2007 Vol 5 Num 2 Ait Razoukl Bayad
2007 Vol 5 Num 2 Ait Razoukl Bayad
Année : 2007
Volume : 5
Numéro : 2
Pages : 1-39
ISSN : 1705-6616
Sujets : GRH, performance, entreprise, approche configurationnelle
Résumé
Cette étude examine la durabilité de la relation entre la gestion des ressources humaines et la
performance des entreprises. L’approche des ressources humaines qui a été adoptée pour
vérifier l’effet prédictif des pratiques de GRH sur la performance est l’approche
configurationnelle des ressources humaines. La notion de complémentarité (interne et externe)
est mobilisée pour tester le maintien de l’avantage compétitif créé par les systèmes de GRH.
Les résultats émanant d’une analyse longitudinale sur un panel de 962 établissements français
soutiennent la durabilité des associations simultanées identifiées entre la GRH et les
performances de ces établissements en termes de rentabilité, d’innovation et de productivité.
Abstract
This study examines the sustainability of the relation between the human resources
management and the performance of the firms. This sustainability is tested by the
configurational approach of human resources. The concept of complementarity (internal and
external) is mobilized to test predictive effect of the systems of GRH on the performance. The
results of the longitudinal analysis on a panel of 962 French establishments support the
durability of simultaneous associations between the GRH and the several levels of
performance of these establishments in terms of profitability, innovation and productivity.
1
Doctorant en sciences de la gestion, Laboratoire GREFIGE-CEREMO, Université de Nancy 2
2
Professeur des universités, Directeur de l’Institut de l’administration des entreprises, Université de Nancy 2
Introduction
Dans leur tentative d'explorer empiriquement le rapport GRH-performance, les chercheurs ont
identifié différentes pratiques de gestion des ressources humaines considérées comme
cruciales à l'avantage concurrentiel (Pfeffer et Veiga, 1999 ; Ferris et al., 1999). Cependant,
aucun consensus n'existe par rapport aux pratiques à utiliser (Ferris et al., 1999; Boxal et
Steeneveld, 1999). De plus, la méthodologie utilisée dans l'évaluation de l'effet de ces
pratiques sur la performance diffère entre l'utilisation de pratiques individuelles (Pfeffer,
1998) et de « bundles » ou « systèmes » de pratiques cohérentes (Becker et Huselid, 1998;
MacDuffie, 1995; Ichniowski et Shaw et Prennushi, 1997). Si la première méthodologie est
largement vérifiée dans la recherche malgré ses résultats contestés, les études relatives à la
deuxième sont plutôt rares. La raison de cette carence des contributions dans la recherche d'un
lien entre les systèmes de GRH et les résultats organisationnels est simplement la complexité
de l'approche. Néanmoins, un certain nombre d'études utilisant les systèmes de pratiques de
GRH a montré les effets positifs de ces systèmes sur la performance organisationnelle (Baron
et Kreps, 1999, Delery et Doty, 1996; Lepak et Snell, 1999, 2002), jugeant que ces effets
peuvent être beaucoup plus grands que lorsqu'une pratique est utilisée individuellement.
Le même contexte de recherche est observé en France. Les études dans la perspective
stratégique des ressources humaines se sont développées depuis une décennie, mais la
majorité de ces recherches ont adopté une approche « universaliste » des ressources humaines
2
pour évaluer la performance des ressources humaines. On peut citer les études de Sire et
Henninger-Vacher sur les politiques de rémunération, celles de Laroche sur les négociations
syndicales et celles de D'Arcimoles sur le diagnostic financier des pratiques de GRH. Seule
exception, les travaux de Bayad et Liouville (2001) et Bayad et al (2004) soutiennent
l'hypothèse d'une approche « configurationnelle » des ressources humaines. Ces chercheurs
ont trouvé des liens significatifs entre les systèmes de GRH « administratif » et
« stratégique » et la performance des organisations.
Toutefois, malgré l'intérêt des résultats avancés par les études, la durabilité de l’association
entre les résultats organisationnels et les systèmes de GRH reste malheureusement absente
dans les écrits en gestion stratégique des ressources humaines. La majorité des recherches
dans ce domaine reste dans des logiques « cross-sectionnelles » ou simultanées (Becker et
Huselid, 1996; Rogers et Wright, 1998) et peu ont introduit la dimension temporelle pour
tester la robustesse des hypothèses liant la GRH à la performance (Guest et al, 2003 ; Wright
et al, 2005 ; sont l’exception). Trois questions majeures sont liées à la problématique de
durabilité : Quel est le pouvoir prédictif des stratégies de GRH adoptées par les entreprises ?
Quel est le délais nécessaire à la mise en œuvre d’une stratégie de GRH ? Enfin, quels sont les
signes d’une éventuelle causalité entre la GRH et la performance des organisations ?
3
RElations PrOfessionnelles et NégociationS d’Entreprise : description détaillée dans la méthodologie
3
1. Cadre conceptuel
Snell, Youndt, et Wright (1996) ont défini la gestion stratégique des RH comme « des
systèmes organisationnels conçus pour réaliser l'avantage concurrentiel par les individus». En
effet, l'avantage concurrentiel est perçu comme un ensemble de capacités ou de ressources
donnant à une organisation la possibilité de se distinguer par rapport à ces concurrents
(Wiggins et Ruefli, 2002 ; Porter, 1980, 1985). À cet égard, l'intérêt de la gestion stratégique
des RH semble être centré sur des combinaisons en matière de pratiques de GRH, par
lesquelles les organisations devraient créer l'avantage concurrentiel plutôt que de s'adapter
simplement au contexte (Snell, Youndt et Wright, 1996). Un examen de la littérature indique
trois approches soutenant la création de l'avantage compétitif par le développement des
ressources humaines.
4
Une deuxième approche pose quelques questions quant à l'efficacité de la théorie des
ressources dans un environnement dynamique (Lepak et Snell, 1999; Snell et al, 1996;
Barney, 2001). Cette approche est basée sur le fait que l'innovation et le changement
organisationnel deviennent des sources plus critiques d'avantage concurrentiel que des
ressources proposées par la RBV. Selon cette deuxième approche, la capacité des firmes à
apprendre plus rapidement que ses concurrents peut être le seul avantage concurrentiel
durable, parce que l'apprentissage organisationnel augmente la base des connaissances et sa
capacité d'adaptation. Les processus de l'apprentissage organisationnel qui mènent à
l'avantage concurrentiel durable sont la création, le transfert et la capitalisation de la
connaissance (Snell et autres. 1996).
Enfin, Lado et Wilson (1994) ont proposé l'approche basée sur les compétences
« competency-based model » pour soutenir l'avantage compétitif à travers la gestion des
ressources humaines. S'inspirant de la théorie des ressources, le modèle des compétences
cherche à comprendre la contribution des systèmes de GRH à faciliter ou à entraver le
développement des compétences organisationnels. Ces dernières sont identifiées en tant que
compétences managériales (capacité unique du gestionnaire à articuler une vision stratégique,
la communiquer dans toute l'organisation, autoriser sa réalisation), compétences basées sur les
entrées « inputs » (ressources physiques, connaissances, qualifications, ressources humaines
et capacités qui permettent aux processus transformationnels d'une entreprise de créer et livrer
des produits et des services qui sont évalués par des clients), compétences de transformation
(innovation, esprit d'entreprise, culture et apprentissage organisationnels) et compétences
basées sur les réalisations « output » (connaissances, capitaux stratégiques invisibles, comme
la réputation ou l'image de corporation, produit ou qualité de service, et fidélité de client).
Sur la base des trois approches ci-dessus, les chercheurs ont proposé un certain nombre de
pratiques ressources humaines, si elles sont stratégiquement utilisées, qui mènerait à
l'avantage concurrentiel durable (Delaney et al., 1989; Delery et Doty, 1996; Huselid, 1995;
Koch et McGrath, 1996; Pfeffer, 1994).
Cependant, aucune des trois approches ci-dessus ne s'est avérée mieux que les autres en
identifiant les pratiques de GRH qui sont les plus étroitement liées à la compétitivité des
organisations. Comme le notent Ferris et al (1999), toutes les approches sont sujettes à
plusieurs et mêmes limites et offrent peu de consensus notamment sur quelles pratiques
5
choisir. En outre, des questions sont soulevées dans la littérature à savoir si ces pratiques sont
universelles ou doivent répondre au contexte, et si celles-ci sont appropriées pour réaliser
l'ajustement aux divers contextes étudiés (Ferris et al, 1999; Boxal et Steeneveld, 1999).
