Réalisation D'un Film Documentaire Sur Les Paysages D'élevage Bovin en France
Réalisation D'un Film Documentaire Sur Les Paysages D'élevage Bovin en France
THESE D’EXERCICE
pour obtenir le titre de
DOCTEUR VETERINAIRE
DIPLOME D’ETAT
par
JURY
PRESIDENT
M. Alain Ducos Professeur à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
ASSESSEURS
Mme Nathalie Priymenko Maître de Conférences à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
M. Philippe Jacquiet Professeur à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
MEMBRES INVITES
Mme Lydie Bret Maître de Conférences à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
M. Florian Touitou Assistant d’Enseignement et de Recherche à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
2
Ministère de l'Agriculture et de l’Alimentation
ECOLE NATIONALE VETERINAIRE DE TOULOUSE
Liste des directeurs/assesseurs de thèse de doctorat vétérinaire
3
Mme CAMUS Christelle, Biologie cellulaire et moléculaire
M. JAEG Jean-Philippe, Pharmacie et toxicologie
M. LYAZRHI Faouzi, Statistiques biologiques et mathématiques
M. MATHON Didier, Pathologie chirurgicale
Mme PALIERNE Sophie, Chirurgie des animaux de compagnie
Mme PRIYMENKO Nathalie, Alimentation
INGENIEURS DE RECHERCHE
4
REMERCIEMENTS
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6
TABLE DES MATIERES
Remerciements ................................................................................................................................. 5
Table des matières ............................................................................................................................ 7
Introduction ...................................................................................................................................... 9
III. Place des paysages d’élevage bovin dans la transition écologique en cours ...........................22
1) L’élevage en extérieur, première victime du réchauffement climatique ..........................22
2) L’élevage : le problème et la solution ? .............................................................................23
3) Elevage et environnement : une entente est possible ......................................................25
Conclusion .............................................................................................................................................26
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INTRODUCTION
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Partie I - Matériel et méthodes
L’élaboration du documentaire a suivi les étapes classiques de fabrication d’un long-métrage, qui
sont présentées ici dans l’ordre chronologiques.
1. La préproduction
Cette étape englobe toute la préparation en amont du tournage. Notre démarche pour ce projet se
voulait journalistique : le tournage des interviews et des plans de paysages s’est fait avant l’écriture
de la thèse, afin que celle-ci s’appuie sur tous les éléments vus au cours du tournage.
La préproduction a donc commencé par le choix du sujet, la recherche bibliographique, puis le choix
des intervenants.
Le choix du sujet : Dès le choix du format audiovisuel pour cette thèse, les paysages se sont
imposés comme un sujet pertinent : difficilement étudiables sans support visuel, ils ont moins
souvent fait l’objet d’études que d’autres thèmes relatifs à l’élevage. Nous voulions explorer
cette thématique et montrer l’importance des paysages pour les pratiques d’élevage, que ce
soit en tant que résultante de ces pratiques ou en tant que moteur économique, social et
touristique pour l’élevage. S’y intéresser via un documentaire avait l’avantage d’une part de
pouvoir montrer aisément ces paysages, d’illustrer fluidement tout le propos et d’intégrer la
parole des intervenants de façon plus naturelle via des interviews filmées.
Restreindre le sujet : En termes de durée, le film ne devait pas excéder celle d’un long-
métrage classique, à savoir environ 90 minutes. Il fallait donc limiter l’étude :
o A l’élevage bovin, prépondérant en France, et ayant des impacts plus visibles et variés
sur les paysages que l’élevage de petits ruminants, de porcs ou de volailles.
o Choisir certaines zones en guise d’exemples, pour pouvoir ensuite généraliser ce qui
pouvait l’être. Le choix s’est porté sur des régions présentant d’importants cheptels
bovins, et un élevage principalement d’extérieur, utilisant beaucoup la pâture, pour
que l’impact visible sur les paysages soit le plus grand. Trois régions semblaient
suffisantes pour la durée de film prévue. Afin de varier les environnements et les
pratiques d’élevage, nous avons retenu une zone de haute montagne avec une
production presque exclusivement laitière (le massif du Beaufortain), une zone de
moyenne montagne présentant des productions plus diverses (le massif du Jura), et
une zone de plateaux, axée sur la production de viande (le Limousin).
