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Études sur l'épargne et l'inflation 1978

Le Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie est un organisme scientifique dédié à l'étude des conditions de vie de la population, promouvant des recherches sur la consommation et les besoins. Le document présente des études sur l'épargne et l'inflation, en examinant les relations économétriques et les déterminants du taux d'épargne. Les résultats de ces recherches sont publiés dans la revue trimestrielle 'Consommation' et peuvent également être diffusés sous d'autres formats.

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Études sur l'épargne et l'inflation 1978

Le Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie est un organisme scientifique dédié à l'étude des conditions de vie de la population, promouvant des recherches sur la consommation et les besoins. Le document présente des études sur l'épargne et l'inflation, en examinant les relations économétriques et les déterminants du taux d'épargne. Les résultats de ces recherches sont publiés dans la revue trimestrielle 'Consommation' et peuvent également être diffusés sous d'autres formats.

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Consommation

Sou1978 - 3239 à 3241

I978if4

octobre
décembre

CENTRE DE RECHERCHE POUR L'ÉTUDE ET L'OBSERVATION DES CONDITIONS DE VIE


DUNOD ÉDITEUR
Le Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie, asso­
ciation à but non lucratif régie par la loi de 1901, est un organisme scientifique fonc­
tionnant sous la tutelle du Commissariat Général du Plan d'Équipement et de la
Productivité, Son Conseil d'Administration est présidé par M. Michel Albert, Commis­
saire Général au Plan.
L'objet de cette association est le suivant. :
— faire toute étude sur les conditions de vie de la population ;
— promouvoir toute recherche statistique, économique, sociologique ou psycho­
sociologique sur la consommation, les besoins, les aspirations et les conditions de
vie de la population ;
— et en général, entreprendre toute étude sur des sujets intéressant, directe­
ment ou indirectement, la satisfaction des besoins et des aspirations et l'amélioration
des conditions de vie de la population.
Les résultats de ces travaux sont en général publiés dans la revue trimestrielle
« Consommation ».
Ils peuvent paraître sous forme d'articles dans d’autres revues françaises ou étran­
gères ou bien faire l'objet de publications séparées, lorsque leur volume dépasse
celui d'un article de revue.
Le Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie peut,
en outre, exécuter des études particulières à la demande d'organismes publics,
privés ou internationaux. Ces études ne font qu'exceptionnellement l'objet de publi­
cation et seulement avec l'accord de I organisme qui en a demandé I exécution.

Président : Michel ALBERT


Commissaire Général au Plan

Vice-Présidents : Philippe HUET


Inspecteur Général des Finances, Expert du Conseil de I O.C.D.E.
Président du Conseil d'Administration du S.E.I.T.A.

Edmond MALINVAUD

Directeur Général de IT.N.S.E.E.

Directeur : André BABEAU

Professeur à l'Université de Paris-X

Toute reproduction de textes ou graphiques


est autorisée sous réserve de Tindication de la source
XXVe année
N° 4 Octobre-Décembre 1978

COMMISSARIAT GÉNÉRAL DU PLAN D'ÉQUIPEMENT ET DE LA PRODUCTIVITÉ

CENTRE DE RECHERCHE
POUR L'ÉTUDE ET L'OBSERVATION
DES CONDITIONS DE VIE
142, rue du Chevaleret,
DUNOD 75634 PARIS CEDEX 13
ÉDITEUR

Abonnements/Subscript ions
1979 et années antérieures
Un an, 4 numéros France 135 F
Autres pays
One year, 4 issues 160 F
Other countries
Le numéro/per issue 50 F
C.D.R. Centrale des Revues
B.P. 119, 93104 Montreuil Cedex, France
Tél. : 374.12.45 sommaire

ÉTUDES

DENIS KESSLER ET DOMINIQUE STRAUSS-KAHN


Épargne et inflation................................................................ 3

MICHEL JAMBU, YVONNE BERNARD ET JEAN-PIERRE


FÉNELON
Analyse du contenu, codage et analyse des données. . . 23

ANDRÉ BABEAU
Le coût de la sécurité du consommateur....................... 65

RÉSUMÉS-ABSTRACTS.................................................................. 85

BIBLIOGRAPHIE............................................................................... 87
EPARGNE ET INFLATION
par

Denis KESSLER (') et Dominique STRAUSS-KAHN (12)

SOMMAIRE

1. Quelques déterminants du taux d’épargne............................................ 4


2. Épargne et inflation dans les relations économétriques...................... 7
2.1. Aux États-Unis une corrélation positive apparaît entre le taux
d’épargne et le taux d’inflation................................................... 7
2.1.1. Le modèle de E. W. Green et S. L. Johnson............ 7
2.1.2. Les travaux de T. Juster et P. Wachtel...................... 7
2.1.3. Le modèle de A. Deaton................................................ 12
2.2. A partir des travaux effectués en France il est difficile d’affirmer
que l’inflation gonfle l’épargne.................................................... 14
2.2.1. L’influence de l’inflation sur la consommation dans
MOGLI.............................................................................. 14
2.2.2. L’effet d’encaisses réelles dans le modèle MIME.... 16
3. Augmentation du taux d’épargne etépargne contractuelle.............. 18
Conclusion...................................................................................................... 21

Lorsqu’ils sont destinés à contribuer à l’explication des phénomènes écono­


miques, les modèles économétriques sont volontiers décriés : fournissent-ils
des informations que le bon sens corrobore et les voilà superflus, incitent-ils
à mettre en question une opinion que l’on pense bien établie et les voilà brocardés.
Mais, fort heureusement pour eux, ces modèles ont une autre fonction qui
les rend indispensables : la prévision. Du moins cette capacité à prévoir les
rendait-elle indispensables naguère. Les dérèglements notables que les économies

(1) Université de Paris-X et C.R.E.P.


(2) Université de Nancy-II et C.R.E.P.

Consommation n° 4, 1978 3
occidentales ont connus dans les années 70 ont tait grand toit à la plupart des
instruments sophistiqués dont disposaient les économètres. Des structures se
modifiant, des comportements évoluant, les meilleurs points de repère se sont
voilés et les relations les plus solides ont dû être amendées. Et qu est-ce qu un
modèle de prévision si chaque information nouvelle vient altérei ce que 1 on
tenait pour acquis?
A la suite de cet échec, au moins partiel, de grands efforts ont été déployés,
parfois pour tenter de formuler des explications nouvelles, et le plus souvent
pour exhumer des hypothèses anciennes qu'en leur temps les faits n’avaient pu
vérifier. L’étude de la consommation et de l'épargne ne fait pas exception.
Et si de « vieilles lunes » de l’analyse économique semblent redécouvertes
par certains, on cherche vainement dans les travaux récents une approche
tant soit peu novatrice des comportements des ménages.
S’agissant du taux d’épargne, c’est son augmentation régulière depuis
quelques années, après des décennies de remarquable stabilité, qui a été à
l’origine d’une interrogation nouvelle. Et c’est dans une relation simple et
systématique entre le taux d’épargne et le taux d'inflation qu on a cru trouver
l’explication cherchée.
On fera d’abord un rapide inventaire de la boîte à outils des économistes
pour voir si la croissance récente du taux d’épargne ne peut trouver d’autres
raisons que l’importance du taux d inflation. En transposant à la France les
modèles étrangers puis en étudiant de près les modèles français, on critiquera
la liaison épargne-inflation qui y est proposée. Pour conclure, on évoquera
une autre interprétation (1).

