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Africa 15

La revue 'Africa' est dédiée aux études préhistoriques, antiques, islamiques et ethnographiques, et publie des travaux de recherche ainsi que des contributions originales dans plusieurs langues. Un article présente une nouvelle mosaïque découverte à Haïdra, révélant des motifs géométriques et des vignettes représentant des villes méditerranéennes. Les fouilles indiquent la présence d'une grande salle ornée de mosaïques, suggérant l'existence d'une maison complexe sur le site archéologique.

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Africa 15

La revue 'Africa' est dédiée aux études préhistoriques, antiques, islamiques et ethnographiques, et publie des travaux de recherche ainsi que des contributions originales dans plusieurs langues. Un article présente une nouvelle mosaïque découverte à Haïdra, révélant des motifs géométriques et des vignettes représentant des villes méditerranéennes. Les fouilles indiquent la présence d'une grande salle ornée de mosaïques, suggérant l'existence d'une maison complexe sur le site archéologique.

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REPUBLIQUE TUNISIENNE

M i n i s t è r e de la C u l t u r e

A F R I CA
XV

ISSN 0330-8235

INSTITUT NATIONAL DU PATRIMOINE


19 9 7
AFRICA
Revue des Études et Recherches
préhistoriques, antiques, islamiques
et ethnographiques

RÉDACTION ET ADMINISTRATION
4 PLACE DU CHATEAU - 1008 TUNIS
Tél. 263.610-561.622
Fax : 562.452

Directeur-Responsable de la publication
BOUBAKER BEN FRAJ

Rédacteur en Chef
Selwa KHADDAR ZANGAR

Comité de rédaction
Naceur BAKLOUTI
Med el Aziz BEN ACHOUR
Habib BEN YOUNES
M'hamed Hassine FANTAR
Abderrazek GRAGUEB
Mustapha KHANOUSSI
Naziha MAHJOUB
Mounira RIAHI HARBI
Hédi SLIM

Africa est une revue composée de trois série. La première est consacrée aux
études et aux recherches préhistoriques antiques et islamiques (Africa), la seconde aux
études et aux recherches relatives au monde phénico-punique et aux antiquités libyques
(Reppal), la troisième est consacrée aux études et aux recherches ethnographiques
(C.A.T.P.).
Outre les études et la recherche scientifique, Africa publie tous les travaux d'inventaire,
de sauvegarde, de mise en valeur et de présentation muséographique du patrimoine.

La revue accueille les contributions originales (articles, rapport de fouilles, notes


ou comptes rendus) en langue arabe, française, anglaise, italienne, espagnole ou
allemande.

Les correspondances relatives à la rédaction ainsi qu'aux échanges sont à


adresser à la S/Direction des Publications, 4 place du château 1008 Tunis.
SOMMAIRE

Fathi BEJAOUI
Une nouvelle mosaïque de Haïdra / note préliminaire ................................ 1
Ahmed M'CHAREK
A propos de l’idurio. enceinte sacrée d'un temple ou d'un enclos
funéraire ...................................................................................................... 13
Fethia M'CHAREK - BOURGHIDA
Stèles et reliefs inédits de Bargou ............................................................... 17
Fathi BEJAOUI
Les Néréides sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun
(Centre-Ouest de la Tunisie) ....................................................................... 43
Ali DRINE - Habib BEN YOUNES
Statues de Zian et de Gigthi des jardins du musée national du Bardo trans
férées au musée de Zarzis ........................................................................... 53
Abdellatif MRABET
Huileries et témoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès :
données de la prospection des feuilles : Gabès Kettana et Mareth ............ 63
FATHI BAHRI
Un lot de dix-neuf objets en verre provenant du cimetière d'Al-
Gorjani......................................................................................................... 77
Adnan LOUHICHI
Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax :
Les bassins de Borj-al-Q'sar ....................................................................... 91
Adnan LOUHICHI
La céramique Fatimide et Ziride de Mahdia d'après les fouilles de Q'sar
AL-Qaïm ..................................................................................................... 123
NaceurAYED - Adnan LOUHICHI
Un instrument de travail inédit du céramiste ifriqiyen du bas moyen âge «le
godet-test- à glaçures»................................................................................. 139
Raja EL AOUDI
Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques........... 149
Naziha MAHJOUB
A propos de la stèle funéraire d'un Saint de Tunis Sidi Katib Az-Ziyar..... 167
Ahmed SAADAOUI - Néji DJELLOUL
Ghar-El-Melh ; Une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle ................. 185
Abdel Hakim GAFSI-SLAMA
Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à
tunis aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles........................................................ 215
Ali DRINE
La réutilisation de l'église de «Notre-dame de la Garde» de Zarzis en
Musée....................................................................................................................... 267
UNE NOUVELLE MOSAÏQUE
MOSA ÏQUE DE HAÏDRA
NOTE PRELIMINAIRE

Fathi Bejaoui

C'est au cours des différentes opérations de sauvegarde, de mise en valeur et de


nettoyage sur le site archéologique de Haïdra, l'antique Ammaedara que nous est
apparu en 1994, un pavement de mosaïque représentant des motifs géométriques (fig. 1),
à quelques dizaines de mètres du
mausolée hexagonal, donc à la péri-
phérie immédiate de la cité, sur la
rive droite de l'Oued Haïdra (fig.2) et
non loin de la célèbre voie Carthage -
Theveste1. Cette première découverte
ne prendra son importance que
quelques mois plus tard avec l'appari-
tion après les pluies d'automne et les
ruissellements qui en découlent, d'un
fragment d'une mosaïque liée au
premier pavement dont malheureuse-
ment une partie a été endommagée.
La fouille de sauvetage a permis le
dégagement d'une grande pièce
dont le sol est entièrement recouvert
d'une mosaïque figurant des bâti-
ments placés dans des cadres de Fig. 1 : Vue de l’édifice avant la fouille,
formes irrégulières constituant des À l’arriére plan, le mausolée hexagonal.

(1)
F. Baratte - N.Duval, Les ruines d'Ammaedara, Tunis, 1974 , p.24 et 25 , n°8 du plan.
N.Duval. Topographie et urbanisme d'Ammaedara (actuellement Haidra , Tunisie), dans Aufstieg und
Niedergang der römischen Welt, II-10, 2, Berlin, 1982. p.649. pl.VI, 9).

1
Africa XV, Une nouvelle mosaïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

fig.2 : L'édifice au cours de la fouille, à droite l'oued Haïdra.


sortes de vignettes avec à chaque fois le nom d'une ville ou d'une île de la
Méditerranée inscrit en latin (fig.3). Les quelques premiers sondages effectués
autour de cet espace laissent croire que nous sommes en présence d'un
ensemble, peut être une maison , composée de plusieurs pièces de dimensions
variables, d'au moins un bassin et de deux couloirs 2 . Mais ce dont on est sûr,
c'est que dans la plupart des cas, le sol est régulièrement couvert de mosaïques
à décor végétal ou floral, à l'exception de la grande salle qui fait l'objet de cette
note.

fig.3 : La mosaïque au cours de la fouille.


(2)
Il ne s'agit là que des premiers éléments fournis par une série de sondages effectués autour de
la pièce principale ainsi qu'au Sud- Ouest de celle-ci.

2
Africa XV, Une nouvelle mosaïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

LA GRANDE SALLE ET LA MOSAÏQUE

Placée au fond d'un couloir large de 3m et le fermant du côté Nord-Est, cette


salle est de forme presque carrée ( elle fait environ 6 m sur 5, 30 m ). Sur les trois
autres côtés , des espaces de profondeur et de longueur variables ont été aména-
gés, leur sol, mosaïque, est légèrement surélevé par rapport à celui de la grande
salle3. Les parties des murs conservés portent encore les traces de stuc de couleur
rouge ocre ; mais plusieurs autres fragments (bleu, noir, vert ....) ont été retrouvés
dans les remblais.

Quant au grand pavement dont les dimensions correspondent à la pièce elle -


même, il est composé d'un panneau central encadré d'une double bordure (fig.4).

fig.4 : Le grand pavement après sa «pose» sur nid d'abeille.


La première, celle de l'extérieur, porte des chevrons en zigzag, la seconde quant
à elle est plus large et représente un fond marin avec des rochers et divers types
de poissons et de coquillages que nous retrouvons par ailleurs sur le panneau cen-
tral autour des vignettes figurant les ensembles de bâtiments (fig.5). Ces vignettes
devaient être à l'origine au nombre de quinze, mais seulement douze ont pu être
identifiées puisque les trois autres, celles du côté Sud-Est de la pièce, ont été en
grande partie détruites par le ruissellement des eaux pluviales. Mais elles sont
toutes réparties de manière bien organisée et volontairement tournées vers l'exté-
rieur, c'est à dire vers les trois espaces ouverts sur les côtés et vers le couloir d'ac-
cès. Ainsi, c'est à l'entrée que nous avons d'abord la représentation de trois séries
de bâtiments inscrits dans ce cadre de formes irrégulières, et qui sera utilisé pour
toutes les représentations avec plusieurs variantes et plus ou moins le même type
de végétation méditerranéenne : des conifères en général comme le pin, le sapin
ou le cyprès, avec parfois des palmiers et peut être des chênes.!

(3)
De l'espace surélevé Sud-Est, nous n'avons pu repérer que les montants de l'entrée et quelques
traces des fondations d'un seuil. Les dimensions des deux autres espaces sont de 3.25 m de long
sur 1,75 de large pour le côté Nord-Ouest et de 3,25 sur 2,25 m pour le côté Nord-Est ( en face du
couloir)

3
Africa XV, Une nouvelle mosaïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

fig.5 : Bordure de la mosaïque.

La première de ces vignettes, à gauche, représente des édifices à l'intérieur


d'une enceinte en brique ou en pierre de taille, mais en tout cas, nous n'avons pas
de murs lisses, avec à l'arrière plan un vignoble autour d'un monticule.

fig.6 : Vignette de Skyros.

L'inscription Skyros est placée en haut à droite du cadre (fig.6 ). La deuxième vignet-
te, avec des bâtiments figurés de face et en perspective est au milieu, à peu près
dans l'axe de Fentrée et du couloir. Il s'agit ici de l'île de Cypros, l'inscription étant
placée en bas à droite près d'une barque à deux rames attachée à un gros buisson (?)
sur la terre ferme à l'aide d'une corde. Enfin, la troisième vignette avec des bâti-
ments disposés autour d'un grand espace rectangulaire, est accompagnée de l'inscrip-
tion Idalium, ville de l'île de Chypre, lisible de face en accédant à cette grande
pièce.
La vignette suivante occupe l'angle Sud Ouest du pavement et une partie du
côté Sud-Est c’est à dire la partie la plus endommagée de la mosaïque ; les bâti-

4
Africa XV, Une nouvelle mosaïque
ïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

ments dont une partie est lisible, sont accompagnés


accompagn és de l'inscription Cnidos, ville de
Carie. Quant aux autres vignettes représentées sur ce même côté, elles sont au nombre
de trois dont il nee subsiste que quelques fragments, mais l'absence d'inscriptions
d'ins ne
permet pas leur identification.

La série
érie de trois vignettes représentées et tournées vers l'ouverture du côté
Nord-Est,
Est, c'est à dire au fond de la pièce, sont les suivantes:

fig.7 : Vignette de Rhodos avec la barque ancrée


ancrée sur la terre ferme.

A gauche, c'est Rhodos (fig.7), île de la mer Egée, où nous avons un ensemble
de constructions formant un rectangle qui est représenté mais avec un côté ouvert sur
la mer (?) et aux deux extrémités deux bâtiments , peut être deux entrées dont celle
qui est représentée au premier plan est précédée d'une série de marches! On ne peut
assurer
ssurer que l'une des ailes représentée en perspective soit un portique. A l'arrière
plan, on retrouve à nouveau l'indication de l'eau, une sorte de fleuve sur lequel on a
représenté une échelle, probablement en guise de passerelle.

fig.8 : Vignette de Paphos.

5
Africa XV, Une nouvelle mosaïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

La vignette centrale, adroite de celle de Rhodos, est celle qui illustre d'après
l'inscription placée à l'extérieur en bas, Paphos (fig.8), autre ville de l ' î l e de
Chypre, qui lui est d'ailleurs opposée sur le côté Sud-Ouest dans l'axe de l'entrée. Il
s'agit cette fois-ci d'une série de bâtiments formant un demi cercle et assez proches
dans leur disposition de ceux de Scyros sauf qu'ici nous avons deux entrées à arc
cintré aux extrémités et auxquelles on accède par des marches d'escalier. Au milieu
et au delà du mur d'enceinte, se trouve une haute construction sans ouvertures sur
les côtés visibles, ayant seulement deux fenêtres à la partie supérieure, avec pour
l'unique fois dans toute la série, une toiture plate alors que le système de la
double pente est systématique, ce qui laisserait supposer qu'il s'agit ici d'une tour4.
Mais il peut être également question
d'un bâtiment dont l'accès serait
tournée vers l'intérieur de l'en-
semble ! Notons également que
cette disposition semi-circulaire
n'est pas sans rappeler celle des ports
tels qu'ils sont représentés dans
l'antiquité à l'exemple des vignettes
de la Table de Peutinger (fig.9) ou
même sur les lampes romaines3.
Hypothèse qui pourrait se confirmer
par la présence probablement sym-
bolique de la barque attachée à l'ai-
de d'une corde à ce port de
Paphos, ville portuaire dans l'anti-
quité 6 . A l'arrière plan sur cette
même vignette, on retrouve, se déta- Fig.9 : La représentation du port d'Ostie
chant nettement du premier sur la table de Peutinger
ensemble, un deuxième groupe de
représentations avec, de nouveau
une large bande de couleur bleue,
peut être pour représenter un fleuve
ou un simple cours d'eau auprès

(4)
Pour les caractéristiques générales des tours et leur représentation sur les mosaïques africaines :
T.Sarnowski. Les représentations de villas sur les mosaïques africaines tardives, Varsovie. 1978. p.72 et 73.
(5)
Comme par exemple le port d'Ostie (Table de Peutinger, segment IV,5) : A. et L.Levi. Itineraria ;
contributo alla storia délia Tabula Peutingeriana , Rome, 1967.
Voir également G.Ch.Picard , Pouzzoles et le paysage portuaire . dans Latomus, XVIII, 1959 , p.23
et ss. Sur les lampes, entre autres exemples : lampe de Carthage de la fin du IIe et du début du IIIe siècle
: J.Deneauve, note sur quelques lampes africaines du IIIe siècle, dans Antiquités africaines, 1986, p.
149 fig.8.
(6)
Pour ce port, F.G.Maier. , Alt Paphos auf Cypren, Mayence, 1985. Une bibliographie générale
relative à l'île de Chypre est présentée dans les Dossiers de l'Archéologie, n°205, juillet-août 1995.
Cette disposition semi-ciculaire est également utilisée pour la représentation des villas sur les
mosaïques comme celle de Henchir Toungar (Cincari ) en Tunisie datée du IIIe siècle, actuelle-
ment au Musée du Bardo : Sarnowski, op.cit. p.75 et ss. fig. 33 = M.Yacoub. Le Musée du Bardo ,
édition ANEP, Tunis, 1993, p.190, fig. 166. .

6
Africa XV, Une nouvelle mosaïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

duquel un autre bâtiment à podium a été placé dont on peut penser qu'il s'agit d'un
temple7. Quant à la petite construction à droite, elle rappelle par une sorte de tube
qui s'en échappe à droite, le moulin à eau représenté sur la mosaïque d'Utique datée
du IIIe siècle et qui est installé près d'un ruisseau et d'un mont, comme c'est le cas
ici à Paphos 8.

La troisième vignette représentée sur ce même côté Nord- Est et placée près de
Paphos , est celle qui est accompagnée de l'inscription Cytherae, île de la mer Egée.
La disposition des bâtiments est assez proche de celle figurée sur la vignette de
Rhodos avec également ce qui semble être un portique dans l'aile du fond. Un
vignoble semblable à celui observé sur l'île de Skyros, est représenté sur l'angle
supérieur de cette vignette.

Enfin, le dernier côté du pavement, celui qui ouvre sur le petit espace surélevé
Nord-Ouest de cette pièce est occupé par deux vignettes, la troisième celle de
Scyros, étant à cheval entre ce côté et celui donnant sur l'entrée et par laquelle nous
avons commencé la description. La première série de bâtiments est représentée
presque de face mais de manière à ce qu'on puisse voir la succession de deux
ensembles. On notera que nous avons une fois de plus au premier plan un haut bâti-
ment sans ouvertures visibles9. Une inscription, nous apprend qu'il s'agit de la ville
sicilienne d'Erycos dont on sait qu'elle était située au pied de la montagne du
même nom, montagne qui pourrait être matérialisée par le haut relief représenté à
l'arrière plan de la vignette10 . Et comme ce fut le cas pour les deux autres côtés du
pavement, une barque vide a été placée sous cette vignette mais il est difficile de
pouvoir affirmer si elle est liée à Erycos ou à la vignette suivante puisque, curieuse-
ment, la corde, observée pour Cypros et Paphos a disparu !

Enfin, la représentation suivante, la dernière à être placée sur les côtés, est celle de
Lemnos, autre île de la mer Egée. Les bâtiments y sont figurés de deux manières avec
à chaque fois la présence du rivage : une représentation de face associée à une seconde
en perspective.

Quant à la partie centrale du pavement, elle est occupée par les trois dernières
représentations de la série ; chaque vignette est lisible d'un côté différent. La pre-

(7)
Il s'agit là d'une simple supposition malgré l'absence de la statue de la divinité qu'on retrouve
parfois représentée ailleurs, comme sur une mosaïque à El Alia en Tunisie datant du IIIe siècle,
actuellement au Musée du Bardo : Sarnowski, op.cit. p.64, fig.28 et 29 = Yacoub, op.cit, p. 144. fig.
112. Ce type de monument sera représenté sur plusieurs formes d'art de l'époque chrétienne à
l'exemple de la mosaïque : N.Duval, Les représentations des monuments dans l'Antiquité tardive,
dans Bulletin monumental, 138, 1980, p.93 et ss. sur la céramique : F.Bejaoui, Céramique et religion
chrétienne. Les thèmes bibliques sur la sigillée africaine, Tunis, 1997, n°4O,41 .72 et 73 : Résurrection
de Lazare sur les coupes et sur les lampes ( Fin IVe, première moitié du Ve siècle ).
(8)
mosaïque d'Utique : Corpus des mosaïques de Tunisie, Utique et el Alia, Tunis, 1976, p. 22 à
25, pl.XIV n° 273 = Sarnowski, op.cit, note 7, fig.27. Deuxième moitié du IIIe siècle .
(9)
voir note 5.
(10)
Ici également un plan d'eau est indique par des cubes bleus.

7
Africa XV, Une nouvelle mosaïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

mière de face vers l'entrée de la pièce est placée à l'arrière de Cypros et d'Idalium.
La disposition des bâtiments , en demi cercle avec deux entrées à escaliers et podium
placées aux deux extrémités, est assez proche de celle de Paphos où nous avons
suggéré de reconnaître un port. C’est peut être le cas ici, à Naxos, la plus grande des
îles des Cyclades 11 . Au premier plan de la représentation, c'est probablement une
île qu'on a voulu figurer en face de l'ensemble de bâtiments.

Les deux dernières vignettes sont celles qui sont lisibles des côtés Nord-Est et
Nord-Ouest. La première, juste à l'arrière de Rhodos, est l'illustration d'Egusa, sans
doute en référence aux îles Egades au large de la Sicile12 . Les bâtiments y sont
figurés de face à la manière de ce que nous avons déjà vu à Erycos, avec, une
nouvelle fois, la représentation d'une île au premier plan comme ce fut le casa
Naxos. La deuxième vignette, et la dernière de la série, offre en même temps la
façade et l'un des côtés des bâtiments accompagné de l'inscription Cnossos, capi-
tale de la Crète.

Enfin, trois putti aux ailes déployées sont représentés autour de ces dernières
vignettes : l ' u n ramant dans une barque (visible de l'entrée), l'autre péchant à la
ligne (visible du Sud-Est), le troisième nageant à la poursuite d'un poisson est figuré

fig. 10 : Le Putto dans une barque.

(11)
Il convient de signaler qu'il existe deux lieux portant le nom de Naxos, dans les Cyclades
et en Sicile, qui est la première colonie grecque dans cette région : J. Berard, La colonisation grecque
de l’Italie méridionale et de la Sicile dans l'antiquité, Paris , 1941, p. 81 et s. et p. 102 et ss.
(12)
Ces îles sont célèbres pour la bataille navale qui a mis fin à la première guerre punique.

8
Africa XV, Une nouvelle mosaïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

en face de l'espace surélevé Nord-Est (fig. 10).

COMMENTAIRE
La mosaïque de Haïdra, brièvement présentée dans cette note préliminaire et qui
sera étudiée et publiée ultérieurement et après la poursuite de la fouille de l'édifice
où elle a été découverte et qui semble être à première vue la résidence d'un grand
propriétaire de la ville ou du moins de la région13, cette mosaïque, malgré des
différences notables et une chronologie différente, vient s'ajouter à la longue liste
des représentations africaines de l'antiquité tardive où nous avons des propriétés,
des villas de bord de mer, des domaines ruraux et des édifices religieux dont le
plus célèbre est celui de l'église de Tabarka14. Parfois ce sont des images de villes
et de ports que cette forme d'art nous offre comme c'est le cas par exemple sur
un pavement d'Hippone 15 ou celui plus tardif de Madaba avec, comme ici à
Haïdra, la présence d'inscriptions qui ont permis l'identification des villes repré-
sentées16.
Mais ce nouveau pavement, malgré les ressemblances qu'on y constate avec les
autres cas africains, surtout en ce qui concerne «l'architecture» et le traité des bâti-
ments représentés, reste un cas unique pour plusieurs raisons qu'on se contentera
de passer en revue dans cette note.
D'abord, le type même des édifices qui semblent être plutôt dérivés d'un
même modèle et qu'on a modifié à douze ou à quinze reprises en présentant un
ensemble de bâtiments à l'intérieur d'un mur d'enceinte ou une simple barrière
de face, en perspective, ou à vol d'oiseau en modifiant le plus souvent le
nombre de bâtiments - tours ou des représentations du premier ou de l'arrière plan.
L'idée de l'auteur ou celle du propriétaire était qu'il fallait figurer une ville ou une
île, plutôt douze ou quinze îles puisque la présence de l'eau autour ou au pied des

(13)
Outre l'étude de T. Sarnowski, plusieurs articles ont abordé cette question, principalement celle du
professeur N.Duval : L'iconographie des «villas africaines» et la vie rurale dans l'Afrique
romaine de l'Antiquité tardive, dans IIIe Colloque sur l'Afrique du Nord, Montpellier 1985. Paris 1986,
p. 163 et ss. Id, 1980, op. cit là, L'architecture sur le plat en argent dit «à la ville maritime» de
Kaiseraugst (première moitié du IVe siècle : un essai d'interprétation ), dans Bulletin monumen-
tal, 146, 1988, p.341 et ss.
Plus récemment, le Professeur H.Slim a traité cette question, dans La mosaïque en Tunisie : l'ar-
chitecture, ouvrage collectif, Tunis-Paris 1994, p.126 et ss.
(14)
L'image de la ville, surtout pour la période chrétienne, a fait l'objet de plusieurs communica-
tion à l'occasion du XIe Congrès International d'Archéologie Chrétienne, Lyon-Vienne-Grenoble-
Genève et Aoste 1986, Paris-Rome 1989. surtout J.G.Deckers, Tradition und Adoption, Bemerkungen
zur Darstellung der christlichen Stadt, p. 1283 et ss. F.Bisconti, Le representazione urbane nella pittura
cimiteriale romana : Dalla citta reale a quelle ideale, p. 1305 et ss. Plus récemment, G.Lopez
Monteagudo, Representationes de ciudades en mosaicos romanos del norte de Africa , dans Africa
Romana . X, Sassari-Oristano, Sassari, 1992-1994.
(15)
Pour la mosaïque d'Hippone, Sarnowski, op. cit, p.88 fig. 37 et 38.
(16)
C'est par exemple la vignette symbolisant Rhodos qui suggère vaguement, avec sa forme
allongée, la représentation de l'île sur la Table de Peutinger (segment IX-X ) ainsi que sa forme
réelle. En outre la vignette de Cypros est placée sur le pavement juste à côté d'Idalium qui est
dans la réalité une ville faisant partie du territoire de l'île. Par contre, Paphos qui est dans le
même cas est représentée complètement à l'opposé.

9
Africa XV, Une nouvelle mosaïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

constructions est quasi- systématique. Il y avait ainsi le symbole qui primait sur
toute réalité topographique et géographique. A une ou à deux exceptions près, qui
peuvent être aussi dues au hasard17, l'emplacement des îles et des villes sur le pave-
ment ne correspond pas à leur réelle situation géographique18. Parfois, l'idée ou le
symbole qu'on a voulu suggérer et fixer sont nets, comme par exemple, la repré-
sentation sur des vignettes séparées de Paphos, d'Idalium et de Cypros, alors que
deux premières sont des villes situées sur l'île de Chypre ! Mais malgré ce bref
constat, il est parfois possible d'observer sur certaines représentations un souci de
l'auteur de se rapprocher d'un minimum de réalisme. Ainsi, on a pu remarquer
qu'à Scyros, Paphos et à Naxos, les bâtiments prennent une forme semi circulaire,
qui est le plus souvent celle des ports sur les représentations antiques19. Autre constat,
celui qui concerne les détails qu'on retrouve parfois accompagnant l'ensemble de
bâtiments, comme à Erycos où le relief figuré à l'arrière plan de la vignette
pourrait être le mont Eryx ?
Reste à aborder la question du choix du thème figuré dans cette pièce centrale
en tentant de comprendre le lien possible entre les différentes représentations de
lieux, tous en Méditerranée, du moins les vignettes conservées et identifiées par
leur nom . Le rapport le plus plausible, dans l'état actuel delà recherche est celui
qu'on a pu remarquer entre la majeure partie des vignettes est la trace de la déesse
Vénus. En effet, et sans évoquer pour le moment, le témoignage des textes
anciens relatifs à la présence de la déesse sur ces lieux 20 , et à l'exception de
Scyros et d'Egusa connus pour d'autres cultes majeurs, dix des douze îles ou
villes représentées et identifiées sont des lieux où le culte d'Aphrodite est attesté.
Déjà, à l'entrée de la pièce et dans l'axe, emplacement qui ne parait pas être le
fruit du hasard, c'est Cypros et Idalium, avec à l'opposé dans le même axe,
Paphos. Trois noms qui devaient évoquer à l'auteur, au propriétaire ou aux visiteurs,
les hauts lieux du culte de la déesse21. C'est également le cas de Cytherae avec une
vignette lisible vers l'espace surélevé du fond, dont le temple qu'elle abrite est

(17)
Outre le cas cité note 17, Erycos et Egusa, situés géographiquement en Sicile, sont représentés
ici à l'opposé de part et d'autre de Cnossos.
(18)
voir note 6.
(19)
Les lieux de culte ou les témoignages relatifs à Vénus, textes anciens et monuments, occupent
une large place dans : A.Pauly - G.Wissowa, Real Encyclopédie der classischen Altertumswissenschaft,
Stuttgart -Munich, 1894 (P.W), tome I, article «Aphrodite». Lexicon Iconographicum Mythologicum
Classicae (LIMC), Zurich, 1984, tome II, article « Aphrodite». En ce qui concerne le cas de Naxos
(voir note 12). le culte ou au moins le séjour de la déesse est attesté sur les deux lieux portant
le même nom : P.W, op. cit. colonne 2766. Pour l'identification de la vignette en question, on y
reconnaîtrait plutôt Naxos des Cyclades à cause du plan de terre figuré au premier plan (en face de
l'enceinte semi circulaire ) et dont avait suggéré d'y voir le symbole d'une île.
(20)
Une thèse de Doctorat nouveau régime, consacrée au culte de Vénus à été récemment soute-
nue par J.Bouzidi, sous la direction du professeur R .Turcan : Vénus en proconsulaire, l'iconogra-
phie et le culte, Université de Paris IV, Paris Sorbonne, juin 1993. (thèse dactylographiée).
(21)
P.W, op.cit, col 2752. Pausania's, Description of Greece, traduction et commentaire de J.G.
Frazer. Londres, 1898, III, 23, 1.
(22)
Homère, Les hymnes , traduction de J.Humbert, Paris, 1967, hymne III à Vénus. P.W . op.cit,
colonne 2751 Pausaunia's , op.cit. III, 23,I.

10
Africa XV, Une nouvelle mosaïque de Haïdra : note préliminaire Fathi Bejaoui

considéré comme étant l'un des plus anciens delà Grèce22. Quant à Erycos, son nom
est lié non seulement au voyage d'Enée en Sicile, mais aussi et surtout au culte
d'Astarté-Aphrodite avec un temple qu'évoquent d'ailleurs les sources
épigraphiques et littéraires23. C'est aussi un temple qui a été dédié à la déesse à
Rhodos 24. Quant à Lemnos, une fête en son honneur y est attestée, enfin Cnidos
évoque d'abord un épisode célèbre de ses amours mais aussi, la ou les fameuses
statues en marbre auxquelles le sculpteur grec Praxitèle doit sa renommée25. Enfin, le
choix de l'emplacement des barques vides, sur les trois côtés conservés du pavement,
n'est pas uniquement motivé par des raisons de symétrie, nous y voyons également des
motivations symboliques puisqu'elles sont précisément ancrées près des hauts lieux
du culte de Vénus : Cypros, Paphos et Erycos.

Quelle est donc la raison de ce choix? La réponse n'est pas aisée, et on en est
encore au stade des hypothèses. S'agit il de l'évocation d'un itinéraire, ou d'un
voyage imaginaire inspirés d'un texte précis dont l'origine nous échappe mais qui
est en rapport avec la Vénus marine26?
S'agit t-il du désir du commanditaire de fixer là, dans sa demeure des souvenirs
d'un périple qui l'aurait emmené à naviguer en Méditerranée? ou voulait-il plus
simplement réserver une partie de cette demeure à ses « plaisirs» et à celui de
entourage?
Pour le culte de Vénus à Paphos, voir note 6. C'est ici et selon une ancienne tradition que La
déesse serait née et avait « un temple» «parfumé... où e l l e a un bois sacré et un autel odorant» :
Homère, Hymnes, op. cit . Le temple est également cité par Pline l'Ancien, dans Histoire Naturelle.
II 21O, traduction J.Beaujeu, Paris, 195O. Le bâtiment avec escaliers et podium figuré sur la vignette
symbolisant cette ville serait-il dans ces conditions l'illustration du temple de la déesse?
(23)
Le mont Eryx autrefois forteresse de la domination punique dans l'ouest de la Sicile doit
sa célébrit au voyage d'énée ainsi et surtout au culte d'Astarté-Aphrodite: P.W, op.cit, colonne 2765.
Voir aussi G.Falsone, Dictionnaire de la civilsation phénicienne et punique, Brepols, 1992, p.155-156,
Le mont Eryx et le temple d'Aphrodite qu'il abrite est évoqué par Strabon, Géographie, t.III V-VI.
2, 6 , Traduction F. Lassère, Paris,1967, p. 16.
(24)
Pour le culte à Rhodos : P.W, op.cit, colonne 2750
(25)
A Lemnos, Aphrodite était associée au Dieu boiteux Hephaïstos, elle était également liée au
Dieu guerrier Ares avec qui elle fut surprise.ee qui l'obligea à s'enfuir pour se réfugier à Chypre:
P.Grimal, Dictionnaire de la Mythologie grecque et romaine, Paris 1962, p.33. ‘Aphrodite est célé-
brée à Lemnos sous forme de fêtes expiatoires .
Cnidos, ainsi que l'oeuvre de Praxitèle sont évoqués par Pline l'Ancien dans son Histoire natu-
relle, III, 127, Traduction R. Schilling, Paris 1977, p.85. Voir également Pausania's , op.cit, 1.1,3.
(26)
Il pourrait aussi s'agir du thème de la navigation de Vénus, le naviguai veneris mais sans le
navire habituellement figuré ni le souci de réalisme , qu'il s'agisse de la cartographie des îles, des
monuments représentés ou de l'ordre géographique. Cette dernière hypothèse m'a été aimablement
suggérée par le Professeur M. Euzennat, membre de l'Académie que je tiens à remercier pour ces
précieux conseils. Pour ce thème la littérature n'est pas abondante : Voir par exemple R. Thouvenot,
La mosaïque du « Navigum Veneris « à Volubilis (Maroc ), dans Revue Archéologique. 1977. 1, p. 37
et ss (uniquement en ce qui concerne le navire ). voir aussi. Blanchars-Lemée, Maisons à
mosaïques du quartier central de Djemila Cuicul), Paris , 1975, p. 73 et ss. A cette occasion, Je tiens
également à remercier les Professeurs R.Turcan, F. Chamoux , membres de l'Académie, H. Slim.
L.Slim, F. Baratte et mon ami M. Khanoussi qui chacun de son côté, m'ont fourni des orientations
bibliographiques qui m'ont permis et me permettent encore d'étudier l'iconographie et le symbo-
lisme de cette mosaïque. Mes remerciements s'adressent aussi au Président Directeur Général de
l'AMVPPC, à Messieurs H. Ben Hassen, Ch. Landes (Lattes), J. L. Laffont (Toulouse), la société Gaches-
chimie qui sont à l'origine de l'opération de repose du pavement sur nid d'abeille.

11
A PROPOS DE L' IDURIO ,
enceinte sacrée
d'un temple ou d'un enclos funéraire
Ahmed M'charek

Dans un article relativement récent1 , A. Beschaouch a remis en cause la nature


funéraire d'une inscription de Maktar que nous avions classée à la suite de P. Gaukler et
de G.C. Picard, dans la série des épitaphes de mausolées2. Il s'agit de CIL VIII, 23422
dont voici le contenu :

«Q. Vibius C(ai) fil(ius) Salaga conlatis omnibus impensis in hunc/ idurionem men-
sam mihi et meis posui.»

La compréhension du texte se heurtait au problème de la signification à donner au


mot «idurio» . Grâce à une inscription de Mustis. A. Beschaouch a réussi à lever l'obs-
tacle en démontrant que le mot sémitique signifiait «enceinte sacrée» d'un temple de la
ville, en l'occurrence celui de Liber Pater3.

L'auteur ne manque pas d'évoquer l'inscription de Maktar pour laquelle il propose


la même interprétation en lançant «une hypothèse sur l’idurio qui a, peut-être, précédé
la basilique dite de Rutilius»4. Il rappelle que l'explication, retenue depuis P. Gauckler,

(1)
A. Beschaouch. «Qu'est ce qu'un idurio ? spiritualité punique et culture latine». MEFRA. 102. 1990.
p. 639-645.
(2)
A. M'charek. Aspects de l'évolution démographique et sociale à Mactaris aux IIe et IIIe siècles ap. J.-
C. Tunis. 1982. p. 90.
(3)
A. Beschaouch. op. cit. p. 642. voici le texte de l'inscription donné par l'auteur :
«Libero Patri/aug(usto) sacrum./ M(arcus) Cassius Felix, sace/rdos Lib(eri) pat(ris). idurionem/,
[d]ecreto ac(c)epto, restituit;/ signum Lib(eris) patiris) fecit; aram/posait; an(no) M(arci) Orfi
Clari et Qiuinti) Terenti Felicis (duum) vir (orum)/ Q(uinquennalium) (duorum) V(otum) s(olvit) l(ibens)
a(nimo).
(4)
Idem. Ibidem, p. 645.

13
Africa XV, A propos de l'idurio, enceinte sacrée d'un temple ou d'un enclos funéraire Ahmed M'charek

était fondée sur le terme «mensa» qui peut désigner soit une plaque funéraire, soit une
ciste, «avec la dédicace de Mustis à Liber, il est désormais établi, ajoute-t-il, que l’idu-
rio était bien une enceinte sacrée, un téménos, et l'hypothèse funéraire devient insoute-
nable»5.

Si l'on suit A. Beschaouch, l'inscription de Maktar devrait se comprendre ainsi :

«Moi Q(uintus) Vibius Salaga fils de C(aius), ayant rassemblé toutes mes res-
sources, j'ai consacré dans ce téménos une mensa pour moi-même et les miens».

On notera, d'abord, l'absence dans le texte de toute référence à un quelconque édi-


fice cultuel ; comment expliquer ensuite l'emploi, sans autre exemple à Mactaris, du
datif «mihi et meis» dans une dédicace à une divinité supposée, que le rédacteur aurait
omis de nommer ? ; au vu du contexte général en rapport avec l'inscription, est-il envi-
sageable de songer à une simple mensa.(ou table d'offrandes) ?

Une mensa votive, comme l'on en trouve dans les sanctuaires de la région6 , est le
plus souvent une simple pierre calcaire, sans décor autre que les cavités destinées aux
libations. Ni par sa valeur artistique, ni par son coût, une mensa ne pouvait égaler une
des nombreuses stèles sculptées, produites à la grosse par les ateliers de Mactaris.

Ce n'est donc pas, pour si peu, que Q. Vibius Salaga a dû consentir un effort finan-
cier dont il paraît si fier dans un geste accompli pour lui-même et les siens. Dans l'épi-
graphie maktaroise, on ne connaît aucun exemple d'un pareil témoignage d'auto-satis-
faction à bon compte.

A notre avis, la phrase «mensam mihi et meis posui», qui a de nombreux parallèles
dans les épitaphes de Maktar, montre, à l'évidence, qu'on est en présence d'une tombe
familiale édifiée sur un terrain privé7, délimité par une enceinte sacrée ou idurio.
L'emploi de ce mot d'origine sémitique par un néo-romain au surnom africain, Salaga,
n'a rien de surprenant dans une cité fortement punicisée où les notables numides ont
édifié des mausolées à caractère familial8.
Pour toutes ces raisons, on se permettra - malgré l'opinion de réminent épigraphis-
te de revenir, encore une fois, à l'explication funéraire, suggérée par P. Gauckler et
retenue par G.C. Picard et on comprendra le texte ainsi :

(5)
Idem, Ibid., p. 645.
(6)
Nous avons trouve plusieurs inensœ à Henchir Ghayada dans la fouille du sanctuaire de Baal-Hammon
- Saturne, cf REPPAL. V. 1990.
(7)
La mention «solo suo» est fréquente dans les épitaphes de Maktar :
- CIL VIII, 23464
DM S / Flavius Adventus /pius vix. ann. LXV /Minucia Amanda uxor/eius sua pecunia sibi et
mari/to suo arulam in solo suo/posuit...
- CIL. VIII, 23515
(Texte de plusieurs épitaphes individuelles suivi de) :
M. Gargilius Fortunatus parentibus piissimis et fratri et Coniugi... et filiis suis posterisque
eorum solo suo pecunia sua fecit.
(8)
Sont encore debout, à Maktar même, le mausolée des Iulii et le mausolée pyramidal.

14
Africa XV, A propos de l'idurio. enceinte sacrée d'un temple ou d'un enclos funéraire Ahmed M'charek

«Moi Q(uintus) Vibius Salaga fils de C(aius), ayant rassemblé toutes mes res-
sources, j ' a i fait élever dans cet enclos funéraire une tombe pour moi-même et les
miens».

En conclusion, on retiendra :

1- Comme l ' a bien vu A. Beschaouch dans l'inscription de Mustis, le mot idurio


signifie enceinte sacrée, téménos d'un temple.

2- Dans l'épigraphe de Maktar, le même mot idurio, employé dans un contexte dif-
férent signifie «enceinte sacrée», non pas d'un temple, mais d'un enclos funéraire, pro-
priété privée de la famille de Q. Vibius Salaga.

3- Tout porte à croire que le mot punique idurio, comme le terme latin mensa, a pu
avoir chez les Numides romanisés, un usage à la fois votif et funéraire.

4- On ne peut donc accepter l'hypothèse de A. Beschaouch sur «l’idurio qui a,


peut-être, précédé la basilique dite de Rutilius». Nous savons aujourd'hui, à la suite de
G.C. Picard9 et de N.Duval10, que cette église a été installée dans l'ancien temple de
Saturne. Q. Vibius Salaga n'aurait, sans doute, pas oublié de le proclamer si, en réunis-
sant toutes ses ressources, il avait réellement dédié des travaux dans un lieu de culte
aussi important.

5- Avec plusieurs autres inscriptions de Maktar, la pierre épigraphe CIL, VIII,


23422 était seulement remployée dans la basilique dite de Rutilius, où elle a pu être
transportée là depuis la nécropole voisine, où s'élève encore le mausolée des Iulii..

(9)
G.C. Picard, dans Rev. Arch., 1. 1984, p. 25.
(10)
N. Duval, «Une hypothèse sur la basilique dite de Rutilius et le temple qui l ' a précédée», RE. Aug.,
31, 1985, p. 20-40.

15
STELES ET RELIEFS INEDITS
DE BARGOU
Fethia M'charek-Bourghida

La région de Bargou fait partie du Haut-Tell1, en Tunisie centrale : elle appartient à


un pays de hauts-plateaux encadrés par des chaînons de la Dorsale qui gagnent en altitu-
de dans une direction Sud/Ouest-Nord/Est. Certains sommets dépassent 1.000m tels
que le Jebel Bargou à l'est et le Jebel Serj au sud.

Les sites archéologiques concernés par la présente étude se trouvent sur le plateau
des Ouled Yahia appelé aujourd'hui plateau de Bargou. Il s'agit d'une région qui figure
sur la carte topographique au 1/50.000, feuille «Jebel Bargou» et partiellement sur la
feuille «Siliana». Les vestiges archéologiques sont signalés dans l'Atlas Archéologique
de la Tunisie au 1/100.000, feuilles « Bargou » et « Jama ».

Le secteur étudié est un plateau fertile, relativement bien arrosé, à vocation céréa-
lière. Les sources y sont abondantes : les plus importantes ont fixé l'habitat donnant
leurs noms à plusieurs localités dont les agglomérations concernées par notre enquête
comme Aïn Jannet, Aïn Zakkar, Aïn Mezrir, Aïn Sejja. Aujourd'hui l'habitat est faible
en raison de la grande propriété qui pratique la céréaliculture ; par contre à l'époque
antique cette région comptait de nombreuses cités comme Vasi Sarra (Aïn Bez),
Maragui Sara ( Henchir Chaâr ) Saradi ( Henchir Sehili) et d'autres encore anonymes
comme Aïn Sejja.

La région de Bargou est drainée par l'importante vallée de L'oued el- Kebir. C'est
à travers cette vallée que passait la route construite par l'armée romaine à la fin du règne
d'Auguste, c'est-à-dire la voie Carthage Ammaïdara qui traversait le plateau de

(1)
Cf. Ch. Monchicourt, la région du Haut-Tell tunisien , Paris. 1913.

17
Africa XV. Steles
les et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida
M'charek

Bargou en direction de Mactaris, Thala et Ammaedara2 . Les sites abordésabord ici sont
tous concernés par cette route d'époque augustéenne : ils sont soit situés sur cette voie
comme Ain Jannet et Ain Zakkar, soit reliés à elle par des bretelles comme Henchir
Mezrir et Henchir Sehili ( antique Saradi ).

(2)
Cf. A. M'Charek, «Un itinéraire inédit dans la région de Maktar, tronçon de la voie
augustéenne Carthage -Ammaïdara»,
Ammaïdara», B.C.T. H. , 1992.

18
Africa XV. Steles
les et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida
M'charek

Au plan de la géographie
éographie administrative antique, nous sommes dans une région
située en bordure de la Fossia Regia, à l'intérieur du royaume numide. Dès les époques
carthaginoise et numide, la région a connu une occupation du sol relativement forte ; on
note l'existence
ce de nombreuses localités qui, à l'époque romaine, se sont organisées
en cités telles que Saradi (Henchir Sehili ) Maragui Sara ( Henchir Chaâr ) et Vazi
Sarra ( Aïn Bez ) auxquelles s'ajoutent des sites archéologiques moins connus comme
Ain Jannet, Aïn Zakkar,
akkar, Aïn Mezrir et Henchir Bouzouitina qui ont fourni des docu-
docu
ments qui seront ici abordés. Une dizaine de stèles portant des textes et des figurations
indiquent qu'en ces lieux ont pu se trouver des cités antiques encore méconnues. Ces
documents inédits, découverts depuis les années 70, sont restés exposés sur place jus-jus
qu'à janvier 1995 date à laquelle quelques uns d'entre eux furent dérobés dans des cir-
cir
constances obscures.

L'objectif de la présente
ésente enquête est de faire connaître une documentation
documenta qui,
bien que réduite quantitativement, possède néanmoins un intérêt certain car elle concer-
concer
ne une région peu étudiée.

I - Documents de Aïn
ïn Jannet

Henchir Aïn Jannet3 se trouve sur la rive droite de l'Oued el Kebir. Situé à 3 km au
nord/ouest de Saradi et à 2 km à l'est du village de Bargou. Une quinzaine d'hectares de
ruines et trois stèles portant des inscriptions latines indiquent qu'en ce lieu a pu s'élever
une cité antique encore anonyme.

1 - Stèle
èle funéraire sculptée en bas-relief
b

Ce monument était exposé dans la cour de


l'Ecole Primaire de Bargou jusqu'à sa disparition
en Janvier 1995.

Description

La stèle
èle était en assez bon état de conserva-
conserva
tion malgré des épaufrures qui ont endommagé
les visages des personnages et une cassure dans le
haut du fronton.
Dimensions : h. 132 cm, 1.55 cm, ep. 15 cm.

La face antérieure
érieure porte un décor distribué
sur 4 registres superposés ; de haut en bas on dis-
dis
tingue :
- Un fronton triangulaire orné
orn en son milieu d'une
couronne de fleurs de lotus nouée en bas par un

(3)
Henchir Aïn Jannet dit encore Henchir Radhouane ( Carte topographique 1/50.000 Djebel Bargou

19
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

ruban flottant ; le pourtour de ce registre supérieur est marqué par un décor de denti-
cules.
- Une première niche, profonde d'environ 4 cm renferme l'image d' un couple de
défunts debout de face : à gauche, la femme est vêtue à la romaine (palla et stola à
manches courtes) ; son visage aujourd'hui partiellement abîmé montre des yeux
immenses ; la chevelure divisée par une raie médiane est ramenée en arrière. Cette
défunte tient des offrandes dans la main droite et ramène le bras gauche sur la poitrine .
Le personnage masculin représenté à droite de la niche est traité selon la même frontali-
té et dans le même style, il porte lui aussi un costume de type romain (toge).
- Le troisième registre est occupé par un champ épigraphique subdivisé en deux car-
touches séparés par un trait vertical renfermant les épitaphes de deux défunts. A
gauche, l'épitaphe de la femme et à droite celle de son compagnon. On lit :

DMS DMS
AEMILIA D.F.APRUL NABOR FELICIS BAL
LA PIA VIXIT AN SILLECIS MARAXAE
N I S LXXXXIII M II PIVS VIXIT ANN. LXXX
HSE HSE

- Au bas de la stèle, un quatrième registre est constitué d'une autre niche moins
profon- de ; on y voit deux petits personnages sculptés en bas relief représentés debout
de face
accoudés à deux torches renversées ; ils appuient le corps sur une jambe et fléchissent
l'autre ; il s'agit du thème classique des génies funèbres.

Commentaire

Cette stèle est particulièrement intéressante tant du point de vue iconographique qu'épi-
graphique ; on remarque le style évolué des figurations, le travail soigné de la pierre qui
permet de distinguer l'attitude souple , les gestes des personnages sculptés en bas relief ,
les corps bien proportionnés et les détails des costumes romains ( toga pour l'homme,
palla et stola pour la femme).

Par ses caractéristiques iconographiques, cette stèle est à rapprocher non seulement
des documents du même genre mis au jour à Mactar mais encore de ceux qui provien-
nent de la région d'Aradi récemment publiés par N. Ferchiou. Les stèles de Mactar
consacrent un registre spécifique à la figuration du défunt dans la partie supérieure du
monument funéraire4. Quant à celles d'Aradi publiées par N.Ferchiou 5 si elles sont de
formes plus élaborées et si elles présentent un décor plus riche et plus travaillé, elles
offrent de nombreux points de ressemblance avec la stèle de Aïn Jannet en particulier
pour la représentation de génies funèbres dans le registre inférieur.

472 Nord, 311 Est ).


(4)
A. M'Charek, «Aspects de l'évolution démographique et sociale à Mactaris aux IIe et IIIe s. ap. J.C». Tunis,
1982, pp. 34-40 et 56-58.
(5)
N. Ferchiou « Grandes stèles à décor architectural de la région de Bou Arada ( Aradi ) dans MDAI (RA) , 88,
1981 pp. 141-189.

20
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

Le texte des deux inscriptions ne pose pas de problèmes de lecture, on développe-


ra ainsi :

- l'épitaphe de la femme :

D (iis) M (anibus) s (acrum)/ Aemila D(emici) f(ilia) Aprul/la pia vixit an/nis
LXXXXIII m(ensibus) II/ h(ic) s(ita) e(st).

- l'épitaphe de l'homme :

D(iis) M(anibus) s (acrum)/Nabor Felicis Bal/sillecis Maraxae/ pius vixit ann(is)


LXXX/h(ic) s(itus ) e(st).

- C'est la dénomination de l'homme qui retiendra l'attention en premier. Elle compor-


te l'énumération d'une longue ascendance qui remonte jusqu'à la génération de l'arrière
grand-père. Nabor est, en effet, fils de Félix, petit-fils de Balsillec, et arrière petit-fils
de Maraxa.

On connaît l'usage de la filiation dite punique qui remonte jusqu'à la génération du


grand-père 6, mais les généalogies plus longues sont assez rares. Une des plus remar-
quables se trouve sur une inscription punique découverte sur le territoire de Zama
Regia; elle mentionne le gouverneur de la Thusca à l'époque des rois numides en don-
nant sa généalogie qui se déroule sur cinq générations7.
On fera remarquer aussi que l'on se trouve ici à Aïn Jannet en présence d'un mélange de
noms libyques. puniques et latins. Nabor, nom unique porté par le défunt, est issu du
libyque, il est déjà bien connu en Afrique dans les inscriptions latines8. Felix, pour sa
part, bien que terme anthroponymique latin, a été reconnu depuis longtemps comme
terme traduit du punique9, on ne compte plus ses attestations dans l'anthroponymie
africaine. Balsillec en revanche, est un nom d'origine punique ; on le retrouve en parti-
culier à Mactar dans les inscriptions néopuniques mais quoiqu'assez rare il apparaît
dans des inscriptions latines10. Enfin Maraxa, plus rare encore, est aussi un nom libyque
attesté près de Theveste (Marax, sacerdos Saturni ) ainsi qu'à Césarée en Maurétanie11.
Le personnage qui exhibe ainsi fièrement ses ancêtres, peut appartenir à l'élite sociale
locale.

(6)
R. Cagnat, « Remarques sur une particularité onomastique dans lépigraphie latine d'Afrique» dans Strena
Baliciana, Zagreb. 1924, pp. 199-202.
(7)
Cf. J.G. Février, dans Cahiers de Byrsa, 1957, pp. 119-124.
(8)
Pour Nabor, Cf. H.G. Pflaum. dans Scripta Varia, I, Paris, 1978, pp. 188-189
(9)
Sur les surnoms latins traduits du punique, Cf. H.G. Pflaum, Scripta Varia I, 1978, p. 105 et 191.
(10)
Quatre attestations de Balsillec dans l'index du CIL, VIII publié en 1942 p. 70,16 ; p. 2289, 5057;
p. 1630, 1249, 4687.
(11)
Pour Maraxa, G. Camps, Liste Onomastique lybique dans Reppal VII-VIII, 1992-1993, p. 59, n°44 LI
qui renvoie au B.A.A.,V. 1971-1974, p. 19 , pour Marax, CIL, VIII. n°2122 et A.E, 1975, 948 = A.E., 1976,
949.

21
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

A l'opposé, la dénomination de la femme est colorée de latinité. Elle porte


un gentilice, Aemilius/a, particulièrement répandu en Afrique romaine et sa filiation,
indiquée à la romaine, (D.F) est suivie du surnom Aprulla qui n'est pas encore attesté ;
on connaît cependant Aper qui est peu courant en Afrique ; ces surnoms traduisent plu-
tôt une influence italienne12 .

On relèvera donc ce contraste entre l'onomastique de l'homme fortement emprein-


te de traditions locales et celle de la femme colorée d'influences italiennes.

Mais il faut ajouter l'existence d'une seconde différence entre ces deux person-
nages: la dénomination de Nabor indique son statut pérégrin tandis que celle d'Aprulla
révèle qu'elle jouit du droit de cité romaine. On a ici affaire à une union entre une
citoyenne romaine et un africain qui n'a pas encore obtenu le statut de quirite, et pour
compenser son infériorité juridique par rapport à sa femme, celui-ci présente une généa-
logie qui étale les noms de ses ancêtres jusqu'à la quatrième génération. Ce type
d'union qui est attesté en Afrique par de nombreuses inscriptions du second siècle s'ex-
plique sans doute par l'application du droit latin provincial ; on doit donc supposer
l'existence d'un privilège tel que le conubium si l'on veut donner un sens banal à cette
stèle. Lui seul peut expliquer cette possibilité de mariage entre deux personnes de statut
juridique inégal. L'inscription est donc à verser au dossier relatif au droit latin en
Afrique proconsulaire sur lequel s'est récemment penché A. Chastagnol13.

Deux données incitent à dater cette stèle de la deuxième moitié du IIe siècle ou de
la première moitié du IIIe siècle ap. J-C. : d'abord la formule abrégée de l'invocation
aux dieux Mânes, ensuite le style iconographique évolué des images. On sait on outre
que la romanisation des notables africains arrive à son terme vers la fin du IIe siècle ap.
J-C.
2 - Stèle funéraire sculptée en bas relief

C'est une stèle figurée de style romanisé qui se trouve actuellement conservée à
Henchir Ain Jannet chez le paysan Salah Ben Chaouch .

Description

La partie supérieure brisée a disparu mais le reste du monument est dans un assez
bon état de conservation.
Dimensions : h. restante 115 cm, 1. 56 cm , ep. 15 cm.

La face antérieure du monument présente un décor sculpté en bas relief réparti sur
trois registres superposés. La partie supérieure de la stèle étant brisée, deux registres et
demi ont subsisté.

(12)
I. Kajanto, The Latin Cognomina,Helsinki, 1965, pour Aprulla , pp. 128-170 et pour Aper, pp. 86 et
325.
(13)
A. Chastagnol, «L'empereur Hadrien et la destinée du droit latin provincial au second siècle ap.J-C»
dans Revue Historique, 292, 1995 pp. 217-227.

22
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida
M'charek

Dans la partie restante du registre supérieur


sup figure
un couple de défunts à l'intérieur d'une niche mais
le haut des images a disparu avec la partie brisée
du monument. Les personnages sont représentés,
debout, de face, de part et d'autre d'un autel ; ils
appuient leurs corps sur une jambe et fléchissent
légèrement l'autre ; ils sont vêtus à la romaine, on
distingue
stingue surtout la tunique talaire du personnage
féminin à gauche de l'autel ; l'autre personnage
dont l'image est nettement abîmée portait sans
doute la toge ; il tenait de la main droite un objet
allongé qu'il n'est plus possible d'identifier avec
certitude (un vase ?).

Le registre central réservé


r à l'inscription est
diviséé en deux cartouches, seule l'épitaphe de
droite a été gravée. On lit :

D.M.S
P.IVLIVS SA[--]
NVS MAXIMI
NVS VIXIT A
MEN III HORA
IIII CAEMENT[-
H . S

Le registre inférieur
érieur est aménagé en niche moins profonde dans laquelle figurent
deux petits personnages sculptés en bas-relief
bas relief ; il s'agit des génies funèbres représentés
debout, accoudés avec nonchalance à deux torches renversées.

Commentaire

Du point de vutt iconographique, on constate que cette stèle stèle est traitée dans le
même style figuratif évolué que la précédente ; on retrouve l'attitude souple dans l'image
l'ima
des personnages représentés avec des proportions réalistes, le détail marqué de leurs
costumes romains en particulier le drapé du vêtement.

Quant à l'épitaphe gravée sur ce monument, elle se révèle là aussi d'un grand inté-
inté
rêt : le texte se lit facilement :
D(iis) M(anibus) S(acrum)/P(ublius) Iulius Sa[bi]/nus Maximi/nus. vixit a(nnis I)/
men(sibus) III hora(s) IIII. Caement[arius] / h(ic) s(itus) [est]

23
Africa XV, Stèles
èles et reliefs inédits de Bargou Fet M'charek-Bourghida
Fethia

Il nous donne la nomenclature du défunt,


défunt, son âge indiqué en année mois et heures
ainsi que son métier, chose rare dans l'épigraphie africaine14, notre défunt était maçon
de son état ( caementarius ).
- Sur le plan onomastique on constate que le défunt
défunt porte une nomenclature romaine
formée du prénom Publius , du gentilice Iulius qui est très répandu aussi bien en
Afrique que dans le reste de l'empire et de deux cognomina dont le premier Sabinus est
un ethnique qui semble indiquer une origine italienne, le second, Maximinus appartient
à une catégorie de surnoms considérés comme typiques de l'onomastique africaine qui,
à partir du IIIee siècle, se caractérise par une tendance à l'allongement par des dériva-
dériva
15
tions successives .

On fera remarquer aussi que le défunt


d P. Iulius Sabinus Maximinusnus qui était maçon
a reçu comme monument funéraire une stèle figurée de style romanisé,
romanisé c'est à dire une
sépulture qui implique d'habitude un rang social relativement élevé et une fortune maté-
maté
rielle non négligeable ; à moins de supposer qu'à une certaine époque, ce type de sépul-
sépul
ture était devenu accessible à certaines catégories d'ouvriers spécialisés. Il s'agit là d'un
document intéressant à verser au dossier de la société romaine d'Afrique à son apogée
aux IIe et IIIee siècles ap. J-C.
J
La formule abrégée
égée de l'invocation aux Mânes ( DMS) et de l'âge du défunt
(V.A) , les caractè ristiques iconographiques et les données onomastiques autorisent à
proposer une datation relativement tardive pour ce monument qui signalait la tombe
d'un citoyen romain encore de religion paï enne : on la situerait au IIIee siècle ap. J-C.
J

3 - Fragment de stèle
st funéraire sculptée

Il s'agit d'un fragment de stèle


st portant
une épitaphe, actuellement conservée dans
la cour de l'école primaire de Bargou.

Description
Dimensions restantes : h. 70 cm, 1. 53
cm, ep.10cm .
Cette stèle
èle comportait comme les précé-
précé
dentes des décors figurés en bas relief ;
l'image du défunt a disparu avec la partie
supérieure du monument , il ne reste plus
que le bout des pieds au bas d'une niche.
Au dessous, un registre inférieur
inf porte
l'épitaphe gravée dans un cartouche rec- rec
tangulaire bien délimité. L'inscription se lit
sans difficulté :

(14)
S u r cette question Cf. A. M'Charek , Aspects de l'évolution démographique et sociale à
Mactaris aux IIe et IIIe s. ap. J-C,
J Tunis 1982. p. 223 et suivantes.
(15)
Sur cette tendance de l'onomastique africaine Cf. I. Kajanto, Onomastic Studies, p. 61-62 et
A. Chastagnol , l’ onomastique de l'album de Timgad ,dans Colloques Internationaux du CNRS.
Octobre 1975. p. 333.

24
Africa XV, Stèles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

D.M.S
L STIADURIVS ROGA
TI F. PIVS VIX AN LXX
H.S.E
On développe ainsi :

D(iis) M(anibus) s(acrum)/ L(ucius) Stiadurius Roga/ti f(ilius) pius vix(it) an(nis)
LXX/ h(ic) s(itus) e(st).

Le bas de la pierre a été taillé en pédoncule pour être fiché dans la terre.

Commentaire

Ce fragment de stèle signalait la tombe d'un néoromain car sa nomenclature est


constituée de deux noms au moins : Lucius Stiadurius.
Le gentilice Stiadurius n'est attesté ni en Afrique ni dans le reste de l'Empire, peut-être
s'agit-il d'un nom d'allure latine construit sur un nom africain inconnu .

L'épitaphe mentionne aussi le nom unique du père du défunt. Rogatus qui est
répandu en Afrique ; il appartient à cette catégorie de surnoms latins traduits du
punique . On pourrait toutefois supposer que le défunt qui est citoyen romain, possède
les tria nomina et que son cognomen manquant est identique au nom de son père c'est à
dire Rogatus ? Sa dénomination complète serait L. Stiadurius Rogatus Rogati filius.
Pour essayer de dater ce document on est obligé de se limiter aux données de l'épigra-
phie. Ainsi la formule abrégée de l'invocation aux Mânes (D.M.S) et la nomenclature
du défunt L.Stiadurius incitent à situer cette stèle entre la fin du IIè siècle et le début du
IIIe siècle ap. J-C.

II - Stèle de Ain Zakkar

Les ruines de Aïn Zakkar 16 se trouvent à 2 km au nord de Aïn Bez antique Vasi
Sarra. elles occupent un éperon orienté S.E - N.O encadré au nord par la vallée de
l'oued Sejja. Le site archéologique a révélé le 4è me document abordé dans cette étude.
Il s'agit d'une stèle figurée de style numide (fig.4), elle est actuellement conservée à
l'école de Aïn Zakkar non loin des fortins byzantins.

Description

Dimensions : h. 150 cm, 1. 40 cm, ep. 25 cm


Le sommet de la stèle a disparu mais la partie conservée est en assez bon état, la face
antérieure de la pierre est sculptée selon les procédés des ateliers traditionnels. Elle pré-
sente trois registres superposés :
La partie supérieure comporte l'image d'un personnage masculin sculpté en bas

(16)
Aïn Zakkar, Carte topographique 1/50.000 Djebel Bargou. coordonné Lambert, 457°N. 303
Ouest.

25
Africa XV, Stèles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

relief à l'intérieur d'une niche peu pro-


fonde , le défunt est représenté debout de
face, la tête et le haut des bras ont disparu
avec le sommet de la pierre, il porte une
tunique courte surmontée d'un manteau
plissé retourné sur l'épaule gauche.

Le registre médian comporte une


inscription de 5 lignes , l'écriture est en
capitales allongées, les lettres sont plus
grandes dans les trois premières lignes
(5cm).

D.M.S
Q MAGN
VS FELIX.
VET. PIVS VI
XIT. AN.LXX H.S.E

Dans le registre inférieur , deux génies funèbres sont représentés d'une manière
maladroite debout côte à côte fléchissant une jambe, ils tiennent une même torche som-
mairement esquissée . Leurs visages lunaires sont envahis par d'énormes yeux rappro-
chés.

Commentaire

Par sa forme et son style figuratif, ce monument appartient à la catégorie des stèles
traditionnelles produites par les ateliers locaux. On retrouve ici les caractéristiques de
l'art figuratif local : l'image des personnages figurés est esquissée d'une façon sommai-
re sans grand souci de réalisme ; les corps et les portraits sont représentés dans une atti-
tude qui ne reflète aucune souplesse.
L'épitaphe gravée en capitales allongées, ne pose pas de problèmes de lecture :

D(iis ) M(anibus) S(acrum)/ Q(uintus) Magni/us Félix / vet(eranus) pius vi/xit an(nis)
LXX. h.(ic) s(itus) e(st).

On retrouve le formulaire habituel des épitaphes romaines, l'invocation aux Mânes


sous sa forme abrégée ( D.M.S ). Le port des tria nomina par le défunt Q. Magnius
Félix prouve qu'il s'agit d'un citoyen romain. Son gentilice Magnius 17 est attesté très
tôt en Afrique notamment à Cirta dont la romanisation s'est achevée au Ier siècle ap. J-
C. Le cognomen Félix, qui appartient à la catégorie des surnoms traduits du punique est
particulièrement répandu en Afrique.

(17)
Pour le nom Magnius, Cf. H.G. Pflaum. Scripta Varia I. 1978. p.97 et 19 : CIL VIII n° 23492 ;
G. Ch. Picard, dans Antiquités Africaines 4, 1970, p. 143.

26
Africa XV, Stèles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

Le défunt Q. Magnius Félix est un vétéran qui porte les tria nomina des citoyens
romains. A sa sortie de service, il est venu s'installer à Aïn Zakkar où se trouve sa
tombe. Peut-être était-il originaire de la région.

Par ses caractéristiques iconographiques, ce monument de Aïn Zakkar appartient à


la série de stèles de tradition numide produites par les ateliers locaux. A l'époque des
Antonins, ces ateliers ont connu, sous l'influence d'une romanisation accélérée, une
profonde mutation qui s'est achevée par l'adoption d'un style figuratif d'inspiration
romaine. Ainsi on pourrait considérer cette stèle comme appartenant à cette phase de
transition qui correspond en pays numide à la première moitié du IIe siècle ap. J-C.

III - Stèle de Aïn Mezrir

Aïn Mezir 18 se trouve à 7 km au sud-


ouest du village de Bargou, à 3 km au nord-
est de Aïn Sejja. L'oued Mezrir aujourd'hui
fortement encaissé divise le site en deux
parties Est et Ouest.

Description

Il s'agit d'une stèle figurée et épi-


graphe en assez bon état de conservation
sauf que les images des personnages figurés
ont été repeintes aux couleurs vives par le
gardien de la ferme Ben Attia où la pierre
est exposée.

Dimensions : h. 97 cm , 1. 47 cm et ep.
15cm
Sur la face antérieure, la stèle présente un
décor réparti sur trois registres superposés ,
de haut en bas, on distingue :
- Le fronton triangulaire de tradition fig. 5
punique comporte l'image de deux oiseaux
picorant dans un vase.
- Une niche rectangulaire occupe la plus grande partie du monument et renferme
l'image sculptée en bas relief d'un couple de défunts . Les personnages sont représentés
debout de face ; à droite l'homme au corps trapu et à la tête disproportionnée porte une
tunique courte qui lui arrive aux genoux, il tient un objet dans la main gauche et appuie
la main droite sur un autel placé au milieu de la niche. A gauche, la femme vêtue du
costume romain palla et stola qui lui retombe sur les pieds a la même attitude. Les por-
traits des deux personnages sont complètement faussés par la peinture.

(18)
Hr. Aïn Mezrir , Carte topographique 1 / 50.0000 , Djebel Bargou, 464° N. 308° Ouest

27
Africa XV, Stèles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

- Le troisième registre renferme un champ épigraphique disposé en deux car-


touches séparés par un trait vertical. Seul l'épitaphe se rapportant a l'homme a été gra-
vée.
DMS
STVRI MA.
IMI.F.VIX
AN.LXXV
H.S.E

Commentaire

Sur cette stèle de style figuratif romanisé, persistent encore quelques unes des
caractéristiques iconographiques de tradition africaine notamment, les corps dispropor-
tionnés, des personnages figurés, l'absence de souplesse dans leur attitude... Mais l'in-
fluence romaine apparait à travers le costume romain de la femme et le texte qu'on
développera ainsi :

D(iis) M(anibus) S(acrum)/Sturi Ma[x]/imi f(ilius ) vix(it)/ an(nis) LXXY/ h(ic) s(itus)
e(st).

Le défunt porte une onomastique et une nomenclature de type pérégrin Sturius


suivi du nom unique de son père. Maximus. Sturius n'est pas attesté en Afrique.

A la différence des autres textes funéraires, le nom du défunt est donné ici non pas
au nominatif mais au génitif, on proposera donc de lire aux dieux Mânes de Sturius ;
l'usage du génitif est très rare en Afrique19.

Par son style iconographique encore marqué par l'art traditionnel et une onomas-
tique qui atteste le statut d'un pérégrin, ce monument de Aïn Mezrir est datable du
milieu du IIe siècle ap. J-C, période de passage des stèles funéraires de tradition puni-
co-numide aux stèles figurées de style romanisé.

IV - Documents de Bouzouitina

Henchir Bouzouitina20 se trouve à l'extrémité occidentale du plateau de Bargou à


11 km au sud de Siliana, il est juché sur un éperon profondément disséqué par des val-
lons, l'oued Bouzouitina aujourd'hui fortement encaissé, a entraîné dans ses méandres
plusieurs parties du site.
Une dizaine d'hectares et trois inscriptions indiquent qu'en ce lieu s'élevait une
localité antique. Plusieurs stèles provenant du site sont remployées par les paysans dans
les murs de leurs maisons.

(19)
Sur l'emploi du génitif, Cf J.M. Lassère. Recherches sur la chronologie des éphaphes païennes de
l'Africa article paru dans Antiquités Africaines, 7, 1973. p. - Z. Ben Abdallah, Catalogue des inscriptions
latines Païennes du Musée du Bardo, Rome 1986, p. 38.
(20)
A.A.T, au 1/100.000, fig. XXX, Maktar

28
Africa XV, Stèles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

Il s'agit de simples pierres tombales en calcaire gris dépourvues de décor figuré et


portant des inscriptions latines dont les trois suivantes :

1 - Stèle épigraphe sans décor

Elle est légèrement arrondie au sommet et présentant un double fronton (fig.6).

