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CR2018 05763

L'audience publique de la Cour pénale internationale concerne le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, avec le témoignage d'un témoin sur les événements survenus à la résidence présidentielle en Côte d'Ivoire. Le témoin décrit la présence de jeunes mobilisés autour de la résidence, leur absence d'armement, et les attaques par des rebelles soutenus par un hélicoptère français. Il évoque également son expérience en tant qu'ex-combattant et son passage à l'école de gendarmerie lors des attaques.

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CR2018 05763

L'audience publique de la Cour pénale internationale concerne le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, avec le témoignage d'un témoin sur les événements survenus à la résidence présidentielle en Côte d'Ivoire. Le témoin décrit la présence de jeunes mobilisés autour de la résidence, leur absence d'armement, et les attaques par des rebelles soutenus par un hélicoptère français. Il évoque également son expérience en tant qu'ex-combattant et son passage à l'école de gendarmerie lors des attaques.

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ICC-02/11-01/15-T-182-Red2-FRA CT WT 29-08-2017 1/82 MP T

Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Cour pénale internationale

2 Chambre de première instance I

3 Situation en République de Côte d'Ivoire

4 Affaire Le Procureur c. Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé — n° ICC-02/11-01/15

5 Juge Cuno Tarfusser, Président — Juge Olga Herrera Carbuccia — Juge Geoffrey

6 Henderson

7 Procès — Salle d'audience n° 1

8 Mardi 29 août 2017

9 (L'audience est ouverte en public à 9 h 32)

10 Mme L'HUISSIER : [Link] Veuillez vous lever.

11 L'audience de la Cour pénale internationale est ouverte.

12 Veuillez vous asseoir.

13 (Le témoin est présent dans le prétoire)

14 TÉMOIN : CIV-OTP-P-0500 (sous serment)

15 (Le témoin s'exprimera en français)

16 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Bonjour.

17 Bonjour, Monsieur le témoin.

18 Nous allons immédiatement commencer l'interrogatoire, il s'agit de l'interrogatoire

19 qui sera fait par la Défense de M. Gbagbo, et je donne la parole à Maître Altit.

20 Me ALTIT : [Link] Merci, Monsieur le Président.

21 QUESTIONS DE LA DÉFENSE (suite)

22 PAR Me ALTIT : [Link]

23 Q. [Link] Bonjour, Monsieur le témoin.

24 R. [Link] Bonjour.

25 Q. [Link] Alors, Monsieur le témoin, j'aimerais poursuivre là où nous nous étions

26 arrêtés hier.

27 R. [Link] O.K.

28 Q. [Link] Et vous vous souvenez que nous parlions des événements qui avaient

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 lieu à la... à la résidence présidentielle.

2 R. [Link] Oui.

3 Q. [Link] Alors, vous nous avez expliqué hier que, vous et d'autres jeunes, vous

4 passiez la nuit sur les bâches, juste à l'extérieur de la résidence.

5 R. [Link] Oui.

6 Q. [Link] Alors, je voudrais savoir : vous nous avez dit que ces jeunes étaient

7 entre 100 et 200, qu'ils étaient... ils s'étaient mobilisés pour aller à la résidence, à peu

8 près en même temps que vous, et qu'il y avait à peu près 100 à 200 jeunes ; vous vous

9 souvenez avoir dit ça ?

10 R. [Link] Oui.

11 Q. [Link] Ma question est : est-ce que tous ces jeunes passaient la nuit sur des

12 bâches, à proximité de l'endroit où vous passiez la nuit vous-même ; est-ce que vous

13 étiez tous, plus ou moins regroupés ?

14 R. [Link] Non, ces jeunes venaient...certains jeunes venaient par rapport à la

15 musique qui était là, donc, à une certaine heure, ils rentraient, mais d'autres restaient

16 aussi, mais une bonne majorité rentrait à la maison.

17 Q. [Link] D'accord.

18 Et parmi ceux qui étaient-là, avant les attaques dont vous nous avez parlé,

19 notamment les attaques d'hélicoptères...

20 R. [Link] Oui.

21 Q. [Link] ... étaient-ils... ceux qui étaient là étaient-ils armés ou n'étaient-ils pas

22 armés, avant les attaques d'hélicoptères ?

23 R. [Link] Non, ils n'étaient pas armés.

24 Q. [Link] D'accord.

25 Vous nous avez parlé de votre chef, en quelque sorte, un dénommé Tchang, et vous

26 nous avez dit hier qu'il était le chef du groupe de jeunes dont vous faisiez partie...

27 R. [Link] Oui.

28 Q. [Link] ... c'est ça ?

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 R. [Link] C'est ça.

2 Q. [Link] Alors, est-ce que j'ai bien compris, est-ce que vous nous avez bien dit

3 que ce n'était pas un militaire, c'était un agent de sécurité ? Est-ce que c'est ce qu'on

4 doit comprendre de votre témoignage ?

5 R. [Link] Oui.

6 Q. [Link] D'accord.

7 Alors, Tchang et le groupe qu'il dirigeait, quelle était leur mission ? Est-ce qu'il faut

8 comprendre de ce que vous nous avez dit que, puisque vous passiez la nuit à

9 l'extérieur des limites de la résidence, la mission était de protéger, en quelque sorte,

10 l'entrée de la résidence ? Est-ce que c'était ça, la mission ?

11 R. [Link] D'abord, nous nous sommes... tous les jeunes étaient arrivés là, d'abord

12 par rapport à la... par rapport à la musique, à ce qui était là, mais, moi, quand je suis

13 venu des Lauriers, je suis venu avec quatre... avec trois de mes amis. Moi, j'ai quitté

14 Lauriers pour chercher à intégrer un groupe, parce que toutes les villes de la Côte

15 d'Ivoire avaient commencé à être prises. Donc, je suis un ex-combattant, je ne

16 pouvais pas rester là où j'étais, aux Lauriers, donc, il fallait que je me replie quelque

17 part pour pouvoir me mettre en sécurité.

18 D'abord, quand je suis allé à la résidence, il y avait... il y avait de la musique, il y

19 avait beaucoup de jeunes, et c'est là même que j'ai croisé Tchang. Donc, lui, il a

20 accepté de me prendre dans son groupe, parce que je lui ai... je lui ai dit que je suis

21 un ex-combattant, donc il a accepté de me prendre avec certains jeunes. Donc, on est

22 étaient là. Je suis resté avec Tchang, là, un bon moment, au moins trois jours comme

23 ça, avant de me déplacer pour aller à l'école de la gendarmerie. Et puis, à l'école de la

24 gendarmerie, quand je suis allé, le temps que j'ai passé là-bas, quand on est revenus,

25 je n'étais... je n'étais plus avec Tchang, en quelque sorte.

26 Q. [Link] D'accord.

27 Mais Tchang, quand vous étiez avec Tchang — si vous le savez, bien sûr —, quelle

28 était l'idée qu'il avait, ce Tchang ? Est-ce que c'était, par exemple, de rester à

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 proximité de l'entrée de la... de la résidence, pour la protéger, ou bien il y avait-il une

2 autre mission ? Est-ce que vous le savez ?

3 R. [Link] Bon, je crois que la mission, c'était de pouvoir défendre tout ce

4 périmètre-là, la résidence et où les bâches... surtout tout le périmètre.

5 Q. [Link] D'accord.

6 Est-ce qu'il est juste de dire... — et on parle d’avant que vous alliez à l'école de la

7 gendarmerie, c'est quelques jours avant que vous alliez à l'école de la gendarmerie.

8 Est-ce qu'il est juste de dire que, pendant ces quelques jours, quand vous étiez...

9 quand vous obéissiez à Tchang, vous n'êtes pas entré dans le périmètre de la

10 résidence ?

11 R. [Link] Non, je ne suis pas entré dans le périmètre de la résidence.

12 Q. [Link] D'accord.

13 Toujours avant que vous alliez à l'école de gendarmerie...

14 R. [Link] Oui.

15 Q. [Link] ... est-ce que vous disposiez d'armes à feu ?

16 R. [Link] Non, j'en n’avais pas.

17 Q. [Link] Est-ce que les autres membres du groupe disposaient d'armes à feu ?

18 R. [Link] Ils n'en avaient pas.

19 Q. [Link] D'accord.

20 Alors, ensuite, vous nous avez dit être allés à l'école de gendarmerie dans un cargo

21 militaire.

22 R. [Link] Oui.

23 Q. [Link] D'accord.

24 Est-ce que vous vous souvenez — vous nous avez dit que c'était quelques jours après

25 être arrivés dans le périmètre de la résidence —, mais est-ce que vous vous souvenez

26 plus ou moins du jour où vous êtes allés à l'école de gendarmerie ?

27 R. [Link] Je crois entre le 4 et 5, quelque chose comme ça.

28 Q. [Link] D'accord.

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1 Le 4 ou le 5 avril ; c'est ça ?

2 R. [Link] Oui, le 4 ou le 5 avril.

3 Q. [Link] D'accord.

4 Alors, si j'ai bien compris ce que vous nous avez dit — et vous me dites —, dès que

5 vous arrivez à l'école de gendarmerie, le jour même où vous arrivez à l'école de

6 gendarmerie, il y a une attaque de rebelles ; je me trompe ?

7 R. [Link] Si, il y a une attaque.

8 Q. [Link] D'accord.

9 Qui étaient ces rebelles, à votre connaissance ?

10 R. [Link] C'étaient les éléments du FRCI parce que c'est eux qui ont attaqué toute

11 la Côte d'Ivoire. Donc, à l'école de gendarmerie, c'est eux aussi.

12 Q. [Link] D'accord.

13 Saviez-vous qui commandait ces rebelles-là, ceux qui attaquaient l'école de

14 gendarmerie ?

15 R. [Link] Non, je ne... je ne... Non.

16 Q. [Link] D'accord.

17 Saviez-vous si ces rebelles qui attaquaient et la résidence et l'école de gendarmerie, et

18 peut-être d'autres lieux dans les environs, s'ils avaient commis ou s'ils commettaient

19 des exactions, c'est-à-dire des crimes ? Est-ce qu'ils avaient commis des crimes ?

20 R. [Link] Oui, ils avaient commis des crimes, ils ont commis même des crimes.

21 Q. [Link] Quel genre de crimes ?

22 R. [Link] À l'école de gendarmerie, le matin, on a perdu, des... on a perdu un ami.

23 Q. [Link] D'accord.

24 Est-ce qu'ils ont commis d'autres crimes aussi ces jours-là, pas seulement ce jour

25 précis de l'attaque, mais tous ces jours-là, ces personnes que vous combattiez, est-ce

26 qu'ils ont commis d'autres crimes, à votre connaissance ?

27 R. [Link] Oui, il y a eu d'autres crimes, mais à ma connaissance, pas… c'est ce

28 dont... ce que j'ai vu là, c'est ce que j'ai su, ce que j'ai dit.

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1 Q. [Link] D'accord.

2 Alors, vous nous avez dit qu’à l'école de gendarmerie, vous avez, dans une chambre,

3 découvert une arme que vous avez prise ; c'est bien ça ?

4 R. [Link] Oui.

5 Q. [Link] Et cette arme, si j'ai bien compris, c'était un MAS 36 ; c'est ça ?

6 R. [Link] Non, le MAS 36, j'ai reçu ça de quelqu'un, mais c'est après que,

7 moi-même, je suis entré dans une chambre pour fouiller, et puis j'ai trouvé une

8 AK-47.

9 Q. [Link] D'accord. D'accord, d'accord.

10 Alors, donc, vous arrivez à l'école de gendarmerie, il y a cette première attaque...

11 R. [Link] Oui.

12 Q. [Link] ... de rebelles. Combien de temps restez-vous, combien de jours

13 restez-vous à l'école de gendarmerie ?

14 R. [Link] Bon, nous sommes allés... Bon, nous avons fait un jour, parce que nous

15 sommes allés le matin, aux environs de 17 heures, l'attaque a commencé. Ils étaient...

16 les FRCI étaient appuyés pas un hélicoptère. Les combats, on a... le combat a duré

17 jusqu'à... jusqu'à 7 heures du matin. À 7 heures, tout s'est arrêté. Nous, on est restés

18 un peu, au moins jusqu'à 16 heures, et puis on est... on est revenus.

19 Q. [Link] D'accord.

20 Vous dites « les rebelles étaient appuyés par des hélicoptères » ; c'est ça ?

21 R. [Link] Par un hélicoptère.

22 Q. [Link] Par un hélicoptère. Un hélicoptère de quelle nationalité ?

23 R. [Link] Un hélicoptère français.

24 Q. [Link] Et l’hélicoptère français tirait sur les forces gouvernementales, sur les

25 FDS ; c'est ça ?

26 R. [Link] Oui.

27 Q. [Link] Vous vous souvenez bien de l'école de gendarmerie ?

28 R. [Link] Oui.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Q. [Link] Est-ce que vous pouvez nous décrire la façade de l'école de

2 gendarmerie ?

3 R. [Link] L'école de gendarmerie se trouve à Cocody à Abidjan. C’est... C'est sur

4 la voie du... en allant à la Riviera II, c'est sur la voie après le... l'auto... — comment

5 j'appelle ça — le Carrefour de la Vie ; vous le longez, l'école de gendarmerie est juste

6 à côté de... de la SODEFOR, en face d'une station, je crois que c'est la station Shell,

7 quelque chose comme ça.

8 Q. [Link] D'accord.

9 Alors, ensuite, vous nous dites être venu à la résidence.

10 R. [Link] Oui.

11 Q. [Link] Et en être parti le 13 avril ; c'est bien ça ?

12 R. [Link] Oui.

13 Q. [Link] Après être parti de la résidence...

14 R. [Link] Oui.

15 Q. [Link] ... les jours qui ont suivi le 13 avril — le 14, 15, 16, ou plus tard encore —

16 , avez-vous été arrêté à un moment quelconque ? Avez-vous été arrêté par les

17 rebelles ou par d'autres groupes ?

18 R. [Link] Non, je n'ai pas été arrêté.

19 Q. [Link] D'accord.

20 Vous n'avez jamais fait de prison ?

21 R. [Link] Mais... Bon, j'ai été le... c'est depuis, je crois, dans les années 92... 92 où il

22 y a eu cette grève des étudiants et puis les gars nous ont mélangés pour nous

23 envoyer à l'école et à la gendarmerie Agban, et puis ils m'ont laissé au... au parquet.

24 Ça, c'était en 92, le 13 février 92, je crois (phon.).

25 Q. [Link] D'accord.

26 En 2010-2011, pendant la crise, est-ce que vous pouvez nous dire quelle était la

27 situation, à votre connaissance, à l'Ouest du pays ?

28 R. [Link] En 2010 ?

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1 Q. [Link] En 2010-2011, oui. Est-ce que les rebelles... je peux vous... je peux

2 formuler la question autrement : est-ce que les rebelles avaient attaqué l'Ouest du

3 pays ?

4 R. [Link] En 2010, je n'étais pas plus à l'Ouest, j'étais à Abidjan. J'étais aux

5 Lauriers.

6 Q. [Link] D'accord.

7 Donc, vous savez pas... vous ne savez pas et vous ne saviez pas, à l'époque, quelle

8 était la situation à l'Ouest ?

9 R. [Link] Non, je ne savais pas.

10 Q. [Link] D'accord.

11 Alors, juste pour tenter d'éclaircir un peu ce que vous nous avez dit hier — parce

12 que vous nous avez dit beaucoup de choses —, quand vous reprenez contact avec

13 Maho Glofiéhi en juin 2006 — si j'ai bien compris —, était-ce la première fois que

14 vous tentiez de reprendre... enfin, était-ce la première fois que vous repreniez contact

15 avec lui depuis 2003, depuis que vous avez quitté l'Ouest ? Vous... Vous voyez ma

16 question ou vous voulez que je la reformule ?

17 R. [Link] Oui. Reformulez la question.

18 Q. [Link] Je vais la reformuler.

19 Vous nous avez dit hier avoir repris contact avec Maho Glofiéhi en juin 2006 ; vous

20 vous souvenez de ça ?

21 R. [Link] Oui.

22 Q. [Link] O.K. Vous nous aviez dit, par ailleurs... vous nous avez dit, par ailleurs,

23 hier avoir quitté l'Ouest, et donc, Maho Glofiéhi, en septembre 2003.

24 R. [Link] Oui.

25 Q. [Link] Ma question : entre septembre 2003 et juin 2006, aviez-vous eu des

26 contacts avec Maho Glofiéhi ?

27 R. [Link] Non.

28 Q. [Link] D'accord.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Alors, vous nous avez dit hier aussi que vous étiez parti en septembre 2003 de

2 Guiglo, parce que vous aviez forcé Maho à vous ramener à Abidjan. Donc, ma

3 question : comment l'avez-vous forcé ?

4 R. [Link] Au départ, on se... on se renseignait auprès de lui parce que c'était...

5 c'est ce qui nous avait été dit. JC a dit : on va... si ça... si tout s'arrange, on nous met

6 dans l'armée. Bon, on... on est allés... on était chez Maho... c'est vrai qu'on est pas

7 allés au combat, mais Maho... on nous a appris un peu à travailler sur les armes,

8 là-bas, tout ça. Et puis on était là.

9 Après, il y a eu le cessez-le-feu, donc on a commencé à se demander : « Bon, on est

10 venus, on a été formés chez Maho. Il y a rien. On sait que nous, il faut qu'on retourne

11 sur Abidjan, parce que tout s'est calmé. Faut qu'on retourne maintenant sur

12 Abidjan. » Et Maho nous disait rien. Donc, on avait prévu faire une grève, au moins

13 marcher dans la ville pour que Maho comprenne qu'on voulait vraiment rentrer. Ça

14 a coïncidé avec... avec l'arrivée d'un... d'un gendarme du nom de Samaké. Samaké, il

15 est venu au palais de la justice. Là, il est venu tirer sur... il est venu tirer sur un de

16 nos gars, la nuit, parce qu'il s'était... il s'était battu avec un élément FLGO au maquis.

17 Donc, le jeune a pris une balle dans son ventre, puis une balle dans sa cuisse. Donc,

18 nous, on s'est fâchés, la nuit-là, mais il faisait trop nuit, on a préféré se calmer

19 jusqu'au matin.

20 Le matin, on est allés à la gendarmerie commencer à se manifester, et c'est là, quand

21 Maho est arrivé, on a profité pour lui dire : « Bon, ça suffit, il faut que nous, on rentre

22 à Abidjan parce qu'on va pas rester là, comme ça, et puis on a rien, il y a des gens qui

23 vont venir nous tirer dessus. » Mais après, ce... ce... mais Maho nous a dit que ce

24 jeune homme a été pris à Duékoué. Quand ils lui ont demandé, il a dit qu'il fallait

25 créer une diversion, parce que si on se fâchait la nuit-là, qu'on se levait, il y a des

26 gens qui allaient profiter pour prendre Guiglo. Donc, lui, il était venu d'abord pour

27 créer une diversion, nous mettre en colère pour qu'on se lève. Maintenant, une fois

28 qu'on va se lever, il y a des gens qui vont entrer dans... dans notre manifestation-là et

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 puis prendre Guiglo. Et Dieu merci, ça s'est pas passé comme ça.

2 Donc, voilà comment on a forcé Maho. On lui a dit : « Bon, ça suffit, on peut pas

3 rester là pour que les gens nous tirent dessus, donc faut que nous, on retourne sur

4 Abidjan. » C'est comme ça qu'il a accepté, qu'on a pu revenir sur Abidjan.

5 Q. [Link] D'accord.

6 Vous avez fait usage de violence à l'encontre de Maho ?

7 R. [Link] Non.

8 Q. [Link] Alors, si vous voulez bien, je vais vous lire la déclaration, un extrait de

9 la déclaration que vous avez donnée aux enquêteurs du Bureau du Procureur.

10 C'est le numéro CIV-OTP-0085-1801, page 1815, lignes 474 à 493, et page 1816,

11 lignes 494 à 499.

12 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Est-ce que vous

13 pouvez répéter, s'il vous plaît ?

14 Me ALTIT : [Link] Bien entendu.

15 Alors, document CIV-OTP-0085-1801, page 1815, lignes 474 à 493, et page 1816,

16 lignes 494 à 499.

17 Alors, je vais citer — je cite l'ensemble parce que... on y reviendra pour éclaircir les

18 choses, mais comme ça, ça nous donne une idée.

