INTRODUCTION
À travers les siècles, la traduction a transcendé son rôle initial de simple passerelle linguistique pour
devenir une discipline raffinée et profondément influente. Ce parcours fascinant, du transfert
informel de récits anciens aux débats sophistiqués de la traductologie contemporaine, témoigne de
l'importance croissante accordée à cette pratique. À ses débuts, la traduction se limitait souvent à un
outil de communication rudimentaire. Cependant, avec le temps, elle est devenue un art délicat et
une science complexe. Les premières traductions de textes sacrés, comme celles de la Bible,
marquent le commencement d'une tradition d'interprétation et de transmission qui s'est enrichie au
fil des âges. Aujourd'hui, la traductologie explore la traduction non seulement comme un transfert de
mots, mais comme une interaction subtile entre cultures et contextes. Les théories modernes
révèlent comment les traducteurs naviguent entre fidélité au texte source et adaptation aux attentes
du public cible.
. Antiquité et Moyen Âge : Les Premiers Pas de la Traduction
Premières Traductions : Septante et Traductions Bibliques
Les premières formes de traduction ont souvent été motivées par des besoins religieux et
philosophiques. La traduction de la Septante, une version grecque de l'Ancien Testament hébreu
réalisée au IIIe siècle avant J.-C., est l'un des premiers exemples significatifs. Ce travail visait à rendre
les Écritures accessibles aux Juifs de la diaspora en Égypte. La Septante a joué un rôle crucial en
facilitant la diffusion du judaïsme et a influencé le christianisme naissant.
Principes de Traduction : Fidélité et Adaptation Culturelle
À cette époque, la fidélité au texte source était une priorité, mais les traducteurs devaient également
adapter le texte aux normes culturelles et linguistiques du public cible pour garantir une
compréhension optimale. Par exemple, les traductions philosophiques des écrits grecs en latin, telles
que celles d'Aristote, nécessitaient des ajustements pour être comprises dans le contexte romain.
2. Renaissance : La Réflexion sur la Traduction et la Standardisation
Érasme et la Traduction du Nouveau Testament
Au cours de la Renaissance, Érasme a apporté une nouvelle perspective sur la traduction avec son
édition du Nouveau Testament en grec, publiée en 1516. Cette édition, accompagnée d'une
traduction latine, a amélioré l'accès aux textes religieux en offrant une version plus proche de
l'original que les traductions précédentes. Son travail a eu une influence majeure sur la Réforme
protestante et la philologie moderne.
Martin Luther et la Bible Allemande
Martin Luther, en traduisant la Bible en allemand en 1534, a non seulement standardisé la langue
allemande mais a également permis aux lecteurs allemands d'accéder directement aux Écritures. Sa
traduction a joué un rôle clé dans la Réforme protestante et a eu un impact durable sur la langue et
la culture allemandes.
3. 19e Siècle : Théories Linguistiques et Philosophiques
Wilhelm von Humboldt : La Vision du Monde
Wilhelm von Humboldt a marqué le début du XIXe siècle avec ses idées sur la relation entre langue et
pensée. Selon Humboldt, chaque langue reflète une vision unique du monde, ce qui implique que la
traduction ne consiste pas seulement à transposer des mots mais à naviguer à travers différentes
perceptions culturelles et conceptuelles. Par exemple, la traduction des concepts temporels dans des
langues avec des systèmes temporels complexes, comme le russe, nécessite une compréhension
approfondie des nuances culturelles.
Les traductions de l'œuvre de Léon Tolstoï, par exemple, montrent à quel point les nuances de la
langue russe influencent la compréhension des intrigues et des personnages. Les traducteurs doivent
naviguer entre la fidélité à l'original et l'adaptation aux attentes culturelles du public cible.
3. XXe Siècle : Vers une Théorie Fonctionnelle et Communicative
Le XXe siècle a vu l'émergence de théories plus systématiques sur la traduction. Eugene Nida a
introduit la notion d'équivalence dynamique, qui se concentre sur le maintien d’un effet similaire sur
le lecteur cible que celui ressenti par le lecteur source. Nida affirme que la traduction ne doit pas
nécessairement être une correspondance littérale des mots, mais plutôt une adaptation qui préserve
l'impact émotionnel et cognitif du texte original. Par exemple, dans la traduction des Écritures
sacrées, il est essentiel de conserver l'intention spirituelle et morale, même si le choix des mots doit
varier en fonction des différences culturelles entre les langues.. Cette approche est particulièrement
pertinente pour les traductions religieuses, où le but est de transmettre des concepts religieux de
manière à ce qu'ils résonnent avec les croyances locales. Par exemple, les traductions de la Bible
pour les communautés africaines ont dû adapter les concepts religieux pour qu'ils soient
culturellement pertinents.
Hans Vermeer a proposé la théorie skopos, qui stipule que les objectifs spécifiques de la traduction
doivent guider les décisions traductives. Cette théorie est utile pour les textes fonctionnels, tels que
les manuels techniques, où la traduction doit être adaptée pour répondre aux besoins des
utilisateurs finaux. Par exemple, la traduction d'un manuel technique pour un public professionnel
devrait privilégier la clarté et la précision technique, même si cela signifie dévier du style du texte
original.