Une première phase de recherche bibliographique a suivi, notamment pour préparer les
interviews.
Le choix des intervenants : Pour profiter pleinement du format documentaire, nous voulions
faire apparaître des spécialistes et acteurs des paysages et de l’élevage, et faire entendre leur
discours directement plutôt que de le rapporter. De nombreuses personnes ont été
contactées, et parmi elles dix ont accepté de nous recevoir et de nous donner une interview :
o Madame Claire Delfosse, Professeure de géographie à l’Université Lyon 2 et directrice
du Laboratoire d’Etudes Rurales,
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o Monsieur Philippe Jacquiet, Professeur de parasitologie à l’Ecole Nationale
Vétérinaire de Toulouse,
o Monsieur Stéphane Martignac, membre de la Chambre d’agriculture de Corrèze,
responsable de l’accompagnement des éleveurs pour l’utilisation de l’herbe et des
fourrages au sein de la transition écologique,
o Monsieur Adrien Delmont, éleveur à Allassac (Corrèze),
o Madame Salomé Mairot, chargée d’étude sur l’environnement et les paysages à
l’Union Régionale des Fromages d’Appellation Comtois (URFAC),
o Madame Camille et Monsieur Clément Delacroix, éleveurs à Barretaine (Jura),
o Monsieur Romain Robud, responsable de production à la Coopérative du Beaufortain,
o Monsieur Guillaume Gachet, éleveur à Beaufort (qui a souhaité ne pas être filmé, d’où
son intervention uniquement sonore dans le film),
o Monsieur Noël Joguet, éleveur à Beaufort.
L’organisation du tournage : Une fois les intervenants trouvés, et les interviews planifiées, le
tournage a été organisé en deux sessions :
o Trois semaines en mars 2022, pour le tournage de la plupart des interviews, des visites
d’élevages et de la Coopérative du Beaufortain, ainsi que des plans d’hiver des trois
régions,
o Deux semaines en août 2022, pour le tournage des plans d’été des trois régions et des
dernières interviews.
Le choix du matériel de tournage :
o La caméra : Il fallait une caméra suffisamment légère et maniable pour pouvoir être
transportée sur de longues distances à pied lors des tournages de paysages de hautes
montagnes, présentant une bonne autonomie énergétique et une image de qualité.
Le choix s’est porté sur un smartphone, car il est aujourd’hui un bon compromis entre
qualité d’image et ergonomie, et plus particulièrement l’IPhone® 11 du fabriquant
Apple®. Il était monté sur un stabilisateur Osmo® 4 de la marque Dji® pour obtenir
des images fluides et stables même pour les plans pris « à la volée » (certains plans
ont par exemple été tournés depuis un véhicule en mouvement). Les plans fixes ont
été filmés avec un trépied.
