en première année : groupes, anneaux et corps, notamment en vue de leur
utilisation en arithmétique (sur ZZ et sur IK[X]).
Nous finirons par la notion d’algèbre, très présente en analyse, et dont les
applications en algèbre linéaire seront étudiées dans le chapitre de réduction
des endomorphismes.
Dans ce chapitre, nous supposons acquises les notions de groupe, de sous-
groupe, d’anneaux et de corps vues en première année.
• Dans un anneau A, le neutre pour l’addition est noté 0 (ou 0A ), le neutre
pour la multiplication 1 (ou 1A ).
• L’anneau est commutatif si la multiplication est commutative (l’addition
est commutative par définition).
• Un anneau A est trivial si 1A = 0A ; dans ce cas, A est réduit à cet unique
élément.
• Rappelons que, par définition, un corps est un anneau commutatif non
trivial dans lequel tout élément non nul est inversible.
Définition 1
Un anneau intègre est un anneau A commutatif non trivial qui vérifie :
∀(a, b) ∈ A2 a b =0=⇒ (a = 0 ou b = 0).
1. ZZ est un anneau intègre.
2. Tout corps est un anneau intègre.
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✆ p.35 Exercice 1 Donner un exemple d’anneau commutatif non trivial et non
intègre.
Point méthode
Dans un anneau A intègre tout élément a non nul est régulier pour la
multiplication, c’est-à-dire vérifie :
∀(x, y) ∈ A2 a x = a y =⇒ x = y.
Tout anneau fini intègre est un corps.
En effet, soit A un anneau fini intègre et a ∈ A non nul. L’application x → a x de A
dans A est injective par régularité de a. Comme A est fini, elle est bijective, donc 1
admet un antécédent ce qui signifie qu’il existe b ∈ A tel que a b = 1. Comme A est
commutatif (puisqu’intègre), on a aussi b a = 1 et a est inversible.
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✆ p.35 Exercice 2 Montrer que dans l’anneau des fonctions continues de IR dans IR,
toute
fonction polynomiale non nulle est régulière.
Définition 2
Un sous-anneau d’un anneau A est un sous-groupe additif de A stable par
multiplication et contenant 1A .
Point méthode
Pour montrer qu’une partie d’un anneau A est un sous-anneau de A, il suffit
de vérifier qu’elle est stable par les deux lois de A par passage à l’opposé,
et qu’elle contient l’élément neutre multiplicatif 1A .
En effet, il ne manque que la présence de l’élément neutre 0A , que l’on obtient
par différence : 0A = 1A − 1A .
Définition 3
Un sous-corps d’un corps IK est un sous-anneau de IK qui est un corps.
1. ZZ est un sous-anneau de Q.
2. L’ensemble des matrices triangulaires supérieures d’ordre n est un sous-anneau
de Mn(IK).
3. ZZ + i ZZ est un sous-anneau de C.
4. Q et IR sont des sous-corps de C.
Proposition 1
Si B est un sous-anneau de A et C un sous-anneau de B, alors C est un
sous-anneau de A.
Démonstration.
C’est immédiat à partir de la caractérisation donnée dans le point méthode ci-dessus.
• La définition d’un sous-anneau impose qu’il contienne 1A . Cette vérifica-
tion est indispensable car elle n’est pas une conséquence des autres axiomes
comme le montrent les exemples de l’ensemble des matrices triangulaires
supérieures strictes de Mn(IK), ou plus simplement {0A} lorsque A est
un anneau non trivial.
• Ce même exemple {0A} montre que, contrairement à ce qui se passe pour
les sous-groupes, une partie d’un anneau A stable par les lois de A et
qui, munie des lois induites, est un anneau, n’est pas nécessairement un
sous-anneau de A (les deux éléments neutres multiplicatifs peuvent être
différents). Voir aussi l’exercice 1.1 de la page 51.
Définition 4
Soit A et B deux anneaux. On dit qu’une application φ : A → B est un
morphisme d’anneaux si elle vérifie :
∀(a, b) ∈ A2 φ(a + b) = φ(a) + φ(b)
∀(a, b) ∈ A2 φ(a b) = φ(a)φ(b)
φ(1A)=1B.