La théorie de la déconstruction de Jacques Derrida a également influencé la réflexion sur la
traduction en mettant en lumière l’instabilité des significations et la nécessité de réinterpréter les
textes à travers différents contextes culturels et linguistiques. Sa perspective souligne que la
traduction est un processus interprétatif continu, et que les significations peuvent varier
considérablement selon le contexte.
4. XXIe Siècle : Technologies et Perspectives Culturelles
Le XXIe siècle a introduit de nouvelles dynamiques dans la pratique de la traduction, notamment
avec l'avènement des technologies de traduction assistée par ordinateur (TAO). Les travaux
d’Anthony Pym ont exploré l’impact de ces technologies sur la traduction professionnelle. Les outils
comme les mémoires de traduction et les logiciels de gestion de projet ont transformé la manière
dont les traducteurs travaillent, en améliorant l'efficacité et la cohérence des traductions.
Lawrence Venuti, quant à lui, a critiqué la "traduction invisible" où le travail du traducteur est
souvent sous-estimé. Il a plaidé pour une "traduction visible", mettant en avant les choix et les défis
du traducteur. Cette approche est particulièrement pertinente dans la traduction littéraire, où il est
crucial de préserver les éléments culturels distinctifs et de refléter fidèlement le texte source.
La traduction est un processus complexe qui révèle la dualité entre la pensée et le discours,
suggérant une unité subtile entre ces deux éléments. D'une part, une image est simplement une
image, mais nos pensées prennent forme à travers les mots que nous choisissons. Cette dynamique
renvoie à la distinction traditionnelle entre le sens et la lettre, ainsi qu'entre le fond et la forme.
Au XVIIe siècle, Géraud de Cordemoy a utilisé le concept d'hylémorphisme pour illustrer l'union entre
l'idée et le signe, Cordemoy va plus loin en proposant l'idée de "métempsychose" pour décrire la
manière dont le sens se déplace d'une langue à une autre, comme une âme qui migrerait d'un corps
à un autre. La traduction, dans cette optique, n'est pas seulement un changement de mots, mais un
transfert d'esprit et de sens. Elle soulève la question de savoir si le sens peut subsister
indépendamment des mots qui le véhiculent, et dans quelle mesure le processus de traduction
transforme ou trahit l'idée originale. Ce transfert implique une transformation inévitable de la
relation entre le fond (ce qui est dit) et la forme (la manière dont c'est dit), puisque chaque langue a
ses propres contraintes et connotations culturelles qui influencent la manière dont un message est
reçu.
« Parler n’est autre chose que donner des signes de la pensée »
Cicéron, par exemple, s'opposait à la traduction mot à mot, tandis que Philon d'Alexandrie défendait
la littéralité de la Septante comme garante de sa fidélité à la Torah. De son côté, saint Jérôme, auteur
de la Vulgate, affirmait qu'il était essentiel de tirer le sens du sens, tandis que Boèce plaidait pour
une approche littérale afin de préserver la réalité du texte source.
En somme, la traduction libre s'éloigne délibérément de la langue et de la culture d'origine pour
s'adapter à celles de la langue cible, aspirant à être perçue comme une création originale plutôt que
comme une simple traduction. Cette approche souligne que la meilleure traduction est celle qui
parvient à transmettre le sens sans trahir l'esprit du texte original, une idée déjà explorée par des
penseurs comme Voltaire.
La Traduction comme Réécriture et Interprétation
Pour Markowicz, la traduction n'est pas une simple transposition d’un texte d’une langue à une
autre, mais un acte de réécriture et d'interprétation. Le traducteur doit, selon lui, entrer dans
l’univers de l’auteur et recréer le texte en tenant compte de ses rythmes, de ses sonorités et de ses
nuances. Il considère la traduction comme une forme d'interprétation où le traducteur joue un rôle
actif, en se faisant à la fois écrivain et interprète, afin de faire résonner l’œuvre originale dans la
langue cible.
2. Fidélité au Texte Source
Markowicz est connu pour sa quête de fidélité au texte source, mais il redéfinit cette notion de
fidélité. Pour lui, être fidèle ne signifie pas traduire mot à mot ou respecter strictement la structure
syntaxique de l'original. Il s’agit plutôt de rester fidèle à l’esprit, à la texture et au ton du texte
original. Par exemple, dans ses traductions de Dostoïevski, il tente de conserver la rugosité et la
violence du style de l'auteur, souvent adouci par d'autres traducteurs. Cette fidélité implique aussi
une restitution des particularités linguistiques et stylistiques de l’auteur, même si cela conduit parfois
à des choix de traduction qui peuvent paraître inhabituels pour le lecteur francophone.
