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Lenergie Nucleaire Et Le Protocole de Kyoto

Ce document examine le rôle de l'énergie nucléaire dans le cadre du Protocole de Kyoto et de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, soulignant son potentiel à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il met en évidence que l'énergie nucléaire a une faible intensité de carbone et a déjà contribué à diminuer les émissions de CO2 dans les pays de l'OCDE. Cependant, le Protocole de Kyoto impose des restrictions sur l'utilisation de l'énergie nucléaire dans certains mécanismes de flexibilité, ce qui pourrait limiter son développement futur.

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Lenergie Nucleaire Et Le Protocole de Kyoto

Ce document examine le rôle de l'énergie nucléaire dans le cadre du Protocole de Kyoto et de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, soulignant son potentiel à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il met en évidence que l'énergie nucléaire a une faible intensité de carbone et a déjà contribué à diminuer les émissions de CO2 dans les pays de l'OCDE. Cependant, le Protocole de Kyoto impose des restrictions sur l'utilisation de l'énergie nucléaire dans certains mécanismes de flexibilité, ce qui pourrait limiter son développement futur.

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Développement de l’énergie nucléaire

L’énergie nucléaire et le Protocole de Kyoto

AGENCE POUR L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE


ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES
ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES
En vertu de l‘article 1er de la Convention signée le 14 décembre 1960, à Paris, et entrée en vigueur le
30 septembre 1961, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a pour objectif
de promouvoir des politiques visant :
− à réaliser la plus forte expansion de l’économie et de l’emploi et une progression du niveau de vie
dans les pays Membres, tout en maintenant la stabilité financière, et à contribuer ainsi au
développement de l’économie mondiale ;
− à contribuer à une saine expansion économique dans les pays Membres, ainsi que les pays non
membres, en voie de développement économique ;
− à contribuer à l’expansion du commerce mondial sur une base multilatérale et non discriminatoire
conformément aux obligations internationales.
Les pays Membres originaires de l’OCDE sont : l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le
Danemark, l’Espagne, les États-Unis, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la
Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse et la Turquie. Les pays suivants sont
ultérieurement devenus Membres par adhésion aux dates indiquées ci-après : le Japon (28 avril 1964), la
Finlande (28 janvier 1969), l’Australie (7 juin 1971), la Nouvelle-Zélande (29 mai 1973), le Mexique (18 mai
1994), la République tchèque (21 décembre 1995), la Hongrie (7 mai 1996), la Pologne (22 novembre 1996),
la Corée (12 décembre 1996) et la République slovaque (14 décembre 2000). La Commission des
Communautés européennes participe aux travaux de l’OCDE (article 13 de la Convention de l’OCDE).

L’AGENCE DE L’OCDE POUR L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE


L’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire (AEN) a été créée le 1er février 1958 sous le nom
d’Agence européenne pour l’énergie nucléaire de l’OECE. Elle a pris sa dénomination actuelle le 20 avril
1972, lorsque le Japon est devenu son premier pays Membre de plein exercice non européen. L’Agence
compte actuellement 28 pays Membres de l’OCDE : l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le
Canada, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande,
l’Islande, l’Italie, le Japon, le Luxembourg, le Mexique, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la République
de Corée, la République slovaque, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse et la Turquie.
La Commission des Communautés européennes participe également à ses travaux.
La mission de l’AEN est :
− d’aider ses pays Membres à maintenir et à approfondir, par l’intermédiaire de la coopération
internationale, les bases scientifiques, technologiques et juridiques indispensables à une utilisation
sûre, respectueuse de l’environnement et économique de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques ; et
− de fournir des évaluations faisant autorité et de dégager des convergences de vues sur des questions
importantes qui serviront aux gouvernements à définir leur politique nucléaire, et contribueront aux
analyses plus générales des politiques réalisées par l’OCDE concernant des aspects tels que l’énergie
et le développement durable.
Les domaines de compétence de l’AEN comprennent la sûreté nucléaire et le régime des autorisations, la
gestion des déchets radioactifs, la radioprotection, les sciences nucléaires, les aspects économiques et
technologiques du cycle du combustible, le droit et la responsabilité nucléaires et l’information du public. La
Banque de données de l’AEN procure aux pays participants des services scientifiques concernant les données
nucléaires et les programmes de calcul.
Pour ces activités, ainsi que pour d’autres travaux connexes, l’AEN collabore étroitement avec l’Agence
internationale de l’énergie atomique à Vienne, avec laquelle un Accord de coopération est en vigueur, ainsi
qu’avec d’autres organisations internationales opérant dans le domaine de l’énergie nucléaire.

© OCDE 2002
Les permissions de reproduction partielle à usage non commercial ou destinée à une formation doivent être
adressées au Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC), 20, rue des Grands-Augustins, 75006
Paris, France. Tél. (33-1) 44 07 47 70. Fax (33-1) 46 34 67 19, pour tous les pays à l’exception des États-Unis.
Aux États-Unis, l’autorisation doit être obtenue du Copyright Clearance Center, Service Client, (508)750-
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autre demande d’autorisation ou de traduction totale ou partielle de cette publication doit être adressée aux
Éditions de l’OCDE, 2, rue André-Pascal, 75775 Paris Cedex 16, France.
AVANT-PROPOS

Cette publication présente des informations sur l’énergie nucléaire et le


Protocole de Kyoto à la Convention-cadre des Nations Unies sur les
changements climatiques. Elle décrit brièvement les causes et les conséquences
du réchauffement planétaire, met en lumière les grandes lignes du cadre
international visant à réduire et atténuer les risques de changements climatiques
et examine le rôle que l’énergie nucléaire est susceptible de jouer à cet égard.

L’objectif de ce livre, qui ne préjuge pas des politiques des pays


Membres en matière d’énergie nucléaire ni de leurs choix en vue de faire face
aux préoccupations liées aux changements climatiques, est de clarifier les
questions relatives à l’énergie nucléaire et au Protocole de Kyoto. Il fournit des
données et des analyses susceptibles d’être utiles dans les processus nationaux
de prise de décision.

Ce rapport est une contribution de l’Agence de l’OCDE pour l’énergie


nucléaire (AEN) aux travaux de l’Organisation sur les changements climatiques
et plus généralement sur le développement durable. Il a été préparé par le
Secrétariat de l’AEN, assisté par un consultant, Monsieur Leonard L. Bennett,
que l’Agence tient à remercier de sa contribution. Le document a bénéficié
également des commentaires et suggestions des représentants des pays
Membres et des observateurs d’autres organisations internationales au sein du
Comité chargé des études techniques et économiques sur le développement de
l’énergie nucléaire. Il est publié sous la responsabilité du Secrétaire général de
l’OCDE.

3
TABLE DES MATIÈRES

Avant-Propos .......................................................................................................3

Note de synthèse .................................................................................................7

1. Introduction ...............................................................................................11

2. Le réchauffement planétaire et ses conséquences .....................................13

3. Évolution des émissions et concentrations de gaz à effet de serre dans


l’atmosphère ..............................................................................................19

4. Baisse des émissions de CO2 imputables aux centrales nucléaires


en service aujourd’hui ...............................................................................21

5. Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ....27

6. Le Protocole de Kyoto ...............................................................................29

7. Application conjointe et mécanisme pour un développement propre .......31

8. Échanges de droits d’émission et valeur du carbone .................................39

9. Après 2008-2012 .......................................................................................43

10. Modes de production d’électricité émettant peu de carbone .....................51

Annexe : Classification des pays dans la CCNUCC .........................................55

Références .........................................................................................................57

5
NOTE DE SYNTHÈSE

Le Protocole de Kyoto1 à la Convention-cadre des Nations Unies sur les


changements climatiques (CCNUCC), signé en 1997, prévoit la réduction des
émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2008-2012. Pourtant, au cours des
années 90, les émissions mondiales de CO2 se sont accrues de près de 9 % et
cela malgré une baisse de 32 % dans les pays en transition vers une économie
de marché que l'on doit imputer à la récession économique plutôt qu’à une
volonté délibérée de contrôler les émissions de GES. La majorité des pays de
l'OCDE ont émis davantage de CO2 depuis 1990, et non l'inverse. Pour
l'ensemble des pays de l'OCDE, cette progression s'élève à plus de 10 % entre
1990 et 1999.

Si l'on étudie de manière approfondie les émissions de GES des


différentes filières de production de l'électricité, l'énergie nucléaire apparaît
comme celle qui a la plus faible intensité de carbone, avec des émissions de 2.5
à 5.7 g de GES (exprimés en grammes d'équivalent C) par kWh d'électricité
produite (gCeq/kWh) contre 105 à 366 gCeq/kWh pour la production thermique
classique et 2.5-76 gCeq/kWh pour les énergies renouvelables. Si l'on fait
l'hypothèse que les tranches nucléaires actuellement en service remplacent des
centrales thermiques classiques modernes, l'énergie nucléaire permet d'abaisser
aujourd'hui les émissions de CO2 du secteur énergétique de plus de 8 % dans le
monde entier (pour le secteur électrique, cette réduction représente 17 %).

Dans les pays de l'OCDE, les centrales nucléaires ont déjà contribué,
depuis 40 ans, à nettement diminuer la production de gaz à effet de serre du
secteur électrique. Sans l'énergie nucléaire, les émissions de dioxyde de carbone
des centrales des pays de l'OCDE seraient supérieures d'environ un tiers à leur
niveau actuel. L'économie ainsi réalisée représente près de 1 200 millions de
tonnes de dioxyde de carbone ou environ 10 % des émissions totales de CO2
imputables à la consommation d'énergie. Les objectifs du Protocole de Kyoto
demandent une réduction totale des émissions de dioxyde de carbone d’environ
700 millions de tonnes vers 2008-2012, par rapport au niveau de 1990. Si toutes
les centrales nucléaires des pays de l’OCDE devaient cesser de fonctionner dans

1. Les chapitres 5 et 6 donnent des détails sur la CCNUCC et le Protocole de Kyoto.

7
les prochaines décennies il faudrait, pour atteindre les objectifs de Kyoto,
compenser l’accroissement des émissions de CO2 qui risquerait de résulter de
ces arrêts soit par leur remplacement intégral par des sources n’émettant pas de
carbone, soit par une réduction additionnelle de 1 200 millions de tonnes de
CO2 dans les autres secteurs de l’économie.

Le Protocole de Kyoto n'interdit pas de bénéficier des avantages de


l'énergie nucléaire en termes de réduction des émissions de dioxyde de carbone.
La construction de nouvelles centrales nucléaires aidera les pays qui ont choisi
de recourir à cette source d’énergie pour satisfaire une partie de leurs besoins
domestiques à atteindre les objectifs de Kyoto.

En revanche, le Protocole de Kyoto contient des dispositions qui


aboutissent en fait à exclure l'énergie nucléaire des solutions envisageables pour
la mise en œuvre de deux des trois « mécanismes de flexibilité » auxquels les
Parties visées à l'annexe I2 peuvent recourir, en plus des mesures prises au
niveau national, pour remplir leurs engagements. Ces trois mécanismes sont :
les projets conjoints (article 6), le mécanisme pour un développement « propre »
(MDP, article 12) et les échanges d'unités de réduction des émissions (article
17). Les restrictions relatives à l’énergie nucléaire ne s’appliquent pas à
l’échange d’unités de réduction des émissions.

Les arguments pour et contre le recours à l'énergie nucléaire dans le cadre


des mécanismes de flexibilité semblent découler de différentes conceptions du
développement durable et des types de systèmes énergétiques correspondants à
ces conceptions. Pour certains, l'énergie nucléaire ne possède aucune propriété
fondamentale qui pourrait l'exclure définitivement des stratégies énergétiques
durables, et il faut conserver les moyens d'y recourir et de la développer à
moyen et à long terme. D'autres, au contraire, lui attribuent des spécificités,
liées à la sûreté, au stockage des déchets radioactifs et à la prolifération des
armements nucléaires, interdisant de considérer son exploitation comme
durable.

La sixième Conférence des Parties à la CCNUCC (COP6) a affirmé qu'il


appartient à la Partie hôte de décider si un projet contribue ou non à son
développement durable. De ce fait, le MDP n'interdit pas à un pays hors
annexe I des recourir à l'énergie nucléaire, mais l’empêche de bénéficier des
subsides du MDC pour ce faire.

2. Les différentes catégories de pays Parties à la CCNUCC sont décrites en annexe.

8
Jusqu'à présent, les objectifs et mécanismes de flexibilité se rapportent
seulement à la période d'engagement du Protocole de Kyoto (2008-2012). Bien
que l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto soit de nature à renforcer la
pertinence d’utiliser des technologies n’émettant pratiquement pas de carbone,
telle l’énergie nucléaire, c'est au delà de 2012 que l'énergie nucléaire pourra
véritablement contribuer à la réduction des émissions de GES. C'est également à
cette échéance que la réflexion sur la place de l'énergie nucléaire dans une
perspective de développement durable prendra toute son importance.

