’explicitent aux autres membres du groupe dans un réseau
social d’actants qui discutent autour du déchet. Ce dernier leur raconte quelque chose, ensuite
ils partagent leurs expériences en interagissant dans le réseau. Cette étape amène à une
combinaison innovatrice de connaissances explicites et tacites qui par la suite sont intériorisées
de façon individuelle, ceci enrichit et fait évoluer les connaissances tacites (Bootz, 2001;
Rozario & Pesqueux, 2018). D’où la nomination de ce processus comme « spirale » du savoir,
c’est-à-dire sans fin comme l’apprentissage. Cette approche va dans le même sens que celle de
l’acteur réseau car on a le déchet comme actant non humain, tacite commun qui nous fait
interagir. Il serait judicieux de passer à la deuxième partie de notre recherche qui vise à observer
et analyser la situation actuelle tout en mobilisant ces deux approches d’apprentissage

165
organisationnel ainsi que les différentes approches de réseaux sociaux de circulation des déchets
que nous avons élucidées dans cette première partie théorique de notre recherche.

Point chapitre :

L’objectif de notre recherche est de mettre à l’épreuve les modèles d’apprentissage


organisationnel évoqués dans ce chapitre sous le prisme du modèle sociologique de l’acteur-
réseau ; l’ANT est l’hypothèse de travail : en quoi le déchet comme actant non humain fait
organisation sous deux registres qui sont la gouvernance et le réseau. C’est dans le chapitre
suivant qui est la méthodologie, que nous allons nous appuyer sur différentes méthodes afin de
répondre à la question de recherche.

166
6. Chapitre 6 : Méthodologie

Dans cette partie, nous commencerons par décrire la méthodologie que nous adoptons dans
notre recherche. Nous avons maintes fois manqué de nous égarer dans les détours de nos
lectures parmi les courants de pensée explorés, tantôt anglophones et tantôt francophones. La
démarche de notre recherche se veut comme compréhensive et prend la forme d’un processus
de recherche inductive ; il s’agit d’une recherche qualitative de terrain qui, selon Paillé et
Mucchielli (2015) , appelle à un contact direct avec les différents acteurs par le biais d’entretiens
et par l’observation de leurs pratiques. Nous nous trouvons dans une position délicate, d’une
part liée à notre implication dans une démarche de recherche-action, et d’autre part à une tension
entre notre positionnement de chercheur et celui de co-acteur. Nous sommes intéressés par
comprendre comment les acteurs agissent et interagissent dans des réseaux sociaux de
circulation des déchets, surtout dans une situation de crise comme c’est le cas au Liban depuis
2015. Tout comme l’a souligné Dumez (Dumez, 2016) nous sommes amenés à observer les
intentions, les discours, les actions ainsi que les interactions entre les acteurs, et ceci dans des
situations de gestion.

L’analyse qualitative s’établit notamment dans le courant épistémologique de l’approche


compréhensive, qui considère que les faits sociaux sont des faits porteurs de significations
transmises par des acteurs (Paillé & Mucchielli, 2015). Le matériau est donc constitué des
documents, notes de terrain et journal de bord ainsi que des transcriptions d’entretiens, qui sont
séparés temporairement de leur « terrain d’origine », qui par la suite seront mis en perspective
dans des grilles d’analyses et interprétés, et ceci en cohérence avec l’approche de l’ANT (Actor-
Network Theory). Les différentes étapes de cette approche seront illustrées comme contexte
d’usage de la recherche intervention. Et ceci à travers le schéma du réseau d’actants qui se
forme à travers une compréhension de chacune des phases de l’ANT. Afin de nourrir le modèle
de la traduction, nous avons opté pour deux approches : l’observation participante (qui sera
mise en exergue dans le chapitre 7) et la recherche-action ou l’auto-ethnographie.

Au début de nos lectures, nous croyions que la théorie ancrée de Strauss et Glaser, considérée
comme radicalement inductive, serait adoptée comme support méthodologique pour notre étude
avec l’idée que le terrain ferait manifester des éléments de compréhension des situations
167
étudiées. Mais nous avons réalisé que notre objectif ne visait pas à faire émerger d’un matériau
qualitatif des méthodes et théories, mais que nous nous intéressions plutôt à comprendre et à
interpréter la réalité observée. La finalité, comme nous avons indiqué dans l’introduction de
notre thèse, est d’assurer une certaine cohérence et une rigueur à la démarche de recherche et
de présenter de la légitimité à la connaissance scientifique que nous apportons. Nous revenons
à la question gnoséologique en sciences de gestion, celle de Marchesnay qui a été présentée par
Pesqueux. Il souligne trois apports de la structuration des connaissances en sciences de gestion :
en termes de description (question de pertinence), en termes d’explication de divers modèles
théoriques (question de la rigueur) et en termes de prescription ou l’action (question de
l’impact) (Pesqueux, 2020).

Notre attitude est donc constructiviste et notre approche est inductive. Nous optons pour une
analyse inductive générale qui décrit une démarche qui s’intéresse à donner un sens à des
données brutes (Blais & Martineau, 2006), et surtout qui se centre sur des acteurs agissants et
interagissants. Il s’agit d’une recherche action ou comme le décrit Dumez, on parle de « concert
avec les acteurs étudiés » (Dumez, 2016). Il est important de noter que le point focal de l’attitude
constructiviste est la relation de l’observateur aux objets de sa recherche. Cette attitude participe
aussi de la position sociologique initiée par Latour car il nous invite à traduire les discours et
les représentations avec une certaine subjectivité mais qui consiste à la rhétorique de
l’organisation en question. Notre approche consiste donc à établir des liens entre les objectifs
de notre recherche, à rechercher les catégories émanant de l’analyse des données brutes et à
suivre les étapes nécessaires pour une analyse inductive en recherche qualitative. Ces étapes
ont été élaborées puis résumées par Thomas en 2006. Il souligne que l’objectif principal de
l’approche inductive est de donner la possibilité d’avoir les résultats émanant des thèmes
étudiés les plus signifiants, sans avoir des contraintes qui s’imposent lorsqu’on a recours à des
méthodologies structurées (Thomas, 2006).

Comme le précise Dumez, dans toute recherche il est essentiel de comprendre l’objectif
recherché. Et celle qualitative doit en premier lieu rendre compte des discours et des stratégies
des acteurs, pour ensuite déterminer l’unité d’analyse. Pour cela, il serait judicieux de choisir
le matériau rassemblé tout en évitant le risque de circularité. Parfois, les éléments choisis
peuvent confirmer la théorie mobilisée mais en substituant ceux qui pourraient la mettre en

168
cause. D’une part, la théorie choisie ne doit pas être contraignante au début de la recherche car
son objectif est de faciliter le recueil de matériau et non pas le mettre dans une structure précise.
« Toute la dynamique de la recherche consiste à préciser et à affiner en même temps et en
interrelation : la question de recherche, l’unité d’analyse, le domaine d’investigation
empirique, les propositions théoriques » (Dumez, 2016) page 25. A l’étape actuelle de notre
recherche, il serait important de citer les types de matériau plus ou moins riches qui ont été
signalés par (Yin, 2012) qui consistent d’observations directes, de documents, d’artefacts
physiques, d’entretiens, d’observation participante et d’archives personnelles. Le matériau que
nous avons opté comporte des articles de journaux, des petits films diffusés sur les pages des
médias sociaux, des notes personnelles d’observations, des notes prises lors des conférences et
surtout un journal de terrain qui nous a accompagné depuis le début du parcours doctoral en
2017. Cette variété nous a permis de comprendre les actions et interactions tout en ayant
constitué des séries quasi homogènes de ces différents types de matériaux. Ceci nous permettrait
de faire une triangulation des résultats obtenus, même si ce ne sont pas des résultats
quantifiables.

L’important à ce stade là c’est de pouvoir donner un sens à toutes ces données qui s’entassent
sur notre bureau et sur notre desktop. Et comme le précise Latour (Latour, 2005) « et quand
vous commencez à écrire sérieusement, finalement satisfait, vous devez sacrifier des montagnes
de données qui n’entreront jamais dans le petit nombre de pages qui vous est alloué » (p.123).

169
170
6.1. Pourquoi la recherche-action ?

Avant d’expliquer notre adoption de la recherche-action, nous allons présenter ce qui constitue
cette démarche. Kurt Lewin est à l’origine de l’introduction de la recherche action, qui est aussi
connue sous le nom de « la recherche-action Lewinienne » (Liu, 1997). Ceci est marqué par sa
volonté de réaliser une recherche fondamentale qui étudie la dynamique sociale et
l’expérimentation dans la vie réelle, tout en prenant en considération la complexité des
phénomènes sociaux. Cette approche part du terrain. Malheureusement, ce n’est qu’après la
mort de Lewin que la première recherche-action a été réalisée vers 1950. Il a souligné que le
groupe ne correspond pas à la somme des individus qui le composent. Il a introduit la notion de
relation dynamique qui signifie qu’une partie dans un ensemble est autre chose que quand elle
est isolée, car elle acquiert des propriétés spécifiques à chaque situation. D’où la notion de
« structural properties » ou propriétés structurelles. Le terrain, selon Lewin, ne peut pas
seulement être considéré comme un champ d’observation, mais comme un lieu
d’expérimentation scientifique de la ‘vie réelle’ où le chercheur agit sur certains éléments et en
contrôle d’autres. Au fait, il voulait induire une transition entre deux méthodologies : celle de
l’expérimentation scientifique et celle de la recherche-action. Ceci constitue une des limites du
modèle de Lewin qui a été critiqué par d’autres chercheurs qui lui ont succédé et qui considèrent
que les terrains ne peuvent pas être comparés à des dispositifs expérimentaux.

La recherche-action d’après Rapoport « vise à apporter une contribution à la fois aux


préoccupations pratiques des personnes se trouvant en situation problématique et au
développement des sciences sociales par une collaboration entre chercheurs et usagers qui les
relie selon un schéma éthique mutuellement acceptable ». (Liu, 1997) ; p.60 : extrait de
l’article de Rapoport, 1973.

La recherche action est considérée comme une démarche et non pas comme une méthode. Elle
se distingue de la recherche appliquée car elle tient à résoudre les difficultés à sa façon, aussi
parce qu’elle a comme objectif d’augmenter les connaissances (Liu, 1997). Le chercheur se met
dans les situations où prennent lieu des actions et interactions entre les différents acteurs.

Le tableau suivant donne une définition claire de la recherche action comme présentée par Liu.

171
Tableau 8: Éléments fondateurs de la recherche-action

LA RECHERCHE-ACTION

QUATRE ÉLÉMENTS QUI FONDENT SON ORIGINALITÉ :

1) RENCONTRE ENTRE :
- UNE INTENTION DE RECHERCHE (CHERCHEURS)
- UNE VOLONTÉ DE CHANGEMENT (USAGERS)

2) OBJECTIF DUAL :
- RÉSOUDRE LE PROBLEME DES USAGERS
- FAIRE AVANCER LES CONNAISSANCES FONDAMENTALES

3) TRAVAIL CONJOINT QUI EST UN APPRENTISSAGE MUTUEL ENTRE


CHERCHEURS ET USAGERS

4) CADRE ÉTHIQUE NÉGOCIÉ ET ACCEPTÉ PAR TOUS


Source : (Liu, 1997) Quatre éléments fondateurs de la RA - tableau 2.3 page 85

Argyris et Schön adoptent eux aussi la recherche-action qui met en face des chercheurs et des
praticiens. Cette situation est fondatrice de l’apprentissage ; l’apprentissage organisationnel
constitue une approche importante pour notre recherche dans la mesure où elle va fonder le
concept de « savoir actionnable ». Un changement de comportement est nécessaire pour que
l’apprentissage organisationnel ait lieu, mais ceci n’est pas suffisant. Le savoir actionnable est
considéré comme un des fondements de « l’entreprise de la connaissance ». Le changement de
comportement peut générer trois types d’apprentissage : celui individuel qui ne bénéficie que
les enquêteurs, celui restreint qui n’aboutit pas à une amélioration du fonctionnement de
l’organisation, et celui organisationnel qui rapproche la situation réelle de celle attendue
(Ferrary & Pesqueux, 2006).

Argyris et Schön (Argyris & Schön, 2006) soulignent que le chercheur qui opte pour la
démarche de recherche-action collaborative sur l’apprentissage organisationnel devient un
acteur-expérimentateur. De même, les praticiens décrivent l’intention qui est la base de l’action.
Ces deux auteurs ont fondé une « théorie d’action » qui enveloppe deux formes différentes : la
théorie professée, qui est explicite, et qui explique ce que l’on dit vouloir faire et celle d’usage

172
qui est plutôt tacite et qui se développe à partir de l’observation du schéma d’action. La théorie
d’usage s’appuie sur quatre valeurs directrices : la volonté de contrôler la situation, optimiser
les gains et diminuer les pertes, ne pas montrer des sentiments négatifs et être rationnel. Ils
admettent le fait que l’apprentissage d’individus qui interagissent entre-eux est nécessaire pour
que l’apprentissage organisationnel ait lieu, pour qu’ensuite il puisse agir de nouveau sur leur
apprentissage au niveau personnel. Ils soulignent que le système d’apprentissage
organisationnel dépend des théories d’usage que les individus ont introduit à travers leurs
comportements. Mais il faudra signaler que les théories d’usage amènent à des points de vue et
à des jugements, ce qui conduit aux incompréhensions et ne produit qu’un modèle restreint de
l’apprentissage. Ils proposent donc un deuxième modèle d’apprentissage amenant à des
stratégies d’action et conduisant à un apprentissage à double boucle. Ces stratégies mettent en
exergue la façon dont les acteurs ont établi des évaluations pour pousser les autres à les vérifier.
Ils se rallient ainsi aux propositions de Lewin dans son modèle du changement organisationnel :
dégel – changement – regel. Ils défendent l’idée du chercheur qui, afin de produire des
connaissances utiles au praticien, devrait « s’unir aux praticiens qui cherchent à développer
l’apprentissage organisationnel productif et s’attachent à comprendre la nature de leurs
propres processus et systèmes d’apprentissage » (Argyris et Schön, p71). Ils s’alignent avec la
critique de Lewin selon laquelle les individus accepteront plus facilement les résultats de
recherche et seront plus prêts à les utiliser s’ils ont eux aussi participé à la génération des
recherches et surtout s’ils ont contribué à la collecte et à l’analyse des données.

Il serait important de noter que la recherche intervention est née de la recherche action mais elle
s’en distingue dans le sens où la recherche intervention rompt avec le fait que le chercheur est
neutre, et elle aide à créer des connaissances actionnables qui sont utiles pour les praticiens et
pour les chercheurs et même pour les responsables politiques dans des programmes socio-
économiques (Cappelletti, 2019). Elles partagent des origines communes dans les recherches
de Lewin et un ancrage dans les pratiques comme le précise Barbier (J.-M. Barbier, 2011b).

6.2. La recherche-intervention comme méthode déclenchante de


notre choix de sujet de recherche

173
La recherche intervention est considérée comme une méthode émergente en sciences de gestion.
« L’interaction entre le chercheur avec son objet de recherche, pour le transformer et observer
les changements émergeants, fonde la spécificité de la recherche intervention qui est donc
également une méthodologie collaborative et transformative » (Cappelletti, 2010) p.2.

Selon Argyris et Schön, le fondateur de la recherche-action, Lewin, tenait à impliquer des


individus dans « la conduite d’expériences sociales sur eux-mêmes » et cherchait à appliquer
ses méthodes sur des expériences sociales surtout dans le domaine de la citoyenneté et de
l’éducation. Partant de même des observations que celles portées par Dewey, Argyris et Schön
signalent que « l’action permet de trouver une solution à une situation problématique » (p.61).
Mais l’apprentissage organisationnel ne prend pas lieu si aucun changement de comportement
n’est observé. D’où l’importance de la relation entre chercheur et praticien, qui sont à la base
de la démarche des enquêteurs qui cherchent à donner du sens à partir de situations
problématiques conflictuelles. Mais cette relation risque d’être aussi sujette à des problèmes
surtout quand les chercheurs ou théoriciens se considèrent comme une source de connaissances,
ce qui crée des conflits avec les praticiens. La figure ci-dessous montre les risques associés à la
relation chercheur/praticien :

Figure 9: Les risques associés à la Relation chercheur/praticien

174
Source : Argyris et Schon : p.62 (chapitre 2 : renverser la relation chercheur/praticien)
(Argyris & Schön, 2006)

Les théoriciens et praticiens se sont intéressés aux questions de causalité. Les praticiens tiennent
à comprendre les phénomènes pour mieux les changer ou les adapter. D’où il est important de
chercher les caractéristiques du contexte dans lequel ils sont et ceux de l’action qui ont suscité
des réussites ou échecs passés ; ceci va mettre au point des systèmes plus adaptés. Comme
l’avait démontré Lewin, le fait de la participation des individus issus de groupes de pairs qui
prennent part dans la décision sans avoir eu à manipuler la situation, sera la base de la recherche-
action. Les individus qui auront à passer à l’action sont appelés à faire partie du processus de
recherche des faits sur lesquels s’appuie leur action. Le groupe influence l’adoption des normes
comportementales, ce qui appelle à la création d’un sentiment d’appartenance entre chercheurs
et praticiens qui cherchent ensemble à résoudre un problème de façon à ce qu’ils se trouvent
dans la même situation, malgré les différences de rôles et de statuts. La vision de Lewin tombe
dans la perspective de pouvoir résoudre des problèmes sociaux dans des situations réelles afin
d’induire des changements immuables.

175
Les chercheurs et les praticiens selon Argyris et Schön « ont la particularité d’opérer selon des
modèles de causalité différents et de raisonner différemment sur les causes, ce qui a de grandes
répercussions sur la nature de leur éventuelle enquête commune traitant d’apprentissage
organisationnel » (p.66).

D’où l’importance d’une collaboration entre praticiens et chercheurs dans le cadre d’une
recherche-action. Les chercheurs s’unissent aux praticiens qui veulent développer un
apprentissage organisationnel productif pour comprendre la nature de leurs systèmes
d’apprentissage. Ils sont appelés à faire un questionnement efficace et à travailler avec les
praticiens pour comprendre les rationalités de leur pratique organisationnelle et pour déclarer
les formes productives de « causalité systémique » qui ne sont pas connues par les praticiens.
Les chercheurs aideront ainsi les praticiens à découvrir comment les schémas d’action peuvent
conduire à l’échec et non seulement au succès. Les membres d’une organisation sont considérés
comme co-chercheurs plutôt que comme simples sujets de recherche. Les individus seront plus
prêts à fournir des informations valides sur leurs intentions et motivations quand ils se sentent
concernés dans le processus de création et d’interprétation de l’information (Argyris & Schön,
2006).

La recherche-action part du principe que l’action peut générer les connaissances scientifiques
nécessaires pour comprendre la réalité des systèmes sociaux. Le chercheur est motivé par une
certaine intention de changement, ce qui remet en question la dissociation entre théorie et
pratique car dans la recherche-action la théorie soutient l’action. Les approches théoriques
permettent de comprendre et d’agir sur les situations réelles que l’on rencontre sur le terrain
(Roy & Prévost, 2013). D’où l’importance de partir d’une approche qui nous aidera dans notre
démarche de recherche-action. Cette dernière repose sur trois éléments principaux : l’action, la
participation et la recherche.

Il est important de noter que nous avons déployé deux méthodes dans le cadre de la
méthodologie de l’ANT : une recherche-action et une observation participante. Cette dernière
prend lieu lorsque nous passons une journée entière avec les entrepreneurs et fondateurs
d’initiatives de tri et de recyclage. Le registre d’observation participante sera nourri par l’étude
de plusieurs situations de gestion. Rappelons que l’ANT est à la fois une théorie, une
méthodologie et une méthode.

Je vais utiliser la première personne du singulier dans la partie qui vient car c’est une description
que je fais partant d’un vécu personnel en tant que co-actrice de ma recherche.
176
Il serait judicieux de raconter pourquoi et comment je fais de la recherche-action. Le choix de
mon sujet de recherche n’a pas été une tâche facile ; au début de mon parcours doctoral, je
pensais qu’il fallait développer une stratégie et une gestion intégrée des déchets au Liban et que
ceci aiderait à apporter une solution au problème qui ne cessait d’empirer. Je ne voyais pas le
degré de complexité de ce problème, et comme tout chercheur débutant, je n’étais pas capable
de délimiter mon sujet. L’illumination a eu lieu après avoir reçu via un media social un
documentaire sur un sac poubelle qui voyage.

Dans la partie qui suit, je vais intégrer un extrait de mon journal de bord que je tenais depuis
quelques années. Cet extrait raconte comment j’ai réussi à trouver mon sujet de recherche et
comment ce documentaire a pu déclencher le début de mon parcours doctoral. Au fur et à
mesure que j’avance dans la méthodologie, je vais incorporer d’autres extraits de mon journal
qui m’aideront plus tard à interpréter le matériau.

6.2.1. Mon journal de bord


« Le journal de bord est constitué de traces écrites, laissées par un chercheur, dont le contenu
concerne la narration d’événements (au sens très large ; les événements peuvent concerner des
idées, des émotions, des pensées, des décisions, des faits, des citations ou des extraits de lecture,
des descriptions de choses vues ou de paroles entendues) contextualisés (le temps, les
personnes, les lieux, l’argumentation) dont le but est de se souvenir des événements, d’établir
un dialogue entre les données et le chercheur à la fois comme observateur et comme analyste,
de se regarder soi-même comme un autre » (Baribeau & Royer, 2012).

Le journal de bord appelé aussi journal de pratique réflexive peut être considéré, dans une
recherche qualitative en complément avec l’entretien par exemple, comme un instrument de
triangulation des données collectées. Il contribue à la validation interne car il permet de
discerner les liens entre ces données et les analyses effectuées ; de même, il assure la validité
externe du processus de recherche car il fournit des descriptions méthodiques et détaillées. Le
journal de bord regroupe toutes les réflexions personnelles du chercheur tout au long de sa
recherche allant de son rôle dans les situations observées aux réactions personnelles, aux
contacts et aux corrections à effectuer. Il constitue un instrument important qui aide le chercheur

177
à décrire les données recueillis sur le terrain. Baribeau distingue trois grands courant auxquels
les écrits peuvent se rattacher : celui anthropologique qui est exprimé par des notes de terrain,
celui de la théorie ancrée qui est documentée par des mémos, et le troisième courant comporte
les journaux de pratique réflexive. Le journal de terrain comporte toute lecture ou réflexion et
entretiens depuis que la crise des déchets a dégénéré dans le pays. Je n’avais pas de question de
recherche précise au début, mais quelques idées profanes sur le sujet : les déchets constituaient
un sujet socialement mépris et leur destin était inconnu. Avant la crise de 2015, on s’en foutait
de ce qui advenait des déchets, l’important était de se débarrasser du sale. Ce n’est que lorsque
les déchets sont devenus un problème majeur dans le pays que les gens ont commencé à
réfléchir autour de ce sujet. C’était le point de départ de la première phase de travail empirique.
Je tenais depuis un journal de terrain ou je notais ce que j’observais et ce que je lisais.

Au moment de la rédaction du chapitre sur la méthodologie, je sentais la difficulté de pouvoir


permettre au jury de thèse et aux lecteurs de suivre le travail scientifique accompli tout en
illustrant l’évolution des évènements, ce qui pose un défi de montrer la cohérence du travail de
recherche. Voici quelques éléments vécus qui ont joué un rôle important dans le choix de mon
sujet et mes objectifs de recherche.

6.2.1.1. Extraits de mon journal de bord

- Intrapreneuriat : expérience professionnelle qui a stimulé mon choix de sujet de


recherche :

Depuis le début de ma recherche, je me demandais quel serait le meilleur outil que j’utiliserai
pour noter tout ce qui m’intrigue et tout ce que j’observe ; les événements étaient très nombreux
et se succédaient depuis le déclenchement de la grève de gestion des déchets au Liban. D’un
côté, je me voyais concernée par ce qui se passait surtout que le sujet de développement durable
dans le pays me tracasse depuis des années, et d’un autre côté, j’avais un rôle à jouer pour
sensibiliser les gens à trier leurs déchets à la source.

J’étais responsable marketing en 2015 (date de déclenchement de la crise des déchets) et je


faisais partie de l’équipe d’intrapreneurs c’est-à-dire de recherche et de développement de
nouveaux produits, dans l’entreprise familiale où je travaillais ; parmi les différentes lignes de
178
produits que nous produisions, les sacs poubelle en plastique constituaient un domaine qui a vu
le jour quand j’ai commencé ma carrière professionnelle à la société en 2001.

En 2011, nous avions conçu des sacs poubelles oxobiodégradables et en 2015, deux mois après
la crise, nous avions introduit différents codes de couleur de sacs poubelle oxobiodégradables
présentés en lot de deux (deux rouleaux, chacun d’une couleur, emballés et vendus ensemble)
et nous en avions distribué des milliers d’échantillons à plusieurs municipalités (acteur principal
de sensibilisation durant la crise) et dans plusieurs points de vente. Le produit a été libellé d’une
façon appropriée : « Sorting waste at home » (tri à la source). Ceci a aidé les municipalités à
différencier entre déchets organiques et ceux recyclables : les autorités locales invitaient les
ménages à trier leurs déchets dans des sacs de couleurs différentes. Il faudra signaler qu’à cette
époque-là, les sacs poubelles avait un code de couleur pour chaque taille : les sacs de 30 litres
étaient tous noirs, ceux de 50 litres bleus, etc.

Ce problème environnemental touchait les quartiers pauvres et les quartiers riches, les gens
éduqués et ceux qui ne se sentent pas du tout concernés, etc.… enfin ça touchait tout le monde.
Les sacs poubelle s’entassaient au bord des routes, des odeurs dégoutantes submergeaient
l’odorat. Mon journal de recherche est devenu de plus en plus riche avec la multitude de
documentaires et d’articles retirés des journaux locaux et internationaux. Je sauvegardais toute
information et je me contentais de noter la date, la source, le titre ou sujet de discussion.

- Documentaire : « Cycle of life of a plastic bag » qui a déclenché le sujet de ma


recherche

Un soir, vers début mai 2017, je reçois une vidéo ‘YouTube’ intitulée « the majestic plastic
bag » qui montre le voyage d’un sac en plastique. Son voyage commence lorsqu’il s’échappe
de la main d’un homme qui faisait ses courses à la sortie d’un supermarché. Grâce au vent, il
traverse la ville et heurte tout ce qu’il croise. Il passe par un parc, échappe aux éboueurs et part
dans d’autres aventures dans la ville en visitant les différents quartiers et ruelles, se fait écraser
par les pneus des voitures, se repose sur les bords des routes jusqu’à ce que les échappements
des voitures soufflent l’air gris qui le fait de nouveau voler. Il atterrit dans les petites rivières et
devient un bon nageur. Il traverse les fleuves pour enfin atterrir en mer pour rejoindre la grande
communauté de millions de produits et particules en plastique qui occupe une grande partie de
l’océan et qui fait le double de la taille de l’état du Texas aux Etats-Unis.
179
Ce documentaire était le point déclencheur de mon sujet de recherche, surtout que la crise des
déchets était à son pic alors qu’aucune décision gouvernementale n’avait été prise. Durant cette
même période, plusieurs initiatives ont été lancées dans les régions les plus affectées par la
crise. Le lendemain (après avoir regardé ce film qui m’a inspiré) j’assistais à une formation
doctorale. Une dizaine de minutes étaient données à chacun des participants pour parler du sujet
de thèse. J’ai commencé mon discours en racontant mon expérience (innovation dans
l’entreprise) ensuite le voyage du sac en plastique. J’ai aussi parlé des souffleurs de verre
traditionnels qui recyclent le verre et produisent une grande variété de verrerie ; l’initiative
GGRIL « Green Glass Recycling Initiative » avait été créée par des activistes
environnementaux et des ingénieurs industriels. Il faut noter que la seule usine de production
de verre au Liban a été démolie durant la guerre de 2006 dans le Sud du pays.

Tout le monde écoutait l’histoire avec enthousiasme et j’eus un premier retour de la part des
responsables de la formation en me disant que voilà : le sujet de recherche était bien défini. Je
me rappelle très bien aussi lorsque le Professeur Pesqueux qui, à l’époque était responsable des
formations pré-doctorales au Cnam, m’a demandé de réfléchir à travers la crise des déchets au
suivant : qui traduit quoi à qui et comment ?

Ce fut le point déclencheur de mon sujet de recherche. Le premier travail était mon mémoire
propédeutique, une étude exploratoire menée sur le sujet des déchets : « le rapport aux déchets
comme mode d’apprentissage ».

180
6.2.2. Chronologie des évènements
Le schéma ci-dessous présente les différentes périodes de notre recherche et montre la phase de
la collecte du matériau empirique.

Figure 10: Période de collecte des données empiriques

Plusieurs initiatives de collecte et de tri des déchets ainsi que plusieurs innovations en termes
de traitement des déchets se sont manifestées depuis 2016. Toutes ces initiatives voyaient le
jour grâce à des collaborations entre plusieurs acteurs. Les municipalités étaient incapables de
nettoyer les villes car elles ne possédaient ni d’équipements, ni de main d’œuvre, ni
d’expérience. C’est surtout la destination à laquelle les déchets devaient être transportés qui
posait un problème essentiel et un handicap. La situation ne cessait de s’aggraver avec les
odeurs nauséabondes et les dangers sanitaires et environnementaux qui menaçaient les résidents
avec toutes ces quantités de déchets qui s’entassaient sans aucune solution en vue.

Des réseaux d’actants humains interagissaient entre eux à travers les déchets : chaque actant
utilisait ses capacités et s’organisait avec d’autres pour créer des solutions innovantes afin de
réduire les quantités de déchets. Ces ordures faisaient réfléchir les gens, qui, auparavant, ne
remarquaient même pas la présence des déchets. On se débarrassait du sale et on laissait les
autorités publiques se charger de le transporter loin de chez nous. Il serait important de rappeler
que la grève s’est déclenchée suite à des manifestations des habitants de Naameh, là où se
trouvait la décharge principale de Beyrouth et du Mont-Liban. Ses habitants ont reçu des
promesses du gouvernement pendant des années que la décharge de Naameh sera clôturée car
elle était arrivée à sursaturation. Il est aussi important de signaler que cette décharge était une
solution temporaire depuis 1997. Les habitants de la ville se plaignaient de la prolifération des

181
virus et maladies à cause des odeurs et des insectes qui envahissaient la région depuis des
années.

Dans la partie suivante nous ferons une synthèse de la crise des déchets depuis son
déclenchement tout en illustrant quelques initiatives d’organisation et quelques évènements qui
ont fait émerger des réseaux sociaux de circulation des déchets :

• Date de déclenchement de la crise : Mi-juillet 2015


• Éléments déclencheurs :
- La fin du contrat de la société en charge de la collecte des poubelles à Beyrouth et
dans la région du Mont-Liban.
- La fermeture, deux jours plus tard, de la décharge principale de la région à Naameh.
Cette dernière était une solution temporaire qui devait fermer depuis 2004
• Durée de la grève de collecte des déchets : Juillet 2015 – Septembre 2016 ; grève
initiale d’une durée de 9 mois d’affilés ; puis une solution temporaire de rouvrir la
décharge de Naameh qui n’a duré que deux mois ; ensuite la grève continue pour quatre
mois supplémentaires jusqu’à l’aménagement de deux nouveaux sites d’enfouissement
temporaires.
• Evènements importants avant et durant la crise :
- retour chronologique sur la gestion des déchets dans le pays (Figure 10 ci-dessous).
• Genèse de réseaux sociaux de tri et de collecte des déchets : quelques mois après la crise
de 2015, plusieurs initiatives de tri créées par plusieurs acteurs ont vu le jour malgré
toutes les difficultés auxquelles ils ont fait face.

182
Figure 11: Retour chronologique sur la crise des déchets au Liban

Source : Justine Huc-Lhuillery, (consulté le 26.11.2020)


https://lepetitjournal.com/beyrouth/retour-chronologique-sur-la-crise-des-dechets-au-liban-
243040

Voici quelques photos qui illustrent la situation depuis le début de la crise, été 2015.

Photo 11 : prise le 28 juillet 2015, par B. Baalbaki et diffusée sur son blog : Impressions du
Liban et du monde

183
Photos 12 et 13 : Source : L’Orient le Jour, Rétrospective : Dossier spécial – Le Liban en 2016
https://www.lorientlejour.com/article/1027624/dossier-special-le-liban-en-2016.html

Photo 14 : Photo prise par Joseph Eid - AFP


https://www.lesclesdumoyenorient.com/Dechets-au-Liban-plus-d-un-an-de-crise.html

Photo 15 : Des déchets amassés près de la rivière de Beyrouth, après les pluies diluviennes du 25
octobre 2015. Par Anwar Amro, AFP
https://www.france24.com/fr/20151029-liban-crise-dechets-ordures-chanteuse-libanaise-
xriss-jor-clip-michael-jackson

184
Photo 16 : Les ordures sont entassées à côté d'un pont routier, à l'entrée est de la capitale
libanaise, Beyrouth, le 5 janvier ; par JOSEPH EID / AFP
https://www.lemonde.fr/planete/article/2016/03/22/au-liban-premiers-pas-vers-une-sortie-de-
la-crise-des-dechets_4887847_3244.html

Photos 17 et 18 : site d’enfouissements, et brulures de déchets à ciel ouvert, prises par Joseph
Eid – AFP : site d’enfouissements, et brulures de déchets à ciel ouvert
https://www.localiban.org/la-foret-de-raboue-un-depotoir-nauseabond-a-ciel-ouvert

185
Photo 19 : « Nouvelle mini-crise de déchets, nouvelle solution temporaire », article par
Suzanne Baaklini ; L’Orient le Jour, 09 Janvier 2021, photo par Marc Fayad.
https://www.lorientlejour.com/article/1247516/nouvelle-minicrise-nouvelle-solution-
temporaire

Photos 20, 21, 23 et 24 : la révolte au Liban, Octobre 2019 : grands et petits ramassaient et
triaient les déchets au centre cille de Beyrouth après chaque rassemblement des
révolutionnaires : une prise de conscience et une modification des représentations des individus
vis-à-vis des déchets, qui, auparavant, ne se sentaient pas concernés
Source : ces photos sont tirées du livre : « Kulluna Lil Watan » , après autorisation de l’ONG
« Fondation Diane » , Décembre 2019.

186
L’amoncellement des poubelles qui se renouvelle à chaque occasion révèle un désaccord entre
l’Etat et le gestionnaire de collecte. Pas de solution en vue, tant que pas de plan de gestion à
long terme. La décharge côtière de Bourj Hammoud en plein ville, qui elle aussi était arrivée à
sursaturation, fait face à une inaction du gouvernement qui par contre a opté pour un
agrandissement de la décharge par l’annexion d’un terrain adjacent et par un stockage en
hauteur pendant trois mois supplémentaires. Cette même décharge était arrivée à saturation en
mai 2020. Le gouvernement décide une prorogation de sa durée de vie par le stockage en
hauteur. L’explosion du 4 août au port de Beyrouth a détruit le seul centre de tri de la zone
couverte de la décharge, ce qui a encore aggravé la situation. Ceci montre l’importance de ces
réseaux de tri qui ne cessent d’augmenter et de collaborer ensemble afin d’aboutir à une
meilleure organisation entre plusieurs acteurs. Les gens sont conscients que le pays ne survit
que grâce à des efforts collectifs. Et c’est le déchet qui a fait surgir ces interactions et a contribué
à créer des organisations apprenantes.

187
En 2017, nous avons fait une étude exploratoire sur « le rapport aux déchets comme mode
d’apprentissage ». Voici quelques photos que j’avais prises pendant mes visites aux
organisations de tri et pendant mes réunions avec les différents acteurs.

Photos 25 et 26 : Visite du centre de collecte et de tri de déchets à Bikfaya :


Bi-Clean (l’une des premières initiatives de tri lancée en 2016 au Liban)

Photos 27, 28, 29 et 30 : Visite du centre de collecte et de tri de déchets à Zahlé (Juillet, 2017)

Tableau 9: Liste des centres de collecte de matières recyclables au Liban

188
Liste diffusée sur les médias sociaux par la page « Go Green Save Green » (juillet, 2020)

189
Il serait important de montrer une illustration de tous les projets de gestion des déchets et de
leur distribution sur toutes les régions principales du Liban. Ce travail a été le fruit d’une
enquête auprès des municipalités et des entreprises de recyclage en 2018.

Figure 12: Cartographie illustrant la distribution des projets de gestion des déchets au Liban

Cartographie par Rita Nasr ; source : (Farah & Verdeil, 2021, page 5)

Dans la figure ci-dessous, il est clair que la capitale ainsi que la région du Mont Liban sont
occupées par un système de gestion contrôle par le Conseil du Développement et de la
Reconstruction qui est un département public géré par le gouvernement. Cette enquête montre
les différents services de gestion des déchets par les municipalités, dont Bikfaya et Beit Meri
qui font partie de notre recherche.

190
Comme le précise Liu (Liu, 1997), la durée d'une recherche-action raisonnable se raconte en
années plutôt qu'en mois car il ne faut pas précipiter les choses. Un temps de maturation sera
nécessaire « tant pour le choix que pour la mise en œuvre de l'action ». Dans une recherche-
action, le chercheur est impliqué dans les situations de gestion ; il sera donc amené à ressentir
les sentiments collectifs et les hésitations durant le processus de recherche. Dans notre cas, nous
vivons ce changement depuis que nous étions impliqués dans la crise qui a frappé vers fin 2015.
Durant cette période qui s’est étendue pendant plus de 5 ans c’est un apprentissage mutuel
simultané entre chercheurs et usagers. Une multitude de va et vient entre les acteurs de la crise,
et surtout que chacun a un rôle important à jouer vis-à-vis du déchet. C’est ce dernier qui faisait
interagir tous les actants de la crise.

Tableau 10: Classification des évènements que j’ai notés dans mon journal de bord

Date Nature Personnes / Organisation Description / Mon Rôle/objectif


rôle argumentation

Juin, 2017 Réunion Charbel Averda Historique : les débuts de Chercheur


Keyrouz (Sukleen) Sukleen /Comprendre
(Operations l’historique de la
Manager) gouvernance des
déchets au Liban
Juin, 2017 Réunion Rana Association des Le rôle de l’association Membre du comité
Tabcharani Industriels dans le secteur d’environnement à
(Directrice du Libanais (ALI) environnement, recyclage, ALI et chercheur/
département sensibilisation. Avoir des Comprendre
environnement contacts de personnes clés l’infrastructure et
et énergie) avoir des contacts
Juin, 2017 Entretien Lina Gemayel BI-CLEAN Comprendre le début de Etude exploratoire
(directrice de leur initiative et (chercheur) /
Bi-Clean) l’interaction avec les comprendre quels sont
différents acteurs les différents acteurs
Juillet, Entretien Fouad Jaafar Sibline Pourquoi en est-on arrivé Mémoire
2017 (directeur de la là ? propédeutique en
cimenterie de cours (chercheur)/
Sibline et qu’est-ce qu’il faudra
membre du chercher exactement
comité (résoudre le problème
ministériel pour des déchets ou
la gestion des comprendre les
déchets) représentations des
gens ?)

191
Juillet, Réunion Chris Der Arc En Ciel Quelle recherche mener ? Etude exploratoire
2017 Sarkissian (chercheur)/
(Expert en comprendre quels sont
déchets) les différents acteurs
depuis la crise de
2015 et comment ils
interagissent?
Juillet, Visite du site Simon et Joseph Zahlé Sanitary Voir comment ça Etude exploratoire
2017 El Kai (gérants Landfill fonctionne et avoir une (chercheur) /
du centre de idée si les poubelles comprendre si les
collecte et de tri viennent triées, etc. municipalités prennent
et de la des initiatives pour le
décharge de la tri et le recyclage
Casa de Zahlé)
Aout , Entretien Ziad Abi Cedar Initiative de tri et de Etude exploratoire
2017 Chaker Envionmental recyclage à Beit Meri : (chercheur)
(« Garbage comprendre quels sont les
King » et défis auxquels ils font face
fondateur de
Cedar
Environmental)
Aout, 2017 Entretien Résidents de Bi-Clean Rôle et représentations Etude exploratoire
Bikfaya (chercheur)
Aout, 2017 Entretien Nicole Gemayel Bi-Clean Rôle et représentations Etude exploratoire
(Municipalité (chercheur)
de Bikfaya)
Aout, 2017 Entretien Fadi Gemayel Bi-Clean Rôle et représentations Etude exploratoire
(Gemayel (chercheur)
Frères)
Avril, 2019 Conférence Moi-même Lebanon Waste Première conférence et Recherche-
Chairman et Management exhibition pour la gestion intervention
modératrice Conference des déchets au Liban
Mai, 2019 Conférence Membres du Ministère de Participation de différents Recherche-action
comité de l’environnement acteurs de la crise et le rôle
l’environnement sous le de l’Etat
(association des patronage du
industriels Président de la
libanais) République
Libanaise
Septembre, Entretien Pierre Baaklini Lebanon Waste Qu’est ce qui a changé Recherche-action
2019 (activiste) Management depuis 2015 ; et quels sont (mon rôle comme
les défis auxquels il fait gérante de projets
face avec son organisation verts à Fondation
de collecte, de tri et de Diane)
recyclage ?
Octobre, Observation Diana Fadel Fondation Expérience et interactions Recherche-action
2019 (fondatrice) Diane entre chercheurs, (volontaire a
activistes, ingénieurs, Fondation Diane pour
lobbying, municipalités et soutenir dans les
autres projets de gestion et de
tri des déchets – USJ
verte et collecte des

192
batteries, déchets
électroniques,
compostage, etc.)
Janvier, Observation Marc Aoun et Compost Baladi Comment son entreprise Recherche-action
2020 Antoine Abou sociale a vu le jour en (mon rôle comme
Moussa (co- 2017 ? gérante de projets
fondateurs) verts à Fondation
Diane. Compost
Baladi étant l’une de
nos start-ups)
Septembre, Entretien Omar Itani Fabric Aid Comment son entreprise Recherche-action
2020 (fondateur) sociale a vu le jour en (mon rôle comme
2016 ? gérante de projets
verts à Fondation
Diane. Fabric Aid
étant l’une de nos
start-ups)
Octobre, Entretien Marwan Sfeir Precious Comment cette initiative Recherche-action
2020 (co-fondateur) Plastics avance ? car tout tourne (mon rôle comme
Lebanon autour des déchets gérante de projets
verts à Fondation
Diane)
Décembre, Observation Gaby Kassab EcoServ Comment les événements Recherche-action
2020 (fondateur) au Liban surtout (mon rôle comme
l’explosion de Beyrouth a gérante de projets
fait interagir les individus verts à Fondation
vis-à-vis du tri ? Diane. EcoServ étant
l’une de nos start-ups)
Janvier, Observation Khodr Eid Green Track Comment cette initiative a Recherche-action
2021 réussi dans un des (mon rôle comme
quartiers les plus pauvres gérante de projets
au Liban verts à Fondation
Diane. Green Track
étant l’une de nos
start-ups)
Mars, 2021 Réunion Dominique Chercheur Qu’a-t-on appris des Dans quelle catégorie
Salemeh spécialiste en déchets (après avoir assisté de déchets pourrait-on
déchets à toutes les initiatives de innover
recyclage depuis 2015
Mars, 2021 Réunions Antoine Abou Initiatives de Dynamique Eléments d’analyse
/entretiens Moussa & Marc gestion des entrepreneuriale, acteurs par rapport aux
Aoun (Compost déchets impliqués : ces situations questions de recherche
Baladi) (financées par constituent la matière de
Gaby Kassab Fondation description et
(EcoServ) Diane) d’observation du terrain
Khoder Eid
(Green Track)
Omar Itani
(Fabric Aid)
Mars, 2021 Webinaire Bi-Clean Waste Discussion très Une interaction entre
Beit Mery Management intéressante entre les plusieurs acteurs est
Conférence fondateurs d’initiatives de l’essence de la réussite

193
+ EcoServ, (organisé par gestion et interaction avec des initiatives. Ces
Green Track, Lebtivity) le grand public (d’autres organisations sont
Ainsi que acteurs apprenantes (elles
d’autres apprennent autour des
initiatives de tri déchets)
et de collecte
(Live Love
Recycle et
FROZ)

J’ai complété l’analyse des terrains en croisant toutes ces informations obtenues avec une
documentation secondaire, notamment la presse qui représente une source importante
d’informations. Toutes ces informations m’ont surtout aidé durant la première étape avec une
base de plus d’une centaine d’articles dans la presse quotidienne et hebdomadaires libanais
mentionnant les mots « crise de déchets ». Il y a eu sûrement plusieurs dizaines d’autres articles
que je n’ai pas sauvegardés. Ce corpus a permis d’établir une historique et une chronologie de
controverses sur la gestion des déchets dans le pays. Une compilation de tous les articles de
presse que j’ai sauvegardés est en annexe.

6.3. L’approche de l’acteur-réseau ou ANT comme contexte


d’usage de la recherche-intervention

Il serait judicieux de revenir à un jalon épistémologique qui aborde trois perspectives


différentes : la pluridisciplinarité, l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité. Dans notre
recherche nous adoptons l’approche sociologique de l’acteur réseau afin de comprendre les
réseaux sociaux ou organisations au regard d’un contexte spécifique. D’où l’argument de
complémentarité entre sociologie et sciences de gestion comme l’a souligné Pesqueux
(Pesqueux, 2020). L’interdisciplinarité sera une nécessité pour toute recherche scientifique afin
de pouvoir innover dans un champ, ce qui appelle le chercheur à sortir de son espace tout en
adoptant d’autres modèles dans d’autres disciplines (Charaudeau, 2010).

194
Dumez signale que l’ANT est une « technologie de la description ». L’utilisation de cette
approche remet la question de la description au cœur du travail scientifique. Dans toute
recherche, un modèle n’a du sens que lorsqu’il constitue une bonne description. Callon
commence son article en 1986 par décrire les coquilles Saint-Jacques pour ensuite démarrer
une description d’un événement réunissant des scientifiques et des représentants des pêcheurs
en 1972. C’est à travers les interactions entre trois chercheurs avec d’autres actants humains
(les pêcheurs et les collègues scientifiques) ainsi qu’avec des actants non-humains (les
coquilles), que la description prend lieu. Dumez souligne que l’originalité de cette description
est centrée sur l’action. La question du contexte de la recherche est celle de l’activité de chacun
des acteurs en contextualisant et en décontextualisant ; elle rejoint celle de l’action. Dans sa
recherche, Callon décrit les acteurs (des choses, des outils, des humains, des animaux, etc.), la
façon dont ils agissent, et ce qu’ils traduisent. La question du contexte est alors neutralisée et
l’accent est mis sur les modifications des états du monde, quels qu’ils soient ; ceci va permettre
des rapprochements descriptifs imprévus. Le modèle de l’ANT aide donc à décrire et à suivre
les actions et les transformations (Dumez, 2011).

Cette approche part du fait que l’actant est celui qui modifie le cours des choses et c’est lui qui
peut changer les intentions des autres, tout en considérant les objets comme actants non
humains. Ce sont ces derniers qui sont placés sur le devant de la description des interactions
humaines. Le chercheur en sciences sociales est appelé à regarder faire les acteurs sans être
amené à traduire leurs comportements par des choses profondes ; il les observe et les regarde
agir et interagir. L’ANT « regarde des relations, visibles, qui bougent sous l’effet des
actions » ; c’est une description de l’acteur-réseau. Ensuite viennent les controverses que
suscitent les actants non humains qui sont porteurs de points de vue différents. Il serait judicieux
dans une recherche de suivre leurs actions donc à noter les transformations des états du monde.

Callon a opté pour le répertoire de la traduction tout en observant trois principes de méthode :
le premier principe porte l’observateur à ne privilégier aucun point de vue et ne censurer aucune
interprétation. Le deuxième est celui de symétrie qui consiste à ne pas changer de répertoire
lorsqu’il y a un passage des aspects techniques aux aspects sociaux, même si les controverses
portent sur des enjeux scientifiques ou techniques ou sur la constitution de la société. Le dernier
principe consiste en une libre association entre les différents acteurs (CALLON, 1986). La
sociologie de l’acteur-réseau ou l’ANT considère qu’un réseau social se concrétise grâce à des

195
relations entre humains et non humains qui interagissent dans leurs environnements technique,
matériel et organisationnel pour constituer un acteur-réseau (Callon, 1989). Partant d’un
problème qui touche la majorité des individus, les actants hétérogènes acceptent de coopérer et
de discuter autour du projet commun, ce qui amène à une constitution d’un réseau. Ce qui est
le cas au Liban depuis la crise des déchets en 2015. Avant de présenter les schémas du réseau,
il est judicieux de comprendre les différentes phases par lesquelles la crise est passée tout en
illustrant les phases de l’ANT.

Ceci suscite une présentation succincte du contexte culturel et social Libanais avant d’étudier
les représentations vis-à-vis du problème environnemental auquel le Liban fait face depuis
plusieurs années.