1. QUELQUES DÉTERMINANTS DU TAUX D’ÉPARGNE


Depuis les travaux de Keynes, de nombreux économistes ont accepté l'idée
que le niveau du revenu est le principal déterminant de l'épargne des ménages.
Cependant, si le modèle keynésien « naïf » qui suppose une croissance du taux
d’épargne quand le revenu s’élève n’est pas infirmé par les données en coupe
instantanée, il ne peut être retenu pour une analyse chronologique. L’augmen­
tation du revenu réel devrait, en effet, conduire depuis plusieurs décennies à
une augmentation sensible du taux d’épargne or, comme on le sait, celui-ci a
été remarquablement stable en moyenne dans tous les pays jusqu’au début
des années 70. Différentes hypothèses théoriques bien connues ont été for­
mulées (12), qui permettent toutes, tant bien que mal, de réconcilier les données
individuelles instantanées et les statistiques agrégées chronologiques. Mais
dans tous les cas le rôle primordial du revenu n’est pas vraiment mis en cause.
(1) Cet article reprend sans les développer quelques résultats d une recherche menée par
le groupe nanterrois du C.R.E.P. dans le cadre d'une A.T.P. du C.N.R.S. sur « les stratégies
des ménages dans l'innation ». Cette recherche sera intégralement publiée en 1979.
(2) CI notamment D. BRADY et R. FRIEDMAN [2], puis J. DUESENBERRY [6] pour
l'hypothèse du revenu relatif. F. MODIGLIANI et A. ANDO [11] sur la theone du cycle
de vie. enfin M. FRIEDMAN [7] et le revenu permanent. Les chiffres entre crochets
renvoient à la bibliographie in fine.

Consommation
4
Or dans nombre de pays occidentaux on constate depuis quelques années
une concomitance troublante : le taux d’épargne qui était à peu près constant
depuis un quart de siècle au moins a tendance à s'élever alors que la croissance
du revenu réel se ralentit, voire s’annule. Aussi plusieurs études récentes ont-elles
entrepris de réintroduire, sinon à la place, du moins à côté du revenu, d’autres
variables qui, pour n’être pas nouvelles, n’en avaient pas moins été quelque
peu négligées. Cependant, certaines sont moins pertinentes que d’autres et
on peut dès l'abord écarter deux analyses traditionnelles mais peu adaptées.
La première qui a sans doute les racines les plus anciennes fait appel au
rôle joué par les taux d’intérêt. Dans la version moderne de cette thèse, la
décision d’épargne est analysée comme un choix de portefeuille ('). Selon que
les flux d’épargne s’orientent vers les actifs de rendement ou des actifs de
jouissance, c’est ce rendement ou cette jouissance qui seront porteurs d’utilité
et 1 estimation que fait 1 épargnant du risque inhérent à ces placements permettra
de déterminer une structure optimale de l’épargne. Dans ce schéma une hausse
des taux d’intérêt devrait globalement augmenter l’épargne. Cependant deux
nuances doivent être introduites. D'abord il faut noter que ce sont, bien
entendu, les taux d'intérêt réels qui sont significatifs et non les taux nominaux.
Par ailleurs, Keynes avait déjà atténué cette causalité un peu simple de l'analyse
néo-classique en remarquant qu’une hausse des taux d’intérêt réels doit conduire
à une baisse de l’investissement et donc à un fléchissement du revenu avec sa
conséquence inéluctable sur l’épargne. Ainsi même en admettant l’hypothèse
selon laquelle les taux d’intérêt réels auraient augmenté depuis quelques
années ((l)
2), il semble difficile d'attribuer à ce phénomène la hausse du taux
d’épargne qui a été constatée.
Une seconde explication est parfois avancée : elle a trait aux facteurs démo­
graphiques. La structure par âge de la population pourrait avoir une influence
sur 1 épargne dans la mesure où, à revenu égal, les ménages jeunes épargnent
peu parce qu'ils achètent beaucoup de biens durables. Par ailleurs, la taille des
ménages ne serait pas sans effet : les familles nombreuses supportant des charges
d’éducation particulièrement lourdes. Cependant la plupart des études montrent
que les variations de ces facteurs démographiques ne laissent que peu de traces
sur le taux d’épargne. Par ailleurs et surtout, ces variables évoluent très lente­
ment, aussi ne peuvent-elles expliquer le changement de tendance qui a été
observé.
On est alors conduit à analyser quelques déterminants de l’épargne beaucoup
plus caractéristiques de la période actuelle : le chômage, l'inflation et l’épargne
contractuelle.
S agissant du chômage on doit s’attendre à ce qu’il déprime le taux d’épargne.
En effet, à un taux de chômage important correspond un certain tassement

(l) Cf. J. TOBIN [12].


_ (2) Le calcul d un taux d intérêt réel est moins simple qu il n'y parait. 11 faut en effet disposer
d'un indice général des prix incluant les prix des actifs patrimoniaux. 11 est clair qu’un simple
indice des prix à la consommation ne saurait suffire (c/. A. BABEAU A MASSON et
D. STRAUSS-KAHN [1],