L'exclusion de l'énergie nucléaire de deux des mécanismes de flexibilité


pendant la période d'engagement actuelle a un impact essentiellement
symbolique sur le développement de l'énergie nucléaire d'ici 2012. Très peu de
tranches nucléaires auraient, en fait, pu être commandées au titre de ces
mécanismes. Pourtant, le débat sur l'énergie nucléaire qui a conduit à l'exclure
de ces mécanismes pourrait avoir des prolongements négatifs au cours de la
période ultérieure. C'est pourquoi, il importe que des organisations telles que
l'AEN continuent à fournir des informations exactes et fiables sur le rôle que
pourrait jouer l'énergie nucléaire dans des stratégies visant à atténuer ou
stabiliser les émissions de gaz à effet de serre du secteur énergétique.

9
1. INTRODUCTION

Ce rapport vise à danalyser comment la Convention-cadre des Nations


Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et les dispositions du
Protocole de Kyoto à cette convention peuvent influer sur l'évolution future de
l'énergie nucléaire. Tout d’abord le chapitre 2 évoque les risques d'un
réchauffement du climat de la planète et leurs conséquences. D'après le Groupe
d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), ces effets
pourraient comprendre : une aggravation ou une recrudescence des accidents
météorologiques, un déplacement des zones climatiques susceptible de se
répercuter sur la production alimentaire de certaines régions, des répercussions
sur des ressources en eau déjà limitées, la détérioration des infrastructures
matérielles due à la montée du niveau des océans et à des catastrophes
météorologiques, et des répercussions indésirables sur les activités écono-
miques. Le chapitre suivant (chapitre 3) évoque l'évolution des émissions et
concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, qui révèle une
importante augmentation de la concentration de CO2 dans l'atmosphère (de plus
de 30 %) depuis l'industrialisation (c'est-à-dire avec la combustion accrue des
combustibles fossiles). On notera que la concentration actuelle de CO2 n'a
jamais été dépassée au cours des 420 000, voire des 20 millions, d'années
précédentes. Le chapitre 4 fait ressortir la forte réduction des émissions de CO2
imputable aux centrales nucléaires en service aujourd'hui. Il apparaît que, si les
438 réacteurs nucléaires actuellement exploités dans 21 pays (85 % de la
puissance nucléaire installée dans le monde se trouvent dans les pays Membres
de l'OCDE) devaient être fermés et remplacés par des centrales thermiques
modernes, les émissions de CO2 du secteur énergétique augmenteraient de 8 %
environ (d'un tiers dans les pays Membres de l'OCDE).

Certains éléments essentiels de la Convention-cadre sont décrit au


chapitre 5 tandis que le Protocole de Kyoto est présenté brièvement au
chapitre 6. Les mécanismes de flexibilité du Protocole de Kyoto et leurs
répercussions sur l'énergie nucléaire font l'objet du chapitre 7 (application
conjointe et mécanismes pour un développement « propre ») et du chapitre 8
(échanges de droits d'émission et valeur du carbone). Il y est souligné que si la
réduction des émissions de CO2 était le seul objectif visé par les mécanismes de
flexibilité, il serait logique de n'écarter aucune technologie susceptible d'y

11
contribuer, sachant que, dans chaque situation, ce sera l’option la plus rentable
qui sera finalement choisie. Or, ce n’est pas le cas, puisque les installations
nucléaires sont explicitement exclues de deux des mécanismes de flexibilité, du
moins pour la réalisation des objectifs de réduction d'émissions dans la période
d'engagement couverte par le Protocole de Kyoto (2008-2012). Cette exclusion
revêt un caractère largement symbolique, étant donné le très petit nombre de
centrales nucléaires qui pourraient être construites dans le cadre de ces
mécanismes de flexibilité et contribuer à la réduction des émissions d'ici 2008-
2012. Cependant, cette exclusion risque de perdurer lors de la négociation des
futurs périodes d'engagement et objectifs d'émission.

Les perspectives au-delà de 2008-2012 (c'est-à-dire au-delà de Kyoto)


sont évoquées au chapitre 9. Il apparaît que, si le processus des négociations sur
le changement climatique aboutit à la décision de stabiliser les concentrations
de CO2 à un niveau équivalent au double environ des niveaux préindustriels, les
objectifs de réduction d'émissions devront être encore plus contraignants que
ceux spécifiés dans le Protocole de Kyoto et la participation de tous les pays
sera nécessaire. Ce chapitre présente les résultats de scénarios d'évolution à long
terme de l'offre et de la demande d'énergie qui révèlent qu'une plus large
exploitation de l'énergie nucléaire pourrait jouer un rôle de premier plan dans
des stratégies énergétiques destinées à atténuer ou stabiliser les émissions de
CO2 dans l'atmosphère terrestre.

Enfin, le chapitre 10 résume les émissions de gaz à effet de serre à toutes


les étapes des différentes filières de production d'électricité et montre que sur la
base des émissions globales de la chaîne énergétique, le nucléaire se situe à un
niveau similaire à celui des énergies renouvelables et très en dessous de celui
des énergies fossiles.

12
2. LE RÉCHAUFFEMENT PLANÉTAIRE ET SES
CONSÉQUENCES

Le climat terrestre est déterminé par un flux continu d'énergie qui nous
parvient du soleil sous forme de lumière visible essentiellement. Environ 30 %
de cette énergie est renvoyée dans l'espace, tandis que la majorité des 70 %
restants traverse l'atmosphère et réchauffe la surface de la Terre. Pour que la
Terre ne se réchauffe pas trop, cette énergie doit être renvoyée dans l'espace.
Cependant, notre planète, qui est beaucoup plus froide que le soleil, n'émet pas
d'énergie sous forme de lumière visible mais sous forme de rayonnement
infrarouge (invisible). Ce rayonnement ne traverse pas directement
l'atmosphère, il est absorbé par des gaz (comme la vapeur d'eau, le dioxyde de
carbone, l'ozone, le méthane, l'oxyde nitreux et les hydrocarbures halogénés,
plus d'autres gaz industriels) présents dans l'atmosphère. À l'exception des gaz
industriels, tous ces gaz existent à l'état naturel et représentent un peu moins de
1 % de l'atmosphère. Ce pourcentage peut paraître infime, mais il est suffisant
pour produire un « effet de serre » naturel qui maintient la Terre à une
température supérieure de 30 % environ à ce qu'elle serait sinon, différence
essentielle aux formes de vies que nous connaissons [1].
Le problème vient de ce que les concentrations atmosphériques de tous
les principaux gaz à effet de serre (à l'exception peut-être de la vapeur d'eau)
augmentent sous l'effet direct des activités humaines. Les niveaux du dioxyde
de carbone auraient varié de moins de 10 % au cours des 10 000 années qui ont
précédé l'ère industrielle mais, depuis 1800, c'est-à-dire 200 ans, ils ont
augmenté de plus de 30 % (voir figure 1).
Figure 1. Concentration du CO2 dans l’atmosphère au cours du dernier
millénaire

360 Dioxyde de carbone


CO2 (ppm)

340
320
300
280
260

1000 1200 1400 1600 1800 2000


Année
(source: http://www.ipcc.ch/pub/spm22-01.pdf. Summary for Policy Makers – A report of
Working Group I of the Intergovernmental Panel on Climate Change – IPCC Third
Assessment Report – Climate Change 2001)

13
Bien que la moitié des
émissions de CO2 soit absorbée Potentiel de réchauffement de la planète
par les océans et la végétation, des GES
les niveaux atmosphériques Le potentiel de réchauffement de la planète
continuent de progresser à (PRP) est une mesure de la capacité d'un gaz
de capter la chaleur rayonnée par la surface de
raison de 10 % tous les 20 ans. la Terre par rapport à un gaz de référence, en
C'est ainsi que la hausse des général le CO2. On trouvera ci-dessous les
concentrations de dioxyde de estimations du PRP effectuées par le GIEC
carbone (imputables essentiel- pour la plupart des GES couramment émis.
lement à la combustion des • dioxyde de carbone (CO2) = 1
combustibles fossiles), de • méthane (CH4) = 21
méthane et d'oxyde nitreux • oxyde nitreux (N2O) = 310
(agriculture et changements • hexafluorure de soufre (SF6) = 23 900
d'affectation des terres), • tétrafluorométhane (CF4) = 6 500
d'ozone (gaz d'échappement et • hydrofluorocarbones (HFC) :
HFC-134a = 1 300
autres sources) et de gaz • chlorofluorocarbones (CFC):
industriels à longue durée de CFC-114 = 9 300
vie (CFC, HFC et PFC) • hydrochloroflurocarbones (HCFC):
accentuent le phénomène de HCFC-22 = 1 700
piégeage par l'atmosphère du
rayonnement infrarouge émis
par la surface de la terre. Il en résulte une intensification de l'effet de serre qui
provoque un réchauffement général de la surface de la terre (voir figure 2) et de
la basse atmosphère qui, à son tour, modifie le climat de la planète.
Les changements climatiques provoqués par les activités humaines
risquent d'avoir des effets indésirables sur l'habitat et l'économie de la quasi-
totalité de la planète. C'est ce qui ressort des conclusions du troisième rapport
d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat
(GIEC) [2], approuvé au début de 2001. Ce rapport a été établi par des milliers
de spécialistes travaillant pour des universités, des organismes publics,
l'industrie et des organisations environnementales du monde entier et
représentant toutes les disciplines scientifiques pertinentes (sciences naturelles
et sociales, technologies).
Récemment, le Président du GIEC a résumé les résultats des travaux de
ce groupe dans une communication présentée à la sixième session de la
CCNUCC [3]:
Certes, il existe une majorité écrasante de spécialistes des pays
développés et en voie de développement pour dire qu'il subsiste des
incertitudes scientifiques. Toutefois, il est à peu près certain que les
activités humaines ont provoqué un réchauffement de notre planète au
cours des 100 dernières années et qu'elles continueront d'altérer le climat.

14
Figure 2. Reconstitution des températures dans l’hémisphère nord

1.0
Valeur mesurée en 1998

0.5
°C

0.0

-0.5

-1.0
1000 1200 1400 1600 1800 2000
Année
(Source: http://www.ipcc.ch/pub/wg1TARtechsum.pdf – Technical summary: A report accepted
by Working Group I of the IPCC but not approved in detail – IPCC Third Assessment Report -
Climate Change 2001)

Il ne s’agit donc pas de savoir si le climat continuera de se modifier avec


les activités humaines mais quelle sera l'ampleur du changement (son
importance), où il interviendra (ses variations régionales) et quand (son
rythme). Il ne fait pas de doute non plus que ce changement climatique
aura des répercussions négatives sur les secteurs socio-économiques de
bien des régions du monde, et notamment sur les ressources en eau,
l'agriculture, la foresterie, les pêcheries et les habitats humains, les
systèmes écologiques (en particulier les récifs coralliens) et la santé de
l'homme (maladies véhiculées par les insectes). De fait, le troisième
rapport d'évaluation du GIEC conclut qu'une majorité d'entre nous devra
en subir les conséquences néfastes.
La bonne nouvelle est que, de l'avis du GIEC, il existe un large éventail
de technologies qui permettent de réduire fortement les émissions nettes
de gaz à effet de serre aux niveaux de la fourniture et de la consommation

15
d'énergie et dans les secteurs agricole et forestier, souvent à un coût nul
ou faible pour la société.

Si la volonté de pallier les changements climatiques ne débouche pas sur


des politiques de maîtrise des émissions, les concentrations de CO2 dans
l'atmosphère devraient passer du niveau actuel de 370 ppm3 à un chiffre situé
entre 490 et 1 260 ppm d'ici 2100, suivant le scénario envisagé. Il faudra donc
fournir un effort considérable pour stabiliser les concentrations en-dessous de
ces niveaux. Par exemple, stabiliser les concentrations à 450 ppm suppose que
les émissions mondiales passent en-dessous des niveaux de 1990 au cours des
prochaines décennies. Compte tenu de la croissance démographique et de la
poursuite du développement économique, cette stabilisation exigerait une
amélioration spectaculaire du rendement d'utilisation de l'énergie et des
changements technologiques dans les systèmes de production d'énergie, par
exemple l'adoption de systèmes qui émettent peu ou pas de CO2.

Les modèles climatiques prévoient une hausse de la température de la


planète d'environ 1,4 à 5,8°C d'ici 2100 si rien n'est fait pour maîtriser les
émissions de gaz à effet de serre [1]. Cette projection repose sur une large
panoplie d'hypothèses concernant les principaux facteurs à l'origine des
émissions, par exemple la croissance démographique et le changement
technologique. En général, le risque de dégradation s'accentue avec le rythme
du changement climatique car les systèmes naturels s'adaptent mal à un
changement rapide.