Description

Dimensions : h. 105 cm, 1. 54 cm, ep. 7 cm


Elle présente, sur sa face antérieure deux inscriptions gravées en capitales allongées
l'une à côté de l'autre et séparées par un trait vertical.
On lit :

D MS DM S
A C R O N MCANI
T I A B ER NIVSBA
EGGALV RIHVIXA
IXANNIS NNISLXVIII
L VIII HSE
H S E

Commentaire

Cette stèle signalait la sépulture d'un


couple de défunts comme l'indique claire-
ment le texte des deux épitaphes gravées
sur le monument qu'on dévelopera ainsi :

D ( iis ) M ( anibus ) s ( acrum ) / Acrontia


Ber/eggal v /ix (it) annis / LVIII / h (ic) s
(ita) e (st)

D (iis ) M ( anibus ) s ( acrum )M ( arcus


)Cam/nius Ba/rih vix(it) a/nnis LXVIII / h
(ic) s(itus) e(st)

C'est la dénomination de la femme qui


retiendra l'attention en premier ; elle com-
porte le nom Acrontia qui est attesté pour la
1ère fois en Afrique et le surnom Bereggal
qui semble appartenir à l'onomastique afri-
caine très probablement lybique21 .

(21)
Beregga, n'est pas attesté sous cette forme mais on rencontre la variante Bereggis, attesté à limisa, Cf.
G. Camps « liste onomastique lybique d'après les sources latines « dans Reppal VII-VIII, 1992, 1993,
p. 48-49.

29
Africa XV, Stèles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

En examinant la structure de ce nom, on ne peut s'empêcher de faire le rapproche- ment


avec le nom de la montagne qui domine la région , Bargou, qui est sans doute un toponyme
ancien mais non encore attesté dans les sources.

Quant à son compagnon M. Caninius Barih, on remarque qu'il porte les tria nomi- na
des citoyens romains. Son gentilice italien Caninius est bien attesté en Afrique22
notamment à Henchir Ghayada23 près de Zama où les Caninii sont l'une des familles les plus
en vue comme l'atteste leur mausolée encore debout.

Cependant, il faut remarquer que le surnom Barih n'est pas italien, il appartient à
l'onomastique africaine, plus particulièrement punique24.
On fera remarquer aussi que la mention de ce cognomen d'origine africaine dans une
nomenclature romaine trahit la promotion juridique récente d'un ex-pérégrin.

Le formulaire abrégé de l'invocation aux Mânes et la promotion juridique récente du


défunt qui a gardé son nom africain comme cognomen incitent à dater cette stèle de la fin
du IIe ou du début du IIIe s. ap. J-C., période marquée par une nette accélération de la
romanisation.

2 - Stèle rectangulaire sans décor figurée

Elle est remployée dans le mur d'une maison paysanne (fig. 7 ).

Description

Dimensions : h. 80 cm, 1. 48 cm, ep. 18 cm.


Elle présente deux inscriptions gravées l'une au dessus de l'autre en capitales allon- -
gées : h. 1 : 4 cm.
D M S
S A T V R N I
N V S P A E T I
V A L X V I H S E

D M S
L I C I N I A
A V R I O L A
V A L X V
H S E

(22)
Caninius, est attesté très tôt en Afrique ( Cirta ), Cf. Pflaum, dans Scripta Varia II, Paris 1978, p.
164.
(23)
A.A.T., au 1/100.000, fig. XXX, Maktar
(24)
Barih, pourrait être une graphie fautive de Baric attesté à Mactar.

30
Africa XV, Stèles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

Developpement :

D( iis ) M( anibus ) s( acrum )/ Saturni/nus


Paeti/ [ filius] v(ixit ) a( nnis ) LXVI h(ic)
s( itus ) e( st ).

D( iis ) M( anibus ) s( acrum )/ Licinia /


Auriola / v( ixit ) a( nnis ) LXV / h( ic ) s(
ita)
e( st )

Commentaire

Cette stèle épigraphe sans décor signa-


lait la tombe d'un couple de défunts de sta-
tuts juridiques différents comme le montre
leur onomastique.
L'homme est un pérégrin, il porte un nom
unique Saturninus suivi du nom unique de
son père, Paetus qui est déjà attesté en
Afrique à Cirta 25 ; par contre, la dénomi- fig. 7
nation de la femme indique qu'il s'agit
d'une citoyenne romaine ; elle porte en effet une nomenclature italienne, le gentilice
Licinia 26 est attesté en Afrique tandis que le surnom Auriola 27 ne l'est pas encore.

Nous sommes donc en présence d'une union entre un africain qui n'a pas encore
obtenu le statut de quirite et une citoyenne romaine. Ce type de mariage devrait sans
doute s'expliquer comme pour le document n°l de Aïn Jannet par l'application du droit
latin provincial.

3 - Stèle calcaire épigraphe

Elle est également remployée dans une maison paysanne de Bouzouitina.

Description

Elle est brisée en haut et en bas.


Les dimensions restantes : h. 45 cm, 1. 30 cm, ep. 18 cm.
La face antérieure, ornée au sommet d'un croissant de lune, les pointes tournées vers le
haut, porte une épitaphe en capitales allongées ( h. 1. 5 cm ).

(25)
Pour le surnom Paetus, H.G. Pflaum, dans Scripta Varia I, Paris 1978, p. 164
(26)
Pour le nom Licinia, CIL VIII, 682, 683 , 23420 ; Cf. A. M'Charek « Aspects .........» p. 79 et 206
(27)
pour le nom Auriola, Cf.H. Solin et O. Salomnies, Repertorium nominum, gentilicum et cognomi-
num. latinorum, p. 290.

31
Africa XV, Stèles et reliefs inédits de Bargou Fethia M’charek-Bourghida

DMS
NONIA
RVFINA
PIA
VALXX
H.S.E

Commentaire

Cette simple pierre tombale a été


taillée d'une manière frustre pour recevoir
l'épitaphe d'une femme :

D( iis ) M( anibus ) s( acrum ) / Nonia /


Rufina / pia / v( ixit ) a( nnis ) LXX / h( ic)
s( ita) e( st ).

La défunte porte une nomenclature


romaine composée du gentilice Nonius/a
déjà attesté en Afrique28 et du cognomen
Rufinius/a particulièrement répandu en
Afrique et dans l'Empire29.

La formule abrégée d'invocation au


Mânes ( DMS ) et l'indication de l'âge en
années incitent à situer cette épitaphe au
IIe ou au IIIe siècle ap. J-C. fig. 8

V - Documents de Henchir Sehili

Les deux derniers documents inédits de notre série proviennent d'une localité
antique identifiée, SARADI : Henchir Sehili30 qui est située immédiatement au nord de
Jebel Bargou .
Il s’agit d' une stèle figurée épigraphe et d'un cippe-autel relatif au culte de Cérès.

1 - Une stèle calcaire figurée

Longtemps conservée dans la ferme Ben Othmen, située à proximité du site, ce


document est aujourd'hui perdu. Avant sa disparition, la stèle était dans un assez bon
état de conservation malgré une cassure sur la bordure de la niche.

(28)
Pour Nonia, CL CIL VIII, 25836 : H.G. Pflaum, dans Scripta Varia I , p . 196 et 325.
(29)
Pour Rufina, Cf. CIL VIII, 23433 ; G. Ch. Picard, dans Antiquités Africaine, 4, 1970, p.13
(30)
A.A.T au 1/100.000 , Zama, XXV, 229.

32
Africa XV, Steles
les et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

Description

Dimensions : h. 130 cm, 1. 46 cm, ep. 23 cm


La face antérieure
érieure de la stèle présente un décor réparti sur trois registres superposés.
On distingue de haut en bas :
- Un fronton triangulaire orné
orné d'une couronne végétale circulaire formée de fleurs
(de lotus?).
- Une niche occupant la partie centrale est réservée
r à l'image sculptée en bas relief
du défunt, il est représenté debout de face, vêtu d'un costume romain plissé (toge).
Malheureusement l'état abîmé de la tête du personnage ne permet pas de distinguer les
traits du visage.
- Un registre inférieur
érieur comportant une
une épitaphe gravée en capitales régulières .

D.M.S
S...NVS FAVSTI QVINTI
VE..RI FILIVS PIVS VIXIT
ANNIS LXII H.S.E

Commentaire

Cette stèle
èle est travaillée dans le même
style figuratif romain évolué que les stèles
de Hr Aïn Jannet qui se trouve à deux km
seulement de Saradi. On retrouve le fronton
triangulaire décoré de la couronne végétale
, l'image sculptée en bas relief du défunt à
l'intérieur d'une niche. Le personnage est
représenté dans une attitude souple et réa-
liste, le corps bien proportionné est drapé
dans un costume romain .
Pour l'épitaphe, on proposera la lecture
suivante :

D(iis) M(anibus) S(acrum)/


S[atia]nus?Fausti Quinti Ve[tu]ri ? filius
pius vixit / annis LXII h(ic s(itus) e(st).

Le texte de l'épitaphe
épitaphe révèle d'abord fig. 9
le nom du défunt, Satianus31 qui
n'est pasencore attesté en Afrique. Ce nom
unique est suivi de la nomenclature du père
p ère qui porte les tria nomina des citoyens
romains, on lit : Fausti Quinti Veturi filius. On constate que ces trois nom romains

(31)
Pour Satianus, cognomen attesté
attest en Dalmatie, Cf. H. Solin et O. Salomnies . Repertorium nominum
gentilicum et cognomicum latinorum. p. 397.

33
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

figurent dans l'inscription dans le désordre ; on devrait avoir Quinti Veturi Fausti filius,
Quintus serait le prénom. Veturus32, le gentilice, il est déjà attesté en Afrique et
Faustus33, cognomen.

Ainsi les noms du défunt et de son père sont donnés selon un ordre étranger aux règles
onomastiques romaines ; ce n'est pas le défunt qui porte les tria nomina mais son père.
On peut supposer donc qu'il s'agit du fils d'un citoyen romain appartenant à une famille
fraîchement romanisée dans un milieu où les règles de l'onomastique romaine ne sont
pas encore assimilées. On peut supposer aussi que le défunt est citoyen romain comme
l'est à non pas douter son père, à moins que dans une deuxième hypothèse, le défunt soit
encore pérégrin malgré l'obtention par son père de la citoyenneté romaine à titre indivi-
duel. Cette promotion est-elle en rapport avec l'application du droit latin provincial ?

2 - Un cippe-autel d'une prêtresse de Cérès

Conservé durant plusieurs années dans la ferme Ben Othman sise à quelques km à
l'est du village de Bargou, il a disparu en 1995. Ce monument en pierre calcaire gris est
brisé dans sa partie inférieure, on a perdu
le bas des deux faces montrant chacune
l'image d'un personnage sculpté en haut
relief. Par chance, un fragment de
l'élément brisé a été retrouvé par un paysan
et permet de restituer le décor de la troisiè
me face dans sa totalité.

fig. 10

(32)
PourVeturius, CIL VIII. n° 1296, 14798 el 25046 ( Sextus Veturius/Veteranus Alae Silianac /
Vixit annis XX H.S.E.).
(33)
Pour Faustus,Cf. CIL VIII, n°23447, 23400, 23450.

34
Africa XV, Steles
les et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

Description

Dimensions : h. restante 108 cm, 1. 55


cm. ep. 43 cm
Le cippe présente
ésente trois faces sculptées
en haut relief :
Sur la face principale ( fig.10a
fig. )
figure l'image d'une femme debout de
face à l'intérieur d'une niche flanquée
de deux colonnes torsadées coiffées de
chapiteaux corinthiens ; elle porte une
tunique ample surmontée ntée d'un manteau
à manches courtes arrondi sur les bords,
fortement plissé et retenu au niveau de la
poitrine par une fibule en forme de rosa-
rosa
ce. Les deux bras sont cassés au niveau
des coudes, la tête est en partie mutilée,
les traits du visage sont indistincts à part
deux yeux en amande et des sourcils
bien dessinés. La coiffure est recher-
recher
chée, les cheveux sont tressés et tirés
en arrière pour former deux auréoles
couvrant les oreilles. De part et d'autre
de la tête, deux rosaces
osaces à cinq pétales
sont soigneusement sculptées , et tout à
fait en haut de la niche, une grosse guir-
guir
lande végétale est disposée horizontale-
horizontale
ment au dessus de l'image de la défunte.

Sur la face latérale


érale gauche (fig.10b),
(fig.
un autre personnage féminin est repré-
senté debout de face à l'intérieur d'une
niche flanquée de colonnes et portant sur
la tête une corbeille copieusement garnie
de fruits. Cette canistraria ou porteuse de
corbeille est vêtue d'une tunique ample,
fortement plissée et retenue à la taille
tail par
une ceinture dissimulée sous l'apoptyg-
l'apoptyg
ma. La corbeille est recouverte d'une
pièce d'étoffe pendante sur les côtés dont
les extrémités sont tenus par la canistra-
canistra
ria aux mains levés vers le haut.

La face latérale droite (fig.10c


(fig. ) présente un décor constitué de deux candélabres
allumés formés chacun d'une série de cornets emboîtés
emboîtés disposés verticalement . On doit

35
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

rappeler là aussi que ces flambeaux repré-


sentent des attributs de Cérès.

Vu l'état fragmentaire de la partie infé-


rieure du cippe, on ne peut plus savoir si
d'autres registres ont pu exister au dessous
du décor conservé ; on peut rappeler toute-
fois que nombre de monuments de ce genre
trouvés dans les régions voisines présentent
un décor distribué sur plus d'un registre34.
Sur ce cippe de Saradi, des symboles et des
attributs identiques communs aux monu-
ments du culte de Cérès retiennent notre
attention.
- Les rosaces à cinq pétales, sculptées
de part et d'autres de la tête de la pré tresse fig. 10c
constituent des symboles astraux de Cérès
déesse à mystères qui préside aux travaux agricoles.
- La guirlande végétale, présentée sur la face principale au dessus de l'image de la
prêtresse, constitue selon G.Ch. Picard un élément essentiel du décor funéraire des
monuments de type romain, elle évoquerait la cérémonie des Rosalia35 . On la retrouve sur
nombre de monuments des régions voisines en particulier à Mactar36 . La présence de
cette guirlande est elle suffisante pour nous autoriser à considérer le cippe de Saradi
comme un monument funéraire ? Nous ne pouvons l'affirmer avec certitude faute
d'épitaphe.
- La Canistraria ou porteuse de corbeille remplie de fruits est un élément essentiel
dans le décor figuré relatif aux Cérérès.
On retrouve cette scè ne qui illustre le rôle de Cérès en tant que déesse productrice et
nourricière sur plusieurs monuments provenants de cités voisines comme Sucubi,
(Henchir Brighitha)37 et Galès (Henchir Kharrouba)38.

L'ensemble de ces attributs et symboles divins nous autorisent à identifier ce


monument de Saradi comme l'autel d'une prêtresse de Cérès. Les caractéristiques ico-
nographiques de la Canistraria confirment cette identification.
On ne peut toutefois préciser la fonction réelle du monument étudié car le décor
sculpté pourrait convenir tout aussi bien a une fonction votive qu'à une fonction funé-
raire ; n'oublions pas enfin que l'état fragmentaire du monument incite à la prudence.

(34)
Cf. A. Drine, Thé se IIIe cycle soutenue à l'Université de Paris IV, « Les Cérérès en Afrique du
Nord», p. 220 pl. XXIX « Cippe inédit de Mactar»
(35)
Sur les Rosalia . Cf. G. Ch. Picard, dans Antiquités Africaines 4, 1970 p. 132
(36)
Le Cippe de Beccut, G. Ch. Picard, idem, p. 143 à 146.
(37)
AAT, f. 34, Bou Arada, n°102. Sur le cippe de Cérès Cf. Cl. Poinssot, «Suo et Sucubi» dans
Karthago X, p. 107, pl. II.
(38)
AAT f.II. Jbibèna, n°17, .Sur le cippe de Galès Cf. G. Ch. Picard, Les Religions de l'Afrique
Antique, 1954, p. 188.

36
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

L'iconographie des personnages représentés permet de situer chronologiquement


ce cippe inédit de Saradi dans la période de profonde romanisation qui correspond,
dans la région traversée par la Fossa Regia aux IIe et IIIe siècles ap. J-C ; nous savons que
dans la région voisine de Mactaris le cippe-autel figuré a remplacé la stèle funérai-
re sculptée sous le règne des Sévères (193-235 ap. J-C.)39.

Tableau récapitulatif des défunts et leur statut juridique

Statuts Juridiques N° d'inventaire Nomenclature Total

N1 Aemilia D.F.
Aprulla.

N2 P. Iulius Sabinus
Maximinus.
N3 L. Stiadurius Rogati
filius.
Citoyens Romains N9 Sa (tia)nus Fausti 8 personnages
Quinti Veturi Filius (4 hommes et 4
(Q. Veturi Fausti f) femmes)

N4 Q. Magnius Félix)

N6 Acrontia Beregga et
M. Caninius Barih
N7 Licinia Auriola
N8 Nonia Rufina

Pérégrins N1 Nabor Félix


Balsillecis Maraxae

N5 Sturi Maximi
f(ilius)
3 hommes
N7 Sturninus Paeti
f(ilius)

(39)
Sur révolution chronologique des monuments funéraires Cf. J.M. Lassère, «Recherches sur la
chronologie des épitaphes païenne de l'Africa», dans Antiquités Africaines 7, 1973 p. et pour Mactar,
Cf.A. M'Charek, Aspects de l'évolution démographique et sociale à Mactaris aux IIe et IIIe siècles, pp.
82-83-84.

37
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

Tableau récapitulatif Général

N° Monuments Critères Datation


d'inventaire et Epitaphes Chronologiques proposée
Provenance

N1 Stèle figurée - DMS Aemilia - Invocation abrégée


épigraphe de D.F Aprulla pia - Filiation indiquée
Hr. Aïn Jannet vixit annis - Age en année et mois Fin du IIème
(Bargou) LXXXXLII, M - Nom inique siècle ap. J-C
Signalant un II, HSE. - Filiation africaine allant
couple de jusqu'à la 4éme génération
défunt. -DMS,Nabor - Nomenclature africaine
Felicis
Balsillecis
Maraxae pius
vixit annis
LXXXX, HSE

N2 Stèle figurée DMS, P. Iulius - Invocation abrégée


épigraphe de Sabinus - Tria nomina
Hr. Aïn Jannet Maximinus - 2 Cognomina IIIème siècle
1 seul défunt vixit A. Men III - Age en années, mois et ap. J-C
Horas IIII heures.
Caement (arius) - Métier du défunt
HSE
N3 Stèle épigraphe D.M.S.L. - Invocation abrégée Fin du IIème
a perdu son Stiadurius - duo nomina : prénom + début du IIIème
décor Hr. Aïn Rogatus f(ilius) gentilice siècle ap. J-C.
Jannet 1 Défunt pius vix. an. - Présence de filiation
LXX, HSE - Nom unique du père
traduit du punique
N4 Stèle figurée DMS - Invocation abrégée 1ère moitié du
épigraphe de Q Magnius - Tria nomina IIème siècle ap.
style africain Felix, Vet pius, - Qualité de Vétéran J-C.
provient de Hr. vixit an. LXX - Cognomen traduit du
Aïn Zakkar HSE punique.
Bargou

N5 Stèle de Hr. DMS - Invocation abrégée


Aïn Mezrir Sturi Maximi f. - Nom unique du défunt au Milieu du
signalant un Vix. ann. génitif. IIème siècle ap.
couple de LXXV, HSE - Filiation avec nom unique J-C.
défunt mais une du père.
seule épitaphe

38
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

Deux épitaphes
N6 Stèle épigraphe - Invocation abrégée
sans décor au 1-DMS. - Cognomen africain de la Fin du IIème
sommet arrondi Acrontia femme. milieu du
provenant de Bereggae - Tria nomina et IIIème siècle
Hr. Bouzouitina l(iberta) vix. - Cognomen africain pour ap. J-C.
Siliana annis, LVIII l'homme.
signalant un HSE
couple de 2- DMS. M.
défunt. Caninius Barih
vix. annis
LXVIII HSE

N7 Stèle épigraphe Deux épitaphes - Invocation abrégée


sans décor de 1-DMS, - Nom unique africain du Fin du IIème
forme Saturninus défunt milieu du
Rectangulaire Paeti (Filius) - Indication de la filiation IIIème siècle
Hr. Bouzouitina v.a. LXVI - 1 seul nom pour le père. ap. J-C.
1 couple de 2- DMS, - Formulaire simple pour la
défunt Licinia Auriola femme.
v.a LXV HSE

N8 Stèle épigraphe DMS - Invocation abrégée Fin du IIème


sans décor de Nonia Rufina - Formulaire simple milieu du IIème
forme pia v.a. XX siècle ap. J-C.
rectangulaire de HSE
Hr Bouzouitina
une défunte

N9 Stèle figuré DMS - Invocation abrégée Fin du IIème


épigraphe de S(atia) nus - Nom unique du défunt début du IIIème
Saradi (Hr. Fausti Quinti - Filiation indiquée siècle ap. J-C
Shili) Bargou ve(tu) ri filius - Tria nomina du père
1 seul défunt pius vixit annis
LXII. HSE

N 10 Un cippe autel Critères iconographiques Début du


sculpté sur trois Néant IIIème siècle
faces sans ap. J-C.
inscriptions

L'examen de ces tableaux récapitulatifs nous permet de formuler les remarques


relatives aux points suivants :
1 - la chronologie : Les monuments de cette série couvrent la période qui corres-
pond aux IIe et IIIe s. apre s J-C avec une majorité de monuments datables de la fin du IIe
s. et du début du IIIe siècle ap. J-C.( six documents sur dix les n°l,3,4,7,8,9 ) ; rien
d'étonnant à cela car ces documents correspondent à des monuments épigraphes avec ou
sans décor qui signalaient les tombes de pérégrins récemment romanisés, et nous savons
que la fin du règne des Antonins et le règne des Sévères correspondent à une phase
d'accélération dans le processus de romanisation en Afrique.
39
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

2 - Les aspects de la romanisation décelables à partir de ces documents, relèvent


essentiellement du style figuratif, de l'onomastique et du statut juridique des défunts.
a - le style figuratif :

Sur les dix monuments inventoriés dans ces tableaux, un seul est travaillé dans le
style africain, punico-numide (pl.4). On y retrouve les caractéristiques de l'art représen-
tatif local, relief plat, frontalité et portraits stéréotypés des personnages. Cet art local va
connaître, au courant du IIe siècle ap. J-C, une profonde mutation qui mènera à l'appa-
rition d'un nouveau style figuratif , un style d'inspiration romaine que nous trouvons sur
six des monuments inventoriés dans ces tableaux, 5 stèles ( pl. 1,2.3,5.9 ) et un cippel
autel ( pl. 10 ).

Ce style figuratif romanisé se caractérise par un décor sculpté soigné, des portraits
traités d'une manière réaliste, des costumes empruntés aux romains ( toga pour les
hommes et palla et stola pour les femmes ) et des éléments de décor caractéristiques de la
tradition romaine tel que la guirlande végétale , l'autel , les rosaces ....

b - L'onomastique :

Les textes latins fournis par ces monuments funéraires de Bargou donnent les noms
de onze défunts. Parmi ces derniers, huit portent des gentilices italiens : Iulius, Veturius,
Magnius, Stiadurius, Aemilia, Acrontia, Licinia, Nonia. Sur ces gentilices deux sont jus-
qu'ici inconnus en Afrique : Stiadurius ( doc. 3 ) et Acrontia ( doc. 6 ).

Les trois autres défunts sont mentionnés dans les épitaphes avec un nom unique
suivi du nom unique du père au génitif Nabor Felicis,( doc. 1), Sturius Maximi Filius ,
(doc.5) et Saturninus Paeti Filius, (doc.7).

L'examen onomastique de ces documents révèle également la survivance des tradi-


tions locales lybiques ou puniques illustrée en particulier par un bon nombre de
cogno-mina latins qui sont soit des noms numides comme Barih et Beregga (doc.6)
soit de simples traductions du punique comme Rogatus (doc.3) Félix (doc.4)) et
Fautus (doc.9).

Ce qui autorise à penser que ces personnages qui n'ont pas abandonné entièrement
leur nomenclature traditionnelle, sont des néo-romains fraîchement convertis.

Ainsi on pourrait, grâce à cet examen de l'onomastique, déterminer le statut juri-


dique de ces personnages.

c - Le statut juridique

Parmi les personnages recensés dans ces tableaux, huit ont une nomenclature
romaine ; ils sont porteurs de gentilices, de duo nomina ou de tria nomina ; ils sont donc
citoyens romains.

40
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

Parmi ces derniers on relève quatre porteurs de tria nomina P. Iulius Sabinus
Maximinus qui a deux cognomina (doc.2) , Q. Magnius Felix (doc.4), M. Caninius
Barih (doc.6) et Q. Veturus Faustus (doc.9).
Un autre personnage mentionné porte seulement un prénom et un gentilice et n'a
pas de cognomen L. Stiadurius (doc.3).

Souvent le cognomen est un nom africain, Félix (doc.4), Beregga , Barih (doc6),
Faustus (doc.9), le port d'un cognomen ainsi puisé dans le fond autochtone punique ou
numide, permet de constater qu'il s'agit de citoyens fraîchement convertis.

Les autres personnages mentionnés dans les épitaphes n'ont pas encore obtenu la
citoyenneté romaine, leur nomenclature atteste leur statut juridique de pérégrins ; ils
portent un nom unique suivi du nom unique de leur père : Nabor Felicis (doc.9),
Balsillecis Maraxae ( doc.1), Sturius Maximi Filius (doc.5), Saturninus Paeti Filius
(doc.7).

Ainsi la romanisation de l'onomastique et de la nomenclature est à mettre en rap-


port avec la promotion juridique des individus. Celle-ci peut se faire directement ou par
étape ; directement par l'accession au droit romain et progressivement par l'obtention
d'abord du droit latin 40.

Deux épitaphes au moins peuvent être versées au dossier de l'application du droit


latin provincial en Afrique ; dans ces deux cas on a une union entre un pérégrin et une
citoyenne romaine ( Nabor Felicis Balsillecis Maraxae avec Aemilia D.F. Aprulla
(doc. 1 ) et Saturninus Paeti filius avec Licinia Auriola (doc.7).

En effet, les communautés jouissant du droit latin provincial obtiennent seulement


la promotion de leurs notables à la cité romaine ( magistrats ou même décurions dans le
cas du droit latin majeur ) mais aussi, pour le reste de leurs citoyens, un certain nombre
de droits civiques dont le conubium. Ce dernier est le droit d'intermariage entre des
bénéficiaires du droit latin et des citoyennes romaines ou vice-versa. Les enfants nés de
ce genre de mariage sont reconnus comme citoyens romains.

3 - Le rang social

Comme le montre l'exemple bien étudié de Mactaris41. les stèles figurées de cette
région de Bargou signalent les tombes de notables qui appartiennent à la couche aisée
de leurs cités, cependant d'autres catégories sociales plus modestes comme le caementa-
rius, P. Iulius Sabinus ( doc 2 ) et le Veteranus, Q. Magnius Félix ( doc 4 ) ont reçu éga-
lement des monuments funéraires comparables à ceux des élites locales de ces petites
cités. Cela montre peut être que les écarts sociaux n'étaient pas très importants dans ces
cités. D'un autre côté , il y a les stèles sans décor qui signalent les tombes de cinq per-

(40)
Cf. F. Jacques et J. Scheid, Rome et l'intégration de l'Empire. Paris , 1990.
(41)
Cf. A. M'charek, Aspects de l'évolution démographique et sociale à Mactaris.

41
Africa XV, Steles et reliefs inédits de Bargou Fethia M'charek-Bourghida

sonnages mentionnés dans nos tableaux (deux couples et une femmes, épitaphes 6, 7,
8). Ces monuments sont de simples pierres tombales taillées d'une manière frustre pour
recevoir les épitaphes de personnes de condition sociale apparemment modeste.

CONCLUSION

Ces documents de la région de Bargou s'avèrent d'un grand intérêt pour l'étude de
la romanisation des Africains ; cet intérêt est accru par la découverte du cippe autel de la
prétresse de Cérès à Saradi.

Ce cippe inédit de Saradi vient enrichir la liste des monuments relatifs aux Cérès,
recensés en Afrique. La plupart des endroits qui ont livré ces monuments sont des
régions fertiles en l'occurrence céréalières où le culte s'est considérablement propagé à
l'époque romaine à partir du IIe siècle après J-C. Ce culte de Cérès parait lié à l'impor-
tance de l'agriculture chez les Africains et à leur attachement à la terre, source de vie et
de richesse.
Le cippe de Saradi offre une belle illustration de la romanisation des croyances et de
l'art figuratif traditionnel.

Tous ces documents doivent être versés dans une série plus large afin d'envisager
une exploitation plus approfondie.

42
LES NÉRÉÏDES
ÏDES SUR UNE MOSAÏQUE TARDIVE
DE LA RÉGION DE SIDI ALI BEN AOUN
(Centre-Ouest de la Tunisie)*

Fathi Bejaoui

Les campagnes de prospections effectuées


effectuées ces dernières années dans la Tunisie du
centre-ouest
ouest et plus précisément sur un territoire situé au sud de Sbeïtla (l'antique
Sufetula) et au nord de Gafsa (l'antique Capsa), ont permis la découverte de nombreux
sites ruraux très peu éloignés les uns des autres, avec parfois seulement six à sept kilo-
mètres de distance1. Ces sites sont le plus souvent occupés de nos jours par une ou deux
familles de paysans qui s'adonnent à la culture de l'olivier comme probablement ce fut
le cas dans l'antiquité. En effet, la présence de pressoirs à huile parmi les vestiges
retrouvés est quasi-systéma
systéma-
tique, avec souvent
souven des
fours de céramique, de
petits thermes ou une petite
église.
lise. C'est le cas de Bir el
Hfay 2, de Henchir Snab3.
ou Sidi Ali ben Aoun4.
Quant à l'habitat, rares sont
les fois où l'identification a
été possible et très peu de
maisons ont été fouillées ou
mises au jour ces dernières
derni
fig. 1 : Le site d’El Ouara (vus générale).
générale)

(* ) Une partie de cet article figure dans «La femme tunisienne à travers les âges» éd. 1NP/1997.
(1)
La grande partie du territoire en question fait partie du gouvernorat de Sidi Bouzid.
(2)
Pour ce site F. Bejaoui, Nouvelles découvertes
découvertes dans la région de Sidi Bouzid, dans Bulletin des tra-
vaux de l'Institut National d'Archéologie et d'Art,
d'A Tunis. 1989.. 115 et ss.
(3)
Id.
(4)
Id. Une nouvelle découverte
écouverte d'époque chrétienne en Tunisie, dans l’Africa
Africa Romana, VIII. 1991.
p. 299 et ss.

43
Africa XV, Les néréïdes
des sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun Fathi Bejaoui

années. Parmi celles-ci,


ci, il en est une qui vient d'être en partie dégagée au lieu dit
Henchir el Ouara à quelques kilomètres du mausolée de Sidi Ali ben Aoun. marabout
célèbre dans la région5 , c'est aussi dans les environs que fut découverte et fouillée une
église rurale en 199l6 ; et c'est également dans le même secteur que se trouve un autre
a
site connu pour ses mausolées et ses nombreux fours de céramique sigillée : Sidi Yaïch7.

De cet habitat, il s'agit d'une maison, une seule pièce


pièce a pu être fouillée au cours de
l'automne 1996. Elle est de type rectangulaire et fait environ 6m de long sur 4.65m de
large. L'entrée (1.90m environ) a été aménagée sur le petit mur du côté nord-est,
nord mais il
semblerait que ce passage ait été bouché ; aussi, une autre ouverture, plus petite celle-là,
celle
a été percée dans l'angle sud-ouest
sud ouest du mur opposé. C'est d'ailleurs sur ce même côté
qu'a été aménagé un petit bassin8.

La mosaïque

Le sol de cette pièce


èce est entièrement
entièrement recouvert d'une mosaïque avec un panneau
central (long de 4m et large d'environ 2m) entouré d'une double bordure décorée de
divers motifs géométriques et floraux :

fig.2 : Vue générale


g de la salle mosaïquée.

(5)
Ce site, qui couvre environ 3 ha fait partie de la délégation de Sidi Ali Ben Aoun. Les vestiges encore
visibles sont ceux d'un pressoir à huile, d'une petite église dont une partie de la colonnade est en place,
d'une quantité non négligeable de céramique et de briques brûlées (four ?).
(6)
Voir note 4.
(7)
Pour ce site et surtout ses nombreux fours de céramique
céramique : R. Gagnât. Communication, dans Bulletin du
comité des travaux historiques, 1888, p. 473. E. Marianne Stern, Note analytique sur les tessons de sigillée
claire D ramassés à Henchir Essrira et à Sidi Aïch, dans Bulletin Antieke Beschaving. XLIII, 1968, p. 146
et ss. Ces ateliers ont fait l'objet d'une recherche (C.A.R.) M. Nasr, Recherches sur la céramique
rouge-orange
orange dans la région de Gafsa à l'époque romaine : l'atelier de Sidi Aïch. Université de Tunis,
1992 (sous la direction de M. Khanoussi).
(8)
L'état
état de conservation du mur sud et l'épaisseur des remblais n'ont pas permis de vérifier l'existence
d'une autre ouverture dans ce mur.

44
Africa XV, Les néréïdes
des sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun
A Fathi Bejaoui

des rinceaux d'acanthes portant des fruits et des fleurs, un quadrillage de carrés
carr posés
sur la pointe traité en câble, des cercles sécants déterminant des quatre-feuilles
quatre en sau-
toirs....

Quant au panneau central, il est lisible dans le sens de la longueur et représente une
scène marine avec trois néréides chevauchant des monstres marins, ainsi que des
pêcheurs dans une barque.. Mais on y constate également un remplissage systématique
par une faune marine très variée, qu'on retrouve non seulement autour des néréides et
des pêcheurs mais aussi sur environ le tiers du panneau où elle est la seule à être repré-
repré
sentée. On reconnaît des sèches, des poulpes, divers types de coquillage, des dauphins
en plus de celui que chevauche l'une des trois néréïdes.

Les néréïdes
des et les pêcheurs

Les trois néréïdes


éréïdes chevauchant les monstres marins et la barque avec les pêcheurs
sont représentées sur la partie droite du panneau. Les contours des personnages sont
indiqués par des cubes rouges, alors que ceux du reste des figures sont
so au contraire en
9
cubes noirs .

fig.3 : La Néréïde
N chevauchant le cerf.

La première
ère néréïde, placée à l'angle supérieur droit du panneau, est bras ouverts,
tête de face et corps en position de trois quarts. Elle chevauche un monstre marin dont
l'avant corps est celui d'un cerf qu'elle semble tenir de la main droite par les cornes. Sa
chevelure est en côtes de melon, un collier de perles entoure le front ainsi que le cou.
Elle porte aux oreilles des pendentifs en forme de croix de couleur jaune ainsi
a que deux
bracelets autour de chaque bras. On remarquera que les détails de la physionomie
(bouche, nez. creux du menton...) sont indiqués par des traits de couleur rouge-brun.
rouge
Cette technique sera utilisée pour tous les personnages.

(9)
Il semblerait que la convention tardive selon laquelle les corps soient cernés
cernés par un filet de couleur
foncé : noir pour les animaux et rouge pour les personnages, cette convention serait respectée : voir par
exemple : N. Jeddi, Une mosaïque inédite d'Ouled Hafouz (Tunisie), dans IVe colloque international pour
l'étude de la mosaïque gréco-romaine.
romaine. Trêves 1984 -(Paris 1994), p. 277.

45
Africa XV, Les néréïdes
des sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun Fathi Bejaoui

fig.4 : La deuxième Néréïde.

La deuxième
ème néréïde, placée sous la précédente, à l'angle inférieur droit du pan-
pan
neau est figurée sur un monstre marin, sans être exactement à califourchon, puisque la
jambe droite est entièrement visible avec le pied posé (?) sur le cou de l'animal. L'avant
corps de celui-cici prend, cette fois la forme d'un bœuf. Cette néréïde tient des
de deux
mains une écharpe lui passant sur la tête. Sa longue chevelure est indiquée par des
lignes noires et rouge-ocre
ocre avec autour de son chignon, un collier de perles.

fig.5 : La Néréïde sur le dauphin.


Quant à la troisième et dernière néréïde, placée à gauche de la précédente, elle
chevauche un long dauphin dont elle tient l'un des «ailerons» de la main droite. La main
gauche, quant à elle, tient un poisson. Sa physionomie la rapproche de la deuxième néréïde
surtout pour la manière d'indiquer la chevelure, mais elle s'en distingue par les

46
Africa XV, Les néréïdes sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun Fathi Bejaoui

bracelets indiqués par des cubes dorés, qu'elle porte autour des bras de la même maniè-
re que la première néréïde.

fig.6 : La barque avec les trois pêcheurs.

Le deuxième groupe de personnage, placé à la partie supérieure du panneau sur-


montant la troisième néréïde, est composé de trois personnages figurés à l'intérieur
d'une barque de couleur jaunâtre avec une proue en forme de croix et une poupe légère-
ment arrondie et retournée vers l'intérieur.; Une seule rame est indiquée avec une extré-
mité rectangulaire. Deux des trois pêcheurs sont assis, le troisième, au milieu, est repré-
senté debout (?). Ils ont tous le même type de visage juvénile avec une épaisse chevelu-
re leur couvrant le haut de la nuque. Ce sont plutôt leur mode vestimentaire et leur atti-
tude qui diffèrent ; le premier à l'avant de l'embarcation, torse nu, lève la main droite, la
main gauche le long du corps, le second, au milieu, légèrement courbé, tire la corde
d'un filet rempli de poissons. La manière de le représenter est assez fantaisiste puis-
qu'on voit entièrement ses membres inférieurs alors qu'il sont censés être, du moins en
partie, à l'intérieur de la barque. Contrairement à son compagnon de gauche, il est vêtu
d'une courte tunique sans manche. Enfin, le troisième personnage assis, est vêtu d'une
tunique à manches longues, les deux bras levés, mains ouvertes.

fig. 7 : La barque avec les pêcheurs (détail).

47
Africa XV, Les néréïdes sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun Fathi Bejaoui

fig.8 : Détail du filet rempli de poissons.

Commentaire

Ce document brièvement décrit, comme on peut le constater, est intéressant à plu-


sieurs égards et mérite quelques remarques. Le thème en lui même est largement figuré
sur les différentes formes de l'art antique. Pour l'Afrique, nous le rencontrons représen-
té principalement sur la mosaïque et sur la céramique10. Mais la manière de traiter le
sujet est tout à fait différente de ce que nous connaissons à nos jours :
par la disposition même des néréides et des pêcheurs qui occupent un espace bien délimité
sur l'ensemble du pavement ainsi que par la façon de figurer les personnages et leur
physionomie, surtout les jambes et les bras présentés parfois de manière schémati- sée
comme par exemple la néréïde de l'angle supérieur droit où la jambe droite ne respecte
aucune proportion, c'est également le cas des doigts et des orteils....

Parfois l'irréalisme est très net comme pour le pêcheur représenté en pied qui
donne l'impression d'être sur le bord de l'embarcation ; ou encore les traits délimitant le
sternum de la première néréïde qui parait être plutôt un collier en forme d'ancre suspen-
du au cou du personnage. On pourrait multiplier ce type de remarques ou celles concer-
nant les disproportions existantes entre les personnages et la faune marine. Ce qui nous
amène à constater que l'ensemble exécuté de manière très schématisée et naïve, n'est
que le reflet ainsi qu'un nouvel exemple de cet art populaire très tardif que l'Afrique

(10)
Pour la représentation du thème sur la mosaïque, entre autres exemples : Les néréïdes accompagnant
Neptune, Vénus ou les thèmes marins en général, voir l'ouvrage récent de M. Yacoub, Splendeurs des
mosaïques de Tunisie, édition ANEP. Tunis 1995, p. 166 et ss. : surtout p. 153 - 154. Pour le grand pan-
neau du Bardo provenant de Sousse (fin IIème siècle) où plus d'une quarantaine de néréïdes chevauchant
divers monstres marins sont figurés dans des médaillons autour du triomphe de Neptune : M. Yacoub, Le
Musée du Bardo, édition ANEP, Tunis 1993, p. 123, fig. 84.
Pour la céramique, surtout sur les plats rectangulaires (IV - Ve siècles) : F. Béjaoui, Un nouveau fragment de
plat rectangulaire représentant une Néréïde et un triton, dans Bulletin du CEDAC, 7, 1986. p. 22 et ss. voir
aussi J. Garbsch - B. Overbeck, Spatantike Zweitschen Heidentum und Christentum, Munich, 1989, p.
184, n° 221 v et ss.

48
Africa XV, Les néréïdes
des sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun
A Fathi Bejaoui

fig. 9: Mosaïque
Mosaïque des néréides autour de Neptune.
Actuellement au Musée du Bardo.

nous a léguée
éguée avec quelques spécimens dont l'une des caractéristiques, outre la tech-
tech
nique d'exécution, est un remplissage systématique de l'espace. On a d'ailleurs pu
constater sur un pavement décorant le sol de l'église rurale de basse époque byzantine
d'El Ounaissia à quelques kms d'El Ouara11. Et là, ce sont de petites croix et diffé-
diffé
rentes sortes de fleurs qui remplacent la faune marine de notre pavement. Ailleurs,
comme dans une église à Henchir Sokrine près de l'antique Lepti Minus sur la côté Est
du pays, ce sont des poissons, des volatiles et des fleurs qui accompagnent deux
agneaux placés de part et d'autre d'une grande croix12. Mais le rapprochement avec le
pavement
ement d'El Ounaissia n'est pas uniquement lié à la composition, il l'est également par
un détail assez significatif. En effet, parmi les motifs représentés sur la mosaïque de
cette église, se trouvent deux cerfs, dont le traité, le type ainsi que la couleur
couleu des tes-
selles (fond jaune incrusté de cubes blancs) sont assez proches du monstre marin che-che
vauché par la néréïde de la partie supérieure droite du nouveau pavement d'El Ouara.

(11)
Voir note 4.
(12)
F. Bejaoui, A propos des mosaïques funéraires d'Henchir Sokrine (environs de Lepli Minus en
Tunisie, dans Africa Romana, IX, 1992, p. 329 et ss.

49
Africa XV, Les néréïdes
des sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun
A Fathi Bejaoui

fig.10 : Mosaïque
Mosa du cirque de Gafsa.
Actuellement au Musée du Bardo.

Les éléments de comparaison ne s'arrêtent pas là et il suffirait de rappeler la célèbre


mosaïque du cirque de Gafsa à une quarantaine de kms13 ou celle de la région de Béjà
figurant Achille. Chiron et la Chimère14 qu'il faudrait probablement dater de l'époque

fig.111 : Mosaïque des environs de Béja,


(Chiron, Achille et la Chimère), Musée du Bardo.

(13)
Pour le pavement de Gafsa : Yacoub, 1993, op. cit, fig. 86 et id, 1995. op. cit, p. 305 et ss. fig. 156 a.
On constate sur cette mosaïque,
ïque, la même maladresse d'exécution dans le traité des personnages avec un
style linéaire et naïf. En outre la chevelure des pêcheurs d'El Ouara, leur long visage et leurs yeux sont
assez proches de ceux des spectateurs du cirque de Gafsa.
(14)
A. Mahjoubi, Recherches d'histoire et d'archéologie
d'arch à Henchir el Faouar, Tunis. 1978, p. 1240 et ss,
ss fig. 96.

50
Africa XV, Les néréïdes
des sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun
A Fathi Bejaoui

byzantine, ou encore le célèbre


élèbre Daniel dans
la fosse aux lions de Sfax dont on
rapprochera les traits du visage et les
disproportions avec ceux de l'un des
pêcheurs de notre nouvelle
15
mosaïque . Mais le cas le plus intéressant
intéres et
le plus proche de celui des néréïdes reste
celui du pavement découvert il y a
quelques années dans les environs de
Ouled Haffouz16 et représentant un autre
thème mythologique,
gique, celui de Lèda et le
cygne, Cupidon et Vénus ou Diane. En
effet, ce pavement de facture assez naïve,
rappelle dans bien des détails notre
mosaïque et surtout la manière de figurer
figu
Vénus
nus et la première des néréïdes :
chevelure, visage, etc...

Par ailleurs, cette manière


mani assez
naïve de figurer les thèmes mytholo-
mytholo fig. 12 : Daniel dans la fosse aux lions, Sfax,
giques, et pas seulement sur la (époque
époque byzantine).
17
mosaïque , n'est pas spécifique à
l'Afrique, de nombreux autres exemples nous sont connus surtout sur une série espa- espa
18 19
gnole et une autre orientale et il est remarquable que la plupart de ces cas connus
sont d'époque tardive ; peut-être
peut être même de la première période arabe comme c'est le cas
de la peinture de quseir' Amra en Jordanie où des thèmes mythologiques (Vénus au
bain ou Ariane et Dionysos) décoraient
déco raient les différentes salles d'un pavillon de chasse
d'époque Ommeyade20. Ainsi, et comme il n'est plus à démontrer, la présence de ces
sujets dans un contexte chrétien ou simplement en période chrétienne et même arabe, se
banalise au fur et à mesure des découvertes.

(15)
Yacoub, 1995, fig. 184.
(16)
N. Jeddi. 1984 - 1994, op. cit. Il faudrait préciser
éciser que les deux sites : Ouled Haffouz et El Ouara, font partie
de la même région et du même gouvernerat
gouvernera (Sidi Bouzid).
(17)
Voir à titre d'exemple la tapisserie et la sculpture (VIe siècle) : Catalogue d'exposition,
d'exposition Age of
Spirituality,, Late and Early Christian Art, Third to Seventh Century, Metropolitan Museum Mus of Art, New
York, 1979, p. 171 et ss, notices 150 et ss.
(18)
Une série
érie de Mérida que le Prof. N. Duval, rapproche précisément de la mosaïque de Ouled Haffouz:
Colloque de Trêves, op. cit. discussion, p. 278. Pour les thèmes mythologiques sur des mosaïques tardives
d'Espagne : par exemple. J. M. Blazquez. Mosaicos baquicoss en la peninsula iberica, dans Archivio
espanol de arqueologia. 57, 1984, p. 69 et ss.
(19)
La présence
ésence des thèmes mythologiques dans un contexte chrétien était largement abordée lors d'un
colloque organisé par le LIMC, Iconographie classique et identité régionale.
régionale. Supplément XIV du Bulletin de
correspondance hellénistique,, LIMC, Athènes-Paris, 1983-1986. 1986. Plusieurs mosaïques de Syrie,
Jordanie etc...
(20)
pour ja première
ère période arabe, à l'occasion du même colloque : Vénus au bain sur une peinture de Quseir
Amra en Jordanie ; F. Zayadine. Peintures et mosaïque mythologiques en Jordanie, p. 424 et ss. fig. 17. 18.

51
Africa XV, Les néréïdes sur une mosaïque tardive de la région de Sidi Ali Ben Aoun Fathi Bejaoui

Ainsi le pavement des néréïdes d'El Ouara qui vient s'ajouter à toute cette série
connue, enrichit nos informations relatives à la persistance de «l'image» païenne ou plutôt
mythologique, même dans les zones les plus reculées de l'Afrique antique. En même temps,
cette découverte ne peut que soutenir les hypothèses déjà émises sur l'existence d'ateliers
itinérants de mosaïstes dans cette région de la Tunisie du centre-Ouest et du centre-Est,
grâce aux anciennes et aux plus récentes études des mosaïques de Sbeïtla, Jilma, Bir El
Hfay, Sidi Ali Ben Aoun, Gafsa et Talh avec le déjà célèbre pavement représentant un
spectacle de jeux gymniques et de pugilat 21 . Aussi, et comme c'est le cas au Nord ou sur
la côte Est du pays, la Byzacène intérieure a connu elle aussi, une tradition de l'art
musival qui s'est étalé comme ailleurs, sur plusieurs siècles et sur un grand territoire22.

(21)
Mosaïque de Batten Zammour - Thalh, M. Khanoussi, Spectaculum pugilum, Compte rendu d'un
spectacle de jeux athlétique et de pugilat figuré sur une mosaïque de la région de Gafsa (Tunisie), dans
CRAI, 1988, 543 et ss.
Pour les exemples d'ateliers itinérants au Nord du Sahel, au Centre et Sud-Est : T. Ghalia, Hergla et les
mosaïques des basiliques chrétiennes de Tunisie, Tunis 1997 (sous presse). Une récente communication
des Professeurs A. Beschaouch et N. Duval, A propos de baptistère d'Ulisipira (Henchir Zembra, près de
Sidi Bon Ali, au Nord de Sousse) et les ateliers du Sahel à l'époque byzantine. Comité des travaux histo-
riques et scientifiques, Commission d'histoire et d'archéologie de l'Afrique du Nord, séance du
17.2.1997.
(22)
Les récentes découvertes de la région de Gafsa et de Bir el Hfay. ont été présentées par le professeur M.
Ennaifer : Contribution à la connaissance des mosaïques de la région de l'Antique Capsa, dans IV
Coloquio international sobre mosaico antiguo, Palencia-Merida, 1990, p. 253 et ss.

52
STATUES DE ZIAN ET DE GIGTHI DES JARDINS
DU MUSÉE NATIONAL DU BARDO
TRANSFÉRÉES AU MUSÉE DE ZARZIS
Ali Drine / Habib Ben Younès

Dans le cadre de la constitution des collections du Musée de Zarzis et de l'antiqua-


rium de Gigthi, nous avons entamé des recherches dans le jardin du Musée national du
Bardo à la recherche d'œuvres provenant des deux principaux sites antiques les mieux
conservés dans le sud-est à savoir Gigthi ( Bou Grara ) et Zita ( Hr. Zian ). Notre but
étant d'enrichir les collections des deux musées cités.

Dans ce travail d'investigation, nous avons été guidés par la publication de S.


Reinach et d' E. Babelon qui ont entrepris des fouilles à Gigthi du 15 au 19 janvier 1884
et à Zian du 25 janvier au 2 février de la même année1. Nous avons également consulté
le Catalogue du Musée Alaoui2 et la publication récente de François Queyrel relative
aux sculptures de Zian3.

(1)
S . Reinach. E. Babelon : Recherches archéologiques en Tunisie (1883-1884), II, fouilles à Gigthis et à
Zian, dans B.A.C. 1886 P. 40-65. Pl.VI. VII. VIII. IX (cité par la suite Recherches archéologiques ....).
(2)
Les antiquités du Henchir Zian sont inventoriées dans le Catalogue du Musée Alaoui, voir Du
Coudray La Blanchère et P. Gauckler, Cat. Musée Alaoui, Paris 1897, C ( sculpture ) n° 23 p. 50, n° 44.
46. 47, 49, 52 p. 53-54 ; D. ( Epigraphie ) n° 435 p. 93 = CIL . VIII. 11007 = A.E 1958. 138 = Zeineb
Ben Abdallah, Catalogue des Inscriptions Païennes du Musée du Bardo, Rome E.F.R., 1986, n° 23 p. 13
avec planche - M ( Poterie ) n° 137-152, p. 229-230, les éditeurs du C.M.A. ont mentionné par erreur le
mot Gigthis à la page 229; car il faut lire Girgis à la place de Gigthis.
(3)
François Queyrel, De Paris à Zian : identification d'un groupe Julio-claudien dans Antiquités
Africaines, t. 29, 1993, p. 7-119, passim, ( cité par la suite De Paris à Zian ).

53
Africa XV. Statues de Zian et de Gigthi... Ali Drine/ Habib Ben Younès

1 - Les statues de Zian


1 - Le site4

Henchir Zian, F antique Zita, se situe au milieu de la presqu'île de Zarzis à environ


9 km à l'ouest de cette ville, dans le sud-est tunisien, à égale distance de la Méditerranée
à l'est et de la mer de Bou Grara à l'ouest. Zian a livré de nombreux objets archéolo-
giques qui ont enrichi aussi bien des musées tunisiens5 qu'étrangers6, d'autres sont res-
tés sur place voire même perdus7.

2 - Les statues :

Les statues de Zian ont été signalées par de nombreux visiteurs du site à commen-
cer par H. Barth (en, 1846)8, E. Pellissier9, V. Guerin (1860)10, Ch. Tissot11, et S.
Reinach et E . Babelon ( en 1884 )12. Selon Ch . Tissot, « Quelques unes de ces sta-
tues ont été transportées en France en 1851, lors de l'expédition de l'aviso la Sentinelle
sur les côtes méridionales de la Régence, les autres gisent encore à la même place ...»13 .
Outre les statues signalées par ces visiteurs, S. Reinach et E. Babelon avaient retrouvé
en 1884 cinq autres statues : « Quand nous sommes arrivés à Zian ( en 1884 ), nous
avons trouvé sur le sol cinq grandes statues en marbre acéphales... Ce sont des œuvres
largement traitées et appartenant au meilleur style romain, malheureusement leur poids
considérable en rendait le transport impossible et nous avons dû les laisser en place »14.

(4)
A. Drine : Note sur le site de Zitha ( Hr. Zian ) à Zarzis, dans REPPAL VI, 1991, p. 17-30.
(5)
Au Musée du Bardo ( voir supra note 2 ) ; le Musée de Zarzis ( en cours de préparation ) renferme
également un lot de 384 stèles découvertes entre 1989 et 1992 dans un sanctuaire à Zian, voir Inventaire
du Musée de Zarzis (en manuscrit ).
(6)
Fr. Queyrel ( De Paris à Zian... ) indique que les sculptures de Zian se répartissent dans le Musée du
Louvre, au Cabinet des médailles à Paris, au Muséum Narodowe à Varsovie ( cf. Tableau supra p. 3 ss. )
(7)
Tels de nombreux éléments d'architecture ( chapiteaux, colonnes... ) qui ont été laissés sur place puis
perdus. Sur les 31 objets de Zian. qu'il a étudiés ,15 sont portés disparus selon Fr. Queyrel.
(8)
Barth (H), Reisen und Entdeckungen in Nord-und Central-Afrika in den Jahren 1849 bis 1855,
Tagebuch seiner im Auftrag der Brittischen Regierung unternommenen Reisen,1, Gotha, 1857, voir p.
266-267 ( cité par Fr. Queyrel op. cit., notes 22 p. 74 et 27 p. 76 ). Une partie de cet ouvrage a été traduite
en arabe voir
‫  اري‬," - ‫ و‬/ 01 1846 -1845 ‫ " "! رت  ر ا‬# $% ‫اري )  (  ر‬

1987 381‫ ا‬2 ‫ وارات‬34 5  $‫ ا‬673‫ ا‬


(9)
E. Pellissier : Description de la Régence de Tunis, Paris 1853, p. 303.
(10)
V. Guerin : Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, Paris 1862, I, p. 220-221.
(11)
Ch. Tissot : Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, I.II. Paris 1888, p. 206-207,
voir également note 3 p. 206.
(12)
S. Reinach. E. Babelon : Recherches archéologiques... , p. 56.
(13)
Ch. Tissot, op. cit. p. 207.
(14)
S. Reinach, E. Babelon, Recherches archéologiques, p. 55-56.

54
Africa XV. Statues de Zian et de Gigthi... Ali Drine/ Habib Ben Younès

Sur ces statues, les deux savants ajoutent les indications suivantes15 :

Statues Hauteur

1 - Statue de femme drapée 1.03 m


2 - Statue virile nue 1,45 m
3 - Statue virile drapée 1,20 m
4 - Statue de femme drapée 1,70 m
5 - Même sujet 1,65 m

Ils ont, en outre, reproduit sur une planche16 les quatre premières statues, quant à la
cinquième elle avait disparue.

Dans un article récent, paru en 199317, François Queyrel nous présente les résul-
tats de l'étude qu'il a faite sur les sculptures de Zian. Il a étudié, au total. 31 objets que
nous avons regroupés dans le tableau suivant :
Statues
féminines
drapées
15- Debout n°15p. 96 cf. n°3 Louvre
fig. 20 p. 97
16- Debout n°16. p. 98 cf. n°3 Louvre
fig. 21 p. 98
17- Diane (?) n° 17 p. 99 fig. Retrouvée à Zian en 1884 Musée de Zarzis
Debout 11 p. 86 à droite infra. (fig. 3)
18 Statue n°18 p. 99 fig. Retrouvée à Zian en 1884 Musée de Zarzis
féminine 22 p. 100 infra, (fig.4)
debout
19- Statute n°19p.99 Zian, 1884 Disparue (?)
féminine
debout (?)
Fragements
20- Pied droit n°20 p.99 Zian Louvre
fig.23 p. 101
21- Main n°21 p.99 Zian Entrée au Louvre en
gauche 1887 mais introuva-
ble (Fr. Queyrel)
22- Avant-bras n°22 p. 100 Zian (voir le n°21) Louvre
droit
23- Main n°23 p. 100 Fouilles du forum de Zian en Disparue (?)
gauche tenant fig.2 p. 80 1884
un globe
24- Jambe n°24p. 101 fig. Même provenance que la n°23 Disparue (?)
gauche 2p. 80
25- Avant-bras n°25 p. 101 fig. cf. n°23 Disparue (?)
droit 2p. 80
26- 31, Six n°26-31 p. 102 cf. n°23 Disparue (?)
mains fig. 2 p. 80

(15)
Ibid. p. 55-56.
(16)
Ibid. voir Pl. VIII.
(17)
Fr. Queyrel, De Paris à Zian, passim.
55
Africa XV. Statues de Zian et de Gigthi... Ali Drine/ Habib Ben Younès

N° Lieu de
Objets d'inventaire Provenance conservation
Queyrel
Têtes
1- Tête, Néron n° 1 p. 80, fig. Nord-Ouest du Forum Zian Cabinet des
3-5p.81. fouilles Reinach et Babelon. médailles Pans.
2- Tête, n°2 p. 83, fig. Extrémité sud du Forum Ibid
Agrippine 6-8 p. 82.
l'ancienne
Corps A
cephales
3- Togatus n°3 p. 83, fig. 9 Trouvé à Zian par Pellissier, Musée du Louvre
p. 84 rapporté en France en 1851, entré
au Louvre en 1887.
4- Togatus n° 4 p. 86, fig. Même provenance que le n°3. Musée Nacrodowe
10p. 85 Varsovie
5- Togatus n°5 p. 86-87 Zian, fouilles Reinach, Babelon Musée de Zarzis
fig. 11 p. 86 infra (fig.l)
gauche
Statues viriles
mi-nues
6- Debout n°6p. 87 fig. 12 p. Zian cf. n°3 Louvre
88.
7- Debout n°7 p. 87 fig. Zian cf. n°3 Louvre
13p. 89
8- Debout n°8 p. 87 fig. Zian cf. n°3 Louvre
14p. 90
9- Debout n°9 p. 88 fig. Retrouvée par Reinach et Musée de Zarzis
11. p. 86 Babelon en 1884 infra (fig.2)
(au milieu)
10- Debout n° 10 p. 89 fig. Zian cf. n°3 Louvre
15_p. 91
11- Debout n°11 p. 91 Zian cf. n°3 Louvre
fig. 16 p.92
12-Assise n° 12p. 93 fig. Zian cf. n° 3 Louvre
17 p. 93
Statues
cuirassées
13- Torse n° 13p. 94 fig. 18 Zian cf. n°3 Louvre
et 19p. 95.
14- Torse n°14p.96 Forum Zian Sousse (?)

N.B. Les statues, retrouvées dans le jardin du Musée National du Bardo puis transfé-
rées au Musée de Zarzis, sont mentionnées en caractères gras.

Au total, 15 des 31 objets inventoriés ont disparu selon l'auteur ; 12 sont conservés
au Musée du Louvre. 2 au Cabinet des médailles à Paris, 1 à Varsovie, 1 au Musée de
Sousse. Enquêtant sur le sort des statues disparues, Fr. Queyrel demanda à L. Foucher

56
Africa XV, Statues de Zian et de Gigthi... Ali Drine/ Habib Ben Younès

de rechercher le lieu de conservation des cinq statues signalées par S. Reinach et E.


Babelon et qui ont été laissées sur place. Voici la réponse de L. Foucher ( lettre envoyée
à Fr. Queyrel le 26 mai 1988 ) :

« Je me suis rendu à Zian en vain pour enquêter sur les cinq statues citées. A ma
connaissance, elles ne sont entrées dans aucun musée, ni collection officielle. Une pos-
sibilité : Elles ont, peut-être, été récupérées par des militaires et gardées jalousement
dans une caserne : Ainsi, je sais qu'à Sousse une courette, qui était près de l'ancien arsenal,
était entourée de plusieurs statues acéphales que je n'ai jamais pu étudier, ni photographier
et dont personne ne connaissait plus la provenance »18.

En somme, l'enquête menée par L. Foucher n'a pas permis de retrouver ces statues.
Mais il est judicieux d'enquêter dans les réserves du Musée National du Bardo; puisque
ces statues ont été publiées dans le C.M A. depuis 1897. Aussi Fr. Queyrel avait-il bien
raison de rappeler une précieuse indication mentionnée dans le répertoire de S. Reinach
concernant deux statues de Zian ( Pl.I. 1,2 )19. En effet, dans ce répertoire, nous trou-
vons la mention suivante : Zian ( Tunisie ), Tunis. L'indication de« Tunis » laisse
entendre que ces statues ont été transportées à Tunis comme le disait Fr. Queyrel qui
ajouta « Je laisse la question ouverte en espérant que ces sculptures n'ont pas définitive-
ment disparues »20.

En fait, quatre des cinq statues en question se trouvaient dans le jardin du Musée
National du Bardo où nous avons réussi à les identifier ( oct. 1995 ). Elles ont été, sans
doute, transportées au Bardo entre 1886 ( date de la publication du rapport de fouilles de
Zian dans le B.A. C de 1886 ) et 1897 ( date de la parution du C.M.A. où sont mentionnées
toutes les sculptures de Zian ). Reste à enquêter sur la statue n°19 mentionnée par Fr.
Queyrel, serait-elle au Musée de Sousse ou à la caserne de cette ville comme l ’ a
indiqué L. Foucher ?

LES STATUES IDENTIFIÉES

I - ZIAN

1 - Togatus : fig.1

- S. Reinach, E. Babelon. Recherches archéologiques... p.56. Pl.VIII, p.44, photo


en bas à gauche. Du Coudray La Blanchère, P. Gauckler Catalogue, Musée Alaoui
(1897). C. 52. p. 54. S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, t. II,
vol.I ( Paris 1997 ), p. 628 - n°2 - Fr. Queyrel. De Paris à Zian... p.86 n°5. fig.11, p.86.

Statue découverte à Zian en 1884 par S. Reinach et E. Babelon probablement dis-


parue (?) selon Fr. Queyrel ( op. cit. p. 96 ), retrouvée (oct. 1995) dans le jardin du

(18)
Ibid, p. 77.
(19)
Ibid, voir surtout note 41 p. 77
(20)
Ibid, p. 77.

57
Africa X, Statues de Zian et de Gigthi... Ali Drine/ Habib Ben Younès
Youn

Musée
ée National du Bardo, transférée au Musée de
Zarzis(mai 1996).

- Marbre
- ht. 1,20 m
- Cavitéé pour le bouchon d'encastrement de la tête,
P.f. 7 cm, 1. 1,8 cm, la cavité, où était encastrée la
main gauche, est encore visible - P.f. 4 cm. 1. 6 cm
- La tête, l'avant- bras droit, la main gauche, les
deux pieds manquent.
- La statue figure un personnage debout, vêtu
v d'une
toge et d'une tunique. Il est en appui sur la jambe
droite, le genou gauche légèrement plié. Le drapé de
la toge comprend la lacinia dont l'excédant est
ramassé en partie à la taille où elle forme un épais
tampon de plis, le balteus au dessus duquel passe
l’umbo.
fig. 1 .Togatus-Zian
2 - Statue virile mi-nue : fig.2

- S. Reinach, E. Babelon, Recherches archéologiques, p. 56 Pl. VIII. p.44. photo en


bas au centre - Catalogue Musée Alaoui, ( 1897 ) C. n° 23, p. 50 - S. Reinach.
Répertoire... T. II, vol I ( 1897 ) p. 611 n° 5 - Fr. Queyrel, De Paris à Zian...n°
Zian... 9 p. 88
fig.11. p.86.

- Conditions de la découverte
écouverte ( voir n°1n° ) statue disparue (?) selon Fr. Queyrel
retrouvée au jardin du Musée National du Bardo (
oct. 1995 ) puis transférée
érée au Musée de Zarzis ( août
)1996.
- Marbre
- ht. 1,36m
- La tête,
ête, les deux bras, les deux pieds manquent.
Une partie du torse, au côté droit, est arrachée.
Epaufrures sur les plis du manteau au niveau du
genou droit au-dessus
dessus de l'abdomen. La statue repré-
repré
sente un personnage debout en appui sur la jambe
droite, la gauche en jeu . Le torse est découvert, un
manteau traverse le buste, et couvre la partie inférieu-
inférieu
re au-dessus
dessus de l'abdomen, il forme un bourrelet de
plis au bas du ventre, et retombe par-dessus
par la cuisse
gauche. Le manteau était probablement retenu par le
bras gauche, le bras droit était, sans doute, levé.

fig.2 . Statue virile mi-nue-


mi
Zian

58
Africa XV, Statues de Zian et de Gigtlti... Ali Drine / Habib Ben Younès
Yo

3 - Statue féminine
éminine drapée identifiée à Diane : fïg.3

- E. Pellisier, Description de la Régence


R de Tunis,
Paris 1853, p. 303 - S. Reinach, E. Babelon,
Recherches archéologiques... p.56, PI. VIII. p. 44
photo à droite - S. Reinach. Répertoire.., II, vol. I
(1897) p. 680 n°7 - Catalogue Musée Alaoui (1897).
C. n°44, p.53 - Fr. Queyrel, De Paris à Zian... n°17,
p.99 -fig.11, p.86.
- Statue découverte
écouverte à Zian en 1884 ( cf. n°1 ),
) dis-
parue selon Fr. Queyrel (op.cit. p.99 ), retrouvée dans
le jardin du Musée du Bardo ( oct. 1995 ) transférée au
Musée de Zarzis ( déc. 1996 ).
- Marbre
- ht. 1,04 m
- La tête,
ête, les deux bras, les pieds manquent.
Nombreuses épaufrures à gauche au niveau de la poi- poi
trine et de la jambe droite. fig.3. Statue féminine
fém drapée
- La figure représente
ésente une femme debout portant une identifiée à Diane
Di - Zian
tunique plissée, serrée à la taille par une ceinture. Un
baudrier est portéé en diagonale sur la poitrine pour soutenir probablement le carquois
sur le dos. La présence du baudrier a permis à Pellissier de reconnaître ici une Diane21.

4 - Statue féminine
éminine drapée debout : fig.4

- S. Reinach. E. Babelon, Recherches archéolo-


giques... p.56, n°4. PI. VIII photo en haut à gauche -
Catalogue Musée Alaoui (1897 ) C. n° 46, p. 53 - S.
Reinach, Répertoire. II, 2 (1897 ), p.680, n°5 - Fr.
Queyrel, De Paris à Zian... p.99, n°18. fig.22, p.100.

- Statue découverte
écouverte à Zian en 1884 ( cf. n° 1 ),
disparue (?) selon Fr. Queyrel (op.cit), retrouvée au
jardin du Musée National du Bardo ( oct. 1995 ),
transférée au Musée de Zarzis ( août 1996 ).

- Marbre
- ht. 1,75 m

- Brisée
ée en oblique au niveau de la poitrine, la
tête, les épaules les deux bras manquent. Le genou et
le pied arrachés. Une partie de l’apoptygma est brisée fig.4. Statue féminine
f
en bas au milieu. drapée - Zian

(21)
En parlant des statues de Zian, Pellissier n'a pu distinguer qu'une « Diane sans tête et mutilée d'une
partie de ses membres ... « op. cit.. p.303.

59
Africa XV, Statues de Zian et de Gigthi... Ali Drine / Habib Ben Younès

- La statue représente une femme debout, le corps en appui légèrement sur la jambe
gauche. Elle porte un péplos apoptygma ample qui forme des plis disposés le long du
bas du corps.

Date des sculptures

La date des sculptures de Zian est fournie par celle du forum où elles étaient
semble -t-il exposées.

Le forum de Zian est daté par deux dédicaces : la première22 a été découverte à
l'angle sud du forum23. Q. Marchas Barea proconsul d'Afrique en 42 ap. J.-C. dédie l'un
des portiques du forum à l'empereur Claude entre le 1er et le 25 janvier 42.

La deuxième dédicace24 a été découverte à l'angle nord du forum 25 désigne M.


Pompeius Silvanus proconsul d'Afrique en 58 comme l'auteur d'un autre portique de ce
forum.

La construction de ce monument commencerait sous Caligula ( 37.41 ) pour se pro-


longer sous les règnes de Claude (41-54 ) et de Néron ( 54-68 )26.
Les sculptures de Zian et plus particulièrement le groupe que nous avons transféré
à Zarzis à savoir le togatus (n° 1 ), la statue mi-nue ( n°2 ) et les deux statues féminines
debout ( n° 3 et 4 ) dateraient de la période Julio-claudienne27.

II - Gigthi

A Gigthi ( à l'O. de Hr. Zian ), les fouilles, entreprises dans le forum (côté sud-est)
par S. Reinach et E. Babelon en 1884, ont mis au jour une tête d'Auguste en marbre
blanc, trois grandes statues acéphales en marbre et deux chapiteaux28.