Pour répondre à certaines de ces limites, les auteurs de gestion stratégique des ressources
humaines ont déployé l'approche configurationnelle des RH (Miller, 1987; Meyer et al, 1993).
Le choix de cette approche se justifie par le souci d' « intégration » des ressources, pratiques
et possibilités organisationnelles qui peuvent mener à l'avantage concurrentiel durable. Pour
comprendre cette intégration, les chercheurs ont employé les notions de complémentarité
interne ou horizontale et de complémentarité externe ou verticale (Baird et Meshoulam, 1988;
Delery 1998 ; Ferris et al, 1999). Selon les adeptes de cette approche, la gestion des
ressources humaines doit être suffisamment cohérente pour faciliter l'apprentissage et
l'adaptation des organisations. En outre, une GRH cohérente en interne permet également
d'obtenir les comportements nécessaires à l'accomplissement de la stratégie globale des
organisations (Schuler et Jackson, 1987). La complémentarité interne est décrite comme une
nécessité de réaliser des synergies entre les pratiques de GRH seules susceptibles de brouiller
les pistes aux concurrents. En effet, cette cohérence offre un meilleur atout de distinction
nécessaire à l'amélioration des performances. Ichniowski et al. (1997) expliquent que lorsque
des pratiques de GRH sont combinées dans différentes formes, les effets sur la performance
sont beaucoup plus grands que lorsqu'elles sont utilisées individuellement. Dans le même
sens, Marchington et Grugulis (2000) soutiennent que les pratiques en matière de GRH ne
peuvent pas être mis en oeuvre efficacement en isolation et que c'est la combinaison de ces
pratiques dans un paquet logique qui importe. En outre, Perry-Smith et Blum (2000) ajoutent
parce que les comportements des employés sont inclus dans la routine, les systèmes ou
configurations de GRH régis par des interactions complexes et des synergies peuvent offrir
les capacités organisationnelles qui créent la valeur, sont difficilement imitables, rares et
immobiles.
6
1985), la théorie configurationnelle postule que l'organisation n'agit pas toute seule, mais elle
opère dans un environnement de plus en plus instable auquel elle doit s'adapter. Par le biais de
la complémentarité externe, les partisans de l'approche configurationnelle appellent à aligner
les systèmes de GRH avec des facteurs de contingence qui peuvent être d’ordre
organisationnel (taille, structure, etc.), humain (caractéristiques de la main-d'œuvre c’est-à-
dire âge, diversité, compétences, etc.) et opérationnel (cycle de vie des produits et services,
systèmes d’information et contrôle, etc.). Selon Labelle (1983), ces contingentes guident le
choix des objectifs et pratiques de GRH.
De leur côté Miles et Snow (1984) croient aussi aux avantages d'une complémentarité entre
les pratiques de GRH et les options stratégiques des entreprises. Selon ces auteurs, la stratégie
de GRH dépend de sa propension à suivre des stratégies de « prospecteur », de « défenseur »
et d'« analyste ». Les prospecteurs sont orientés vers l'innovation et le développement de
7
nouveaux produits pour exploiter les opportunités du marché et réaliser la croissance
souhaitée. La gestion des ressources humaines est amenée à être plus souple, basée sur une
organisation de travail informelle, qui met l'accent sur la décentralisation des prises de
décisions et la communication latérale (Carroll, 1987). Les défenseurs, quant à eux, sont des
entreprises qui tablent sur le contrôle des coûts pour se différencier de leurs concurrents. Ces
derniers sont généralement moins agressifs que dans le cas des prospecteurs, puisque
l'entreprise type défenseur opère dans des environnements plutôt calmes. En effet, ce type
d'entreprise a besoin d'une organisation formelle et stable. Les enjeux de changement étant
faibles incitent ces entreprises à choisir des pratiques de GRH plutôt techniques (Youndt et al,
1996). Enfin, le type analyste forme un mixte entre les prospecteurs et les défenseurs (Miles
et Snow, 1984).
Par ailleurs, quelques chercheurs ont mené des analyses sur la pertinence de l'approche
configurationnelle des ressources humaines. Ils en ont testé les hypothèses principales, qui ont
fourni des résultats statistiquement significatifs. Par exemple, les études menées par Arthur
(1992, 1994) auprès de 29 petites aciéries américaines ont trouvé des liens significatifs entre
les systèmes de GRH de « contrôle » et d' « engagement » et les performances des
organisations en termes de productivité et d'efficience. Dans le même registre, MacDuffie
(1995) a réalisé une recherche à partir d'un échantillon international de 62 usines
d'assemblage dans le secteur d'automobile. Les résultats de cette étude soutiennent l'effet
positif d'une « grappe » de GRH d'engagement, que l'auteur a constitué en créant un indice
additif (alpha de Cronbach = 0.70), sur la productivité et la qualité. S'inspirant de ces travaux,
Bayad et al (2004) ont trouvé des résultats significatifs sur un échantillon de 46 coopératives
financières canadiennes.
La littérature académique comporte aussi certaines études qui tentent de valider la relation
entre la présence de certaines combinaisons de pratiques de GRH et la performance de la
firme. Bien que ces études n’aient pas explicitement validé l’hypothèse voulant qu’il existe
une complémentarité entre les pratiques de GRH, elles présentent tout de même des résultats
qui s’apparentent à ceux retrouvés dans les recherches énumérées précédemment. Que ce soit
la recherche de Kelley (1996) menée dans 973 entreprises du secteur américain de fabrication
de produits métalliques, celle de Dunlop et Weil (1996) réalisée auprès de 42 entreprises
américaines du secteur américain du vêtement ou celle effectuée par Youndt, Snell, Dean et
Lepak (1996) dans 97 entreprises du secteur manufacturier américain, toutes trois indiquent
8
que la performance organisationnelle semble maximisée lorsqu’un regroupement de pratiques
mobilisatrices de GRH (les autres types de regroupements n’ayant peu ou pas d’effets sur le
niveau de performance organisationnelle) correspond à d’importants éléments contingents
comme la structure de production ou la stratégie d’affaires de la firme.
Des auteurs comme Rogers et Wright (1998) et Guest et al (2003) se demandent, toutefois,
sur la capacité des pratiques de GRH à offrir des performances à long-terme au regard de la
dynamique de l’environnement et du raccourcissement des durées de vie des produits et tant
d’autres défis auxquels les organisations doivent faire face. En outre, comme le prétendent
Wright et al (2005), si un système de GRH, qui a comme conséquence l’avantage
concurrentiel, évolue avec le temps, il semble important d’indiquer le temps et les processus
par lesquels cette évolution se produit, si l’on veut comprendre profondément comment ces
systèmes ont comme conséquence le succès économique.
Dans ce domaine, certains chercheurs ont apporté des arguments empiriques relatifs à
l’importance du temps dans la validation du rôle des ressources humaines dans les
performances des organisations. Dans une étude internationale menée auprès de 70 directeurs
de GRH, Dyer et al (1999) se sont interrogés sur le laps de temps qu’il faut pour mettre en
oeuvre une politique de GRH. Ils ont demandé à ces directeurs de supposer qu’un changement
stratégique a eu lieu, et d’estimer (a) le temps nécessaire pour la conception d’une nouvelle
stratégie de GRH et (b) le temps nécessaire à la mise en application de cette stratégie RH. Ces
cadres ont fourni une évaluation moyenne de 9 à 10 mois pour la conception, et de 10 à 12
mois supplémentaires pour la mise en oeuvre de la stratégie de GRH.
9
L’aspect temporel est également au cœur de la recherche de Wright et al (2005) dans un
questionnement sur la causalité, qu’on peut lier à la durabilité. Ces auteurs ont listé 67 études
empiriques qui se sont intéressées à l’étude du lien GRH-performance. Ils les ont réparti en
quatre catégories d’études distinctes : post-prédictives, rétrospectives, contemporaines et
prédictives. En lien avec la dimension temporelle, Wright et al ont remarqué qu’il y a
seulement 9 études parmi les 67 études qui avaient une caractéristique prédictive. Sur la base
de ce faible bilan, ils ont mené une étude sur un échantillon de 45 unités d’affaires d'une
grande société de service de traiteur représentée aux Etats-Unis et au Canada. Les données ont
été rassemblées sur deux exercices fiscaux (1998-2000). Ils ont testé la pertinence de chacune
des situations (post-prédictives, rétrospectives, contemporaines et prédictives) à consolider le
lien causal entre les pratiques de GRH et la performance. Leurs résultats soutiennent que les
pratiques de GRH sélectionnées sont liées à la performance financière actuelle et future. Ce
résultat leur a permis de conclure que les études prédictives peuvent être un éventuel
déterminant de la causalité.