Parmi les effets, on prévoit une augmentation des précipitations


mondiales et une évolution de la gravité et/ou de la fréquence des phénomènes
météorologiques extrêmes (tempêtes et inondations). Les zones climatiques
seraient remodelées, perturbant les forêts, les déserts, les zones de pâture
naturelles et tout autre écosystème non exploité, ce qui pourrait provoquer le
dépérissement ou le morcellement de ces systèmes et la disparition de certaines
espèces. Au niveau mondial, la sécurité alimentaire ne devrait pas être menacée,
bien que la production alimentaire puisse être localement compromise,
provoquant pénuries et famines. Les modifications des régimes d'évaporation et
de précipitation dans le monde se répercuteront sur les ressources en eau. Les
infrastructures matérielles seront endommagées par l'élévation du niveau des
mers et par les accidents météorologiques. Les activités économiques, la santé
et les établissements humains subiront les multiples conséquences directes et

3. ppm (parties par million) ou ppb (parties par milliard, 1 milliard = 1 000 millions)
est le rapport du nombre de molécules de gaz à effet de serre au nombre total de
molécules d'air sec. Par exemple, une valeur de 300 ppm représente 300 molécules
de gaz à effet de serre par million de molécules d'air sec.

16
indirectes de ce réchauffement. Les pauvres et les démunis sont aussi les plus
exposés aux effets des changements climatiques.

Comme l'a fait remarquer le président du GIEC, la bonne nouvelle est


qu'il existe de multiples moyens de limiter les émissions de GES à court et à
moyen terme. Les décideurs peuvent favoriser l'efficacité énergétique ainsi que
d'autres mesures en faveur du climat, tant au niveau de la production d'énergie
que de sa consommation, par exemple en créant un cadre économique et
réglementaire qui réponde aux besoins des consommateurs et des investisseurs.
Ce cadre doit être de nature à favoriser des initiatives rentables, l'utilisation des
meilleures technologies actuelles et futures et le choix de stratégies « sans
regret ». Les réglementations, les normes, les permis d'émissions négociables,
les programmes d'information, les actions volontaires ou l’abandon de
subventions contre-productives, sont autant d’outils appelés à jouer un jour un
rôle. Quoi qu'il en soit, la mise en place de ces mesures comme d'autres, exige
une forte volonté des pouvoirs publics et des organisations internationales.

Le « Principe de la Précaution » impose de prendre des mesures dès à


présent pour réduire les émissions de gaz à effet de serre même si des
incertitudes scientifiques importantes demeurent sur les risques associés au
changement climatique.

17
3. ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS ET CONCENTRATIONS DE GAZ
À EFFET DE SERRE DANS L'ATMOSPHÈRE

Dans sa synthèse destinée aux décideurs [4], le Groupe de travail n°1 du


GIEC conclut que les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère et
le forçage radiatif qu'elles provoquent ont continué d'augmenter avec les
activités humaines. Pour chaque gaz à effet de serre, les résultats précis
présentés dans le rapport sont les suivants :

• La concentration de CO2 dans l'atmosphère a augmenté de 31 %


depuis 1750. La concentration actuelle n'a jamais été dépassée au
cours des 420 000 dernières années, et probablement pas non plus
pendant 20 millions d'années. Elle progresse aujourd'hui à un rythme
inégalé pendant 20 000 ans au moins.
• Les trois-quarts environ des émissions anthropiques de CO2 dans
l'atmosphère au cours des vingt dernières années sont dus à la
combustion des combustibles fossiles. Le reste est essentiellement
imputable aux changements d'utilisation des terres, en particulier à la
déforestation.
• La concentration atmosphérique de CO2 a progressé au rythme de
1,5 ppm environ (0,4 %) par an au cours des vingt dernières années.
Dans les années 90, l'augmentation annuelle se situait entre 0,9 ppm
(0.2 %) et 2,8 ppm (0.8 %). Cette fluctuation est due en grande partie
à l'effet de la variabilité climatique (phénomènes tels qu'El Niño) sur
l'absorption et la libération de CO2 par la végétation et les océans.
• La concentration atmosphérique de CH4 a augmenté de 1 060 ppb
(151 %) depuis 1750 et poursuit sa courbe ascendante. La
concentration actuelle n'a jamais été dépassée au cours des 420 000
dernières années. Toutefois, son rythme de croissance annuel s'est
ralenti, devenant plus fluctuant dans les années 90 par rapport aux
années 80. Un peu plus de la moitié des émissions de CH4
aujourd'hui sont d'origine anthropique (combustion des combustibles
fossiles, bétail, riziculture et décharges). Par ailleurs, on vient de
découvrir que les émissions de monoxyde de carbone pouvaient être
à l'origine d'une augmentation des concentrations de CH4.

19
• La concentration atmosphérique de N2O a augmenté de 46 ppb
(17 %) depuis 1750 et ne cesse de progresser. La concentration
actuelle représente un niveau record pour les mille dernières années
au moins. Environ un tiers des émissions actuelles de N2O sont
d'origine anthropique (terres agricoles, parcs d'engraissement de
bovins et industries chimiques).
• Depuis 1995, les concentrations atmosphériques de beaucoup des
hydrocarbures halogénés responsables à la fois de la disparition de la
couche d'ozone et de l'effet de serre (par exemple, le CFCl3 et le
CF2Cl3) progressent plus lentement, voire diminuent, à cause du
Protocole de Montréal et de ses amendements. Les composés qui ont
été adoptés pour les remplacer (par exemple, le CHF2Cl et le
CF3CH2F) ainsi que d'autres composés de synthèse (hydrocarbures
perfluorés (PFC) et hexafluorure de soufre (SF6) notamment) sont
également des gaz à effet de serre, et leurs concentrations sont en
train d'augmenter.
Le Protocole de Kyoto (voir chapitre 6) préconise de réduire les GES d'ici
2008-2012. Pourtant, comme le montre le tableau 1, les émissions mondiales de
CO2 ont augmenté de près de 9 % dans les années 90, et cela malgré une baisse
de 32 % dans les pays en transition vers une économie de marché que l'on doit
imputer plutôt à la récession et à la restructuration économiques qu’à une
volonté délibérée de contrôler les émissions de GES. Dans la majorité des pays
de l'OCDE les émissions de CO2 ont progressé, et non régressé, depuis 1990 et,
dans les pays en transition, la reprise économique ne fera qu’accentuer le
problème.
De tous les pays de l'annexe I, c'est le groupe européen qui obtient les
meilleurs résultats, puisque, en 1999, ses émissions n'avaient progressé que de
0,7 % par rapport à 1990. Malgré tout, d'ici la fin de la période d'engagement
2008-2012, les pays de l'Union européenne devront en fait abaisser leurs
émissions d'au moins 8 % par rapport à 1990. Pour les autres pays de l'OCDE,
la situation est encore plus grave. Les États-Unis doivent réduire de 7 % leurs
émissions4 entre 1990 et la période d'engagement alors que leurs émissions ont
en fait augmenté de 15,2 % entre 1990 et 1999. Au Canada, elles ont augmenté
de 16,1 % alors qu’elles doivent diminuer de 6 % d'ici 2008-2012. Au Japon, où
les émissions devaient être réduites de 8 % conformément au Protocole de
Kyoto, elles avaient cru en 1999 de 10,5 %. Même l'Australie qui s’était vu
concéder une hausse de 8 % jusqu'à la fin de la période d'engagement avait déjà
enregistré une progression de 23,8 % en 1999.

4. Notons, toutefois, que les États-Unis ont annoncé qu'ils n'accepteraient pas les
réductions d'émissions exigées par le Protocole de Kyoto.

20
4. BAISSE DES ÉMISSIONS DE CO2 IMPUTABLES AUX
CENTRALES NUCLÉAIRES EN SERVICE AUJOURD'HUI

L’avenir de l’énergie nucléaire dans un contexte de changement


climatique est examiné dans un rapport de l'Agence internationale de l'énergie
(AIE) [5], où les pays Membres de l'AIE reconnaissent que l'énergie nucléaire
pourrait jouer un rôle dans un parc énergétique durable. Ces pays ont adopté en
1993 des « objectifs communs », à savoir des principes permettant aux
« secteurs énergétiques de leurs économies de contribuer aussi pleinement que
possible à l'essor économique durable ». Les objectifs communs font référence à
l'énergie nucléaire pour sa contribution à la diversité d'approvisionnement mais
aussi à la fourniture et à l'utilisation de l'énergie dans des conditions
écologiquement viables. Les objectifs communs font valoir que « un certain
nombre des pays Membres de l'AIE souhaitent que l'énergie nucléaire continue
à faire partie des possibilités énergétiques d'avenir, tout en y apportant des
perfectionnements, et dans le respect des normes de sûreté les plus strictes, car
son emploi n'entraîne pas d'émissions de dioxyde de carbone. » Cependant, le
rapport souligne qu’un certain nombre de difficultés doivent être surmontées
pour que l'énergie nucléaire contribue à un approvisionnement énergétique
durable. Il s'agit notamment de s'assurer que les produits de fission et les
déchets radioactifs à vie longue soient traités de façon sûre et sans danger pour
l'environnement. S'il reconnaît que des données techniques laissent entrevoir la
possibilité de résoudre ce problème, le rapport juge que la mise en œuvre
pratique comporte des incertitudes d'ordre politique.
Le Conseil mondial de l'énergie [6] souligne également la nécessité de
préserver toutes les options énergétiques car, si certains pays Membres du CME
doutent de l'avenir de l'énergie nucléaire, la plupart sont convaincus qu'il faut en
stabiliser la contribution pour éventuellement l'étendre. Ces derniers préconisent
d'encourager les efforts pour développer une technologie nucléaire intrin-
sèquement sûre et à faible coût. Pour les membres du CME, ce sont en fin de
compte les critères du marché qui décideront en fait de l'avenir de toutes les
sources d'énergie.
À la fin de 2000, 438 réacteurs nucléaires étaient exploités dans 31 pays,
soit une puissance installée totale de 350 GWe (près de 85 % de cette puissance

21
se trouvent dans les pays Membres de l’OCDE) [7]. En 2000, les centrales
nucléaires ont produit 2 450 TWh, ce qui représente 16 % de la production
totale d'électricité dans le monde ou encore près de 6 % de la consommation
d'énergie primaire commerciale [8].

Tableau 1. Niveaux globaux et régionaux de CO2 dus à l’utilisation de


combustibles (en million de tonnes de CO2) [Réf. 10, pp. 28-29]

1990 1999 Changements


(%)
1990 à 1999
Annexe I 130811 130592 -1,6
Annexe II 090942 100952 10,2
Amérique du Nord 050267 060074 15,3
Canada 421 489 16,1
États-Unis 040846 050585 15,2
Europe 030344 030368 0,7
Allemagne 966 822 -15,0
Autriche 57,0 60,5 6,1
Belgique 106 119 11,8
Danemark 49,7 53,3 7,2
Espagne 212 272 28,6
Finlande 53,4 57,8 8,4
France (1) 364 361 -0,7
Grèce 69,0 81,5 18,2
Irlande 32,2 39,9 24,1
Islande 2,0 2,1 3,3
Italie 397 420 6,0
Luxembourg 10,5 7,5 -28,3
Norvège 28,5 37,1 30,4
Pays-Bas 156 166 6,4
Portugal 39,9 61,1 53,1
Royaume-Uni 572 535 -6,5
Suède 48,5 48,2 -0,6
Suisse (1) 41,1 39,8 -3,1
Turquie 138 183 32,2
Pacifique 010331 010511 13,5
Australie 260 322,4 24
Japon 010048 010158 10,5
Nouvelle Zélande 23,0 30,6 33,1

22
Tableau 1. Niveaux globaux et régionaux de CO2 dus à l’utilisation de
combustibles (en million de tonnes de CO2) [Réf. 10, pp. 28-29] (suite)

1990 1999 Changements


(%)
1990 à 1999
Économies en 30869 (e) 020639 -31,8
transition (EITs)
Biélorussie na 57,1 na
Bulgarie 76,1 43,8 -42,5
Croatie na 19,0 na
Estonie na 14,7 na
Fédération Russe na 010486 na
Hongrie 67,6 57,8 -14,4
Lettonie na 6,8 na
Lithuanie na 13,0 na
Pologne 348 310 -11,0
République Slovaque 55,3 39,4 -28,9
République Tchèque 150 111 -26,5
Roumanie 172 86,6 -49,5
Slovénie 12,8 15,0 17,0
Ukraine na 379 na
Non-annexe I 060840 080822 29,0
Afrique 600 730 21,8
Amérique Latine 919 010222 33,0
Asie (excl. Chine) 010614 020541 57,4
Autres pays de l’ex- 576 324 -43,7
URSS
Chine 020429 030051 25,6
Moyen Orient 584 886 51,8
Pays d’Europe non- 119 67,5 -43,2
OCDE
Soutages maritimes 348 424 21,6
Soutages de l’aviation 280 335 19,8
Total Monde 210279 230172 8,9
Notes :
(1) Les émissions de Monaco sont comptabilisées avec celles de la France et celles du
Liechtenstein avec celles de la Suisse.
(e) Estimations.
nd = non disponible.

