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Ancrages géosynthétiques : études et essais

La stabilité des dispositifs d'étanchéité par géosynthétiques dépend de l'ancrage en tête de talus, qui varie selon la géométrie des tranchées. Des études expérimentales ont été menées pour analyser les mécanismes d'ancrage et déterminer la meilleure géométrie de tranchée pour une longueur de géosynthétique donnée. Les résultats montrent que la capacité d'ancrage est influencée par divers facteurs, notamment la nature du sol et l'angle de la pente.

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Ancrages géosynthétiques : études et essais

La stabilité des dispositifs d'étanchéité par géosynthétiques dépend de l'ancrage en tête de talus, qui varie selon la géométrie des tranchées. Des études expérimentales ont été menées pour analyser les mécanismes d'ancrage et déterminer la meilleure géométrie de tranchée pour une longueur de géosynthétique donnée. Les résultats montrent que la capacité d'ancrage est influencée par divers facteurs, notamment la nature du sol et l'angle de la pente.

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Rencontres Géosynthétiques 2006

ANCRAGES EN TÊTE DE TALUS DES DISPOSITIFS D’ÉTANCHÉITÉ PAR


GÉOSYNTHÉTIQUES - ÉTUDES EXPÉRIMENTALES ET APPLICATION

GEOSYNTHETIC ANCHORAGE TRENCHES AT THE TOP OF THE SLOPES –


EXPERIMENTAL STUDIES AND APPLICATION

Laurent BRIANÇON1, Hugues GIRARD2, Etienne REY1


1
Cnam, Paris, France
2
Cemagref

RÉSUMÉ – La stabilité des Dispositifs d’Etanchéité par Géosynthétiques dépend de l’efficacité des
tranchées dans lesquelles ils sont ancrés en tête de talus. En fonction de l’espace disponible en tête de
talus, différents types de tranchées peuvent être mis en oeuvre. Plusieurs méthodes de
dimensionnement ont été proposées dans ce domaine, cependant des études expérimentales et
numériques ont mis en évidence qu’aucune méthode ne décrivait avec précision les mécanismes
développés dans les tranchées. Pour compléter les études existantes, des essais ont été réalisés sur un
banc d’ancrage et in situ pour analyser les mécanismes d’ancrage et pour déterminer quelle est la
meilleure géométrie de tranchée pour une longueur de géosynthétique donnée.
Mots-clés : Géosynthétiques, tranchées d’ancrage, essais en vraie grandeur, dimensionnement

ABSTRACT – Geosynthetic lining system on slopes requires anchoring at the top of the bank.
Depending on the space available at the top of the slope and on the applied load, the anchorage trench
may take on different geometries. Various design methods have been proposed in this field but
experimental and numerical studies showed that no single formula was capable of describing the
behaviour of all types of anchorage, even though some were close to the experimental results in certain
cases. To complete the existing studies, experimental tests were carried out on an anchorage facility
and in-situ to highlight mechanisms and to determine the best anchorage trench for a fixed length of
geotextile.
Keywords: Geosynthetics, anchorage trench, full-scale experiment, design

1. Introduction

La stabilité et la durabilité des dispositifs d’étanchéité géosynthétiques sur pentes dépendent de


l’efficacité des ancrages des nappes en tête de talus. Des méthodes de dimensionnement ont été
proposées pour certaines configurations d’ancrage et pour certains types de sols (Briançon, 2003 ;
Koerner, 1999 ; Hulling et Sansone, 1997 ; Villard et Chareyre, 2004). Cependant, le dimensionnement
de ces ancrages reste souvent problématique pour les projeteurs. En effet, il n’existe pas de
recommandations dans ce domaine et les méthodes analytiques de dimensionnement existantes ne
permettent pas de déterminer de manière satisfaisante la capacité d’ancrage des tranchées.
Pour améliorer les connaissances dans ce domaine, nous avons déjà conduit des études
expérimentales (Briançon, 2001 ; Briançon et al., 2000) et participé à des études numériques (Chareyre,
2003 ; Chareyre et al., 2002) ; ces études ont mis en évidence la complexité des mécanismes et n'ont
pas permis de proposer des méthodes de dimensionnement acceptables pour la multitude de cas
rencontrés (types de sols et géométrie des tranchées notamment). Nous proposons, dans cette
communication, de comparer expérimentalement trois types d’ancrage dans cinq sols différents à partir
d’essais au banc d’ancrage et in situ (figure 1). Ceci permettra d’une part, de mieux comprendre les
mécanismes d’ancrage et, d’autre part, de déterminer la solution d’ancrage la plus efficace pour une
longueur de géotextile à ancrer donnée (figure 2).