3. L’importance du Contexte Culturel et Historique
Markowicz accorde une grande importance au contexte culturel et historique dans lequel un texte
est produit. Il insiste sur le fait que le traducteur doit être imprégné de la culture de l’œuvre originale
pour pouvoir la rendre avec justesse dans la langue cible. C’est pourquoi il accompagne souvent ses
traductions de longues préfaces et de notes explicatives, où il contextualise le texte, explique ses
choix de traduction et fournit des éclairages sur les références culturelles et historiques. Cette
démarche vise à enrichir la compréhension du lecteur et à lui offrir une expérience de lecture la plus
proche possible de celle du texte original.
4. Traduire la Poésie : Entre Sens et Musique
Dans ses traductions poétiques, comme celles des œuvres de Pouchkine, Markowicz s’efforce de
restituer non seulement le sens, mais aussi le rythme et la musicalité du texte original. Il rejette l’idée
que le poème puisse être réduit à son contenu sémantique. Pour lui, le poème est avant tout une
œuvre sonore, et la traduction doit tenter de préserver cette dimension musicale, même si cela
nécessite des compromis sur le plan du sens. Cette approche exige une créativité linguistique intense
et une sensibilité particulière aux sonorités et aux structures rythmiques des deux langues.
5. La Position Éthique du Traducteur
Markowicz voit la traduction comme un engagement éthique. Le traducteur doit assumer sa
responsabilité envers l’auteur, le texte et le lecteur. Cela signifie qu’il ne doit ni trahir l’œuvre
originale par une adaptation excessive ni chercher à masquer ses propres interventions. Markowicz
est partisan d’une transparence dans l’acte de traduction, où le lecteur est conscient du travail du
traducteur, de ses choix et de ses limites. Cela se traduit par une écriture souvent rugueuse, voire
provocante, qui refuse de lisser les aspérités du texte original pour le rendre plus accessible.
6. La Traduction comme Acte Littéraire
Finalement, Markowicz défend l’idée que la traduction est un acte littéraire en soi. Le traducteur est
un écrivain à part entière, qui recrée une œuvre nouvelle à partir de l’original. Il considère que
chaque traduction est une interprétation unique et subjective, influencée par la sensibilité et la vision
du traducteur. C’est pourquoi il critique l’idée d’une « bonne traduction » universelle et prône la
diversité des approches et des styles de traduction.
George Steiner : La Traduction comme Acte Herméneutique
Idée principale : Dans Après Babel, Steiner voit la traduction comme un acte herméneutique,
c’est-à-dire un processus d’interprétation profondément ancré dans la compréhension
humaine. Il considère que chaque acte de traduction implique un effort pour comprendre et
réinterpréter le texte dans une nouvelle langue, tout en essayant de maintenir l'équilibre
entre ce qui est perdu et ce qui est gagné dans le transfert.
Axe de réflexion : Steiner met l'accent sur le caractère inévitablement interprétatif de la
traduction. Il rejette l'idée qu'une traduction puisse être parfaitement fidèle, car chaque mot
et chaque expression sont ancrés dans un contexte culturel et linguistique unique. Pour lui,
traduire, c'est aussi redéfinir le sens et créer un nouveau texte tout en conservant l'esprit de
l'original.
2. Umberto Eco : La Traduction comme Négociation
Idée principale : Dans Dire presque la même chose, Eco aborde la traduction comme un
compromis constant entre fidélité et adaptation. Il soutient qu’il est impossible de reproduire
exactement le même sens dans une autre langue. Par conséquent, le traducteur doit
négocier entre les contraintes de la langue source et celles de la langue cible.
Axe de réflexion : Eco voit la traduction comme un processus de choix. Le traducteur doit
choisir quelles nuances préserver et lesquelles sacrifier pour que le texte cible reste
compréhensible et significatif. Il insiste sur le fait que traduire, c’est savoir quelles pertes on
est prêt à accepter pour conserver l’essentiel du message.
3. Edith Grossman : La Traduction comme Acte Créatif
Idée principale : Grossman considère le traducteur comme un écrivain à part entière. Elle
met en avant la nécessité de rester fidèle au style de l'auteur, tout en produisant une œuvre
qui résonne dans la langue cible. Elle voit la traduction comme une réinterprétation créative,
où le traducteur doit trouver des équivalents qui transmettent l'impact émotionnel et
stylistique de l'original.
Axe de réflexion : Grossman se concentre sur la créativité dans la traduction. Elle soutient
que le traducteur doit s’approprier le texte pour le rendre vivant et pertinent dans la langue
cible, tout en restant aussi proche que possible de l’intention de l’auteur. Pour elle, la fidélité
au style est aussi importante que la fidélité au sens.
### La Traduction : Un Pont Culturel et Linguistique Essentiel
La traduction est bien plus qu’un simple transfert de mots d’une langue à une autre ; elle est une
discipline complexe et essentielle qui permet de connecter des cultures, des savoirs et des idées à
travers le temps et l’espace. Depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, la traduction a joué un rôle
déterminant dans la diffusion des connaissances, l’évolution des langues et la construction des
identités culturelles.