La tête d'Auguste a été rapportée à Paris et déposée à la Bibliothèque Nationale29.


Les trois statues acéphales ne semblent pas avoir été toutes laissées sur place; puisque
nous en avons découvert deux dans le jardin du Musée National du Bardo.

1 - Togatus : fig.5

- S. Reinach, E. Babelon, Recherches .. Fouilles à Gigthis dans B.A.C., 1886,


p.43, Pl.VI ( statue du milieu ) - Catalogue Musée Alaoui (1897), C. 26 p.51.

(22)
C.I.L.. VIII, 11002.
(23)
S. Reinach, E. Babelon, Recherches archéologiques, n°24. p.58-59.
(24)
C.I.L. VIII,11006
(25)
S. Reinach, E. Babelon, Recherches archéologiques, n°23, p.58.
(26)
Fr. Queyrel, De Paris à Zian, p. 114.
(27)
Voir la conclusion de Fr. Queyrel sur cette époque Ibid p.l 18.
(28)
S. Reinach, E. Babelon, Recherches archéologiques ... p. 43 Pl. VI.
(29)
Ibid.

60
Africa XV, Statues de Zian et de Gigthi... Ali Drine / Habib Ben Younès
Youn

- Statue découverte
écouverte au sud-est
sud du forum de
Gigthi, retrouvée dans le jardin du Musée National du
Bardo, transférée au Musée de Zarzis ( août 96 ).

- Marbre
- ht. 1,09 m

- Cavitéé pour le bouchon d'encastrement de la


tête, Pf. 8cm, 1,13cm. Nous pouvons distinguer la cavi-
cavi
té où était encastrée la main gauche du personnage. Pf.
3cm , 1.6cm.

- Statue mutilée : la tête, l'avant-bras


l'avant droit, la
main gauche et les pieds manquent.

- La statue représente
ésente un personnage debout, en
appui sur la jambe gauche, la droite est fléchie. Il est
drapé de la même manière que le togatus de Zian
fig.5.
g.5. Togatus - Gigthi
(fig-1 ).

2 - Togatus: fig.6

- S. Reinach. E. Babelon, Recherches... Fouilles à Gigthis dans B.A.C., 1886 p.43,


Pl. VI ( statue à droite ) - Catalogue Musée Alaoui 1897. C.32, p.52.

- Statue découverte
écouverte au sud-est
sud du forum de
Gigthi, retrouvée au jardin du Musée National du
Bardo, transférée au Musée de Zarzis ( déc. 1996 ).

- Marbre
-ht. 1,32m

- Statue mutilée
ée : la tête, le bras droit, la main
gauche, les pieds manquent, l'épaule gauche arrachée.

- Le personnage est représenté


repr debout, en appui
sur la jambe gauche, la droite est fléchie; il est drapé
de la même manière que le togatus de Zian (fig.1 ).

Ces deux statues pouvaient être rangées dans le


groupe auquel appartient le togatus découvert dans le
forum de Zian (fig.1).). En effet, nous retrouvons le
même agencement de la toge (fig.1,5,
(fig. 6). Nous propo-
sons de dater, par conséquent, le groupe du forum de
Gigthi de l'époque Julio-claudienne.
claudienne. fig.6. Togatus - Gigthi

61
HUILERIES ET TEMOINS D'ACTIVITE
OLÉICOLE ANTIQUE
DANS LA RÉGION DE GABÈS :
DONNÉES DE LA PROSPECTION DES FEUILLES :
GABÈS KETTANA ET MARETH
Abdellatif Mrabet

Abordée brilllament par différents chercheurs tels qu'Amouretti. Brun, B. Baaziz,


Callot, Camps-Fabrer, Leveau, Mattingly, Morizot1. la question de l'industrie oléicole
antique en Afrique reste encore insuffisamment étudiée; s'agissant de la Tunisie, si la
(1)
D. D. J. Mattingly : " Olive cultivation and the Albertini Tablets ", Africa romana. VI. 1988. pp. 403-
415.
______________ : " The olive oil boom. Oil surpluses, wealth and power in roman Tripolitania ",
Libyan studies, 19, 1988, pp. 21-41.
______________ : " Oil for export ? A comparaison of libyan, spanish and tunisian olive oil produc-
tion in the roman empire ", Journal of roman archeology, T. 1, 1988. pp. 35-56.
M. C. Amouretti : " Le pain et l'huile en Grèce antique ", Paris, 1986.
S. B. Baaziz : " Les huileries de la Haute vallée de Oued el-Htab ", Africa, X, pp. 209-215.
________ : " Les huileries de la Tunisie antique ". Cahiers de Tunisie, T. 43, n°s. 155-156. 1991.
O. Callot : " Huileries antiques de Syrie du Nord ", Institut français d'archéologie du Proche-Orient,
Bibliothèque archéologique et historique, T. CXVIII. Geuthner. Paris. 1984.
P. Morizot : " L'Aurès et l'olivier ", Antiquités africaines, T. 29, 1993. pp. 177-240.
J. - P. Brun : " L'oléiculture antique en Provence. Les huileries du Département du Var ". éd. du C. N. R.
S. . Paris. 1986.
H. Camps-Fabrer : " L'olivier et l'huile dans l'Afrique romaine ". Alger, 1953.
Ph. Leveau : " Pressoirs à huile autour de Caesarea de Maurctanie ", Actes du colloque Histoire des
Techniques et sources documentaires, Aix-en-Provence, Institut de recherches méditerranéennes, 1982
(1985).
En vérité la liste est encore plus longue ; il convient aussi de citer les auteurs suivants :
M. Christofle : " Essai de restitution d'un moulin à huile de l'Afrique romaine à Madaure ", Alger, 1930.
J. - P. Laporte: " Pennes, huileries cl pressoirs de Grande Kabylie ", B.A.C.T.H., 19B.. 1985, pp. 127-146.
__________ : " La Tudicula, machine antique à écraser les olives et les massues de bronze d'Afrique du
Nord ". B. A. C. T. H. S. , n°s 10-10B. 1977, pp. 167-174.
M. Lenoir. O. Akerraz : " Les huileries de Volubilis ", Bulletin d'archéologie marocaine, XIV,1981-1982,
pp. 69-120.
M. Ponsich : " Implantation rurale antique sur le Bas Guadalquivir ", T. 1. Paris, 1974 et T. 2 Paris, 1979.

63
Africa XV, Huileries et Témoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

région de la vallée de Oued el Htab a bénéficié des recherches engagées par S. Ben
Baaziz, le sud. à ce jour, n'a fait l'objet d'aucune étude susceptible de nous éclairer sur
la culture de l'olivier et encore moins sur la technologie oléicole2. La présente commu-
nication ne prétend pas pallier cette lacune; incomplète, limitée, elle vise simplement à
introduire à la question en faisant état de quelques trouvailles archéologiques inédites,
faites lors de missions de prospections menées dans le cadre de la réalisation de la
Carte Nationale des Sites et des Monuments Historiques.
e
En effet, en couvrant les feuilles Mareth, Kettana et Gabès au 1/50.000 3 nous
avons repéré près de 300 sites parmi lesquels, il faut le dire, peu - relativement - ont
livré du matériel oléicole. En vérité, nous sommes loin d'avoir la profusion de pressoirs
enregistrée dans le centre de la Tunisie, notamment dans la région Sbeïtla-Thala-
Kasserine- Feriana4. Cette relative pauvreté des témoins est d'abord inhérente à la
configuration de l'espace jusqu'ici prospecté; en effet, trois feuilles ne sauraient être
représentatives d'une région qui inclue au sud les Matmata et Médenine3, à l'est ,
Adjim, Houmt es-Souk, Zarzis et, à l'ouest, la zone limitrophe des chotts. De surcroît,
jouxtant le littoral, les feuilles Gabès et Mareth représentent à peine 400 Km2 à prospec-
e
ter chacune, alors que normalement, une carte au 1/50.000 est la projection d'un espace

F. Benoît : " Notes et documents d'archéologie arlésienne, 16, Pressoirs d'olives à leviers et contrepoids en
Provence et Afrique ", Mémoires de l'Institut historique de Provence. 1936.
(2)
Pourtant, hormis les sources - dont Pline -, la littérature archéologique du début du siècle recelait de
quoi allécher plus d'un chercheur. Voir les notices du B.C.T.H. notamment celui de 19O8 où le Lieutenant-
colonel Toussaint commentait les feuilles Gabès (LXXV) et Mareth (LXXXIII), pp. 4OO-4O3. Ce com-
mentaire a été repris par J.M. Lassère dans son " Ubique populus. Peuplement et mouvements de popula-
tion dans l'Afrique romaine de la chute de Carthage à la fin de la dynastie des Sévères (146 a.c.-235p.C.)
". Ed. du C.N.R.S., Paris. 1977, p. 315, notices 16.17.
(3)
Par sujte de la suspension - momentanée des activités de la Carte Archéologique, entamée, la prospec-
tion de la feuille Koutine est restée inachevée. Les feuilles Gabès, Kettana et Mareth ont été publiées en
1996.
(4)
Le Golfe de Gabès n'est pas seul dans cette situation; la région d'el-Djem paraît encore plus indigente
en matériel oléicole. S'exprimant à ce sujet Slim H. écrivit : "Dans l'état actuel des recherches, on note
une étonnante absence, celle des huileries et des pressoirs à huile. Apparemment, la région ne semble pas
avoir gardé la marque d'une oléiculture à grande échelle comme certaines zones de la haute steppe par
exemple. Pourtant la culture de l'olivier a dû être prospère, sinon dans le voisinage immédiat d'El Jem qui
est, malgré tout médiocre, du moins dans les régions, un peu plus éloignées soit vers la côte, soit vers l'in-
térieur".
Voir H. Slim :"Nouveaux témoignages sur la vie économique à Thysdrus", Bulletin archéologique du
C.T.H..S., nouv. sér. fasc. 19B, Paris, 1985 p. 68
Cette situtation semble aussi valoir pour la zone Mahdia- feuille Mahdia au 1/5O OOOe; prospection
effectuée par H.b. Younès. A paraître.
(5)
Entamée mais non achevée, la prospection de la feuille Koutine (169) a d'ores et déjà révélé du maté-
riel oléicole :
*site 169.44. Hr. el-Mejni = Maie circulaire.
*site 169.37.Hr. el-Mehachen = plateau de moulin.
*site 169.5O. Hr. Latrach= meule de type mola olearia, mortarium de trapetum.
*site 169.14.Hr. el-Ghraïer= broyeur avec son plateau
*site 169.O4.Hr. cl -Jerou= Fragment de jumelle.
Voir : rapport de prospection et carte correspondante; à paraître.
Nous n'avons pas intégré ces données dans la présente étude car, la prospection de cette feuille n'est pas
enore achevée.

64
Africa XV, Huileries et Témoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

faisant plus de 66O Km²6. La non abondance des témoins s'explique aussi par le fait que
la région de Gabès a été l'objet de maints remembrements qui, fatalement, en boulever-
sant le paysage archéologique, ont fini par aider à la spoliation des sites et par faciliter la
récupération d'objets lesquels s'ils étaient restés en place, auraient , sans doute, contri-
bué à une meilleure lecture de l'espace agricole antique7. En effet, nombreuses meules
antiques de broyage de l'olive sont, aujourd'hui, réemployées dans des huileries locales
traditionnelles8 ; les jumelles, les contrepoids - ces derniers beaucoup plus que les pre-
mières - font aussi l'objet d'une transgression d'usage puisque, tantôt débités, tantôt
entiers, ils sont souvent réemployés en tant que matériaux de construction. A cela,
s'ajoute l'importance de l'accumulation éolienne locale, qui vient buter contre les tells
archéologiques au point de les masquer. Eu égard ces aléas, partant d'un échantillonna- ge
réduit, l'historien ne saurait se hasarder à de grandes conclusions lesquelles seraient, pour
le moins, hâtives et injustifiées ; toutefois, aussi peu denses que soient les témoins
archéologiques disponibles, les données de la prospection autorisent d'emblée un
constat quant à l'étendue de l'espace oléicole dans notre échantillon. En effet, partant de la
répartition même des témoins archéologiques, on constate qu'à l'exception de Zarath - à
trois kilomètres du rivage - où l'on a repéré des meules de broyage du type mola olearia
ainsi que deux contrepoids en mauvais état de conservation, tous les sites proprement
littoraux sont dépourvus de vestiges oléicoles9. L'olivier, qui aujourd'hui bute
pratiquement contre la côte en était-il exclu pendant l'Antiquité?10. La présence de
meules et de contrepoids à Zarath s'explique-t-elle par le fait qu'à cet endroit, comme le
mentionnent et l'itinéraire Antonin et la tabula Peutingeriana, il y avait un grand domaine,
celui de Agma sive fulgurita11. S'explique-t-elle encore par la nature oasienne de cette
localité12?

(6)
Pour la feuille Mareth, la superficie théorique de 66O Km2 doit être diminuée de 19O Km2 occupés
par le littoral; cependant, des 47O Km2 restants, on doit encore ôter la superficie " inutile" occupée par les
sebkhas. Voir:
A. Mrabet: " Prospection archéologique dans le pays de Mareth: l'occupation du sol dans l'antiquité".
Africa, XIV, p.133, note 1.
(7)
L'espace projeté dans la feuille Mareth a ,de surcroît, souffert des bouleversements consécutifs à l'ins-
tallation de la ligne militaire du même nom; casemates, tranchées antichars et tranchées de communica-
tion téléphonique ont, en effet, ajouté à la perturbation des sites. L'indigence de ce même espace, en témoins
archéologiques tient aussi à sa particulière configuration. Voir aussi : A. Mrabet : " Prospection
archéologique...", Africa XIV. pp. 133-142
(8)
Les orbes de trapetum sont cependant réemployés dans des activités de meunerie traditionnelle.
(9)
Peut-être cela s'explique-t-il par la qualité des sols.
(10)
Certe, comme l'ont rapporté M. Bonifay, A. Oueslati, R. Paskoff, H. Slim et P. Trousset, la côte pouvait avoir
une configuration différente. Voir : M. Bonifay, A. Oueslati, R. Paskoff, H. Slim et P. Trousset, dans "Programme
tuniso-français d'étude du littoral de la Tunisie". Bilan des travaux 1987-1990 dans Bulletin des travaux de l'Institu
du Patrimoine. Comptes Rendus Fasc. 5. Tunis janvier/juin 1990, pp. 95-116.
(11)
Voir à ce sujet J. Kolendo: " Les Grands domaines en Tripolitaine d'après l'itinéraire Antonin", 11O°
Congrès national des sociétés savantes, Montpellier, 1985, IIIe Colloque sur l'histoire et l'archéologie
d'Afrique du Nord, pp. 149-162.
(12)
Cela serait conforme au principe de l'étagement des cultures tel qu'il a été décrit par Pline au sujet de
l'oasis de Gabès : " Là sous un immense palmier pousse un olivier ; sous l'olivier, un figuier ; sous le figuier,
un grenadier..." Pline : " Histoire naturelle "XVIII (trad. H. Le Bonniec), Paris 1972, pp. 12O
L'olivier ,en tant que culture oasienne, s'est quelque peu maintenu depuis à Kriz et à Gafsa ; à Gabès,
concurrencé par le henné, culture plus rentable, il a pratiquement disparu des jardins.

65
Africa XV, Huileries et Témoins
émoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif
AbdellatifMrabet
Mrabet

Quoi qu'il en soit, d'après


d'après la prospection, le domaine de l'olivier semble réelle-
réelle
ment débuter à partir de Kettana pour s'orienter Ouest et s'intensifier Sud-Ouest
Sud aux
abords du versant montagneux des Matmata. En effet, c'est là que nous avions fait l'es-l'es
sentiel de nos trouvailles, à savoir, des orbes et des mortaria qui appartenaient à des
moulins de type trapetum,
rapetum, des contrepoids, des plateaux de moulin de type mola
olearia, deux maies en parfait état de conservation et à peu près une trentaine de
jumelles. Malheureusement, épars et souvent réemployé, ce matériel, tel qu'il se présen-
présen
te sur les sites prospectés, n'a permis d'identifier de façon presque certaine que seule-
seule
13
ment 7 huileries ; en efffet, hormis les sites 157.088 (Hr. Ouled Moussa), 157.083
(Hr.Ouled
r.Ouled Annan), 157.067 (Hr. Meguarine Khaddem), 157.137 (Hr. Masssiougha),
157.095 (Hr. Fredj), 147.034 (Hr. Magtouf). 157.089 (Hr. el-Fesguiyya)
el Fesguiyya), les autres n'of-
frent, le plus souvent, qu'un ou deux témoins esseulés, généralement hors place et, dans
touss les cas, constituant simplement des éléments de présomption et non des indices
irréfutables 14.

Les huileries

1. Hr. Ouled Moussa. Feuille Kettana ; n°


n 157.088

D'une superficie de 3 ha, ce site


poséé du côté de la rive droite de
Oued Béni Zelten, avait - à
coup sûr - abrité une huilerie : 6
jumelles y sont encore visibles.
Ici. malgré l'amoncellement des
blocs et le bouleversement du
site, on parvient à différencier
des structures ; d'abord, un
espace oléicole marqué par des
jumelles se faisant face de part et
d'autre des limites d'une
structure englobante orientée
nord-est/ sud-ouest,
ouest, et dont le fig. 1 : Jumelles en place à Hr. Ouled Moussa.
Mouss
tracé est ponctué de harpes en
place, chaînages
înages probables de murs en opus africanum; cette même structure engloban-
engloban
te est, à son tour ,inscrite dans une enceinte dessinée par des murs à appareil désordon-
désordon
né - gros galets d'oued, pierres non équarries - un peu comme si, à un moment donné,

(13)
Nous souscrivons pleinement aux propos de .B. Baaziz quand il précise
précise que la typologie des huileries
doit partir du "spatial au quantitatif pour aboutir ensuite aux composantes techniques " ; cela est en effet
souhaitable, mais il est difficilement réalisable dans le cadre d'une simple prospection.
En l'espèce, le principal critère d'identification .que nous privilégions, est celui des pressoirs.
(14)
Quand il s'agit d'éléments de pressoir, contrepoids, jumelle ou maie, nous pouvons, tout au plus, y
voir les témoins d'une petite exploitation individuelle. C'est, entre autres, le cas de nombreux sites de la
feuilles Gabès et de la feuille Koutine.

66
Africa XV, Huileries et Témoins
émoins d'activité oléicole antique
anti dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

on avait ressenti le besoin de fortifier cette position. En effet,


effet il n'est pas exclu qu'une
préoccupation
éoccupation de type stratégique ait présidé à cette disposition; en tout cas,
cas l'huilerie a
connu des perturbations dont nous avons, pour témoin, l'utilisation d'une jumelle à des
fins de construction. Ce réemploi et cette transgression dateraient - ils de l'époque
byzantine?

2. Hr. Ouled Annan. Feuille Kettana ; site n° 157.083

Surplombant l'oued Béniéni Zelten, du côté de sa rive gauche, ce site fait face au site pré-
pré
cédent; comme lui, il s'articule autour d'une structure principale qui, elle aussi, offre
quelques signes de fortification ; ici, les jumelles sont au nombre de 4,4 trois encore en
place et, la quatrième, gisant par terre .

3 Hr. Meguarine Khaddem. Feuille Kettana ; n° 157.067

Ce site, de plus de 2 ha., est


aujourd'hui perturbéé par des ins-
ins
tallations en dur et, de surcroît,
bien arasé ; toutefois, on par-
par
vient à y reconnaître les vestiges
d'une huilerie ; quatre jumelles,
encore en place, s'y dressent sur
une hauteur d' 1.85 m. et deux,
d'entre elles, ont même gardé
leur chapeau. Hr. Meguarine
Khaddem recèle aussi des
contrepoids dont un, en bon état
de conservation ; de même, à
fig.2 : Jumelles à Hr. Megncirine Khaddem
l'instar de Hr. Massiougha, ce
site présente
ésente des traces émoussées de cuves intérieurement enrobées de stuc étanche.

4. Hr. Massiougha. Feuille


Feuil Kettana ; site n° 157.137.

Ce site dans lequel, au début


d du siècle, le Lieutenant-colonel
colonel Toussaint vit une vaste
exploitation agricole15 est aujourd'hui intégré dans le petit village d'el-Azaïza
d'el ; de ce
fait, une grande partie de sa superficie a fait place à des habitations, ainsi qu'à une
école. Toutefois, outre les vestiges évidents d'une huilerie, on y a reconnu un puits
antique, des restes de structures très arasées -dont
dont ne subsistent que des sols parfois
pa stu-
qués - ainsi que du matériel céramique assez diversifié - tessons de sigillée et de com-
com
mune, fragments de tubes à emboîtement, de tegulae et d'imbrices -.
L'huilerie fut partiellement préservée ; au nombre de quatre, ses jumelles, accolées et
partiellement brisées, matérialisent aujourd'hui le mzar de Lalla Massiougha ; sans cette
transgression, ces montants de pressoir n'auraient, sans doute, pas survécu. A l'instar de

(15)
Voir B.C.T.H.. 1908. p. 402.

67
Africa XV, Huileries et Témoins
émoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

nombreuses huileries africaines16, ici, les jumelles font partie intégrante


égrante de l'architec-
l'architec
ture et semblent solidaires d'un mur de l'huilerie ; en effet, elles participent d'un aligne-
aligne
ment signalé par des harpes demeurées en place. En prolongement de ce mur principal,
on remarque le départ d'un autre, en moellons, limitant trois compartiments maçonnés,
sortes de bassins s'étirant sur une longueur visible de 7.14 m. ; séparés entre eux par des
murets arasés et épais de 0.43 m., ils semblent avoir été intérieurement induits
indui d'un stuc
étanche, fait en partie de tuileaux. Ces structures étaient - vraisemblablement - des
cuves qui servaient au stockage des olives avant broyage. Hr. Massiougha a aussi révélé
une meule cylindrique dont les diamètres, supérieur et inférieur, sont
sont respectivement de
0.66 et O.53 m. pour une longueur de O.63 m.17.

5. Hr. Fredj. Feuille Kettana ; site n° 157.095

Jonchéé de céramique sur une superficie de 4 ha., ce site est très arasé ; toutefois, nono-
non
bstant son mauvais état de conservation, on a pu y reconnaître les vestiges d'une huile-
huile
rie qui devait appartenir à une vaste ferme ; en effet, un fragment de contrepoids et
quatre plateaux de moulin - dont un au moins s'apparentant à un mortarium de
Trapetum - y restent visibles.

fig.3 : Plateau de Moulin, Hr. Fredj. fig.4 : Plateau de Moulin, Hr. Fredj.

6. Hr. Magtouf. Feuille Gabès ; site n° 147.034

Ce site, arasé,
é, spolié n'en a pas moins livré une maie carrée d' 1.15 m. de côté, des restes
d'un bassin de décantation de l'huile, ainsi qu'un plateau de moulin.

(16)
Citons, à titre d'exemple, l'huilerie de Bir Sgaoun en Algérie. Voir :
St. Gsell : " Monuments antiquess d'Algérie ", Paris, 1901.
(17)
A proximitéé immédiate de ce site, une huilerie actuelle recèle des meules de facture antique ; sans doute
furent elles prélevées sur le site même de Massiouaha.

68
Africa XV, Huileries et Témoins
émoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

fig.5 : Maie carrée, Hr. Magtouf. fig.6 : Plateau de Moulin, Hr. Magtouf.

7. Hr. el-fesguiyya.
fesguiyya. Feuille Kettana ; site n° 157.089

Site arasé,
é, où se dressent encore - sur une hauteur de 0.70 m. - deux montants de pressoir
pres
en assez mauvais état de conservation.

Partant de la typologie élaborée par J.-P.


J. P. Brun, nous pouvons hiérarchiser nos hui-hui
18
leries en fonction de leur nombre de pressoirs . Ainsi, nous avons :
- Une huilerie à 3 pressoirs ou plus ; c'est celle de Hr. Ouled Moussa. Pareille infra-infra
structure pouvait permettre le traitement
traitement de la production d'un domaine, voire de deux ;
peut-être appartenait-elle
elle simplement à une grande villa ? Certes, ce n'est pas là une
grande huilerie, mais ce n'est pas négligeable. Faut-il
Faut il rappeler que l'Italie n'a pas livré
19
d'huileries comportant pluss de deux pressoirs ?
- Quatre huileries à deux pressoirs ; soit, celles de Hr. Massiougha, de Hr. Ouled
Annan, de Hr. Meguarine Khaddem et de Hr. Fredj. Leur production devait être, en par-
tie, tournée vers la vente et, si l'on en croit Caton20, pouvait correspondre à l'exploita-
l'exploita
tion d'une olivette de 30 ha.21 .

(18)
Nous souscrivons encore aux remarques faites par S. Ben Baaziz à propos de la difficulté de sérier
les huileries : ici. nous nous sommes contentés d'un seul critère, à savoir le nombre de pressoirs : ni les
données de la prospection qui est forcément sommaire, ni l'état même des vestiges ne nous permettent
d'en retenir d'autres. Voir S. Ben Baaziz : " Les huileries de la Tunisie ...". p. 45.
(19)
Voir J.- P. Brun . " L'oléiculture
éiculture ...". p. 280. L'auteur, toutefois, n'exclue pas que l'huilerie de Buccino
ait pu comprendre 3 pressoirs. Note 31, même page.
(20)
Caton estime - en effet - que deux pressoirs suffisent à la production d'un domaine de 3O ha.
Caton : " De agriculture ".. Goujard R. (éd.), Paris, Les Belles Lettres, 1975,
1975 3, 5.
(21)
Dans cette typologie basée ée sur le nombre de pressoirs, Hr. Fredj qui n'a pas livré de jumelles ou de
pierres d'ancrage paraît comme une aberration ; cependant, à juger par le nombre de ses plateaux de mou- mou
lin, ce site peut aisément avoir abrité une huilerie à deux pressoirs.

69
Africa XV, Huileries et Témoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

-Deux huileries à un seul pressoir :


c'est d'abord le cas de Hr. el-Fesguiyya qui, avec deux jumelles, semble correspondre à
une exploitation modeste, sans doute vivrière.

Il en va de même du site 147.34 : bien que dépourvu de jumelle et de pierre d'an-


crage, ce site n'en a pas moins livré une maie associée à un bassin de décantation ainsi
qu'un plateau ; ce matériel nous autorise à y reconnaître - au moins- une huilerie à un
seul pressoir.
Outre ces sites, d'autres présentent du matériel oléicole22 mais, ces témoins isolés
ne peuvent alimenter la typologie.

Le Matériel
Quel que soit son contexte archéologique, ce matériel appelle des remarques qu'il
convient d'insérer dans une démarche typologique ; en effet, malgré les réserves émises
plus haut et, nonobstant la relative rareté des trouvailles, nous avons là de quoi enrichir
la panoplie des témoins archéologiques jusqu'ici connus.

1. Matériel de broyage

- Les meules
De deux types, elles se répartissent en meules cylindriques et en meules aux faces
internes plates et externes convexes. Ces deux types correspondent à deux modes dis-
tincts de broyage soit, respectivement, le moulin dit mola olearia tel qu'il est décrit par
Columelle23 et le moulin dit Trapetum rapporté surtout par Caton. Si le premier est
attesté pratiquement partout , le second semble rarissime24. Pour la Tunisie, B. Baaziz
signale des trapeta dans la région du Cap Bon, précisément dans la zone de Bir

(22)
Il s'agit dans la feuille Kettana de :
- Hr. B. Zayed (157.103) avec des orbes de trapetum
- Hr. el-Ghirane ( 157.099) avec un montant de pressoir
- Ksar el-Atach ( 157.126)
- Hr. Laslaa (157.007) avec un montant de pressoir
- Hr. Salah B. Belgacem ( 157.062) avec une jumelle
- Hr. el-Kouadria ( 157.047) avec un plateau de moulin ainsi que des orbes.
Pour la feuille Gabès :
- Hr. Ouled el Hjal ( 147.96) avec un contrepoids ;
- Ksar Aïchoun ( 147.102) , contrepoids.
- Sidi el-Mediouni (147.049) avec une maie
- Site de Garaat el-Mouazir ( 147.058) qui semble correspondre à un atelier de taille de matériel oléicole;
puisqu'on y a trouvé des ébauches de plateau de moulin.
Le site de Ksir Essebaya - structure arabe - offre quant à lui 3 jumelles, qui sont de toute évidence, réem-
ployées ; aussi, nous n'en avons pas tenu compte dans notre classification.
(23)
Columelle : " De re rustica ". Du Bois L. (éd.). Paris : Panckoucke . 1844.
(24)
Il est signalé toutefois à Pompéi, à Naples, à Stables, à Malte, à Olynthe, à Athènes, à Corinthe, à
Chypre, ainsi qu'en Syrie. Voir J.- P. Brun, L'oléiculture, pp. 71-73

70
Africa XV, Huileries et Témoins
émoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

M’charga, ainsi qu'àà Grombalia25 ; désormais, il convient d'insérer la région de Gabès


dans cette liste si restreinte.

fig.7 : Meules de Trapetum,


m, (Kettana).
(Ketta fig.8 : Meules Trapetntn,,
Trapetntn, Hr. Ben Ayed.

- Mortier et pilon :
Bien que non citéé par les sources26, ce procédé , qui ne sert pas qu'au broyage de l'oli-
l'oli
ve, pourrait avoir fait partie de la panoplie de l'oléiculteur antique. Nous en avons trou-
trou
vé un exemplaire à Hr. Massiougha, où il est associé à des jumelles, des meules et des
bassins de décantation.

- Broyeur

Attesté à Hr. Oued el-Ghirane


Ghirane , sans que nous puissions établir avec certitude qu'il ait pu
servir au broyage de l'olive dans l'Antiquité, c'est un procédé encore plus rudimentaire
que le mortier et pilon. En fait, il consiste en deux éléments :
*Une
Une pierre, plus ou moins cylindrique, faisant office de broyeur - dans certains cas,
elle consiste simplement
implement en un gros galet de l'oued.
*Un
Un bloc de pierre dormante et suffisamment dure pour faire fonction de plateau de
broyage.
- Les montants de pressoir ou jumelles

Elles sont omnipotentes et exclusives ; en effet, nous n'avons pas repéré


rep la moindre
trace d'un autre mode de fixation du prelum 27.

(25)
S. Ben Baaziz : " Les huileries de la Tunisie antique ". Actes du Ve. congrès ès d'histoire et de civilisation
civilisa du
Maghreb ( octobre 1989). Cahiers de Tunisie. T. 43. n°s 155-156, 1991, p. 43.
(26)
Il s'agit, pour l'essentiel, de Columelle, Caton, Palladius, Varron et Pline.
(27)
Il existe plusieurs variations dans le mode de fixation du levier : fixation dans une paroi, mur ou
rocher; fixation à l'aide d'un - ou de deux-
deux montant(s) en bois quelquefois plaqués
aqués par une maçonnerie et fixés
dans le sol ; fixation à l'aide de montants en pierre posés sur le sol et alourdis soit par un chapeau,
soit par le poids de la superstructure dans laquelle ils étaient engagés. Voir , pour plus de précision, la
typologie très détaillée, établie par J.-P.
J. Brun. J.-P. Brun, L'oléiculture ...., pp. 85-86.

71
Africa XV, Huileries et Témoins
émoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

Sur l'ensemble, du point de vue forme, nous distinguons deux types de jumelles:
-Le type à chapeau tel qu'il existe dans le centre de la Tunisie, notamment dans la
région de Sbeïtla et de Kasserine : ce type est attesté à Hr. Meguarine Khaddem,
Khaddem à Hr.
28
Ouled Moussa, à Hr. Ouled Annan et à Hr.el-Maamoura
Hr.el .

fig.9 : Jumelles à chapeau, Hr. Meguarine Khaddem.

- Le type sans chapeau : il s'agit de tête


t nue
parfaitement aplanie ; elles sont présumées
à Hr. Massiougha29, attestées à Hr. Ouled
Moussa et à Hr. Ouled Annan30. A notre
connaissance et, à ce jour, ce type reste non
attesté dans le Centre et dans le Sahel. Il est
toutefois prématuré d'y voir une particula-
part
rité méridionale.

Les jumelles de la région


égion de Gabés
présentent d'autres traits discriminants dont
un commun aux deux types déjà cités ; en
effet, contrairement aux jumelles des autres
régions tunisiennes qui sont souvent per-
cées de deux ou de trois trous - sur un seul
montant - destinés au réglage de la hauteur
du prelum, elles présentent un seul orifice.
Il est aussi une autre constatation : dans
deux cas, nous avons remarqué la présence fig.10 : Montant de pressoir.

(28)
J. - P. Brun attribue ce type au sud tunisien sans davantage de précision ; voir J.-P.
J. P. Brun.
L'oléiculture.... pp. 105-108, fig. 49.
(29)
Nous avons, en effet, trouvéé sur place des fragments qui semblent compléter les jumelles dans leur
partie supérieure ; ainsi reconstituées, celles-ci
celles ne présentent aucun logement - ou protubérance - destiné
à permettre l'encastrement d'un chapeau.
(30)
Bien sûr, cela n'exclu pas le fait que ces jumelles aient pu recevoir un bloc de "maintien" un linteau
en quelque sorte... Ce que nous voulons préciser c'est que ces jumelles n'avaient pas été conçues pour
recevoir un chapeau qui adhère par encastrement...

72
Africa XV, Huileries et Témoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

de deux rainures verticales sur un même montant31. S'agit-il d'une aberration, voir d'un
remploi ou, au contraire, d'une disposition destinée à donner davantage de stabilité au
prelum ? Là aussi, la réponse gagne à être étayée par les données d'une prospection
plus exhaustive.

Les jumelles sans chapeau, elles aussi, ont leur particularité : elles sont toujours
accolées au moyen d'une excroissance volontaire ; ainsi, vues de dos, elles sont si
parfaitement jointives qu'elles finissent par s'apparenter à une sorte de niche, où devait
se loger l'extrémité du prelum. Est-ce là une réminiscence d'un ancien type de pressoir
à ancrage dans une paroi32?

Les contrepoids

Rares, souvent fragmentés, les contrepoids de la région prospectée ne se distinguent pas


de ceux déjà répertoriés dans le centre et, ailleurs, en Tunisie. Toutefois, ils semblent
moins variés que dans la vallée de Oued el-Htab. Les trouvailles nous permettent de les
classer en :
- Contrepoids à deux mortaises en queue d'aronde sur les côtés et à rainure sur la face
supérieure. Attesté sur le site de Zarath - par un seul contrepoids en très mauvais état de
conservation -, ce type s'apparente aux contrepoids de la vallée de Oued el-Htab ( typo
logie B. Baaziz: A), ainsi qu'à ceux de Madaure, publiés par Christofle33.
- Contrepoids à deux mortaises en queue d'aronde sur les côtés, mais sans rainure sur la
face supérieure. Ce type est attesté sur le site 157.1O4. où il est associé à une maie cir
culaire et à un mortarium.
- Contrepoids sans mortaises en queue d'aronde mais avec une rainure sur les deux
faces opposées. C'est un type peu attesté ; on ignore comment il pouvait être arrimé au
treuil. Peut-être l'ulilisait-on dans sa position verticale?
- Contrepoids à rainure sur la seule face supérieure ?
Là aussi. la forme de l'encoche ne laisse pas d'intriguer; car l'on ne voit pas comment
il pouvait être ancré au treuil par cette seule rainure; est-ce un contrepoids abandonné en
cours d'exécution?

Les maies

Nous avons deux types de maie :


- maie circulaire inscrite dans un plan presque carré (1.25 m. x1.3O m. ) ; son pourtour,
circonscrit par une rigole profonde de 3 cm. et large de 3.5cm. est prolongé d'un bec
long de 37 cm. et dont la profondeur, en fin de parcours,atteint 4.5 cm. Taillée dans la
pierre calcaire, cette maie est d'un type usité en Proconsulaire, ainsi que dans d'autres
régions d'Afrique34.

(31)
Ce constat , nous l'avons fait à Hr. el-Maamoura.
(32)
Ce type d'ancrage dans une paroi correspond au type A 3 de la typologie de J.-P. Brun. ,
L'oléiculture.... p. 86 et pp. 96-97.
(33)
M. Christofle, Essai de restitution..., fig 1.
(34)
Ce type de maie est entre autres attesté dans l'Aurès.
Voir : P.Morizot : " L'Aurès et l'olivier", Antiquités africaines, t. 29. 1993, p. 212.

73
Africa XV, Huileries et Témoins
émoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

- Le second type est un plateau de


pressoir carréé (1.O5 m. de côté à Sidi
el-Mediouni
Mediouni et 1.15m. à Hr Magtouf)
dont l'aire de presse est limitée par
une rigole qui se termine par un bec
verseur. Jusqu'ici inédit, ce type de
maie semble si particulier que l'on
est tenté d'y voir une des expressions
de la culture matérielle locale.

fig.11 :Maie
Maie carrée. Suit el-Mediouni.
el

Les plateaux de broyage

Dans l'ensemble, ils sont en


mauvais état de conservation ; toute-
toute
fois, nous en avons reconnu deux
grands types bien distincts :
- le premier rassemble les plateaux de
broyage habituellement associés
associ à la
mola olearia: à l'instar des plateaux
actuels des huileries traditionnelles
locales, ceux-ci
ci affectent des formes
circulaires, et présentent un fonds
plat, tantôt avec un imperceptible
renflement au milieu, tantôt avec une
sorte de bourrelet central (Hr.Fredj).
Dans le premier sous-type,
pe, la profon-
profon
deur ainsi que l'épaisseur du rebord
sont moins importantes que dans le fig.12 : Mortarium ou plateau de trapetum.
second.
- le second type est un mortarium, c'est-à-dire un plateau de trapetum qui devait fonc-
fonc
tionner à l'aide d'orbes, meules déjà signalées. Ce type de plateau est intérieurement
rond et, au milieu, il est pourvu d'un millianum, bourrelet central sur lequel vient s'an-
s'an
crer une pièce en bois destinée à supporter un pivot qu'est la columelle.

Provisoire et inachevée,
ée, cette enquête n'en autorise pas moins certaines déductions.
La première est suggérée par la relative rareté des témoins : cette portion du sud tuni-
tuni
sien, on peut le dire - avec les réserves déjà annoncées-ne
annoncées ne semble pas avoir été une
région de monocultureture de l'olivier35. Sa production d'huile était principalement une
production vivrière.

(35)
Certes, nous n'ignorons pas que les statistiques sont quelquefois trompeuses; de surcroît,
surcro nous avons
dit, plus haut, que la région étudiée a souffert de remembrements successifs, que les sites y subissent une
spoliation soutenue...

74
Africa XV, Huileries et Témoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Abdellatif Mrabet

Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler que, pour une superficie nettement infé-
rieure, la vallée de Oued el-Htab a livré 97 huileries rurales. Ce constat trouve aussi
confirmation dans certains paramètres technologiques ; ainsi, dotés chacun d'un seul
orifice, les montants des pressoirs de cette partie de la région du Golfe de Gabès ne per-
mettent qu'une seule position d'ancrage du prelum ce qui, en soi, renvoie à une produc-
tion limitée et en aucun cas industrielle. En effet, la multiplicité des trous - deux ou trois
trous - constituant un perfectionnement dans le système de manœuvre du prelum – puis-
qu'elle permet de régler l'ancrage de celui-ci selon la hauteur des scourtins - , on doit
admettre que cette partie du sud tunisien n'avait pas connue une telle amélioration.
Certes, ce constat ne vaut que pour la région Kettana-Gabès-Mareth : car. J.-P. Brun,
vaguement, il est vrai, c'est-à-dire sans la moindre précision géographique, crédite le
sud tunisien (sic!) de jumelles « percées de trois orifices « ; de surcroît , nous savons
d'après des recherches effectuées en Libye que la Tripolitaine occidentale, précisément
du côté de Djebel Tarhuna, connaissait -elle aussi -ce perfectionnement36. Cependant,
partant de ce constat objectif- l'absence de jumelles à trous multiples - nous sommes
enclin à penser que l'ancrage, unique et non réglable du prelum, devait satisfaire les
besoins d'une population dont la production oléicole ne pouvait égaler ni celle de la
région de Leptis Magna, ni celle de la Byzacène. Ce constat, nous l'avons vu, concorde
parfaitement avec la relative rareté des huileries, mais aussi avec leur faible teneur ;
alors qu'en Proconsulaire, les huileries à un seul pressoir sont rarissimes, ici, nous en
avons deux sur un total de sept, soit plus du quart !

Aussi, il trouve également justification dans un autre élément d'appréciation : la


qualité même du matériel ; en effet, souvent grossières et mal finies, les jumelles sem-
- blent sortir de mains d'artisans peu ou insuffisamment rompus à la taille et à la réalisa-
tion de ce type de matériel oléicole: d'ailleurs, la même constatation vaut pour les
contrepoids, lesquels, comparés à ceux repérés dans d'autres parties de la Tunisie, res-
tent peu variés et, de mauvaise facture.

Figurant en bonne place dans le tableau du paysage oasien brossé au 1er siècle par
Pline l'Ancien 37 , la culture de l'olivier, dans la région de l'actuelle Golfe de Gabès,
remonte à des époques encore assez reculées. Vivrière au temps de ce naturaliste qui fut
aussi procurateur fiscal d'Afrique, elle semble continuer à l'être après la révolution
agraire consécutive à la promulgation de la lex Manciana et de la lex Hadriana38 ; en
effet, d'un point de vue strictement archéologique - autant que la prospection le permet-
te -, les trouvailles, leur nature, leur importance et leur répartition interdisent de consi-
dérer cette zone comme ayant été une région de monoculture de l'olivier 39.

(36)
Voir D.J. Mattingly : "The olive boom...", p.26. fig.2.
(37)
Pline : "Histoire naturelle ", XVIII. 188 (Traduction H. Les Bonniec), 1972, p. 12O
(38)
Certes, à lire certains géographes arabes tels qu'Ibn Hauqual, la Gabès médiévale aurait été une place
du commerce de l'huile: toutefois, ces auteurs ne précisent pas la provenance et l'importance de cette pro-
duction . Voir : Ibn Hauqual : "Surat el-Ardh". Beyrouth, s.d. 72-3 (trad. Kramers - Wiet. 66-7).
Al-Idrissi : "Nuzha", éd. partielle H. Pérès, Alger , 1957, 76-77,89,94.
(39)
Peut-être, entre autres arguments, faut-il invoquer la nature même des sols qui n'y semblent pas toujours
favorables à la culture de l'olivier. Actuellement, d'après une étude récente, l'olivier ne réussit que dans la région
de Kettana- Teboulbou-Oudref et Metouia. Voir L’Encyclopédie de l'Islam, art. Kabis, p. 350. Aussi :

75
Africa XV, Huileries et Témoins d'activité oléicole antique dans la région de Gabès Adellatif Mrabet

Cependant, bien que coincée entre deux grandes zones de production de l'huile, la
Byzacene au nord, la Tripolitaine au sud, la région du Golfe de Gabès semble avoir ses
propres traditions oléicoles. Ainsi, au niveau du matériel, y avons-nous constaté la per-
sistance du mode de broyage par trapetum, technologie grecque40 vraisemblablement
introduite en Afrique par les Puniques41 et qui, à notre connaissance, reste non attestée en
Tripolitaine et rarissime en Byzacene. De même, autre particularité de cette région est
l'emploi de ces maies carrées dont nous avons trouvé deux exemplaires, l'un dans la
feuille Gabès, l'autre, dans la feuille Kettana ; là , nous ne connaissons pas d'équiva-
lents morphologiques à ces plateaux de pressoir taillés dans des blocs de pierre carrés.

Toutefois, le particularisme ne devait pas exclure l'emprunt. Centré sur l'isthme de


Gabès, cette région de la Petite Syrte est largement ouverte aux influences extérieures42
; reliée à la Byzacene par une voie littorale et par une autre intérieure -celle d'Asprenas
qui la mettait au contact du plus grand terroir oléicole d'Afrique, c'est-à-dire la zone
Thélepte, Sbeïtla. Feriana, Rohia -, la région du golfe de Gabès était encore plus ancien-
nement connectée au monde oriental, plus particulièrement à la Tripolitaine, autre pays
de prédilection de l'olivier. Ainsi, placée au carrefour de ces deux terroirs, elle était
ouverte à toutes migrations y compris celles des techniques oléicoles; en emprunta-t-elle
quelques unes, en adapta-t-elle d'autres?

A.Bechraoui : "La vie rurale dans les oasis de Gabès (thèse de doctorat de IIIe cycle), Université de
Tunis, 197O.
De même, au sujet des sols et de leur aptitude à la culture de l'olivier voir:
J. Despois: "La Tunisie orientale. Sahel et Basse Steppe. Etude géographique ". P.U.F., Paris, 1955,
pp.70-74.
(40)
Etymologiquement, le terme a une consonnance grecque; voir : J.P.Brun: " L'oléiculture antique ...',
p. 73, note 27
(41)
Connu - entre autres - à Malte, le trapetum semble y remonter à la période punique . Voir : J.P. Brun: "
L'oléiculture antique ... ", p. 73
(42)
L'importance de l'isthme de Gabès comme voie de passage, de pénétration et de trait d'union a été
clairement développée par J. M. Lassère. Voir :
L. M. Lassère: "Un conflit routier. Observations sur les causes de la guerre de Tacfarinas", Antiquités
Africaines, t. 18, 1982, pp. 21-22.

76
UN LOT DE DIX-NEUF OBJETS EN VERRE
PROVENANT DU CIMETIERE D’AL-GORJANI
Fathi Bahri

Le département islamique du Musée du Bardo1 avait acquis en 1987, suite à une


découverte fortuite, travaux d'aménagement du parc public situé sur l'emplacement de
l'ancien cimetière d'al-Gorjani2, un lot de dix-neuf objets en verre que nous avons
répartis en quatre catégories : trois balsamaires, huit fioles, sept gobelets et une carafe.
L'inventaire qui suit se compose d'un côté technique : description et dimensions de
chaque objet ; et d'un autre historique : rapprochement et comparaison avec les formes
connues à travers les recherches publiées sur le verre en Tunisie aux époques romaine3
et musulmane4.

Ne disposant pas du contexte archéologique, on s'est retrouvé confronté à un


problème d'identification des objets en question surtout que certains présentent des
simili-

(1)
Je tiens à remercier les responsables et le personnel du Musée pour leur aide à la réalisation de ce tra-
vail.
(2)
Cimetière situé au N.O. de Tunis du nom d'Abù l-Hasan Ali al-Gorjani (mort dans la 2ème moitié du
VIIe/VIIIe s.), compagnon du maître soufi Abu 1-Hasan al-Chadili.
(3)
Nous citons les études de M.M. Mohamed Yacoub, Abdelmajid Ennabli et Mme Latifa Slim sur les
verres romains parues dans le Bulletin de l'Association Internationale pour l'Histoire du verre
(B.A.I.H.V.) ,n°6, 1971-72, pp.29-70, 71-84 et 136-151.
(4)
Nous mentionons :
- G. Marçais et L. Poinssot : Objets kairouanais (IXe-XIIIe s.), Tunis. 1952, Livre deuxième : les
verres, pp.371-406.
- Khira Skik : La collection de verres musulmans de fabrication locale conservés dans les musées de
Tunisie, B.A.I.H.V.. n°6. 1971-72, pp.86-102.
- Hamed Ajabi : Les verres musulmans d'origine orientale dans les musées de Tunisie B.A.I.H.V.,
n°6, 1971-72, pp.105-111.

77
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

tudes avec les verres romains. Il nous est difficile dans ces conditions de les attribuer
selon le lieu de la trouvaille, à savoir le cimetière d'époque hafside d'al-Gorjani
d'al
(XIVes.).

I- Balsamaires :

A- Balsamaire en verre de teinte blanchâtre


blanch ;
panse piriforme allongée, séparée du col par un
étranglement ; col court ; fond plat légèrement
bombé ; traces d'irisation à l'intérieur ; partie
supérieure du col détruite.
Dimensions5 : H.T. : 76mm ; D.E. : 17mm
17m ; H.C. :
19mm ; D.B. : 19mm; H.P. : 60mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine6.

B- Balsamaire de forme tubulaire en verre fin


de teinte bleuâtre
âtre comportant deux parties presque
égales : une panse et un col cylindriques; fond plat
légèrement bombé ; traces d'irisation à l'extérieur
de l'objet ; lèvre en partie détruite.
Dimensions: H.T. : 112mm ; D.E. : 22mm ; H.C. :
54mm ; D.B. : 22mm ; H.P. : 58mm.
Cet objet présente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine7.

(5)
H.T. : hauteur totale ; D.E. : diamètre
diamètre d'embouchure ; H.C. : hauteur du col ; D.B. : diamètre
diamèt de la base;
H.P. : hauteur de la panse.
(6)
A. Ennabl: : Les verres romains du musée
mus de Carthage, B.A.I.H.V., pp.81-82 82 (balsamaires n°72 à 103);
L. Slim ; verres romains inédits d'El Jem, B.A.I.H.V., p.142 (balsamaires n°10 et 11).
(7)
L. Slim : Op. cit. p. 140 (balsamaire n°4)
n
A. Ennabli : Op. cit. pp.81-83
83 (balsamaires n°72
n à 103)

78
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

C- Balsamaire de forme tubulaire


t en verre
fin de teinte verdâtre
âtre se composant d'une panse et
d'un col cylindriques ; fond plat légèrement
bombé ; traces d'irisation à l'extérieur.
Dimensions: H.T. : 112mm ; D.E. : 18mm : H.C. :
43mm ; D.B. : 24mm ; H.P. : 69mm.
Cet objet présente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine8.

II- Fioles :

A- Fiole en verre brisée


ée et restaurée de teinte
bleu clair ; panse large et aplatie séparée du col,
long et cylindrique par un étranglement ; embou-
embou
chure à lèvre rabattue vers l'extérieur ; fond légè-
légè
rement concave ; traces d'irisation à l'intérieur et à
l'embouchure.
Dimensions9 : H.T. : 128mm ; H.C. : 110mm ;
D.B. : 63mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine10.

(8)
Ibid.
(9)
H.T. : hauteur totale ; H.C. : hauteur du col ; D.B. : diamètre
diam de la base.
(10)
M. Yacoub : les verres romains des muséesmus de Sfax, de Sousse et du Bardo, B.A.I.H.V., pp.50-56
(balsamaires n°6 à49).
A. Ennabli : Op. cit. pp.83-84
84 (balsamaires n°104
n à 121)
L. Slim : Op. cit. pp. 142-143 (balsamaires n°12 à 16)

79
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

B- Fiole en verre de teinte bleutée


bleut ; panse
large et aplatie séparée du col, long et cylindrique
par un étranglement ; embouchure à lèvre relevée
vers l'intérieur; fond légèrement concave ; traces
d'irisation à l'intérieur et à l'extérieur.
Dimensions : H.T. : 158mm ; H.C. : 130mm ; D.B.
: 44mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine11.

C- Fiole en verre brisée


ée et restaurée de tein-
tein
te blanchâtre ; panse large et aplatie séparée du
col, long et cylindrique sensiblement rétréci vers
l'orifice, par un étranglement ; embouchure à
lèvre rabattue vers l'extérieur ; fond légèrement
concave ; traces d'irisation à l'intérieur et à l'ex-
l'ex
térieur.
Dimensions : H.T. : 150mm ; H.C. : 131mm ;
D.B. : 64mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine12.

(11)
Ibid.
(12)
Ibid.

80
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

D- Fiole en verre brisée


ée et restaurée de teinte
bleu clair, panse large et aplatie séparée du col
long et cylindrique par un étranglement ; embou-
embou
chure à lèvre rabattue vers l'extérieur ; fond légè-
légè
rement concave ; traces d'irisation à l'intérieur.
Dimensions : H.T. : 142mm ; H.C. : 126mm ; D.B.
: 65mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine13.

E- Fiole en verre brisée


ée et restaurée de teinte
blanchâtre ; panse large et aplatie séparée du col
long et cylindrique par un étranglement ; embou-
embou
chure à lèvre rabattue vers l'extérieur; fond légère-
légère
ment concave ; traces d'irisation à l'intérieur.
Dimensions : H.T. : 151mm ; H.C. : 132mm ; D.B.
: 71mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la formee et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine14.

(13)
Ibid.
(14)
Ibid.
81
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

F- Fiole en verre assez épais de couleur vert


bleuté se composant d'une panse, assez volumi-
volumi
neuse de forme triangulaire qui s'arrondit à la base
dont le fond est légèrement concave, et d'un long
col tabulaire aboutissant à une embouchure à lèvre
rabattue vers l'extérieur.
Dimensions15 : H.E. : 115mm ; H.I.C. : 110mm ;
P.H. : 52 ; P.D. : de 20 à 52mm ; C.H. : 59mm ;
C.D. : 20mm ; Cl.D. : de 31 à 33mm ; E. : de 5,5 à
5,9mm : O.D. : 16mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine16. Certes G. Marçais et L.
Poinssot mentionnent17 trois flacons assez sem-
sem
blables aux fioles F. G et H. de notre lot et notent
que ces objets «par leur silhouette et leurs dimen-
dimen
sions ressemblent fort aux balsamaires des IIe I et
IIIe s. ap. J.-C..
C.. découverts dans tout l'empire romain. Seul le lieu de la trouvaille per-
per
met d'attribuer ceux-cici à un atelier d'époque musulmane aussi peu novateur que pos- pos
sible»18 . Néanmoins, ne disposant pas du contexte archéologique des trois flacons
acquis à Kairouan par H.-H. cAbd al-Wahhab,
Wahhab, nous ne pouvons leur attribuer une datation
data
précise en se basant uniquement sur le lieu de la trouvaille.

G- Fiole en verre assez épais, brisée et res-


taurée, de couleur vert clair. Elle se compose
d'une panse assez volumineuse de forme triangu-triangu
laire légèrement arrondie sur les bords et dont le
fond est plat ; et d'un col se rétrécissant vers une
collerette à lèvre, partiellement détruite, relevée
vers l'intérieur. Traces d'irisation à l'intérieur et à
l'extérieur.
Dimensions : H.E. : 115mm ; H.I.C. : 107mm ;
P.H. : 50mm ; P.D. : de 21 à 50mm ; C.H. : 60mm :
C.D. : de 17 à 21mm ; Cl.D. : de 29 à 30mm; E. :
7mm ; O.D. : 9mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de la
forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine19.

(15)
H.E.: hauteur extérieure;; H.I.C.:
H.I.C.: hauteur intérieure et au centre; P.H.: panse hauteur,
hauteur P.D.:
panse diamètre; C.H. : col hauteur ; C.D. : col diamètre; Cl.D. : collerette
llerette diamètre;
diamètre E.: épaisseur;
O.D.:orifice diamètre.
(16)
L. Slim : op. cit. p. 140 (balsamaire n°3)
(17)
Dans la collection de H. -H.
- cAbd al-Wahhab ( "objets kairouanais"" . fasc.2,
fasc.2 pp. 396-397).
(18)
Ibid., p.396

82
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

H- Fiole en verre assez épais, brisée et res-


taurée, de couleur vert bleuté. Elle se compose
d'une panse assez volumineuse de forme
sphé-rique
rique et dont le fond est plat ; et d'un col long
se rétrécissant vers une collerette à lèvre rabattue
vers l'extérieur. Traces d'irisation à l'intérieur et à
l'extérieur.
Dimensions : H.E. : 128mm : H.I.C. : 122mm ;
P.H. : 49mm ; P.D. : de 65 à 74mm ; C.H. : 70mm ;
C.D. : de 22,5 à 31mm : Cl.D. : de 37 à 38mm;
E. : 7mm ; O.D. : 20mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de la
forme et des dimensions avec les balsamaires
d'époque romaine20.

III- Gobelets :

A- Gobelet en verre, brisé


bris et restauré, de
teinte verdâtre ; forme tronconique allongée légè-
légè
rement évasée vers l'embouchure ; fond concave.
Dimensions21 : H.T. : 121mm ; D.F. : 34mm ;
D.O. : 49mm ; E : 2mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les gobelets
d'époque romaine22.

(19)
L. Slim : Op. cit., p.140 (balsamaire n°3)
n
(20)
Ibid.
(21)
H.T. : hauteur totale ; D.F. : diamètre du fond ; D.O. : diamètre à l'ouverture ; E. : épaisseur.
(22)
M. Yacoub : Op. cit., p.36 (gobelet n°2)
n et pp.64-65 (les gobelets n°25 à 37).
A. Ennabli : Op. ci., p.74 (les gobelets n°4 à 18)
L. Slim : Op. ci, pp.145-146
146 (les gobelets n°31 à 36).

83
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

B- Gobelet en verre, brisé


bris et restauré, de tein-
te vert clair ; forme tronconique allongée légère-
légère
ment évasée vers l'embouchure ; fond concave.
Dimensions : H.T. : 121mm ; D.F. : 37mm ; D.O. :
53mm ; E : 1,5mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les gobelets
d'époque romaine23.

C- Gobelet en verre, brisé


bris et restauré, de tein-
te vert clair ; forme tronconique dont l'ouverture
est largement évasée ; fond concave. Traces d'irisa-
d'irisa
tion à l'intérieur et à l'extérieur. Dimensions : H.T. :
114mm ; D.F. : 43mm ; D.O. : 70mm ; E : 3mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de la
forme et des dimensions avec les gobelets d'époque
romaine24.

(23)
Ibid.
(24)
M. Yacoub : Op. ci. p.36 (gobelet n°1)
n
L. Slim : Op. ci. p. 146 (les gobelets n°37
n et 38)

84
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

D- Gobelet en verre transparent légère-


l
ment verdâtre de forme hémisphérique, pré-pré
sentant un léger evasement vers l'embouchure
et un léger resserrement près de la base qui
repose sur un anneau de verre formant pied.
Fond concave. Brisé et restauré ; manquant
des fragments. Traces d'irisation.
Dimensions : H.T. : 85mm ; D.F. : 40mm ;
D.O. : 62mm ; E : 1,5mm.
Cet objet présente des similitudes aux niveaux
de la forme et des dimensions avec les gobe-
gobe
25
lets d'époque romaine .

E- Gobelet en verre blanc, orné


orn
de quatre dépressions, présentant un
léger evasement vers l'embouchure et
un léger resserrement près de la base
; fond plat. Brisé et restauré : man-
man
quent des fragments ; traces d'irisa-
d'irisa
tion.
Dimensions : H.T. : 86mm ; D.F. :
57mm ; D.O. : 73mm : E : 1,5mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux
niveaux de la forme et des dimen-
dimen
sions avec
vec les gobelets d'époque
romaine26.

(25)
M. Yacoub : Op. cit., pp.60-62
pp.60 (les gobelets n° 17 et 18)
A. Ennabli : Op. cit., p.74 (gobelet n°19)
(26)
M. Yacoub : Op. cit., p.34 (gobelet n° n 1), p.58 (gobelet n°5), p.60 (gobelet n° 17)
1 et p.62 (les
gobelets n° 1 8 à 20)
L. Slim : Op. cit.. p. 146 (gobelet n°39)

85
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

F- Gobelet en verre blanc de forme carrée


car
présentant des côtés concaves assez prononcés,
prononc
un léger évasement vers l'embouchure et e un
léger resserrement près de la base. Fond légère-
légère
ment concave. Brisé et incomplètement
restauré ; manquent des fragments ; verre irisé.
Dimensions: H.T. : 85mm ; D.F. : 60mm ; D.O.
: ? ; E : 0.5mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux
de la forme et des dimensions avec les gobelets
d'époque romaine27.

G- Gobelet en verre blanc, légèrement


légèrement verdâtre présentant un léger évasement vers
l'embouchure et un léger resserrement près de la base. Fond plat. Brisé et restauré; man-
man
quent des fragments ; verre irisé.
Le gobelet se caractérise par un décor géo-
géo
métrique composé de deux losanges symé- symé
triques signalés par un sillon de 6mm de lar-
lar
geur. Chacun des losanges est entrecoupé en
son milieu à la verticale par un sillon de
5mm de largeur, et chaque moitié est occu-
occu
pée par une double ligne de cercles en net
relief de 10mm et de 25mm de diamètre.
Aussi le gobelet est parcouru à l'horizontale
par deux bandes délimitant la double ligne de
cercles. Chaque bande se compose de deux
lignes horizontales distantes de 5mm.
Dimensions : H.T. : 76mm ; D.F. : 40mm ;
D.O. : 74mm ; E : 0,7mm.
Cet objet présente des similitudes aux
niveaux de la forme, des dimensions et sur-
sur
tout du décor avec les gobelets d'époque
musulmane.

(27)
Ibid.

86
Africa XV, Un lot de dix-neuf
neuf objets en verre provenant du cimetière
cimeti d'al-Gorjani Fathi Bahri

çais et L. Poinssot28, Kh. Skik29 et C. Vanacker30 mentionnement des


En effet, G. Marçais
objets en verre dont le décor géométrique se compose d'une double ligne de losanges et
de cercles, une technique qui fut en usage en Ifriqiyya sous les Aghlabides, les
Fatimides, les Zirides et qui pourrait bien avoir continué sous les Hafsides.

IV- Carafe

Carafe en verre légèrement


égèrement jaunâtre ; panse
sphérique ; col étranglé à la base et évasé à l'em-
l'em
bouchure ; fond légèrement concave. Brisé et res-
res
tauré ; manquent des fragments ; verre irisé.
Dimensions31 : H.T. : 175mm ; P.H. : 100mm ;
P.D. : de 73 à 124mm ; C.H. : 75mm ; C.D. : de 19
à 54mm ; E. : 1,5mm.
Cet objet présente
ésente des similitudes aux niveaux de
la forme et des dimensions avec les carafes
d'époque romaine32.

(28)
"Objets kairouanais", fasc.2, pp.387-388
pp.387
(29)
Kh. Skik : Op. cit, p.98 (flacon n°40)
n
(30)
Verres à décor géométrique à Tegdaoust", pp.515-522
pp.515 dans "Tegdaoust III : Recherches sur
Aoudaghost", Campagnes 1960/65 (enquêtes générales), Paris ; Editions recherche sur les
civilisations, 1983, 569 pages.
(31)
H.T. : hauteur totale ; P.H. : panse hauteur ; P.D. : panse diamètre
diamètre ; C.H. : col hauteur ; C.D. : col
diamètre ; E. : épaisseur du verre.
re.
(32)
M. Yacoub : Op. cit., p.45 (fiole n°9).
n

87
Africa XV, Un lot de dix-neuf objets en verre provenant du cimetière d'al-Gorjani Fathi Bahri

Conclusion

Ainsi donc, la presque totalité des objets qui composent notre lot se situe dans la
continuité de l'époque romaine. On ne peut, évidemment, expliquer ce fait par un
manque d'innovation, dans les formes et le décor, de la part des artisans verriers de
l'époque musulmane, par rapport à ceux de l'époque antique. Ils s'agit, beaucoup plus à
notre sens, d'un problème de site. Les objets en verre décrits par Kh. Skik33 furent
découverts au cours de l'aménagement d'une partie de l'ancien cimetière d'al-Gorjani
dans les années 50. A l'occasion de ces travaux, en plus des épitaphes qui couvrent,
entre autres, les époques almohade et hafside, «un lot de monnaies en or frappées au
nom des Mérinides de Tlemcen (VIIIe/XIIIe s. ap. J.-C., des flacons en verre tunisien et
deux plats céramiques, le tout se rapportant au VIIe/XIIIe s. après J.-C.»34. Par consé-
quent, le contexte archéologique, permet de dater du XIVe s. les objets inventoriés par
Kh. Skik.

Par contre, le lot que nous venons d'étudier et qui provient des travaux engagés
dans les années 80 (salle de sport), vu ses ressemblances avec les verres d'époque
romaine, semble appartenir à un niveau d'occupation antique sur le site d'al-Gorjani.
Tout porte à croire qu'il s'agit d'un matériel funéraire comme ce fut le cas des objets en
verre livrés par la nécropole romaine d'El-Jem utilisée aux Ier et IIe s. après J.-C.35. De
ce fait, on peut conclure que le site d'al-Gorjani était déjà occupé à l'époque pré-hafside
et présente, entre autres, une superposition de nécropoles des périodes romaine et
musulmane. Ce phénomène n'est pas spécifique au site d'al-Gorjani, il nous a été signa-
lé à Mactar où une partie de la nécropole mégalithique (numide) puis romaine est occu-
pée actuellement par le cimetière musulman36 ; à Gabès, où on note la supeiposition de
trois nécropoles sur le site de Sidi Boulbaba (punique, romaine et musulmane)37 et à
Gightis, où le tombeau du saint (waliyy) Sidi Salem Boughrara se situe sur la nécropole
punico-romaine38.

En plus du verre islamique et romain, le site d'al-Gorjani a livré un matériel abon-


dant céramique allant du vernis noir d'époque punique, à la céramique à glaçure
hafside39. Situé sur les hauteurs de Montfleury, le site d'al-Gorjani affirme la présence
antique à Tunis et confirme ainsi les recherches de M. Mh. H. Fantar40, qui a relevé les
attestations de la présence punique sur les hauteurs du Belvédère et de la colline de la

(33)
Op. cit., pp.92 à 94 (n°15 à 24)
(34)
S.-M. Zbiss : Corpus des inscriptions arabes de Tunisie, Tunis, 1er partie, 2ème fascicule,
Inscriptions du Gorjani. Tunis, 1962, p.XII de l'introduction.
(35)
L. Slim : La nécropole romaine de l'actuelle place publique d'El-Jem, Africa III - IV, 1969-1970,
pp.244-245.
(36)
Je dois ce renseignement à M. Mansour Ghaki, qu'il soit vivement remercié.
(37)
Je dois ce renseignement à M. Lotfi Rahmouni, qu'il soit vivement remercié
(38)
Je dois ce renseignement à M. Ali Drine, qu'il soit vivement remercié
(39)
Ce matériel est actuellement dans les réserves de l'INP, il sera prochainement inventorié et étudié.
(40)
"Présence punique et romaine à Tunis et dans ses environs immédiats". Antiquités Africaines, t.14,
1979, pp.55-81

88
Africa XV, Un lot de dix-neuf objets en verre provenant du cimetière d'al-Gorjani Fathi Bahri

Rabta41-. alors que celles de la période romaine se situent vers la sorties sud de la ville
(le temple de Saturne, la nécropole romaine et les tombes chrétiennes du côté de Djebel
Jeloud et de la colline de Sidi Bel Hassen)42.

Nous espérons, grâce à cette modeste recherche et sur la base du témoignage


archéologique, avoir contribué à une meilleure connaissance de Tunis à travers l'occu-
pation du site d'al-Gorjani durant l'antiquité et l'époque musulmane, tout en souhaitant
l'engagement d'une vaste campagne de fouilles afin de jeter toutes les lumières sur le
passé de la Cité.

(41)
Ibid..pp.58-62
(42)
Ibid., pp.67-72

89
FOUILLES D'UN SITE HYDRAULIQUE
ISLAMIQUE DE LA MÉDINA DE SFAX
Les Bassins de Borj al-Q'sar
Adnan LOUHICHI
"...2‫د‬5‫ ا‬3 BC ‫م‬-%‫ ا‬1@ #4‫ و ا‬# 4‫ )@?(  ا‬#‫"و > ب اه‬

٧١‫رض" ص‬H‫ل" @رة ا‬0"‫ل‬0  ‫ا‬

Introduction

Nous exposons dans cette étude les résultats des fouilles archéologiques menées au
courant de l'été 1996 dans un site hydraulique médiéval de la Médina de Sfax. Nous
avons appelé ce site «Les Bassins de Borj al-Q'sar» par référence au nom du quartier de la
Médina qui l'abrite.

Le site de Borj al-Q'sar se trouve à l'angle nord-ouest de la Médina. Au pied du


rempart et plus exactement au bas du mur de l'angle nord-est du Borj, s'étalent aujour-
d'hui deux bassins circulaires, d'allure mastoc , mais qui se rachètent aux yeux de l'ob-
servateur par l'harmonie géométrique de leurs contours (fig. 1). Pendant longtemps ces
monuments se dérobèrent aux regards, dissimulés sous le bitume du grand parc de sta-
tionnement de la Société Régionale de Transport. En fait, c'est d'une manière fortuite
que l'équipe des ouvriers de l'Institut National du Patrimoine, travaillant sur la restaura-
tion du rempart, déterra, d'abord un pan de mur courbe. Un décapage, superficiel et
rapide, permit par la suite de mettre au jour les arasements des structures hydrauliques
(fig. 2). Ce qui est apparu au départ comme une découverte, s'avéra être en réalité une
redécouverte d'un site jadis connu, et qui est tombé dans l'oubli depuis plusieurs décen-
nies.

* Communication de l'auteur dans le cadre du : Colloque « du Byzacium au Sahel», Université du Centre,


Fac. des L. et Sces H. de Sousse, Département d'Histoire, Sousse 4 au 6 Nov. 1996.

91
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Burj al-Q'sar Adnan LOUH1CH1

fig.1

fig.2

En effet sur un plan au 1/2000e de la Médina de Sfax datant de 1881, on voit au bas
du quartier «Borj el-Qsar», un cercle représentant le bassin-réservoir légende «Feskiah
del-Fendri»1.