Se référant à ces deux études, on peut dire que la chaîne causale utilisée par la majorité des
chercheurs est interpellée. Parce que, si la première partie de la chaîne, qui lie la stratégie à la
GRH, prend presque deux ans, il n’est pas improbable de s’attendre à un délai total de 3 à 4
ans avant qu’on observe l’effet sur la performance (Dyer et al, 1999). Clairement, les modèles
théoriques courants n’expliquent pas une telle longueur de temps.
Cela nous incite à être prudent dans l’interprétation des résultats des études instantanées
quand elles soutiennent l’effet positif de la GRH sur la performance. D’autant plus, ces études
peuvent contenir un biais de simultanéité qui fausse radicalement la fiabilité et la validité des
résultats (Becker et Huselid, 2006).
10
ressources humaines, consiste à construire des systèmes de GRH théoriques. Cette méthode
est inspirée des travaux de Doty et al (1994) et de Bayad et al (2004). Celle-ci consiste à
identifier des modèles de GRH théoriquement validés pour guider le choix des systèmes de
GRH sur lesquels se fondera notre étude. Dans une large revue de la littérature en gestion
stratégique des ressources humaines, nous avons pu relevé trois systèmes qui sont largement
validés par les chercheurs (Arthur, 1994; Delery et doty, 1996; Walton, 1985; Youndt et al,
1996) avec quelques différences dans les appellations, mais aussi représentatifs des pratiques
de GRH retrouvés dans les entreprises françaises de l'enquête REPONSE.
Le premier système de GRH sera nommé «GRH stratégique». Ce système de GRH est
essentiellement composé d'activités de gestion des ressources humaines que la littérature
qualifie de «mobilisatrices». Le deuxième système de GRH sera appelé «GRH
administrative». Comme son nom l’indique, ce système regroupe un ensemble d'activités RH
qualifiées de traditionnelles par les théoriciens des sciences de gestion. Le troisième système
de GRH, que l’on nomme «GRH hybride», représentera, quant à lui, un système «mixte»
puisant à la fois dans les deux autres systèmes. Le tableau suivant (cf. tableau 1) démontre les
caractéristiques et l’importance relative des activités de GRH présentés dans chacun des deux
principaux systèmes RH antagonistes.
Tableau 1
Regroupement de pratiques de GRH associées à la configuration stratégique et à la
configuration administrative
11
Incitatifs Accessoire important
Animation
Participation Accessoire important
Communication Accessoire important
Orientations stratégiques
Après avoir définit les systèmes de GRH pour répondre au premier principe de
complémentarité interne, la prochaine étape consiste à déterminer les stratégies sur lesquelles
nos systèmes de GRH doivent s'aligner pour prétendre à la complémentarité externe.
Le profil des stratégies retrouvé dans les établissements de l'enquête REPONSE, nous a
encouragé à faire le choix des orientations stratégiques fixées par la typologie de Porter
(1980, 1985). Utilisant la même appellation que Porter, il s'agit en premier de la stratégie
d'innovation et de qualité des produits et des services nommée « stratégie de différenciation »,
de la stratégie prix que l'on nomme « stratégie de coût » et enfin de la stratégie de «focus».
Comme nous l'avons vu précédemment, il devrait avoir une complémentarité entre une
stratégie de différenciation et un système de GRH basé sur l'engagement et la mobilisation des
salariés, en d'autres termes notre système de GRH stratégique. Nous devrions également
retrouver une complémentarité entre un système de GRH administrative et une stratégie axée
sur la baisse des coûts. Finalement, une complémentarité entre un système de GRH hybride et
une stratégie de focus devrait avoir lieu.
Par ailleurs, si les notions de complémentarité interne et externe sont des maillons fort de la
chaîne causale de notre modèle de recherche, la variable dépendante à mesurer, n'en ai pas la
moindre, doit également être explicitée. Notre variable dépendante étant la performance
nécessite un intérêt et un éclairage théorique avant de la mettre dans notre modèle.
Conceptualisation de la performance
Nombreuse est la littérature qui soutient le principe que la gestion des ressources humaines
conduit à l'amélioration des résultats des organisations, notamment des résultats financiers
12
(Rogers et Wright, 1998). Cette préférence pour les mesures financières de la performance
est mentionnée par Wright (1998) et Rogers et Wright (1998) à partir de leur revue de la
littérature. Ils indiquent que parmi les 80 variables dépendantes utilisées par les études en
gestion stratégique des ressources humaines, les indicateurs financiers, tels que les retours sur
l'actif, les retours sur les capitaux propres, mesure des profits, prix des actions et Tobin’s Q
ont été employées dans plus de la moitié de la recherche. Bien que le lien dans la majorité des
études est fait entre les pratiques de GRH et les résultats en termes de performances
financières, le concept de performance reste dans l'ensemble ambigu et implicite (Becker et
Gerhart, 1996; Cook et Ferris, 1986; Devanna et al, 1984; Rogers et Wright, 1998; Tichy et
al, 1982).
Selon Becker et Gerhart (1996), la variable dépendante peut changer selon le niveau
d'analyse. La mesure de la productivité du personnel de la recherche et développement (R&D)
ou du taux de turnover est très importante pour des entreprises qui poursuivent une stratégie
de différenciation, tandis que la mesure de la productivité du personnel de l'unité de
production est beaucoup plus critique pour les entreprises qui sont accès sur la baisse des
coûts. En plus, le focalisation devrait être sur les variables qui ont la signification inhérente
pour un contexte particulier (Becker et Gerhart, 1996). Par exemple, les mesures financières
telles que le rendement de l'actif ou le retour sur des capitaux propres peuvent être plus
appropriées pour des firmes poursuivant des stratégies de réduction de coût dans la plupart de
leurs unités d'affaires tandis que la croissance de ventes (ratio) ou la croissance de revenu
(ratio) peut être plus appropriée pour des firmes poursuivant des stratégies de différentiation
de produit pour la majorité de leurs unités d'affaires. Ainsi, il peut être plus approprié que la
recherche en GSRH inclue des indicateurs multiples de performance.
D'autre part, si la performance est différente selon le contexte d'analyse, elle peut l'être aussi
selon le nombre et le type d'acteurs. Il est en effet possible, en prolongeant la théorie des
Stakeholders (Freeman, 1984), d’interpréter la performance selon les enjeux des différents
acteurs qui composent l’organisation ou qui y détiennent un intérêt. Pour les uns, la dimension
financière ou comptable sera prédominante tandis que pour d’autres, la dimension
consommateur-produit, socio-politique ou encore celle de l’emploi sera prégnante (Le Louarn
et Wils, 2001). L'originalité de l'approche des stakeholders est qu'elle s'appuie sur les notions
de pouvoir et d'intérêts, nécessaires d'une part pour comprendre les rapports de force entre les
différents donneurs d'ordres, d'autre part permettent, contrairement à l'approche de
13
Shareholder (actionnaires), de limiter la portée de cette dernière, qui est fondée sur une
logique purement financière veillant à satisfaire uniquement les attentes des seules
actionnaires. Plusieurs chercheurs en stratégie ont réclamé d'inclure le concept d'intérêts et
d'expliquer les multiples attentes des dépositaires d'ordres (Cowherd & Levine, 1992;
MacDuffie, 1995; Venkatraman & Ramanujam, 1986).
Récemment, Paauwe (2004) attire l'attention sur les notions de légitimité et d'équité comme
principes de mesure de la performance liée aux stakeholders. Selon l'auteur, la survie d'une
organisation dépend non seulement de la compétitivité financière, mais également de sa
capacité de légitimer son existence envers les dépositaires d'ordres de l'organisation (E.g.,
employés, clients, syndicats, gouvernement). La légitimité est un concept important pour la
pérennité organisationnelle, mais également le rôle de l'organisation vers l'employé et ses
valeurs morales est important : le concept de l'équité. Si le rapport entre l'employeur et
l'employé n'est pas équilibré - par exemple, dans le cas des pressions accrues de performance
sans salaire juste - les employés pourraient se sentir exploités, ce qui implique des niveaux
faibles en terme d'engagement vers l'organisation.