23
L'énergie nucléaire contribue pour beaucoup à la baisse des émissions de
carbone du secteur énergétique. Une analyse exhaustive des émissions de GES
de différentes filières de production d'électricité (voir chapitre 10) place
l'énergie nucléaire parmi celles qui ont la moindre intensité de carbone car elle
ne produit pas de fumées et que les émissions sur l’ensemble de la filière ne
représentent que 2,5 à 5,7 grammes de GES (exprimés en grammes d'équivalent
C) par kWh d'électricité produite (gCeq/kWh), un chiffre à comparer aux 105 à
366 gCeq/kWh des filières thermiques classiques et aux 2,5 à 76 gCeq/kWh des
énergies renouvelables. En admettant que les tranches nucléaires actuellement
exploitées se substituent à des centrales thermiques classiques modernes,
l'énergie nucléaire permet aujourd'hui de réduire de plus de 8 % les émissions
de CO2 du secteur énergétique dans le monde (pour le seul secteur électrique, ce
pourcentage est d'environ 17 %). S'agissant des pays de l'OCDE, un rapport
récemment publié par l'AIE [19] observait que l'énergie nucléaire a déjà
contribué de manière significative à abaisser les quantités de gaz à effet de serre
produites par les centrales électriques dans les pays de l'OCDE au cours des
quarante dernières années. Sans cette énergie, les émissions de dioxyde de
carbone des centrales seraient aujourd'hui d'environ un tiers supérieures, ce qui
représente une économie annuelle de 1 200 millions de tonnes de dioxyde de
carbone, soit 10 % des émissions totales de CO2 liées à la consommation
d'énergie dans la zone OCDE. Les objectifs du Protocole de Kyoto appellent à
une réduction des émissions de dioxyde de carbone des pays de l’OCDE de
700 million de tonnes d’ici 2008-2012 par rapport aux niveaux de 1990. Si
toutes les centrales nucléaires des pays de la zone OCDE devaient cesser de
fonctionner dans les décennies qui viennent, la montant des réductions
effectives à réaliser serait accru de 1 200 millions de tonnes.

La figure 3 présente le pourcentage d'émissions de dioxyde de carbone


évitées, à l'échelle de la planète, grâce à l'exploitation des centrales nucléaires et
hydrauliques entre 1965 et 1993. On constate que le pourcentage de CO2 que le
recours à l'hydraulique a permis d'éviter a peu progressé, à savoir de 6,4 % en
1965 à 8,6 % en 1993, tandis que le chiffre pour l'énergie nucléaire passait de
0,2 % à plus de 8 %. Il apparaît par conséquent que le développement des parcs
électronucléaires a largement contribué à éviter des émissions de CO2
mondiales.

Le cas de la France est illustré sur les figures 4 et 5 qui montrent


respectivement les contributions des différentes sources d'énergie à la
production d'électricité d'Électricité de France (EdF) ainsi que les émissions de
CO2 de cette même entreprise. On peut voir sur la figure 4 que le
développement rapide du parc nucléaire français s'est effectivement opéré au
détriment des combustibles fossiles. En 1993, EdF produisait 82,5 % de son
électricité dans des centrales nucléaires (si l'on inclut la production d'autres

24
entreprises, l'énergie nucléaire représentait près de 78 % de la production totale
d'électricité de la France). La figure 5 illustre la baisse spectaculaire des
émissions de CO2 d'EdF correspondant au déclin des combustibles fossiles. La
reprise temporaire des émissions entre 1988 et 1991 s'explique par les faibles
précipitations dont a souffert la production hydraulique ainsi que par des
problèmes qui ont empêché d'utiliser à plein les centrales nucléaires. Cette
conjonction d'événements a conduit à exploiter davantage les centrales
thermiques classiques. Si la puissance nucléaire installée n'avait pas continué
d'augmenter, cette hausse des émissions aurait pu être plus importante.

Figure 3. Pourcentage des émissions de CO2 évitées par


l’énergie hydraulique et l’énergie nucléaire
CO2 évité (%)
18
16
14
12
Nucléaire
10
8
6
Hydraulique
4
2
0
1965 1970 1975 1980 1985 1990
Année

Figure 4. Production d’électricité d’EdF par différentes sources


TWh
450
400
350
300
250
200 Nucléaire
150
100 Fossile
50
Hydraulique
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992
Année

25
Figure 5. Émissions de CO2 des centrales EDF

100

80
Mega-tonnes de CO2

60

40

20

0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992
Année

26
5. CONVENTION-CADRE DES NATIONS UNIES SUR LES
CHANGEMENTS CLIMATIQUES

La Convention-cadre sur les changements climatiques [9] a été adoptée à


New York le 9 mai 1992 au terme de deux ans environ de négociations et est
entrée en vigueur le 21 mars 1994. Elle a été ratifiée par près de 180 pays
conscients de la nécessité de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre
dans l'atmosphère terrestre.

L' « objectif ultime » de la Convention est de « stabiliser les


concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui
empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique ».
Cet objectif ne précise pas à quel niveau doivent se situer les concentrations de
GES mais seulement qu'il ne doit pas être dangereux. La Convention stipule
également que « il conviendra d'atteindre ce niveau dans un délai suffisant pour
que les écosystèmes puissent s'adapter naturellement aux changements
climatiques, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le
développement économique puisse se poursuivre d'une manière durable. » Par
conséquent, il s'agit essentiellement de préserver la production alimentaire –
peut-être l'activité humaine la plus sensible au climat – et le développement
économique. Ce texte suggère aussi qu'un changement climatique est inévitable
(ce que la plupart des climatologues pensent) et qu'il faut prendre des mesures
pour s'y adapter mais aussi pour l'éviter.

Dans l'article 3, la Convention invite les Parties à se laisser guider, entre


autres, par les dispositions suivantes :
• Il incombe aux Parties de préserver le système climatique dans
l'intérêt des générations présentes et futures, sur la base de l'équité et
en fonction de leurs responsabilités communes mais différenciées et
de leurs capacités respectives. Il appartient, en conséquence, aux
pays développés Parties d'être à l'avant-garde de la lutte contre les
changements climatiques et leurs effets néfastes.
• Il convient de tenir pleinement compte des besoins spécifiques et de
la situation spéciale des pays en développement, notamment de ceux
qui sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes des

27
changements climatiques ainsi que des pays auxquels la Convention
imposerait une charge disproportionnée ou anormale.
• Il incombe de prendre des mesures de précaution pour prévoir,
prévenir ou atténuer les causes des changements climatiques et en
limiter les effets néfastes. Quand il y a risque de perturbations graves
ou irréversibles, l'absence de certitudes scientifiques absolues ne doit
pas servir de prétexte pour différer l'adoption de telles mesures, étant
entendu que ces politiques et mesures requièrent un bon rapport
coût-efficacité.
• Il appartient aux Parties à la Convention de travailler de concert à un
système économique international qui soit porteur et ouvert et qui
mène à une croissance économique et à un développement durable
de toutes les Parties, en particulier des pays en développement. Il
convient d'éviter que les mesures prises pour lutter contre les
changements climatiques constituent un moyen d'imposer des
discriminations arbitraires ou injustifiables sur le plan du commerce
international, ou des entraves déguisées à ce commerce.

Deux groupes de Parties, essentiellement des pays développés, sont


énumérés aux annexes I et II de la Convention (voir annexe du présent rapport).
Les Parties figurant à l'annexe 1 s'engagent spécifiquement à :
• Adopter des politiques nationales – expression qui recouvre les
politiques et mesures adoptées par les organisations d'intégration
économique régionale – pour limiter leurs émissions anthropiques de
GES et protéger et renforcer leurs puits et réservoirs de GES. Ces
Parties peuvent appliquer ces politiques et mesures en association
avec d'autres Parties (application conjointe, voir chapitre 7) et aider
d'autres Parties à contribuer à l'objectif de la Convention.
• Dans les six mois suivant l'entrée en vigueur de la Convention, puis
à intervalles périodiques, ces Parties soumettront des informations
détaillées sur leurs politiques et mesures de même que sur les
projections qui en résultent quant aux émissions par leurs sources et
à l'absorption par leurs puits de GES (non réglementés par le
Protocole de Montréal de 1987 relatif à des substances qui
appauvrissent la couche d'ozone).
Les Parties figurant à l'annexe II fournissent des ressources financières
nouvelles et additionnelles pour couvrir la totalité des coûts convenus encourus
par les pays en développement Parties du fait de l'exécution de leurs obligations
découlant de la Convention (essentiellement l'établissement, par des méthodes
agréées, des inventaires nationaux d'émissions anthropiques de GES par sources
et des quantités absorbées par les puits).

28
6. LE PROTOCOLE DE KYOTO

Le Protocole de Kyoto à la CCNUCC a été adopté par consensus à la


troisième session de la Conférence des Parties (COP3) en décembre 1997 et a
été ouvert à la signature le 16 mars 1997 pour une durée d'un an [9]. Ce
protocole entrera en vigueur 90 jours après sa ratification par au moins
55 Parties à la CCNUCC dont des pays développés et les pays en transition vers
une économie de marché représentant au minimum 55 % des émissions totales
de dioxyde de carbone en 1990 de l'ensemble des pays de l'annexe I. À la fin
2000 et en 2001, des désaccords politiques quant à la manière d'appliquer le
Protocole ont ralenti le rythme des ratifications, ce qui n'empêche pas les
gouvernements de respecter en attendant leurs engagements au titre de la
Convention.
Ce Protocole contient des objectifs d'émission juridiquement
contraignants pour les Parties visées à l'annexe I qui collectivement doivent
réduire leurs émissions de six gaz à effet de serre5 d'au moins 5,2 % avant la fin
de la période 2008-2012 (la période d'engagement), les émissions étant
moyennées sur cette période de cinq ans. Ces six gaz sont regroupés dans un
« panier », et les réductions des émissions opérées pour chaque gaz sont
traduites en « équivalents CO2 » qui sont additionnés pour donner un seul
chiffre. Le Protocole n'établit pas d'objectifs de réduction d'émissions pour les
pays hors annexe I.

Les réductions des émissions des trois gaz les plus importants, à savoir le
dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l'oxyde nitreux (N2O) seront
mesurées par rapport à l'année de référence qui est 1990 (avec des exceptions
pour les économies en transition – EET). En revanche, la diminution des
émissions des trois gaz industriels à longue durée de vie, les
hydrofluorocarbones (HFC), les hydrocarbures perfluorés (PFC) et
l'hexafluorure de soufre (SF6), peut être mesurée soit par rapport à 1990, soit par

5. Dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4), oxyde nitreux (N2O),


hydrofluorocarbones (HFC), hydrocarbures perfluorés (PFC), hexafluorure de
soufre (SF6).

29
rapport à 1995. Un groupe important de gaz industriels, à savoir les
chlorofluorocarbones (CFC), font l'objet du Protocole de Montréal.

Le détail des réductions à opérer par les différents pays de l'annexe I pour
atteindre l'objectif global est le suivant : 8 % pour la Suisse, la plupart des Etats
d'Europe centrale et orientale et l'Union européenne (les États membres de
l'Union européenne atteindront leur objectif global en se répartissant l'effort) ;
7 % pour les États-Unis ; 6 % pour le Canada, la Hongrie, le Japon et la
Pologne. La Russie, la Nouvelle-Zélande et l'Ukraine doivent stabiliser leurs
émissions aux niveaux de 1990, tandis que la Norvège peut augmenter les
siennes de 1 %, l'Australie de 8 % et l'Islande de 10 % au maximum [9].

30
7. APPLICATION CONJOINTE ET MÉCANISME POUR UN
DÉVELOPPEMENT PROPRE

Les articles 6, 12 et 17 du Protocole de Kyoto définissent trois


mécanismes de flexibilité auxquels peuvent recourir les Parties de l'annexe I, en
plus des mesures prises au niveau national, pour atteindre plus facilement leurs
objectifs de réduction des émissions [10]. Ces trois mécanismes sont :
l'application conjointe (article 6), le mécanisme pour un développement propre
(article 12) et les échanges de droits d'émissions (Article 17). Nous aborderons
les deux premiers mécanismes dans ce chapitre, tandis que le troisième sera
évoqué dans le chapitre suivant avec la valeur du carbone.

7.1 Application conjointe

L'article 6 du Protocole stipule : « Afin de remplir ses engagements au


titre de l'article 3, toute Partie visée à l'annexe I peut céder à toute autre Partie
ayant le même statut, ou acquérir auprès d'elle, des unités de réduction des
émissions découlant de projets visant à réduire les émissions anthropiques par
les sources ou à renforcer les absorptions anthropiques par les puits de gaz à
effet de serre dans tout secteur de l'économie pour autant que :

• Tout projet de ce type ait l'agrément des Parties concernées ;


• Tout projet de ce type permette une réduction des émissions par les
sources, ou un renforcement des absorptions par les puits, s'ajoutant
à ceux qui pourraient être obtenus autrement ;
• La Partie concernée (souhaitant acquérir des unités de réduction des
émissions) ne puisse acquérir aucune unité de réduction des
émissions si elle ne se conforme pas aux obligations qui lui
incombent en vertu des articles 5 et 7 ;
• L'acquisition d'unités de réduction des émissions vienne en
complément des mesures prises au niveau national dans le but de
remplir les engagements prévus à l'article 3.