6.3.1.Le Liban comme contexte de notre étude : aperçu historique et culturel


Une série d’événements politiques ont marqué l’histoire de ce pays et sa culture. Situé sur la
côte orientale de la Méditerranée, le Liban est bordé par la Syrie au nord et à l'est, et par Israël
et les territoires de la Palestine occupée, au sud. C’est un des plus petits pays du monde qui
s'étend sur environ 180 km du nord au sud et sur 50 km de l'ouest à l'est avec presque 6.5
millions d’habitants actuellement. L'arbre le plus célèbre du Liban qui constitue son emblème
est le cèdre. Le Liban, "Terre de lait et de miel" des temps bibliques, existe depuis l’an 2500
av. J.-C. : la côte est colonisée par les Phéniciens, l'une des plus grandes premières civilisations
du bassin méditerranéen. Les phéniciens, inventeurs du premier véritable alphabet, règnent
longtemps sur la mer en raison de la supériorité de leurs vaisseaux et se révèlent des artisans
exceptionnels. Vers 1516, les ottomans prennent le contrôle du pays, et en 1842, ils divisent le
Mont-Liban en deux régions administratives, l'une druze, l'autre maronite. En 1914, le Liban
est placé sous la tutelle militaire des Turcs ottomans et souffre d'une grave famine. Suite à la
victoire des forces alliées, le Liban passe sous un mandat français jusqu’en 1943 et retrouve
son indépendance pendant la Seconde Guerre mondiale. Le pays devient un important centre
commercial et financier entre le Moyen-Orient et l’Europe. Un pacte national implicite garantit
la répartition des pouvoirs entre chrétiens et musulmans et une guerre civile éclate en 1975
opposant la coalition de gauche, en grande partie musulmane, aux milices de la droite
chrétienne. Le pays sera ensuite occupé par le régime syrien jusqu’en 2005. La longue guerre,
qui a coûté 150 000 vies libanaises, a laissé le pays dans un état de ruines…
196
La religion est le sujet le plus controversé au Liban. Officiellement, 17 confessions y sont
enregistrées et ce sont elles qui dominent la vie politique et sociale. Un grand nombre de
personnes jugent que la religion est responsable de la guerre civile (1975 - 1990). Le processus
de sélection d’emploi dans le secteur public par exemple, souffre de favoritisme sur des bases
religieuses. Les employeurs recrutent de préférence des gens de même confession (et de même
religion). La classe moyenne a été prédominante au Liban jusqu’à ce que la guerre civile éclate.
Aujourd’hui, il se développe une classe en cours d’appauvrissement surtout depuis la crise
économique qui éclate vers fin 2019, parallèlement à une classe supérieure qui s’enrichit. Il
reste encore quelques vestiges des mouvements socialistes qui ont marqué les années 1960 et
1970. Un groupe religieux important a adopté la lutte pour l’égalité socio-économique comme
plate-forme politique. Néanmoins, le Liban est un pays capitaliste sans système de sécurité
sociale. Malheureusement, aucune mesure n’a été prise par le gouvernement pour réduire l’écart
entre les classes.

Comme le Liban est une société moyen-orientale, les gens sont généralement chaleureux et
cordiaux. Lorsqu’ils discutent, ils se tiennent très près de leurs interlocuteurs. Toucher ses
interlocuteurs au cours d’une discussion est très fréquent. Une tape sur l’épaule ou tenir l’autre
par la main est courant entre deux personnes au cours d’une discussion. Ces gestes sont une
marque d’amitié.

Le Liban est réputé pour sa beauté naturelle et sa chaîne de montagnes verdoyantes le long
d’une côte qui passe des plages de sable, puis de gravier, à un littoral rocheux. Pour nommer
quelques sites, la « Roche », sur la côte à Beyrouth, le temple de Bacchus à Baalbeck et la grotte
de Jeita à Kesserwan. Les spécialités culinaires sont ce que le Liban a de mieux à offrir. Vous
seriez impressionné par la convivialité du peuple libanais et leur joie de vivre et de faire la fête,
ainsi que par la sophistication de la cuisine libanaise et la richesse du mezzé libanais.
L’influence du groupe sur le comportement de ses membres est très importante. Il est nécessaire
que les membres du groupe partagent des valeurs et des croyances qui affectent leurs
interactions. Il est de règle d’organiser des mariages somptueux qui accueillent des centaines
de personnes et qui coutent une fortune aux familles des mariés. 3

3
Les informations données sur le Liban (contexte, culture, religion, etc.) ont été relevées du projet européen
SEMSEM (2014-2017) dont nous faisons partie (je représentais l’Association des Industriels Libanais dans le
197
Cet aperçu général et bref sur ce pays du Moyen Orient montre l’importance de l’aspect social
qui influence les perceptions, les représentations et les comportements des individus. C’est un
peuple qui donne une grande importance aux liens sociaux. D’un autre côté, partant du fait que
je suis dans la recherche-action comme intervenante, j’observe, j’analyse et j’adopte l’approche
de l’acteur réseau de Callon, Akrich et Latour afin d’interpréter mon rôle dans chacune des
catégories de l’ANT. Dumez souligne que « l’ANT est une technologie de description
extrêmement puissante, assise sur des principes forts et féconds : partir des controverses,
s’intéresser aux objets, notamment techniques, aux dispositifs matériels ou aux algorithmes,
bref à tout ce qui ne présuppose pas le social mais permet d’y accéder » (Dumez, 2011, p 36).

6.3.2.Recherche-intervention à travers les phases de l’ANT


Comme nous l’avions déjà précisé, dans notre recherche nous optons pour le répertoire de la
traduction : qui traduit quoi, à qui et comment ? Nous n’avons pas établi une grille d’analyse à
l’avance, mais nous avons observé les différentes interactions entre les acteurs de la crise : ceux
qui n’étaient pas impliqués avant dans la gestion des déchets ménagers et ceux qui émergent
depuis le déclenchement de la crise. Le déchet est au centre de toutes les discussions. C’est cet
actant non humain qui nous relie, chercheurs, industriels, ménages, éboueurs, activistes,
autorités publiques, etc.

Le domaine de gestion des déchets est marqué par les interactions entre activités humaines et
environnement. Il fait appel à toutes les dimensions de l’action collective que ce soit politique,
économique, culturelle, sociale ou technique, ceci étant nécessaire pour améliorer les conditions
de vie des populations. Plusieurs programmes internationaux visent à renforcer les initiatives
institutionnelles de régulation et de traitement des déchets ménagers, notons ceux en faveur de
la protection de l’environnement dans les pays du littoral méditerranéen tels que le Liban qui,
depuis 1997, fait face à une crise sanitaire due à un manque de gestion efficace des déchets
ménagers. Ceci a entrainé une dégradation environnementale alarmante. La sursaturation des
deux décharges sanitaires principales de la capitale a été le début d’une grève de collecte des

développement du programme). L’acronyme « SEMSEM » désigne « Service pour l’Employabilité et la Mobilité


sous forme de Stages en Entreprises » pour les étudiants du Maghreb/Machrek ».
198
déchets ménagers pour plus de huit mois en 2015. C’est depuis cette crise que le déchet fait
l’objet de toute discussion.

A partir des concepts de base qui constituent l’approche de l’acteur-réseau tels que le réseau, la
traduction, les controverses et le principe de symétrie, les auteurs de l’ANT proposent une
méthode pour traduire un réseau et essayer de le modifier. Les étapes qui sont déjà décrites dans
le chapitre deux de notre recherche, seront analysées dans cette partie par rapport à la crise
actuelle des déchets. Callon signale que la traduction implique le déplacement des actants, qui
par la suite crée des liens intelligibles entre eux. C’est un processus qui met en jeu ses
traducteurs, ses enrôleurs, ses intermédiaires et ses médiateurs. Ces derniers traduisent,
mobilisent et modifient le sens des éléments qu’ils sont supposés charrier. Dans ce chapitre,
nous reprenons chacune des phases et observons leur évolution simultanément sous le contexte
de l’usage de la recherche intervention. Chaque étape marque la progression dans les
négociations par une mobilisation des actants. Nous avons choisi pour cette recherche action,
d’intervenir en tant que chercheur et praticien pour comprendre et décrire les événements depuis
le début de la crise. Cette situation a interpellé plusieurs collectivités qui se sont retrouvées en
plein milieu du chaos. Le déchet était au centre de toute interaction. Tout d’abord nous essayons
de comprendre quelles sont les représentations des différents acteurs par rapport au déchet,
ensuite de voir si ces représentations ont changé. Quelques actants n’étaient pas du tout
concernés dans la gestion des déchets. Au tout début de la crise, personne n’a cru que la grève
de collecte allait durer longtemps. Les déchets n’avaient jamais été triés jusqu’au jour où les
ménages devaient réduire leur volume, car les routes principales étaient toutes bloquées à cause
des tas d’ordures qui s’accumulaient, et l’incinération à l’air libre qui faisait suffoquer. Depuis,
nous cherchons à prendre parti et intervenir dans ce réseau d’actants. Ce schéma de réseau se
construit à travers les situations de gestion que nous essayons d’interpréter.

L’ANT appelée aussi sociologie de la traduction nous offre les bases théoriques de notre
recherche-action donc une description des faits, des actants et des interactions. Plus
précisément, elle entend étudier la construction d’un réseau d’acteurs. C’est à travers les phases
de cette approche que les actants d’un réseau apprennent. Malgré les intérêts et représentations
propres à chacun, les actants se mobilisent mutuellement autour d’une situation problématique
commune et essaient d’innover. Ceci engendre une modification de leurs représentations : le
déchet, perçu comme sale devient un objet de valeur, voire une opportunité d’innover sur le

199
marché. Tout ceci reste à étudier dans cette partie. Notre rôle sera de « traduire » et d’interpréter
les situations observées en prenant en compte les éléments techniques, sociaux et
organisationnels. La démarche adoptée est celles de l’acteur-réseau ; il sera donc important de
comprendre les différentes phases de cette approche depuis le déclenchement de la crise, donc
de voir l’ensemble des acteurs concernés d’une part en fonction du contexte spécifique et
d’autre part en fonction de leurs interactions avec celui-ci.

Dans son texte fondateur, Callon précise qu’il voulait montrer que l’analyse pourrait avoir lieu
lorsque la société est considérée comme « incertaine et discutable ». C’est à travers les
controverses auxquelles les acteurs font face ainsi que leurs arguments contradictoires, qu’ils
pourront proposer des traductions différentes du monde social et naturel. L’originalité de la
sociologie de l’acteur-réseau consiste du fait qu’elle a ôté toute notion de contexte social tout
en se centrant sur l’action. Callon commence son article en énonçant trois principes :
l’agnosticisme de l’observateur/chercheur, la symétrie généralisée et la libre-association. Il
montre brièvement quelques éléments de compréhension sur les coquilles Saint-Jacques avant
d’entamer la description : « un mets-prisé par les consommateurs français » (la croissance du
marché), « certaines sont coraillées toute l’année, d’autres pas » (car certains sont péchés toute
l’année, d’autres ne le sont pas) et « elles sont en voie d’extinction en baie de Brest (ce qui
montre qu’il y a un risque de surexploitation et que cette expérience pourrait bien se répéter
dans la baie de Saint-Brieuc). Après, la description proprement dite prend lieu avec un
évènement : un colloque qui réunit chercheurs et représentants des pêcheurs en 1972. La
description suit les trois chercheurs suite à un voyage au Japon, où ils ont vu une technique de
domestication des larves qui leur permet de se développer tout en restant à l’abri des prédateurs.
Donc la description va les suivre dans leurs rapports à d’autres actants humains (pécheurs et
collègues scientifiques) et aux non-humains que sont les coquilles dans ce cas-là.

Ce qui est original et essentiel dans cette description c’est le fait de réfuter tous les postulats
que le chercheur établit car d’après Latour, les descriptions habituelles risquent de tuer l’action
(Latour, 2005). L’ANT appelle donc à se lancer dans la description au milieu des choses et à
observer les actions sans rien postuler.

Rappelons que notre point de départ est la grève des déchets été 2015, qui a duré presque un an
et qui a donné lieu à des initiatives de gestion collective. C’était la première fois au Liban que

200
plusieurs entités agissent face à cette crise environnementale. Notre objectif était de les
accompagner tout au long du processus de traduction en suivant l’approche de l’acteur-réseau
de Callon. Le processus de la traduction est composé de quatre étapes essentielles
indépendantes mais qui progressent simultanément. Chaque phase marque une évolution dans
les négociations par la mobilisation des actants. Au-delà de la description, l’analyse
contextuelle permet de mesurer l’écart entre la situation actuelle et celle souhaitée, ainsi de
repérer les actants porteurs de changements, leurs enjeux et leur degré de convergence. Notons
que le réseau sociotechnique que nous allons décrire est défini comme mode d’organisation ; il
est non hiérarchique et les relations entre les actants sont généralement présentées comme un
jeu coopératif. Le réseau est le résultat de chaines de traduction entre actants humains et non
humains et désigne le faisceau d’associations et interactions entre ces actants. D’où l’originalité
de la notion de réseau qui est aussi considéré comme une « méta-organisation » qui relie des
humains et des non-humains (Collin et al., 2016).

Nous présentons ci-dessous la grille d’analyse que nous adoptons pour notre recherche : notons
qu’une interprétation de chacune des situations de gestion des déchets sera faite dans le chapitre
sept.

Figure 13: Présentation générale de la grille d’analyse

201
6.3.2.1. La problématisation
Cette première étape consiste à identifier des problèmes regroupés sous la forme de questions
liées. Un premier niveau d’actants sera donc défini ; leur nombre varie en fonction de
l’évolution de la problématique qui va les placer en situation de coopération.

La première question qui se pose lorsque la crise était à son apogée : est ce que les initiatives
de tri et de recyclage arriveront à régler le problème des déchets ? comment ces derniers nous
appellent à interagir ? et que traduisent les déchets aux actants humains ? est-ce que c’est un
apprentissage profond ?

Cette étape consiste tout d’abord à identifier l’ensemble des acteurs et ensuite d’essayer en tant
que chercheurs de se rendre indispensables dans l’analyse de la situation. En prenant l’exemple
202
d’organisation qui a eu lieu à Bikfaya quelques mois après le déclenchement de la crise des
déchets dans le pays, nous distinguons les actants suivants : les déchets, la municipalité, les
habitants de Bikfaya, les industriels, et les chercheurs.

- La problématisation comme entre-définition des acteurs


Les déchets étaient au cœur du problème : ils sont jetés partout et dégageaient des puanteurs,
lançant ainsi un appel d’urgence. Le gouvernement était la seule entité chargée de ramasser les
poubelles et envoyait des factures à chaque municipalité concernée par tonne de déchets
transportés. Face à cette grève qui, initialement était due à la fermeture de la décharge principale
de Beyrouth, les déchets s’entassaient et appelaient les gens à agir et à interagir. Il s’agit d’une
gouvernance partenariale des déchets c’est-à-dire un processus de coordination entre plusieurs
groupes sociaux et organisations en vue d’atteindre des objectifs définis.

Les différents actants que nous avons cités dans le paragraphe précédent étaient concernés
d’une manière différente :
a) La municipalité : dans le cas de Bikfaya, la municipalité était incapable d’agir seule
face à ce problème, car le gouvernement ne consacrait pas de budget pour la collecte
et le transport des déchets ; les municipalités ne sont pas équipées : pas d’éboueurs ni
de camions. Jusqu’en 2015, elles étaient endettées envers Sukleen (la société qui était
chargée par l’Etat pour la collecte et le transport et le traitement des déchets jusqu’à la
décharge). Ces dettes cumulées pour plus de 10 ans ne permettaient pas aux
municipalités de trouver de solution toutes seules face à cette crise.

b) Les résidents : ils n’étaient jamais concernés par le destin de leurs déchets. Pour la
plupart ils se débarrassaient du sale en un geste simple. Jeter les sacs poubelles remplis
dans les bennes qui étaient disposées un peu partout dans les quartiers résidentiels. Le
tri n’existait presque pas et la plupart des habitants ont une aide-ménagère qui se charge
de vider les poubelles. Depuis que le problème s’est posé, ils ne savaient quoi faire et
ne descendaient plus se promener mais restaient enfermés dans leurs maisons sans
même les aérer. Car l’odeur des déchets ainsi que de ceux brulés empestaient les
quartiers. Parmi eux, des bénévoles (scouts, activistes et autres) proposaient leur aide
à la municipalité de Bikfaya quelque temps après le déclenchement de la crise dans le
pays.

203
c) Les industriels (usines de tri) ou ONG : « Gemayel Frères » l’une des plus grandes
usines de recyclage de cartons et papiers au Liban se situant à Bikfaya, prenait 90% de
ses besoins en matières recyclables de Sukleen ; mais depuis le début de la grève,
l’entreprise manquait de matières premières pour continuer ses opérations. Au Liban,
le papier et le carton constituaient plus de 16% du total des déchets ménagers
(SweepNet, 2014), mais d’après une étude faite à l’USJ en 2018, si les déchets étaient
triés à la source ce pourcentage augmenterait de 5% au moins. Il faudrait signaler que
Sukleen ne triait que 9% de la quantité totale des déchets collectés. Les usines de
recyclage étaient prêtes à aider si des initiatives de tri et de collecte se créaient. Citons
aussi les ONG qui étaient impliquées dans le tri et le traitement de plusieurs types de
déchets comme Arc En Ciel, Acted et autres.

d) Les déchets : pour la majorité, ils n’étaient pas considérés comme une ressource mais
il fallait s’en débarrasser. Dans un petit pays comme le Liban, les déchets remplissaient
des décharges qui sont situées près des habitations et il n’y avait pas de plan stratégique
à long terme pour une gestion des déchets depuis 1997. Le pays se noyait sous ses
montagnes de déchets et son ciel s’obstruait par les fumées noires et les senteurs de
brulé. Les déchets étaient un peu partout, tapaient à la porte des habitants de la ville,
les poussant à réfléchir et surtout à interagir. Les déchets arrivaient parfois à stimuler
les 5 sens : l’odorat, l’ouïe, la vue, le toucher, et même le goût.

e) Les chercheurs : notre rôle c’est d’explorer le terrain, d’observer ce qui se passe au
milieu de tout ce chaos et de voir comment les gens apprenaient autour de leurs déchets.
Nous avons voulu écouter l’histoire de chacun, leur implication, leur interaction, des
déchets, de leur implication, des interactions. Notre première recherche était
exploratoire : observer les réseaux sociaux qui mobilisaient volontaires et associations
locales. Cet enjeu avait un aspect de solidarité et de coopération autour des déchets.
Des initiatives variées qui incorporaient des politiques d’encouragement du tri, du
recyclage et de compostage. Des partenariats avec des ONG ou des industriels pour
développer des solutions innovantes de gestion des déchets. Nous avons participé à des
colloques car notre objectif est d’apprendre sur les déchets, vu que nous ne savions rien
sur leur gouvernance ni pourquoi en sommes-nous arrivés là.

204
La problématisation atteint le monde social et le monde naturel depuis la grève des déchets.
Une question essentielle : Que racontent les déchets ?

- La problématisation comme définition de points de passage obligés (PPO)


La coopération entre les différents acteurs cités ci-dessus amène à un réseau d’actants qui
interagissent : est-ce que chacun d’entre-deux va admettre et accepter, malgré les différentes
controverses, à jouer un rôle dans la réduction des déchets ? À se déplacer jusqu’à créer des
alliances ? Une multitude de problèmes sont mis en cause : la gestion des déchets a été toujours
une question politique, le gouvernement étant la seule autorité qui était responsable de la gestion
des déchets. En 2016, le gouvernement décide d’ouvrir des décharges en mer et attribue la
collecte des déchets à une nouvelle société. Cette décision était soi-disant temporaire mais avait
été prolongée à plusieurs reprises, amenant à des conséquences environnementales dramatiques
et sans aucune solution durable en vue.

Le tableau ci-dessous décrit le système d’associations entre les différents actants dans un réseau
de tri et de collecte, créant ainsi des organisations « durables » : l’identité de chacun d’entre
eux, les problèmes qui s’interposent ainsi que leurs objectifs.

Tableau 11: Les problèmes et buts des actants

205
6.3.2.2. Les dispositifs d’intéressement ou comment sceller les alliances
Les acteurs principaux post-crise et surtout les membres d’organisation de tri et de recyclage
au niveau local ont été identifiés. Selon Callon (1986), il s’agit d’intéressement lorsqu’on parle
de l’ensemble des actions par lesquelles chacune de ces entités s’efforce d’établir. Leur identité
est définie par la problématisation des autres acteurs. Intéressement c’est se placer entre ou
s’interposer. Les acteurs de la crise s’allient les uns aux autres autour d’un objectif commun :
réduire les quantités des déchets. Or les buts et les intérêts des uns peuvent être en conflit avec
ceux des autres. C’est à travers cette étape d’intéressement que les propriétés de chacun
évoluent et se redéfinissent tout au long du processus de traduction. Les liens sociaux
commencent à s’établir. La crise a pris lieu dans un contexte où les autorités locales sont
appelées à s’autonomiser et à renforcer leur légitimité à gouverner en favorisant l’émergence
d’organisations fonctionnelles. Ces dernières ne pouvant avoir lieu sans la collaboration de
plusieurs entités. Le gouvernement était incapable d’installer un plan de gestion efficace et
rapide. Les autorités locales, dans ce cas les municipalités, sont faiblement dotées en
compétences et ressources (Fakoya, 2014). Les activistes, bénévoles et résidents, avaient pour
tâche de sensibiliser les habitants à l’importance du tri et du recyclage et au rôle qu’ils peuvent
jouer dans la diminution et la valorisation des déchets. Mais eux aussi étaient dans l’urgence de
collaborer avec les autres entités, telles que les municipalités et les usines de recyclage. Une
revue de littérature sur l’histoire des déchets au Liban montre aux chercheurs qu’on ne sait rien
sur les déchets, car depuis les années 1990, l’Etat a assumé la gestion dans la région de la
capitale, et personne n’était impliqué à trier par exemple. Donc pour la majorité on se débarrasse
du sale et on s’en fout de son destin, car de toute façon on ignore le côté valorisant qu’ils
pourraient nous apporter. La crise semble une opportunité qui vient renforcer le pouvoir des
municipalités. Depuis 2015, dix-huit municipalités dans la région du Mont Liban ont regagné
la prérogative de gestion des déchets malgré toutes les contraintes. Elles ont lancé des initiatives
variées comme des politiques de sensibilisation au tri, au recyclage et au compostage. Ceci a
eu lieu en partenariat avec des ONG ou des industriels pour développer des solutions durables
au problème des déchets. Les municipalités, manquant de ressources, ont eu recours à de l’aide ;
d’où la mise en place d’un réseau d’actants : les déchets étaient bien sûr au centre des
discussions. Il faudra rajouter que le manque de connaissances est problématique car il s’agit
d’une ressource qui était mal gérée pendant des dizaines d’années, et dont l’importance

206
économique est énorme. Pour chacun des acteurs, « l’intéressement est basé sur une certaine
interprétation de ce que sont et veulent les acteurs à enrôler et auxquels s’associer » page 189
(CALLON, 1986). Des réseaux sociaux se forment, composés à la fois d’actants humains et
non-humains.

6.3.2.3. Comment définir et coordonner les rôles : l’enrôlement


Comme le souligne Callon, l’enrôlement est un intéressement réussi. Il s’agit d’une série de
négociations, donc un rôle est attribué à chaque actant. Dans notre cas, intéresser les déchets
c’est apprendre à les réduire, à les transformer et à les faire revivre. Sans cet actant non-humain,
les actants humains n’auraient pas interagi. Une question se pose : comment négocier avec un
actant non-humain ? Ce dernier continue à s’entasser et à augmenter en volume ; les activistes
se posent des questions : que nous racontent les déchets ? Après plus de huit mois de grève, une
coopération entre les autorités locales, les habitants et les autres actants était nécessaire malgré
leurs points de vue qui s’opposent. Pour les habitants, la solution devra avoir lieu loin de chez
eux avec l’effet « not in my backyard » ou « Nimby ». Certains étaient frustrés de voir les
camions mélanger tous les déchets ensemble, ceux qu’ils ont triés avec les autres déchets
organiques et non recyclables. Comment faire pour avoir confiance en les nouvelles initiatives
de tri et de collecte ? C’est à travers les réseaux sociaux que les différents acteurs commencent
à interagir. Les métiers d’artisans souffleurs de verre étaient en voie de disparition lorsqu’un
groupe d’ingénieurs, d’activistes et de chercheurs les ont fait revivre en collaborant avec
d’autres chercheurs pour montrer, d’un côté les quantités de verre recyclés tous les mois et d’un
autre côté les divers produits recyclés.

Les industriels avaient besoin de matière première pour assurer leur production et appelaient
les autorités locales à agir. Ils étaient prêts à contribuer dans l’installation de centres de tri pour
récupérer les matières recyclables. Les chercheurs étaient prêts à mener leurs observations et à
être dans l’action pour mieux comprendre et apprendre autour des déchets. Une série de
transactions était nécessaire pour former ces réseaux de collecte et de tri et pour montrer le bon
exemple aux autres villes, malgré les controverses. Cet exemple montre l’importance de chaque
type d’actant et la distribution des rôles, puis des négociations multilatérales au cours desquelles
l’identité de chaque groupe d’acteurs est conçue. L’exemple de Bi-Clean montre l’exemple de

207
décentralisation dans la gestion des déchets qui repose sur la capacité d’assurer des niveaux
élevés de tri à la source afin de faciliter le tri secondaire. Ceci implique un engagement de la
part des ménages. Aussi, le réseau local d’organisations communautaires, tels que les scouts et
les écoles, a joué un rôle primordial pour mobiliser et maintenir la dynamique de tri. Ceci a créé
un sentiment d’appartenance collective et a donné lieu à un apprentissage en première boucle ;
dans notre étude exploratoire en 2017, quelques habitants nous témoignaient que le fait de
répéter l’acte de tri les rendait de plus en plus conscients de leur consommation et des quantités
immenses d’emballage et de matières recyclables. Bikfaya étant une région estive, plusieurs de
ses habitants la quittent pour aller en ville. Il serait important de voir s’ils continueront à trier
leurs déchets même si les autorités locales ne l’exigeaient pas, ou bien s’ils contacteront les
initiatives de collecte des déchets triées ou pas. D’où il est nécessaire d’observer les
négociations multilatérales entre les différents actants afin d’identifier chaque groupe.

6.3.2.4. La mobilisation des alliés : les porte-parole sont-ils représentatifs ?


Une fois que l’organisation a lieu, il sera important de savoir qui parle au nom de qui et qui
représente chaque groupe d’actants ? Toute une population ne pourrait être concernée, et pour
que chaque initiative fonctionne, quelques représentants crédibles devront agir au nom des
autres. Dans l’étape précédente, l’enrôlement consiste à affecter une tache précise aux membres
du réseau, ce qui va les rendre centraux dans la mobilisation. Cette dernière caractérise leur
implication dans l’action ce qui va aider dans la consolidation du réseau. Les interactions entre
les divers actants de la crise sont observées sous l’angle du réseau de tri et de recyclage qui
donne naissance à des organisations apprenantes. Peut-on affirmer que les déchets sont perçus
comme une ressource et reprennent-ils une autre forme tout en les traitant en réseau ?

Les résidents sont représentés par des groupes de volontaires qui insistent sur le sens du « do-
it-yourself » et qui négocient avec les autorités locales. Les autorités sont représentées par les
gérants du centre de tri qui eux négocient avec les ONG et les industries de tri. Notons aussi
l’usage actif des réseaux sociaux sur les vertus de la basse technologique et de l’engagement
écocitoyen. Bi-Clean constitue un exemple de solution innovante en termes de gouvernance des
déchets et une transformation de l’action politique locale. Les chercheurs que nous sommes
négocions l’intéressement des déchets tout en observant leurs différentes catégories. Le
processus de traduction n’aura pas lieu sans la mobilisation des représentants de chaque groupe

208
d’actants : la question qui se pose est si la totalité des habitants et la masse suivront les porte-
paroles ? même cas pour les chercheurs qui ne sont pas tous convaincus d’un tel apprentissage ;
il n’y a que quelques-uns qui assistent aux colloques et aux débats. Ce n’est pas la totalité des
habitants de Bikfaya qui donne son aval à cette initiative de recyclage. Ce ne sont que quelques
individus qui ont été intéressées au nom de la population qu’ils représentent. Dans le chapitre
qui suit, nous allons prendre plusieurs situations de gestion dans lesquelles nous avions
participé, ensuite nous allons les décrire puis interpréter tout en suivant les étapes de traduction.
Rappelons que notre objectif c’est d’observer et par la suite interpréter ce qu’on apprend dans
un réseau social de recyclage des déchets ménagers. La difficulté sera de parler au nom des
déchets, l’actant non-humain qui ne dispose pas de langage articulé, ce qui nécessite des
ajustements incessants et des dispositifs d’intéressement plus compliqués ; une mobilisation
progressive des actants qui s’allient et rendent leurs propositions indiscutables. Cette étape de
mobilisation concerne les mécanismes et marque tous les déplacements nécessaires. Les
déchets circulent dans des réseaux sociaux de tri et de recyclage dans des organisations dites
apprenantes. Ceci reste à vérifier dans le chapitre qui suit.
S’agit-il de la performativité du discours dans notre recherche ?

A la fin de ce chapitre, nous allons décrire brièvement la notion de performativité que nous
avions présentée lors d’un atelier doctoral en janvier 2020. La discussion autour de ce thème
nous a laissé arriver à la conclusion suivante : il faudra mieux se méfier d’utiliser le concept de
performativité dans notre recherche. Le cadre de l’ANT est suffisant en effet : le déchet comme
actant non humain fait à la fois office d’organisation et de dynamique organisationnelle tout en
considérant l’apprentissage organisationnel comme élément essentiel de notre recherche

La performativité est une notion en vogue en sciences sociales. Elle a été mobilisée par Austin,
philosophe et linguiste, à travers ses discours séminaux. Son ouvrage Quand dire, c'est faire
paru en 1962, regroupe tous ses travaux et illustre parfaitement la volonté de partir de questions
concrètes, pour entamer des problèmes plus généraux. Ce philosophe part du langage et de ce
qui est dit pour éclairer la complexité de la vie. D’après lui, un chercheur affine son idée de
départ en défrichant le terrain qui, au départ, est inconnu pour lui. Il distingue les énoncés
constatifs et ceux performatifs. Les énoncés constatifs consistent à décrire le monde réel, et les
énoncés performatifs agissent sur le monde réel en le performant. D’où le concept de
performativité qui renvoie à la capacité de certains énoncés délibérés à agir sur le monde réel

209
et sur les pratiques qu’ils désignent. D’une façon générale, il considère que la parole n’est pas
qu’un miroir qui reflète l’état des choses si elles sont vraies ou fausses, mais agit sur le réel et
en modifie l’état (Aggeri, 2017).

La notion de performativité consiste à classer les assignements possibles de la parole et les


discours sur l’organisation en trois catégories : les actes « locutoires » ou propositionnels, les
actes « illocutoires » qui sont effectués en disant quelque chose c’est à dire « en miroir » de ce
que l’on fait parallèlement à ce que l’on dit, et ceux « perlocutoires » qui comprennent ce qu’on
provoque par le fait de dire quelque chose (Meyran, 2017). Il sera difficile de distinguer le point
de passage entre les deux dernières catégories dont la qualification dépend de la situation.
Meyran donne l’exemple suivant : quand je dis « attention, on mange très mal dans ce
restaurant ! » c’est un acte illocutoire car je décourage d’aller manger dans ce resto. La
conséquence de ma déclaration est un acte perlocutoire car les gens à qui je m’adresse vont
choisir un autre restaurant. Austin souligne qu’un acte ne peut être performatif que sous des
conditions précises dites de « félicité ». Il dépend de certaines conditions sociales et d’un
dispositif approprié à la situation dont il en est question (Aggeri, 2017).

Le concept de performativité prend sa forme après plusieurs conférences données par Austin,
qui en vient progressivement à admettre que tous les énoncés présentent plus ou moins une
dimension performative. Il convoie une théorie générale de la parole comme action. Austin
souligne que certains énoncés sont mi- performatifs, mi- constatifs car d’un côté ils décrivent
l’état affectif intérieur quand on a gaffé par exemple, mais en même temps ils apaisent
l’interlocuteur en disant : « je suis désolé » (Meyran, 2017). Une autre perspective sur la notion
de performativité est celle de Callon. Il développe avec Latour une approche pragmatique de la
sociologie des sciences et décrivent la science comme un ensemble hétérogène de pratiques et
d’instruments sociotechniques, et ceci à travers la formation de réseaux d’actants humains et
d’actants non humains.

Cela constitue un élément essentiel dans la méthode adoptée dans notre recherche-action. On
décrit ce que l’on observe, les discours et les actes dans des situations de gestion et
d’organisation ; ceci est interprété dans chacune des étapes de traduction de l’ANT (la théorie
de l’acteur-réseau). Cette approche décrit le processus de fabrication des faits scientifiques et
techniques et trace comment fonctionne leur diffusion à partir de la notion d’inscription.

210
L’inscription est produite à partir de cartes et d’images qui sont construits par des instruments.
Le rôle du chercheur sera de produire ces inscriptions et de les relier à d’autres et ainsi de suite,
afin de créer un réseau « sociotechnique » regroupant sciences, société et techniques. L’ANT
contribuera à mobiliser les actants humains et les actants non humains qui composent le réseau,
et surtout à montrer la capacité des actants non humains à mobiliser tous les actants interagissant
dans le réseau. L’ANT, connue aussi sous « sociologie de la traduction », joue un rôle important
dans la mise en place du concept de la performativité. L’accent est mis sur ce qui est fait plutôt
que sur ce qui est dit et les enquêtes se concentrent sur les agencements sociotechniques qui
participent en grande partie dans la construction de mondes économiques.

La performativité se rapproche donc de l’ANT et surtout de son dispositif sémiotique et


philosophique (Muniesa & Callon, 2013). Latour souligne que la disposition performative
appelle à considérer l’action non seulement dans sa ‘dimension ostensive’ qui part des
principes, mais dans sa ‘dimension performative’ qui part des pratiques. Cette dernière
considère que le réel est une construction qui se base sur des interventions situées (Latour,
1984). D’où la mise en évidence de la notion de performativité des énoncés scientifiques qui
est aussi un travail de traduction entre actants humains et non humains. L’essence de la
performativité s’inscrit dans des dispositifs sociotechniques. Dans notre recherche on part
d’observations sur le terrain afin de comprendre la nature performative de ce qui a été fait tout
en illustrant un modèle scientifique qui est l’ANT, et de suivre les préconisations et
recommandations des experts scientifiques et techniques dans chacune des étapes. Plusieurs
travaux des sciences économiques qui portent sur le rôle des dispositifs techniques ou le rôle
des objets dans l’action, signalent que l’appareillage matériel est considéré comme un moyen
de performativité plus efficace que l’aspect rhétorique (Muniesa & Callon, 2013).

Il serait aussi important d’introduire l’approche de Butler qui s’intéresse principalement aux
processus de subjectivation à travers lesquels les individus, par la répétition d’actes performatifs
obtiennent une identité (Aggeri, 2017). Nous donnons l’exemple de Ziad Abi Chaker, un
ingénieur et militant écologiste très impliqué depuis la crise des déchets en 2015 au Liban et
connu comme le « roi des poubelles ». Vétéran de la cause au Liban, il ne cesse de sensibiliser
les gens sur les médias sociaux à travers l’illustration de l’importance de tri et de recyclage. Un
mois après l’explosion du 4 Aout au port de Beyrouth qui a fait plus de 200 morts et 6000
blessés, Ziad s’est mobilisé pour élaborer un plan visant à récupérer des centaines de tonnes de

211
verre brisé (plus de 120 tonnes) pour les recycler en carafes et bocaux. Des centaines de milliers
de baies vitrées et de devantures de boutiques jonchaient les rues de la capitale Libanaise. Ces
débris ont été balayés par des volontaires venus de tous les coins du pays. L’initiative de Ziad
est le fruit de plus de 5 ans d’action, d’organisation et de recyclage des déchets ménagers. Il
avait mobilisé en un temps record plusieurs acteurs, et avait réussi à mettre en place un numéro
de téléphone spécial pour permettre aux familles affectées d’appeler pour venir récupérer le
verre brisé de chez eux. L’objectif était d’éviter que tous les débris finissent dans les décharges
de la ville. L’initiative de Ziad (Beit Mery) sera interprétée et analysée dans les chapitres qui
suivent.

212
Deuxième partie
Etude du terrain approfondie et interprétation

213
7. Chapitre 7 : Que nous racontent les déchets ?

« Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Les animaux fuyaient impuissants. Seul le
colibri s’activait, allant chercher une goutte d’eau dans son bec pour la jeter dans le feu. Les
animaux l’ont traité de fou et ont qualifié son geste de dérisoire, mais le petit oiseau leur a
répondu : « je le sais, mais au moins, je fais ma part » ».

Légende amérindienne du colibri, par Pierre Rabhi

Ce chapitre a pour objectif de faire un point sur ce que nous avons observé et décrit : en quoi
les apports conceptuels et empiriques nous ont-ils permis de faire avancer la thèse. C’est à
travers un vécu personnel que notre expérience dans le domaine du développement durable en
général et celui des déchets en particulier nous a ouvert un horizon large sur le plan
professionnel et sur celui de la recherche. Ainsi, il sera question de montrer comment les
éléments et les données observés jusque-là nous permettent de répondre aux questions de
recherche. Bien que les questions initiales soient posées dans une perspective générale, nous
allons analyser des situations de gestion dans lesquelles le déchet était au centre de l’action,
tout en apportant des réflexions sur les modèles théoriques que nous avons adressés dans la
partie conceptuelle.

Rappelons que l’image de la crise des déchets de 2015 ainsi que l’entassement de millions de
sacs poubelles dans les rues est toujours vivante dans la mémoire des Libanais. Aucune mesure
n’a été mise en place depuis. En avril 2020 encore, cinq ans après, les deux plus grandes
décharges près de Beyrouth qui ont été mises en place comme solutions temporaires à la crise,
n'ont jamais répondu aux normes internationales et n'ont pas fait l’objet d'étude sur leur impact
sur l'environnement. Elles avaient atteint leur capacité maximale vers fin 2020 sans aucun autre
plan en vue. La seule solution qui a été adoptée était d'étendre verticalement ces deux décharges
et de rechercher de nouvelles décharges dans les différentes régions Libanaises. Le

214
gouvernement n’a même pas étudié la possibilité d'agrandir les usines et centres de recyclage
et n’a même pas mis en œuvre des stratégies pour réduire les déchets. Deux décharges côtières
temporaires ont été attribuées.

Cependant, il y a plusieurs problèmes avec


« Pas une seule région ne faisait confiance au
ces décharges près de la mer, car les
gouvernement pour ses plans de gestion des
liquides s'infiltrent dans le sol et donc
déchets. Ils ont donc dû créer deux décharges
partent directement dans la mer
juste à côté de la mer »
Méditerranée.
La pollution et la gestion lamentable des déchets ont exacerbé la crise au Liban. Depuis de
nombreuses années, le Liban compte sur des solutions temporaires et sur des mesures
provisoires pour traiter les déchets ménagers. Le gouvernement n'a jamais approché les
difficultés sous-jacentes des effets sur la santé des résidents.

Depuis 2020, le pays se trouve entre autres dans une impasse quant à la gestion des déchets en
raison des crises politiques et socio-économiques générales ainsi qu’à cause de la pandémie de
Coronavirus. Avec la dépréciation de la monnaie, le gouvernement n'est pas en mesure de payer
les entrepreneurs ni d’octroyer aux municipalités les budgets alloués aux déchets. En
conséquence, plusieurs tonnes de déchets sont malheureusement brûlées à ciel ouvert, avec des
effets néfastes sur la santé et sur l’environnement. Néanmoins, la quantité des déchets a diminué
depuis mars 2020. Selon l’ingénieur industriel et activiste Ziad Abi Chaker, les déchets étant
un indicateur direct de la consommation, leur production a baissé par rapport au premier
trimestre 2020.

Étant donné que le recyclage et la réduction des déchets n'ont pas été au premier plan du
programme du gouvernement, nous voyons cela comme une nouvelle opportunité pour les
« entrepreneurs verts » (par « entrepreneur vert » on entend dire un entrepreneur dont la logique
entrepreneuriale tourne autour du développement durable). De nombreuses ONG et initiatives
privées récupèrent des matériaux à partir de déchets et maintenant, avec l'inflation, on s'attend
à en voir davantage.

La crise de 2015 a eu un effet déclencheur : de nombreuses associations Libanaises ont vu le


jour depuis et plusieurs ont donné lieu à des initiatives. Elles ont choisi de se concentrer sur cet

215
épineux problème afin d’innover et de trouver des solutions durables. Bien qu’elles aient le
mérite d’œuvrer pour leurs communautés et pour l’environnement, ces associations ont un
impact encore restreint au niveau national. Elles ne s’occupent que d’une petite fraction de la
totalité des déchets au Liban. La grande majorité reste encore sous la responsabilité de l’État.
Mais d’année en année, nous remarquons une évolution dans les représentations des individus
envers leurs déchets ; ceci est dû aux réseaux sociaux, à la réussite du modèle de gestion de
plusieurs initiatives et surtout au sens de collaboration entre les différentes entités.

Dans un pays méditerranéen pourtant considéré comme la Suisse du Moyen Orient, nous avons
tous été appelés à interagir autour des ressources. D’après Ostrom (1999), si les communs
deviennent visibles, et c’est le cas des déchets, les décharges issues des politiques passées
extériorisent et désavouent. Les déchets ne peuvent pas être externalisés et, du coup, ne peuvent
pas être oubliés, donc suscitent l’interaction de plusieurs entités. C’est une histoire qui évolue
et qui a pris forme depuis la crise de 2015.

Nous allons décrire notre expérience personnelle, celle d’un chercheur débutant et profane en
matière de déchets, qui en creusant, observant, agissant et décrivant, devient acteur expert (si
nous osons le dire). C’est un vécu extraordinaire qui accompagne une phase transformative et
apprenante dans un domaine qui prend forme malgré toutes les controverses.

Nous analyserons 2 situations de gestion en plus de notre parcours professionnel au sein de


Fondation Diane en support à 4 initiatives (start-ups) dans la gestion des déchets qui ont vu le
jour après la crise de 2015. Pour chacune des situations, nous présentons une fiche d’identité
que nous avons créé, ensuite nous acclimatons la dynamique entrepreneuriale pour enfin mettre
en place les éléments essentiels qui nourrissent le modèle de l’ANT.

216
217
218
7.1. Mon expérience à Fondation Diane depuis octobre 2019

J’entendais beaucoup parler de cette ONG depuis 2017, surtout lorsque je préparais mon
mémoire propédeutique ; à chaque fois que je parlais avec quelqu’un sur le sujet de gestion des
déchets, on me conseillait de rencontrer Diana Fadel, une dame très active dans ce domaine. Je
me rappelle que la monitrice de voile du Club ATCL, Zoé Coruble, qui était aussi chercheuse
et sociologue française, me disait que Diana Fadel était une pionnière en matière de déchets et
jouait un rôle important dans la sensibilisation au tri et au recyclage.

Deux ans plus tard, en avril 2019, je faisais partie de l’équipe organisatrice de la première
exposition et conférence nationale sur les déchets ménagers au Liban. Je rencontre le fondateur
de Compost Baladi, une initiative qui produit du compost à partir des déchets organiques et qui
contribue dans la sensibilisation au tri à la source auprès des municipalités. Antoine Abou
Moussa a fondé son entreprise sociale quelques mois après la crise des déchets et ceci grâce au
soutien financier apporté par Fondation Diane.

Quelques mois après, je contacte Antoine pour un entretien. J’apprends de lui qu’il a été recruté
par Diana Fadel comme consultant et m’a proposé de travailler avec lui en tant que volontaire.
Ils venaient d’inaugurer RayMondo, un incubateur industriel vert, et avaient besoins d’un expert
industriel pour les mettre en contact avec la chambre de Commerce et le Ministère de
l’Industrie. Il voulait aussi que je travaille avec lui sur deux projets dont l’un était en rapport

219
avec les déchets électroniques. J’avais des connaissances dans le domaine industriel car j’avais
travaillé pendant 17 ans dans l’entreprise familiale et je faisais partie de plusieurs comités, entre
autres le comité d’environnement et le comité technique de la gestion de qualité et de
l’environnement.

C’était le début d’une expérience très intéressante et pleines de défis à tous les niveaux. Après
six mois de travail en tant que bénévole avec la Fondation j’envoie un rapport détaillé et
consacre mon temps à la rédaction de ma thèse. J’étais en deuxième année de doctorat.

Quatre mois après, je reçois un appel du consultant financier à Fondation Diane pour un
entretien d’embauche. Je ne m’attendais pas du tout à ça mais je ressentis une grande envie de
rejoindre cette ONG car mon travail de recherche rencontre celui de la Fondation. Je savais que
mon rôle dans l’entrepreneuriat écologique lié à mon expérience antérieure dans la société
familiale et durant la crise des déchets m’incitait à ne pas m’arrêter là. Je sentais qu’il manquait
un peu de vie à mon travail de recherche et que j’avais un rôle autre qu’observer et soutenir des
initiatives de tri et de recyclage. C’est en juillet 2020 que j’ai joint Fondation Diane (FD) en
prenant deux responsabilités : diriger l’incubateur industriel et gérer les projets
d’entrepreneuriat verts au sein de FD.

Créé en 2015, Fondation Diane, est une ONG dont la mission est dédiée à l’éveil de la
Conscience Civique au Liban et au Développement Durable. Citoyenneté et développement
durable sont inextricablement reliés selon la fondatrice Diana Fadel, chez qui l'idée d'une telle
institution existait depuis plusieurs années. En 2010, alors qu’elle est inscrite à Harvard en
master de Développement durable, on lui diagnostique deux cancers métastasés. Durant sa
période de traitement, naît une réflexion « que vais-je laisser derrière moi ? ». « Intéressée par
les questions environnementales depuis son plus jeune âge, de retour au Liban elle est encore
plus déterminée à promouvoir le développement éco-durable : une crise des déchets qui
s’amplifie le pays, des carrières qui « dévorent » les montagnes, la déforestation qui est
monnaie courante, l’absence de plans de restructuration… C´est un véritable choc pour cette
amoureuse de la nature profondément attachée à son pays. Elle décide alors de s’investir
complètement dans la mission de sa fondation, même si sa contribution à la protection de
l´environnement n’est « qu’une petite goutte dans l´océan », Diana sent la nécessité et
l’urgence de montrer l’exemple en s’attaquant aux problèmes environnementaux du Liban.
« Après moi je veux laisser sur la terre, un sillage environné de lumière » : telles sont les paroles
de cette chanson apprise lorsqu’elle était adolescente dans le guidisme qui vont guider ses pas.

220
Elle décide de se consacrer à ce sillage de lumière qu´elle veut laisser derrière elle à travers
les actions de Fondation Diane. Décidée à se battre, elle crée Fondation Diane en 2015, une
ONG qui a pour mission de créer une conscience civique et d’accroitre le développement éco-
durable » (entretien par « SwitchMed » avec Diana, Mars 2021).

Le choix de la dénomination de la fondation traduit l'esprit qui motive sa fondatrice Diana


Fadel. « Diane » désignant tout autant un clairon employé pour réveiller les troupes, que
l'adjectif de la lumière divine, ou encore la déesse de la chasse qui règle le passage entre monde
sauvage et civilisé dans la mythologie romaine.

FD comprend quatre piliers complémentaires : l’éducation, le financement, le lobbying et le


pôle industriel vert. Le volet éducatif comprend la sensibilisation et l’apprentissage des risques
environnementaux. Le volet financier est consacré au financement de start-ups « green »,
écoresponsables et engagées ou qui souhaitent encourager le développement durable. Le volet
citoyen comprend des débats et un lobbying actif sur les questions environnementales. Le
quatrième volet comprend un pôle favorisant l’innovation industrielle écologique.

1. La Chaire de l’éducation à l’éco-citoyenneté et au développement durable


(CEEDD) de la Fondation Diane : hébergée à l’Université Saint Joseph (USJ), la
chaire a pour but ultime de développer l’esprit et l’attitude éco-citoyenne chez les jeunes
par le biais d’une approche interdisciplinaire reliant la sociologie à l’économie et aux
sciences de l’environnement. Il s’agit de leur redonner espoir dans notre pays, de
développer leur sentiment d’appartenance et de tolérance ainsi qu’un nouveau rapport à
la nature, à la patrie et à la terre. Elle se démarque par les liens étroits qu’elle établit
entre citoyenneté et développement durable. Elle agit en point de rencontre entre les
différentes structures locales traitant ces thématiques et ambitionnant une collaboration
internationale.
La Chaire CEEDD œuvre depuis sa création en 2015 pour devenir une plateforme
interdisciplinaire de référence pour une éducation au développement durable et un éveil
éco-citoyen. C’est ainsi que la Chaire s’acharne à développer l’énergie des citoyens et
à les motiver à agir avec responsabilité, en les sensibilisant aux problématiques
environnementales et citoyennes, à les informer des risques que le pays encourt à ce
niveau, à les doter de solutions justes et adaptées et à galvaniser les jeunes générations
afin qu’elles prennent en main leur environnement. Afin d’atteindre ces objectifs, la
Chaire CEEDD s’est donnée pour mission :

221
a. de former les jeunes et les adultes aux attitudes, aux comportements et aux valeurs
d’éco-citoyenneté et de développement durable.

b. de sensibiliser la société civile aux problématiques d’éco-citoyenneté et de


développement durable : la chaire a assuré plusieurs formations auprès d’enseignants et
de membres de conseils municipaux, ainsi que la mise en réseau des municipalités et
des établissements scolaires par le service communautaire ciblé vers l’éco-citoyenneté
et le développement durable.

c. de développer la recherche s’articulant autour de ces thématiques : afin d’approfondir


son travail dans l’éducation citoyenne, FD soutient la création d’un master et de deux
doctorants en développement durable, un cursus multidisciplinaire au sein de l’USJ. FD
finance les doctorants et jeunes chercheurs tout au long de leur parcours doctoral.

d. de gérer des projets liés à ces thématiques : la chaire a initié plusieurs projets de
recherche-action en collaboration avec des associations et des initiatives vertes comme
l’association « Lebanon Mountain Trail » et autres centres de tri et de recyclage de
déchets en abordant des thématiques de l’Éco-citoyenneté et du Développement
durable. Voici un lien à un documentaire qui résume les objectifs et activités de la Chaire
appelée « Septième sens »4 car, d’après la fondatrice Diana Fadel, ce septième sens doit
être développé chez chaque citoyen pour un engagement au développement durable en
faisant de lui un éco-citoyen responsable.

e. de coopérer avec les initiatives nationales et internationales agissant dans ces


domaines.