Dans la même perspective, Dyer et Reeves (1995) ont noté différents types de mesures de la
performance qui sont les plus appropriés pour la recherche en GSRH. Ils ont proposé quatre
indicateurs :
1) les résultats ressource humaine tels que l'absentéisme, le turnover, la satisfaction au
travail et la performance de l'individu et du groupe ;
2) les résultats organisationnels tels que la productivité et la qualité des produits et des
14
services;
3) les résultats financiers tels que le rendement de l'actif (RAO) et les retours sur
investissement ;
4) l'efficacité du marché (prix des actions ou Tobin’s Q).
A partir de cette revue de la littérature sur le concept de performance, nous penchons pour la
mesure multidimensionnelle de la performance. Ainsi, nous avons choisi d'évaluer la
performance organisationnelle à travers la productivité et l'innovation et la performance
économique à travers la rentabilité des entreprises (Bayad et al, 2001).
Après avoir détaillé les constituantes de notre modèle de recherche et les différents liens qui
peuvent les associer, la figure 1 ci-dessous en résume la proposition.
Stratégies d’affaires
Coûts
Différenciation
Focus
La perspective configurationnelle reconnaît que la GRH n’a de réelle capacité stratégique que
dans la mesure où elle parvient à constituer un regroupement cohérent de pratiques RH
capables de s’harmoniser aux principales caractéristiques de l’organisation. Bien que la
pertinence de la notion de complémentarité (interne et externe) à produire des résultats
simultanés est suffisamment reconnue par les chercheurs, celle-ci pourrait être remise en
question dans la durée. La résistance des associations entre des pratiques de GRH cohérentes
en interne entre elles et en externe avec la stratégie d’affaires et la performance des
15
organisations après introduction d’un décalage temporel pourrait être une étape fondamentale
dans la validation du pouvoir prédictif de la GRH configurationnelle.
En lien avec cette nouvelle définition de la complémentarité, nous proposons deux hypothèses
pour valider cette approche théorique (Doty et Glick, 1994).
Hypothèse 1. Plus grande sera la similarité dans le temps entre le système de GRH retrouvé
dans l’organisation et le système de GRH théorique, meilleure sera la performance.
La deuxième hypothèse propose, quant à elle, de compléter la précédente hypothèse en
considérant, cette fois-ci, la logique associée à la complémentarité externe. Si nos
regroupements théoriques sont vraisemblables, alors:
Hypothèse 2. Plus grande sera la similarité dans le temps entre le système de GRH retrouvé
dans l’organisation et le système de GRH théorique, et plus cette dernière sera liée à une
stratégie d’affaires correspondante, meilleure sera la performance.
2. Méthodologie
Pour la vérification de nos hypothèses, notre stratégie de recherche se base sur un échantillon
longitudinal. Cet échantillon résulte de l'enquête REPONSE (RElations PrOfessionnelles et
NégociationS d’Entreprise) conduite par la DARES (Direction d'Animation de la Recherche,
des études et des statistiques) et l’institut BVA pour les années 1998 et 2005. Cette enquête a
été menée sur un échantillon représentatif de 2978 établissements français en 1998 et de 2930
établissements en 2005 de plus de 20 salariés. Les enquêtes ont été menées sous formes
d'entretiens en face à face avec les responsables des établissements, une partie des salariés et
les représentants des salariés.
16
L’interrogation en face à face a permis d’obtenir une grande quantité d’informations,
essentiellement de nature qualitative, sur la main-d’œuvre (sexe, qualifications, CDD, intérim,
temps partiel…), les relations professionnelles (syndicats, Comités d’Entreprise, négociations,
conflits…), la situation économique (demande, marchés, concurrence, compétitivité…),
l’organisation et les technologies (autonomie et contrôle, innovations organisationnelles et
technologiques, …), la gestion des ressources humaines (embauches et licenciements, gestion
des carrières et des salaires…).
L’échantillon représente un panel de 962 établissements, tous ayant répondu aux deux
Enquêtes REPONSE 98 et REPONSE 05, bien représentatif des populations mères (voir
tableau 2). Ces établissements appartiennent à des entreprises de plus de 50 salariés.
Tableau 2
Représentativité de l'échantillon par rapport à la population mère
17
Réponse 2005 Panel (%) Population mère (%)
Moins de 50 salariés 17,98 22,56
De 50 à 99 salariés 18,50 15,09
De 100 à 199 salariés 20,58 18,23
De 200 à 499 salariés 24,64 18,50
De 500 à 999 salariés 11,33 16,42
1000 et plus 6,96 8,84
Les statistiques descriptives de cet échantillon (cf. annexe 3) montrent que les répondants aux
enquêtes REPONSE 98 et REPONSE 05 appartiennent à plus de 50 % à des établissements
de moyenne et grande taille. La majorité de ces établissements dépendent des entreprises
multi-établissements.
L'échantillon regroupe une majorité des établissements qui opèrent dans des marchés de
niveaux national et international (plus de la moitié des établissements du panel). Les
répondants aux deux enquêtes sont également engagés en bourse (près de 30 % pour les deux
enquêtes).
Comme nous l'avons mentionné plus haut lors de la présentation de notre modèle de
recherche, la constitution des systèmes théoriques relatifs à la fois à la GRH et à la stratégie
de l'entreprise est une condition incontournable. Ces systèmes théoriques représentent les trois
systèmes stratégiques théoriques ainsi que les trois regroupements théoriques de GRH
discutés lors de la présentation du modèle. Rappelons que ces construits théoriques ne sont
pas uniquement des catégories d'entreprises, mais des idéals types. Pour les défendre, les
chercheurs insistent sur les effets dynamiques qui existent à l'intérieur des systèmes, qui
dépassent les simples effets additifs impliqués par l'interaction (Van de Ven et Drazin, 1984).
Afin de construire nos systèmes de GRH et de stratégie d'affaires, nous avons, en premier,
sélectionné les variables de GRH et de stratégie (cf. annexe 1) les plus citées par les
chercheurs. Ensuite, en raison de la densité des informations contenue par les variables
18
initiales, une analyse factorielle a été réalisée à partir de ces variables pour extraire des axes
factoriels. Nous avons pu identifier, d’une part huit axes factoriels de GRH (cf. encadré 1)
représentant les activités d'organisation de travail, de gestion des compétences2, de
rémunération et d'animation. D’autre part, deux axes factoriels semblent représentés les
orientations stratégiques : un premier axe oppose les stratégies de prix et de qualité et un
deuxième axe rapporte l'information sur la stratégie d'innovation.
A partir du volet « employeur » des deux Enquêtes 1998 et 2005, nous avons retenu
un nombre important de variables de GRH dites actives. Pour agréger l'information fournie
par ces variables, une analyse factorielle par correspondances multiples (ACM) a été
effectuée sur chacune des activités de GRH suivante : organisation de travail, gestion des
compétences, rémunération et animation. Le résultat de ces ACM nous donne les huit axes
factoriels ci- dessous :
Organisation de travail
Organisation de travail (Axe1) : fixation des tâches, nature du contrôle, en cas d'incident
mineur
Gestion des compétences
Entretiens (Axe2) : entretien avec les salariés non cadres et cadres
Liens (Axe3) : liens avec la formation et la promotion ;
Rémunération
Salaire (Axe4) : augmentations générales (cadres et non cadres)
Incitatifs (Axe5) : augmentations individuelles, primes (cadres et non cadres)
Animation
Participation (Axe6) : action qualité, groupe de qualité
Information (Axe7) : Diffusion informations sur la situation économique, sur l'évolution de
l'emploi, sur la formation, sur la stratégie
Communication (Axe8)
Discussion collective, discussion d'information
Enfin, nous nous sommes appuyés sur ces axes factoriels pour effectuer une classification
2
En conformité avec notre problématique et en cohérence avec les travaux déjà effectués dans ce domaine (Colin et Grasser, 2003; Defelix,
2004), nous avons considéré la gestion des compétences sous sa forme la plus classique. C'est-à-dire comme une démarche instrumentale
(Defelix, 2004) basée sur des pratiques d'évaluation annuelle et sur des pratiques de développement des compétences (dépenses de
formation). Par rapport à l'évaluation, les entretiens entre le salarié et son supérieur hiérarchique semble être le point d'ajustement entre les
compétences acquises (qualifications) et les compétences requises par l'entreprise. Ce rapprochement entre les deux niveaux de compétences
constitue l'élément fondateur de la démarche compétence et son succès compte dans la réussite de la dynamique compétence.