31
On notera que l’article 6 n’autorise ce type de transaction qu’entre Parties
de l’annexe I.

L’application conjointe (AC)6 a été conçue comme un mécanisme destiné


à mobiliser de nouveaux financements pour la réduction des émissions, en
favorisant, par exemple, la mise au point de technologies avancées et leur
transfert d'une Partie visée à l'Annex I à une autre. Dans la pratique, cette AC
devrait normalement prendre la forme d'un partenariat entre investisseurs de
pays fortement industrialisés et leurs homologues dans des pays en transition
vers une économie de marché. L'investisseur fournira vraisemblablement
l'essentiel de la technologie avancée et des ressources financières et son
partenaire (le pays hôte), une partie du financement (par exemple, pour
l'équipement, les matériaux et la main-d'œuvre d’origine locale), le site où la
technologie sera mise en œuvre, la majeure partie des ressources humaines ainsi
que l'organisation qui sera chargée de lancer et d'exploiter le projet.

La plupart des implications de l'AC pour l'énergie nucléaire sont


identiques à celles du MDP, comme l’indique la section 7.2.1 ci-dessous, à ceci
près que l'AC porte sur des projets menés conjointement par des pays visés à
l'annexe I, tandis que le MDP concerne des projets réalisés dans des pays hors
annexe I avec l'assistance financière et des transferts technologiques des pays de
l'annexe I.

7.2 Mécanisme pour un développement propre

Le mécanisme pour un développement propre (MDP) est défini à


l'article 12 du Protocole où il est dit : « L'objet du mécanisme pour un
développement « propre » est d'aider les Parties ne figurant pas à l'annexe I à
parvenir à un développement durable ainsi qu'à contribuer à l'objectif ultime de
la Convention, et d'aider les parties visées à l'annexe I à remplir leurs
engagements chiffrés de limitation et de réduction de leurs émissions prévus à
l'article 3 ». Le MDP doit donc bénéficier tant aux Parties visées à l'annexe I
qu'aux autres dans la mesure où :

• les Parties ne figurant pas à l'annexe I tireront parti d'activités


exécutées dans le cadre de projets, qui se traduisent par des
réductions d'émissions certifiées (REC) ;

6. Bien qu'elle ne figure pas à l'article 6, l'expression « application conjointe » est


aujourd'hui couramment employée pour désigner les mesures décrites dans cet
article.

32
• les Parties visées à l'annexe I peuvent utiliser les REC obtenues
grâce à ces activités pour remplir une partie de leurs engagements
chiffrés de limitation et de réduction des émissions.

L'analyse de l'article 12 révèle que pour bénéficier des dispositions du


MDP, un projet ne devra pas seulement réduire les émissions mais aussi :

• produire des REC qui viennent s'ajouter à celles qui se produiraient


de toute manière en son absence (c'est le critère de l'« additionnalité
environnementale ») ;
• permettre aux Parties hors annexe I de bénéficier de transferts de
technologies, de capitaux et de savoir-faire (critères de
l'« additionnalité financière et technologique »).

Les problèmes opérationnels et institutionnels que pose le MDP sont


évoqués à la référence [11] et les questions liées à l'établissement des niveaux
de référence utilisés pour calculer les réductions d'émissions opérées par le
projet de MDP font l'objet du document [12].

7.2.1 Implications du MDP pour l'énergie nucléaire

La participation éventuelle de l'énergie nucléaire au MDP a fait l'objet


d'âpres discussions, en particulier lors de la sixième session de la Conférence
des Parties à la CCNUCC (COP6). Il est évident que le fait d'utiliser l'énergie
nucléaire, comme les énergies renouvelables d'ailleurs, dans des projets de
MDP destinés à remplacer des installations à combustibles fossiles, permettrait
de réduire les émissions de CO2. Par conséquent, si la réduction des émissions
de CO2 était le seul objectif du MDP, il serait logique de n'écarter aucune
technologie susceptible d'y contribuer, sachant que, dans chaque situation, ce
sera l'option la plus rentable qui sera finalement choisie.

Pourtant, à la COP6, lors de l'examen de l'article 12, les Parties sont


convenues « de reconnaître que les Parties visées à l'annexe I doivent s'abstenir
d'utiliser les unités de réduction certifiée des émissions générées par des
installations nucléaires pour remplir leurs engagements au titre du paragraphe 1
de l'article 3 ».

Par contre, les Parties sont également convenues « d'affirmer qu'il


appartient à la Partie hôte, dont c'est la prérogative, de confirmer si une activité
de projet exécutée au titre du mécanisme pour un développement propre
contribue à l'instauration d'un développement durable ». Par conséquent, la

33
Partie hôte aurait la possibilité de déclarer qu’un projet électronucléaire
contribue au développement durable. Néanmoins, il est peu vraisemblable qu'un
pays de l'annexe I participe à la mise en œuvre d'un projet nucléaire au titre du
MDP, s'il n'a pas la possibilité d'utiliser les REC ainsi obtenues pour remplir ses
engagements.

Le Protocole de Kyoto, y compris les mécanismes de flexibilité, est le


fruit d'un processus à caractère éminemment politique exigeant de multiples
arbitrages et compromis pour rapprocher les intérêts contradictoires des Parties
et interlocuteurs en présence. De ce fait, il est souvent difficile d'identifier les
objectifs et principes fondamentaux des mécanismes prévus ; le MDP ne fait pas
exception.

La controverse sur la possibilité ou non d'intégrer l'énergie nucléaire au


MDP semble en fait découler de différentes conceptions du développement
durable et des types de systèmes énergétiques correspondants. Pour certains,
l'énergie nucléaire ne possède aucune propriété qui permettrait de l'exclure
définitivement de stratégies énergétiques durables, et il faut conserver la
possibilité d'y recourir, éventuellement plus largement, à moyen et à long terme
[13]. Pour d'autres, au contraire, certaines particularités de l'énergie nucléaire,
liées notamment à la sûreté, au stockage des déchets radioactifs et à la
prolifération des armes nucléaires, interdisent de considérer son exploitation
comme durable.

On peut percevoir, semble-t-il un troisième point de vue, à savoir que les


projets à grande échelle, quels qu'ils soient, ne sont pas durables, et que le MDP
doit être réservé à des projets destinés à favoriser les énergies renouvelables et à
améliorer l'efficacité énergétique. Selon ce principe, la plupart des projets
nucléaires, le plus souvent de très grande échelle devraient être exclus (bien que
l'on mette au point actuellement des centrales de plus petite taille), mais aussi
les grands projets hydrauliques et les technologies du « charbon propre » avec
piégeage et séquestration du CO2. Un autre facteur , pertinent en particulier pour
les petits pays en développement, est que les grands projets qui ne peuvent être
envisagés que par de grands pays épuiseraient rapidement les investissements
disponible au titre du MPD.

Quelques exemples de déclarations récentes pour et contre l’énergie


nucléaire dans une perspective de lutte contre le changement climatique et de
développement durable sont donnés dans l’encadré ci-dessous.

34
Fiche d’information des Amis de la Terre, Loyola de Palacio, Vice-présidente de la
Ecosse, 1998 Commission européenne chargée des
L'énergie nucléaire n'est pas une solution au relations avec le Parlement européen,
problème du changement climatique : La fin commissaire européenne en charge des
d'un mythe. L'industrie nucléaire table sur le transports et de l'énergie, 2002.
changement climatique pour remette en selle Dans l'état actuel des choses, abandonner
l'énergie nucléaire. Pourtant, il suffit de l'énergie nucléaire signifie renoncer à la
considérer les données économiques pour possibilité de lutter contre le changement
s'apercevoir qu'elle présente peu d'intérêt par climatique. Paradoxalement, la contribution
rapport aux centrales thermiques classiques. de l'énergie nucléaire à la stabilisation des
En outre, avec ses coûts élevés, ses délais de émissions de CO2 est souvent sous-estimée.
construction, les risques environnementaux et L'abandon de l'énergie nucléaire nuirait
les problèmes que pose la gestion des déchets gravement à la capacité de l'Europe de
radioactifs, il est clair que l'énergie nucléaire relever les grands défis, à savoir la poursuite
ne constitue pas une solution viable aux de la croissance économique, qui pourrait
changements climatiques. Promouvoir être compromise par une trop forte
l'efficacité énergétique et les énergies dépendance vis-à-vis des importations, ainsi
renouvelables est un moyen plus rapide, plus que le respect des engagements de Kyoto.
réaliste et plus durable de réduire les S'agissant de ces engagements, il nous faut
émissions de CO2. étudier quelle serait la meilleure contribution
de l'énergie nucléaire à la mise en œuvre des
The National Environmental Trust, mécanismes de flexibilité.
Washington, D.C, 1999
L'énergie nucléaire n'est pas une solution Dick Cheney, Vice-président des Etats-
rentable au réchauffement de la planète. Unis, 2001
Coûts excessifs, sûreté insuffisante et manque Si l'on veut sérieusement éliminer les gaz à
de compétitivité, il est clair que l'énergie effet de serre, l'une des solutions consiste à
nucléaire n'est pas la bonne solution au reconsidérer le dossier de l'énergie nucléaire
réchauffement de la planète. Les et décider de l'utiliser pour produire de
administrations fédérale et locales feraient l'électricité sans effets néfastes.
mieux de privilégier la recherche de
l'efficacité énergétique et la mise au point de The UK Royal Society et The Royal
sources d'énergie à la fois propres, sûres et Academy of Engineering, 1999
renouvelables, comme les énergies éolienne, Les problèmes que risque de rencontrer
solaire, géothermique ou la biomasse. l'humanité au cours du siècle prochain sont
trop graves pour qu'on ne les prennent pas au
J. Trittin, Ministre fédéral de sérieux. Il faut résolument mettre au point
l'environnement, de la protection de la les énergies renouvelables et développer
nature et de la sûreté nucléaire, 2002 l’énergie nucléaire. C'est à cette seule
Nous voulons lancer la politique énergétique condition que l'on peut laisser aux
de demain. Nous voulons mettre en place une générations futures le choix des solutions,
politique cohérente. Des sources renou- dont certaines pourraient bien se révéler
velables, une efficacité énergétique accrue, indispensables pour éviter une catastrophe.
des économies d'énergie et la sortie du
nucléaire sont autant d'éléments d'une
politique à la fois responsable et durable.

35
Comme nous l'avons mentionné ci-dessus, la COP6 a affirmé qu'il
appartient au pays hôte de déterminer si un projet contribue à son
développement durable. Ainsi aucun projet de MDP ne doit être imposé à un
pays hôte. Par contre, l'exclusion de certaines technologies de ce mécanisme a
été vue par certaines Parties ne figurant pas à l'annexe I comme une violation de
leur droit souverain à décider de la filière technologique qu'elles souhaitent
suivre et elle a pour corollaire d'imposer d'autres technologies. À l'inverse, on
peut penser que les Parties qui investissent dans le MDP, voire les instances en
charge du MDP, sont libres de décider de la durabilité ou non des technologies,
en particulier lorsque l'une d'elles peut avoir des répercussions par delà les
frontières, situation envisageable en cas d'accident nucléaire, par exemple. Les
défenseurs de cette thèse font valoir que l'exclusion de l'énergie nucléaire du
MDP si elle interdit aux pays hors annexe I de bénéficier de subventions au titre
du MDP pour la mise en œuvre de projets électronucléaires ne les empêche pas
de recourir à l’énergie nucléaire.

Il convient de remarquer que, si les pays de l'annexe I ne sont pas


autorisés à bénéficier des réductions de GES associées à la construction de
tranches nucléaires dans des pays hors annexe I, il restent libres d'exploiter
l'énergie nucléaire chez eux pour respecter leurs engagements de Kyoto.

Dans un rapport [14], l'Agence internationale de l'énergie atomique


(AIEA) conclut que, d’après plusieurs études de cas nationales, les centrales
nucléaires permettraient à long terme d'obtenir des REC par rapport aux
centrales thermiques classiques qui seraient sinon construites dans ces pays, et
donc qu'elles répondent aux critères d'additionnalité environnementale du MDP.
Ces études de cas montrent aussi que les projets nucléaires respectent le critère
de l'additionnalité financière et technologique dans la mesure où la construction
de ces installations exigerait des ressources financières supplémentaires
comparée à la construction de centrales thermiques classiques, et que les projets
nucléaires supposent les transferts de technologies à destination du pays hôte.