(1)
Ce système hydraulique a été également signalé par Monlezun I., L'emplacement de Sfax, Entrait du
Bulletin de Géographie Historique et Descriptive, Imp. Nlle, Paris 1896.
1982 ‫و‬1960 ?@،2‫و‬1‫ @? ج‬P"‫ ر‬.‫ ع‬NC8‫  ا‬Mahfoudh F., La ville de Sfax : Recherche
d'archéologie monumentale et évolution urbaine. Thèse de Doctorat. Sorbonne Paris IV. 1988. 3 vol.,
dactylographiée. Mahfoudh se référé (p. 69 et p. 202) au plan de 1881 et à ces deux auteurs.

92
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Burj al-Q'sar Adnan LOUH1CH1

La courbure est de ce dernier est dessinée en pointillé ce qui indique qu'elle n'était pas
visible. Quant au bassin de décantation, il est représenté entièrement en pointillé.
L'auteur du plan lui donna un diamètre fantaisiste de 18m. (fig.3).

93
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique
lique islamique de la Médina
M de Sfax : Les Bassins de Burj al-Q'sar Adnan LOUH1CH1

Par ailleurs, sur une photographie aérienne


aérienne de la ville de Sfax et environs datant de
1939, on peut également observer à l'œil nu à l'endroit du site, les contours sombres
d'un cercle ceignant une dépression, ce qui correspond à notre grand bassin. A quelques
200m plus au nord, se trouvent, en outre, les vestiges nettement visibles, d'une deuxiè-
d
me instatllation hydraulique, composée, elle aussi, de deux bassins ronds, sur laquelle
nous reviendrons plus tard (fig. 4-5)
4 5) Mais on note à ce propos que J. M. Solignac
semble n'avoir pas eu connaissance de l'existence de ces monuments de Sfax. Ils ne
figurent guère du moins, sur sa carte des «Installations hydrauliques arabes (du VIIIe
V au
2
Xe siècles J. - C. inclus) en Byzacène
B ».

fig. 4

fig.5

(2)
Solignac J.M. , Recherches sur les installations hydrauliques de Kairouan et des steppes tunisiennes
du VIIe au XIe siècle (J.C.), Alger, 1953, (fig. 1 p. 9).

94
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique
lique islamique de la Médina
M de Sfax : Les Bassins de Burj al-Q'sar Adnan LOUH1CH1

LE SITE AVANT TRAVAUX

L'installation hydraulique est composée


composée de trois grandes sturctures architecturales

- deux bassins circulaires, l'un grand, l'autre, petit, accolés


accolés et communicants entre
eux (fig. 6)

- au grand bassin est rattachée


rattach du côté sud-est,
est, une citerne oblongue voûtée (fig.7).

Une minime partie du sud du grand bassin et près


pr de la moitié
ié de la citerne se trou-
trou
vent à l'intérieur du Borj.

fig.6

fig.7

95
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Burj al-Q'sar Adnan LOUH1CH1

En effet , trois murs est et le mur sud de ce dernier sont construits de manière à
intégrer partiellement ces structures hydraulyques (fig. 1). Cet agencement plutôt parti-
culier, de l'installation hydraulique entre l'intérieur et l'extérieur de la médina, pose un
certain nombre de problèmes. Celui qui paraît de prime-abord être d'un grand intérêt sur
le plan archéologique est la grande dénivelée entre les sols actuels à l'intérieur et à l'ex-
térieur du rempart. Si les arasements des bassins se trouvant à l'extérieur du Borj sont à
quelque 40 ou 50 cm de profondeur par rapport au sol actuel, ceux de l'intérieur sont à
plusieurs mètres de profondeur.

Quelles seraient l'explication et la signification de cette dénivellation?

Avant d'aborder les autres problèmes que pose le site, il serait utile de décrire la
configuration générale du Borj et d'essayer d'en tirer quelques enseignements.
Le Borj forme une partie saillante dans cette ville fortifiée. Il apparaît comme un
appendice prolongeant l'angle ouest de la façade septentrionale de la Médina de Sfax.
Ses murs et ses tourelles, décrivant des renfoncements et des avancées, accusent la
monumentalité de l'édifice.
L'espace intérieur du Borj, dont le côté sud est non délimité par un mur, ne se distingue
aujourd'hui en rien, du reste de la ville. Une ruelle, longeant les remparts des côtés est,
nord et sud, contourne une masse compacte de maisons.
Le côté ouest formant une sallie de 30m par rapport à l'alignement occidental de la
médina, est flanqué, au sud d'une tourelle hexagonale et au nord, d'une tourelle quadri-
latérale.
Le mur nord du Borj est droit. Il est muni au milieu d'une tourelle carré . Il enjambe à 3
m à l'est de cette tourelle, le mur du grand bassin et se prolonge dans ce dernier . La
longueur totale de cette partie du mur, superposée au bassin, est de 15m. Elle retranche à
l'intérieur une petite portion du cercle du bassin atteingnant au maximum 2m,5 de
segment. Du côté est, le mur du bassin passe sous l'encoignure des murs g. et d. respec-
tivment de 3 et 6 m de long. Le mur d. est en partie posé directement sur le mur du bas-
sin. Le mur e. de 1 3m de long, de direction nord-est, sud-ouest, enjambe la voûte de la
citerne dans un sens presque diagonal . Près de la moitié de cette citerne se trouve ainsi, à
l'abri du Borj. Au-delà de ce mur e. il y a une porte en saillie. Le mur b de direction
est-ouest , forme une espèce de palier de 11m de long, élargissant la partie sud du Borj
(fig. 8).

En partant de cette analyse succincte du Borj et de sa superposition à l'installation


hydraulique, nous pouvons soulever un certain nombre de remarques et de problèmes :
- nous sommes avec le Borj d'un côté et les bassins de l'autre, en présence de deux
niveaux archéologiques distincts ; l'antériorité du plus bas ne faisant, à priori, l'objet
d'aucun doute.
- La largeur du Borj se dégrade en allant du sud vers le nord. Elle varie de 75 m au
sud à 55 m au nord. Cette dégradation s'effectue sur trois paliers successifs à partir de la
porte.
- Les enfoncements et les avancées dans toute la partie est et nord-est ont-ils
pour seul objectif de retrancher derrière les murs de la fortification une partie de la citer-
ne de puisage et une partie du bassin réservoir?

96
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

- L'installation hydraulique était-elle encore en fonction lors de la construction du


Borj ?
- Le Borj a-t-il été construit d'un seul tenant ou bien est-ce qu'il est passé par diffé-
rentes étapes?

Fig. 8 : Plan des zones fouillées

97
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

LA FOUILLE
En tenant compte des diverses contraintes urbaines, nous sommes parvenus à déli-
miter une zone d'environ 5000 m2 pouvant être concernée par la fouille. Nous avons
implanté, sur cette surface formant le site Borj al-Q'sar, un carroyage de direction nord-
sud avec des mailles de 10 m x 1 0 m (fig. 8)

La fouille devait nécessairement s'étendre sur deux parties distinctes. En effet, les
murs du Borj, qui abritent toute cette partie sud des installations hydrauliques, forment
une espèce de frontière concrète entre deux contextes archéologiques très différents,
mais appartenant cependant au même site. Ceci nous amène à définir deux secteurs : un
secteur extra - muros et un secteur intra-muros.

Le secteur extra-muros

Il s'agit de ce terrain s'étendant sur environ 50 m vers le nord à partir de la base du


rempart du Borj. Les deux bassins et la citerne de puisage se trouvent pratiquement à
l'extrême limite est du secteur. L'espace disponible pour la fouille se réduit ainsi de ce
côté aux carrés : El. F1, E2, F2. Quand au côté ouest, plus dégagé, les sondages ont
porté sur les carrés : C4, C5, C6, B3, B4, B5, B6 et A3, A4 (fig. 8). A ces sondages
s'ajoutent les dégagements effectués sur les pourtours des deux bassins, afin d'améliorer
quelque peu le décapage effectué comme on l ' a dit par l'équipe des ouvriers de la res-
tauration. Nous avons également entamé la couche de remplissage du bassin de décanta-
tion et par endroits seulement, celle du grand bassin . L'extension des sondages s'est
faite au fur et à mesure de l'avancement des travaux.

Il s'est avéré, dès le début de la fouille, que cette partie du site est non stratifiée
étant donné que les structures apparaissent avec le décapage des couches formées par la
chaussée d'asphalte. Il est probable aussi que rien n'a subsisté au niveau du sol de la
stratification des différentes occupations éventuelles du site à cause de toutes sortes de
travaux modernes à caractère urbain.

Il est question pour nous par conséquent, d'appréhender d'emblée des structures
excavées constituant les éléments d'une installation hydraulique. Mais précisons, qu'en
dépit de l'absence d'une stratigraphie, nous distinguons deux grandes catégories de
couches. Il y a, d'une part, les couches de remplissage des bassins et de la citerne de
puisage et d'autre part, celles se trouvant en dehors de ces structures.

Les couches de remplissage :

Tout semble indiquer à partir des sondage F2, E3, C4. et particulièrement E5 et 6
correspondant au bassin de décantation, que les bassins ont servi de dépotoir durant une
très longue période. Dans ce remplissage, il n'a pas été possible de discerner une quel-
conque stratigraphie interne. Il y a partout la même terre brune ou grise qui devient, à
partir de 30 cm de profondeur, boueuse. Dès qu'on atteint les 60 ou 70 cm de profon-
deur, l'eau commence à suinter à travers de multiples petites sources inondant
progressivement les sondages (fig. 9).

98
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina
M de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Fi g. 9

Le matériel
ériel recueilli est des plus disparates . Les tessons de verre industriel par
exemple, ou les tuiles de type moderne se rencontrent aussi bien au sommet qu'au bas
de la couche. Dans la céramique, nous reconnaissons différentes sortes, allant, de la
céramique contemporaine de Qallala, à de rares tessons
tessons de facture médiévale, en passant
par d'autres aussi rares, d'époque hafside, ou encore par des tessons un peu plus nom-
nom
breux de maïolica marbrée, vert et crème du 18e siècle et polychromes de Qallaline du
18e siècle également (fig. 10-10 11-12). Cette couche contient, en outre, d'importants
déchets de forge.

Les couches extérieures

Dans les abords des structures hydrauliques, il y a une terre brune ne comportant
que très
ès peu de matériel. Des os ovins ou bovins, de la céramique commune, des scories
de fer se rencontrent ça et là en nombre restreint. Le même problème de montée de l'eau
se présente ici3.

(3)
Les sfaxiens nous renseigne Magdiche, se heurtèrent
heurt à ce problème quand,
uand, sur l'ordre de Ali Pacha
(1740-1756),
1756), ils eurent à chercher un site convenable à la construction d'un bassin hydraulique. Ils
creusèrent
sèrent dans plusieurs endroits nous dit-il
dit il et à chaque fois ils furent contraints d'abandonner
l'entreprise à cause de la montée de l'eau de la nappe phréatique.

99
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Fig. 10

Fig. 11 : Céramique hafside XIVe s.

Signalons que plusieurs tranchées,


traversant le site dans diverses directions
et comportant des cables électriques ou
des canalisations, sont comblées, avec une Fig. 12 : Céramique à refléts métalliques
terre tamisée rapportée. Xe-XI es.

100
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina
M de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Le bassin de décantation

C'est un cercle de 8m,4 de diamètre


diamètre intérieur et de 10 m de diamètre extérieur. Sa
profondeur serait d'environ 3m,5 d'après le résultat obtenu grâce à une sonde que nous
avons enfoncée dans la vase jusqu'au radier. Il est muni de six contreforts intérieurs dis-
dis
posés à égale distance l'un par rapport à l'autre. Chaque contrefort est constitué de deux
parties. A la paroi interne du bassin adhère un mur d'épaulement, dont le haut est courbé
cour
en arc. De 1m,6 de largeur et de 20 cm d'épaisseur, il forme l'appui d'un demi-cylindre
demi
de 60 cm de rayon, coiffé d'une demi-calotte
demi calotte sphérique. L'arc et les côtés de
l'épaulement constituent une sorte de boudin flanquant le demi-cylindre
demi cylindre et coiffant la
demi-calotte sphérique.

Le bassin de décantation
écantation semble avoir été à l'origine entouré par un glacis de pro-
pro
tection et d'écoulement des eaux. Les vestiges de ce glacis, Us 200, se trouvant au nord et
à l'est du bassin, indiquent en même temps, le niveau séparant la partie émergente de la
partie enfouie du bassin. Le sol du glacis décrit une pente légère se déclinant vers le
bassin (fig. 13 et 19).

Fig. 13
Le grand bassin

Egalement circulaire, il mesure 31m,50 de diamètre


diamètre intérieur et 33m,30 de dia-
dia
mètre extérieur. On peut estimer sa profondeur à environ 3 m. Cette donnée nous est
fournie par la profondeur à laquelle se trouve le trou de communication entre la citerne
de puisage et ce bassin.
La paroi est de 90 cm d'épaisseur.
épaisseur. Elle était surmontée d'une margelle ceinte à sa base
d'un boudin de protection en quart de cercle. Il ne reste
reste plus actuellement que quelques
traces du boudin par endroits (fig. 14).

101
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina
M de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Au stade actuel de la fouille, nous ne sommes pas en mesure d'avoir une idée id
précise sur les contreforts de ce grand bassin. Mais d'après les vestiges apparents, nous
savons qu'ils sont intérieurs et extérieurs. Leur agencement n'est pas très clair non plus.
En effet, nous notons des irrégularités dans la diposition des quelques contreforts
co res-
tants.

Fig. 14

Les contreforts intérieurs


intérieurs sont identiques à ceux du petit bassin (fig. 15).
contrairement aux contreforts extérieurs qui sont tout à fait différents. Un contrefort
extérieur est composé d'une assise cubique sur laquelle repose une calotte quart-sphé-
quart
rique ; le tout est accolé à la paroi externe qui est légèrement oblique (fig. 19).

Fig. 15

102
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina
M de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

La jonction des deux bassins

Les deux côtés


ôtés accolés des deux bassins sont à 70 cm l'un de l'autre. L'épaisseur
totale de la jonction est de 2,40 m . Elle est formée par l'épaisseur des murs des deux
bassins en plus de la longueur de la jointure. L'écart de l'ouverture est de 1,30 m
(fig. 16) .

Fig. 16

La citerne de puisage

Elle est située


ée au sud du grand bassin
et légèrement à l'est de l'axe formé par les
deux bassins.
C'est une chambre voûtée ûtée en berceau de
10 m de long et 2m,5 de largeur Sa pro- pro
fondeur est d'au moins 3 m car, c'est à ce
niveau, que se situe le trou de communi-
communi
cation avec le grand bassin (fig. 17).
Cette citerne est parfaitement accolée au
grand bassin ; sa paroi nord étant formée
par une portion de celle de ce dernier.
dernier Fig. 17

103
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina
M de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Fi g. 18

Extérieurement,
érieurement, trois marches diposées sur toute la longueur du côté est, permettent de
monter sur le toit de la voûte, percée de trois orifices de puisage de 45 à 50 cm de dia-
dia
mètres . Les cordes des utilisateurs ont laissé des entailles profondes
profondes sur les parois des
margelles (fig. 18).

M2 et US 3 : vestiges d'un impluvium?

Du côté
ôté ouest du site, dans l'espace inclu entre la tourelle nord-ouest
nord ouest du Borj et le
grand bassin, nous avons mis au jour des vestiges formés par un mur, M2 , et un sol ,
US 3, correspondant à ce qui subsiste d'un troisième bassin éventuellement (fig. 19).
M2, est un mur de direction ouest-est
ouest est d'abord droit, sur 8m,5 de long à partir de la base
de l'angle nord-est
est de la tourelle à laquelle il est accolé, puis décrivant une courbure
vers le nord d'environ 9 m de segment. Si on complétait le tracé géométrique de la cour-
cour
bure, on obtiendrait un demi-cercle
demi cercle de 12 m de rayon (fig. 20). M2 est de 72 cm d'épais-
seur et de 40 cm de hauteur, bâti sur une assise de fondation de 95 cm d'épaisseur et de
20 cm de profonceur.
Seule la face intérieure du mur est couverte d'un enduit de 2,5 cm d'épaisseur.

US 3 est un sol particulièrement


particulièrement bien conservé dans la partie ouest et que nous
avons suivi, le long d'une tranchée sud-nord
sud nord de 19 m de long, dans une vaine recherche
du mur nord opposé à M2 (fig. 19). Ce sol est formé d'une couche de mortier à base de
chaux de quelques 6 cm d'épaisseur,
d'épaisseur, posée sur un sol de préparation de caillous lié au
mortier de 15 cm d'épaisseur. Il décrit une légère pente, en allant, du nord vers le sud et
de l'ouest vers l'est (fig. 21).

104
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina
M de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Fig. 19

105
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina
M de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Ad
Adnan LOUHICHI

Fig. 20

Fig. 21

106
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

M 60 : vestiges d'un abreuvoir ?

M 60 est un mur se trouvant à


5 m à l'est de la citerne de puisage
(fig. 19). Il décrit une courbure qui
formerait la portion d'un cercle. De
40 cm d'épaisseur , il est construit
en pierres liées avec un mortier
argileux. Il est en très mauvais état
de conservation à cause de la mon-
tée de l'eau (fig. 22). Sa présence
au pied de la citerne et sa maçonne-
rie grossière, nous incitent à penser
qu'il s'agit là, des vestiges d'un
abreuvoir destiné aux bêtes de trait.

Les matériaux de construction

Le bassin de décantation, le
grand bassin et la citerne de puisage
sont construits en moellons bruts
reliés par un mortier de chaux, bien
blanc, de texture compacte et dure.
L'enduit pariétal est constitué d'une
couche de 4 à 5 cm d'épaisseur. Il
est composé d'un mélange de chaux
étanche et de tuileaux fins. La face
de cet enduit est lissée par un lait de
chaux raffinée, formant une mince Fig. 22
pellicule de quelques millimètres d'épaisseur. Signalons que les parois portent les traces
de deux couches superposées d'enduit. La couche supérieure appartient sans doute à une
phase de restauration de l'installation hydralique.
M2 est également construit en moellons mais, le liant et l'enduit sont constitués de
chaux, mélangée avec une forte proportion de sable. La solidité et l'étanchéité ne sem-
blent pas avoir formé le souci des constucteurs de cet autre bassin.

107
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Le secteur intra-muros

C'est un sondage de 7,5 m x 3 m situé au-dessus de la citerne de puisage. Cet


endroit forme actuellement l'unique espace où nous sommes sûrs de ne pas rencontrer
d'égoûts et de canalisations diverses. Le sol de la médina est à la cote 9m,98, alors
qu'à l'extérieur, la citerne se trouve à + 3 m (fig. 19).
Les résultats obtenus doivent être considérés provisoirs étant donné que nous n'avons
pas encore atteint le niveau de la citerne.
Ce sondage a révélé l'existence au-dessus de notre installation hydraulique, de vestiges
d'habitat. Des vestiges qui appartiennent à priori à des époques où cette installation a
cessé de fonctionner.

Nous avons constaté la présence d'une superposition de 3 niveaux d'occupation ;


matérialisés pour chaque niveau, par un sol ou par une margelle. Il y a donc là, le shéma
classique d'un site ayant été longuement occupé. Mais, il présente à cet endroit précis
quelques particularités, qu'il serait utile de souligner de prime-abord :

- Les murs est et nord de nos unités d'habitat s'adossent au rempart du Borj ce qui
les a sauvés de la destruction. Ainsi, une analyse de l'appareil permettrait également de
distinguer divers niveaux de construction.
- l'inextensibilité et l'exiguïté de l'espace nous contraignent à une vue incomplète
et limitée par les limites mêmes du sondage.
- Nous avons par conséquent des pans de murs que nous ne pouvons pas suivre,
des portions de sols dont nous ne connaîtrons pas l'étendue réelle.
- Seule la moitié nord du sondage, c'est-à-dire celle située entre les murs M 108 et
M 102, est concernée par la stratification des niveaux d'occupation.
- La partie sud du sondage (entre les murs M 114 et M 108), où la fouille est encore
au stade préhiminaire, ne sera pas prise en considération dans cette étude.

Le niveau d'occupation I

Le niveau supérieur est concrétisé par un silo? (US 105) de 1m.5 de profondeur et
de 1m,20 de diamètre . Les pierres de la margelle apparaissent à 1m,90 de profondeur
(fig. 23-24).

Les niveaux d'occupation II et III

Le niveau III le plus profond est constitué par le sol d'occupation US 120 limité au
sud par le mur M 108 et situé à 5m,07 d'altitude (4m,91 de profondeur).

Le niveau II est constitué par les sols US 114 et US 115 situés tous deux presque à
la même profondeur ( - 3m,54 et - 3m,56), c'est-à-dire à + 6m,44 et à + 6m,42. Us 115
est parfaitement superposé au sol du niveau III US 120 . Il s'agit ici de deux salles voi-
sines que nous avons en partie seulement. Elles sont délimitées par les murs s'adossant
au rempart, au nord M 102 et à l'est M 103 et M 106. M 118 forme le mur de séparation
entre les deux salles (fig. 25).

108
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique
ue islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Fig. 24

L'appareil

L'appareil se caractérise
érise par deux types de matériaux, la pierre et la brique,
employées séparément ou ensemble. Il s'agit de cette pierre calcaire, très commune
qu'on extrait dans les carrières de la région. Quant à la brique, elle est plutôt d'un genre
bien particulier. Elle est composée de plâtre gris. Son calibre est de 28 cm x 12 cm x 5cm.

109
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Fig. 25
L'emploi des deux matériaux ne semble pas du tout arbitraire, car, pour les murs ados-
sant au rempart, c'est toute la partie inférieure qui est construite exclusivement en moel-
lons. Elle est plus large que le haut des murs et s'élève jusqu'à 1m,50 au dessus du sol,
formant ainsi, un soubassement. L'appareil supérieur est constitué par contre, de moel-
lons revêtus d'un parement en briques; un appareil allégé, qu'on pourrait expliquer par le
souci des constructeurs d'éviter une poussée forte contre le rempart (fig. 26).
Dans les murs de cloison, la pierre et la brique sont employées ensemble d'une manière
qui ne semble pas répondre à un problème architectonique particulier.
L'enduit de revêtement des murs est constitué d'un mortier de plâtre, identique à celui
dont on se sert pour fabriquer les briques.
Les sols sont formés d'un pavement en briques revêtu d'une fine couche de plâtre . Le
sol du fond du silo du niveau I a reçu le même type de pavement.

110
Africa XV, Fouilles d'un site hydrauliq
ique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Eléments de datation

Un panneau de plâtre sculpté :

Il s'agit en fait d'un grand frag-


frag
ment de panneau (US 109) trouvé trouv in-
situ sur le mur M 102. C'est probable-
probable
ment ce qui subsiste d'une grande frise
de plâtre en forme de panneaux, ornant
le haut du mur (fig. 26) Notons, qu'une
couche de remblais à cet endroit, à
livré deux petits fragments semblables.
Ue panneau mesure 107 cm de long, 60
cm de large et 6 cm d'épaisseur. Il est
chargé d'un décor végétal et épigra-épigra
phique en relief dont les creux portent
des traces de peintures rouges
ro et vertes.
L'écriture est de type coufique. En
petits caractères, elle se trouve à l'inté-
l'inté
rieur d'un bandeau de cartouches en
forme d'étoiles situées en haut du pan- pan
neau, à quelques centimètres de la bor- bor
dure. Chaque cartouche renferme la
même formule, al-mulku mulku lillah, le
règne appartient à Allah. Sur le registre
inférieur, malheureusement très abimé,
nous identifions un mim long et des
hampes qui correspondraient à des alif
et des lam. Lee coufique dont il est Fig. 26
question ici, est le coufique fleuri.
C'est le cas du mim long incurvé et se terminant par une demi-feuille
demi feuille à trois lobes (en
bas à gauche fig. 27), des alif-lam? entrecroisés aux extrémités bilobées.

Fig. 27

111
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Mais on a également un alif se terminant par un biseau simple (en bas à droite fig. 27).
Les couples de demi-palmettes à trois lobes forment l'élément essentiel du décor végétal
du registre supérieur. Ces derniers couronnent les branches supérieures du bandeau
d'étoiles. Le décor du registre inférieur est touffu et plutôt fin formant ainsi, un arrière-
plan pour les lettres au relief plus prononcé.
La combinaison de l'arabesque végétale et de l'épigraphie d'un côté, et, certains traits
spécifiques propres au coufique fleuri ifriqiyen, tels que, la feuille à trois lobes termi-
nant le min long, ou le biseau de la hampe, d'un autre côté, nous autorisent à dater ce
panneau dans une fourchette chronologique, allant, de la fin du Xe siècle au milieu du
XIIe siècle.

Une bourse de dirhams :

Cette bourse a été trouvée à 2m,93 de profondeur sur le mur M 118 séparant US
114 de US 115. Elle contient 35 pièces de monnaie d'argent (fig.28-29). De la bourse, il
ne reste que des fibres adhérant à quelques pièces (fig.29, n°31-32) .
Il s'agit de dirhams carré en argent. Le lieu de frappe (Tunis), indiqué sur trois pièces,
permet de dater ce trésor entre la fin de l'époque almohade ifriqyenne et la fin du règne de
Abu Zakaria.
J'ai confié les analyses de laboratoire d'une pièce d'argent et des fibres à Naceur Ayed
et l'étude numismatique à Lotfi Rahmouni * Voici les résultats de leurs travaux :

«Analyse des fibres textiles recouvrant le trésor :


(fouilles de Sfax 15 juillet - 17 Août 96)

L'observation au microscope optique, montre que la fibre est constituée de 30 à 35 fils torsadés Le tissu
est du type toile.
L'analyse élémentaire d'un fragment de fibre montre que celle-ci est très contaminée par le cuivre, la sili- ce
et le calcium surtout ; elle paraît minéralisée. L'absence pratiquement de soufre, laisse penser que la fibre est
végétale car ; la soie et la laine contiennent obligatoirement la kératine riche en soufre. La nature de la fibre, lin
ou chanvre, reste à préciser et elle nécessite un traitement particulier pour être analysée étant donné qu'elle est
fortement minéralisée.
Analyse d'une pièce de monnaie : Analyse élémentaire
Ag : 88.65 %
Cu: 5.12 %
Cette pièce correspond à un alliage d'argent de composition Mo: 0,71 %
intermédiaire entre celle des bijoux d'argent (80% Ag et 20 % Cu) et Fe : 0,35 %
des médailles ou vaisselles d'argent (95% Ag et 5 % Cu). Un B: 0,35 %
ensemble d'éléments (molybdène , fer, plomb, arsenic ...) accompa- Pb: 0,32%
gnent ces métaux composants l'alliage. Bi: 0,19%
Les traces de malachite verte dérivée du cuivre et de l'oxyde d'argent
As : 0,12%
marron, ont été nettoyés avant d'effectuer cette analyse sur la pièce Zn : 0.08 %
décapée au citron et grattée à l'aide d'un bistouri». Naceur Ayed. Al: 0,05 %

*Je remercie vivement mes amis Naceur Ayed, Professeur de Chimie à l'Université de Tunis et Directeur
du Laboratoire des Colorants Naturels, Département de Chimie, et Lotfi Rahmouni, numismate, attaché
de recherches à l'INP. qui ont bien voulu contribuer à l'approfondissement de l'étude de ce trésor.

112
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

« Un trésor de monnaies almohades provenant de Sfax *

Au cours d'un sondage effetué dans un angle de la citadelle de Sfax, un lot homogène de 35 mon-
naies a été porté au jour. Cette trouvaille se compose de «dirhams» carrés en argent, dont certains étaient
en pelote. Les traces du tissu de la bourse qui les contenait, étaient encore visibles sur la patine de cer-
taines pièces.

Dans leur totalité, ces monnaies présentent la même légende en cursif naskhi, rappelant des prin-
cipes doctrinaux des almohades, sans toutefois, la mention du souverain, ni de la date de frappe (1) .
Cependant, sous la troisième ligne du revers de certains numéraires, nous avons la mention des ateliers
d'émission. Le Terminus ante quem nous est suggéré d'une façon particulière, par Tunis comme ville de
frappe, sur quatre monnaies. Sous les almohades, Tunis ne figurait pas parmi les quelques rares ateliers
connus (2) , ce qui nous aiderait à placer ces frappes, vers la fin de l'époque almohade et le début de
l'époque hafside, c'est-à-dire vers la fin du XIIs. et la première moitié du XIIIe s. (fig.28-29).

La plupart des monnaies sont d'une frappe hâtive, plutôt médiocre et peu élaborée. Cette opinion
est confirmée par des légendes hors flan, souvent obliques, et des «carrés» de cisaillement irrégulier .
L'aloi n'est pas toujours de bonne qualité, tel que le prouvent les pièces fourrées. Ces séries monétaires
auraient été émises par un atelier itinérant, à caractère militaire, servant à la paie des troupes(3).

Ce lot, représenterait vraisemblablement, les économies égarées d'un soldat parcimonieux.

N. Alelier Métal Poids Dimensions

1- Constantine Ar. gr. 1,30 1,6 x 1,6


2- Constantine Ar. gr. 1,30 1,6 x 1,6
3- Constantine Ar. gr. 1,20 1,4 x 1,3
4- Tunis Ar. gr. 1,30 1,7 x 1,4
5- Tunis Ar. gr. 1,20 1,6 x 1,5
6- Tunis Ar. gr. 1,10 1,7 x 1,4
7- Tunis Ar. gr. 1,03 1,8 x 1,5
8- Tunis ? Ar. gr. 1,30 1,7 x 1,5
9- Tunis ? Ar. gr. 1,20 1,7 x 1,5
10- Tunis ? Ar. gr. 1,20 1,7 x 1,4
11- Sans Ar. gr. 1.30 1,7 x 1,6
12- Sans Ar. gr. 1,30 1,6 x 1,5
13- Sans Ar. gr. 1,30 1,5 x 1,5
14- Sans Ar. gr. 1.30 1,6 x 1,5
15- Sans Ar. R. Trèfle gr. 1,25 1,5 x 1,5
16- Sans Ar. gr. 1,20 1,5 x 1,5
17- Sans Ar. gr. 1,20 1,5 x 1,4
18- Sans Ar. gr. 1,20 1,5 x 1,4
19- Sans Ar. gr. 1,20 1,5 x 1,4
20- Sans Ar. gr. 1,20 1,5 x 1,3
21- Sans Ar. ( pièce fourrée ) gr. 1,10 1,7 x 1,7
22- Sans Ar. gr. 1.10 1,6 x 1,6
23- Sans Ar. gr. 1,10 1,6 x 1,4

113
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

24- Sans Ar. gr. 1,10 1,5 x 1,3


25- Sans Ar. gr. 1,02 1,6 x 1,5
26- Sans Ar. gr. 0,97 1,4x 1,4
27- Sans Ar. gr. 0,90 1,8 x 1,6
28- Sans Ar. gr. 0,80 1,8 x 1,4
29- Sans Ar. ( pièce fourrée ) gr. 0.80 1,7 x 1,5
30- Sans Cu gr. 0,80 1,5 x 1,5
31- Sans Ar. gr. 1,30 1,4 x 1,3
32- Sans Ar. gr. 1,40 1,4 x 1,3
33- Sans Ar. gr. 1,20 1,5 x 1,5
34- Sans Ar. gr. 1,30 1 , 7 x 1,5
35- Sans Ar. gr. 1,30 1 , 3 x 1,3 «

Lotfi Rahmouni

*Nos remerciements vont à notre collègue A. Louhichi pour nous avoir confié l'étude de ce trésor moné-
taire ; nos remerciements vont aussi à H. Ajjabi, pour ses utiles suggestions.
1 - H. H. Abdul-Wahab, Annuqud al arabiyya fi-tunis, Tunis 1968 , p. 34-35 ; H Ajjabi, Jamiî al-masku-
kat al arabiyya bi-Ifriqiya, T. 1, Tunis 1988, p. 26-27.
2- ibid., p. 27 et note 17.
3 - H.H. Abdul-Wahab, (1968) p. 149.

114
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique
ue islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Fig. 28

115
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Fig. 29

116
Africa XV, Fouilles dun site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Le glacis Us 200 et les vestiges du bassin impluvium, M2, Us 3, forment deux


témoins archéologiques permettant de comprendre comment se faisait à l'aval, l'ali-
mentation en eau des bassins.
Le glacis tout en protégeant des infiltrations la paroi extérieure du bassin de décantation,
forme un sol sur lequel s'écoulent les eaux. L'impluvium , ce dispositif qui recueille les
eaux de pluie, doit être plutôt interprété comme un élément subsidiaire et probablement
tardif par rapport à l'installation principale.

Cependant, une ville où la pluviométrie ne dépasse qu'exceptionnellement les 250


mm par an, ne pouvait sans doute pas se satisfaire uniquement des eaux tombées du ciel et
recueillies par un impluvium ; quand bien même il serait grand.

Contrairement à l'avis inconsidéré d'un Abu Hamid Andulsi qui dote Sfax d'une
rivière célèbre par sa beauté4, tous les textes anciens convergent vers l'évocation du
problème essentiel de la ville, celui de la soif5. Un passage de Magdiche, l'historien
sfaxien, nous aide, bien que fort tardif, mieux que tout autre, à situer avec précision la
nature du problème de l'eau à sfax. Le pays affirme-t-il «est traversé par plusieurs
oueds; dés que la pluie tombe, de grandes crues se forment, leurs eaux irriguent les
terres, arrivent tout près des remparts et puis elles se déversent dans la mer bien que les
hommes aient cruellement besoin ne serait-ce que d'une part de ces eaux gaspillées»6.
Les constructeurs de l'installation hydraulique semblent avoir été guidés dans leur choix
du site par les spécificités géographiques et climatiques de la région. Les bassins
devaient être sur les rives des oueds vers l'aval.

Cela suppose qu'on canalisait l'eau des oueds vers le bassin de décantaion, ou
peut-être, d'abord vers l'impluvium. Les dispositifs hydrauliques qui auraient servi à
cette opération de drainage, nous sont totalement inconnus. Peut-être d'ailleurs, qu'il n'
y a jamais eu de canaux et autres conduites en matériau dur. Il fallait probablement creus-
er rigoles et tranchées d'appoint à chaque crue, pour maîtriser tant bien que mal, les
eaux de torrents, aussi impétueux, qu'éphémères.
..

A moins de 200 m plus haut, vers l'amont, se trouve sur un axe sud-est, nord-ouest,
cette autre installation hydraulique d'un modèle identique au premier, mais de dimen-
sions un peu plus modestes (bassin de décantation : 8m,70 de diamètre, grand bassin : 20m).

(4)
«Sfax est une ville entourée de remparts et située au milieu d'une forêt d'oliviers, elle a une rivière-
dont on célèbre la beauté et qui se déverse dans la mer ...»
'adjâib el-makhloukal. Abou Hamid Andolsi, Extraits Inédits Relatifs au Maghreb (Géographie et
Histoire) trad. et annotés par E. Fagnan 1924, p. 44.
(5)
Ils parlent de citernes qui fournissent aux habillants l'eau nécessaire. Ibn Hauqal, Surat al-ardh, éd.
Lugduni Batavorum Apud. E.J. Brill 1967, p.71.
1928 NT 5‫ ا‬U ‫  ا اه‬31  V‫  ا‬31 N ‫ أ‬P X‫ر ا‬
Fadl Allah Omari, Mesalik El-Abçar. Fagnan 1924, p. 77 p. 49
«... s'il ne pleut guère, alors, miséricorde du Ciel! L'Ifrîkiya est bien dépourvue tant pour le boire que
pour le manger ...» , Ibn Zembel. Tohfat el-Molouk, Fagnan 1924, p. 161.
(6)
Magdiche, T2 p. 179.

117
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Cette disposition rappelle tout à fait celle des bassins de Sidi ed-Dahmani et des bassins
des Aghlabides de Kairouan, situés à 950 m au nord de la Porte de Tunis. La ressem-
blance ne s'arrête pas là ; les deux groupes de bassins kairouanais, sont distants l'un de
l'autre de 181 m, à l'instar de ceux de Sfax.
Est-ce une simple coïncidence? Ce parallèle établi au niveau du plan de répartition des
masses, plutôt pointu, et les parallèles bien évidents relevant de l'appartenance de nos
deux systèmes au type de réservoirs de plan circulaire, nous engage à avancer une pro-
position de datation7.

Le choix du site démontre que les bassins du Borj al Qsar étaient destinés à fournir
en eau potable les habitants de la ville de Sfax. Si nous admettons cette constatation ,
nous admettrons aussi, le rapport de la cause à l'effet qu'il y a, entre le système hydrau-
lique et l'édification des remparts.

Nous sommes plutôt bien renseignés sur la date de construction des remparts.
L'écho d'une campagne de grands travaux, ayant pour objectif de protéger Sfax par une
enceinte et de la doter d'une grande mosquée se répercute à travers une série de textes.
Le plus ancien en serait les «Manâqib de Abu Ish’âq al-Jabaniany» de Abu L- Qâsim al-
Labidi mort en 948-49 à l'âge de quatre-vingt ans. Ce dernier attribue l'édifcation de la
grande mosquée de Sfax et de ses remparts en briques crues au grand père même de
Abu Ishaq, Ali ibn Salem, frère de lait du célèbre imam Suh'nun8. C'est vers 850 , sous
le règne de Muhammad Ibn Abu Iqâl al-Aghlab (841-856) que fut achevée la construc-
tion de la grande mosquée et peut-être d'une bonne partie des remparts . Le réseau
hydraulique a dû figurer en tant que composante fondamentale dans l'ensemble de ce
projet urbain de grande envergure qui a en définitive fixé la configuration de la ville.
Est-il l'oeuvre d'Abu Ibrahim Ahmad (856-863 J.-C.) bâtisseur des fameux bassins des
Aghlabides de Kairouan et de bien d'autres ouvrages hydrauliques et défensifs?

Le plâtre sculpté, de la fin de l'époque ziride, ou, peut-être , légèrement posté-


rieur, date les deux sols contemporains US 114 et US 115. La bourse du soldat, remontant à
la période almohade, épisode ifriqyen s'entend, ou, au plus tard, au règne de Abu zaka-
ria, fondateur de l'état hafside, donne de par sa position sous le niveau I, le terminus
post quem pour ce niveau du silo.

A partir de ces éléments de datation, pouvons-nous conclure que le système


hydraulique a déjà cessé de fonctionner vers le XIe siècle? Ou doit-on envisager que
seule la partie intérieure du système a été concernée, par un éventuel arrêt de fonction-
nement?, c'est-à-dire qu'on l'aurait condamnée intentionnellement. Ou, doit-on encore
penser que le système était tout à fait défectueux lorsqu’on lui a superposé les murs du
Borj?

(7)
Tout en gardant à l'esprit cependant que l'installation de Sidi ed-Dahmani remonte vraisemblable-
ment au règne du Calife Omeyyade Hicham (724-743 J.-C.), celle des aghlabides ne fut réalisée que plus
d'un siècle plus tard. Elle date de 862 J.-C., la dernière année du règne d'Abu Ibrahim Ahmad.
(8)
Les passages relatifs aux remparts et à la grande mosquée de Sfax ont été exploités par Marçais G. et
Golvin dans le cadre de leur étude sur la mosquée de Sfax. Marçais G., Golvin L., La Grande Mosquée de
Sfax, notes et documents vol.III (Nlle Série) I.N.A.A., Tunis, 1960, également par Golvin L. dans, Essai
sur l'architecture religieuse musulmane Tome 3, 1974, p. 162 et suiv.

118
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique
ue islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

En fait, il est difficile d'imaginer des constructeurs d'un ouvrage défensif


d s'ingé-
niant à bâtir des murs très lourds au-dessus
au dessus d'un bassin et d'une voûte sans aucune rai-
rai
son singulière.

L'analyse de la forme générale


générale du Borj, indique que c'est à dessein, que le rétrécis-
rétrécis
sement par paliers de la partie nord de cette fortification a été agencé. Les constructeurs
devaient intégrer partiellement le système hydraulique de manière à y avoir accès de
l'intérieur et ils devaient par surcroît, le faire sans supprimer la possibilité du puisage de
l'extérieur.

La façon
çon dont les murs du Borj superposés au système hydraulique
hydraulique ont été dessinés,
dessi
plaide également en faveur de cette hypothèse. L'obliquité du mur est afin d'enjamber
d'enjam la
voûte de la citerne de puisage dans le sens diagonal (fig. 17), les deux contreforts formant
les points d'appui à cette autre partie du mur nord passant au-dessusdessus du grand bassin
(fig. 30), ainsi que le coude central de ce mur contreboutant la poussée, sont autant
d'éléments relevant d'une volonté manifeste chez les constructeurs de garantir la stabilité
des deux ouvrages superposés (fig. 19). De telles telles précautions, auraient été par-par
faitement superflues si les bassins et la citerne étaient hors d'usage et remblayés au
moment de l'édification de la structure fortifiée. La partie nord du Borj correspondrait
plausiblement, à une phase d'agrandissement
d'agrandissement de l'ouvrage et il fallait, accommoder les
exigences de l'architecture défensive à celles de l'hydraulique (fig.31).

Fig. 30

119
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique
ue islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Une telle opération,


ération, est à mettre vraisemblablement sur le compte d'une impérieuse
réorganisation de la défense de la ville dans laquelle, le facteur eau potable fut le point de
mire. Est-ce
ce aussi à cette occasion qu'on a consolidé l'étanchéité des bassins par une
deuxième couche d'enduit?

Fig. 31

120
Africa XV, Fouilles d'un site hydraulique islamique de la Médina de Sfax : Les Bassins de Borj al-Q'sar Adnan LOUHICHI

Ces travaux auraient été exécutés, d'après les données en notre possession, à un
moment qu'il faudrait situer entre le milieu du IXe siècle et le début du XIIe siècle au
plus tard.

S'agit-il de cet épisode de quelques 40 ans, entre 1059 et 1099, pendant lequel,
Sfax, sous la conduite de Hammu Ibn Malil a pu maintenir une indépendance totale vis-
à-vis du pouvoir ziride de Mahdia et a su conjurer la malveillance des Maliens?

Le principicule de Sfax, s'étant allié avec des arabes 'Adi et Atbag, poussa l'auda-
ce en 1063 jusqu'à marcher contre Mahdia même. Par la suite, la ville a dû subir deux
éprouvants sièges (en 1083 et 1086) effectués sans succès par l'armée du ziride Tamim.
Ce n'est qu'en 1099 que ce dernier parvient enfin à reprendre la ville.

L'incorporation partielle du système hydraulique au Borj est-elle l'oeuvre de ce


fameux Hammu? Forma-t-elle une composante de sa stratégie défensive? Rien bien
entendu ne permet dans les faits archéologiques précis de soutenir une telle hypothèse,
mais, nous pensons à cette séquence historique, qui s'intègre bien dans le cadre chrono-
logique dégagé, comme étant susceptible de par la dynamique locale qu'elle a dû géné-
rer d'avoir favorisé une entreprise semblable. Rappelons bien que Hammu, en signe
d'exaltation de sa souveraineté, a frappé sa propre monnaie et a effectué des travaux
notables dans la grande mosquée de la ville9.

Les données de la fouille du secteur intra-muros nous autoriseraient à penser que le


système hydraulique était hors d'usage vers le XIIe siècle.

Sfax demeura privée d'une réelle infrastructure hydraulique jusqu'à l'arrivée des
almohades. Magdiche nous renseigne10 que les sfaxiens souffrant énormément du
manque d'eau potable présentèrent leurs doléances au calife Mohammed En-Nacir
(1199-1214) lors de sa campagne ifriqyenne contre l'almoravide Yahia Ibn Gania.
Le Calife donna alors l'ordre de construire, à quelques centaines de mètres au nord de la
ville, un réseau de 365 citernes, autant que les jours de l'année. Il leur suffit de consommer
le contenu d'une citerne par jour dit-il!

(9)
Idris R. H, La Berbérie Orientale sous les Zirides Xe-XIIe siècles, Paris 1962. Marçais, Golvin,
Golvin 1974, p. 165, une inscription de 1085 se trouvant sur la façade orientale de la grande mosquée
glorifie les travaux accomplis par Hammu. Il aurait même fait marteler les noms de ces prédécesseurs sur
d'autres inscriptions.
(10)
Magdiche T. 2p. 180.

121
LA CÉRAMIQUE FATIMIDE ET ZIRIDE DE MAHDIA
D'APRÈS LES FOUILLES DE QASR AL-QAÏM*
Adnan LOUHICHI

La céramique musulmane d'époque médiévale d'Ifriqya n'a que très rarement été
appréhendée en rapport avec un contexte archéologique bien déterminé. Il s'agit le plus
souvent d'études portant sur des pièces de céramique isolées qui interpellent l'attention
et l'intérêt de l'historien de l'art d'autant plus que le décor qu'elles présentent est riche
en motifs figuratifs. La littérature archéologique en la matière porte essentiellement sur
ce que les musées tunisiens renferment comme céramiques imposantes1 . L'histoire de
la fondation d'une cité, le plus souvent bien attestée, celle, de son abandon, plutôt
souvent controversée, fournissent en général les termini ante quem et post quem qui cir-
conscrivent les pièces dont la provenance est connue, dans une fourchette chronologique
plus ou moins large. L'analyse et l'interprétation des compositions décoratives permet-
tent quelque peu d'affiner les datations attribuées. Ainsi Raqqada, avec ses deux
grandes périodes aghlabide et fatimide et Sabra Mansurya, fondation fatimide, forment-
elles la plupart du temps, les cadres historique et chronologique d'une grande partie de
nos céramiques médiévales. Ceci s'explique surtout par les travaux archéologiques qui
ont concerné particulièrement ces deux sites Kairouanais. D'autres sites tels que
Abbassya et la ville de Kairouan n’ont bénéficié que de quelques travaux limités2.

* Contribution de l'auteur au VIe Congrès International sur la Céramique Médiévale en Méditerranée,


Aix-en-Provence, 13-18 Nov. 1995.
(1)
Les expositions n'échappent pas à la règle également. Il y a bien un lot de pièces aghlabides et fatimi-
do-zirides qui a systématiquement été, ou presque, de toutes les expositions de par le monde. Nous
excluons toutefois “Couleurs de Tunisie” (1994) dont l'intérêt réside justement dans les pièces inédites,
médiévales tardives et modernes. Nous nous devons de préciser qu'il n'est nullement dans notre intention
de minimiser l'apport et l'utilité des publications en question mais plutôt de souligner le type de préoccu-
pations intellectuelles auxquelles elles s'attachent. Elles ont le mérite d'avoir contribué à faire découvrir
la richesse et la particularité (par rapport à l'orient musulman) de la céramique d'Ifriqya.
(2)
Les références bibliographiques sont assez nombreuses et dépassent le cadre de cette communication.
Voir “Couleurs de Tunisie” 1994, la série d'articles de Marçais “Contribution à l'étude de la céramique
médiévale”, bibliographie supra.

123
Africa X,. La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUH1CH1

Dans l'ensemble de la production céramique ifriqyenne, celle de la période fatimi-


do-ziride a eu le plus de faveur auprès des chercheurs ; sans doute parce qu'elle conduit
à l'intéressant débat sur les sources mêmes de l'art céramique fatimide d'orient et aussi
parce qu'elle se démarque par ses décors parfois figuratifs, voire historiés pour un petit
nombre de pièces .

Mahdia par contre, fondée par le fondateur même de la dynastie fatimide, Obeid
allah al-Mahdi, n'occupe qu'une place mineure dans la littérature archéologique sur
l'Ifriqya fatimide. Une méconnaissance qui trouve sa justification dans la modestie des
fouilles effectuées sur ce site. Tous les ouvrages traitant de l’art fatimide, reprennent à
quelques variantes près, les mêmes informations, au sujet de vestiges d'un palais attri-
bué tantôt à al-Mahdi, tantôt à son fils et successeur al-Qaïm ; deux attributions procé-
dant néanmoins de données hypothétiques3 .
La céramique recueillie lors de ces travaux de dégagement dirigés alors, par
S.M.Zbiss n'a fait l'objet d'aucune étude. Les réserves de Mahdia renferment -leg des
dits travaux- un énorme lot de mobilier comprenant tessons de céramique, de verre et
autres matériaux provenant soit du secteur nord du palais, soit des citernes et des unités
architecturales non datées, s'alignant sur le côté sud en contrebas du site.

La fouille récente de l'Institut National du Patrimoine est encore à ses débuts. Elle
intéresse trois secteurs du site : un au sud-est, un autre au nord-est et un troisième dans
une position centrale située à l'est de l'entrée monumentale. Nous nous baserons dans
cette étude, essentiellement sur la céramique du secteur III. Un contexte archéologique
assez complexe dans la mesure où les fouilles ont démontré l'existence d'une succes-
sion de niveaux, allant des débuts de l'occupation fatimide jusqu'au XIX e siècle.
Une analyse succincte des structures de ce secteur, nous permet de distinguer cinq
grandes phases ayant chacune une signification chronologique et pouvant conduire à la
définition de trois périodes4 .

1) La période fatimido- ziride

- la phase I :
Les structures murales dont quelques unes forment des unités cohérentes, en l'oc-
currence deux salles oblongues disposées parallèlement l'une par rapport à l'autre -par-
tiellement dégagées- constituent une aile orientale du palais .

(3)
la mise au jour par Mustapha Zbiss dans les années cinquante d'un bâtiment muni d'une entrée en
avant-corps, comparable à celle de la grande mosquée de Mahdia ou à celle du palais d'Achir construit en
947 J.C, a permis à G. Marçais d'avancer l'idée qu'il s'agit là des ruines du palais d'al-Qaïm, dont l'ent-
rée d'après al-Bakri, était tournée vers l'est et se dressait en face du palais du père fondateur al-Mahdi,
tourné vers l'ouest ; une vaste place de parade les séparait. G. Marçais tout en notant l'exposition plutôt
nord de cette entrée saillante, donc non conforme au texte d'al-Bakri, propose aussi de voir dans le fort dit
Borj el-Kebir- dont la largeur prononcée de la base suggère l'existence d'une construction primitive-
-l'emplacement du palais d'al-Mahdi. A. Lézine de son côté ignore l'exposition indiquée par al-Bakri et
identifie les vestiges de ce bâtiment nord comme étant ceux du palais d'al-Mahdi. Quant au palais d'al-
Qaïm, il se situerait selon lui quelque part vers le nord en contrebas du premier. (Voir Zbiss 1956 : 80 à 84,
Marçais 1954 : 78-79, Lézine 1965 : 61-62, 1968 : 45-46).
(4)
Il y a eu depuis 1989 trois campagnes de fouilles. Les résultats de la première campagne ont été
publiés. Voir Ajjabi 1991, Moudoud 1991, Louhichi 1991.

124
Africa X,. La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUH1CH1

Il s'agit d'une construction ex-nihilo qui ne laisse planer aucun doute quant à son
appartenance aux tous débuts de l'installation fatimide.

- la phase II :
Elle semble survenir après une période de destruction et d'abandon assez longue.
Elle correspond à une réfection et à une modification substantielle touchant la fonction
même de certaines unités du palais5. La cloison mitoyenne entre les deux salles dispa-
raît. Une salle unique, pavée de briques pleines, occupe à présent l'ensemble de l'espace
des deux salles oblongues.

Dans l'angle nord-est se trouve un four bâti en briques rouges réfractaires. La


couche de remplissage de ce dernier, une terre noircie par les cendres et contenant une
grande quantité d'os en majorité ovins et d'écaillés de poissons nous permet de définir
cet espace comme étant celui d'une cuisine.

2) La période post-ziride

- la phase III :
Elle prend place après une période d'abandon, sur les ruines mêmes du palais. Il
s'agit vraisemblablement de petites unités d'habitation. Les murs construits en pierres
de moyennes et petites tailles, sommairement équarries et liées par un fragile mortier de
terre noire, détonnent à côté de ceux des phases précédentes qui attirent le regard par
leur grand appareil de pierres taillées.

- La phase IV :
Une phase de construction et d'occupation très tardive. Elle se caractérise par des
structures murales grossières et précaires révélant une évidente dégradation des tech-
niques architecturales par rapport à la phase précédente.

3) la période d'abandon :

- la phase V :
Elle correspond à l'abandon définitif du site et à son utilisation partielle en tant que
cimetière musulman.

La première période comprend les phases 1 et 2 . Elle correspond auxonoments où


le palais a existé en tant que tel. La date de la fondation de Mahdia 308 h- 921 J.C est à
priori toute indiquée pour donner le terminus post quem de la phase I. L'année 543 H-
1148. date à laquelle Roger de Sicile s'empara de Mahdia, serait le terminus ante quem de
cette première période.

(5)
Il semble que les monuments de la ville aussi bien civils que religieux ont été en général mal entrete-
nus et presque abandonnés après le transfert de la cour fatimide à Sabra-Mansuriya. Un peu plus de cent
ans plus tard, les zirides ont dû procéder à de grands travaux de restauration et de réfection avant la réoc-
cupation des lieux . Par exemple, l'extrémité méridionale de la plate-forme et le mur de la quibla de la
grande mosquée se seraient écroulés à une date qu'il faudrait placer entre 1016, date du massacre des Shi
ites dans la salle de prière encore en service, et 1057 date du retour des zirides. D'autres travaux auraient
concerné aussi l'arsenal (Lézine 1965 : 122.123).

125
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

On est tenté également d'expliquer les deux phases par des événements fatidiques dans
l'histoire de la ville :

- la fin de la phase I, trouverait son explication dans le départ, en 334 H - 945 - 46 J.C,
du III ème calife fatimide Abu Tahar Ismail et de toute sa cour de Mahdia ; une ville
considérée désormais comme néfaste à la suite de la sanguinaire révolte de “l’Homme à
l’âne”Abu Yazid.
- la phase II correspondrait à ces temps où les zirides, héritiers des fatimides, furent
contraints en 447H-1057 J.C, lorsque les hilaliens envahirent le pays, d'abandonner
Sabra-Mansuriya et de se retrancher dans Mahdia réputée, aussi, inexpugnable.

La deuxième période englobant les phases III et IV, se caractérise par de modestes
unités d'habitation implantées d'une manière plus ou moins précaire sur une partie de cet
espace jadis palatin. Nous pouvons la définir en tant que post-ziride. Le remploi de
matériaux de récupération et l'adaptation d'anciennes structures murales à de nouvelles
dispositions architecturales, fournissent la preuve que ses débuts doivent être situés
bien après l'abandon définitif du palais. Elle prend fin vers le XVIIIe siècle, période à
laquelle - la troisième -, une grande partie du site est devenue un espace d'inhumation
(Louhichi 1991 : 165- 166).

Nous nous devons également de préciser que le site a dû servir pendant une longue
période de “carrière” de pierres taillées facilement récupérables. La fouille nous en a
bien fourni la preuve ; les éboulis étant pratiquement inexistants. Sans doute ont-ils été
réemployés lors de la construction du fort au XVIe siècle6. Les niveaux de la phase 3
survenant à un moment où le palais a cessé d’en être un, ainsi que ceux des phases IV et
V, ont d'autre part largement perturbé le site. A cela s’ajoute des puits d’époque tardive
ainsi que des citernes d'eau dont une fort grande datant de quelques décennies 7.

Ce n'est pas une étude exhaustive que nous proposons dans cette communication .
Il s’agit d'une sélection de tessons exhumés dans le secteur III et appartenant à diverses
couches. Nous avons également choisi une vingtaine de tessons dans le lot des fouilles
de 1952.

Les critères et les données qui ont présidé à ce choix des pièces sont de natures
diverses :

- Notre objectif serait d'essayer de dater la céramique en fonction d'un contexte


stratigraphique. Les niveaux pris en considération sont particulièrement ceux des phases
I et II.

- La sélection n'est pas un reflet quantitatif de l'ensemble de la céramique du sec-


teur III . Nous estimons que la céramique commune représente à elle seule 90 % du lot.

(6)
Il semble que seule l'ossature rectangulaire date du XVIe siècle alors que les bastions qu'on voit aux
angles correspondraient à une adjonction du XVIIIe siècle (Lézine 1968 : 42).
(7)
La presqu’île de Mahdia est dépourvue d'eau en dehors de celle de pluies captées dans un nombre
considérable de citernes.

126
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

Cette dernière est difficilement exploitable d'autant plus que seule une partie minime en
est formée de fragments de bords ou de fonds. La céramique glaçurée est formée quant
à elle en grande majorité de céramique à glaçure monochrome verte.

- Il ne sera donc pas question de présenter une typologie des formes et des décors .
Ils s'agit plutôt d'essayer de dégager à partir de quelques dizaines de tessons les grandes
caractéristiques d'une céramique inédite. Le décor en sa qualité d'expression artistique
visuelle, nous semble être le meilleur moyen de se former une idée générale sur cette
céramique ; c'est pourquoi les tessons les plus richement décorés ont été choisis.

Les pâtes de la céramique commune sont généralement rouges avec de petites


inclusions blanches. Les formes fermées, jarres et cruches, sont les plus nombreuses.
La céramique recueillie dans les couches datées d'avant l'installation de la cour ziride
en 1057, se caractérise par des bords droits ou légèrement éversés ou encore à épaissis-
sement externe très prononcé (fig. 1-2-3). Les décors sont rares, exceptées quelques
moulures en haut de certains cols obtenues par une simple pression du doigt lors du
façonnage (fig.4-5). Elles servent à faciliter la préhension et sont plutôt utilitaires qu'es-
thétiques. Il y a également quelques formes ouvertes à bords droits ou légèrement
retournés vers l'intérieur ou en bourrelet (fig.6-7-8.).

Dans des couches datées d'après leur position stratigraphique de la 2 ème moitié
du XIIe siècle, nous avons une série de cols de jarres courts et larges (90 à 280 mm) .
Les bords sont droits ou éversés. La lèvre est simple ou en bourrelet. Deux tessons por-
tent un décor incisé au peigne formé de sillons parallèles ou ondulés (fig. 9 à 12). Un
unique fragment de panse d'une grande jarre se distingue par un décor incisé et estam-
pé. Un quadrillage à double traits incisé à l'aide d'une tige creuse fendue et un motif
végétal stylisé et géométrique obtenu par impression, sont disposés en registres. Le zig-
zag, la volute, le losange et divers petits motifs de remplissage forment les éléments de
ce décor estampé (fig. 13).

Les pâtes de la céramique glaçurée sont le plus souvent verdâtres mais aussi rosés
ou rouges.
La céramique à glaçure monochrome représente la plus grande partie de la céramique
émaillée (+ des 2/3). Divers tons de verts, plutôt clairs, sont employés. Un ton de vert
vif se distinguant de celui des ateliers de la région de Kairouan, est le plus répandu.

La polychromie est inexistante dans la céramique glaçurée.


Les décors sont toujours traités en brun de manganèse sur un fond d'émail opacifié à
l'étain, généralement crème ou crèrne-verdâtre et rarement franchement verdâtre. C’est
une céramique qui peut être qualifiée de bichrome. L’absence de ce célèbre ton jaune dit
de Raqqada est très notable.
Signalons également la présence de quelques tesson de céramique à décor peint sur cru
sans glaçure ou sous une mince glaçure transparente.

Les formes ouvertes sont les plus nombreuses. Le plat à base annulaire, et à paroi
évasée est le type le plus fréquent.

127
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

Il y a un unique exemplaire de plat à carène, à paroi évasée dans sa partie inférieure et


droite dans sa partie supérieure (fig. 14). C'est une forme caractéristique de Raqqada
(Chabbi 1987: 107.19).
Nous avons par ailleurs très peu de témoins de formes fermées. De rares fragments de
cols ou de parois convexes semblent correspondre à des cruches.

La céramique recueillie dans les couches datées entre la fondation de Mahdia et


l'arrivée de la cour ziride n'est pas abondante. Signalons dans ces couches la présence
significative de fragments de briques émaillées en vert clair. La brique émaillée très fré-
quente dans les couches de remblais de Raqqada, y a également été trouvée in-situ et
datée du Xe siècle.
Quelques rares tessons nous fournissent une idée sur le décor ; à dominante géomé-
trique, ce dernier est généralement conçu en bandeaux répétitifs délimités par des
cercles concentriques. Les bords sont uniformément peints en brun ou zébrés. Les
motifs sont le zigzag, la tresse. Les hachures, les croisillons et les courbes évoquant la
spirale servent comme motifs de remplissage (fig. 15 à 21). Un unique tesson présente
un décor végétal stylisé : une arabesque de rinceaux entrelacés, aux extrémités enrou-
lées en volutes (fig.22).

La céramique issue des couches interprétées comme étant postérieures à 1057 J.C
présente une parenté évidente avec la précédente. Les mêmes motifs de remplissage s'y
retrouvent telles les spirales et les hachures (fig. 23-24). Les motifs géométriques sont
toujours aussi fréquents : la tresse, le losange, le quadrillage (fig.25-26-27).
Si nous n'avons ici aucun exemple de décor végétal nous y avons par contre un décor
animalier. Il s'agit du poisson en bandeau répétitif avec d'épais traits verticaux interca-
laires placés sur la partie droite de la paroi externe de ce plat type "Raqqada" (fig. 14) ou
en grand motif central (fig.28).
Le décor est parfois très simplifié. C'est le cas par exemple de ce motif central d'un plat
formé d'une petite tresse flanquée de deux lignes parallèles de chaque coté (fig.29).

Les tessons choisis dans le lot des fouilles de 1952 présentent des caractéristiques
comparables à celles des couches citées. Bien entendu la variété de motifs que peut
offrir la géométrie est difficile à cerner, mais nous pouvons noter une certaine invariabi-
lité de la disposition du décor.

La tresse, il y en a deux ou trois modèles, entourée de cercles concentriques forme


souvent un bandeau circonscrivant l'ensemble décoratif (fig. 30 à 33 ). Le décor est soit
compartimenté, ce qui donne divers types de quadrillages (fig.34 à 37), soit disposé en
registres avec toujours pour thème principal la géométrie (fig.38-39) se développant
parfois à partir d'un motif central, géométrique également comme l’étoile (fig.40) ou
végétal stylisé (fig.41-42-43) et rarement animalier. Ce dernier n'est représenté que par
le poisson qui semble être un motif stéréotypé, (fig.44). A côté de ces deux modèles qui
sont les plus dominant, il y a le semis géométrique (fig.45) le décor rayonnant (fig.33-
41) et la pseudo-épigraphie (fig.46).

128
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

La céramique issue des fouilles de Qasr al-Qaïm, nous parait en général assez
homogène. Cette homogénéité plaide en faveur de son appartenance à un même centre
de production. A l'époque qui nous intéresse, c'est-à-dire les Xe XI- siècles, on présu-
me l'existence de deux centres de production en Ifriqya, kairouan et Tunis. Mais s 'i l a
été démontré par le biais d'analyses physico-chimiques que la céramique médiévale
issue des sites Kairouanais a bien été produite localement (Louhichi - Picon : 1983 : 55).
il n'en est pas tout à fait de même pour celle des sites tunisois. Pour cette dernière, on
avance surtout des arguments puisés dans les sources écrites8.

A quel centre de production appartient la céramique de Mahdia ? A priori on serait


tenté de l'attribuer à Raqqada, ex-capitale successivement aghlabide et fatimide, centre
de production actif et géographiquement très proche de Mahdia, or l'analyse stylistique
ne nous met nullement sur cette voie. D'abord, le jaune et le vert, typiques teintes des
décors de Raqqada, ne paraissent pas être de mise dans la palette mahdoise. Ensuite, on
note surtout une absence remarquable des thèmes décoratifs qui constituent la tradition
kairouanaise en la matière. La feuille, la palmette, la rosace, l'étoile, l'épigraphie repré-
sentée presque toujours par la répétition du mot "al-mulk" dans une frise ou dans un
cartouche, l'oiseau, sont autant de motifs qui reviennent sous diverses formes dans la
céramique de Raqqada (Chabbi 1987).

La céramique de Sabra qui correspond historiquement à notre phase II, doit sans
doute être étudiée dans le contexte archéologique global de Kairouan. Par ailleurs, Sabra
qui a supplanté vers 950 J.C Raqqada, peut dans une certaine mesure être considérée
comme la dépositaire immédiate d'un savoir faire progressivement élaboré pendant
cette période couvrant le règne aghlabide et la première partie de celui des fatimides.
C'est dans cette cité aussi que les représentations figuratives révèlent une nette évolu-
tion dans l'art de la céramique ifriqyenne.

La céramique de Tunis, du Xe siècle jusqu'à l'avènement des hafsides, reste très


mal connue. Celle découverte à Carthage, provenant dans l'ensemble du site Sainte
Monique et du voisinage de l'église Saint-Cyprien, est partiellement datée de l'époque
de la dynastie arabe des Banu-Zyad (1075-1160 J.C). Dans cette production, on a utili-
sé comme fond de décor une glaçure de couleur crème proche de celle de Mahdia, ou
verte, qui serait d'ailleurs devenue plus courante à partir de la fin du XIe siècle.

Les motifs sont peints en jaune, en vert vif avec des contours bruns, ou en brun. Ils
sont en fait le plus souvent parsemés d'éléments de remplissage comme les hachures,
les écailles, les spirales, les taches... La pseudo-épigraphie, les compositions combinant
flore et géométrie et quelques motifs zoomorphes forment l'essentiel d'un répertoire qui
s'avère en définitive assez caractéristique.

(8)
“ On y fabrique (Tunis) de la céramique de bon colons et de la poterie de si bonne qualité qu'elle res-
semble à l'irakienne importée" (Ibn Hauqal : 73). al-Bakri aussi a parlé d'une céramique commune tuni-
soise de qualité "Les vases qui servent à contenir l'eau et qui sont d'une blancheur éclatante” (al-Bakri:
698)

129
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

Malheureusement les analyses pétrographiques publiées par Vitelli, et portant sur 36


échantillons, ne permettent nullement de confirmer l'hypothèse, tout à fait plausible du
reste, d'une fabrication tunisoise9 .

Le répertoire décoratif de la céramique de Mahdia se caractérise par la simplicité et


l'abstraction voire l'austérité en comparaison avec celui de Kairouan ou de Tunis. Des
traits qui se dégagent à travers toutes ces figures géométriques peu élaborées, parfois
gauchement exécutées.

Les différentes compositions, les motifs et les remplissages forment un type de


décor s'enracinant d'une manière générale dans la tradition ifiriqyenne, mais sans qu'on
puisse pour autant, l'attribuer à l'un de ces centres de production connus ou présumés.

Les parallèles sont nombreux. Ils permettent parfois de constater jusqu'à quel point
des motifs, même très simples, peuvent perdurer. La céramique de Abbassiya datée dans
une fourchette chronologique entre 801 J.C et le Xe siècle (Marçais 1925) présente certains
décors identiques à ceux de Mahdia. Ainsi la tresse circonscrivant le décor, les
quadrillages et les spirales de remplissage, l'échiquier .. se retrouvent aussi bien dans
l'un ou l'autre site. (cf. fig. 20-21-23-36 Marçais 1928 : 39 17B.K. L O. P. Q)

D'autres sites Kairouanais plus tardifs, respectivement Raqqada et Sabra offrent


également plusieurs éléments de comparaison du même genre (cf. fig.36-32-20-23
Chabbi 1987 ; 105 2. Ajjabi 1992-93 : 43 3 et 45.10). Dans la céramique de Carthage
nous rencontrons aussi quelques parallèles tels que ce décor de pseudo-épigraphie ou ce
motif central géométrique et floral (cf. Fig.46-43-40 Vitelli 1981: 126.173, et 128 1.653,
PL. XV 1. 427). La Qala des Banu Hammad, qui correspond historiquement à l'époque
ziride, recèle un matériel céramique dont le répertoire décoratif contient un grand
nombre de motifs très proches ou identiques à ceux de Mahdia surtout au niveau des
remplissages (cf. fig.20-23-30-31-32-45 Marçais 1913 : PL.XI fig. 10-20-21. PL.XIV.
PL. XIX 9).

Quelle est la signification de ces parallèles ? Permettent-ils d'élaborer des déduc-


tions d'ordre chronologique?

En fait, ces parallèles nous permettent surtout de nous rendre compte de l'existence
dans l'art de la céramique, d'un fonds ornemental commun au territoire ifriqyen pendant
cette période du Moyen Age anté-hafside : un territoire qui, pris dans ses dimensions
culturelles, englobe ici, une bonne partie de l'est algérien. Ce qu'il y a de commun se
situe surtout au niveau des détails des remplissages de certains motifs géométriques
génériques et pouvant s'intégrer en tant qu'ornements dans différentes compositions
décoratives.

(9)
Contrairement d'ailleurs à ce que laisse entendre A. Daoulatli dans son compte rendu sur la
céramique de Carthage (A. Daoulatli 1994 : 103). En effet seul un petit groupe a été vaguement
attribué à Carthage/Nabeul. Le groupe 1 ( 1 1 échantillons ) a été attribué à la Tunisie centrale.
Quant aux groupes 5 à 8 , ils sont attribués à l'immense Afrique du Nord... (Vitelli 1981 : 64 - 65 - 132-
135).

130
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

Ainsi les hachures, les zigzags, les zébrures, les spirales, les tresses, les quadrillages ...
se retrouvent aussi bien dans les décors figuratifs de Sabra ou de la Qala que dans ceux
purement géométriques de Mahdia . Cependant les traits distinctifs de chaque atelier ou
centre de production existent aussi, mais ils ne transparaissent qu'à travers la somme
limitée de nos connaissances archéologiques sur chaque site.