La contribution de la chaire est à la fois celle d’un catalyseur de projets de recherche et


d’un « hub de connaissances », d’un médiateur entre plusieurs acteurs (monde
académique, institutions, réseaux, communautés professionnelles et collectivités aux
échelles nationale et régionale). Partant d’une conviction que tout changement devrait
commencer à l’école, la mission de la chaire s’appuie fortement sur les activités de
recherche, de formation et de sensibilisation et entrent en adéquation avec les objectifs
de l’éducation au développement durable préconisés par le ministère de l’Education et

4
https://mediasite.usj.edu.lb/Mediasite/Play/c52530a04e9948c5949d6921026d247b1d?autoStart=false .

222
de l’Enseignement supérieur au Liban. Le directeur général du ministère est membre du
comité de pilotage de la chaire.

Plusieurs projets « verts » ont eu lieu à travers la chaire dont une démarche de durabilité
au sein de l’USJ, visant à :

- Sensibiliser la communauté universitaire aux principes et aux enjeux de


l’écocitoyenneté et du développement durable dans leurs différentes dimensions ;
- Diffuser les bonnes pratiques environnementales dans les différentes institutions de
l’université ;
- Mener des actions durables et œuvrer pour une infrastructure respectueuse de
l’environnement au sein du campus ;
- Être un acteur territorial exemplaire pour réduire son empreinte environnementale.

Pour ce faire, un comité du projet « USJ Verte » a été constitué au sein de l’université
et est pilotée par la Chaire de la Fondation Diane. Les axes de travail de ce comité
incluent la gestion des déchets, la gestion des dépenses énergétiques, la gestion de l’eau
et la biodiversité et les espaces verts.

La gestion des déchets était l’axe de travail prioritaire durant ces dernières années. Le
but est d’arriver à trier les déchets efficacement au sein des différents campus de l’USJ
et de sensibiliser la communauté universitaire à l’importance et aux modalités de tri des
déchets.

Plusieurs réunions ont permis d’établir un plan d’actions pour aboutir à ce but. Des
bennes de tri ont été commandées à cette fin, des affiches de sensibilisation sur le tri et
des stratégies de collecte des déchets produits à l’université ont été élaborées. Le plan
englobe aussi de la capacité de stockage des déchets des différents campus, ainsi que
l’ingénierie de la distribution des bennes au sein de chaque campus afin de pour mieux
cerner les interventions pratiques.

Plusieurs activités de sensibilisation ont contribué à la bonne gestion de ce projet :

- Le lancement d’une compétition d’Upcycling inter-campus (réutilisation des


déchets recyclables pour la fabrication de nouveaux objets, souvent artistiques) ;

223
- L’organisation du « Grenier de l’USJ » pour la vente d’objets usagés entre étudiants
afin de réduire la production de déchets ;
- L’organisation de l’action « Food Drive » pour la collecte de nourriture
excédentaire et non consommée – dans la cantine, les salles de profs, etc. pour une
distribution aux familles démunies autour de l’Université ;
- L’organisation d’un défilé de mode à partir de vêtements usagés ;
- L’élaboration d’un clip autour des déchets avec un joueur de basketball célèbre
(Nadim Souaid) ;
- L’envoi de SMS réguliers de sensibilisation à toute la communauté universitaire ;
- L’impression de marque-pages pour la sensibilisation au projet « USJ Verte » et
l’opération du tri des déchets, etc.

Par ailleurs, la chaire a également mené une enquête en ligne en 2018 auprès de toute la
communauté de l’USJ, visant à évaluer l’opération de tri des déchets au niveau des
différents campus. Mille personnes ont participé à cette enquête (le nombre total de la
communauté directe de l’USJ est de onze mille cinq cents personnes). Les résultats ont
montré que 50% de la population (étudiants, enseignants, doyens/directeurs, membres
du personnel administratif) trient toujours les déchets à l’USJ alors que 40% le font
souvent et 10% ne le font que rarement. Ce résultat témoigne que la moitié de la
communauté universitaire est engagée dans l’opération de tri des déchets. Pour creuser
plus en profondeur, les participants ont été interrogés sur les difficultés auxquelles ils
ont été confrontés durant l’opération de tri. 45% des personnes n’ont aucune difficulté
avec le processus de tri alors que 30% ont des difficultés à trier dans les bennes bleues
(bennes à cartons, plastiques, verres et métaux) et marron (autres déchets). D’autres
difficultés ont été également soulignées par les participants à l’enquête, dont
l’éloignement des bennes par rapport aux classes et aux points de rassemblement des
étudiants, l’incapacité d’identifier la benne appropriée pour jeter un déchet spécifique
et le manque de bennes sur les campus. Cette enquête a témoigné l’efficacité de
l’opération de tri des déchets à l’USJ et de l’instauration graduelle de la « culture de
tri » qui commence à s’ancrer au sein de la communauté de l’USJ.

224
De même, la chaire a organisé une conférence sur le traitement des déchets solides
ménagers en juin 2019 sous le patronage du Président de la République. Cette
conférence a réuni différents acteurs de la crise des déchets.

Depuis que j’ai rejoint Fondation Diane, je collabore continuellement avec l’équipe de
la chaire sur les projets de gestion des déchets et surtout celui de l’USJ verte. On décide
ensemble du programme de collecte des déchets recyclables et du plan de route de notre
camion, et nous analysons toute difficulté lors de la collecte comme par exemple la non-
conformité du tri, le besoin de sensibilisation. Le tri des déchets est essentiel et fait
partie de nos devoirs d’éco-citoyens. D’un autre côté, si les déchets ne sont pas
correctement collectés et livrés aux usines de recyclage, ça sert à quoi de motiver les
citoyens ? Fondation Diane a pris l’initiative d’acheter un camion afin de s’assurer que
les déchets de tous les campus de l’USJ qui sont situés dans la région de Beyrouth et du
Mont-Liban soient collectés. Des brochures ont été diffusées au sein de l’USJ, des
postes de sensibilisation sur les médias sociaux de la chaire et de l’USJ, ainsi que des
vidéos. Le programme de collecte est envoyé tous les trois mois à tous les
administrateurs des campus de l’USJ (6 campus), le chauffeur assurant la collection et
le transport jusqu’au centre de recyclage.

De même nous avons travaillé avec l’équipe de production et de diffusion du film sur le
processus de tri. Deux versions du film ont été diffusées : une détaillée qui montre le
rôle des industries de recyclage dans ce processus ainsi que le rôle de chaque citoyen
qui y participe, ainsi qu’une version courte pour diffuser sur les médias sociaux.

225
En janvier 2021, j’ai reçu une invitation pour faire partie du comité de pilotage de la
chaire, et j’assiste à la réunion du 4 mars Parmi les décisions prises lors de notre dernière
réunion : initier la recherche et le travail scientifique de la chaire dans le domaine du
développement durable en plus du financement de doctorants. Voici le lien à la vidéo,
diffusée sur You Tube sur le tri des déchets :
https://www.youtube.com/watch?v=BaBYPRFHfkU.

2. Viridis Investment Fund (VIF) : le deuxième axe de la Fondation Diane consiste en


une plateforme financière qui regroupe 14 start-ups ayant un impact positif sur
l’environnement pour un montant total de plus de 10 millions de dollars. La Fondation
investit dans des projets en fournissant, outre des moyens financiers, un savoir et une
expertise managériale. L'objectif à terme est de démontrer par des exemples concrets
que le développement durable est bon pour les affaires. En 2021, la moitié des
entreprises devrait être viable, un chiffre au-dessus de la moyenne des incubateurs plus
traditionnels. Parmi ces entreprises, nous citons celles qui font partie du secteur de
gestion des déchets ménagers : EcoServ pour la collecte et le recyclage des déchets
électroniques, Compost Baladi pour la mise en place d’un système de compostage des
déchets organiques et la vente de compost, Green Track une initiative de sensibilisation
au tri, de collecte et de recyclage des déchets ménagers et Fabric Aid pour la collecte,
la revente et le recyclage d’habits usés. Nous analyserons plus tard dans ce chapitre
chacune de ces start-ups qui ont vu le jour après la crise des déchets de 2015. La mission
de VIF est de démontrer que l'éco-durabilité et la rentabilité sont compatibles et de faire
émerger les entreprises vertes de demain. VIF vise à soutenir la croissance des
entreprises vertes et à augmenter la création d'emplois dans le pays. Les projets et les
entreprises sont évalués et sélectionnés en fonction de leur impact positif sur
l'environnement. Étant donné que 75% des start-ups sont à un stade très précoce, et afin
de les aider à développer leur business model et à être prêts pour attirer les investisseurs,
VIF organise des activités de coaching avec son partenaire « SwitchMed », pour que les
« entrepreneurs verts » transforment leur « idée verte » (vert ou verte désigne une idée,
projet ou initiative qui tourne autour du développement durable) en entreprise durable.
De même, VIF organise des événements d'accès au financement au cours desquels des
entrepreneurs verts se présentent à des investisseurs potentiels.

226
Sous le chapeau de VIF, je gère plusieurs projets financés par l’Union Européenne et
autres institutions internationales, dont le programme « SwitchMed » qui soutient et
connecte plusieurs institutions afin d’intensifier les innovations sociales et éco-
innovantes en Méditerranée. Cette initiative vise à réaliser une économie circulaire tout
en fournissant des outils et services directement au secteur privé et de faciliter l’échange
d’expertise et d’informations entre les différents partenaires ainsi que la formation de
plus de 120 entrepreneurs verts dans chacun des 7 pays méditerranéens concernes. Au
Liban, Fondation Diane est le partenaire principal. Un nouveau volet a été ajouté en
Juin 2021 concernant l’économie bleue ou « Blue Economy ».

Il serait important d’introduire le projet lié à l’éco-tourisme : Daskara (le mot Daskara
est un mot d’origine arabe qui veut dire village authentique). Daskara est le fruit d’une
collaboration opérationnelle et financière entre deux entités : « Nature Conservation
Center de l’AUB » (American University of Beirut) et Fondation Diane qui ont en
commun le but de mettre en valeur l’environnement libanais se basant sur un principe
de développement Eco-durable. Le « Nature Conservation Center de l’AUB »
(NCC/AUB) avait lancé « Baldati Bi’ati », un projet qui décernait un prix aux villages
qui présentaient des projets de développement environnementaux. Cette idée a attiré
l’attention de Fondation Diane qui a voulu développer cette plate-forme pour inclure
tous les villages libanais, sans exception, et mettre au grand jour leurs atouts tout en
ouvrant la possibilité pour les villageois de développer un projet viable, profitable,
environnemental et social. Fondation Diane a trouvé en NCC/AUB le partenaire idéal
pour financer et gérer cette application de développement éco-durable.

3. RayMondo, un incubateur d’industries « vertes » inauguré en Août 2019, a pour objectif


de soutenir des PME et start-ups, en particulier celles qui travaillent dans le secteur de
la gestion des déchets. Un espace de 3000 mètres carrés est prêt à accueillir jusqu’à 40
entreprises qui bénéficient d’un espace commun équipé ainsi que d’un soutien
opérationnel, logistique et financier. Des services de mentorat et de conseil sont offerts
en contrepartie d’un loyer. Tous les start-ups et PME peuvent également bénéficier d’un
financement du fonds Viridis. Parmi les premières start-ups qui ont bénéficié du
programme d’incubation offert par RayMondo, on trouve Fabric Aid, CubeX, Compost

227
Baladi, EcoServ et l’Atelier du Miel. Quatre de ces initiatives apportent des solutions au
problème des déchets ménagers. Nous rentrerons dans les détails de chacune plus tard,
mais nous voulons noter ici que ces initiatives n’auraient pas réussi sans le support de
plusieurs autres acteurs tels que les municipalités, les industries de recyclage, les
ménages ainsi que les volontaires et autres. Il faut noter que ces jeunes « entrepreneurs
verts » ont beaucoup d’obstacles devant eux avant d’envisager un modèle économique
soutenable et pérenne. Le Liban souffre d’un manque de liquidités et d’un
environnement politique et économique risqués qui peuvent rebuter nombre
d’investisseurs et d’entrepreneurs. C’est pour cela que Diana Fadel, la fondatrice de
Fondation Diane cherche à constituer une « communauté verte ». Lors de l’inauguration
de RayMondo, le Ministre de l’Environnement était présent et avait surnommé Diana la
« Green Lady » ou dame verte. D’autres ambassadeurs européens qui étaient aussi
présents ont montré leur intérêt à coopérer.

4. Civic Circle : le volet citoyen comprend des actions environnementales diverses ainsi
que des débats et un lobbying actif sur les questions environnementales. C’est une
plateforme active de Civic lobbying. Diana souhaite englober les différentes sphères du
problème écologique au Liban. La Fondation cherche à mobiliser l’opinion publique en
organisant des rencontres et des conférences afin de sensibiliser et faire participer les
Libanais à cette problématique environnementale. D’où le concept Citizen Café lancé
par Fondation Diane est une réunion citoyenne qui convie des experts à discuter autour
d’un sujet d’actualité et à exposer leurs connaissances, suivie d’un débat. Cette initiative
vise à inviter les Libanais à pratiquer et développer leur citoyenneté autour des sujets
228
relevant de la crise des déchets qui était à son pic en 2016. Au-delà de leur impact
négatif, les crises étaient considérées comme une opportunité car d’après Diana Fadel,
souffrir de certaines choses force à se mobiliser. Elle souhaite participer à l’éveil de la
conscience éco-citoyenne des Libanais. Chaque Citizen Café durait deux heures ; c’était
une rencontre entre des experts autour d’un débat sur un sujet d’actualité ; l’idée était
d’aboutir à des solutions pratiques. Ces débats étaient vus comme des portes d’entrée
pour faire changer le système. Pour Diana « les Libanais doivent comprendre que leurs
municipalités sont comme leurs maisons, ils doivent s’assurer qu’elle va dans un sens
positif pour eux ainsi que tous les citoyens » car il est plus facile d’agir en solidaire
qu’en solitaire.

Nous donnons l’exemple d’une séance de Citizen Café qui s’est déroulée dans un café
à Beyrouth, avec un débat intitulé « Crise des déchets, comment devenir un acteur
vert ». Il s’agissait d’une rencontre entre différents acteurs concernés en vue de
présenter le projet et de partager leurs expériences. Près de 60 personnes, venant
d’horizons différents mais partageant tous la même préoccupation, y ont participé.

Plusieurs autres actions prennent lieu sous cet onglet, entre autres des campagnes de
nettoyage des forêts, des plages ainsi que d’autres sites

En 2015, quatre associations de lutte pour une meilleure gestion des déchets, dont
Fondation Diane, ont collaboré pendant deux semaines pour promouvoir des actions
environnementales de jeunes au travers du programme « Process Méditerranée » lancé
par l’association Arc-En-Ciel. Il vise à développer de nouvelles initiatives innovantes et
respectueuses de l’environnement tout en créant des liens entre des jeunes d’une part et
divers acteurs du milieu de l’entrepreneuriat social d’autre part. Parmi ces initiatives qui
ont été lancées à travers ce programme, Green Track basée au Nord dans l’un des
quartiers les plus pauvres du pays. Cette initiative a instauré un système de triage et de

229
collecte a la source tout en collaborant avec des communautés qui vivent dans des zones
de conflits. Nous allons décrire les actions de Green Track plus tard dans ce chapitre
car c’est une initiative qui a été financée par Fondation Diane et qui est accompagnée à
ce jour par l’équipe de soutien dont je fais partie. La deuxième organisation est Live
Love Recycle qui a vu le jour suite à la crise et qui travaille dans la collecte des
recyclables directement chez les particuliers pour ensuite les livrer à des usines de
recyclage. Une troisième initiative Fabric Aid a vu le jour et s’occupe du problème des
déchets sous un angle différent. Elle a pour objectif de recycler les vêtements afin de les
revaloriser. Tout vêtement usé est collecté puis transformé en une nouvelle matière
première qui peut être réutilisée dans la confection de sofas ou matelas par exemple.
Nous allons décrire cette initiative plus tard dans ce chapitre car elle est soutenue par
Fondation Diane depuis 2015 et fait partie de notre terrain d’analyse. Enfin, la branche
environnementale de l’association Arc-En-Ciel était également principalement
mobilisée pour le traitement de la problématique du recyclage du verre dans le pays, car
la seule usine opérationnelle avait fermé ses portes après la guerre de 2006.

Durant le programme « Process Méditerranée », les jeunes qui y avaient participé ont
pu rencontrer les membres fondateurs des initiatives et ont pu participer aux différentes
actions menées. Ensuite, ils ont tous adressé les nouvelles problématiques concernant
les déchets.

7.2. Aperçu sur les initiatives de gestion des déchets ménagers


financées par Fondation Diane

Aujourd’hui, adopter un modèle économique entrepreneurial pour réduire les déchets dans le
pays apparait comme une solution viable car d’un côté l’entreprise va servir à diminuer les
déchets et, de l’autre, créer de l’emploi. Le statut peut être celui d’entreprise sociale même si
celle-ci n’est toujours pas légalisée au Liban. Il y a assez de déchets pour tous ceux qui veulent
s’y investir. L’urgence à trouver des solutions durables pour gérer les déchets constitue à la fois
une opportunité d’établir un plan d’affaires viable et d’améliorer les conditions de vie des
habitants. Pour certains, les déchets sont perçus comme une cause qui pourrait réunir plusieurs
acteurs et une entrée pour développer un système de gouvernance à toutes les échelles.
230
L’objectif est d’articuler savoirs scientifiques ou experts et terrain, de voir évoluer les modèles
d’apprentissage et d’observer les interactions à tous les niveaux. Les initiatives
entrepreneuriales dans le domaine de gestion des déchets reposent essentiellement sur la
sensibilisation à travers des campagnes de tri à la source. C’est donc un archipel de plusieurs
initiatives locales qui semblent émerger pour une meilleure gestion des déchets ménagers dans
le pays. Le gouvernement étant empêtré depuis longtemps par la corruption et le manque de
stratégie, c’est à la société civile de faire écouter ses revendications et d’agir sans attendre. Les
initiatives énergiques font preuve d’une prise de conscience du problème environnemental et
jouent un rôle essentiel dans la transition graduelle vers une meilleure gestion des déchets au
Liban.

Dans la partie suivante, nous présentons pour chacune des initiatives une fiche d’identité, puis
nous expliquons la dynamique entrepreneuriale et nous donnons les éléments essentiels qui vont
nourrir le modèle de la traduction.

7.2.1. L’initiative « Green Track »


Basée au Nord du Liban, dans l’un des territoires les plus pauvres du pays, cette initiative a
réussi à instaurer un système de tri et de collecte des déchets à la source avec la particularité de
faire participer plusieurs communautés, spécialement celles qui vivent en zone de conflits. Le
quartier de Jabal Mohsen était le premier au Liban à faire le tri à la source. Ceci s’est fait grâce
à des femmes volontaires. C’est la mère de Khoder, le fondateur de Green Track, qui a
commencé à convaincre les voisins du quartier de l’importance du tri. Aujourd’hui, elles sont
une trentaine à former les femmes d’autres villages au tri à la source. Cette entreprise sociale
entend démocratiser le tri et le recyclage dans une région pauvre.

231
7.2.1.1. Fiche d’identité

7.2.1.2. Dynamique entrepreneuriale


Khoder Eid avait 25 ans quand il a lancé Green Track en 2016. Son idée est née d’un projet sur
le tri des déchets suite à un cours qu’il avait suivi à l’Ecole Supérieure des Affaires à Beyrouth.
Lors de la grève des déchets en 2015, il a commencé à faire des visites chez les voisins du
quartier de Tebbané et Jabal Mohsen, des quartiers situés en banlieue de Tripoli, au nord du
Liban. C’est avec l’aide de sa maman et de quelques femmes, qu’il avait pu rencontrer les
habitants et, par la suite, les sensibiliser
« Le tri à la source nécessite un changement
à l’importance du tri à la source.
radical de culture. Ce n'est pas quelque chose que
Aujourd’hui 66 familles, issues de ces
nous pouvons faire du jour au lendemain. C'est un
quartiers populaires et très pauvres,
effort continu pour réussir avec des campagnes
sensibilisent leurs voisins et les poussent
ciblant et impliquant la communauté. "
à trier leurs déchets et à les déposer au
centre Green Track. La mission de Green Track est d’éduquer les citoyens libanais au tri par la
sensibilisation, la collecte et le re-tri des déchets, ainsi que la vente des produits recyclables
collectés aux industries de recyclage. Ces dernières les utilisent comme matière première pour
leur fonctionnement. Au tout début, la maman de Khoder et ses amies ont visité 5,000 maisons.
Khoder a tout d’abord loué un petit espace en pensant que peu de gens allaient opter pour le tri

232
à la source. Il a été surpris par le nombre de réponses positives. Soixante à quatre-vingts pour
cent de ces maisons ont commencé le tri. Le petit espace ne suffisait plus car les matières
recyclables ont commencé à s'accumuler. Khoder a alors décidé de louer un entrepôt et Green
Track commençait à évoluer depuis. L’équipe de sensibilisation constituée de femmes au
foyer donnait des séances de sensibilisation en porte-à-porte et apprenait aux ménages comment
trier. La startup avait imprimé une brochure qui montre aux gens comment séparer les déchets
recyclables de ceux organiques dans des sacs bleus et noirs. Green Track a assuré des bennes
qu’elle a stratégiquement placées sous chaque immeuble. Khoder pense que lorsque les gens
verront que les ordures sont collectées séparément tout en respectant le processus de tri, ils
feront confiance au système et continueront à faire du tri.

Green Track assure ensuite la collecte des recyclables, leur transport à l’entrepôt. Un deuxième
tri a lieu et un compactage se fait par type de déchets : plastique, métal, papier et carton, verre,
électronique et tissu. Ces matières sont vendues aux usines de recyclage. En ce qui concerne
les déchets organiques, ils sont utilisés pour le compostage. Selon Khoder, les gens n'ont pas
les bonnes ressources pour faire le tri de leurs déchets. C'est pourquoi Green Track assure ces
ressources comme les bennes et les services de sensibilisation et de collecte régulière.

L’initiative Green Track est très active sur les pages des réseaux sociaux en ligne. Elle diffuse
les informations sur les différentes activités et lance continuellement des campagnes sur
Facebook et Instagram. Ces réseaux servent à montrer comment la communauté Libanaise
profite du recyclage, que ce soit à travers la diminution des importations de matières premières
en plastique et en papier ou à travers la réduction de la quantité de dumping et d'incinération.
Green Track participe aussi à des expositions, des conférences et surtout à des webinaires
depuis la crise sanitaire et le confinement à cause de la pandémie en 2020 et 2021.

233
Source : Page Facebook de « Green Track » - collection de posts (consultée le 8 mars 2021)

Le rôle de Fondation Diane, outre le support financier, est l’accompagnement de cette initiative
afin de s’assaillir collectivement aux problèmes sociaux et environnementaux.

Des éléments essentiels ont contribué


« Tous les experts m'ont dit d'oublier l'idée, que le
au succès de Green Track. Cette
tri à la source ne couvrirait même pas les dépenses,
initiative compte essentiellement sur
que c'est un projet en échec qui ne me rapportera
le réseau de femmes et enfants qui
pas d'argent. J'ai ignoré tous leurs conseils. »
font des visites régulières à des
familles pour les sensibiliser au tri de leurs déchets. Ce réseau est aussi hétérogène car il
rassemble des humains et des non-humains, car tout tourne autour des déchets. Il s’agit donc
d’une traduction qui implique une transformation dans les habitudes et les perceptions malgré
toutes les controverses. Des discussions et des débats rendent le réseau intelligible, surtout qu’il
s’agit d’une ville qui regroupe des familles larges ayant des revenus faibles.

7.2.2. L’initiative « Fabric Aid »


Cette organisation s’occupe du problème des déchets sous un angle différent. Fabric Aid est
une entreprise sociale qui collecte, trie puis distribue des vêtements d’occasion. Cette initiative
fondée par Omar Itani, rassemble les vêtements d'occasion, les trie, les classe, les nettoie puis
les distribue dans des boutiques propres à l’entreprise dans les quartiers défavorisés. Ceci

234
permettra aux personnes défavorisées d'obtenir des vêtements décents à des prix abordables,
tout en jouant un rôle important dans l’économie circulaire à travers la réduction des déchets et
la réutilisation des ressources. Fabric Aid collecte des vêtements soit auprès d'ONG partenaires,
soit via leurs bacs de collecte de vêtements qui se trouvent dans plusieurs points de chute. Les
vêtements collectés sont triés dans plus d’une cinquantaine de catégories pour être par la suite
vendus dans l'un des propres magasins permanents de Fabric Aid situés dans des zones très
défavorisées et éloignées pour des prix allant de 500 LBP à 3,000 LBP par article.

7.2.2.1. Fiche d’identité

7.2.2.2. Dynamique entrepreneuriale


« Obtenez votre idée, testez-la et n’abandonnez pas !», déclare Omar Itani, co-fondateur de
Fabric Aid, âgé de vingt-six ans aujourd’hui. Son histoire a commencé en décembre 2016
lorsque sa mère a pris ses vieux vêtements et les a donnés au concierge de l’immeuble. Ce qui
a poussé Omar à lui demander s'il utiliserait les chemises malgré la différence de taille. La
réponse du portier était négative et lui signale que les habits qui ne lui vont pas partiront à la
poubelle. À la suite de cette conversation, Omar a commencé à s'enquérir des vêtements
indésirables autour de lui. Il a posté sur Facebook pour demander la contribution des gens. Il a
ensuite réussi à collecter 200 kg de vêtements. « J'avais 1,000 pièces ! Je me suis donc adressé
235
aux ONG locales, au service des réfugiés et des communautés vulnérables pour leur demander
comment procéder, et je me suis rendu compte que de nombreuses ONG n’avaient ni les
ressources ni les capacités pour gérer les opérations de collecte, de tri et de distribution
appropriés. « C'est pourquoi au Liban, moins de 10% des vêtements sont collectés. Pourtant,
2,5 millions de personnes n’ont pas les moyens de se payer des vêtements de première main »,
explique Omar.

Avec seulement 2,000 dollars, le jeune entrepreneur a commencé à collecter des vêtements
auprès d'ONG et à leur verser 0,5 dollar par kilogramme. Après avoir testé le terrain et mené
une étude, il s’est rendu compte qu’il y avait des centaines de tonnes de vêtements de haute
qualité jetés chaque année au Liban. Omar décide de bien développer sa plateforme dans le but
de donner la possibilité aux personnes dans le besoin d’avoir accès à des vêtements abordables
et de bonne qualité.

Au Liban, le marché de vente de


« En l’espace de deux mois et demi, nous avons
vêtements d’occasion n’existait
rassemblé 4 tonnes de vêtements usagés, vendu plus de
pas. Cette initiative sociale a pour
25 000 pièces à plus de 4 000 bénéficiaires défavorisés
but de recycler les vêtements afin
tout en donnant un pack de 10 000 $ à des ONG »
de les revaloriser. Tout vêtement
usé est collecté dans des bennes spécifiques pour être ensuite transformé en nouvelle matière
première qui pourrait être utilisée dans la confection de meubles en tissus (comme les matelas
et les housses des fauteuils par exemple). Tout vêtement étant toujours en bon état, va être
nettoyée et vendu dans des magasins de Fabric Aid à un prix allant de 20 cents à 2 dollars
maximum. Ceci donnera la possibilité aux familles démunies de pouvoir faire du shopping et
s’acheter des habits comme tout le monde.

De l’idée au produit

236
Aujourd'hui, Fabric Aid a développé une plateforme qui apporte une solution à un marché
inexistant mais en besoin, tout en soutenant les communautés vulnérables et en protégeant
indirectement l'environnement. L'entreprise collecte
« Je voulais développer un projet
des vêtements d'occasion de diverses sources pour être
qui combine impact social,
triés, nettoyés et vendus à des prix très abordables.
environnemental et économique »

Cette entreprise sociale s’adresse à des personnes


n’ayant pas les moyens d’acheter des vêtements neufs et leur permet d’acquérir des habits portés
mais presque neufs. Pour Omar, la production du textile est l’une des industries les plus
polluantes au monde. Face à ces enjeux, à la fois environnementaux et sociaux, cette initiative
consiste à rassembler les vêtements inutilisés à travers des associations et des bennes spéciales,
pour ensuite les trier, les nettoyer, et les revendre à un prix abordable dans des magasins et des
friperies.

Avec plus de dix bennes rien qu'à Beyrouth (collecte d'articles privés), deux boutiques
provisoires et 50 tonnes de vêtements traités en l’espace de moins d’un an, Fabric Aid s'est
lancé dans un nouveau projet vers fin 2018, dans le but de créer plus d’emplois et de réduire
l’impact négatif sur l’environnement. Le concept appelle à vendre des vêtements up-cyclés à
travers des expositions de mode. En fait, une partie des vêtements est recyclée par des étudiants
d'ESMOD (école de mode libanaise) et un atelier de couture dans la vallée de la Bekaa. « Les
étudiants d'ESMOD envoient le design à des femmes réfugiées, qui sont formées pour créer les
vêtements. Cela nous permet d’offrir des opportunités d'emploi aux femmes venant des
communautés vulnérables », explique Omar.

Le support financier de Fondation Diane a apporté la possibilité de démarrer ce concept


innovant au Liban. Au niveau opérationnel, le soutien de Fondation Diane leur a permis de
développer leur stratégie de croissance commerciale grâce à des sessions de mentorat et de
formation. En 2018, l’entreprise sociale arrivait à couvrir une grande partie de ses dépenses
grâce aux ventes. Leur activité est financièrement viable. Les ventes ont augmenté en 2019, et
Omar envisageait établir un réseau de franchisage social pour reproduire le même modèle en
Égypte et en Jordanie. En 2020, la situation économique et sanitaire dégénère dans le pays et
l’entreprise compte alors beaucoup sur les différentes campagnes diffusées sur leurs pages de
médias sociaux en ligne, les réseaux sociaux qui regroupent citoyens, ONG et autres, ainsi que
les différents concours auxquels l’organisation s’est présentée.

237
L’explosion du port de Beyrouth, le 4 Août 2020 a causé beaucoup de dégâts à la boutique
principale ainsi qu’aux bureaux, atelier et dépôt central de Fabric Aid. Omar ainsi que les
employés qui étaient présents ce jour-là qui ont été gravement blessés. L’entreprise a bénéficié
d’un financement international pour pouvoir adapter son modèle économique et satisfaire le
marché national, et surtout pour pouvoir réhabiliter ses entrepôts et magasins qui ont été presque
détruits suite à l’explosion.

7.2.3. L’initiative « Compost Baladi »


La crise des déchets de 2015 a poussé un groupe de jeunes professionnels à créer un blog ayant
pour objectif de sensibiliser les gens au compostage à domicile. Et depuis, ils ont ressenti le
besoin de trouver une solution et de viser un changement positif. En 2017, la Fondation Diane
a vu un grand potentiel dans ses co-fondateurs et le besoin urgent de traiter les déchets. Elle a
donc investi dans Compost Baladi SAL, une entreprise sociale libanaise spécialisée dans la
valorisation des déchets organiques en compost à plusieurs échelles. Elle offre des solutions
décentralisées, modulaires et sur mesure qui reposent principalement sur un processus contrôlé
et automatisé. L’innovation réside dans la conception de dispositifs de valorisation des déchets,
tels que le « Earth Drum » et le « Earth Cube », qui sont des systèmes fermés, aérés et équipés
d'un bio filtre, ce qui les rend résistants aux nuisibles et aux odeurs. Une dernière invention
« CubeX » lancée en 2020, a la capacité de traiter les eaux usées et les déchets organiques
solides simultanément tout en produisant du gaz de cuisine, de l'eau d'irrigation et des engrais
pour le sol.

238
7.2.3.1. Fiche d’identité

7.2.3.2. Dynamique entrepreneuriale


Partant du fait que plus de 50 % des déchets ménagers au Liban sont constitués de matières
organiques, le compostage est une méthode de traitement de ces matières qui consiste à
transformer les déchets organiques en engrais naturels pour enrichir le sol. L’initiative Compost
Baladi, active depuis 2016, est opérationnelle depuis 2017. Ses cofondateurs, Marc Aoun et
Antoine Abou Moussa, sont détenteurs de diplômes dans le domaine du développement durable
et de l’environnement, et leur partenaire est Fondation Diane. Le marché consiste de foyers,
municipalités, ONG et entreprises.

L’enthousiasme et l’amour de la nature encouragent les fondateurs de Compost Baladi à


continuer dans leur mission sociale. Antoine, un jeune ingénieur agricole et environnemental
passionné par la nature a lancé l’initiative avec Marc, qui était enthousiasmé de revenir dans
son pays après l’avoir quitté lorsqu’il avait 16 ans. Il avait fait des études de sciences
environnementales et développement durable. Tous les deux ont toujours été passionnés par la
terre et l’agriculture, ils ont travaillé sur le compostage dans leurs projets de fin d’étude, et ceci
leur a donné un bagage important pour se lancer dans leur projet d’entrepreneuriat et appliquer
ce qu’ils ont acquis comme connaissance dans ce domaine.

239
Lorsque Marc a rencontré Antoine, ils avaient tous les deux travaillé sur des projets de gestion
des déchets. En même temps, la crise de la gestion des déchets au Liban s'était intensifiée. Ils
ont vu une opportunité et un besoin majeur dans la gestion des bio-déchets dans le pays. De là,
ils ont décidé de lancer leur startup et ont reçu un investissement de la Fondation Diane pour
démarrer leur société. Le nom Compost Baladi a été proposé par un sociologue français qui
formait les gens sur le compostage. Les deux entrepreneurs libanais ont collaboré sur ce projet
avec lui et finalement, il leur a permis d’adopter le nom du blog.

Les services fournis par Compost Baladi comportent des formations et du savoir-faire qui
consiste à trouver des solutions adaptées à chaque cas. Par exemple, ils aident principalement
les municipalités à adopter des solutions durables, conformes à leurs moyens, aux déchets
organiques. L’équipe Compost Baladi fait l’étude et la conception sans nécessairement exécuter
les projets. L’objectif vise a à encourager les solutions décentralisées. L’entreprise fait face à
plusieurs problèmes : tant que le principe de pollueur-payeur n’est pas appliqué, les
municipalités ne peuvent pas soutenir les projets financièrement. L’entreprise a tout d’abord
installé un projet pilote au sein de l’AUB à Beyrouth. Les déchets organiques seront jetés dans
les boites Earth Cube qui sont équipées d’un petit moteur qui envoie de l’air pour permettre la
décomposition des déchets par des bactéries aérobies. Pas besoin de rajouter de l’eau ni de
mélanger.

Après plus de cinq ans du début de la crise des déchets qui a secoué le pays, le compostage des
déchets organiques pourrait faire partie d’une solution durable à ce problème qui ne cesse de
s’intensifier. L’objectif de cette initiative est de changer les habitudes et les perceptions des
citoyens tout en proposant des solutions relativement légères en termes de coût. Un réceptacle
de compostage de 200 litres coûte environ 220 dollars, un grand de 1 100 litres coûte 650
dollars.

Rien n’a été fondamentalement réglé depuis 2015, et une nouvelle crise des déchets a eu lieu
en 2020 puis en 2021, avec la saturation des deux décharges supplémentaires qui ont été mises
en place dans l’urgence sur le littoral de Beyrouth.

« À la fin de 2017, nous avons pu mettre en place notre première preuve de technologie en
utilisant la méthode de reliure statique aérée » en collaboration avec l’Université Saint Esprit
de Kaslik (USEK). C’était la première institution à adopter cette technologie dans le pays. En
2018, nous nous sommes associés à une entreprise américaine et avons amélioré le produit

240
fabriqué localement, car nous avons constaté que le marché local n'avait pas un espace commun
pour accueillir le composteur en bois que nous proposions.

Soutien et sensibilisation à la gestion des déchets : en parallèle, l'équipe a travaillé avec des
agences de développement pour accompagner les municipalités dans la mise en place de leurs
opérations de gestion des déchets et de compostage. Antoura, Manara et Aitanit sont les 3
premières municipalités à avoir été formées. Cette initiative visait à soutenir les communautés
défavorisées ou vulnérables dans différentes activités de développement durable liées à
l'agriculture et au compostage. Elles ont été formées au compostage à domicile et au
compostage au niveau organisationnel. Elle a également travaillé avec eux sur la gestion durable
des terrains agricoles. Elle vise à améliorer leurs moyens de subsistance en réduisant leurs coûts
et en améliorant leur contribution au développement éco-durable.

La diversité des offres de conseil et de produits a permis aux fondateurs de continuer à financer
leurs activités de démarrage. Ils ont également complété leur offre de produits en distribuant et
en vendant des machines à couper le bois pour aider les municipalités à mieux gérer les déchets
de la production agricole et ceux qu’ils récupèrent après l'entretien des espaces publiques verts
et jardins.

En 2019, la startup a remporté plusieurs concours dont celui de MIT Social Enterprise avec un
prix de 50 000 $, l'Expo Live de Dubai avec un prix de 100 000 $ et de nombreux autres prix.
Ils ont également été incubés dans les programmes Agrytech Accelerator et Impact Rise lancés
par Berytech, pour développer leur système de traitement des eaux usées Cubex et pour aider à
faire évoluer leur startup.

Après le mouvement populaire


« Notre principal défi est lié à la façon dont nous
d'octobre 2019 à Beyrouth et la
survivons dans cet environnement instable. Notre
crise économique qui l'a
capacité à pénétrer le marché aurait été beaucoup moins
accompagnée en 2020 et 2021, la
difficile si on opérait dans un pays développé »
startup a dû analyser de nouveau
ses plans d'expansion. Compost Baladi est en train de développer un service de collecte des
déchets organiques pour les épiceries et les centres commerciaux, qui seront transformés en
compost. L’entreprise se charge de produire du compost local dans un centre de traitement qui
est en cours de construction. Le compost sera localement produit et remplacera celui importé
dont le prix augmente continuellement, compte-tenu de la situation économique du pays.

241
L’entreprise continue à promouvoir les formations professionnelles et l'accompagnement dans
la gestion des déchets provenant du jardinage municipal. 30 000 personnes ont été formées au
compostage et au tri des déchets. En même temps, l’entreprise adapte le « Earth Cube » afin de
pouvoir le commercialiser mondialement, en se concentrant sur les pays développés tels que
l'Union Européenne et l'Amérique du Nord.

Il leur a fallu du temps pour adapter leur modèle commercial à ce qu’il fonctionne à une échelle
plus grande. Antoine souligne qu’en « parlant aux startups dans d’autres pays au niveau
régional, nous nous rendons compte qu’elles n’ont pas le même privilège que nous dans ce
domaine ». Il admet qu’on apprend beaucoup au niveau national « car les déchets qui s’entassent
un peu partout nous laissent interagir et innover. Les facteurs sont nombreux et les opportunités
sont à explorer. On a un rôle très important dans la sensibilisation des gens et des institutions
car sans leur engagement, le pays se noiera sous ses déchets. En même temps, beaucoup
d’opportunités s’ouvrent à partir des déchets surtout que la situation économique et financière
s’empire au Liban. L’innovation en matière de déchets reste très opportuniste. Mais d’un autre
côté, nous sommes confrontés au manque de réglementation, aux monopoles, au manque de
transparence, à la façon actuelle de faire les choses – et un manque de support aux entreprises
sociales qui apportent une proposition de valeur et des solutions durables. Malgré tout cela, si
le modèle commercial est créatif, vous allez pouvoir être présent là où les autres ne le pourraient
pas. Le modèle commercial de l’entreprise a été analysé récemment d’une façon plus
stratégique afin de pouvoir s’adapter à ces défis et continuer à opérer et à développer de plus
en plus l’entreprise ».

7.2.4. L’initiative « EcoServ »

EcoServ fait face à un problème totalement ignoré par les autorités libanaises, les déchets
électroniques, source d’une pollution dangereuse. Ecoserv a vu le jour en 2018, et se charge de
tout le processus de traitement des déchets électroniques, allant de la sensibilisation au tri, la
distribution de bennes, la collecte, le démantèlement, l’emballage, puis la livraison a des usines
de recyclage ou à l’exportation.

242
7.2.4.1. Fiche d’identité

7.2.4.2. Dynamique entrepreneuriale


Gaby Kassab, fondateur et président de cette association à but non lucratif, a passé sa carrière
à l’étranger dans de grandes entreprises qui vendent des produits électroniques. Il considère que
les ressources naturelles s’épuisent et la survie de l’humanité est en jeu. Pour cela nous devons
recycler et réutiliser les matériaux plutôt que de nous en débarrasser. Le chemin est plus ardu
qu’ailleurs faute d’un plan de gestion au niveau national permettant à tous de se sentir
concernés. D’après Gaby, chacun est appelé à amorcer sa transition écologique afin de réduire
l’empreinte écologique. Ceci rentre dans une réflexion d’économie et de développement
circulaire qui prend en considération le recyclage et « J’ai vécu de près le challenge de la
la transformation des matériaux. L’intention de gestion des déchets électroniques »
développer son ONG l’accompagnait depuis son
retour au Liban ; il voulait s’engager activement dans la gestion des déchets et contribuer
largement dans une situation critique dans le pays. Les déchets électroniques faisant partie de
ceux ménagers ne doivent pas finir en décharge. Chaque citoyen a le droit d’apprendre sur les
différents types de déchets et en même temps, il serait nécessaire de le sensibiliser et le former.
243
Selon un rapport de 2017 des Nations Unies, 44,7 millions de tonnes de déchets d'équipements
électriques et électroniques ont été générés en 2016, soit l’équivalent du poids de près de 4 500
tours Eiffel. Cela représente 6,1 kilos par habitant, par an. Cette année (2021), ce volume devrait
atteindre environ 52,2 millions de tonnes (6,8 kilogrammes par habitant). Seuls 20 % de ces
déchets seraient collectés et recyclés selon le rapport. Selon Gaby, comme pour tous les autres
types de déchets, la gestion des appareils électroniques usagés n’existe même pas dans ce pays
: ils finissent dans la nature, dans les décharges ou sont mal traités par des charognards non
qualifiés.

Ces derniers, pour récupérer métal et plastique, brûlent


« Les déchets électroniques sont
les appareils usagés ou les démantèlent n’importe
démantelés sans aucune mesure
comment. Au risque d’engendrer une pollution toxique,
de sécurité »
notamment par des métaux lourds et autres qui
contaminent les sols, l’eau et l’air.

Son expérience dans le monde électronique et sa passion pour l’environnement ont poussé cet
entrepreneur à lancer son initiative. La crise des déchets ménagers était aussi le point
déclencheur pour décider à initier des séances de sensibilisation.

7.3. Formation technique au sein de Fondation Diane

Depuis que j’ai rejoint le monde des déchets ménagers généralement et Fondation Diane
spécifiquement, je suis des formations techniques sur les déchets solides au Liban avec un
expert et chercheur en matière de déchets : M. Dominique Salameh. Dans la partie suivante je
vais résumer l’état actuel de la gestion des déchets et notre rôle dans la transition au niveau
national tout en mettant l’accent sur le financement international des projets qui portent sur la
gestion des déchets solides. Une rencontre a eu lieu le 9 mars 2021 avec Dominique pour
projeter le plan de travail pour la période à venir, tout en considérant le rôle de notre fondation
dans cette transition vers la soutenabilité.

L’objectif des réunions avec Dominique était de faire le point sur les opportunités actuelles en
termes de gestion des déchets solides au Liban, les financements qui se préparent en observant
244
les interventions internationales, les investisseurs, les mouvements des entrepreneurs, ainsi que
les limitations. Le deuxième point discuté était la pertinence du positionnement de la Fondation
Diane dans le soutien de l’entreprenariat ou la mise en œuvre de projets qui aboutissent à des
solutions tangibles dans la résolution de la problématique des déchets solides au Liban. Une
meilleure visibilité de la Fondation devrait cependant se confirmer, des stratégies de
communication ou d’approches d’entrepreneurs doivent être élaborées dans le futur proche.

Selon Dominique, les déchets solides, sont répartis en deux groupes, ceux considérés à risque
et ceux considérés réguliers (Loi 444/2003 ; Loi 80/2019). Plus spécifiquement, les déchets à
risque sont formés de plusieurs sous-groupes (décret 5606/2019 ; décret 13389/2004). Il
manque cependant dans la loi libanaise un décret en cours de finalisation qui concerne le
compost. La grande déficience dans la législation libanaise est le catalogue précis des déchets,
ce qui rend la mise en application des lois et décrets limités, ainsi que l’élaboration de standards
définitifs normalisés par les instances concernées (ministère de l’environnement et ministère
de l’industrie). Afin de contourner ce contexte, le ministère de l’environnement se fie aux
« Etudes d’Impact Environnementaux » ou « Environmental Impact Assessment » (EIA), et
dans tous les cas l’approche reste au cas par cas, ainsi que l’accord décerné par les instances
concernées.

En termes de soutien international, en tenant compte de la complexité du système libanais, la


difficulté de la pérennisation des actions de soutien à la gestion des déchets solides municipaux
se caractérise par le fait que les financements se dirigent vers le soutien de la gestion des déchets
spécialisées (à risque et réguliers). Avec les déchets spécialisés, il est entendu qu’il s’agit d’une
chaine de valeur claire depuis le producteur jusqu’à la gestion, où le déchet peut être trié à la
source de sa génération, aboutissant en fin de chaine à une valorisation économique confirmée,
en faisant participer la société civile et privée, afin de limiter le mélange des déchets dans la
benne municipale et leur arrivée en déchèteries qui sont en tout cas inexistants ou
limités actuellement. Ceci implique une interaction entre plusieurs entités dans la chaine qui
forment ensemble un réseau social de circulation des déchets. Ceci montre l’importance du tri,
de la collecte, du recyclage donc la transformation de déchet en ressource.

Aujourd’hui, Fondation Diane possède 5 expériences dans la gestion des déchets :


- Le compostage avec sa création de Compost Baladi ;

245
- Le recyclage des déchets d’emballage avec son soutien à GreenTrack, la mise en place du
système de tri et de collecte au sein de l’Université Saint Joseph ;
- La sensibilisation et collecte des piles et batteries depuis 2019 ;
- La sensibilisation et gestion des déchets électroniques avec son partenariat avec EcoServ et
un projet qui a été réfléchi avec l’Union Européenne à travers ICU (Institut pour la Coopération
Universitaire) et Arc-En-Ciel ;
- Le recyclage / « upcycling » des déchets de tissus grâce au soutien de Fabric Aid ;
- L’entrepôt des déchets pétroliers spécifiques à RayMondo.

En plus, une EIA a été déposée au ministère de l’environnement pour demander l’accord afin
que RayMondo soit une zone de stockage des piles, batteries et déchets
électroniques. Cependant, la chaine de valeur de la gestion des déchets comporte plusieurs
jalons et métiers, et la Fondation Diane voudrait aujourd’hui se repositionner, laisser des pistes
ou soutenir exclusivement d’autres.

Dans ce contexte, un accompagnement technique est apporté de la part d’experts et chercheurs


en matière de déchets pour l’équipe de Fondation Diane qui sera dirigée par Nancy (moi-
même), pour spécifiquement :
- Analyser le marché des déchets de piles/batteries, identifier des parties prenantes et les
possibilités de recouvrement financiers ;
- Analyser le marché des déchets de vêtements, identifier des parties prenantes et les possibilités
de recouvrement financiers ;
- Récapituler les standards d’aménagements acceptables en se basant sur les benchmarks
internationaux et les normes en vigueurs, convainquant les instances nationales, pour les deux
catégories ci-dessus afin d’utiliser avec efficience l’espace industriel et l’incubateur RayMondo.
- Soutenir un repositionnement stratégique pour le support des entrepreneurs dans le
compostage ciblé.

Pour cela, une discussion technique détaillée a eu lieu depuis mars 2021 avec des experts et
spécialistes en matière de déchets, pour préparer toutes les personnes à Fondation Diane à une
formation interne pour les aider à comprendre la logique stratégique dans les domaines de la
gestion des déchets (« policy making », stratégies, ingénieries de la chaine de valeurs, design
financiers et économiques, design techniques, Baseline, Master plan et moyen de contrôles).

246
En parallèle, nous sommes entrés en contact avec une initiative américaine pour soutenir la
gestion des déchets au Liban. Un consortium américain de plusieurs compagnies privées est en
train d’être mis en place avec un fonds du gouvernement américain. De même, UNDP avec des
partenaires sont en cours de structuration d’un fonds pour limiter le changement climatique, en
soutenant en amont et en aval les entreprises vertes.

7.4. Présentation d’initiatives de gestion de déchets faisant aussi


partie de notre analyse

Dans la partie suivante, nous allons décrire deux centres de gestion des déchets ménagers qui
se différencient des autres initiatives par le biais de partenariat public-privé. Nous considérons
qu’une multitude de cas observés sert à murir le modèle de la traduction que nous allons
analyser dans le chapitre suivant.

La conception des quatre initiatives de gestion que nous avons exposées plus haut ont été le
fruit d’une coopération entre plusieurs acteurs formant chacune un réseau d’actants et donnant
naissance à des organisations.