7.2.2 Le MDP et l'énergie nucléaire après 2008-2012

Aujourd'hui, le MDP ne concerne que la période d'engagement du


Protocole de Kyoto (2008-2012) étant donné qu'il n'a pas été fixé d'objectif
d'émission au-delà de cette période. Même si les projets nucléaires devaient
bénéficier des dispositions du MDP, il est peu probable qu'ils puissent être
menés à bien et produire des REC d'ici 2012, étant donné les délais nécessaires
pour les planifier et les construire. Par conséquent, l'énergie nucléaire n'a de
chance de pouvoir contribuer de manière significative à la réduction des
émissions de GES dans le cadre du MDP qu'après la période d'engagement du

36
Protocole de Kyoto. C'est également à cette échéance que la réflexion sur la
place de l'énergie nucléaire dans une perspective de développement durable
prendra toute son importance.

Bien que l'exclusion de l'énergie nucléaire du MDP pour la période


d'engagement actuelle soit largement symbolique (puisque sa contribution aurait
été de toute manière marginale), elle revêt de l’importance dans la mesure elle
risque de perdurer lorsque seront fixés les périodes d'engagement et objectifs
d'émission ultérieurs. Par ailleurs, il y a lieu de se demander si des projets (qu'ils
soient nucléaires ou autres) démarrés sous le régime du MDP actuel, mais qui
ne produiraient pas de REC avant la fin de la période d'engagement courante,
pourraient bénéficier des REC au cours des périodes d'engagement suivantes.

Par conséquent, les discussions sur l'énergie nucléaire qui ont conduit à
l'exclure du mécanisme actuel du MDP pourraient avoir des répercussions après
2008-2012. Il importe donc que des organisations telles que l'AEN continuent
de diffuser des informations objectives et fiables sur le rôle potentiel de
l'énergie nucléaire dans des stratégies visant à atténuer ou stabiliser les
émissions de GES du secteur énergétique. Au chapitre 9, certains aspects de la
situation après 2008-2012, qui ont été abordés dans un rapport publié par l'AEN
en 1998 [15], sont abordés plus en détail.

37
8. ÉCHANGES DE DROITS D'ÉMISSION ET
VALEUR DU CARBONE

8.1 Échanges de droits d'émission

L’article 17 du Protocole de Kyoto permet aux Parties figurant à


l'annexe I de participer à des échanges de droits d'émission aux fins de remplir
leurs engagements, à condition que ces échanges viennent en complément de
mesures prises au niveau national.

Le concept des échanges de droits d'émission est examiné dans son


ensemble dans une publication récente de l'Agence internationale de
l'énergie [16]. Les acheteurs potentiels seraient des pays où réduire les
émissions coûte cher. Les vendeurs, de leur côté, seraient des pays où cette
réduction reviendrait moins cher ou qui, en réalité, émettent moins de GES que
les objectifs fixés à Kyoto (par exemple les économies en transition). Dans la
note de synthèse de cette publication, on rappelle que les défenseurs des
échanges de droits d'émission y voient un moyen pour les pouvoirs publics et
les entreprises de réduire leurs émissions là où cela coûte le moins cher tandis
que les adversaires prétendent que ces échanges sont un outil comptable qui
permet de remplacer de véritables réductions des émissions par des transactions
sur papier. On trouvera à la référence [17] une analyse des modalités de suivi,
de notification et de respect des dispositions du Protocole de Kyoto, échanges
de droits d'émission y compris.

D'après les études analytiques et simulations réalisées à ce jour (voir par


exemple la référence 16) les échanges de droits d'émission ne constitueraient
pas un mécanisme de flexibilité susceptible d'avoir des répercussions
importantes sur l'énergie nucléaire et ne seront donc pas approfondis dans le
présent rapport. Néanmoins, dans la mesure où l'on parviendra à mettre en place
un système d'échanges de droits d'émission qui aura pour effet d'attribuer une
valeur marchande aux émissions de carbone évitées, la compétitivité de
l'énergie nucléaire par rapport aux sources qui émettent du carbone y gagnerait.
C'est pourquoi la valeur du carbone est abordée à la section qui suit.

39
8.2 Valeur du carbone

Le rapport de l’AIE mentionné ci-dessus [16] contient une analyse de


l'intérêt des échanges internationaux de droits d'émission pour le respect au
moindre coût des engagements du Protocole de Kyoto. Cette analyse a été
effectuée à l'aide d'un modèle fondé sur les relations économétriques entre les
activités économiques, les prix et la consommation d'énergie, compte tenu
d’une optimisation des choix technologiques de production d'électricité. Ce
modèle ne tient compte que des émissions de CO2, auxquelles il applique les
objectifs de réduction fixés dans le Protocole de Kyoto (en pourcentages).

Les résultats de cette analyse, décrite en détail dans le rapport, donnent


un prix d'équilibre du marché de 32 USD par tonne de CO2 (118 USD/tC), en
monnaie de 2001 (voir réf. 16, p. 43). Ce résultat concorde globalement avec
ceux d'autres modèles présentés sur le tableau 2 du rapport de l'AIE.

Un système national d'échange de droits d'émissions de GES, le premier


de son genre au monde, vient d'être lancé au Royaume-Uni [18]. Des entreprises
s'engageant à respecter des plafonds impératifs de réduction d'émissions sur une
durée de cinq ans, en échange d'une part des incitations financières offertes, ont
participé à des enchères organisées les 11 et 12 mars 2002. Trente-quatre
adjudicataires, appelés les participants directs, ont accès à ce dispositif et sont
libres d'organiser des échanges depuis le 2 avril 2002 (pour atteindre leurs
objectifs; ces organismes peuvent soit réduire leurs propres émissions, soit
acheter les excédents alloués à d'autres organismes participants). Ces
participants totalisent des objectifs de réduction contraignants s'élevant à
4 millions de tonnes d'équivalent CO2 d'ici décembre 2007 (soit plus de 5 % de
la réduction prévue des émissions annuelles du Royaume-Uni d'ici 2010). Les
pouvoirs publics britanniques paieront 53,37 GBP (soit environ 77 USD) par
tonne d'équivalent CO2 évitée (282 USD/tCeq).

Si le prix d'échange peut être considéré comme la « valeur du carbone »


et interprété comme une taxe sur les émissions des centrales thermiques
classiques, les centrales nucléaires deviendront plus compétitives. On peut
calculer approximativement7 qu'une valeur du carbone de 1 US/tC majore le
coût de la production électrique dans les centrales au gaz de 0.01 centime

7. Cette estimation repose sur les hypothèses suivantes : gaz naturel avec une teneur
en carbone de 15 kgC/GJ brûlé dans une centrale à cycle combiné ayant un
rendement thermique de 55 % ; charbon à teneur en carbone de 27 kgC/GJ brûlé
dans une centrale ayant un rendement thermique de 40 %.

40
d’USD/kWh et celui de la production dans les centrales au charbon de
0.025 centime d'USD/kWh [5,19]. Les prévisions des coûts de production de
l'électricité dans des centrales thermiques classiques et nucléaires ont fait l'objet
d'une étude de l'AEN et de l'AIE qui a permis procéder à des comparaisons de
coût dans différents pays [20]. Si l'on ajoute le coût des émissions de carbone
obtenu de cette manière aux résultats présentés dans l'étude de l'AEN/AIE (en
appliquant un taux d'actualisation de 10 %), on obtient, dans un échantillon de
pays, les résultats présentés sur la figure 6.

Figure 6. Effet d’une taxe sur le carbone sur le coût actualisé de la


production d’électricité dans différents pays (taux d’actualisation 10 %)

0 $ /tC 5 0 $ /tC 1 0 0 $ /tC 1 5 0 $ /tC

É ta ts -U n is -G a z

É ta ts -U n is -C h a rb o n

É ta ts -U n is -N u c lé a ire

E sp ag n e-G az

E sp ag n e-C h arb o n

E s p a g n e -N u c lé a ire

C o rée-G az

C o rée-C h arb o n

C o ré e -N u c lé a ire

F ran ce-G az

F ra n c e -C h a rb o n

F ra n c e -N u c lé a ire

C an ad a-G az

C an ad a-C h arb o n

C a n a d a -N u c lé a ire

0 20 40 60 80 100

41
9. APRÈS 2008-2012

Comme nous l'avons vu dans les sections précédentes, les engagements


pris à Kyoto par les pays de l'annexe I en matière de réduction des émissions de
GES ne s'appliquent que sur la période d'engagement du Protocole (2008-2012).
Par ailleurs, les objectifs d'émissions fixés dans le Protocole aboutissent à une
baisse globale relativement modeste de 5,2 % des émissions de ces Parties par
rapport aux niveaux de 1990. Or, sur cette même période, les émissions
semblent condamnées à grimper rapidement dans les autres pays du fait qu’ils
sont en plein développement et qu'il leur faut accroître leur production d'énergie
pour satisfaire les besoins de populations de plus en plus nombreuses. Avec les
progrès accomplis sur la voie de la mise en œuvre du Protocole de Kyoto (par
exemple la décision récente de l'Union européenne de ratifier le Protocole), on
peut s'attendre à ce que les engagements de réduction pour les périodes à venir
et la participation de toutes les nations (y compris les pays ne figurant pas à
l'annexe I) seront abordés lors des négociations internationales futures.

Les études actuelles sur les répercussions des changements climatiques


démontrent que des fluctuations, mêmes très limitées, de la température
moyenne de la planète peuvent avoir des impacts significatifs sur des
écosystèmes rares et déjà menacés, tels que les récifs coralliens et les glaciers,
ainsi que sur les populations de certaines régions mais aussi qu'elles peuvent
entraîner une aggravation et une recrudescence des phénomènes climatiques
extrêmes.

S'agissant des effets économiques du changement climatique, les études


montrent que les dommages provoqués par une hausse relativement faible de la
température moyenne mondiale ne seront pas uniformément répartis. Dans
certaines régions, les plus vulnérables notamment, on observera des effets
négatifs, alors qu'ailleurs, des conditions climatiques plus favorables peuvent
avoir des incidences positives. Cependant, si la température augmente
davantage, toutes les régions devraient ressentir des effets négatifs. Par
conséquent, avant de définir une politique pour faire face au changement
climatique, il faudra s'accorder sur l'importance et le rythme du changement de
température qui peut être jugé acceptable au regard de l'objectif ultime de la
CCNUCC, à savoir empêcher « toute perturbation anthropique dangereuse du

43
système climatique ». Même si les décideurs parviennent à s'entendre sur une
valeur limite du changement de la température moyenne mondiale à ne pas
dépasser, il reste aujourd'hui d'importantes incertitudes scientifiques quant à la
concentration atmosphérique de GES qui provoque un changement de
température donné ainsi qu'au niveau et au rythme des émissions qui
permettraient d’éviter de dépasser une concentration atmosphérique donnée.
C'est pourquoi il sera difficile de fixer des objectifs d'émissions à long terme.

Plusieurs études d'impact fixent, à titre d'hypothèse, à 550 ppm (c'est-à-


dire à peu près deux fois les niveaux préindustriels) la concentration
atmosphérique de CO2 stabilisée en 2100, qui devrait provoquer une hausse
moyenne de la température mondiale de 1 à 3°C. Si le processus de négociation
sur le changement climatique doit déboucher sur un accord de stabilisation à
cette concentration, les émissions mondiales devront culminer vers 2025 pour
retomber à des niveaux inférieurs aux chiffres actuels d'ici 2040 à 2070 [3].
Pour atteindre ce résultat, il faudra fixer des objectifs de réduction d'émissions
beaucoup plus sévères que ceux convenus pour la période d'engagement du
Protocole de Kyoto sachant en outre que tous les pays devront participer.

Dans une étude récemment publiée [21], un groupe d'experts international


a étudié différents scénarios de l'offre et de la demande d'énergie jusqu'en 2100.
Ce groupe comprenait trois équipes d'analystes (au Japon, en Russie et aux
États-Unis) travaillant sur différents modèles soumis ensuite à des comparaisons
et à des tests de cohérence de façon à garantir la robustesse des résultats.

Le cadre et les résultats du rapport se prêtent parfaitement à une analyse


de la place de l'énergie nucléaire dans la période post-Kyoto. Cette étude avait
en effet pour objectif premier d'analyser le rôle potentiel de l'énergie nucléaire
dans des politiques énergétiques durables à long terme (jusqu'en 2100) visant à
atténuer les émissions et à stabiliser les concentrations atmosphériques de GES,
en particulier de CO2.

Les deux scénarios de la demande d'énergie mondiale analysés dans cette


étude décrivent des futurs contrastés. Dans le premier, à savoir un scénario de
statu quo, on part du principe que la croissance future de la demande d'énergie
ne sera pas influencée par les mesures adoptées par les pouvoirs publics
spécifiquement dans le but de protéger l'environnement (par exemple, taxes sur
le carbone ou objectifs de réduction des émissions contraignants). En revanche,
dans le deuxième scénario, appelé « scénario écologique », on part du point de
vue contraire, à savoir la mise en place de mesures spécifiques de protection de

44
l’environnement8 pour atténuer les risques de changement climatique. Nous
décrirons ci-dessous les principales caractéristiques et conséquences du scénario
écologique, en nous attardant sur le rapport entre le développement de l'énergie
nucléaire et les émissions de GES.