Dans cet exemple précis de la céramique de Mahdia, les conclusions chronolo-


giques que nous pouvons tirer des parallèles établis, ne peuvent qu'être dépendantes des
propositions de datations de la céramique médiévale ifriqyenne élaborées à partir de
l'histoire des villes.

Notre essai de dater ce matériel de Mahdia d'après la stratigraphie est limité également
par les problèmes de terrain. L'absence totale d'objets in-situ, la difficulté d'inter-
prétation des couches due à divers facteurs objectifs exposés plus haut, ne nous autori-
sent guère non plus à proposer des datations relatives plus précises que celles inhérentes à
ces péripéties mahdoises des dynasties fatimide et ziride. Faut-il aussi faire des
réserves sur notre explication historique des données archéologiques, vu l'état peu avan-
cé des travaux?

La céramique de Mahdia et particulièrement celle à décor brun sur fond crème pro-
viendrait d'ateliers autres que ceux déjà connus. L'hypothèse d'une production locale
serait tout à fait envisageable.
Nous savons qu'un atelier de poterie s'est installé à un moment donné sur les ruines
même du palais (Zbiss 1956 : 84). Nous avons également trouvé deux ratés de cuisson de
céramique commune dans une couche supérieure. Il s'agit d'un atelier tardif sans doute10
mais à quand remonte cette activité artisanale attestée par l'archéologie ?

La fondation d'une nouvelle capitale est de nature à favoriser l'installation et la


prolifération des affaires commerciales et artisanales .
Le phénomène s'était produit à Abbassiya et à Raqqada aux dépens de Kairouan.
Zaouila, faubourg de Mahdia, s'était formée au Xe siècle ; elle s’étendait à quelque dis-
tance de la Sqifa al-Khahla , l’unique porte de la ville fortifiée. C'est dans cette mou-
vance que se trouvaient les quartiers artisanaux non admis intra-muros. Les données dont
nous en disposons sont d'ordre historique uniquement, mais signalons toutefois la
découverte significative d'un four de verrier d'époque médiévale dans le voisinage
immédiat de ce faubourg. (Marçais - Poinssot 1952 : 373.68)

L’étude de la provenance de la céramique de Mahdia par le biais d'analyses de


laboratoire appropriées permettra sans doute de trancher et d'étendre notre champ d’in-
vestigation dans le domaine de la céramique médiévale ifriqyenne. Les données de
l’ethnologie doivent aussi entrer en ligne de compte.

(10)
A Sabra-Mansuriya aussi ont été mis au jour trois fours de potiers . Ils se trouvent au bon milieu de
l'une des salles d'un palais fatimido-ziride. Bien entendu, ce n'est pas nécessaire de s'interroger et avec
“insistance” comme le fait H. Ajjabi, s 'i l s sont contemporains du palais ou non ( Ajjabi 1992 -93 : 9).

131
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

L'argile exploitée de nos jours par les ateliers de Moknine, est extraite dans les bancs les
plus proches de Mahdia11. S'agirait-il de la même matière première employée jadis par
les céramistes fatimides et zirides?

Bibliographie

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1987, Ministère de la Culture, Tunis, p. 98.107.
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Toulouse. Musée des Augustins, 1995. Paris. IMA. 1994. 320 p. : ill.
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exemple d'application de recherches archéologiques de laboratoire, AFRICA, T. XI-XII,
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G. MARÇAIS : Les poteries et faïences de la Qal’a des Beni hammad (XIe S.) -
Contribution à l'étude de la céramique musulmane-Ed. D. Braham, Constantine 1913,
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G. MARÇAIS : Les faïences à reflets métalliques de la Grande Mosquée de Kairouan.
Appendice : la céramique de Abbassiya, Paris, Geuthner, 1928, 44 p.
G. MARçAIS, L. POINSSOT : Objets kairouanais, Notes et Documents XI, fasc. 1 et 2,
Direction des Antiquités et Arts, Tunis, 1952, 586 p.

(11)
La composition de cette argile est la suivante :
C ao Fe 2o3 Ti 02 K2 o Si 02 Al 2o3 Mxgo M no
2.54 8,48 1.06 2.73 62.17 20,12 2.77 0.0330
(Louhichi 1992-93 : 267)

132
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

G. MARÇAIS : L'Architecture Musulmane d'Occident : Tunisie, Algérie, Maroc,


Espagne et Sicile. Paris, 1954. 541 p.
K. MOUDOUD : Fouilles de Qasr al-Qaïm à Mahdia, Bulletin des Travaux de l'Institut
National d'Archéologie et d'Art, Fasc. 4, Avril-juin 1994, p. 139-159.
G. VITELLI : Islamic Carthage, the archacological, historical and ceramic évidence,
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S. M. ZBISS : Mahdia et Sabra-Mausouriya, nouveaux documents d'art fatimide
d'Occident. Journal Asiatique, 1956, p. 76-93.

Figures

133
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

134
Africa XV, La céramiquefatimide
éramiquefatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

135
Africa XV, La céramique
éramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm
al Adnan LOUHICH1

136
Africa XV, La céramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm Adnan LOUHICH1

137
Africa XV, La céramique
éramique fatimide et ziride de Mahdia d'après les fouilles de Qasr al-Qaïm
al Adnan LOUHICH1

138
UN INSTRUMENT DE TRAVAIL INEDIT DU
CERAMISTE IFRIQIYEN DU BAS MOYEN ÂGE
«le godet-test à glaçures»
Naceur AYED * /Adnan LOUHICHI

Il s'agit dans cet article d'essayer par la voie d'investigations physico-chi-


miques d'identifier la fonction d'une plaquette de faïence à plusieurs godets.

C'est une petite plaque carrée de 6.7 cm de côté et de 2,3 cm de hauteur. Elle
comporte cinq réservoirs ou godets cylindriques de 1,7 cm de diamètre et de 1,9 cm de
profondeur disposés à la manière du cinq des dominos. Elle était munie à l'origine de
quatre pieds de 1,7 cm d'épaisseur dont les traces sont visibles sur trois des angles du
dessous ;le quatrième étant cassé. Un décor incisé de losanges, inscrit dans un rec-
tangle, se trouve sur chacune des quatre parois. La pièce est entièrement revêtue d'une
assez épaisse et brillante glaçure monochrome vert soutenu (fig. 1-2).

Cet objet que nous hésitions à désigner de prime-abord par un nom précis, pro-
vient du site tunisois de l'Ariana Abu-Fihr. Il serait utile de rappeler succinctement le
contexte archéologique de la trouvaille.

Abu-Fihr est le site archéologique de ce jardin princier célèbre et somptueux


d'époque hafside. C'était un vaste et complexe espace d'agrément datant du règne du
Sultan Abu-Abadallah al-Mustansir (1249-1277). Ibn Khaldun dans son «Histoire des
Berbères.» a consacré un long paragraphe à la description de ce jardin et a dépeint l'at-
mosphère de luxiriance qui y régnait :
« ... En somme, les kiosques, les portiques, les bassins de ce jardin, ses
palais à plusieurs étages, ses ruisseaux qui coulent à l'ombre des arbres,

* Professeur de Chimie à l'Université de Tunis. Laboratoire des Colorants Naturels. Département de


Chimie - Biologie Appliquées. Institut National des Sciences Appliquées et de Technologie. Centre
Urbain Tunis Nord.

139
Africa XV, Un instrument de travail inédit du céramiste ifriqiyen du bas Moyen âge «le godet-test à glaçures» Noceur AYED/Adnan LOUHICHI

tous les soins prodigués à ce lieu enchanteur, le rendaient si cher au sultan


que, pour mieux en jouir, il abandonna pour toujours les lieux de plaisir
construits par ses prédécesseurs... » 1 .

Les fouilles qui ont été effectuées dans ce site en 19922 ont permis de délimiter la
configuration précise d'un grand bassin hydraulique et de mettre au jour dans l'extrê-
mité nord de ce bassin, une structure architecturale rectangulaire qui a été identifiée
comme étant , l'un des deux pavillons décrits et situés par Ibn Khaldun3.

Notre objet a été trouvé dans une


couche de remblais de la zone du pavillon.
Nous pouvons dire dans l'ensemble qu'il
date de l'époque hafside car la fouille a
démontré l'inexistence d'une occupation
anté-hafside et nous savons par ailleurs
que ce parc a été abandonné bien avant le
XVII e siècle4.

(1)
Ibn Khaldun, Histoire des Berbères et des Dynasties Musulmanes de l'Afrique Septentrionale, trad de
Slane, Nelle éd., 4 V., Paris 1927, T II p.p. 339-341.
(2)
par Adnan LOUHICHI
(3)
LOUHICHI Adnan, Abu-Fihr , un monument hydraulique hafside du XIIIe siècle : Archéologie et
Histoire, AFRICA XIII, I.N.P. 1995, p.p. 155-181.
(4)
ibid. p. 167.

140
Africa XV, Un instrument de travail inédit du céramiste ifriqiyen du bas Moyen âge «le godet-test à glaçures» Noceur AYED/Adnan LOUHICHI

Les analyses portent sur des résidus observés dans les réservoirs :

- Le réservoir 1 contient une fibre (FEM1 ) et une matière blanc sale adhérant à
la paroi interne ainsi que des points rouge briques situés sur le pourtour de la fente
cylindrique à 3 mm du bord.

- Les autres réservoirs contiennent chacun un peu de cette matière blanc sale
semblable à celle du réservoir 1.

Les prélèvements

Il s'agit des prélèvements suivants :

- un morceau de fibre (FEM1) de 1.5 cm de longueur trouvé dans le réservoir 1


du godet.

- un fragment de terre cuite (GPO1T) de coloration rosâtre extrait de la partie


cassée du godet (côté du réservoir 3),

- un fragment de glaçure verte revêtant la terre cuite (GPO1GT) extrait de la


partie cassée du godet (côté du réservoir 3),

- un fragment de glaçure verte (GPO1G) extrait au niveau de la zone fragmen-


tée du côté du réservoir 3.

- un échantillon (GPO1R) et incluant les points rouge briques décrochés de la


paroi interne du réservoir! (fig. 3).

MÉTHODES D'ANALYSE

Microscopie optique

L'échantillon (FEM1) a été préparé entre lame et lamelle, dans un liquide


optique pour observation longitudinale au microscope.

Spectrométrie de fluorescence X (XRF)

Le prélèvement (FEM1) a été analysé par spectrométrie de fluorescence sous


excitation par les rayons X (XRF) afin de déterminer sa composition élémentaire.
L'échantillon entier, sans aucune préparation préalable, a été déposé entre deux
feuilles de Mylar,. Il a été récupéré après analyse.

L'analyse a été effectuée sur un appareil BAIRD EX-3500 (Baird Europe B.V.).
Les conditions analytiques étaient les suivantes : tension : 20 KV, source : tube rhodium,
collimateur : 3 mm, temps d'enregistrement : 100 s, filtre : 1 (sans filtre), courant : ajus-
té dans chaque analyse pour obtenir le temps mort entre 30 et 40 % .

141
Africa XV, Un instrument de travail inédit du céramiste ifriqiyen du bas Moyen âge «le godet-test à glaçures» Noceur AYED /Adnan LOUHICHI

Microscopie électronique à balayage (MEB)

Les prélèvements de colorant rouge (GPO1R) et de glaçure verte (GPO1G) sont


placés sur une pastille adhésive de carbone collée elle-même sur un support d'échantillon
en aluminium.
Les analyses élémentaires ont été réalisées au moyen d'un microscope électronique à
balayage PHILIPS X 30.

Spectrométie d'absorption atomique (SAA) et plasma à courant continu (DCP)

L'analyse multiéléments a été faite à l'aide :

- d'un spectromètre d'absorption atomique PERKIN ELMER 560.

- d'une torche à plasma PLASMA TORCH DCP-SB (constructeur ARC) munie de


cassettes multiéléments. Le dosage des éléments Hg, As, Sn et Sb se fait suir des
cassettes séquentielles.
La mise en solution pour l'échantillon de terre cuite (GPO1T) est assurée sur 0,05 g de
matière sur laquelle on ajoute 20 ml d'acide nitrique. Pour la matière glaçurée verte
(GPO1GT). la mise en solution a été conduite par fusion alcaline : à 0,05 g de matière
glaçurée. on ajoute 3 g de soude. On assure la fusion pendant une heure. On ajoute
ensuite 20 ml de HCI concentré. On enfiole dans une fiole de 200 ml.

Chromatographie en phase liquide à haute performance (HPLC)

L'analyse a été exécutée sur l'échantillon (FEM1) au moyen du chromato-


graphe HP 1090 équipé d'un détecteur à barrette de diodes (Hewlett - Packard). Pour
déterminer la nature de colorant, l'échantillon entier a été hydrolysé (20 ul de
HCl/MeOH/H2O 2 : 1 : 1. 100 °C. 10 mn). filtré et séché sous vide. Après la dissolu-
tion de résidu sec (20 ul de MeOH/H2O 1:1) l'extrait a été injecté sur la colonne chro-
matographique du type RP-18 (Hypersil BDS. 3 u, 100 x 4.6 mm). L'élution s'est effec-
tué en gradient ternaire H2O/MeOH/H3PO4 à 0,5 %) selon le programme : élution iso-
cratique à10 % H3PO4 ( à 0,5 %) a été constante pendant toute l'analyse. La détection a
été assurée par un détecteur d'absorption UV-Vis (de 190 à 600 nm) à barrette de
diodes (DBD) à la longueur d'onde de 254 nm.

RÉSULTATS ET DISCUSSION

Microscopie optique

La fibre de l'échantillon (FEM1) est de nature végétale ligneuse.

Spectrométrie de fluorescence X (XRF)

Le spectre de l'échantillon FEM1 (spectre 1 ) montre une certaine quantité de


soufre inattendue pour une fibre végétale.

142
Africa XV, Un instrument de travail inédit du céramiste ifriqiyen du bas Moyen âge «le godet-test à glaçures» Noceur AYED /Adnan LOUHICHI

Le soufre peut être sous forme de sulfate SO4-2 et constituer la partie du produit de
traitement de la fibre ou de préparation de la matière se trouvant dans une fente de
godet.

Le calcium et la silice sont des éléments très communs dans la nature et leur
provenance ne peut être déteminée pour le moment avec précision. Les traces du fer
présentes clans l'échatillon sont probablement de la même origine que la s i l i c e
et le calcium. Dans le cas de mordançage au fer de la fibre, les teneurs sont habituelle-
ment beaucoup plus élevées, également cette teneur ne pourrait pas correspondre à une
présence d'encre ferrogallique puisqu'il n'y a aucune trace d'acide gallique.

Microscopie électronique à balayage (MEB)

La poudre blanc sale renfermant des traces de colorant rouge (GPO1R) s'avère
correspondre, d'après l'analyse élémentaire au MEB (spectre I), à une préparation pour
glaçure contenant :
36,34% de plomb,
22,49 % d'étain,

Composition élémentaire de GPO1T

* exprimée en % d'oxydes pondéraux :

SiO2 = 44,96 Na2O = 0,86 CaO=19,3


PbO = 0,74 K2O= 2,88 A12O3 = 10,9
B2O3 = ne MgO = 1,56 Fe2O3 = 5,3
SnO2 = 0,02 MnO = 0,04 TiO2 = 0,58
CuO = 0,04
Total : 87,1

* exprimée en ppm :

P = 662 B ≤ 20 Be = 3
Sb= 10 Sr = 816 Ni = 44
As = 249 Ge = 75 Cd ≤ 2
Hg≤ 5 Cr = 57 Mo ≤ 4
Zn = 66 V= 143 W≤ 10
Ba = 357 Zr=118

143
Africa XV, Un instrument de travail inédit du céramiste ifriqiyen du bas Moyen âge «le godet-test à glaçures» Noceur AYED /Adnan LOUHICHI

Composition élémentaire estimée, par calcul, de GPO1G


(2/5 glaçure + 3/5 terre cuite)

* exprimée en % d'oxydes pondéraux :

SiO2 = 38,4 Na2O = nd CaO = ne


PbO = 36,1 K2O = 6,8 A12O3 = 5,6
B2O3 = 3,8 MgO = ne Fe2O3 = ne
SnO2 = 3,4 MnO = 0,4 TiO2 = 0,005
CuO = 1,4
Total : 95,9 %

* exprimée en ppm :

p = 439 B = ne Be = 3
Sb = 732 Sr=198 Ni = nd
As = 619 Ge= 115 Cd ≤2
Hg= 130 Cr= 182 Mo ≤ 4
Zn = ne V= 173 W≤ 10
Ba = 394

nd : non déterminée ne
: non exprimée

La glaçure verte recouvrant le godet GPO1 extérieurement et intérieurement


(résevoirs) est plombifère puisqu'elle renferme 36,1 % de PbO et 38,4 % de SiO2 . La
présence du bore (3,8 % en B2O3) montre que cette glaçure n'est pas purement plombi-
fère ; elle est mixte (plomb-bore).

Elle est opacifiée à l'étain (3,4 % en SnO2).


12,15 % de calcium,
8,41 % de silicium,
5,52 % de fer,
2,02 % de soufre,
1,72 % d'aluminium
et des quantités moindre de Mg, de Ti, de Cr, de P, de Cl ...
Le plomb est la base de la glaçure plombière, l'étain consitue l'opacifiant , la silice, le
calcium et l'aluminum sont des constituants d'une préparation glaçurée.
Le fer pourrait correspondre au colorant susceptible de donner le jaune après cuisson en
atmosphère réductrice, celle-ci pourrait provenir d'un composé soufré ; la présence du
soufre par le MEB est confirmée par la fluorescence X.
L'analyse de cette matière (GPO1R) contenue dans le réservoir du godet nous fournit la
preuve que la composition est celle d'une glaçure de céramique.

144
Africa XV, Un instrument de travail inédit du céramiste ifriqiyen du bas Moyen âge «le godet-test à glaçures» Noceur AYED /Adnan LOUHICHI

Spectrométrie d'absorption atomique (SAA) et plasma à courant


continu (DCP)

En se basant sur le fait que l'analyse nécessite une quantité de glaçure appré-
ciable (de l'ordre de 0,25 g) et comme un tel prélèvement n'est pas possible sur la
matière archéologique étudiée, nous avons effectué un prélèvement formé de 2/5 de gla-
çure et 3/5 de terre cuite. Ceci est approuvé par l'analyse qui montre que les échan-
tillons (GPO1T) et (GPO1GT) présentent respectivement des teneurs en TiO2, caracté-
ristiques des argiles souvent, qui correspondent en proportion à la valeur de 3/5 dans le
mélange (GPO1GT).

Composition élémentaire de GPO1GT

* exprimée en % d'oxydes pondéraux :

SiO2 = 42,33 Na2O = nd CaO = 9,0


PbO = 14,90 K2O = 4,46 A12O3 = 8,8
B2O3 = 1,51 MgO = 0,45 Fe2O3 = 3,1
SnO2=1,38 MnO = 0,18 TiO2 = 0,35
CuO = 0,60
Total : 85,5

* exprimée en ppm :

P = 573 B = ne Be = 3
Sb = 293 Sr = 569 Ni = nd
As = 397 Ge = 91 Cd ≤ 2
Hg = 52 Cr= 107 Mo ≤ 4
Zn≤ 5 V= 155 W≤ 10
Ba=372 Zr=178

nd : non déterminée

La coloration verte est due essentiellement à la présence d'oxyde de cuivre (1,4


% en CuO). Le fer, le cobalt, le vanadium et le chrome n'interviennent pas dans la colo-
ration : ils se présentent sous de faibles teneurs. L'oxyde de managanèse à raison de 0,4
% en MnO. contribuerait probablement à rendre la coloration verte plus foncée.
Le potassium sous forme de K2O et l'alumine Al2O3 pourraient provenir soit du sable ou
de la matière additive servant à améliorer la qualité de préparation de la glaçure.

145
Africa XV, Un instrument de travail inédit du céramiste ifriqiyen du bas Moyen âge «le godet-test à glaçures» Noceur AYED /Adnan LOUHICHI

chromatographie

Le chromatogramme FEM1 (chromatogramme 1) présente une série de composés


jaunes (max. d'absorption de 320 à 325 nm). Le composé ayant le spectre le plus
caractéristique est la lutéoline qui forme un pic à TR=18,069. Ce composé et un autre
(TR = 19,930) sont les résidus dus à l'inévitable «effet mémoire» de l'injection précé-
dente de l'extrait de genêts des teinturiers.
L'origine n'a aucun point commun avec les produits de référence connus.
Les spectres 2, 3 et 4 des produits correspondant aux TR : 11,186 ; 11,296 et 16,667
sont relatifs aux substances inconnues détectées par UV-Vis.

TABLEAUX RECAPITULATIFS DES RÉSULTATS D'ANALYSE

Echantillon Microscopie XRF HPLC Conclusion


FEM1 fibre végétale S, Ca, Fe, Si une série de colorants non
ligneuse composés jaunes identifiés
non identifiés
fibre trouvée sous la fibre
dans le réservoir végétale

Echantillon MEB SAA DCP Conclusion


GRD1,2 glaçure plombifère préparation
poudre contenue dans Pb, Si, Sn, Fe, Ca, Al. glaçurante contenant
le réservoir le fer et l'étam.
GRO1G glaçure plombifère glaçure plombifère
glaçure verte colorée en cuivre

Conclusion

L'ensemble des techniques analytiques utilisées, ayant démontré que la matière


contenue dans un des réservoirs a bien une constitution de glaçure, nous porte à croire qe
le godet correspond vraisemblablement à un instrument servant à réaliser des tests
préparatoires de glaçures destinées à être employées dans la décoration de la céramique.
L'hypothèse d'un encrier est ainsi infirmée à cause de l'absence d'encre et de fibre ani-
male (fils de laine ou de soie). Ces fils qui s'imprègnent d'encre et l'empêchent de cou-
ler même si l'encrier se renverse.

146
Africa XV, Un instrument de travail inédit du céramiste ifriqiyen du bas Moyen âge «le godet-test à glaçures» Noceur AYED /Adnan LOUHICHI

La glaçure émaillant la plaquette est plombifère à caractère borique, opacifiée à l'étain


et colorée aux oxydes de cuivre et de manganèse.

La présence d'un tel objet dans ce contexte royal fermé s'expliquerait par la
présence d'artisans travaillant pour le compte du Sultan. Nous savons d'après Az-
Zarkasi que les travaux de réalisation du projet Abu-Fihr furent de très grande envergu-
re et qu'ils durèrent dix-huits ans, 1250 à 12675. Il y a lieu de penser que notre «godet
test» date de cette période des travaux.

La fouille nous apprend également que la marqueterie de faïence a été


largement employée dans la décoration architecturale. Cette plaquette à godets aurait
donc servi à contenir la mixture d'échantillons de glaçures de différentes couleurs
dont on voulait essayer les tons . Les cinq godets correspondent-ils aux cinq principales
couleurs de la marqueterie de faïence à savoir, le blanc, le bleu, le vert, le jaune et le
brun/noir? N'oublions pas d'ailleurs que ce type de céramique de revêtement était tout à
fait à ses débuts au XIIIe siècle - à son stade expérimental dirions nous- et que cet
exemple d'Abu-Fihr forme à ce jour, le plus ancien témoignage de son emploi à Tunis.

(5)
ibid. p. 156.

147
AUTOBIOGRAPHIE D'IBN KHALDOUN:
DES CONFIRMATIONS ÉPIGRAPHIQUES

Raja el Aoudi

Nombreux sont les ouvrages qui traitent de la vie et de l'oeuvre de cAbd al- Raḥmān
Ibn aldūn1. L'homme n'a pas été cependant toujours apprécié par ses adversaires, ni
respecté à sa juste valeur par certains orientalistes désireux de s'attaquer à l'autorité
scientifique de léminent et illustre savant que fut ce tunisien.

C'est pour cela que nous nous proposons, dans ce bref article, de présenter des
documents inédits qui confirment quelques unes des informations signalées dans l'auto-
biographie de cAbd al-Raḥmān Ibn aldūn2 et qui auraient surtout le mérite de répondre
par des arguments solides à tous ceux qui sèment le doute autour de ce personnage. Ces
documents consistent en cinq épitaphes tunisoises hafsides provenant des dépôts de l'Institut
National du Patrimoine. Trois des cinq stèles funéraires, appartenant à des membres de la
famille d'ibn aldūn, attestent certains de ces propos. Les deux restantes sont celles de deux
de ses nombreux "maîtres".

Nous présenterons dans ce qui suit respectivement ces cinq documents.

(1)
Voir la bibliographie proposée par M. Talbi, Ibn Ḥaldūn et l'histoire, Maison Tunisienne de l'Edition, Tunis,
1973.
(2) cA. Ibn aldūn, al-Tacrīf bi-Ibn aldūn wa riḥlatihi ġarban wa šarqan, commentaires de Muḥammādb.
Tāwīt al-Ţanğī, le Caire, 1 370/1951.

149
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

1. Epitaphe de Amat al-cAzīz, sœur de cAbd al-Raḥ


ḥ mān3.

Date: 739/1338.

Lieu d'origine : inconnu.

Localisation actuelle: Musée de céramique (Sayyidī Abū-1-Qāsim al-Zalīgī) à Tunis.

Description : stèle discodale en marbre gris, délimitée par un listel dessinant un arc en fer à
cheval, légèrement incliné vers la droite, agrémenté d'une pointe. Socle rectangu- laire.
Huit lignes de texte. Bon état de conservation.

Type d'écriture : caractères cursifs en relief.

Dimensions :
- 40 x 33,5 x 3,6cm
- surface écrite : 31 x 30cm
- hauteur du socle : 5cm
- hauteur de l'alif : 7cm

Publication : R. El Aoudi. Stèles funéraires tunisoises de l'époque ḥafṣide


(628-975/1230-1574), Thèse de doctorat nouveau régime, Aix-en-Provence, 1994, tome
l , p . 249 et 250, pl. 70.

Photographie : pl. n° I.

Fac simile : pl. n° 4.

Tableau alphabétique : pl. n° 6.

Texte arabe:

(3)
Le texte de cette inscription datée figure dans notre thèse de doctorat. Nous lui ajoutons dans cet article son fac
similé et son tableau alphabétique.

150
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Texte traduit :

Au Nom de Dieu le Bienfaiteur, le Miséricordieux


Mis 11 Bénédiction de Dieu sur
notre seigneur
gneur Muhammad et sa famille. // * Dis : "Ceci est une prophétie
capitale à laquelle vous vous opposez. "* (Coran
( 38, 67-68)
68) // Ceci est la tombe
c 4
Ab Bakr//Muḥammad b. Muḥammad b. aldūn. Elle est
de Amat al Azīz bint Abī
décédée, //Dieu lui fasse miséricorde, la 29e nuit de // ṣafar // 739 (le dimanche
6 octobre 1338) //.

Cette épitaphe a un premier mérite: elle nous fait découvrir une soeur inconnue
de cAbd al-Raḥman. La correspondance entre la lignée de ce dernier et celle de
Amat al- cAzīzz est sûre. En effet, dans son autobiographie, Ibn aldūn annonce5 :

En outre, la stèle
èle a un autre mérite : elle confirme une information mentionnée
dans l'autobiographie de cAbd al-Ra
al ḥmān Ibn aldūn et relative à la généalogie de sa
famille. De plus, cette inscription est-elle
est elle un document rare dès lors qu'elle appartient a
une femme, que les sources passent normalement sous silence. De toutes façons, à
l'instar de ses contemporains, Ibn aldūnn ne cite pas les noms des femmes.
femmes de sa famille
ou autres. Sa femme est toujours désignée par le mot Ahlī N‫أه‬.

reconstitu l'arbre généalogique de la famille de cAbd al-Ra


Nous avons reconstitué al ḥmān
Ibn aldūn à partir de sa lignée complète citée par lui même dans son autobiographie.
Sa famille arabe emigra en Espagne dès les premières conquêtes musulmanes. Elle
fuya Séville à la reconquista au 7e/9e siècle vers Ceuta puis l’IfrIfrīqiyya. Née en
c
732/1332, Abd al-Raḥmān aurait été mis au monde cinq ans avant le décès de Amat al
c
Azīz.

(4)
Amat al-cAzīzest
zest le correspondant du ism masculin cAbdala c Azīz.
(5) c
A. Ibn aldūn, al-Tacrīf bi-Ibn
Ibn aldūn wa riḥlatihi ġarban wa šarqan,, commentaires de Moḥammād
Mo
b. Tāwīt al-Tanğī ,le Caire,
re, 1 370/1951.
370/1951 p. 12 et 14.

151
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques
épigr Raja el Aoudi

Rahmân, une autre soeur de cAbd al-Raḥ


2. Epitaphe de Amat al-Rahm ḥmān :

Date: non datée.

Lieu d'origine : inconnu.

Localisation actuelle : Musée (Sayyid Qāsim al-Zalīğī).


ée de céramique (Sayyidī

Description : stèle
èle discoïdale en marbre gris, délimitée par un listel en fer à cheval
rompu par une pointe. Socle rectangulaire. 10 lignes de texte. Bon état de conservation.

Type d'écriture : caractères cursifs en relief.

Dimensions :
- 45 x 35 x 3,5cm.
- surface écrite : 42 x 33 cm.
- hauteur du socle: 13 cm.
- hauteur de l'alif: 3,8 cm.

Publication : inédite.

Photographie : pl. n°° 2 dans cet article.

Fac simile : pl. n° 5.

Tableau alphabétique : pl.. n° 7.

Texte arabe:

152
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Texte traduit :
Au Nom de Dieu le Bienfaiteur, le Miséricordieux. //Bénédiction et grande paix de
Dieu sur notre seigneur Mu ḥ ammad et sa famille // * Toute âme subira la mort. Au
Jour de la Résurrection, //vous ne recevrez que vos rétributions. Seuls ceux qui sur-
monteront l'épreuve du feu et seront introduits au paradis, trouveront la félicité. La vie
terrestre n'est que // jouissance fallacieuse *. (Coran 3, 185). Ceci est la tombe de
celle qui a besoin d'Allāh, qui implore Son pardon et Sa miséricorde // Amat al
Rdḥmān, fille du serviteur dAllāh, qui a besoin de Lui, qui implore Son pardon //et Sa
miséricorde, Muḥ ammad b. Muhammad b. aldun, Dieu lui pardonne, ainsi qu'à elle
et à ses parents la et à ceux qui leur invoquent le pardon, et à tous les musulmans et
musulmanes //ainsi qu'à tous les croyants et croyantes, les vivants parmi eux et les
morts. Et bénédiction de Dieu //et très grande paix sur notre seigneur Muḥammad, sa
famille et ses compagnons //.

ū-l-Hasan Muḥ
3. Epitaphe d'Abū ḥammad :

Date: le texte est amputé au niveau de la date.

Lieu d'origine : inconnu.

Localisation actuelle : dépôt de l ' l . N.P. a la Qaṣaba.

Description : fût de colonne en marbre gris. La surface écrite est aplanie. 7 lignes de
texte, réparties en cartouches. Amputation au niveau de la datation.
Type d'écriture: cursif en relief

Dimensions :
-36x 22cm.
- surface écrite: 34 x 20 cm.
- hauteur de l'alif : 4 cm.

Publication : inscription inédite.

Photographie : pl. n° 3 dans cet article.

Fac similé : pl. n° 3.

Tableau alphabétique : pl. 8.

153
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques
épigr Raja el Aoudi

Texte arabe:

Texte traduit :
[  ] // Ceci est la tombe d' Abū-Ab //' 1-Ḥasan Muḥammadb. // Muḥarnmadb. aldūn
// Il est décédé,
écédé, Dieu lui // fasse miséricorde., au mois de // rağab
ra ab le vénéré // [ ? ].

ère inscription dans cet article est ḥafṣide. La concordance chronolo-


La première chronolo
gique et généalogique nous laissent supposer qu'il s'agit de l'épitaphe d'une soeur d'Ibn
d'
aldūn.
n. Les deuxième et troisième inscriptions sont également ḥafṣides. Plusieurs
indices l'indiquent:

- la matérialité 6 :
support en marbre de couleur grise, une couleur usitée
usitée surtout au début de la
dynastie et dont la plus forte fréquence s'observe au 8e/14e siècle. La forme discoïdale
de la stèle fut surtout utilisée durant les deux premiers siècles du règne haf side (7e/13e
8e/ 14e). Notons que cette forme est une création ḥafṣide.

- le formulaire 7 :
sobre, le texte est typiquement hafside de part des composantes et la position des
formules tels que la Basmala, la tasliya et le verset coranique. (Ce dernier, utilisé
utilis dans
l'inscription de Amat al-Ra man, est l'un des plus préférés dans les épitaphes ḥafṣides
Raḥman,
du 7e/13e et 8e/14e. La désignation de la tombe, hāḍāqabr, est la presqu'unique formu-
formu
le utilsee par les ḥafṣides.. Les qualificatifs religieux employés rappellent manifeste-
ment ceux en usage chez les ḥafṣides.
L'identitéé de la défunte et sa filiation remontant à trois générations coïncident avec
celles de Amat al-cAzīzz de la première inscription, a l'exception de la kunya du pere de
la première défunte qui n'existe pas dans la deuxième épitaphe. Cette omission ne
semble pas exclure l'hypothèse que Amat al-Raḥman
al man est une autre soeur de l'éminent
docte.

Le texte est termine par l'habituelle invocation, un peu plus développée


développée ici très
préférée par les ḥafṣides.

(6)
A ce propos, cf R. El Aoudi, Les inscriptions funéraires
fun ḥafṣides de Tunis, p.652-694
694.
(7)
Ibidem.

154
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

- La paléographie :
l'inscription n° 2 otfre une belle graphie, soignée et présentant des caractères fins
et élancés8. Cette graphie comprend de fortes similitudes surtout avec celle de l'inscrip-
tion n°1. Cette similitude est relevée à l'analyse des trois tableaux alphabétiques de ces
inscriptions9, quoique l'écriture de la troisième épitaphe est trapue et d'exécution
médiocre.

Nous observons une abondance diacritique, complète surtout dans les deux pre-
miers textes, et une clarté du champ épigraphique qui n'est garni que de quelques rin-
ceaux parsemés autour de quelques mots tels la basmala, la taṣliya et le mot caẓīm.
Dans la date le hā' final dans le mot sabcumiyya est terminé par un fleuron lobé. La
ligne de base est horizontale à pente légèrement négative dans la première inscription.
Les ligatures sont souples, quelques fois arrondies (le fā‫׳‬, le qāf le bā' et le tā'). Les
caractères de tracé précis mais dense, sont repartis sur un à deux niveaux (dans les
deux premières inscriptions) et sur un à trois niveaux pour la troisième. Les lapicides
semblent maîtriser la technique d'exécution en gérant les distances du champ épigra-
phique. Il n'y a pas de caractères très serrés à la fin du texte par exemple. Le lapicide de la
troisième stèle l'harmonisa même en sculptant des listels d'encadrement entre les
lignes. Ces cartouches d'encadrement sont caractéristiques de l'art funéraire ḥafṣide.

Dans les trois textes, les caractères à hampes sont verticaux et effilés, à terminai-
son supérieure biseautée ou lobée, et inférieure en pointe ou curviligne (l'alif isolée et
finale et le lām initial et médiane).
Les corps à dent sont en dents de scie peu marqués parfois (les sîn et šīn dans toutes les
positions, le bā et ses homologues en position médiane et initial). Les corps à boucle
sont généralement circulaires (le mīm dans toutes les positions, le fā’, le qāf et le cā ini-
tiaux et le wāw isolé et final dans le premier texte). Ces boucles s'étirent quelquefois
vers l'oval (les fā’ et qāf médians dans les deux premières inscriptions). Le hā’ initial
et médian dessine un boucle à double oeilleton oval ou semi-circulaire.
Les appendices sont en demi-cercle souple (inscription n°3) ou amplifié (les deux pre-
mières inscriptions). Leur terminaison est en pointe.

D'après l'étude de la forme et du contenu de ces trois textes, la deuxième et la


troisième inscription datent de la période ḥafṣide (on peut même dire de la deuxième
moitié du 8e/14e siècle pour la deuxième épitaphe). Toutefois, nous ne pouvons donner
une fourchette de temps aussi précise pour le troisième texte, vu son amputation).
C'est à partir de la date (739/1338) que nous avons conclu que cAmatal- cAzīz fut la
soeur d'Ibn aldūn. En effet, la concordance chronologique et généalogique ne laissent

(8)
Cf. infra, son fac similé, pl. n°5.
(9)
Cf. infra, tableaux alphabétiques, pl.6, 7 et ;8

155
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

pas de doute. Pour Amat-al-Ra Raḥmān, n, nous pouvons supposer qu'elle le fut également,
Amat cAzīz.
vu l'exactitude de sa filiation tout comme celle de Amat-al- z. Les indices matériels,
paléographiques et du formulaire semblent confirmer cette hypothèse. Toutefois,
l'omission de la date de sa mort ainsi que de la Kunya de son père mettent cette hypo-
hypo
ve, car il peut s'agir également d'une nièce d'ibn aldūn,
thèse sous réserve, n, fille de son
frère aine Muḥammad
ammad si nous considérons que la troisième épitaphe serait la sienne.

En fait, cAbd al-Raḥman Ibn aldūn parle de ce frère ainé Muḥ ḥammad (sans
jamais citer sa kunya) qui l'a empêché de quitter l'Ifrīqiyya qiyya après la mort de leurs
parents dans l'épidemie
mie de la peste noire qui sevit
s l'Ifrīqiyya en 749/ 134810. Ce frère est
décédé après 753/1353, année ou cAbd al-Raḥman quitta l'Ifrīqiyya qiyya pour aller s'installer
s'ins
au Maroc. Son frère Muhammad tenta en vain de le dissuader. Si l'épitaphe n°3 fut la
sienne, elle a le mérite de lui compléter le nom que la source passa sous silence. Mais le
texte funéraire a le défaut de ne pas détailler plus la filiation.
Signalons en outre que cAbd al-Raḥman
al man est décédé au Caire en 808/1378, son frère
cadet Yaḥyā fut assassiné sur ordre d'ibn Tāšfīn
T en 780/137811. Ce dernier, poète et
écrivain, fut l'auteur d'un ouvrage intitulé Buġyat al-ruwwādfī aẖbār Banīī cAbdal Wād.
Son arrière grand-père, al-Ḥ Ḥasan, le premier qui s'installa en Ifrīqiyya,, est décédé à
Bône sous le règne d'Abū Zakariyyā’
Zakariyy al-awwāl (625/1228-647/1249).

(10) c
A. Ibn aldūn, al-Tacrif, p. 56
(11)
Idem, p.140.

156
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Nous proposons, d'après


d'après ces données, une reconstitution de la généalogie des Ibn
aldūn, en considérant son propre témoignage et nos trois épitaphes :

Nous avons jugéé bon de compléter ce témoignage authentique aux propos de


"Abd al-Rahmân
Rahmân dans son autobiographie par la présentation de deux épitaphes de
deux de ses "professeurs": Ibn Baḥr
Ba et al-Ğiayyānī.

4. Epitaphe d'Abū cAbd Allāh ḥammadb. Baḥ


All Muḥ ḥr, " professeur" d 'Ibn aldūn :

Date: 749 / 1348.

Lieu d'origine : inconnu.

Localisation actuelle : Dépôt


épôt de 1 '1. N. P. à la Qasaba.

Description : fût
ût de colonne en marbre blanc. Bon état de conservation. 5 lignes de
texte.

Type d' écriture: caractères cursifs en relief.

Dimensions :
-42x 18,5cm.
- Surface écrite: 33 x 21 cm.
- Hauteur de 1 'alif : 4 cm .

èles funéraires tunisoises de l'époque ḥafṣide


Publication : R. El Aoudi - Adouni, Slèles
628-975/1230-1574)
1574) thèse de doctorat nouveau régime, Aix-en-Provence,
Aix Provence, 1994, tome 1.
inscription n°Q 192, p. 286, pl.
p n°76.

Texte arabe:

(12)
Idem, p. 4.
(13)
Idem, p.11-12.
(14)
Idem, p.11-12.
(15)
Idem, p.11-12.
157
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Texte traduit :
Au Nom de Dieu le Bienfaiteur, le Miséricordieux.
Miséricordieux. Bénédiction de Dieu sur notre sei-
sei
gneur Muhammad // et sa famille. Ceci est la tombe du serviteur de Dieu, qui a besoin
de la miséricorde de son Seigneur, le jurisconsulte,// le savant, le bon, l'enseignant,
l'enseignant
c
Mu ḥ ammad Abū- Abd Allah b. Ba ḥr.//Il est décédé, Dieu lui fasse miséricorde, le
jeudi 12 rabī’- //l-ā ẖir 749/ le mercredi 9 juillet 1348. //

Ibn aldūnn confirme les qualificatifs et les fonctions du défunt, gravés dans son
épitaphe : érudit, jurisconsulte et enseignant16. Il fut l'un des professeurs d'Ibn aldūn
lui-même,
même, qui le cite dans sa biographie : "parmi eux, l'imām de la langue et des lettres
arabes, Abū Abd Allah Muḥammād
Mu b. Baḥr. Je suivais régulièrement les cours qu'il
dispensait. Il était une mer débordante en sciences de la linguistique... ". Ibn aldūn
présente la longue liste de ses professeurs en précisant qu'ils succombèrent tous durant
l'épidémie de peste noire qui ravagea l'Ifrīqiyya
l'Ifr en 749/1348 : "

Cette date citée par Ibn ald


aldūnn concorde avec celle de la mort du défunt. Cette épi-
épi
taphe confirme l'authenticité des citations de l'une des sources les plus éminentes de
al cibar d'Ibn aldūn.
l'époque ḥafṣide, le Tārīẖ al-

5. Epitaphe d'al-Ğayyānīī, un autre "professeur" d'Ibn aldūn :

Date: 749/134

Lieu d'origine: inconnu.

r ṣān).
Mus d'épigraphie arabe d'Abū urāsān (Bū rī
Localisation actuelle : Musée

Description : fût
ût de colonne en marbre blanc, rexte de 11 lignes. Bon état de conserva-
conserva
tion.

Type d'écriture : caractères cursifs en relief.

Dimensions :
-59x 16cm.
- Surface écrite: 36 x 41,5 cm.
- Hauteur de l'alif: 4 cm.

Publication : R. El Aoudi - , Stèles èles funéraires tunisoises* thèse de doctorat _


France, 1994, tome1,, inscription n°B 199, p.293, pl.78.
p

158
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Texte arabe :

Texte traduit :
Au Nom de Dieu le Bienfaiteur, le Miséricordieux
Mis éricordieux Bénédicltion de Dieu sur notre
seigneur Mu ḥ ammādd et sa famille. * Toute // âme subira la mort. Au Jour de la
Résurrection, vous ne recevrez que vos rétributions. Seuls ceux qui surmonteront//
l'épreuve du feu et seront introduits au paradis, trouveront la félicité. La vie terrestre
n'est que jouissance fallacieuse. * (Coran.
( 3,, 185). // Ceci est la tombe du serviteur de
Dieu, qui a besoin de Lui - qu il soit exalté qui espère Son pardon et Son immense
grâce, // en rétribution à sa loyauté, par laquelle est chargé ( le plus lumineux pour
sanctionner ?// ce qui fit de lui l'un des honnêtes, des érudits, des vertueux // et des
pieux à l'exemple des prophètes, des compagnons et des saints, //le faqīhfaq le plus juste,
c
Ab Abd Allah Muḥammād fils du šayẖ, //le vénère, le subli-
l'érudit, le juste, le bon, Abū subli
c
Abu Mu ḥammād Abd Allah al-Ğayyānī
me, l'enseignant, le béni, Abu- ānī. //Il est décédé,
Dieu lui fasse miséricorde, le jeudi 1er rağab
ra ab // 749 / le jeudi 25 septembre 1348.

Ce personnage fut également "professeur" d'Ibn Haldûn qui le cite parmi ses
enseignants éminents. "J'ai appris la jurisprudence d'un groupe (d'érudits),
(d'érudits) parmi eux.
c c 17
Abū Abd Allāh Muḥamm ammād b. Abd Allāh al-Ğayyānī " .

(16)
A. Ibn Haldûn, Tāri, VII. p.284-285,
p.284 285, Bulâq 1284 H. (traduction personnelle du texte arabe).
(17) C
A. Ibn aldūn, Tāri, Ibidem.

159
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Planche n° 1 : photographie de l’inscription n° 1

Planche n° 2 : photographie de l’inscription n° 2

160
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Planche n° 3 : photographie et fac similé de l’inscription n°° 3

Planche n° 4 : fac similé de l’inscription n° 1

161
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Planche n°5
n : fac similé de l'inscription n°2

162
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Planche n°6
°6 : tableau alphabétique de l'inscription n°l

163
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Planche n°7
n°7 :tableau alphabétique de l'inscription n°2

164
Africa XV, Autobiographie d'Ibn Khaldoun : des confirmations épigraphiques Raja el Aoudi

Planche n°8
°8 :tableau alphabétique de l'inscription n°3

165
A PROPOS DE LA STELE FUNERAIRE D'UN
SAINT DE TUNIS SIDIKATIB AZ-ZIYAR
Naziha Mahjoub

C'est dans le cadre d'un repérage systématique sur le terrain, des lieux de sépulture
des Saints, Wali, de Tunis et de ses environs que se situe la découverte d'une tombe
attribuée à un disciple shadhuli, dans la nécropole du Zallaj1.

Il s'agit d'une sépulture en maçonnerie simple, qui forme un coffrage allongé au-
dessus du sol, de 1,70m de long ; 0,52 m de large ; et 0,30m de haut. Un petit monu-
ment que surmonte une coupole se dresse à son chevet. Une porte ouvrant dans un arc
plein cintre, dont les retombées s'appuient sur des pieds droits de 0,85 m de haut,
donne accès à l'intérieur de ce qui ressemble à une petite chapelle votive.
Ce petit monument évoque la chambre-funéraire que surmonte une coupole c'est-à-
dire, le monument funéraire (Zàwiya’) d’un Saint, et invite le passant à s’y arrêter, pour
psalmodier la sourate d'ouverture du Coran, Fàtiha’, et rendre un culte au défunt inconnu.

Ce monument de 1,2 m de haut, O,97 m de long et 0,85 m de large, est placé sur un
socle de maçonnerie qui le relie à la tombe et l'élève de 5,3 cm au-dessus de celle-ci.

Une stèle funéraire, Mashhard 2 , en marbre blanc, de forme rectangulaire, prend


place au chevet de la tombe. Elle semble s'appuyer légèrement au seuil de la petite porte
du monument votif, pour se laisser glisser doucement sur la pierre tombale.
(1)
R. Brunschwig. La Berbérie Orientale sous les Hafsides. Paris, Adrien Maisonneuve, 1940, t. I, p. 352 .
N. Mahjoub Les Zàwiya’ des Wali à Tunis et dans ses environs du IXe siècle à nos jours. Thèse de
Doctorat d'Etat. Paris-Sorbonne, 1988 (texte inédit).
(2)
Al-Dabbag et Ibn Nagi. Ma càlim al-Imàn fi Ma crifati ahl al-Qayrawàn. 4 Vol., Caire, 1968.
S.M. Zbiss. Corpus des inscriptions de Tunis et de sa banlieue, Tunis 1955.
H.R. Idris. La Berbérie Orientale sous les Zirides. Op. cit.., p. 710, n.127.
M. El-Habib. Stèles Funéraires Kairouanaises du IIIe/IXe au Ve/XIe siècles. Paris. Paul Geuthner. 1975. p. 230.

167
Africa XV, A propos de la stèle
èle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar
A Naziha Mahjoub

En fait, la stèle
èle de marbre s'appuie
sur une deuxième stèle en travertin, cette
fois, et en forme de coiffure d'homme.
turban3, qui se place directement sur la
pierre tombale à la hauteur du milieu du
seuil de la petite porte, et dont le sommet
som
sert de point d'appui à la stèle rec- rec
tangulaire qui porte l'inscription. La
stèle, en travertin, est fixée à la pierre
tombale, tandis que la stèle en marbre
repose sur la première.

Dans notre étude, nous respecterons


cet ordre apparent de la mise en place
des stèles, et nous commencerons par
l'étude de la stèle en travertin.

STELE EN TRAVERTIN

Cette stèle,
èle, en forme de calotte hémisphérique, affecte l'allure d'une coiffure
d'homme de religion et de justice hanefite appelée –Mallusa’- ou –Rizza
Rizza, Turkiya’-, dont
la composition judicieuse, s’articule
s articule harmonieusement autour du sommet bulbeux ou
Qàwiq. La forme de cette stèle évoque aussi la Kashta’Zubatta’,
Kashta , des Shaykh malékites
de la Mosquée de l'Olivier, Zituna’,
Zituna , avec cette différence, que la Zubatta’
Zubatta n'a pas de
sommet bulbeux ; car elle s’ordonne
s autour d'une calotte.

Quoiqu’ilil en soit, la forme de cette stèle


stèle rappelle la coiffure qui surmonte générale-
générale
ment les stèles cylindriques ou cubiques, en marbre, que l'on retrouve dans les nécro-nécro
poles privées d'époque Turque, telles que le Turbet El-bey El bey ou le Turbet situé dans la
Zawiya de Sidi c Abd Allah 3 , et d'autres encore comme celles entreposées au musée
lapidaire de Sidi Abu Khrisàn4, par M.S. Zbiss, ou qui surmontent des stèles tardives
kairouanaises du XIee s.H / XVIIe s. J.-C.
J. C. de l'Ere chrétienne, étudiées par B. Roy et P.
Habib5.
Poinssot, citées par M. El-Habib

N. Mahjoub. Les Zawiya’ des Wali. Wal Op. cit..


N. Mahjoub. A propos de la sépulture
épulture d'un Saint de Tunis. I.N.A.A. 1990.
(3)
R. Brunschwig. La berbérie
érie Orientale. Op. cit... t. I, p. 349.
N. Mahjoub. Les Zawiya’ des Wali. Op. cit.
N. Mahjoub. A propos de la sépulture
épulture d'un Saint de Tunis. Op. cit..
(4)
R. Brunschwig. La berbérie
érie Orientale. Op. cit.., t. I, p. 352.
N. Mahjoub. Les Zàwiya’des des Wali. Op. cit..
(5)
G. Marcais. L'Architecture
'Architecture Musulmane d'Occident. Paris, Arts et Métiers
étiers Graphiques, 1954, pp. 75-300.
75
S.M. Zbiss. Corpus des inscriptions arabes de Tunisie, inscription de Tunis et de sa banlieue, Ie partie,
Tunis. 1955.
S.M. Zbiss. Note sur les cimetières
ères musulmans de Tunis. Essai de toponomastique. Extrait du 70e congrès
de l’A.F.A.S..
A.F.A.S.. Tunis, Mai 1951, 3 tomes.
N. Mahjoub. Les Zàwiya’ des Wali. Op. cit..
L. Poinssot. Inscriptions arabes de Kairouan publiées par B. Roy et P. Poinssot, Tunis, Institut des Hautes
Etudes de Tunis, 2 vol. Fasc.l, Paris, 1950. M. El Habib, Stèles
èles Funéraires Kairouanaises. Op. cit,
ci p.232.

168
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

LA STELE EN MARBRE
La stèle rectangulaire, est taillée dans un bloc de marbre blanc de 3,5 cm d'épais-
seur, soigneusement équarri. Nous ne pouvons savoir si la face, destinée à recevoir le
texte, a été polie au départ ; en tout cas, elle ne l'est plus aujourd'hui, car elle semble
avoir subi les contrecoups des aléas climatiques de ce long voyage à travers le temps,
comme l'atteste sa structure rugueuse et sa couleur devenue grisâtre.

ETAT DE LA STELE

Cette stèle a été un peu abîmée :


- dans sa partie supérieure, où le coin droit s'est légèrement arrondi.
- dans sa partie gauche, à la hauteur de la quatrième ligne du texte.
- au niveau de la cartouche centrale, sur trois lignes successives où le plomb a
été arraché.
- les lignes (5A - 5B) et (6A - 6B) ont été abîmées, l'humidité et la moisissure
ont enfin attaqué l'interligne qui les sépare, faisant disparaître le plomb coulé.

La partie inférieure de la stèle a aussi été abîmée en deux endroits vers le milieu et
sous la date.

Cette stèle a 55,5cm de long, dans sa partie gauche restée intacte, 34.3cm de large
et 6,2cm d'épaisseur.

Le champ épigraphique est circonscrit par un encadrement formé par un mince filet
de plomb incrusté de 2 mm de large, destiné sans doute, à mettre le texte en valeur, mais
dont il ne reste plus que quelques traces.

Le texte s'inscrit dans un rectangle de 50,5cm de long, sur 33cm de large.


Ce champ épigraphique s'ordonne en deux grands registres simples, parallèles, qui s'éti-
rent dans le sens de la longueur de la stèle de part et d'autre d'une cartouche centrale,
pour rejoindre deux bandeaux horizontaux, qui occupent la partie supérieure de la stèle.
Ainsi la structure du champs épigraphique témoigne d'un certain souci d'équilibre dans
la composition, voire même d'une certaine recherche décorative, qui met le texte en
valeur.

STRUCTURE DU TEXTE

Le texte, en caractères maghrébins, gravé en creux, avec du plomb incrusté, tech-


nique d'époque turque, se développe sur onze lignes horizontales, rehaussées de plomb
incrusté, la date se place au milieu de la stèle, sous la onzième ligne, en dehors de
l'encadrement.

Les deux premières lignes du texte se développent, d'une façon continue, sur toute
la largeur du champ épigraphique.

169
Africa XV, A propos de la stèle
èle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar
Az Naziha Mahjoub

Le reste du texte se répartit


épartit de part et d'autre d'une cartouche centrale, d'un centi-
centi
mètre de large, délimitée par deux lignes de plomb incrusté, de 2 mm de large, qui tra-tra
verse le champ épigraphique en son milieu, et le partage en deux parties égales, comme
pour mieux épouser la structure poétique du texte.

Il est intéressant,
éressant, d'évoquer ici le doigté du lapicide qui, en véritable artiste, a su
manier avec maestria l'agencement du champ épigraphique. Il l ' a organisé harmonieu-
harmonieu
sement afin de luii donner une dimension esthétique qui permette de mettre en valeur la
poésie du formulaire. Cet effort se traduit par un souci de la proportion : l'espace,
accordé au texte, est étudié scrupuleusement par rapport à l'espace dont il dispose. Il se
traduit aussi
ussi par la présence d'un rythme dans les espacements. Enfin, la mise en place,
combien heureuse, d'un encadrement rehausse le tout, et fait de cette stèle commémora-
commémora
tive, une œuvre d'art qui contribue à la pérennité du titulaire de cette tombe.

Le bandeau,
u, comprend deux lignes communes aux deux registres où
o nous pouvons
lire successivement :

- Ligne 1 - Basmala' et Salât.


Sal
Au Nom de Dieu, le Clément,
ément, le Miséricordieux, Dieu a béni notre maître Muhammad.

- Ligne 2 - Toute âme goûtera la mort. Mais vous recevrez vos récompenses au jour de
la Résurrection6.

- Le texte poétique
étique comprend neuf lignes, nous appellerons (A) la première partie du
vers, celle située à droite de la cartouche centrale, (B) la deuxième partie, celle située à
gauche de cette cartouche.
3 A - Sépulture
épulture dont la description décore cette station spirituelle (Maqàm).
3 B - Elle a enserré -Maqnin--, le pur cAbd Al-Salàm.
4 A - Le chef détenteur
étenteur de la connaissance après son père, qui
4 B - a réuni
éuni les gloires et les bienfaits dans leur totalité.
5 A - Il avait une conduite satisfaisante.
5 B - de la noblesse et de la pureté
puret parmi ses semblables.
6 A - Il a consacréé sa vie à la piété et au commerce.
6 B - à la générosité et au secours des affligés.
7 A - En période
ériode d'épidémie, il mit sa confiance en Dieu et sortit victorieux d'une
7 B - tâche
âche efficace qu'embellit une fin heureuse.
8 A - A lui toutes nos félicitations,
élicitations, il a abandonné les vilenies d'ici-bas,
d'ici bas, et a aspiré aux
8 B - Grâces divines, et à un royaume juste pour l'Eternité.

(6)
M. El-Habib. Stèles Funéraires Kaimuanaises. Op. cit.., p. 232.

170
Africa XV, A propos de la stèle
èle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar
Az Naziha Mahjoub

énérosité de Ton Pardon, Toi l'Arbitre Suprême, à son âme7.


9 A - Dispense la générosité
9 B - Et par la grâce
âce de Ta Miséricorde, Sois Clément envers ses os parmi les autres os.
10 A - Accorde-luilui un jour le Paradis, Ton Paradis que
10 B - Tu as promis à ceux qui Te craignent, au jour de la Résurrection8.
11 A - Afin qu'un
u'un article lui soit consacré
consacr par un historien.
11 B - C'est dans la demeure de la paix que cAbd Al-Salàm àm s'en est allé.
Année 1199.

(7)
Coran. III. 185. Trad. Kasimirski. Paris.
Pa Flammarion. 1970.
Coran. LIX, 21. Trad. Kasimirski. Op. cit..
(8)
Ces 2 vers font allusion à 3 versets du Coran, le verset n°85 du chapitre XIX, sourate de Maryam: «Le
jour où nous rassemblerons devant le miséricordieux, les hommes pieux avec toutes les marques d'hon-d'hon
neur»; le verset n°203 du chapitre II, sourate de la génisse: «Craignez Dieu et apprenez que vous serez un
jour rassemblés devant Lui ; le verset n°96 du chapitre V, sourate de la table: «Craignez Dieu, un jour
vous serez rassemblées autour de Lui.

171
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

ANALYSE DU FORMULAIRE

D'après leur forme et leur facture,


les caractères semblent avoir été exécu-
tés par le même lapicide. Toutefois ce
formulaire appelle diverses remarques.

1 - Les deux formules de la profession


de foi, Shahàda’-, sont absentes.

2 - La Basmala’ n'est suivie que de la


formule de bénédiction à l'intention du
Prophète, ici sa famille et ses compa-
gnons ne sont pas mentionnés, ailleurs,
souvent, bénédiction et salut sont for-
mulés pour le Prophète, les membres de Fig. 2
sa famille et les compagnons.

3 - La Basmala, est généralement suivie de la formule de réconfort –Tasliya’- qui oppo-


se l'éternité de Dieu, le Perdurable, au caractère éphémère de l'homme. Ailleurs, nous
trouvons parfois «Tout ce qui est sur la terre passera, mais la face de ton Seigneur sub-
sistera glorieuse et vénérable»9. Ici, le lapicide a donné sa préférence au début du verset
185 de la sourate III de la Famille de clmràn10 qui connaît souvent la faveur des lapi-
cides, et où il est rappelé à l'homme que : «Toute âme goûtera la mort. Mais vous rece-
vrez vos récompenses au jour de la résurrection. Celui qui aura évité le feu et qui entrera
dans le paradis, celui-là sera bien heureux, car la vie d'ici-bas n'est qu'une jouissance
trompeuse».

4 - Nous notons l'absence d'expression utilisée habituellement pour introduire le nom


du défunt, et désigner sa sépulture, -Hàdhà Qabr- ou Hàdhà Dharih- et que nous rencon-
trons en général sur les stèles. Ici, le lapicide a choisi le mot -Rams-, qui témoigne
d'une recherche d'effet de style, et informe sur le niveau intellectuel de l'auteur du
texte.

5 - Nous notons la présence d'épithètes et d'expressions qui précèdent le nom du défunt,


et qui attestent qu'il s'agit d'un homme pieux, vertueux, d'un savant, à l'image de son
père, et d'un homme de bien (vers 8 A et 8 B). Il est fait allusion au rôle efficace qu'il a
joué en période d'épidémies pour sauver son prochain (vers 7 A et 7 B).

(9)
Coran, LV, 26-27. Trad. Kasimirski. Op. cit..
N. Mahjoub. A propos de la sépulture d'un Saint de Tunis. Op. cit.
(10)
Coran, III, 185. Trad. Kasimirzki. Op. cit..

172
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

6 - Nous remarquons, cependant, l'absence de toute expression qui souligne son caractè-
re de sainteté, tel que Al-Wali, le saint; Al-Salih, le vertueux. Toutefois, il est fait allu-
sion à deux reprises (ligne 3 A) et (ligne 5 B) et en des termes différents, à la pureté du
défunt, il est le pur, Zaki (ligne 3 A), qui s'abstient de tout ce qui est illicite cAfif (ligne
5 B). De surcroît, le défunt (8 A) a abandonné les vilenies d'ici-bas, et a aspiré (8 B)
aux grâces divines et à un royaume juste pour l'Eternité. N’est-ce pas un comportement
qui peut entraîner la satisfaction des humains et, peut-être, la Satisfaction de Dieu.
Rizà'Llàh, lot des Elus, des Justes, des Amis de Dieu, les Saints, Wali, des croyants qui
craignent Dieu, et qui ont accès au Savoir11. Enfin, l'allusion à son titre de Shaykh Al-
Macàrif retient notre attention. Le défunt est dépositaire des connaissances, sans doute
s'agit-il de la connaissance des sciences exotériques –cIlm Al-Zàhir- et des sciences éso-
thériques – c Ilm Al-Bàtin-. Le texte épigraphique semble évoquer deux formes de
connaissance, celle communiquée par la révélation coranique et celle qui résulte de la
raison pure. Auquel cas, cela nous permet de classer Maqnin cAbd u'1 Salem parmi les
Ulémas, les jurisconsultes malikites, mais aussi parmi les mistiques. En effet, en Islam,
seuls ceux qui associent les connaissances aux valeurs éthiques méritent le nom de
Savants. S'il en est ainsi cAbdu'l-Salàm serait les deux à la fois, un -Faqih- du Zàhir, et
un -Faqih- du Bàtin.

7 - Le texte donne son nom, Maqnin, c Abd Al-Salàm, mentionne son grade dans la
connaissance Shaykh Al-Ma c àrif. Il s'agit donc d'un savant, d'un homme pieux, ver-
tueux, et sa sépulture ne peut qu'être classée parmi les sépultures de Saints, que le
Coran définit comme le prototype du croyant. cAbd Al-Salàm, digne descendant de son
père, correspond bien au profil même du Saint.

8 - Nous relevons un détail important, l'allusion à son père montre qu'il s'agit bien
d'une famille de cUlamà’, de jurisconsultes.

9 - Nous notons l'absence du Nasab du défunt ; car le nom du père n'est pas mentionné,
toutefois, il est fait allusion à son niveau intellectuel. Le défunt est savant, fils de savant,
et esclave de Dieu, du Détenteur de la Paix.

10 - Autre détail, il est fait mention de son métier de commerçant.


Ce texte épigraphique retrace la vie du défunt, établit son profil physique et moral, le
situe dans le temps et dans son époque et justifie, en quelque sorte, son droit d'accéder
au paradis.

11 - Quoiqu'il en soit, les eulogies en faveur du défunt, sont classiques, comme pour le
commun des mortels, Miséricorde et Pardon, sont demandés à Dieu, en sa faveur.

12 - Notons l'absence d'expression qui introduit la date de la mort, comme le classique -


Tuwufiya’-.

13 - Sur cette stèle, qui foisonne de détails sur la vie du défunt, nous notons l'absence
de précision concernant le quantième du mois, et le mois du décès, et peut-être bien
l'année du décès.

(11)
Coran, X, 63-64-65. Trad. Kasimirzki. Op. cit.. Coran, XI. 89. Trad. Kasimirzki. Op. cit..

173
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

14 - Sur cette stèle, l'année est appelée -Sana’-.

15 - Notons ici un détail important, la date mentionnée ne comporte pas de précision, on


ne sait s'il s'agit de l'année hégirienne ou de l'année grégorienne.
16 - Sur cette stèle, l'année présumée de la mort est 1199.

17 - Nous savons, par ailleurs, que la deuxième partie de la ligne à 11, c'est-à-dire la
ligne (11B) : «C'est dans la demeure de la paix que cAbd Al-Salàm s'en est allé», est
selon la tradition des lapicides, le chronogramme, c'est-à-dire la transcription en lettres
de la date de la mort. Nous allons essayer de lire la date fournie par les lettres numérales du
vers (11B) en remplaçant chaque lettre par sa valeur numérique. Nous constatons
alors, qu'il n'y a pas de concordance entre les deux dates ; car la date, fournie par les
lettres numérales, est 748, et s'il s'agit de l'année 748 de l'hégire, cette mort correspon-
drait au 13 Avril 1347 de l'Ere Chrétienne. Si nous tenons compte de ces données, le
titulaire de la tombe serait mort en 748H 71 3 Avril 1347J.-C., et la tombe attribuée à
Kàtib al-Ziyàr daterait du VIIIe s. H/XIVe s. de l'Ere chrétienne. Le défunt a donc
véccu une période particulièrement troublée de l'histoire de l'Ifriqiya. L'Emir Hafside
Abu Bakr meurt en 747/1346, ses fils Abu Hafs cUmar et Abu ‛1 cAbbas Ahmad se dis-
putent la succession, et le Mérinide Abu'l Hassan s'installe à Tunis. C'est alors qu'une
terrible épidémie de Peste Noire s'abbat sur l'Ifriqiya de 1346 à 1350, et elle atteint son
«paroxysme» en 134912.

18 - Nous pouvons aussi supposer que la stèle funéraire porte deux dates : celle expri-
mée par la deuxième partie de la ligne 11, c'est-à-dire par ( 1 1 B ) qui donne
748H/1347J.-C. et celle communiquée au bas de la stèle : 1199. Donc ces deux dates
pourraient correspondre à deux inhumations et peut-être que la plus ancienne,
748H/1347J.-C. serait celle de la stèle en travertin.

19 - Quoiqu'il en soit, nous notons l'absence de concordance entre ces deux dates, et la
question se pose de savoir, si le titulaire de la tombe est décédé en 1199 de l'hégire,
c'est-à-dire le 14 Novembre 1784 de l'ère chrétienne ou en 1199 de l'ère chrétienne qui
correspond à l'année 591 de l'hégire. La réponse pourrait nous être donnée par la ligne
(3A) du texte épigraphique où il est dit : «sépulture dont la description décore le
Maqam». Or le Maqam est l'ensemble monumental qui s'est organisé à travers le temps,
au haut de la colline qui surplombe la nécropole de Zallaj et dont le noyau central aurait
été construit au XIIIe s. par Abu'l Hassan al Shadhuli lui-même13 (une note à insérer).

20 - Cependant, un indice contenu dans le formulaire pourrait nous aider à retrouver la


date du décès ; l'allusion à la période d'épidémies. Cette donnée comparée aux deux
dates plausibles, celle communiquée par le chronogramme et celle inscrite au bas de la
stèle, pourrait nous aider à trancher la question.

(12)
R. Brunschwig. La berbérie Orientale. Op. cit.., t. I, p. 352.
(13)
N. Mahjoub, Les Zawiya des wali Op. cit.

174
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

ANALYSE DE LA GRAPHIE

Cette inscription frappe par le caractère élaboré de son contenu et de sa graphie.


On y parle de Dieu, de l'Eternité, de la mort donc du caractère éphémère de l'homme,
face à l'Eternité de Dieu, mais aussi de la rédemption et de la résurrection. Elle fait
aussi allusion à des données historiques. Elle constitue ainsi un précieux témoignage sur
le niveau culturel et socio-économique du défunt, de sa famille, mais aussi du lapicide
comme en témoigne le caractère élaboré de la graphie même si nous décelons par
moment l'emploi de termes qui empruntent plus à la langue parlée qu'à l'arabe littéraire
comme Mustadàm qui est une forme élaborée de Mudàm.

ANALYSE DE LA PALEOGRAPHIE

Ligne 2 du bandeau :

1 - Le (Ta) de Mawt, est placé au 1/3 supérieur au-dessus des deux Waw, celui de
(Mawt) et celui de la conjonction de coordination qui suit (Wa Innamà).
2 - Le (Nun) de 'Innamà, se place au 1/3 > 0 à la hauteur du (Ta) de (Mawt) au-dessus
du (Mim).
3 - Le (Ya) de (Yawm) est placé au-dessus du (Wàw).
4 - Le (Mim) et le (Ta) de (Qiyàma') sont placés au-dessus du (Qàf) et du (Ya).

LE TEXTE POETIQUE

Ligne 3 A
1 - Le (Ta) et le (Zayn) de (Tazakhrafa’) se situent au 1/3 > 0, au-dessus de la boucle du
(Sin) de (Rams).
2 - (Tazakhrafa’) se situe au 1/3 > 0, au-dessus de la ligne de base où se trouve (Rams).
3 - (Min) se place en diagonale à partir du 1/3 > 0, et arrive au niveau de (Rams).
4 - Le (Waw) de (Wa’Rtihàm) se place au 1/3 > 0, entre le (Nun) de (Min) et le (Nun)
de (Nicam).

Ligne 3 B
1 - (Al-Salàm) cet attribut divin est placé au-dessus de (cAbd), sur deux niveaux, car le
(Mim) se place au-dessus entre le (Làm) et (l’Alif) comme si le lapicide avait voulu
montrer, par la graphie, la supériorité d'Al-Salàm, le divin, par rapport à sa créature qui
lui est soumise et résoudre ainsi en même temps le problème de l'espace.