#### L'Essence de la Traduction : Compréhension et Recréation
La traduction repose sur un processus de compréhension profonde et de recréation. Le traducteur
doit non seulement saisir le sens littéral du texte, mais aussi son contexte, ses nuances, et l’intention
de l’auteur. C’est ce que George Steiner appelle un acte herméneutique, un effort d’interprétation
qui va au-delà de la transposition linguistique. La traduction n’est pas une science exacte ; elle est
une alchimie subtile où chaque mot et chaque phrase doivent être réinterprétés pour résonner dans
une autre culture, tout en préservant l’intégrité de l’original.
#### L'Enrichissement Linguistique et Culturel
Historiquement, la traduction a servi de vecteur d’enrichissement pour les langues et les cultures. En
traduisant les œuvres grecques en latin, les Romains ont non seulement transmis le savoir
philosophique et scientifique de la Grèce antique, mais ont aussi enrichi la langue latine elle-même,
en introduisant de nouveaux concepts et tournures. Ce processus s’est répété tout au long de
l’histoire, que ce soit lors de la traduction des textes arabes en latin au Moyen Âge ou lors de la
traduction des œuvres littéraires françaises en anglais à l’époque moderne. La traduction a ainsi
permis aux cultures de dialoguer et de se nourrir mutuellement, façonnant les langues et les
identités culturelles.
#### Le Défi de l'Équivalence
La notion d’“équivalence” en traduction pose un défi complexe. Il ne s’agit pas seulement de trouver
des mots correspondants, mais de recréer un énoncé qui transmette le même impact, les mêmes
émotions, la même utilité ou le même divertissement que l’original. C’est un équilibre délicat entre
fidélité au texte source et adaptation aux attentes du public cible. Umberto Eco qualifie cette
démarche de "négociation", car le traducteur doit constamment naviguer entre le respect du texte
source et la lisibilité dans la langue cible.
#### La Traduction, Entre Fidélité et Création
La traduction n’est pas une activité neutre ; elle est intrinsèquement créative. Des traducteurs
comme André Markowicz et Edith Grossman défendent l’idée que le traducteur est un co-auteur, un
créateur à part entière qui doit parfois s’éloigner du texte original pour mieux en capturer l’esprit.
Cette conception met en lumière l’interaction dynamique entre l’original et sa traduction, où chaque
texte traduit devient une nouvelle œuvre qui reflète non seulement l’intention de l’auteur, mais
aussi la sensibilité et le style du traducteur.
#### La Traduction Comme Acte Politique et Philosophique
La traduction a aussi des implications philosophiques et politiques. Antoine Berman parle de la
traduction comme un acte éthique qui doit préserver l’“étrangeté” du texte original, résistant à la
tentation de le “domestiquer” pour le rendre plus accessible. Dans cette optique, la traduction
devient un moyen de respecter et de valoriser la diversité culturelle. Elle soulève également des
questions sur la domination linguistique et culturelle, comme lorsqu’une langue dominante impose
ses normes à travers la traduction.
#### Vers de Nouvelles Méthodes de Traduction
Avec l’émergence de la traduction automatique, une question se pose : la traduction humaine est-
elle irremplaçable ? Si la technologie peut reproduire des structures linguistiques, elle est encore loin
de pouvoir saisir les nuances, les contextes culturels et l’intention d’un texte. La traduction, telle
qu’elle est pratiquée par les traducteurs humains, restera un art fondé sur la compréhension,
l’interprétation et la créativité.
En conclusion, la traduction est un acte fondamentalement humain, un pont entre les cultures qui
nous permet de partager des idées, de comprendre d’autres perspectives et d’enrichir nos propres
langues et cultures. Elle est au cœur de notre histoire collective et continue de jouer un rôle crucial
dans un monde de plus en plus globalisé et interconnecté.
Décodage du Texte Source : Une Lecture Profonde
La première étape consiste à décoder le texte source. Le traducteur doit extraire les informations du
texte, qu’elles soient explicites ou implicites. Cela inclut non seulement les données factuelles, mais
aussi la pensée de l’auteur, ses sentiments, son intention, son ton (qu’il soit humoristique, ironique
ou sérieux) et ses références culturelles. Cette phase demande une compréhension fine et exhaustive
de l’œuvre originale pour pouvoir identifier le contexte et les nuances qui pourraient ne pas être
évidents au premier abord. Cette lecture profonde est cruciale, car elle sert de fondation à l’étape
suivante : la déverbalisation.
Déverbalisation : Libérer le Sens des Mots
La déverbalisation est le cœur du processus de traduction. Il s’agit d’un acte intellectuel où le
traducteur se détache des mots du texte source pour se concentrer sur le sens, les idées et les
concepts qu’ils véhiculent. C’est une phase où les mots en tant que tels deviennent secondaires,
l’objectif étant d’accéder à l’essence du message. Cette étape permet au traducteur de se
débarrasser de la “gangue verbale” de l’original, c’est-à-dire des constructions linguistiques
spécifiques, pour appréhender le message dans sa forme la plus pure. La déverbalisation est
particulièrement nécessaire pour éviter les pièges des calques linguistiques, où la structure du texte
source est directement transposée dans la langue cible, rendant la traduction maladroite et parfois
incompréhensible.