19 L'intervieweur n° 2 vous demande — je cite : « Mais vous avez dit tout à l'heure que

20 “Maho ne nous informait de rien.” »

21 Vous répondez : « De rien. »

22 Intervieweur 2 : « Donc, est-ce que ça veut dire qu’à cette période-là, vous n'aviez

23 plus de contact avec Maho ? »

24 Vous répondez : « On n'avait plus de contact parce qu'il fut un temps — je ne sais

25 pas c'était dans quel mois, là —, ça devait être même dans le mois de juillet, au début

26 du mois de juillet. »

27 « En quelle année ? » Intervieweur 1 vous demande : « En quelle année ? »

28 Vous dites : « Euh... 2006. »

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1 Intervieweur 1 : « Mm-hm. »

2 Personne entendue... Pardon, c'est vous-même : « Ouais, au début du mois de

3 juillet... on dirait entre fin juin, début juillet. »

4 Intervieweur 1 : « Mm-hm. »

5 Personne... Vous-même, vous dites : « Maho était venu à Abidjan parce que Maho

6 disait aux gens, quand... même quand on était au centre émetteur, Maho disait aux

7 gens que les éléments qui se trouvaient à Abidjan ne sont pas des éléments du

8 FLGO. Parce que quand Samaké est venu tirer... et puis un autre gars a reçu les

9 balles, et puis on a commencé à faire la grève-là, on voulait écouter personne. On

10 voulait retourner sur Abidjan parce qu'on était ennuyés. Donc, même Maho, même

11 Maho, là, on lui a parlé mal. Il y avait un jour, même, il a été bastonné. Le colonel, on

12 lui a parlé, on lui a parlé mal avec tous. »

13 Je vais arrêter là. On arrête donc à la fin de la page 1815, ligne 493.

14 Donc, Monsieur, ce n'est pas, en effet, extrêmement clair, mais il semble bien que

15 vous disiez que Maho était bastonné au moment où vous vouliez rentrer et, lui, il

16 s'opposait à vous aider... enfin, il ne voulait pas vous aider ; est-ce... est-ce que c'est

17 ça ou est-ce autre chose ?

18 R. [Link] Celui qui a été bastonné, c'est Yao Yao Jules... que les gens ont tapé.

19 Personne n'a touché Maho. Je sais pas comment il a écrit ça, mais c'est Yao Yao Jules

20 qui a été bastonné.

21 Q. [Link] D'accord. D'accord.

22 Donc, pour que les choses soient claires, hein, pour... parce qu'on essaie de bien

23 comprendre... Pour que les choses soient claires, donc, vous revenez à Abidjan en

24 septembre 2003, vous n'avez plus de contact — vous nous l'avez dit à l'instant —

25 avec Maho jusqu'en... je crois que c'est juin-juillet, vous avez dit 2006 ; c'est ça ?

26 R. [Link] Oui.

27 Q. [Link] Mais, en juin ou juillet 2006, vous tentez de reprendre contact avec lui,

28 et ma question : est-ce que le but de cette reprise de contact, c'était d'être inscrit sur

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 une liste d’anciens combattants pour toucher des indemnités ; est-ce que c'est ça ?

2 R. [Link] Oui, c'était ça.

3 Q. [Link] D'accord.

4 Donc, si l'on comprend bien, si vous n'étiez pas inscrit sur une liste d'anciens

5 combattants, vous n'aviez pas d'indemnités ?

6 R. [Link] Oui.

7 Q. [Link] Et à ce moment-là, Maho ne vous répond pas, donc vous vous rendez à

8 son hôtel ; c'est bien ça ?

9 R. [Link] Oui.

10 Q. [Link] D'accord.

11 Et à ce moment-là, si j'ai bien compris ce que vous avez dit hier, il fait semblant de

12 vous inviter à entrer dans l'hôtel et il disparaît immédiatement ; c'est ça ?

13 R. [Link] C'est ça.

14 Q. [Link] D'accord.

15 Donc, pour que ce soit bien clair, cet incident de... avec cet incident qui... qui... qui se

16 déroule à l'hôtel, c'était plutôt quand, si vous vous en souvenez, juin, juillet, un autre

17 moment, c'était quand ?

18 R. [Link] Ça devait être dans le mois de juillet.

19 Q. [Link] Juillet.

20 R. [Link] Oui.

21 Q. [Link] 2006.

22 R. [Link] 2006.

23 Q. [Link] D'accord.

24 Et le lendemain, si j'ai bien compris, vous allez, comme vous le... comme il a disparu,

25 vous allez à la Primature...

26 R. [Link] Mm-hm.

27 Q. [Link] ... pour... pour essayer de retrouver Maho ; c'est ça ?

28 R. [Link] Oui, parce qu'on était avec Nonzi et puis Gammi. Donc je crois que c'est

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1 eux qui ont reçu le coup de fil pour... pour dire qu'il est à la Primature, parce que

2 c'est eux qui nous ont dit, donc on s'est « déportés » là-bas ensemble.

3 Q. [Link] D'accord.

4 Mais vous, vous ne rentrez pas dans les bâtiments de la Primature.

5 R. [Link] Non, je ne suis pas entré.

6 Q. [Link] D'accord.

7 Et à l'arrivée, vous n'avez toujours pas d'argent, et c'est pourquoi vous allez à Guiglo

8 après ; c'est ça ?

9 R. [Link] Ouais.

10 Q. [Link] D'accord.

11 Et vous retournez à Guiglo, donc... est-ce que c'était quelques jours après, quelques

12 semaines après, est-ce que vous pouvez nous donner à peu près une... une indication

13 sur le moment où vous retournez à Guiglo ?

14 R. [Link] Je crois que c'est au moins quelques jours après.

15 Q. [Link] Et Maho, lui-même, il retourne à Guiglo ?

16 R. [Link] Mais Maho était déjà retourné à Guiglo.

17 Q. [Link] D'accord.

18 Et donc, quand vous êtes à Guiglo, est-ce que vous continuez à chercher à voir

19 *Maho pour qu'il vous inscrive sur une liste de... d'anciens combattants ?

20 R. [Link] Au départ, quand on est arrivés, avec ce qui s'est passé à Abidjan, Maho

21 était un peu fâché, alors il ne voulait pas nous recevoir. Donc on a essayé de voir

22 Yao Yao Jules pour essayer de... d'être un médiateur entre Maho et nous. Donc, il a

23 reçu... on a fait... on a fait un groupe et puis on est allés le voir. Puis il a fini par

24 accepter, mais quand il a accepté déjà, le désarmement avait commencé à être au

25 ralenti jusqu'à ce que ça s'arrête. La... Le... Le désarmement avait été interrompu.

26 Donc il avait accepté notre pardon, mais on n'a pas pu passer parce que le

27 désarmement avait été interrompu.

28 Q. [Link] Donc, pour qu'on comprenne bien, ce que vous nous dites, c'est que,

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1 finalement, vous n'avez jamais réussi à recevoir de l'argent en tant qu'ancien

2 combattant, parce que votre qualité d’ancien...

3 Alors, je... je vais poser ça en deux questions.

4 Donc, vous n'avez jamais réussi à obtenir de l'argent en tant qu’ancien combattant ?

5 R. [Link] Oui.

6 Q. [Link] O.K.

7 Et deuxième partie de ma question : vous n'avez jamais été reconnu officiellement

8 comme ancien combattant ?

9 R. [Link] Mais j'étais sur la liste, mais le désarmement a été interrompu.

10 Q. [Link] Excusez-moi, Monsieur, la liste dressée par qui ?

11 R. [Link] Par Maho. Il a accepté, donc il a... il a dressé notre liste. Nous qui

12 sommes venus d'Abidjan, il a accepté notre liste, mais au moment où il l'acceptait,

13 déjà, le désarmement avait été interrompu.

14 Q. [Link] D'accord.

15 Cette liste-là, vous l'avez vue vous-même ? La liste que Maho a prise ou qu'il a

16 acceptée ou qu'il a... vous l'avez... vous l'avez vue dans ses mains, vous l'avez vue

17 acceptée par lui ?

18 R. [Link] C'est moi qui l'ai rédigée, aidé par un ami. Et j'ai donné à... à un... à un

19 de nos gars qu'on a pris comme porte-parole. Voilà. Je lui ai remis la liste pour qu'il

20 la remette à Maho.

21 Q. [Link] Donc vous ne savez pas ce que Maho en a fait ?

22 R. [Link] Non, je ne sais pas.

23 Q. [Link] D'accord.

24 Alors, toujours dans le cadre d'éclaircissements, vous nous avez dit être revenu à

25 Abidjan le 7 décembre 2008 ; c'est bien ça ?

26 R. [Link] Oui.

27 Q. [Link] Alors, ma question : entre fin 2006, si j'ai bien compris, ou mi-2006, au

28 moment où vous arrivez à Guiglo...

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 R. [Link] Oui.

2 Q. [Link] ... et le 7 décembre 2008, vous êtes resté tout le temps à Guiglo ?

3 R. [Link] Oui.

4 Q. [Link] D'accord.

5 Le 7 décembre 2008, vous revenez à Abidjan et vous travaillez sur des chantiers

6 comme aide-maçon ; c'est bien ça ?

7 R. [Link] Oui.

8 Q. [Link] D'accord.

9 Alors, vous nous avez dit que, pendant toute cette période, vous viviez aux

10 Lauriers ?

11 R. [Link] C'est ça.

12 Q. [Link] Et vous viviez où ? Dans des... dans une maison, dans un immeuble,

13 dans des... dans des... des maisons non achevées, dans des chantiers ? C'était...

14 C'était... Où est-ce que vous viviez ?

15 R. [Link] Quand je suis arrivé, mon ami Aubin était dans un... dans un conteneur.

16 Il était dans un conteneur. Donc, c'est là je suis resté... avec lui que je suis resté dans

17 ce conteneur. C'était sur le terrain d’un... de quelqu'un, c'était un conteneur. Donc

18 c'est là lui et moi on était.

19 Q. [Link] D'accord.

20 Et vous êtes resté là jusqu'au bout, c'est-à-dire y compris pendant la crise ; est-ce que

21 c'est vrai ?

22 R. [Link] Oui.

23 Q. [Link] D'accord.

24 Et est-ce qu'il est juste de dire que, de temps en temps, vous occupiez des maisons,

25 soit abandonnées, soit en construction ?

26 R. [Link] Ça, c'était en 2003, à notre retour de Guiglo. Mais quand je suis revenu

27 le 7 décembre 2008, tout le temps qu'on a passé là, c'était dans le conteneur qu'Aubin

28 avait ; c'est là qu'on dormait.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Pourriez-vous

2 m'expliquer la pertinence de cette question, à savoir de savoir où vivait le témoin, et

3 ce vis-à-vis des charges ?

4 Me ALTIT : [Link] Alors, Monsieur le Président, je crois me souvenir que le

5 représentant de l'Accusation a passé une très grande partie de son interrogatoire à

6 poser des questions sur ce qui s'était passé entre 2002 et 2010. Et j'essaie de

7 comprendre qui était la personne... enfin, qui... ce que faisait la personne et donc ce

8 qu'on peut lui poser comme questions. Vous vous souvenez sans aucun doute que,

9 hier, le représentant de l'Accusation lui a posé la question de savoir quel était le rôle

10 d'un des généraux, je crois, ou officier supérieur de l'armée ivoirienne et sa place

11 dans l'organigramme, sa fonction, et cetera. Et il est bien évident que si on sait qui

12 est la personne, on peut répondre à la question de savoir si une telle question peut

13 lui être posée. Peut-on poser la question de savoir ce que fait un général, quelles sont

14 ses fonctions précises, ou un officier supérieur, à un aide-maçon qui vit dans un

15 conteneur ?

16 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Très bien. Je sais

17 bien ce qu'on a dit hier, mais je me pose la question de savoir quelle est la pertinence

18 de ces questions portant sur le lieu de résidence du témoin. Je... Je n'en vois pas la

19 pertinence.

20 Me ALTIT : [Link] Merci, Monsieur le Président.

21 Q. [Link] Alors, Monsieur, est-ce que Maho disait aux gens que les personnes qui

22 se trouvaient à Abidjan n'étaient pas membre du FPLO... du... pardon, du FLGO ?

23 R. [Link] Oui, c'est ce que nos amis qui étaient restés à Guiglo nous rapportaient.

24 Parce qu'il était fâché par rapport à ce qui s'est passé en 2003.

25 Q. [Link] Donc ma question est la suivante : si lui ne vous reconnaît pas comme

26 membres du FLGO, comment vous, pouvez-vous vous qualifier membres du FLGO,

27 notamment après 2003 ?

28 R. [Link] Maho nous reconnaît comme membres du FLGO. J'ai dit il était en

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 colère. Il était en colère, c'est la raison pour laquelle il a dit ça. Sinon, je crois, en 2006,

2 il ne... il n'allait pas accepter de prendre la liste qu'on... qu'on avait rédigée. Mais il

3 était fâché, donc c'est la raison pour laquelle il a dit ça. Seulement, il nous a toujours

4 reconnus comme ses éléments.

5 Q. [Link] D'accord.

6 Est-ce qu'il est juste de dire que, après 2008, vous laissez tomber ces histoires de

7 démobilisation et d’indemnité, et cetera, pour passer à autre chose ?

8 R. [Link] Oui.

9 Q. [Link] D'accord.

10 Et donc que, depuis lors, vous n'avez plus... depuis lors, c'est-à-dire depuis votre

11 tentative à Guiglo entre 2006 et 2008, depuis ce moment-là, vous n'avez plus de

12 contacts avec Maho Glofiéhi ; est-ce que c'est juste ?

13 R. [Link] Plus de contacts.

14 Q. [Link] D'accord.

15 Alors, vous nous avez dit hier que vous aviez vous-même fait, élaboré des cartes de

16 combattant FLGO ; c'est ça ?

17 R. [Link] Oui, ça, c'est... c'était l'idée d’un de mes petits. Parce que, quand on était

18 arrivés à Abidjan, on avait un laissez-passer que... on avait un laissez-passer. Ce

19 laissez-passer-là, c'est quand... quand on demande la permission à venir à Abidjan,

20 on nous donne ça. Voilà. Donc, quand on arrive à Abidjan, on essaie de *monter

21 même dans les bus avec. Le receveur aussi n'est pas d'accord, parce que c'est pas un

22 titre de transport, donc ça crée quelquefois des disputes entre eux et nous. Donc

23 c'est... ce jeune, il s'appelle... bon, c'est le nom de sa copine qu'on a mis sur lui, on l'a

24 surnommé Nadia. Donc, il a réfléchi, il a vu Nonzi, il a dit : « Au lieu que chaque fois

25 on ait des problèmes avec les gars de la SOTRA, tout ça, c'est mieux qu'on fasse au

26 moins une carte pour qu'on puisse nous reconnaître. » Donc c'est comme ça, Nonzi a

27 accepté puis on a fait la carte.

28 Q. [Link] D'accord.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 C'était quand, ça ? C'était à peu près quand ? Quand vous revenez... vous dites

2 quand vous revenez à Abidjan, mais en 2003 ?

3 R. [Link] En 2004... 2003, 2004.

4 Q. [Link] D'accord.

5 Mais ces cartes, en fait, elles étaient pas officielles, n'est-ce pas ?

6 R. [Link] Non, elles n'étaient pas officielles.

7 Q. [Link] Et tout le monde ne les reconnaissait pas, ne les acceptait pas, n'est-ce

8 pas ?

9 R. [Link] Franchement, il y en a qui les... qui les reconnaissaient, quand... si je dis

10 « reconnaissaient », qui... quand ils voient ces cartes, ils savent que cette carte

11 appartient à... à un combattant qui vient de l'Ouest. Voilà. Sinon, dire que...

12 reconnaître, franchement, même là, personne ne reconnaissait.

13 Q. [Link] D'accord.

14 Et quand vous nous avez parlé hier de l'hôpital, vous vous souvenez ?

15 R. [Link] Oui.

16 Q. [Link] C'était la même chose, vous avez tenté d’utiliser la carte à l'hôpital pour

17 essayer d’obtenir des soins ; c'est ça ?

18 R. [Link] Oui.

19 Q. [Link] Est-ce que vous connaissiez un médecin, vous, le groupe, est-ce que

20 vous connaissiez un médecin qui était sympathisant, qui vous a aidés ?

21 R. [Link] Oui, il y a... il y a un médecin qui nous a aidés.

22 Q. [Link] D'accord.

23 Alors, hier, vous nous avez dit avoir accepté de partir en 2003 à l'ouest parce qu'il y

24 avait la guerre.

25 R. [Link] Oui.

26 Q. [Link] Et parce que les populations avaient commencé à se faire tuer.

27 R. [Link] Oui.

28 Q. [Link] Donc ma question : qui tuait les populations ?

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1 R. [Link] C'étaient les éléments du MPIGO, les éléments du MPIGO.

2 Q. [Link] Alors, c'est quoi le MPIGO ?

3 R. [Link] C'est un mouvement rebelle ; je crois qu'il doit être apparenté au MPCI.

4 Ce qui est sûr, c'est un mouvement rebelle.

5 Q. [Link] D'accord.

6 Qui composait... Qui est-ce qui était dans ce mouvement ?

7 R. [Link] Bon, le frère de Maho nous a dit que c'est... c'est des Libériens, des

8 Libériens... des Yacouba libériens plus (phon.).

9 Q. [Link] D'accord.

10 Donc, pour être clair, ce que vous nous dites, c'est que des Libériens, des Yacouba

11 libériens, attaquent une partie de la Côte d'Ivoire, l'Ouest...

12 R. [Link] Oui.

13 Q. [Link] … et se mettent à tuer les populations, et c'est pour ça que vous êtes allé

14 là-bas ; c'est ça ?

15 R. [Link] Oui.

16 Q. [Link] Qui dirigeait ce mouvement — MPIGO ?

17 R. [Link] Je ne sais pas, mais j'ai entendu parler d'un certain Doh Félix — Doh

18 Félix —mais je sais pas qui c'est, mais c'est ce qui me... c'est ce qu'on disait : Doh

19 Félix, Doh Félix. Donc, je ne sais pas qui est Doh Félix, franchement.

20 Q. [Link] D'accord.

21 Quel était l'objectif du MPIGO ?

22 R. [Link] Ben... leur objectif... (inaudible) commencer, là, c'était pour exterminer

23 toute... toute la population de l'Ouest. Peut-être que je sais pas c'est pourquoi, mais

24 c'était pour exterminer toute la population à l'Ouest.

25 Q. [Link] D'accord.

26 À votre connaissance, ont-ils commis des crimes ?

27 R. [Link] Oui. J'ai reçu beaucoup de témoignages qui m'ont... qui m'ont fait savoir

28 qu'ils ont commis beaucoup de crimes.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Q. [Link] D'accord.

2 Est-ce qu'ils s'attaquaient aux populations civiles ?

3 R. [Link] Je crois que c'était aux populations civiles même qu'ils s'attaquaient le

4 plus.

5 Q. [Link] D'accord.

6 Vous avez dit tout à l'heure qu'ils... alors, j’ai pas exactement votre formulation...

7 qu'ils faisaient partie du même mouvement que le MPCI ; c'est ça ? Est-ce que vous

8 pouvez nous en dire plus ?

9 R. [Link] Oui.

10 Q. [Link] Ah.... Pardon, je vais vous citer pour être tout à fait clair. C'était la

11 page 20 des transcrits d'aujourd'hui —français — ligne 24.

12 Et je cite... Je cite, mais c'est parti.

13 Et je cite : « C'est un mouvement rebelle, je crois qu'il doit être apparenté à MPCI. »

14 Fin de citation.

15 Alors, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur les liens entre le MPCI et le

16 MPIGO ?

17 R. [Link] Bon, moi, à ma connaissance, le 18 septembre, la nuit, la Côte d'Ivoire

18 s'est fait attaquer. Ils ont tué les Ivoiriens d’ici jusqu'à Bouaké, ils sont allés

19 s'implanter à Bouaké. Moi, je me dis que c'est la *pieuvre qui a allongé ses... ses bras

20 jusqu'à l'Ouest. Parce que si c'était une force de défense, ils n'allaient pas avoir

21 affaire aux populations. Comme le... le MPCI est venu avoir affaire aux gens

22 d'Abidjan jusqu'à Bouaké, c'est comme ça ils ont lancé un autre groupe encore pour

23 avoir affaire à... aux gens à l'Ouest. Donc, voilà pourquoi j'ai... j'ai fait le lien. Voilà.

24 Q. [Link] D'accord.

25 Vous voulez dire que le MPCI aussi s'est attaqué aux populations ; c'est ça ?

26 R. [Link] Mais oui.

27 Q. [Link] Ils ont commis des exactions ; c'est ça ?

28 R. [Link] Oui.

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1 Q. [Link] Qui dirigeait le MPCI ?

2 R. [Link] Le MPCI était dirigé par Soro Guillaume.

3 Q. [Link] D'accord.

4 Le MPIGO dont on parle à l'instant, est-ce qu'il était soutenu par Charles Taylor ?

5 R. [Link] Franchement, je ne sais pas.

6 Q. [Link] Vous ne savez pas. D'accord.

7 Au moment où ça arrivait, en 2003, est-ce que ces rebelles dont vous parlez, donc ces

8 Libériens, occupent des villes ivoiriennes ?

9 R. [Link] Non, quand, nous, on arrivait, déjà, Bloléquin avait déjà été libéré. Plus

10 ou moins (phon.) ou tout ça (phon.) même, on nous parlait déjà de... qu'il y avait

11 encore des problèmes à Bangolo, voilà... Je crois à Man, il y avait encore des

12 problèmes là-bas.

13 Q. [Link] D'accord.

14 Devant... Alors, avant que vous arriviez, devant l'avancée des rebelles, est-ce que les

15 populations locales ont fui ?

16 R. [Link] Oui. Parce que quand, nous, on est arrivés à Guiglo, Guiglo était vide. Il

17 y avait un peu de personnes, mais Guiglo était vraiment vide.

18 Q. [Link] D'accord.

19 Et il n'y avait pas de FDS, d'armée, de gendarmes, de policiers pour défendre ces

20 populations ?