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Rencontres Géosynthétiques 2006

2. Essais réalisés sur banc d’ancrage

2.1. Appareillage d’essai et instrumentation

Le banc d’ancrage (figure 1) est constitué d’une zone d’ancrage d’un mètre de large et d’un dispositif de
traction. Ce dispositif de traction est relié au géosynthétique par un mors. La force d’extraction et le
déplacement du mors sont mesurés au cours de l’extraction à l’aide de capteurs fixés sur le dispositif de
traction. Dans la zone d’ancrage, cinq capteurs permettent de suivre le déplacement de la nappe
géosynthétique au cours de l’extraction (figure 1). La rupture du massif de sol situé entre le parement du
talus et la tranchée peut être mise en évidence par le déplacement de colonnes de sable coloré mises
en œuvre préalablement.

Capteurs de déplacement à fils


Mors d'ancrage couplé à un capteur de force
mors d'ancrage
géosynthétique potence L
H
treuil F

D GTX

Colonnes de sable coloré


Fils avec gaine
B Barre de renvoi
zone d'ancrage dispositif de traction

Figure 1. Banc d’ancrage

2.2. Matériaux utilisés

Les essais au banc d’ancrage ont été réalisés pour trois sols : un sable, un limon (pour deux teneurs en
eau différentes) et un limon sableux. Les principales propriétés de ces matériaux ont été mesurées et
sont récapitulées dans le tableau I. Les angles de frottement δ à l’interface géosynthétique / sol ont été
déterminés au plan incliné et au banc d’ancrage. Le géosynthétique utilisé pour ces essais est un
géocomposite de renforcement constitué d’un non tissé renforcé par des fibres en PET aiguilletées au
non tissé dans le sens de production.

Tableau I. Propriétés des sols utilisés au banc d’ancrage

Sol γd* (kN.m-3) w (%) φ (degrés)** c (kPa)** δ (degrés)

Sable 15,7 3 41 0 37

Limon 1 13,0 23,5 35 5


30
Limon 2 13,6 19,5 - -

Limon sableux 15,7 10,6 - - 41


* Valeurs mesurées sur le sol mis en place ** valeurs obtenues au triaxial

2.3. Géométrie des tranchées d’ancrage

Plusieurs géométries de tranchée ont été réalisées pour comparer leur capacité d’ancrage :
recouvrement horizontal simple, tranchée rectangulaire, tranchée en V et tranchée trapézoïdale
(figure 2). L’ancrage par recouvrement simple a permis aussi de déterminer les angles de frottement
entre la nappe géosynthétique et les différents sols.
Les trois premiers types de tranchées sont couramment utilisés, les tranchées rectangulaires étant
plutôt réalisées en Europe et les tranchées en V plutôt aux Etats-Unis. Il nous a semblé intéressant de
tester la tranchée trapézoïdale d’une part parce qu’elle est plus facilement réalisable que la tranchée
rectangulaire (la partie inclinée de la tranchée trapézoïdale étant plus stable que la partie verticale de la
tranchée rectangulaire) et d’autre part parce que la mise en œuvre de la nappe géosynthétique est plus
simple que dans le cas d’une tranchée en V.