Recréation du Texte : Habiller le Sens dans la Langue Cible
La dernière étape du processus de traduction est la recréation ou le “rhabillage” du texte. Après avoir
compris le message déverbalisé, le traducteur doit le reformuler dans la langue cible de manière
claire, fluide et naturelle, tout en restant fidèle à l’esprit du texte original. Cela implique de faire des
choix stylistiques, de restructurer les phrases et parfois de reformuler entièrement certains passages
pour transmettre les mêmes idées, émotions et intentions que dans le texte source. Cette phase
demande une maîtrise approfondie de la langue cible ainsi qu’une sensibilité culturelle pour adapter
le texte aux attentes et aux références du public visé.
1. La Théorie Linguistique :
Cette théorie considère le texte comme un ensemble de mots, et la traduction est perçue comme
une opération purement linguistique. Selon ses partisans, le traducteur doit traiter chaque mot
comme une unité de traduction, faisant de la traduction une branche de la linguistique. Pour eux, le
rôle du traducteur se limite à transposer les mots de la langue source vers la langue cible, en se
concentrant strictement sur le niveau linguistique.
2. La Théorie Herméneutique (ou Interprétative) :
Initialement appliquée à la traduction orale, cette théorie met l’accent sur la compréhension et
l’interprétation du sens global du texte. Le traducteur, après avoir compris le sens du texte source,
reformule ce sens selon sa propre interprétation, ce qui introduit une dimension subjective dans la
traduction. L’idée est de traduire le texte en fonction de l’interprétation personnelle du traducteur,
plutôt qu’en suivant strictement les intentions de l’auteur original.
3. La Théorie Explicative :
Cette approche se concentre sur la compréhension exhaustive du texte source avant de le transposer
dans la langue cible. Le traducteur analyse et explique le texte source en profondeur, en identifiant
tous ses aspects sémantiques et culturels. Ensuite, il reformule ces explications dans la langue cible,
tout en conservant le même effet que le texte original. Ce n’est pas une traduction littérale, mais une
traduction qui vise à reproduire l’impact du texte source dans la langue cible.
4. La Théorie Sémantique :
Cette théorie est basée sur la sémantique, l’étude des significations. Elle propose que le traducteur
ne se contente pas de traduire les mots, mais qu’il examine les différents sens que peut avoir un mot
en fonction de son contexte. Le traducteur doit analyser les connotations et les significations
implicites de chaque terme pour trouver un équivalent dans la langue cible qui transmette ces
nuances.
5. La Théorie Stylistique :
Fondée sur les travaux de Ferdinand de Saussure et de ses successeurs, cette théorie insiste sur
l’importance du style dans la traduction. Le traducteur ne doit pas seulement transmettre le contenu,
mais aussi préserver le style et le ton du texte original. Il doit adapter son propre style pour respecter
la manière dont l’auteur exprime ses idées. Le choix des mots, la structure des phrases et l’intonation
doivent être en harmonie avec le texte source pour garantir une traduction fidèle sur le plan
stylistique.
1. La Traduction et la Hiérarchie des Langues :
Pascal Casanova, dans ses travaux, examine comment la traduction est perçue différemment selon
les langues d’origine et de destination. Lorsqu’un texte d’une langue dite « périphérique » est traduit
dans une langue « centrale », cela est souvent perçu comme une « ascension », une sorte de
reconnaissance et d’attribution de valeur supplémentaire. Cela souligne l’existence d’une hiérarchie
linguistique et culturelle où certaines langues dominent et confèrent un prestige aux textes qui y sont
traduits.
2. Exemple Historique de la Domination par la Traduction :
Souleymane Bachir Diagne évoque la première traduction du Coran en latin au XIIe siècle, réalisée
par Pierre le Vénérable. Cette traduction avait pour but de démontrer l’infériorité de l’islam en
utilisant la traduction comme un outil de propagande et de domination. Cette démarche montre
comment la traduction peut être instrumentalisée pour dévaloriser une culture, en altérant le sens
du texte original pour soutenir un discours idéologique hostile.
3. La Traduction comme Instrument de Réciprocité et de Création :
Malgré ce potentiel de domination, la traduction peut aussi être un moyen de réciprocité et de
réappropriation culturelle. Bachir Diagne s’intéresse à la manière dont les écrivains africains ont
utilisé la langue française, imposée par le colonialisme, pour traduire leurs propres contes, mythes et
imaginaires. Cette appropriation de la langue coloniale n’est pas un simple acte de soumission, mais
un acte créatif.
4. L’Hybridation et l’Appropriation Linguistique :
Les auteurs comme Birago Diop et Bernard Dadié illustrent comment la traduction des traditions
orales africaines en français a permis d’hybrider cette langue. Ils ont investi le français avec leur
propre imaginaire, transformant la langue en l’adaptant à leur culture. Ce processus d’hybridation
rend le français apte à exprimer des réalités culturelles africaines, montrant ainsi que les écrivains
africains se sont approprié cette langue pour la transformer en un instrument authentiquement
africain.