o La prise son sur le tournage : Là encore, il fallait du matériel facilement transportable
et rapide à mettre en place. Un enregistreur portable (c’est-à-dire un boitier
d’enregistrement possédant un micro intégré) s’est avéré suffisant, plus précisément
le H4NSP du fabriquant Zoom®. Il a servi à enregistrer les interviews et les sons
d’ambiances lors des tournages en extérieur (le son capté par l’IPhone® n’a jamais été
utilisé en raison de sa mauvaise qualité)
o La captation audio en studio : Un matériel spécifique a été utilisé pour les
enregistrements faits après le tournage, c’est-à-dire pour la voix-off, les bruitages et
les musiques, avec :
Un micro : le AT2035 de la marque Audio-Technica®
Une carte son : AudioLink Light® de la marque Midtech®
Un logiciel d’enregistrement et de mixage : Ardour®
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2. Le tournage
Avant de commencer à filmer, il a fallu choisir les standards de notre image, à savoir entre autres le
ratio et la fréquence d’image qui allaient donner un premier style visuel à notre film :
Fréquence d’image : Etant donné que nous n’allions pas filmer beaucoup de mouvements
dans nos plans, et que ceux-ci seraient dans l’ensemble des plans fixes, nous n’avions pas
besoin d’une netteté accrue, nous pouvions donc choisir une fréquence « basse » (les vidéos
très dynamiques sont généralement filmées à des hautes fréquences d’image : 48, 60 voire
120 images par seconde). Le choix s’est porté sur la fréquence de 24 images par seconde,
correspondant à la fréquence couramment utilisée pour les longs-métrages de cinéma, ce qui
permettait de donner un rendu « cinématographique » au documentaire.
Pour le ratio, nous avons choisi un ratio très large, le 2.39 : 1 (signifiant que la largeur du cadre
est 2,39 fois plus grande que sa hauteur). Ce ratio, parfois appelé « cinémascope », est
fréquemment utilisé au cinéma, généralement pour des films voulant exploiter des décors
grandioses. Il nous paraissait approprié pour filmer des paysages qui profiteraient d’une
grande largeur de cadre pour être rendus avec le plus de fidélité possible.
Le tournage a été fait à la résolution de 3840 par 1606 pixels, correspondant au standard
« 4K », au moyen de l’application Filmic Pro®.
Le tournage a eu lieu en deux parties. Lors de la première session de tournage, en mars 2022, la
logique à laquelle nous avons essayé de nous tenir était de commencer par effectuer les interviews
dans chaque région, avant de les parcourir pour trouver tous les éléments permettant d’illustrer les
propos des intervenants. Ce procédé permettait d’éviter de passer à côté de motifs paysagers
importants, et de connaitre avec précision les lieux où trouver des paysages remarquables et
pertinents. Nous avons tourné le plus de plans possibles, dans les limites de nos capacités de
stockage, en essayant le plus possible d’alterner plans fixes et plans en mouvements, pour varier le
montage, tout en gardant une logique vis-à-vis de l’élément filmé. Nous avons également filmé de
nombreux plans rapprochés d’éléments du paysage (clôtures, abreuvoirs, végétation) pour diversifier
les valeurs des plans d’une part, et, d’autre part, montrer l’importance de ces « détails » dans la
structure du paysage. La deuxième session, en août 2022, avait quant à elle les objectifs suivants :
Filmer des paysages avec une végétation d’été et les vaches à l’extérieur, et retrouver certains plans
pris en hiver pour les filmer à nouveau et pouvoir comparer les deux versions, après montage.
Au total, 461 plans de paysages ont été tournés (avec des durées allant de quinze secondes à trois
minutes) dans les trois régions entre les deux sessions, auxquels s’ajoutent les 76 plans d’interviews
(d’une durée de trente minutes pour les plus longs), de visites d’élevage et de la coopérative du
Beaufortain. Dix-huit plans ont par ailleurs été tournés dans d’autres régions, au fil des déplacements,
soit un total de 537 plans.
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3. La post-production
La post-production englobe toutes les étapes suivants le tournage jusqu’à la finalisation du film. Dans
notre cas, elle a débuté avec une nouvelle phase de bibliographie pour vérifier, chiffrer et recueillir
les sources des informations présentées par les intervenants. La trame du film a ensuite été élaborée
en se basant sur toutes ces données, et en suivant le plan suivant :
I. Description des paysages d’élevage bovin à travers nos 3 exemples,
II. Evolution dans le temps de ces paysages, aspects patrimoniaux et touristiques,
III. Place des paysages d’élevage bovin dans la transition écologique en cours.
La post-production s’est ensuite déroulée dans cet ordre :
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Le mixage son : Cette étape consiste à régler les niveaux des différents éléments sonores,
à y ajouter des effets tels que de la réverbération ou de l’égalisation de fréquence pour
mieux les lier les uns aux autres, et pour que l’élément principal (généralement la voix)
soit parfaitement audible. Le mixage a été fait dans le logiciel Ardour® (à noter que les
musiques ont reçu leur propre mixage avant d’être intégrées dans le montage son et
mixées avec le reste)
Pour finir, le générique de fin a été ajouté.