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3. Expérimentation sur site

Une expérimentation en vraie grandeur a été réalisée pour lever les incertitudes dues au frottement
latéral inhérent au banc d’ancrage. Un remblai de 2 mètres de haut, incliné à 38 degrés, a été mis en
oeuvre avec une argile à silex dont les caractéristiques, présentées au tableau II, ont été déterminées
sur un échantillon de sol écrêté à 25 mm (Valle, 2001).
Trois tranchées d’ancrage différentes (rectangulaire, en V et trapézoïdale) ont été réalisées avec le
même géotextile que celui utilisé pour les essais au banc d’ancrage. Pour chaque tranchée, l’extraction
des nappes géosynthétiques a été réalisée avec une pelle mécanique, en appliquant une traction
croissante le long de la pente. La force de traction au cours de l’extraction a été mesurée par un capteur
de force fixé au mors d’ancrage (figure 3a).

F β L β
H L H

a) Recouvrement simple b) Tranchée rectangulaire

L β β
H H L

Ψ D D
B
B

c) Tranchée en V d) Tranchée trapézoïdale


Figure 2. Les différentes configurations de tranchées d’ancrage testées

Tableau II. Propriétés de l’argile à silex


Sol γd (kN/m3) w (%) φ (degrés)* δ (degrés)

Argile à silex 19,3 12,5 42,6 -


*valeurs obtenues à la boîte de cisaillement

Les dimensions des tranchées d’ancrage en vraie grandeur ont été choisies identiques à celles des
tranchées au banc d’ancrage pour les essais avec une longueur de nappe géosynthétique donnée.
Avant la mise en traction du géosynthétique, le sol a été dégagé de part et d'autre de la tranchée
d'ancrage pour éliminer le frottement latéral ; de plus, ceci a permis d'observer le déplacement de la
nappe au cours de l’extraction et celui du sol, ce dernier ayant été mis en évidence par le mouvement et
la rupture de bandes de sol colorées (figure 3). L’enregistrement simultané de la force d’extraction avec
l’enregistrement vidéo du déplacement de la nappe géosynthétique dans chaque tranchée a permis de
mettre en relation l'évolution de la valeur de la force d’extraction avec les mécanismes de rupture
observés dans la tranchée.

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a) dispositif de traction b) enregistrement vidéo de l’extraction


Figure 3. Instrumentation de l’expérimentation en vraie grandeur

4. Résultats et analyses

4.1. Mesures de la force d’extraction - Résultats antérieurs

La mesure principale lors de nos essais est la valeur de la force T nécessaire pour extraire le
géosynthétique afin de déterminer la capacité d’ancrage de chaque tranchée. Les résultats de nos
essais antérieurs (réalisés au banc d’ancrage sur un sable et un limon) montrent que la capacité
d’ancrage ne dépend pas uniquement du frottement à l’interface sol / géosynthétique, mais aussi de :
- la résistance mécanique du massif de sol situé sous le géosynthétique, entre le parement du talus et la
tranchée ; cette résistance dépend de la nature du sol (cohésion, angle de frottement) et de la longueur
L séparant le parement du talus du bord de la tranchée (Briançon et al., 2003) ;
- l’état du sol : pour une tranchée rectangulaire dans un limon relativement humide (w = 23,5%), nous
avons noté qu’une diminution de 4 points de la teneur en eau entraînait une augmentation de 15 % de la
capacité d’ancrage (Briançon et al., 2003) ;
- la pente du talus : la force nécessaire pour extraire la nappe augmente avec l’inclinaison de la pente.
Les formules analytiques existantes ne prenant pas en compte ces différents paramètres, elles ne
prédisent pas avec exactitude la capacité d’ancrage des tranchées (Briançon, 2001). Les 2 campagnes
d'essais complémentaires (limon sableux au banc et argile à silex in situ) décrites dans cette
communication et analysées ci-après visent à compléter ces résultats antérieurs.