Ligne 4 A
1 - Shaykhu’l-Macàrif, le (Ra) et le (Fa) se placent au 1/3>0, et se situent au-dessus de
c c
l’espace entre le ( Ayn) et le (Alif) de (Ma à).
2 - Le (Wàw) de (Wàlidihi) se place au 1/3> 0, au-dessus de la boucle qui relie le
(cAyn) au (Dal) de (Bacda).
3 - (Al-Ladhi) prend place au 1/3 > 0, au-dessus de (Walidihi), sans doute pour écono-
miser de la place.

175
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

Ligne 4 B
1 - Le (Kha) et le (Ra) de (Mafàkhir) se placent au 1/3 > 0, et chevauchent la hampe de
(l'Alif) de (Al-Mafà) et le (Ra) rejoint en diagonale le 1/3 < 0.
2 - Le (Mim) de (Makàrim) se place au 1/3 > 0, au-dessus du (Ba) de (Bi’1-Tamàm).
3 - Le (Mim) de (Bi’1-Tamàm) est aussi situé au 1/3 > 0, au-dessus de l'espace qui
sépare le (Mim) du (Alif).
Ligne 5 A
1 - (Sayratin) se place au 1/3 > 0, au-dessus du (Ha) et du (Ba) de (Sàhib).
2 - Le (Dàd). le (Ya) et le (Ta) de (Mardiya’) se situent au 1/3 > 0, et se placent au-des-
sus du (Ra) de (Mardiya’).
Ligne 5 B
Le texte est effacé après le (Wàw), où le plomb incrusté a disparu. D'après les
traces et les taches rondes de plomb répondu ça et là d'une part, et les données commu-
niquées par la ligne (4 A) d'autre part : à savoir que le défunt descend d'une famille de
savants, dont on compte les gloires et les bienfaits, nous avons été tentés de lire (Wa
Nadjàba’) ; car ce terme désigne la noblesse. Or la noblesse d'âme du défunt se traduit
dans ses actes, vers (7 A) et (7 B). Le deuxième mot, après le (Wàw), a été lui aussi
tronqué : il n'en reste que deux (Fà) placés l'un à la suite de l'autre. Là, d'après les
traces, il nous est possible de lire : Wà [Taca] fafa.
Ligne 6 A
1 - Le (Dal) et le (Ta Marbouta') de (c Ibàdatan) se situent au 1/3 > 0, et se placent au-
dessus du (Ba) de (cIbà).
2 - Le (Ra) et le (Ta Marbouta’) de (Tidjàratan) se situent aussi au 1/3 > 0, et se placent
au-dessus de l'espace qui relie le (Djim) à (l'Alif).
Ligne 6 B
1 - Le (Ya) et le (Ta Marbouta’) de ( c Inàyatan) se placent au 1/3 > 0, au-dessus du
(Nun) de (cInà).
2 - Le (Mim) de (Mustazàm) se place au 1/3 > 0, et se situe entre le (Ta) et le Zàd).
Ligne 7 A
1 - Le (Ra) de (Sàra) se place au 1/3 > 0, et se situe au-dessus de l'espace situé entre le
(Sin)et le (Alif).
2 - Le (Mim), qui suit (Fàza) se place au 1/3 > 0, au-dessus du (Zayn).

Ligne 7 B
1 - Le (Mim) de (Khitàm) se place au 1/3 > 0, et parallèlement à (l'Alif) de (Khitàm).

Ligne 8 A
(Ila), qui suit (Sac à), se place au 1/3> 0, au-dessus de la boucle du (Alif Maksura’) de
la fin de (Sacà).

Ligne 9 A
Les deux premières lettres du mot du début sont effacées, le plomb y a complètement
disparu, cependant, les traces des lettres nous permettent d'identifier un (Fa) et un
(Alif), ce qui nous permet de lire -Fa'krim-.

176
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

Ligne 11 B
1 - Dans ce vers du chronogramme, l'attribut divin (Al-Salàm) se place au 1/3<0, au-
dessous de (cAbd), à l'inverse de ce qui s'est produit à la ligne (3 B).
2 - Sans doute par manque d'espace, le lapicide a placé le (Alif) qui suit le (Làm) de
(Salàm) devant le (Alif) qui précède cet attribut divin, et cela pour ne pas amputer un
des 99 Attributs de Dieu, Al-asmà al-Husnà, et peut être aussi pour que le nombre total,
que doit communiquer ce vers du chronogramme, ne soit pas faussé.
3 - Le (Mim) de (Al-Salàm) se place au-dessus du (Sin), et a l'aspect d'un (Wàw), sa
hampe biaise parallèlement au (Làm) vers le 1/3 < 0.
4 - Le (Alif) de Salàm dans (Al-Salàm) mesure 3 cm.

Enfin, le lapicide a prolongé la ligne du (Sin) de (Sana’), et a omis, peut-être,


volontairement, et pour obtenir un effet décoratif, de préciser le (Nun).
Notons que la ligne de base se place au milieu de chaque registre compris entre deux lis-
tels ou filets de plomb incrusté.

Notons aussi que la partie initiale des caractères se situe au premier 1/3 > 0, et que
les caractères peuvent recevoir des hampes verticales comme le (Zayn) de la (ligne 3 A)
de –Tazakhrafa’-; que les (Wàw) dans les lignes (2, 3, 4, 5, 6, 8, 9. 10) ; les (Mim) dans
les lignes (3, 4, 5, 6, 7, 8, 9) ont des hampes obliques, celle du (Ra) de (Tazakhrafa’) par
exemple (ligne 3).
c
Notons, par ailleurs, que le (Mim) médial de la (ligne 7 B) de ( Amalin) celui de la
(ligne 10 B) de (Lilmuttaqin) se réduisent à un point.
Notons que le (Kàf) affecte deux aspects :

1 - Il évoque la forme de l'oméga grec ou du quatre indou dans le (Kàf) de


(Zaki) (ligne 3 B).
2 - Il ressemble à un Z, inversé qui comporte une (Hamza') dans sa boucle
inférieure dans la (ligne 8 A et 8 B).

Notons aussi que les lettres basses du groupe (Ba), (Ta), (Nun) initiales ou finales
présentent une légère brisure orientée vers le bas tel est le cas du (Ta) de (Mawt) dans la
(ligne 2) ; du (Ta) de (Tazakhruf), (ligne 3) ; du (Ba) de (Bayn) à la (ligne 5) ; du (Nun)
de (Nicamihi), (ligne 8 B) et du (Sin) de (Sana’).

Notons, par ailleurs, que l'œilleton des (Fa) et (Qàf) initiaux et médiaux, ceux des
(Mim), des (Wàw) affectent des tracés circulaires comme ceux des (Sukun), toujours
présents dans le texte, peut-être plus par souci d'esthétique que par respect de la syn-
taxe.

Enfin, il est important de noter, que le lapicide a mis l'accent sur tous les détails
qui peuvent apporter une note décorative à ce texte. Ainsi, outre les (Soukun) et les
œilletons des (Fa), (Qàf), (Wàw) et (Mim) il n'a pas hésité à parsemer le champ épigra-
phique de larmes de plomb incrusté, parfois pour suggérer un (Alif), ou la hampe
(Shila1) d'un (Zàd), mais aussi et surtout dans un souci de recherche purement esthé-

177
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

tique. Et à l'image d'un artiste qui signerait son œuvre, le souci du beau s'associe, pour
une dernière fois, à la recherche d'une certaine authenticité, dans le mouvement souple
qu'exécutent le (Sin) et le (Nun) pour rejoindre le (Ta) afin de recevoir la date qui doit
immortaliser le respectueux défunt pour un dernier hommage à celui dont la sépulture a
eu droit à une chapelle votive, symbole de sainteté, et à deux stèles de chevet.

Cette tombe présente, en effet, la particularité d'avoir deux stèles de chevet, mais
aussi deux dates, détails importants qui nous autorisent à nous poser des questions et à
émettre des hypothèses.

En effet, la présence de deux dates pose problème et nous permet de nous poser la
question de savoir si le défunt est mort en 748 H./1347 J.-C ou en 1199H./1784 J.-C. ?
et cela compte tenu du fait que le lapicide a oublier de préciser qu'il s'agit de l'année
higiriènne et que la date communiquée par le vers (11B) concerne le calendrier de
l'Hégire. Nous puvons aussi penser que le défunt a pu mourir en 591 H./1199 J.-C..
Toutefois ces deux dates sont concerné par les épidémies de Peste (Waba’). Nous savons
en effet que la Peste Noire a fait des ravages en Ifiqiya au XIVe s. en particulier de 1346 à
1350 J.-C. et qu'elle a sévit au début et dans les quinze dernières années du XVIIIe s.
J.-C.. Quoiqu'il en soit, Maqnin Abd Al Salam. a pu se distinguer par son courrage et
son altroïsme, qu'il a mis au services des pestiférés, dans une épidémie qu'il lui a, sans
doute, coûté la vie.

Que le titulaire de la tombe ait vécu au VIe s.H/XIIe s.J.-C.. au VIIIe s.H/XIVe
s.J.-C. ou au XIIe s.H/XVIIIe s. J.-C.. Sidi Kàtib al-Ziyàr a pu être préposé au registre
où sont consignés les noms des visiteurs de la colline du Zallàdj qui porte ce nom du
vivant de son propriétaire Sidi Muhammad al-Zalladj m. 602H/1203J.-C..

Quoiqu'il en soit, si deux des dates avancées: 748H/1347J.-C. et 1199H/1784J.-C.


sont concernées par la famine et les épidémies14 en particulier la peste qui ont fait des
ravages, le problème reste entier, en ce qui concerne la présence de deux stèles au che-
vet de la même tombe, et nous ne pouvons nous empêcher de nous poser la question de
savoir, si ces deux stèles ont été placées en même temps au chevet de cette tombe?

Sont-elles contemporaines de la construction de la sépulture et par conséquent de


l'inhumation de son titulaire? Si non quel serait l'ordre chronologique de leur mise en
place?

Selon leur position sur la pierre tombale nous sommes tentés de penser que la stèle
en travertin, en forme de turban, a précédé la stèle en marbre qui porte l'inscription. En
effet, le turban est fixé à la pierre tombale, tandis que la stèle, avec inscription, vient
s'appuyer sur le sommet du turban.

(14)
Ibn Abi Dinar Al-Qayrawani. Al-Mu’nis fi akhbàr Ifriqiya’ wa Tùnis. 2e éd. Tunis 1350H. pp.346-348.
R. Brunschwig. La Berbérie Orientale. Op. cit.., t. II, pp. 293-295.
L. Valenzi. Le Maghreb avant la prise d'Alger. Paris, Flammarion - 1969, p. 20

178
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

S’il en est ainsi, cette sépulture a eu, dans un premier temps, une stèle de chevet
en forme de coiffure d'homme de religion, simple signe extérieur, pour identifier une
tombe d'homme et la différencier d'une tombe de femme, qui nécessite la présence de
deux stèles, une au chevet et une au pied15, et à laquelle est venue s'ajouter une deuxiè-
me stèle, toujours de chevet, qui contient un texte épigraphique, destinée, peut-être, à
compléter la première, communiquer des informations sur le défunt et préciser la date
de sa mort.

Or, la stèle en marbre comprend un texte épigraphique, poétique qui informe sur le
défunt, évoque le Créateur, médite sur la mort en tant qu'issue fatale, invite à la
réflexion sur l'Eternité du divin, et sur le caractère éphémère de la vie de l'homme, et
communique enfin une date. Elle comporte, en somme, toutes les caractéristiques d'un
chronogramme. Or, nous savons que l'utilisation des chronogrammes relève des tradi-
tions funéraires. Turques Ottomanes, présentes dans de nombreux cimetières de la
capitale Istamboul. Il s'agit donc d'une pratique sépulcrale turque ou importée de
Turquie, et cela est plausible si l'on tient compte de la date de l'année 1199 sans doute
de l'hégire, bien que ce ne soit pas précisé, qui correspond à 1784 de l'Ere chrétienne.
Nous sommes donc en pleine période Turque Ottomane.

Mais alors, la date communiquée par le chronogramme est-elle celle de la mise en


place de la stèle d'appuie en travertin? Concerne-t-elle seulement la stèle en marbre?
Autrement dit, sommes-nous en présence d'une tombe qui a servi deux fois? La présen-
ce de deux stèles peut vouloir dire que chacune d'elles a correspondu à une inhumation.
Cela signifierait que la date, communiquée par le chronogramme, pourrait être celle de
la première inhumation ou de la seconde qui aurait eu lieu, elle, à l'époque turque
Ottomane. La présence de vers qui datent une tombe sur une stèle ou chronogramme
s'explique mieux, car c'est un art pratiqué par les Ottomans. Or, en Turquie, la présence
d'un chronogramme, au chevet d'une tombe, constitue un précieux témoignage, sur le
niveau social, économique et intellectuel de la famille du défunt. La qualité du texte
peut aussi informer sur le niveau intellectuel de l'entourage du défunt qui a commandé
la stèle et sur celui du lapicide. Enfin la présence d'un chronogramme signifie surtout
que le défunt est hors du commun. Et c'est le cas ici, le texte épigraphique laisse penser
que le défunt est un homme pieux, vertueux, un noble qui a mis sa vie au service de la
piété, du travail et de la pratique du bien. Enfin toutes les caractéristiques du profil du
croyant que le Coran définit comme l'ami de Dieu, le Wali.

Ces données nous incitent à penser que la tombe, occupée au XVIIIe s. par cAbd
Al-Salam, est restée anonyme un certain temps, ce qui peut vouloir dire aussi, que la
pratique sépulcrale a obéi, à un moment, aux normes islamiques, qui prônent le
dépouillement et l'anonymat, anonymat sans doute voulu par le défunt lui-même ; la
discrétion n'est-elle pas la partenaire privilégiée de la grandeur, de la noblesse et de la
générosité. Le Saint, n'est-il pas le servant de Dieu, et le servant de Dieu ne connaît pas
l'orgueil.

(15)
El-Habib. Stèles Funéraires Kairouanaises. Op. cit.., p. 231.

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Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

Nous pouvons aussi penser que les deux stèles ont été placées en même temps, et
que l’on ait voulu respecté, à la fois, les pratiques funéraires locales, en posant une
stèle en travertin, mais en forme de turban, pur montrer qu'il s'agit d'un homme de
religion, et les pratiques Turques Ottomanes du chronogramme.

Même si le décor et le style ne peuvent être des éléments déterminants de datation,


ils peuvent néanmoins constituer de précieux repaires, et la forme de la stèle en
travertin, plaide en faveur de l'époque turque et de notre hypothèse. En effet, nous
retrouvons aussi, à l'époque turque des turban sculptés en travertin, placés au haut
d'un support cylindrique ou cubique, sorte de cippe mais de faible hauteur, au chevet
des tombes dans plusieurs cimetières de la Médina. Mais le turban est rarement posé
directement sur la pierre tombale, sans support, comme c'est le cas ici, détail qui
pourrait plaider en faveur de l'ancienneté de la tombe.

La forme de cette stèle en Mallusa’. avec Qàwiq peut signifier que le défunt est un
haut fonctionnaire du culte, en tout cas, un homme pieux, un homme respectable, le
Qàwiq n'est-il pas devenu, dans la société tunisoise, synonyme de dignité et même de
protocole? c Abd Al-Salàm, descendant d'une famille de c Ulama', de jurisconsultes
peut bien mériter cela n'est-il pas un savant? Ainsi cette stèle en travertin calquée sur le
modèle turque pourrait être contemporaine du chronogramme.

Que la stèle en turban en travertin soit antérieure ou contemporaine de la stèle en


marbre, une question reste posée :

Pour qui a été élevée la petite chapelle votive? Pour honorer le premier titulaire de
la tombe, le second, ou un seul homme objet du respect de tous?

Quoi qu'il en soit, ce monument à coupole a été édifié pour honorer un personnage
hors du commun, dont le nom pourrait être celui communiqué par l'inscription, mais
seuls des sondages et l'analyse des ossements du titulaire de la tombe pourront nous
aider à trancher la question, et savoir si les stèles correspondent à deux inhumations ou
à une seule. Ils permettront aussi de vérifier l'authenticité de la date mentionnée au bas
de la stèle, que nous n'avons pas pu reconstituer en remplaçant chaque lettre du
chronogramme (11 B) par sa valeur numérique, selon le calcul Abadjadi.

Le problème de la date reste donc posé. Est-ce 1199 de l'Hégire/1784 de l'Ere


chrétienne ou 748 de l'Hégire/1347 de l’Hre chrétienne? Ou les deux à la fois.

A l'issue de cette recherche, nous sommes en droit de nous poser la question de


savoir si la stèle chronogramme n'a pas été posée là tout à fait par hasard?

Serait-elle étrangère à la tombe-témoin d'un culte dédié à un saint auquel la


mémoire collective attribue le nom de Sidi Kàtib al-Ziyàr? Appartient-elle à une autre
tombe peut-être à celle anonyme située à proximité et attribuée aux frères de Sidi Kàtib
al-Ziyàr, pourvue, elle aussi, d'un mémorial placé à son chevet?

180
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

Qui est cAbd Al-Salàm? Le digne Shaykh descendant d'une famille de Fuqahà?
Un disciple d'Abu'l-Hasan al-Shàdhuli? Un saint préposé au recensement des visiteurs?
Est-il les deux à la fois? Et s'il consignait le nom des visiteurs, de quels visiteurs s'agit-
il? Et les visiteurs de quel lieu?

En d'autres termes, Sidi Kàtib Al-Ziyàr a-t-il eu une existence historique? A-t-il
été créé par la piété populaire?

Les vieux tunisois associent le nom de Kàtib Al-Ziyàr au rituel Shàdhuli, et en


font le préposé au registre oùsont consignés les noms des visiteurs de la Zàwiya’ de Sidi
Abi’l-Hasan Al-Shàdhuli. Association logique, car Abu'l-Hasan Al-Shàdhuli est du
VIIe H/XIIIe siècle de l'Ere chrétienne. Pour d'autres, Kàtib Al-Ziyàr, consigne dans un
registre les visiteurs de la colline du Zallàdj, où depuis la nuit des temps, on n'a jamais
cessé d'évoquer le nom de Dieu.

Pourtant, les récits hagiographiques16 le mentionnent une fois avec les hommes du
Zallàg, -Rigàl Al-Zallàdj, tous morts en odeur de sainteté, sous le nom de - Sàhib
Zimàm Zà’irin Djabal Al-Zallàdj le préposé au registre où sont consignés les noms des
visiteurs du Zallàdj - et il aurait compté le Shaykh Al-Zac faràni un Faqih de Tunis,
parmi les gens dont le nom a été enregistré sur son carnet.

Ainsi le seul témoignage archéologique, à caractère historique, reste la stèle funé-


raire du Zallàdj qui communique deux dates : celle exprimée par le chronogramme
748H/1347J.-C. et celle gravée au bas de la stèle 11991H/1784J.-C? et deux détails
importants, l'allusion aux qualités intellectuelles et morales du défunt et au rôle qu'il a
joué en période d'épidémie de Peste -Wabà'-.
c
Abd Al-Salàm a satisfait les gens par son comportement, et s ' i l a atteint ce but,
cela peut-il laisser entendre qu'il a bénéficié de la, Riza, satisfaction de Dieu ; car
«Dieu a été satisfait d'eux»17, des croyants qui L’ont craint, donc les Wali.

Or, si les catastrophes naturelles, les calamités en particulier, les épidémies, les
guerres et le despotisme des gouvernants ont été des facteurs d'insécurité et de peur à
travers l'histoire de l'Ifriqiya'18. Ils ont aussi expliqué le besoin de croire et de recouvrir
aux amis de Dieu les Saints et à mieux identifier ces Amis de Dieu.

Le XVIIIe siècle est plus particulièrement marqué par une série d'épidémies de
peste qui a concerné le début du siècle 1701, 1705, et les quinze dernières années, c'est-
à-dire 1784-1785 ; 1794 et 1800.

(16)
Ms. B.N. de Tunis, Recueil de Manuscrits, coll. H. H. Abd AI Wahhab.
(17)
Coran, V, 119. Trad. Kasimirski. Op. cit..
(18)
Ibn Abi Dinar Al Mu’nis. 2e éd. Tunis 1350 H., pp.346-348.
R. Brunschwig. La berbérie Orientale. Op. cit.., t. II, pp.293-295.

181
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

En fait comme récrit, Lucette Valenzi dans l'ouvrage qu'elle a consacré «au
Maghreb avant la prise d'Alger»19. «Le Maghreb est miné par la maladie... les retours
répétés d'épidémies meurtrières font de l'Afrique du Nord à la fin du XVIIIe s. et au
début du XIXe une région d'endémie».
En fait, qui est Maqnin cAbd As-Salam? le savant digne descendant de son père?
l'homme pieux, vertueux qui vole au secours des malades atteints de la peste, victime de
l'épidémie meurtière de 748H/1347 ou de 1199H/1784?

Quel lien peut-il avoir avec le célèbre jurisconsulte Malékite du milieu du XIVe
siècle Abd Allah Ibn cAbd As-Salam, cité par Al Wansarisi20 dans son Mic yar pour
avoir justifié la multiplication des prônes du vendredi dans la ville de Tunis, afin de
satisfaire aux besoins d'une cité en expension?

Notons à leur propos l'étrange coïncidence du nom, de l’année de la mort


748H/1347 et de la cause de la mort, la Peste Noire.

Ces données pourraient peut-être nous permettre de reconstituer les éléments du


puzzle, car en fin le lapidaire a pu soit, confondre les deux cAbd As-Salam, soit qu'il ait
voulu aussi les associer dans un hommage commun. Auquel cas, le vers (11B), commu-
niquerait la date du décès en 748H/1347, du jurisconsulte célèbre pour ses prises de
position courajeuses au XIVe siècle, victimes de l'effroyable épidémie de Peste Noire,
et la date gravée au bas du texte épigraphique évoquerait le décès d'un membre de sa
famille, un descendant, mort lui aussi, de la Peste Noire mais en 1199H/1784.

Ainsi les deux stèles est les deux dates crespondraient bien à deux inhumation et
peut être bien à deux sépultures appartenant à une famille prestigieuse d'Ulémas de la
ville de Tunis à l'époque Hafside et Turque-Ottomane. Les membres de cette famille on
pu être des disciples shadhuli.

Que la sépulture de c Abd Al-Salàm soit celle d'un Faqih Malékite ou celle d'un
disciple Shadhuli, préposé au registre où sont consignés les noms des visiteurs du
Zallàdj, elle demeure la tombe qui abrite un homme de Bien, un homme de Dieu, auquel
la mémoire collective attribue le nom de Sidi Kàtib Al-Ziyàr. Cette sépulture fait partie
des tombes, témoins d'un culte. Elle se situe dans la catégorie des tombes ayant une
chapelle votive à leur chevet21 ; elle constitue un jalon sur le parcours du pèlerinage de
la sécurité qu'effectuent les disciples Shadhuli sur la colline du repentir, parcours, dont
les tombes de Sidi Al-Zallàdj22 et celle de Sidi Al-Siqilli23 constituent les premiers
jalons.

(19)
L. Valenzi. Le Maghreb avant la prise d'Alger. Paris, Flammarion, 1969, p.20.
(20)
Al Wausarisi Al Micyar, Ms BN de Tunis, 1132 H.
A. Daoulatli, Tunis sous les Hafsides, Tunis, INAA, 1976, p. 146.
(21)
N. Mahjoub. Les Zawiya des wali, Op. cit.
(22)
Idem, N. Mahjoub : A propos de la sépulture d'un Saint de Tunis, Sidi Al Marjani, Tunis, INP,
Africa XIII.
(23)
N. Mahjoub, A propos de la sépulture d'un Saint de Tunis, INAA, 1990.
(24)
N. Mahjoub, Les Zawiya des wali, Op. cit.

182
Africa XV, A propos de la stèle funéraire d'un saint de Tunis, Sidi Kàtib Az-Ziyar Naziha Mahjoub

Ce n’est pas un hasard, si le vert (3A) du texte épigraphique, de la stèle objet de


notre étude, fait de cette sépulture le décor de la Zavviya Maqam d'Abu’ 1 Hassan Al
Shadhuli24 .

CONCLUSION

Si cette recherche n'a pas la prétention de clore le dossier de la stèle funéraire et de


la tombe de c Abd Al-Salàm, le jurisconsulte Malikite du XIVe siècle, honoré sous le
nom de Sidi Kàtib Al-Ziyàr ou Sidi Sàhib Zimàm Zà’irin Djabal Al-Zallàdj. Elle a
néanmoins contribué à sortir de l'oubli un homme que des centaines de pèlerins hono-
rent chaque année.

Cette recherche s'inscrit dans le cadre d'une recherche plus vaste, que nous avons
consacrée à l'étude des structures de l'architecture des monuments funéraires, Zàwiya’,
des Saints, (Wali) de Tunis et de ses environs a partir du IXe siècle.

Elle est aussi un jalon pour une nouvelle lecture des stèles funéraires des Saints, de
Tunis et de ses environs ; lecture qui s' inserre dans une série que nous avons intitulée :
Un homme, un monument, suivie elle-même d'une série complémentaire qui s'attelle,
cette fois, à l'étude de l'architecture de toutes les monuments funéraires des Saints, des
sépultures et des stèles funéraires des Saints, de Tunis et de ses environs.

Cette recherche est enfin une réponse au vœu pieux formulé sur le chronogramme.
Deux cent ans ou sept cents ans, après sa mort, cAbd Al-Salàm a retenu l'attention de
l'historien et aura fait l'objet d'un article.

183
GHAR-EL-MELH :
UNE VILLE PORTUAIRE TUNISIENNE
DU XVIIe SIECLE
Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

I - Un site favorable et stratégique


Ghar-el-Melh est une petite ville côtière du Nord-Est de la Tunisie, située à mi-che-
min entre Tunis, la capitale du pays, et Bizerte, siège de l'amirauté tunisienne du XVIe au
XVIIIe siècle. Malgré son éloignement des grandes voies de communication ter-
restres, cette ville, dominant un grand lac portant le même nom, occupe un site excep-
tionnellement favorable : précipitations suffisantes, sources abondantes et terres fertiles
propres à recevoir des cultures diversifiées. Outre le lac, la montagne qui l'enserre au
Nord -Jabal al-Nâdûr- renforce ses défenses naturelles. Ce mont qui s'élève à 325 m
d'altitude, permet de contrôler et d'observer toute la rade de Tunis, et constitue une
excellente ressource de matériaux de construction, pierre et bois notamment, qui y
abondent.

Le lac, qui constituait à l'époque ottomane un excellent mouillage pour les vais-
seaux ronds, est un vaste bassin naturel de 300 km2, communiquant avec la mer par une
passe. C'est de fait, un vestige de l'ancienne baie d'Utique, jadis largement ouverte sur la
mer. La célèbre cité antique était alors une ville portuaire, mais le déplacement de
l'embouchure de la Medjerda entraîna progressivement l'ensablement du port et son
abandon définitif au VIIe siècle.

La fermeture de la lagune s'ébaucha à une date difficile à préciser avec exactitude,


avec l'apparition - vers la fin de l'antiquité - de cordons littoraux séparant le lac du
golfe de Tunis. Le processus de l'ensablement de ce lac et de sa fermeture sur la mer
était déjà bien avancé aux XVIe et XVIIe siècles, comme l'attestent les cartes de cette
époque (fig.9). Les sondes mentionnées par ces documents (fig.2, 6, 9, 10), prouvent
que le niveau d'eau est resté sensiblement le même au cours du XVIe du XVIIe et du

185
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne
tunisienn du XVIIe siècle Ahmed
hmed Saadaoui /Néji Djelloul

XVIIIe siècles
ècles ; ce qui semble contredire sérieusement l'hypothèse de R.Paskoff selon
laquelle l'ensablement de la lagune serait dû au changement du cours de la Medjerda
qui se serait déversée jusqu'au XVIIIe - XIXe siècles dans le lac, puis avait déplacé
son embouchure vers l'Est pour aboutir directement dans la mer1 . Cependant , les
anciennes
nnes cartes attestent qu'au XVIe siècle la rivière se déversait déjà au Sud du lac,
lac à
l'endroit de son embouchure d'avant 1973, date à laquelle elle modifia de nouveau son
parcours, suite à des innondations exceptionnelles, en empruntant définitivement un
canal prévu à l'origine pour évacuer l'excédent du débit lors des crues.

Fig.1 : Ghar-el
el-Melli, photographie aérienne
érienne (1962), (O.T.C.).

Fig.2 : Plan de la ville de Ghar el Melh (O.T.C.)

(1)
R. Paskoff. 1985, p.33 - 41

186
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Fig.3: Ghar el Melh, fortifications et sondes (1881).

Aussi l'hypothèseèse de Jauzein2 nous semble plus vraisemblable que celle de


Pimienta et de Paskoff4. En effet, Le premier pense que le sous-delta,
3
sous delta, très bien conser-
conser
vé, en forme de patte d'oiseau qui progresse dans la partie méridionale de la lagune,
s'est construit entre le VIIee et le XVIIIee siècle, alors que la seconde hypothèse suggère
que son édification serait plus récente et que le sous-delta
sous delta fonctionnait encore
enco au XIXe
siècle.

(2)
A. Jauzein, 1971, p. 128- 151
(3)
J. Pimienta. 1959, p.20 -39
(4)
R. Paskoff. 1985 p. 33-41

187
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

Par ailleurs, la passe qui reliait le lac à la mer s'est rétrécie progressivement avec
l'ensablement de la lagune et le développement des cordons littoraux. Cette évolution
est perceptible dès le XVIIe siècle; ainsi le Sieur d'Almeras observa en 1672 que «le
fond (du lac) n'y vaut rien et est toujours pire en approchant du port»5 . Quant à
Peyssonnel, il écrit en 1724 : «la rade est un grand bassin ; elle a environ une lieue de
long sur une demi-lieue de large ; l'entrée en est étroite et le devient tous les jours
davantage, parce que la rivière de Bagradas, qui se décharge directement à son entrée,
charrie beaucoup de sable et la comble peu à peu. Il est à craindre que dans quelques
temps elle ne se ferme entièrement. Je suis convaincu, par des observations, que depuis
dix ans le fond avait diminué de plus de dix pieds ; de sorte que les vaisseaux de guerre
touchent presque tous, en entrant, aux endroits où ils passaient autrefois fort à l'aise»6.
Les craintes de Peyssonnel n'étaient pas sans fondements, puisque la rade devint à par-
tir du XIXe siècle inaccessible aux navires d'un certain tonnage malgré quelques ten-
tatives pour déblayer le sable qui envase la passe et le fond du lac, comme en 17927 et
à l'époque d'Ahmed Bey8.

Fig.4 : La Tunisie du Nord au début du XVIe siècle


(1533) (pl.98 de l'Atlas d'A. Ortelius).

(5)
E. Plantet, 1893 - 1899, T.I, p.262
(6)
J. Peyssonnel , 1987. p. 150
(7)
E. Plantet, 1893 - 1899, vol III, p. 261
(8)
Ibn Abî al-Diâf. 1963. T. IV , p.81

188
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

Entre le lac et la montagne s'étirent -transversalement par rapport au relief- les ter-
rains agricoles dépendants de la ville. Les parcelles présentent des structures parallèles
aux courbes de niveau et reçoivent des cultures diversifiées: maraîchage, arboriculture ,
céréaliculture et petit élevage. L'action continue de l'homme depuis le XVIIe siècle,
pour étendre les surfaces cultivées au dépens de la montagne et du lac, a façonné le pay-
sage autour de la localité . Ainsi, des terres ont été arrachées à la montagne, par
l'aménagement de son versant en terrasses, créant des cultures en étage réalisées par des
murs de soutènement construit en pierre. Ces cultures s'étendent jusqu'à un niveau
assez élevé sur le versant et reçoivent surtout des plantations arboricoles. En outre , les
bordures du lac et les cordons littoraux ont été comblés et couverts de sable désalisé
et d'éléments fertilisants notamment des engrais organiques ; ces nouvelles terres
acquises au dépens de la mer ont été par la suite exploitées comme jardins potagers9.

Fig.5 : La Tunisie du Nord au début du XVIe siècle ( 1570)


d'après G. Mercator.

(9)
V. Guérin (T.I. p. 13 - 15 ), qui visita la ville en 1860, nous entretient de «ces riches et riants vergers.»
s'étendant sur la bordure du lac et au pied de la montagne, et même sur les cordons littoraux, des jardins
plantés d'oliviers , de figuiers, d'amandiers et de plusieurs autres arbres.

189
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

II - Un port dynamique et une cité prospère au XVIIe et au XVIIIe


siècles

La rade de Ghar-el-Melh n'est pas étrangère aux navigateurs d'avant l'époque otto-
mane : presque toutes les réserves des flottes qui attaquèrent Carthage et Utique dans
l'antiquité s'y concentrèrent. Proche du site de la ville moderne, non loin d'Utica, s'éle-
vait le comptoir phénicien de Rusucmona. Son nom latinisé indique qu'il devait être
placé sur un cap ou sous un cap; or Ghar-el-Melh est précisément située dans le golfe
d'Utique et au dessous de Ras Sîdî CA1î al-Makkî. Cette station maritime signalée par
Tite Live10 ne réapparaît pas cependant dans les textes de la période romaine. Toutefois,
les vestiges archéologiques trouvés non loin de la ville moderne témoignent de la per-
sistance de ce comptoir après la chute de Carthage. Il semble même que de riches villas
s'élevaient sur les bords du lac ; elles ont dû disparaître à la suite de son ensablement11.

Le conflit hispano-turc redonna à Ghar-el-Melh l'importance militaire qu'elle


semble avoir eu à l'époque aghlabide12 ; en 1535, la flotte de Charles-Quint y passa la
nuit avant de mettre le cap sur la Goulette13. En 1574, dans une lettre à Don Juan
d'Autriche, le Vice-roi de Tolède écrivait que «le site est pourvu d'un bourg, d'eau, de
bois, de fonds marins et d'un port susceptible de recevoir une grande flotte et s'élève
dans un lieu facile à secourir»14. Cette bourgade, n'est autre que le Qasr Abî Saqr,
signalé par les auteurs arabes du haut Moyen âge, près duquel se trouvait les îlots d'al-
Kurrât où l'aghlabide Ziyâdat Allah exécuta ses proches parents15.

Le terme arabe, Qasr ne désignait pas dans ce cas un simple fortin, mais plutôt un
village fortifié16, doté d'une dimnâ17, ainsi que l'atteste les toponymes actuels de cAyn
al-Dimnâ et de Jabal al-Dimna18. Le cap de Sîdi CAli al -Makkî lui-même , était appelé

(10)
Tite Live, liv., XXX.10.
(11)
Un tombeau en marbre entouré de statues des neuf muses, fut découvert à Ghar-el-Melh en 1895.
D'autres vestiges antiques, d'époque romaine, sont encore apparents sur la bordure de la route : (PL X-B).
(12)
Bakrî, 1992, T.II, p.759.
(13)
L. Marmol. 1667. T.II, p. 445; R., Elyatt, 1967. p.72; Ch. Monchicourt, 1932, p.66.
(14)
Ch. Monchicourt, 1932, p.66.
(15)
Bakrî, 1992, T.II, p.759, Maqdisî,1906, p. 4-5; H.H Abdulwahab, 1955, p.77; H. R. Idris, 1962. T.II,
p. 436. Outre Bizerte, Chef-lieu de la province nord-orientale appelée Satfûra au haut Moyen Age. le lit-
toral était jalonné du Nord au Sud par les localités ou les Qasr (s) fortifiés suivants: Qasr al-Yaqûta, où se
trouvait Hisn Abi Mazhûl; Marsâ Banî Waggâs, près duquel se trouvait l'îlot de Qamlâriyya, Marsâ al-
Wâdî, Qasr Tarsa Dâwûd, Qasr Sûnin, Marsâ al-Gabal. Marsâ al-Taniyya, Ribât abî Saqr, Marsâ-Ribât,
Qasr al-Hagg-âmin; Qasr Galla, Qasr Gardân. Voir Bakrî, 1992. p.759: Idrîsî, 1866, p. 114-115; V. Guérin.
1862, T.II, p.31; H.H. Abdulwahab , 1955, p. 77 ; H. R. Idris, 1962, T.II, p. 436.
(16)
Voir à ce propos, ce propos les qasr (s) fortifiés de Nabeul, Hammamet, Yunga, al-’Aliya. in N. Djelloul.
1988, T.I. p. 427 , 439 et T.II, p. 541, 608.
(17)
Sur les Dimnâ au Moyen âge, voir al-Maliki, 1983, T.I, p.41, T.II. p.47,231) H. R. Idris, 1962.
T.II, p.422.445.
(18)
E. Babelon, R. Cagnat, S. Reinach, Atlas archéologique, 1892 - 1913. f° VII Ghar-el-Melh.

190
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

kanîsa»19, et aurait servi de lieu de ribât, comme l'atteste le


au haut Moyen âge «al-kanîsa»
toponyme de cAyn al-Munastîr
Munastîr20, appellation donnée avant les Aghlabides aux qas-
ribât (s) musulmans21. De même, en dehors de la ville, sur la route de Tunis, une citer-
citer
ne d'époque romaine porte la trace de restaurations datables du haut Moyen âge musul-
musul
man .

Qasr Abîî Saqr, devenu Ghar-el-Melh à l'époque hafside22, est encore attesté par
les cartographes, tant Ottomans (PL. II)23 que chrétiens (PL.I,II,III)24. Le dernier docu-
docu
ment (Carte de G. Mercator ), est presque contemporain de la lettre de Don Garcia de
Tolède. Avant cette date, l'ingénieur d'André Doria , Pompéo Florani, avait conçu un
projet d'aménagement d'une base navale à Ghar-el-Melh,
Ghar Melh, mais Don Juan d'Autriche
en empêcha l'exécution25. Ces témoignages contrastent avec ceux des auteurs arabes,arabes

Fig.6: Plan de Char el Melh vers 1669.


De viviers, B.N.P., S.H.M., Port. 105, div.6, p.2.

(19)
Idrîsî, 1866, p. 1 1 4 - 1 1 5 .
(20)
E. Babelon . R. Gagnat, 1892 – 1913, f° VII, Ghar-el-Melh.
(21)
M. De Epalza, «al-Munastir
Munastir d'Ifriqiyya et al -Munastir de Xarq al-Andalus», in Cahiers du Cérès,
n°4, 1991, p. 100-101.
(22)
R. Brunschvig ,1940, T.I, p. 229 : Léon l'Africain, 1983, T.II, p.253.
(23)
Piri Reis, 1973, T.II, p 150.
(24)
A. Ortelius, 1570, pl.98: G. Mercator, 1636,
1636 T.II, p. 428.
(25)
R. Elyatt, 1967, p.72.

191
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

mais également ceux des auteurs européens de la fin du XVIe et du début du XVIIe
siècles. Ces derniers, en effet, précisaient que le lieu était désert et dépourvu de fortifi-
fortifi
cations26. Selon L. Lanfreducci et G. Bosio (1587) «Porto-Farina
«Porto Farina est un grand port, bon
pour une grande flotte et bien abrité. On peut y entrer librement parce qu'il n'y a aucune
défense. Il n'y a qu'une seule tour sur la montagne , sans artillerie, ni plate-forme
plate apte à
en recevoir»27. Cette tour, remontant fort probablement au haut Moyen âge, est décrite en
1860 par V. Guérin comme étant «une construction carrée, que les Arabes appellent
Nador et la regardent comme une vieille tour d'observation. Mais en pénétrant dans
l'intérieur de ce bâtiment, j'ai cru plutôt reconnaître les restes d'un ancien marabout»28.

Ainsi, Ghar-el-Melh, v égéter durant l'époque hafside 29, semble


Melh, qui n'a fait que végéter
avoir
voir été abandonnée à la fin du XVIe siècle. Ce n'est qu'en 1638 que le puissant dey et
qâbudân de la flotte tunisienne, Ustâ Murâd ibn c Abdallah , résolut de créer à cet
endroit un port pour les vaisseaux ronds, jusque là obligés d'aller chercher à Sousse un
abri précaire30. La fondation de ce port obéit à un double objectif : créer un véritable
point de ralliement pour les vaisseaux ronds, et en particulier les galions à voile qui

Fig.
ig.7: Plan de Ghar el Melh vers 1669.
Albert, B.N.P., S.H.M., Port. 105, div.6, p. 13.

(26)
Ibn abî Dinar, 1967, p.209; Sarrâg, 1973, p. 119: H. Hûga, 1975, 1975 p.93; Ibn abî al-Diâf
al , T.II, p.38;
Mahlûf , 1930, T.I, p.170- 171: Mas'ûdi , 1905, p. 94; R. Elyatt, 1967, p.72.
(27)
L. Lanfreducci et G. Bosio, 1925, p. 517-518.
517
(28)
V. Guérin, 1862, T.II, P. 17. Voir aussi C. Chotin,
Chotin 1849, p.59.
(29)
A l'époque
époque hafside nos sources ne citent que les localités de Rafraf, qui a gardé jusqu'au début du siècle
son enceinte en béton de chaux, édifiée au cours du XVème siècle par le prince Abû
Ab Fâris;
ris; Bizerte, Ras Djebel et
Ghar-el-Melh.
Melh. Voir R. Brunschvig, 1940. T.I,
T.I p.229; N. Djelloul , 1988, T.I, p.328 - 329.
(30)
R. Elyatt, 1967, p. 72; J.B. Salvago, 1937, p. 394; R.P. Dan,1637, p. 165.

192
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

prennent de plus en plus d'importance dans la composition de la flotte de guerre31 ;


mais aussi empêcher les corsaires chrétiens d'y venir faire aiguade et de se réfugier
dans le lac32. Le dey décida en outre d'établir une ville et d'y retenir les habitants en
accordant plusieurs avantages et libéralités à ceux qui viendraient s'y fixer. Il se montra
particulièrement généreux envers les Morisques qui constituaient une main-d'oeuvre
hautement qualifiée, et qui plus tard s'établiront en grand nombre à Ghar- el-Melh33.

A la mort d'Ustâ Murâd, le port se composait d'une darse fortifiée, dotée de plu-
sieurs magasins, d'un bagne d'esclaves et de quelques habitations, défendues au Nord
par le fort du milieu : Burj al-Wustâni34. En 1653, l'amiral R. Blake, envoyé par O.
Cromwell afin de châtier « les corsaires tunisiens», endommagea partiellement les forti-
fications de la nouvelle place35. Toutefois, à la suite de ce raid, le dey Hâg Mustapha lâz
(1653 - 1665) fit restaurer le port et ordonna de renforcer ses défenses par la construc-
tion de deux nouveaux forts : Burj al-Lutâni à l'Est et Burj Tunis à l'Ouest, ainsi que
plusieurs redoutes équipées de batteries à fleur d'eau. Un autre mouradite, Alî Bey
(1677 - 1696) dota la ville, qui s'était considérablement agrandie, d'un chantier de
construction navale et de plusieurs autres casernes. Le tout fut entouré d'un mur d'en-
ceinte au début du XVIIIe siècle. A la suite de ces travaux, Ghar-el-Melh devint le
grand port de la régence et son principal arsenal maritime36.

Fig.8: Plan de Ghar-el-Melh au début du XVIIIe siècle,


B.N.P., S.H.M., Port. 105, div.6, p. 12.

(31)
Ibn abî Dinâr , 1967, p.209. Vers 1610, à en croire R. Elyatt (1967 , p.21-22), la régence entretenait
vingt-quatre grands galions de guerre de 1500 à 2000 salmes, six galères de 24, 25 et 26 bancs, quatre ou
cinq fustes et brigantins de 16 à 19 bancs et six pataches. Sur le rôle que jouèrent les renégats nordiques
dans ces mutations techniques, destinées à révolutionner à court terme les conditions de la guerre en
Méditerranée, voir notamment : P. Grandchamp, 1957, p. 269-333; N. Djelloul,1988, T.I, p. 82 - 83.
(32)
Ibn abî Dinâr . 1967, p.209.
(33)
Ibn abî Dinâr, 1967, p.209; H. Hûga, 1975, p.93-94; Ibn abî al-Diâf,1963, T. II, p. 38; Mahlûf, 1930,
T.I. p. 170 -171. Sur l'importance du rôle joué par les Morisques dans l'activité maritine de Tunis et
Alger au XVIIe siècle, voir notamment : J. Bahloul, 1985, p.50; N. Djelloul, 1988, T.I, p. 81, 104.
(34)
J. Coppin, 1686, p. 132.
(35)
Ibn abî Dinâr, 1967, p. 214.
(36)
H. Hûga, 1975, p. 94, 157; Ibn abî al-Diâf, 1963, T.II, p.38.

193
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

En 1818, par suite de l'ensablement considérable


considérable de la passe du lac, le port fut
abandonné et toute la marine de guerre transportée à la Goulette. Mais l'année suivante, le
bey craignant que son escadre ne subisse le même sort que la marine algérienne,
détruite en grande partie par Lord Exmouth, résolut de rendre à Ghar el-Melh el son
ancienne destination, afin de mettre sa flotte hors d'un coup de main. Deux ans plus
tard, le port fut de nouveau abandonné37. En 1837, Ahmed Bey décida de créer à Ghar- Ghar
el-Melh un arsenal à l'européenne
uropéenne ; à cette occasion plusieurs palais pour le prince et sa
suite furent construits à grands frais, et plusieurs casernes et ateliers furent crées dans le
quartier du port. Cependant, à la mort de ce bey, son successeur donna l'ordre de retirer la
garnison.
arnison. La plupart des constructions édifiées par Ahmed Bey ne tardèrent pas alors à
tomber en ruines, faute d'entretien38 ; seuls subsistent encore quelques magasins et des
ateliers de l'arsenal.Si les trois forts, ainsi que la darse du XVIIe siècle, résistèrent
rés aux
intempéries, l'enceinte de la ville en revanche, a complètement disparu.

(37)
H. Hûga,
ûga, 1975, p. 154; Ibn abî al-Diâf,
al Diâf, 1963, T.II, p. 38, T.III, p.129; Mahlûf, 1930, T.I, p.171 ; J.
Molinier, 1952, p. 81-91.
(38)
Ibn abî al-Diâf,
Diâf, 1963, T.IV, p. 81 ; V. Gérin, 1862. T.I, p. 17 ; P. Cezelly, 1904, p. 30.

194
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

III - La ville et ses monuments religieux:


La ville, comme ses jardins, est enserrée
ée entre la montagne et le lac. Elle présente
un tracé des plus régulier: deux artères principales de 8m de large parcourent la ville
d'un bord à l'autre. L'artère médiane traverse la place centrale dite la Rahba, alors que
l'artère méridionale passe à travers le petit marché couvert dit al-Sûq.
Sûq. Les deux artères
sont réunies par des rues perpendiculaires moins larges ne dépassant que rarement 5m.

Fig.10:: La ville de Ghar el Melh. En avant-plan


avant : le port et la Grande Mosquée.
Mosqu

La place centrale, la Rahba, conçue


çue dès l'édification de la ville au XVIIe siècle,
siècle
constitue un élément essentiel du tissu urbain. De forme rectangulaire, elle occupe le
centre de la ville et constitue le point d'aboutissement de plusieurs rues. Cette place
accueillait le marché hebdomadaire de Ghar-el-Melh.
Ghar

Fig. 11: La place centrale.

195
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

En plus de la place de la Rahba, le petit marché couvert constitue un autre élément


essentiel du tissu urbain. Il est traversé par le deuxième axe principal de la ville, l'artè-
re méridionale. Il compte plusieurs boutiques alignées au bord de la rue. Ce petit souk
très restauré, date, nous semble-t-il, de la deuxième moitié du XVIIe siècle.

La ville est divisée en plusieurs quar-


tiers dont les limites sont difficiles à cer-
ner. Au XIXe siècle, ils étaient au nombre
de six: Hûmat al-Tawâbî, Hûmat al-
Rahba, Hûmat Sîdi al-Tarhûnî, Hûmat al-
Madrasa, Hûmat al-Sûq et Hûmat al-
Rafrâf 39.

La médina de Ghar-el-Melh qui a


relativement peu souffert des reconstruc-
tions récentes, compte, outre deux ham-
mâms , les habitations, les installations
maritimes et les fortifications, plusieurs
édifices religieux dont une madrasa et
trois mosquées : la Grande Mosquée, la
mosquée de la Rahba et la mosquée de
Sîdî Nasr.

Fig.12: Le souk.

1- La mosquée de la Madrasa :

La madrasa de Ghar-el -Melh est connue actuellement sous le nom de la mosquée


de la madrasa . De taille moyenne, l'ensemble de l'édifice se compose d'un oratoire,
d'une cour à ciel ouvert entourée de 8 petites chambres, d'une salle d'ablution et d'un
minaret qui a été reconstruit vers 1960.

L'édifice n'est pas daté, mais plusieurs éléments témoignent de son ancienneté et
autorisent à penser qu'il a été érigé au cours de la deuxième moitié du XVIIe siècle.
Quelques années après la fondation de la cité et après l'édification de la Grande
Mosquée, Ghar-el-Melh se serait dotée d'une madrasa qui est un équipement habituel
dans les villes de l'époque ayant la même taille.

(39)
A.G.G.T/, R.F. 629, pour l'année 1272 h/ 1855-1856, ce registre recense 426 personnes de sexe mas-
culin dans la ville de Ghar-el-Melh répartis ainsi :
Hûmat al-Tawâbî: 80 dont 2 Andalous et 9 Turco-hanafites.
Hûmat al-Rahba : 125 dont 8 Andalous et 46 Turco-hanafites.
Hûmat su al-Tarhûnî : 32 dont 0 Andalous et 11 Turco-hanafites.
Hûmat al-Madrasa : 44 dont 2 Andalous et 14 Turco-hanafites.
Hûmat al-Sûq : 69 dont 3 Andalous et 17 Turco-hanafites.
Hûmat al-Rafrâf : 76 dont 2 Andalous et 15 Turco-hanafites.

196
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Fig. 13:: La Grande Mosquée dominant le port et l’arsenal

L'édifice
édifice était destiné à l'époque de sa fondation à l'enseignement et l'héberge-
l'héberge
ment des jeunes campagnards qui passaient quelques années à étudier soit à la madrasa
soit à la Grande Mosquée. Huit Chambres aux dimensions réduites sont aménagées à cet
effet. A une date indéterminée, la madrasa a cessé ses activités liées à l'enseigne-
l'enseigne
ment, alors que son oratoire a continué à recevoir les fidèles du quartier pour les prières
quotidiennes. Dans les années 1940, cet oratoire a été promue mosquée à Khutba pour le
rite Malékite, suite à une demande des habitants auprès des autorisés40.

Fig.14: La madrasa, l'oratoire

(40)
A.N.T, Série
érie D, Carton 8, Dossier 6. Dans ce dossier se trouve les différentes correspondances à ce
propos. On y apprend également que l'édifice compte une salle de prière carrée de 120 m divisée en trois
nefs, une large cour, un puits, une citerne et une salle d'ablution ; le rapport ajoute que cette mosquée est
apte à recevoir une khotba . Le decret
d de la nomination du premier imam prédicateur, Shaykh cAbbâs al-
Makkî, date du mois de février 1940.

197
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

L'élément
élément le plus intéressant de cet édifice est la salle de prière qui est un quadrila-
quadrila
tère de 12,90m sur 11,50m. Elle compte trois nefs de trois travées et elle est couverte de
voûtes d'arêtes bandées de doubleaux et portées par des colonnes de pierre calcaire cou-cou
ronnées de chapiteaux sommairement sculptés.

2- La mosquée
ée de la Rahba

Masjid al-Rahba41 qui remonte au XVIIe siècle


ècle est le plus ancien oratoire de quar-
quar
tier de Ghar-el-Melh.
Melh. Il se situe au coeur de la ville et surplombe la place centrale qui
lui a donné son nom.

Il s'agit d'une petite mosquée ée qui renferme une salle de prière, un minaret, une
courette et une salle d'ablutions alimentée en eau par un puits et une citerne.

ère primitive42 de plan carré mesure 7,70m de côté et se divise en


La salle de prière
trois nefs de trois travées. Elle est recouverte de voûtes d'arête sans doubleaux reposant
sur des arcs en plein cintre portés par des colonnes couronnées de chapiteaux de type
hafside. La largeur des nefs est de 2,55m alors que la longueur des colonnes ne dépas-
sent pas 1,80m.

Fig. 15 : La mosquée de la Rahba, la salle de prière.

Le minaret s'élève
élève dans l'angle nord-est
nord est de l'édifice. Il est bâti sur un plan carré
de 2,60m de côté. Sa hauteur, au sommet du toit du lanternon, ne dépasse pas les 10
mètres. On lui accède par une petite porte (1,30 x 0,60), percée à la base du côté sud du
minaret. L'escalier en colimaçon s'appuie sur une rampe en hélice et se compose de 37
marches qui aboutissent sur la plate forme finale par une baie percé dans le lanternon
carré qui couronne la tour.

(41)
A.N.T. , Série
érie D, Carton 8, Dossier 5.
(42)
Ces dernières
ères années, la salle de prière, au cours d'une opération de rénovation a été élargi d'une
d'u nef
sur le côté occidental.

198
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

3- La mosquée
ée de Sîdî Nasr

Masjid Sîdî Nasr 43 occupe un empla-


empla
cement angulaire, à la rencontre de la rue
de Sîdî Nasr et celle de la Rahba. Cette
mosquée date vraisemblablement du XVIIeXVI
siècle, cependant elle a subi plusieurs res-
res
taurations dont certaines sont très récentes.
Il se compose d'une salle d'ablutions refai-
refai
te récemment, d'un petit minaret et d'une
salle de prière couverte de voûtes d'arête
s'appuyant sur les murs et sur uneun seule
colonne de remploi dressée au milieu de Fig. 16 : L’ancienne église (XIXe siècle).
salle.

4- Les zâwiyas:

La ville compte également plusieurs zâwiyast, certaines d'entre elles se trouvent


dans la médina, les autres sont dispersées dans les environs de Ghar-el-
Ghar Melh. La
Haddâd jouxte la Grande Mosquée et celle de Sîdî cAbd-al-Salâm
zâwiya de Sîdî al-Haddâd
Tarhûnî et de Sîdî ben c Îsâ se
donne sur la place de la Rahba. Les zâwiyas de Sîdî al-Tarhûnî
dressent au sud de la médina, sur les bordures du lac.

Fig. 17: la zawiya de Sîdî cAlî al-Makkî.

(43)
Sur cette mosquéeée on peut consulter les quelques documents qui se trouvent aux A.N.T., Série D,
Carton 8, Dossier 4, mais ces documents sont postérieurs à 1885.

199
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

La zâwiya de Sîdî CAlî al-Makkî reste cependant la plus célèbre et la plus


ancienne. Ce monument pittoresque s'élève sur le promontoire du même nom à 7km à
l'Est de la ville occupant un site magnifique, au pied d'une petite montagne dite Jebel
al-Dimna, à 50m d'altitude. La zâwiya est aménagée dans une grotte naturelle.
L'édifice est difficile à dater; on n'y trouve actuellement qu'une stèle funéraire d'un
muqaddim de la zâwiya , le crétois Muhammad al-Amîn Khûaja Bak mort en
1247/1831. Mais l'édifice est beau- coup plus ancien ; il est fort probable qu'il soit
antérieur à l'édification de la ville por- tuaire du XVIIe siècle, Sîdî CAlÎ al-Makkî
ayant vécu à l'époque hafside. En outre, le toponyme Dimna suggère que le site
médiéval a été occupé par une léproserie qui peut être à l'origine du sanctuaire.
5- La Grande Mosquée

Le principal édifice religieux de Ghar-el-Melh est sa Grande Mosquée. Celle-ci


se dresse dans un endroit excentrique à l'est de la ville et au nord du vieux port. Son
importance et sa bonne conservation en font l'une des plus intéressante mosquée
du Sahel bizertin44.

Fig.18 : La Grande Mosquée, plan d'ensemble

(44)
La restauration la plus récente, celle de ces dernières années est la plus dommageable pour l'authen-
ticité de l'édifice. Ainsi, en plus de la consolidation nécessaire des murs et des terrasses, les restaurateurs
animés d'un esprit d'embellissement ont ajouté à l'édifice une corniche en tuile vernissée verte couron-
nant la salle de prière sur trois faces. Par ailleurs, les colonnes, les chapiteaux et le revêtement du mihrab en
marbre et plâtre sculpté ont été masqués par une épaisse couche de peinture moderne polychrome.

200
Africa XV, Ghar el Melh
lh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Fig. 19: La Grande Mosquée, flanc sud.

Cet intérêt
érêt est d'autant plus grand que ce monument est daté avec précision puis-
puis
qu'il porte une inscription de fondation qui le fait remonter à 1070h/1659
1070 /1659 et donne le
nom du fondateur, le dey Hâjî Mustafa Lâz qui est par ailleurs à l'origine de l'édifica-
l'édifica
tion de deux forts de Ghar-el-Melh:
Ghar Burj al-Lutânî et Burj Tûnis.
nis. Pour connaître
connaîtr l'his-
toire de cette mosquée, on ne dispose pour le XVIIe et XVIIIe siècles que de cette
unique inscription. A partir du milieu du XIXe siècle, on trouve quelques documents
d'archives qui reflètent l'importance de cette mosquée et donnent les noms de ses
imams et quelques indications sur ses biens habus..

Fig.20 La Grande Mosquée, inscriptiondela fondation.

Quant aux données


ées archéologiques, elles indiquent que le monument a été conçu et
réalisé en une seule fois et qu'il garde toujours, excepté quelques modifications, les dis-
dis
positions de l'époque de la fondation.

201
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

L'édifice présente en effet, un plan régulier et couvre une surface relativement impor-
tante de 1900m² qui s'étend sur deux parcelles contiguës, l'une plus grande que l'autre.
La grande parcelle renferme, outre la salle de prière, les cours qui l'entourent sur trois
côtés, le minaret et plusieurs dépendances dont une chambre pour l'imam et une autre
pour le muezzin ainsi que d'autres pièces réservées à l'hébergement des hôtes de la
mosquée. La deuxième parcelle est occupée par la salle d'ablution qui s'organise
autour d'une cour à ciel ouvert.
L'accès à l'intérieur de la mosquée s'effectue par trois portes: deux portes latérales
et une troisième axiale percée dans l'enceinte nord de l'édifice. La porte latérale occi-
dentale, qui se tourne vers la ville, est la plus fréquentée ; elle est considérée actuelle-
ment comme la principale entrée du monument. C'est une grande porte rectangulaire
(1,10x2,50m) construite dans un encadrement de pierre calcaire et se fermant par deux
battants de bois massif. Elle est précédée d'un escalier haut de sept marches qui la relie
à la rue.

Sur le côté opposé, s'ouvre la porte orientale de l'édifice, moins restaurée que la
porte précédente ; elle est peu fréquentée puisqu'elle est orientée vers l'extérieur de la
médina et donnait jusqu'à une date récente dans les jardins des environs. La porte axiale
nord est presque identique aux deux précédentes. Mais le niveau de la rue sur ce côté de
la mosquée est surélevé par rapport au sol de l'édifice. C'est pourquoi cette porte se
trouve suivie de onze marches qui permettent de rattraper la dénivellation du terrain.

Ces trois portes donnent sur trois cours entourant la salle de prière sur trois côtés.
la cour la plus large, celle qui précède l'oratoire, est prolongée sur deux côtés de deux
cours plus étroites qui s'étendent de part et d'autre de la salle de prière, elles sont cou-
vertes partiellement par une double galerie à trois arcades.

La cour latérale orientale dite sahn al-


janâ 'iz sert pour les prières des funérailles, alors
que sur la cour latérale occidentale s'ouvre la
chambre de l'imam. Son emplacement inhabituel
loin de la salle de prière est dû à la dénivellation
du terrain qui rend très difficile sa construction
derrière le mur de la qibla au niveau du minbar.
Il s'agit d'une petite pièce rectangulaire de 2m
de largeur sur 3,20 de longueur.

La cour principale, qui précède l'oratoire,


s'étend en largeur, elle couvre une surface relati-
vement importante. Un petit cimetière est, par
ailleurs, aménagé sur une partie de cette cour:
une rangée de neuf tombes simples couvertes de
dalles de pierre et supportant parfois des stèles
funéraires s'alignant le long du mur occidentale Fig.21: La Grande Mosquée,
de la cour du côté du minaret. Les tombes les le minaret
plus récentes sont celles des derniers imams de vu de l'intérieur de la cour
la mosquée.

202
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

L'aménagement d'un cimetière ou d'un mausolée funéraire au sein même de la


mosquée est une pratique qui s'est répandue dans le pays à la période ottomane. Ainsi,
la mosquée de Sîdî Yûsuf et celle de Hammûda Pasha de Tunis, contemporaines de
celle de Ghar-el-Melh, sont dotées de deux mausolées abritant les tombes du souverain
et de sa famille.

Au milieu de cette même cour, gravé sur une dalle de marbre (1,04x0,68m), se
trouve le cadran solaire de la mosquée qui date de 1120/1708. Ce cadran horizontal est
placé sur un socle en maçonnerie haut de 1,30m. Un fil partant du milieu du cadran et
fixé à l'enceinte nord de la mosquée projette son ombre sur les graduations indiquant
ainsi les heures des prières.

La mosquée possède un autre cadran, placé comme le premier, sur un socle en


maçonnerie dressé dans la même cour du côté des chambres des hôtes. Ce deuxième
cadran est le cadran primitif datant du XVIIe siècle qui fut remplacé par le précédent.
Ses graduations gravées sont érodées et sont devenues illisibles.

Sur le côté oriental de la cour s'élève les chambres des hôtes. Il s'agit de quatre
petites pièces voûtées ouvrant sur la cour. Désaffectées, elles sont actuellement dans un
état de délabrement avancé.

Fig.22 : La Grande Mosquée, le portique précédant l'oratoire.

A partir des cours qui l'entourent, l'accès à l'intérieur de la salle de prière s'effectue
par trois portes; deux latérales et une troisième axiale ouverte au milieu du mur
antérieur de l'oratoire. Cette dernière porte est précédée d'un portique, à sept arcades,
voûté en arc de cloître. Elle est inscrite dans un encadrement rectangulaire de pierre cal-
caire (2,70x1,35m). Au-dessus du linteau, elle porte l'inscription de fondation de la
mosquée.

De plan carré, la salle de prière mesure intérieurement 17,80m de côté. Elle est
divisée par un réseau de 36 colonnes en cinq allées longitudinales sur cinq allées trans-
versales. Les colonnes délimitant les allées sont espacées les unes des autres de 2,50m.

203
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Elles sont presque toutes identiques : leurs fûts minces de 0,40m40m de diamètre et de
2,93m de longueur reposent sur des bases formées de deux moulures: une plinthe et un
tore. A l'exception de deux colonnes portant des chapiteaux de type turc, toutes les
autres -celles
celles de la salle de prière comme
comm celles des galeries- sont couronnées de chapi-
chapi
teaux de type dit hafside45. Les colonnes portent, sans l'intermédiaire d'arcs doubleaux,
des voûtes d'arête.

L'allée
ée axiale est soulignée par deux coupoles bâties selon la même structure.
L'une s'élève devant le mihrâb et l'autre devant la porte axiale de l'oratoire, au milieu de
la galerie de la façade. Ce dispositif s'inscrit parfaitement dans la tradition ifriqiyien-
ifriqiyien
ne où presque toutes les mosquées sont pourvues d'une ou de deux coupoles
cou élevées sur
l'allée axiale de voûtes d'arête qui recouvrent la salle. Un toit en terrasse repose sur
l'extrados des voûtes. Semi-sphériques,
Semi sphériques, chacune de ces deux coupoles s'appuie sur
trois arcs doubleaux et sur le mur de la salle de prière qui lui est
est contigu. Aux quatres
angles formés par les doubleaux s'ordonnent quatre trompes qui permettent le passage du
plan carré au plan sphérique de la coupole proprement dite. Les deux coupoles sont
dénuées à l'intérieur comme à l'extérieur de tout décor.

Au bout de cette allée ée se dresse un mihrâb richement décoré d'un pavement de


marbre et de stuc qui est actuellement camouflé par une couche de peinture moderne.
De section demi circulaire, sa niche large de 1,70m et profonde de 1,30m est couverte
par une demi coupole. Ses parois inférieures sont meublés d'une succession de pan-pan
neaux rectangulaires verticaux de marbre s'amortissant en arc en accolade. Quant au
cul-de-four
four de la niche, il est pourvu de fines cannelures rayonnantes en stuc ciselé.
Entre ces deux compositions, la niche est traversée d'une moulure en cavet frappée à
intervalles réguliers de petites rosettes.

Fig. : La Grande Mosquée, salle de prière.


Fig.23

(45)
Ces chapiteaux et leurs colonnes ont certainement été taillés et sculptés dans des ateliers de Tunis.
L'étude systématique de ce genre de matériel peut fournir des indications intéressantes sur l'art de la
sculpture architecturale en Tunisie à la période ottomane. A titre d'indication, nous signalons que la
Grande Mosquée de Bizerte (XVIIe siècle) possède des chapiteaux et des colonnes identiques à celle de
Ghar-el-Melh.

204
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

La niche du mihrâb s'ouvre sur un arc en plein cintre outrepassé. Ses retombées
sont portées de deux élégantes colonettes engagées taillées dans du marbre et couron-
nées de petits chapiteaux de type hafside. L'arc du mihrâb est formé de claveaux rayon-
nants alternés noir et blanc. Une mince bande de marbre noir constitue l'encadrement du
mihrâb. Au-dessus de cet encadrement, la partie haute du mur est entièrement recouverte
de stuc à motifs floraux turquisant. Dans sa partie inférieure d'un décor local class-
ique aussi bien que dans sa partie supérieure tapissée d'un décor turquisant, ce mihrâb
reproduit des thèmes décoratifs habituels dans l'architecture de la Tunisie de la période
ottomane.

A gauche du mihrâb se dresse le minbar ; celui-ci est en maçonnerie revêtue de


marbre. Il compte sept marches. Il est haut de 2,53m et long de 3,70m. La construction
dans les mosquées de minbar en maçonnerie au lieu d'un minbar en bois sculpté comme
c'est la tradition dans l'Ifriqiya médiévale est une pratique tardive due à une influence
ottomane46.

Le minaret se dresse dans l'angle nord-est de la mosquée. Il est élevé sur un plan
carré de 4,25m de côté et couronné d'un lanternon ayant le même plan. La hauteur du
minaret depuis le sol jusque la plate forme finale est de 10,70m. Ses quatre faces
enduites et dépourvues de décor sont divisées en trois étages par deux bandeaux moulu-
rées. L'étage supérieur, qui porte le lanternon,est décoré sur les quatre faces de fenêtres à
baies géminées. Les arcs de chaque fenêtre sont séparés par une colonnette médiane
surmontée par un chapiteau sommairement sculpté. Le parapet de la plate-forme supé-
rieure est couronné de merlon en dent de scie. On accède à l'intérieur du minaret par
une petite porte (0,62 x 0,40) à un seul battant, ouverte sur le côté sud et donnant sur la
cour. L'escalier en colimaçon qui conduit au haut du minaret compte 60 marches. Il
n'est éclairé que par quelques ouvertures hautes et étroites comme des meurtrières. Une
petite pièce attenante au minaret servait de logement pour le muezzin.

La midha est l'annexe la plus importante de la mosquée. Contiguë à l'édifice, elle


occupe du côté de l'enceinte orientale un espace rectangulaire (15,50x17m). On y accè-
de par une porte simple pourvue de trois marches. La midha s'organise autour d'une
cour relativement spacieuse. Elle compte plusieurs pièces allignées sur deux côtés de la
cour. Ainsi, nous trouvons à gauche de l'entrée, une pièce renfermant le puits puis deux
salles d'ablution, l'une pour les malekites et l'autre pour hanafites suivies d'une rangée
de latrines. Les salles d'ablution sont dotées de bassins rectangulaire qui longent le mur et
qui reçoivent l'eau du puits par l'intermédiaire d'une conduite en poterie. En face des
bassins, nous trouvons un canal d'évacuation des eaux usagées et une banquette sur
laquelle s'assoient les fidèles pour procéder à leurs ablutions rituelles.

La midha de la mosquée de Ghar-el-Melh a subi plusieurs restaurations qui lui ont


fait perdre son authenticité. Elle a toutefois conservé son ancienne disposition.

(46)
Le premier minbar de ce type, à notre connaissance, est celui de la mosquée de la Qasbah. En effet,
en 1584, le minbar en bois sculpté de ce monument fut remplacé par un minbar en marbre et la mosquée
était affectée alors au rite hanafite qui était le rite officiel de l'Empire Ottoman. Les autres mosquées de
Tunis datant de cette époque, notamment celle de Yûsuf Dey et de Hammûda Pacha sont également
dotées de minbar en maçonnerie.

205
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

La mosquée est pourvue d'une autre annexe importante: la dépendance réservée à


l'hébergement des hôtes . Elle est constituée de quatre pièces donnant à l'intérieur de la
cour et alignées sur l'enceinte orientale du monument, au nord de la midha. Ces
chambres sont dépourvues de fenêtres et dotées de petites portes se fermant par un seul
battant. Très simple à l'intérieur, elles sont enduites et blanchies à la chaux et couvertes
par des toits en terrasse qui surmontent des voûtes d'arête ou en berceau.