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Partie II - Synopsis détaillé du film
Le résultat de notre travail est le documentaire « Paysages d’élevage : Une association vertueuse ?
». Plusieurs versions du film se sont succédées : la première, achevée, en septembre 2022, durait 103
minutes. Cette première version fut raccourcie, en retirant tout ce qui s’éloignait trop du sujet. La
visite de la coopérative du Beaufortain par exemple était beaucoup plus longue et détaillée et a été
élaguée. Cela a permis d’obtenir une deuxième version de 92 minutes, qui ne contenait encore que
le montage « brut », c’est-à-dire les interviews, les plans d’illustration et une première version de la
voix-off, mais aucun des autres éléments. L’ajout des sons d’ambiance, bruitages, musiques, de la
voix-off définitive, de l’étalonnage et des titres a donné la troisième version, terminée en décembre
2022, et première version achevée du documentaire. Enfin, après les dernières retouches, le film
dans sa version définitive a été terminé en janvier 2023, il dure 93 minutes.
Le déroulé du film suit le synopsis détaillé suivant :
Introduction
25% de la surface du territoire français sont destinés à l’alimentation d’herbivores d’élevage
[1]. Or, la majorité de l’élevage en France est dit « intensif », c’est-à-dire qu’il maximise la
production par unité de surface, et occupe donc une part relativement restreinte du territoire.
La majorité de cette surface est occupée par un élevage minoritaire (en termes de volume de
production) : l’élevage extensif qui, dans le cas de l’élevage bovin, est axé autour de
l’utilisation de pâtures.
L’objet de ce documentaire est d’étudier cet élevage bovin extensif à travers le prisme des
paysages, en se demandant comment sont caractérisés ces paysages, comment ils évoluent
dans le temps selon les transformations que subit l’élevage, et quelle place ils peuvent avoir
pour les territoires dans la transition écologique actuelle.
Pour répondre à cela, nous nous appuierons sur trois exemples : Le massif du Beaufortain, le
massif du Jura, et le Limousin.
I. Description de paysages d’élevage bovin
Le géographe Philippe Pinchemel définissait le paysage comme un palimpseste, c’est-à-dire
une réécriture d’un milieu naturel par les activités humaines qui s’y trouvent. Pour
caractériser ces impacts de l’homme et, plus particulièrement, de l’élevage sur le milieu
naturel, nous allons étudier trois exemples, en commençant par le Limousin.
1) Le Limousin : un archétype de région d’élevage
L’élevage en Limousin (qui était autrefois une région administrative regroupant les
départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne), est caractérisé par :
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La Limousine, une race de vache à viande dite « rustique », adaptée à des conditions
de climat rude et à des sols pauvres,
Des sols granitiques et schisteux, assez friables et retenant peu l’eau,
Des reliefs de plateaux d’altitude peu élevée (350 mètres en moyenne) [1] et peu
accidentés, mais présentant tout de même de nombreuses pentes,
Un climat doux et humide.
Ces caractéristiques peuvent expliquer que l’agriculture en Limousin soit majoritairement de
l’élevage, car les animaux exploitent plus facilement les pentes que d’autres productions.
Cette spécialisation du territoire a débuté il y a plusieurs siècles mais s’est concrétisée durant
la deuxième moitié du XXème siècle.