4.2. Mécanismes de rupture

4.2.1. Tranchées rectangulaires


Pour les tranchées rectangulaires dans le sable et le limon au banc d’ancrage, les mécanismes de rup-
tures ont été identifiés grâce à l’observation en fin d’essai du déplacement de colonnes de sable coloré
mis en œuvre préalablement dans le massif de sol situé entre le parement du talus et la tranchée
(Briançon et al., 2003).
Dans le cas du sable, lorsque L = 1,1 m, deux plans de cisaillement apparaissent en partie haute du
massif de sol ; lorsque L = 0,5 m, l’ensemble du massif se déplace, suivant plusieurs plans de
cisaillement.
Dans le cas du limon, pour L = 1,1 m et pour la même géométrie de tranchée, aucune rupture dans le
sol n’a été observée. Ces résultats illustrent, d’une part, l'influence de la géométrie pour un sol donné et
d’autre part, l'influence du sol pour une géométrie donnée.
Dans le cadre de l’expérimentation en vraie grandeur, les mécanismes de rupture ont pu être
observés tout au long de l’extraction. Pour la tranchée rectangulaire dans l’argile à silex, nous avons
observé que la partie verticale de la tranchée a subi une déformation importante (figure 4). En effet
lorsque la force d’extraction a atteint sa valeur maximale, correspondant à la capacité d’ancrage de la
tranchée, les angles initialement rectangulaires se sont arrondis, ce phénomène étant probablement
amplifié par l’absence de contrainte latérale.
Ces observations démontrent le rôle majeur joué par le sol dans les mécanismes d’ancrage et la
nécessité de ne pas considérer uniquement les frottements aux interfaces sol / géosynthétique pour

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déterminer la capacité d’ancrage d’une tranchée. En effet, dans certains cas, des phénomènes de
mise en butée du sol peuvent apparaître alors que dans d'autres cas, un cisaillement du sol peut être
observé à l'interface sol / géotextile ou à proximité.

a) avant extraction b) rupture


Figure 4. Extraction en vraie grandeur d’une nappe ancrée dans une tranchée rectangulaire

4.2.2. Tranchées en V
Deux types de tranchées en V de profondeur différente ont été mis en oeuvre pour comprendre les
mécanismes de rupture dans le sable et le limon sableux (figure 5) :
- une tranchée profonde (ψ = 45 degrés),
- une tranchée peu profonde (ψ = 20 degrés).
Dans le cas de la tranchée profonde (figure 5a), le massif de sol situé dans la tranchée ne suit pas la
nappe géosynthétique ; le géosynthétique glisse au sein du massif, n’emmenant que le sable situé sur
L. L’extraction de la nappe entraîne un arrondi important des angles du V, accompagné d’un
soulèvement du sol situé au niveau de la tranchée. Au moment de la rupture de l’ancrage, le
soulèvement atteint son amplitude maximale, soit 5 cm. Ce mouvement vertical, provoqué par l’arrondi
de l’angle du V, reste par la suite constant si l’on continue l’extraction après rupture.
Contrairement à l’essai précédent, lorsque ψ = 20 degrés (figure 5b), l’ensemble du sable situé au-
dessus de la nappe glisse avec le géosynthétique et il n’y a pratiquement pas de soulèvement du sol se
situant sur la partie V de la tranchée.
Pour ces deux configurations, la masse de sol situé entre la tranchée et le parement du talus ne subit
pas de cisaillement, à l’exception d’une couche mince située sous la nappe et se déplaçant avec ce
dernier.

a)

ψ = 45° 5 cm

b)

ψ = 20°

Avant extraction Après extraction


Figure 5. Mécanismes de rupture dans le cas de tranchées en V réalisées au banc d’ancrage

Les mêmes mécanismes de rupture ont été observés avec l’argile à silex au cours de l’essai en vraie
grandeur pour la tranchée profonde (figure 6).