Dans chacun des scénarios de la demande d'énergie, l'étude analysait


deux situations opposées pour l'énergie nucléaire. La première, appelée « option
de base » (OB), suppose que la production électronucléaire (les applications non
électriques de l'énergie nucléaire ne sont pas prises en compte) augmente en
fonction de la compétitivité économique de cette énergie par rapport aux autres
moyens de production de l'électricité. La deuxième option, appelée « sortie du
nucléaire » (SN), prévoit que l'énergie nucléaire sera pratiquement éliminée des
parcs de production électrique vers le milieu du siècle, par décision nationale et
quelle que soit sa compétitivité économique. Pour les besoins de l'étude, cet
abandon progressif a été simulé en imposant une forte hausse des coûts en
capital des centrales nucléaires.

Ces scénarios de la demande d'énergie, comme les options pour le


nucléaire, ne constituent en rien des prévisions. Ce sont des outils analytiques
permettant d'étudier les effets que ces évolutions contrastées de la demande
d'énergie et de l'offre d'énergie nucléaire pourraient avoir sur les émissions de
CO2 du secteur énergétique et sur d'autres indicateurs, tels que les coûts de la
fourniture d'énergie.

Les différents scénarios nucléaires étaient essentiellement fonction des


coûts en capital et de l'évolution des coûts de l'uranium à mesure que les
ressources les moins chères s’épuisent. Dans le cas des parcs thermiques
classiques, les paramètres déterminants étaient les coûts du combustible, définis
par des relations entre le coût et l'épuisement, et pour les scénarios écologiques,
le prélèvement de taxes sur le carbone. Lorsque ces deux variables, pour
l'essentiel exogènes et indépendantes, varient, les coûts de l'énergie, les
émissions de CO2 et les parcs de production se modifient selon les algorithmes
contenus dans les modèles macroéconomiques et énergétiques utilisés. Une
hausse du coût de l'énergie nucléaire réduit sa part de marché et provoque une
augmentation de la consommation de combustibles fossiles et des émissions de
CO2, une légère progression des prix de l'énergie ainsi qu'une faible diminution
du PIB. De même, l'imposition d'une taxe sur le carbone renchérit les
combustibles fossiles, accroît les parts du nucléaire et des sources renouvelables

8. Pour représenter les mesures destinées à atténuer les émissions de gaz à effet de
serre, on a appliqué une taxe sur le carbone (augmentant de façon linéaire de
30 USD/tC tous les 15 ans à compter de 2005).

45
dans le parc énergétique (parts dépendant dans une certaine mesure du coût de
l'énergie nucléaire). Il en résulte de moindres émissions de CO2, un relèvement
des prix de l'énergie et une baisse du PIB (ces deux derniers effets sont
essentiellement régis par la hausse des prix des combustibles fossiles due à la
taxe sur le carbone).

Figure 7. Contributions des différentes sources d'énergie à la production


d'énergie primaire totale dans le scénario écologique

Part d'EP totale


Sortie du nucléaire [SN]
100%
Energie nucléaire Energies
renouvelables
80%

60% Gaz Combustibles solides

40%

Pétrole
20%

0%
1990 2005 2020 2035 2050 2065 2080 2095
Année

Part d'EP totale Option de base nucléaire inclus [OB]


100%
Energies
renouvelables
80%
Energie nucléaire

60%
Gaz

40% Combustibles solides

20% Pétrole

0%
1990 2005 2020 2035 2050 2065 2080 2095
Année

46
Le progrès technologique a été pris en compte en partant du principe que
les performances (rendement de conversion, facteurs de charge, coûts) de toutes
les technologies de production (nucléaire, thermique classique et renouvelables)
s'amélioraient progressivement. Toutefois, quelle que soit la technologie, il n'a
pas été prévu de véritable percée technologique, parce que la modélisation des
percées technologiques comporte d'importantes incertitudes et ne peut de ce fait
améliorer la robustesse des résultats et conclusions.

On trouvera représentés sur la figure 7 les effets des interactions entre ces
variables sur la contribution en pourcentage des différentes sources à la
production d'énergie primaire totale dans le scénario écologique (SE) pour les
deux options nucléaires, à savoir l'option de base (OB) et la sortie du nucléaire
(SN).

La figure 8 révèle que la production électronucléaire passe à près de


44 000 TWh en 2100 dans le scénario de base (avec nucléaire), soit 18 fois le
niveau actuel (2 449 TWh en 2000). L'étude montre qu'il existe suffisamment de
ressources en uranium pour soutenir cette croissance nucléaire, mais que les
surrégénérateurs devront être introduits vers le milieu du siècle. Dans le
scénario de sortie du nucléaire, les coûts d'investissement dans les centrales
nucléaires ont été fortement majorés pour éliminer le nucléaire. Comme on peut
le voir, cette tactique n'a pas parfaitement réussi, car, si la production
électronucléaire est bel et bien tombée à un niveau assez faible jusqu'en 2050,
elle retrouve un niveau proche de celui d'aujourd'hui vers la fin du siècle.

Figure 8. Production électronucléaire mondiale dans le scénario écologique


(TWh/an)
TWh/an
50,000
OB (nucléaire inclus)
40,000
SN (sortie du
nucléaire)
30,000

20,000

10,000

0
1990 2005 2020 2035 2050 2065 2080 2095
Année

47
L'augmentation nette annuelle de la puissance nucléaire installée a été
calculée (pour l'option de base seulement) en fonction d'un facteur de charge de
80 %. Comme le montre la figure 9, au cours de la deuxième moitié du siècle,
ces valeurs devraient se situer dans une fourchette allant de 80 à un peu plus de
90 GWe/an. D'après l'expérience passée, où l'on a vu certaines années la
puissance progresser de 40 GWe, ces niveaux sont jugés réalisables, mais il
faudra que les capacités de construction de centrales nucléaires soient plus
importantes qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Figure 9. Augmentation annuelle de la puissance installée nette dans


l'option nucléaire de base et le scénario écologique
GW(e)
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
20 -05

20 -10

20 -15

20 -20

20 -25

20 -30

20 -35

20 -40

20 -45

20 -50

20 -55

20 -60

20 -65

20 -70

20 -75

20 -80

20 -85

20 -90

5
-9
00

05

10

15

20

25

30

35

40

45

50

55

60

65

70

75

80

85

90
20

Intervalles de cinq ans

Comme on peut le voir sur la figure 10, dans l’option de base, le taux
d'émission de CO2 baisse, à la fin du siècle, d'environ 25 % par rapport au
niveau actuel (2002). Cependant, les émissions ayant continué de croître au
cours des dix dernières années, le taux d'émission à la fin du siècle n'est que
légèrement inférieur (d'environ 4 %) aux niveaux de 1990. Dans le scénario de
sortie du nucléaire, en revanche, les émissions de CO2 à la fin du siècle, dépasse
de 13 % les niveaux de 2002 et de 35 % ceux des années 90.

Il apparaît donc que l'énergie nucléaire peut jouer un rôle majeur dans des
stratégies d'approvisionnement énergétique destinées à atténuer ou à stabiliser
les émissions de carbone dans l'atmosphère terrestre.

48
Figure 10. Émissions mondiales de dioxyde de carbone (millions de tonnes
de C/an) dans le scénario écologique
Mégatonne-C/an
10,000

9,000

8,000

7,000
OB (nucléaire inclus)
6,000
SN (sortie du
nucléaire)
5,000
1990 2005 2020 2035 2050 2065 2080 2095
Année

Il n'est pas inutile de mentionner que, dans le scénario de statu quo, les
taux d'émission de CO2 à la fin du siècle seraient de 90 % supérieurs aux
niveaux actuels si l'option nucléaire est conservée, et de 115 % supérieurs, en
cas de sortie du nucléaire, démontrant ainsi que les hypothèses adoptées dans le
scénario écologique, et notamment la taxe sur le carbone, permettent
effectivement d'atténuer les taux d'émission.

Naturellement, toute extrapolation de la demande d'énergie et des


stratégies d'approvisionnement à une échéance de 100 ans comporte
d'importantes incertitudes. Il faut donc considérer ces résultats avec une grande
prudence. L'étude démontre néanmoins que des systèmes de fission nucléaire
améliorés, s'appuyant sur l'expérience acquise avec les technologies actuelles,
peuvent jouer un rôle significatif dans des stratégies énergétiques visant à
réduire les émissions et à stabiliser les concentrations atmosphériques de gaz à
effet de serre.

49
10. MODES DE PRODUCTION D'ÉLECTRICITÉ ÉMETTANT
PEU DE CARBONE

Plusieurs études ont analysé les facteurs d'émission de GES sur toute la
filière énergétique (incluant en particulier la consommation d'énergie lors de
l'extraction, du traitement et du transport des combustibles ainsi que pendant la
construction et le démantèlement des centrales), et cela pour différents modes
de production de l'électricité. On trouvera sur le tableau 2 un exemple de
résultats, exprimés en grammes d'équivalent carbone (dont CO2, CH4, N2O, etc.)
par kilowattheure (gCeq/kWh). Les variations entre les estimations s'expliquent
par des différences entre méthodes d'évaluation, rendements de conversion,
modes d'extraction, de préparation et de transport des combustibles à la centrale,
etc. Dans le cas du nucléaire et des énergies renouvelables, les centrales
n'émettent pas de GES, mais les autres étapes de la filière en émettent un peu.
En revanche, ce sont les centrales qui, dans les filières thermiques classiques,
émettent l’essentiel des GES, contre 10 à 20 % des émissions seulement pour
les autres étapes. Nous avons résumé sur le tableau III les principaux facteurs
qui influent sur les taux d'émission des différentes sources d'énergie.

S'agissant de la pénétration des énergies renouvelables sur le marché


électrique, l'AIE [23] note que les sources d'énergie renouvelables, hors
hydraulique, assuraient 2 % de la production d'électricité en 1997 et que ce
chiffre devrait passer à 4 % (scénario de référence) ou 10 % (autre scénario)
d'ici 2020. Le développement des systèmes renouvelables est limité par les
coûts de ces systèmes qui sont en général plus élevés que ceux des sources
conventionnelles, bien que certains d'entre eux aient considérablement diminué
ces dernières années. L'AIE conclut que, globalement, la production d'électricité
avec des énergies renouvelables devrait rester une solution relativement
onéreuse quoique parfois rentable sur certains créneaux. En outre, le World
Energy Outlook 2001 [24] estime que :

• La plupart des énergies renouvelables ne sont pas concurrentielles, si


l'on compare leurs coûts sur les marchés actuels avec ceux des
énergies classiques.

51
• Les coûts des technologies renouvelables ont d'ores et déjà diminué,
mais de nouvelles baisses seront nécessaires pour que ces énergies
puissent entrer en concurrence avec les énergies thermiques
classiques les moins chères. On ignore à quel rythme ces baisses
interviendront.
• À supposer que les prix des combustibles fossiles évoluent dans des
proportions raisonnables et en l'absence de réorientation majeure des
politique publiques, rares sont les énergies renouvelables qui
pourront concurrencer les combustibles fossiles. Les énergies
renouvelables peuvent être rentables dans des applications
particulières. Des technologies telles que l'éolienne sont quasiment
concurrentielles ; pour d'autres, il faudra attendre de fortes baisses de
coûts. Quoi qu'il en soit, les énergies renouvelables devront rivaliser
avec de nombreuses formes d'énergies non renouvelables dont les
coûts devraient diminuer aussi.
• Les coûts sont fortement dépendants du site, et les meilleurs sites
sont utilisés en premier. Sur des sites marginaux, les coûts sont en
général beaucoup plus élevés.