Les productions bovines de cette région se divisent en plusieurs spécialités :
Le veau élevé « sous la mère » : abattu entre 4 et 5 mois, exclusivement nourri au lait,
Le broutard, veau destiné à être vendu entre 7 et 9 mois pour être engraissé à l’herbe
à l’extérieur du territoire (généralement en Italie),
Le veau rosé, abattu à moins de 8 mois, qui a été fini sur l’exploitation avec des
céréales et des protéagineux produits sur place,
Le bovin jeune, de 12 à 14 mois, engraissé sur l’exploitation,
Le bovin de filière longue, à savoir la vache de réforme et le bœuf (bovin mâle adulte
castré).
Ces productions, et les cultures qu’elles nécessitent, expliquent la structure du paysage : un
mélange de cultures de fourrages, de céréales et de pâtures, de taille modeste du fait de la
petite taille des troupeaux (comparé à la moyenne nationale), formant un patchwork
paysager, historiquement délimité par des haies : le bocage [1] [6].
A cela s’ajoute différents motifs paysagers :
Tous ces éléments constituent l’archétype d’un paysage d’élevage. On les retrouve dans
toutes les régions pratiquant l’élevage bovin, mais leur répartition change selon le milieu
naturel, comme le montre l’exemple suivant : le massif du Beaufortain.
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2) Le Beaufortain : un élevage adapté aux conditions naturelles des hautes
montagnes
Le massif du Beaufortain, situé autour de Beaufort en Savoie, est caractérisé par une altitude
élevée (1500 mètres en moyenne), variée (de 700 à 3000 mètres), et des pentes. Le climat y
est, en conséquence, très rigoureux en hiver [1].
Du fait de ces températures hivernales très basses, et des pentes qui rendent toute activité
humaine compliquée dès qu’on monte en altitude, l’habitat est regroupé au fond des vallées.
La présence de cours d’eau et de terrains plats permet d’y établir des cultures et des fermes.
Plus haut en altitude, les pentes rendent l’implantation des habitations plus compliquées, et
les forêts prédominent alors. Encore plus haut, passé les 2000 mètres d’altitude, les arbres ne
peuvent plus pousser, il s’agit des alpages (appelés estives dans d’autres massifs
montagneux). Cette surface est valorisée sous forme de prairies permanentes pâturées par
les vaches en été.
Le paysage est donc étagé en :
Ce paysage, commun à beaucoup de chaines de montagnes, est donc influencé par les
conditions naturelles, mais a été modelé par les activités humaines et, en particulier,
l’élevage, qui est l’activité la mieux adaptée à ce milieu. On y trouve quelques motifs propres
à l’élevage de montagne, comme les chalets d’alpages [3].
Le milieu naturel ne suffit cependant pas à expliquer la forme qu’a pris le paysage. Celui-ci a
également été forgé par la production particulière qu’on y trouve : le fromage de Beaufort. Il
s’agit d’un fromage à pâte cuite d’appellation d’origine protégée (AOP), élaboré à partir du
lait cru de vaches de races Tarine ou Abondance, élevées dans le périmètre de l’appellation.
Les vaches ne sont nourries qu’avec de l’herbe, pâturée dans les alpages l’été et distribuée
l’hiver sous forme de foin, et de l’aliment concentré à base de céréales, sans aucun aliment
fermenté. Le lait est trait dans les bâtiments d’élevage l’hiver, et directement dans les alpages
l’été puis collecté par les coopératives qui le transforment ensuite suivant un procédé de
fabrication strict [10].
De ces contraintes de fabrication, issues des techniques traditionnelles, découlent des
conséquences paysagères qui s’ajoutent à celles précédemment citées :
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L’élevage en Beaufortain s’inscrit dans le cadre du pastoralisme, qui est un type d’élevage
caractérisé par l’utilisation de la végétation spontanée du milieu et par un déplacement des
troupeaux [6].
Ce deuxième exemple nous montre plusieurs choses :
L’environnement de départ d’une région influence le type d’élevage qui s’y développe,
qui à son tour influence le paysage,
Le type de production, ici le beaufort, et les contraintes qui y sont associées ont
également des effets structurants sur le paysage,
L’attachement des producteurs à des techniques traditionnelles conserve, au moins
en partie, ces paysages [2].