Le développement des compétences, source d'avantage compétitif, est également cruciale. Pour rendre les compétences plus accessibles et
plus disponibles, les entreprises sont contraintes à créer et développer les savoirs et connaissances de leurs salariés à travers des programmes
de formation.
En plus, des liens doivent exister entre les entretiens effectués et la formation ainsi que la promotion en guise de reconnaissance d'un niveau
de compétence supérieur (Brochier, 2002 ; Colin et Grasser, 2003).
A l'instar des chercheurs précités, nous avons retenue pour la dimension gestion des compétences les variables suivantes (voir annexe 1) :
entretiens réalisés par la hiérarchie pour l’ensemble des salariés, existence d’une véritable politique de formation (niveau des dépenses de
formation significatif), lien entre le résultat de l’évaluation périodique du salarié et, sa formation d’une part, sa promotion d’autre part.
19
hiérarchique (CAH) à l’aide de la méthode Ward. Le choix de la classification est justifié par
un ensemble d’études ayant fait appel à des méthodes typologiques, notamment les études
d’Arthur (1992 ; 1994). Delery (1998) décrit l’analyse typologique comme « une procédure
statistique multivariée qui analyse une base de données contenant des informations sur des
entités et tente de les réorganiser dans des groupes homogènes » (traduction libre) .
Variable dépendante
Pour mesurer la performance des organisations, trois variables ont été sélectionnées : la
productivité, l'innovation et la rentabilité (cf. annexe 1). La productivité des employés a été
mesurée par l'indicateur suivant : productivité = variation du volume d'activité – variation
des effectifs. Cet indice prend des valeurs comprises entre -2 et 2. Lorsque la variation des
effectifs est supérieure à celle de l'activité, l'indicateur de productivité doit afficher une valeur
négative. L'inverse se produit lorsque la variation de l'activité dépasse celle des effectifs.
Enfin, la productivité est stable lorsque les deux variations sont identiques.
L'innovation est évaluée par un ensemble de variables qui sont inspirées des travaux de
Coutrot (2004). Ces variables ont été soumises à une analyse factorielle des correspondances
multiples (ACM) pour agréger les informations relatives à celles-ci. L'analyse factorielle a
permis d'identifier un seul axe appelé « innovation ».
Enfin, pour mesurer la rentabilité, les répondants devaient indiquer sur une échelle de Likert à
5 points le niveau de leur rentabilité par rapport à leurs concurrents (1 : très inférieur ; 5 : très
supérieur).
Variables de contrôle
Dans un effort d’exactitude statistique de nos procédures analytiques, nous avons contrôlé
l’effet des caractéristiques organisationnelles et environnementales. Nos variables
organisationnelles concernent la taille et la structure des établissements : la taille est
approchée par le nombre des salariés des établissements ; la structure est décrite par
l’appartenance de l’établissement à une entreprise mono ou multi-établissements. Les autres
variables environnementales concernent l’envergure du marché de l’établissement (régional,
national ou international) et la structure de propriété illustrée par la cotation de l’établissement
en bourse.
20
2.3. Méthode d’analyse
Afin de vérifier nos hypothèses respectives, les analyses choisies portent sur la mesure de la
déviation par rapport aux systèmes théoriquement construits. Par conséquent, il ne s’agit pas
seulement de classifier les entreprises de l’échantillon dans des catégories, mais d’évaluer la
déviation entre les entreprises de l’échantillon et les idéals types (Doty et al. 1994). D’autres
approches d’analyse sont utilisées par les chercheurs, notamment la méthode des experts.
Dans notre étude, la méthode du continuum (Delery et Doty, 1996 ; Doty et al, 1993) est la
plus privilégiée (cf. annexe 2).
21
organisationnelles, plus grand sera le niveau de la performance des organisations. La
technique utilisée pour mesurer cette similarité est la distance du poids euclidien (cf. annexe
2). L’hypothèse 2 se veut une simple extension de la première hypothèse. En plus de tenir
compte de la somme des écarts entre les valeurs RH théoriques et les valeurs RH
organisationnelles, nous tenons également compte de la somme des écarts entre les valeurs
stratégiques théoriques et les valeurs stratégiques retrouvées dans les 962 établissements
étudiés.
Pour mesurer les effets de la complémentarité (interne et externe) sur les performances des
organisations, nous avons choisi des analyses explicatives basées sur la méthode des
régressions linéaires.
3. Résultats
Cette partie est consacrée à l’identification des associations synchrones entre les
complémentarités (interne et externe) et les performances en termes de rentabilité,
d’innovation et de productivité.
Tableau 3
Effet de la complémentarité sur la performance des établissements
Synthèse de l'association simultanée
Productivité Innovation Rentabilité
22
1998 1998 1998
D’autre part, les associations simultanées entre la complémentarité externe et les trois
dimensions de la performance sont plutôt rares. Rappelons que le principe de
complémentarité externe consiste à minimiser la distance entre les systèmes de GRH
observés dans les établissements et les systèmes de GRH théoriques, tout en tenant compte de
la stratégie d'affaires correspondante adoptée par les organisations. Un meilleur alignement de
la GRH sur la stratégie contribuera à de meilleures performances.
Au regard des résultats relatifs à la deuxième hypothèse (cf. tableau 3), il paraît que le
modèle global (complémentarité interne et externe) n’a des effets significatifs que sur
l’innovation dans les établissements étudiés (β1998= 0.28, p<0.01). Une faible association
semble exister entre la productivité et la complémentarité externe (β1998= 0.06, p<0.10).
Aucun effet synchrone n’est observé par rapport à la rentabilité. La faiblesse des résultats
relatifs à la complémentarité externe est conforme à des résultats similaires retrouvés par des
auteurs comme Huselid (1995).
Le but de cette partie est d’approcher la dynamique des associations précédemment identifiées
entre la complémentarité et la performance des établissements français. Ainsi, les tests
statistiques tiendront ici compte du décalage temporel. Ce travail va permettre de tester la
durabilité des associations synchrones présentées dans la première partie, ainsi que
23
l’éventuelle apparition de corrélations retardées. Ce travail pourrait, sans le démontrer,
témoigner de l’existence d’un lien de causalité entre la GRH et la performance.
Pour tester la durabilité de la complémentarité, nous avons, conformément à la démarche
longitudinale la plus rigoureuse, arrêté la situation des pratiques de GRH et de stratégie
d’affaires à l’année 1998 de l’enquête REPONSE. Les complémentarités (interne et externe)
de l’année 1998 seront ensuite régressées sur les performances de l’année 2005. Cette
démarche devrait également identifier le caractère prédictif de la complémentarité.
Tableau 4
Effet de la complémentarité sur la performance des établissements
Synthèse de l'association longitudinale
Productivité Innovation Rentabilité
2005 2005 2005
D’après les résultats du tableau 4, on remarque que plus un établissement est susceptible de
minimiser la distance entre l'idéal type de GRH et son système de GRH dans le temps, plus sa
performance en termes de rentabilité et d’innovation est meilleure (β2005=0.30, p<0.01 ;
β2005=0.26, p<0.01 respectivement). Contrairement aux résultats spontanés, un lien retardé
est constaté dans l’association des pratiques de GRH complémentaires et la productivité des
employés (β2005=0.13, p<0.05).
D’autre part, il est intéressant de noter que plus un établissement est susceptible de minimiser
la distance entre l'idéal type de GRH et son système de GRH, et plus cette distance
correspond à une stratégie cohérente (grande similarité entre la stratégie théorique et la
stratégie retrouvée dans l'établissement) dans le temps, plus la rentabilité de cet établissement
est grande (β2005=0.12, p<0.10). Cet effet retardé n’était pas possible à déceler avec l’unique
association simultanée. On remarque également la résistance de l’association simultanée entre
la complémentarité externe et l’innovation (β2005=0.26, p<0.01). Toutefois, il y a un
24
effritement de la relation avec la productivité, qui devient non significative en 2005. Cette
brièveté de la corrélation entre la productivité et la complémentarité externe peut signifier que
l’alignement de la stratégie de GRH sur la stratégie d’affaires ne peut être à l’origine d’une
amélioration durable de la productivité des salariés.