21 R. [Link] Il y en avait, mais ils n'étaient pas nombreux.

22 Q. [Link] Ils avaient fui aussi ou ils étaient restés là ?

23 R. [Link] D'autres ont quitté le terrain.

24 Q. [Link] D'accord.

25 Alors, je vais très brièvement mentionner ce que vous avez dit aux enquêteurs du

26 Bureau du Procureur.

27 C'est le document CIV-OTP-0085-1449, page 1481, lignes 1083 à 1093. Je peux répéter

28 si besoin est.

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1 Alors, je vais citer. Personne entendue, c'est-à-dire vous, Monsieur, vous dites :

2 « Ouais. L'Ouest était attaqué et puis la majorité des corps habillés avaient plié

3 bagage. »

4 Intervieweur 1 : « Mm-hm. »

5 Vous dites, Monsieur « Ouais. Donc l'Ouest était... comment je peux dire... le mot, là,

6 m'échappe.... c'est-à-dire l'Ouest était livré à lui-même, ouais. »

7 Intervieweur 1 : « Mm-hm. »

8 Et vous ajoutez : « Parce qu'il n'y avait pas les corps habillés, même pour pouvoir

9 défendre. » Fin de citation.

10 Donc, Monsieur, est-ce que vous confirmez ce que vous avez dit là ?

11 R. [Link] Oui, j'ai dit ça, mais... je peux continuer ?

12 Q. [Link] Bien entendu.

13 R. [Link] Voilà, j'ai dit ça, parce que si, dans un groupe, vous êtes au moins 12,

14 qu'il y en reste quatre, la majorité est partie. Voilà, c'est par... c'est pour ça que j'ai dit

15 ça. Sinon, il y avait des corps habillés, mais ils n'étaient pas nombreux.

16 Q. [Link] D'accord.

17 Et vous avez dit hier — et je vais vous citer, comme ça, les choses seront très claires...

18 ce sont les transcrits français d'hier, page 27, lignes 19 à 23.

19 Et je vais vous citer... plus exactement, là, vous allez répondre à une question, donc

20 voilà la question, je cite : « À l'époque, est-ce que le deuxième adjoint ou le maire

21 était là, à Guiglo ? »

22 Vous répondez : « C'est Maho seul qui est resté... qui était resté ; le maire, le premier

23 adjoint, le deuxième adjoint, tous ceux-là, je ne sais pas où ils étaient. » Fin de

24 citation.

25 Alors, ma question, Monsieur : que vouliez-vous dire par « Maho était le seul à être

26 resté » ? Est-ce que ça veut dire que tous les autres notables étaient partis ?

27 R. [Link] Maho est un... est du conseil... de la municipalité, donc le maire, qui est

28 le premier magistrat, le premier adjoint, le deuxième, tous ceux-là, eux n'étaient pas

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1 là. Donc c'est Maho seul qui était resté en tant que quelqu'un dans la... dans la

2 municipalité, dans la mairie. Voilà. Il était resté seul. Voilà, c'est ce que je voulais

3 dire.

4 Q. [Link] D'accord.

5 Est-ce que vous voulez dire que Maho seul a pris en charge la gestion de la ville face

6 à l'attaque rebelle, qu'il a pris la responsabilité, en quelque sorte ? Est-ce que c'est ça

7 que vous voulez dire ?

8 R. [Link] Oui, mais il était obligé, c'est sa... c'est sa circonscription. C'est vrai que

9 les autres sont partis, mais lui aussi, il va pas partir. Donc il a pris... il a pris le

10 courage de rester pour pouvoir gérer la tâche de la commune.

11 Q. [Link] D'accord.

12 Est-ce que Maho Glofiéhi était un chef coutumier ?

13 R. [Link] Oui, c'était un chef coutumier.

14 Q. [Link] D'accord.

15 Donc est-il juste de dire qu’à ce moment-là, à partir de l'attaque des rebelles, au

16 moment où l'attaque des rebelles a commencé, Maho est devenu, par le fait même, le

17 responsable de tout ce qui concernait la vie dans la ville, la défense de la ville, et

18 cetera, et cetera ?

19 R. [Link] Non, il y avait le colonel Yedess qui s'occupait de la défense de la ville.

20 Q. [Link] D'accord.

21 Donc, ce que vous nous dites est très clair. Est-il juste de dire que le FLGO est un

22 groupe d'autodéfense local qui s'est constitué face à l'attaque des rebelles ? Est-ce

23 que c'est juste de dire ça ?

24 R. [Link] C'est juste.

25 Q. [Link] D'accord. D'accord.

26 Une seconde.

27 Une question rapide : vous nous avez dit hier être parti à 27 d'Abidjan ; vous vous

28 souvenez ?

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 R. [Link] Oui, à 27.

2 Q. [Link] Ma question, simplement : est-ce qu'il y avait, parmi ces 27, des

3 personnes de toutes confessions, de toutes origines ethniques ?

4 R. [Link] Oui.

5 Q. [Link] D'accord.

6 Alors, vous nous avez parlé de... vous avez mentionné hier la présence de Libériens

7 à Guiglo en 2003. Ces Libériens dont vous nous avez parlé — vous vous souvenez

8 que vous en... nous vous en...

9 R. [Link] Oui.

10 Q. [Link] D’accord.

11 Ces Libériens dont vous nous avez parlé, ils étaient dans la région depuis quand ?

12 R. [Link] Bon, nous, on est arrivés en 2003 ; on les a trouvés là.

13 Q. [Link] Alors, je vais reformuler ma question.

14 Est-ce que c'étaient des réfugiés du Libéria, ces Libériens que vous avez trouvés ?

15 Est-ce qu'ils avaient fui, à un moment, le Libéria pour une raison ou pour une autre ?

16 Et si vous connaissez la raison, laquelle ?

17 R. [Link] Je crois que c'étaient les réfugiés libériens qui ont fui pendant la chute

18 du... de Samuel Doe, c'est ce que... c'est ce que Maho nous disait quelquefois.

19 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link]

20 Q. [Link] Pourquoi est-ce que vous pensez cela ? Qui vous l'a dit ?

21 R. [Link] Mais quelquefois, il nous arrive de nous asseoir avec Maho, essayer de

22 causer avec lui, voilà. Ça lui plaît, ça, il... il nous dit quelquefois comment le FLGO a

23 été... été créé, tout ça. Il nous dit. Donc c'est comme ça.

24 Q. [Link] Donc vous en avez entendu parler par Maho. C'est Maho... C'est Maho

25 qui vous a dit que ces Libériens étaient des réfugiés.

26 R. [Link] C'étaient des réfugiés libériens qui sont venus depuis la chute de

27 Samuel Doe. Voilà. Ils sont venus se réfugier en Côte d'Ivoire, ici. Et donc, quand la

28 Côte d'Ivoire a été attaquée, il a essayé de les croiser pour que les gars (phon.)

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 *puissent l'aider aussi pour protéger l'Ouest. Donc, c'est comme ça que... qu'il a pu

2 avoir ces gars.

3 Q. [Link] Oui, mais c'est Maho qui vous l'a dit, ou alors avez-vous parlé

4 vous-même avec ces Libériens ?

5 R. [Link] Non, j'ai pas parlé avec les Libériens. J'ai dit : quelquefois, on s'assoit

6 avec le... avec Maho pour causer avec lui quand il a un temps libre et puis, il lui

7 arrive de nous en parler.

8 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Très bien, merci.

9 Maître Altit, c'est à vous.

10 Me ALTIT : [Link] Merci, Monsieur le Président.

11 Si vous le permettez, Monsieur le Président, il semble qu'il y ait une... un léger

12 décalage entre la... entre les transcript français et anglais. Dans le transcript français, le

13 témoin dit — c'est page 26, ligne 13, des transcript d'aujourd'hui, bien entendu —, en

14 réponse à ma question : « Je crois que c'étaient les réfugiés libériens qui ont fui

15 pendant la chute de Samuel Doe, c'est ce que Maho nous disait quelquefois. »

16 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Enfin, c'est plus

17 ou moins ce qu'on a en anglais.

18 Me ALTIT : [Link] En fait, Monsieur le Président, quand vous avez... vous avez

19 tout à fait raison, mais quand vous avez posé la question, ce n'était pas transcrit, ce

20 que je viens de lire. C'est parce que vous avez posé qu'il y a eu une nouvelle réponse,

21 qui était la même, et que, maintenant, c'est transcrit.

22 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] O.K. très bien.

23 Me ALTIT : [Link] Merci, Monsieur le Président.

24 Q. [Link] Est-ce que vous savez, Monsieur, quand est tombé Samuel Doe, quand

25 il a perdu le pouvoir, en quelle année ?

26 R. [Link] Non, je ne me souviens plus.

27 Q. [Link] D'accord.

28 Ces Libériens qui avaient fui et qui étaient en Côte d'Ivoire — qui avaient fui depuis

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 longtemps, depuis la chute de Samuel Doe, et qui étaient en Côte d'Ivoire —, de

2 quelle ethnie étaient-ils, si vous le savez ?

3 R. [Link] Je ne sais pas, mais ce qui est sûr, ils ne doivent pas être des Yacouba du

4 Libéria, mais je ne sais pas de quelle ethnie ils étaient.

5 Q. [Link] Alors, je vais vous poser la question : est-ce qu'ils avaient, eux aussi,

6 tout à craindre de l'arrivée des Yacouba libériens du MPIGO ? Est-ce qu'ils

7 pouvaient craindre pour leur vie ?

8 R. [Link] Oui, ils pouvaient craindre pour leur vie.

9 Q. [Link] D'accord. Alors, je vais passer à autre chose.

10 Vous nous avez dit hier… vous nous avez raconté le... l'incident de la cathédrale.

11 R. [Link] Oui.

12 Q. [Link] Et vous nous avez dit avoir essayé, vous et d'autres, d'occuper la

13 cathédrale une seconde fois ; c'est ça ?

14 R. [Link] Mm-hm.

15 Q. [Link] Et vous nous avez précisé, je vais vous citer, c'est page 66 des transcript

16 français d'hier, lignes 23 à 25 : « On a prévu de faire grève de la faim — je cite,

17 hein —, on a prévu de faire grève de la faim. Il y a les éléments de la CRS qui nous

18 ont demandé de libérer les lieux. » Fin de la citation.

19 Donc, vous avez libéré les lieux, mais ma question : comment s'est passée

20 l'évacuation ?

21 R. [Link] Bon, ils nous ont forcés à libérer les lieux.

22 Q. [Link] Forcer comment ?

23 R. [Link] Avec des... des chicotes...

24 Q. [Link] Alors, pardon, Monsieur, je vais vous interrompre une seconde. Des

25 chicotes, nous savons ce que c'est, mais peut-être, pour le bénéfice... comme c'est un

26 mot un peu ivoirien, ce... vous pouvez nous dire ce que c'est ? Trouver un autre mot

27 pour... un synonyme ?

28 R. [Link] Bon. Les... Les ceinturons, ce qu'ils avaient comme des ceinturons, des...

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 des accessoires pour... pour parer à une... des trucs pour parer à une... à des émeutes.

2 Les ceinturons, les... c'est tout, quoi.

3 Q. [Link] Est-ce que vous voulez parler de matraques ?

4 R. [Link] Voilà.

5 Q. [Link] Est-ce qu'ils vous donnaient des coups de matraque ?

6 R. [Link] Il y en a qui ont reçu, il y en a qui ont... qui sont sortis sans avoir reçu un

7 coup, ce qui est sûr.

8 Q. [Link] D'accord.

9 Est-ce que vous avez été gazés ? Est-ce que vous avez reçu des gaz lacrymogènes ?

10 R. [Link] Oui.

11 Q. [Link] D'accord. Je vais encore passer à autre chose.

12 Vous nous avez parlé, Monsieur... Une seconde.

13 (Discussion au sein de l'équipe de la défense)

14 Alors, Monsieur, pardon. Alors, vous nous avez parlé d'un livre que vous étiez en

15 train... que vous aviez tapé.

16 R. [Link] Oui.

17 Q. [Link] D'accord.

18 Alors, première question : ce livre, est-ce que vous l'avez écrit seul ?

19 R. [Link] Oui, je l'ai écrit seul.

20 Q. [Link] D'accord.

21 Vous n'avez... Vous l'avez pas écrit en collaboration avec quelqu'un ?

22 R. [Link] Je l'ai écrit seul et j'ai eu quelqu'un qui m’a aidé à... à faire éditer.

23 Q. [Link] D'accord.

24 Qui est cette personne ?

25 R. [Link] C'est M. Arnaut Karel.

26 Q. [Link] Et qui est Arnaut Karel ?

27 R. [Link] Karel Arnaut, c'est... il est belge et il doit être professeur à l'université.

28 Q. [Link] D'accord.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Où l'avez-vous rencontré, Karel Arnaut ?

2 R. [Link] Je l'ai rencontré aux Lauriers.

3 Q. [Link] Et qu'est-ce qu'il faisait aux Lauriers ?

4 R. [Link] Bon, il m’a dit qu'il avait reçu une information qu'il y a des... il y a des

5 ex-combattants qui dorment aux Lauriers dans des maisons inachevées. Donc, il s'est

6 fait accompagner par un jeune, un jeune étudiant, puis ils sont arrivés. Donc, il m’a

7 demandé... il a essayé de... de demander pourquoi on se... on se retrouvait ici,

8 comment est-ce qu'on vit. Donc, moi, j'ai... j'ai essayé de lui expliquer. Donc, c'est un

9 de mes amis qui m'a... qui lui a dit... mais... qui m'a dit : « Mais ce dont tu lui parles,

10 là, est-ce que c'est pas ce que tu as écrit dans ton livre ? » Donc, moi, j'ai dit : « Le

11 frère est venu savoir ce qui se passe. Il n'est pas venu pour parler de mon livre. »

12 Voilà. Je vais lui... On lui explique ce que... ce qui s'est passé, comment on est allés à

13 l'ouest, comment on est venus, ce qui a fait qu'on est dans les... dans les maisons

14 inachevées, ici. Voilà. Donc, il n'a pas parlé de livre. Donc, on... Je lui ai expliqué à

15 peu près tout.

16 C'est après, le lendemain, il a appelé pour dire : ah, franchement, il veut jeter un

17 coup d'œil sur ce que j'ai écrit. Donc, c'est comme ça que, lui et moi, on s'est croisés

18 et je lui ai montré. C'était sur des bouts de papier que je notais au fur et à mesure. Je

19 lui ai montré, il a aimé et il m’a demandé qu'est-ce que je voulais qu'on fasse. Je lui ai

20 dit que : ah, franchement, je voulais le faire éditer parce que c'est important qu'il soit

21 édité, parce que, à cause... à cause de ce qui s'est passé, là, il y a des parents qui ont

22 renié leurs enfants, il y a des gens qui ont perdu leur boulot, il y a des femmes qui

23 ont quitté leur mari, voilà. Ils ne savent... Ils ne savent pas pourquoi... ce qu'on...

24 pourquoi on s'est levés puis on est allés à l'ouest, parce qu'on s'est pas levés comme

25 ça pour aller à l'ouest, c'est parce qu'il y avait quelque chose. Voilà pourquoi on s'est

26 levés pour aller à l'ouest. Donc, peut-être qu'avec ce livre, les parents pourront

27 pardonner à leurs enfants, les copines pourront revenir à leur gars. C'est comme ça.

28 C'est comme ça qu'il a... qu'il m’a aidé à faire le livre.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Q. [Link] D'accord.

2 Vous a-t-il donné de l'argent, Karel Arnaut ?

3 R. [Link] Karel me donnait de l'argent. Même une fois, même, il a... il a... au

4 départ, quand on a commencé, je lui ai dit : « Ah, mon grand, franchement, le livre

5 m'importe beaucoup, donc affaire d'argent, là... », il a dit : « Mon petit, tu travailles

6 pas, tu n'as rien. Moi, ce que je peux faire, c'est te venir en aide. » Voilà. Donc, c'est

7 par rapport à ça que le grand (inaudible)... le grand frère m’a envoyé un peu d'argent

8 au fur et à mesure pour que je puisse me gérer avec, quoi.

9 Q. [Link] D'accord.

10 Est-ce que Karel Arnaut a eu un rôle dans vos contacts avec le Bureau du

11 Procureur ?

12 R. [Link] Oui, Karel m’a dit qu'il a contacté le... le Bureau du Procureur et qu'ils

13 vont m'appeler. Je lui ai dit que je suis disponible. Et après, les premiers enquêteurs

14 qui m'ont appelé pour les préliminaires, je ne sais pas comment on appelle ça, on a

15 discuté et puis... jusqu'à maintenant.

16 Q. [Link] D'accord.

17 Est-ce que vous savez si Karel Arnaut a lui-même travaillé pour le Bureau du

18 Procureur ?

19 R. [Link] Karel Arnaut, je ne sais pas s'il a travaillé pour le Procureur. Ce que je

20 sais de Karel Arnaut, c'est qu'il est professeur à l'université, c'est un chercheur qui

21 aime la Côte d'Ivoire, point.

22 Q. [Link] D'accord.

23 Avez-vous parlé à Karel Arnaut de votre témoignage devant la CPI ?

24 R. [Link] Oui, je lui en ai parlé.

25 Q. [Link] De quand date votre première rencontre avec les enquêteurs du Bureau

26 du Procureur ?

27 R. [Link] En 2015.

28 Q. [Link] D'accord.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Donc, si j'ai bien compris ce que vous nous avez dit avant, c'est Karel Arnaut qui

2 était l'intermédiaire entre vous et les enquêteurs du Bureau du Procureur ; c'est ça ?

3 R. [Link] Karel m’a dit qu'il a contacté les gars du Bureau, qu'ils vont m'appeler.

4 Voilà. Une fois, après ça, il n'était plus là-bas. Quand les gars voulaient me voir, ils

5 m'appelaient, on se rencontrait.

6 Q. [Link] D'accord.

7 Quel était l'objet de la première réunion avec les enquêteurs du Bureau du

8 Procureur ?

9 R. [Link] J'ai dit, c'étaient le préliminaire, poser les... les petites questions.

10 Q. [Link] D'accord.

11 Est-ce que vous avez signé un document à l'issue de cette première rencontre ?

12 R. [Link] Oui, chaque fois qu'on se croisait, je signais le document.

13 Q. [Link] D'accord.

14 Quand avez-vous revu les enquêteurs du Bureau du Procureur, après ça ?

15 R. [Link] C'était ce... je crois le mois passé, avant que je vienne ici.

16 Q. [Link] D'accord.

17 Vous voulez dire en juillet 2017 ; c'est ça ?

18 R. [Link] Voilà, fin juin, début juillet, comme ça.

19 Q. [Link] Je vais vous demander qui était présent, mais je vais pas vous

20 demander de nom. Vous pouvez me dire un premier enquêteur du Bureau du

21 Procureur, un second enquêteur, et puis s'il y a d'autres personnes présentes,

22 dites-moi, par exemple un... un traducteur, par exemple Karel Arnaut s'il était là ou

23 quelqu'un d'autre. Dites-moi, mais ne dites pas les noms. D'accord ?

24 R. [Link] Non, Karel n'était pas là. Il y a... il y avait... D'abord, j'ai croisé deux

25 jeunes, deux personnes ; après j'ai croisé un homme et une… une femme. Après,

26 encore, j'ai croisé un homme et une femme. Dernièrement, j'ai croisé un homme et

27 puis une femme.

28 Q. [Link] Si je comprends bien ce que vous dites, vous avez vu, donc, six

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 enquêteurs différents du Bureau du Procureur ; c'est ça ?

2 R. [Link] Non.

3 Q. [Link] Non ?

4 R. [Link] Non.

5 Q. [Link] Au... Au cours des différentes réunions, j'entends, hein.

6 M. MacDONALD (interprétation) : [Link] (Intervention non interprétée)

7 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Une minute.

8 Monsieur MacDonald.

9 M. MacDONALD (interprétation) : [Link] Pourrions-nous passer, s'il vous plaît, à

10 huis clos partiel ?

11 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] C'est exactement

12 ce que j'allais demander.

13 Q. [Link] Connaissez-vous les noms, Monsieur le témoin ?

14 R. [Link] Il y en a dont je connais les noms...

15 Q. [Link] Je vous demande juste de répondre si vous... oui ou non. Vous

16 connaissez les noms.

17 Très bien.

18 Dans ce cas-là, nous allons passer à huis clos partiel, pour les noms.

19 (Passage en audience à huis clos partiel à 10 h 45)

20 (Expurgé)

21 (Expurgé)

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience à huis clos partiel) ICC-02/11-01/15

1 (Expurgé)

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3 (Expurgé)

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25 (Expurgé)

26 (Expurgé)

27 (Passage en audience publique à 10 h 48)

28 M. LE GREFFIER (interprétation) : [Link] Nous sommes en audience publique,

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Monsieur le Président.

2 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Merci.

3 Maître Altit, c'est à vous.

4 Me ALTIT : [Link] Merci, Monsieur le Président.

5 Q. [Link] Monsieur le témoin, est-ce que vous avez donné les noms d'autres

6 témoins potentiels au Bureau du Procureur à l'occasion de vos rencontres ?

7 R. [Link] Non.

8 Q. [Link] D'accord.

9 Est-ce qu'on vous a fait... Est-ce que les représentants du Bureau du Procureur vous

10 ont fait des promesses pour vous encourager à coopérer avec le... avec ce bureau ?