n° 4, 1978 5
cIgs ressources des ménagés et on conçoit Que ces ressources diminuées soient
en priorité consacrées à la consommation. En France, l’influence du taux de
chômage semble toutefois peu significative et peut-être doit-on voir là 1 influence
des mécanismes de prévoyance collective qui, compensant pour partie la perte
de revenu due au chômage, ont évité une diminution trop sensible du pouvoir
d’achat des ménages. Cependant 1 importance du chômage et plus encore
son augmentation peuvent être à 1 origine d une certaine anxiété liée à la
conjoncture économique. Ce pessimisme se traduirait par la constitution de
réserves de précaution qui joueraient, bien entendu, dans le sens d une augmen­
tation du taux d’épargne.
Le lien entre épargne et inflation est plus complexe à analyser. On peut
distinguer plusieurs influences :
_ La première est la traditionnelle illusion monétaire. Ne se rendant pas
compte des effets de l’inflation, les ménages croient assister à une croissance
sensible de leur revenu réel; leur consommation réelle est alors augmentée
et l’épargne fléchit. Selon les résultats de Wachtel en 1977 [13], 1 illusion moné­
taire qui découle de l’ignorance du consommateur aurait tendance à disparaître
en période de forte inflation. C’est là une proposition plausible. Mais il est
très difficile de distinguer l’illusion monétaire de la seconde influence de l'inflation
qui porte sur la substitution intertemporelle.
— Lorsque les prix augmentent, on peut raisonnablement craindre qu’ils
soient demain plus élevés qu’aujourd’hui. Dans ces conditions il vaut mieux
acheter tout de suite ce que 1 on sait devoir acheter plus tard. Ceci n est rien
d’autre que la classique fuite devant la monnaie. Et si cette fuite conduit à
acheter des biens de consommation (le plus souvent sous forme de biens durables),
le taux d’épargne ne peut que diminuer. Si bien que 1 illusion monétaire comme
son contraire (la parfaite compensation de la perte de pouvoir d achat du
signe monétaire) conduisent à une baisse de l’épargne.
— A l’inverse, ce qu’il est convenu d’appeler l’effet d’encaisses réelles doit
avoir une influence symétrique. L’analyse de ce mécanisme, attribuée à Pigou,
fait intervenir l’encaisse des ménages et c’est là une des manières de réintroduire
le patrimoine parmi les déterminants de l’épargne. Parce que leur stock d’actifs
financiers verrait sa valeur réelle baisser en période d’inflation, les ménages
seraient contraints pour conserver une « encaisse réelle désirée » de consacrer
une part de leur revenu à la reconstitution de cette encaisse. Ce flux tendrait
alors évidemment à gonfler l’épargne courante f1). Cette mécanique constitue
une des explications les plus prisées aujourd'hui de l’augmentation du taux
d’épargne qui a été évoquée.
— Enfin, l’inflation peut être à l’origine d’une grande incertitude. Qu’elle
soit forte ou faible, si l’inflation est parfaitement anticipée par les ménages,
elle acquiert une certaine neutralité. En revanche, les erreurs de prévision sur

(1) L’influence sur le taux d’épargne découle de l’hypothèse de reconstitution des encaisses
à partir du revenu. Si elle s’effectue au moyen d’une réaffection du patrimoine, le taux d’épargne
n’est pas modifié.

6 Consommation
le taux d’inflation entrainent des erreurs sur le revenu réel et on peut faire
l’hypothèse que dans les périodes où la prévision du taux d’inflation est délicate,
une épargne de précaution vient répondre à l’incertitude nouvelle sur le niveau
du revenu. On épargne plus parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait.
Ce n’est plus le niveau du taux d’inflation qui est alors en cause mais sa varia­
bilité et la difficulté que l’on éprouve à le prévoir.
Il reste une dernière caractéristique de l’épargne des ménages en France
depuis une décennie, c’est l’importance croissante de l’épargne contractuelle
et notamment des remboursements d’emprunts immobiliers. On reviendra sur
ce phénomène par la suite.
L’objet de cet article est de montrer que la plupart des interprétations récentes
de l’augmentation du taux d’épargne qui se fondent sur l’importance des taux
d’inflation que nous avons connus sont peu satisfaisantes. S’agissant des
modèles étrangers, on verra qu’ils ne franchissent que difficilement leurs
frontières nationales. Quant aux modèles directement élaborés à partir de
l’expérience française, ils sont ambigus voire contradictoires.

2 ÉPARGNE ET INFLATION
DANS LES RELATIONS ÉCONOMÉTRIQUES

Nous avons retenu six analyses : quatre américaines et deux françaises.

2.1. Aux États-Unis une corrélation positive apparaît entre le taux d’épargne
et le taux d’inflation

C est ce qui ressort des trois modèles qui vont être présentés. Mais on
verra que des formulations identiques aboutissent à des résultats différents
dans le cas de la France.

2.1.1. Le modèle d E. W Green et S. L. Johnson


Cette étude [8] qui fait partie d’un ensemble sensiblement plus important
élaboré par D. R. 1. (') comprend peu de références théoriques. Un certain
nombre de variables sont alignées dans le dessein d’obtenir un ajustement
statistique satisfaisant.
S’agissant de l’inflation, la principale conclusion est la suivante : « les antici­
pations de prix ont entraîné une épargne de précaution et ont contribué aux
taux d’épargne élevés de ces dernières années ». C’est en effet ce qui ressort
de l’équation estimée (cf. tableau I). Lorsque cette relation est utilisée pour
la France, on constate que le signe de l’estimation du coefficient de la variable
de prix est négatif. A l’élévation du taux d’inflation semble donc correspondre
une diminution du taux d’épargne.
(1) Data Resources Inc.

n° 4, 1978 7
Il y a donc une opposition entre les résultats français et les résultats américains.
Cependant nous en restons ici à la simple mise en relation statistique puisque
l’équation de régression qui est proposée ne découle pas d’hypothèses explicites
sur l’attitude des ménages. On ne peut donc pas encore parler d’éventuelles
différences de comportement entre les États-Unis et la France.
2.1.2. Les travaux de T. Juster et P. Wachtel
Juster et Wachtel [9 ] ont tenté d'apprécier l’influence de l’inflation sur l’épargne
à partir de deux formulations différentes. La première concerne le taux d’épargne
et s’intéresse plus particulièrement aux anticipations des ménages. Dans une
seconde approche, ils reprennent le modèle d'Houthakker et Taylor.

Liste des variables utilisées dans cet article


a, Taux d’épargne, pour la France
S
YD - F FC El ’
C, Consommation;
S, Épargne brute hors F FCEl = Revenu- Consommation -FFCEL,
Y ( YD), Revenu (disponible) hors FFCEI :
Y=RW+RK + TR — SS—T ;

L, Liquidités nettes;
r, Taux de rendement des actifs financiers;
PAC P), Indice des prix (taux de croissance des prix= P,//5,., - 1 );
U, Taux de chômage;
PFD (PF1 ), Taux de pression fiscale directe (indirecte);
ID. Impôts directs;
D, Variable démographique : (population de 18 à 34 ans et plus
de 64 ans) divisé par (population de 35 à 64 ans);
p* Indice des prix anticipé;
TR. Revenu de transfert;
RW, Revenu du travail;
RK, Revenu du capital;
SS, Cotisations de sécurité sociale;
T, Prélèvements fiscaux et para-fiscaux;
k, Taux de croissance du revenu réel;
v, Remboursements d’emprunts immobiliers.

a) Juster et Wachtel étudient dans leur modèle trois séries de variables :


tout d'abord les impôts sur les revenus des personnes physiques et les transferts,
ensuite le niveau et la variation du taux de chômage, enfin, l’évolution des prix
constatée et anticipée. Ces diverses variables sont censées rendre compte des
anticipations et des réactions des ménages en période inflationniste ou plus
généralement en période d’incertitude économique.