4. Discussion et conclusion
Les résultats de l’analyse simultanée confortent ceux déjà trouvés par les chercheurs de la
complémentarité (Arthur, 1994 ; Bayad et al, 2004 ; Becker et Huselid, 2006 ; Huselid et al,
1997 ; MacDuffie, 1995 ; Youndt et al, 1996), avec un léger bémol concernant la
complémentarité externe, qui demeure extrêmement difficile à prouver. Ce dernier résultat
semble aller dans le sens des auteurs tels que Huselid (1995) et Delery et Doty (1996) qui
n’ont trouvé aucun lien entre l’alignement des pratiques de GRH sur la stratégie globale des
entreprises et leurs performances. Ceci pose la question de la réalité stratégique des ressources
humaines et de leur intégration dans la prise de décisions. Récemment, certains chercheurs
considèrent que le rôle des DRH (directions des ressources humaines) se limite uniquement à
exécuter les décisions émanant de la direction générale (Besseyre des Horts, 2004 ; Lawler et
Mohrmann, 2003).
Bien que cette conclusion puisse paraître valable dans une logique transversale de la relation
GRH-performance, les analyses longitudinales ont révélé des dynamiques intéressantes en
termes de robustesse de la complémentarité dans le temps. L’analyse temporelle nous a
permis, d’une part, de relever des associations durables entre la complémentarité (interne et
externe) et la performance et, d’autre part, d’identifier des associations retardées. Les relations
qui durent dans le temps peuvent signifier que la complémentarité a un pouvoir prédictif sur
les performances actuelles et futures ; alors que les effets retardés, ils sont probablement dus à
la durée nécessaire pour que la cohérence se fasse. Une autre explication peut être liée à
l’effet retardé concerne les retours sur l’investissement dans les pratiques de GRH. Cet
investissement qui a souvent un coût non négligeable pourrait réduire les retombés à court
terme. Du coup, la durée de rentabilisation peut prendre un certain temps. Dans notre étude
longitudinale, l’accomplissement de la cohérence interne pour produire un effet sur les
performances attendues en termes de rentabilité et de productivité a pris une durée de 5 ans.
Ce résultat est conforme à celui de Wright et al. (2005) et Dyer et al. (1999). Par exemple, ces
derniers considèrent que la durée nécessaire à la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie de
25
GRH est de 3 à 4 ans.
Apports de l'étude
Deuxiémement, la signification des résultats obtenus, nous permet de soutenir que l'utilisation
des systèmes de GRH complémentaires, dans des conditions adéquates, peut être bénéfique
aux entreprises plutôt que d'employer des pratiques de GRH isolées. Même si la comparaison
des résultats de systèmes de GRH avec ceux de pratiques individuelles n'est pas intégrée dans
ce travail, nous constatons qu'un grand nombre de chercheurs semblent soutenir l'idée des
systèmes de pratiques que des « meilleurs pratiques » (Lepak et Snell, 1999, 2002; Becker et
Huselid, 1998, 2006).
A côté de cet apport théorique, l’apport méthodologique se veut innovant. Si les principaux
résultats de cette recherche semblent correspondre aux études déjà engagées dans la défense
de l'approche configurationnelle des ressources humaines (Bayad et al, 2004; Delery et Doty,
1996; Huselid, 1995; MacDuffie, 1995; Youndt et al, 1996), l’approche méthodologique
employée dans cette recherche est plus complexe. Alors que les études antérieurs sont restées
restreintes à la mesure de l'interaction, notre méthodologie s'appuie sur les fondements des
théories typologiques (Doty et al, 1994; Van de Ven et Drazin, 1984). Le principal avantage
de la logique typologique est sans doute qu'elle s'appuie sur la construction des idéaux-types.
Ces derniers supposent des relations « holistiques » basées sur des effets synergiques
multivariés plutôt que sur des effets additifs supposés par l'interaction.
D’autre part, nos résultats constituent également un appui considérable aux résultats des
études antérieurs, notamment par leur caractère longitudinal. Cette dimension longitudinale
longtemps réclamée par les chercheurs (Delery et Doty, 1996; Huselid, 1995 ; Youndt et al,
26
1996), constitue une étape importante dans la compréhension du lien entre les pratiques de
GRH et la performance organisationnelle. En outre, l'intégration de l'aspect temporel écarte
tout risque de spéculation et élimine le biais de simultanéité lié à la majorité des études
effectuées sur l'évaluation de la performance des RH.
Cette étude n'est pas sans limites. D'abord, la subjectivité de l'unique répondant et les échelles
de mesure et le type des variables influencent la qualité des réponses et la validité des
résultats. A propos de la subjectivité de l’unique répondant, nous avons précédemment (cf.
description de l'échantillon) essayé d’avancer une justification de notre choix des dirigeants
comme source d’information. Nous rappelons que ces justifications sont d’ordres quantitatif
et qualitatif. D’un point de vue quantitatif, le volet « dirigeants » de l’enquête REPONSE
contient la majorité de nos variables, alors que les deux autres volets (salariés et représentants
des salariés) de l'enquête REPONSE, contiennent peu ou pas du tout nos variables de GRH et
de stratégie d’affaires, ces deux volets s'intéressent surtout à l'aspect représentation syndicale
dans les établissements français. Evidemment, la diversité des variables retrouvée dans le
questionnaire « représentants de la direction » influence sur la qualité des réponses, un aspect
qualitatif qu’on n’a pas trouvé dans les autres questionnaires. Malgré que notre justification
soit valable dans notre cas, nous pensons quand même que le croisement des visions et des
perceptions aurait de meilleurs résultats en terme de validité des réponses.
La question de la mesure est aussi une problématique de notre travail. Parce qu’on a pas établi
le questionnaire par nos propres soins, certaines approximations de mesure étaient
malheureusement inévitables.
D’autre part, même si nos résultats témoignent d’un lien causal entre la GRH et la
performance, notamment à travers le caractère prédictif de la complémentarité interne et
externe, la question de la causalité reste encore à éclaircir (Le Louarn et al, 2001). Comme
telle une performance organisationnelle peut libérer des ressources financières qui facilitent
l'élaboration et l'implantation de pratiques de GRH innovatrices. Ensuite, ces pratiques
peuvent contribuer à améliorer les performances des organisations engageant ainsi ces
dernières dans un cercle vertueux de succès (Schneider et al, 2003).
Cette recherche nécessite quelques prolongements qui nous paraissent intéressants. Des
27
études post hoc sont à notre avis utiles dans la mesure où elles vont nous permettre d'évaluer
la pertinence de l'égalité des regroupements de GRH, comme l'ont noté Bayad et al (2004) et
Chênevert et Tremblay (2003). Ces chercheurs ont constaté dans leurs études que le principe
d'« équifinalité » soutenu par l'approche configurationnelle est à remettre en question.
Malgré la pertinence des résultats permis par la méthode des idéals types, il sera intéressant de
confronter les résultats de cette méthode à ceux de d'autres méthodes telles que le panel des
experts ou la méthode des grappes (MacDuffie, 1995). Dans une récente étude, Chênevert et
Tremblay (2003) n'avait pas trouvé de grands écarts entre les résultats des différentes
méthodologies (grappe, interaction, configuration) qu'ils avaient utilisé. Toutefois, ni la taille
de leur échantillon et le faible du taux de réponse ni les variables utilisées (rémunération et
empowerment) peuvent être représentatives et aident à interpréter et comprendre ce
phénomène complexe.
28
Liste des annexes
Annexe 1
29
Incitatifs Primes de performance collective non cadres
Incitatifs Primes de performance individuelle cadres
Incitatifs Primes de performance collective cadres
30
Innovation Internet
technologique
Innovation Systèmes assistés par ordinateur
technologique
Innovation Robots
technologique
Annexe 2
Complémentarités interne et externe
Pour la mesure des complémentarités interne et externe, nous avons choisi la méthodologie du
continuum développée par Doty et Glick (1994), que nous reprenons dans ce travail. Cette
méthode se résume en trois modèles mathématiques que nous utilisons pour évaluer l’indice
de similarité, la complémentarité interne et enfin les complémentarités interne et externe.
1) Indice de similarité
La technique utilisée par Doty et Glick (1994) pour mesurer la similarité entre les modèles de
travail théoriques et les modèles de travail empiriques, est basée sur le calcul de la distance
euclidienne représentée par la formule suivante :
2) Complémentarité interne
Pour mesurer le niveau de complémentarité interne, nous utiliserons, cette fois-ci, une autre
formule mathématique (Doty et Glick, 1994; Doty, Glick et Huber, 1993). La
complémentarité interne (FitIT) constitue simplement l’inverse additif de l’écart entre le
système de travail retrouvé dans l’organisation et le système de travail théorique ressemblant
le plus à celui retrouvé dans la firme.