11 R. [Link] Non.

12 Q. [Link] D'accord.

13 Avez-vous signé un accord vous promettant que vous ne seriez pas poursuivi si

14 vous coopériez avec le Procureur ?

15 R. [Link] Non.

16 Q. [Link] D'accord.

17 Me ALTIT : [Link] Monsieur le Président, Madame, Monsieur, je crois que j’en ai

18 terminé.

19 Et, Monsieur le témoin, je vous remercie de votre obligeance d'avoir bien voulu

20 répondre manière aussi précise à mes questions.

21 LE TÉMOIN : [Link] Merci à vous-même.

22 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Merci, Maître

23 Altit.

24 Oui, j'avais raison, hier, de vous donner la parole pendant 20 minutes. Sinon, on

25 n’aurait pas pu prendre une pause anticipée, mais nous allons pouvoir le faire, parce

26 que je pense qu'il ne sert à rien de travailler 10 minutes avant la pause. Donc, nous

27 allons faire la pause maintenant et nous reprendrons à 11 h 30 pour l'interrogatoire

28 de la Défense de M. Blé Goudé. La séance est levée, pour l'instant.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Mme L'HUISSIER : [Link] Veuillez vous lever.

2 (L'audience est suspendue à 10 h 50)

3 (L'audience est reprise en public à 11 h 36)

4 Mme L'HUISSIER : [Link] Veuillez vous lever.

5 Veuillez vous asseoir.

6 (Le témoin est présent dans le prétoire)

7 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Bonjour.

8 Rebonjour, Monsieur le témoin.

9 Je donne immédiatement la parole à la Défense de M. Blé Goudé. Donc, Monsieur

10 Knoops, vous avez la parole.

11 Me KNOOPS (interprétation) : [Link] L'interrogatoire au nom de l'équipe de

12 défense de M. Blé Goudé sera effectué par M. Zokou et, ensuite, j'aurai quelques

13 questions à poser et, au total, nous pensons que cet interrogatoire devrait durer

14 45 minutes. *Donc, j'informerai la Chambre du moment et... la comparution du

15 nouveau... prochain témoin.

16 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Merci beaucoup.

17 Eh bien, une fois fini votre contre-interrogatoire, il y aura évidemment la possibilité

18 de questions supplémentaires de la part du Bureau du Procureur s'il le souhaite,

19 mais nous devrions avoir fini avant la fin de la prochaine séance. Et par conséquent,

20 je voudrais demander à l'huissier d'audience de... d'alerter l'Unité des victimes et des

21 témoins sur le fait que le témoin devrait arriver une demi-heure plus tôt, à 14 heures.

22 Ce n'est pas que nous allons gagner une demi-heure, mais nous aurons donc une

23 pause déjeuner plus courte d'une demi-heure, donc à 14 heures au lieu de 14 h 30, de

24 telle sorte que nous puissions terminer plus tôt cet après-midi.

25 Est-ce que ceci convient à tous ? Très bien.

26 Maître Zokou, vous avez la parole.

27 Me ZOKOU : [Link] Bonjour, Monsieur le Président. Bonjour, Mesdames et

28 Messieurs de la Cour.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 QUESTIONS DE LA DÉFENSE

2 PAR Me ZOKOU : [Link]

3 Q. [Link] Bonjour, Monsieur le témoin.

4 R. [Link] Bonjour, Maître.

5 Q. [Link] Voilà. Comme vous l'avez entendu, je suis maître Zokou Séri, je suis

6 avocat au barreau de Bruxelles et je représente ici Monsieur le ministre Charles Blé

7 Goudé.

8 R. [Link] Et moi, je réponds au nom de Digbo Foua Mathias.

9 Q. [Link] Enchanté, Monsieur, Digbo Foua Mathias.

10 Mes questions vont consister à vous demander des précisions, c'est pour cela qu'on

11 sera bref. Et les premières précisions vont porter sur la situation à l'ouest.

12 R. [Link] O.K.

13 Q. [Link] Vous avez fait mention de ce que, à l'ouest — lorsque vous répondiez à

14 Me Altit —, on retrouvait des Yacouba libériens et des Yacouba ivoiriens ?

15 R. [Link] Oui.

16 Q. [Link] Est-ce que, de la même façon, on retrouvait également des Guéré

17 libériens ?

18 R. [Link] Non.

19 Q. [Link] De l'autre côté de la frontière ivoirienne, donc au Libéria, il n'y avait

20 pas... il n'y avait pas de Guéré également, donc des gens qui parlaient la même

21 langue que les Guéré de Côte d'Ivoire ?

22 R. [Link] Si, si, il y en avait.

23 Q. [Link] Voilà. Ces Guéré, donc, qu'on retrouve de part et d'autre, on peut

24 considérer que ce sont des parents, des gens qui parlent la même langue, qui ont la

25 même culture ?

26 R. [Link] Oui, bien sûr.

27 Q. [Link] Du fait, donc, de cette parenté, lorsque des événements se passent de

28 l'autre côté de la frontière, comme vous l'avez décrit en disant que les Yacouba

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 libériens attaquaient les Guéré en Côte d'Ivoire, les Guéré libériens dont vous avez

2 dit qu'il y en avait également au Libéria, mais qu'il y a eu des réfugiés en Côte

3 d'Ivoire, quelle est leur réaction ?

4 R. [Link] Leur réaction ?

5 Q. [Link] Par rapport aux attaques qui sont menées contre leurs frères de Côte

6 d’Ivoire et contre eux-mêmes en Côte d'Ivoire par les Yacouba libériens ?

7 R. [Link] Vous parlez des Guéré de la Côte d'Ivoire ou les Guéré du Libéria ?

8 Q. [Link] Les Guéré de la Côte d'Ivoire et leurs alliés guéré, leurs frères, leurs

9 parents guéré du Libéria, ils se retrouvent avec eux. Ils font quoi ? Ils se défendent ?

10 R. [Link] Oui, je crois qu'ils se défendaient.

11 Q. [Link] Dans cette région de l'Ouest, vous avez parlé du MPIGO.

12 R. [Link] Oui.

13 Q. [Link] Comme mouvement rebelle.

14 R. [Link] Oui.

15 Q. [Link] Est-ce que vous avez entendu parler d'autres mouvements rebelles

16 comme le MJP par exemple ?

17 R. [Link] Oui, j'ai entendu parler du MJP.

18 Q. [Link] Et le MJP était — si je vous comprends bien — un mouvement rebelle

19 également qui combattait aux côtés ?

20 R. [Link] C'étaient les gars du MPIGO, ils s'étaient... ils étaient alliés aussi au

21 MPIGO.

22 Q. [Link] Est-ce que durant cette période... parce que vous êtes resté à l'Ouest,

23 vous, vous avez dit tout à l'heure que vous avez eu à discuter beaucoup avec Maho,

24 et durant cette période, vous-même, est-ce que vous avez, à votre connaissance, vous

25 avez eu connaissance de massacres ou (phon.) de civils perpétrés par... par ces

26 groupes ?

27 R. [Link] Bon, une fois, on était... puisque aussi j'ai entendu parler... parce qu'une

28 fois, on était au palais de justice et il y a des militaires qui venaient, je crois, de

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Bloléquin... Ils venaient de Bloléquin et ils ont trouvé une fillette, je crois elle devait

2 avoir 10 ans comme ça, ils l'ont trouvée, elle était à moitié égorgée. Donc ils l'ont

3 prise, elle était encore vivante... parce qu'ils l'ont égorgée juste sur... par-derrière, ils

4 l'ont envoyée au poste de commandement. Elle parlait le guéré... pardon, elle parlait

5 le baoulé, elle parlait le baoulé. Donc ils ont trouvé un traducteur, puis c'est ce

6 traducteur-là qui a dit que la petite... les gars sont arrivés dans leur campement, ils

7 ont tué ses parents et, elle, ils l'ont égorgée. Donc, je crois qu'il y a un... il y a un

8 groupe qui a été dépêché dans le campement là-bas. Donc ils sont allés, ils ont trouvé

9 des cadavres... ils ont trouvé plein de gens, parce que ça devait être un campement

10 d'au moins trois à quatre cases, c'est ce qui nous a été rapporté. Ils ont trouvé des

11 cadavres, tout ça, là-bas. Voilà.

12 Q. [Link] Dans le même ordre d'idées, est-ce que vous avez entendu plus

13 précisément parler, par exemple, des massacres de Guitrozon, Petit Duékoué, qui se

14 situent autour des années 2005, par là ?

15 R. [Link] Oui, j'ai entendu parler, j'ai entendu parler.

16 Q. [Link] Est-ce que vous avez entendu parler également de certains acteurs

17 qu'on accusait d'avoir commis un certain nombre de massacres contre les

18 populations ivoiriennes, notamment un certain Sam Bokaré (phon.) qui était un

19 Libérien qui... qui avait combattu avec Taylor et dont on disait qu'il avait agi

20 également à l'Ouest ? Vous avez entendu parler ?

21 R. [Link] Oui, j'ai entendu...

22 M. MacDONALD (interprétation) : [Link] Monsieur le Président.

23 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] (Intervention non

24 interprétée).

25 M. MacDONALD (interprétation) : [Link] Pouvons-nous poser des questions au

26 lieu de plaider en posant les questions ? Est-ce que nous connaissons ces personnes ?

27 Qu'est-ce qu'il a fait ? A-t-il fait quelque chose ? *Ce que fait mon collègue, c’est

28 verser des éléments au dossier au lieu d'essayer d'obtenir des éléments de preuve

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 qui émaneraient du témoin lui-même.

2 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Maître Zokou,

3 souhaitez-vous répondre à cela ?

4 Me ZOKOU : [Link] Je... J'avance dans mon interrogatoire, Monsieur le Président.

5 Je... Je ne trouve pas utile et nécessaire de répondre.

6 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Oui. Eh bien, je

7 crois pouvoir dire qu'il y a effectivement des questions. La question, par exemple,

8 « avez-vous entendu parler de certaines personnes » ou bien « comment avez-vous

9 eu... connu certains faits ? » Ce sont des questions, mais poursuivez, s'il vous plaît.

10 Me ZOKOU : [Link] Merci, Monsieur le Président.

11 Q. [Link] Monsieur le témoin, à propos de Maho Glofiéhi, vous avez dit, en

12 précisant qui il était, son rôle, ceci — je vais vous le rappeler et puis je vais poser mes

13 questions.

14 R. [Link] O.K.

15 Me ZOKOU : [Link] Pour les besoins de la cause et de l'enregistrement, je fais

16 référence à la déclaration du témoin qui se situe à CIV-OTP... Disons, c'est à la

17 page 1695 de la déclaration. Et je fais référence spécifiquement aux

18 lignes 1141 jusqu'à la ligne 1151. Et je vais même surtout commencer à la ligne 1147.

19 Q. [Link] Donc, Monsieur le témoin...

20 M. LE GREFFIER (interprétation) : [Link] Puis-je demander à... au conseil de la

21 Défense de répéter la cote afin qu'elle soit complète ? Merci.

22 Me ZOKOU : [Link] Je suis à... à la page 5... 1695 de la déclaration du témoin. Et

23 donc, je fais référence spécifiquement aux lignes 1147 à 1152.

24 Q. [Link] Donc, Monsieur le témoin, l'intervieweur vous demandait : « Et donc,

25 Maho Glofiéhi, il faisait partie de ces autorités » — c'est à propos d'une visite à

26 Guiglo. Et vous avez dit : « Oui, il est chef coutumier, oui. Il était le troisième adjoint

27 au maire. »

28 L'intervieweur 2 : « Oui ».

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Vous répondez : « Comme j'ai dit, et puis c'était le chef coutumier du

2 Moyen-Cavally ».

3 Intervieweur 2 : « D'accord, voilà. ».

4 Vous vous souvenez d'avoir donné cette information ?

5 R. [Link] Oui, oui.

6 Q. [Link] Est-ce que vous pouvez... la région du Moyen-Cavally, est-ce que vous

7 pouvez la préciser pour plus de facilité pour la Cour et pour nous tous ? Quelles sont

8 les principales villes, à quoi correspondent-elles, un peu ?

9 R. [Link] Bon, moi, ma connaissance de... de la région du Moyen-Cavally,

10 Duékoué, Bangolo, Guiglo, Bloléquin, Zagné, Taï, Toulepleu. Voilà, et puis d'autres

11 aussi. Mais c'est essentiellement là que je connais.

12 Q. [Link] Donc, si j'ai bien compris, c'est... c'est le grand Ouest ?

13 R. [Link] C'est le grand Ouest.

14 Q. [Link] Et Maho était, donc, le chef coutumier de ce grand Ouest ?

15 R. [Link] Oui.

16 Q. [Link] Ce qui veut dire qu'il était d'abord chef de sa région et, ensuite, chef de

17 tous les chefs de la région.

18 R. [Link] De la région, oui.

19 Q. [Link] Et cette région, c'est, en gros, la région des Wê, il était le chef de ces Wê ;

20 c'est ça ?

21 R. [Link] Oui, c'est ça.

22 Q. [Link] D'accord.

23 Et en tant que chef de toute cette région et de ce peuple, Maho avait-il des activités

24 dans ce cadre ?

25 R. [Link] Oui, il lui arrivait de... d'inviter quelquefois ses pairs pour parler de ce

26 qui concerne la région. Voilà.

27 Q. [Link] Si je me fie à votre nom, vous êtes également de l'Ouest, n'est-ce pas ?

28 R. [Link] Oui, je suis gouro.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Q. [Link] Le chef coutumier, ses fonctions, ses missions, quelles sont-elles ?

2 R. [Link] Bien, le chef coutumier, il a... il a plusieurs fonctions. C'est lui qui... bon,

3 c'est lui qui... qui reçoit les autorités quand elles viennent, c'est lui qui convoque ses

4 pairs quand il y a quelque chose à décider, c'est lui aussi qui est, de temps à autre, en

5 contact avec la jeunesse pour pouvoir... Voilà.

6 Q. [Link] Est-ce qu'on va aussi... on peut aussi aller régler des litiges chez le chef

7 coutumier ?

8 R. [Link] Oui, on règle des litiges chez le chef coutumier.

9 Q. [Link] Les populations peuvent... peuvent-elles aller voir le chef coutumier

10 pour régler les problèmes, cela en dehors de l'État ? C'est-à-dire que les populations

11 peuvent-elles choisir, par exemple, d'aller voir un chef coutumier quand il y a un

12 problème pour demander sa... sa médiation ou sa solution ?

13 R. [Link] Oui.

14 Q. [Link] Pouvons-nous dire, si je comprends ce que vous dites, que le chef

15 coutumier joue un rôle de protection des populations...

16 R. [Link] Oui.

17 Q. [Link] ... sous son... sous son allégeance ?

18 R. [Link] Oui.

19 Q. [Link] Concernant, toujours, donc M. Maho, vous dites également qu'il est 3e

20 adjoint au maire.

21 R. [Link] Oui.

22 Q. [Link] Et vous avez abondamment expliqué son rôle tout à l'heure, je ne vais

23 pas y revenir. Je voudrais simplement savoir si, dans le cadre de cette fonction de

24 3e adjoint au maire, si M. Maho avait un certain nombre d'activités auxquelles vous

25 avez pu assister ou bien dont vous avez eu connaissance à différents moments,

26 notamment des activités au service de la population ou dans la ville.

27 R. [Link] Quelquefois, il organisait des séminaires où il invitait des... les

28 populations pour échanger avec elles.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Q. [Link] Nous nous accordons donc sur le fait que Maho avait des activités de

2 chef coutumier, des activités politiques publiques ; c'est bien ça ?

3 R. [Link] Oui.

4 Q. [Link] D'accord.

5 D'accord. Monsieur le témoin, je vais montrer une photo que vous avez déjà vue, qui

6 vous a été montrée hier.

7 Me ZOKOU : [Link] Pour les besoins de l'enregistrement, il s'agit, donc, de la

8 photo sous CIV-OTP-0044-0101. Oui. Ce n'est pas une photo, c'est un arrêt sur image,

9 bien entendu, et qui se situe à la minute 39:58. Donc, il n'y aura pas de son, vu qu'il

10 n'y aura pas de vidéo. Et nous allons prendre la main pour pouvoir le faire.

11 (Le greffier d'audience s'exécute)

12 (Diffusion de la vidéo, arrêt sur image)

13 M. LE GREFFIER (interprétation) : [Link] L'élément de preuve est visible sur

14 « Evidence 2 ».

15 Me ZOKOU : [Link] Merci, Monsieur le greffier.

16 Q. [Link] Monsieur le témoin, est-ce que vous avez la photo ?

17 R. [Link] Oui, j'ai la photo.

18 Q. [Link] Selon vous, cette photo est pris... est-elle prise dans un endroit privé ou

19 public ?

20 R. [Link] Dans un endroit public.

21 Q. [Link] Alors, cette présence de M. Maho dans un endroit public aux côtés de

22 M. Charles Blé Goudé et d'autres personnes, est-ce que ça a... c'est le type d'activités

23 dont vous parliez de M. Maho, c'est-à-dire des activités publiques en tant qu’homme

24 politique ?

25 R. [Link] Oui, Maho, ce sont ces activités-là. Des fois même, il a fait... il appelle la

26 population publiquement, et il cause.

27 Q. [Link] Je vous remercie.

28 Me ZOKOU : [Link] La photo peut être retirée.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 (Le greffier d'audience s'exécute)

2 Q. [Link] Monsieur le témoin, je vais passer à un autre petit point relatif à votre...

3 à la question de désarmement et de la démobilisation...

4 R. [Link] Oui.

5 Q. [Link] ... et du fait qu’on devait vous remettre une somme, si vous étiez

6 démobilisé.

7 R. [Link] Oui.

8 Q. [Link] Vous vous souvenez de cela ?

9 R. [Link] Oui, je me souviens.

10 Q. [Link] Est-ce que vous avez entendu parler du DDR, Démobilisation...?

11 R. [Link] Oui, c'était le programme du DDR.

12 Q. [Link] Voilà. C'est ça je voulais savoir. C'était donc le programme du DDR,

13 c'est dans ce cadre que, si on vous démobilisait, vous deviez recevoir un pécule ; c'est

14 bien ça ?

15 R. [Link] Oui, c'est ça, c'est ça.

16 Q. [Link] Voilà, c'est bien compris.

17 Cette somme qui devait sanctionner le DDR, donc votre démobilisation, elle

18 émanait... elle devait venir de qui : de l'État ou...?

19 R. [Link] Je crois c'était des Nations Unies. Cette somme devait venir des Nations

20 Unies, parce que je crois que c'est eux qui organisaient le programme. Donc, cette

21 somme devait venir des Nations Unies.

22 Q. [Link] Et ce processus concernait-il seulement les ex-combattants dont vous...

23 vous faisiez partie ou concernait l'ensemble des combattants, notamment des forces

24 rebelles qui pouvaient être démobilisées également, à votre connaissance ?

25 R. [Link] Mais ça concernait tout le monde. Ça concernait tout le monde.

26 Q. [Link] Vous avez fait état de ce que, finalement, le processus ne semble pas

27 s'être appliqué à vous. Est-ce que vous aviez... Est-ce que vous avez eu connaissance

28 à des raisons ?

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 R. [Link] Ils nous ont seulement dit que le... le... le processus a été interrompu,

2 hein, qu'on garde patience pour que ça... que ça va reprendre. C'est ce qui a fait que

3 même... que je suis resté de 2006 jusqu'en 2008 à Guiglo. J'espérais qu'un jour, ça

4 allait reprendre et puis on allait recevoir quelque chose avant de revenir sur Abidjan.

5 Q. [Link] Avez-vous, à cette occasion ou en d'autres occasions, entendu parler du

6 fait qu'il y avait eu des difficultés financières, notamment qui ont fait obstacle à ce

7 que ce processus n'aille pas à son terme ?

8 R. [Link] Non, ils nous ont seulement dit que le processus a été interrompu et que

9 le processus va reprendre.

10 Q. [Link] D'accord.

11 Je vous remercie, Monsieur le témoin.

12 À la suite de l'arrêt de vos activités, vous avez fait état auprès de mon confrère... à

13 mon éminent confrère Me Altit de ce que vous vous adonnez à un certain nombre

14 d'activités.

15 R. [Link] Oui.

16 Q. [Link] Est-ce que vous pouvez rappeler lesquelles ?

17 R. [Link] J'étais aide-maçon. J'étais sur le chantier des Lauriers en tant que

18 aide-maçon.

19 Q. [Link] *Est-ce également en cette qualité d'aide-maçon donc vous dites que

20 c'était pour vous défendre...

21 R. [Link] Oui.

22 Q. [Link] ... que vous vous êtes retrouvé sur le campus ?

23 R. [Link] Non. D'abord, j'étais allé pour faire taper mon livre, voilà, parce que

24 mon ami Karel Arnaut, il m'a confié à un de ses petits qui s'appelle Adjallou. Donc,

25 en ce moment, moi, je ne savais pas taper sur le clavier, donc, c'est Adjallou qui

26 tapait le manuscrit pour moi. Voilà. C'est comme ça que je me suis retrouvé à

27 l'université.

28 Q. [Link] Est-ce Adjallou qui vous aide alors à travailler sur le chantier dont vous

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 avez parlé à l'université, le chantier de peinture des résidences ?

