USINAGE À GRANDE VITESSE
PARTIE 1
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1. INTRODUCTION
L’usinage à grande vitesse (UGV) est une technique qui rencontre un intérêt croissant dans
l’industrie mécanique où elle apporte des gains importants de productivité.
L'application de I’usinage à grande vitesse est en évolution constante et ses utilisations sont
de plus en plus nombreuses. D’abord utilisé en aéronautique pour l’usinage des pièces en
alliages d’aluminium, l’usinage à grande vitesse s’applique également aujourd’hui aux
métaux durs, tels que les aciers traités (matrices d’estampage, d’emboutissage, filières,
etc.).
L’accessibilité à l’UGV est cependant parfois limitée, notamment pour les PME (Petites et
Moyennes Entreprises), par le niveau élevé des investissements et les modifications
nécessaires des méthodes de travail (intégration CAO/FAO).
L'introduction de cette nouvelle technologie (UGV) dans les unités de production réduit
les coûts, contribue à améliorer les flux de production et diminue encore les encours et la
logistique dans les unités de fabrication.
2. HISTORIQUE
Les premiers travaux de recherche sur l’usinage à grande vitesse de rotation remontent à la
fin des années 1970 (travaux de rectification). Outre les procédés de rectification, dans
lesquels les hautes vitesses de broches spécialement en rectification interne ont été créées
depuis un certain nombre d'années, ces travaux ont d'abord porté sur le fraisage de
I'aluminium. L'utilisation de broches spéciales à haute vitesse a été confinée dans quelques
exploitations industrielles spécialisées : I'industrie aérospatiale a été le principal acteur en
recherche et développement dans ce champ de I'optimisation des taux d'enlèvement du
métal pour des pièces intégralement en aluminium.
Puis grâce aux développements des matériaux des outils coupants, les recherches se sont
orientées dans les années 1980 vers le fraisage des fontes et des aciers.
Les éléments qui ont permis le développement de I'UGV sont par ordre d'importance les
suivants :
- le développement des outils coupants, tant au niveau des matériaux qu'au niveau
des technologies de conception et de réalisation,
- le développement des électro broches avec roulements à billes en céramique.
Au début des années 1980 en Angleterre, par exemple, les broches disponibles chez British
Aerospace Industry travaillaient dans la plage des 6 000 à 10 000 tr/min.
En 1985 British Aerospace lndustry et la Société d'outils de coupe "Marwin" ont défini que
I'UGV concerne toute application d'usinage pour laquelle les vitesses de broche dépassent
12 000 tr/min. Ces vitesses étaient couplées avec des vitesses d'avance et des possibilités
de contournement dépassant 5 m/min. A partir de cette définition, le point de départ pour
tout projet d'UGV des alliages d'aluminium avec British Aerospace était "12 000 tr/min x
5 m/min".
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Aujourd'hui I'UGV de I'aluminium se fait dans la plage des 30 000 tr/min x 15 m/min et
plus.
Le travail de pièces en titane, ou autres matériaux exotiques nécessite des vitesses de
broche et des vitesses d'avance plus faibles que dans les applications avec I'aluminium.
Aujourd'hui, les secteurs d'application de I'UGV sont de plus en plus nombreux et
principalement :
• l’industrie des aubes de turbine et de compresseur,
• l’industrie biomédicale,
• l’industrie de la fonderie,
• Fabrication de moule pour l’injection plastique, la verrerie, le soufflage, etc…),
• L’emboutissage (matrices, poinçons),
• le prototypage rapide,
• l’industrie de fabrication d’outillage non conventionnels.
3. Définition :
On appelle usinage à grande vitesse une technique d’obtention de pièces par enlèvement
de copeaux caractérisée par des vitesses de coupe de cinq à dix fois supérieures aux vitesses
traditionnelles.
● Remarque : L’usinage grande vitesse (UGV) est souvent présenté comme le fruit
d’une merveilleuse découverte : si l’on augmente les vitesses de coupe au-delà des limites
habituelles, on commence par traverser une zone de vitesses inutilisables baptisée « vallée
de la mort » (figure. 1). Ensuite, on entre dans le paradis de l’usineur, les énergies et efforts
spécifiques diminuent, les états de surface deviennent excellents, les durées de vie des
outils augmentent pour devenir largement supérieures aux durées obtenues en usinage
conventionnel.