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a) avant extraction b) rupture

Figure 6. Extraction en vraie grandeur d’une nappe ancrée dans une tranchée en V (ψ = 45 degrés)

4.2.3. Tranchées trapézoïdales


Les tranchées trapézoïdales ont été uniquement testées dans le limon sableux au banc d’ancrage et
dans l’argile à silex en vraie grandeur.
Dans le limon sableux, nous avons observé un plan de glissement dans le sol situé juste sous la
nappe. Dans ce cas, l’angle de frottement à considérer dans le dimensionnement doit être l’angle de
frottement interne du sol et non l’angle de frottement à l’interface sol / géosynthétique.
Dans l’argile à silex, les angles de la tranchée trapézoïdale se sont arrondis au cours de l’extraction
et le massif de sol situé dans la tranchée s’est soulevé quand la force d’extraction a atteint la capacité
d’ancrage de la tranchée (figure 7). Comme pour la tranchée rectangulaire, l’absence d’étreinte latérale
semble avoir amplifié l’arrondissement des angles de la tranchée et permis une désolidarisation de
quelques mottes du massif de sol situé entre le parement du talus et la tranchée. Cette désolidarisation,
moins importante que celle observée dans la tranchée rectangulaire, laisse supposer que la mise en
butée du massif de sol situé entre le parement du talus et la tranchée trapézoïdale est inférieure à la
mise en butée du massif de sol situé entre le parement du talus et la tranchée rectangulaire.
Ces observations qualitatives démontrent le rôle majeur du sol et de la géométrie dans les
mécanismes d’ancrage.

a) avant extraction b) rupture

Figure 7. Extraction en vraie grandeur d’une nappe ancrée dans une tranchée trapézoïdale

5. Application pour une longueur donnée de géosynthétique à ancrer

Pour une longueur de nappe géosynthétique à ancrer fixée à 2,1 m, trois tranchées d’ancrage ont été
mises en œuvre dans le limon sableux au banc d’ancrage et dans l’argile à silex en vraie grandeur. Les
dimensions des trois types de tranchée, identiques au banc d’ancrage et in situ, sont représentées sur

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la figure 8. La longueur L entre le parement du talus et la tranchée et l’épaisseur H de la couche de sol


au-dessus de la nappe sont identiques dans chacun des cas.

H = 0,3m β = 26,5° H = 0,3m β = 26,5°


CD CD

D = 0,5m L = 1,1m L = 1,1m


D = 0,5 m
B = 0,5m B = 0,45m

a) Tranchée rectangulaire b) Tranchée trapézoïdale

H = 0,3m CD β = 26,5°
D = 0,35m
L = 1,1m

B = 0,7m

c) Tranchée en V

Figure 8. Dimensions des tranchées pour une longueur de géosynthétique à ancrer donnée

Afin de déterminer la tranchée la plus efficace, nous avons comparé les capacités d’ancrage d’une
part à la rupture et, d’autre part, pour un déplacement de 0,1m, ce dernier étant mesuré par un capteur
noté CD (figure 8) localisé à 0,1 m de la tranchée. Ce critère en déplacement a été examiné pour
prendre en compte l’efficacité d’un ancrage dans le domaine des petites déformations, les
déplacements du dispositif géosynthétique sur la pente devant rester limités.
Pour les deux critères, la tranchée en V semble être la moins efficace en terme de capacité
d’ancrage (figure 9). Au banc d’ancrage, la tranchée trapézoïdale est plus efficace que la tranchée
rectangulaire quand la capacité d’ancrage est définie à la rupture (figure 9a). Cependant, la capacité
d’ancrage dans ce cas est atteinte pour un grand déplacement de la nappe géosynthétique, et, lorsque
le critère en déplacement est retenu, la capacité d’ancrage de la tranchée rectangulaire est la même
que celle de la tranchée trapézoïdale. Lors de l’expérimentation en vraie grandeur (figure 9b),
l’épaisseur de la couche de sol mise en œuvre sur la nappe géosynthétique n’a pas été tout à fait
respectée pour la tranchée trapézoïdale (0,2 m au lieu de 0,3 m pour les deux autres configurations).
Aussi, les capacités d’ancrage ne peuvent pas être comparées en toute rigueur ; nous avons tout de
même noté que les tendances observées au banc d’ancrage semblent être validées.