Les deux cas suivants portent sur une gouvernance locale des déchets. Il s’agit de partenariats
public-privés qui ont adopté des solutions innovantes pour la mise en œuvre d’une gestion des
déchets ménagers, et surtout d’une construction d’un territoire de coopération entre autorité
publique locale et gestion privée. Ceci permet de résoudre la question de politique urbaine et
de renforcer la légitimité des autorités locales à gouverner tout en favorisant l’émergence des
réseaux d’actants. La description de ces deux cas nous permettra d’enrichir le modèle de la
traduction que nous analyserons plus tard.

Il faudra signaler que les deux cas suivants ont été observés depuis le début de mon parcours
doctoral en 2017. Ils ont permis d’enrichir mon journal de bord et ma description de la situation
des déchets au Liban.

247
7.4.1. Le centre de collecte et de tri à Beit Meri

En Janvier 2021, cinq ans après la fondation du centre de traitement des déchets de Beit Meri,
une analyse détaillée a été préparée par l’ingénieur industriel Ziad Abi Chaker, le fondateur de
« Cedar Environmental » et diffusée sur sa page personnelle sur Facebook. Notons que « Cedar
Environmental » est l’entreprise qui a construit l’usine à Beit Meri et qui la gère depuis 2016.
Cette étude a été menée après 1575 jours de tri et compostage au centre de traitement des
déchets à Beit Mery. Toutes les photos et illustrations que nous exposons dans cette section ont
été fournies par Ziad Abi Chaker suite a un colloque en ligne en mars 2021. Elles ont été aussi
publiées sur la page Facebook de « Cedar Environmental ».

Les activités sont les suivantes :


- Le tri manuel et mécanique des déchets non compactés venant des maisons, restaurants et
hôtels.

- Le compostage à l’aide d’un tambour rotatif

- La réduction du volume ou compactage des déchets triés.

248
La municipalité joue un rôle primordial dans la sensibilisation au tri à la source. En décembre
2019, elle lance une campagne qui appelle les résidents de la ville à trier leurs déchets à la
source en les séparant dans deux sacs de couleur différente. Cette campagne a eu lieu car
seulement 30% de ses habitants triaient leurs déchets malgré les campagnes de sensibilisation
depuis 2016. La municipalité informe les habitants qu’elle ne récupère que les déchets mixtes
non triés.

Ci-dessous l’affiche distribuée par la municipalité en collaboration avec « Cedar


Environmental ».

249
L’usine de Beit Meri « BMRF » (Beit Meri Recycling Factory) est équipée d'une balance
électronique connectée à un système de base de données afin de pouvoir enregistrer
systématiquement tous les lots entrants et sortants de déchets et recyclables. A la fin de l’année
2020, le BMRF avait reçu 23 303 tonnes de déchets ménagers à traiter. Il est important de noter
que tous les déchets sont transportés dans des camions fermés non-compacteurs.

Une étude a été menée début 2020 pour une période de deux mois. Elle a montré que 78% de
l'ensemble des déchets collectés à Beit Mery est compostables. Sur les 8 179 tonnes de compost
produites, 2115 tonnes ont été expédiées.

250
Un inconvénient majeur auquel l’usine a été confrontée est le manque d'espace couvert
suffisant. L'installation a été construite sur une ancienne décharge avec des sols
exceptionnellement mous inadaptés à la construction de zones de maturation correctement
couvertes.

L'obtention d'un compost de super qualité implique de nombreuses bonnes pratiques de gestion
à commencer par la manière dont les déchets organiques sont collectés, c’est-à-dire sans utiliser
des camions de compactage pour éviter la contamination des déchets organiques qui sont
mélangés avec d’autres matières. Les figures ci-dessous montrent les quantités totales de papier
et carton recyclées.

Actuellement, tout le verre transparent est envoyé aux usines de verre de Beddawi au nord de
Tripoli.

251
En ce qui concerne le verre coloré, Ziad a lancé l’initiative GGRIL pour le recyclage du verre
vert ayant comme objectif de sauver les emplois des derniers souffleurs de verre du pays qui se
trouvent au Sud. Tout le verre coloré excédentaire non utilisé par les souffleurs de verre est
transformé en sable pour utilisation dans des applications de béton léger.

Les boîtes métalliques en étain sont triées et envoyées aux casses locales. Les canettes en
aluminium sont mises en balles et envoyées aux parcs à ferraille pour une exportation ultime.

Le plus grand défi dans toute opération de recyclage de déchets ménagers est l'efficacité avec
laquelle on traite les plastiques. La plupart des installations de tri / recyclage dans le monde
envoient les sacs en plastique / la partie du film (principalement du polyéthylène basse densité
- LDPE) à la décharge car il est techniquement impossible de le recycler. Chez BMRF, cette
catégorie de déchets serait la plus grande partie des plastiques entrants dans le flux de déchets
en termes de poids.

252
Des opérations de recyclage existent pour cette matière au centre BMRF : La production de
panneaux baptisés « Ecoboards », une technologie développée localement par Cedar
Environmental ; ainsi que la production de poutres en plastique sous le nom d’« Ecobeams »,
une technologie d'extrusion construite localement à partir de déchets LDPE.

Récemment, 3 nouvelles usines ont commencé à accepter le LDPE en balles et leur production
consiste à transformer le LDPE en granulés. Ces derniers sont utilisés pour la production de
sacs en plastique épais ou de caisses à légumes.

Au total, environ 626 tonnes de plastiques LDPE ont été recyclées au centre de tri BMRF. Cela
équivaut à environ 96 millions de sacs en plastique de supermarché.

Une autre catégorie de plastique est connue sous l’appellation « PET » : il s'agit principalement
de bouteilles d'eau et de cola. Actuellement, les technologies utilisées pour recycler ces types
sont principalement le découpage, le lavage / désinfection, le séchage et l'exportation. Une
partie du PET déchiqueté est utilisée localement pour fabriquer des sacs PET pour les
emballages de livraison de nourriture.

253
Environ 432 Tonnes de bouteilles en plastique PET ont été renvoyées dans le flux de recyclage
local.

La dernière partie du flux de plastique est du polyéthylène haute densité (PEHD). Il est
entièrement recyclé localement en granulés, caisses de légumes et pots de fleurs. Les sources
de plastique PEHD sont des biens de consommation tels que des bouteilles de shampoing et de
détergent et des caisses de légumes provenant d'épiceries.

Au total, s'agissant des plastiques, le BMRF a été en mesure de recycler 1,2 million de
kilogrammes de plastiques en seulement 1575 jours de fonctionnement.

La répartition des poids sur 4 ans montre les poids entrants les plus faibles et les plus élevés
pour le même mois sur une période de 4 ans

254
Il existe 3 types de déchets qui laissent les gens poser des questions sur leur destin quand on
parle de zéro déchet. Selon Cedar Environmental, on peut distinguer :

- Les couches pour bébé : l’usine utilise un tambour rotatif pour le compostage dans
lequel elle dispose les couches pour bébé. L'effet de la rotation et de la chaleur générée
à l'intérieur du tambour va laisser les fibres de la couche se détacher de la couche du
support en plastique. Les fibres et les résidus qu'elles contiennent sont compostés avec
la matière organique dans le tambour tandis que le support en plastique est récupéré
d’une façon mécanique.

- Les chaussures : la plupart des chaussures sont en plastique. Elles sont déchiquetées et
ajoutées au mélange de plastique et utilisées dans la fabrication de panneaux
écologiques « Ecoboards : et de poutres écologiques « EcoBeams ».

- Les lampes à faible énergie : Celles-ci se trouvent rarement dans les déchets au cours
des deux dernières années. Le processus de traitement de ces lampes consiste en premier
lieu à les déchiqueter tout en aspirant la vapeur de mercure lors de la rupture de la lampe
à l’aide d’un filtre spécial. La partie en verre de l'ampoule est envoyée au recyclage et
celle métallique aux parcs à ferraille.

255
7.4.1.1. Dynamique entrepreneuriale
Cette initiative tourne autour d’un ingénieur industriel passionné d’environnement, Ziad Abi
Chaker. Il voyait plein d’opportunités d’entrepreneuriat à partir du problème des déchets dans
le pays. Il tient à faire de son Liban un pays « Zero Waste » à l'heure où la crise des déchets
constitue une menace pour tous. Il a construit à Beit Meri la première usine de tri qui recycle
100% de ses déchets. L’usine emploie 22 personnes qui font le tri, le recyclage et la conception
de nouveaux produits à partir des déchets. Ziad est le fondateur de l’entreprise Cedar
Environmental qui a obtenu quatre brevets d’invention. C’est un ingénieur passionné par la
recherche et a également remporté le premier brevet pour le compostage accéléré quand il était
toujours étudiant aux Etats Unis.

Son plus grand défi est de changer les perceptions et les habitudes des gens dans leur façon de
traiter leurs poubelles. Il ne voit pas que c’est une mission impossible car devant le scepticisme
de plusieurs pendant la période de crise aigüe, il prouve que le Liban est capable de faire revivre
les matières et de réutiliser les dix composantes des déchets. Ziad a fait revivre les souffleurs
de verre au Liban et a lancé une initiative GGRIL qui conçoit des modèles de verre recyclé et
crée une collection originale d’objets en verre soufflé pour les vendre à bas prix au profit des
artisans. Cette initiative a développé une plateforme en ligne ce qui lui a permis de vendre ses
produits à l’international.

7.4.2. « Bi Clean »

Bi Clean tient son nom de la ville de Bikfaya qui est située au Metn dans le gouvernorat du
Mont-Liban. Bikfaya compte vingt mille habitants avec une population estivale plus
importante. L'initiative a commencé par une campagne de sensibilisation au tri à la source qui
256
appelait à remplacer les poubelles ordinaires par trois bacs séparés. Des jeunes militants locaux
ayant l’appui de la municipalité lancent Bi Clean, une initiative basée sur le tri, le recyclage et
le compostage des déchets ménagers. Elle a été reprise en main par la municipalité, présidée
par le parti Kataeb (Phalanges), qui est actuellement un parti politique opposant au
gouvernement.

Nicole Gemayel, maire de Bikfaya, est la sœur du chef du


« Bi Clean était une réponse
parti. Elle voulait prouver que la municipalité est en
directe à la crise des déchets »
capacité de prendre en charge la gestion des déchets et que
cette crise pourrait prendre fin si le gouvernement optait pour une gestion décentralisée.

7.4.2.1. Dynamique entrepreneuriale


Lors de la crise en 2015, Nicole Gemayel, maire de Bikfaya-Mhaiydseh, était déterminée à
trouver une solution durable et pragmatique. Elle était consciente que le défi principal était le
changement de comportement et de perceptions vis-à-vis du déchet. Et ceci exige beaucoup de
patience et de suivi. La réussite Bi Clean repose sur la mobilisation d’un réseau local
d’associations communautaires comme les scouts et les écoles. Cette mobilisation compte aussi
sur des mesures punitives par la municipalité, un
« L'étape la plus difficile a été la
support technique par des ONG, un engagement
communication ; on devait convaincre
de la part des habitants et une assistance des
les gens de changer de comportement, »
organisations internationales.
Bi Clean était une réponse directe à la crise des déchets. Le tri à la source était la solution au
problème, car il réduit les déchets de 80%. Les ménages étaient appelés à diviser leurs déchets
dans trois sacs différents : sacs noirs pour matière organique, sacs blancs pour les déchets
solides et sacs bleus pour les recyclables. Les déchets seront triés de nouveau lorsqu’ils arrivent
au centre Bi Clean qui a été construit en partenariat
« La crise a aidé. Lorsque vous
avec l’ONG « Arc en Ciel ». Les déchets sont
vivez dans la poubelle, le tri devient
collectés trois fois par semaine directement de chez les
une solution, ensuite une habitude »
ménages.

257
Les sacs qui ne sont pas bien triés seront marqués par une étiquette rouge et seront remis devant
la porte. Les recyclables sont compactés puis envoyés aux usines de recyclage. Les matières
organiques sont transformées en compost. 20% du total des déchets partent en décharge. Nicole
« Lorsque nous avons demandé aux gens de commencer à trier, la réponse était positive
même s’ils ne savaient pas vraiment comment cela fonctionnait. Nous distribuons des
brochures, organisons des conférences. Il est très important de répéter les messages. »
souligne qu’il est important d’avoir de la patience, de la volonté et de la persévérance. Elle a
passé sept mois à fouiller dans les sacs poubelles et à apprendre des déchets afin de pouvoir
convaincre les habitants à trier. « Un nombre croissant de particuliers venant d'autres villages
nous livrent leurs déchets recyclables toutes les semaines. Bi Clean va bientôt introduire des
sacs en papier et des bennes pour le transport spécial pour remplacer les sacs en plastique ».

Point Chapitre :

La grille d’analyse adoptée sera celle du modèle de l’intéressement qui constitue une grille de
compréhension. La traduction est considérée par Callon et Latour comme un mécanisme social
à travers lequel un monde social prend progressivement forme et se stabilise. L’analyse de
chacune des situations illustrées dans ce chapitre sera faite au travers du mécanisme de la
traduction qui comprend quatre étapes. Dans ce chapitre, nous avons tout d’abord parlé de notre
expérience professionnelle en support à des initiatives de gestion de déchets dans le cadre
d’observation participante. Ensuite nous avons présenté une carte d’identité pour chacune des
situations et avons relaté la dynamique entrepreneuriale tout en intégrant quelques verbatims.
Ceci m’aide dans l’analyse de ces situations qui fera l’objet du chapitre suivant. Une
retranscription des réunions, webinaires, documentaires, entretiens et articles… bref, tout ce
qui constitue mon journal de bord, sera la matière d’analyse pour chacune des catégories
d’intéressement. Le matériau est donc hétérogène car il regroupe plusieurs types de documents,
de rapports, d’articles de presse, de mémos et de tout ce qui a été observé depuis le début de
mon parcours doctoral en 2017. Il est important de noter qu’il fallait aussi réfléchir à la diversité
optimale des ressources à mobiliser. Ceci nous prépare à l’analyse et aide à la faciliter.

258
8. Chapitre 8 : La mise en œuvre du modèle de la
traduction

Dans ce chapitre nous ferons le bilan de notre recherche à partir des différentes analyses portées
par des études de cas multiples ainsi que des situations de gestion que nous avons décrites dans
le chapitre précédent. Il est désormais possible d’articuler les différentes catégories susceptibles
de répondre aux questions de recherche. Nous allons analyser les résultats par rapport aux
champs conceptuels que nous avons justifiés dans la première partie de notre thèse.

Partant d’un problème qui touche la majorité des individus, les actants hétérogènes acceptent
de coopérer et de discuter autour du projet commun, ce qui amène à la constitution d’un réseau.
La sociologie de l’acteur-réseau ou l’ANT considère qu’un réseau social se concrétise grâce à
des relations entre humains et non humains qui interagissent dans leurs environnements
technique, matériel et organisationnel pour constituer un acteur-réseau (Callon, 1989).

Rappelons l’objectif principal de notre recherche qui vise à comprendre les modalités de gestion
des déchets qui se sont mises en place, avec l’intervention d’une pluralité d’acteurs constitutifs
d’un réseau social, acteurs qui, auparavant, n’étaient pas concernés.

Nous optons pour le répertoire de la traduction car cette recherche s’est développée sur
l’observation des situations dans lesquelles plusieurs actants interagissent autour des déchets :
qui traduit quoi, à qui et comment ? Rappelons que nous sommes à la fois traductrice et actrice
de notre recherche, donc nous interprétons et traduisons à la fois. Les verbatims et notes qui
seront tirés du journal de bord sont ceux de la traductrice mais qui sont inscrits dans un champ
qui est l’interprétation au prisme du modèle de la traduction.
Pour cela nous allons encadrer en vert tous les verbatims en tant que traductrice et en bleu les
verbatims des autres traducteurs.

Ceci nous permet de voir si le déchet, actant non humain, fait organisation, et de discerner si
cette dernière est apprenante. En effet, nos apports semblent essentiels à une compréhension

259
des nouvelles initiatives émergentes et hétérogènes tant pour les chercheurs que pour les
praticiens.
- Pour les chercheurs, les apports de cette recherche visent la création du savoir à travers
les réseaux sociaux avec l’importance d’intégrer les actants humains et non humains
dans une logique sociale et entrepreneuriale.
- Pour les praticiens, les apports révèlent l’importance des interactions inter-acteurs lors
d’une situation de crise afin de pouvoir apprendre et innover

L’articulation de ce chapitre est focalisée sur une synthèse qui répond à notre problématique, à
savoir : quel est l’apprentissage qui émerge du réseau social de recyclage des déchets ménagers
issu de cette crise des déchets ?

Nous allons croiser les modèles théoriques mobilisés dans notre revue de la littérature à la
lumière de chacune des situations que nous avons étudiées et ceci à travers une analyse du
matériau. Le concept d’économie circulaire sera mis en évidence à travers la création de valeur
ou la valorisation des produits qui étaient toujours considérés comme morts ou inutiles. Nous
allons intégrer l’aspect social avec celui technologique à travers le modèle de traduction pour
voir si la collaboration entre plusieurs entités dans un réseau social de recyclage des déchets a
donné lieu à un apprentissage organisationnel. Les perceptions et représentations des individus
vis-vis du déchet, qu’ils soient des habitants, des éboueurs, des usines, des activistes ou des
autorités publiques donneront-t-elles lieu à des organisations apprenantes sur le long terme ?

Dans cette perspective, des observations construites sur des études de cas multiples et un vécu
issu de notre expérience professionnelle ont été mobilisés dans les chapitres 6 et 7. Ils s’appuient
sur des interactions d’actants humains et non humains pour une gestion des déchets au Liban
depuis 2015. Outre le fait que l’ANT opère comme théorie, méthodologie et méthode, la
conclusion sera fondée par rapport à l’apprentissage organisationnel pour répondre aux sous-
questions de recherche.

La démonstration est construite au regard des phases du « modèle de l’intéressement », pour


voir si le déchet « fait organisation » à partir du déclenchement de la crise des déchets. Le
matériau recueilli sera mis en perspective à partir de grilles d’analyses en cohérence avec les
étapes de traduction. Ces étapes constituent les différentes catégories et servent de contexte

260
d’interprétation à la recherche-action par la mise en exergue de la dynamique de constitution et
d’évolution du réseau d’actants.

La sociologie de l’acteur-réseau ou l’ANT considère qu’un réseau social se concrétise grâce à


des relations entre humains et non humains qui interagissent dans leurs environnements
technique, matériel et organisationnel pour constituer un acteur-réseau (Callon, 1989). Partant
d’un problème qui touche la majorité des individus, les actants hétérogènes acceptent de
coopérer et de discuter autour du projet commun, ce qui amène à un réseau constitutif d’une
organisation apprenante.

261
262
8.1. Interprétation et analyse des données

Afin de mener à bien les analyses morphologique et dynamique du réseau de tri, de collecte et
de recyclage des déchets au Liban, et face à la quantité importante de données, nous allons les
interpréter au travers des catégories du modèle de traduction et non pas par l’interprétation au
cas par cas. Notons qu’il ne s’agit pas d’une étude de cas multiples mais d’une analyse de
situations en suivant les différentes étapes de l’ANT. L’ensemble des données comporte le
journal de bord, des documents, des articles de presse, des réunions et des entretiens. Pour
assurer la pertinence de notre codage, plusieurs données ont été utilisées tout au long de la
rédaction de cette recherche d’une façon itérative et à différents intervalles durant la recherche.
Le codage du modèle de la traduction est cohérent par rapport à la question de recherche alors
que le cadre du codage de la théorie enracine comme nous l’avons examiné durant la formation
N-Vivo (en avril 2021), même s’il s’agit d’un codage émergent, ne correspondait pas à la
question de recherche.

Dans le chapitre sept, nous avons présenté chacune des situations de gestion. La démonstration
a été construite au regard des phases du « modèle de l’intéressement » pour comprendre
comment le déchet « fait organisation » à partir du déclenchement de la crise des déchets. Dans
ce chapitre, nous allons décrire le matériau recueilli qui est constitué de documents, de notes de
terrain, d’un journal de bord et des transcriptions d’entretiens qui, par la suite, seront mis en
perspective à partir de grilles d’analyses. Ceci constitue le processus de la recherche-action que
nous menons compte-tenu des éléments d’articulation du réseau d’actants qui se construit et se
développe. Rappelons que le « modèle de l’intéressement » repose sur trois notions principales :
le réseau rassemblant des humains et des non-humains qui agissent comme intermédiaires ou
comme médiateurs ; la traduction reliant les actants et rendant le réseau intelligible ; la
controverse précédant l’émergence d’une innovation, et ainsi de suite. Pour cela nous allons
analyser des controverses que suscitent les actants non-humains et qui induisent des points de
vue différents. Ensuite nous allons analyser les situations tout en suivant les actions des actants
et en notant les transformations suscitées par les controverses et leur résolution. L’analyse de
situations repose sur des éléments de discours.

263
8.1.1. Analyse des controverses
Dans notre recherche, il s’agit d’une histoire qui évolue depuis 2015 et qui donne forme à un
réseau. Ceci prend lieu au travers d’observations et de suivi d’interactions intenses, qui sont
appelées controverses. La traduction passe généralement par l’analyse des controverses qui
permet de discerner comment les actants traduisent leurs positions dans les discussions établies
autour des actions pour ensuite conduire le réseau à se stabiliser.

Une controverse peut être représentée par toute idée ou toute interaction discursive ou pratique
qui agit sur la nature des relations entre les actants humains et ceux non-humains, et qui remet
en cause l’identité de tous ceux qui sont dans ou hors du réseau. Ceci implique des débats afin
de définir la relation entre les actants. Selon Latour, trois éléments permettent de signaler une
controverse : le premier est sollicité dans le réseau et constitue l’objet de discussions. Le second
présume qu’il s’agit de négociation même s’il n’y a pas eu de compromis de la part des actants.
Le troisième critère relève des traces qu’une controverse laisse dans le réseau afin de permettre
au chercheur de la suivre et de la décrire. Il suffit que le chercheur observe les controverses afin
de pouvoir interpréter ce qu’il voit. L’analyse sera dynamique car elle comporte à la fois le
contenu des controverses et leur progression dans le temps (Latour, 2005).

Tout au long de notre recherche et à travers toutes les observations et notre expérience nous
avons identifié plusieurs controverses. Pour chacune nous avons relevé les actants ainsi que les
intermédiaires. Ceci nous a permis de décrire l’effet de chaque controverse sur le réseau.

En juillet 2015, le déchet devient un sujet qui préoccupait plus de 60% de la population
Libanaise. On le sentait, le touchait, le voyait et on l’entendait s’entasser et brûler partout.
Grands et petits, riches et pauvres, hommes et femmes, tous les gens s’inquiètent de plus en
plus et commencent à interagir en se révoltant. Une première controverse émerge et prend la
forme de révolte de la part des citoyens contre le gouvernement. Elle porte sur la remise en
cause du statu quo entre les différentes entités suite à la surexploitation de la décharge
principale du pays, celle de Naameh, qui est opérationnelle depuis 1997. Les habitants de la
ville n’en pouvaient plus des odeurs qui échappaient du site. Ils se préparaient pour un sit-in
afin d’empêcher les camions de la seule société privée nommée par l’Etat qui gère la décharge
de rentrer.

264
« Le ministre de l’Environnement a créé la surprise hier en se déchargeant du dossier sur les
municipalités : il leur a demandé d’assurer elles-mêmes, dès aujourd’hui, des sites de
décharges pour les déchets qui s’accumulent » (article OLJ, le 17 juillet 2015).

Cet appel a suscité un sentiment de rage chez les gens contre le gouvernement. Les
manifestations ont lieu tous les jours et les contestations gagnent en intensité. Plusieurs
municipalités refusaient toute tentative d’enfouir des déchets issus d’autres villes.

« Face à la paralysie du gouvernement, certains Libanais ont laissé éclater leur colère dans la
rue, en manifestant à plusieurs reprises. D’autres ont préféré brûler leurs ordures, croyant s’en
débarrasser. Mais nombreux sont ceux qui, fatalistes, se résignent en espérant un dénouement
auquel ils ne croient plus vraiment » (paroles de citoyens, en vidéo, OLJ, le 29 juillet 2015).

Plusieurs activistes se révoltent comme Fifi Kallab qui est aussi experte en sociologie et qui
estime que le Liban est dans l’impasse à partir de ce moment. Le gouvernement n’avait pas
prévenu les municipalités suffisamment tôt pour se préparer. Le ministre parlait même
d’exporter les déchets. Les refus des décharges chaotiques se multiplient et le gouvernement se
trouve pour la première fois face à une épreuve de force imposée par les citoyens.

« On voyait la crise venir, mais on savait que si le problème ne touchait pas la majorité de la
population, le déchet sera toujours perçu comme une poubelle sale dont il faut se débarrasser
et que le gouvernement n’a qu’à s’occuper de son sort » (Paul Abi Rached, président du
Mouvement Ecologique au Liban, juillet 2015).

Le dossier des déchets ménagers ressemble à la caverne d’Ali Baba qui contient un trésor mais
que personne ne semblait en connaitre la valeur ou en était capable de la saisir car le
gouvernement avait mis la main dessus depuis longtemps, sans même avoir un plan pour l’en
extraire. Le risque de rues inondées de déchets est désormais d’actualité.

Des écologistes expliquent les raisons de leur refus total de l’incinération comme plan alternatif
à l’enfouissement et dénoncent au manque de contrôle des politiques officielles dans ces projets.

« Aucun plan proposé n’a réellement été fondé sur des efforts de réduction des déchets et de
recyclage. Je suis surprise de voir que l’option d’incinération des déchets refait surface…ce
procédé produit des résidus hautement toxiques et ne laisse aucune place au tri » (Fifi Kallab,
Juillet 2015).

265
Naji Kodeih, expert environnemental et écologiste, a souligné lors d’une conférence, que la
récupération d’énergie dépend de la valeur énergétique du déchet lui-même et que la
composition des déchets au Liban est majoritairement organique, ce qui rendrait l’incinération
injustifiable.

D’un autre côté, un directeur au ministère de l’Environnement signale que la réduction des
déchets à travers le tri à la source et le recyclage est difficilement applicable au Liban et il
souligne qu’il existe « plus de 700 décharges sauvages sur tout le territoire libanais où les
déchets sont brulés à l’air libre tous les jours ce qui signifie une pollution sans aucune limite ».

8.1.1.1. Les éléments de la première controverse

- En quoi consiste-t-elle ?
La surexploitation de la décharge principale du pays et l’appel à sa fermeture de la part des
citoyens pousse une pluralité d’acteurs à interagir en se révoltant contre le gouvernement.
Ce dernier n’a pas de plan de gestion et avait nommé une société privée pour se charger de
la gestion des déchets depuis 1997.

- Qui sont les actants de la controverse ?


• Les activistes et écologistes reprochent au gouvernement l’absence de visibilité sur
le futur des déchets au Liban.
• Le gouvernement veut opter soit pour l’incinération soit pour des décharges en
dehors de Beyrouth.
• Les citoyens refusent de recevoir les déchets en provenance d’autres villes.
• Le déchet est brulé à ciel ouvert et inonde les rues.

- Quels sont les intermédiaires ?


Les déchets, actants non-humains sont au centre des débats. L’intéressement commence
par une traduction des positions de chaque groupe d’actants et des débats ont lieu entre
gouvernement et plusieurs autres entités qui n’étaient pas impliquées dans la gestion des
déchets.

266
Un mois après le début de la grève des déchets, aucune décision n’est prise et le pays se noie
sous ses déchets. Il est donc droit de contester et de réclamer le départ du gouvernement et il
est surtout temps que chacun de nous commence à agir et à multiplier les initiatives pour mieux
gérer nos déchets et diminuer le plus possible leurs quantités.

Une campagne « Vous Puez » dirigée par des activistes écologistes appelait des manifestants à
lever la voix et à bloquer les routes menant vers la capitale. Ils accusaient le gouvernement
d’avoir tenté de donner une connotation communautaire au mouvement et d’avoir tiré sur les
manifestants. Une conférence de presse a eu lieu suite à l’annonce du gouvernement des
résultats des appels d’offres pour une gestion des déchets décentralisée dans six régions du
Liban.
Ils ont attesté que « le fait que le Conseil des ministres ait mis la main sur l’argent du fonds
municipal indépendant, ceci transforme tout appel d’offre en une opération de vol de l’argent
public ».
Les manifestants appelaient à annuler les appels d’offre et à remettre la gestion des déchets aux
municipalités.
« Le Liban a accompli une révolution entière autour de l’astre noir du principe oublié, de
l’antimatière qu’est l’immondice » (OLJ, le 17 octobre 2015).
Les protestations ont contribué à la réalisation d’un transfert : profiter de la crise actuelle pour
changer la réalité des choses et croire que les déchets ont été oubliés, et penser que personne
n’aurait prévu que les déchets seraient l’outil d’une vraie révolution et d’un apprentissage qui
surgit et qui fait interagir toute une population.
« Quand nous avons vu nos déchets ceci nous est venu comme une révélation. Ils nous ont
rappelé nos propres images : celles de déchets en devenir et d’une multitude de vies
égarées…nous avons décidé de faire notre révolution…vous puez, nous leur avons crié…rien
ne reviendrait comme avant car les déchets constituent les images en négatif de tout le système
politique » (Adib Tohme, journaliste, le 5 septembre 2015).

Les déchets reflètent nos histoires, ce que l’on jette, ce qu’on préfère, la façon dont on vit et
comment on se sent avec un mélange de mépris et de corruption. Le déchet en lui-même n’est
pas « méchant ». Il le devient quand il est mélangé à d’autres matières et quand il envahit les
rues et envahit notre quotidien en dégageant des odeurs jusqu’à envahir nos sens et nos esprits.

267
La colère des citoyens contre le gouvernement augmentait de plus en plus. Alors que les
autorités publiques ne parviennent pas à proposer une solution durable ou au moins temporaire
à la crise des déchets, des groupes d’individus se mobilisent pour réduire les quantités des
déchets qui s’amoncellent dans les ruelles de la capitale.

Pendant cette période, plusieurs essayaient de trouver une solution au problème imminent.
Chacun réfléchissait dans son domaine à comment diminuer la gravité de la situation.

Je travaillais toujours dans l’entreprise familiale qui produit des sacs poubelles oxo-
biodégradables. Je faisais partie de l’équipe de recherche et développement. Les sacs poubelle
au Liban avaient un code de couleur propre à chaque dimension. Les sacs de 30 litres étaient
noirs, ceux de 50 litres bleus, etc. Lors de la crise des déchets, plusieurs municipalités appelaient
les citoyens à faire le tri et demandaient de les identifier dans des sacs de couleur différente.
Ceci posait un problème car les sacs de capacité de 50 litres étaient bien plus chers que ceux de
30 litres.
« Nous avons conçu en un temps record des paquets de deux rouleaux d’une même dimension
et de deux couleurs différentes. Nous avons écrit le slogan suivant « sorting at home, pack of
2 » (tri à la source, paquet de 2) sur l’emballage ».

Des municipalités appliquent de plus en plus la collecte sélective. Elles demandent aux
habitants de mettre leurs déchets recyclables devant leurs maisons deux jours par semaine dans
des sacs bleus et ceux non-recyclables trois fois par semaine dans des sacs noirs.

Quelques mois après le déclenchement de la crise, des Beyrouthins soucieux de


l’environnement adoptent un système de ramassage à domicile et gratuit sur demande pour tous
les recyclables. Les déchets sont transférés à des ONG comme Arc-en-Ciel dont l’activité
principale est le recyclage. Le fondateur de ce projet « Live Love Recycle », Georges Bitar, ne
s’attendait pas à recevoir 300 appels en l’espace de deux jours.
« On nous disait que les Libanais n’étaient pas prêts à trier leurs déchets ; j’ai contacté Uber
pour voir si on pourra adopter leur technologie : louer des voitures, recruter des volontaires
et improviser un système de collecte des recyclables directement des maisons » (Le Monde,
novembre 2018).

268
D’autres campagnes originales de sensibilisation ont lieu dans certaines régions. Une usine de
tri mobile vient d’être installée à Zouk Mosbeh pour expliquer et montrer aux gens comment
nous pouvons faire disparaitre une montagne de déchets. Ces campagnes de sensibilisation sur
le terrain encouragent les citoyens de la ville à trier leurs déchets. C’est un ingénieur industriel
et chercheur en matière de déchets qui est derrière cette initiative.
« Tous les soirs, en rentrant chez moi, je voyais des montagnes de sacs de poubelles qui ne
cessaient de grandir de jour en jour. Je décide de passer à l’action et d’installer une mini-usine
équipée de machines de tri en plein centre de la ville de Zouk Mosbeh » (entretien à la télé avec
Z. Abi Chaker, le 7 août 2015).
Des employés trient les déchets en utilisant des convoyeurs. Les déchets recyclables sont
compactés et envoyés aux usines spécialisées et ceux organiques sont compostés. Le reste des
déchets plastiques non recyclables seront transformées en panneaux selon un procédé breveté
appelé « Ecoboard ».
« Deux jours suffisent pour montrer aux gens que recycler, c’est possible » explique Ziad à
l’Orient le Jour (le 8 août 2015).
Cette initiative citoyenne financée par Ziad ne couvre pas ses frais mais le but principal est de
sensibiliser les citoyens à trier et de les mobiliser à agir face à cette crise, car pour l’instant il
faut diminuer les montagnes d’ordures. Selon lui, si chacun agit dans ce sens, le recyclage
devient une opération rentable.
« Nous appelons les municipalités à prendre une décision à cet égard et à joindre ce
mouvement. Il s’agit de disposer les déchets organiques dans un sac noir et les déchets
recyclables dans un sac bleu. C’est aux municipalités d’appeler les citoyens à le faire. Le
nombre se limitait à une quinzaine de municipalités en août 2015 ».
Ceci tombe bien avec la mise en place sur le marché de sacs poubelles de couleur différente.

Le tri à la source ne faisait toujours pas partie des habitudes de la majorité des Libanais, faute
d’un plan de gestion et de mesures pratiques appropriées de la part du gouvernement et faute
de campagnes de sensibilisation.
« Pourtant, le tri à domicile est le point de départ afin de pouvoir diminuer l’impact de la crise
des déchets ménagers au Liban. Plus de 4000 tonnes de déchets sont produits chaque jour. Plus
de 80% finissent dans des décharges ou sont enfouis dans la nature, selon un rapport du
programme des Nations Unies pour le développement » (OLJ, le 3 aout 2015).
Plusieurs ONG récupèrent les matières recyclables pour ensuite les vendre aux usines de
recyclage, mais ceci demande un engagement de la part des ménages. Notons aussi les
269
collecteurs ou les ramasseurs de déchets qui fouillent dans les bennes et extirpent les canettes
en aluminium, les verres, le plastique, les morceaux de fer et autres. Pour la plupart d’entre eux,
ils font partie d’une filière informelle et doivent suivre les ordres de leurs patrons ou
« moallems » qui sont souvent des étrangers ou des réfugiés.

8.1.1.2. Les éléments de la deuxième controverse

- En quoi consiste-t-elle ?

Quelques mois après le déclenchement de la crise dans le pays, les déchets débordaient dans
les rues partout et les voitures arrivaient à peine à circuler dans la capitale. L’indignation
grondait et la puanteur submergeait tout. Les citoyens sont appelés à trouver une solution à
cette crise environnementale et sanitaire. Plusieurs interagissent et essaient de sensibiliser
les citoyens car le sujet des déchets touche tout le monde.

- Qui sont les actants de la controverse ?

• Les municipalités s’impliquent timidement en assurant la collecte sélective.

• Les entrepreneurs, ONG et écologistes sensibilisent par leurs propres moyens les
gens à faire le tri à la source.

• Les habitants réagissent en quelque sorte par obligation car la crise les touche
directement.

• Le déchet est divisé en deux catégories principales : recyclables et non recyclables


et le tri commence à avoir lieu.

- Quels sont les intermédiaires ?

Les déchets appellent les municipalités, les habitants et les volontaires à agir face à cette
crise. Des démonstrations et des appels au tri circulent entre plusieurs actants de la crise
et le tri à la source intéresse de plus en plus les ménages car ils sont la base de la chaine
de tri.

270
Officiellement le ramassage et le traitement des déchets ménagers est accompli par une société
privée nommée par l’Etat. Mais le volume des déchets atteint le double de celui qui a été conçu
pour être géré. Ce qui donne la possibilité aux charognards ou « scavengers » de ramasser les
déchets recyclables afin de les revendre aux usines de recyclage. Les bouteilles en plastique
transparentes « PET » sont broyées puis lavées. Les bouchons sont séparés des bouteilles et
sont exportés en Chine pour être transformés en fibres. Ce sont des sociétés qui se chargent de
cette tâche. La capacité des centres de tri est bien au-delà des quantités traitées mais le problème
est celui du monopole sur la gestion des déchets au Liban. C’est Sukleen qui est la seule société
privée chargée par l’Etat depuis 1997 pour le traitement des déchets de la capitale et du Mont
Liban.

Certaines usines au Liban se chargent du recyclage des déchets plastiques et de leur


transformation en conteneurs pour plats à emporter ou en bacs à fruits et légumes.

Tout ceci me laissait réfléchir jusqu’au moment où je reçus une vidéo YouTube qui illustre
l’histoire d’un sac en plastique qui voyage dans la ville.
Que ce soit à Beyrouth ou ailleurs, via un mode formel ou informel, un sac en plastique suivra
le même processus de cycle de vie. Partant du principe d’Antoine Lavoisier « rien ne se perd,
rien ne se crée, tout se transforme », il est temps à appeler à changer nos actes et à contribuer
à la préservation de l’environnement, surtout que nous sommes dans une situation d’impasse.
C’était le moment d’illumination qui me poussa à me lancer dans mon projet de recherche et à
me sentir concernée. Il était temps d’agir.

La situation dans le pays fait place à des débats et discussions sur le sujet des déchets. Plusieurs
acteurs se sont réunis lors d’une projection d’un documentaire « Trashed » réalisé par Candide
Brady et sélectionné au festival de Cannes en 2012. Ce film nous fait voyager sur le littoral
Libanais en montrant les plages-poubelles et en retraçant leurs nuisances sur l’environnement
et sur l’écosystème avec des images accablantes. A la fin de la projection, une discussion a eu
lieu entre des représentants d’ONG comme Arc-En-Ciel, du Ministère de l’Environnement,
d’entrepreneurs et activistes environnementaux.
« La question centrale était la suivante : Pourquoi continuons-nous à jeter nos déchets aux
portes de centres de tri alors qu’ils sont fermés ? » (OLJ, le 4 février 2016).

271
La plupart des intervenants accusent l’Etat car la plupart des centres de tri sont sous l’autorité
des conseils municipaux et tout dépend de leur prise de position sur leur mise en marche ou leur
fermeture car c’est la corruption qui règne au pays ce qui rend toute méthode d’action
inefficace. Il faut noter qu’il faudra assurer le fonctionnement à long terme, et l’aide financière
accordée par l’Union Européenne est souvent détournée. La question de l’éducation et de la
sensibilisation est soulevée car elle conduit à une modification des comportements sur le long
terme.

Pour faire face à cette crise, les intervenants ont appelé à redoubler les pressions sur le
gouvernement par une mobilisation générale et collective.

Après presque huit mois de grèves de collecte des déchets, le dossier des déchets retourne à la
case départ car il n’était plus question de les exporter. Le citoyen est dégouté par
l’irresponsabilité et l’incompétence de la caste politique partout. C’est un retour en arrière dans
l’interminable problème des déchets. Pas la moindre solution et le citoyen se heurte à une
impasse et n’a plus confiance : le pays se noie dans ses immondices, se défigure et pue.

Il est important de signaler que même après cinq ans du début de la crise, le gouvernement était
toujours incapable d’appliquer un plan de gestion des déchets dans le pays.
« Même, 5 ans après le début du mouvement « Vous Puez », rien n'a changé. Les déchets
s'accumulent déjà dans de nombreux districts du Liban, et le gouvernement est
fondamentalement le même qu'il y a 5 ans, nous ne pouvons donc pas attendre mais il faudra »
(G. Raidy, le 11 mai, 2020).

Revenant à la période de crise initiale, les écologistes expérimentés expliquent qu’il existe des
solutions à portée de main : le tri à la source, le recyclage, l’achat et la consommation
responsables, le compostage, etc. Ils insistent qu’il n’y a pas de magie ni de secret mais qu’il
est nécessaire de multiplier les efforts dans la formation et la sensibilisation de la population.
Certaines municipalités en ont fait l’expérience. Elles brandissent fièrement leur exploit zéro
déchet.
Grâce à la détermination de jeunes volontaires et parfois des femmes, plusieurs municipalités
joignent leurs efforts afin d’aboutir à des solutions, car tout le monde voyait une impasse du
côté du gouvernement.

272
« Dans le quartier où j’habite, un groupe de femmes faisait des visites régulières pour expliquer
aux ménages le besoin de collaboration en cette période de crise. Elles avaient imprimé des
dépliants qui montrent les différentes catégories de déchets et comment faire le tri ».
Le taux de refus de la part des habitants était élevé surtout que les gens ne faisaient plus
confiance au secteur public. Ils considéraient que la municipalité ne ferait pas le nécessaire et
que ça ne sevait à rien de trier.
Un autre exemple est celui d’une équipe de volontaires qui proposent de relier les individus qui
recyclent leurs déchets ménagers aux services de recyclage de leur municipalité. Ceci aide à
renforcer les relations entre le secteur public local et ses habitants. Live Love Recycle, Recycle
Beirut, Limm ainsi que bien d’autres initiatives qui sont connues actuellement, ont commencé
leurs activités en 2015. Avant la crise, ceci était impossible voire non autorisé car Sukleen,
l’entreprise chargée du recyclage dans Beyrouth et le Mont Liban, interdisait de telles actions !
A Bikfaya, Nicole Gemayel, élue maire de la ville en 2016, rassemble un groupe de jeunes et
fouille dans les bennes pour voir comment faire pour diminuer leurs quantités. Tout d’abord,
ils essayent de trier les grands cartons car c’est facile de les repérer et ils se trouvent entre les
sacs poubelles donc il est toujours possible de les sauver.
Une usine de recyclage de papier est installée à Bikfaya même. Le contact était facile et les
gérants de l’usine ont proposé d’aider les habitants. Il est important de noter que cette usine
achetait les cartons usés de Sukleen. Depuis l’été 2015, l’entreprise n’arrivait pas à assurer les
quantités demandées pour sa production. Elle a commencé à importer les déchets en papier de
l’étranger.

Nicole a pris en main la collecte des déchets entassés dans les rues et a établi un système de tri.
Elle était convaincue qu’une collaboration avec les ménages était nécessaire. Une campagne de
sensibilisation au tri a donc commencé deux mois après le début de la grève de collecte.

Pas loin de Bikfaya, Paula Abdel Hak rassemble un groupe de femmes pour faire des visites
afin d’inciter les gens à trier à la source. En parallèle elles discutent avec la municipalité pour
mettre en place un système de collecte sélective en évitant de mélanger les déchets dans le
camion. La détermination de ces femmes et leur enthousiasme insufflent un certain espoir chez
de nombreuses personnes car la situation ne cesse de s’aggraver.

273
A l’autre bout du pays, des actions en faveur du tri à la source réussissent à sensibiliser les gens.
Khoder Eid, le fondateur de Green Track, a tout de suite compris que le problème des déchets
va continuer de s’aggraver.
« La fermeture de la décharge principale de la capitale a révélé la gravité de la crise. Tout en
pensant à une solution à ce problème, j'ai conclu qu'un changement de culture était essentiel.
D’où la nécessité de sensibiliser les gens à trier leurs déchets » (Khoder Eid, 2016).
Il a imprimé une brochure illustrée et réussi à convaincre sa maman et quelques voisines de
faire du porte à porte et de demander aux gens de séparer les déchets en deux sacs. Les sacs
seront ramassés par des volontaires deux fois par semaine. Ce service est offert gratuitement.
Ces femmes ont pu visiter 5000 familles.
« J’étais surpris par le nombre de réponses positives de la part des habitants. Plus de 60% des
familles ont commencé le tri. J’étais obligé de changer de local car je ne m’attendais pas à
avoir un taux de réponses aussi élevé ».

Ces exemples montrent le début d’une nouvelle ère au Liban malgré toutes les difficultés. Un
réseau d’actants commence à prendre forme. Le tri et le recyclage permettent de réduire
considérablement le volume des déchets dans les décharges ; cette pratique, n’étant pas
encouragée par l’Etat, est portée par de bonnes volontés en coopération avec les municipalités,
les associations et les usines de recyclage.

Force est d’admettre que le gouvernement a raison quant au rôle que la société civile devrait
jouer dans la gestion des déchets mais il n’a toutefois pas aidé dans le développement d’un plan
de gestion durable ni dans l’application de mesures correctives depuis des dizaines d’années.
Les individus se sont sentis obligés de participer aux efforts de sortie de la crise car les
manifestations n’ont pas réussi à faire bouger les responsables. Les déchets nous appellent à
nous charger de les éliminer nous-mêmes.
« Il faudra se tourner vers les autorités locales, à savoir les municipalités, pour instaurer une
forme de gouvernance décentralisée et coordonnée des déchets ménagers afin de réussir à
prendre la relève du pouvoir central pourri (Commerce du Levant, octobre 2016) ».
Un an après la crise, le Conseil du Développement et de la Reconstruction (CDR) a annoncé
qu’un nouvel appel d’offres est en cours. Plusieurs associations qualifient cette démarche de
« comédie opaque » car ils signalent qu’il n’y a pas de cahier de charges ni de plan de contrôle

274
comme ça a été évoqué dans la décision du Conseil des ministres pour l’aménagement de la
décharge de Costa Brava au sud de Beyrouth.

En même temps, un appel d’offres a été remporté par une société privée pour l’aménagement
de la décharge temporaire de Bourj Hammoud. Il faut souligner que ces deux décharges sont
situées l’une sur la côte et l’autre à l’embouchure du fleuve principal du sud de la capitale
« Ghadir ».
Un comité de suivi a été créé au sein de la Commission parlementaire des Finances en vue
d’une solution durable. Durant leurs réunions, les divergences de points de vue laissent le pays
couler sous ses déchets. Ils ont décidé d’avoir une période transitoire qui permet aux
municipalités de se préparer pour prendre la relève. Le ministère de l’Environnement a proposé
un plan de gestion des déchets qui prévoit la construction de deux décharges à Bourj Hammoud
et à Costa Brava.
« Le plan proposé par le Ministère a été opposé par plusieurs partis politiques ainsi que par
des activistes et des associations environnementales, car il s’agit de deux villes résidentielles à
proximité du littoral donc une pollution de la mer » (septembre 2016).
Le Président de la République annonce en janvier 2017 l’élaboration d’un nouveau plan de
gestion des déchets et que l’ensemble du pays va l’adopter. Ce plan prend en considération les
difficultés des municipalités et prend en considération l’importance d’une décentralisation
administrative. Notons que ce plan et celui de 2016 se heurtent à une très grande opposition de
la part de la population. En même temps, des plaignants demandent la fermeture de la décharge
de Costa Brava. Toutefois, sa fermeture amène à une accumulation des déchets de nouveau.
« L’affaire est grave, les rapports montrent clairement que ce site est susceptible de causer une
crise sanitaire et écologique » (H. Bazzi, Janvier 2017).
Effectivement, le juge invalide le contrat signé par l’Etat et prononce son verdict en faveur de
la fermeture de Costa Brava en raison des risques environnementaux et sanitaires. C’est un
précédent très important contre des décisions injustes. Le juge donne quelques semaines au
gouvernement pour présenter un plan alternatif. Malheureusement le plan de gestion proposé
n’avait pas de plan alternatif.

« La décharge de Bourj Hammoud avait des risques beaucoup plus graves. Des images
aériennes montrent que les déchets sont jetés en pleine mer et dévoilent l’absence de brise-
lames » (Lebanese Transparency Agency, juin 2017).

275
Outre le fait de traiter les déchets du Mont Liban et de la capitale, la décharge de Bourj
Hammoud doit prendre en charge le traitement de l’ancien dépotoir qui a desservi la région
durant la guerre et qui a été clôturé en catastrophe en 1997.
« Selon un expert, le travail doit être interrompu dans les deux décharges côtières qui polluent
la mer car les déchets potentiellement toxiques pourraient se disperser dans l’eau. Toute la
côte va malheureusement être polluée » (OLJ, juin 2017).
En parallèle, plusieurs débats s’engagent dans le pays à propos de la crise des déchets. En
novembre 2016, au Salon du livre francophone de Beyrouth par exemple, des spécialistes et des
activistes lancent un appel pour une démocratisation du tri et du recyclage au Liban.
« Il faudra s’informer auprès des experts puis commencer par agir chez soi en triant et en
réduisant la génération de déchets » (Le Commerce du Levant, le 18 novembre 2016).

En janvier 2017, l’Institut français a organisé une projection d’un documentaire sur la crise
depuis 2015. C’est un travail réalisé par un groupe d’étudiants sous l’égide du programme
« Process Méditerranée » qui a comme objectif de rencontrer des personnes engagées dans des
actions collectives à la recherche d’une sortie de crise. Plusieurs associations se mobilisent face
à l’immobilisme de l’Etat sur le problème qui ne cesse d’accroitre. L’Ecoute et Arc-en-Ciel par
exemple, ont décidé d’ajouter une dimension sociale à leurs actions afin de collaborer avec les
citoyens. Ils lancent leurs campagnes de sensibilisation en insistant sur le fait que le recyclage
du plastique aide à fournir des chaises roulantes et des prothèses auditives. La campagne d’Arc-
en-Ciel est baptisée « bouchons roulants ». Les voix des activistes, des mouvements comme
« You Stink » et des spécialistes en environnement comme « Cedar Envionmental », lèvent la
voix en multipliant les discours.
« Je propose d’amorcer le changement avec ce dont la société civile dispose à travers les
projets d’entrepreneurs et des institutions étatiques, qui à leur tour apportent le soutien aux
municipalités » (Z. Abi Chaker, janvier 2017).
L’engagement civique est indispensable et les entrepreneurs sociaux peuvent influencer les
municipalités. Un an après le début de la crise, une mobilisation de réseaux de gestion des
déchets commence à prendre forme.
« Dominique Salameh, chercheur et directeur du département de Chimie à l’Université Saint
Joseph, souligne l’importance de créer des niches industrielles pour le traitement de chaque
catégorie de déchets. Il est important de trouver la chaine de valeur pour chacune car on ne

276
peut pas traiter de la même façon les déchets électroniques et ceux organiques par exemple »
(Février, 2017).