Au terme de cette description de la mosquée de Ghar-el-Melh, il ressort que ce


monument du milieu du XVIIe siècle est imprégné aussi bien de traditions ifriqiyiennes
locales que de l'architecture turque de Tunis des deys et des beys ottomans. En effet,
l'ordonnancement de la construction et la décoration de cet édifice mettent en éviden-
ce les influences qu'exerçait Tunis sur l'architecture religieuse des villes et villages voi-
sins de la capitale à cette époque. La construction de ce monument s'inspire à la fois de
la mosquée de Yûsuf Dey (1614-1615) et de celle de Hammûda Pacha (1655). Le
maître d'oeuvre de la mosquée de Ghar-el-Melh, qui a vraisemblablement fait son
apprentissage dans la capitale, a empreinte son plan ainsi que l'élévation et la réparti-
tion des masses aux deux mosquées de Tunis. Toutefois, le minaret diffère par le plan et
la forme du minaret des mosquées de Tunis. Le maître d'oeuvre a opté pour un style
local beaucoup plus modeste et plus facile à élever. Les minarets de Tunis, imitation des
minarets levantins sont des oeuvres de prestige élevées intentionellement par les nou-
veaux maîtres du pays. Il est tout à fait normal que la petite ville de Ghar-el-Melh, avec
ses moyens limités n'ait pu suivre cet exemple; d'autant que ce type de minaret n'a pas
eu une grande diffusion ailleurs, en Tunisie.

IV- Installations maritimes et fortifications

1- Le port

C'est un port artificiel , formé par trois jetées en pierre de 120 m de long (Ouest),
130 m (Est) et 144 m pour celle du Sud. Elles constituent un bassin quadrangulaire ,
dont les grands côtés sont dirigés Est-Ouest. De nos jours, la profondeur de l'eau n'y
dépasse guère trois mètres. Néanmoins au XVIIe et au XVIIIe siècles, il devait être
assez profond pour abriter les vaisseaux ronds, à fort tirant d'eau, ne pouvant pas accé-
der au port de Bizerte47. Des quais de 8m bordent ce bassin auquel on accède à l'aide
d'une passe de 25 m de large48, primitivement défendue par deux bastions, armés de
batteries de canons. A la suite du raid anglais (1635), les défenseurs du port ont pris
l'habitude de fermer l'entrée de la passe par une grosse chaîne en fer, qu'on tendait

(47)
Ibn abî Dinar. 1967, p. 202; Sarrâg, 1973, p. 154; Ibn abî al-Diâf, T.III, p. 129; Ch. d'Arvieux,
1735, T.III, p. 401-458. Selon J. Peysonnel (1987 p. 151), cette darse était capable d'abriter «une trentaine
de bâtiments en toute sûreté». De son côté, L. Frank (1806) (Histoire,p.l6), évaluait le nombre de bâti-
ments ancrés dans le port à «seize voiles, à savoir une frégate, quelques briques, quelques corvettes et sur-
tout de petites pinques. A côté de cette marine d'état, s'y trouvaient également vingt-quatre petits cor-
saires appartenant à des particuliers.
(48)
G. Kokovtsov, 1951, p. 146-147.

206
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
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entre deux bastions49. Ce dispositif, déjà


d signalé à Mahdia au Xe siècle50, existait vers
la même époque aux ports de Bizerte, la Goulette, Alger et Rhodes51.

Fig.24 : Les installations maritimes.

(49)
H. Hûga, 1975, p.93 - 94 ; Sarrâg, 1973, p. 154 ; Ch. d'Arvieux, 1735, T.III,
T. p. 401 ; P. Duval, 1664, p. 49.
(50)
Bakrî, 1913, p. 29; G. Marçais, 1955, p. 91 -92; N. Djelloul, 1988, T.II. p. 517.
(51)
A. Gabriel , 1921, T.I, p. 17,26; Y. Laye, 1932, p. 21; N. Djelloul, 1988, T.I,
T.I, p. 366.

207
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

Les quais sont bordés extérieurement , du côté du lac, par un mur entièrement
construit en maçonnerie de moellons, enveloppant le bassin de tous les côtés. La courti-
ne Sud , la mieux conservée, atteint 2m d'épaisseur et 3,20 m de haut; elle est percée à
peu de distance du sol de larges meurtrières, jadis armées de canons de gros calibre
pour le tir à fleur d'eau52. Contrairement à cette dernière, les murs Est et Ouest ne pré-
sentent aucune ouverture ; leur défense n'était assurée que par les batteries rasantes de
Burj al-Wustâni et Burj al-Lutâni53. Cependant, le quai Nord était, dès le XVIIe siècle
défendu par un retranchement en maçonnerie, armé de bouches à feu de 100 livres de
balles.

Les travaux entrepris dans le port furent terminés peu avant 1640, ils furent dirigés
par Ustâ-Musâ-al-Andalusi, que le dey fit venir d'Alger, où il travailla à la réfection du
port et des fortifications de cette ville54. Les restaurations entreprises par Hammûda
Pacha le mouradite (1635), Ibrâhîm al-Sharîf (1702) et Ahmad Bey (1837)55, n'altérè-
rent nullement son aspect primitif. Tel qu'il se présente de nos jours, ainsi que dans les
documents graphiques du XVIIe et du début du XVIIIe siècles, ce port constitue, avec
ses jetées artificielles et ses batteries rasantes, un monument homogène, non sans ana-
logie avec les dispositions que présentait le port d'Alger à la même époque56. Ce der-
nier étant lui-même, en grande partie, construit par des ingénieurs Morisques57. Ustâ-
Mûsa, qui séjourna longtemps dans la capitale de la Berbérie centrale, s'inspira sans
nul doute de l'oeuvre de ses compatriotes, en dirigeant les travaux du port de Ghar -el-
Melh.

2- L'arsenal

De l'arsenal de Ghar-el-Melh, il ne reste qu'un amas de ruines, difficilement iden-


tifiables, occupant un espace rectangulaire de 160 m x 75m environ. Le côté Sud, le
mieux conservé, est occupé, dans sa plus grande partie, par une série de magasins voû-
tés en berceau, ayant 18 m de long et 7m de large. Ils sont précédés (à 5 m au Sud)
d'une rangée de dix-sept arcades se raccordant à l'Est et à l'Ouest a deux portes qui,
auparavant, donnaient accès au quartier maritime.

Le chantier de construction navale n'est pas contemporain de la darse : lors de la


compagne de l'amiral R. Blake (1653), il était encore inexistent58. Sur le plan de Ghar-
el-Melh, exécuté par Deviviers en 1669, on voit uniquement quelques tentes, designées
par le vocable «campement des Turcs», à l'emplacement de l'arsenal actuel ; cependant

(52)
J. Coppin, 1686, p. 132; V.Guerin, 1862, T.I, p. 17.
(53)
Sarrâg, 1973, p. 223; H. Huga, 1975, p.93; J. Coppin, 1686, p. 132.
(54)
Sarrâg, 1973, 223; H. Hûga, p.93, 94; Ibn abî al-Diâf, 1963, T.II, p. 36; Mas'ûdi, 1905, p. 94;
J.Coppin , 1686, p. 132; G. Marçais ,1955, p.445
(55)
Ibn abî al-Diâf, 1963, T.II, p. 81 et T.IV, p.129; E. Pellissier, 1853, p. 16.
(56)
J. Coppin, 1686, p. 124 ; Y. Laye, 1932, p. 28 - 29.
(57)
F. Haedo, 1870, p. 42, 45, 51 ; A. Delvoulx, 1877, T.XXI, 51 - 53; Y. Laye, 1932, p. 21.
(58)
F. Haedo, 1870, p. 42, 45, 51; A. Delvoulx, 1877, T.XXI, 51 - 53; Y. Laye, 1932, p. 21.

208
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

celui d'Albert, datant de 1699, laisse apparaître au même emplacement, un édifice rec-
tangulaire, constitué par trois corps de bâtiments (PL.V). Ce dernier confirme donc la
datation avancée par Husayn Hûga, qui attribue la fondation du premier chantier au
mouradite CAli Bey59.

Fig. 25 : Les arcades de l'arsenal.

Les seuls travaux entrepris dans l'arsenal au XVIIIe siècle, furent effectués sous le
règne d'Ibrâhîm al-Sharif (1702-1705)60. Au cours de ces travaux, le chantier fut entou-
ré d'une enceinte particulière, percée de deux portes à l'Est et à l'Ouest, ainsi qu'on
peut le voir sur le plan anonyme du début du XVIIIe siècle. De cette enceinte , il subsis-
te encore la porte Ouest ; contrairement à celle de l'Est, remaniée au milieu du XIXe
siècle, cette porte est coudée et présente un appareillage en maçonnerie de moellons
comparable à celui de l'enceinte du port61. De la campagne de travaux d'Ibrâhîm al-
Shârîf dateraient également les arcades, qu'on voit surmontées de deux étages sur le
plan du XVIIIe siècle. Elles sont, en réalité, tout ce qui a subsisté des dix-sept galeries
voûtées en berceau, après la transformation de leur partie sud en magasins, au cours du
XIXe siècle62 ; ces derniers ont sensiblement gardé la même largeur que les arcades
(7m). Ces galeries servaient auparavant de remises, destinées à mettre à couvert les
navires qu'on tirait à sec; elles présentent le plan classique des formes destinées aux
vaisseaux, qu'on rencontre vers la même époque dans l'arsenal d'Istambul63, et dès la
période médiévale, dans ceux de Tunis, Alanya et Malaga64.

(59)
H. Hûga, 1975, p. 154.
(60)
Ibn abî al-Diâf , 1963, T.II, p.81.
(61)
Vers la même époque, les arsenaux d'Alger et d'Istambul étaient également séparés du reste de la
ville par une enceinte particulière. C.f. J. Coppin, 1686, p. 134; G. Marçais, 1955, p. 446; R. Mantran,
1962, p. 71-110.
(62)
Ibn abî al-Diâf, 1963, T.IV, p. 182.
(63)
L'arsenal d'Istambul comptait au moins 180 galeries. Voir J. Coppin, 1686, p. 100; P. Fournier,
1646, p. 102; C. Marsigli, 1732, T.I, p. 139; R. Mantran, 1962, p. 110, 154.
(64)
G. Marçais, 1955, p.323; L.Torrès Balbàs, 1946, p. 188 - 196; N. Djelloul, 1988; T.I, p. 229.

209
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Outre l'oratoire, s'élevaient


s'élevaient dans le même complexe architectural, deux bagnes
pour le logement des esclaves chrétiens, affectés à la chiourme et à la construction
navale65. Ces édifices qui faisaient désormais partie «du paysage naturel» des ports
66
ottomans, notamment barbaresques
barbare , étaient le plus souvent composés d'un ou deux
étages, comportant des cellules pour l'habitation des forçats, ainsi qu'une chapelle67.
Tout l'espace restant à l'Est, était occupé par les ateliers des calfateurs, des charpen-
charpen
tiers, des forgerons et des fabricants de rames . Les munitions de poudre et d'armes
étaient, quant à elles, stockées dans un grand souterrain à l'épreuve de la bombe, encore
visible à l'est de l'oratoire68.

Fig. 26 : Les voûtes de l’arsenal.

Contrairement aux forçats,


forçats, les techniciens et les ouvriers de condition libre, pour la
plupart d'origine morisque69 n'habitaient pas dans l'arsenal, mais à l'intérieur de la
ville même, où était également établi le siège de l'amirauté tunisienne (résidence du
qapudân de la marine)70, transférée de Bizerte au XVIIIe siècle. En outre, l'absence de
fabriques de canons et de poudre n'est pas surprenante; la ville n'est éloignée que d'une
quarantaine de kilomètres des manufactures de Tunis71. Mais cette carence ne s'expli-
querait cependant pas seulement par des raisons géographiques, elle découlerait égale- égale
ment d'une certaine conception urbanistique, qu'on retrouve de même à Alger et à
Istambul72, et rarement dans les arsenaux chrétiens.

(65)
J. A. Peyssonnel, 1987.
7. p.75.
(66)
C. Marsigli, 1732. T.I. p. 139; Ch. d'Arvieux, T.IV, p. 3 - 6, 454; R. Mantan, 1962, p. 71.
(67)
Sur les bagnes d'esclaves à Tunis; voir notamment : J. Pignon, 1976. Passim.
(68)
J. Molinier, 1952, p. 81 - 92; P. Cezilly, 1904, p. 40.
(69)
Cependant à la finn du XVIIIème et surtout au XIXème siècle, le rôle des Morisques devint
secondaire. Il furent remplacés par des techniciens français orignaires pour la plupart de la Ciotat. C.f.
J. Molinier, 1952, p. 81- 92, P. Cezilly, 1904, p.25.
(70)
G. Kokovtsov, 1951, p. 146 - 147.
(71)
A propos de ces manufactures, voir : N. Djelloul, 1988, T.I, p.219, 234-235.
234
(72)
A. Halimi, 1972, p. 229 -30;
- R. Mantran,1962, p. 71.

210
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

On ne possède malheureusement aucune information, fusse-t-elle fragmentaire, sur


l'organisation du travail et les officiers qui commandaient dans l'arsenal de Ghar el-
Melh73. Nos informations sont également très rares et imprécises quant à son activité,
ainsi que sur le nombre et les types d'embarcations qui y étaient fabriquées. Visitant la
régence en 1724, J. Peyssonnel se contenta seulement de souligner «qu'il est assez
vaste et très mal fourni pour les manoeuvres, le bois de construction et même pour l'ar-
tillerie»74. De même, le recul de la marine tunisienne pendant la deuxième moitié du
XVIIIe siècle75, ne fut pas sans conséquence sur l'activité de cet arsenal qui se ralentira
considérablement ; au cours de cette période, on y réalisait à peine quelques dizaines de
goélettes et chebecks par an76. Cette décadence s'accéléra encore au début du XIXe
siècle, malgré le réveil momentané de la marine de Tunis à l'époque du husseinite
Hamùda Pacha, qui ne profita qu'aux seuls chantiers de la Goulette et de Sfax77.

LES FORTS DE CEINTURE

3- Burj al-Wustânî

C'est le plus ancien ouvrage fortifié de la ville; sa construction fut commencée en


1638, sous la direction d'Usta Mûsâ al-Andalusî, en même temps que le port. En 1640,
J.Coppin le signale entièrement achevé et armé78. Les divers aménagements entrepris
après 1881 ont entièrement défiguré l'intérieur du monument; seuls les bastions et les
courtines demeurent en bon état de conservation.

Le fort dessine un rectangle régulier de 44m x 30 m, orienté Nord-Sud, et flanqué


de quatre bastions octogonaux aux angles. L'unique porte d'entrée est percée dans la
courtine Nord. Un fossé défendu par un chemin couvert l'enveloppe au Nord, à l'Est et
à l'ouest, tandis qu'au Sud on note les restes d'une palissade en terre.

De nos jours, l'accès au fort se fait de plein-pied, car le fossé Nord (profond de 3m
et large de 8m) est remblayé au niveau de la porte d'entrée. Celle-ci présente un arc en
plein cintre, inscrit dans un double encadrement rectangulaire en grès coquiller, sur-
monté d'un tympan aveugle, portant une inscription arabe. Ce tympan est circonscrit

(73)
A Constantinople, la direction de l'arsenal était confiée à un Terzané-Emini. qui percevait les revenus
et gérait les dépenses; il était secondé par un deuxième officier, le Terzané Kâtib, ayant plutôt la direction
technique des travaux de construction navale, c.f. Marsigli, 1732, T.I, p. 144.
(74)
J. Peyssonnel, 1987. p. 51.
(75)
N. Djelloul, 1988, T. I. p. 87 - 88.
(76)
G. Kokovtsov, 1951, p. 146 - 147.
(77)
T. Maggil, 1815, p. 36; J. Molinier, 1952, p. 81 - 92 N. Djelloul, 1988, T.I, p. 87 - 88. L'arsenal de
Ghar-el-Melh, abandonné à la mort de Hammûda Pacha, est resté en bon état jusqu'à 1840. A cette date,
Ahmed Bey entreprit quelques modifications et remit en fonction les ateliers (Ibn abî Diâf, 1963, T.IV, p.
181; E. Pellissier, 1838 p. 40; Ph. Daumas, 1858, p. 6; V. Guérin, 1862, T.II, p.17) . Ce n'est que vers la
deuxième moitié du XIXe siècle que l'établissement, complètement desaffecté, commença à tomber en
ruines, (P. Zaccone, 1875, p. 87).
(78)
Ibn abî Dinar, 1967, p. 209; Sarrâg, 1973, p. 199; H. Hûga, 1975, p.93-94; Ibn abî al-Diâf , 1963,
T.II, p. 38; Mas'ûdi, 1905, p. 94; Mahlûf, 1930, T.I, p. 170-171; J. Coppin,1686,p. 132.

211
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

d'un arc en plein cintre, assez monumental, reposant sur des colonnes à chapiteaux haf-
sides. Le tout s'inscrit dans un encadrement rectangulaire en pierre de taille.
L'inscription, gravée sur une plaque de marbre, est très érodée et illisible. Cependant, le
texte en cursive, est en relief et non coulé au plomb, suivant la technique fréquemment
utilisée dans la plupart des monuments tunisiens du XVIIe siècle.

Fig. 27 : Le fort central (Burj al-Wusânî).

112
Ajrica XV, G fuir el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVfle siècle Ahmed Suadtioiii /Néji Djelloiti

BURG AL-WUSTANI
Restitution schématique

Fig.28 : Le fort central (Burj al-Wusânî).

213
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Les courtines ont généralement


énéralement 9,90 m de haut, parapet compris, et font apparaître
un revêtement en maçonnerie de pierre de taille. Le départ du parapet est signalé exté-
exté
rieurement par une moulure en pierre. Il n'est pas percé d'embrasures à canon, mais
présente des merlons arrondis , espacés de 60 cm environ. Tout en gardant l'ancien cré-
cré
nelage médiéval, l'ingénieur a essayé de donner plus de largeur aux créneaux, afin ded
pouvoir les défendre à l'arquebuse; le même procédé a été utilisé en 1485 au Yedikulé-
Yedikulé
Hissar en Anatolie, et au début du XVIIe siècle aux forts de kelibia et d'al
d'a Hawwariya
en Tunisie79.

Les bastions, également en pierres de taille, sont tous vides, massifs


massifs à la base, avec
un fruit assez accentué. Chaque saillant est un octogone de 37m de périmètre environ.
Leurs plate formes supérieures, surmontées de petites échauguettes à toit conique, sont
également défendues par un parapet, percé d'embrasures à canon canon rectangulaires,
béantes vers l'intérieur, afin de permettre la rotation des canons.

Fig.2 : Burj al-Wuslâtnî vue générale.


Fig.29
Les bastions octogonaux ne constituent pas une nouveauté
nouveaut é dans la fortification
musulmane d'Occident80, mais jusqu'au XVe siècle, la tour barlongue ou ronde était la
forme la plus fréquente, aussi bien en Ifriqiyia qu'au Maghrib81. Mais dès la fin du
XVe siècle, et surtout au XVIe et au XVIIe siècles, les ingénieurs Morisques
employaient presque systématiquement
systématiquement le bastion octogonal. Ceci est notable dans l'en-
l'en
ceinte morisque de Tetouan (Maroc) remontant à la fin du XVe siècle, ainsi que dans
les parties construites par les ingénieurs Morisques de l'enceinte de la kasbah et du port
d'Alger au XVIe siècle82. Au cours du siècle suivant, ces bastions vont devenir
presque de règle dans la fortification ottomane de Tunisie, mais aussi d'Anatolie83.

(79)
A. Gabriel, 1943, p. 7; C.E. Arsevan, 1939, p. 130; N. Djelloul ,1988, T.I, p.433.
(80)
voir à ce propos de bastions octogonaux de Mahdia et Younga en Tunisie (Xème - XIIe siècles ) N.
Djelloul,1988, T.I, p.167.
(81)
N. Djelloul, 1988, T.I, p. 176 -177.
(82)
M. Dawid, 1959, T.I, pl.. 18 ; R.P. Coppin. 1686, p. 187; G. Marçais,
Marçais, 1955, p.407, 447 ; Y. Laye,
1932, p. 21, 31, 32.
(83)
Ch. d'Arvieux, 1735, T.I, p.33; C. Marsigli, 1732, T.II, p. 148 ; J. Lechevalier, 1800, p. 66.

214
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

Fig. 30 : Burj ul-Wustâni et braie du port.

Tel qu'il se présente actuellement, le monument est un ouvrage incomplet ; il lui


manque une demi-lune, de forme semi-elliptique, qui jadis le flanquait au Sud. Elle
était percée, à peu de distance du sol, de plusieurs meurtrières, armées au XVIIe siècle
d'une batterie de canons à fleur d'eau. Son chemin de ronde, supporté probablement
par des voûtains, était à son tour défendu par un parapet percé d'embrasures à canon84. La
demi-lune, destinée avant tout à la défense de la rade et du port, était très basse ; sa
hauteur moyenne ne dépassait guère les 2/3 du corps de place, qui étant plus élevé.
jouait le rôle de réduit et de caserne85.

4- Burj al- Lutânî (Fort oriental)

Ce fort, nommé également Burj Sidi CA1î al-Makkî, flanque au Nord-Est le port et
l'arsenal et forme un triangle avec le fort de Gabal-al-Nadûr au Nord et
Burj-al-Wustânî à l'Ouest86. Sa fondation (1070 H / 1659) fut ordonnée par le
mouradite Hamûda Pacha (1631-1666), à la suite de l'attaque anglaise de 165387. Le
monument ne pose aucun problème de datation ; il figure sur tous les plans de la ville,
exécutés au XVIIe siècle (PlV-VI). Ces indications sont confirmées par l'inscription qui
surmonte la porte d'entrée portant la date de 1070 H / 165988.
Le fort communique avec l'extérieur à l'aide d'une porte unique, aménagée dans le
côté Ouest. Le fossé qui entourait le monument est entièrement remblayé de ce côté, ce
qui permet d'y accéder de plain-pied. Mais auparavant, un pont-levis permettait de fran-

(84)
J. Coppin, 1686, p. 132; Ch. d'Arvieux, 1735, T.IV, p. 401.
(85)
Le corps de place communiquait avec la demi-lune par l'intermédiaire d'une poterne percée dans sa
coutine Sud (PL. VII).
(86)
Au début du siècle, l'administration française y entreprit quelques travaux, afin de le transformer en
prison ; c'est de cette campagne que date l'étage surmontant le chemin de ronde.
(87)
H. Huga, 1975. p. 93-94 ; Sarrâg, 1973, p. 223 ; Ibn abî al-Diâf, 1963, T. II, p. 38 ; Ch. d'Arvieux.
1735, T.IV, p.401.
(88)
S.M.Zbiss (1955, p. 28), attribue à tort la fondation de ce fort à Ahmed Bey (1837-1855).

215
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

chir ce fosséé et d'aboutir sous la porte d'entrée, cette dernière présente un arc outre-
outre
passé légèrement brisé, inscrit dans un double encadrement rectangulaire, et dont les
piédroits sont flanqués de deux colonnettes à chapiteaux hispano-maghrébin.
maghrébin. Le tym-
tym
pan aveugle portant l'inscription est circonscrit par un arc en plein cintre, légèrement
brisé, assez monumental et reposant sur deux colonnes à chapiteaux turcs (Fig. 7). Un
couloir, de 3,50m
50m de long, assure la liaison entre la baie
baie extérieure et un vestibule de
plan rectangulaire (10m x 5,50m) , entièrement couvert en voûtes d'arêtes.

FORT ORIENTAL (BURG AL-LUTANI)


Plan du rez - de chaussée

Fig.31 : Fort oriental.

216
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Fig. 32 : Burj al-Lutânî, inscription de fondation.

Fig.33 : Burj Tunis, vue générale.

La cour présente
ésente un plan rectangulaire, presque carré (de 32m x 26m), bordée de
plusieurs cellules et casemates sur les quatre côtés. Le milieu de cette cour est occupé
par un puits de peu de profondeur, bien alimenté en eau potable . A l'angle Nord-Ouest
Nord
est aménagé l'oratoire. L'aile Nord comporte cinq cellules rectangulaires de 9mx4m, et
une sixième de plus grande largeur, communiquant avec le bastion Nord-Ouest.
Nord Elles
sont toutes couvertes de voûtes en berceau, percées de lucarnes d'éclairage. L'aile Est
est formée de deux grandes cellules également rectangulaires, de 7,50m x 4,50m, précé-
précé
dées par une sorte d'anti-salle
salle et accostées au Sud, par deux casemates rectangulaires.
rectangul
Quant à l'oratoire, il est constitué d'une salle de prière quadrangulaire de 9,30m x 8m
de côtés, comportant neuf travées, recouvertes en voûtes d'arrêtés, supportées par
quatre piliers. Dans l'aile méridionale, les parois Sud des casemates ne sont pas ados-

217
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

sées à la courtine ; elles y sont plutôt séparées par un couloir, large d'un mètre, lon-
lon
geant tout le mur d'enceinte. Seule la septième casemate qui se trouve à l'angle Sud-
Sud
Ouest communique avec ce couloir. Toutes ces pièces casematées, de plan rectangulaire
(elles ont 12,50m de long, 4m de large au Nord et uniquement 3,50m au Sud), sont
séparées l'une de l'autre par un mur de 1,60m d'épaisseur, qui se rétrécit davantage au
milieu, pour atteindre 50cm. Elles sont également toutes couvertes de voûtes en ber- ber
ceau,
u, appareillées en briques ; toutefois il convient de signaler un mode de recouvre-
recouvre
ment que G.Delphin a retrouvé aussi dans le fort de Bâb cAzun à Alger (XVIe siècle)89. En
effet, entre la brique et le dallage des terrasses, s'étale une couche de sable, assez
épaisse, permettant d'augmenter l'élasticité du mur, afin de le protéger contre le tir
oblique des mortiers et des bombes90. A chaque casemate correspond un voûtain de d
3,50m de large à la bouche, mais uniquement de 2,50m de fond , aménagé dans le mur
même de la courtine, à peu de distance du sol et évasé vers l'intérieur. A chaque voûtain
correspond extérieurement une meurtrière, auparavant armée d'un canon de gros
calibre.
ibre. Elles sont au nombre de huit, exactement comme l'indique le plan de Deviviers;
ce qui confirme l'ancienneté du dispositif.

Fig
ig.34 : Burj al-Lutânî. bastions et fossé.

Les murs des courtines présentent


présentent 2,80m d'épaisseur à l'Est, à l'Ouest et au Nord,
tandis que celui du Sud atteint 3,50m. Ceci s'explique par la présence des voûtains,
ainsi que par la volonté de l'ingénieur d'accumuler les plus grands moyens de défense
du côté de la mer91. La hauteur moyenne de toutes les courtines ne dépasse pas sept
mètres (parapet compris); le départ du parapet (haut de 1m et épais de 1,50m) est signa-
signa
lé extérieurement par une moulure en pierre. La courtine Sud est en réalité formée de
deux murs: le mur principal ou extérieur (de 3,50m d'épaisseur), ainsi que celui des

(89)
G. Delphin, 1904, p. 191-197.
197.
(90)
Au XVIIIe siècle,
ècle, les ingénieurs français tel que Cormentaigne, se plaignaient souvent du manque
d'abris à l'épreuve de la bombe dans les fortifications
fortifications édifiées par Vauban. C.f. G. Trippier, 1866, p. 7-35.
7
(91)
Les cartes du XVIIee et XVIIIe siècles
si donnent plus de largeur à l'aile sud (PL.VII),
VII), confirmant ainsi
l'ancienneté du dispositif.

218
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

grandes casemates (1,60m) .Ensemble, ils constituent un chemin de ronde de 15,50m de


large (753m2 de surface), capable de recevoir une importante batterie de canons et
plusieurs fantassins. Ce dernier est défendu par deux parapets ; un au Sud, percé d'em-
brasures à canon, et l'autre au Nord, destiné aux arquebusiers, chargés de la défense de
la cour du fort. Le chemin de ronde Nord, comporte également un parapet analogue ;
ainsi l'assaillant qui aurait franchi la porte, était pris entre les feux des défenseurs postés
sur les terrasses.

Fig.35 : Burj al-Lutânî, l'intérieur du fort.

De nos jours, le fossé Ouest, large de 10m, est remblayé; plusieurs bâtiments
modernes occupent son emplacement. Les fossés Est, Nord et Sud sont larges unique-
ment de 5,50m et actuellement profonds de 2m. Ils sont creusés immédiatement au pied
des courtines et ne possèdent point d'escarpe, mais uniquement une contre-escarpe en
maçonnerie de moellons. De tous ces ouvrages, seul celui de l'Ouest constitue un véri-
table organe de défense, destiné à briser l'élan des assaillants venus par terre et à lutter
contre l'effort de sape et de mine. Les autres fossés, de peu de largeur et de profondeur
sont destinés avant tout à recueillir les débris de maçonnerie provenant des brèches
ouvertes par l'ennemi92.

Tel qu'il ressort de cet aperçu, le monument demeura inchangé tout au long du
XVIIIe et XIXe siècles. Sous Ahmad Bey (1840), on se contenta seulement de quelques
aménagements qui consistèrent à transformer les grandes casemates de l'aile Sud en
chambrées pour le logement d'un détachement d'artilleurs93. La construction de l'étage,
après 1881, l ’ a légèrement défiguré, mais sans lui faire perdre ses anciennes disposi-
tions.

(92)
C'est généralement le rôle qu'on assignait à ce type de fossés, cf. G. Trippier, 1866, p. 5.
(93)
Ibn abî al-Diâf , 1963, T.IV, p. 182; Ph. Daumas, 1858, p. 6. La faible épaisseur des murs séparant
ces casemates vers le milieu (50 cm), ainsi que les matériaux utilisés, confirment ces aménagements tar-
difs.

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Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

5- Burj Tunis

Assis en dehors de la ville, à 1 200m environ à l'Ouest, sa construction (1070 /


1659) fut également ordonnée par Hamûda Pacha (1631-1666),
1666), et remonte à la cam-
cam
pagne de travaux qui suivit l'expédition anglaise94.

Fig.36 : Fort ouest (Burj Tunis).

(94)
Sarrâg p.93 .
âg , 1973, p.232; H. Hûga, 1975, p.93-94

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Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Le monument est constituéé par un bâtiment rectangulaire de 46,21m de côté, flanqué au


Nord de deux bastions octogonaux et au sud par une demi-lune
demi lune semi elliptique, ayant
46m sur le grand côté et 23m sur le petit côté. Le tout est environné d'un fossé.
Contrairement à ce qu'on remarque à Burj al-Wustânî,
al la demi-lune
lune n'est pas détachée
du corps
rps de place, aucune séparation n'existe entre le bâtiment rectangulaire et le corps
avancé.

Fig.37 : Burj Tunis, inscription de fondation.

Une seule porte donne accès


accès au fort : elle est aménagée dans le côté Est. De nos
jours, on y accède de plain -pied,
pied, alors qu'auparavant le passage se faisait par un pont-
pont
levis. La porte d'entrée, aménagée dans un saillant rectangulaire, est surmontée d'une
chambre de tir. Elle présente
ésente deux arcs en plein cintre, appareillés en pierre de taille. Le
tympan aveugle comporte une inscription turque qui mentionne les noms du sultan
Muhammad IV (1648-1687) 1687) et du dey Hag-Mustafâ
Hag -Lâz (1653-1665).
1665). Cette porte
donne accès à un vestibule, de forme carrée, couvert en voûtes d'arrêtés, mais dépour-
dépour
vu du passage en chicane qu'on trouve dans Burj al-Wustânî.
al Wustânî. La cour, dont le milieu est
occupé par une citerne, épouse la forme du fort. Au Nord et à l'ouest, elle est bordée de
plusieurs casemates,es, alors qu'un oratoire carré, de 10m de côté et à neuf travées,
voûtées en arrêtes, occupe l'angle Nord-Est.
Nord

La courtine Nord est profondément


profondément remaniée, à cause de la construction de plu- plu
sieurs bâtiments modernes sur le chemin de ronde. Dans ses parties les plus anciennes,
elle présente un mur en maçonnerie de moellons, haut de 8m et épais de 1,50m. Ce mur
ne présente pas de fruit, mais ses pieds sont renforcés par un épais talus, également en
maçonnerie de moellons. Le chemin de ronde (de 10m de large) est est constitué par les ter-
ter
rasses des casemates et de l'oratoire. Les courtines Est et Ouest, plus exposées aux feux
ennemis, sont plus épaisses (3m) et construites en terre pilonnée, revêtue en maçonnerie
de moellons.

221
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Les bastions sont de forme octogonale (37m de périmètre)


périmètre) , vides et entièrement
bâtis en terre pilonnée, revêtue de moellons très tendres95. Initialement, leur hauteur ne
dépassait pas celle des courtines96 et ils comportaient des échauguettes à toit conique. La
demi-lune
lune est vide, constituée par un mur de 7m de haut et 7,50m 7 50m d'épaisseur, entiè-
entiè
rement construit en terre pilonnée, avec un revêtement de maçonnerie de moellons
tendres ; la pierre de taille de petite facture est parfois utilisée comme chaînage. Une
moulure marque extérieurement le départ d'un parapet (haut de 1,40m), percé d'embra-
d'embra
sures
res à canon rectangulaires (1,20m x 0,85m), flanquées de part et d'autre de petites
meurtrières pour les armes portatives, également rectangulaires (0,70m x 0,40m). le
chemin de ronde, large de 5m, est supporté par treize voûtains de 6,30m de fond, béants
vers l'extérieur (ils ont 5m de large vers l'attaque mais uniquement 3,50m vers l'inté-
l'inté
rieur). A chaque voûtain correspond une meurtrière pour le canon, aménagée à peu de
distance du sol, afin de pouvoir placer des batteries à fleur d'eau. Elles ont toutes 1,20m
de large à la base et 1m de haut; leurs arcs, en plein cintre surbaissés, sont surmontés
d'arcs de décharge.

ûtains qui apparaissent timidement dans le fort des Andalous à Bizerte97 et


Les voûtains
uniquement dans la courtine Sud de Burj-al-Lutânî,
Burj deviennent
ent ici un élément essentiel
98
de la bâtisse . Cette technique que les ingénieurs européens du XVIIe
XVI e siècle ont bapti-
bapti
sée «technique d'escarpe en maçonnerie creuse»99, offre plusieurs avantages :

Fig.38 : Burj Tunis, l'ultérieur


l'ult du fort.

(95)
C'est un tûff calcaire provenant des carrières
carri de Ras Djebel.
(96)
L'adjonction est d'ailleurs très nette au niveau de la bâtisse.
(97)
N. Djelloul,1988, T.I, p.359
(98)
En Tunisie, cette technique fut utilisée au XVIIe
XV siècle aux forts de Sîdî Sâlim à Bizerte et d'al-
d'al
Harîta à la Goulette. Voir à ce propos, N. Djelloul, 1988, T. I, p. 277 - 359. Voir aussi fig.9.
(99)
M. de Zastrow, 1848, T.I, p. 162-165;
162 G. Trippier, 1866, p.7,35.

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Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

- Les assiégés peuvent établir deux rangées de canons et même plus , alors que les
ouvrages en terre pilonnée du XVIe siècle, ainsi que les fronts bastionnés de Vauban
(1678-1705), ne permettent l'établissement qu'une d'une seule rangée100.
- La maçonnerie creuse rend inefficace l'action du mineur et facilite l'établisse-
ment de contre-mines101, surtout si elle est doublée de bastions vides.
- Il ne suffit pas d'ouvrir dans un ouvrage voûté en maçonnerie creuse une brèche
praticable, mais il faut le détruire complètement, pour anéantir la défense dissimulée102.
- Dans les fortifications de terre pilonnée du XVIe siècle, les bouches à feu ne sont
protégées que par l'avant, tandis que les voûtains leur procurent une protection maxima-
le103.
- Les voûtains augmentent considérablement l'élasticité des murs, car le choc
direct du boulet sur la maçonnerie n'est pas la cause de sa destruction, mais c'est plutôt
son homogénéité qui en est essentielle. Le boulet détruit plus par les vibrations qu'il
provoque que par son propre choc104. Ainsi ces voûtains, en brisant la vitesse de ces
vibrations , encore davantage que la terre pilonnée, confèrent aux courtines une solidité
et une résistance encore supérieures à celles des simples remparts en terre pilonnée du
XVIe siècle et des forteresses de Vauban105.

Contrairement à ceux des autres forts, le fossé de Burj Tûnis est un véritable ouvra-
ge de défense rapprochée, de 14m de large au Sud et 16m au Nord, jadis inondé
d'eau106. Intérieurement, il est parementé de pierres de taille de petite facture, mais ne
comporte cependant pas d'escarpe. Seuls les vestiges d'une ancienne contre-escarpe en
maçonnerie subsistent encore.

6- Burj al-Nadûr

L'ancien Qasr médiéval, doté d'une tour de guet107, signalé par Lanfreducci et
Bosio au XVIe siècle, a probablement reçu des aménagements au cours du XVIIe
siècle, afin de l'adapter aux armes à feu. Ce fortin, évoqué par la plupart des voya-
geurs108 et cartographes du XVIIe et du XVIIIe siècles, est représenté sur le plan de
Deviviers (1669), par une bâtisse rectangulaire, comportant des meurtrières pour le
canon. Cependant, dans un autre plan du XVIIe siècle (1699), il est plutôt illustré par
deux bâtiments rectangulaires, également flanqués d'une tour cylindrique à lanternon,
comparable à celles des qasr-ribât (s). Par sa position élevée (325m), ce fort avait
essentiellement un rôle de signalisation. L'intensification des descentes des corsaires

(100)
M. de Zastrow ,1848, T.I, p. 162-165.
(101)
Ibid, T.I, p. 162-165.
(102)
Ibid. T.I, p. 162-165.
(103)
Ibid. T.I, p. 162-165Ibid, T.I, p. 162-165.
(104)
G.Trippier. 1866, p. 27, 35.
(105)
M. de Zastrow,1848, T.I, p. 162-165.
(106)
Le talus qui longue les pieds des courtines était avant tout destiné à les protéger des eaux du fossé.
(107)
P. Cezelly, 1904, p.33.
(108)
J. Coppin, 1686, p. 132; J. A.Peyssonnel, 1987, p.151.

223
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

chrétiens, a entraîné la généralisation des tours de guet, sur toutes les côtes de la régen-
ce, particulièrement auprès des grands ports. En effet, à côté de celle du Nadûr, d'autres
tours de surveillance étaient signalées dans cette région jusqu'au XIXe siècle. La plus
importante se trouvait sur le cap de Sidi CAH al-Makkî; elle comportait une petite garnison
qui avait pour tâche la garde de plusieurs citernes d'eau, ainsi que celle du litto-
ral109. Entre Ghar-el-Melh Rafraf, se trouvaient deux autres tours de guet. La qubba de
Sidî 'al-Makkî était également fortifiée et comportait, au XIXe siècle, un détachement
de janissaires110.

Conclusion
Char el-Melh, une ville fondée en 1638 pour des raisons militaires, offre un intérêt
archéologique certain. En effet, celle-ci, en plus de son tissu urbain ancien avec ses
ruelles, la place centrale, les souks, les hammams et les habilitations, conserve plusieurs
édifices religieux, essentiellement des mosquées qui remontent au XVIIe siècle.

La Grande Mosquée de par son importance et sa bonne conservation est une des
plus intéressante mosquée du Sahel byzantin. C'est une oeuvre de synthèse qui se rat-
tache aux traditions ifriqiyienne (la salle de prière demeure dans ses traits essentiels
conforme au vieux type ifriqiyen de la salle hypostyle avec ses multiples nefs, ses
colonnes surmontées de chapiteaux et d'impostes en maçonneries portant des tirants en
bois, alors que l'ordonnancement de l'édifice (salle de prière entourée de cours sur trois
côtés) et certains de ses éléments (minbar maçonné et adjonction de turba) rappellent
les mosquées les plus caractéristiques de cette époque, celles édifiées à Tunis par les
souverains ottomans et notamment la mosquée de Yûsuf Dey (1614-1615) et celle de
Hammûda Pacha (1655).

En outre, Ghar-el-Melh se singularise par l'importance accordée à ses installations


maritimes et ses fortifications qui représentent des témoignages très précieux sur ces
types monumentaux dans la Tunisie du XVIIe siècle. Ainsi son port artificiel, l'arsenal
qui lui est contigu et les trois forts de ceinture qui remontent tous au XVIIe siècle
constituent un complexe architectural des plus complets, les plus homogènes et les plus
représentatifs de l'architecture militaire de la Tunisie ottomane.

La ville a été fondée afin de créer un point de ralliement, proche de la capitale, aux
vaisseaux ronds à fort tirant d'eau dont le port de Bizerte leur était inaccessible. Ainsi
Ghar-el-Melh est une ville- port ; toute son activité était tournée vers la marine de guerre
à laquelle s'adonnât une grande partie de sa population. La zone portuaire, dotée de sa
propre enceinte, constituait le poumon de la ville, et autour d'elle s'organisait toute la cité.

En outre les ouvrages défensifs de Ghar-el-Melh sont l'oeuvre d'architectes


morisques. Le plus ancien fort, celui du milieu est l'oeuvre d'un ingénieur morisque ori-
ginaire de Seville , Ustâ Mûsâ al-Andalusî que le dey de Tunis fit venir d'Alger, où il

(109)
L. Manen et G. Heraud, 1827, p.38.
(110)
E. Pellissier, 1853, p.40.

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Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle Ahmed Saadaoui /Néji Djelloul

travailla à la réfection de ses défenses. Les deux autres ports situés à Test et à l'ouest
de la ville portent de par leur forme et construction, la marque de l'école de fortification
andalouse et furent probablement édifiés par un des deux fils de cet ingénieur (CA1î et
Ibrâhîm) qui dominèrent l'histoire de la fortification algérienne jusqu'au dernier quart
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du XVII siècle.

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228
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Les Annexes

Inscription n° 1

Grande Mosquée, ée, texte de construction 1070/1659 actuellement in situ, au-dessus


au
du linteau de la porte axiale nord de la salle de prière. Dalle de marbre 1,28
1 x 0,68 m.

Un poème
ème en cinq ligne, belle écriture cursive dont les caractères sont coulés au
plomb.

Texte

(Texte
te en arabe) voir l'orignal

1- Dieu tout puissant bénissez


énissez les bienfaiteurs.
Sous le règne du Sultan Muhammad.
2- Hâji
âji Mustafâ décida la construction de
cette honorable mosquée, pour l'amour de
Dieu le Propriétaire Suprême.
3- Il oeuvre à l'élargissement du droit chemin.
Grâce à Dieu le travail fut achevé.
4- Que tous lui souhaite, après
apr chaque
prière, le bonheur et le longue vie.
5- Hâtif Gaykî la formulé pour l'histoire.
«Cinq fois en même temps que l'appel à la prière
prièr ».
l'année 1070.

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Inscription n° 2

Fort oriental -Burj al-Lut


Lutânî-texte
texte de construction 1070/1659. Actuellement in situ
au dessus de la porte d'entrée du fort. Dalle de marbre 1,20
1 x 0,70 m.

Un poème
ème en cinq lignes. Belle écriture cursive dont les caractères sont coulés au
plomb.

Texte

1- Grâce
âce à Dieu ce fortin illustre a été construit pour constituer avec le précédent fort,
fort
deux sabres qui vieillent sur les musulmans
2- Le port de Ghar-el-Melh
Melh est ainsi une havre de paix, alors que règne
règne extérieurement
l'insécurité.
Le fort a été reconstruit à l'époque de Khân
Kh Muhammad
3- Le chef en l'annéeée Hâjî Mustafâ Dey
l'a construit pour la caisse de Dieu
il facilita son achèvement
èvement avec générosité
4- Pourvu de canons, il est accueillant pour les amis et redoutable pour les infidèles.
infid
5- Admirable fort bien retranché,
retranch voilà sa date exacte.
«Dieu aide moi pour que ce poème soit digne de ce fort»
L'année 1070.

230
Africa XV, Ghar el Melh : une ville portuaire tunisienne du XVIIe siècle
si Ahmed Saadaoui /Néji
/N Djelloul

Inscription n° 3

Fort occidental (Burj Tunis), texte de construction 1070 / 1659. Actuellement in situ,
au-dessus de la porte d'entrée
ée du fort. Dalle de marbre 0,90 x 0,55 m.
Quatre ligne. Belle écriture cursive dont le caractères sont coulés au plomb.

Texte

1- Dieu tout puissant ayez pitié


piti de votre serviteur,
le jour du jugement dernier.
2-[Réalisé]
éalisé] Dans le règne du sultan Muhammad le victorieux.
3- En l'an mille soixante-dix.
dix.
4- [Le fort] a été construit avec l'argent de Hâjî Mustafâ.

Inscription n° 4
Grande Mosquée. ée. (Inscription mobilière). Texte de fabrication 1072/1661.
Coffret en bois, dit khatma, avec des plaques en cuivre qui porte l'inscription.
Poème en huit lignes chaque vers est inscrit en deux lignes sur une même plaque.
Ecriture cursive.

Texte

1- Observez ces excellentes idées


id que j'ai composé
2- à l'intention de celui qui s'est attribué la force, la puissance et la victoire.
3- Le fondateur de cette maison, Mustafâ
Mustaf l'agrée [de Dieu],
4- et y organisa, pour les hommes des récitations
r pieuses.
5- l'a fabriquait à Tunis le serviteur, le fidèle,
6-selon
selon le poinçon du Dinar en lingot d'or.
7- Le serviteur des seigneurs, Sinân.
Sin En l'année
8-mille soixante-douze
douze de notre ère.

231
NOTE SUR LES FONTAINES PUBLIQUES
DANS LES
VILLAGES MORISCO-ANDALOUS ET À
TUNIS
aux XVIIe» XVIIIe et XIXe siècles
A la mémoire de Abderraouf Ben Moussa

Abdel Hakim Gafsi-Slama

La présente note est réservée essentiellement à l’alimentation en eau dans les zones
d'implantation morisco-andalouse et à Tunis1, à la lumière des chroniques, récits de
voyage, documents d'archives et d'archéologie, études, etc...

Pour l'étude de cet aspect, il nous faut indiquer à la fois l'origine de cette eau :
sources, puits, pluie, et suivre les travaux d'aménagement hydrauliques effectués : érec-
tion de fontaines - abreuvoirs, aménagement de sources, citernes, puits et restauration de
l'ancien aqueduc romain et sa déviation, par conséquent, rappeler la politique de l'eau
conduite par les différents souverains à partir de l'arrivée des moriscos-andalous en
1609.

A la lumière des chroniques, cette politique se caractérise, par une volonté d'assu-
rer l'approvisionnement en eau : achat de puits2 et d'animaux destinés à faire fonction-
ner les norias3, constitution de habous (wakfs) au profit des fondations, érection de fon-
taines4 et octroi d'aides5. Cette politique vise évidemment à rechercher la bénédiction
d'Allah6 et par conséquent la reconnaissance des sujets (raiyya).

(1)
Voir carte n°1.
(2)
Bin Abdelaziz, al Kitab al bachi, Tunis, M.T.E., 1970, p. 313.
(3)
Huga, H. Dayl, Tunis, Dar al carabiyya lil kitab, 1975, p.158.
(4)
As Senoussi, Musamarai, Tunis, Dar Bouslama, 1953, p.33.
(5)
Don de 2 Rials (piastres) à celui qui a annoncé le remplissage de la fesquiyya de Mellassine. Archives
Nationales Tunisiennes, (A.N.T) registre 277, p. 63. année 1795. Offre de la nourriture gratuitement le 1er
jour de la construction d'une citerne A.N.T. registre, 1771, p. 182. Année 1773.
(6)
Ibn abi Dinar, al munis, Tunis, Al maktaba al cAtika, 1967, p. 207.

233
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Cette bénédiction et cette reconnaissance permettent d'une part d'assurer le présent et


l'avenir et de justifier la place dominante dans la société d'autre part. Cette politique est
destinée donc à maintenir un ordre et à renforcer un pouvoir, le plus souvent usurpé, ce
qui explique le caractère à la fois religieux et utilitaire des différentes réalisations.

Parmi les arguments évoqués par les chroniques pour justifier cette politique, figu-
rent l'insuffisance de la pluie7, l'attachement au Imran (civilisation)8, la prospérité éco-
nomique9, l'accumulation des richesses10 et le surplus de population". En définitive,
cette politique vise à assurer la sécurité et la paix dans le pays12.

Cette eau est-elle suffisante ?

En 1298, le valencien Al Abdari déplorait le manque d'eau potable à Tunis13.


L'eau était suffisante selon Ibn Abi Dhiaf, chroniqueur tunisien du XIXe siècle14. Le
caractère opposé de ces observations justifie une réévalution de la question, ce que nous
allons tenter en focalisant notre examen sur l'étude des fontaines publiques15 et les
sources d'approvisionnent en eau.

La première remarque qui se dégage de cette étude, c'est que les fontaines
publiques (Sabil, Sabbala, Maçaça) portent, souvent, par opposition aux autres
ouvrages hydrauliques, (citernes, bassins, puits, aqueducs...) des inscriptions qui célè-
brent les fondateurs de ces oeuvres et rappellent aux usagers la piété de ces derniers.

C'est dans cet esprit aussi que les chroniqueurs, comme les poètes, font l'éloge de ces
constructions16, donnant ainsi une impression de grandeur et de «génie» à ces bien-
faiteurs.

(7)
Bin Abdel Aziz, op. cit, p. 313.
(8)
Ibn Abi Diaf, Ithaf, Tunis, S.T.D., 1977, p.77.
(9)
Huga, H, op. cit, p. 158.
(10)
La fontaine publique de Youssef Dey à Bizerte servait aux pêcheurs de corail. A.N.T. Dossier 386,
carton 32, document 19, année 1872 voir notre article, Lamha... Arab historical review for ottoman stu-
dies. 9-10 (1994) 371-322.
(11)
Bin Abdelaziz, op. cit, p. 310.
(12)
Le souci constant des souverains en vue d'amener l'eau à l'intérieur des murs pour assurer le ravi-
taillement des garnisons pendant les sièges, est très fréquent. G. Marçais, Manuel d'art musulman, Paris,
Picard, 1926, T.I, p. 138.
(13)
A. Daoulatli, Tunis sous les Hafsides, Tunis, I.N.A.A, 1976, p. 153. R. Brunschvig, la Berberie,
Paris, Maisonneuve, 1947,1, p.352.
(14)
Ibn Abi Diaf, op. cit, 1977, II, p. 211.
(15)
Malheureusement, nous n'avons pas pu consulter le livre de Kambaracilar Izzet, Istanbul Sebilleri
(les fontaines d'Istanbul), Istanbul, 1938, 72p, cité par R, Mantran, Istanbul dans la seconde moitié du
XVIIe siècle, Paris, Maisonneuve, 1962. p. 680.
(16)
R. Poinssot, Inscriptions arabes de Kairouan, Paris, Klincksieck, 1950, Vol II, Fasc I, p. 85.

234
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Même la titulature n'échappe pas à cette «propagande» à la fois politique et religieuse.


Ali Bâcha II n'était -il pas «fondateur des medersas (collèges)17 et des fontaines»18.

Objet de description, parfois détaillées des chroniqueurs, sujet d'intérêt, d'inspira-


tion et d'admiration des voyageurs19 et des peintres européens20, les fontaines publiques
occupent une place importante dans la vie de la cité.

1-Terminologie

Les appellations relatives aux fontaines publiques, peuvent donner lieu à des
confusions. En effet, aussi bien pour les documents d'archives que pour les chroniques
ou les travaux de recherche (archéologie, histoire, géographie...), on ne fait pas de dis-
tinction entre «Sabil», «Sikaya», «sabbala» et «Maçaça»21.

A l'origine, le «Sabil» désigne route, voie ou chemin, mais le mot s'applique aussi
aux fontaines publiques22.

En effet , le «Sabil» en Tunisie peut designer la «Sabbala» (fontaine munie de


suçoir)23. Au Maroc, le Sabil est l'abreuvoir public alimenté par une noria24. A Hama,
c'est le réservoir d'eau ou le bassin25. A Istanbul, il peut désigner la fontaine monumen-
tale par opposition à la çeçme, fontaine de quartier26.

En tout cas, les mots «Sabil», «Sikaya» ou «Sabbala» sont, en Tunisie, des fon-
taines publiques en pierre ou en maçonnerie, munies de suçoir et accompagnées d'un
abreuvoir. La fontaine sert aux humains alors que l'abreuvoir est destiné aux bêtes.
Donc, en Tunisie, «Sabil», «Sikaya», «Sabbala», «Maçaça» désignent, le plus souvent,
des fontaines - abreuvoirs.

Cela posé, il convient maintenant d'aborder l'examen de l'aspect extérieur de ces


fontaines - abreuvoirs.

(17)
Notre article : la medersa des moriscos à Tunis, Sharqal andalus, estudios arabes. 5, 1988, 169-180.
(18)
A.N. T, registre 2306, année 1782.
(19)
P. Sebag, la négociation de Laurent d'Arvieux 12juin 1666-15août 1666. IBLA, 147, 1981,P.71.
Notre article, Zaghouan à l'époque islamique in «Zaghouan et sa région», Zaghouan, Municipalité, 1990,
p. 7. 3. Despois, La Tunisie orientale, Paris, P.U.P, 1955, p. 226.
(20)
C. Lallemand, Tunis et ses environs, Paris, Quentin, 1890, Idem, la Tunisie, Paris. Quentin, 1892.
(21)
La même confusion se retrouve pour les surfaces d'eau, Magil, Hazna, Fiskiyya.
(22)
E.I. IV, p. 25. Sabil.
(23)
Zarkachi, Tarih, ed Madur, Tunis, al Maktaba al Atika, 1966, p. 107.
(24)
G. S. Colin, la noria marocaine, Hesperis XIV, 1930. p. 31.
(25)
K. Chahade les bassins et fontaines à Hama, Annales Archéologiques Arabes Syriennes, 28-29, 1977,
p.231.
(26)
R. Mantran, Op. cit.

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Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Architecture des fontaines - abreuvoirs

Nous allons nous limiter, le plus souvent, aux fontaines publiques qui existent
encore et nous allons les décrire telles quelles sont. La plus simple se présente sous la
forme d'un ajutage en cuivre (maçaça), en plomb ou autre émergeant du mur à hauteur
d'homme. Le surplus d'eau se déverse dans un bassin accolé à un mur décoré de car-
reaux de faïence (Sbil as Souk à Zaghouan).

Parmi celles qui portent une inscription, nous pouvons citer les «Sbils» de Bizerte
(Najjarine, Sidi Gaagaa27 Bab al Médina28, Bab al Khoukha (voir tableau n°1).
L'inscription, en arabe, le plus souvent, se retrouve sur une plaque de marbre ou de pier-
re calcaire (kaddal) collée à un mur.

Les fontaines arquées se distinguent par la richesse de leur décor. En effet, la face
du bassin ainsi que l'arc qui s'élève derrière, sont tapissés de carreaux de faïence ou de
zellij29 (Sbil ar Rahba de Zaghouan). Le «Sbil» Bab al Khoukha à Bizerte est décoré de
demi-colonnes engagées portant un arc en claveaux. Les deux colonnes de «sbil» au
Souk à Soliman sont soutenues par deux pilastres en pierre de taille (harch) supportant
un arc de décharge, orné d'une boucle en son milieu. Au fond de cet arc se trouve une
très belle niche carrée de carreaux de faïence et d'une grille en fer reposant sur une
plaque en marbre s'appuyant sur trois consoles. Cette grille sert à protéger l'eau du bas-
sin.

Le «sbil» Youssef Dey à Bizerte reste le plus beau monument. Construit par un
émigré, il se caractérise par son très beau appareillage en claveaux de marbre alternés,
noirs et blancs, surmontés d'un rebord de tuiles rondes de couleur verte. L'arc légère-
ment en saillie est inscrit dans un rectangle en relief délimité par deux colonnes en
marbre à chapiteaux de style hafside. L'intrados est décoré d'une très belle inscription
en arabe et en turc.

Le «sbil» dit Sahib at Tabaa à Ghar El Milh est monumental mais avec un décor
très sobre. Il est abrité par un édifice rectangulaire voûté. Le parapet coiffant les voûtes
d'arête est muni de merlons en dents de scie et repose sur quatre arcs. Un rebord en
tuiles rondes court au-dessus de ces arcs. La fontaine proprement dite est composée de
cinq niches aveugles en pierre de taille (harch) ornée chacune de trois boucles. Chaque
niche était initialement munie d'un suçoir «(Maçaça») disparu actuellement. Le bassin
enveloppant ces niches sert d'abreuvoir30.

(27)
Le mur sur lequel est plaqué l'inscription est décoré d'un rebord de tuiles creuses.
(28)
La plaque est surmontée d'un fronton rectangulaire. L'écriture est en coufique.
(29)
Sabil bab al khoukha à Bizerte et Sabbala al Bhaïem à Ghar el Melh, sont démunis de carreaux,
mais sont décorés d'un rebord en tuiles creuses ou en merlons en dents de scie. Ces carreaux de
faïence sont le plus souvent de style dit de quallaline (Tunis) caractérisé par un décor de cyprès
stylisés ou minarets élancés de couleur bleue.
(30)
Faut-il rappeler à ce sujet que la fontaine de Bab Aliwa à Tunis décrite par G. Marçais, op. cit,
II,p.888, avait presque les mêmes dispositions.

236
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Ce «sbil» s'apparente à plusieurs fontaines de mosquées aménagées à l'intérieur de


niches décorées de mosaïque (zellij). Parfois, ces niches sont remplacées par des
coquilles en saillie qui déversent l'eau directement dans le bassin d'ablution31.

Pour compléter ce tableau, il convient de donner un aperçu rapide sur d'autres


types de fontaines qui n'ont pas d'équivalents dans nos villages : La fontaine - abreuvoir
de Bab Sidi Abdesselème à Tunis, seule rescapée d'une politique «moderniste». Elle se
présente de l'extérieur sous la forme d'un dôme bulbeux couvert de petites tuiles vertes
plates imbriquées. Cette calotte coiffe une coupole hémisphérique sur pendentifs, ren-
fermant deux sarcophages romains qui servent d'abreuvoirs. Cette coupole repose sur
une loggia carrée soutenue par des piliers et deux arcs en fer à cheval32.

Quelques documents d'archives nous indiquent, par ailleurs, que la «sabbala» de


Bab saadoun qui n'existe plus actuellement, comportait un portique (bortal), un fronton
(gibha) et des arcs à claveaux33.

Parmi les fontaines privées décrites par les voyageurs européens, nous pouvons
citer celle de Djedeida : «les chambres sont comme les autres, avec or, azur et travaux de
stuc, et des fontaines partout et tout pavé en marbre»34.

Ximenez, le religieux trinitaire espagnol qui visita le village morisco-andalou de


Grombalia en 1727, mentionne des fontaines dans le palais de Mustafa Cardenach en
ces termes : «la maison a deux jardins et de très belles fontaines avec un étang d'eau»35.
Se référant au même palais, le voyageur français Paysonnel cite plusieurs fontaines : «il y
a de beaux jardins avec un grand bassin, et une quantité de fontaines»36.
Ce genre de fontaines dans les palais, pourrait s'apparenter à celui du Morkad,
décrit par Dolot en 1908 : «Au centre de cette cour, entièrement dallée s'élève une jolie
fontaine en marbre blanc, formée de trois vasques superposées et recouverte d'une sorte
de kiosque présentant sur chaque face une triple arcature mauresque, dont les douze
colonnes ajoutées aux quatre autres qui s'élèvent dans l'intérieur supportent quatre
petites coupoles et cinq voûtes d'arête d'une extrême légèreté ; les murs extérieurs sont
couronnés de tuiles creuses vernissées, dont la couleur verte s'harmonise avec le feuillage
des mûriers plantés aux quatre coins»37.

(31)
Notre article : algunas observaciones sobre al agua en las mezquitas de los pueblos andalusies. Agua
y poblamiento musulman, Benissa, Ajuntament, 1988, 55-58.
(32)
S-M. Zbiss, la médina de Tunis, Tunis, I.N.A.A 1981, p.26. Ce genre de sabil se rencontre à la
Manouba (sbil sahib at Tabaa). Le sbil al Kubba al Hamara au Bardo mentionné par Ibn Abi Diaf, Ithaf
III, 1963, p.47 était-il du même genre ?
(33)
A.N.T.. registre 2308, p. 53, 61, 66.
(34)
P. Sebag, l'escale de Jean Thevenot (9 mars 1659-30 mars 1659), I.B.L.A., 145. 1980, p. 67.
Laurent d'Arvieux signale une fontaine au Divan, siège de la milice à Tunis. Cf, P. Sebag, la négociation,
p.87. S'agit-il de la fontaine dite fawwara mentionnée par Bin Abd al Aziz, op. cit,p. 328.
(35)
Zbiss, Gafsi, Boughanmi, Epalza, Etudes sur les morisques andalous, Tunis, I.N.A.A., 1983, p. 86.
Ximinez indique que Testour est démunie de fontaine. Idem, p. 82.
(36)
Idem, P. 173
(37)
G. Dolot, Note sur la caserne Saussier, Revue Tunisienne, 1908, P.296.

237
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

En tout cas, les fontaines publiques, dans les villages ou à Tunis, se signalent par
une architecture proportionnelle et une élégance sobre. «Cette architecture qui n'a pas
atteint la somptuosité et la parure raffinée des fontaines du Maroc, mais surpasse celle
d'Alger», écrit G. Marçais38. Malgré tout, les fontaines restent souvent de petites mer-
veilles de l'architecture traditionnelle tunisienne et des coins de lumière, d'air et de fraî-
cheur dans le tissu urbain traditionnel.

Un point mérite toutefois un commentaire : le système hydraulique employé dans


les fontaines. Ce système repose sur le principe des vases communiquants. En effet,
l'eau était tirée par aspiration ou succion par l'intermédiaire d'un tuyau en cuivre à hau-
teur de la bouche et émergeant du mur relié au bassin d'approvisionnement plus éloigné
et dont la hauteur surpasse celle du tuyau39.

Il faut remarquer que ce système était déjà employé dans les fontaines de «Musalla
al Idayn» à Tunis depuis la fin du XlVe siècle40. Ce système est donc moins élaboré que
celui de «sbil Barouta à Kairouan, muni, d'après Saladin, d'un véritable robinet41.

2- Localisation (voir tableaux n°l et 2)

Il ressort de ces tableaux, évidemment approximatifs, que les fontaines publiques


(«sbil», «sikaya», «sabbala», «maçaça») existent dans plusieurs villages morisco-anda-
lous (Bizerte, Ghar El Melh, Zaghouan, Grich El Wad, Djedeida, Grombalia...) Cette
localisation fait ressortir par ailleurs une répartition très inégale : huit à Bizerte, cinq à
Zaghouan, une à Grich El Wad). Serait-elle les résultats de facteurs économiques ou
naturels ?

La réponse est évidemment difficile car il nous manque souvent les données de
recensement précises, et les renseignements qui nous sont parvenus sont rares, imprécis
et tardifs.

A partir de quelques indications disponibles42 sur la population au XIXe siècle,


nous pouvons supposer que le nombre des fontaines est proportionnel à l'effectif démo-
graphique (500 hommes à Bizerte et 100 seulement à Grich El Wad). Par contre, Tunis,
dont la population est estimée à 80 000 hommes compte le plus grand nombre (50 envi-
ron)43.

(38)
Marçais, G, op. cit, II pp. 825, 888.
(39)
Les tuyaux du sbil de la Kasbah étaient l'oeuvre d'artisans grecs et juifs, A.N.T. registre 2308, p. 63.
(40)
Zarkasi, op. cit. p. 116.
(41)
H. Saladin, Un robinet de marbre trouvé en Tunisie, Bulletin Archéologique du Comité des Travaux.
Historiques et Scientifiques, Paris, 1913, 285-289.
(42)
Notre article : Esquisse de l'urbanisme des villages ruraux andalous du XVIIe siècle, in Actas del
simposio internacional sobre la ciudad islamica, Zaragoza, Institucion Fernando cl catolico,1991,135-
158. L. Valensi, Fallahs, Paris, Mouton, 1977, p. 17.
(43)
Idem. Ibidem. Fès comptait 80 fontaines. Cf. Bel. A, Zahrat as, Alger, Carbonel. 1923. P.81.. et
Ceuta 25. Cf, E. Levi-Provençal, Une description de Ceuta musulmane au XVe siècle, Hesperis, XII, Fasc
II, 1931, p.161.

238
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Malheureusement, nous n'avons pas d'autres indications pour procéder à d'autres


comparaisons.

L'existence par ailleurs d'une activité économique intense représentée par le


nombre des souks (souk des armuriers, des forgerons, des menuisiers à Bizerte)
pourrait servir d'indice pour expliquer le nombre des fontaines.

En effet, l'examen de la localisation des fontaines nous permet de constater que les
fontaines avoisinent les centres économiques (souks) (c'est le cas des sbils en
Najjarine et de Sidi Gagaa à Bizerte) et surtout à Tunis (8 sbils).

Ces tableaux font apparaître également que ces fontaines sont réparties sur plu-
- sieurs points de la ville. Les unes sont au voisinage des portes et elles restent les plus
nombreuses (5 à Bizerte et 10 à Tunis).

D'autres par contre, se trouvent sur les places publiques (rahba) ou sur les points
de jonction de plusieurs artères de circulation (8 à Tunis, 1 à Bizerte, 1 à Zaghouan). Ce
qui confirme les observations faites par le voyageur allemand Hebenstreit au XVIII e
siècle : «Places publiques qui sont enrichies de jets d'eau et de bassins en marbre»44.

Il faut indiquer par ailleurs que quelques fontaines se rattachent à des mosquées
(Soliman et Tunis par exemple). Ceci ne veut pas dire que la fontaine est accolée à la
mosquée mais elle peut en être détachée ou séparée (le sbil de Soliman par exemple).

Il ressort aussi de cette présentation que les fontaines publiques dans ces villages
ne sont pas jointes aux medersas (collèges) comme c'est le cas à Tunis avant 1609 et en
Egypte au moyen âge45. Cette observation faite par Marçais ne peut s'appliquer qu'à la
fontaine de la medersa Al Bachia à Tunis qui est accolée à la medersa46.

Les observations faites sur le terrain indiquent aussi que les fontaines se trouvent
en saillie sur la rue (sbil Bab Al Médina à Bizerte, sbil Sidi Ali Azouz à Zaghouan) ou à
l'angle (à la croisée des chemins) (sbil dit Sahib At Tabaa à Ghar El Melh) ou
l'écarte-ment de la rue (sbil As souk à Zaghouan). Les fontaines occupent donc une
position importante mais aussi privilégiée dans le tissu urbain.

De par leur emplacement, les fontaines contribuent au décor des rues et places. Il
s'agit par conséquent d'un coin d'attraction, de «plaisir et de «distraction» spatiale mais
aussi «culturelle».

(44)
M. Fendri, Trois voyageurs allemands en Tunisie au XVIIIe siècle, Revue d'Histoire Maghrébin,
35-36, 1984, p.101.
(45)
G. Marçais, op. cit. II. p. 888. R. Brunschvig. Berberie, p. 415.
(46)
C-A. Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, Paris, Payot, 1978, p.300.
(47)
A. Raymond, les fontaines publiques (sabil) du Caire à l'époque ottomane (1517-1798), Annales
islamologiqnes, XV. 1979, p.239.

239
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Toutes les remarques que nous venons d'examiner prouvent que les fontaines
publiques appartiennent à l'espace public (souks, portes, places, mosquées...) «La densi-
- té des sbils n'est pas sans rapport avec l'activité des quartiers concernés : Ils sont plus
nombreux dans les zones où sont situés les grands souks, les principales mosquées»47. Il
ne s'agit donc pas de la même conception urbaine adoptée par les Romains en Tunisie
où «maisons et monuments sont regroupés autour de la fontaine»48.
Par conséquent, la zone résidentielle paraît pauvre et quelques coins en sont même
dépourvus (le cas de Tunis est très significatif). Cette disproportion se remarque aussi
au niveau de la médina (zone résidentielle) et des deux faubourgs : nord (Bab Souika) et
sud (Bab Al Jazira). Le premier semble plus riche. Est-ce la conséquence de l'arrivée
des moriscos établis dans ce faubourg49 ou bien le prolongement de la situation anté-
rieure50?

Les quelques remarques que nous allons exposer sur l'alimentation des fontaines
pourraient peut-être fournir quelques éléments de réponse.

3- Alimentation des fontaines

Les aménagements hydrauliques effectués vers la fin du XIVe siècle et dans le


courant du XVe siècle ont touché essentiellement Tunis51. Par conséquent, les futures
zones d'implantation morisco-andalouse n'ont pas bénéficié de cette oeuvre.

a- Les Sources

Les chroniques ainsi que les documents d'archives mentionnent, qu'à partir du
XVIIe siècle, Tunis était alimentée par les sources de Aïn Gasaa, Aïn Al Mettaoui (au
Djebel Al Ahmar)52 et de Aïn Al Jellaz53 et surtout de Zaghouan.