1. Métaphore Érotique de la Traduction :
L’auteur explore l’idée que la traduction, comme le contact entre les langues, peut être perçue
comme un acte érotique. Antoine Berman utilise cette métaphore pour souligner l’intimité et
l’interaction charnelle entre la langue source et la langue cible. De nombreuses langues utilisent le
même mot pour désigner la langue comme organe et la langue comme parole, ce qui renforce ce
parallèle. Par exemple, en anglais, le terme « mother tongue » (langue maternelle) et en hébreu, les
mots « lachon » (langue) et « safa » (lèvre) montrent cet aspect sensuel du langage.
2. La Trahison Inhérente de la Traduction :
Le texte évoque le fameux adage italien « traduttore, traditore » (traducteur, traître) pour montrer
que la trahison est intrinsèque à la traduction. Cette idée est soutenue par Paul Ricoeur, qui parle
d’un « travail de deuil » dans la traduction, car il est impossible de rendre tous les aspects d’un texte
original dans une autre langue. Il faut donc accepter de laisser certaines nuances de côté.
3. L’Intraduisible comme Symbole de la Différence Linguistique :
Barbara Cassin définit l’intraduisible non pas comme ce qui ne peut pas être traduit, mais comme ce
que l’on « ne cesse pas de ne pas traduire ». Cela signifie que l’intraduisible est un défi constant pour
le traducteur, une différence fondamentale entre les langues qu’il s’efforce de surmonter.
L’intraduisible devient alors un symptôme des spécificités culturelles et linguistiques.
4. Exemples d’Intraduisibles :
Le texte donne des exemples concrets, comme le terme « Ubuntu » qui est difficile à rendre en
français, ou encore le verbe « être » en français qui n’existe pas en wolof, ce qui complique des
traductions philosophiques telles que « Je pense, donc je suis ». Ces intraduisibles illustrent comment
certaines notions philosophiques ou conceptuelles ne se transposent pas facilement d’une langue à
l’autre sans perdre de leur sens.
5. Réflexion sur le Devenir Humain dans la Traduction :
L’idée de « devenir humain » est évoquée comme un processus réciproque, où la traduction joue un
rôle en tant qu’acte de communication et d’humanisation entre les cultures. Cela souligne que la
traduction ne se contente pas de transposer des mots, mais participe à la construction de l’humanité
partagée.
En somme, la traduction est perçue non seulement comme un acte technique, mais aussi comme un
acte profondément humain, érotique, et transformateur, révélant à la fois les limites et les richesses
des langues.
La traductologie se divise en trois branches principales : les études descriptives, théoriques et
appliquées. Contrairement à une vue unidirectionnelle, cette division est dialectique, chaque
domaine contribuant et se nourrissant des autres. Ainsi, la théorie de la traduction requiert des
données spécifiques issues des recherches descriptives et appliquées, tandis que ces recherches
s'appuient sur des hypothèses théoriques.
La notion de théorie en traduction est complexe et dépasse le simple cadre des hypothèses
structurées. Selon Nida, il existe plusieurs théories qui, ensemble, aident à comprendre le processus
de traduction et à établir des critères d'évaluation. La traduction elle-même, définie comme l'action
de transposer un texte d'une langue à une autre, englobe divers aspects : le processus, le résultat, et
le produit. Cela inclut la traduction en tant que mode d'expression et d'interprétation, rendant
nécessaire une analyse qui prenne en compte les influences culturelles.
Les théories contemporaines de la traduction offrent des perspectives variées pour comprendre
comment les différences culturelles influencent la pratique de la traduction, en particulier dans des
domaines spécifiques comme la santé, la maladie et le corps. Les approches théoriques de la
traduction se divisent généralement en deux catégories principales : linguistiques et
sociolinguistiques d'une part, fonctionnelles et culturelles d'autre part. Cette classification aide à
structurer l'analyse des interactions entre langue et culture dans le processus de traduction.
Il est essentiel de noter que les théories de la traduction souvent se chevauchent et se combinent,
rendant leur catégorisation difficile. Par exemple, les théories fonctionnelles et communicatives
peuvent intégrer des éléments linguistiques et culturels. De même, les approches basées sur la
théorie du polysystème et les approches culturelles présentent des similitudes notables. Ainsi, une
analyse approfondie des théories contemporaines de la traduction nécessite une approche flexible et
nuancée pour capturer la richesse et la diversité du champ.