Pour mieux comprendre l’impact que peut avoir la production spécifique d’une région sur son
paysage, nous allons voir un dernier exemple : le massif du Jura
3) Le Jura : de multiples paysages, pour de multiples productions
Le massif du Jura (qui s’étend sur les départements du Doubs, du Jura et de l’Ain), est peu
élevé (700 mètres d’altitude en moyenne) et a des variations d’altitude moindres que les
Alpes. Le climat y est plus doux en hiver mais très humide. Son agriculture est variée :
maraîchage, vignes, élevage, etc. [1]
L’élevage jurassien est axé autour de quatre fromages, possédant des aires de production
distinctes qui se recoupent au sein du massif : le comté, le morbier, le mont d’or et le bleu de
Gex. Leurs techniques de fabrication diffèrent mais leur production est assurée par des
coopératives communes, appelées fruitières [11] [12] [13] [14].
Les fruitières collectent le lait de leur zone d’influence et fabriquent un ou plusieurs des
quatre fromages, selon l’endroit où elles se situent. Le lait d’un même élevage peut donc
servir à fabriquer plusieurs fromages, et ceci grâce aux points communs des quatre cahiers
des charges [15] [16].
Le paysage jurassien est constitué de prairies, où pâturent des vaches de race Montbéliarde
et Simmental, et de nombreuses forêts. Les variations d’altitudes étant peu importantes, les
pâtures ont la place de se développer autour des exploitations, il n’y a donc pas de système
transhumant comme dans le Beaufortain, et peu d’estives. L’organisation de l’élevage se
rapproche donc plus de celle du Limousin, et pourtant le paysage qui en résulte n’est pas un
bocage : la densité linéaire de haies est inférieure à 20 mètres par hectare. Les pâtures sont
plutôt enclavées dans les forêts, ce qui créé un paysage caractéristique du Jura : le pré-bois
[1].
Mais il y a des différences selon les zones. Par exemple, l’aire de production du bleu de Gex
présente une altitude légèrement plus élevée que le reste du Jura, et on y retrouve des
systèmes transhumants et des estives.
Ici encore, on sent la force qu’a eu l’environnement naturel dans le développement de
l’élevage. Il y a bien un lien direct entre le milieu et l’élevage qui s’y développe, mais il faut le
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mettre en perspective par rapport au lien, encore plus fort, entre la façon dont l’homme
travaille la terre, et le paysage qui en résulte.
Pour vraiment comprendre d’où viennent ces paysages, il faut les envisager dans la durée en
observant leur évolution.
II. Evolution dans le temps de ces paysages, aspects patrimoniaux et touristiques
Dans chacune des régions étudiées, les éleveurs constatent l’augmentation en taille des
troupeaux, et la diminution du nombre d’élevages. Les recensements agricoles confirment
cette tendance qui dure depuis plusieurs dizaines d’années maintenant : 389 000
exploitations en France métropolitaine en 2020, contre 490 000 en 2010, et 1.5 million dans
les années 70 [8]. Mais les productions soumises à des cahiers des charges et bénéficiant
d’une certaine reconnaissance (via des labels par exemple) sont moins sujettes à cette
tendance [1] [8].
1) Un élevage qui s’intensifie et des paysages qui se transforment
Ce phénomène d’augmentation en taille des troupeaux va de pair avec la spécialisation des
territoires et l’industrialisation de l’agriculture [2]. La mécanisation qui s’est mise en place,
avec l’apparition des engins agricoles motorisés, est une des raisons de l’augmentation en
taille des exploitations, le maniement de ces engins étant impossible, ou très peu rentable,
sur de petites surfaces [1]. Cela s’est accompagné d’abattage de haies, d’où l’apparition du
terme de « débocagisation » dans certaines régions. A l’échelle du pays, 75% du réseau de
haies a disparu depuis 1960. Les races de vache se sont également spécialisées.