31
3) Complémentarités interne et externe
Pour mesurer le modèle complet, c’est-à-dire les complémentarités interne et externe, nous
utiliserons une troisième équation mathématique. Ce modèle complet (FitCIT) représente
l’inverse additif de l’écart entre le système de GRH retrouvé dans l’organisation et le système
de GRH théorique en tenant compte, cette fois-ci, des écarts des systèmes stratégiques, c’est-
à- dire théoriques et organisationnels.
Annexe 3
Statistiques descriptives de l’échantillon
Fréquence Pourcent.
SALETAB Fréquence Pourcentage cumulée cumulé
32
ENTRE 20 ET 49 202 21.00 202 21.00
ENTRE 50 ET 99 166 17.26 368 38.25
ENTRE 100 ET 199 199 20.69 567 58.94
ENTRE 200 ET 499 232 24.12 799 83.06
ENTRE 500 ET 999 112 11.64 911 94.70
PLUS DE 1000 51 5.30 962 100.00
Fréquence Pourcent.
SALETAB5 Fréquence Pourcentage cumulée cumulé
Fréquence Pourcent.
BOURSE Fréquence Pourcentage cumulée cumulé
33
0.10a: Cotation en bourse
Fréquence Pourcent.
bourse5 Fréquence Pourcentage cumulée cumulé
Fréquence Pourcent.
MARCHE Fréquence Pourcentage cumulée cumulé
Fréquence Pourcent.
marche5 Fréquence Pourcentage cumulée cumulé
34
Bibliographie
Arcimoles (d’) Ch-H, 1995, Diagnostic financier et gestion des ressources humaines :
nécessité et pertinence du bilan social, Editions Economica.
Barney J. et al., 2005 , INFORMATION TECHNOLOGY AND THE PERFORMANCE OF
THE CUSTOMER SERVICE PROCESS: A RESOURCE-BASED ANALYSIS, MIS
Quarterly, 29 (4).
Barney, J. B. 1991, Firm Resources and sustained competitive advantage. Journal of
Management, 17: 99-120.
Barney, J. B. 2001, Is the resource-based ‘view’ a useful perspective for strategic
management research? Yes. Academy of Management Review, 26: 41.
Baron, J.N. and Kreps, D.M. 1999, Strategic human resources: Frameworks for general
manager. New York: John Wiley.
Bayad M. et al, 2004, SYSTEMES DE GESTION DES RESSOURCES HUMAINES ET
PERFORMANCE ORGANISATIONNELLE Le cas des coopératives du secteur financier
canadien , Annals of Public and Cooperative Economics, 75:3 2004
Bayad et Liouville, 1998. Human resource management and performances: Proposition and
test of a causal model, Annals of Public and Cooperative Economics 17 (3).
Becker et Huselid, 2006. Strategic Human Resources Management: Where Do We Go From
Here?, Journal of Management, Vol. 32 No. 6, December 2006 898-925
Becker B. et Gerhart B. 1996, The impact of human resource management on organizational
performance: Progress and prospects. Academy of Management Journal, 39: 779-802.
Bernadin H. J et Russell J. 1993, Human resource management: An experiential approach.
London: McGraw-Hill.
Besseyre des Horts CH-H. 2004, La fonction RH, une fonction stratégique : discours ou
réalité ? in Bournois F et Leclair P, Editions Economica, 2004 : gestion des ressources
humaines : regards croisés en l’honneur de Bernard Galambaud.
Boselie, P., Dietz, G. and Boon, C. 2005. Commonalities and contradictions in research on
Human Resource Management and Performance. Human Resourcce Management Journal
Boxall, P. et Steeneveld, M. (1999): Human resource strategy and competitive advantage: A
longitudinal study of engineering consultancies. Journal of Management Studies, 36: 443-
463.
Blum, E. et Clegg, R. (2003): Percent plans: Admissions of failure. In: The Chronicle of
Higher Education, 49: B10-B11
BURNS, T. et STALKER, G.M. 1961. The Management of Innovation. Tavistock, london
Chandler, A.D. 1962. Strategy and Structure: chapters in the history of the industrial
enterprise. MIT Press, Cambridge, Massachusetts.
Chadwick, C., Hunter, L. W. et Walston, S. L. 2004, Effects of downsizing practices on the
performance of hospitals. Strategic Management Journal, 25: 405-427.
De Meuse, K. P., Bergmann, T. J., Vanderheiden, P. A. et Roraff, C. E., 2004 New
evidence regarding organizational downsizing and a firm’s financial performance: A long-
term analysis. Journal of Managerial Issues, 16: 155-79.
Delery, J. E. 1998, Issues of fit in strategic human resource management: Implications for
research. Human Resource Management Review, 8: 289-309.
Delery, J. E et Doty, D. H. 1996, Modes of theorizing in strategic human resource
management: Tests of universalistic, contingency, and configurational performance
predictions. Academy of Management Journal, 39: 802-835.
Delaney, J. T. et Huselid, M. A. 1996, The impact of human resource management practices
on perceptions of organizational performance. Academy of Management Journal, 39: 949-
970.
35
Delaney, J,. Lewin, [Link] Ichniowski, C. 1989, Human Resource Policies and Practices in
American Firms. Washington, DC: U.S. Government Printing Office.
Devanna, M,. Fombrum. C, & Tichy, N, 1981, Human Resources Management: A Strategic
Perspective, Organizational Dynamics, Winter81, Vol. 9 Issue 3, p51-67
Down, J. W. , Mardis, W., Connolly, T. R. et Johnson, S. 1997, A strategic model. HR
Focus, 74: 22- 24.
DYER L. et SHAFER R.A., 1999, From Human Resource Strategy to Organizational
Effectiveness: Lessons from Research on Organizational Agility, in P.M. Wright, L. Dyer,
J.W. Boudreau et G.T. Milkovich, e. d., Research in Personnel and Human Resources
Management: Strategic Human Resources Management in theTwenty- First Century,
Supplement 4, Jai Press Inc., Stamford, CT, 145^154.
DYER L. et REEVES T., 1995, ‘‘HR Strategies and Firm Performance: What do We Know
and Where do We Need to Go?’’, International Journal of Human
ResourceManagement,Vol.6, 656^670.
Dyer, L. 1985, Strategic Human Resource Management and Planning, in Research in
Personnel and Human Resource Management, Vol. 3, ed. K.R. Rowland and G.R. Ferris
(Greenwich, CT: JAI Press, 1985).
Ferris, G. R., Hochwarter, W. A., Buckley, M. N., Harrell-Cook, G. et Frink, D. D, 1999,
Human resources management: Some new direction. Journal of Management, 25: 385-418.
Fox, D., Byrne, V. et Rouault, F. 1999, Performance improvement: What to keep in mind.
Training & Development, 53: 38.
Gannon, M. J.,Flood, P. C. et Paauwe, J. 1999, Managing human resources in the third era:
Economic perspectives. Business Horizons, 42: 41-48.
Guest, D. E., Michie, J., Conway, N., & Sheehan, M. 2003. Human resource management
and corporate performance in the UK. British Journal of Industrial Relations, 41(2): 291-314.
Guest, D.E. and Peccei, R. 1994. The nature and causes of effective human resource
Management. British Journal of Industrial Relations, 32: 219-241.
Harris, L. C. et Ogbonna, E. 2001, Strategic Human resource management, market
orientation, and organizational performance. Journal of Business Research, 51: 157-166.
Henninger-Vacher M.C. 2000., Recherche d’une congruence entre stratégie de
diversification et politique de rémunération appliquée aux cadres dirigeants, Thèse de doctorat
Université des sciences sociales Toulouse I, 15 novembre 2000; 342p
Huselid, M. A. 1995, The impact of human resource management practices on turnover,
productivity, and corporate financial performance. Academy of Management Journal, 38:
635-672.
Huselid, M. A. , Jackson, S. E. et Schuler, R. S. 1997, Technical and strategic human
resource management
effectiveness as determinants of firm performance. Academy of Management Journal, 40:
171-189.
Ichniowski, C., Shaw, K. et Prennushi, G. 1997, The effects of human resource
management practices on
productivity: A study of steel finishing lines. American Economic Review, 87: 291-312.