2 R. [Link] Ah ! Non, c'est un jour, en allant pour travailler sur mon livre que j'ai

3 croisé un… un camarade qui est sur le chantier et qui est peintre, voilà. Il s'appelle

4 Souley Bernard. Il m'a dit : « Ah » que lui il est venu ici parce qu'il y a un gombo de...

5 de peinture. Donc, on est allés ensemble. Voilà. Et les gars nous ont confié un

6 bâtiment. C'est là, comme ça, je suis devenu peintre, j'ai commencé à travailler là-bas

7 aussi.

8 Me ZOKOU : [Link] Pour les besoins des oreilles non ivoiriennes, le client... le

9 témoin a fait était de « gombo ».

10 Q. [Link] Est-ce que vous pouvez expliquer un peu ce que c'est qu'un gombo en

11 langage abidjanais ? Je ne sais pas si (inaudible) directement, mais, sinon, c'est

12 abidjanais ; c'est ça ?

13 R. [Link] Oui, c'est...

14 Q. [Link] Vous pouvez expliquer ?

15 R. [Link] ... pour dire qu'il y a un... c'est un petit boulot, voilà, il y a un boulot à

16 faire, un travail. Voilà. Donc, c'est comme ça que lui et moi, on est allés.

17 Q. [Link] Lorsque vous vous retrouvez tous sur ce chantier, vous n'êtes plus en

18 relation avec le FLGO, non ?

19 R. [Link] Non, depuis que je suis revenu, cette histoire de FLGO était finie. Voilà.

20 Q. [Link] Votre recrutement, donc, si je comprends bien, ce n’est pas un

21 recrutement dans le cadre du FLGO ?

22 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] (Intervention non

23 interprétée)

24 Me ZOKOU : [Link] (Intervention non interprétée)

25 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Le micro de

26 l'interprète n'était pas allumé, apparemment.

27 Me ZOKOU : [Link]

28 Q. [Link] Vous avez compris ma question ou je dois répéter ?

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1 R. [Link] Oui, répétez-moi, s'il vous plaît.

2 Q. [Link] Quand vous êtes recruté sur le chantier, on ne vous... vous n'êtes pas

3 recruté en tant que FLGO ?

4 R. [Link] Non, non, je n'étais pas recruté comme... en tant que FLGO.

5 Q. [Link] Le chef de chantier, Dosso, il n'a rien à voir avec le FLGO, non plus ?

6 R. [Link] Non, le chef Dosso même, c'est sur le chantier même que... que je l'ai

7 connu.

8 Q. [Link] Donc, sur ce chantier, vous parlez d'une visite, donc, qui est la visite de

9 M. Charles Blé Goudé ?

10 R. [Link] Oui.

11 Q. [Link] Et vous faites une photo à cette occasion.

12 R. [Link] Oui.

13 Q. [Link] Lorsque M. Charles Blé Goudé arrivait là, est-ce que vous aviez... est-ce

14 qu'il venait pour vous voir, vous, personnellement, qui travailliez là ou bien il venait

15 juste comme ça ?

16 R. [Link] C'est ce que j'ai dit là. Charles Blé Goudé, c'est un ancien universitaire,

17 c'est un ancien étudiant, il a encore des amis là-bas. Voilà. Il se pourrait même qu'il

18 soit venu pour voir les amis et puis il est tombé sur le boulot. Voilà. Et puis la photo,

19 c'est les... c'est des... c'est les... c'est des trucs il ne faut pas rater. Un gars comme

20 Charles Blé Goudé comme ça là, s'il est quelque part que... qu'il y a photo à prendre,

21 mets-toi dedans, parce que c'est trop grand, quoi, franchement. Donc, c'est la raison

22 même pour laquelle j'ai pris la photo avec lui.

23 Q. [Link] Est-ce que vous appréciez Charles Blé Goudé, comme personne ?

24 R. [Link] Je l'admire, oui. Je l'admire, sérieusement.

25 Q. [Link] Monsieur le témoin, je vous remercie de vos réponses. Je n'ai plus

26 d'autres questions à vous poser. Je voudrais vous remercier pour votre contribution

27 à l'établissement de la vérité. Et je vais laisser la place à Me Knoops.

28 R. [Link] O.K.

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1 Q. [Link] Merci.

2 Me ZOKOU : [Link] Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs de la Cour,

3 j'en ai terminé.

4 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Merci beaucoup.

5 Maître Knoops, vous avez la parole.

6 Me KNOOPS (interprétation) : [Link]

7 Q. [Link] Bonjour, Monsieur le témoin.

8 Je m'appelle Alexander Knoops, je suis membre du barreau du Royaume des

9 Pays-Bas et, par ailleurs, conseil de M. Blé Goudé. J'ai quelques questions

10 supplémentaires à vous poser.

11 La première question porte sur votre déposition d'aujourd'hui, plus

12 particulièrement, page 26, lignes 21 à 24 du compte rendu en langue anglaise.

13 Vous vous souviendrez sans doute que le juge Président vous a demandé comment

14 vous saviez que les Libériens étaient des réfugiés, et vous avez répondu — je vous

15 cite, page 26 du compte rendu d'audience : « Parfois, nous nous réunissions avec

16 M. Maho Glofiéhi et nous parlions avec lui, nous discutions avec lui. Parfois, il nous

17 disait comment les FLGO avaient été piégés (phon.). » Et la question que je me pose

18 est la suivante : est-ce que M. Maho Glofiéhi, à quelque moment que ce soit lors de

19 ces conversations, n'a jamais mentionné à vous-même, personnellement, que M. Blé

20 Goudé avait une relation, quelle qu'elle soit, avec les FLGO ?

21 R. [Link] Non, il n'en a jamais parlé.

22 Q. [Link] Lorsque M. Maho Glofiéhi vous a parlé de piéger (phon.) les FLGO,

23 est-ce que, lors des conversations que vous avez eues avec lui, est-ce qu'il a

24 mentionné que M. Blé Goudé avait joué un rôle dans ce processus vis-à-vis des

25 FLGO ?

26 R. [Link] J'entends depuis là « piéger, piéger », c'est quoi ? Depuis là, j'entends

27 « piéger, piéger ».

28 (Discussion au sein de l'équipe de la Défense)

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1 Q. [Link] Je vais répéter ma question.

2 Vous nous avez dit, ce matin, que lorsque vous avez parlé avec M. Maho Glofiéhi, il

3 vous a expliqué comment les FLGO ont été créés. Est-ce que M. Maho Glofiéhi, dans

4 ces conversations, a mentionné que M. Blé Goudé aurait eu un rôle dans la création

5 des FLGO ?

6 R. [Link] Jamais.

7 Q. [Link] Je souhaite maintenant évoquer un autre sujet. Il s'agit des questions

8 qui vous ont été posées par les enquêteurs du Bureau du Procureur au mois de

9 mai 2015. On vous a posé des questions sur la réunion qui s'est tenue au mois d'août

10 2010 sur le campus universitaire de Cocody.

11 Les enquêteurs du Bureau du Procureur vous ont alors demandé dans quelles

12 circonstances vous avez rencontré M. Socrate. Pourriez-vous dire aux juges de la

13 Chambre quelle est la réponse que vous avez donnée aux enquêteurs, à savoir

14 comment est-ce que vous avez rencontré M. Socrate et comment est-ce qu'on vous l'a

15 présenté ?

16 R. [Link] J'ai dit c'est mon ami Adjallou, c'est celui qui m'aidait à taper mon

17 manuscrit. Lui, il est à l'université. Donc, au fur et à mesure, c'est lui qui me

18 présente. D'ailleurs même, Socrate, il était venu pour faire un papier, parce que, lui,

19 il était à l'université, mais il faisait des photocopies, tout ça. Donc, quand Socrate est

20 venu, il est venu faire... je crois, il est venu travailler, faire un papier, s'occuper de

21 quelque chose, et donc Adjallou m'a dit : « Tu vois le frère, c'est lui Socrate, c'est...

22 c'est le secrétaire général de la FESCI, campus ancien. » Voilà, c'est tout ce qu'il m'a

23 dit.

24 Q. [Link] Très bien.

25 Vous venez de mentionner M. Adjallou. Était-il étudiant, faisait-il partie de

26 l'université ?

27 R. [Link] Oui, Adjallou était étudiant, il était à l'université, il dormait à

28 l'université là-bas.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Q. [Link] D'accord.

2 Vous nous avez également dit, Monsieur le témoin, que M. Socrate, à l'époque, était

3 secrétaire général de la FESCI ?

4 R. [Link] Oui, secrétaire général FESCI, campus ancien. C'est ce que Adjallou m'a

5 dit.

6 Q. [Link] Comment est-ce que vous vous adressiez à lui, vous l'appeliez par son

7 prénom, par son nom de famille ou est-ce que vous utilisiez un titre quelconque ?

8 R. [Link] Socrate ou Adjallou ?

9 Q. [Link] Socrate. Socrate.

10 R. [Link] J'ai jamais causé avec Socrate.

11 Q. [Link] Très bien. C'est clair.

12 Est-ce que vous vous souvenez si votre ami, M. Adjallou, a jamais parlé avec vous et

13 vous a dit depuis quand il était secrétaire général de la FESCI ? Est-ce qu'il vous a

14 déjà dit cela ?

15 R. [Link] Non.

16 Q. [Link] Très bien.

17 En 2015, les enquêteurs du Bureau du Procureur vous ont demandé si M. Blé Goudé

18 est venu accompagné d'autres personnes à cette réunion qui s'est tenue au mois

19 d'août 2015... 2010 (se corrige l'interprète). Est-ce que vous vous souvenez de votre

20 réponse, Monsieur le témoin ?

21 R. [Link] Oui, je me souviens. Blé Goudé, il était arrivé seul.

22 Q. [Link] (Intervention non interprétée)

23 R. [Link] Il est arrivé seul.

24 Q. [Link] Merci, Monsieur le témoin.

25 Dernière question qui porte sur une question que l'on vous a posée au mois de

26 mai 2015, question posée par des enquêteurs du Bureau du Procureur en

27 l'occurrence, et portant sur les activités, à l'époque, donc, août 2010, de la FESCI.

28 Est-ce que vous vous souvenez de votre réponse... de la réponse que vous avez

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 donnée au Bureau du Procureur suite à cette question ?

2 R. [Link] Non, je ne me souviens pas de cette réponse.

3 Q. [Link] D'accord.

4 Je vais vous rafraîchir la mémoire. Et je vous renvoie au document

5 CIV-OTP-0085-1770, aux lignes 302 à 306. Il s'agit de la cote 1761— je m'excuse.

6 *Donc, CIV-OTP-0085-1761, page 1770, lignes 302 à 306.

7 Monsieur le témoin, les enquêteurs du Bureau du Procureur vous demandaient la

8 chose suivante : (intervention en français) « Et c'étaient quoi, les activités de la FESCI à

9 cette époque ? »

10 (Interprétation) Votre réponse est la suivante : (intervention en français) « Ah ! La

11 FESCI, je crois qu'ils défendaient les droits d'école. »

12 (Interprétation) Question, ensuite, de l'enquêteur : (intervention en français) « O.K.

13 c'est-à-dire ? »

14 (Interprétation) Réponse de votre part, Monsieur le témoin : (intervention en

15 français) « Si école a un problème, ils essayaient d'exposer ça au gouvernement. C'est

16 la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire ».

17 (Interprétation) Monsieur le témoin, vous rappelez-vous avoir donné cette réponse

18 aux enquêteurs, au mois de mai 2015 ?

19 R. [Link] Oui.

20 Q. [Link] Très bien.

21 Une question de suivi maintenant. Comment le saviez-vous ? Comment saviez-vous

22 que l'objectif de la FESCI *au mois d'août 2010 était de défendre les droits des écoles ?

23 R. [Link] Mais c'est pour ça même que la FESCI a été créée, pour défendre les

24 droits des élèves et étudiants de Côte d'Ivoire ; c'est pour ça que la FESCI a été créée.

25 Q. [Link] Est-ce que la FESCI incluait tous les groupes ethniques de Côte

26 d'Ivoire ?

27 R. [Link] Tous les groupes ethniques... Tous les élèves de Côte d'Ivoire, tous les

28 élèves et étudiants de Côte d'Ivoire, donc, c'est toutes les ethnies de Côte d'Ivoire.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Me KNOOPS (interprétation) : [Link] Très bien. Merci, Monsieur le témoin.

2 Cela met un terme à notre contre-interrogatoire qui a duré exactement 48 minutes.

3 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] 46, selon moi,

4 mais, peu importe.

5 Merci beaucoup, Maître Knoops.

6 Je me tourne maintenant vers le Bureau du Procureur pour voir s'ils souhaitent faire

7 valoir leur droit de réplique.

8 M. GARCIA (interprétation) [Link] Pas de questions supplémentaires, Monsieur

9 le Président.

10 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Très bien.

11 Monsieur le témoin, cela met un terme à votre déposition devant la Cour pénale

12 internationale. Vous pouvez, par conséquent, rentrer dans votre pays et vaquer de

13 nouveau à vos occupations. Donc, merci de votre présence ici et merci d'avoir

14 répondu à toutes nos questions.

15 LE TÉMOIN : [Link] (Début de l'intervention inaudible)… J'aimerais demander

16 quelque chose.

17 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Oui, vous pouvez

18 poser une question, si vous le souhaitez, Monsieur le témoin. Allez-y, très

19 brièvement.

20 LE TÉMOIN : [Link] Ce n'est pas une question, c'est une permission que je

21 voulais vous demander. Et j'ai envoyé quelques exemplaires de mon livre et je

22 voulais en offrir à M. Altit, au grand frère et à Monsieur... à M. Garcia, si vous me le

23 permettez.

24 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Ce n'est pas à moi

25 de vous en donner la permission. Si vous leur donnez ces présents et qu'ils

26 acceptent, très bien. Peut-être qu'ils l'ont déjà lu d'ailleurs, on ne le sait pas. Mais

27 vous avez tout le loisir de le faire, bien entendu. Maître... M. Garcia et Me Altit feront

28 comme bon leur semble, si cela vous convient.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0500 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 LE TÉMOIN : [Link] O.K. Merci.

2 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Parfait. Merci

3 beaucoup de votre présence ici. Je vous souhaite de bien rentrer chez vous. Et merci

4 également à Me Wagemakers qui vous a assisté.

5 L'audience est suspendue jusqu'à 14 heures.

6 Monsieur MacDonald.

7 M. MacDONALD (interprétation) : [Link] Nous pouvons faire sortir le témoin,

8 Monsieur le Président.

9 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Vous pouvez

10 quitter le prétoire, Monsieur le témoin.

11 (Le témoin est reconduit hors du prétoire)

12 M. MacDONALD (interprétation) : [Link] Après réflexion, je n'ai rien à dire. Je

13 n'ai plus rien à dire.

14 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Très bien. Parfait.

15 Maître Zokou.

16 Me ZOKOU : [Link] Le cadeau du témoin, s'il peut le laisser au Greffe, pour qu'on

17 puisse nous le transmettre.

18 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Je peux vous

19 répondre qu'il n'a pas offert quoi que ce soit à vous, Monsieur Zokou, seulement à

20 M. Altit et à M. Garcia.

21 Très bien. Merci.

22 Donc, l'audience est suspendue jusqu'à 14 heures, et nous entendrons le témoin

23 suivant.

24 Mme L'HUISSIER : [Link] Veuillez vous lever.

25 (L'audience est suspendue à 12 h 22)

26 (L'audience est reprise en public à 14 h 00)

27 Mme L'HUISSIER : [Link] Veuillez vous lever. Veuillez vous asseoir.

28 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Eh bien, bonjour à

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 nouveau à tous. Nous allons maintenant faire entrer le prochain témoin, le 0316.

2 Madame l'huissier, veuillez, s'il vous plaît, aller le chercher. Et nous allons donc

3 l'entendre pour cette première séance.

4 (Le témoin est introduit dans le prétoire)

5 TÉMOIN : CIV-OTP-P-0316.

6 (Le témoin s'exprimera en français)

7 (Intervention en français) Bonjour. Bonjour, Monsieur le témoin.

8 LE TÉMOIN : [Link] Bonjour, Monsieur le Président.

9 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Donc avant de

10 commencer à vous poser des questions — puisque vous êtes témoin — j'ai quelques

11 questions à vous poser. D'abord, pouvez-vous nous donner votre identité complète

12 et puis vos coordonnées, c'est-à-dire date et lieu de naissance, et votre nationalité, s'il

13 vous plaît ?

14 LE TÉMOIN : [Link] Oui.

15 Je suis le sergent-chef Boli Bi Balo Ferdinand. Je suis né le 1er mai 1968 à Sinfra.

16 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Et vous êtes

17 ressortissant ivoirien, j'imagine ?

18 LE TÉMOIN : [Link] Oui, je suis ivoirien.

19 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Pourriez-vous

20 nous dire quelle est votre appartenance ethnique et quelle est votre religion ?

21 LE TÉMOIN : [Link] Je suis de l'ethnie gouro et je suis de la religion catholique.

22 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Merci.

23 Vous nous dites que vous êtes sergent-chef ; pourriez-vous nous donner quelques

24 détails supplémentaires sur ce que vous faites à l'heure actuelle et sur ce que vous

25 faisiez lors de la crise de 2010-2011 ?

26 LE TÉMOIN : [Link] Actuellement, je suis le responsable de la section boxe de la

27 Société omnisports de l'armée. Mais en 2010-2011, j'étais au bataillon de commando

28 parachutiste Akouédo, comme chef de section.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Au sein des FDS ?

2 LE TÉMOIN : [Link] Oui, je suis FDS.

3 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Je vous remercie.

4 Maintenant, j'ai quelques consignes à vous donner.

5 Tout d'abord, les langues que nous parlons : vous avez sans doute remarqué que je

6 parle en anglais, lentement, afin de permettre aux interprètes et aux sténotypistes de

7 faire leur travail correctement, puisque nos propos sont interprétés et sont consignés.

8 Il faut que nous puissions nous comprendre. Donc je vous demande de parler

9 lentement et clairement. Alors, si je fais un signe, je vais vous demander de ralentir...

10 et ça voudra dire qu'il faut que vous ralentissiez afin que tout le monde puisse faire

11 son travail correctement.

12 Ensuite, deuxièmement, il ne faut pas que nous parlions ensemble, donc il faut

13 attendre quelques secondes avant de répondre à la question. D'accord ?

14 LE TÉMOIN : [Link] D'accord.

15 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Alors maintenant,

16 venons-en à votre témoignage. Vous savez, bien sûr, que cette Chambre a été saisie

17 de l'affaire Le Procureur c. M. Gbagbo et M. Blé Goudé, et vous avez été cité à

18 comparaître pour aider la Chambre à la manifestation de la vérité. Alors si, à un

19 moment ou à un autre, vous avez des soucis, vous n'êtes pas à l'aise, vous vous

20 sentez mal, faites-le moi savoir et nous essayerons de trouver une solution.

21 Ici, vous êtes tenu de faire une seule chose, c'est répondre aux questions que l'on

22 vous pose. Les questions vous seront d'abord posées par le Procureur et ensuite par

23 les équipes de défense, celle de Monsieur Gbagbo et celle de M. Blé Goudé.

24 Alors, pour ce faire, vous devez prendre... vous devez vous engager solennellement

25 à dire la vérité. Je vais donc vous demander de lire à haute voix ce qui est écrit sur la

26 carte devant vous. Merci.

27 LE TÉMOIN : [Link] Je déclare solennellement que je dirai la vérité, toute la

28 vérité, rien que la vérité.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Merci. Donc vous

2 êtes tenu de répondre en disant la vérité.

3 Alors, dernière consigne... avertissement, plutôt : ne pas dire la vérité ici est un délit

4 devant cette Cour et donc sanctionnable. Mais si vous êtes prêt, si vous avez bien

5 compris, je vais donner la parole à la représentante du Procureur pour qu'elle

6 commence à vous poser des questions.

7 LE TÉMOIN : [Link] Je suis prêt.

8 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] C'est parfait. Je

9 vois que c'est Madame Pack qui va s'occuper de vous poser des questions.

10 Mme PACK (interprétation) : [Link] Oui, tout à fait. Bonjour, à tous.

11 QUESTIONS DU PROCUREUR

12 PAR Mme PACK (interprétation) : [Link] Bonjour, Monsieur le témoin. Je

13 m'appelle Mme Pack et nous nous sommes rencontrés vendredi dernier avec ma

14 collègue qui est à côté de moi. Et je vais vous poser des questions au nom de

15 l'Accusation.

16 Et je vais vous appeler « Monsieur le témoin ». Alors, sachez que je ne veux surtout

17 pas vous manquer de respect, mais ici, dans cette Chambre, dans cette Cour, nous

18 appelons ainsi les témoins. D'accord ?

19 LE TÉMOIN : [Link] Pas de problème.

20 Mme PACK (interprétation) : [Link]

21 Q. [Link] Nous allons commencer par ce que vous faisiez avant la crise

22 de 2010 et 2011, donc on va voir quelles ont été vos fonctions.

23 Vous avez rejoint les rangs de l'armée en quelle année, s'il vous plaît ?

24 R. [Link] J'ai été incorporé au sein des forces armées nationales de Côte d'Ivoire le

25 4 janvier 1989 à Daloa.