8.1.1.3. Les éléments de la troisième controverse

- En quoi consiste-t-elle ?
Deux ans après l’éclatement de la crise qui a noyé le pays de déchets ménagers, les
spécialistes ont fait part de leur inquiétude face à cette catastrophe surtout que les deux
décharges temporaires sont mal gérées et seront bientôt saturées. Des chercheurs, des
spécialistes et des entrepreneurs se mobilisent pour porter secours aux autorités locales ou
aux municipalités pour mettre fin à cette pollution de l’air, de la mer et du sol qui
s’intensifie.

- Qui sont les actants de la controverse ?

• Les entrepreneurs, ONG et écologistes se réunissent plus souvent pour chercher


des solutions et pour venir en aide.

• Le gouvernement qui n’arrive pas à mettre en place un plan de gestion efficace et


approuvé.

• Les déchets sont jetés à la mer et enfouis dans les vallées ce qui pousse la société
civile et les organismes internationaux à lancer un appel d’urgence.

- Quels sont les intermédiaires ?

Un passage à l’action est obligatoire après plusieurs réunions et discussions entre


spécialistes, volontaires et chercheurs. Ceci appelle à des collaborations entre plusieurs
actants de la crise.

Les initiatives de collecte et de traitement des déchets ménagers se multiplient ainsi que des
conférences, des expositions et des réunions ont lieu assez souvent, ce qui donne naissance à
des réseaux sociaux en faveur d’une meilleure gestion.
277
Lors d’une conférence de presse, tenue par Ziad, ingénieur spécialiste en développement
durable, il fait part de son inquiétude vis-à-vis de la gestion des déchets. Les deux décharges
temporaires arrivent à saturation et la crise régit de nouveau. Il prône une vision zéro déchet
qui consiste tout d’abord à trier les déchets dans les communes, qui seront ensuite transportés
dans des usines pour les traiter et les recycler. Pour cela, il montre le bon exemple de son usine
qu’il venait d’installer à Beit Mery en partenariat avec la municipalité.
« Le plan est assez coûteux car il faudra monter au moins quarante usines en collaboration
avec les municipalités ; ceci est très important car le coût sur nos vies est bien plus élevé
aujourd’hui » (Z. Abi Chaker, Juillet 2017).

L’intérêt des citoyens augmente de plus en plus et ils se sentent concernés pour une mise en
place de solutions au problème des déchets. En juillet 2017, des femmes organisent un sit-in
devant le ministère de l’Environnement pour demander des mesures écologiques tenant compte
de la santé des habitants.
« Elles tiennent des pancartes sur lesquelles figurent des messages d’alerte comme par
exemple : notre santé n’est pas un jeu – nos enfants sont une ligne rouge. Elles demandent au
ministre d’assumer ses responsabilités et de lutter contre la dégradation de l’environnement »
D’autres font des discours pour sensibiliser les citoyens en soulignant les initiatives prises dans
certaines municipalités comme à Bikfaya et à Beit Mery. Des solutions adaptées à la situation
actuelle doivent émerger de plus en plus.

Des plongeurs organisent des journées en mer chaque semaine pendant la saison d’été 2017
pour sauver le Liban de ses déchets.

« Ils sautent dans la mer pour collecter les déchets. Les pêches sont fructueuses. Ils remplissent
leurs filets de bouteilles en plastique et en verre, des boites en métal et même des pneus de
voitures. Ces jeunes ont choisi de prendre les choses en main et d’aider la méditerranée à se
débarrasser de ses déchets qui meublent ses profondeurs ».

Des débats sont organisés dans les universités et dans les villes pour sensibiliser les gens sur
l’importance du tri et du recyclage. La clé est entre les mains des citoyens et c’est à travers eux
que les municipalités pourront agir ; c’est donc une chaine qui se construit et qui prend forme
petit à petit.

278
Des centaines d’adolescents ont participé à un projet écologique qui vise à transformer des
restes en objets de valeur. L’objectif principal est de sensibiliser les jeunes à la problématique
des déchets et de leur donner une image positive à travers l’art. Plus de 2000 élèves ont
transformé leurs déchets en œuvres murales, ou même en des instruments de musique et autres.

« Les jeunes libanais contribuent petit à petit au développement durable et écologique de leur
pays tout en travaillant ensemble » (reportage à la télé, décembre 2017).

En 2017, je faisais mon mémoire propédeutique et une recherche exploratoire pour voir quel
est le rapport au déchet. J’avais étudié une situation de gestion en réponse à la crise. Pour cela,
j’ai fait des entretiens avec les actants de la crise pour comprendre leur degré d’implication et
leurs représentations vis-à-vis des déchets. L’objectif principal est d’étudier les boucles
d’apprentissage selon le modèle d’Argyris et Schön, et de voir s’il y a eu un passage de la
première boucle à la seconde et ainsi de suite.

« Il était clair qu’une collaboration entre plusieurs entités et surtout un engagement des
citoyens, comme c’était le cas à Bikfaya, a aidé à mettre en place une gestion efficace des
déchets ménagers. Cette organisation en réseau était apprenante. Aujourd’hui, après plus de 5
ans du lancement de centre de gestion des déchets Bi-Clean, Bikfaya montre le bon exemple de
circulation des déchets ménagers et d’un apprentissage organisationnel à partir d’un réseau
social qui prend forme et d’une gouvernance partenariale des déchets ».

Depuis, le sujet des déchets et ma recherche doctorale m’ont ouvert la voix à plusieurs
opportunités telles que la participation à plusieurs conférences, débats et réunions ainsi que mon
engagement à Fondation Diane depuis 2019 en support à des entrepreneurs (start-ups) qui
apportent des solutions innovantes aux problème des déchets dans le pays.

C’est un vécu majeur qui accompagne les phases transformatives et apprenantes dans un réseau
qui prend forme au gré des controverses.

Comme convenu, dans la section suivante, nous analysons les situations de gestion que nous
avons choisies pour notre recherche. Rappelons que quatre d’entre eux sont des start-ups qui
sont financées et suivies par Fondation Diane. De plus, nous avons pris comme terrain d’analyse
une initiative en partenariat avec une municipalité (partenariat public-privé) et une deuxième
lancée par une municipalité en partenariat avec ses habitants ainsi que d’autres actants formant
un réseau de collecte, de tri et de recyclage des déchets ménagers.

279
8.1.2. Analyse des situations

Nous reprenons le schéma de la grille d’analyse que nous avons présenté au chapitre 6. Ce
schéma illustre les étapes de traduction suivant le modèle de l’ANT.

Pour chacune des étapes, nous faisons des transcriptions d’entretiens, de réunions ou
d’intervention dans un webinaire, conférence ou autre pour chacune des initiatives choisies et
faisant partie de notre terrain de recherche.

Initiative Problématisation comme entre-définition des acteurs et comme


définition de points de passage obligés

280
Bi Clean – Nicole « Mon aventure a commencé bien avant d’être élue comme maire de
Gemayel Bikfaya ; Bi Clean était l’une des raisons principales de mon élection ».
« Lors de la crise, été 2015, les municipalités devaient se débrouiller
seules afin de trouver une solution à leurs déchets…on a tout de suite
compris que le tri était la première étape ; on a rassemblé un groupe de
volontaires et on a commencé à trier les tas d’ordures abandonnées sur
les routes ; ensuite on a commencé à diffuser le message dans notre
communauté, leur expliquant comment trier et les incitant à le faire afin
de réduire le problème auquel on fait face ».
« Je pense que le timing de ces messages éducatifs a été déterminant
dans la réalisation de notre projet ».
« Les citoyens de Bikfaya ont commencé à trier leurs déchets et nous
avons commencé à les collecter dans deux camions sans compactage de
sacs. Ceci est crucial pour montrer aux gens que nous trions les déchets
aussi pour gagner leur confiance ».
Beit Mery – Ziad « Tous les déchets collectés à Beyrouth et au Mont Liban sont jetés dans
Abi Chaker la décharge de Jdeideh depuis 2017 ! cette décharge s'étend sur plus de
4000 mètres carrés en bord de mer. À ce jour, aucun tri approprié n'est
mis en place, avec un tri à zéro pour cent. Tout va en décharge. Nous
n'avons plus le choix, nous devons trouver des solutions ».
« Faire du Liban un pays Zero Waste n’est plus un rêve. C’est le
moment car la crise des déchets constitue une vraie menace pour le pays
et touche toute la population ».
« J’admets que le plus grand défi est de changer les habitudes, les
perceptions vis-à-vis du déchet et surtout la manière dont on le traite.
C’est pour cela nous avons mis en place un réseau avec un
documentaire intitulé Zero Waste Lebanon à l’appui pour montrer que
les solutions sont là. J’ai réussi à faire de ma passion un vrai métier et
je suis sûr que cette crise nous a beaucoup appris et que les Libanais
sont plus conscients de l’urgence d’interagir face à ce problème qui
touche tout le monde. Il est temps de revoir nos habitudes, de changer
nos perceptions et surtout d’agir ensemble ».

281
Green Track – « La fermeture de la décharge de Naameh avait révélé la gravité de la
Khoder Eid crise des déchets dans le pays. Je voyais qu’un changement radical de
culture était nécessaire et que la seule façon de le faire était de
sensibiliser les familles à l’importance du tri ».
« J’ai pris le défi de former les gens de mon quartier sachant qu’une
grande partie vit sous le seuil de pauvreté et que les déchets ne faisaient
pas partie de leurs soucis primordiaux ».
« J'ai commencé par convaincre ma maman et ses amis de l'importance
du tri à la source et de la nécessité de créer une campagne de
sensibilisation impliquant mon quartier à Tripoli. Je vois qu’il est
important de parler directement aux ménages car la clé du changement
et de la lutte contre le problème des déchets est de créer une chaîne
pour une gestion des déchets ».
Compost Baladi – « Le catalyseur le plus grand qui nous a poussé à créer Compost Baladi
Antoine Abou était la crise de 2015. On n’aurait pas consenti cette urgence de lancer
Moussa et Marc un projet sur le sujet des déchets. Comment expliquer aux gens
Aoun l’importance du tri et la composition des déchets alors qu’ils n’étaient
pas du tout concernés ni touchés ? ».
« Plus de 50% des déchets ménagers sont composés de matières
organiques, d’où l’importance du compostage surtout que son utilité est
cruciale pour les agriculteurs et que son enfouissement nuirait à la
flore, etc. Le compostage, ou la transformation des déchets organiques
en un engrais ou enrichisseur du sol, est une méthode de traitement qui
devrait être considérée car le pays importe de larges quantités de
compost alors qu’il pouvait produire les quantités qu’il faut localement.
Le climat au Liban est un facteur important pour produire du
compost ».
« Les acteurs principaux sont les municipalités, les ménages, les
agriculteurs, les grossistes de légumes et fruits. Notre rôle principal est
de sensibiliser les gens sur l’importance du tri et sur le compostage ».
EcoServ – Gaby « Je tenais à trouver une solution aux déchets électroniques que l’on
Kassab comprend encore mal, puisque l’on ignore ce qu’ils contiennent
vraiment ».

282
« Comme tous les autres types de déchets, la gestion des appareils
électroniques usages n’existe même pas dans ce pays et finissent dans
les décharges. Ils sont mal traités par des charognards non qualifiés ».
« Ceci exige en premier lieu l’engagement des citoyens. Ils doivent tout
d’abord apprendre autour de leurs déchets et savoir quoi en faire. Nous
ne pouvons rien faire sans leur connaissance et leur collaboration ».
Fabric Aid – « Mon histoire a commencé fin 2016 lorsque ma mère a donné mes
Omar Itani vieux vêtements au concierge. Ceci m'a poussé à lui demander s'il va
les porter malgré la différence de taille. Il me répond par dire qu’il
prendra ce qui lui va et qu’il jettera le reste. Pour moi, cela signifie non
seulement un gaspillage de vêtements qui pourrait profiter à d’autres
personnes qui en ont besoin, mais aussi ça nuira à l'environnement ».
« Que faire des déchets de vêtements surtout que la crise des déchets
ménagers est à son apogée. Je sentais que cette catégorie n’a toujours
pas été abordée. J'ai commencé à me renseigner sur les vêtements
indésirables autour de moi. J'ai posté sur Facebook pour demander la
collaboration des gens, puis j'ai réussi à collecter 200 kg de vêtements
usés. J'avais 1000 pièces. Je suis donc allé voir des ONG locales au
service des communautés vulnérables pour leur demander comment
faire, et je me suis rendu compte que de nombreuses ONG n’avaient pas
la capacité de gérer au mieux l’opération de collecte, de tri, de
distribution ou de recyclage ».
« Avec un tout petit montant, j’ai commencé à collecter des vêtements
auprès d'ONG. J’ai ensuite loué un entrepôt ou j’ai commencé à trier
et arranger les habits pour ensuite les vendre à des prix symboliques
entre 0,5 $ et 2 $ ».
Initiative L’intéressement : comment sceller les alliances
Bi Clean – Nicole « Les gens voyaient les déchets dans les rues et sentaient les déchets qui
Gemayel brûlaient un peu partout ; je pense que le moment choisi pour ces
messages éducatifs a été déterminant dans la réalisation de notre
projet ».
« Chacun de nous a un rôle et ça se traduit dans nos actions. Nous
sommes liés les uns aux autres car notre objectif commun est de réduire

283
les quantités des déchets ménagers et de mettre fin à ce chaos. En tant
qu’autorité publique locale, notre rôle est crucial pour enchainer un
réseau de tri dans la ville. Mais j’admets que sans la mobilisation des
citoyens, ce n’était pas possible de mettre en place notre système de
gestion. Je ne parle pas de système bien établi mais d’apprendre en
faisant ».
« La municipalité a pu assurer le financement pour acheter un camion
et on a utilisé un terrain de football pendant plusieurs mois avant
d’opter pour l’aménagement d’un centre de tri et de gestion des
déchets ».
Beit Mery – Ziad « La première usine de tri qui pratique 100% de recyclage a été montée
Abi Chaker en 2016 par Cedar Environmental (une entreprise fondée par Ziad), et
c’est un partenariat public-privé avec la municipalité de Beit Mery ».
« Engager les habitants de Beit Mery n’était pas une chose facile. 30%
seulement faisaient le tri à la source. Les déchets arrivaient mélangés
et nos employés faisaient le tri à l’usine. Les camions qui sont utilisés
pour la collecte ne compressent pas les sacs poubelle ce qui aide
énormément dans le tri. La sensibilisation et la formation des ménages
est très importante. Nous continuons à le faire d’une façon régulière.
Rien ne nous arrête. De plus en plus nous recevons un nombre beaucoup
plus grand de sacs triés à la source. On comprend que les individus ont
besoin de quelque temps pour s’impliquer ».
« Nous avons lancé une initiative de recyclage du verre, Green Glass
Recycling Initiative, avant la crise des déchets. Elle vise à relancer les
derniers souffleurs de verre du sud. L’idée est née après la guerre de
2006, lorsque la seule entreprise de recyclage du verre a été
complètement détruite. Mais ce n’est qu’en 2015 que plusieurs entités
ont commencé à interagir. Des bénévoles, des artistes et des
distributeurs et plein d’individus font partie de ce réseau maintenant ».
« Il est important de noter que lorsqu’il y a eu l’explosion du port de
Beyrouth Aout 2020, un grand nombre de verre est retrouvé détruit. Les
souffleurs de verre de Sarafand ne pouvaient pas se permettre de telles
quantités car leur travail est essentiellement artisanal, c'est pourquoi

284
nous avons assuré la collecte du verre et le transport vers le Nord vers
deux petites usines implantées il y a deux années. Un réseau est formé
entre trois à quatre petites usines qui se complètent et fournissent du
verre au marché local, contribuant ainsi à économiser des tonnes de
déchets qui se dirigeaient vers les décharges de la Costa Brava et de
Bourj Hammoud ».
Green Track – « On a pu visiter 5000 maisons en deux semaines ! On a ensuite
Khoder Eid collaboré avec des ONG pour nous aider à sensibiliser de plus en plus
de citoyens. On a même réussi à atteindre d’autres villages à Tripoli, à
travers la coordination avec des fédérations de municipalités au Nord.
On a réussi à visiter 15000 foyers dans plusieurs quartiers de Tripoli
grâce à la collaboration des femmes et des jeunes car tout commence à
la maison ».
Compost Baladi – « Le fait que plus de 50% des déchets ménagers générés au Liban soient
Antoine Abou organiques n’est un secret pour personne. Du coup, la transformation
Moussa et Marc de ces matières organiques en un enrichisseur de sol devrait être
Aoun privilégiée. Nous avons lancé notre initiative depuis 2016 mais nous
étions officiellement présents sur le terrain depuis 2017 ».
« L’équipe a travaillé avec des agences de développement pour
accompagner les municipalités dans la mise en place de leurs
opérations de gestion de déchets et de compostage. Antoura, Manara et
Aitanit sont les 3 premières qui ont été formées. Notre initiative visait à
soutenir les communautés défavorisées ou vulnérables dans différentes
activités de développement durable au niveau organisationnel. Nous
avons également travaillé avec eux sur la gestion durable des terrains
agricoles. Compost Baladi vise à améliorer leurs moyens de subsistance
en réduisant leurs couts et en améliorant leur contribution au
développement durable. En 2019, nous avons poursuivi le même travail
avec le syndicat de communes, celui de Minieh et sensibilisé plus de
12500 foyers aux méthodes de tri appropriées. Nous avons également
créé un système plus petit pour le compostage qui est encore en phase
de développement appelé « Earth Drum » pour viser les familles qui
vivent dans des appartements. Il faut signaler que c’est grâce à une

285
coopération avec le centre de recherche au sein de l’Université Saint-
Esprit de Kaslik que nous avons pu mettre en place notre première
preuve de technologie en utilisant la méthode de reliure statique
aérée ».
EcoServ – Gaby « Comme pour tout autre type de déchets, la gestion de ceux
Kassab électroniques usagers est minime voire inexistante. Ils finissent dans la
nature, enfouis dans des décharges ou entre les mains de gens non
qualifiés. Notre objectif était de créer et d’étendre le réseau de collecte
pour inclure les universités et les écoles ainsi que les centres
commerciaux, les entreprises et autres organismes. Nous sommes fiers
de voir le réseau s’agrandir à travers nos campagnes de
sensibilisation ».
« Les débats autour de ce sujet ont été une source importante qui a
permis aux gens de se questionner sur le destin des déchets, sur leur
degré de toxicité, et sur les moyens disponibles pour contribuer à une
réduction des quantités générées et au bon démantèlement, Je suis
confiant que les individus sont de plus en plus conscients ; on reçoit une
centaine d’appels par mois de la part de particuliers soucieux de
l’environnement ».
Fabric Aid – « Notre activité consiste à collaborer avec des ONGs pour la collecte
Omar Itani d’habits usés et distribuer des bennes spéciales pour permettre aux gens
de déposer les habits directement sans avoir à passer par des ONG.
Ceci évite de mélanger les habits avec d’autres matières et permet de
les garder propres. Nous avons placé plus de 200 bennes dans les
différentes régions Libanaises, comme par exemple à l’entrée d’un
centre commercial, d’un supermarché, ou bien à un endroit accessible
à tout le monde comme la municipalité, les écoles et les universités,
etc. ».
« Je suis sûr que le problème des déchets a beaucoup aidé dans
l’ensemble des actions que nous nous efforçons à établir. Les gens
n’auraient jamais compris l’importance du tri et la valeur des déchets
que lorsqu’ils les ont vu s’entasser et s’accumuler. Le besoin de trouver
des solutions à ce problème nous a aussi permis à innover ».

286
L’enrôlement : comment définir et coordonner les rôles
Bi Clean – Nicole « Négocier avec les différents acteurs c’est négocier avec les différentes
Gemayel catégories de déchets et connaitre leurs spécificités lorsqu’on les
collecte. Le centre Bi-Clean est géré par la municipalité, donc nous
devons trouver des solutions pour chaque contrainte ou problème
auquel nous faisons face. Le gouvernement venait à chaque fois
s’opposer à nos actions. Un an après le début de la crise, deux
décharges côtières ont été attribuées par l’Etat, et nous n’avions
toujours pas trouvé de solutions pour toutes les quantités de déchets
organiques. Le gouvernement refusait de les prendre car pour eux, soit
ils collectent tous les déchets, soit il laisse la municipalité s’en occuper
de A à Z. Malgré ces oppositions, nous avons tout fait pour trouver une
solution aux déchets organiques. D’un autre côté, on avait une minorité
qui habite à Bikfaya mais qui ne participait pas au tri des déchets à la
source. Ça nous a pris beaucoup d’efforts pour les engager ».
Beit Mery – Ziad « Il faut admettre que la crise de 2015 nous a ouvert des pistes de
Abi Chaker coordination avec plusieurs entités ; ceci a créé un réseau qui prend de
plus en plus forme. Chacun est co-acteur dans cette crise ».
Pourtant, ceci n’était pas facile du tout. Une grande partie des déchets
n’avait pas d’issue et le gouvernement ne nous facilite pas la tâche, au
contraire il nous oppose à chaque exploit en termes de réduction ou de
recyclage des déchets, etc. Ce fut et c’est toujours un grand combat car
nombreux sont ceux qui s’opposent à notre relation avec les déchets,
relation en termes de solutions durables et innovantes comme c’est le
cas d’Ecoboards et Ecobeams à partir de déchets en plastique ».
Green Track – « Notre objectif est de démocratiser le tri et le traitement des déchets
Khoder Eid dans les régions démunies du Nord. C’était un grand défi surtout que
les citoyens avaient d’autres soucis que les déchets et leurs problèmes
dépassent celui des déchets. En plus, a plusieurs reprises on n’avait pas
les moyens de continuer, mais l’énergie et la détermination des femmes
et des volontaires nous a permis de continuer. Je crois que dans l’union
tout problème trouvera une solution. On doit tout d’abord régler nos
propres problèmes un a un tout en discutant avec les familles, avec les

287
municipalités, avec les autres associations ainsi qu’avec les usines de
recyclage. Après 6 ans presque, la crise est toujours là, mais la prise de
conscience des individus a évolué. C’est ma grande satisfaction. Le
réseau est traduit en club de sensibilisation au tri grandit de plus en
plus et prend forme malgré tout ce qui se passe autour de nous ».
Compost Baladi – « Nous travaillons sur plusieurs axes en collaboration avec plusieurs
Antoine Abou entités comme les foyers, les municipalités, les ONG et les entreprises
Moussa et Marc de recyclage. Notre rôle est de fournir le savoir-faire et une solution
Aoun adaptée pour chacune des situations. Notre objectif est d’adopter des
solutions simples à appliquer et conformes aux moyens des
municipalités surtout. Notre initiative vise à encourager les solutions
décentralisées. Mais l’expérience sur le terrain nous fait entrevoir des
difficultés en termes de manque de support financier pour ceux qui
réussissent à adopter des pratiques environnementales. Notons aussi
que le gouvernement n’a jamais appliqué le principe de pollueur-
payeur. Alors que dans d’autres pays, les municipalités auraient
bénéficié d’une exemption de taxes et une réduction du tarif de
traitement des déchets ».
« Afin d’engager de plus en plus de gens au tri et au compostage, nous
allons créer prochainement un système qui nous permettra d’acheter le
compost produit par les ménages afin de leur donner un moyen d’agir
d’une façon de plus en plus écolo ».
« On apprend beaucoup au niveau national car les déchets organiques
ont beaucoup à nous raconter. Les facteurs sont nombreux et les
opportunités sont à explorer. On a un rôle très important dans la
sensibilisation des gens et des institutions car sans leur engagement, le
pays se noiera sous ses déchets. L’innovation en matière de déchets
reste très opportuniste. Mais d’un côté nous sommes confrontés au
manque de support aux entreprises sociales qui apportent une
proposition de valeur et des solutions durables. Malgré tout cela, si le
modèle commercial est créatif, ensemble nous pourrons y arriver. Je
vois que l’engagement des chercheurs comme vous est très important
surtout en ce moment pour concrétiser et mobiliser tous les acteurs de

288
la crise. Nous travaillons sur une frontière, mais vous analysez toutes
les autres frontières ».
EcoServ – Gaby « C’est une bataille « up-hill » car pas de réglementation ni de support
Kassab pour des entrepreneurs qui trouvent des solutions aux problèmes
environnementaux. Par exemple, chaque permis prend des mois voire
des années ; le problème c’est de pouvoir travailler dans ce domaine-
là ; chacun doit suivre la loi, malheureusement il y a plusieurs qui
opèrent illégalement ce qui pose un grand problème. Le ministère
pointe seulement les opérateurs qui sont bien installés et qui travaillent
légalement et font de l’impact ».
« Malgré toutes les contraintes, nous avons réussi à créer une chaine
de valeur en engageant les individus, les entreprises et les usines de
traitement. Aujourd’hui les municipalités comme Bikfaya et Jezzine
collaborent avec nous. Nous formons les élèves, les employés dans les
secteurs publiques et privés en collaborant avec des centres de
recherche et des professionnels. Ce réseau est en train de se développer
et de grandir. Il faut continuer maintenant plus que jamais, les gens ont
de plus en plus une conscience environnementale et notre rôle est de les
former et de les faire agir ».
Fabric Aid – Omar « La sensibilisation au tri et la participation à des compétitions
Itani d’innovation dans les domaines social et environnemental ont beaucoup
aidé Fabric Aid à tenir le coup et continuer dans sa mission et en même
temps à changer les attitudes des individus vis-à-vis des déchets et
surtout ceux textiles. Un nouveau programme « StandUp » vient d’être
lancé en 2021 par Berytech qui vise à favoriser l’entrepreneuriat vert
dans le secteur textile, c’est-à-dire réutiliser ou faire du Upcycling à
partir des déchets textiles. Notre rôle sera de les motiver. Nous
comprenons tout à fait tous les problèmes auxquels les jeunes
entrepreneurs font face. C’est un défi pour chaque individu qui lance
un projet innovant et social dans un pays comme le Liban. Le
gouvernement ne donne pas le support qu’il faut. Pour cela il est crucial
que le réseau grandisse de plus en plus pour que l’impact soit fort.
Chaque groupe aura un représentant dans ce réseau social d’initiatives.

289
La spécificité réside dans les déchets qui constituent la ressource
principale de tous nos projets ».
Initiative La mobilisation des alliés : les porte-parole sont-ils représentatifs ?
coordonner les rôles
Bi Clean – Nicole « Dans le cas de Bikfaya, la municipalité est responsable du centre de
Gemayel tri et de recyclage Bi Clean avec l’équipe qui gère toutes les opérations
du centre. Pour que la communication soit efficace entre les différents
acteurs, je représente Bi Clean en tant que présidente de la municipalité
dans tous les débats politico-sociaux car j’ai aussi le support du parti
« Phalangistes » qui oppose au gouvernement toute décision qui est en
rapport avec l’environnement et qui a joué un rôle important dans la
collaboration avec les activistes environnementaux et les chercheurs,
etc. Les habitants sont représentés par un petit groupe constitué de
femmes de jeunes et des représentants des paroisses. Ce groupe
collabore aussi dans les nouveaux projets de Upcycling afin de
diminuer les quantités de déchets qui partent au recyclage. L’équipe
BiClean s’occupe de toute la chaine de valeur et s’en charge de former
d’autres municipalités et d’autres groupes qui désirent apprendre ou
appliquer le même processus dans leurs villages ».
Beit Mery – Ziad “Petit à petit nous réussirons avec nos collègues à mettre en place un
Abi Chaker système de gestion sur le plan national. Je n’arrêterai jamais de faire
de la recherche et du développement pour trouver des solutions à tout
type de déchets. Notre centre génère zéro déchet, on a déjà les solutions
qu’il faut et on continue à faire de la recherche en collaboration avec
des centres de recherches tels que l’AUB et autres pour innover. Je
participe presque tous les jours à des débats, des conférences, des talk-
shows et des discussions pour sensibiliser un plus grand nombre de
gens. Je produis et diffuse des documentaires et je génère des
statistiques pour montrer aux individus comment on fait à Beit Mery et
ou on en est par rapport à l’année d’avant. Plusieurs entités y
participent aussi. Des représentants de municipalités, des activistes,
d’autres initiatives de recyclage, des ONGs, etc. Je pense que les
représentants de tous ces groupes sont bien connus et contribuent

290
largement à la diffusion de messages et collaborent à implanter une
culture et conscience environnementale de plus en plus dans ce pays ».
Green Track – « Il est très important de faire participer les femmes et les jeunes, car
Khoder Eid tout commence à la maison. En fait nous travaillons avec Bab El
Tebbaneh qui était en conflit avec Jabal Mohsen mais cela ouvre une
voie de collaboration entre ces deux villages sur le tri et la collecte des
matières recyclables. il crée une socialisation entre différentes
communautés, ce qui est très important pour aider à réduire les conflits
entre elles. Les représentants de chaque groupe jouent un rôle
important dans la diffusion de l'information et surtout dans le
renforcement du réseau ».
Compost Baladi – « On ne peut s’assurer que tout avance et que l’apprentissage a lieu
Antoine Abou sans la collaboration avec des représentants de toutes les entités qui
Moussa et Marc forment le réseau de recyclage. Autrement les déchets continuent à
Aoun s’entasser et à être enfouis. C’est le Momentum pour identifier des
représentants de chaque groupe, autrement les initiatives et
l’engagement des individus restent minime. Même si tout le monde n’est
pas convaincu de toutes ces initiatives innovantes et cruciales en ce
moment de crise aboutiront à marquer un impact plus intense et à
inclure plus de gens ».
« Concernant l’apprentissage, la crise des déchets au Liban était un
catalyseur pour augmenter le niveau de sensibilisation du grand public
libanais pour comprendre le problème des déchets au Liban : le grand
public connait le mot compost par exemple car Compost Baladi a fait
diffuser au grand public des informations sur le topic au niveau de la
sensibilisation. Mais ils ont besoin de l’intention et de la volonté de
vouloir travailler pour après trouver les outils et savoir comment
grandir et apprendre des problèmes. Au Liban, on est au niveau de
savoir sur les déchets, on socialise lorsqu’il y a un chantage. Il faut
aussi signaler que le sujet des déchets est un pion de chantage entre
politiciens. Cette crise a pu créer un réseau solide de tri car ce sont les
individus eux-mêmes qui y sont impliqués et ils le font parce qu’ils sont
tout d’abord obligés pour ensuite, à force de le faire et de le voir

291
circuler, ça crée un réseau social et technologique. Nous sommes les
entrepreneurs qui portent des solutions aux problèmes occurrents, mais
sans l’engagement de porte-paroles des différents groupes nous ne
pouvons pas engager la société. Le gouvernement commence à
comprendre que nous somme un réseau solide et se sent coincé à nous
suivre. Les autorités publiques comme les municipalités montrent un
exemple important de ce changement ».
EcoServ – Gaby « Une application mobile sera lancée en Avril 2021, qui va engendrer
Kassab un point de chute « Near Me » avec la possibilité d’envoyer une
demande pour la collecte, une section pour faire du volontariat et une
autre pour des conseils utiles afin de mieux jeter et se débarrasser des
déchets. Un nouveau programme vient d’être lancé aussi, intitulé
« Ambassadorship program » pour les universitaires et les jeunes. Il
vise à encourager les étudiants à trier et à porter conseils sur les
modalités de gestion de déchets dans leurs villages. Ils aideront dans
l’organisation de workshops dans les villages d’où ils viennent ».
« Les points de chute sont installés dans les universités, les magasins
d’électroniques, les hôpitaux, les clubs, les villages. Nous organisons
des webinaires et des réunions et nous sponsorisons des créateurs et
des étudiants dans les universités. Le réseau grandit de plus en plus et
des représentants de chacune des entités communiquent leurs besoins,
leurs soucis et leurs problèmes. Des réunions sont organisées par des
spécialistes dans le domaine du développement durable et dans les
centres de recherches. Des réunions sont aussi organisées au sein du
Ministère de l’Environnement ou les porte-paroles des différents
organismes sont présents. Un apprentissage majeur au niveau
individuel, organisationnel et national a eu lieu. Tous les événements
contribuent à rendre ce réseau de plus en plus riche et prometteur sur
le long terme ».
Fabric Aid – Omar « Le secteur dont nous faisons partie est novateur pour le Liban. La
Itani culture n’aide pas beaucoup mais la situation actuelle du pays du point
de vue environnemental et économique joue un rôle assez important
dans le changement dans les représentations des individus vis-à-vis des

292
choses usées. L’explosion au port de Beyrouth ainsi que la crise
financière au pays a laissé beaucoup d’individus réfléchir autour du
sujet des déchets. Le réseau de recyclage et de réutilisation devient de
plus en plus grand ; nous participons à des débats et des compétitions
presque toutes les semaines. Les représentants des différents groupes
sensibilisent de plus en plus sur les réseaux sociaux ; nous avons été
affectés largement par l’explosion et par la crise car d’un cote notre
plus grand dépôt a été entièrement détruit lors de l’explosion et d’un
autre côté les gens donnent de moins en moins leurs habits usés vue la
situation actuelle. Par contre, nous recevons énormément de fonds de
la part d’organismes internationaux ; ceci nous motive dans tous les
sens ; une coalition est en train de se former réunissant tous les
représentants des différents acteurs dans le domaine des déchets et une
mobilisation entre eux prend de plus en plus forme ».

Le processus de traduction est considéré comme le mécanisme social à travers lequel un monde
social prend forme progressivement et se stabilise. Un réseau d’acteurs est constitué à travers
ces initiatives de tri et de recyclage ainsi que d’autres qui sont de plus en plus impliquées depuis
la crise alarmante de 2015. Ces organisations en réseau sont innovantes car elles apportent des
solutions techniques au problème social et environnemental à travers un traitement efficace des
différents types de déchets.

Une synthèse générale de notre recherche sera faite dans la conclusion. Le travail de synthèse
fait aussi l’objet d’un chapitre que j’ai rédigé avec mon directeur de thèse intitulé : « Les
théories des organisations à l’épreuve de la recherche qualitative : de la théorie de l’acteur
réseau (ANT) ». Ce chapitre fait partie d’un ouvrage collectif qui en cours de publication par le
« Business Science Institute » en partenariat avec la maison d’édition EMS, intitulé « La
recherche qualitative : Témoignages dans les Sciences de Gestion ».

293
Conclusion

294
Notre recherche s’est déroulée en deux temps. Ce travail s’inscrit dans le cadre d’une recherche-
action et d’une observation participante, sous l’angle de l’ANT, menées de 2017 jusqu’en 2021.
Une première étape a consisté à mener une étude exploratoire sur le rapport aux déchets comme
mode d’apprentissage. La crise des déchets, de tri et de recyclage a mobilisé plusieurs acteurs,
qui auparavant n’étaient pas impliqués. La deuxième étape a porté sur une observation des
réseaux d’actants dans des situations de gestion et une interprétation du matériau. Ce dernier
est constitué d’un journal de bord mis à jour, d’articles sur les déchets, d’entretiens individuels,
de colloques et de visites de terrain. Cela nous a permis d’établir une chronologie des
controverses que soulève la gestion des déchets ménagers, et a suscité la formation des réseaux
sociaux de circulation de déchets ménagers.

Les résultats obtenus à l’issue de cette recherche

Cette recherche vise à comprendre, au travers du « modèle de l’intéressement », la mobilisation


d’actants humains à partir des actants non-humains que sont les déchets au regard de leur
collecte, de leur tri et de leur recyclage. Partant d’un problème qui touche la majorité des
individus, des actants hétérogènes acceptent de coopérer et de discuter autour du projet commun
qui est ici la collecte, le tri et le recyclage des déchets.

Elle conduit à observer les intentions, les discours, les actions et les interactions. Rappelons que
c’est une recherche-action et une observation participante menées dans le champ du
développement durable et fondée sur une approche inductive en observant en quoi le déchet est
générateur d’une organisation apprenante compte-tenu d’enjeux sociaux, politiques et
économiques. Ils ont été à l’origine d’une dynamique entrepreneuriale.

La crise de 2015 a eu un effet déclencheur : de nombreuses entités ont vu le jour et se sont


organisées autour de la recherche de solutions pérennes. L’objectif de la recherche-action est
donc de les accompagner en essayant de comprendre le processus de traduction par les
catégories du « modèle de l’intéressement ». Ce processus est composé de plusieurs étapes
relativement indépendantes, étapes qui évoluent simultanément, chacune marquant une
évolution dans les négociations par la mobilisation des actants.

295
Bien qu’elles aient le mérite d’œuvrer pour leurs communautés et pour l’environnement, ces
initiatives de tri et de recyclage ont, pour le moment, un impact encore restreint au niveau
national. Elles ne s’occupent que d’une fraction des déchets produits au Liban. La majorité
d’entre eux reste encore sous la responsabilité de l’État. Mais d’année en année, on a pu
observer une évolution dans les représentations des individus envers leurs déchets à la fois du
fait de l’impact des réseaux sociaux, de la collaboration entre différentes entités et de la réussite
du modèle de gestion de plusieurs initiatives.

Les déchets ne peuvent pas être externalisés et, du coup, ne peuvent pas être oubliés, et donc
suscitent l’interaction. C’est une histoire qui évolue depuis 2015. Selon Argyris et Schön
(1996), dans un contexte d’apprentissage organisationnel, le chercheur d’un programme de
recherche-action devient un acteur-expérimentateur ce qui, en le mettant en relation avec les
praticiens en fait également l’un d’entre eux par son intégration aux situations qu’il étudie.

D’après nos observations, nous avons remarqué que la répétition systématique des actions de
tri ainsi que la sensibilisation des habitants à travers des forums et des réunions locales ont
suscité le développement d’une conscience environnementale, en particulier chez ceux qui
étaient impliqués dans ce processus. Ceci a permis le passage à la deuxième boucle
d’apprentissage : la modification des représentations des individus à travers des initiatives
locales regroupant plusieurs actants. Les résidents et les autorités locales constituaient un
obstacle aux initiatives collectives avant 2015. Depuis, ils s’associent avec d’autres entités dont
celles qui sont impliquées dans la sensibilisation à la réduction et au tri, celles qui sont
impliquées dans le lancement de centres de tri, ainsi que d’autres associations et industries qui
joignent leurs efforts pour partager leur expertise dans le domaine. Ainsi, le déchet est
maintenant considéré comme un tacite commun qui sert de base à la « spirale du savoir ».
L’expérience partagée dans ces différentes situations constitue la base de la socialisation entre
les actants.

Au cours de l’action, les savoirs tacites s’explicitent aux autres membres du groupe dans un
réseau social d’actants qui discutent autour du déchet qui leur raconte quelque chose, récit qui
est ensuite partagé. Cette étape amène à une combinaison innovatrice de connaissances
explicites et tacites qui, par la suite, sont intériorisées de façon individuelle. La « spirale du
savoir » comme son nom l’indique, est sans fin tout comme l’apprentissage. Cette approche est

296
congruente avec celle de l’acteur-réseau, car le déchet, comme actant non-humain, est le tacite
commun qui fait interagir.

Les assemblages sociotechniques observés dans la gestion des déchets sont en constante
évolution et tournent également autour d’enjeux d’innovation, de valorisation et de circularité
écologique d’autant que le gouvernement n’a toujours pas mis en place un plan de gestion des
déchets ni même défini une politique les concernant. Les habitants apprennent à valoriser les
déchets au sein d’un réseau social de collecte, de tri et de recyclage. Plus le réseau d’actants
s’agrandit et plus son impact socio-économique et environnemental est évident.
L’entreprenariat social qui lui est lié est en pleine expansion et génère des activités innovantes.

L’économie circulaire, enjeu majeur d’innovation, vise à réduire la consommation de


ressources naturelles et surtout à minimiser la production de déchets et à les valoriser. Toutes
ces organisations émergentes suscitent beaucoup d’espoir quant à la mise en œuvre d’une telle
économie dans un pays comme le Liban, au regard d’un apprentissage organisationnel de
troisième boucle ou « deutero-apprentissage » (Argyris & Argyris, 2006). C’est aussi ce qui va
dans le sens du développement d’un entrepreneuriat, car il s’agit ici de répondre à un besoin en
innovation, créativité et capacité d’apprendre à apprendre.

Les limites de notre recherche et travaux futurs

Comme toute recherche, notre travail a des limites. Une première est liée à l’usage de
l’approche par l’acteur réseau qui est celle de l’ANT. De même, une deuxième limite est relative
à notre grille d’analyse qui est fondée sur une dynamique de controverses. Suivre les initiatives
de tri et de gestion des déchets en identifiant principalement les controverses, peut paraitre
restrictif et peut montrer une vision assez pessimiste des situations étudiées. Cependant, nous
désirons souligner le rôle que jouent les controverses et les débats dans la formation et dans
l’évolution des réseaux. D’un autre côté, l’analyse est fondée sur l’approche de l’ANT qui porte
sur une description tout en suivant les étapes de la traduction et sur le modèle de l’intéressement.
Il est à noter que nous n’avons pas observé les usages des technologies pour chacune des
situations observées.
Ces limites ouvrent la voie à des propositions de recherches futures qui portent sur l’aspect

297
entrepreneurial, les innovations et les technologies utilisées ainsi que le modèle économique ou
« Business Model Canvas ». C’est pour cela que nous sommes en cours de préparation d’un
plan de recherche élaboré qui permet l’observation des controverses durant la généralisation de
la technologie utilisée ainsi que l’évolution des réseaux sur le long terme. Nous avons opté pour
une recherche-action et une observation participante qui visent également à étudier les stratégies
mises en œuvre par les acteurs pour structurer le réseau afin d’accroitre l’irréversibilité.

Les implications théoriques, méthodologiques et managériales de la recherche

Le champ de la recherche (la gestion des déchets) se situe au cœur des enjeux
environnementaux actuels. Cette création de connaissance est donc totalement en phase avec
les Objectifs du Développement Durable (ODD) de l’Agenda 2030 ainsi qu’avec les attendus
de l’Accord de Paris de 2015. C’est en particulier directement le cas de l’ODD n° 6 (« eau
propre et assainissement ») et indirectement le cas de l’ODD n° 11 (« villes et communautés
durables ») et de l’ODD n° 12 (« production et consommation responsables »). Notons aussi
l’ODD n° 9 (« Industrie, innovation et infrastructure) est fortement lié à l’innovation et la
recherche scientifique. Ceci aide à promouvoir de nouvelles technologies et une
industrialisation durable. Ceci va dans le sens d’une gestion et utilisation efficaces des déchets.
L’innovation ainsi que le progrès technologique jouent un rôle primordial dans la recherche de
solutions durables aux défis environnementaux et économiques surtout dans les pays qui sont
en voie de développement. Il existe des liens directs et indirectes entre plusieurs ODD et la
gestion des déchets. La création de savoir en est donc cohérente.

Ses implications théoriques sont la mise en congruence de l’ANT avec les deux grands modèles
de l’apprentissage organisationnel et, plus accessoirement, le cadre conceptuel de la
gouvernance locale. Cette perspective a simplement été mentionnée dans le texte et constitue
une piste de recherche prometteuse. Une autre piste de recherche ouverte par la convocation de
l’ANT est celle de la compréhension de la substance de l’innovation inhérente au réseau social
de la collecte, du tri et de la valorisation des déchets.

La mobilisation de l’ANT l’a été sur ses trois registres c’est-à-dire celui d’une théorie (par
repérage et suivi de l’articulation entre des actants humains et non-humains autour des déchets),

298
d’une méthodologie (celle de la traduction) et d’une méthode (celle relative au « modèle de
l’intéressement »). D’un point de vue méthodologique, l’ANT a été convoquée dans le contexte
d’une recherche-action de type exploratoire à partir d’une démarche qualitative reposant sur un
recueil de données mobilisant des documents, mais surtout des entretiens et une auto-
ethnographie. Elle a offert un cadre d’interprétation de ces données au regard du prisme du
« modèle de l’intéressement ».

Les différentes étapes du « modèle de l’intéressement » servent de contexte d’interprétation à


la recherche-action par la mise en exergue de la dynamique de formation et d’évolution du
réseau d’actants. Dumez (2011) signale que l’ANT est une « technologie de la description ».
L’utilisation de cette approche met en effet la question de la description au cœur du travail
scientifique. Elle part du fait que l’actant est celui qui modifie le cours des choses et que c’est
lui qui peut changer les intentions des autres, tout en considérant les objets (le déchet puis les
techniques de collecte, de tri et de recyclage ici) comme étant des actants non-humains. Ce sont
eux qui fondent la description des interactions humaines. Le chercheur est appelé à regarder
faire les actants ; il les observe et les regarde agir et interagir. Ensuite, adviennent les
controverses que suscitent les actants non-humains et qui induisent des points de vue différents.
Il est donc nécessaire de suivre les actions et de noter les transformations suscitées par les
controverses et leur résolution.

Dans cette recherche-action, il faut également noter l’importance de mon expérience en tant
que chercheur, à l’origine profane en matière de connaissance des déchets et qui, en observant
et en agissant, suis devenu actant-expert. C’est un vécu majeur qui accompagne les phases
transformatives et apprenantes dans un réseau qui a pris forme au gré des controverses. La
référence à l’ANT est aujourd’hui courante en sciences de gestion, et l’illustration qui précède
vient de montrer ce que son usage peut apporter à un questionnement adressé aux déchets. Sa
mobilisation implique la connaissance fine de ce corpus. De la même manière que l’on a vu des
agences partout puis des parties prenantes, il ne saurait être question de voir des actants humains
et non-humains partout !

Même si la mise en œuvre du « modèle de l’intéressement » ressemble à la séquence « codage


- interprétation » de la « théorie enracinée » (Glaser & Strauss, 2009), il s’y ajoute ici la dyade
« argument – catégorisation ». L’usage d’un socle théorique nécessite une sérieuse justification

299
et il faut être conscient que tout choix implique nécessairement partialité, qui doit donc être
soigneusement justifiée. Faudra noter aussi que les théories des organisations constituent un
champ essentiel ce qui nécessite une connaissance fine de l’occurrence de leur apparition, de
leur place dans le patrimoine conceptuel qu’elles constituent, de leurs hypothèses centrales, des
débats qui les concernent.

D’un point de vue managérial, la recherche proposée offre un cadre à la compréhension d’un
« entrepreneuriat vert » autour d’« innovations vertes », tant du point de vue des entrepreneurs
et des entreprises concernées que d’un entrepreneuriat social et de celui des financeurs (la
« Fondation Diane » ici). Elle est susceptible de donner les informations nécessaires pour que
les Pouvoirs publics puissent définir et mettre en œuvre une politique publique focalisée sur le
développement d’un entrepreneuriat focalisé sur les enjeux du développement durable et même,
plus généralement, pour qu’ils puissent définir une politique industrielle.

Le recueil de données a été mené à partir de l’observation de deux situations dans deux
municipalités ainsi qu’au regard du parcours professionnel de l’observatrice au sein de la
« Fondation Diane » en support à quatre initiatives de développement de start-ups dans la
gestion des déchets. Ces initiatives qui ont vu le jour à partir de 2015 se sont développées à
partir de quatre types de déchets ménagers : celle d’une ONG de collecte et de recyclage de
déchets électroniques, celle d’une entreprise sociale de collecte et le recyclage de textiles et
habits usés, celle d’une initiative de collecte et de tri des déchets organiques et celle d’une
initiative de sensibilisation et de collecte de déchets recyclables.

La compréhension de l’articulation entre la « Fondation Diane » et les start-ups concernées peut


servir base d’expérience pour un élargissement du financement vers d’autres sources, qu’il
s’agisse de financeurs privés aussi bien que de financeurs publics du type de la Banque
mondiale, à l’heure actuelle au chevet de la société libanaise. Une autre implication porteuse à
noter ici est le travail d’institutionnalisation des déchets qui a commencé à travers les
formations techniques que nous suivons récemment. Ceci offre une piste de recherche future.

Une recherche de ce type est également à même de nourrir la réflexion en matière de business
model canvas (Osterwalder et al., 2010) d’abord en amont du canvas avec la formalisation d’un
raisonnement en « effectuation » au regard d’une « perte acceptable » (affordable loss)

300
(Sarasvathy, 2001) et d’un pivot entrepreneurial. Le pivot entrepreneurial est, rappelons-le, le
moment où, dans le processus de création, au cours de l’étape de concrétisation, l’entrepreneur
modifie le produit / service ou change de logique au regard d’une opportunité nouvellement
identifiée dans le cadre d’une boucle « client – problème – solution », boucle qui entre en phase
avec celle dont il est question dans le « modèle de l’intéressement » mis en parallèle avec les
modèles de l’apprentissage organisationnel.

Les « intermédiaires » du « modèle de l’intéressement » permettent ainsi de nourrir plusieurs


éléments clés constitutifs du canvas (activité-clés - key activities - ressources-clés - key
activities, - proposition de valeur - value proposition - partenaires-clés - key partners). C’est
également le cas avec les « blocs » du canvas : la connaissance du client (« la carte d’empathie »
dont la formulation est en cohérence avec la notion d’« intéressement » du modèle de l’ANT),
la génération d'idées, le prototypage (les « intermédiaires » mis face aux options possibles), le
storytelling (l’histoire à raconter pour communiquer – le pitch du canvas), les scénarios
envisagés. C’est enfin le cas pour ce qui concerne la dominante choisie quant au business
model face aux enjeux de ce type par tressage entre une orientation « développement durable »
et une orientation « technologie – innovation ».