Jackson, S. E. et Schuler, R. S. 2000, Managing Human Resources: A Partnership
Perspective. New York,
NY: South-Western College Publishing.
KELLEY M.R., 1996, ‘‘Participative Bureaucracy and Productivity in the Machined
Products Sector’’, Industrial Relations, Vol.35, no3, 374–399.
Koch, M. J. et McGrath, R. G. 1999, Improving labor productivity: Human resource
management policies do mater. Strategic Management Journal, 17: 335-354.
36
Lado, A. A. et Wilson, M. C. 1994, Human resource systems and sustained competitive
advantage: A competency based perspective. Academy of Management Review, 19: 699-728.
Laroche P, 2002, L'INFLUENCE DES ORGANISATIONS SYNDICALES DE SALARIES
SUR LA PERFORMANCE ECONOMIQUE ET FINANCIERE DES ENTREPRISES :
Proposition et test d'un modèle explicatif dans le contexte français, Thèse de doctorat,
Université Nancy 2.
Lawler et Mohrmann, 2003. Creating a strategic human resources organization, an
assessment of trends and new directions. Stanford University Press.
Lawrence, P. R., & Lorsch, J. W. 1973. Organization and environment: Managing
differentiation and integration. Boston: Harvard Business School Press.
Lepak, D. P. & Snell, S. A. 2002. Examining the human resource architecture: The
relationship among human capital, employment, and human resource configurations, Journal
of Management, 28: 517-543.
Lepak D. P. & S. A. Snell, 1999. The human resources architecture: toward a theory of
human capital allocation and development. Academy of management Review, 24, 1, 31-48.
LENGNICK-HALL C.A. et LENGNICK-HALL M. 1988. Strategic Human Resources
Management : A Review of the Literature and a Proposed Typology, Academy of
Management Review, 13, 454-470.
MacDuffie, J. P. (1995): Human resource bundles and manufacturing performance:
Organizational logic and flexible production systems in the world auto industry. Industrial
and Labor Relations Review, 48: 197-221.
Marchington, M. et Grugulis, I. (2000): “Best Practice” human resource management:
perfect opportunity or dangerous illusion? International Journal of Human Resource
Management, 11: 1104-1124.
Meyer, A. D., Tsui, A. S., and Hinings, C. R., 1993. Guest co-editors’ introduction:
Configurational approaches to organizational analysis. Academy of Management Journal, 36 :
1175-1195.
Miles, R., & Snow, C. C. 1984. Designing strategic human resource systems. Organizational
Dynamics, 13: 36-52.
Miles, R.E. & Snow, C.C. 1994. Fit, failure and the hall of fame. New York: The Free Press.
Miller, E.L. (1.989). .Strategic HRM: What it is and what it isn.t.. Personnel Management,
February. 46 - 52.
Miller D. (1986) "Configurations of strategy and structure : towards a synthesis", Strategic
Management Journal, vol.7, pp.233-249.
Pettigrew A.M. 1985. The awakening giant. Continuity and change in imperial chemical
industries, Oxford/New York, Blackwell,.
Paauwe, J. and Boselie, P. 2003. Challenging 'strategic HRM' and the relevance of the
institutional setting. Human Resource Management Journal, 13(3): 56-70.
Paauwe, J. 2004. HRM and Performance: unique approaches for achieving long term
viability. Oxford: Oxford University Press.
Pearce, J., Robbins, D. K. et Robinson, R. B. ,1987, The impact of grand strategy and
planning formality on financial performance. Strategic Management Journal, 8: 125-135
Peretti JM. 2006, Ressources humaines, Editions, Paris Vuibert.
Perry-Smith, J. E. et Blum, T. C. 2000, Work-family human resource bundles and perceived
organizational performance. Academy of Management Journal, 43: 1107-1117.
Porter, M. 1996. What is strategy? Harvard Business Review, November-December: 61-78.
Porter, M. 1991. Toward a dynamic theory of strategy, Strategic Management Journal, 12(2):
95-117.
PORTER M.E. (1980), Competitive Strategy, Free Press, New York, NY.
37
Porter, M. 1985. Competitive advantage: creating and sustaining superior performance. New
York: Free Press
Pfeffer, J. (1994): Competitive advantage through people: Unleashing the power of the
workforce. Boston: Harvard Business School Press.
Pfeffer, J. et Veiga, J. F. (1999): Putting people first for organizational success. Academy of
Management Executive, 13: 37.
ROGERS E.W. et WRIGHT M., 1998, ‘‘Measuring Organizational Performance in
Strategic Human Resource Management: Problems, Prospects, and Performance Information
Markets’’, Human Resource Management Review,Vol.8, no3, 311^331.
SCHNEIDER, B., P.J. HANGES, D.B. SMITH et A.N. SALVAGGIO. 2003.
WhichComes First : Employee Attitudes or Organizational Financial and Market Performance
? . Journal of Applied Psychology, vol. 88, no 5, 836–851.
SCHULER, R. S. 1998. Strategic Human Resource Management : Linking People with the
Strategic Needs of the Business. Organizational Dynamics, vol. 21, no 1, 18–31.
SCHULER R.S. & JACKSON S.E., 1987. Linking competitive strategies with human
resource management practices, Academy of Management Executive, 1, 207-219.
Snell, S. A. , Youndt, M. A. et Wright, P. M. (1996): Establishing a framework for research
in strategic human resource management: Merging resource theory and organization learning.
Research in Personnel and Human Resources Management, 14: 61-90.
Sparrow, P. R. et Hiltrop, J. M. 1997, Redefining the field of European human resource
management: A battle between national mindsets and forces of business transition? Human
Resource Management, 36: 201-219.
Swiercz, P. M. et Spencer, B. A. (1992): HRM and sustainable competitive advantage:
Lessons from Delta Air Lines. Human Resource Planning, 5: 35-47.
Taylor, S., Beechler, S. et Napier, N. 1996, Toward an integrative model of strategic
international human resource management. Academy of Management Review, 21: 959-986.
Trevor, C. O., Gerhart, B. et Bourdeau, J. W. 1997, Voluntary turnover and job
performance: Curvilinearity and the moderating influences of salary growth on promotion.
Journal of Applied Psychology, 82: 44-62.
Truss, C. 2001. Complexities and controversies in linking HRM with organizational
outcomes. Journal of Management Studies, 38(8): 1121-1149.
Tichy, Noel M.; Fombrun, Charles J.; Devanna, Mary Anne. 1982, Strategic human
resource management, Sloan Management Review, Winter82, Vol. 23 Issue 2, p47-61,
Ulrich, D. et Lake, D. 1990, Organizational Capability: Competing from the Inside out. New
York, NY: Wiley.
Venkatraman, N., & Ramanujam, V. (1986). Measurement of business performance in
strategy research: A comparison of approaches. Academy of Management Review, 11(2), 801-
814.
WALTON R.A., 1985, ‘‘From Control to Commitment in the Workplace’’, Harvard
Business Review, Vol.63, no2, 77–84.
Welbourne, T. M. et Andrews, A. O. (1995): Predicting performance of initial public
offerings: Should human
resource management be in the equation? Academy of Management Journal, 39: 891-919.
Wiggins, R. R. et Ruefli, T. W. (2002): Sustained competitive advantage: Temporal
dynamics and the incidence and persistence of superior economic performance. Organization
Science, 13: 82-108.
Wright, P. M., Gardner, T. M., Moynihan, L. M., & Allen, M. R. 2005. The relationship
between HR practices and firm performance: Examining causal order. Personnel Psychology,
58: 409-446.
38
Wright, P. M., Dunford, B. B. et Snell, S. A. 2001, Human resources and the resource based
view of the firm. Journal of Management, 27: 701-722.
Wright, P. M, 1998, Strategy -- HR Fit: Does It Really Matter?, Human Resource Planning,
1998, Vol. 21 Issue 4, p56-57
Wright, P. M. et Mc Mahan, G. C. (1992): Theoretical perspectives for strategic human
resource management.
Journal of Management, 18: 292-320.
Wright, P. M. ,Mc Mahan, G. C., McGormick, B. et Sherman, S. (1998): Strategy, core
competence and HR
development as determinants of HR effectiveness and refinery performance. Human
Resource Management, 37: 17-29.
Youndt, M. A. , Scott, S. A., Dean, J. W. et Lepak, D. P. 1996, Human resource
management, manufacturing strategy and firm performance. Academy of Management
Journal, 39: 836-867.
39