8 Consommation
TABLEAU I
Modèle D.R.I., E. W. Green et S. L. Johnson
1978

(variable dépendante : taux d’épargne g) (')

Période
Pays Cte (LIYD)_{ Y CP L) U £2-, PF D PFI D R2 DW
observée (■*)

U.S.A........................ 55-1 23,739 - 16,575 0,391 50,404 - 0,275 0,441 - 36,826 - 178,068 7,009 0,78 1,25
à 74-1II (-2,4) (2,1) (5,0) (-L5) (2,1) (-4,7) (-5,0) (4,5)
France....................... 65-1 17.22 28.31 0.387 - 46.04 0.316 - 0,845 - 101.32 - 27.59 7.05 0.82 2.24
à 74-IV (5.8) (0,7) (2.6) (-2,2) (0,9) (LO) (-8,2) (-2,8) (1.1)

(') Pour tous les tableaux on trouvera sous l'estimation du coefficient de régression, une estimation du t de Student permettant de tester
l’hypothèse de nullité de ce coefficient. R2 indique le R2 corrigé en fonction des degrés de liberté.

(J) L’indice de prix est ici le déflateur du P.N.B. Le taux est calculé par rapport au même trimestre de l’année précédente.

(3) Les chiffres romains renvoient au trimestre dans l’année.

TABLEAU II
Modèle de F. T. Juster et P. Wachtel
(variable dépendante : taux d'épargne o)

Période
Pays Cte U £7-, Y PFD TR/YD CP* CP R2 DW
observée

U.S.A............................................... 55-1 14,44 -0,655 0,220 0,311 - 0,871 0,816 - 0,220 0,202 0,70 1,02

T
à 72-111

L/l
(13,6)

oo
(6,2) (2,9) (1,8) (5,0) (-2,3) (2,7)
France............................................. 63-1 0.965 0,765 - 0,338 0,598 - 1,10 0,265 - 1,14 - 0,13 0,81 1,69

oo
o'
à 74-IV

o"
(2,7) (2,2) 0,0) (5,2) (1.5) (-1,8)

1
Les auteurs font une différence importante entre les effets d’une inflation
anticipée par les ménages et ceux d’une inflation qui n’a pas été anticipée. En
effet, selon eux, un taux d’inflation entièrement anticipé n’a aucun effet sur
le comportement économique réel des agents sur le long terme. En ce qui concerne
l’inflation non anticipée, les auteurs soutiennent qu’elle engendre une augmen­
tation de la variance du revenu réel que prévoient les ménages et que cette
augmentation de la variance a des effets assymétriques sur les comportements.
« Un taux d’inflation qui dépasse l’inflation anticipée signifie que les consom­
mateurs sont moins certains qu’auparavant de l’évolution à venir de leur revenu
réel ». S’agissant de décider d’épargner ou de consommer, la probabilité que
le revenu réel s’améliore n’a pas le même poids que la probabilité que le revenu
réel se détériore. En effet, pour les auteurs, les conséquences d’une erreur ne
sont pas symétriques : si les ménages épargnent plus et s’il s’avère que le revenu
réel augmente, les ménages n’auront rien perdu si ce n’est l’opportunité de
consommer à des prix plus favorables. Au contraire, si les ménages se fondant
sur l’hypothèse d’une augmentation de leur revenu réel, consomment, et qu’en
fait on assiste à une baisse du revenu réel, leur situation financière se sera sérieu­
sement dégradée. Une autre explication tient au fait que les anticipations des
ménages présentent un biais : les ménages n’anticipent généralement pas dans
la même mesure l’augmentation de leur revenu monétaire et l’augmentation
du niveau général des prix. Ainsi un taux d’inflation élevé est pour les ménages
synonyme d’une baisse du revenu réel anticipé.
L’estimation de leur équation sur données américaines (tableau 11) confirme
cette analyse : le taux d’inflation anticipé est affecté d’un signe négatif et le
taux d’inflation constaté d’un signe positif l1). On ne trouve pas un résultat
identique lorsque l’on estime cette équation sur données françaises. En effet,
le coefficient du taux d’inflation constaté est négatif et faiblement significatif.
Quant aux taux d'inflation anticipé, on ne peut lui attribuer aucune influence
significative.
b) Le modèle d’Houthakker et Taylor est utilisé par Juster et Wachtel dans
une version simplifiée où le taux de dépréciation du stock d’actifs est nul. On
suppose alors que l’épargne des ménages est une fonction linéaire de ce stock (A)
et du revenu
S,=a-|-(3 A(+y Y,
avec
AA,=St.
On peut supprimer la variable A (difficile à estimer) en écrivant (12) :
S, = a0 St_ l+ ar Al,.

(1) Il faut toutefois signaler que les auteurs soulignent que leur équation présente une
stabilité très relative, particulièrement en ce qui concerne les variables de prix. En effet, ils
ont procédé à l’estimation de cette équation sur différentes sous-périodes ! Les résultats
auxquels ils ont abouti diffèrent de manière très sensible. Le taux d'inflation constaté ne
joue, dans certaines de ces estimations, aucun rôle.
(2) Lorsque le taux de dépréciation du stock n’est pas nul, il vient &A, = S,-8/4,_, et
l’équation réduite est sensiblement plus compliquée.

10 Consommation
3 TABLEAU 111
1978 F. T. Juster et P. Wachtel utilisant le modèle d’Houthakker et Taylor
(variable dépendante : épargne S)

Période ATR A SS AT CP R1 DW
Pays Cte 5-, ARW A RK Y
observée

U.S.A............................ 54-1 0,971 0,423 0,113 0,926 - 1,553 - 0,765 0,373 0,90 2,65
à 72-III (18,9) (4,5) (0,4) (4,4) (-2,6) (-5,2) (1,6)
U.S.A........................... 54-1 0,408 0,847 0,450 0,080 0,802 - 1,573 - 0,678 0,082 0,81 2,63
à 72-111 (2,2) (17,1) (5,1) (0,3) (3,8) (-2,8) (-4,7) (2,4)
France........................ 60-11 0,958 0,144 - 0,683 0,578 0,390 - 0,441 0,261 0,98 2,49
à 74-IV (17,7) (0,7) (- 1,3) (3,2) (1,2) (-4,3) (1,7)
France.......................... 60-11 - 0,122 1,63 0,095 - 0,716 0,546 0,320 -0,442 0,158 0,98 2,55
à 74-IV (-0,3) (22,8) (0,4) (- 1,3) (2,7) (0,8) (-4,2) (0,4)