26 Q. [Link] Quelle était votre première affectation ?

27 R. [Link] J'ai fait ma formation au 2e bataillon d'infanterie de Daloa, et de là, j'ai

28 été admis à suivre le peloton 1, le stage qui donne le grade de caporal à l'École

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 nationale de sous-officiers d'active, à Bouaké. Ça, c'était le... du 8 janvier au

2 7 avril 90. Et après cette formation, j'ai été muté au Bataillon de commandement et

3 de soutien au camp Galliéni. Je suis resté dans ce bataillon jusqu'en 1996. C'est là,

4 d'ailleurs, que j'ai appris à faire la boxe, en 91. Je suis resté dans cette unité

5 jusqu'en 1996 et, en octobre 96, j'ai été affecté au 3e bataillon d'infanterie, à Bouaké, ce

6 qui m'a permis de suivre de près les événements à la frontière du Libéria, puisque j'y

7 allais régulièrement en mission. En 2000, j'ai été muté au Bataillon d’artillerie sol-air,

8 après le coup d'État de 99. Et en 2001, j'ai été muté à l'Unité de commandement et de

9 soutien UCS — ça, c'est à l'ancien camp d'Akouédo toujours. Et en novembre 2004,

10 j'ai été muté au Bataillon de commando et de parachutistes où je suis resté jusqu'en

11 2013 pour rejoindre... pour revenir au BCS, maintenant, comme responsable de la

12 section boxe.

13 Q. [Link] Je vous remercie, Monsieur le témoin.

14 Donc vous avez parlé du commandant... du commandant de bataillon de

15 parachutistes. C'est le 1er BCP ; c'est cela ?

16 R. [Link] Oui, c'est cela, le 1er BCP.

17 Q. [Link] Et je pense que vous ne nous avez pas dit quelle était la première unité

18 lorsque vous... vous serviez au BCP, vous n'avez pas donné le nom de l'unité.

19 Pouvez-vous donner le nom de la première unité, donc, à laquelle vous avez été

20 affecté ? À quelle compagnie ?

21 R. [Link] Au 1er BCP, j'ai été affecté à la 1ère compagnie et, après, à la Compagnie

22 d'appui et de soutien, CCAS.

23 Q. [Link] Ensuite, vous nous avez dit que vous avez servi à l'UCS, au... Akouédo

24 ancien camp. Donc, vous dites... c'est l'ancien camp d'Akouédo par rapport au

25 nouveau camp d'Akouédo, j'imagine ? C'est cela ?

26 R. [Link] Les deux unités, UCS et BCP, sont à l'ancien camp d'Akouédo. Les deux

27 unités sont sur le même site géographique.

28 Q. [Link] Alors, UCS, c'est l'Unité de commandement et de soutien ; c'est cela ?

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 R. [Link] Oui, c'est ça.

2 Q. [Link] Alors maintenant, votre grade : vous nous avez dit que vous êtes

3 maintenant sergent-chef, mais de 2010 à 2011, quel était votre grade, s'il vous plaît ?

4 R. [Link] De 2010 à 2011, j'étais sergent. J'ai été nommé sergent-chef en

5 octobre 2012.

6 Q. [Link] Donc à part ce que vous avez fait, surtout récemment, au sein du 1er

7 BCP, avant l'élection de 2010, est-ce que vous aviez aussi une occupation dans le

8 privé ?

9 R. [Link] Avant 2010, effectivement, on a été contactés par M. Ellingan Etche qui

10 était maire d'Aboisso — paix à son âme. On était un groupe d'amis et, effectivement,

11 les cadres du PDCI, quand ils étaient en difficulté, ils nous faisaient signe pour qu'on

12 les aide à... à se rassurer ou bien on les accompagnait aussi souvent dans leurs

13 déplacements.

14 Q. [Link] Alors, pour être sûr qu’en anglais tout... tout est bon, vous pouvez nous

15 répéter les initiales « à laquelle » vous avez fait référence lorsque vous avez parlé du

16 premier groupe ?

17 R. [Link] J’ai pas compris.

18 Q. [Link] Bon, qui est-ce que vous deviez accompagner ou rassurer ?

19 Pouvez-vous nous donner le nom à nouveau, car il n'a pas été bien saisi.

20 R. [Link] Oui, j'ai dit les cadres de PDCI. Exemple : M. Maurice Kakou Guikahué,

21 Mme Hortense Aké Angui. Voilà. M. Aka Aoulé, M. Bodi Théodore. Voilà des noms

22 avec lesquels j'ai marché.

23 Q. [Link] Vous dites « on a accompagné ces personnes », mais vous étiez

24 accompagné avec... avec... avec qui étiez-vous pour accompagner ces personnes, des

25 collègues du même... de la même unité ?

26 R. [Link] Non. Ces collègues, oui. Nous qui étions de la même unité, nous étions

27 deux. Paix à son âme, mon ami Kouadio Yao Théodore, il est décédé aujourd'hui.

28 Maintenant, à côté de ça, il y a Yao Kouassi Dieudonné qui était du BB — Bataillon

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 blindé. Il y a Affo N'Dri Albéric qui est allé à la retraite aujourd'hui. Voilà. Il y a

2 aussi Bolou Bi Dje qui est aussi allé à la retraite. Voilà. Nous formions ce groupe

3 pour pouvoir venir en aide à ces messieurs.

4 Q. [Link] Et vous avez poursuivi cela après l'élection de 2010-2011 ou bien vous

5 avez arrêté ?

6 R. [Link] Par exemple, au premier tour et au second tour des élections,

7 effectivement, moi, j'ai accompagné M. Kakou Guikahué. J'étais allé... Nous étions

8 même dans son village où même on a eu affaire à un barrage des Jeunes Patriotes,

9 voilà, où je... je suis descendu pour leur expliquer que, non, le ministre veut juste

10 passer ; sinon, il n'y a pas autre chose. Bon, heureusement, ils m'ont compris et ils

11 ont enlevé le barrage. Donc... Mais, après, maintenant, les élections, quand on a

12 donné les résultats, effectivement, tous ces cadres, c'était au Golf. Donc, nous, on

13 était chez nous. Voilà.

14 Q. [Link] Et, par la suite, avez-vous continué ou repris ce type d'activité ou est-ce

15 que ça a été fini une bonne fois pour toutes ?

16 R. [Link] Aujourd'hui, ces messieurs ne se sentent plus en difficulté, donc il n'y a

17 pas de problème. Donc, moi, je suis... je... je m'occupe de mon activité de boxeur.

18 Q. [Link] Encore une question.

19 J'ai la transcription de vos propos en anglais. Et, parfois, j'ai besoin de vérifier

20 certaines choses. Pouvez-vous nous répéter le nom du ministre ?

21 R. [Link] Oui, j'ai dit : le ministre Maurice Kakou Guikahué. Il a été ministre de la

22 santé à l'époque où M. Bédié était Président de la République.

23 Q. [Link] Merci beaucoup.

24 Alors, en ce qui concerne ce que vous avez fait au 1er BCP , est-ce que vous êtes resté

25 affecté à cette... au 1er BCP pendant toute la crise 2010-2011 ?

26 R. [Link] Oui, je suis resté au 1er BCP pendant toute la crise d'heure 2010-2011.

27 C'est seulement en 2013, là, que je suis allé comme responsable de la SOA-BOXE.

28 Sinon, de 2010 jusqu'en 2012, j'étais toujours au 1er BCP.

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 Q. [Link] Et vous étiez toujours actif ou est-ce que, parfois, vous étiez en congé ?

2 R. [Link] Bon, la période où, effectivement, je... je me suis donné un repos, parce

3 que je suis allé voir le médecin pour... pour qu'il me donne un repos. En fait, en

4 2002 — je peux commencer par là si vous voulez… En 2002, moi, j'étais en stage à

5 l'École nationale des sous-officiers d'active, ENSOA, à Bouaké. Le stage a commencé

6 en mai 2002 et devait prendre fin en début octobre 2002. Ce stage donne le grade de

7 sergent. Étant dans ce stage, et nous avons été surpris un 19 septembre par des coups

8 de feu. Donc, quand nous sommes sortis, on nous a dit : « Non... »

9 Q. [Link] Une minute, s'il vous plaît. Nous y reviendrons, si nécessaire.

10 Ma question était un peu différente. Moi, je voulais savoir ce qui s'était passé en

11 2010-2011. C'est cette période-là qui m'intéresse, ces deux années-là. Donc, ma

12 question était la suivante : est-ce que vous étiez toujours en activité ou est-ce que

13 vous aviez été en congé, puisque vous nous avez dit que vous avez été en congé, et

14 nous aimerions savoir à quel moment vous êtes parti en congé de 2010 à 2011. Vous

15 pouvez nous le dire ?

16 R. [Link] Oui, je peux le dire. Effectivement, j'ai... j'ai pris un repos médical de...

17 au... dans le mois d'août 2010. J'ai pris un repos médical que je renouvelais chaque

18 fois. Chaque fois qu'il tirait à sa fin, je le renouvelais, oui.

19 Q. [Link] Et aux environs de janvier 2011, y a-t-il quelque chose qui se serait

20 passé dont vous pourriez nous parler ?

21 R. [Link] Janvier 2011, après la proclamation des résultats ?

22 Q. [Link] Nous allons en... nous pencher sur votre déclaration,

23 CIV-OTP-0043-0461. C'est la déclaration que vous avez faite auprès des

24 représentants du Bureau du Procureur.

25 Mme PACK (interprétation) : [Link] Et je voudrais utiliser, donc, la déposition... la

26 déclaration de témoin afin de lui rafraîchir la mémoire. Donc, paragraphe 116.

27 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Maître Gbougnon.

28 M. GBOUGNON : [Link] Oui, Monsieur le Président, je ne sais pas s'il s'agit d'une

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 confrontation. Ce n'est pas... Ce n'est certainement pas pour rafraîchir la mémoire du

2 témoin, parce qu'il... il n'a jamais dit qu'il avait oublié quoi que ce soit. Je pense que

3 l'Accusation devrait plutôt poser des questions et non aller chercher dans la

4 déposition des renseignements. Le témoin est là pour témoigner. Il ne s'agit pas de

5 confrontation, elle n'a pas parlé de confrontation. Donc, je ne sais pas ce qu'on va

6 chercher dans la déposition tu témoin.

7 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Écoutez, posez

8 une autre question, Madame Pack. La question était : « Y a-t-il quoi que ce soit qui se

9 serait passé en 2011 dont vous pourriez nous parler ? » Et la réponse : « Janvier 2011,

10 après la proclamation des résultats ? ».

11 Ensuite, donc... la question vous a presque été posée. Donc, je pense que vous

12 pouvez poursuivre avant de rafraîchir la mémoire du témoin.

13 Mme PACK (interprétation) : [Link]

14 Q. [Link] Est-ce que... Monsieur le témoin, est-ce que vous vous souvenez avoir

15 été à l'infirmerie aux environs de... de janvier 2011 — être allé à l'infirmerie ?

16 R. [Link] Oui, je vous l'ai dit, que chaque fois que mon repos tirait à sa fin, j'allais

17 à l'infirmerie pour pouvoir le renouveler. Voilà. Donc, je... sûrement que, en

18 janvier 2011, là, mon... mon repos était presque fini ; donc, j'y suis allé pour... pour le

19 renouveler.

20 Q. [Link] Pour bien vous comprendre, vous nous avez dit qu'en août 2010, vous

21 avez été en congé maladie.

22 R. [Link] Oui.

23 Q. [Link] C'est la première fois que vous avez été en congé maladie. Et est-ce que

24 vous avez repris le travail après ce congé maladie ?

25 R. [Link] J'ai repris le travail, effectivement, quand tout est rentré en ordre en

26 Côte d'Ivoire, c'est-à-dire quand il y a eu l'arrestation de M. Gbagbo et que tout était

27 devenu normal, que moi, j'ai repris le travail.

28 Q. [Link] Et quel était votre problème médical ? Vous êtes allé à l'infirmerie pour

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1 un congé maladie, mais pour quel problème médical ?

2 R. [Link] Effectivement, en mars 2000... en mars 1999, j'ai eu une rupture du

3 tendon d'Achille à Bouaké. Donc, ce... ce... il m'arrive souvent d'avoir des douleurs

4 dans ce tendon-là. Donc, c'est ce qui a fait que je suis allé... je... je suis allé signaler ça

5 au médecin, et il m'a donné un repos.

6 Q. [Link] Et, en mars 1999, vous avez eu un congé maladie qui était court ou qui

7 était très long ? Pouvez-vous nous dire un peu ce qui s'est passé au niveau des

8 congés maladie en 99.

9 R. [Link] Oui. En... Parce que j'ai eu la blessure effectivement le 20 mars 99. Donc,

10 quand j'ai été opéré, on m'a donné un repos médical, et j'ai... Parce que, étant à

11 Bouaké même, ma famille est restée à Abidjan, à Yopougon. Donc, quand on a fini

12 de m'opérer, je ne pouvais pas travailler. Donc, le médecin m'a donné un repos, je

13 suis venu à Abidjan. Je suis resté à Abidjan jusqu'en 2000, parce qu'il fallait faire la

14 rééducation de mon pied et tout ça. Donc, je traînais même ce pied jusqu'à... au coup

15 d'État de 99. Donc, je ne travaillais pas.

16 Q. [Link] Maintenant, nous allons revenir à 2010-2011.

17 Vous nous avez dit qu’on a renouvelé votre congé-maladie à un moment, mais,

18 avant cela, est-ce que vous travailliez au sein du commando... au sein... au sein de

19 votre unité ? Vous étiez actif ou vous avez jamais été actif ?

20 R. [Link] Si, j'ai été actif. C'est seulement quand je... je suis mal... je me sens mal

21 que je vais prendre le repos. Sinon, quand ça va, je... je travaille comme tout le

22 monde, je participe à toutes les missions, je suis toutes les formations.

23 Q. [Link] Ok.

24 R. [Link] Voilà. Je fais tout ce que les autres font.

25 Q. [Link] Alors, vous nous avez dit où était basé, donc, ce bataillon du

26 commando parachutiste, à l'ancien camp d'Akouédo. Alors, j'imagine, ça paraît

27 évident, mais c'est de là que vous travailliez, c'est là que vous étiez basé ?

28 R. [Link] Oui, à l'ancien camp d'Akouédo, c'est là que je travaille, et j'habite

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1 Akouédo village.

2 Q. [Link] Donc, j'aimerais que les choses soient claires. Pendant la crise 2010-2011,

3 est-ce que vous travailliez dans l'ancien camp d'Akouédo, c'est là que vous étiez ?

4 R. [Link] Oui, c'est là que j'étais, mais seulement, je n'étais pas actif, parce que

5 moi, je bénéficiais d'un repos. Mais il m'arrivait de venir là parce qu'il ne m'est pas

6 interdit de venir au camp. Je ne travaille pas, certes, mais je peux venir là, voilà, de

7 temps en temps. Sinon, effectivement, je ne travaillais plus en plein temps comme

8 tout le monde. Voilà.

9 Q. [Link] Est-ce que vous vous souvenez à quel moment vous avez arrêté de

10 travailler à plein temps ?

11 R. [Link] Bon. Je vous l'ai dit tout à l'heure, je crois que ça doit être en août,

12 août 2010.

13 Q. [Link] Alors, toujours pendant la crise 2010-2011, à part, donc, travailler à

14 l'ancien camp d'Akouédo, est-ce que vous avez été déployé quelque part dans le

15 cadre, bien sûr, de votre activité militaire ?

16 R. [Link] Reprenez la question, s'il vous plaît.

17 Q. [Link] Lorsque vous serviez au sein du bataillon, lors de la crise postélectorale,

18 avez-vous été déployé dans un lieu particulier à ce moment-là, à cette époque-là ?

19 R. [Link] Bon, quand on... au 1er bataillon de commandos et de parachutistes, on

20 a... voici nos services : l'entrée principale de notre unité, qu'on appelle dans notre

21 jargon EPAC, entrée principale ancien camp ; l'entrée poudrière et on a trois postes

22 dans la commune d'Abobo. Au rond-point d'Abobo, face à la mairie, UNICAFE, et

23 puis il y a un autre poste vers Abobo-Baoulé, qu'on appelle Monastère. Voilà. C'était

24 à ces postes-là que, tous les soirs, nous devons aller pour servir, mais chacun à son

25 tour. Un seul individu ne pouvait pas aller tous les jours. Tu peux aller aujourd'hui...

26 Et aussi, on avait un autre poste à... sur la route d'Anyama. Anyama...

27 c'est-à-dire (phon.), le corridor d’Anyama et qu'on a prolongé jusqu'au corridor

28 d'Azadié (phon.) et d'Azadié, on se retrouve à Yakasémé, au moins encore, je crois,

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1 5 à 7, 10 kilomètres d’Azadié (phon.). Voilà.

2 Donc, voilà nos différents postes. Ça, ce sont les postes de service du 1er BCP. Voilà.

3 Donc, effectivement, quand je travaille, si je n'ai pas de repos médical, je participe à

4 ces services-là.

5 Q. [Link] Nous allons maintenant nous concentrer sur la période de la crise

6 2010-2011.

7 Est-ce que vous, personnellement, avez été impliqué dans ces missions ou dans ces

8 stationnements auxquels vous venez juste de faire référence ? Est-ce que vous avez

9 participé à ces activités ?

10 R. [Link] Oui, je vous le disais tout à l'heure, j'ai participé. Quand j'ai... En fait, si

11 je n'ai pas de repos médical, il n'y a pas de raison que je ne participe pas. Donc, avant

12 que je ne prenne mon repos médical, je participais.

13 Q. [Link] Est-ce que vous vous souvenez si un poste a été mis en place à la RTI ?

14 R. [Link] Oui, vraiment, c'est un oubli. Effectivement, RTI fait partie de nos

15 services. La Radiodiffusion télévision, oui, on a un poste là-bas.

16 Q. [Link] Je vais maintenant vous poser quelques questions sur votre unité, le

17 1er BCP. Tout d'abord, lors de la période de la crise, à savoir à partir de 2010, les

18 élections, jusqu'en 2011, lorsque M. Gbagbo a été arrêté.

19 Qui était alors le commandant du 1er BCP ?

20 R. [Link] Pendant la période des élections, le commandant du 1er BCP s'appelait

21 Monsieur... commandant Mel Brice, mais, à un moment donné, quand lui, il a

22 découvert que la situation dans laquelle nous nous... nous nous trouvions, là, parce

23 qu’effectivement toutes les villes de Côte d'Ivoire étaient déjà prises, peut-être que

24 seulement... les quelques communes d'Abidjan, donc, quand le commandant Mel

25 Brice a fait ce constat, il a demandé à tous les militaires du 1er BCP que chacun devait

26 rester chez lui. C'est à ce moment précis, il y a un ancien militaire qu'on appelle

27 capitaine Akapia Fulgence, il est venu s'installer comme chef au 1er BCP, et avec tous

28 ses lots de miliciens, voilà, et aussi quelques militaires qui pensaient tenir la bonne

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1 cause, c'est eux qui étaient restés dans le camp.

2 Donc, effectivement, jusqu'à l'arrestation de M. Gbagbo, c'est Akapia Fulgence qui se

3 faisait passer pour le responsable de l'unité 1er BCP parce que le commandant Mel, il

4 a... il a donné l'ordre à chaque soldat de rester chez lui. Oui.

5 Q. [Link] Nous reparlerons de Fulgence Akapia dans quelques instants.

6 En ce qui concerne le commandant Mel Brice, est-ce que vous vous souvenez qui il a

7 remplacé en tant que commandant du 1er BCP ?

8 R. [Link] Bien sûr. *Il a remplacé le commandant Toaly Baï Williams, qui... il était

9 l'adjoint de Toaly Baï. Quand Toaly était là, Brice était là. Brice était l'adjoint de

10 Toaly, mais Toaly a eu un désaccord avec un officier qui, aujourd'hui, est

11 commandant ou lieutenant-colonel, à l’époque capitaine, il s'appelle Brou. Il y a eu

12 un problème où le commandant Toaly n'a pas pu se maîtriser, il lui a donné un coup

13 de pied dans le bas-ventre. Or, les officiers, entre eux, quand il y a palabre comme ça,

14 ça ne... c'est pas... c'est pas joli à voir. Donc c'est comme ça que Toualy a été démis de

15 ses fonctions de chef de corps du 1er BCP, et son adjoint, commandant Brice, a pris le

16 relais.

17 Q. [Link] Est-ce que vous vous souvenez à quelle période c'était ? À quel mois,

18 approximativement, que Mel a pris le relais du commandant précédent, Toualy ?

19 Est-ce que vous vous souvenez approximativement à quelle date cela s'est produit ?

20 R. [Link] Vraiment, vous allez me pardonner, mais je n'ai pas... je ne... je ne peux

21 pas faire d'approximation. Je ne... Je ne vois pas bien.

22 Q. [Link] Si je vous donnais lecture de votre déclaration dans laquelle vous parlez

23 de ce sujet, est-ce que cela permettrait de rafraîchir votre mémoire ?

24 R. [Link] Bon, je ne sais pas si j'ai donné cette date dans ma déclaration, mais je ne

25 crois pas l'avoir donnée, hein

26 Mme PACK (interprétation) : [Link] Est-ce que je peux faire référence à la

27 déclaration 0043-0461 ? Il s'agit de la page 0486 de la déclaration, paragraphe 99.