De son côté, le Conseil mondial de l'énergie [6] remarque que les coûts
élevés des systèmes énergétiques renouvelables (techniques modernes de
combustion de biomasse, énergies solaire et éolienne) font obstacle à leur
développement à grande échelle, notant toutefois que si ces coûts ont diminué
récemment, ils ne pourront devenir globalement concurrentiels avant bien des
années. On peut lire ensuite dans ce rapport : « L'énergie nucléaire revêt une
importance fondamentale pour la plupart des membres du CME. Elle réunit à la
fois les avantages d'utiliser un combustible abondant et bien diversifié (et même
potentiellement illimité si les surrégénérateurs sont utilisés), d'être quasiment
nationale, de ne pas émettre de gaz à effet de serre, d'être soit compétitive, soit
au pire légèrement plus chère que ses concurrents. En fait, si la menace de
changement climatique s'avérait, le nucléaire est la seule technologie existante
qui pourrait remplacer le charbon pour produire de l'électricité en base. »

52
Tableau 2. Émissions totales de GES des différentes filières de production
d’électricité [22]

Énergie/Techologie Émission des Autres étapes Total


centrales de la filière
LIGNITE
Technologie des années 90 (borne supérieure) 359 7 366
Technologie des années 90 (borne inférieure) 247 14 261
Technologie de 2005-2020 217 11 228
CHARBON
Technologie des années 90 (borne supérieure) 278 79 357
Technologie des années 90 (borne inférieure) 216 48 264
Technologie de 2005-2020 181 25 206
PÉTROLE
Technologie des années 90 (borne supérieure) 215 31 246
Technologie des années 90 (borne inférieure) 195 24 219
Technologie de 2005-2020 121 28 149
GAZ NATUREL
Technologie des années 90 (borne supérieure) 157 31 188
Technologie des années 90 (borne inférieure) 99 21 120
Technologie de 2005-2020 90 16 105
SOLAIRE PHOTOVOLTAÏQUE
Technologie des années 90 (borne supérieure) 0 76.4 76.4
Technologie des années 90 (borne inférieure) 0 27.3 27.3
Technologie de 2005-2020 0 8.2 8.2
HYDRAULIQUE
Centrales de lac (Brésil, théorique) 0 64.6 64.6
Centrales de lac (Allemagne, borne supérieure) 0 6.3 6.3
Centrales de lac (Canada) 0 4.4 4.4
Centrales au fil de l’eau (Suisse) 0 1.1 1.1
BIOMASSE
Borne supérieure 0 16.6 16.6
Borne inférieure 0 8.4 8.4
ÉOLIENNE
Puissance installée 25 % (Japon) 0 13.1 13.1
Puissance installée <10 %, terrestre (Suisse) 0 9.8 9.8
Puissance installée 10 %, terrestre (Belgique) 0 7.6 7.6
Puissance installée 35 %, sites côtiers (Belgique) 0 2.5 2.5
Puissance installée 30 %, sites côtiers (RU) 0 2.5 2.5
NUCLÉAIRE
Borne supérieure 0 5.7 5.7
Borne inférieure 0 2.5 2.5

53
Tableau 3. Facteurs influant sur les taux d'émission de GES
de différentes sources d'énergie [22]

Centrales thermiques classiques Solaire photovoltaïque


• Caractéristiques du combustible, telles que • Quantité et qualité du silicium utilisé pour la
teneur en carbone et pouvoir calorifique. fabrication des cellules.
• Type et emplacement de la mine. • Type de technologie (matériau amorphe ou
• Méthodes d'extraction (influent sur les cristallin).
conditions de transport et les rejets de méthane). • Énergies nécessaires à la production d'électricité
• Pertes de transport par gazoduc pour le gaz utilisée pour la fabrication.
naturel. • Type d'installation (toit, façade, structure
• Rendement de conversion. autonome).
• Énergies utilisées pour la production d'électricité • Production annuelle et durée de vie supposée de
nécessaire à l'approvisionnement en com- l'installation qui sont des paramètres importants
bustible, la construction des centrales et leur lorsque l'on calcule les émissions par kWh
démantèlement. (valable également pour l'énergie éolienne).
Hydraulique L'énergie solaire et l'énergie éolienne produisent
• Type de centrales (au fil de l'eau ou de lac). relativement peu d'émissions par kW. Pourtant,
• Situation de la centrale (climat tropical contre rapportées au kWh, les émissions sont plus
climat septentrional). importantes en raison du faible facteur de charge
• Consommation d'énergie pour la construction du de ces installations (il s'agit de technologies
barrage. intermittentes).
• Émissions pendant la construction de la centrale Biomasse
(béton et acier) ; ces émissions prédominent dans • Propriétés de la matière première (teneur en
le cas des centrales au fil de l'eau et centrales de humidité et pouvoir calorifique).
lac de montagne. Dans le cas des centrales de lac • Consommation d'énergie pour la production de la
dont le rapport surface/volume est important matière première (culture, récolte et transport).
(notamment dans les zones septentrionales • Technologie utilisée dans l'installation.
comme le Canada et la Finlande) et dans les
régions tropicales humides (Brésil, par exemple), Le CO2 libéré lors de la combustion de la biomasse
le taux d'émission de GES est également est compensé par son absorption pendant la
fonction de la composition de la biomasse croissance de cette biomasse.
immergée et de l'oxydation des sédiments de Énergie nucléaire (réacteur à eau ordinaire)
surface (à l'origine d'importantes émissions de • Consommation d'énergie pour l'extraction, la
CH4). Les émissions de CO2 sont au moins dix conversion, et l'enrichissement du combustible,
fois supérieures à celles de CH4 dans les la construction et le démantèlement des instal-
centrales de lac des zones septentrionales. lations.
Énergie éolienne • L'enrichissement du combustible par diffusion
• Consommation d'énergie pour la fabrication des gazeuse, un procédé énergivore, peut multiplier
composants et la construction de l'installation par 10 les émissions de GES de la filière
(tour et fondations). nucléaire par rapport à l'ultracentrifugation. Le
• Répartition des énergies nécessaires à la procédé par laser consommerait encore moins
production de l'électricité utilisée pour la d'énergie et, par conséquent, libérerait moins de
fabrication et la construction ; varie fortement en GES que l'ultracentrifugation.
fonction du pays et du site (par exemple de la • Énergies nécessaires à la production d'électricité
situation de l'installation : à l'intérieur des terres utilisée pour l'étape d'enrichissement : valeur qui
ou sur le littoral). dépend de la nature du parc électrique et varie
• La production annuelle ou le facteur de charge donc avec le pays (la France par exemple produit
(qui dépend des conditions de vent moyennes sur 76 % de son électricité dans des centrales
le site) qui détermine la productivité effective de nucléaires et émet peu de GES pour l’enri-
l'installation. Le paramètre essentiel pour les chissement).
estimations de la productivité de l'installation est • Le retraitement et le recyclage du combustible
la vitesse moyenne du vent (une augmentation usé peuvent réduire de 10-15 % les émissions de
de 50 % de la vitesse moyenne du vent double à GES de toute la filière nucléaire, par rapport à un
peu près le rendement annuel). cycle ouvert.

54
Annexe

CLASSIFICATION DES PAYS DANS LA CCNUCC

Les pays Parties à la CCNUCC se répartissent en trois catégories :

• Les Parties visées à l'annexe I9 sont des pays industrialisés qui


s'engagent à montrer la voie en matière de réduction des gaz à effet
de serre parce qu'ils portent la responsabilité des émissions passées.
Ces parties s'engagent, aux termes de la CCNUCC, à ramener en
2000 leurs émissions à leurs niveaux de 1990 [voir 9]. Les Parties de
l'annexe I se répartissent comme suit :
− les Parties de l'annexe I qui étaient membres de l'Organisation
de coopération et de développement économiques (OCDE) en
1992, y compris les pays européens et l'Union européenne en
tant que telle, le Canada, les États-Unis, le Japon, l'Australie, la
Nouvelle-Zélande, et la Turquie (bien que la Turquie n'ait
jamais ratifié la Convention) ;
− les pays industrialisés en transition vers une économie de
marché (EET), comprenant les pays de l'ex Union soviétique et
d'Europe centrale et orientale.

• Les Parties ne figurant pas à l'annexe I, pour la plupart des pays en


développement, ont des obligations moins lourdes étant donné qu'ils
sont économiquement moins avancés et qu'ils ont, à ce jour, émis
moins de GES (bien que les émissions totales de ce groupe
augmentent aujourd'hui plus vite que celles des Parties visées à
l'annexe I).

9. Pays énumérés aux Annexes I et II de la CCNUCC.

55
Parties visées à l'annexe I de la CCNUCC

Allemagne Australie
Autriche Bélarus (a)
Belgique Bulgarie (a)
Canada Communauté économique
européenne
Danemark Espagne
Estonie (a) Etats-Unis d'Amérique
Fédération de Russie (a) Finlande
France Grèce
Hongrie (a) Irlande
Islande Italie
Japon Lettonie (a)
Lituanie (a) Luxembourg
Norvège Nouvelle-Zélande
Pays-Bas Pologne (a)
Portugal Roumanie (a)
Royaume-Uni de Grande- Suède
Bretagne et d'Irlande du Nord
Suisse Tchécoslovaquie (a)
Turquie Ukraine (a)
(a) Pays en transition vers une économie de marché.

Parties visées à l'annexe II de la CCNUCC

Allemagne Australie
Autriche Belgique
Canada Communauté économique
européenne
Danemark Espagne
Etats-Unis d'Amérique Finlande
France Grèce
Irlande Islande
Italie Japon
Luxembourg Norvège
Nouvelle-Zélande Pays-Bas
Portugal Royaume-Uni de Grande-
Bretagne et d'Irlande du Nord
Suède Suisse
Turquie

56
RÉFÉRENCES

[1] Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE),


Changements climatiques : Fiche d’information, New York, octobre
2001.
[2] IPCC Third Assessment Report, Climate Change 2001 : the Synthesis
Report, Cambridge University Press, 2001. [voir aussi: Climate Change
2001 : The Scientific Basis ; Climate Change 2001 : Impacts, Adaptation
and Vulnerability ; Climate Change 2001 : Mitigation].
[3] Watson, Robert T., Président du GIEC, Présentation à la Sixième
conférence des Parties à la CCNUCC, 19 juillet 2001.
(http://www.ipcc.ch/press/COP6.5).
[4] Summary for Policy Makers: A Report of Working Group I of the
Intergovernmental Panel on Climate Change, approved by IPCC member
governments in Shanghai in January 2001.
[5] Agence internationale de l'énergie, Nuclear Power : Sustainability,
Climate Change and Competition, AIE, Paris, 1998.
[6] Conseil mondial de l'énergie, L'énergie pour le monde de demain : le
temps de l'action!, Déclaration du millénaire du CME, CME, Londres,
2000.
[7] Agence pour l’énergie nucléaire, Données sur l'énergie nucléaire, OCDE,
2001.
[8] Agence internationale de l’énergie atomique, Energy, Electricity and
Nuclear Power Estimates for the Period up to 2020, Reference Data
Series No. 1, Vienne, juillet 2001.
[9] On trouvera les textes de la CCNUCC et du Protocole de Kyoto à
l'adresse http://www.unfccc.int.
[10] Issues in the Negotiating Process – Kyoto Protocol Mechanisms: “Joint
Implementation”, The Clean Development Mechanism and Emissions
Trading, 25 juillet 2001, www.unfccc.de/issues/mechanisms.
[11] OCDE, Direction de l'environnement et Agence internationale de
l'énergie, Designing the Clean Development Mechanism: Operational
and Institutional Issues, Communication 2000 Forum on Climate
Change, COM/ENV/EPOC/IEA/SLT(2000)2, 25 may 2000.

57
[12] OCDE, Direction de l’environnement et Agence internationale de
l'énergie, Options for Project Emission Baselines, OECD/IEA
Information Paper COM/ENV/EPOC/IEA/SLT(2000)8, 1 juin 2001.
[13] Agence pour l’énergie nucléaire, L'énergie nucléaire dans une
perspective de développement durable, OCDE, 2001.
[14] Agence internationale de l’énergie atomique, Nuclear Power for
Greenhouse Gas Mitigation under the Kyoto Protocol: The Clean
Development Mechanism (CDM), AIEA, Vienne, novembre 2000.
[15] Agence pour l’énergie nucléaire, L'énergie nucléaire et le changement
climatique, OCDE, 1998.
[16] Agence internationale de l'énergie, International Emission Trading: From
Concept to Reality, AIE, 2001.
[17] Direction de l'environnement et Agence internationale de l'énergie de
l'OCDE, Mécanismes de Kyoto, Modalités de suivi et respects des
dispositions, de Kyoto à La Haye, COM/ENV/EPOC/IEA/SLT(2001)9,
2001.
[18] Department for Environment, Food and Rural Affairs (DEFRA), Auction
Success for UK Emissions Trading Scheme, News Release,
http://www.defra.gov.uk/news/2002/020313c.htm, Londres, 13 mars 2002.
[19] Agence internationale de l'énergie, Nuclear Power in the OECD, AIE,
Paris, 2001.
[20] Agence pour l’énergie nucléaire et Agence internationale de l'énergie,
Prévisions des coûts de production de l'électricité – Mise à jour 1998,
OCDE, Paris, 1998.
[21] Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières, Scenarios
of Nuclear Power Growth in the 21st Century, ISBN 2-9518078-0-5,
Paris, 2002.
[22] Spadaro, J.V., Langlois, L. et Hamilton, B., « Émissions de gaz à effet de
serre provenant des chaînes de production d'électricité – Évaluer la
différence », Bulletin de l'AIEA, 42/2/2000, Vienne, 2000.
[23] Agence internationale de l'énergie, World Energy Outlook 2000, AIE,
Paris, 2000.
[24] Agence internationale de l'énergie, World Energy Outlook: Assessing
Today’s Supplies to Fuel Tomorrow’s Growth – 2001 Insights, AIE,
Paris, 2001.

58
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