TABLEAU IV
Le modèle de A. Deaton
(variable dépendante : variation du taux d’épargne Aa,)

Période R1 DW
Pays Cte k CP
observée

Etats-Unis........................... 54-11 0,008 3 0,453 0,554 - 0,240 0.36 1,81


à 74-11 (1,9) (5,4) (4,0) (-3,6)
Grande-Bretagne................ 55-111 0,006 2 0,732 0,594 - 0,219 0,59 2,23
à 74-1II (1,4) (9,4) (3,8) (-3,6)
France.................................. 60-1V 0,009 0,64 0,10 -0,28 0,52 2,22
à 76-IV (-3,2) (7,2) (0,7) (-3,2)
On constate que la constante a a disparu et les coefficients a0 et a1 sont des
fonctions de (3 et y. Le modèle peut être écrit en distinguant les différentes
composantes du revenu global (revenu du travail, du capital, de transfert,
impôt, etc.). En notant y' la i-ième composante du revenu et u, un terme d'erreur,
on obtient :
s,=Q(j s,_,+yi a11 AJ ,+u, ■
Toutefois, ce ne sont pas directement les coefficients de cette relation que les
auteurs estiment. Ainsi que Taylor lui-même l'avait fait en 1971. ils rajoutent
une variable qui doit retracer l’influence du taux de rendement des actifs finan­
ciers. L’estimation obtenue est donnée par la ligne 1 du tableau Ill. Cependant
comme on peut le constater, le coefficient de ce taux de rendement n’est pas
significativement différent de zéro. Ainsi est-il retiré dans la seconde relation
où le taux de croissance des prix a été introduit et où la nullité de la constante
n’est plus imposée (1 ).
Pour les auteurs, « la désagrégation du revenu est très significative et conduit
à d’importants écarts entre les propensions marginales à consommer selon
les différentes catégories de revenu ». On peut cependant remarquer que la
variable A RK, variation des revenus de la propriété, est peu significative dans
le cas américain, ce qui est assez surprenant. On pourrait s’attendre à ce que
la sensibilité de l’épargne à ces revenus soit élevée; de nombreux modèles théo­
riques font en effet l’hypothèse que seuls sont épargnés les revenus du capital.
Dans l’estimation sur données françaises, la variable A RK est affectée d'un
signe négatif (peu significatif, il est vrai); une croissance particulièrement rapide
des revenus du capital se traduirait, toutes choses égales d’ailleurs, par une
diminution de l’épargne!
En ce qui concerne l’influence de la variation des prix, le taux d’inflation
est de signe positif dans le cas américain : une augmentation de l’inflation a
comme conséquence une augmentation de l’épargne. Mais la variable CP
— taux d’inflation — n’est pas significative dans le cas français.
Le signe positif de CP est quelque peu contradictoire avec les résultats
obtenus par les modèles de Green et Johnson, ou Juster et Wachtel lestés sur
données françaises, où l’inflation avait un effet négatif sur le taux d’épargne,
mais il s'agit dans le modèle d'Houthakker et Taylor de l’épargne et non du
taux d’épargne.
2.1.3. Le modèle de A. Deaton
L’étude de A. Deaton [5] repose sur un modèle entièrement différent. 11
s'agit d’une analyse en déséquilibre qui tente d’introduire le caractère séquentiel
des achats des ménages. Conformément à l'hypothèse dichotomique d’homo-

(1) L'introduction du taux de croissance des prix dans cette relation (comme d'ailleurs
celle du taux de rendement) pose un problème de dimension. En effet, les autres variables
exprimées en unités monétaires ont une tendance. Ce n’est pas le cas des taux. Ainsi, un point
de taux d'inflation aura la même influence additive en début et en fin de période alors que
l'ordre de grandeur de l'épargne aura considérablement varié.

12 Consommation
généïté, un changement proportionnel de tous les prix n’entraîne pas de
modification des achats. C’est le changement des prix relatifs qui importe.
Mais les ménages n’ont pas, lors de chaque achat, l’information nécessaire sur
tous les autres prix si bien qu’ils n'ont aucun moyen de distinguer entre une
modification des prix absolus et une modification des prix relatifs. Ainsi,
lorsque le consommateur constate que le prix d'un bien a augmenté de 2%
alors qu’il pensait que l’augmentation ne serait que de 1 %, il achète moins
de ce bien (c’est dire qu’il interprète cette différence comme une modification
des prix relatifs) alors qu il se peut que tous les prix aient augmenté de 2%
(ce qui devrait conduire à des achats égaux à ceux qui étaient prévus). Dans ce
cas l’épargne augmente.
La formalisation de cette hypothèse conduit l’auteur à une relation de la
forme
Act, = a0 + ai kt + a2 CPt + a3
où k, est le taux de croissance du revenu réel. Les résultats obtenus pour les
États-Unis et pour la Grande-Bretagne sont fournis par le tableau IV. Ici
encore on constate une influence positive de l’inflation sur le taux d’épargne
et l'auteur conclut : « les deux équations donnent à penser que lorsque le taux
d’inflation trimestriel effectif dépasse de 2% le taux d’inflation anticipé, un
peu plus de 1 A, du revenu disponible est épargné involontairement ».
Remarquons avant de poursuivre que pour ces deux pays les coefficients
de k et de CP ne sont pas significativement différents l’un de l'autre. Notons
a cette valeur commune. Par ailleurs, dans les deux cas on peut admettre que
la constante n’est pas significativement différente de zéro. La relation se ramène
alors à
Aa, = a (k+CP)+a3 ct, _,,

or k + CP n'est autre que AY/Y : taux de croissance du revenu.