Outre le tressage entre l’ANT et l’apprentissage organisationnel (enjeu théorique et empirique


important), l’illustration développée dans notre recherche permet d’aborder, un point de vue
conceptuel, un des enjeux majeurs de la création de savoir en sciences de gestion aujourd’hui :
la question du développement durable au travers du double registre du déchet et de
l’entrepreneuriat.

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319
Annexes

320
Annexe 1: Journal de bord

Mon journal de bord (2017 – 2021)

C’est mon livre de chevet qui m’aidait à organiser mes pensées et à m’avancer dans mon
travail ; je notais tout ce qui me venait à la tête ; des fois je me réveillais la nuit pour écrire
quelque chose qui pourra me servir plus tard. Je me rappelle avoir tenu un cahier secret
où j’écrivais des poèmes, des chansons, mes petites histoires de jeune fille. Pourtant, je
n’avais pas le talent d’écrire.
Au début de mon parcours doctoral, mon carnet me permettait de garder une trace. Je
gardais aussi dans une chemise des brochures, des photos et autres références qui
pourraient servir plus tard dans l’analyse du matériau. Les pages de réseaux sociaux ainsi
que les journaux en ligne me facilitaient beaucoup la tâche, car il y avait par exemple une
option de sauvegarder tout article, affiche, ou vidéo sur Facebook. Mais en même temps
ça devient à la fois encombrant et difficile de les retranscrire dans mon journal de bord
un tas de documents. Au fur et à mesure que j’avançais dans ma recherche, mon journal
prenait la forme de plusieurs fichiers électroniques, vidéos de YouTube et feuilles libres
apposés sur des textes ou sur des extraits d’analyse ou même sur des verbatims. J’aurai
aimé avoir noté les difficultés rencontrées ainsi que les erreurs commises.
Ainsi le journal de bord a servi à plusieurs reprises et tout au long de la rédaction de la
recherche, surtout à garder des traces de toutes les pensées au moment de l’action.
Plusieurs fragments ont été copiés dans différents chapitres de la thèse. De temps à autre,
je relisais des passages de mon journal afin de revivre l’instant et de prendre un peu de
recul. Pour moi c’était un outil précieux qui a assuré l’acheminement des évènements et
qui a contribué à la qualité de ma recherche.
Il faudra noter que la plupart des notes surtout lors des entretiens n’ont pas été
retranscrites sur ce document « Word ». Il est important de signaler que le texte de mon
journal de bord n’a pas été édité en termes de syntaxes, fautes d’orthographe car je notais
ce que je voyais sans réfléchir aux tournures des phrases, etc. Je le considère comme un
brouillon pour tracer mes observations.

321
Le journal de bord comme compagnon tout au long de ma recherche :
Au début de mon parcours doctoral, mon directeur de thèse m’avait conseillé de tenir un journal
de bord et de noter tout ce qui est en rapport avec les déchets : les séminaires auxquels j’y
participe, les événements récurrents, les activités et coalitions qui se créent, ainsi que tout ce
qui me vient à l’esprit. Tout d’abord, je sentais que c’était une tâche difficile et astreignante,
mais en même temps ça m’aiderait à mettre en ordre mes annotations. Ma façon de regrouper
les données était un peu différente car j’optais pour des formes diverses d’écriture. J’utilisais
les « post-it notes » et les collais sur mon cahier de recherche (c’est un cahier qui
m’accompagnait dans mon parcours pré-doctoral. Il contient mes brouillons de propositions de
sujets de thèse, les notes des séminaires pré-doctoraux, les résumes des articles importants
relevant de mon sujet de recherche, ainsi que les notes des entretiens que j’ai mené pour mon
mémoire propédeutique, etc.).
Il était nécessaire pour moi de noter tous les événements et les dates importantes qui montrent
comment ce sujet de déchets a évolué au Liban surtout que plusieurs acteurs sont de plus en
plus concernés par ce sujet ; il était crucial d’observer l’évolution des perceptions des individus
et leurs interactions qui constituent des réseaux sociaux de circulation des déchets ménagers.
Une gouvernance partenariale des déchets se forme à fur et à mesure comme
institutionnalisation et une meilleure gestion de déchets prenant la forme d’organisations
« apprenantes ». A fur et à mesure que j’avançais dans ma recherche, mon journal de recherche
me servait comme outil où je marquais avec une logique temporelle les commentaires et pensées
diverses relatant de mon sujet de recherche. A chaque rencontre de recherche correspond une
description sommaire ou une observation personnelle. Ce n’est que lorsque j’ai entamé la partie
méthodologie que j’ai consulté mon journal et j’ai décidé d’en faire une copie sur mon
ordinateur et de tout mettre en ordre. J’ai consulté des articles des journaux locaux et
internationaux que j’avais sauvegardé et qui portaient sur le sujet des déchets au Liban. Tous
ces articles et documentaires étaient mis de côté en attendant de voir comment je peux en faire
des résumés et de les mettre dans un ordre chronologique et d’en tirer des conclusions. Ces
articles étaient soit publiés par des quotidiens libanais soit lancés par des activistes ou groupes
environnementaux ou même par des entrepreneurs libanais qui avaient initié des initiatives
environnementales dans le secteur des déchets (sensibilisation, collecte, tri, réduction,
recyclage, compostage, etc.). J’ai donc librement utilisé le journal de bord comme outil
contenant une suite hétéroclite de commentaires et d’annotations divers dont la seule logique

322
est temporelle. Pour mieux comprendre le statut de mon journal, voici quelques précisions sur
les diverses sources ou catégories de données qui le constituent.
- Il comprend les entretiens que j’ai entamé en 2017 pour ma recherche exploratoire : mes
visites à la décharge de Zahlé, à l’Association des Industriels Libanais, au centre de
collecte et de tri Bi-Clean à Bikfaya et les entretiens avec les différents acteurs qui font
partie de l’organisation des déchets, qui sans leur collaboration l’initiative Bi Clean
n’aurait pas vu le jour. Il faudra rajouter toutes les informations que j’ai noté concernant
les initiatives de collecte, de tri et de sensibilisation sur une meilleure gestion des
déchets, les appels des activistes environnementaux qui n’ont cessé de lever la voix
contre la politique des déchets actuelle dans le pays, et les contestations et mouvements
sociaux depuis 2015.
- Il contient les conférences auxquelles j’ai participé en tant qu’auditrice ou paneliste. J’ai
noté les objectifs de ces réunions, les personnes qui étaient présentés, et les sujets qui
étaient traites. J’y ai intégré ce que j’ai appris, les gens avec lesquels j’ai discuté, et j’y
ai inséré les brochures ainsi que toute autre information que je trouvais importante.
- Je sauvegardais tous les articles que je lisais et qui sont en rapport avec la crise des
déchets au Liban depuis le début de ma recherche sur le sujet des déchets (mémoire
propédeutique) en 2017 jusqu’en 2021.

Contenu du journal de bord : le temps, les personnes, les lieux, l’argumentation, les
commentaires, etc.
Dans la partie suivante je vais illustrer quelques extraits de mes écrits, mes pensées que
j’ai retiré de mon journal :

1. Intrapreneuriat : expérience personnelle qui a stimulé mon choix de sujet de


recherche :

Depuis le début de ma recherche, je me demandais quel serait le meilleur outil que j’utiliserai
pour noter tout ce qui m’intrigue et tout ce que j’observe ; les événements étaient très nombreux
et se succédaient depuis le déclenchement de la grève de gestion des déchets au Liban. D’un
côté, je me voyais concernée par ce qui se passe surtout que le sujet de développement durable
dans le pays me tracasse depuis des années, et d’un autre côté, j’avais un rôle à prendre pour
sensibiliser les gens à trier leurs déchets à la source.

323
J’étais responsable marketing en 2015 (date de déclenchement de la crise des déchets) et je
faisais partie de l’équipe d’intrapreneurs dans l’entreprise familiale où je travaillais ; parmi les
différentes lignes de produits que nous produisons, les sacs poubelle en plastique consistaient
un domaine qui a vu le jour quand j’ai rejoint la société en 2001.
En 2011, nous avions conçu des sacs poubelles oxobiodégradables et en 2015, deux mois après
la crise, nous avons introduit différents codes de couleur de sacs poubelle oxobiodégradables
présentés en lot de deux (deux rouleaux, chacun d’une couleur, emballés et vendus ensemble)
et nous en avions distribué des milliers d’échantillons à plusieurs municipalités (acteur principal
de sensibilisation durant la crise) et dans plusieurs points de vente. Le produit a été libellé d’une
façon appropriée : « Sorting waste at home » (tri à la source). Ceci a aidé les municipalités à
différencier entre déchets organiques et ceux recyclables : les autorités locales invitaient les
ménages à trier leurs déchets dans des sacs de couleurs différentes. Il faudra signaler qu’à cette
époque-là, les sacs poubelles avait un code de couleur pour chaque taille : les sacs de 30 litres
étaient tous noirs, ceux de 50 litres bleus, etc.
Ce problème environnemental qui touchait les quartiers pauvres et les quartiers riches, les gens
éduqués et ceux qui ne se sentent pas du tout concernés, enfin ça touchait tout le monde. Les
sacs poubelle s’entassaient au bord des routes, des odeurs dégoutantes submergeaient.

2. Documentaire : « Cycle of life of a plastic bag » qui a déclenché le sujet de ma


recherche (URL : https://www.youtube.com/watch?v=GLgh9h2ePYw)

Un soir, vers début mai 2017, je reçois une vidéo ‘You Tube’ intitulée « the majestic plastic
bag » qui montre le voyage d’un sac en plastique. Son voyage commence lorsqu’il s’échappe
de la main d’un homme qui faisait ses courses à la sortie d’un supermarché. Grâce au vent, il
traverse la ville et heurte tout ce qu’il croise. Il passe par un parc, échappe aux éboueurs et part
dans d’autres aventures dans la ville en visitant les différents quartiers et ruelles, se fait écraser
par les pneus des voitures, se repose sur les bords des routes jusqu’à ce que les échappements
des voitures soufflent l’air gris qui le faisait de nouveau voler. Il atterrit dans les petites rivières
et devient un bon nageur. Il traverse les fleuves pour enfin atterrir en mer pour joindre la grande
communauté de millions de produits et particules en plastique qui occupe une grande partie de
l’océan et qui fait le double de la taille de Texas aux Etats-Unis.

324
Figure ci-dessus : Capture d’écran du documentaire sur You Tube

Ce documentaire était le point déclencheur de mon sujet de recherche, surtout que la crise des
déchets était à son pic et qu’aucune décision gouvernementale n’a été prise. Durant cette même
période, Plusieurs initiatives ont été lancées dans les régions les plus affectées par la crise. Le
lendemain (après avoir regardé ce film qui m’a inspiré) j’assistais à une formation doctorale.
Une dizaine de minutes étaient données à chacun des participants pour parler du sujet de thèse.
J’ai commencé mon discours en racontant mon expérience (innovation dans l’entreprise)
ensuite le voyage du sac en plastique. J’ai aussi parlé des souffleurs de verre traditionnels qui
recyclent le verre et produisent une grande variété de verrerie ; l’initiative GGRIL « Green
Glass Recycling Initiative » était créée par des activistes environnementaux et ingénieurs
industriels. Il faut noter que la seule usine de production de verre au Liban a été démolie durant
la guerre de 2006 dans le Sud du pays.
Tout le monde écoutait l’histoire avec enthousiasme et j’eus un premier retour de la part des
responsables de la formation en me disant que voilà le sujet de recherche est bien défini. Je me
rappelle très bien aussi lorsque Prof Pesqueux, qui à l’époque était responsable des formations
pré-doctorales au Cnam, me demande de réfléchir à travers la crise des déchets au suivant : qui
traduit quoi à qui et comment ?
Ceci était le point déclencheur de mon sujet de recherche. Le premier travail était mon mémoire
propédeutique en 2017, une étude exploratoire menée sur le sujet des déchets : « le rapport aux
déchets comme mode d’apprentissage » (un aperçu est présenté à la fin de ce document).

3. Entretiens tout au long de mon parcours doctoral :

325
Depuis, j’ai entamé une série d’entretiens et réunions avec plusieurs acteurs. Ceci a servi
comme source d’informations importantes pour comprendre comment en était-on arrivé là.
Date Nature Personnes / rôle Organisation Description / Mon Rôle/objectif
argumentation

Juin, 2017 Réunion Charbel Keyrouz Averda (Sukleen) Historique : les débuts de Chercheur
(Operations Sukleen /Comprendre
Manager) l’historique de la
gouvernance des
déchets au Liban
Juin, 2017 Réunion Rana Tabcharani Association des Le rôle de l’association Membre du comité
(Directrice du Industriels Libanais dans le secteur d’environnement à
département (ALI) environnement, recyclage, ALI et chercheur/
environnement et sensibilisation. Avoir des Comprendre
énergie) contacts de personnes clés l’infrastructure et avoir
des contacts
Juin, 2017 Entretien Lina Gemayel BI-CLEAN Comprendre le début de Etude exploratoire
(directrice de Bi- leur initiative et (chercheur) /
Clean) l’interaction avec les comprendre quels sont
différents acteurs les différents acteurs
Juillet, Entretien Fouad Jaafar Sibline Pourquoi en est-on arrivé Mémoire
2017 (directeur de la là ? propédeutique en
cimenterie de cours (chercheur)/
Sibline et membre qu’est-ce qu’il faudra
du comité chercher exactement
ministériel pour la (résoudre le problème
gestion des des déchets ou
déchets) comprendre les
représentations des
gens ?)
Juillet, Réunion Chris Der Arc En Ciel Quelle recherche mener ? Etude exploratoire
2017 Sarkissian (Expert (chercheur)/
en déchets) comprendre quels sont
les différents acteurs
depuis la crise de
2015 et comment ils
interagissent?
Juillet, Visite du site Simon et Joseph El Zahlé Sanitary Voir comment ça Etude exploratoire
2017 Kai (gérants du Landfill fonctionne et avoir une (chercheur) /
centre de collecte et idée si les poubelles comprendre si les
de tri et de la viennent triées, etc. municipalités prennent
décharge de la Casa des initiatives pour le
de Zahlé) tri et le recyclage
Aout , Entretien Ziad Abi Chaker Cedar Envionmental Initiative de tri et de Etude exploratoire
2017 (« Garbage King » recyclage à Beit Meri : (chercheur)
et fondateur de comprendre quels sont les
Cedar défis auxquels ils font face
Environmental)
Aout, 2017 Entretien Résidents de Bi-Clean Rôle et représentations Etude exploratoire
Bikfaya (chercheur)

326
Aout, 2017 Entretien Nicole Gemayel Bi-Clean Rôle et représentations Etude exploratoire
(Municipalité de (chercheur)
Bikfaya)
Aout, 2017 Entretien Fadi Gemayel Bi-Clean Rôle et représentations Etude exploratoire
(Gemayel Frères) (chercheur)
Avril, 2019 Conférence Moi-même Lebanon Waste Première conférence et Recherche-
Chairman et Management exhibition pour la gestion intervention
modératrice Conference des déchets au Liban
Mai, 2019 Conférence Membres du Ministère de Participation de différents Recherche-action
comité de l’environnement acteurs de la crise et le rôle
l’environnement sous le patronage du de l’Etat
(association des Président de la
industriels libanais) République
Libanaise
Septembre, Entretien Pierre Baaklini Lebanon Waste Qu’est ce qui a changé Recherche-action
2019 (activiste) Management depuis 2015 ; et quels sont (mon rôle comme
les défis auxquels il fait gérante de projets verts
face avec son organisation à Fondation Diane)
de collecte, de tri et de
recyclage ?
Octobre, Observation Diana Fadel Fondation Diane Expérience et interactions Recherche-action
2019 (fondatrice) entre chercheurs, (volontaire a
activistes, ingénieurs, Fondation Diane pour
lobbying, municipalités et soutenir dans les
autres projets de gestion et de
tri des déchets – USJ
verte et collecte des
batteries, déchets
électroniques,
compostage, etc.)
Janvier, Observation Marc Aoun et Compost Baladi Comment son entreprise Recherche-action
2020 Antoine Abou sociale a vu le jour en (mon rôle comme
Moussa (co- 2017 ? gérante de projets verts
fondateurs) à Fondation Diane.
Compost Baladi étant
l’une de nos start-ups)
Septembre, Entretien Omar Itani Fabric Aid Comment son entreprise Recherche-action
2020 (fondateur) sociale a vu le jour en (mon rôle comme
2016 ? gérante de projets verts
à Fondation Diane.
Fabric Aid étant l’une
de nos start-ups)
Octobre, Entretien Marwan Sfeir (co- Precious Plastics Comment cette initiative Recherche-action
2020 fondateur) Lebanon avance ? car tout tourne (mon rôle comme
autour des déchets gérante de projets verts
à Fondation Diane)
Décembre, Observation Gaby Kassab EcoServ Comment les événements Recherche-action
2020 (fondateur) au Liban surtout (mon rôle comme
l’explosion de Beyrouth a gérante de « projets
fait interagir les individus verts » à Fondation
vis-à-vis du tri ? Diane. EcoServ étant
l’une de nos start-ups)

327
Janvier, Observation Khodr Eid Green Track Comment cette initiative a Recherche-action
2021 réussi dans un des (mon rôle comme
quartiers les plus pauvres gérante de « projets
au Liban ? verts » à Fondation
Diane. Green Track
étant l’une de nos start-
ups)
Mars, 2021 Réunion Dominique Chercheur Qu’a-t-on appris des Dans quelle catégorie
Salemeh spécialiste en déchets (après avoir assisté de déchets pourrait-on
déchets à toutes les initiatives de innover
recyclage depuis 2015 ?
Mars, 2021 Réunions Antoine Abou Initiatives de Dynamique Eléments d’analyse
/entretiens Moussa & Marc gestion des déchets entrepreneuriale, acteurs par rapport aux
Aoun (Compost (financées par impliqués : ces situations questions de recherche
Baladi) Fondation Diane) constituent la matière de
Gaby Kassab description et
(EcoServ) d’observation du terrain
Khoder Eid (Green
Track)
Omar Itani (Fabric
Aid)
Mars, 2021 Webinaire Bi-Clean Waste Management Discussion très Une interaction entre
Beit Mery Conférence intéressante entre les plusieurs acteurs est
+ EcoServ, Green (organisé par fondateurs d’initiatives de l’essence de la réussite
Track, Lebtivity) gestion et interaction avec des initiatives. Ces
Ainsi que d’autres le grand public (d’autres organisations sont
initiatives de tri et acteurs apprenantes (elles
de collecte (Live apprennent autour des
Love Recycle et déchets)
FROZ)

Les entretiens qui ont été établis en 2017 ont servi de base pour l’étude exploratoire, et ont été
retranscrits J’avais pris l’initiative de Bi Clean comme exemple car il s’agissait de plusieurs
acteurs qui n’étaient jamais concernés dans la gestion des déchets avant la crise de 2015, mais
qui ont interagi ensemble pour trouver une solution durable au problème des déchets ménagers.

Photos : Visite du centre de collecte et de tri de déchets à Bikfaya en 2017 : Bi-Clean (l’une des
premières initiatives de tri lancée en 2016 au Liban)

328
Photos lors de ma visite du centre de collecte et de tri de déchets à Zahlé (Juillet, 2017)
Email envoyé le 21 Juillet 2017 à Ziad Abi Chaker, entrepreneur et activiste environnemental
connu comme « le roi des déchets » depuis 2015:

Dear Eng. AbiChaker,

I have always been following with great interest your green initiatives and projects since
the waste crisis started to heavily deteriorate in Lebanon in summer 2015.

I have been 15 years in a family business involved in tissue paper and cardboard recycling:
I was in charge of developing our management systems according to ISO9001, 22000 and
lately 14000 and of research and development.

Few months ago, I quit my job for family reasons and started a PhD research in social
sciences, a subject for which I always had a strong interest and passion, namely the trash
crisis in Lebanon. I have always been interested in the environmental issues and I thought
of myself as a potential positive actor in this field in Lebanon. My main focus and interest
is to give the best I can to try and help resolve at least partially this vital problem my
beloved country is facing.

At this preliminary phase of my research, I need of course to meet important stakeholders


and key players who are expert in the solid waste management issue in Lebanon. i.e. I
thought you would be the best person on top of my list to get in touch with due to your
expertise, as subject-matter, knowledge and achievements.

329
You have been also referenced by Dr Fadi Gemayel, President of the Association of
Lebanese Industrialists, where I am a member of the Environment and Energy committee.

I am certain your time is very precious as you have got a lot going on, yet an appointment
with you at your earliest convenience would be a great pleasure for me and would surely
help me a lot in my research.

In fact, my thesis subject concerns the trash itself: “Le rapport aux déchets comme mode
d’apprentissage” and I intend to deal with the positive side of trash (a non-human actant
telling us human actants positive stories).

I would appreciate if you can spare me a little time to discuss the above subject.

Thank you and I remain with kind regards,

Nancy Saliba Boueri

Depuis ma réunion avec Ziad, j’ai suivi ses activités et j’ai assisté à plusieurs interventions dans
plusieurs régions Libanaises. En 2021, j’ai fait un autre entretien avec lui pour voir surtout ce qui a
changé depuis 2015 et pour chercher s’il y a eu un apprentissage profond au travers des déchets. Il
a établi l’usine de traitement des déchets qui génère zéro déchet. J’ai aussi sauvegardé les
documentaires qu’il a fait sur les déchets ainsi que les articles et webinaires auxquels il a assisté.
Tous ces documents m’ont servi a avancé dans la rédaction de ma thèse surtout la partie qui porte
sur l’analyse.

Voici un exemple de projet que Ziad a développé à partir du recyclage de sacs en plastique : des
Eco-Boards qui servent à faire des projets de plantations verticales sur les toits des immeubles à
Beyrouth.

330
4. Conférence sur la crise des déchets à la chambre de commerce à Tripoli (10 février
2019)

L'Université libano-française a organisé un colloque qui a présenté de multiples propositions


pour la crise des déchets à Tripoli, en présence du président de la Chambre de Tripoli et du
Nord et du maire de Tripoli. Durant la conférence, des chercheurs en sciences de
l’environnement ont présenté le problème des déchets à Tripoli et les risques environnementaux
et sanitaires associés à cette crise. Ensuite, diverses propositions techniques ont été présentées
pour faire face à la crise des déchets ménagers à Tripoli, en tenant compte des causes, des
circonstances et de la nature du problème existant. Depuis 2015, plusieurs rencontres ont eu
lieu dans diverses régions du Liban. J’ai assisté à quelques-unes pour comprendre quels sont
les éléments déclencheurs de la crise ainsi de connaitre les différentes entités qui s’impliquent
et les raisons pour lesquelles elles interagissent.
5. Première conférence nationale et exposition sur les déchets ménagers au Liban (9-
11 avril 2019)

331
Cet évènement était bénéfique à tous les niveaux. Tout a commencé quand j’ai vu une pub sur
la conférence intitulée « Waste Management Exhibition and Conference » organized by
Lebanon Expo for the first time in Lebanon, la première conférence et exposition sur la gestion
des déchets au Liban. J’ai contacté les organisateurs de cet évènement pour les informer que je
suis intéressée à participer à cette conférence et leur demander si c’est possible de faire partie
de l’équipe organisatrice.
Durant mon RDV avec le directeur, je lui explique que je suis intéressée car je fais ma recherche
sur les déchets, et je suis prête d’aider l’équipe organisatrice. Le directeur me remercie en me
disant que je suis la bienvenue et qu’ils ont besoin de moi pour les mettre en contact avec les
industriels car la société organisatrice n’était pas basée au Liban et avait des difficultés à trouver
des sponsors et des exposants, etc. Il accepte ma demande avec plaisir et me donne la possibilité
de choisir entre plusieurs modes de coopération.
Je faisais donc partie de l’équipe organisatrice pour cet évènement (waste management
exhibition and conférence) qui a eu lieu pour la première fois au Liban. J’étais responsable de
tout ce qui est en rapport avec la conférence ; parmi les taches qui m’ont été données :
- Contacter les conférenciers (panelistes), coordination des présentations et du
programme de la conférence ;

332
- Master of conférence (MC) : préparer le discours de bienvenue et coordonner avec le
ministère de l’environnement Libanais qui était le partenaire principal ;
- Modératrice et assistante du « chairman » durant les 2 jours de conférence : c’était ma
toute première intervention dans un congrès ;
- Contacter les invités d’honneur (les industriels, les municipalités et les ambassadeurs,
etc.) pour confirmer leur présence. Etant toujours membre à l’association des industriels
libanais, ceci m’a beaucoup aidé à les contacter ;
- J’ai même planifié tout ce qui était en rapport avec les trophées, le catalogue de
l’exposition et le design de l’écran principal durant l’ouverture et durant la conférence.

Cet événement m’a permis à apprendre beaucoup sur les déchets au Liban (composition, modes
de traitements, etc.), et m’a permis de connaitre plein de gens dans ce domaine : des
investisseurs, des chercheurs, des associations, des partis environnementaux, des conseillers
ainsi que les différentes parties concernées dans la crise des déchets au Liban et surtout avec
l’équipe du ministère de l’environnement qui travaille sur la mise en œuvre de la nouvelle
stratégie de gestion des déchets. Dans leur plan, ils veulent impliquer des chercheurs et des
ingénieurs ainsi que des résidents dans leur projet pilote afin de tester leur plan.
J’ai proposé au conseiller du ministre de lui montrer mon modèle de recherche qui parle des
réseaux sociaux de recyclage des déchets et des interactions entre les différentes parties, etc…
et que dans un an, je serais en train de faire ma recherche sur le terrain si ça les intéresse
d’adopter ma recherche. Il faudra noter que le mandat du ministre était très court vu les
circonstances économiques dans le pays : le début de la révolution libanaise le 19 octobre 2019
et le retrait des ministres en novembre 2019. Un nouveau corps ministériel restreint temporaire
a été désigné vers début 2020, mais qui ne comprenais qu’un nombre restreint de ministres. Un
seul ministre était chargé de trois ministères en même temps dont celui de l’environnement.
Il est important de noter la grave erreur que le ministre F. Jreissati a commise avant la fin de
son mandat en 2019 : durant un communiqué de presse, il s’est adressé aux ménages d’un ton
menaçant : « si vous ne triez pas, vous ne devez pas vous plaindre sur la situation actuelle et ne
nous faites pas entendre votre voix ». Ceci a donné lieu à des critiques et des protestations
énormes.
Note importante : ci-dessous j’ai copié collé une partie de la communication initiale avec les
organisateurs de cet évènement, ainsi qu’une lettre de leur part précisant mon rôle dans la
conférence.

333
334
6. “Beirut Environment Conference” – 3 Mai, 2019
Une autre conférence a été organisée par le Ministère de l’Environnement sous le patronage du
Président de la République Libanaise. La première séance portait sur la gestion intégrée des
déchets solides. Je faisais partie du comité de l’environnement au sein de l’Association des
Industriels Libanais. Le président du comité “Sami Assaf” était l’un des pénalistes.
Au cours de cette session, les panélistes ont abordé diverses questions liées au secteur des
déchets solides pour refléter les défis, les interventions prévues, les stratégies et plans potentiels,
les risques et les opportunités dans le secteur. Cette session a reflété le rôle des industries et les
étapes potentielles vers la durabilité.

335
336
Cette conférence a permis la mise en réseau avec plusieurs acteurs de la gestion des déchets
dans le pays, surtout que plusieurs d’entre eux étaient présents à la conférence précédente. J’ai
pu consolider des relations avec des entités différentes Je m’introduisais en tant qu’industrielle
et en tant que chercheur en matière de déchets.

7. Ma présence à d’autres colloques et réunions

D’autres réunions et évènements auxquels j’ai participé ont joué un rôle assez important dans
la compréhension de la situation et de son évolution par rapport à 2015. Citons quelques-uns
que j’ai noté :
- 24-25 Janvier 2019 : délégation polonaise au Liban – réunion avec les membres du
comité de l’environnement à l’Association des Industriels Libanais – ALI

Des experts ont proposé l’adoption de leur technologie « Mineralization of waste : a thermal
cracking technique of pyrolysis at low temperature ». Ils étaient pour l’incinération des déchets
mais sans feu. Les experts qui étaient au comité n’étaient pas convaincus de cette technologie
car un grand pourcentage des déchets solides au Liban est constitué de matières organiques ce
qui demanderait un processus de séchage, et donc va rendre le processus d’incinération assez
complexe et très couteux.
- 14 Mai 2019 : Présentation Poster de ma recherche durant les journées doctorales au
Cnam Paris.

C’était une première expérience pour moi de présenter mon travail de recherche sous forme de
Poster devant d’autres doctorants. Ceci m’a permis de revoir la problématique ainsi que les
questions de recherches ainsi que les théories à mobiliser dans ma recherche. Mon travail a
remporté le premier prix de mise en forme par le jury. Voici une version de résolution basse en
image.

337
338
- 11 Aout 2019 : conférence de sensibilisation au tri auprès de la municipalité de Kfour
(Mon- Liban) – par Ziad Abi Chaker : des bennes de recyclage ont été installées à côté
du centre de municipalité

- 25 Aout 2019 : J’ai rencontré Antoine Abou Moussa, activiste environnemental,


fondateur de Compost Baladi et consultant à Fondation Diane. On s’est échangé
quelques informations et discute autour de la gestion des déchets et de son projet de
compostage. Il m’avait proposé de l’aider en tant que volontaire à Fondation Diane car
ils venaient d’inaugurer RayMondo, un incubateur pour des industries « vertes ». Et
depuis, une nouvelle carrière ouvrait ses portes auprès des projets innovants de gestion
des déchets au Liban.

- 11 Décembre 2019 : A Zero Waste Lebanon : un documentaire par Ziad Abi


Chaker (retranscrit en Anglais)
Our garbage which we have been dealing with as a huge problem is in fact the best
resource. Lebanon has been facing an unprecedented garbage crisis; since then we have
been handling this crisis poorly. It was decided to forcefully reopen Naameh landfill for
two months and to open two landfills one in Bourj Hammoud and one in Costa Brava
(Choueifat). They will adopt these two dumpsites for four years after which they will
import four incinerators to incinerate garbage of Lebanon.
339
Needless to say, if this were implemented, it would impose a great threat to the country.
This garbage bag that we are afraid of, is nothing than material which Lebanon has the
industrial infrastructure to recycle (paper and cardboard, glass, aluminum and metals,
nylon bags and organic material). This documentary shed the light on recycling
companies and shows their impact on both environmental and economic levels (for
example Lefico, a company that produces PET since 2003 and has 80 employs working
24/24 hours. All plastic bottles are washed then shredded and then pulled in strings ; in
the final stage of production the factory transforms the strings into a fiber called
Polyester. The documentary describes the recycling process at Solicar (recycling paper
and cardboards), Msallim Plastics recycling colored plastics into crates for vegetables,
irrigation hoses, flower pots, etc., a glass recycling company and a metal scrapping and
compressing factory.
Ziad talked about his initiative at Beit Meri, a zero waste recycling factory.
He also said that there is an alternative solution to solve the garbage problem in
Lebanon; it is by creating as many garbage sorting centers in many regions. He added
that this can be implemented in collaboration with the municipalities. A municipality or
a cluster of municipalities that transport their garbage to the local factory using normal
mini trucks without using compactor trucks.
The factory at Beit Meri has a sorting assembly line and employees that work on sorting
the garbage (organic and non-organic waste. The size of the factory depends on the
quantity of waste that is produced by the surrounding area. Factories can be set to handle
from 10 tons up to 100 tons per day.
The benefits of this non-decentralized plan is that the government or municipality does
not need to invest in the establishment of these factories. It leaves the investment part
to the private sector. This will allow the private sector to evolve, to propose projects and
to implement them at its own cost because at the end the private sector will be hel
responsible for the success or failure of these projects. The government will play the
role of monitoring the proper functioning of these companies based on their issued
licenses.
He also described the flow of sorting and compressing recyclables and inert material;
he showed his invention of transforming plastics into eco-boards that are used for
vertical plantation, green walls, etc.

340
- Octobre 2020 : Article que j’ai rédigé dans la revue Libanaise : Le Commerce du
Levant

INDUSTRIE ET ENVIRONNEMENT : les défis écologiques


341
La tendance est au vert, les réseaux sociaux se veulent avant-gardistes et le marché est saturé
d’industries qui achètent, fabriquent et revendent des produits écologiquement « safe » ne
présentant aucun danger à notre chère planète. Illusion ou réalité ?
Ne soyons pas dupes ; l’industrie libanaise avance en terrain miné.
Bien souvent, l’essor industriel est assimilé à la destruction de l’environnement. Néanmoins, la
prise de conscience écologique s’est déployée récemment chez les industriels qui, en adoptant
des concepts écologiques essaient d’en réduire les nuisances. Éventuellement, les initiatives
industrielles en faveur de l’environnement ont donc augmenté ; plus de 340,000 entreprises sont
aujourd’hui certifiées ISO 14001 - Norme internationale de système de management
environnemental - dans le monde (Iso.org, 2017). La mise en œuvre de cette norme permet de
réduire l'impact environnemental et fait désormais l'objet de mesures et d'améliorations dans
l’entreprise.
L’intégration de ces mesures environnementales porte sur une démarche fondamentale qui
concerne tous les aspects de l’entreprise. Sa mise en œuvre passe initialement par un audit
environnement qui par la suite devient un outil de management écologique. Si cette orientation
se généralisait, le problème environnemental ne serait plus d’érafler l’image de l’industriel-
pollueur, mais d’orienter chacun de nous à adopter un comportement plus responsable et
d’apporter des solutions aux problèmes environnementaux globaux ; c’est avant tout balayer
devant sa porte !
Typologie d’entreprises et comportement écologique
Bien sûr, on ne devient pas du jour au lendemain soucieux de notre environnement surtout
quand il s’agit de changements parfois drastiques au cœur des processus et un surplus de coûts
quelquefois exorbitants.
Il existe quatre types d’entreprises en termes de comportement environnemental (Liefooghe,
2011). L’entreprise prédatrice, responsable de la détérioration de l’environnement local par
l’épuisement de ses ressources, l’entreprise sous surveillance qui surgit après une prise de
conscience citoyenne et politique des nuisances environnementales, l’entreprise éco-citoyenne
qui adopte une stratégie proactive, et l’entreprise « Clean Tech » ou « Green Tech » qui vise
à concevoir des biens et services susceptibles d’améliorer l’environnement et à consommer
moins d’énergie et de ressources. On pourrait dire qu’un nombre croissant d’entreprises
admettent qu’il leur appartient, à l’avenir, de contribuer à la protection de l’environnement.
L’industrie et l’environnement au Liban : union ou divorce ?
« Il faut rendre à César ce qui est à César. »

342
Chaque acte, chaque responsabilité, devrait être attribuée à son auteur. De ce fait, si la situation
dans laquelle se trouve le Liban aujourd'hui n'est pas à envier, la responsabilité ne retombe pas
sur un seul coupable. État, industries et citoyens sont tous fautifs. Cependant pas nécessairement
faute de vouloir, souvent plutôt faute d’ignorance.
La plupart des entreprises au Liban sont considérées comme relevant des industries légères
(IDAL, 2017). Elles peuvent avoir des impacts négatifs potentiels sur l'environnement, mais
elles jouent également un rôle important dans le développement économique du pays.
Bien qu'il existe 72 zones industrielles déclarées, la majorité des industries est située en dehors
de ces zones, principalement dans les zones urbaines où résident les deux tiers de la population
libanaise. En termes de déchets solides industriels, 188, 000 tonnes sont générées par an au
Liban et constituent environ 6% du total de déchets solides dans le pays (SOER, 2010). Ces
déchets peuvent être classés en 2 catégories (SWEEP-NET, 2014) : les déchets non dangereux
(environ 185,000 tonnes par an) ; et ceux dangereux (environ 3,338 tonnes par an). Cependant,
en l’absence de contrôles stricts, la majorité des déchets industriels sont mélangés aux déchets
municipaux.
Quant aux eaux usées industrielles, elles représentent environ 12% du total des eaux usées du
pays et sont rejetées dans les systèmes d’égouts urbains. Il est difficile d’estimer la charge totale
de polluants rejetés par le secteur industriel par manque de données précises.
En termes d’émission de gaz, les industries génèrent deux types d’émissions : celles de
combustion et celles des procédés de fabrication. Les émissions de combustion sont similaires
à celles du secteur de l’énergie et des transports. Les cimenteries étant les plus grands
producteurs de CO2. Cependant, les combustions des procédés de fabrication diffèrent en
fonction du processus lui-même, de l'efficacité des équipements industriels, ainsi que des
opérations de charge et de décharge des matières premières avant d'entrer dans le ‘process’
industriel.
D’où la nécessité de mettre en œuvre des normes environnementales afin de protéger
l’écosystème.
Au Liban, les industries sont de plus en plus conscientes des enjeux environnementaux et
souhaitent s'adapter aux conditions environnementales afin de répondre efficacement à ces
pressions. Actuellement, 39 entreprises sont certifiées ISO 14001 au Liban avec une
augmentation de 60% en trois ans seulement (Iso.org, 2017), ce qui justifie cette tendance pro-
environnementale. L’usine de recyclage de papier ‘Sicomo’ contribue annuellement à la
réduction de l’impact environnemental à partir de la transformation de plus de 40,000 tonnes

343
de déchets plastiques et autres en énergie. L’entreprise d’eau minérale « Berdawni » qui
embouteille plus de 180 millions de litres d’eau par an, économise 50% du total de ses dépenses
énergétiques grâce à l’installation de panneaux solaires.
Sur un autre ton, soulignons le rôle de l’Etat dans la diffusion et l’application des lois et
décisions concernant la protection et la conformité environnementales. Le programme LEPAP
- Lebanon Environmental Pollution Abatement Project - financé par la Banque Mondiale et mis
en œuvre depuis 2014 par le Ministère de l’Environnement, vise à renforcer les capacités des
entreprises dans la réduction de la pollution industrielle, et les aider à obtenir des prêts
subventionnés, à des fins environnementales, de la Banque du Liban avec des intérêts allant
jusqu'à 0%.
Nonobstant, il reste beaucoup à faire de la part du secteur industriel et de la part de l’Etat.
Compte tenu des solutions innovantes que les associations, ONG et comités proposent
régulièrement, il est surtout question d’engagement citoyen.
« La question de soutenabilité est une question qui implique le futur, par nature inconnu, et très
imparfaitement prévisible » (Blanchet, 2012). Au Liban, on reste dans une optique de bien-être
instantané. La prise de conscience croissante de l’urgence de s’occuper du long terme se heurte
à la réduction des marges de manœuvre publiques, aux contraintes budgétaires, à l’ampleur des
obstacles économiques et sociaux, et à un agenda politique privilégiant l’immédiateté et le court
terme.
Nancy Saliba Boueri (Septembre, 2019)

- 3 Mai, 2020 : Séance « Live » sur Facebook présentée par Elie Madi, Bi-Clean
Informations sur comment réutiliser les déchets plastiques et ceux en verre en montrant
comment Bi-Clean font souffler le verre pour en faire des articles de décor, centres de
tables, etc.

344
Elie a raconté l’histoire de Bi-Clean, qui sans la coopération de plusieurs entités surtout
celle des habitants de Bikfaya, ils n’en étaient pas arrivés à recycler plus de 200 tonnes

345
de déchets par semaine. Bi Clean a fêté ses 4 ans. Les activités principales sont : la
sensibilisation au tri (en collaboration avec les Scouts du Liban, les ONG, etc.), la
collecte des déchets triées en 3 catégories : recyclables, organiques et autres, le
compostage, Up-Cycling, formations des autres municipalités sur le tri ainsi que la
formation des institutions publiques comme les écoles, l’Université Libanaise, etc.
Ensuite, il s’est adressé à tous les Libanais pour les appeler à trier leurs déchets et
d’inciter les municipalités à suivre l’exemple de Bikfaya.

- 5 Mai 2020 : webinaire « Solid waste management, back to crisis » 2020) ; ce webinaire
organisé par Berytech avait comme intervenante principale, Professeure Najat Saliba de
l’AUB, centre de conservation de la nature

346
La décharge côtière de Jdeideh a atteint sa capacité maximale en 2019 sans aucun plan alternatif
de la part du gouvernement. Une suggestion a été portée par le ministre de l’Environnement
Fadi Jreissati qui consiste d’adopter 24 décharges sanitaires dans chacune des régions
libanaises et appelle à une décentralisation de la gestion des déchets. Les activistes considèrent
que cette proposition n’a pas été étudiée ni du côté environnemental ni économique. Le contrat
de la décharge de Jdeideh a été renouvelé en 2018, malgré sa situation sanitaire précaire jusqu’à
atteindre sa capacité maximale fin avril 2020.
Les déchets s’entassèrent de nouveau sur les routes comme si la scène n’a pas changé entre la
crise de 2015 et 2018. Après réunion au sérail en la présence des députés de la région du Mont
Liban, les municipalités décident de rajouter 3 mois supplémentaires sans même présenter un
plan de contingence.
Le même jour de cette conférence, un article publié par le quotidien Al Akhbar sur Facebook,
discutant du même problème et rajoutant celui de la pandémie et du risque apporté par les gens
atteints du Covid 19 sur leurs déchets, qui sont de nouveau entassés dans les rues un peu partout.
En plus des odeurs nauséabondes qui émanent de la décharge de Jdeideh qui est située en pleine
ville et au bord de la mer Méditerranée.
De Najat poste sur Facebook sur son compte : c’est interdit par la loi d’incinérer à l’air libre.
Ce message accompagné par des photos d’incinération des déchets dans des quartiers
résidentiels dans la ville d’Antelias.

- 7 Septembre 2020 : meeting avec Pierre Baaklini « Lebanon Waste Management »


initiative qui a démarré en 2019

Description de son initiative qui est différente des autres comme il l’a raconté: il prend son
camion avec des ouvriers et tournent dans Broummana ainsi que dans d’autres municipalités
comme Dhour Choueir et Kornet El Hamra (il s’est entendu avec la municipalité) : ils vident
les bennes de déchets et les trient sur place, regroupent les recyclables et les mettent dans leurs
camions ; ensuite ils referment les sacs poubelles contenant des déchets organiques et autres
non recyclables et les remettent dans les bennes. D’après lui : plus il arrive à trier avec les
ressources qu’il a, plus il réduit les quantités des déchets qui partiront en décharge. Il parle de
3 tonnes de déchets triés par jour. Le rôle de la municipalité est de sensibiliser les gens à trier
leurs déchets. Dans le village de Dhour Chweir, sa société possède un terrain dans lequel tous
les déchets déjà collectés sont triés pour une deuxième fois, compactés et vendus à des usines
de recyclage. Il a parlé d’un programme avec Compost Baladi pour le traitement des déchets
347
organiques dans les municipalités en question. Ils essaient de retirer petit à petit les bennes qui
sont posées dans les ruelles afin d’inciter les gens à trier chez eux et à contribuer à la continuité
des activités de transport et de traitement des déchets. Par exemple à Dhour il y a 90 bennes au
total ; l’objectif est de les réduire à 30 d’ici la fin de l’année.
Les résidents qui trient eux-mêmes les déchets paient en contrepartie une petite somme (10$)
pour chaque collecte et la liste de tous ces habitants sera envoyée à Pierre pour passer chez eux
quand ils l’appellent.
En fin de compte cette organisation veut gagner pour pouvoir continuer sa mission car elle n’est
pas subventionnée par l’Etat ni par une autre institution.
Il utilise ses pages sur les réseaux sociaux et en peu de temps il a des centaines de milliers de
« followers » sur ses pages Facebook et Instagram car d’après lui les gens sont de plus en plus
conscients et sont concernés par le sujet des déchets dans le pays. Ils diffusent des faits et des
vidéos pour montrer aux gens ce qui se passe…
Ils ont pris un centre balnéaire « Holiday Beach » ; la société a employé deux personnes qui
passent dans tous les coins du centre en montrant aux gens comment ils trient les déchets ; c’est-
à-dire ils vident les poubelles a cote des piscines et trient les déchets sur place avant de les
transporter ailleurs. Cette activité incite les gens à réfléchir autour du geste de tri. Les employés
sont équipés et portent des uniformes pour attirer l’attention des gens. Ces gestes journaliers
incitent les gens à les regarder faire et parfois à trier avec eux.
La société a lancé une campagne sur les réseaux sociaux pour soutenir les usines de recyclages
au Liban et l’industrie en général : dans chacune des vidéos, ils introduisaient une usine de
recyclage, son lieu d’opérations comme l’usine de recyclage de verre situé à Tripoli au Nord
du Liban.
Je lui ai demandé à me donner qui sont les concurrents de Lebanon Waste Management : Live
Love Recycle, Recycle Beirut mais d’après lui ils se complètent. Leurs points forts c’est leur
équipe qui est formée et dévouée. L’équipe de travail arrive à régler tous les problèmes auxquels
ils font face.
Le centre de LWM se situe dans une zone industrielle à Bauchrieh, une banlieue de Beyrouth ;
ils ont un permis de la municipalité. Je lui ai demandé du destin des déchets électroniques et
batteries : il les trie et les vend aux usines de recyclage et de traitement des déchets (par exemple
pour les batteries il les vend à une société à Chekka).

348
Le 4 aout 2020, ils lancent appel à volontaires sur les réseaux sociaux le soir même de
l’explosion : ils ont reçu plein d’applications et le lendemain il étaient une centaine de
personnes à nettoyer les rues de Beyrouth et à aider les gens à ramasser les débris.
LWM est la première initiative à ramasser les polyform : ils les compressent et les chauffent
pour avoir des filaments pour les réutiliser dans d’autres utilisations…
Ils ont aussi lancé récemment « Eco-wedding » package : pour les futurs mariés qui veulent
contribuer à la réduction des déchets, contactent LWM pour nettoyer durant le diner : les
employés sont en costume et se déplacent entre les tables durant la soirée et ramassent toutes
les bouteilles vides, les canettes, etc. ils ont aussi lancé eco-event pour toute occasion : les
enterrements et condoléances, les célébrations diverses, etc. cette initiative incite les jeunes à
contribuer.
Cette société ramasse trois tonnes à trois tonnes et demie par jour (le total des déchets ménagers
au Liban est de 4000 tonnes par jour ; leur objectif est de pouvoir collecter 5000 tonnes de
recyclables par jour).

- 20 Octobre 2020 : STOP ECO SUICIDE (groupe whatsApp)


Ça faisait presque 4 mois que j’ai commencé mon nouveau travail avec Fondation Diane « éco-
citoyenneté et développement durable », on a créé un groupe sur WhatsApp, une application de
« chatting » pour faciliter les réseaux entre des individus qui partagent les mêmes valeurs, etc
- Le 30 Octobre, la fondatrice et ma directrice à Fondation Diane lance un appel sur ce
groupe : à partager des infos sur les municipalités qui contribuent à la réduction des
déchets : « Some talked about Manara municiaplity in the Bekaa » : une municipalité a
mis en place un système de gestion des déchets ménagers avec un tri à la source de haut
niveau ainsi que le compostage et la récupération des recyclables.
- Bikfaya : Bi Clean et Hammana (à Hammana ils trient les déchets et la municipalité a
mis en place un système de protection d’une réserve naturelle et un observatoire pour
oiseaux. En plus, ils ont planté 3000 arbres et s’occupent de les arroser ; leur but c’est
de développer le tourisme écologique.
- Beit Meri : zero waste facility (dirigée par Ziad Abi Chaker)
- Aitanit – Bekaa de l’ouest : ils ont lancé un projet pilote avec le support de l’Union des
Municipalités en Hollande (VNGI) qui consiste à : séparer les déchets à la source ; le
papier et le plastique sont presses dans un hangar qu’ils ont bâti au même endroit où ils
jetaient leurs déchets avant. Ils ont installé une unité de compostage pour les déchets

349
organiques et le reste sera transféré a la décharge : c’est le même projet pilote qui a été
développé à Aitanit et à Manara depuis 2017.
- Ensuite c’est en 2019 qu’à Jebb Jannin une usine de traitement de déchets ménagers a
été inaugurée et depuis les activités de tri à Aitanit ont diminué ; les deux villages sont
en train d’étudier une coordination de leurs activités afin de continuer à trier les déchets
et à les traiter. Pour inciter les gens à continuer à trier, le village a créé un sentier
historique (historical and archaelogical trail of Aitanit), ceci va contribuer à l’économie
du village et a l’éco tourisme et à cesser de bruler leurs déchets et les arbres, etc. : dans
leur campagne publicitaire, la municipalité compare les méthodes de gestion des déchets
avant et après la mise en œuvre du nouveau projet : l’ancienne solution de gestion de
déchets consistait à collecter les déchets ménagers, les jeter dans des terrains loin des
habitations pour ensuite les bruler à l’air libre chaque semaine ce qui nuit à
l’environnement et à la santé des habitants ; après la mise en œuvre d’une gestion des
déchets depuis 2017 visait tout d’abord à sensibiliser les gens car la plupart étaient
habitués à se débarrasser de leurs poubelles et ne pensent même pas à leur destin. Le
projet a commencé par la construction d’un hangar pour la réception des déchets, ensuite
par former des formateurs originaires du village qui sensibiliseront eux les habitants à
trier et préserver l’environnement. Les interactions entre les différents acteurs et a
travers l’actant principal qui est le déchet, ont amené a la participation de tout le village :
le maire du village admet que par la communication et l’engagement main dans la main
les déchets ont contribué à des solutions vertes et durables.