28 Q. [Link] Et je vais vous lire un passage, Monsieur le témoin. Il s'agit de la toute

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1 dernière phrase du paragraphe 99. (Intervention en français) « On avait, en fait,

2 remplacé Toualy Williams au mois de novembre 2010, car il avait donné un coup de

3 pied à un... à un officier. ».

4 (Interprétation) Est-ce que cela vous rappelle quelque chose, Monsieur le témoin ?

5 Est-ce que cela vous aide à vous souvenir du moment où le commandant Toualy

6 Williams a été remplacé ?

7 R. [Link] Bon, effectivement, je vois là « novembre 2010 », donc, c’est que c'est ça.

8 Voilà. Puisque c'est ça, c’est écrit là, c'est depuis 2013. Donc, il y a six ans... c'est il y a

9 au moins quatre ans de cela. Donc, pardonnez-moi.

10 Q. [Link] Merci beaucoup, Monsieur le témoin.

11 Nous allons poursuivre, nous allons laisser de côté la déclaration pour l'instant.

12 Est-ce que vous vous souvenez — et si ce n'est pas le cas, ne vous inquiétez pas, c'est

13 tout à fait normal —, est-ce que vous vous souvenez de la période où Brice Mel était

14 commandant du 1er BCP ? Et, à cette période-là, je vais vous demander si vous vous

15 souvenez de qui était son adjoint.

16 R. [Link] Oui. L'adjoint de Mel Brice était capitaine Tindé Gabin.

17 Q. [Link] Aux fins du compte rendu, il serait préférable d'épeler cela. Il s'agit du

18 capitaine T-E-N-D-A-C-U-T-E (phon.) Gabin.

19 Alors, nous allons maintenant revenir sur la période 2010-2011. Est-ce que vous

20 pouvez nous expliquer quelles étaient les différentes unités qui composaient le

21 1er BCP ? Vous nous avez indiqué que vous étiez...

22 Enfin, à quelle unité apparteniez-vous lors de la crise ? Est-ce que vous pourriez

23 nous donner le nom de cette unité ?

24 R. [Link] Lors de la crise, je suis du 1er BCP, mais le 1er BCP est rattaché au

25 commandement des forces terrestres. Le commandement des forces terrestres est

26 constitué du 1er bataillon d'infanterie, 2e bataillon d'infanterie, 3e bataillon

27 d'infanterie, le CTK — Compagnie territoriale de Korhogo —, le BASA — le

28 Bataillon d’artillerie sol-air — le BASS — le Bataillon d'artillerie sol-sol —, le BB — le

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1 Bataillon blindé — et le Bataillon génie. Voilà. Voilà les unités qui constituent le

2 commandement des forces terrestres. *Le 1er BCP d’UCS. Voilà. Donc, moi, je suis du

3 1er CP.

4 Q. [Link] Vous nous avez parlé de votre compagnie tout à l'heure, la compagnie à

5 laquelle vous apparteniez au sein du 1er BCP, quel était son nom ? Je pense que vous

6 l'avez déjà mentionné tout à l'heure.

7 R. [Link] J'ai appartenu d'abord… quand j'ai était muté pour la première fois au

8 1er BCP, j'étais à la 1e compagnie. Après, je suis allé à la CCAS — Compagnie de

9 commandement d'appui et de soutien. Et après, maintenant, j'ai terminé par la

10 4e compagnie, mais la 4e compagnie n'est pas dissociable à la CCAS, c'est la même

11 compagnie. Voilà.

12 Q. [Link] Lorsque vous serviez au sein de la CCAS, qui était votre commandant ?

13 Qui était votre supérieur hiérarchique ?

14 R. [Link] Mon commandant de compagnie était le capitaine Ouandé Zadi

15 Clément qui, plus tard, a été... quand on a nommé le colonel Detoh comme

16 commandant des forces terrestres, à la place de — paix à son âme — le général Adou

17 *Akafou, donc quand Detoh a pris les rennes des forces terrestres, il a pris le

18 capitaine Zadi pour continuer à commander une unité spéciale qui était sous le

19 commandement direct du commandement des forces terrestres qu'on appelait

20 « sous-groupement tactique ». Voilà, c'est comme ça que son nom était. Donc, Zadi

21 est parti maintenant avec le colonel Detoh, pour commander cette unité-là.

22 Q. [Link] Aux fins du compte rendu, le témoin dit bien « Detoh » et non

23 « ghetto ». Il s'agit de... du compte rendu en langue anglaise.

24 Donc, Monsieur le témoin, votre commandant au sein du CCAS, est-ce que vous

25 pourriez nous répéter son nom, très lentement, avant d'être... qu'il soit nommé pour

26 commander le sous-groupement tactique ? Est-ce que vous pourriez nous dire qui

27 était votre commandant au CCAS ?

28 R. [Link] Mon commandant de compagnie à la CCAS s'appelle Ouandé Zadi

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1 Clément.

2 Q. [Link] Lorsqu’il a été nommé pour diriger le sous-groupement tactique,

3 pouvez-vous nous dire qui il a remplacé à la tête de ce sous-groupement ?

4 R. [Link] À l'époque où le général Adou Akaffou créait le sous-groupement, c'est

5 *le capitaine Atsin Aké Thierry qui l'avait nommé là-bas comme responsable. Donc,

6 c'est Atsin Aké Thierry que Zadi a remplacé.

7 Q. [Link] Bien.

8 Le sous-groupement tactique maintenant, pourriez-vous nous dire où il était

9 stationné physiquement ?

10 R. [Link] Le sous-groupement tactique était stationné dans l'enceinte de l'ancien

11 camp, du côté du commandement des forces terrestres.

12 Q. [Link] C'est l'ancien camp d'Akouédo, n'est-ce pas ?

13 R. [Link] Oui, l'ancien camp d'Akouédo.

14 Q. [Link] Lorsque Zadi était commandant du sous-groupement tactique,

15 savez-vous sous les ordres de qui il était placé, à qui il faisait rapport ?

16 R. [Link] Zadi étant détaché comme responsable du sous-groupement tactique, il

17 ne rendait plus compte au commandant Brice. Il rendait directement compte au

18 commandant des forces terrestres qui était le colonel Detoh à l'époque — aujourd'hui

19 général, hein.

20 Q. [Link] Lorsque Zadi a été affecté pour prendre le commandement du

21 sous-groupement tactique, qui l'a remplacé pour commander votre unité, la CCAS ?

22 R. [Link] Oui, quand Zadi est parti, c'était... le jeune officier... Yébou (phon.)... non.

23 Parce que c'était un jeune officier, il venait fraîchement d'arriver, donc j'étais pas

24 familier trop à lui, bon. Je crois c'est j'ai Yéboi, lieutenant Yéboi... je sais plus. Bon...

25 Q. [Link] Ne vous inquiétez pas.

26 R. [Link] Voilà, le nom ne me vient pas... Voilà, le nom ne me vient pas

27 totalement à l'esprit.

28 Q. [Link] Pour autant que vous le sachiez, quelle était la spécialité de Zadi en ce

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1 qui concerne l'armement ?

2 R. [Link] Oui, mais, Zadi c'était le spécialiste des mortiers. Il est même allé suivre

3 un stage pour ça au Maroc. C'est vraiment le spécialiste maison des mortiers. Ça,

4 personne ne peut le nier. Il est vraiment le spécialiste des mortiers. En matière

5 d’arme, quand on dit mortier, là, il excellait dans... dans les tirs de... de cette arme-là.

6 Il était vraiment le spécialiste. Voilà.

7 Q. [Link] Je souhaite vous poser des questions sur une autre personne que vous

8 avez mentionnée, à savoir Atsin Aké, qui a été remplacé par Zadi en tant que

9 commandement (phon.) du sous-groupement tactique — Thierry.

10 Est-ce que vous vous souvenez de la position qu'il a occupée après avoir été

11 remplacé en tant que commandant du sous-groupement tactique ? Quelle position...

12 À quelle position a-t-il été muté ?

13 R. [Link] Oui. Il est retourné à Akandjé, notre centre d'instruction au Commando,

14 qu'on appelle Akandjé. Donc c'est là-bas que le capitaine Atsin est retourné. Mais à

15 côté de ça, il avait quand même des contacts permanents avec le commandant des

16 forces terrestres. Voilà. Sinon, effectivement, il est retourné de façon officielle comme

17 responsable du centre d'entraînement national commando parachutiste à Akandjé.

18 Q. [Link] Pourriez-vous nous dire où se trouve Akandjé ?

19 R. [Link] Akandjé, c'est dans la commune de Bingerville. C'est le... le centre... c'est

20 l'ancien bâtiment du gouverneur (inaudible) Binger — son ancien bâtiment. C'est ce

21 que les responsables du 1er BCP ont pris comme leur PC et c'est autour de ça ils ont

22 fait les positions, les éléments d'exercices. Voilà. Donc, le village d'Akandjé lui-même

23 est à... au moins à 2 ou 3 kilomètres du centre d'entraînement, mais on a pris... ils ont

24 donné le nom au centre parce que c'est... l'espace appartient au village Akandjé.

25 Voilà.

26 Q. [Link] Saviez-vous à qui il devait rendre compte en sa qualité de commandant

27 de ce centre de formation ?

28 R. [Link] Logiquement, le centre de formation Akandjé est sous le

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1 commandement du commandant 1er BCP. Donc, quelqu'un qui... qui exerce là-bas,

2 c'est au commandant 1er BCP qu'il doit naturellement rendre compte. Voilà, pas plus.

3 Puisque c'est lui, le commandant BCP, qui est responsable du centre d'entraînement

4 d'Akandjé. Donc, celui qui travaille là-bas doit rendre compte au commandant du

5 1er BCP, donc, c'est-à-dire le commandant Brice.

6 Q. [Link] Savez-vous si Atsin Aké a été affecté ailleurs lors de la crise 2010-2011 ?

7 R. [Link] Oui, dans sa position de commandant de centre d'entraînement

8 commando parachutiste d'Akandjé, quand il y a eu la formation du gouvernement...

9 du dernier gouvernement de M. Gbagbo, où M. Aké N'Gbo a été nommé Premier

10 ministre, Aké Atsin a été détaché comme aide de camp du Premier ministre Aké

11 N'Gbo.

12 Q. [Link] Je vais épeler A-K-E... A... N'Gbo, aux fins du compte rendu.

13 Donc, lors de la crise, avez-vous été informé d'activités spécifiques qui auraient été

14 menées par Aké Atsin ou par des hommes placés sous ses ordres ?

15 R. [Link] Oui, mais quand il était maintenant détaché dans la résidence...

16 D'abord, même, il y a un jeune... un jeune Gouro qui a eu la mort là-bas. On ne sait

17 pas aujourd'hui qu'est-ce qui s'est passé. Parce qu'il était aide de camp de M. Aké

18 N'Gbo, donc naturellement, il est là-bas avec une garde dans la résidence de celui-ci.

19 Et en ce moment aussi, les autres sont déjà regroupés aussi au Golf, donc il y avait

20 déjà assez de mouvements. Et le jeune Gouro qui a eu la mort là-bas, bon,

21 aujourd'hui, je... je ne maîtrise plus, c'est-à-dire, le temps est passé beaucoup, son

22 nom ne me vient plus à l'esprit. Parce que c'était un des éléments du 1er BCP aussi, ils

23 étaient fidèles à... au capitaine Atsin (phon.) même, d'ailleurs. Il a eu la mort là-bas.

24 Donc, le capitaine Atsin, en fait, il avait un... un 4X4 à sa disposition. Le soir, il vient,

25 il gare entre le magasin d'armes et le réfectoire. Il y a deux personnes que, moi, j'ai

26 bien remarquées, Kouadio Adjeï Blaise et... aujourd'hui, il est à la force spéciale,

27 même, et Talo (phon.). Lui, aujourd'hui aussi, il est garde du corps du ministre

28 Adjoumani. Voilà, ces deux-là, régulièrement, montaient avec lui. Ça, c'est

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 totalement le soir, et puis ils sortent. Mais c'est le lendemain matin, ils viennent.

2 Voilà.

3 Q. [Link] Afin de bien clarifier les choses : vous avez dit que des gens s'étaient

4 regroupés au Golf ; de qui s'agissait-il, exactement ?

5 R. [Link] Ceux qui se sont regroupés au Golf, c'est-à-dire le commandement

6 actuel de la République de Côte d'Ivoire et ses alliés, c'est là qu'ils étaient, au Golf.

7 Q. [Link] Très bien.

8 Et lorsque... lors de la crise, Atsin Aké, où était-il stationné exactement ?

9 R. [Link] Bon, il habitait l'ancien camp. Son domicile est à l'ancien camp, mais il

10 travaillait à la résidence de M. Aké N'Gbo, donc... Et c'est le soir il vient avec

11 sa 4X4 et il gare entre le magasin d'armes et le réfectoire, et les deux éléments que j'ai

12 cités, là, montent avec lui et ils sortent. C'est totalement le lendemain qu'on les

13 revoit. Voilà. Maintenant dire il était stationné ici, ici, ça, bon...

14 Q. [Link] D'accord.

15 Nous allons passer maintenant à un sujet différent. Donc, nous restons à Akouédo,

16 l'ancien camp et je souhaiterais vous demander de plus amples informations sur les

17 différentes unités qui étaient présentes. Donc, il y avait l'UCS, par exemple, qui était

18 stationnée sur place, ainsi que le 1er BCP, ainsi que le sous-groupement tactique,

19 n'est-ce pas ? Et vous avez également mentionné le commandement des forces

20 terrestres qui était basé dans l'ancien camp. Est-ce que j'ai bien résumé vos propos ?

21 R. [Link] Oui. C'est bien résumé, oui.

22 Q. [Link] Y avait-il des officiers du 1er BCP ou de toute autre unité qui vivait à

23 l'intérieur du camp, d'après vos souvenirs ? Vous nous avez dit, par exemple, que...

24 je vais vous poser la question, tout simplement : est-ce que vous vous souvenez du

25 nom d'officiers qui vivaient éventuellement dans le camp et qui appartenaient à

26 diverses unités ?

27 R. [Link] Oui. Puisque les habitations de l'ancien camp d'Akouédo sont les

28 habitations des militaires... des unités comme le 1er bataillon, le Bataillon d'artillerie

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1 sol-air, et le Bataillon blindé qui sont au nouveau camp, mais les gens qui travaillent

2 là-bas peuvent habiter l'ancien camp, parce que, l'ancien camp, c'est un espace où il y

3 a des habitations, des officiers, des sous-officiers et des militaires du rang. Donc,

4 effectivement, il y avait des officiers des autres unités qui habitaient à l'ancien camp

5 d'Akouédo. Par exemple, le capitaine qui a eu palabre avec le commandant Toualy,

6 capitaine Brou, il habite à l'ancien... il habitait à l'ancien camp d'Akouédo. Bon...

7 Q. [Link] Vous venez de mentionner le 1er bataillon, la division blindée également

8 et une autre division. Est-ce qu'il y avait d'autres unités présentes dont les officiers

9 vivaient dans l'ancien camp d'Akouédo lors de la crise ?

10 R. [Link] Oui, les officiers, en dehors de ces unités d'Akouédo là, c'est ce que vous

11 me demandez ? Reformulez la question, s'il vous plaît.

12 Q. [Link] Je vais d'abord terminer mes questions portant sur le camp. Vous avez

13 mentionné le village d'Akouédo. À quelle distance se trouvait-il environ du... de

14 l'ancien camp d'Akouédo ?

15 R. [Link] Bon. Si on passe par l'entrée principale pour sortir, le village est au

16 moins à 2 kilomètres d'Akouédo, mais si on sort par-derrière, le village est à au

17 moins... à 500 kilomètres d'Akouédo... à 500 mètres d'Akouédo. Parce que,

18 par-derrière, aujourd'hui, comme la clôture ferme, on ne peut plus passer

19 par-derrière, on est obligés de passer par-devant, par l'entrée principale. Donc, on

20 marche un peu plus. Mais, par le passé, nous, on passait par-derrière, là. À

21 500 mètres déjà, on est au village d'Akouédo. Voilà.

22 Q. [Link] Je vais changer de sujet, maintenant, et vous parler du recrutement, et

23 plus particulièrement du recrutement dans les forces terrestres.

24 Pourriez-vous nous décrire brièvement la procédure habituelle pour le recrutement

25 des soldats ?

26 R. [Link] Oui.

27 Puisque l'armée ivoirienne a été créée par feu le Président Félix-Houphouët-Boigny,

28 donc la méthode qu'il utilise, c'est ce que nous savions, qui est la meilleure.

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1 Effectivement, dans les mois de novembre et décembre de chaque année, les jeunes

2 de Côte d'Ivoire qui ont 18 ans et plus vont se faire recenser dans les mairies et les

3 sous-préfectures. Vous allez, vous écrivez vos noms. Dans le mois de février et mars,

4 vous subissez la visite médicale qu'on appelle « le conseil de révision. » Et à l'issue,

5 effectivement, dans le mois de juillet de l'année en cours, il y a un groupe qui est

6 appelé, qu'on appelle « le contingent 1A ». Et dans le mois de janvier qui suit, il y a

7 un deuxième groupe qui est appelé, qu'on appelle « le contingent 2A ».

8 Donc, pour être recruté dans l'armée, on vient avec une convocation qui vient du

9 Service national du ministère de la Défense.

10 Voilà comment on recrute les soldats. Voilà. Et c'est comme ça que, nous, on a été

11 recrutés.

12 Q. [Link] Ce processus de recrutement que vous venez de décrire s'appliquait-il

13 aux forces terrestres ?

14 R. [Link] Mais, effectivement, oui.

15 Q. [Link] Il s'appliquait également à d'autres unités ou uniquement aux forces

16 terrestres ?

17 R. [Link] Ce processus s'applique aux forces terrestres, à la marine nationale, au

18 groupement des sapeurs-pompiers militaires, aux militaires de l'aviation, voilà,

19 parce que nous tous, nous sommes recrutés ensemble. On finit de faire la formation

20 commune de base, et c'est à l'issue maintenant qu'on... on affecte certains à la marine,

21 certains au groupement des sapeurs-pompiers, certains au GATL, et certains aux

22 forces terrestres comme nous. Voilà.

23 Q. [Link] Combien de temps dure cette formation initiale dans des conditions

24 normales, dans un processus normal ?

25 R. [Link] Ben, je prends mon exemple : nous, nous sommes arrivés au 2e bataillon

26 d'infanterie le 4 janvier 89. Nous avons fini notre formation le 6 juin 89, c'est-à-dire

27 ça dure six mois, voilà, six mois bien comptés.

28 Q. [Link] Pendant, donc, votre carrière au sein des forces terrestres, vous

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1 souvenez-vous de cas où le recrutement n'a pas suivi la... la procédure normale que

2 vous venez de nous décrire ?

3 R. [Link] Oui. Oui. Par exemple, après que... après le 19 septembre 2002, après

4 le 19 septembre 2002, effectivement, je crois ça doit être en janvier ou bien

5 février 2003, je... non... je crois en octobre ou bien... 2003, oui, janvier ou février 2003,

6 effectivement, le général Doué Mathias, à la télévision : « Vous voulez être

7 militaire ? » « Oui. » « Vous voulez être militaire ? » « Oui. » Et le recrutement a

8 commencé. Voilà.

9 Q. [Link] Pouvez-vous nous dire si vous-même vous aviez connaissance de ce

10 type de recrutement, à ce moment-là ?

11 R. [Link] Bon, avoir connaissance de ce type de recrutement, je peux peut-être

12 aller un peu en arrière. Effectivement, après les contingents 87 et 88, qui ont... qui ont

13 été recrutés en 89, 90, il y a eu une mutinerie des soldats qui a contraint le Président

14 d'alors de stopper un peu le recrutement. Donc... Et c'est à l'issue de cela que le

15 général Guéï Robert a été nommé chef d'état-major des armées. Donc, le général

16 Guéï Robert, à partir de 93, effectivement, il voulait... Parce que les... les athlètes

17 militaires, beaucoup sont composés de jeunes civils. Donc, pour ne pas les

18 démoraliser, effectivement, il demandait à chaque section de sport… parce que la

19 SOA est constitué de 14 sections de sport. Donc, il demandait à chaque section de

20 donner cinq, six, si plus, 10 éléments pour une formation afin de les incorporer.

21 Donc, effectivement, avant ça, je crois que c'est le général Guéï Robert, mais après,

22 en 95, c'était revenu à la normale. Voilà.

23 Q. [Link] Un instant, s'il vous plaît.

24 Est-ce que nous pourrions nous focaliser sur le recrutement que vous venez de nous

25 décrire pour 2003 ? Est-ce que vous pourriez, donc, vous concentrer sur ce type de

26 recrutement ? Et à ce moment-là, saviez-vous qu'il existait ce type de recrutement

27 précis en 2003 ?

28 R. [Link] Mais, en 2003, ce type de recrutement, c'est... c'est... l'argument que les

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1 autorités d'alors ont donné, c'est pour étoffer leurs combattants sur les lignes de

2 front. Donc, c'est pourquoi qu'ils ont fait ce recrutement, Bon, moi, je ne sais pas.

3 Q. [Link] Vous-même, savez-vous si les recrues, à ce moment-là, ont

4 effectivement reçu une formation ?

5 R. [Link] Cette formation, c'est une formation précaire. On ne peut pas appeler ça

6 une formation, puisque le métier des armes est un métier noble. La preuve, voilà où

7 nous sommes... où ça nous a conduits. Donc, cette formation, moi, à mon

8 entendement, n'est pas conseillée. Ils n'ont pas eu de formation, parce que prendre...