En notant que Act, = ct, — ct,_j et en multipliant par Y,, il vient
Y,
St — (1 +u3) — + n AL.
*t-1

Ce qui serait exactement la relation qui découle du modèle d’Houthakker


et Taylor si le taux de croissance du revenu était constant. On n’est donc pas
surpris de trouver des résultats très proches de ceux obtenus avec ce premier
modèle.
Pour la France, les résultats sont comparables à ceux de A. Deaton pour
les États-Unis et la Grande-Bretagne. Les signes des différentes variables
explicatives sont identiques : la variation du revenu réel est affectée comme
1 évolution des prix d'un signe positif. Mais, dans le cas français, le coefficient
de la variable « taux d’inflation » est peu significatif.
Il est dès lors très difficile de conclure à une homogénéité des comportements
dans ces trois pays face à l’inflation.

n° 4, 1978 13
Si l’on peut établir à partir des différents modèles économétriques étudiés
qu’il existe aux États-Unis une corrélation positive entre l’épargne et l’inflation,
l’estimation sur données françaises de ces mêmes modèles aboutit à des
résultats très différents. Le taux d’inflation est soit affecté d’un signe négatif,
soit peu significatif.
Nous avons privilégié dans ces relations le lien entre l’épargne et l’inflation,
mais les équations estimées font intervenir d’autres variables explicatives dont
l’effet sur l’épargne est loin d’être négligeable. Parmi les variables qui ont un
effet négatif sur l’épargne figure les taux de pression fiscale, qu’il s’agisse de
la fiscalité directe ou indirecte. Le signe des coefficients de ces variables dans
tous les modèles, estimés sur données étrangères ou françaises, est négatif.
Le taux de chômage a également un effet négatif sur l’épargne aux États-Unis
(d’après les modèles de D.R.I. et Juster-Wachtel), alors qu’en France cette
variable est affectée d’un signe positif : on peut voir là 1 influence des mécanismes
de prévoyance collective qui atténuent fortement la baisse de ressources en
période de chômage. Une augmentation du taux de rendement des placements
à terme a comme effet, dans tous les modèles et quel que soit le pays pour
lequel ils sont testés, une augmentation du taux d’épargne.
L’importation de relations économétriques étrangères ne semble pas être
une opération très concluante et il semble, par conséquent, qu il faille se garder
de transposer trop rapidement les conclusions qui peuvent en être tirées
Outre-Manche et Outre-Atlantique. Qu’en est-il des travaux français ?

2.2. A partir des travaux effectués en France il est difficile d’affirmer que
l’inflation gonfle l’épargne
Nous nous limiterons à deux études récentes : la fonction de consommation
du modèle MOGL1 (') et celle du modèle MIME (12).

2.2.1. L’influence de l’inflation sur la consommation dans MOGU


La caractéristique principale de la fonction de consommation de MOGL1
est que ce n’est pas la propension à consommer C/Y qui est étudiée mais le
rapport de la consommation au revenu diminué du FFCEI et des rembour­
sements d’emprunts immobiliers. Reprenant en cela une hypothèse déjà énoncée
par le C.R.E.P. (3) les auteurs considèrent que « certaines composantes de
l’épargne ayant en fait un caractère obligatoire, [le dénominateur] n’est pas
le revenu disponible (consommation + épargne) mais le revenu disponible
diminué des composantes d’épargne obligatoire (FFCEI et remboursements) ».

(1) Le modèle MOGLI (modèle économétrique plurisectoriel de prévision glissante) a été


élaboré par le GAMA, cj. R. COURB1S et al. [3].
(2) Le modèle MIME (Modèle intégré des ménages) est un modèle de la D.P., cj. A. COU-
T1ERE et R. TEYSS1ER [4],
(3) Cj. notamment J. LE MOIGNE et D. STRAUSS-KAHN [10].

Consommation
14
3
TABLEAU V
Le modèle MOGLI
1978

(variable dépendante : le rapport consommation sur revenu


moins remboursement d’emprunt C/(YD — V)

Période
Pays Cte FBCF/YD-V C-MYD-V ID/YD/V CP R2 DW
observée

France....................................... 63-1 0,32 -0,31 0,66 0,13 0,27 0,73 2,1


à 76-IV (4,9) (-2,1) (9,0) (2,2) (1,5)

France....................................... 49 à 73 0,6 - 0,38 0,31 0,77 0,24 0,79 2,9


(12,8) (-3,0) (5,4) (4,2) (5,2)

TABLEAU VI
L’effet d’encaisses réelles dans le modèle MIME

(Variable dépendante : consommation réelle C/P)

Pays Période R LAP L AP


Cte (C/P)-, L/P R/P R2 DW
observée
P P P P P

1. France.............................................. 63-1 1,430 0,734 0,148 0,028 0,99 2,00


à 76-IV (0,6) (9,0) (2,8) (1,3)
2. France............................................... 63-1 3,729 0,495 0,018 0,338 - 0,012 0,99 1,86
à 76-IV (1,8) (4,6) (1,0) (4,1) (-0,2)
3. France............................................... 63-1 2,076 0,538 0,374 - 0,023 0,99 2,11
à 76-IV (2,0) (5,8) (5,3) (-0,4)
Les variables exogènes sont la FBCF, la consommation retardée et les
impôts directs; ces trois variables étant rapportés au revenu corrigé (YD-V)
pour des raisons de dimension. Le taux de croissance des prix est la dernière
variable.
L’estimation fournie par les auteurs a été effectuée sur des données annuelles.
Elle fait nettement apparaître un effet positif des prix sur la consommation
et donc négatif sur l’épargne (cf. tableau V).
L’estimation sur données trimestrielles à laquelle nous nous sommes livrés
est moins concluante et l’effet des prix n'est pas significatif.
On ne saurait donc retenir ici une influence positive du taux d inflation sui
l’épargne.

2.2.2. L’ejjel d’encaisses réelles dans le modèle MIME


A l’occasion de l’élaboration d’un modèle de comportement des ménages
intégrant leurs opérations financières, les auteurs du modèle MIME se sont
livrés à une réflexion approfondie sur les liens entre inflation, consommation
et épargne, avant de proposer plusieurs schémas explicatifs. Celui qui est fina­
lement retenu dans la version définitive du modèle est un schéma mixte dont
la variable endogène est la consommation réelle (C/ P). Trois variables exogènes
apparaissent ; la variable endogène retardée d’une période (C/P)_,; le patri­
moine liquide, lui aussi en termes réels (L/P) auquel la théorie accorde un
signe positif à partir de l’hypothèse selon laquelle un patrimoine important
rend l'épargne moins nécessaire; et le revenu corrigé de la reconstitution du
patrimoine liquide. Cette dernière variable est une formalisation de 1 effet
d’encaisses réelles puisque ce ne sera pas le revenu réel disponible total qui
déterminera la consommation réelle mais ce revenu une fois que le stock de
liquidités réelles qui s'est dévalorisé à cause de l’inflation aura été ramené au
niveau souhaité. Cette dernière variable prendra la forme
R L AP
P ~~ P P '

La relation estimée est donc la suivante :


L AP
Üq + G

Celle-ci comporte une double spécification de l’effet d’encaisses réelles. La


première, comme on vient de l’évoquer, a trait à leur reconstitution, la seconde
concerne leur accroissement et fait intervenir le stock de monnaie réelle (L/P).
L’estimation de la relation ci-dessus sur données trimestrielles est fournie
par la première ligne du tableau VL Ainsi que le font remarquer les auteurs .
« le / de Student (1,3) affectant le coefficient de (L/P) ne doit pas surprendre

16 Consommation
puisque 1 effet d encaisses réelles porte sur l'impact simultané (1 ) des coeffi­
cients (a2, a3) des variables

R L AP L
—-----— et —•
P p p p ’

on vérifie aisément le rejet de l’hypothèse a2=a3 = 0 ».