Dans l'univers de la traduction selon André Markowicz, les mots dansent une valse complexe entre
deux langues, deux cultures, deux époques. Tel un alchimiste des lettres, le traducteur transmute le
texte original en une œuvre nouvelle, préservant son essence tout en lui insufflant une vie
contemporaine. Markowicz orchestre une symphonie où le rythme et la musicalité de l'original
résonnent dans la langue d'arrivée, créant ainsi un pont sonore entre les univers linguistiques. Sa
plume, fidèle à l'esprit plutôt qu'à la lettre, dessine les contours d'une traduction vivante, ancrée
dans son époque tout en portant l'écho du passé. Dans ce ballet littéraire, le traducteur n'est plus
une ombre furtive mais un artiste à part entière, dialoguant avec l'auteur à travers le temps et
l'espace, invitant le lecteur à une expérience où l'oralité du texte pulse au rythme de la modernité.
Ainsi, Markowicz réinvente l'art de la traduction, le transformant en un acte de création perpétuelle,
où chaque génération redécouvre et réinvente les classiques, maintenant vivace la flamme de la
littérature universelle.
La théorie des polysystèmes d’Itamar Even-Zohar propose une approche systémique pour
comprendre la littérature et la traduction, en envisageant ces domaines comme des réseaux
complexes de relations. Selon cette théorie, la littérature ne se compose pas simplement de textes
isolés, mais d’un polysystème d’œuvres interconnectées, où chaque texte fait partie d’un réseau de
normes et d’interactions littéraires. Au sein de ce polysystème, les œuvres canoniques occupent une
position centrale, tandis que les productions plus récentes ou non conformes se trouvent en
périphérie. Cependant, cette dynamique est loin d'être statique : les formes littéraires innovatrices
de la périphérie peuvent, à long terme, perturber et remplacer les normes établies au centre,
entraînant une transformation du polysystème.
Dans ce contexte, la traduction joue un rôle crucial. Elle n'est pas simplement une pratique
périphérique mais peut devenir un vecteur d’innovation en fonction de la place qu'elle occupe dans
le polysystème. Quand les normes littéraires dominantes sont fortement établies, la traduction tend
à se conformer à ces normes, souvent de manière conservatrice. En revanche, lorsque les normes
sont en crise ou moins rigides, la traduction peut introduire de nouvelles formes et idées, influençant
ainsi le développement du polysystème littéraire. Cette théorie remet en question la distinction entre
œuvres traduites et œuvres originales, suggérant que la frontière est souvent floue et que la
traduction peut être intégrée de manière significative dans le processus créatif. Cependant, cela
soulève des défis, notamment le risque de diluer la définition même de ce qui constitue une véritable
traduction.
ENGLISH VERSION
Intro
In an increasingly interconnected world, the ability to communicate across linguistic boundaries has
never been more vital. Translation, the process of converting text from one language to another,
serves as a crucial bridge between diverse cultures, ideas, and experiences. . Far from being a mere
technical skill, translation is an art form that demands not only precision but also a deep
understanding of both source and target languages, cultural contexts, and the subtleties of meaning
It facilitates international diplomacy, global business, and cultural exchange, making it a linchpin in
today’s globalized society.
1. George Steiner: Translation as a Hermeneutic Act
Main Idea: In After Babel, Steiner views translation as a hermeneutic act, meaning a process
deeply rooted in human understanding. He believes that every act of translation involves an
effort to comprehend and reinterpret the text in a new language, while striving to balance
what is lost and what is gained in the transfer.
Axis of Reflection: Steiner emphasizes the inherently interpretative nature of translation. He
rejects the idea that a translation can be perfectly faithful, as each word and expression is
embedded in a unique cultural and linguistic context. For him, translating is also about
redefining meaning and creating a new text while preserving the original's spirit.
2. Umberto Eco: Translation as Negotiation
Main Idea: In Mouse or Rat? Translation as Negotiation, Eco discusses translation as a
constant compromise between fidelity and adaptation. He argues that it is impossible to
convey exactly the same meaning in another language. Therefore, the translator must
negotiate between the constraints of the source language and those of the target language.
Axis of Reflection: Eco sees translation as a process of choice. The translator must decide
which nuances to preserve and which to sacrifice so that the target text remains
comprehensible and meaningful. He insists that translating is about knowing what losses one
is willing to accept to maintain the core message.
3. Edith Grossman: Translation as a Creative Act
Main Idea: Grossman considers the translator to be a writer in their own right. She
emphasizes the need to stay true to the author's style while producing a work that resonates
in the target language. She sees translation as a creative reinterpretation, where the
translator must find equivalents that convey the original’s emotional and stylistic impact.
Axis of Reflection: Grossman focuses on creativity in translation. She argues that the
translator must take ownership of the text to make it vibrant and relevant in the target
language, while staying as close as possible to the author's intent. For her, fidelity to style is
as important as fidelity to meaning.
4. Gregory Rabassa: Translation as Literary Re-creation
Main Idea: Rabassa believed that translation could not be a mere copy of the original text,
but must be a new work, a “re-creation.” He considered that the translator must be a
sensitive reader and a skilled writer who can capture the essence of the original work and
render it in a new language.
Axis of Reflection: Rabassa highlights the translator’s subjectivity. He asserts that every
translation is a personal interpretation of the original text. This subjectivity, far from being a
flaw, is what allows the translation to become a literary work in its own right, enriched by the
translator’s unique perspective.