Figure.1 : Essais de Salomon - température de l’outil de coupe en fonction de la vitesse de coupe
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4. LA VITESSE DE COUPE
Il est aujourd'hui possible d'usiner des pièces mécaniques sur de larges plages de vitesses
de coupe. Selon le matériau utilisé, ces plages varient, mais il est toujours possible de
distinguer trois zones de vitesses de coupe distinctes :
- Une zone de vitesses correspondant à « l'Usinage Conventionnel »,
- Une zone de vitesses inexploitables, parfois surnommée « Vallée de la mort »,
où les conditions de coupe sont dégradées (usure rapide de l'outil, mauvais état
de surface...),
- Une zone de vitesses de coupe correspondant à « l'Usinage Grande Vitesse ».
Par exemple, pour l'acier, l'usinage conventionnel correspond aux vitesses de coupe
comprises entre 30 et 200 m/min, et l'UGV aux vitesses de coupe comprises entre 500 et
2000 m/min. Ces valeurs dépendent du matériau, et également de l'opération effectuée
(fraisage, tournage, perçage, rectification, ...). La figure 2 donne quelques ordres de
grandeur.
Figure 2 : Plages de vitesses de coupe pour différents matériaux
La notion de grande vitesse de coupe n’a de sens que si on la rapporte à deux paramètres:
- le matériau : le fraisage d’un alliage léger se fait conventionnellement à 500 m/min
mais on se situe dans le domaine de la grande vitesse dès 200 m/min en fraisant du
titane ;
- et la nature de l’opération : percer à 200 m/min un trou de 4 mm de diamètre dans
un acier traité à 300 HB relève des techniques UGV, compte tenu des vitesses de
rotation nécessaires ; tandis que fraiser le même acier à la même vitesse est une
opération conventionnelle.
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L’émergence actuelle de l’UGV est basée sur les évolutions technologiques de tous les
éléments de la chaîne d’usinage :
- les machines-outils : broches, structures plus légères et rigides, fixations d’outils,
commande numérique, etc.
- les outils de coupe (problèmes d’usure rapide),
- la pièce elle-même,
- les montages d’usinage,
- les lubrifiants et leur mode de distribution,
- le mode d’évacuation des copeaux,
- les paramètres d’usinage.
5. CARACTÉRISTIQUES DE L’USINAGE À GRANDE VITESSE
L’usinage à grande vitesse présente de nombreux avantages par rapport à l’usinage
classique. Les éléments principaux sont les suivants :
● Augmentation de la productivité :
En fraisage, le volume de copeau par unité de temps est obtenu par la formule suivante :
Q = a . b . s. n . N
Avec :
- Q : le volume de copeau par unité de temps en [mm3/ mn]
- a : profondeur de passe axiale en [mm]
- b : profondeur de passe radiale en [mm]
- s : l’avance par dent en [mm / dent]
- n : le nombre de dent
- N : la vitesse de rotation en [Tr /mn]
Pour obtenir de plus hautes vitesses de coupe, on augmentera la vitesse de rotation (N) ou
le diamètre de l’outil (donc la profondeur de passe radiale (b) à conditions d’engagement
constante). Tous les autres paramètres restant constants donc le débit de copeau augmente.
● Faibles efforts de coupe :
Les efforts de coupe sont la cause des déformations plastiques de la pièce et des
augmentations de température (point de contact outil - pièce) qui se produisent pendant la
coupe.
Les théories selon lesquelles les efforts de coupe diminuent avec une augmentation de la
vitesse de coupe semblent confirmées dans certaines limites par les études expérimentales.
En maintenant tous les autres paramètres de coupe constants ce phénomène est mis en
évidence expérimentalement (voir les figures 3 et 4 qui donnent respectivement les
variations des efforts de coupe en fonction de la vitesse de coupe et de la vitesse d'avance).
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Figure 3 : Variation des efforts de coupe en fonction de la vitesse d'avance
Figure 4 : Variation des efforts de coupe de la vitesse de coupe
● Remarque :
Pour l’usinage des voiles minces sur des structures employées en aéronautique, on utilise
des grandes vitesses de coupe (UGV) associées à des profondeurs de passe faibles ce qui
permet de diminuer les efforts de coupe comparé à un procédé traditionnel tout en
conservant une productivité acceptable.
● Bon état de surface : On peut subdiviser les effets en deux catégories
• Défauts d’ordre 3 : stries, sillons
En UGV, on constate une diminution des défauts d’ordre 3 pour deux raisons :
- Influence de la vitesse d’avance : en UGV, des productivités importantes restent
assurées en diminuant les avances ce qui conduit à des états de surface semi polis très
intéressants.