En effet, Youssef Dey (1610-1637) entreprend des travaux hydrauliques de dériva-


tion du fameux aqueduc romain venant de Zaghouan sur plus d'une dizaine de kms pour
atteindre la Kasbah et la Grande Mosquée54. Le chroniqueur tunisien Ibn Abi Dinar,

(48)
H. Fehri, L'approvisionnement en eau de l'Afrique proconsulaire. Aix-Marseille, 1980 mémoire
dactylographié, p. 87.
(49)
R. Petit, M. de Epalza, Etudes sur les moriscos-andalous en Tunisie, Madrid, Instituto Hispano
arabe de cultura, 1973, p.26.
(50)
A. Daoulatli. Op. cit, p. 157.
(51)
Idem. Ibid, p. 153.
(52)
Ibn Abi Diaf, op. cit, II, 1977, p.211. C. Monchicourt. La région de Tunis, Faculté des lettres,
connaissance du Maghreb, IX, p. 23.
Masudi, op. cit, p. 93.
(53)
A.N.T, registre, 1773, p. 119, année 1860.
(54)
P. Sebag, La négociation, p. 271, note 88. R. Brunschvig, op. cit, I, P. 352.

240
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

mort en 1681, affirme que cet aqueduc arrive au Souk At Trouk et impasses de la médi-
na55.

L'alimentation en eau de Zaghouan se faisait par conduites selon le système de la


«moucharaka», système destiné à distribuer les eaux des sources équitablement à tous
les usagers selon leurs besoins56

Notons aussi que les villages morisco-andalous disposent de plusieurs sources :


Aïn Blad, Aïn At Thibban à Raf Raf, Aïn Blad à Metline. Mais, il faut remarquer que
ces deux villages ne disposent pas de fontaines publiques. Les mêmes documents d'ar-
chives signalent par ailleurs l'existence de conduite (sakia) et tuyaux (halakim) pour ali-
menter la fontaine de Youssef Dey à Bizerte. La ville et les forts de Ghar El Melh
étaient alimentés aussi par une source selon ces mêmes documents57.

Le village de Tébourba, par contre, disposait d'un aqueduc depuis l'époque


romaine58. Mais nous n'avons aucune indication sur son réemploi ou sa réutilisation par
les moriscos andalous.

b- Puits

Quelques documents d'archives nous renseignent que plusieurs fontaines de Tunis


étaient alimentées en eau à partir de puits équipés de norias (voir tableau n°3). En géné-
ral, chaque fontaine était alimentée par son propre puits59.

D'autres documents nous indiquent que le bassin (la fesquia) d'El Mallassine qui
se remplit d'eau par l'intermédiaire de plusieurs puits, alimentait non seulement les

(55)
Ibn Abi Dinar, op. cit, p. 240 ; G. Marçais. op. cit, II, p. 887.
Il faut remarquer à ce propos que le calife hafside Al Mustansir restaura l'aqueduc romain en 1267 et
aménagea deux adductions vers Tunis et l'Ariana. Cf, A. Daoulatli, op. cit, p. 156. Le chroniqueur tunisien
Bin Abd Al Aziz mentionne une conduite (saquia) qui va du Djebel al Ahmar vers Tunis, cf. A. Daoulatli.
op. cit, pp. 85, 342. Il fut suivi par Manchicourt, qui note que les eaux des sources (Aïn Mettelaoui au Dj
Al Ahmar, furent conduites vers Tunis par un aqueduc. Op. cit. p. 23 note 2.
(56)
S. Taktak, Révalorisation du tissu urbain de Zaghouan. Tunis, I.T.A.U.T., 1983, p. 14 voir aussi
schéma.
(57)
A.N.T, dossier 386, carton 32, document 26, année 1870.
La Sabbala Bin Ammar sur la route de Bizerte (S-M. Zbiss, Monuments musulmans d'époque hussaynite
Tunis, S.A.P.I., 1955, p. 20) ainsi que la sabbala de Aïn Bitar, à l'entrée de la même ville étaient alimen-
tées par des sources. Les fortifications de Tunis étaient alimentées de puits à noria A. N. T, registre 518,
p. 12, année 1860. Un document d'archivé mentionne que le magil (citerne) de la place (batha) de la
Kasbah était muni de noria A.N.T, registre 1773, p. 119, année 1860.
(58)
J. Poncet. La mise en valeur de la Basse Vallée de la Medjerda, Annales de Géographie, 347, 1956,
p. 205, note 1.
(59)
S. Zbiss, Monuments musulmans d'époque hussaynite, p. 20 ; A.N.T, dossier 700/4, carton 62
années 1800 et 1876. Registre 2307, p 1 année 1800. Masudi, op.cit, p 1. Bin Abdelaziz, op. cit, p.313.

241
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

deux fontaines de ce quartier, mais aussi celles de Rahbat Al Ghanam, Al Morkad et Al


Kaadine60.

Malheureusement, nous ne disposons pas d'indications de ce genre sur les fon-


taines dans les villages morisco-andalous. En effet, un rapport établi en 1888 dénombre
50 puits munis de norias dans les jardins de Testeur61 , pourtant ce village ne compte
aucune fontaine, d'après les renseignements tirés du voyage de Francisco Ximenez
effectué en 172462.

Pour ce qui concerne les autres villages, la question reste sans réponse, d'autant
plus que les puits creusés par les différents beys husseinites sur la route reliant Tunis à
Béja63 (zone d'implantation morisco-andalouse par excellence), ne peuvent nous rensei-
gner sur les modes d'alimentation en eau et sur l'utilisation de norias dans cette région.
Ces puits ne sont pas utilisés pour l'irrigation ou l'alimentation des villages, mais ser-
vent à approvisionner en eau potable, la Mahalla (armée chargée de lever les impôts)64.

Les puits alimentant les fontaines publiques à Tunis ou dans ces villages ont le plus
souvent une paroi circulaire. La paroi est revêtue d'un mur de briques pleines ou de
moellons. Deux murettes (Jwanah) en briques pleines ou en pierre de taille supportent la
noria et servent à remonter le liquide précieux de la nappe phréatique65.

(60)
A.N.T., registre 2303, p.1, année 1746.
Ces documents mentionnent un pont (Kantara) sur la fesquia d'Al Mallassine. S'agit-il d'un aqueduc ou
d'une simple conduite ?
(61)
A. Saadaoui, Testour, Paris, sorbonne, 1987, p. 14. Ceuta comptait 80. Cf Levi-Provençal ; E, op. cit,
P. 161.
(62)
Voir note 35.
(63)
M_S. Zbiss, Monuments musulmans d'époque hussaynite, p. 20.
(64)
La mahalla pouvait s'approvisionner en eau à partir des puits du Bardo (M-S. Zbiss, ibid, p. 20) ou à
Ras at Tabia et Rades. (Abd Al Aziz op. cit, p. 305, 310).
(65)
A. Saadaoui, op. cit, p. 326. Apparemment, le puits à degré n'a pas existé en Tunisie. Cf E.I., n ed, p. 1055.
Article Bali. Il faut préciser à ce propos que le puits à noria est désigné en Espagne, soit par acena. Cf. M. E
Salas Montaner, Norias, Murcia, Députacion provincial, 1982, p. 97 ; soit par cena Cf, E. Diz Artid, A.
Garcia Marquez, Gea, M. Catalayud, Norias, Alicante, Instituto de estudios Jua Gil Albert 1984; E. Barajas,
contribucion al conocimiento del arabismo (an) naura. Revista de estudios extremenos, XL IV, n°1, 1988, pp.
49-66.
En Egypte, il est désigné sous le nom de Saquia. L. Menassa, P. Laferriere, La Sequia, Le Caire, Institut
français d'archéologie orientale, p. 64, voir aussi notre article a naura en Tunisie aux XVIIIe et XIXe
siècles, Tunis, Alecso, 1988, pp.200-218.
Sur le plan architectural, le puits à Testour ressemble à ceux d'Espagne. Cf. Bertrand Bazzana, Guichard
Gressier. Montmessin, l'hydraulique agraire dans l'Espagne médiévale, in «L'eau et les hommes en
Meditérannée, Paris, C.N.R.S, 1987, pp. 56, 59. Les puits en Egypte sont parfois protégés par une coupole, Cf
G. Castel, A. Mahmoud, Mausolées des sheiks, Annales Islamologiques de l'Institut français d'archéologie
orientale du Caire, XV, 1979, p. 449. Il diffère évidemment du puits romain, cf : Despois, op. cit, p. 121.

242
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Pour conclure, il faut signaler que nous ne disposons pas d'indications précises sur la
prospection, le forage, la construction des puits66 et le personnel spécialisé chargé du
forage. Seul le puisatier «Bayar» nous est signalé67.

c- Alimentation par citernes

Nous avons relevé dans le «Ithaf»68 que les «sikaya» de Bab Sidi Abdesselem et de
Bab Al Falla à Tunis étaient alimentées en eau à partir des réservoirs remplis par les
eaux de pluie. L'auteur de ce livre ne fait mention ni de puits ni de noria. S'agit-il d'une
application du principe des vases communicants ou d'une omission? la question reste
posée69.

Pour donner un élément de réponse, nous pouvons supposer que ces réservoirs
étaient bâtis sur le même système que les citernes (Majil) des maisons alimentées par
des gouttières. Ces citernes servent le plus souvent à des usages domestiques (lessive,
vaisselle...), leur alimentation se fait grâce aux pluies . Parfois, quelques maisons ou
palais étaient équipés de puits à noria pour les usages domestiques mais aussi pour la
boisson70.

En général, chaque maison disposait en son sous-sol d'une citerne (majil) pour
recueillir les eaux de pluie. Chaque année la citerne est vidée, nettoyée et badigeonnée à la
chaux vive.

Les terrasses des maisons dans ces villages, comme dans tout le pays, avaient un
plan incliné, ce qui permettait aux eaux de se diriger vers les canalisations qui les
conduisaient vers les citernes aménagées dans le sous-sol du patio71. En plus de la citerne,
les maisons pouvaient avoir aussi des puits, dans le patio. Le patio est donc le lieu
d'humidité par excellence72.

A Testour, Slouguia, Grich El Wad, Medjez El Bab et Tébourba, les maisons


avaient des toitures à quatre versants, couverts de tuiles creuses, disposées de manière

(66)
A. Hamdane, Les puits de surface dans la région de Korba. Bulletin de l'association pour le dévelop-
pement et animation rurale, 16, nov-dec 1977, p. 15. Il faut mentionner à ce propos que nous avons
quelques noms de puisatiers. Cf. A.N.T., registre 9, p. 88, année 1746, Registre 111, p.455, année 1795.
(67)
A. Hamdane, op. cit, , p. 20.
(68)
II, 1977, p. 175.
(69)
Zarkasi, op. cit, p. 116. As Sarrag, al Hulal, ed 1970,1, vol 4, p. 1074, R. Brunschvig, Berberie, I, p.
353. le (magil) citerne de Musalla al idayn alimentait deux fontaines.
(70)
P. Sebag, une relation inédite sur la prise de Tunis, Cahiers de Tunisie, XVII, 1969, p. 143. J. Revault,
une résidence hafside : la Abdiliyya à laMarsa, Cahiers de Tunisie, XIX, 1971, p.61. G. Marçais, op.cit,
p.872. Ce puits à noria pourrait servir aussi à l'irrigation. Cf. A. Daoulatli, op.cit, p.153.
(71)
F. Mahfoudh, La ville de Sfax, Paris, Sorbonne, 1988, p.195.
P. Picard, Pour comprendre l'art musulman, Paris, Hachette, 1924, p. 257.
(72)
Bouchara-Zannad, Lorsque le corps résiste. Tunis, Sociétés, 28, 1990, p.23.

243
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

très étudiée, ce qui permettait de faire converger l'eau vers des conduites qui collec-
taient le maximum des eaux de pluie73. Ce système, bien entendu, permettait un écoule-
ment plus rapide des eaux en comparaison avec les terrasses à dos d'âne, les plus répan-
dues dans le pays74.

Il s'agit donc d'une architecture fonctionnelle, totalement adaptée au climat et à la


mentalité des gens du pays.

La surface de ces citernes est évidemment proportionnelle à celle des toits. Leur
tracé, carré ou rectangulaire épouse la forme du patio75. La profondeur peut atteindre
5m. La couverture de ces citernes, en pierre de taille (Blat) ou en briques pleines, repose
sur des voûtes d'arête, le plus souvent76. On puise l'eau destinée aux besoins domes-
tiques par un ou plusieurs margelles77.

Comme nous l'avons déjà signalé à propos des puits publics, ces villages n'ont
apparemment pas bénéficié de la politique hydraulique. En effet, la construction des
réservoirs ou bassins (fesquia) n'a touché que les villes de Sousse, Kairouan, Sfax,
Gafsa et Béjà78, lieux de passage obligés de la Mhalla.

4- Organisation

Les quelques indications fragmentaires sur cet aspect de la question, nous permet-
tent de constater que les fontaines publiques dépendaient des faubourgs où elles étaient
installées79. Ainsi, nous avons les fontaines : de la médina, de Bab Souika (faubourg
nord) et de Bab Al Jazira (faubourg sud)80. Il s'agit donc d'une organisation reposant sur
une délimitation à la fois territoriale et administrative.

(73)
Cette architecture (toit à 4 versants couverts de tuiles creuses) se retrouve aussi dans les équipements
collectifs : mosquées, zaouias, hammams, fondouks, forts.
(74)
Dans la mosquée de Kairouan les eaux se déversent dans des gouttières ayant des bords verticaux
taillés en sifflet. Cf. G. Marçais, op. cit, I, p.66.
(75)
La citerne du fort espagnol de l'île de Chikli, pouvait «donner à boire à huit mille hommes pendant
quatre mois», cf. P. Scbag, Une relation inédite, p. 141.
La citerne de la caserne Saussier à Tunis (Bab al Gorgani) pouvait contenir 2500m3 Dolot, op. cit. p.297.
(76)
Ce genre de construction est différent de celui de la citerne de Ramla en Palestine, divisée en 6 nefs
par 5 arcades de 4 arcs chacun, cf, K.A.C. Kreswell, Architecture, E.I, ned, p. 637 b.
A Sfax, le majin a une forme de carafe évasée Cf. F. Mahfoudh, op. cit, p. 195.
A Carthage, les citernes ont une forme d'une baignoire allongée arrondie aux deux extrémités Cf, M.
Fantar, le problème de l'eau potable dans le monde phénicien et punique : Cahiers de Tunisie, XXIII.
1975.p.11.
(77)
La zaouia de Sidi Nasr al Garouachi comprend une citerne ayant un margelle de 45 cm de diamètre.
Cf Saadaoui, op. cit, p. 207.
(78)
Huga, op. cit. p. 103, 151.
Masudi, op. cit, p.120 ; F. Mahfoudh, op. cit, p.206 ; S.M. Zbiss, Monuments musulmans d'époque hus-
seinite, p 20 ; Poinssot, quelques édifices, p. 16.
(79)
Voir tableau n°2
(80)
A.N.T. dossier 700/4, carton 62, année 1800 Dossier 684, carton 60, doc 33, année 1874. Registre
1773, p.254, année 1783.

244
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Ceci est apparemment, le résultat de la politique suivie par les souverains en matiè-
re d'eau. En effet, l'érection des fontaines publiques ainsi que leur entretien émanaient
de l'ordre des autorités politiques. Il ne s'agit donc pas d'acte de bienfaisance privée
comme en Orient.

Apparemment, l'eau emmagasinée et distribuée, était la propriété des Habous


publics (awkafs) comme c'est le cas à Istanbul81. C'est l'association des awkafs (jamia)
qui s'occupait de la gestion, de l'entretien et de la restauration de ces fontaines82 par
l'intermédiaire de ses représentants (Wakil, Nadir, Naib et Chahid)83 au nom des autori-
tés84. Le «wakil» pouvait être le cheikh (chef) du faubourg. C'est le cas du wakil des
fontaines du faubourg sud85. Cet exemple confirme l'importance du «wakil» et, par
conséquent, des fontaines aux yeux de l'Etat.

Les revenus de ces awkafs (biens de mainmorte) étaient importants. Ils sont consti-
tués de terre (céréalière ou maraîchère) et de loyers (boutiques, dépôts, marchés)86.

Apparemment, c'était l'Etat qui s'occupait des «salaires» des gardiens des
citernes87. En plus des salaires, les gardiens pouvaient recevoir des aides (ihsan)88. Il
faut mentionner aussi que des salaires pouvaient être accordés aux gardiens des
conduites d'eau (à Ghar El Melh par exemple)89.

Est-ce qu'il y avait un service d'entretien des canalisations et des fontaines comme
à Fès90 ? Y-avait-il une réglementation de l'approvisionnement en eau ? y-avait-il des

(81)
E.I, p. 888 Art. Ma.
(82)
A.N.T. dossier 684, carton 60, doc 43 année 1874 ; Dossier 700/4, carton 62, année 1800
(83)
A.N.T., Dos 386, Carton 32, Doc 26. année 1870 ; Dos 388, carton 32, Doc 32, année 1872 ; Dos
684, Carton 60. doc 41, année 1874.
(84)
Apparemment, chaque fontaine avait son Wakil. Registre 1773, p. 254 année 1783. Nous avons
constaté aussi que le wakil peut s'occuper de plusieurs fontaines (rahbat al Morkad, Kallaline) et du bas-
sin de Mallassine
(85)
A.N.T. registre 1773, p. 249, année 1781.
(86)
A.N.T. dossier 700/4, carton 62, année 1800. Les revenus des fontaines de la Médina et le bassin
d'Al Mallassine s'élèvent à 404 en 1756, 1025 en 1757, 1505 en 1758, 1523 en 1759, 1528 en 1760, 1494
en 1761, 1547 en 1763, alors que les dépenses s'élèvent à 425 riais durant ces mêmes années. Cf registre
119 p. 29.
Les revenus des fontaines du faubourg Sud atteignent 3689 riais en 1776. Registre 1771, p 74. Ces revenus
proviennent de 5 boutiques, dépôt de Dar Gild, de plusieurs puits, de terres irriguées et de 3 henchirs
(terres céréalières) registre 1771.
(87)
Registre 234, p. 5, année 1783. Le salaire mensuel d'un sannay ou préposé à l'irrigation peut s'élever
à 13 riais. Registre 232, p.69, année 1783 ; Registre 233, p.13, année 1783. Le wakil recevait par contre
1/4 de rial par jour. Registre 1773, p. 254, année 1783. Le bey pouvait aussi accorder des aides (Ihsan) de
1 rial à l'occasion de la fête du sacrifice. Registre 111, p. 138, année 1779. A titre indicatif, le prix d'une
poulie peut s'élever à 2 riais. Registre 233, p. 184.
(88)
Registre 233, p.24. année 1783.
(89)
Dossier 386, carton 32, année 1870.
(90)
E.I, n ed, art Ma.

245
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

modalités de son partage comme dans les oasis établies par Ibn Ach Chabat91. Y-avait-il
un corps de surveillants de la qualité des eaux ? Y-avait-il des fonds spéciaux pour le
curage, la réfection des conduites, la restauration des fontaines ? En définitive, l'eau
était-elle payante?

Face à ces questions, nous ne disposons que de deux éléments de réponse. Une cor-
vée corporelle (sakhara) était imposée aux habitants de Bizerte pour construire une
conduite d'eau (sakiya), alors que les fonds provenaient de l'Etat92. Un recrutement
forcé fut imposé aux insurgés vaincus de Djebel Wislat pour servir dans les travaux
d'adduction d'eau de Tunis93.

Nous relevons par ailleurs dans les documents d'archives, que les wakils s'adres-
sent aux différents chefs (aminé) des corporations : potiers94, forgerons95, serruriers96,
menuisiers97, selliers98 pour s'approvisionner en produits nécessaires au fonctionnement
des fontaines. Une autre organisation parallèle a vu le jour. Il s'agit des porteurs d'eau.

Porteurs d'eau

L'eau des fontaines publiques était distribuée à la population urbaine dans des
outres (guerba) par des porteurs d'eau (guerbaji)99 qui transportaient le liquide précieux
au domicile des particuliers100. Parfois, ces porteurs d'eau fournissaient l'eau potable
aux passants altérés dans des gobelets de cuivre ou de poterie (hallab). «ces porteurs
parcourent les rues dans tous les sens avec des chevaux chargés d'outrés pleines d'eau
qu'ils cèdent moyennant une petite rétribution à ceux qui en ont besoin»101.

Il faut noter qu'actuellement des particuliers ainsi que des édifices publics reli-
gieux (medersa, zaouia, mosquée, kouttab) mettent à la disposition des passants et des
voisins une jarre et un récipient (hallab) pour se désaltérer. S'agit-il d'une survivance de
cette pratique ancestrale?

(91)
Sakir. C, Ibn ach chabbat, Fikr, 4, 1982, pp 76-84.
(92)
Dos 384, carton 32, doc 110, année 1866. Dos 385, carton 32, doc 45, année 1867.
(93)
Bin Abd al Aziz, op.cit, pp. 85, 342.
(94)
Registre 233. p. 188, année 1783.
(95)
Registre 35, p 34, année 1742.
(96)
Registre 35, p. 111. année 1743.
(97)
Registre 35, p.111, année 1743.
(98)
Registre 233. p. 131. année 1783.
(99)
Registre 233, p. 172, année 1783.
(100)
Sakka en arabe classique, Garbagi en dialecte tunisien. A Hama ce sont les sakkaun. Cf K.
Chahade, op.cit, p.239. A Sfax en Tunisie ce sont les Tarrak. Cf Mallouli, Tarih as sikaya, Sfax, Louz,
1978, p. 106.
(101)
A Istanbul, ils étaient organisés en corporation. E.I, n ed, p.888, art Ma. à Madrid. H. Goblot, Les
qanats, Paris, Mouton , 1979 p. 137.
246
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Quelques indications tirées des archives nous renseignent, par ailleurs, que la
mhalla était accompagnée dans ses déplacements par un corps de porteurs d'eau («sak-
kaya»)102. L'eau était probablement transportée dans des jarres montées sur des char-
rettes (karrita)103. Les forts ainsi que les fortins disposaient aussi de «sakkaya104. Les
gardes du palais du gouvernement au Bardo se désaltéraient dans des jarres mises à leur
disposition105. Si les porteurs d'eau en ville étaient des hommes, la corvée d'eau «était
essentiellement féminine dans les campagnes»106.

5- Evacuation des eaux

En général, l'écoulement aussi bien des eaux de pluie que des eaux usées s'opérait
naturellement. En effet, à Al Alia, la rue principale présente une pente vers Bab Banzart.
Les mes secondaires, perpendiculaires à la voie principale refoulent les eaux vers l'exté-
rieur de la ville comme la rue principale107. Ce même procédé se retrouve à Zaghouan.

A Testour, par contre, les rues sont pourvues, le plus souvent, de caniveaux pavés
médians108.

Dans les patios des maisons, l'écoulement des eaux est facilité par la disposition
architecturale. En effet, ces patios portent une légère dénivellation destinée à assurer
l'écoulement vers les regards (maskouka ou nokra)109.

Donc, ces villages ne sont pas pourvus, comme à Tunis, d'égouts à ciel ouvert
(Handak) pour évacuer les eaux usées ou autres vers le lac110. Des ouvriers spécialisés
étaient affectés au service de curage de ces égouts111. Parmi les indications relevées
dans les archives, des aides étaient octroyées à ces ouvriers de la part des habitants du
faubourg sud de Tunis pour le curage des égouts112.

C'est à la lumière de cette présentation sur l'organisation de la distribution de


l'eau, qu'il convient de donner une idée sur le rôle des moriscos-andalous dans ce
domaine.

(102)
C. Monchicourt, Relations inédites de Nyssen, Filippi, et Calligaris, p.84.
(103)
Registre 233, pp. 131, 175 année 1783 et Registre 49, p.85, année 1746.
(104)
Registre 35, p.111, année 1743.
(105)
Registre 2, p. 120, année 1703.
(106)
Registre 49, p. 20 année 1746.
(107)
J. Despois, La Tunisie orientale, p.323.
(108)
Y. Abdelhady, Réparation urbaine à Al Alya. Tunis, I.T.A.A.U.T, p. 107.
(109)
A. Saadaoui. op. cit, p.339.
(110)
J. Revault, Palais et demeures de Tunis, XVI, XVIIe siècles. Paris, C.N.R.S., 1980, p.60.
(111)
R. Brunschvig, Berberie..., I, 353. Abdel Aziz, op. cit. 58. Ce Handak est utilisé au Bardo comme
système défensif Cf. Abdel Aziz, op. cit, p. 327. Ce handak était relié à celui de Tunis Cf. Ibn Abi Diaf,
op. cit, III, 1963, p.54.
(112)
Registre 233, p.105, année 1783.

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Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

6- Rôle des moriscos-andalous

Quelques indications tirées des archives ou d'autres sources nous permettent de


mesurer l'importance du rôle joué par cette communauté, dans l'alimentation et la dis-
tribution des eaux.

En évoquant les activités économico-agraires, le chercheur allemand H.J Kress


affirme que : «les canalisations de l'aqueduc romain tombé en ruine... furent remises en
état par les andalous»113. Revault de son côté, écrit à propos de l'irrigation des jardins ce
qui suit : «l'irrigation du jardin (saniya) est assurée par un ou plusieurs norias (naura)
dont l'installation sur les puits de la capitale et des propriétés environnantes est encore
l'oeuvre des émigrés andalous»114. Faut-il chercher plus.

Quelques exemples pourraient nous éclairer davantage sur ce rôle. En effet, l'ins-
cription de la fondation du sabil Youssef Dey à Bizerte précise que le maître d'oeuvre
(mallam) fut Disim Al Andalusi115. Hmida En Nigro fut contre-maître (nadir) lors de la
construction de la fontaine (sabbala) de Bab Saadoun116. Muhammad al Milyani al
Andalusi117 était expert (habir) dans la restauration des fontaines de Bizerte118.

Ar Ramundo (l'origine espagnole de ce nom est très manifeste) fut responsable de la


comptabilité au moment de la construction de la fontaine et de la Feskia de
Mellassine119. Muhammad Bin Hsine al Andoloussi ne fut-il pas wakil du puits Atig120.
Sancho ne fut-il pas maître (mallam) dans la construction des charrettes destinées au
transport de l'eau?121 Abdel Hmid al Ariana (originaire de l'Ariana, village de refuge des
moriscos-andalous) fut maître puisatier122.

Par ailleurs, les documents nous indiquent que le curage des bassins de Gria at al
Atach, sur la route de Béjà, était fait par des ouvriers spécialisés originaires de plusieurs
villages andalous, à savoir Tébourba, Grich el Ouad, Slouguia, Testour et Medjez El
Bab123. C'est le cheikh de Testour qui s'occupait de toute l'opération124. Faut-il se
contenter de ces exemples pour prouver ce rôle ou attendre d'autres travaux ?125.

(113)
Registre 119, p. 128.
(114)
zbiss, Gafsi, Boughanmi, Epalza, op. cit, , p. 143.
(115)
J. Revault, Palais...Op. cit, p.73.
(116)
R. Dhaouadi, Hatihi Binzart, Bizerte,. A.S.M. 1980, p.156.
(117)
A. Gafsi, Aperçu sur les architectes morisco-andalous en Tunisie. Actes du IV symposium interna-
tional d'études morisques ; Zaghouan, C.E. R.O.M.D.I., 1990, p. 136.
(118)
A. Gafsi. Idem, al andalusiyyun fi binzart, in Bizerte, A.S.M. de Bizerte, 1989, p. 18.
(119)
A.N.T.. Dossier 388, carton 32, document 2 année 1864.
(120)
A.N.T. , registre 1771, p. 179, année 1772.
(121)
A.N.T., registre 1773, p. 254, année 1783.
(122)
A.N.T., registre 35, p. 111, année 1743.
(123)
A.N.T, registre 2303, p.55, année 1746.
(124)
A.N.T.. registre 111, p.287, année 1780.
(125)
A.N.T., registre 1773, p.278, année 1780.

248
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

Conclusion

Malgré l'importance jouée par les fontaines - abreuvoirs dans la vie de Tunis et les
villages morisco-andalous, l'alimentation en eau dépendait, en grande partie, des préci-
pitations. Sa suffisance ou son insuffisance ne pouvaient être liées, qu'en partie, à
l'homme. Malgré les inconvénients de ce système, surtout sur le plan hygiénique, fal-
lait-il le rejeter brutalement ou l'adopter, tout en l'améliorant? La Tunisie actuelle a-t-
elle résolue ce problème, malgré l'utilisation d'une technologie plus performante que les
fontaines-abreuvoirs?

Par leur architecture proportionnelle et élégante, les fontaines constituent de petites


merveilles architecturales. Elles occupent une position privilégiée dans le tissu urbain et
dans l'espace public.

Par leur architecture adaptée au climat et à la mentalité des habitants, les fontaines
s'intègrent parfaitement dans le tissu urbain traditionnel. L'organisation publique ratta-
chée aux fontaines (association des habous) est accompagnée d'une «organisation» pri-
vée (porteurs d'eau); toutes deux fonctionnèrent à merveille pour alimenter à la fois la
ville et ses habitants. La communauté morisco-andalouse joua un rôle important aussi
bien dans le domaine de cette organisation que dans celui de l'alimentation et de la dis-
tribution.

249
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis auxXVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

1- Fontaines-abreuvoirs dans les


villages morisco-andalous

Ville ou Date de
Nom Lieu Fondateur
village fondation

Bizerte Sbil Handliss Quartier des andalous Sans inscription ?

" " Bab Khoukha Rue sidi Ben Aïssa 1702 Ibrahim

" " Bab al madina Rue des armuriers 1632 Youssef.


Dey

" " an Naura En face du vieux port 1632 " "

" " du vieux port Entrée de la médina 1632 " "

" " an naggarme Souk des menuisiers 1709 Mustafa

" " Sidi Gaagaa Rue sidi Gaagaa 1699 Mustafa

" " Bab Gdid Rue sidi Atig Sans date ?

Soliman as souk Près de la grande mosquée 1639? ?

Grombalia as souk Souk 1622 Youssef


Dey

Zaghouan as souk Souk Sans inscription ?


(1)

" " ar rahba Rahba " " "

" " Sidi Ali Azouz Près de la zaouia " " "

" " ? Rue Hédi Chaker " " "

" " Sidi Ali Azouz intérieur de la Zaouia " " "

Grich el ar rahba Place n'existe plus (2) "


Wad
Ghar el Sahib Tabaa Place des martyrs Sans inscription (3) "
Melh
" " al Bhaiem En face du burg al Wistani " " "

Manouba Hamouda en dehors du village 1793 H. Pacha


Bâcha


Il y des fontaines et de des citernes» d'après Thevenot qui visita la village en 1659. Cf. P. Sebag l'es-
cale... I.B..L.A., 145, 1980, P.63.
2
Signalée par Cagnat et Saladin à la fin du XIXè siècle.
3
Indication orale.

250
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

(4)
Sidi Daoud Sabbala ? 7 ?
(5)
Bardo Kouba al 9 ?
Hamra
Sidi Bou Sbil Chérif Près de la Zaouia de Sidi 1734-1756(6) Ali Pacha
Saïd Bou Saïd

" " Sahib Tabaa ? 1794 Sahib


Tabaa
" " Bir Khalladi Près de la Zaouia 1734-1756 Ali Pacha

" " Taïeb Bey Sur la route de la Marsa 1895 Taïeb Bey
(7)
Bir Sabbala ? ? ?
Chouchane
(8)
Zahrouni ? ? ?
(9)
Rades Chouchit Rades ? ? ?
(10)
Mnihla Burg Mnihla ? ? ?
(11)
Burg ai Amri Burg al Amri ? ? ?

Béja Sbil al Souk ? Youssef


Hammam Dey
(12)
" " Griat al Atach ? ? Huga

4
Signalée par le document 684, carton 60, doct 43. Année 1874.
5
Signalée par Laurent d'Arvieux en 1666. Cf P. Sebag, la négociation, I.B.L.A., 48. 1981, p.271 et par le
document d'archive, Registre 233, p. 119, année 1783.
6
M.S. Zbiss, Sidi Bou Saïd , Tunis, S.T.D., 1963, p.21. Cet auteur mentionne d'autres fontaines :
Belhouane et Bach Hamba.
7
Signalée par le registre 2308, P. 57, année 1800.
8
Signalée par le registre 233, année 1783.
9
Signalée par le registre 1733, p.295, année 1771. Il s'agit probablement du monument en face du siège du
Gouvernerat de Ben Arous. Il fut détruit en partie en 1989.
10
Signalée par le registre 1733. pp. 24, 264 année 1776.
11
Signalée par le registre 233, pp. 65, 144, année 1783.
12
Signalée par le registre 1773, p.287. Année 1780.

251
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

2- Fontaines-abreuvoirs de Tunis (voir aussi plan)

Noms Date Fondateur


Portes
l-Bab Saadun (sikaya) 1 1434 restaurée en 1803 Al Mustansir

2-Bab al Khadra (sabbala) 2 Avant 1800 ?

3-Bab Sidi Abdesselem 1804 Sahib at Tabaa


(sabbala)3
4-Ibn Tahir (Sbil, Sabbala)4 ? ?

5-Bab Ahwa (sabbala) 5 1804 Sahib at Tabaa

6-Bab al Falla (sikaya) 6 1758-1781 Ali Pacha II

7-Bab al Bahr (Sabbala) 7 Avant 1800 ?

8-Bab al Menara (sbil) 8 ?

9-Bab al Gadid (sikaya) 9 1395 Abu Paris

10-Bab al Gibliyya 1435-1488 Abu Amr Utman


(sikaya)10
Souks
11-Bchamkiyya (sikaya) ' ' ? ?

12-AtTruk (sabbala) 12 avant 1800 ?

13-Wzar (sabbala) 13 XVIII ?

14-Sarragine (sbil, sabbala) 14 Avant 1800 ?

15-Blat (sabbala) 15 Avant 1800 ?

1
A. Daoulatli, Tunis, p. 135. A. Gafsi, Aperçu sur les architectes... p. 136.
2
Registre 2307 p. 1.
3
G. Marçais, Manuel, II, p. 888, Poinssot, quelques édifics, p. 13.
4
R. Brurtschvig Berberie, I, p. 353,
5
G. Marçais, manuel, II, p. 888, quelques édifices, p, 13.
6
Ibn Abi Diaf, op. cit. II, 1977, p. 175.
7
Registre 2307, p. 1.
8
Idem
9
A. Daoulatli, Tunis, p. 291. M. Epalza, Tuhfa, Roma. Academia Nazionale dei Lincei, 1971, p. 257.
10
As Sarrag, op. cit, II, 1977, p. 37.
11
Ibn Abi Diaf, op. cit, II, 1977, P. 37.
12
Idem Ibid. Registre 2308, p. 37.
13
S. Dargouth, Les Oratoires, Paris, Sorbonne, 1983, note 24.
14
Registre 2307, p. 1.
15
Idem.

252
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

16-Falka (sabbala) 16 " " ?

17-Etoffes (sbil) 17 XVII ?


18-Attarine (sbil) 18 " " ?
19-Fakka (sbil) 19 XV ?
20-Chaouachia (sebbala) 20 Avant 1800 ?

Medersas
21-Uthmaniyya (sbil)21 1440 Abu Amr Utman
22-Ibn Tafragine ? ?
(Sabbala) 22
23- Bachia (sbil) 23 1740-1756 Ali Pacha 1er

Mosquées
24-Abu Muhammad (sbil) XVII ?
24
25
25-Ksar (sabbala) Avant 1768 ?
26-Gama Gdid (sbil) 26 1767 ?
27-Musalla al Idayn 1391,1434 Abu Faris
(sabbala)27
28-Kasbah (sabbala) 28 ? ?

Places
29-Rahbat al Gnam Avant 1746 Husayn Bey 1er
(sabbala, sikaya) 29
30-Rahbat al murkad 1758-1781 Ali Pacha II
(sabbaia, sikaya)30
31-Kaadine (sabbala, 1705-1740 Husayn Bey 1er
sikaya) 31

16
Idem.
17
Zbiss, Monuments de Tunis, Tunis, S.T.D., 1971, p. 37. A. Daouloatli, Tunis, p. 157.
18
Idem, Ibid; Idem. Ibid.
19
Idem, Ibid: Idem. Ibid.
20
Registre 2307, p. 1.
21
Al Ansari, Fahrast, Tunis, Atika, 1967, p.71. A. Daouloatli, Tunis, p.157
22
Bibliothèque Nationale de Tunis (B.N.T.) M.S. n° 09921, p. 37.
23
Ibn Abi Diaf, Ithaf, 1977, II p. 175, C.A. Julien, op. cit, II, p. 300.
24
Zbiss, Monuments de Tunis, p. 37
25
Registre 2307, p. 1; Registre 1773, p. 107. 27
26
Zbiss, Monuments musulmans d'époque husseinite, p. 21.
27
R. Brunschvig, Berberie, I, p. 353.
28
As Sarrag, op. cit, p. 1085.
29
Zbiss, Monuments de Tunis, p. 21 ; Registre 2303, p. 1.
30
Zbiss, Monuments de Tunis, p.21 ; Registre 2303, p. 1 avant 1746 d'après ce document.
31
Zbiss, Monuments de Tunis, p. 21.

253
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

32-Kallaline (sabbala) 32 Avant 1746 ?

33-Halfaouine (sabbala) 33 Avant 1800 ?

34-Sidi Mardum (sabbala, ? ?


sikaya) 34
35-Tabbanine (sabbala) 35 Avant 1800 ?

36-Ras ed Darb (sabbala) 36 Ayant 1876 ?


37
37-Rahba (sabbala) Avant 1874 ?

Kuttabs
38-Khiari (sabbala) 38 Avant 1800 ?

Zaoulas
39-Sidi Asila (sabbala) 39 Avant 1800 ?

40-Sidi Bin Ziad (sabbala) Avant 1800 ?


40

41-Sigoumi (sbil) 41 1435-1488 Abu Amr Utman

42-Sidi al Michrif 1758-1781 Ali Pacha II


(sbil, sabbala) 42
Hôpitaux
43-Al maristan (sabbala) Avant 1800 ?
43

Puits
44-Al Naggar (sabbala) Avant 1876 ?
44

45-Fadl (sabbala) ?
45

Zone résidentielle
46-Dar al Gild (sabbala) Avant 1800 ?
46

32
Registre 2303, p. 1.
33
Registre 2307, p. 1,
34
Ibn As Samma, al adilla, Tunis, Dar Al Kitab, 1984, p. 111.
35
Registre 2307, p. 1.
36
Dossier 700/4, carton 62.
37
Dossier 684, carton 60, document 33.
38
Registre 2307, p. 1.
39
Idem.
40
Idem.
41
Ibn As Samma, op. cit, p. 128.
42
Zbiss, Monuments de Tunis, p. 20; Registre 2307, p.1.
43
Registre 2307, p. 1.
44
Dossier 700/4, Carton 62.
45
Idem.
46
Registre 2307, p.3. année 1800.

254
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

47-Zankat al Kradha " " ?


(sabbala) 47
48-Diwan 4S Avant 1666 ?

En dehors de la
ville
49-Mellassine (sikaya) 49 1758-1781 Ali Pacha II

50- " " " " " " " "


50

47
Registre 2307, p. 47. année 1800.
48
P. Sebag, la négociation, I.B.L.A., 147, (1981) p. 87
49
Ibn Abi Diaf, op. cit, II. 1977, p.211.
50
Idem. Ibid.

255
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

3- Puits publics

Lieux Situation
Tunis *
Bir al Gabal Al Ahdar 1 Sur la colline de la Rabita F.N
Bir al Ilgiyya 2 Sur les hauteurs du Feddan (du
côté de Ras At-Tabia)
Bir atig 3 " " "
Bir de Bab Sidi Abdesselem 4 ?
Bir de Bab Kartaganna 5 ?
7 puits de Gassa 6 Dgebel al Ahmar F.N
Bir de Sidi Touhami 7 ? FS
Bir Al Morkad 8 ? F.S
BirMsidalMichrif 9 ? F.S
Bir Fadl 10 Gellaz F.S

Ailleurs
Bir Chouchane 11 Sur la route de Bizerte
Bir Chouchit Radis 12 Sur la route de Sousse
Bir At Tarraz 13 " " "
Bir Bouita 14 Entre Bir Bouregba et Bou ficha
Bir el Bey 15 Enfida
Bir Khanguet Al Hammamet 16 Sur la route de Sousse
Bir Griat al Atach 17 Sur la route de Béja

* Tunis avait sous les Hafsides six puits : Bir al Akwad, ad Dubyan, Sidi Souf, Bab Souika et deux autres
signales par al Abdari. Cf, A. Daoulatli op. cit, pp. 16. 153.
(F.N.) Faubourg Nord.
(F.N.) Faubourg Sud.
1 H. Huga, op. cit, pp. 103, 157, 313.
2 A.N.T. Dossier 700/4, carton 62, année 1800; Registre 2307, p. 1.
3 H. Ibid Abd Al Azizi. op. cit, p. 313.
4. Al Masudi, op. cit, p. 122.
5 A. Daoulati, op. cit, p. 153.
6 A.N.T, dossier 700/4, Carton 62, année 1800; Registre 2307, p. 1, année 1800.
7 Idem. Ibid
8 Idem. Ibid. H. Abdelaziz, op. cit, p. 133.
9 H. Abdelaziz, op. cit p. 313.
10 H. Huga, op. cit p. 188.
11 A.N.T, registre 2308, p. 57. année 1800.
12 A.N.T, registre 1733, p. 295, année 1771.
13 A et F. Kassab, A. técnicas de control del agua en Tunez y sus alrededores en época pré-colonial, in
«Agua y poblamiento», op. cit pp. 93-102...
14 S.M. Zbiss Monuments Musulmans d'époque Husseynite, p. 20.
15 Idem. Ibid.
16 Idem, Ibid. p. 21.
17 Idem. Ibid. p. 20.

256
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous
morisco et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

fig.1 : Archives Nationales Tunisiennes (A.N.T.), série


série historique (S. H.), dossier
700/4, carton 62, année 1215/800. Les habous des fontaines publiques de
Tunis.

257
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous
morisco et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

fig.2 : A.N.T.,, S.H., dossier


ier 700/4, carton 62, année 1293/1876.
Les fontaines publiques de Tunis et leurs puits.

258
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous
morisco et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

fig.3 : A.N.T., S.H., dossier 388, carton 32, document 19, année
ann 1219/1804.
La conduite d'eau de Bizerte

259
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous
morisco et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

fig.4 : A.N.T., S. H., dossier 388, carton 32, doocument21, année


ée 1281/1864.
Expertise pour la réparation de la conduite d'eau de Bizerte.

260
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous
morisco et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

fig.5 : A.N.T., S.H., dossier 390, carton 33, doocument 13, année
année 1291/1874.
Les habous de la fontaine publique à Bizerte.

261
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous
morisco et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA
HakimGAFSI

fig.6 : A.N.T., S. H., dossier 387, carton 32, doocument 45, année
année 1288/1871.
La conduite d'eau à GharEl Melh (Porto-Farina).
(Porto

262
Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous
morisco et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

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Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous
morisco et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA
HakimGAFSI

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Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA

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Africa XV, Note sur les fontaines publiques dans les villages morisco-andalous
morisco et à Tunis aux XVIIe- XIIIe et XIXe siècles Abdel HakimGAFSI-SLAMA
HakimGAFSI

266
Muséographie

LA RÉUTILISATION DE L'ÉGLISE DE
«NOTRE-DAME DE LA GARDE»
DE ZARZIS EN MUSÉE
ALi Drine

I- Le bâtiment:

1- Histoire

Le local qui abritera le Musée de Zarzis est une ancienne église qui se trouve sur
l'ancienne route de la marine, l'actuel rue du «Maghreb arabe «au sud de cette ville.
Elle était construite par le Père Gabriel Deshay1 prêtre missionnaire de la congrégation
de «Notre-Dame De Sion»2.
Né à Marseille en 1864, Gabriel Deshay fut nommé en 1897 préfet de discipline à Issy
Les Moulineaux en France. En 19O4 il partait pour Smyrne en Turquie en qualité d'au-
mônier du pensionnat de N.D.De Sion. En 1913 il débarqua à Tunis où il installa le
«Ministère de l'aumônerie» à la rue de Hollande3. Il y resta jusqu'en 1915. Après avoir
effectué plusieurs voyages apostoliques vers «ces postes militaires du sud qui man-
quaient de prêtres »4, le Père Deshay choisit de s'installer dans le sud tunisien à Foum

(1)
Toutes les informations sur les «œuvres « du Père Deshay dans le sud tunisien sont recueillies de l'ou-
vrage «Un Marseillais dans le Bled, le Père Deschay » par l'Abbé Alex Ardoin, œuvre populaire d'édu-
cation et de rénovation, Paris 194O. (cité par la suite: Un Marseillais.. ). Mes remerciements vont à
Mercedes Gutierrez chargée des archives à la prélature de Tunis qui nous a permis la consultation de cet
ouvrage.
(2)
La « Congrégation des prêtres de Notre-Dame de Sion « a été fondée dans le but de travailler à la
conversion des juifs. Implantée au début en France ( fin du XIXe s.), elle s'est étendue par la suite en
Belgique, au Brésil,en Angleterre et en Turquie. En Tunisie sa fondation date de 1913, elle a fonctionné
jusqu'en 1935, car en cette année le dernier Père de Sion quitta définitivement la Régence de Tunis, «Un
Marseillais» p. 119.
(3)
«Un Marseillais», p.29.
(4)
Ibid. p.29.

267
Africa XV, Muséographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

Tataouine (1915-1919) puis à Zarzis (à partir de 1919). En cette année, il fonda «la
Cure-aumânerie des territoires du sud tunisien»5 dont il sera l'apôtre.
Dans cette région, l'aumônier construisit trois églises : L' église de Notre-Dame des
Victoires à Tataouine (en 1917), l'église de Notre-Dame De Lourdes à Medenine (en
1920), et l'église de Notre-Dame De La Garde à Zarzis (en 1920). Il mourut le 11 mai
1926, et fut enterré « dans l'église même de Zarzis dans une ghorfa latérale»6.

La construction de l'église de Notre-Dame De La Garde de Zarzis débuta au début


de 192O. L'argent était collecté par le P. Deshay de partout avec le soutien de son aumô-
nerie, des autorités militaires, du «Cercle de Medenine» et du Bureau des Affaires
Indigènes de Zarzis. Les travaux avaient duré une dizaine d'années de 192O à 1930 à
cause, sans doute, des problèmes rencontrés par le Père Deshay lors de la collecte de
fonds nécessaires aux travaux7, car n'oublions pas qu'il contrôlait trois chantiers à la
fois : A Tataouine, à Medenine et à Zarzis .
Malgré ces problèmes, la construction de l'église de Zarzis fut très poussée. Ainsi dans
une lettre qu'il envoya le 21 décembre 1921 au Père Bonneau à Tunis, le Père Deshay
disait : « A Zarzis les bas-côtés sont couverts . Les grandes voûtes seules restent à faire
pour que la nef soit achevée... Tous les grands arceaux sont faits, mais il reste encore
l'aile droite, la coupole du sanctuaire et le clocher»8.

Peu de temps après le 28 août 1922, le Père ajouta : «L'église de Zarzis entière-
ment couverte, a désormais sa coupole quoique non crépie, et qu'on vient de faire la
porche destinée à soutenir le clocher »9.
En 1923, le Père confirmait encore que l'aile droite n'était pas faite10 ; trois ans après,
et plus précisément le 10 mai 1926, le P. Deshay fit la visite de l'église au résident
général de Tunisie -en tournée dans le sud-est, on visita, disait-il, «successivement et
dans les moindres détails bureaux, cuisine, sacristie, jardin, cave et puits»11. Le 11 mai
1926, une journée après la visite du résident général à Zarzis, le P.Deshay meurt .11 fut
enterré «dans l'église même de Zarzis dans une ghorfa latérale»12.
Malgré sa disparition, la construction de l'église continua certes mais avec des interrup-
tions13. La poursuite des travaux était assurée par son successeur le Père Deschanels qui
réussit en 1927 à élever l'autel et en 1930 à achever le clocher qui le 25 août de l'année
suivante recevra sa cloche.

(5)
Ibid. p.60.
(6)
Ibid. p. 110.
(7)
Pour collecter l'argent, le Père fit même imprimer des feuilles de souscription qu'il envoya de tous
parts à Tunis, à Marseille «Un Marseillais.» p.64.
(8)
«Un Marseillais.»..
(9)
Ibid., p.80.
(10)
Ibid.,p.90.
(11)
bid., p.110
(12)
Ibid., p. 110.
(13)
Ces interruptions sont dues à l'absence des ouvriers spécialisés, à la manque de matériaux de
constructions surtout de la chaux car le crépissage des murs et de la coupole n'a pas encore été fait jusqu'en
1927, «Un Marseillais. »p.97.

268
Africa XV, Muséographie
éographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame
«Notre De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

269
Africa XV, Muséographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

Les travaux étant presque achevés, l'église a apparemment fonctionné jusqu'en 1954,
car en cette année, les paroissiens de Zarzis (une trentaine environ) demandèrent (dans
une pétition qu'ils envoyèrent le 27 mars 1954 à Mgr.Perrin archevêque de Carthage
primat d'Afrique) de laisser le Père Imhoff dans sa fonction comme prêtre à Zarzis ; car
vu le nombre limité des paroissiens dans cette ville, l'archevêque de Carthage aurait
refusé de le remplacer14. Ainsi avec le départ du P.Imhoff, l'église aurait cessé de fonc-
tionner.
Après la disparition du P.Deshay en 1926, nous assistons à la désagrégation puis à
l'abondan de la Mission Sionienne en Tunisie. En 1928 le Père Deschanels (le succes-
seur du P.Deshay) a été muté de Zarzis à Gabès .Par la suite, en 1933, les deux missions
sioniennes (de Tunis et de Gabès) fusionnent. Le Père Deschanels ne pouvant plus exercer
ses fonctions à Gabès par manque de prêtres nous dit-on15 regagna Tunis qu'il quitta
définitivement en 1935. Il fut le dernier représentant de la Mission Sionienne en
Tunisie16. Ses collègues ont été nommés soit en France, soit au Brésil.

L'église de Zarzis a reçu le nom de «l'Église


de Notre-Dame De La Garde». Ce nom nous rap-
pelle la fameuse basilique de Notre-Dame De La
Garde située sur une colline surplombant le vieux
port de Marseille17. En tant que Marseillais, le
Père Deshay a voulu, sans doute, réhabiliter la
grande église de sa ville d'origine. Aussi la majo-
rité des souscriptions imprimées par le Père pour
collecter les fonds nécessaires à la construction
ont-elles été envoyées aux Marseillais qui répondi-
rent positivement à ses demandes d'aide.

2- Description:

- Etat ancien:

Dans le livre de l'Abbé Alex Ardoin18, nous


relevons des informations très utiles sur l'église : Fig.1 Nef centrale: série d'arcs
Le bâtiment comprend une nef voûtée, des bas- sur lesquels reposent les voûtes.
côtés avec une série d'arceaux (fig.1), une croisée Au fond la porte qui mène vers le
du transept, deux ailes que nous appellerons bras chœur(n°5)

(14)
La lettre est conservée actuellement dans les archives de la prélature de Tunis.
(15)
«Un Marseillais»...p. 118.
(16)
Ibid.,p.119.
(17)
«Notre-Dame De La Garde» par Mgr Paul Blanc, Ouest-France, 1986, voir plan p.32, voir également
Myriame Morel-Deledalle,«Histoire des lieux», introduction dans l'ouvrage «Vues et vu de Notre-Dame
De La Garde» publié par le Musée d'histoire de Marseille, Sept. 1988.
(18)
«Un Marseillais...», passim.

270
Africa XV, Muséographie
éographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

du transept, un chœur
œur dont le plafond comprend
une jolie coupole et un clocher (ajouté en
193O)=(fig.2). A ces éléments, il faudrait ajouter
les bureaux, une cuisine, un sacristie, une cave et
un puits.

Transformations :

Il est nécessaire
écessaire de rappeler que l'église fut
pour longtemps le siège du commissariat de la
police puis le siège de la municipalité de la ville
de Zarzis puis le siège du comité culturel local.

fig.3 : En haut,, on voit trois des quatre fenêtres


fen
fig.. 2 : Photo de la chapelle et cintrées de la nef, en bas les nouvelles fenêtres
du clocher avant leur démoli-
démoli de forme carrée qui ont remplacé les fenêtres
tion d'origine visibles sur la fig.2.

Son plan a été par conséquent modifié à plusieurs


reprises. Ces modifications se manifestent par des
démolitions (clochers, murs intérieurs), des ajouts
(murs, cloisons),ou par la création de nouveaux
accès (portes, passages) ou de fenêtres ( f i g . 3 ) ,
en témoignent deux photos prises à deux dates dif-dif
férentes : La première prise par le commandant J.
De Guillebon
lebon probablement dans les années 40
(fig.2), la deuxième prise par nous en Juillet
1991(fig.4).
Ces deux photos révèlent
évèlent que la porche et le clo-
clo
cher (fig.2) ont été démolis et remplacés par une
petite coupole (fig.4). Autres transformations, les
fenêtres,s, cintrées des bas-côtés
bas de la nef dont
deux sont visibles sur la photo (fig.2), ont été
remplacées par des fenêtres de forme rectangulaire fig.4 : Photo actuelle de la
(fig.3). Quant aux fenêtres de la grande coupole du façade
çade : le clocher est rempla-
rempla
chœur, elles ont été bouchées définitivement. cé par une coupole

271
Africa XV, Muséographie
éographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame
«Notre De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

- Etat actuel:

L'église
église comprend au total 7 pièces de dimensions inégales. Son plan a la forme
d'une croix latine. L'entrée (E. sur le plan) comprend une porche voûtée, après l'avoir
franchie, nous nous trouvons dans un vestibule-hall
vestibule hall d'entrée dont le plafond est consti-
consti
tué d'une petite coupole de 3,20m de diamètre. Cette coupole (fig.4) a remplacé l'ancien
clocher (fig.2). L'entrée est flanquée de deux pièces : à droite la pièce (B), fait 2,70m
de L. sur 1,75m de l.. est aménagée en billetterie. A gauche la pièce (S), fait 2,95m de
L., sur 1,95m de L, occupe les sanitaires.

Aprèsès avoir franchi ce hall, nous nous


nous trouvons dans une grande salle n°1, n° de
forme rectangulaire L. 13,10m : c'est la nef centrale (fig.5) qui est flanquée de deux
bas-côtés
côtés (n°2N sur le plan) chaque bas-côté
bas côté est constitué de travées voûtées communi
cantes entre elles. L. 2m, 1.
1,70m (fig.6). La communication
se fait par des petits passages
centrées de 70m de 1. (fig.6). La
toiture de la nef est constituée de 4
voûtes qui reposent sur de
grands arcs (fig.l). La nef cen-cen
trale est bien éclairée. La lumière
naturelle est répandue en haut
par 8 fenêtres cintrées, quatre de
chaque côté et en bas par de
larges fenêtres
nêtres (fig.3) qui ont
fig.5 : Nef centrale avec les niches des bas-côtés.
bas
remplacé les fenêtres d'origine Au milieu la maquette du site de Gigthi.
que l'on peut voir sur la photo
prise par le Commandant J. De
Guillebon (fig.2). Au fond de la
nef, se trouve le transept (voir
n°2 V) dont le prolongement, à
gauche et à droite, coupe per- per
pendiculairement
ment l'église lui
donnant la forme d'une croix
latine. Ce transept donne accès à
deux pièces symétriques (n°3 et
4) qui en constituent les deux
bras L. 4,75m, 1. 4,50m.

Le transept nous emmène


emm
tout droit vers le chœur (n°5) qui
est couvert d'une jolie coupole
haute, de 4m de diamètre. Cette
fig.6 : Vue des niches, des fenêtres
êtres et des pas-
pas
pièce fait 7,60m de L. sur 4,50m
sages entre les niches.
de 1. Elle est peu éclairée car ses
fenêtres ont été bouchées à une

272
Africa XV, Muséographie
éographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

date récente.
écente. Elle est flanquée de deux pièces rectangulaires qui nous emmènent vers
deux autres pièces symétriques (n°6 et 7). L. 4,15m., 1. 2,15m.
2 15m. ; l'une d'elle serait la
sacristie.

La documentation que nous avons rassemblée


rassemblée sur l'église, nous a permis d'identi-
d'identi
fier ses parties essentielles : La nef, le transept, les bas-côtés,
bas côtés, le chœur. D'autres parties,
par
signalées par le P.Deshay, ne sont pas encore identifiées telles que «les bureaux, la
cuisine, la sacristie... »19. Mais nous croyons que les trois pièces annexes (n°6,7 et 8)
occupaient l'emplacement des locaux signalés ci-dessus
ci dessus .Quant à la cave et le puits ils
n'ont pas laissé de traces apparentes ; il en est de même pour l'abside qui - rappelons
le - n'a pas été signalée dans l'ouvrage du P.Deshay qui constitue notre unique source
d'information sur l'historique de ce bâtiment.

Dégradation du bâtiment
bâti :

Après
ès qu'elle eut été utilisée par
les services de la police et la
municipalité voire même par le
comité culturel local, l'église a
été abandonnée. Pendant sa fer- fer
meture, elle a fait l'objet de
dégradations importantes faute
d'entretiens suffisants. La cause
essentielle de ces dégradations
est l'eau. Celle-cici provient de
deux sources distinctes : les eaux
de pluies et les eaux d'infiltra-
d'infiltra
tion venant du sol (les remontées
capillaires). fig.7 : Etat de la toiture après le décapage
L'infiltration des eaux de pluies, des murs.
au niveauau de la toiture, est due
aux fissurations consécutives
écutives à la
stagnation des eaux sur les ter- ter
rasses (fig.7), car les évacuations
sont obturées par des déchets
végétaux qui proviennent des
eucalyptus et des palmiers à
proximité (fig.8). Quant aux
remontées capillaires, elles sont
dues aux sels - La mer n'est qu'à
3OOm de l'église - et à la stag-
stag
nation des eaux pluviales au pied
du bâtiment. Dans ce lieu, le
système d'évacuation ne fonc- fonc
fig.8 : Eucalyptus masquant l'entrée
l'entr du musée
tionnait pas.

(19)
Ibid., p.106

273
Africa XV, Muséographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

3- Réutilisation de l'église en musée:

La décision de créer un musée dans cette église a été prise en commun accord en
1985 entre 1' I.N.P. et le Conseil Municipal de Zarzis20. A la suite de cette décision, la
Municipalité et 1' I.N.P. ont entrepris deux opérations de restauration pour sauver cet
édifice.

-Intervention de la Municipalité et de l’ I.N.P. :

En 1986, le service technique de la Municipalité de Zarzis entreprit la première


opération de restauration de l'église. Les travaux consistent, en premier lieu, à instal-
ler un système de drainage, autour du bâtiment, en vue de limiter les infiltrations
d'eau, et en deuxième lieu à construire un cloison en brique (entre 1m et 1.3Om de hau-
teur) autour des murs, à l'intérieur de l'église (fig.9). Le but est de dégager l'humidité
vers l'extérieur, mais nous
constatons que ce cloison a, en
réalité, caché les traces de l'hu-
midité sans toutefois la stopper. La
seconde opération de restauration
est engagée par 1' I.N.P. à partir
de 1990 et ce après avoir résolu
les problèmes concernant
l'affectation de cet édifice21.
Le programme de cette deuxiè-
me intervention, établi par le
bureau d'architecture de l' I.N.P
, concerne l'édifice dans son
ensemble22. Les travaux sont
confiés à un entrepreneur23 , le fig.9 : Les croix (X) montrent les cloisons
contrôle est assuré conjointe- construits par les ingénieurs de la municipalité.
ment par l'I.N.P. et par la
Direction Régionale de
l'Equipement de Medenine. Les grandes lignes de ce programme se résument comme
suit:

(20)
Procès verbal du 30-7-1985, dans ce procès, nous lisons : «La commission Technique de la
Municipalité a donné son accord pour réutiliser l'église en musée.»
(21)
En se fondant sur l'accord conclu entre le Gouvernement de la République Tunisienne et le Saint-
Siège (J.O.R.T. n°64-245 du 23 Juillet 1964), les domaines de l'état affectèrent le N.D. de la garde à
l'I.N.P. (voir le procès d'affectation du 17- 10- 1986, inscrit sur le dossier des propriétés du Ministère de la
Culture n°70).
(22)
Les auteurs sont Olivier Bressac architecte D.P.L.G. coopérant et Noureddine Sahli ingénieur I.N.P.
(23)
Le marché entre l'entrepreneur et la Direction Régionale de l'Equipement de Medenine est conclu de
gré à gré, car il n'y a eu aucune offre suite à l'appel d'offre lancé par la direction de l'Equipement de
Medenine au sujet de la restauration de l'église. Nous tenons à signaler la nature de cet accord ; parce
que l'entrepreneur n'a pas tenu compte des remarques que le Bureau d'Architecture de l'I.N.P. et la Direc.
Région, de l'Equip. de Medenine ont formulé au sujet de la finition qui n'a pas été achevée.

274
Africa XV, Muséographie
éographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

ftg.10: Décapag
écapage des murs extérieurs de l'église
lise côté sud.

-Agrandir
Agrandir le drainage installé
installé par les ingénieurs de la municipalité puis installer des
regards de visite à chaque angle.

ftg.11 : Réfection
tion de l'étanchéité
l' des voûtes et de la coupole
upole à l’entrée.
l’en

-Le décapage
écapage et le renouvellement du revêtement de tous les murs extérieurs et inté-
inté
rieurs (fig.10).
-La réfection
éfection des étanchéités des terrasses (fig.11)
(fig. ) ainsi, que les formes des pentes
pour faciliter l'évacuation
évacuation des eaux pluviales par des descentes qui parviennent jusqu'au
système collecteur au pied de l'église.

275
Africa XV, Muséographie
éographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame
«Notre De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

- La restauration de la clôture.
ôture.
- La réfection
éfection totale du carrelage et de l'installation électrique.
- Bilan :

Malgréé quelques imperfections concernant la finition qui n'a pas été réussie, nous
constatons que l'état du bâtiment s'est nettement amélioré. Seulement ces restaurations
restent incomplètes si elles ne seraient pas suivies d'un entretien rigoureux et quasi quo-
quo
tidien de l'édifice.

II-Les Collections:

Le musée
ée renferme d'importantes collections variées et datées de différentes
époques.

A- Documents archéologiques
éologiques :

Les objets archéologiques


éologiques qui figurent dans l'inventaire du musée sont :
-Soit
Soit découverts fortuitement tels que le mobilier funéraire de Chammakh (au nord de
Zarzis) qui comprend 64 objets, en céramique, datés du 1er s.av-ler ap.J. 24
s.av ler s. ap.J.-C.
(fig.12,13 ) : ou des stèles
èles et cippes de Hr. Zian
(ouest de Zarzis) au nombre de 384 datés de
l'époque néo-punique25 (fig. 14, 15, 16).

fig. 12 : Amphore (Chammakh). fig. 13 : Plat arétin


étin avec timbre au milieu.
Musée de Zarzis n°ACH 8. Musée de Zarzis n°16.1.81

(24)
Sur cette découverte,
écouverte, voir A. Drine : Note sur la ciste et le calathus de Chammakh (région de Zarzis) dans
AFRICA XI-XII, 1992-1993, p.147.
(25)
A.Drine, Note sur le site de Zitha (Hr. Zian) à Zarzis, dans REPPAL VI, 1991,p. 17-30.

276
Africa XV, Muséographie
éographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame
«Notre De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

Fig. 14 : Stèle de Zian. Fig. 15 : Stèle de Zian. Fig. 16 : Stèle de Zian.


Musée de Zarzis n°C 185. Musée de Zarzis n°C 201. Musée de Zarzis n°C 167.
1

-Soit collectés lors des prospections que nous faisons dans la presqu'île de Zarzis,
ces objets vont de l'époque punique jusqu'à l'époque byzantine
(céramiques-monnaies- pierres..).

-Soit transférés
érés du Musée National du Bardo au Musée de Zarzis. Parmi les objets
transférés nous citons :

1- Des outils préhistoriques


éhistoriques de provenances diverses : Sidi Zin, Redeyef .
26
Metlaoui... .
2- Une partie du trésor
ésor de Gallien (80 pièces) découvert au sud de Zarzis
en
193826.
3- La maquette du site de Gigthi
4- Quatres statues découvertes
écouvertes en 1884 sur le site de Zian, elles étaient conservées
dans le jardin du Musée National du Bardo. elles ont été transférées au Musée de Zarzis
en mai et juillet 199627.

B- objets de traditions populaires:

Ces objets sont collectés


collectés par le comité culturel local, ils se composent d'outils
ayant un rapport avec l'huile : lampes à huile , grandes jarres à huile, ustensiles de cuisi-
cuisi
ne en bois d'oliviers : écuelles, pots, moghrafs ( grandes cuillères )...

(26)
Ces collections ont été transférées
transférées en 1987 par notre collègue et ami M. Ali M'timet conservateur au
Musée National du Bardo que nous tenons à remercier.
(27)
Mes remerciements vont à mon collègue et ami M.Habib Ben Younès conservateur du Musée
National du Bardo pour ses décisions de transférer la maquette du site de Gigthi et de quatres statues de
Zian et de deux statues de Gigthi du Musée du Bardo au Musée de Zarzis.

277
Africa XV, Muséographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

III- Aménagements muséographiques :

Pour adapter le bâtiment à la fonction muséographique, l'A.N.E.P. a aménagé la


pièce(B) en billetterie et la pièce (S) en sanitaires. Par ailleurs et en vu d'améliorer le
circuit de visite, nous avons proposé d'élargir quatres accès à l'intérieur ; parcequ'ils
sont trop exigus pour la circulation du public. Nous avons également rétabli toutes les
fenêtres d'origine de l'église.

- Thèmes de l'exposition

L'étude de l'ensemble des documents, qui figurent dans l'inventaire du musée ou des
vestiges archéologiques que nous rencontrons dans la presqu'île de Zarzis, nous révèle
l'importance du commerce dans la vie quotidienne des habitants dans cette région qui -
rappelons le - faisait partie des emporia du littoral entre les deux Syrtes28.
La prospérité commerciale est due depuis longtemps à l'importance qu'accordaient les
habitants de la presqu'île de Zarzis à la culture de l'olivier et à la pêche. En effet, l'hui-
le et les produits de mer (sel, poissons, éponges...) étaient les seuls produits commercia-
lisés dans cette région ; il faudrait ajouter en outre les produits fournis par le commerce
saharien qui transitaient par les ports de la Petite Syrte : Tacapas, Gigthi, Hr. Sgala,
Gergis29.
Ainsi le commerce constituera le thème essentiel dans le projet muséographique,
pour le réaliser, nous proposons le programme suivant :

-1- Présenter au public l'historique de la presqu'île de Zarzis, avec des illustra-


tions ( cartes des routes , des ports antiques ) lieu de l'exposition : La nef centrale (n°l)
et les 6 niches (n° 2 N ) .
-2- Présenter des objets ayant un rapport direct avec les deux principales activi-
tés des habitants de Zarzis depuis l'antiquité jusqu'à nos jours à savoir la culture de
l'olivier et la pêche.
-3- Présenter au public les deux sites les plus importants qui ont profité de la
prospérité commerciale des emporia : Gigthi et Zita.

Conclusion :
Dans ce travail, nous avons présenté un exemple de réutilisation d'un bâtiment
ancien en musée. En général, la transformation en musée des vieux bâtiments (palais,
demeures), des lieux de culte (églises, zaouia..), qui n'ont pas été conçu à cette fin,
n'est pas facile à réaliser. Pour réussir ce type de projet, il faudrait faire une bonne
conception muséographique qui permettra - pour le cas du musée de Zarzis - à adapter

(28)
R.Rébuffat, « Où étaient les emporia ? » dans SEMITICA XXXIX, Hommages à M. Sznycer, II,
p.111-125.
(29)
Sur le port de Gigthi, voir L.A.Constans, « Rapport sur une mission archéologique à Bou
Grara(Gigthis)», dans Les Nouvelles Archives Des Missions, 1914-1915, p.70 : sur le port de Hr. Sgala (à
l'ouest de Zarzis), voir B.A.C.,1909 p.48 ; sur le port de Gergis, voir Du Breil De Pontbriand « Le port
antique de Gergis et la légende de la rivière d'huile» dans B.A.C.. 1906. p.251-252.

278
Africa XV, Muséographie : la réutilisation de l'église de «Notre-Dame De La Garde» de Zarzis en musée Ali Drine

les collections archéologiques ou de traditions populaires au type du bâtiment où elles


seront exposées . La tâche n'est pas facile.
Mais nous sommes convaincu que la décision de créer de nouveaux musées est bonne ;
car le projet du Musée de Zarzis nous a permis d'ores et déjà de conserver plus de 1251
objets archéologiques, dont la majorité était auparavant menacée de disparition. Ce
musée permettra en outre la diffusion des connaissances véridiques(30) sur l'histoire de
la région au public scolaire ou autre, en particulier aux étrangers ; car la région du sud-
est est devenue un pôle touristique important .

(30)
Par opposition aux informations erronées, voire fantaisistes qui nuisent à l'image de notre pays et qui
sont données par quelques guides touristiques.

279

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