On peut être tenté de faire deux remarques :
— en testant la nullité simultanée de a2 et de a3, on élimine non seulement
un éventuel effet d encaisses réelles mais aussi toute influence du revenu. On
se ramène alors à une simple équation auto-régressive et il n’est pas surprenant
qu elle soit, du point de vue économétrique, moins satisfaisante que la relation
ci-dessus;
la spécification de cette relation suppose notamment que la perte de
pouvoir d’achat des encaisses est intégralement compensée et que la consom­
mation est déterminée par le revenu diminué de cette reconstitution d’encaisse
Mais on peut concevoir que les encaisses ne soient pas entièrement
reconstituées. Le revenu corrigé s’écrirait alors :
R L AP
-= -ex- —.

ce mesurant l’intensité de l’effet d'encaisses réelles et il semble plus général de


ne pas imposer a priori la valeur 1 à ce coefficient. La relation à tester s’écrit
alors ;
C f L AP
— a0 + a i
P VP P
aveca'2 = a2 oc
La seconde ligne du tableau VI reprend l’estimation des coefficients de cette
équation de régression. On constate que a2 ne peut pas être considéré comme
différent de zéro et il en est, par conséquent, de même de oc
On doit toutefois redouter une forte collinéarité entre (L/P) (AP/P) et L/P
qui serait à 1 origine de la faiblesse des t de Student associés à a'2 et a3. Mais une
équation réduite obtenue à partir de la précédente en supprimant la variable L/P
ne permet pas plus de retenir une valeur positive pour a comme le montre la
dernière ligne du tableau VL
Ainsi lorsque l’effet d’encaisses réelles n’est plus « imposé », il semble bien
près de s’évanouir et si la nullité de a ne permet pas de conclure qu’il n’y a pas
d effet d encaisses réelles du moins doit-on admettre qu’il n’apparaît pas
avec force. ^

(1) Souligné par l'auteur.

n° 4, 1978
17
Finalement ces quelques opérations de régression laissent perplexe à la fois
sur les liens entre l'épargne et l'inflation et sur la possibilité d infirmer ou de
confirmer des hypothèses théoriques à partir de ces faits construits que sont
les relations économétriques. On est alors conduit à se tourner vers une analyse
plus institutionnelle.

3. AUGMENTATION DU TAUX D'ÉPARGNE


ET ÉPARGNE CONTRACTUEUUE

Si l’on ne peut facilement lier l’élévation du taux d’épargne au niveau du


taux d’inflation on peut être tenté de regarder de plus près les séries d épargne
en distinguant entre ses différentes composantes. C'est qu'en effet les divers
flux d’épargne correspondent à des motivations très variables et il serait sur­
prenant que l’on arrive à expliquer à partir d'une poignée de variables seulement
cette agrégation de comportements disparates.
Aussi l'analyse de l’épargne des ménages doit-elle se faire en ne confondant
pas des affectations aussi dissemblables que celles qui viennent gonfler le
patrimoine financier et celles qui augmentent le patrimoine physique. Au
sein des premières on ne peut supposer que les liquidités, quasi-liquidités et
valeurs mobilières rendent le même service et donc répondent aux mêmes
incitations. Quant au patrimoine physique, principalement composé d immo­
biliers, son accumulation a ses déterminants propres et les flux qui le nour­
rissent s’ils peuvent être considérés comme parties de l'épargne ne sont pas

GRAPHIQUE I
Remboursements d’emprunts (France, en 10” F.)

18 Consommation
anonymes dans l’épargne. On ne saurait prétendre que les différentes compo­
santes de 1 épargne n ont pas de lien entre elles, mais sans être indépendantes
elles sont particulières. Une analyse fine devra les prendre en compte tour
à tour. Pour l'heure on se limitera à un essai d’explication de la hausse du
taux d épargne qui repose sur un flux relativement récent en France, mais qui
a connu une croissance extrêmement forte : il s'agit de l'épargne contractuelle
et. principalement, des remboursements d’emprunts immobiliers.
Depuis le début des années 60 (1963-1964 en France), les sommes empruntées
par les ménages pour acheter des biens immobiliers ont connu une augmentation
régulière et importante. Les emprunts des ménages ont crû au taux considérable
de 20 /o par an en moyenne. Les remboursements qui découlent de ces emprunts
s’étalent sur une période assez longue qui a eu tendance à augmenter et atteint
aujourd hui 20 ans en moyenne. Si bien que chaque année les remboursements
des nouveaux emprunteurs viennent s'ajouter aux remboursements des emprun­
teurs des années précédentes. Aussi le flux des remboursements augmente-t-il
rapidement. Par ailleurs, chaque année, les nouveaux remboursements ne
constituent qu'une fraction du remboursement total. Si bien que quelles
que soient les variations conjoncturelles des nouveaux remboursements (liées
aux variations conjoncturelles de nouveaux emprunts), le remboursement
global connaît une grande inertie dans sa croissance ainsi que le montre le
graphique L Ces remboursements sont traditionnellement comptabilisés dans
l'épargne (') et leur croissance doit être mise en relation avec la croissance
de 1 épargne. On constate sur le graphique 11 que l’augmentation du taux

(1) En toute rigueur, seule la fraction du remboursement qui représente le remboursement


d'une partie du capital peut être considérée comme une épargne (qui fait croître le patrimoine
net des ménages). Le solde, c'est-à-dire les intérêts, représente la rémunération du service
rendu par l’organisme prêteur et est donc assimilable à une consommation. Mais cette définition
plus restrictive a peu d influence sur la croissance du taux d épargne. En effet le partage entre
remboursements en intérêt et en capital ne varie que très lentement dans le temps : notons
M le montant emprunté, V le remboursement annuel. X la durée de l'emprunt et i le taux
d'intérêt, le montant en capital restant à rembourser à la fin de l’année y est
„ M (1 +/)•' — (! +i)y
K = ------------------------------------------------.
' (l+f'fl-l
A l'année y, le ménage rembourse i.Ky t en intérêt et donc V-iK _ en capital, soit en
remplaçant Ky t par sa valeur

où Vky est le remboursement en capital pour l’année y.