• La première des conditions ci-dessus est en fait la définition d’un mor-
phisme de groupes de (A, +) dans (B, +) (voir page 21). Un morphisme
d’anneaux est donc en particulier un morphisme de groupes.
• Un morphisme d’anneaux φ de A dans B vérifie l’égalité φ(0) = 0.
En effet :
φ(0) = φ(0 + 0) = φ(0) + φ(0)
et en ajoutant −φ(0) des deux côtés, on obtient 0 = φ(0). Alors, si x ∈ A,
on a φ(x) + φ(−x) = φ(0) = 0 ce qui montre que φ(−x) = −φ(x).
Ce sont également des propriétés générales des morphismes de groupes.
En revanche, l’égalité φ(1) = 1 de la définition précédente n’est
pas une conséquence des autres axiomes comme le montre l’exemple de la
fonction nulle lorsque B = {0}.
Définition 5
Un isomorphisme d’anneaux est un morphisme d’anneaux bijectif.
Proposition 2
Si φ est un isomorphisme d’anneaux, alors φ−1 est également un isomor-
phisme d’anneaux.
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✆ Démonstration page 35
Proposition 3
Soit f un morphisme d’anneaux de A dans B.
1. L’image par f de tout sous-anneau de A est un sous-anneau de B.
2. L’image réciproque par f de tout sous-anneau de B est un sous-anneau
de A.
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✆ Démonstration page 35
Soit f : A → B un morphisme d’anneaux.
L’image de f est le sous-anneau f(A) de B.
Évidemment, f est surjectif si, et seulement si, son image est égale à B.
Définition 6 (Noyau)
Le noyau d’un morphisme d’anneaux f : A → B est :
Ker f =
x∈A
f(x)=0B
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✆ p.35 Exercice 3 Montrer qu’un morphisme d’anneaux est injectif si, et seulement
si, son
noyau est réduit à {0}.
Le noyau d’un morphisme d’anneaux n’est pas en général un sous-
anneau (voir ci-dessous la notion d’idéal) comme le montre l’exercice suivant.
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✆ p.36 Exercice 4 Montrer que le noyau d’un morphisme d’anneaux f : A → B est un
sous-anneau de A si, et seulement si, B est trivial.
Étant donné des anneaux A1,...,An , on munit le produit carté-
sien A1 ×···× An d’une structure d’anneau par opérations terme à terme :
(a1,...,an)+(b1,...,bn)=(a1 + b1,...,an + bn)
(a1,...,an) × (b1,...,bn)=(a1 b1,...,an bn).
Les deux éléments neutres sont naturellement (0A1 ,..., 0An ) et (1A1 ,..., 1An ).
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✆ p.36 Exercice 5
1. Écrire de même l’opposé d’un élément du produit cartésien.
2. Quels sont les inversibles d’un anneau produit ?
3. À quelle condition l’anneau produit A × B est-il un corps ?
4. À quelle condition l’anneau produit A × B est-il intègre ?
Si φ est un morphisme d’anneaux de A dans B, l’image de φ est un sous-
anneau de B mais son noyau n’est pas un sous-anneau de A, sauf si B est
trivial (voir l’exercice 4 de la page précédente).
Mais Ker φ est un sous-groupe de (A, +) qui possède la propriété suivante :
∀x ∈ Kerφ ∀a ∈ A (a x, x a) ∈ (Ker φ)
2
puisque si x ∈ Ker φ et a ∈ A, on a φ(a x) = φ(a)φ(x) = φ(a) × 0 = 0 et de
même pour φ(x a).
Cela caractérise la notion d’idéal bilatère.
Conformément au programme, on se place dans toute la suite dans le cadre
des anneaux commutatifs.
Définition 7 (Idéal d’un anneau commutatif)
Soit A un anneau commutatif.
On dit qu’une partie I de A est un idéal de A si :
• I est un sous-groupe de (A, +) ;
• I est stable par multiplication par tout élément de A, c’est-à-dire :
∀x ∈ I ∀a ∈ A xa ∈ I.
Par commutativité de A, un idéal I de A vérifie aussi :
∀x ∈ I ∀a ∈ A ax ∈ I.