40 40
Critère à la rupture Critère à la rupture
Capacité d'ancrage (kN/m)

Capacité d'ancrage (kN/m)

35 Critère en déplacement 35 Critère en déplacement


30 30
25 25
20 20
15 15
10 10
5 5
0 0

a) Banc d’ancrage b) In situ


Figure 9. Capacités d’ancrage pour une longueur donnée de géosynthétique

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Rencontres Géosynthétiques 2006

6. Conclusions

Cette étude expérimentale met en évidence la variété des mécanismes de rupture. Ces mécanismes
sont complexes : la contrainte normale qui s’applique sur les différentes interfaces peut être très
différente entre l’état initial et la rupture (tension maximum dans le géotextile), le frottement aux
interfaces sol / géosynthétique peut n’être que partiellement mobilisé si la rupture apparaît dans le sol.
Aussi, pour dimensionner ces tranchées d’ancrage, il n’est pas suffisant de considérer uniquement la
géométrie des tranchées et le frottement aux interfaces sol / géosynthétique : la nature du sol et son
comportement doivent également être considérés. La prise en compte de tous ces paramètres doit
permettre de prédire le mécanisme à la rupture et sa localisation (à l'interface sol / géosynthétique ou
dans le massif de sol situé entre le parement du talus et la tranchée) et de dimensionner la tranchée en
fonction du mécanisme concerné.
La comparaison entre différentes configurations de tranchées, pour une longueur donnée de nappe à
ancrer a mis en évidence que la tranchée en V était moins efficace que les tranchées rectangulaire et
trapézoïdale. La tranchée trapézoïdale est plus simple à mettre en œuvre et permet d’obtenir des
capacités d’ancrage semblables à celles obtenues avec une tranchée rectangulaire ; elle nécessite
néanmoins un déplacement important de la nappe pour atteindre la capacité d’ancrage à la rupture.
La prochaine étape de notre recherche consistera à proposer de nouvelles méthodes de
dimensionnement prenant mieux en compte les mécanismes d’ancrage. Une réflexion sur le choix des
critères à considérer pour calculer la capacité d’ancrage et sur les coefficients de sécurité à prendre en
compte sera menée parallèlement.

7. Remerciements

Nous remercions tout spécialement le CER de Rouen (M. Khay, G. Vinceslas and C. Calmo) pour sa
participation aux essais en vraie grandeur ainsi que Bidim Geosynthetics.

8. Références bibliographiques

Briançon L., Girard H., Poulain D., Mazeau N. (2000) Design of anchoring at the top of slopes for
geomembrane lining systems. Proc., 2nd European geosynthetics conf., Bologna, Italy, 15-18
October 2000, vol. 2, 645-650.
Briançon L. (2001) Stabilité sur pentes des dispositifs géosynthétiques – Caractérisation du frottement
aux interfaces et applications. Thèse de doctorat, Université Bordeaux I, France, 200 p.
Briançon L., Girard H., Poulain D. (2003) Dimensionnement des tranchées d'ancrage en tête de talus
des dispositifs d'étanchéité en tête de talus. Revue Française de Géotechnique, N° 103, 13-24.
Chareyre B., Briançon L., Villard P. (2002) Theoretical versus experimental modeling of the anchorage
capacity of geotextiles in trenches. Geosynthetics International, vol. 9 (2), 97-123.
Chareyre B. (2003) Modélisation du comportement d’ouvrages composites sol - géosynthétique par
éléments discrets – Application aux ancrages en tranchées en tête de talus. Thèse de doctorat,
Université Grenoble I, France, 222 p.
Hullings D. E., Sansone L. J. (1997) Design concerns and performance of geomembrane anchor
trenches. Geotextiles and Geomembranes, vol. 15 (4-6), 403-413.
Koerner R.M. (1999) Designing with Geosynthetics, 4th edition, Prenctice Hall.
Valle N. (2001) Comportement mécanique d'un sol grossier d'une terrasse alluvionnaire de la seine.
Thèse de doctorat, Université de Caen, France, 298 p.
Villard P., Chareyre B.(2004) Design methods for geosynthetic anchor trenches on the basis of true
scale experiments and discrete element modeling. Canadian Geotechnical Journal, vol. 41 (6), 1193-
1205.

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