- 13 Novembre 2020 : Video diffusée sur Facebook par le bloggeur « Mohammad


El-Draibi » : « Journey of a Jug from the Rubble »

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Cette vidéo illustre l’initiative de Ziad Abi Chaker suite à l’explosion du port de
Beyrouth Aout 2020, un ingénieur et militant écologiste très impliqué depuis la crise
des déchets en 2015 au Liban et connu comme le « roi des poubelles ». Vétéran de la
cause au Liban, il ne cesse de répéter ses discours à travers d’actions de collecte et de
recyclage qui résonnent un peu partout. Un mois après l’explosion du 4 aout au port de
Beyrouth qui a fait plus de 200 morts et 6000 blessés, Ziad s’est mobilisé pour élaborer
un plan visant à récupérer des centaines de tonnes de verres cassées (plus de 120 tonnes)
pour les recycler en carafes et bocaux. Des centaines de milliers de baies vitrées et de
devantures de boutiques jonchaient les rues de la capitale Libanaise. Ces débris ont été
balayés par des volontaires venus de tous les coins du pays.
L’initiative de Ziad est le fruit de plus de 5 ans d’action, d’organisation et de recyclage
des déchets ménagers. Il avait mobilisé en un temps record plusieurs acteurs, et avait
réussi à mettre en place un numéro de téléphone spécial pour permettre aux familles
affectées d’appeler pour venir récupérer le verre cassé de chez eux. L’objectif était
d’éviter que tous les débris finissent dans les décharges de la ville.

- Le 24 Mars 2021 : Réunion du Comité de Pilotage de la Chair de Fondation


Diane

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En date du 4 Mars 2021, le Comité de Pilotage de la Chaire de « Fondation Diane », Éducation
à l’Éco-citoyenneté et au Développement Durable, s’est réuni pour une durée de 2h (16h00 -
18h00) sur Zoom.
Ci-dessous, les principaux points discutés et les principales décisions prises, durant cette
réunion.

Personnes présentes

- Mme Diana Fadel -M. Fadi El Hage- M. Fadi Yarak- Mme Rana El Zein- Mme Sarah
Haykal- M. Sélim Chami - M. Rodolphe Ghossoub - M. Ali Khalifé - Mme. Liliane Barakat
- Mme Rana Issa - Mme Nancy Boueri - Mme Nathalie Maroun - Mme Tracy Mouawad

Ordre du jour

1. Présentation des membres et de l’équipe de la CEEDD


2. Principaux projets en cours de la Chaire CEEDD
3. Les webinaires de la Chaire CEEDD 2020-2021
4. Stratégie de communication de la Chaire
5. Analyse SWOT de la Chaire CEEDD
6. Échange et discussion
7. Clôture et synthèse

Points discutés concernant les principaux projets en cours

1. Axe Projets : Matériels de sensibilisation du projet LWP


- Le Comité, à l’unanimité, a trouvé ce projet intéressant et une bonne opportunité pour la
mise en valeur et la visibilité de la Chaire, et autres avis…
2. Axe Sensibilisation : Projet « USJ Verte » - Vidéo tri des déchets
- Mme. Fadel a insisté sur l’importance de concevoir une autre vidéo de courte durée et
d’ajouter des annotations expliquant chaque étape du processus du recyclage.
- M. Yarak a proposé de concevoir de petites capsules de vidéos chacune avec un seul
message, afin de les diffuser sur les réseaux sociaux.
- Mme. Boueri a souligné l’importance d’avoir un message clair et ciblé afin de sensibiliser
les citoyens et les différentes entités qui y sont responsables.

352
3. Axe Formation et Sensibilisation : Les webinaires
- Le Comité, à l’unanimité, a trouvé les webinaires de la Chaire intéressants et présentent une
bonne opportunité pour la mise en valeur et la visibilité de la Chaire.
Et autres formations proposées
4. Axe Recherche : Bourse de Doctorat de la Chaire CEEDD
5. Axe Communication : Newsletter de la Chaire CEEDD
Nous remercions chaleureusement les membres du Comité pour leur grande disponibilité et leur
participation active dans cette démarche.

- 26 Mars 2021 : webinaire organisé par Rotaract AUB

353
Une séance interactive avec Ziad Abi Chaker qui parle de l’expérience de Beit Mery (centre
de gestion des déchets qui a vu le jour suite à la crise de 2015)
Une partie de cette discussion sera retranscrite dans la partie d’analyse dans ma recherche
(la séance était enregistrée).

Zero Waste is NOT Science Fiction - Access Session Recording


Inbox

Tue, Mar 30, 12:24 PM


Rotaract
AUB <[email protected]>
to Lounaftouni, ayadikmak, carlaabimrad.cam, me, mariechristine.melhem, qamar
msw2000, chloeaoun, Rayan, aya.o.kaskas, Hadi

Hello everyone,
Hope this email finds you well.
We would like to thank you again for attending Friday's professional development session
"Zero Waste is NOT Science Fiction" with Environmental and Industrial Engineer Ziad Abi
Chaker.
Thank you for sharing with us your feedback and comments on the event.

As you have shared your interest in receiving the recording of the session, kindly access the
recording in the following link: https://drive.google.com/file/d/1M-
UQlmN8KXezIOCMLmfz5S5XBLwM40oL/view?usp=sharing

Looking forward to having you with us in future Professional Development sessions!


Kind regards,
Rotaract Club of AUB

- 28 Avril 2021: Discussion en ligne : Waste Management in Lebanon


Après voir contacté Bi Clean et Ziad Abi Chaker à plusieurs reprises afin d’organiser une
réunion ou une discussion entre acteurs de la crise des déchets pour parler de leurs
expériences, les défis et surtout afin de créer un network d’organisations de tri et de

354
collecte : nous avons pu contacter aussi nos start-ups (ceux de Fondation Diane) ainsi que
d’autres initiatives : Live Love recycle qui a bien évolué et Froz une nouvelle initiative qui
vient d’être lancée par 3 jeunes entrepreneurs Libanais qui ont lancé une plateforme qui
a pour but de sensibiliser les gens à trier leurs déchets et à les réduire.

Je considère que cette discussion couvre une grande partie des éléments qui vont me
permettre de faire l’analyse des situations.

- Organisateur : I have Learned Academy (Randa Farah)


- Intervenants : Ziad Abi Chaker (Beit Mery) – Nicole Gemayel (Bi-Clean) – Gaby
Kassab (EcoServ) – Khoder Eid (Green Track) – George Bitar (Live Love Recycle ) et
Alexandre Boustany (FROZ)

Thank you for attending the online Panel Discussion about Waste Management by I Have
Learned Academy & KAS
Inbox

355
Apr 29, 2021, 4:30 PM (2 days ago)
Randa Farah | I Have Learned
Academy <[email protected]>
to bcc: me

Hello,
Thank you for attending the Free Session about Waste Management in Lebanon, organized
by I Have Learned Academy & KAS.

Waste Management in Lebanon : Discussion en ligne le 28 Avril 2021 entre 6


entrepreneurs sociaux qui ont lancé leurs initiatives de collecte, de tri et de recyclage des
déchets ménagers après la crise de 2015. 4 initiatives font partie de notre analyse. Cette
discussion a pris lieu en ligne et a duré 3 heures. « Waste Management in Lebanon - Free
Online Session by I Have Learned Academy », moderée par Randa Farah.
Présentation rapide par chacun des intervenants :
- Nicole Gemayel – Bi-Clean : Mayor of Bikfaya ; my adventure started way before I
was elected as a mayor and I think that one of the reasons I was elected was Bi-Clean
actually. Following the crisis summer 2015, municipalities were left alone to tackle the
matter. We had to tackle this issue by ourselves and we quickly understood that sorting
was the first step; we gathered a group of volunteers and we started to sort the
garbage piles that were left on the roads and we started spreading the message to
our community explaining how to sort and presenting sorting as a solution to big
problem we were facing. People were seeing the waste on the streets, smelling the
waste, smelling the waste that was burning on the streets; and I think that the timing of
these educational messages was key in the accomplishment of this project. We started
educating people, they started sorting the waste and we started collecting them in two
trucks following each other to show people that we separate the waste in two trucks and
not mixing them. There were two types of sorted waste: recyclables and organic matters.
We started first taking the waste to a Football field in Bikfaya, then when we saw
that the crisis is going to last, it was obvious because nothing was done or planned
to resolve this problem. We started building a waste sorting facility ; Bi-Clean was
the waste facility of the Municipality of Bikfaya. It is not an independent entity nor
a commercial entity.
It took us 6 months to build the facility and didn’t cost us much; it costed at the time 50
thousand dollars and since then the facility is very efficient. We are waste free in
356
Bikfaya. Even when 2015 crisis was temporary solved, there have been many small
crises that followed. Bikfaya and Mhaydseeh were the only villages in Mount Lebanon
that were completely clean and we didn’t suffer from the crisis; today we are very
proud to be one of the first cities in Lebanon to have sorting facility. We are a
reference in that field, even Ziad was testing his composting membrane to test it in
Bikfaya, and we have helped George with Live Love Recycle by training his staff, etc.

- Ziad Abi Chaker (Cedar Environmental) Beit Mery Recycling Facility (BMRF) :
industrial and environmental engineer since 1991. I have founded the Green Glass
Initiative (GGRIL) ; the zero waste philosophy of waste management was started with
us despite all the challenges to date.

- Khoder Eid (Green Track) : based in Tripoli. Green Track is a social enterprise aiming
to create a club for waste management in Lebanon. I think we have a big problem in
Lebanon because we are not talking directly to the community. We should talk directly
to the people because the key to change and to tackle the waste problem is to solve
the chain of waste management. The starting point at this chain is sorting waste at
source. We talk to the community and we create clubs in communities through a
network of women. 11 billion dollars was spent on waste management issue in the
country for the last 30 years. In order to treat 7000 tons per day; let us say that 1 ton of
waste costs us 300$; and the problem we are facing today is living the consequences of
these cumulative debts. In Tripoli we have the problem of the mountain of the
landfill in Tripoli ; it was supposed to be temporary not exceeding 12 meters; it
reached more than 32 meters in 2016, and it was closed; now they are building a new
landfill behind this mountain but since the economic situation has devaluated nothing
has started yet.
- George Bitar : Live Love recycle : Thank you for inviting us to this panel, we are happy
to see other initiative with whom we have already collaborated or willing to collaborate
soon. Live Love Recycle is on its mission since 2017 to make recycling easier and
to facilitate the recycling for everyone. Today we are a community of 30000 persons
in Beirut and we are glad to say that we are today present in Jounieh and Tripoli as
well. It is very simple to put the waste in two bags, and once the recyclable bag is full,
we will pass by and take them to our recycling facility. So Yalla everyone recycle and

357
that’s it! It is true that our name is about recycling but most importantly is to reduce
our waste
- Gaby Kassab (EcoServ) : I am the founder of EcoServ and we started in 2017. We deal
with electronic waste which is very important. I come from a background of corporate
banking and electronic companies. I have lived the challenge of waste crisis for years.
When I came back to Lebanon I realized that this stream of waste is totally
misunderstood. It is a toxic waste underestimated. We have been working a lot to
spread and educate people and to bring best practices to learn about this type of
waste. We have now more than 150 drop zones all over Lebanon from deep South to
deep North we are present at schools, universities, hospitals, municipalities and even
village clubs and waste management centers. We try to tell household that they don’t
need to crush their e-waste anymore and not to mix it with organic waste.
- Alexandre Boustany - Froz start-up: I am honored to be part of this panel along with
experts and hope that this discussion will benefit each one of us. I have been an
environmental activist for 10 years now. I discovered that there is a huge amount
of gap between people who want to reduce waste and those who don’t take action
in terms of reducing waste. Without that, 70% of people are not really engaged
because they don’t have easy access to eco-friendly products; it is seen as something
expensive. And we think that we can take a great impact on the personal level. I started
with 2 other cofounders with the goal is to engage this 70% of people to reduce waste
by shifting their consumption behavior from consumerists (consuming a lot of crappy
products that we throw away and last for decades and cause disasters. We are shifting
from conscious consumers to those who consume consciously. And we are doing this
by placing all eco-friendly products on one platform, an online platform where we will
be providing and giving easy access to eco friendly products that are affordable and
local and they also look good and last helping us to reduce waste. In a nutshell this who
I am and what we can do and I hope we can go into more details

- Discussion moved to Ziad: can you give us an overview of the current waste
situation in Lebanon? We know that we have a crisis a few years back and now
what’s happening ? the situation is not good as another crisis is coming. For those who
don’t know that the sorting facility of Karantina was completely destructed after Beirut
explosion and the compost facility at the Coral was also destructed. All waste collected

358
from all over Beirut and Mount Lebanon is been dumped in Jdeideh landfill: this
landfill is expanding a more 40000 sqm. To date no proper sorting is set in place,
with zero percent sorting. The total number is going to the landfill !! The problem
didn’t start in 2015 but it started with those who handled the waste file since the nineties.
The mafia of waste have decided to compact waste by compressing all types of waste
together and at the end it is dumped in the landfill. Today we don’t have the choice
anymore, we need to find solutions. This year we are producing 6000 tons instead of
7000 last year because of the economic and financial crisis we are going through.
Consumption has been reduced especially for fast moving consumer goods who have
lots of packaging material.
We have noticed in Beit Mery that quantities were reduced in the last year and a half if
compared to 2017, 2018 and 2019.; this is due to a reduction in the purchasing power
of Lebanese consumers. Waste production is reduced but the situation won’t stay like
this; we need to take advantage of this period to build a production infrastructure like in
the case of Bikfaya and Beit Mery. We have to develop this infrastructure in order to
produce our own products, especially when it comes to organic. Out of 100kg of
household waste, 70 kg in weight are organic material. Out of these 70kg we can get 32
kg of pure compost. Lebanon is importing huge numbers of compost at high cost.

These are numbers from Lebanese customs. This is the landed cost at port. And we have
70% of our trash organic; the first plan should involve this stream of waste in a
decentralized way (starting with villages). I was always pointing out at the subject of
compost to be tackling food security at municipalities: mayors never took this into
consideration. All local and actual compost producers do not even cover 10% of the
market need. This situation in which we are actually; there is a big problem that

359
municipalities are actually facing: they have enormous debts to the government going
to 20 years back without any proof or document from the government detailing
quantities and weight of waste collected from each municipality. This was a result from
taking Sukleen out of the contract: the condition was to settle the amount due to the
company: the government decided to settle it by giving vouchers to municipalities to
settle the amounts.
Municipalities can never settle theses amounts in order to solve waste problem in the
country and have a plan on a national level!!

- Bi-Clean : how did the idea of Bi-Clean start and it is a municipality initiative and
not a private initiative and it is successful? Tell us more Nicole :
The difference between Bi Clean and Beit Meri is that it is lead by a municipality.
Plus the others were passionate about the environment. In our case, we didn’t have
any past experience in waste or recycling or even environmental knowledge. What
we did was a response to the waste crisis that took place in 2015. It was out of need;
we refused to stay and wait; we didn’t want to sink in waste and the fact that the
government didn’t take any action pushed us to think together on possible
solutions. This is how we started. We developed this initiative and we became
« incontournable » in this sector. Live Love Recycle for example sent his team to get
trained. Same for Ziad, he did testing at our facility; this was before he launched his
initiative at Beit Mery. Many start-ups are trying their prototyping at our facility. Bi-
Clean is becoming a lab for many innovative projects. We want to become an
example for other cities; to have cities developing the same example. We do have basic
equipment at our facility, we don’t have a big technology. We counted on the sorting at
source. The secret of our success relates to the launching of our initiative in the
middle of the waste crisis, when residents understood that in order to get rid of waste,
smells, burning and their consequences on health and on the environment, waste needs
to be sorted!! Back then big quantities of waste were burned in order to reduce their size
and it was near houses and in the middle of the streets and in the valleys. We explained
to people that the only solution to treat waste starts from sorting. The key to our
success was the crisis that emerged, people first were obliged to start sorting their
waste otherwise the municipality won’t collect them. We solved the issue within a

360
small period of time. Residents of Bikfaya started telling others living in other villages
to come and live in Bikfaya a city free from smells and with pure and fresh air, etc.
We forgot all the efforts and struggles that we faced at the beginning. We were 10
persons in the middle of the waste bins trying to find solutions for the waste
problem. We have learned from waste and learned that there are recycling
companies that are importing waste in order to recycle them. We collected
information and initiated our activities in a football court. We were learning by doing.
I get frustrated when I see corrugated boards mixed in bins while riding around the
different regions in Lebanon. Is it allowed that our country imports compost and paper
in order to recycle them whereas we can ensure these quantities from the waste
generated if we sort it from source ?
Someone from the audience asked Nicole : many people don’t believe that if they sort
their waste at home, they will get mixed when collected and that is non sense; these
people still do not believe because they were disappointed for many years from their
government promises without concrete action. They blame us and this is the main idea
behind not sorting their waste.

- Question addressed to Gaby to tell a bit more about the importance of electronic
waste : the problem in Lebanon remains in the toxicity of electronic waste as it
disintegrates fast and if they are mixed with other waste streams, they become
poisoning and diffuse toxins in the air and in the soil. It should be disposed of
carefully and should not be mixed with any other type of waste. This is why we have
worked a lot on awareness because still this type of waste is totally underestimated.
We have many scrappers who break the component in order to get metals and sell them,
and this is unhealthy and very toxic, as many e-waste materials have mercury and lead
which can contaminate the soil, water and the air. It is very important to highlight on
the importance of this waste stream; the ministry of environment has issued a law a few
years ago but no enforceability to date. The ministry only pursues registered actors and
never follow the scrappers and the illegal sector. It is also important to explain the
danger to the people who destroy e-waste as they are the most exposed to the toxicity
and they are polluting the area around them.

361
- Georges : Live Love Recycle is doing a great work all over Lebanon : can you tell
us where do you operate and how it works? We hope to reach all regions all over
Lebanon. We are actually covering Beirut and Mount Lebanon region. We are
discussing with Green Track on how to collaborate together in the North, also
discussion started with Bi Clean on how to involve the villages near Bikfaya and
on ways of cooperation with each other. Jounieh will be available in 10 days ; we
have an application with all places where they provide their services; it gives us live
statistics in order to forecast and plan their activities. We started taking glass following
the explosion in Beirut in collaboration with Ziad and Arc En Ciel. We were touring
Beirut and collecting the glass after the explosion and distributing them to Tripoli
to produce jars ; we also provide all kinds of waste that we do collect. We started
collecting Tetra pack packaging material as well, fabrics, and e-waste. We will check
with Ziad about Tetra pack materials
- Alexandre: Froz : how is Froz doing in order to tackle waste reduction ?
Recycling is a very important step but we are tackling a very important aspect
which is reducing waste. One of our main activities at Froz is providing eco-friendly
products that help reduce waste and these materials are made in Lebanon (locally). I
will show you some of our products: for example, the reusable bottles showing that each
reusable bottle can minimum reduce 60 single use plastic bottles from being littered
within one month. Also taking into consideration the money that is spent while
consuming these single use bottles. Other products are sustainable using organic
materials such as natural solid soaps : shampoo bars that act as alternatives to the liquid
soaps packed in plastic bottle dispensers or even reusable bottles. On the other side we
have upcycled products that are made out of recycled waste and Ziad is one of the
pioneers in this field; we have for example cactus pots made from recycled detergent
bottles. Our main objective is to change the way people perceive waste. It is not
waste or a dirty material but to be seen as a resource. We developed a new product for
example which is cotton pads for make-up removal that can be washed hundred times
and will basically replace the single use cotton pads. We also show the quantities of
single use pads saved when substituting them with fabric pads (110 cotton pads per
month per individual saved). As individuals we can help together saving waste from
being consumed then dumped.

362
- Ziad tell us about the Green glass recycling : we have initiated this before the waste
crisis aiming at reviving the last glass blowers in the South. This idea came out after the
2006 war when the only glass recycling and manufacturing company was bombarded
and completely destructed. This company “Maliban” was producing all beer bottles and
some of the wine bottles and supplying the Lebanese factories in Lebanon. The cost of
such a company costs about 30 million dollars and owners couldn’t rebuild it. We were
left without any outlet that can take the coloured glass and recycle it. We stayed during
this period searching for some alternative. We found the glass blowers in Sarafand
and was thinking on how to revive their activities in a way that can recycle the
glass waste. We have first assessed their needs and their capacity and created this
initiative by providing these blowers with access to new designs and access to new
markets. We send them glass, they recycle them, then we buy the produced items
and sell them back. This is how we operate in this initiative. The production capacity
is 150kg per 24 hours; when the explosion hit Beirut, we had huge numbers of destroyed
glass; Glass blowers in Sarafand couldn’t afford such quantities because their work is
mainly artisanal, that’s why we ensured the collection of glass and transportation to the
North to two factories that were established a few years ago: one company produces 16
tons/day they have only two items that would interest us and another one has a capacity
of producing 3 tons/day. We were able to collaborate with these companies during this
critical situation. We collected clean glass and saved 125 tons of destroyed glass. Huge
quantities were mixed with other demolition material which we couldn’t save and which
constitute another problem because they are stacked in Karantina near the beach! The
saved quantities were transformed them into a few products designed by GGRIL
initiative and that will be marketed with other products. All glass that was collected
from the explosion was recycled. But we are still collaborating with these factories
especially when we have excess in quantities of glass. By doing this, we created a
network among 3 to four small factories that will complement each other and provide
glass material to the local market. We are saving tons of waste that was heading to the
Costa Brava and Bourj Hammoud landfills. We are proud that we can save these
quantities from being dumped.
- Khoder : are people in Tripoli and North recycling their waste? Are they
concerned about waste and recycling ? And what are you doing in this perspective.

363
We at Green Track do a lot of awareness in the North region. We show you the mountain
of trash in Tripoli. We started in 2016 by mobilizing 16 women, mom was one of
them. I told mom to gather friends and visit neighbors and houses and teach people on
how to sort their waste at home. They were able to visit 5000 houses within a period
of 2 weeks. We started in one of the poorest villages in the North and in Lebanon : Jabal
Mohsen. We have collaborated with NGOs in order to help them spread the word
and reach more and more citizens. We then expanded our network to reach other
villages in Tripoli like federation of municipalities in Menieh and in Qobbeh, etc.
We visited 15000 houses there and trained 60 women to start promoting sorting at home
as well. In CHekka as well, we covered 2600 houses and trained women and youth to
pursue the awareness. It is very important to engage Women and youth in these
sessions because it all starts at home. Actually we are working with Bab El
Tebbeneh which was in conflict with Jabal Mohsen but this opens a way of
collaboration between these two villages on sorting and collecting recyclables. It
creates socialization between different communities which is very important in
helping reducing conflicts among them. We can cross the border with our initiative.
We do awareness then distribute bins, then collect recyclables and transport them to our
recycling waste warehouse; we compress each type and sell it to recycling factories. We
distribute brochures and are very active on social media. We are trying tis year to spread
our experience to other regions, by encouraging them to select leaders and start
awareness.

- Biclean : do you have numbers that shows the impact and the quantities of waste
that you have reached so far? We treat 14 to 15 tons per day; we also receive
recyclables from neighboring villages as well. I want to shed the light on the issue that
concerns municipalities and their relation to government. The issue of waste was given
to the municipalities when the crisis arose without giving them funds or allocations
to do so. I will give you a simple example: we as municipality cannot do any type of
commerce, we cannot sell. It is different than the case in Beit Meri, it is Ziad through
Cedar Environmental, a private company that made a deal with the municipality
of Beit Mery. What we did in Bikfaya was not so difficult but the sustainability of
the project is a problematic as there are no laws that give us the permission to do
recycling, etc.

364
We have basic material and equipment and we are able to sustain with the help of many
organizations and people volunteering. We cannot blame municipalities that they are
not helping in solving the issue of waste. Municipalities do not have even the mean;
they are in debt to Sukleen for an amount of 9 billion Lebanese pounds. They can never
settle this amount and they didn’t know how many tons they were collecting from
Bikfaya and how much dis the ton of waste cost at that time. They are blocking us from
taking any action with no plan or solution.
The money that should be transferred to the municipalities is not sent because the
government is not capable of and is bankrupted !!! And you all know that the cost of
operators who work in the waste field is been taken into consideration when it comes to
the deal with Ramco whereas at the level of municipalities, nothing can be done in terms
of wages to operators who help in collecting waste as in the case of Bi Clean. Adding
to this that the government has alerted municipalities not to employ any new operator
nor increase any salary.
We have a big problem in the sustainability of this project. We hope to find
solutions like we did in the past 6 years. We have recently bought glass shredding
machine and we process colored glass and use it in construction. The main problem
in order to be able to continue our activities is the sustainability. We don’t believe in
government and we are paying the price.
Ziad added: The issue of municipalities’ debts is a theft and a major concern. When
we first started operations at Beit Mery, we received all quantities of waste including
organic and non-recyclable material. We started in 8 September 2016 and till end of
March 2021, a total of 24270 tons of waste was received during this period. We were
issuing on a monthly basis detailed statement of quantities collected and received at the
factory; it was also agreed to settle an amount of 65 $ per ton of waste. We did a
comparison for the years 2017, 2018 and 2019 : the difference for the municipality of
Beit Meri if compared to what they used to pay to Sukleen : a difference of 588000 $
/year !! Just imagine the number. If multiplied by 4 years, this is an equivalent to more
than 2 million dollars. Just for you to know how much this file was corrupted !! This is
the responsibility of every citizen; because we will get to a point to raise our voices that
this debt has to be removed, otherwise we will dive in waste again.

365
- Gaby : why solid waste companies do not take e-waste, and what does e-waste
include? anything with a board and a battery comes under e-waste including the wires,
etc. Recently and after Beirut explosion, we started collecting white goods including
refrigerators, washing machines, etc. Basically, solid waste companies are not mandated
to handle electronic waste; it actually the fastest growing waste stream in the world as
consumers tend to use more and more electronic devices nowadays. At the same time,
it needs to get some attention to e-waste: especially that they cannot be crashed or mixed
with other organic material, or when dumped in landfills. It will affect underground soil.
It can deteriorate quickly and diffuse toxins. Electronic boards are exported to
companies in Europe that recycle them safely. We abide by Basel convention and
provide certificate of disposal to companies who want to dispose of their electronic
material. We are facing a big problem recently as scrapers buy electronic material and
people tend to prefer getting money in return of disposing their devices. This is very
dangerous because scrappers tend to crush everything and dump the toxic material in
the sea or in the valleys which threatens the natural ecosystem in Lebanon. That’s why
we need enforceable laws and policies.
- Froz : you work mainly on raising awareness: what do you use in terms of raising
awareness among people about recycling? We all have many things to do. we thought
on ways linking recycling and waste management in general. That’s why we
developed a super easy platform and application to make super easy for people to
take part of their initiative. The solution if merging between reducing waste with our
habits and hobbies. This awareness started by engaging people during Beirut
Marathon in 2019 in collecting thrown bottles while running in the marathon at
the same time. They did the same activity while hiking with a group of people. They
have collected 8000 plastic bottles during the Beirut Marathon. We involved 120 people
in the hiking activity and collected 4000 bottles and caps while participating in the
hiking trail activity. These networks that we are creating will help engaging more
and more people and spread the work and action while at the same doing an
activity.
We also collaborated with « Offre Joie », an NGO that was heavily involved in the
reconstruction after Beirut Blast in August 2020. We aimed at stimulating awareness
among volunteers and residents: all recyclables were collected by Ziad, Live Love
Recycle and Lebanon Waste Management and we saved lots of trash from going to the

366
landfill. Our activity educates people while doing their daily activities, without
involving him in a dedicated environmental activity. This will teach him to integrate
it in his lifestyle and daily habits. We make it fun and getting people wanting to do
sorting. And on the long term they will learn to do it on a continuous basis.
- Georges : you are also working on digitizing the waste sector, tell us more about
it: we facilitate the task by just letting people informing us about waste they collected
and their locations directly on the app. Live Love Recycle is a community of 30000
persons all over Lebanon who are recycling with us. They request recycling pick-up
and we collect their recyclables by sending motorcycles; collectors can access small
roads without having the hurdle of traffic or difficulty to reach houses. Anyone can
download the application, they indicate the location of sorted waste, their quantities,
and we pass by and collect it. Anyone who wants to earn money and collect
recyclables, can sign up as a collector and will help the community grow more and
more. 3 years ago we didn’t have any Lebanese joining their initiative ! Now we have
lawyers an most of the team members are Lebanese, and the community is growing
more and more. We have 50 employees working directly with us. We also have a third
module which includes sorting facilities that would like to join the network. They will
collect recyclables in the community around them and help us growing the community
of recycling facilities.
- Ziad : concerning compost: what is the importance of large-scale production of
compost (how much does it affect agriculture)?
% of compostable materials is very high if compared to the total quantities of household
waste. We are actually producing 8 tons compost every day. We have a waiting list
from farmers who need compost (we sell 1 ton of compost at 500 000 LBP ; today
the chemical and organic fertilizers are very expensive when imported. That’s why
we have resources in Lebanon : there is nothing called waste! !!We just don’t know
the value; they are resources that we waste. We don’t have a vision or know how at the
municipalities to treat waste and produce compost (we have a total of 4500
municipalities in Lebanon and most of them don’t want to tackle the waste problem;
they have no vision no ambitions, nothing. The majority of these municipalities have
dumb mayors.
- Khoder Eid : are people using less packaging material; is it better this year if
compared to previous years? Yes and this is due to the economic and financial

367
situation. I wanted also to add that by creating Clubs at the municipalities, this is a
key solution to spreading the word all over Lebanon. By creating these clubs this
will have no cost on the municipality but will help in educating and sensitizing
people on the importance of waste; we will help them reducing their cost and
increasing their sorting facilities. I am volunteering with the UNDP and we are currently
working with the federation of municipalities on creating clubs and spreading the word.
We do focus on solutions because we know that the governmental problems won’t be
solved in the short run.
- A special intervention by the mayor of Antoura : Labib Akiki:
We are sorting the waste since 2015 and he hopes that this subject takes more impact.
We are thankful to Ziad because at some point we couldn’t pursue our sorting
activities at our municipality in 2018 : I wanted to go back and stop all actions as
we couldn’t afford it anymore. We had a meeting with residents of Antoura and
we raised this issue. They all refused the suggestion, knowing that many have
objected back in 2015 and 2016. We were providing these services against 10000LBP
and many were against paying any extra fees. But when we were raising this matter with
them in 2018, they told us that we are now used to see our village clean and waste
free and we are a leading example. People cannot go back to their bad habits, and
won’t accept mixing their waste anymore. It was embedded in their habits and
their minds. They were ready to pay extra fees but urged not to stop collecting
recyclables. I thank you for this very interesting topic and we will cooperate with other
initiatives as EcoServ to collect electronic waste.
- Lebtivity : we did a guide for recycling companies in Lebanon (« Your Recycling
Directory in Lebanon »). It includes all recycling companies and types of recyclables
that they receive. It also includes how to reduce waste, with a few tips.
- Alexandre : what is the importance of reducing waste ? we usually generate 1kg per
day per capita. We need to consider how much every person can reduce the quantity
of waste ; we can consume less by using jars when we buy Mouneh products for
example ; thus, helping reducing plastic bags. Recycling is very important but
reusing should not be forgotten.
- BiCLean : we started upcycling at Bi Clean ; there are so many ideas that we do out
of plastics, glass bottles, jars. We have also launched a coffee lounge at our facility

368
made 100% from recyclable materials. Hopefully when the pandemic is over, we will
invite you all to cheer up and visit us. Many people can do upcycling at their homes.

FINAL TOUR :
- BiClean : we have different trucks, one for recyclable materials and one for organic and
other streams of waste
- Live Love Recycle : if anyone asks me why do I have to recycle, I have two options :
taking him to Karantina to show him what is been dumped there or take a truck full of
trash and dispose of at his place. I consider Lebanon as my house, and won’t accept that
my country becomes a dirty place. We have a huge space at our warehouse where
anyone can visit us and do upcycling activities.
- EcoSev : I want to say that it is related to a misunderstanding of the toxicity level of
electronic waste. People are more and more aware and we are trying to reach the idea
of zero waste. We have a challenge which is the plastic that is generated from electronic
waste.
- Green Track : the most important thing is the trust that we get from people. Even
if we do a great awareness campaign but people don’t see that this actually
happens, we will lose this trust and won’t be able to pursue our activities. If we
have the latest technology without doing awareness and collection like it should be,
we won’t get anywhere. It is a chain and it is interrelated. It is exactly like the way
we are exchanging ideas and collaborating together as initiatives, we are complementing
each other and cannot compete but we need to cooperate in order to have a greater
impact on our environment and our beloved country.
- Bi-Clean : we needed the trust from people and now we reached this. Clubs are
important in order to engage people.
- Beit Mery : We cannot blame people; we need to do awareness and it is a continuous
cycle. The municipality in Beit Mery took the decision of the obligation to sort waste at
source and to date we only have 3o% of total waste that we receive that is sorted !!
That’s why I insist on the importance of awareness. We need to reach a point where
everyone contributes in the learning cycle and that waste won’t be perceived as
waste anymore. This is why we are spreading the word today and everyday to
reach a higher number of people who believe in a greener and cleaner Lebanon.

369
➢ Mon journal ne se limite pas aux sujets que j’ai cités ci-dessus ; plusieurs
documentaires, articles et vidéos ont enrichi mes connaissances sur la
problématique des déchets dans le pays ; une liste des documents consultés sera
aussi mise en annexe.

J’aimerai bien noter aussi l’étude exploratoire que j’ai faite lors du mémoire propédeutique, les
informations secondaires et primaires que j’avais consultées et obtenues. Un aperçu général de
la recherche est illustré ci-dessous :

370
371
372
373
374
375
Annexe 3 : Liste des articles de presse et documents consultés

Article Ecrit par Date Source Url


De la benne à ordures Rita 03 août OLJ https://www.lorientlejour.com/article/93
beyrouthine à la Chine, SASSINE 2015 7460/de-la-benne-a-ordures-
l'épopée d'une bouteille beyrouthine-a-la-chine-lepopee-dune-
en plastique bouteille-en-plastique.html
Déchets : À Zouk Ghalia 08 août OLJ https://www.lorientlejour.com/article/93
Mosbeh, une installation Kadiri 2015 8211/a-zouk-mosbeh-une-installation-
de tri éphémère pour de-recyclage-ephemere-pour-donner-
donner l’exemple lexemple.html
Crise des déchets : la 24 août OLJ/AF https://www.lorientlejour.com/article/94
campagne "Vous Puez !" 2015 P 0679/crise-des-dechets-le-collectif-
appelle à une nouvelle vous-puez-annonce-le-report-de-la-
manifestation samedi manifestation-prevue-aujourdhui.html
Triste anniversaire Antoine 31 août OLJ https://www.lorientlejour.com/article/94
Sabbagha 2015 1783/triste-anniversaire.html
Ce que nous disent les Adib Y. 05 OLJ https://www.lorientlejour.com/article/94
déchets TOHMÉ septembre 2634/ce-que-nous-disent-les-
2015 dechets.html
Immondices, Élie 17 OLJ https://www.lorientlejour.com/article/94
immondices... AYACHE octobre 9896/immondices-immondices.html
2015
Pollution et crise des Stéphanie 04 février OLJ https://www.lorientlejour.com/article/96
déchets ? La faute à la SAKR 2016 8399/pollution-et-crise-des-dechets-la-
corruption... faute-a-la-corruption.html
Abou Meghli : Le Pnue Suzanne 13 février OLJ https://www.lorientlejour.com/article/97
ne supervisera pas BAAKLI 2016 0046/abou-meghli-le-pnue-ne-
l’exportation des déchets NI supervisera-pas-lexportation-des-
dechets.html
Et maintenant, on fait Anne- 20 février OLJ https://www.lorientlejour.com/article/97
quoi ? Marie El- 2016 1390/et-maintenant-on-fait-quoi-.html
HAGE
« Dude, where is my 23 février OLJ https://www.lorientlejour.com/article/97
candy wrap ? », un 2016 1837/-dude-where-is-my-candy-wrap-
projet de recyclage dans un-projet-de-recyclage-dans-les-
les collèges colleges.html
Un cas type de Benoît 31 mars OLJ https://www.lorientlejour.com/article/97
décentralisation à DURAND 2016 8418/un-cas-type-de-decentralisation-a-
Bickfaya-Mhaidsé bickfaya-mhaidse.html

Le temps d’un week- Soraya 17 mai OLJ https://www.lorientlejour.com/article/98


end, Beyrouth honore le Riachi 2016 6288/le-temps-dun-week-end-beyrouth-
recyclage honore-le-recyclage.html
Ziad Abichaker, le Suzanne 25 juin OLJ https://www.lorientlejour.com/article/99
chantre du « zéro déchet BAAKLI 2016 2594/ziad-abichaker-le-chantre-du-
» NI zero-dechet-.html

376
Les associations de 04 juillet OLJ https://www.lorientlejour.com/article/99
Choueifate demandent 2016 4690/les-associations-de-choueifate-
l’arrêt des travaux à demandent-larret-des-travaux-a-costa-
Costa Brava brava.html
Six offres pour la S. B. 16 juillet OLJ https://www.lorientlejour.com/article/99
décharge du Costa Brava 2016 6629/six-offres-pour-la-decharge-du-
dans l’appel d’offres costa-brava-dans-lappel-doffres-
renouvelé renouvele.html
Crise des déchets : Suzanne 01 OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
Malgré l’optimisme BAAKLI septembre 04796/malgre-loptimisme-affiche-par-
affiché par Kanaan, les NI 2016 kanaan-les-partis-restent-
partis restent intransigeants.html
intransigeants
Crise des déchets : pas 01 OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
d'alternative au plan du septembre 04861/crise-des-dechets-pas-
gouvernement, assure 2016 dalternative-au-plan-du-gouvernement-
Chehayeb assure-chehayeb.html
Du gouvernement RONALD 01 octobre OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
bancal à la gouvernance BARAKA 2016 10321/du-gouvernement-bancal-a-la-
locale T gouvernance-locale.html
« La corruption fait rage Zeina 18 OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
et personne ne fait ANTONI novembre 19064/-la-corruption-fait-rage-et-
confiance à l’État » OS 2016 personne-ne-fait-confiance-a-letat-.html

Nous sommes tous des ÉLIAS 10 OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10


corrompus... DAHROU décembre 23180/nous-sommes-tous-des-
GE 2016 corrompus.html
Zéro déchet à Beit- Anne- 23 janvier OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
Méry, fruit d’une Marie El- 2017 30774/zero-dechet-a-beit-mery-fruit-
collaboration entre HAGE dune-collaboration-entre-secteurs-
secteurs public et privé public-et-prive.html
Crise des déchets au Alix DE 26 janvier OLJ Crise des déchets au Liban : comment
Liban : comment trouver MAINTE 2017 trouver une issue durable ? - L'Orient-
une issue durable ? NANT Le Jour (lorientlejour.com)
Aoun annonce un S. B. 31 janvier OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
nouveau plan de gestion 2017 32427/aoun-annonce-un-nouveau-plan-
des déchets, qui sera de-gestion-des-dechets-qui-sera-
dévoilé « bientôt » devoile-bientot-.html
La justice fixe un délai 31 janvier OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
de quatre mois pour 2017 32457/la-justice-fixe-un-delai-de-
fermer la décharge de quatre-mois-pour-fermer-la-decharge-
Costa Brava de-costa-brava.html
La fermeture de Costa Suzanne 01 février OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
Brava décidée par la BAAKLI 2017 32657/la-fermeture-de-costa-brava-
justice, avec un sursis de NI decidee-par-la-justice-avec-un-sursis-
quatre mois de-quatre-mois.html

377
Avec la perspective de Suzanne 03 février OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
la fermeture de Costa BAAKLI 2017 33099/avec-la-perspective-de-la-
Brava, plus de questions NI fermeture-de-costa-brava-plus-de-
que de réponses questions-que-de-reponses.html
Ziad Abichaker, du rêve Tania 26 avril OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
à la réalité HADJITH 2017 48516/ziad-abichaker-du-reve-a-la-
OMAS realite.html
Bourj Hammoud- Suzanne 19 juin OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
Jdeidé : Un « crime Baaklini 2017 57901/bourj-hammoud-jdeide-un-
écologique », s’alarme crime-ecologique-salarme-un-
un expert expert.html?fbclid=IwAR1mpbfGdgUn
_yZU2ITxfByRR1I7PoIiYnUNnoSlHT
2vg-ebbTsUnIHhpm8
Un plan « zéro déchet » Maya 13 juillet OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
pour régler le problème SAADÉ 2017 62075/un-plan-zero-dechet-pour-regler-
des ordures ménagères le-probleme-des-ordures-
menageres.html
Quand le Liban « vert » Maya 14 juillet OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
devient « dangereux » SAADÉ 2017 62276/quand-le-liban-vert-devient-
dangereux-.html
Le Liban de nouveau Suzanne 02 août OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
confronté à une crise des BAAKLI 2017 65313/le-liban-de-nouveau-confronte-a-
déchets d’ici à huit mois, NI une-crise-dici-a-huit-mois-avertit-
avertit Chehayeb chehayeb.html
À Bourj Hammoud et 17 août OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
Kfarhazir, la grogne 2017 67658/a-bourj-hammoud-et-kfarhazir-
monte contre les la-grogne-monte-contre-les-
catastrophes catastrophes-environnementales.html
environnementales
Plongée sous-marine et 26 AFP https://www.lorientlejour.com/article/10
recyclage pour sauver le novembre 86082/plongee-sous-marine-et-
Liban de ses déchets 2017 recyclage-pour-sauver-le-liban-de-ses-
dechets.html
Quand l’art et le jeu Johanna 29 OLJ https://www.lorientlejour.com/article/10
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problématique des S 2017 a-la-problematique-des-dechets.html
déchets
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Au Liban, le recyclage Benjamin 26 Le https://www.lemonde.fr/proche-
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clic 2018 recyclage-des-dechets-a-portee-de-
clic_5388504_3218.html
Devenir un parfait Carlos 30 Commer https://www.lecommercedulevant.com/
écocitoyen au Liban Boulos novembre ce du article/28683-devenir-un-parfait-
2018 Levant ecocitoyen-au-liban
Compost Baladi : mettre 05 OLJ https://www.lorientlejour.com/article/11
le compostage à portée décembre 46777/compost-baladi-mettre-le-
de tous 2018 compostage-a-portee-de-tous.html
L'usine de gestion de document 29 LBCI https://www.facebook.com/NeematFre
déchets de Ghosta aire (page décembre m/videos/525267844661761
referme ses portes après facebook 2018
renouvellement des de
anciens contrats pour la "Neemat
gestion des déchets! Frem"
Composter au Liban une Anne 19 avril OLJ https://www.lorientlejour.com/article/11
tonne après l’autre ILCINKA 2019 67070/composter-au-liban-une-tonne-
S apres-lautre.html
Recyclage des déchets Suzanne 24 avril OLJ https://www.lorientlejour.com/article/11
électroniques au Liban : BAAKLI 2019 67643/recyclage-des-dechets-
une ONG à la barre NI electroniques-au-liban-une-ong-a-la-
barre.html
The Journey of a Jug Mohamma 13 Faceboo https://www.facebook.com/1000408781
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Draibi 2020
La solution des Rolland 09 mai Aljoum https://www.aljoumhouria.com/ar/news/
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ses "Cartels" %D8%A7%D9%84%D9%86%D9%81
%D8%A7%D9%8A%D8%A7%D8%A
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Interview avec Ziad Abi Sawt 08 mai Faceboo https://www.facebook.com/watch/?ref=


Chaker Elshaab 2020 k saved&v=604096480195879
Compost: importations Waste 9 mai Faceboo https://www.facebook.com/WasteMana
entre 2016 et 2019 Managem 2020 k gementCoalition/posts/7026549572128
ent 81
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How to Turn Garbage Gino 11 mai Gino https://ginosblog.com/how-to-turn-
Into Funds for Your Raidy 2020 Blog garbage-into-funds-for-your-town-the-
Town: The Biclean biclean-example-205970c1b7b8
Example

379
How One Lebanese Souad 13 mai the https://www.the961.com/lebanese-
Town Solved Its Lazkani 2020 961.com town-solved-garbage-
Garbage Crisis On Its crisis/?fbclid=IwAR0MwihA-
Own IkMhyx9DXA1XmAsSMrB293Zwt67
M6bbKxHnGoKKfMTfiEN1ErA
Today we crossed the Ziad Abi 26 mai Faceboo https://www.facebook.com/CedarEnvir
threshold of 2 Million Chaker 2020 k onmental/posts/2961440003942162
#plastic bottles diverted
from Jdeideh Landfill
Article en arabe: Ce Sabine 5 Daraj https://daraj.com/47841/?fbclid=IwAR2
n'est pas une décharge - Salameh septembre q40HvUfRVYFCOY9JgE-
c'est une mer! 2020 W3eAleFm24CaCz1Uu1E8N7_C7_1Y
AXLbDJKwI
Documentaire: AUB – Octobre AUB https://alumni.aub.edu.lb/s/1716/interior
Environment Academy NCC 2019 .aspx?sid=1716&pgid=1709&gid=2&ci
d=5666&ecid=5666&post_id=0&fbclid
=IwAR2mMYn61bpV1HAL3S3hjZFG
IzkcZnukdtriBawnP_eLwbtVjK_cEFtO
OrQ
Khoder Eid Is Changing Berytech 29 mai Article https://berytech.org/khoder-eid-is-
Waste Management 2020 changing-waste-management-culture-
Culture One House At A one-house-at-a-
Time time/?fbclid=IwAR1GcxsrdSzsQ8Pow5
BKtnN8VtO8TA0inFhlp2pLzR-
Q1j4oQxgd4ej52wE
Comment résoudre le Daraj 31 juillet You https://www.youtube.com/watch?v=vl4f
problème des déchets - Media 2020 Tube VebiLU0
reportage par Ziad Abi
Chaker
Liban : la menace d'un ARTE TV 20 octobre Arte TV https://www.arte.tv/fr/videos/100418-
désastre écologique - 2020 000-A/liban-la-menace-d-un-desastre-
reportage ecologique/?fbclid=IwAR3FQNUR62iP
bE11Y6B0bxDkOe7kkERE9tztK6lLub
5uazW0yej1YQ6XL0A
Des Libanais collectent Alghad 25 octobre Faceboo https://www.facebook.com/watch/?ref=
120 tonnes de vitres TV 2020 k saved&v=363947504844820
cassées du port de
Beyrouth - reportage
Environment Academy Najat 25 Faceboo https://www.facebook.com/permalink.p
waste projects status - Aoun novembre k hp?story_fbid=10164498606485451&id
reportage Saliba 2020 =886440450
Dawrati, Green Track, Zeina 8 janvier OLJ https://www.lorientlejour.com/article/12
Fawra... Dix initiatives Antonios 2021 47397/dawrati-green-track-fawra-dix-
libanaises financées par initiatives-libanaises-financees-par-la-
la France france.html?fbclid=IwAR2bRFVmhXF
220AUk8hnB-
yHTImRkib_7sgLTtBQFC_99LWrJX0
vVvizbmE

380
All together for better Green 6 mars Faceboo https://www.facebook.com/watch/?ref=
world - video Track 2021 k saved&v=129309752379565

Annexe 2: Guide des entretiens et entretiens

Guide d’entretien : initiatives / organisations de collecte et de recyclage


Introduire mon sujet de recherche :
381
Réseau social de circulation des déchets ménagers et apprentissage organisationnel : la
crise des déchets ménagers à Beyrouth depuis 2015

Objectif de cet entretien :

Nous essayons de savoir en premier lieu comment les organisations de traitement des
déchets conduisent-elles à favoriser l’interaction et l’implication d’acteurs hétérogènes.

A. Informations Générales :

1. Date de Fondation

2. Equipe de direction

3. Partenaires impliqués

4. Types de déchets concernés :

B. Histoire personnelle :

1. Racontez-nous votre histoire personnelle : qu’est ce qui t’a poussé à lancer votre ONG,
dans un environnement instable au pays ?

- Les acteurs impliqués dans le réseau de collecte et de traitement des déchets


(Coopération avec les ménages, les écoles, la municipalité, les ONG, les usines de
recyclage, etc.)
- Degré d’implication de chacun des acteurs, interaction journalière ou régulière ?
- Quantités de déchets reçus et fréquence de collecte
- Les quantités ont augmenté depuis 2016 ?

2. Obstacles et problèmes rencontrés ?

D’autres questions de réflexion pour aider dans la discussion et dans l’analyse :

- Etes-vous financièrement autonomes ? vous recevez un financement privé ?


- Recevez-vous du support de la part du gouvernement ? et quelles sont les difficultés
de ce secteur quand il s’agit de licences ?
- Qu’avez-vous appris du déchet ? Est-ce un apprentissage continu ?
- Une fois la crise de déchets est terminée, les gens continuent-ils à trier ou à se sentir
concernés et impliqués ?
- Les déchets comme ressource : pensez-vous que les gens perçoivent toujours les
déchets comme quelque chose dont il faut se débarrasser ?
- Disposez-vous de bennes et de points de collecte/procédure ?

382
- D’autres organisations qui font les mêmes activités que vous ?
- Fournissez-vous de l'aide à d'autres projets s'ils vous demandent ? ou existe-t-il une
coopération avec des ONG, des formateurs, des consultants, des industries, etc.
- Prévoyez-vous des séances de sensibilisation / des groupes de discussion pour
impliquer davantage de personnes ?
- Avez-vous l'intention d'impliquer davantage de citoyens et de jeunes dans la gestion
des déchets ?
- Informations concernant l'assistance technique et le soutien de toute autre institution.
Comment ? Quand ?