The idea that "a translation is a second writing of the original text" highlights the transformative
nature of translation, suggesting that it is more than a mere reproduction of words. Rather, it is a
creative and interpretive act that reimagines the original work within the constraints and possibilities
of another language and culture. This concept has been explored by numerous theorists, each
offering a nuanced perspective on the nature of translation.
One of the most influential figures in translation theory, Walter Benjamin, viewed translation as an
art that goes beyond literal replication. In his seminal essay “The Task of the Translator,” Benjamin
argued that a true translation should not aim to replace the original but instead reveal the underlying
connections between languages, creating a harmony that enriches both texts. For Benjamin,
translation is a form of “afterlife” of the original work, transforming it in a way that remains faithful
to its essence while allowing it to live on in a new cultural context.
Similarly, Roman Jakobson’s classification of translation into three types—intralingual, interlingual,
and intersemiotic—emphasizes the interpretative aspect of translation. He pointed out that no two
languages share a complete equivalence of meaning, making the translator’s role not just to translate
words, but to reinterpret and reformulate the message in a way that makes sense within the new
linguistic framework. This re-writing involves making choices that reflect not only linguistic
differences but also cultural and contextual nuances.
Lawrence Venuti, another prominent translation theorist, introduces the concept of “domestication”
and “foreignization” in translation. Domestication involves adapting the text to fit the cultural norms
of the target audience, often resulting in a smoother and more familiar reading experience.
Foreignization, on the other hand, seeks to retain elements of the source culture, preserving its
distinctiveness and allowing the target audience to encounter the “foreignness” of the original. Both
strategies highlight the translator’s agency in shaping how the original text is received and
understood, further underlining the idea of translation as a second writing.
These theories collectively underscore that translation is not a straightforward transference of
meaning but a complex process of negotiation, adaptation, and creativity. The translator, as an
interpreter and a writer in their own right, crafts a new text that resonates with the original while
existing independently in the target language. This perspective challenges the notion of translations
as secondary or derivative works, instead positioning them as creative endeavors that offer new
interpretations and insights into the original, expanding its reach and significance across cultural and
linguistic boundaries.
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The statement “translation is essentially a linguistic process” suggests that translation primarily
involves the technical task of converting words and sentences from one language to another. While it
is true that linguistic knowledge is fundamental to translation, this view can be considered reductive,
as it overlooks the complex interplay of cultural, contextual, and interpretive elements that are
equally essential to the process. To fully understand translation, it is necessary to consider not only
its linguistic aspects but also its broader communicative and cultural functions.
Linguistic Aspects of Translation
On the most basic level, translation is indeed a linguistic process. It requires a deep understanding of
the syntax, grammar, vocabulary, and idiomatic expressions of both the source and target languages.
Translators must navigate linguistic challenges such as polysemy (words with multiple meanings),
false cognates, and structural differences between languages. For example, the passive voice in
English may not have a direct equivalent in other languages, necessitating rephrasing to convey the
same meaning. In this sense, linguistic proficiency is a crucial foundation for any translation activity.
Beyond Linguistics: Cultural and Contextual Dimensions
However, reducing translation to a purely linguistic endeavor ignores the importance of cultural
context and pragmatic meaning. Eugene Nida, a prominent translation theorist, introduced the
concepts of “formal equivalence” and “dynamic equivalence” to highlight the difference between
word-for-word translation and translating the intended meaning. Nida argued that a good translation
must take into account the cultural and contextual elements that influence how messages are
understood. For instance, translating a cultural idiom or proverb literally might result in confusion or
misinterpretation in the target culture, highlighting the necessity of adaptation beyond linguistic
accuracy.
Interpretive and Creative Elements
Furthermore, translation often requires creativity and interpretive skill. Walter Benjamin’s concept of
the “afterlife” of a text suggests that translation is not merely about linguistic conversion but about
allowing the original text to be reborn in a new linguistic and cultural setting. This process often
involves making interpretive decisions about tone, style, and even the emotional impact of the text.
The translator’s task, therefore, goes beyond linguistic competence and enters the realm of literary
and cultural re-creation.
Interdisciplinary Considerations
The interdisciplinary nature of translation is evident when considering specialized fields like legal,
medical, or literary translation. Each of these domains demands not only a high level of linguistic skill
but also subject-specific knowledge and the ability to convey highly specialized information
accurately and appropriately. This complexity underscores that translation is as much about
understanding the subject matter and its cultural connotations as it is about linguistic transfer.
Conclusion
In conclusion, while translation is fundamentally rooted in linguistic processes, it cannot be
adequately described as merely a linguistic activity. The role of the translator extends beyond
language to include cultural mediation, interpretive insight, and even creative rewriting. A
comprehensive understanding of translation, therefore, must recognize it as a multifaceted process
that integrates linguistic precision with cultural and contextual sensitivity. Only by acknowledging
these broader dimensions can we appreciate the true scope and complexity of the translation
process.