Ces changements ne se sont pas faits de façon homogène : les régions de plaines sont plus
touchées par l’industrialisation que les zones de montagnes, par exemple. Et les régions
possédant une production unique bien ancrée dans le territoire (un fromage d’appellation,
par exemple) ont été en partie préservés de ces phénomènes, malgré le passage à des
procédés de transformations plus industriels.
Tout cela entraîne des transformations paysagères, avec :
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Ces changements touchent aussi, dans une moindre mesure, les zones de production de
fromages AOP, comme le Beaufortain ou le Jura, où une diminution des haies a été observée.
Ce déclin touche de nombreux motifs paysagers : murets, bosquets, talus, etc. [3]
Les bâtiments d’élevage ont évolué eux-aussi. D’une part, la diminution du nombre des
exploitations et l’exode rural ont conduit, en périphérie des villes, à une urbanisation des
anciennes surfaces agricoles. D’autre part, l’augmentation de la taille des troupeaux et du
matériel a conduit à une augmentation de la taille des bâtiments, qui se sont petits à petits
implantés hors des villages.
Les paysages d’élevage ont donc une place particulière au sein de l’agriculture : lorsqu’une
production végétale est arrêtée, la surface qu’elle utilisait est généralement récupérée par
une autre production. Mais dans le cas de l’élevage, qui valorise souvent des espaces
impossibles à utiliser autrement, l’arrêt de la production signifie l’abandon et l’enfrichement
de ces espaces. L’élevage est donc le seul garant de ces paysages.
Cependant, les paysages d’élevage sont également préservés à bien des égards, notamment,
car ils constituent aujourd’hui un patrimoine culturel de leur région [2]. Ces paysages ont, par
exemple, un fort attrait touristique.
2) L’attachement des Hommes aux paysages
Le tourisme rural connait aujourd’hui une forte affluence, ce qui apporte un important
dynamisme économique dans les campagnes. Les paysages ont une importance capitale pour
ce tourisme, car ils en sont un des principaux atouts.
Le lien entre élevage, tourisme et paysage est encore plus flagrant lorsqu’on s’intéresse aux
sports d’hiver : Ces pistes sont situées dans les alpages, qui sont entretenus l’été par les
troupeaux. En l’absence de cet entretien, le maintien des pistes serait bien plus cher et
compliqué pour les stations. De plus, le pâturage permet en limitant l’enfrichement, de
diminuer le risque d’avalanche. En retour, les stations apportent de l’emploi aux populations
locales, ainsi que d’importants moyens financiers et logistiques pour l’ouverture de nouveaux
alpages, qui sont ensuite utilisés par l’élevage. Les deux activités travaillent donc en symbiose
à l’entretien des paysages de haute montagne.
L’attachement des éleveurs à leur territoire est un autre moteur de la préservation des
paysages : ils sont, plus que d’autres agriculteurs, liés à leur terroir du fait de l’implantation
de leur production qui, comme on l’a vu, est souvent la seule possible à cette échelle dans ces
régions, et qui ne pourrait pas être faite de la même façon ailleurs. Les éleveurs ont joué un
rôle historique dans la création et le maintien de nombreux paysages : les bocages, les marais,
les landes ou encore les estives.
Toutes les évolutions que nous avons vues arrivent dans un contexte de prise de conscience
de la part du grand public : prise de conscience environnementale et du rôle de l’élevage dans
les perturbations écologiques, mais aussi prise de conscience de la valeur des paysages et de
leurs transformations à travers l’intensification de l’agriculture [2]. Tout cela s’accompagne
d’une évolution des habitudes de consommation des produits de l’élevage. Le paysage a un
rôle de « signe de qualité » dans l’esprit des consommateurs, il y a un lien qui est fait
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naturellement entre paysage de qualité et produit de qualité, un lien qui a été renforcé dans
les années 80-90 avec le renouveau de nombreux fromages, notamment via la création des
appellations d’origine pour ceux-ci, toujours associées à l’idée de paysage de qualité, et de
maintien de ces paysages par l’élevage. On parlait à l’époque de multifonctionnalité de
l’élevage, qui est à la fois producteur de denrées, mais également de paysages.