03.03.21
Entretien - Compost Baladi
(sensibilisation et compostage des déchets organiques)
C. Informations Générales :

5. Date de Fondation : 2017


383
6. Equipe de direction : Antoine Abou Moussa et Marc Aoun (Co-fondateurs)

7. Partenaires impliqués : Fondation Diane

8. Types de déchets concernés : Déchets organiques

D. Histoire personnelle :

L’entretien s’est déroulé en ligne car Antoine se trouvait en Colombie : il a créé une filiale à
Compost Baladi pour répliquer l’expérience et pour ouvrir des marchés au niveau
international. J’avais envoyé le guide d’entretien à Antoine avant notre conversation, et il s’est
mis à me raconter son histoire avec enthousiasme. L’entretien a duré 2 heures.
Compost Baladi a initié ses activités fin 2015 2016 ; c’était une conséquence de la crise des
déchets au Liban ; notre histoire est un peu amusante ; elle a commencé avec un jeune franco-
libanais qui était de retour au Liban et qui avait une idée de faire une réplication d’une
expérience de compostage de proximité (community composting) ; en France ce type de
compostage était centralisé et se focalise sur des déchets ménagers en utilisant des bennes ou
tonneaux en bois dans un chantier ou dans un jardin commun ou même dans un quartier ou rue
urbaine ; il a pensé d’avoir ce type de compostage au Liban ; il a commencé à faire des réunions
avec des personnes qui connaissent cette méthode ; ce type s’appelle Laurent Wakim et il avait
contacté Cyrille Rollinde qui travaillait avec Fondation Diane ; durant ce meeting, j’ai
(Antoine) partagé avec Laurent son expérience dans ce domaine ; j’avais une expérience limitée
à mon projet de recherche et mes études dans l’ingénierie agricole et environnementale ; vers
fin 2015, Laurent décide de quitter le Liban après avoir lancé sa société Compost Baladi et
après avoir donné une ou deux formations ; malheureusement, il a quitté le Liban pour de bon
en pensant que ce projet ne serait pas durable ; entre-temps, Cyril avait essayé de promouvoir
cette idée de compostage et m’en a parlé vers avril 2016 ; après avoir réfléchi, j’étais partant
pour prendre ce risque et j’ai décidé de prendre ce projet car j’ai tant voulu créer une entreprise
sociale qui a un impact social et environnemental. Après quelques mois, j’ai eu des discussions
avec Diana Fadel pour réfléchir sur comment ce type de business pourrait être durable et social ;
c’est là que j’ai rencontré Marc Aoun qui lui aussi a un background dans le domaine de
compostage (il était impliqué dans un projet de compostage aux Etats Unis en tant qu’étudiant

384
là-bas. Donc Marc avait une idée de travailler sur un projet de compostage de déchets de
jardinage pour les broyer : il avait une idée d’importer quelques machines des Etats Unis pour
commencer ces activités ; 5 personnes : Laurent, Cyril, Antoine, Diane et Marc étaient les
parties prenantes qui se sont impliquées dans ce projet : Antoine et Marc s’étaient mis d’accord
à créer cette compagnie avec Diana comme investisseur. Officiellement le 9 Mars 2017 la
compagnie était officiellement enregistrée : ça prend du temps car la bureaucratie au Liban est
très compliquée et exige les fondateurs pour faire une SAL à payer 30 millions (l’équivalent de
20000 dollars) pour enregistrer la société et 5000milles dollars pour initier les activités ; on
avait commencé nos activités bien avant la date officielle, mais ce n’est qu’en en mars qu’on a
pu faire des contrats avec des municipalités, des universités, des institutions, etc.
Pour revenir au titre de ta thèse, je pense que le catalyseur le plus grand qui nous a poussé à
créer cette société c’était la crise de 2015 : car ils n’auraient pas eu l’intention ni consenti cette
urgence de lancer un projet sur le sujet des déchets. Le sujet des déchets n’était pas conçu avant
2015 ; on ne les voyait pas avant 2015. Par contre on voyait les carrières car c’était un problème
environnemental et politique. Les problèmes environnementaux ne prennent de l’imminence
que lorsqu’ils peuvent être sentis (olfactivement) ; l’urgence a commencé le 17 juillet 2015,
lors du déclenchement de la clôture de la décharge principale de Naameh et le début de la grève
des déchets.

Les acteurs principaux de Compost Baladi sont les fondateurs, les experts et les scientifiques
qui travaillent sur cette catégorie de déchets ainsi que les gens qui sont spécialistes dans ce
domaine. On peut identifier 2 sous-groupes : les fondateurs et les consultants : Compost Baladi
est faite de groupes de personnes qui travaillent à mi-temps ou full time et le deuxième est
constitué de comité de consultants à qui ils ont recours pour des grands projets, ou pour des
projets de « landscaping » comme Marc Beyrouti par exemple.
Les clients sont divisés en plusieurs sous-groupes, car nous ne savions toujours pas en 2017 qui
allait être un client qui va générer un revenu : les agriculteurs, les compagnies de landscaping,
les universités, les municipalités, ou bien les ménages ? Ce sont des clients potentiels).
La relation avec les municipalités a évolué depuis 2016 : incapacité financière de la part de
municipalités qui ont des dettes à Sukleen et ne bénéficient pas de fonds de la part du
gouvernement. Les projets avec les municipalités prenaient lieu d’une façon indirecte, à travers
des organisations internationales : financement pour gérer le problème des déchets. C’était
d’essayer de développer des projets durables pour une gestion décentralisée des déchets en 6

385
mois ou un an : le coût d’accélération des projets était couvert par des organismes
internationaux.
Il faudra noter qu’un troisième sous-groupe jouait un rôle essentiel à l’initiative Compost
Baladi, ça nous a donné de l’élan : le groupe de journalistes et médias. Nous avons eu la chance
à parler à des journalistes et à des télévisions car le sujet était hot topic en 2016 et 2017 : ils ont
eu quelques spots dans des talk-shows. Ça a beaucoup aide à donner plus de confiance et de
notoriété au nom Compost Baladi.

Activités principales : il est important de noter que les activités ont évolué d’une manière
adaptive de 2016 à 2021 : sans support financier ni cadre légal jusqu’à commencer à gagner des
prix dans des compétitions de start-ups, etc.
Au début, on a vendu des boites en bois, ensuite des IBC containers automatisés, et maintenant
on a des grands conteneurs qu’on utilise dans le shipping. Au cours de la première année, nous
avons installé plus de 100 bacs à compost en bois dans toute la capitale. Les boîtes ont été
vendues à 150 $ l’unité. À la fin de 2017, nous avons pu mettre en place notre première preuve
de technologie en utilisant « la méthode de reliure statique aérée » en collaboration avec
l’Université Saint Esprit de Kaslik (USEK). C’était la première institution à adopter cette
technologie dans le pays. En 2018, nous nous sommes associés à une entreprise américaine et
avons amélioré le produit fabriqué localement, car nous avons constaté que le marché local
n'avait pas un espace commun pour accueillir le composteur en bois que nous proposions.
Le composteur en bois a évolué pour devenir le « Earth Cube », un produit plus adapté à la vie
urbaine. Il offre des fonctionnalités d'automatisation tout en restant relativement peu coûteux.
À un prix de 650 $ et un espace de 1,2 m2, l'équipe a déjà vendu 100 pièces de ce modèle.
Soutien et sensibilisation à la gestion des déchets : en parallèle, l'équipe a travaillé avec des
agences de développement pour accompagner les municipalités dans la mise en place de leurs
opérations de gestion des déchets et de compostage. Antoura, Manara et Aitanit sont les 3
premières municipalités qui ont été formées. Notre initiative visait à soutenir les communautés
défavorisées ou vulnérables dans différentes activités de développement durable liées à
l'agriculture et au compostage. Elles ont été formées au compostage à domicile et au
compostage au niveau organisationnel. Nous avons également travaillé avec eux sur la gestion
durable des terrains agricoles. Compost Baladi vise à améliorer leurs moyens de subsistance en
réduisant leurs coûts et en améliorant leur contribution au développement éco-durable.

386
En 2019, nous avons poursuivi le même travail avec un syndicat de communes, celui de Minieh
et sensibilisé plus de 12 500 foyers aux méthodes de tri appropriées. Nous avons également
créé un système plus petit pour le compostage qui est encore en phase de développement appelé
« Earth Drum » pour viser les familles qui vivent dans des appartements.
Au niveau de consultation, ils sont les moins coûteux pour la société et ont bien évolué. Nous
avons commencé par des formations minimes jusqu’à avoir des grands contrats allant jusqu’à
5 millions de dollars : designers et formateurs pour des municipalités ; deux lignes de business
ont développé (consultation et développement des technologies) ; concernant les autres
activités : comme la production du compost ceci n’a pas évolué ; nous étudions la conception
de plusieurs produits pour les vendre : pour le moment nous faisons des recherches pour pouvoir
mettre sur le marché un mix de produits plus tard. Nous avons besoin d’un financement pour
construire un site et attendons le moment idéal pour pouvoir agrandir ce Spectrum d’activités :
nous ne collectent pas les déchets (nous ne pensons pas de le faire prochainement). Notre
philosophie est de faire le traitement des déchets organiques le plus proche possible de sa source
de sa génération (génération source).

Concernant l’apprentissage : la crise des déchets au Liban était un catalyseur pour augmenter
le niveau de sensibilisation du grand public libanais pour comprendre le problème des
déchets au Liban : le grand public connait le mot compost par exemple car Compost Baladi a
fait diffuser au grand public des informations sur le topic : au niveau de la sensibilisation ; mais
ils ont besoin de l’intention et la volonté de vouloir travailler pour après trouver les outils et
savoir comment grandir et apprendre les problèmes : au Liban on est au niveau de savoir sur
les déchets : on ouvre le problème des déchets quand il y a un chantage : c’est un pion de
chantage entre politiciens au Liban (les déchets). Cette crise a pu créer un réseau solide de tri
car ce sont les individus eux-mêmes qui y sont impliqués et ils le font parce qu’ils sont tout
d’abord obligés pour ensuite a force de le faire et de le voir circuler ça crée un réseau social
et technologique. Nous sommes les entrepreneurs qui portent des solutions aux problèmes
occurrents, mais sans l’engagement de porte-paroles des différents groupes nous ne pouvons
pas engager la société. Le gouvernement commence à comprendre que nous somme un réseau
solide et se sent coincé à nous suivre. Les autorités publiques comme les municipalités montrent
un exemple important de ce changement.
Au niveau de la société, on a grandi techniquement on s’est développé au compostage
technologique, et les déchets organiques liquides pas seulement solides ; ils frôlent de nouvelles

387
limites ; ils ont eu la chance 3 ans d’apprentissage pour grandir et pour trouver un marché a de
nouveaux produits : comme les boites automatisées de compostage à vendre dans d’autres pays
(Qatar, Jordanie, Colombie, etc.).
Il a une toute portion (1 à 5% des gens au Liban qui sont prêts à faire du compostage même si
le gouvernement ne va rien faire) Compost Baladi sont en train d’essayer de produire avec le
produit : extraire des ressources des déchet ; pas seulement le traitement des déchets.
Les déchets sont un symptôme sur comment les gens interagissent ensemble ; lui en tant que
spécialiste il essaie de faire des solutions.
Au Liban on ne pourra pas continuer ainsi ; Liban a une petite taille comparée aux pays voisins ;
la crise économique a contribué à rendre ces entreprises sociales durables car les libanais
cherchent du compost local.
Notre principal défi est lié à la façon dont nous survivons dans cet environnement instable.
Notre capacité à pénétrer le marché aurait été beaucoup moins difficile si on opérait dans un
pays développé.
En 2019, la startup a remporté plusieurs concours dont celui de MIT Social Enterprise avec un
prix de 50 000 $, l'Expo Live de Dubai avec un prix de 100 000 $ et de nombreux autres prix.
Ils ont également été incubés dans les programmes Agrytech Accelerator et Impact Rise lancés
par Berytech, pour développer leur système de traitement des eaux usées Cubex et pour aider à
faire évoluer leur startup.
Après la révolution d'Octobre 2019 à Beyrouth et la crise économique qui l'a accompagnée en
2020 et 2021, la startup a dû analyser de nouveau ses plans d'expansion. Compost Baladi est en
train de développer un service de collecte des déchets organiques pour les épiceries et les
centres commerciaux, qui seront transformés en compost. L’entreprise se charge de produire
du compost local dans un centre de traitement qui est en cours de construction. Le compost sera
localement produit et remplacera celui importé dont le prix augmente continuellement, compte-
tenu de la situation économique du pays.
L’entreprise continue à promouvoir les formations professionnelles et l'accompagnement dans
la gestion des déchets provenant du jardinage municipal. 30 000 personnes ont été formées au
compostage et au tri des déchets. En même temps, l’entreprise adapte le « Earth Cube » afin de
pouvoir le commercialiser mondialement, en se concentrant sur les pays développés tels que
l'Union Européenne et l'Amérique du Nord.
Il nous a fallu du temps pour adapter notre modèle commercial à ce qu’il fonctionne à une
échelle plus grande. En parlant aux startups dans d’autres pays au niveau régional, nous nous

388
rendons compte qu’elles n’ont pas le même privilège que nous dans ce domaine. On apprend
beaucoup au niveau national car les déchets ont beaucoup à nous raconter. Les facteurs sont
nombreux et les opportunités sont à explorer. On a un rôle très important dans la sensibilisation
des gens et des institutions car sans leur engagement, le pays se noiera sous ses déchets. En
même temps, beaucoup d’opportunités s’ouvrent à partir des déchets surtout que la situation
économique et financière s’empire au Liban. L’innovation en matière de déchets reste très
opportuniste. Mais d’un autre côté, nous sommes confrontés au manque de réglementation, aux
monopoles, au manque de transparence, à la façon actuelle de faire les choses – et un manque
de support aux entreprises sociales qui apportent une proposition de valeur et des solutions
durables. Malgré tout cela, si le modèle commercial est créatif, vous allez pouvoir être présent
là où les autres ne le pourraient pas. Le modèle commercial de l’entreprise a été analysé
récemment d’une façon plus stratégique afin de pouvoir s’adapter à ces défis et continuer à
opérer et à développer de plus en plus l’entreprise. Je vois que l’engagement des chercheurs
comme vous est très important surtout en ce moment pour concrétiser et mobiliser tous les
acteurs de la crise. Nous travaillons sur une frontière, mais vous analysez toutes les autres
frontières ».

12.03.21
Entretien : Fabric Aid
(collecte, traitement, recyclage et revente d’habits usés)

E. Informations Générales :

9. Date de Fondation : 2017

10. Equipe de direction : Omar Itani (fondateur)

11. Partenaires impliqués : Fondation Diane – Al Fanar et autres particuliers

12. Types de déchets concernés : Déchets textiles

389
F. Histoire personnelle :

L’entretien s’est déroulé en ligne : L’entretien a duré 2h (il faut dire que j’étais en contact
régulier avec Omar (support et espace alloué à RayMondo, l’incubateur industriel que je gère
à Fondation Diane).
Je commence par introduire le concept de mon entreprise sociale FabricAid et j’intègre mon
expérience en même temps : FabricAid donne la possibilité aux gens qui ne sont pas privilégiés
de pouvoir se fournir d’habits à des prix abordables. Ceci aide à réduire les déchets textiles qui
finissent dans des décharges ou qui sont enfouis dans la nature. Notre activité consiste à
collaborer avec des ONGs pour la collecte d’habits usés et distribuer des bennes spéciales pour
permettre aux gens de déposer les habits directement sans avoir à passer par des ONG. Ceci
évite de mélanger les habits avec d’autres matières et permet de les garder propres. Nous avons
placé plus de 200 bennes dans les différentes régions Libanaises, comme par exemple à l’entrée
d’un centre commercial, d’un supermarché, ou bien à un endroit accessible à tout le monde
comme la municipalité, les écoles et les universités, etc.
Les habits collectés sont triés, nettoyés et classes dans plus de 50 catégories pour être ensuite
vendus à travers nos points de vente qui se trouvent dans des zones pauvres et populaires pour
des prix qui varient entre 0.5 $ à 2$ maximum par pièce.
FabricAid est une plateforme que j’ai fondée avec mon partenaire Tamara Ghandour qui
consiste en premier lieu à collecter les habits usagers, les trier, les classer, les nettoyer et les
distribuer dans plus de 250 points de vente au Liban. Souvent nous ouvrons des magasins
mobiles dans des villages démunis et loin de la ville.
Notre start-up a gagné plusieurs compétitions au Liban et en Europe. Citons une qui a été
organisée par Berytech (un incubateur d’entrepreneuriat au Liban) en collaboration avec un
partenaire régional GSVC. J’avais participé à une compétition en 2018 à Milan. J’étais
sélectionné parmi les 19 finalistes et arrive à gagner le premier prix.

La mission de FabricAid consiste à offrir aux gens non-privilégiés des habits de bonne qualité
a des prix abordables, en même temps nous aidons le Liban atteindre zéro déchets textiles tout
en maximisant l’efficience de la collection, du tri et de la distribution d’habits usagers. Notre
modèle est assez innovant car il optimise la chaine de valeur à travers des déchets textiles grâce
à un système de gestion et de collecte intelligent, une distribution de bennes à vêtements et une
franchise sociale au niveau national. Au cours de la première année notre startup a pu bénéficier
2000 personnes en vendant plus de 10 000 articles. FabricAid a bénéficié d'un mentorat tout au
390
long de son lancement sur le marché, d'une visibilité internationale a travers les campagnes
publicitaires et les réseaux sociaux et à travers Berytech qui nous a donné accès à un réseau de
soutien international. Nous avons aussi participe a plusieurs compétitions au niveau national et
international et nous sommes fiers de montrer le vrai côté de notre pays. Citons la compétition
« Pan Arab » de MIT, nous avons gagné le deuxième prix d’entreprise sociale en 2018.

Nous avons recruté vingt employés à temps plein entre 2017 et 2018, et avons assuré une
meilleure vie a plus de 3000 personnes en leur donnant accès à des habits de bonne qualité et a
des prix abordables. J’avais 22 ans quand j’ai fait l’entretien avec MIT Enterprise Forum et j’ai
raconté le début de mon aventure entrepreneuriale.
Mon histoire a commencé en décembre 2016 lorsque ma mère a donné mes vieux vêtements au
concierge de l’immeuble, ce qui m’a poussé à lui demander s'il mettrait les chemises malgré la
différence de taille. J’étais surpris par sa réponse : je prends ce qui me va et je jette le reste !
Je pensais à la crise des déchets qui venait de s’annoncer été 2015 et au gaspillage de vêtements
qui pourrait bénéficier d’autres personnes qui en ont besoin. Cela nuit à l'environnement, car
les habits sont fabriqués a partir de fibres et de plastique qui mettent des centaines d'années
voire mille ans avant de se biodégrader : quelle pollution !
Suite à cela, je me demandais ce que je pouvais faire afin de réduire les déchets et contribuer à
trouver des solutions durables à ce problème qui est à la fois social et environnemental.
J’ai commencé à demander à toute ma famille et mes amis à me donner les habits qu’ils n’en
ont pas besoin. J’ai aussi demandé sur Facebook pour atteindre un plus grand nombre de gens.
J’ai réussi à collecter 200 kilos d’habits (1000 pièces). Ensuite j’ai commencé à visiter des
ONGs qui aident les réfugiés et les communautés vulnérables au Liban. Je leur demandais
comment faire. A ma grande surprise, plusieurs d’entre elles ne disposent pas de ressources ni
de capacité pour se charger de la collecte et de la distribution de toutes les quantités d’habits
usés qu’ils reçoivent. Moins de 10% des habits usés sont collectés ! Alors que plus de 2.5
millions de personnes ne peuvent pas se permettre acheter des habits neufs (la moitié de la
population Libanaise).
Je disposais d’un montant de 2000 $ seulement lorsque j’ai commencé à collecter des habits
usés auprès de ONGs contre 0.5$ par kilo. Quelques mois après, j’ai loué un dépôt que j’ai
arrangé et j’ai commencé à vendre la pièce de vêtement à un prix allant de 0.5$ à 2$ seulement.
Après avoir mené une enquête qui couvre le territoire libanais, les résultats nous ont montré que
des centaines de tonnes de vêtements de bonne qualité étaient jetés chaque année au Liban.

391
Notre initiative s’est donc bien lancée avec la mission d’offrir la possibilité aux personnes qui
sont dans le besoin, d’acquérir des vêtements abordables et de bonne qualité. Ce qui remplit un
manque et un besoin sur le marché libanais.
L'entreprise collecte des vêtements d'occasion pour être ensuite triés, nettoyés et vendus à des
prix très abordables. Rien qu’à Beyrouth nous avons 10 bennes et deux boutiques avec plus de
30 tonnes de vêtements traités en moins de 10 mois. Dans le but de générer des revenus
supplémentaires et d’innover plus dans ce secteur, nous avons ensuite lancé un nouveau projet :
vente de vêtements « upcyclés » à travers des expositions de mode. Par exemple, ESMOD est
une école de mode installée au Liban dispose d’une usine de couture et fait travailler ses élèves
sur le recyclage des vêtements tout en créant de nouveaux modèles. C’est à travers une chaine
de valeur qui consiste à envoyer les designs conçus par les élèves à des femmes refugiées qui
sont formées pour créer des habits à partir d’habits usés. Cette initiative que nous avons lancée
a permis d’offrir des opportunités d'emploi aux femmes venant des communautés vulnérables.
Les différents acteurs sont les ONG, les familles démunies, les femmes cherchant un emploi,
les étudiants, les municipalités et pleins d’autres.

Notre participation a plusieurs compétitions comme je viens de le dire. Entre autres, « Arab
Startup Competition » nous a offert une grande opportunité de gagner des prix cash et de
développer la stratégie de FabricAid à travers des formations et des séances de mentorat. Une
grande partie de nos dépenses est assurée par nos ventes ce qui nous permet de développer un
réseau social de franchise afin de permettre a d’autres pays d’appliquer notre modèle de
gestion : nous venons de lancer la première franchise en Jordanie et bientôt on vend une
franchise en Egypte.
« La sensibilisation au tri et la participation à des compétitions d’innovation dans les domaines
social et environnemental ont beaucoup aidé FabricAid à tenir le coup et continuer dans sa
mission et en même temps à changer les attitudes des individus vis-à-vis des déchets et surtout
ceux textiles. Un nouveau programme « StandUp » vient d’être lancé en 2021 par Berytech qui
vise à favoriser l’entrepreneuriat vert dans le secteur textile, c’est-à-dire réutiliser ou faire du
Upcycling à partir des déchets textiles. Notre rôle sera de les motiver. Nous comprenons tout à
fait tous les problèmes auxquels les jeunes entrepreneurs font face. C’est un défi pour chaque
individu qui lance un projet innovant et social dans un pays comme le Liban. Le gouvernement
ne donne pas le support qu’il faut. Pour cela il est crucial que le réseau grandisse de plus en
plus pour que l’impact soit fort. Chaque groupe aura un représentant dans ce réseau social

392
d’initiatives. La spécificité réside dans les déchets qui constituent la ressource principale de
tous nos projets.
Le secteur dont nous faisons partie est novateur pour le Liban. La culture n’aide pas beaucoup
mais la situation actuelle du pays du point de vue environnemental et économique joue un rôle
assez important dans le changement dans les représentations des individus vis-à-vis des choses
usées. L’explosion au port de Beyrouth ainsi que la crise financière au pays a laissé beaucoup
d’individus réfléchir autour du sujet des déchets. Le réseau de recyclage et de réutilisation
devient de plus en plus grand ; nous participons à des débats et des compétitions presque toutes
les semaines. Les représentants des différents groupes sensibilisent de plus en plus sur les
réseaux sociaux ; nous avons été affectés largement par l’explosion et par la crise car d’un côté
notre plus grand dépôt a été entièrement détruit lors de l’explosion et d’un autre côté les gens
donnent de moins en moins leurs habits usés vue la situation actuelle. Par contre, nous recevons
énormément de fonds de la part d’organismes internationaux ; ceci nous motive dans tous les
sens ; une coalition est en train de se former réunissant tous les représentants des différents
acteurs dans le domaine des déchets et une mobilisation entre eux prend de plus en plus forme.

18.03.21
Green Track (sensibilisation et collecte des déchets ménagers recyclables)

G. Informations Générales :

13. Date de Fondation : 2016

14. Equipe de direction : Khoder Eid (Fondateur)

15. Partenaires impliqués : Fondation Diane

16. Types de déchets concernés : Déchets recyclables

H. Histoire personnelle :

J’avais 25 ans quand j’ai lancé Green Track en 2016. L’idée est née d’un projet sur le tri des
déchets suite à un cours que je suivais à l’Ecole Supérieure des Affaires à Beyrouth. Mais tout

393
a commencé lors de la grève des déchets en 2015. J’ai réussi à convaincre ma mère à faire des
visites chez les voisins du quartier de Tebbané et Jabal Mohsen, des quartiers situés en banlieue
de Tripoli, au nord du Liban.

C’est avec l’aide de quelques femmes, que nous avons pu rencontrer les habitants et, par la
suite, les sensibiliser à l’importance du tri à la source. Après deux mois de visites, nous avons
reçu un financement de Fondation Diane pour pouvoir continuer notre mission. Aujourd’hui 66
familles, issues de ces quartiers populaires et très pauvres, sensibilisent leurs voisins et les
poussent à trier leurs déchets et à les déposer au centre Green Track. La mission de Green Track
est d’éduquer les citoyens libanais au tri par la sensibilisation, la collecte et le re-tri des déchets,
ainsi que la vente des produits recyclables collectés aux industries de recyclage. Ces dernières
les utilisent comme matière première pour leur fonctionnement. Au tout début, la maman de
Khoder et ses amies ont visité 5,000 maisons. Khoder a tout d’abord loué un petit espace en
pensant que peu de gens allaient opter pour le tri à la source. Il a été surpris par le nombre de
réponses positives. Soixante à quatre-vingts pour cent de ces maisons ont commencé le tri. Le
petit espace ne suffisait plus car les matières recyclables ont commencé à s'accumuler. Khoder
a alors décidé de louer un entrepôt et Green Track commençait à évoluer depuis. L’équipe de
sensibilisation constituée de femmes au foyer donnait des séances de sensibilisation en porte-
à-porte et apprenait aux ménages comment trier. La startup avait imprimé une brochure qui
montre aux gens comment séparer les déchets recyclables de ceux organiques dans des sacs
bleus et noirs. Green Track a assuré des bennes qu’elle a stratégiquement placées sous chaque
immeuble. Khoder pense que lorsque les gens verront que les déchets sont collectés séparément,
ils feront confiance petit à petit au s’habitueront à faire du tri. Je sais qu’il faudra un effort
énorme pour créer une culture axée sur le tri à la source et le recyclage et que la seule façon d'y
parvenir est de sensibiliser et de former les ménages en permanence sur le sujet.

Green Track assure ensuite la collecte des recyclables, leur transport à l’entrepôt. Un deuxième
tri a lieu et un compactage se fait par type de déchets : plastique, métal, papier et carton, verre,
électronique et tissu. Ces matières sont vendues aux usines de recyclage. En ce qui concerne
les déchets organiques, ils sont utilisés pour le compostage. Selon Khoder, les gens n'ont pas
les bonnes ressources pour faire le tri de leurs déchets. C'est pourquoi Green Track assure ces
ressources comme les bennes et les services de sensibilisation et de collecte régulière.
L’initiative Green Track est très active sur les pages des réseaux sociaux en ligne. Elle diffuse
les informations sur les différentes activités et lance continuellement des campagnes sur
394
Facebook et Instagram. Ces réseaux servent à montrer comment la communauté Libanaise
profite du recyclage, que ce soit à travers la diminution des importations de matières premières
en plastique et en papier ou à travers la réduction de la quantité de dumping et d'incinération.
Green Track participe aussi à des expositions, des conférences et surtout à des webinaires
depuis la crise sanitaire et le confinement à cause de la pandémie en 2020 et 2021.

Le tri à la source nécessite un changement radical de culture. Ce n'est pas quelque chose que
nous pouvons faire du jour au lendemain. C'est un effort continu pour réussir avec des
campagnes ciblant et impliquant la communauté. Tous les experts m'ont dit d'oublier l'idée, que
le tri à la source ne couvrirait même pas les dépenses, que c'est un projet en échec qui ne me
rapportera pas d'argent. J'ai ignoré tous leurs conseils. ». Le rôle de Fondation Diane, outre le
support financier, est l’accompagnement de cette initiative afin de s’assaillir collectivement aux
problèmes sociaux et environnementaux.

Des éléments essentiels ont contribué au succès de Green Track. Cette initiative compte
essentiellement sur le réseau de femmes et enfants qui font des visites régulières à des familles
pour les sensibiliser au tri de leurs déchets. Ce réseau est aussi hétérogène car il rassemble des
humains et des non-humains, car tout tourne autour des déchets. Il s’agit donc d’une traduction
qui implique une transformation dans les habitudes et les perceptions malgré toutes les
controverses. Des discussions et des débats rendent le réseau intelligible, surtout qu’il s’agit
d’une ville qui regroupe des familles larges ayant des revenus faibles.
A Green Track on se présente à des compétitions nationales et internationales et nous
demandons l’aide d’incubateurs tels que Berytech et MakeSense pour former notre équipe et
apprendre à agrandir le réseau de tri pour couvrir toutes les régions du Nord et appliquer ce
qu’on fait dans tout le pays.
J’ai fait 2 masters dont l’un est dans la gestion environnementale. Je n’arrivais pas a trouver un
emploi et du coup ceci m’a poussé à créer ma propre boite. Les initiatives à impact social et
environnemental n’étaient pas nombreuses avant la crise de 2015 et les programmes qui
viennent en support à ces initiatives étaient très rares. La seule chose qu’il fallait faire lors de
la crise c’était de lancer des campagnes de sensibilisation pour appeler les gens à trier leurs
déchets. Maman à l’aide des femmes du quartier faisait du porte à porte et apprenaient aux gens
comment trier en leur expliquant les différentes catégories de déchets recyclables. Elles leur

395
informaient qu’elles passeront récupérer les sacs poubelles tous les lundis et jeudis. La collecte
se fait gratuitement.
On a imprimé des brochures pour aider à nous faire passer le message. Notre mission principale
est d’éduquer les Libanais sur le tri en les sensibilisant, pour ensuite collecter les recyclables,
faire le deuxième tri et les vendre aux usines de recyclages. Nous les compactons par catégorie :
aluminium, électroniques, verres, tissus, papiers et cartons. Les déchets organiques sont vendus
pour faire du compost.

Notre objectif c’est de créer des clubs de femmes et de jeunes dans les différentes régions
libanaises. Nous demandons des fonds pour pouvoir assurer les bennes et les moyens de
transport pour la distribution et la collecte. On continue à lancer des campagnes de
sensibilisation en montrant comment nos communautés sont entrain de bénéficier du recyclage.
Notre rôle est de réduire les quantités de déchets qui partent dans la mer, dans des décharges ou
qui sont incinérés.

L’éducation commence avec les jeunes. Et c’est grâce aux femmes, les jeunes vont s’habituer
à trier et recycler leurs déchets justes comme ils apprennent à le faire à la maison. Nous
collaborons avec les municipalités, les ONGs et les écoles afin de sensibiliser un grand nombre
d’individus. Cette année nous collaborons avec Live Love Recycle pour joindre nos efforts et
atteindre un plus grand nombre de personnes. On crée et on participe à des évènements dans la
région de Tripoli comme par exemple un évènement qui a offert à 4000 enfants plusieurs
activités dans le but de les former et les sensibiliser sur l’importance du tri.
Jusqu'en 2021, Green Track a pu toucher 22 500 foyers et a créé une centaine emplois. Nous
générons du profit grâce à la vente des matières triées, des campagnes de sensibilisation et des
projets financés.

Sans le tri à la source, la crise va continuer de s'aggraver. La décharge de Tripoli par exemple
est autorisée à atteindre 12 mètres de hauteur. En 2016, elle atteint désormais 32 mètres ! La
ville a improvisé une autre décharge, alors qu’elle dispose d’une usine de traitement des déchets
qui n'est capable de traiter que 3% des déchets générés car les déchets arrivent mélangés et
compactés. Toute technologie qui traite les déchets mélangés nécessite beaucoup d'énergie pour
séparer les déchets ce qui augmente la crise énergétique à laquelle le pays fait face depuis plus
de 30 ans.
396
Il ne faut pas oublier l’impact social que Green Track fait : nous opérons dans l’un des villages
les plus pauvres de la région. La plupart des femmes sont au chômage et se sentent
marginalisées dans leur communauté. Dans les anciennes zones de conflit de Tripoli, de
nombreuses femmes ne sont pas satisfaites de leur état. Elles n'ont pas la possibilité de travailler.
Elles ne savent pas comment s'organiser. Elles trouvent que notre initiative les fait revivre et se
sentir utiles et devenir des « femmes vertes » et à gagner confiance en elles et en leur capacités.
Elles gagnent un salaire en le faisant. Elles bénéficient de faire de leurs quartiers des zones
propres. En plus de ça, leurs interactions avec les femmes des autres quartiers aident à diminuer
les tensions et les conflits entre les villes de Beb El Tebbeneh et Jabal Mohsen. Nous adaptons
notre modèle dans chaque région où nous voulons travailler car chacune présente ses propres
défis, qu'ils soient religieux, culturels ou politiques.
31.03.2021
Entretien - EcoServ
(ONG – collecte, démantèlement et recyclage des déchets électroniques)
I. Informations Générales :

17. Date de Fondation : 2017

18. Equipe de direction : Gaby Kassab

19. Partenaires impliqués : Fondation Diane (depuis 2019)

20. Types de déchets concernés : Déchets électroniques (tablettes, téléphones mobiles,


ordinateurs, imprimantes, télévisions, batteries et autres)

J. Histoire personnelle :

J’étais cadre dans des entreprises multinationales assez importantes dans le domaine de
l’électronique et télécommunications (CEO de Nokia dans au Moyen Orient). Je travaillais à
l’extérieur, et quand je suis revenu au Liban, j’ai voulu contribuer et améliorer les conditions
de l’environnement dans mon pays que j’aime tant, j’ai voulu faire quelque chose qui a une
valeur ajoutée. Je tenais à trouver une solution à ces déchets que l’on comprend encore mal,
puisque l’on ignore ce qu’ils contiennent vraiment

397
Pourquoi les déchets électroniques ? car durant ma carrière chez Nokia, Data General et autres
en tant que directeur ou CEO, le challenge que toutes ces grosses compagnies c’était de pouvoir
se débarrasser d’éléments qui pourraient être toxiques, et pouvoir les traiter d’une façon
sécurisée.
Comme pour tous les autres types de déchets, la gestion des appareils électroniques usagés
n’existe même pas dans ce pays : ils finissent dans la nature, dans les décharges ou sont mal
traités par des charognards non qualifiés. Ces derniers, pour récupérer métal et plastique, brûlent
les appareils usagés ou les démantèlent n’importe comment. Au risque d’engendrer une
pollution toxique, notamment par des métaux lourds et autres qui contaminent les sols, l’eau et
l’air.
De retour au Liban, je découvre que les déchets électroniques sont sous-estimés et sont livrés
aux scrapeurs qui les cassent et gardent les matières toxiques qui finissent dans la nature ou
sont même brulés illégalement à ciel ouvert ce qui les rend encore plus nocifs. J’ai trouvé qu’il
y avait une grande ignorance sur cet aspect-là. Quand je contactais les banques et les sociétés,
j’ai vu que la majorité ne savait pas quoi en faire. Donc j’ai voulu pousser ce côté de RSE ou
CSR (Corporate Social Responsibility) et j’ai commencé à collecter les déchets électroniques ;
j’ai entamé des contacts et acquis des certificats de la part de sociétés bien renommées en
Europe (comme Cookson en Allemagne). Nous sommes les seuls aujourd’hui à être éligibles à
délivrer un certificat de destruction des déchets en question. Nous avons passé un accord avec
un recycleur allemand, pour les matériaux qui ne peuvent être traités localement (comme par
exemple les cartes électroniques qui comportent de nombreuses substances qui ne peuvent être
traités que par des recycleurs certifiés. En ce qui concerne le plastique et les métaux, nous les
transférons vers des usines libanaises de recyclage. Nous sommes aussi en train de développer
un système d’upcycling du plastique : nous sommes toujours dans la phase de recherche et
développement ».
J’ai initié mon ONG car j’avais une passion pour l’environnement. Partout dans le monde on
connait les autres catégories des déchets mais pas dans mon pays natal ; le cumul du plastique
est nocif ; mais l’impact des déchets électroniques est encore plus nocif ; ça peut se désintégrer
dans la terre et impacter l’eau et la terre ; ça empoisonne la nappe aquatique.
C’est pour ça j’ai initié un programme de sensibilisation : plus de 90 workshops avec les
municipalités, les clubs des villages, les hôpitaux, les écoles, les scouts du Liban, les jeunes
associations, Rotaract ou club sociaux. On a même été à la Bekaa (West Bekaa) pour
sensibiliser les gens (Gaby savait que je suis d’origine de la Bekaa). Et j’ai essayé de

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promouvoir le concept du CSR avec les institutions ; et pour les motiver, on leur donnait un
certificat de destruction et de réception. Les banques par exemple envoient une liste
d’électroniques, EcoServ émet un certificat de réception qui certifie que ces équipements vont
être démantelés et éliminés correctement : (matériaux nocifs comme les « boards » ou autres
qui contiennent du mercure du Cadmium et du plomb et les matériaux non nocifs qui sont les
métaux et autres qu’on finit par recycler localement) ; les banques sont obligées d’être
conformes aux règles de CSR elles doivent présenter une preuve du destin de leurs déchets
électroniques.
Ça a été une bataille : une bataille « up-hill » ; car pas de règlementations ni support pour des
gens qui veulent faire à ce niveau-là ; chaque permis prend des mois et des années ; le problème
c’est pour pouvoir travailler dans ce domaine-là, chacun doit suivre la loi, malheureusement il
y a plusieurs qui ne suivent pas la loi et opèrent illégalement ce qui pose un problème…le
ministère pointe seulement les opérateurs qui sont bien installés et qui travaillent légalement et
font de l’impact.
Les déchets électroniques, quand on les jette dans les poubelles des maisons avec les autres
déchets organiques, ils vont se désintégrer et on finit par avoir du poison dans le sac avant même
qu’ils arrivent en décharge.
Une application mobile sera lancée en Avril 2021, qui va engendrer un « Near Me » (drop
zone), avec une possibilité d’envoyer une demande pour collection, une section pour faire du
volontariat ou « volunteering », et des conseils utiles pour mieux jeter et se débarrasser des
déchets.
Un nouveau programme vient d’être lancé aussi « Ambassadorship program » pour les
universitaires et les jeunes : pour encourager les étudiants (car chaque étudiant vient d’un
village différent) à trier et à porter conseil sur les modalités de gestion de déchets ; ils aideront
dans l’organisation de workshop dans les villages d’où ils viennent.
Nous sommes très fiers d’élargir le secteur d’activité de EcoServ : nous collectons les déchets
cosmétiques pour les démanteler et ensuite les recycler. Une campagne de sensibilisation sera
lancée bientôt.
Pour essayer d’aider les ménages et les familles, on a créé un network de drop zones avec plus
de 120 locaux (points de chute) du sud au nord du pays, pour faciliter la tâche aux familles et
pour essayer de leur donner l’opportunité de pouvoir se débarrasser de leurs déchets
électroniques ; car actuellement les compagnies de déchets ménagers ne sont pas expérimentées
dans ce domaine-là et leur contrat ne leur spécifie pas ça (comme Ramco qui est sous-traité par

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l’Etat en ce moment par exemple), ils les jettent directement dans des décharges sans aucun
traitement au préalable.
Les drops zones sont installés dans les universités, les magasins électroniques, les hôpitaux, les
clubs, dans les villages. EcoServ organisent des webinaires et des réunions. Ils sponsorisent des
créateurs et des étudiants dans les universités. Les universités Libanaises sont presque toutes
inclues : NDU, NCC at AUB, LAU, USEK.
- Des municipalités : comme Bikfaya, Batloun of Chouf, Byblos, Hamat, Choueifet,
Zalka, Bche3le, Rayfoun, la Fédération des municipalités au Chouf et à Tripoli (Al
Fayhaa)
- Des sociétés comme : Cisco, Microsoft, HP, Samsung, Huawei
- Des banques BLF, Société Générale, Fransabank, Bank Audi, Bank of Beirut, Saradar,
Al Mawared Bank, etc.

Nos techniciens sont formés par le recycleur avec lequel nous avons signé un contrat. Une mise
à jour des formations a lieu tous les trois mois afin que nous appliquions les méthodes les plus
sûres de démantèlement. Nous avons déjà collecté plus de trente tonnes de déchets depuis 2018.
« Les points de chute sont installés dans les universités, les magasins d’électroniques, les
hôpitaux, les clubs, les villages. Nous organisons des webinaires et des réunions et nous
sponsorisons des créateurs et des étudiants dans les universités. Le réseau grandit de plus en
plus et des représentants de chacune des entités communiquent leurs besoins, soucis et
problèmes. Des réunions sont organisées par des spécialistes dans le domaine du
développement durable et dans les centres de recherches. Des réunions sont aussi organisées au
sein du Ministère de l’Environnement ou les porte-paroles des différents organismes sont
présents. Un apprentissage majeur au niveau individuel, organisationnel et national a pris lieu.
Tous les événements contribuent à rendre ce réseau de plus en plus riche et prometteur sur le
long terme ».
1. Obstacles et problèmes rencontrés ?

Le fait qu’économiquement les gens sont dans le besoin et les institutions vont vendre leurs
déchets électroniques ; ce qui augmente les risques de se retrouver dans des décharges qui
brulent les déchets et disposent des déchets d’une manière illégale.
Étendre le réseau de collecte a néanmoins un coût, surtout dans un pays où personne ne veut
payer pour ce service. Les usines de recyclage paient une toute petite somme pour la matière
envoyée par EcoServ, qui ne couvre même pas les frais de transport. C’est donc grâce à

400
Fondation Diane que l’ONG emploie six salariés et tourne depuis sa création. Ce partenariat
assure le soutien financier et opérationnel de l’ONG.

D’autres questions de réflexion pour aider dans la discussion et dans l’analyse :


- Etes-vous financièrement autonomes ? vous recevez un financement privé ? pas de
financement à part celui avec Fondation Diane

- Qu’avez appris du déchet ? Est-ce un apprentissage continu ? les déchets sont sous-
estimés et mal compris surtout qu’il faudra les sauver avant qu’ils deviennent toxiques,
et qu’il existe des catégories qui sont nocives ; ils ont beaucoup de valeur si on arrive à
bien les démanteler et à les traiter d’une façon légale ; une très grande quantité finit dans
les dépositoires de déchets…. Ils sont là ils nous appellent à sauver la nature et la nappe
ferroviaire. Nous avons un rôle primordial dans l’apprentissage ; on continue à lancer
des campagnes de sensibilisations sur les médias et faisons des formations continues.

Lors de l’explosion du port de Beyrouth, nous avons mobilisé une centaine de


volontaires. Nous avons commencé à nettoyer les maisons, les rues ; ensuite nous avons
commencé à faire des enquêtes sur tous les dégâts en termes d’équipements
électroniques sachant que ces déchets peuvent être très dangereux s’ils restent dans les
maisons ou s’ils sont mélangés avec d’autres déchets. Ensuite nous avons envoyé une
équipe de techniciens pour estimer les réparations qu’il faut.
Nous avions installé une tente au centre de Beyrouth ; une équipe de volontaires recevait
des appels ainsi que des demandes d’aide. Un esprit de collaboration entre les différentes
ONG était remarquable. Depuis l’explosion, nous recevons des appels d’autres
organisations, de municipalités pour devenir partenaires ; notre réseau a bien évolué et
ceci nous motive de renforcer nos plans.
Depuis 2017, on a travaillé dur et on maintenant leaders du marché libanais sur cette catégorie
de déchets ; même les scrapers commencent à sortir du marché vu la situation économique qui
a dégénéré dans le pays depuis 2019.
L’objectif ultime est qu’il existe, un jour une usine de traitement des déchets électroniques,
couvrant toutes les opérations. Afin d’attirer des investisseurs, il faudrait que la collecte se fasse
à une autre échelle, et que les perceptions vis-à-vis des déchets évoluent. Tant qu’il n’existe pas
de législation adaptée qui responsabiliserait les citoyens et les implique dans la chaine de valeur,
401
le rôle d’EcoServ est primordial surtout dans la sensibilisation au tri et aux risques que les
déchets électroniques peuvent engendrer.
65 % des déchets électroniques sont stockés dans les maisons et les entreprises. Les déchets
électroniques sont démantelés sans aucune mesure de sécurité. EcoServ, développe des
solutions de gestion durable, sécurisée et respectueuse de l’environnement. Parallèlement à ces
activités, l’association participe à des expositions afin que les individus puissent participer aux
innovations écologiques. Pour nous, l’enjeu est de pouvoir offrir aux individus des solutions
simples au problème des déchets solides afin de les pousser à sensibiliser à leur tour et à
participer dans ces projets éco-durables.
Malgré toutes les contraintes, nous avons réussi à créer une chaine de valeur en engageant les
individus, les entreprises et les usines de traitement. Aujourd’hui les municipalités comme
Bikfaya et Jezzine collaborent avec nous. Nous formons les élèves, les employés dans les
secteurs publiques et privés en collaborant avec des centres de recherche et des professionnels.
Ce réseau est en train de se développer et de grandir. Il faut continuer maintenant plus que
jamais, les gens ont de plus en plus une conscience environnementale et notre rôle est de les
former et de les faire agir.

D’autres informations importantes ont été fournies lors de la réunion :

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Processus d’opération à EcoServ :

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Nancy SALIBA
RÉSEAU SOCIAL DE CIRCULATION DES DÉCHETS MÉNAGERS ET
APPRENTISSAGE ORGANISATIONNEL : LA CRISE DES DÉCHETS
MÉNAGERS À BEYROUTH DEPUIS 2015
Résumé
Depuis juillet 2015, le Liban a connu une crise de gestion des déchets avec des conséquences désastreuses aux
niveaux de la santé et de l'environnement. Plusieurs initiatives ont pris lieu depuis afin de réduire l'impact de
cette crise. L’objectif est de comprendre comment ces nouvelles pratiques émergentes amènent ainsi plusieurs
acteurs de la crise à interagir et à s’organiser entre eux à travers le déchet actant non-humain, afin de former une
organisation de tri et de recyclage. Les interactions entre les actants humains et non-humains peuvent être
considérées sous l’angle d’un réseau de tri et de recyclage formant ainsi une organisation apprenante. Pour cela,
nous avons mobilisé l’approche de l’acteur réseau qui privilégie les interactions entre acteurs sociaux et la co-
construction entre individus et structure du réseau.

La particularité de cette thèse relève d’une relecture de la situation au Liban, l’émergence de réseaux sociaux de
gestion de déchets, ainsi que l’implication de plusieurs acteurs qui, en interagissant sur ces réseaux, forment des
organisations de gestion et de valorisation des déchets ménagers. Ceci nous amène à voir si les représentations
des individus vis-à-vis des déchets ont changé et si le fait d’être impliqué dans leur gestion en interagissant dans
des réseaux de tri et de recyclage débouche en un apprentissage organisationnel. Ce travail de recherche essaie
de relier deux phénomènes, à savoir l’apprentissage organisationnel et le développement durable en matière de
déchets.

Cette recherche vise donc à comprendre, au travers du « modèle de l’intéressement », la mobilisation d’actants
humains à partir des actants non-humains que sont les déchets au regard de leur collecte, de leur tri et de leur
recyclage. Partant d’un problème qui touche la majorité des individus, des actants hétérogènes acceptent de
coopérer et de discuter autour du projet commun qui est ici la collecte, le tri et le recyclage des déchets. Elle
conduit à observer les intentions, les discours, les actions et les interactions. C’est une recherche-action et une
observation participante menées dans le champ du développement durable et fondée sur une approche inductive
en observant en quoi le déchet est générateur d’une organisation apprenante compte-tenu d’enjeux sociaux,
politiques et économiques. Ils ont été à l’origine d’une dynamique entrepreneuriale

Mots clés : Développement durable – Réseau social – Apprentissage organisationnel – Gestion des déchets –
Sociologie de la traduction
Résumé en anglais
Since July 2015, Lebanon has experienced a waste management crisis with disastrous consequences on health
and the environment. Several initiatives took place to reduce the impact of this crisis. The objective of our
research is to understand how these new emerging practices call several actors to interact and organize
themselves through their waste, a non-human actant, in order to form a sorting and recycling organization. The
interactions between human and non-human actants can be viewed from the perspective of a sorting and recycling
network, thus forming a learning organization. We mobilized the Actor-network approach which favors
interactions between social actors and the co-construction between individuals and the network structure.

The particularity of this thesis stems from a re-reading of the situation in Lebanon, the emergence of social
networks for waste management, as well as the involvement of several actors who, by interacting together, form
organizations from the recovery of household waste. This leads us to see whether people's representations of
waste have changed and whether being involved in their management by interacting in sorting and recycling
networks leads to organizational learning. This research attempts to link two phenomena, namely organizational
learning and sustainable development through waste.

This research therefore aims to understand, through the "profit-sharing model", the mobilization of human and
non-human actants with regard to waste collection, sorting and recycling. Starting from a problem that affects
the majority of individuals, heterogeneous actors agree to cooperate and discuss around a common project, which
in this case is the collection, sorting and recycling of waste. It leads to the observation of intentions, speeches,
actions and interactions. We carried out action research and participatory observation in the field of sustainable
development and we followed an inductive approach by observing how waste generates a learning organization,
taking into account social, political and economic issues from an entrepreneurial perspective.

Key words: Sustainable development – Social network – Organizational learning – Waste management – Actor-
network theory

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