- Vibrations de flexion de la broche : dans les régimes normaux de fonctionnement
(pas de broutage) elles sont plus faibles aux grandes vitesses de rotation.
• Défauts d’ordre 4 :
Les défauts d’ordre 4 sont principalement des arrachements d’outils.
Ils diminuent lorsque la vitesse de coupe augmente et deviennent pratiquement
négligeables.
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A vitesse d’avance constante, l’état de surface s’améliore avec une augmentation de la
vitesse de coupe. Pour les vitesses de coupe traditionnelles, des arrachements de matière
sont fréquents alors qu’aux vitesses de coupe importantes, le profil de la pièce est
sensiblement le même que celui de l’outil.
● Bonne précision dimensionnelle :
La diminution des efforts de coupe implique une diminution de la flexion des outils, ce qui
permet d’accroître la précision des usinages.
● Aspect thermique :
Au vu des grandes vitesses de coupe, le copeau est évacué très rapidement, ce qui a pour
effet de diminuer l’échauffement de la pièce. Une plus grande partie de la chaleur est
évacuée par le copeau, ce qui diminue les échauffements et les dilatations différentielles.
6. PHENOMENES DE COUPE
● Formation du copeau (matériaux ductiles)
En usinage traditionnel, la formation du copeau pour des matériaux ductiles est caractérisée
par la présence d’une zone de déformation plastique intense appelée zone de cisaillement
primaire. Cette zone est considérée comme triangulaire dans les modèles couramment
utilisés et située dans une zone de part et d’autre d’un plan faisant un angle φ avec la surface
usinée.
Dans des conditions de coupe traditionnelles, l’angle φ ne varie pas. Le copeau a une
épaisseur hc constante qui dépend de l’angle φ et de la cote h appelée épaisseur du copeau
non déformé. Le rapport h/φ est constant pour une orientation donnée de l’arête de l’outil.
Aux faibles vitesses de coupe, le copeau est continu et ces déformations sont quasi-
stationnaires (figure 5).
Figure 5 : Formation du copeau en usinage conventionnel
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En usinage grande vitesse des aciers, le copeau se fragmente de façon régulière, ceci
s’explique par un phénomène de cisaillement adiabatique périodique provoquant la rupture
du copeau.
Les modes de formation du copeau diffèrent donc en fonction de la vitesse de coupe ; on
passe d’un mode d’obtention par déformations plastiques à un mode d’obtention par
cisaillement adiabatique.
Plus la vitesse de coupe augmente, plus le copeau tend à se fragmenter jusqu’à
éventuellement devenir poussière (figure 7).
En usinage grande vitesse, le copeau est dentelé et formé d'éléments séparés, ce qui semble
être généré par une rupture du matériau plus que par un cisaillement. En UGV, des
fragments de copeaux se détachent par la propagation de fissures, comme l'illustrent la
figure 6.
Figure 6 : Détail de la formation du copeau en UGV
Fig.7 : Copeaux obtenus lors d’essais de tournage avec plaquette céramique Al2O3
7. PHENOMENES THERMIQUES
Lors de l’usinage deux sources de chaleur apparaissent, une source provenant de la zone
de formation du copeau (zone de cisaillement primaire) et celle provenant du frottement
du copeau sur la face de coupe (zone de cisaillement secondaire).
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Les phénomènes thermiques qui en résultent diffèrent entre les deux modes d'usinage.
- En usinage conventionnel, l'énergie calorifique s'évacue dans les copeaux mais
également dans la pièce et l'outil dans des proportions non négligeables. Ainsi, le
matériau subit un traitement thermique local (trempe superficielle) qui modifie les
caractéristiques de la pièce finie.
- En UGV, l’évacuation rapide des copeaux fragmentés ne permet pas les échanges
thermiques entre le copeau et la pièce ainsi la pièce reste pratiquement à température
ambiante. La chaleur engendrée par le cisaillement du copeau (l'énergie de la coupe)
s'évacue à plus de 80% dans les copeaux.
● Remarque :
La température du « point chaud » situé à la pointe de l'outil est différente suivant la vitesse
de coupe :
- 500°C en usinage conventionnel
- 1000°C en UGV, cette température élevée facilite la coupe des matériaux ductiles
(car ils ont tendance à se ramollir localement).