9 c'est-à-dire envoyer un coup de feu et prendre la ligne de mire pour atteindre un

10 objectif, ça fait deux choses à part. Voilà. On peut faire un coup de feu, appuyer sur

11 la détente, le coup de feu est parti, ça tout le monde peut le faire ; mais prendre la

12 ligne de mire et atteindre un objectif, voilà ce qu'on dit « un militaire formé ». Voilà.

13 Q. [Link] Concernant cette formation que vous avez décrite, comment

14 saviez-vous que c'était le type de formation qui était dispensée à ce moment-là,

15 c'est-à-dire en 2003 ? Comment vous-même, personnellement, avez-vous eu

16 connaissance de ce type de formation ?

17 R. [Link] Je ne comprends pas bien.

18 Q. [Link] Je vais reformuler ma question.

19 Il y a l'UCS qui était basé au camp d'Akouédo, n'est-ce pas ?

20 R. [Link] Oui.

21 Q. [Link] Est-ce que les recrues... Est-ce qu'il y a eu des recrues qui, à votre

22 connaissance, ont été accueillies à cet endroit-là ?

23 R. [Link] Les recrues de cette époque, bon nombre étaient reçues parce que c'est à

24 l'UCS où se trouve le commandement des forces terrestres, mais après, ils sont

25 conduits dans les unités de formation que sont le 1er BCP, le 1er bataillon, voilà. C'est

26 là-bas qu'on les formait.

27 Q. [Link] Vous souvenez-vous si... enfin, combien il y a eu environ de recrues qui

28 ont été reçues au commandement des forces terrestres ?

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1 R. [Link] Bon, non. Sinon, effectivement, c'est... je ne sais pas la question que vous

2 me posez, là, je ne comprends pas bien. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas

3 bien.

4 Q. [Link] Revenons à... à ce groupe de recrues qui ont été reçues à ce moment-là.

5 Je voudrais, tout d'abord, vous demander si ces recrues étaient connues sous un nom

6 particulier, une désignation particulière ?

7 R. [Link] Mais bien sûr, oui, oui, oui. On les appelait « Contingent Blé Goudé ».

8 Oui.

9 Q. [Link] Et pourriez-vous nous dire, approximativement, le nombre de recrues...

10 de ces recrues que vous avez vues, vous personnellement, dans le camp d'Akouédo ?

11 R. [Link] Non. Ceux qui sont affectés à l'unité BCP ou bien que j'ai vus dans le

12 camp d'Akouédo ?

13 Q. [Link] Continuez, s'il vous plaît.

14 R. [Link] Je demande. Vous... Parce que la question que vous me posez : quelles

15 sont les recrues que j'ai vues dans le camp d'Akouédo ? Parce que...

16 Q. [Link] Si c'est plus simple pour vous, est-ce qu'il y en a eu qui ont été affectées

17 particulièrement à des unités du... de l'ancien camp Akouédo ?

18 R. [Link] Oui, bien sûr. Après leur... leur formation... leur brève formation, on les

19 a mutées. Il y en a qui ont été mutés au 1er BCP et d'autres dans les autres unités de...

20 de l'armée Ivoirienne. Mais ce qui est un peu dérangeant dedans, c'est que, parmi

21 eux, effectivement, il y en a qui sont handicapés même : un pied plus long qu'un

22 pied. Il y en a qui ont un seul œil. Bon, tout ça, c'est... logiquement, c'est des

23 handicaps qui ne permettent pas d'être recrutés dans l'armée. Voilà. Donc, il y en a

24 qui ont été affectés au 1er BCP que je connais, avec qui j'ai travaillé, voilà, et d'autres

25 sont dans les autres unités aussi.

26 Q. [Link] Vous avez dit que certains ont été affectés au 1er BCP, vous les

27 connaissiez, vous avez travaillé avec eux. Est-ce qu'il y en avait qui étaient

28 subalternes par rapport à vous, par rapport à la hiérarchie ?

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1 R. [Link] Oui, par rapport à la hiérarchie, ils sont... beaucoup étaient subalternes à

2 moi, oui.

3 Q. [Link] Avez-vous remarqué quoi que ce soit de particulier par rapport au

4 comportement qu'ils avaient à votre égard, puisque vous étiez leur supérieur

5 hiérarchique ?

6 R. [Link] Oui, c'est des... c'est des gens qui ne respectent rien. Ils ne considèrent

7 rien, parce que, d'après eux, eux, ils sont venus nous arracher le pouvoir. Donc, ils

8 n'avaient aucun respect pour leurs gradés, ils ne respectent absolument rien. Oui. Ils

9 pouvaient même te dire ce qu'ils veulent quand ils veulent, comme ils veulent : que

10 non, eux, ils ont un parapluie. Leur parapluie, c'est Blé Goudé. On ne peut rien leur

11 faire. Oui, ils le disaient.

12 Q. [Link] Vous dites qu'ils avaient un parapluie qui était Blé Goudé. Qu'est-ce

13 que vous entendez par là ? Qu'est-ce que vous voulez nous dire ?

14 R. [Link] Oui, mais... Je veux vous dire qu'ils disaient qu'ils sont intouchables,

15 qu'on ne peut rien leur faire et ils sont aidés dans cet acte même par des autorités

16 militaires, voilà, qui… qui disaient « les anciens-là, s'ils font... cafouillez-les », voilà.

17 Donc, c'est-à-dire, ils sont « intouchables », c'est ce que ça veut dire.

18 Q. [Link] Et lorsque vous venez de nous dire qu'ils étaient venus pour vous

19 arracher le pouvoir, qu'est-ce que vous entendez par là ?

20 R. [Link] Oui, mais c'est-à-dire en 2000, avant que M. Gbagbo ne prenne le

21 pouvoir, le pouvoir était tenu par le Comité national de salut public, le CNSP du

22 général Gueï Robert, ce qui sous-entend que quand M. Gbagbo a dit « j'ai gagné » et

23 que tout le peuple est sorti, effectivement, les militaires que nous étions, on a quitté

24 l'espace. Donc, eux, là, quand ils sont arrivés maintenant, là, nous, on n'est rien

25 devant eux. C'est ce qu'ils voulaient nous faire comprendre.

26 Q. [Link] Saviez-vous d'où venaient les recrues qui étaient vos subalternes ?

27 Savez-vous de quelles régions de Côte d'Ivoire elles venaient ?

28 R. [Link] Bon. En fait, les recrues de 2003 et les recrues de 2010, là, ce n’est pas

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1 même chose. Parce qu'en 2010, effectivement, il y a eu un recrutement clandestin, où

2 les Jeunes Patriotes partaient chercher des jeunes dans leur région pour venir leur

3 faire une petite formation à Akakro et les incorporer. Voilà. Moi, j'ai... j'ai eu cette

4 information parce qu'il y a un jeune de chez moi qu'on appelait « Zambi », qui est

5 venu avec huit jeunes gens de mon village. Parmi eux, il y avait mon neveu. Donc,

6 arrivés la nuit à Akouédo, lui, il les a laissés, il les a abandonnés. Donc, mon neveu

7 les a conduits jusqu'à chez moi. Mon neveu-là, il s'appelle Kpado. Voilà. Mon neveu

8 les a conduits jusqu'à chez moi. Voilà.

9 Si c'est de ce recrutement, effectivement, ça, c'étaient des jeunes qui venaient des

10 zones favorables à M. Gbagbo. Voilà. Mais, sinon, le recrutement de 2003,

11 réellement, il y a pas... je ne peux pas dire que seulement c'est... c'est... *c'est une

12 région qui a été recrutée parce que, dans leur sein, il y a quand même tout le monde.

13 Voilà.

14 Q. [Link] Dernière question concernant le recrutement de 2003. Vous avez décrit

15 comment s'effectuait la formation, je voudrais que nous revenions dessus. Vous avez

16 dit que la formation était de courte durée, et vous l'avez décrite comme étant très

17 simple, très simpliste. Vous avez utilisé un terme en particulier. Et, ensuite, vous

18 avez dit : « C'est que... La preuve, c'est, voyez où ça nous a amenés. » Donc, qu'est-ce

19 que vous vouliez dire par là ? « Voyez un peu jusqu'où ça nous a amenés, du fait de

20 la formation qu'avaient reçue ces recrues, en particulier. »

21 R. [Link] Effectivement, si ces recrues avaient vraiment une vraie formation

22 militaire, ils allaient dissocier leur... un militaire, c'est un ange. Voilà. Un militaire,

23 c'est un ange. Quand Dieu veut envoyer quelqu'un pour un message, c'est les anges,

24 il envoie. Le militaire aussi, il est au service des responsables pour être envoyé, pour

25 exécuter des missions. Mais, ça ne fait pas de lui un milicien de l'individu. Si,

26 réellement, ces jeunes-là avaient vraiment la formation militaire, à un moment

27 donné, ils auraient compris que, non, ce que nous faisons là est faux. Donc,

28 retournons à nos services militaires. Mais, malheureusement, il y a des militaires

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1 aujourd'hui qui ont déserté, qui sont au Ghana, au Togo ; bon, pour quelle raison ?

2 Tu es un militaire, tu as fait ton travail, ça n'a pas marché, tu continues. Si on doit te

3 punir, on te punit, et puis ça passe. Mais, aujourd'hui, il y a d'autres qui sont en

4 désertion et qui sont au Togo, au Ghana, tout simplement parce qu’ils sont restés, au

5 lieu d'être militaires, ils sont restés miliciens. C'est pourquoi « que » je dis, cette

6 formation voilà où ça nous a conduits. Voilà.

7 Q. [Link] On vient de me demander de vous demander de ralentir un peu, car les

8 interprètes essayent de traduire vos propos, les sténotypistes doivent les prendre en

9 notes, donc nous vous demandons donc de ralentir. C'était la première chose.

10 *Deuxièmement, par rapport à ce que vous venez de dire, vous dites que « ces

11 soldats sont devenus des miliciens » ; qu'est-ce que vous voulez dire par là ?

12 R. [Link] Par là, je veux dire que, le militaire, il est le soldat des 322 kilomètres

13 carrés (phon.) que représente la Côte d'Ivoire. Il n'est pas un militaire d'un individu.

14 Voilà. Certes, on peut être au service de l'individu — c'est le rôle du militaire, mais, à

15 un moment donné, si, effectivement, le peuple n'est plus pour l'individu, mais le

16 militaire s'aligne à la volonté du peuple. Voilà. Donc, voilà ce que je veux dire.

17 Q. [Link] Je voudrais revenir à autre chose. Nous ne... Nous abandonnons le

18 recrutement 2003.

19 Vous avez, ensuite, parlé du recrutement de 2010 et vous avez parlé de votre... vous

20 avez mentionné votre neveu par rapport à cela. Donc, je voudrais partir de là, à

21 savoir comment avez-vous entendu parler du recrutement de 2010 ?

22 R. [Link] Si mon neveu et les autres jeunes de mon village n'étaient pas venus

23 chez moi, je n'aurais pas su qu'il y avait un recrutement. Effectivement, un soir, je

24 crois, de... de décembre, décembre, décembre, décembre 2000... 2010, je suis là, le

25 soir, je vois mon neveu qui rentre avec un groupe de jeunes. Je leur donne asseoir et

26 je demande nouvelles. Ils me disent non, ils sont venus pour la formation militaire.

27 La première question je leur ai posée : « Montrez-moi vos convocations ». Personne

28 n'avait de convocation. Et je demande à mon neveu : « Mais tu n'as pas de

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1 convocation, comment tu penses pouvoir faire la formation militaire ? » Il dit, non,

2 ils ont un frère du village qui est étudiant, qui s'appelle Zambi, et c'est celui-là qui a

3 pris leurs noms, qui est venu avec eux, mais arrivés au corridor d'Akouédo... dans

4 son véhicule, il y avait des armes, parce qu'avant d'entrer... à l'époque, avant d'entrer

5 dans le périmètre de l'ancien camp d'Akouédo, il y a... il y a un barrage. Donc, les

6 militaires qui étaient là les ont arrêtés, puisque c'était la nuit. Et dans la fouille du

7 véhicule, il y avait des armes dans le véhicule. Donc, les militaires ont préféré garder

8 le véhicule. Ils leur ont dit : « Bon, O.K. trouvez-vous des endroits... » Non, ils les ont

9 emmenés même au camp, voilà, ils les ont emmenés au camp. Et c'est après mon

10 neveu-là m'a appelé ; Kpado-là, il m'a appelé. Et quand je suis venu, effectivement,

11 j'ai dit : « Non, c'est mon neveu, laissez-les, on va partir à la maison, mais, le

12 lendemain matin, je viendrai avec eux, pendant que ce Zambi-là sera là. » Et c'est

13 comme ça que nous sommes partis.

14 Et maintenant, je leur demande : « Bon, O.K. montrez-moi vos convocations »,

15 personne ne peut me montrer une convocation. Donc, j'ai essayé de les décourager

16 pour leur dire : « Retournez au village parce que cette façon d'être recruté là, ça crée

17 des problèmes parce que vous ne savez même pas si c'est l'État de Côte d'Ivoire qui

18 vous recrute. Donc, retournez au village. Il y a quelques-uns qui m'ont compris, que

19 j'ai aidés, qui sont repartis, mais il y en a trois ou quatre là qui ne... qui se sont

20 entêtés. Parmi eux-mêmes, il y a deux qui ont, effectivement, été incorporés. Il est

21 venu chez moi-même en tenue avec arme, avec le grade de caporal, je crois une ou

22 deux semaines après. Et quand je lui ai demandé : « Mais comment tu as fait pour

23 avoir le grade de caporal ? » Il dit non, c'est parce que lui, il est choc. Voilà. C'est

24 parce qu'il est choc qu'il a eu le grade de caporal. J'ai dit : « O.K. Bravo. » Voilà.

25 Q. [Link] Permettez-moi de vous poser quelques questions sur votre neveu et ses

26 amis.

27 Avez-vous su comment ils avaient été recrutés ?

28 R. [Link] Oui, le Zambi-là, il est allé au village... Vous savez, les jeunes, au village,

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Procès – Témoin CIV-OTP-P-0316 (Audience publique) ICC-02/11-01/15

1 bon, ils sont en quête d'emploi. Donc, quand on vient leur dire qu'ils peuvent

2 devenir militaires, vraiment, c'est un rêve. Donc, pour eux, ils ont saisi la perche, ils

3 l'ont suivi. Mais ce Zambi était un étudiant qui était de la Galaxie patriotique, il fait

4 partie des Jeunes Patriotes. Voilà.

5 Q. [Link] Un instant.

6 Le village dont vous parlez, c'est quel village ? Comment s'appelle-t-il ? Où est-il ?

7 R. [Link] Le village s'appelle Porogwi (phon.), précisément *Kouétinfla (phon.).

8 Q. [Link] Et c'est dans quelle région ?

9 R. [Link] C'est dans le département de Sinfra.

10 Q. [Link] Et la personne dont vous venez parler... de parler, Zambi, était membre

11 de la Galaxie patriotique, c'était un Jeune Patriote ? Comment avez-vous eu

12 connaissance de cela ?

13 R. [Link] J'ai connaissance de cela parce que c'est l'oncle à mon neveu. La preuve

14 même, les armes qu'on a trouvées dans le véhicule qu'il conduisait, quand on l'a

15 conduit devant le commandant des forces terrestres, le commandant des forces

16 terrestres a reçu des coups de fil, et il a dit au *commandant Brice de le laisser partir.

17 Il n'a pas été inquiété. Or, normalement, les armes trouvées sur un citoyen

18 quelconque, on l'inquiète, mais, lui, il n'a pas été inquiété, il est parti avec ses armes,

19 avec son véhicule et ses armes, il n'y a pas eu de problème. Voilà.

20 Q. [Link] Alors, on va procéder par étapes.

21 Vous avez dit que Zambi et votre neveu et ses amis ont été arrêtés, ils avaient des

22 armes dans leur véhicule. Savez-vous quelles étaient ces armes ? Pouvez-vous les

23 décrire ?

24 R. [Link] Oui. Les armes-là, c'étaient des kalachnikovs.

25 Q. [Link] Et vous-même, comment avez-vous eu connaissance de ce qui s'est

26 passé, mis à part le coup de téléphonie... le coup de téléphone ? Êtes-vous allé

27 vous-même sur le lieu du barrage ?

28 R. [Link] Pour voir les armes ou bien... sinon, c'est dans le camp que mon neveu

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1 m'a appelé. C'est au camp je les ai trouvés. C'est-à-dire le barrage... dans le barrage,

2 c'est la nuit on les a pris. Donc, ils les ont gardés jusqu'au petit matin, et c'est le matin

3 mon neveu m'a appelé et puis je suis venu les rejoindre au camp.

4 Q. [Link] Vous nous avez parlé d'une conversation, vous avez dit que Zambi a été

5 amené devant le commandement des forces terrestres, et il aurait eu des appels

6 téléphoniques et il a demandé au commandant Brice de le laisser partir. Mais

7 comment avez-vous eu connaissance de... des ordres qui ont été donnés par le

8 *commandement des forces terrestres à Brice et à Zambi ? Comment avez-vous eu

9 connaissance de tout cela ?

10 R. [Link] Oui, mais j'étais présent quand le commandant Brice est venu dire à

11 ceux qui avaient bloqué le véhicule de laisser le véhicule partir, que le général dit de

12 le laisser partir parce qu’il a appelé la Présidence, on dit de le laisser, c'est un Jeune

13 Patriote. Voilà, ce n’est pas caché.

14 Q. [Link] Avez-vous... Enfin, vous avez dit que le commandant des forces

15 terrestres avait appelé la Présidence. Est-ce que vous avez su ce qui... Est-ce que vous

16 avez entendu ce qui a été dit pendant cette conversation ou bien est-ce qu'on vous a

17 rapporté ce qui avait été dit pendant cette conversation ?

18 R. [Link] Le fait... c'est le commandant Brice qui est venu vers nous pour dire

19 « laissez le jeune-là partir avec ses (phon.) véhicules. Le général dit de le laisser. »

20 Maintenant, par curiosité, on demande : « Mais pourquoi on le laisse ? » « Ah, le

21 général a appelé la Présidence, on dit c'est un Jeune Patriote, il faut le laisser partir. »

22 En fait, à cette époque, voilà, le Jeune Patriote, vraiment, il est au-dessus de tout,

23 hein. Oui. Le Jeune Patriote, le militaire n'est rien devant lui. Voilà. Il est au-dessus

24 de tout. Ça, je le dis haut et fort. Le Jeune Patriote, rien ne peut l'inquiéter,

25 absolument rien. Voilà.

26 Donc, officiellement, le commandant a dit « non, c'est un Jeune Patriote, on dit de le

27 laisser partir. » Qui pouvait contredire cela ? C'est comme ça. Sinon, je n'étais pas

28 dans le lieu de la conversation entre le commandant et le général, mais c'est le... le

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1 commandant est venu nous trouver dehors, il a dit « non, on dit de le laisser partir,

2 c'est un Jeune Patriote », ce n'était pas un secret. Voilà.

3 Q. [Link] Avez-vous appris d'où venaient ces armes, les armes que votre neveu et

4 ses amis avaient ? Est-ce que vous avez appris la provenance de ces armes ?

5 R. [Link] Vraiment, non. Je n’ai même pas cherché à savoir d'où ces armes

6 venaient.

7 Q. [Link] Et par la suite, avez-vous revu Zambi ?

8 R. [Link] Jusqu'à ce jour, je ne l'ai plus revu.

9 Q. [Link] Et avez-vous eu des informations supplémentaires lors de cet échange

10 que vous avez eu lorsque Mel avait ordonné que l'on libère votre neveu et ses amis ?

11 Est-ce que vous avez entendu quoi que ce soit à propos de Zambi en particulier ?

12 R. [Link] Le quoi que ce soit, c'est que Zambi, c'est un Jeune Patriote. C'est ce que

13 j'ai entendu de lui. Voilà. C'est un Jeune Patriote.

14 Mme PACK (interprétation) : [Link] Monsieur le Président, je vois qu'il est 15 h 30 ;

15 est-ce qu'on poursuit jusqu'à 16 heures ?

16 M. LE JUGE PRÉSIDENT TARFUSSER (interprétation) : [Link] Non. On a dit que

17 puisqu’on commençait tôt, on finirait tôt. Donc, si c'est à un moment opportun pour

18 faire une césure, n’hésitons pas. Et on reprendra à 9 h 30. Et Mme Pack poursuivra ses

19 questions.

20 Donc, merci beaucoup, Monsieur le témoin.

21 Monsieur le témoin, je vous parle. Merci beaucoup, pour aujourd'hui. C'est le

22 Président qui vous parle. Merci. Vous allez pouvoir aller vous reposer et nous vous

23 reverrons donc à 9 h 30 pour la suite de l'interrogatoire de l'Accusation. J'ai bon

24 espoir que la représentante de l'Accusation ait terminé ses questions à un moment

25 quelconque demain, et ce… et nous aurons, ensuite, les questions des deux Défenses.

26 Merci beaucoup.

27 Nous levons la séance et nous reprendrons demain, à 9 h 30.

28 Mme L'HUISSIER : [Link] Veuillez vous lever.

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1 (L'audience est levée à 15 h 33)

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