Mais le remboursement de 1 année y est la somme des remboursements concernant les
emprunts contractés de t =y x + 1 à l=y. Si Wk est l’ensemble des remboursements en
capital et W l’ensemble des remboursements totaux
Wk _ i [(1+f)/(l+/)]*- 1
W ~ t-i (1 +r)x-l
où i est le taux de croissance des montants empruntés. En régime permanent (f = Cte, i=Cte.
x=Cte) ce rapport est bien entendu constant. Il diminue lorsque x et i augmentent. De I960
à 1976, il a dû baisser de 0,4 à 0,3 environ.

n° 4, 1978 19
d'épargne de 1968 à 1976 (courbe 3) peut être entièrement imputée à la seule
hausse du taux correspondant aux remboursements d’emprunts (courbe 1).
Le rapport des autres flux d'épargne au revenu (courbe 2) est en effet à peu
près constant sur la période. Si l’on ajoute à la moyenne de ces autres flux
d'épargne (courbe a) la croissance due aux remboursements d’emprunts, on
obtient (courbe b) une pente très proche de la tendance observée sur le taux
d’épargne global.
Ainsi, arithmétiquement, la croissance du taux d'épargne semble bien
correspondre à la croissance du rapport V/YD. Mais cette correspondance
ne peut tenir lieu d’explication car on aurait pu s’attendre à ce que ces rem­
boursements croissants soient compensés par une diminution des autres flux
d'épargne, l'effort global restant le même. En d’autres termes pourquoi ces
autres flux d'épargne ont-ils continué à croître comme le revenu alors que par
ailleurs l’agent « Ménages » faisait un effort particulier en remboursant des
emprunts de plus en plus nombreux?
On peut penser que dans de nombreux cas les remboursements d’emprunts
ont bel et bien été effectués en diminuant la consommation et non en modifiant
l’affectation de l’épargne antérieure, simplement parce qu’il n’y avait pas
d'épargne antérieure. La possibilité d'emprunter pour se loger a permis à toute
une catégorie de la population qui n’épargnait pas d’envisager l’acquisition
d’un bien immobilier quitte à devoir verser des remboursements parfois très
lourds pendant une quinzaine d’années, alors que l’effort symétrique accumu­
lation longue puis achat sans emprunt était difficilement concevable. C’est
ainsi que le développement du crédit immobilier aux ménages a pu inciter
une fraction importante des ménages à commencer à accumuler un patrimoine
en remplaçant le paiement d’un loyer par le remboursement d’un emprunt.
D'autres instruments d’épargne contractuelle (eux aussi liés à l’achat d’un
bien immobilier) ont joué dans le même sens. On sait que le succès des plans
et comptes d’épargne-logement a été considérable. Et on peut penser que le
contrat de dépôt passé pour 4 ans au moins dans un cas, 18 mois dans l’autre,
avec la possibilité d’obtenir ensuite un prêt à des conditions extrêmement
intéressantes a pu conduire un nombre important de ménages à initier une
épargne nouvelle et à quitter cette catégorie que la théorie économique nomme
les « zéro-épargnants ».
Bien entendu tous les emprunts n’ont pas été contractés par des « zéro-
épargnants », à l’autre extrémité de la hiérarchie sociale l’emprunt immobilier
sert souvent à acheter un bien qui sera donné en location. Et le loyer perçu
finance une bonne part du remboursement à effectuer, surtout si un apport
personnel suffisant a limité l’emprunt à quelque 50 ou 60% du prix total.
Finalement, il n’est pas déraisonnable de considérer que pour une part
l’épargne contractuelle (remboursements d'emprunts, épargne-logement...) a
été à l’origine d’un effort nouveau de la part de certains ménages, alors que
pour d’autres plus aisés les emprunts immobiliers ont permis une augmentation
du patrimoine sans que leur épargne « traditionnelle » soit trop diminuée.

20 Consommation
Si tel est le cas, les remboursements d’emprunts n’ont que peu « mordu » sur
les autres flux d épargne et on peut à juste raison leur imputer une part de la
croissance du taux d'épargne que reflète le graphique II.
Bien entendu, cette interprétation largement comptable est très insuffisante;
par ailleurs, elle ne saurait négliger le rôle de l’inflation dans la mesure où les
ménages sont le plus souvent très conscients de l’allègement de leurs rembour­
sements en période d’inflation et donc de l’intérêt qu’il y a à s’endetter lorsque
l’on anticipe une hausse de prix. Mais il s’agit là d’une influence de l’inflation
beaucoup plus indirecte que celles qui ont été évoquées dans la section
précédente.

GRAPHIQUE 11
Taux d’épargne (France)

O - remboursements sur revenu : V/YD


(2) - autres flux d’épargne sur revenu : (S-V)/YD
- épargne sur revenu : S/YD
© - moyenne de ©
©- © + ©

—11------------1--------------i------------ 1------------ 1________ I________ I________ 1________ i_


1968 1976

CONCLUSION

Nos essais d’acclimatation des modèles étrangers se sont révélés décevants :


ou bien la variable figurant 1 inflation avait un signe contraire à celui qui est
proposé par les auteurs anglo-saxons et dans ce cas l’inflation récente ne saurait
expliquer en France la hausse du taux d’épargne, ou bien l’influence de l’inflation
n’était pas significative et on est conduit à une conclusion analogue. Dans la
version du modèle MOGLI qui a été présentée, l’inflation tend à faire baisser
l’épargne, mais d’une version plus récente on peut éventuellement tirer une
conclusion contraire; quant à l’effet d’encaisses réelles formalisé dans le
modèle MIME, il n’existe que si on l’y introduit expressément.

n° 4, 1978 21
L’économétrie ne semble donc pas fournir de réponses utiles.
La mise en relation de la croissance des remboursements d’emprunts et de
la hausse du taux d'épargne ne saurait faire figure d'explication complète, elle
constitue plutôt un plaidoyer pour une étude de l'épargne composante par
composante. Elle montre cependant que la hausse du taux d’épargne ne date pas,
en France, de ces 5 dernières années. Et si pendant cette période la constance
du taux d'épargne hors remboursements d’emprunts peut-être la trace d’un
effort particulier des ménages, il ne semble pas que ce soit directement et un peu
mécaniquement au niveau du taux d'inflation qu il taille 1 imputer. La période
est marquée par d’autres dérèglements et l’incertitude quant à l’emploi, aux
rémunérations ou aux... prix suffit à expliquer une épargne de précaution
exceptionnelle.
Épargne contractuelle liée à un projet d’accumulation patrimoniale, épargne
de précaution découlant d'une grande incertitude sur la conjoncture, telles
semblent être les caractéristiques principales de l’épargne récente. Si le chômage
régresse et l’inflation se stabilise (à n’importe quel taux), ce n’est qu'en lavorisant
cette épargne contractuelle que l’on pourra conserver un niveau élevé à l'épargne
des ménages.

BIBLIOGRAPHIE
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Consommation

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