Ce crédit donné aux paysages d’élevage explique que leur préservation soit aujourd’hui un
phénomène actif.
3) Les paysages d’élevage : un patrimoine activement protégé
L’élevage des herbivores a une très grande importance dans le territoire français : sur les 55
millions d’hectares que compte la métropole, 15 millions sont valorisés en alimentation pour
des herbivores, soit environ ¼ du territoire [1], avec :
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de l’herbe dans les systèmes d’élevage, avec l’ajout de critères tels que la présence de prairies
fleuries permanentes.
Mais cette préservation se heurte aujourd’hui à une nouvelle problématique : le dérèglement
climatique.
III. Place des paysages d’élevage bovin dans la transition écologique en cours
L’intensification de l’agriculture ces 50 dernières années a été accompagnée d’une chute
notable de la biodiversité, d’une artificialisation des milieux, une imperméabilisation des sols
ou encore de la simplification paysagère dont nous parlions plus tôt. Mais aujourd’hui, on
observe les premiers impacts de ces changements environnementaux sur l’élevage.
1) L’élevage en extérieur, première victime du réchauffement climatique
Dans le Limousin, l’impact du changement climatique s’est fait sentir ces dernières années,
particulièrement de 2018 à 2020 : si la pluviométrie annuelle n’a pas beaucoup changé, la
répartition hydrique sur l’année a été modifiée, avec des sécheresses de plus en plus longues
en été. Or, les sols retenant mal l’eau dans cette région, cela a entrainé des pertes de
rendement sur les prairies. On a ainsi observé une baisse de la quantité de fourrages stockés,
mais aussi parfois un affouragement estival augmenté, c’est-à-dire que les troupeaux ont été
nourris au foin durant une plus longue période l’été, du fait de l’allongement des sécheresses.
Les zones où l’élevage suit un modèle pastoral, et a fortiori les zones de montagne, sont très
sensibles à la sécheresse, à la chute de la biodiversité et au réchauffement climatique de
manière générale [2] [4]. Ainsi, dans les fruitières du Jura, bien qu’il s’agisse d’un système
prairial où les écosystèmes ont été globalement préservés, on a observé une chute de la
biodiversité des pâtures du fait de l’intensification de la fertilisation. On oscille, dans ces
régions, entre la recherche d’une meilleure rentabilité de l’herbe, et la recherche de systèmes
moins vulnérables aux changements climatiques.
Les systèmes d’élevage s’adaptent à ces modifications environnementales, mais cette
adaptabilité a des limites. Pour reprendre l’exemple du Limousin, suite aux sécheresses
estivales, ce n’est pas la sole qui a changé mais le calendrier et le mode de récolte : les fauches
de fourrages sont réalisées plus tôt, vers le mois de mai, ce qui entraîne une augmentation de
fourrages enrubannés, le mois de mai étant généralement trop pluvieux pour faire sécher du
foin. Quatre-vingt-quinze pour cent des exploitations de Corrèze fonctionnent aujourd’hui
avec ce modèle. Il existe d’autres stratégies, selon les régions et le type de production pour
faire face à ce réchauffement, et aller vers une agriculture plus respectueuse de
l’environnement, mais, en même temps, les éleveurs sont contraints par d’importantes
logiques financières (foncier, remboursement du matériel, rentabilité, etc.). Il y a une
frustration chez les éleveurs, qui se sentent souvent pointés du doigt pour l’impact écologique
de leur activité, alors qu’ils sont profondément faiseurs de paysages, et travaillent souvent au
maintien d’une certaine biodiversité.
On se situe donc à un tournant en termes de réflexion, que ce soit sur l’environnement, la
place de l’herbe dans les systèmes d’élevage ou les nouvelles pratiques de consommation,
22
des réflexions qui sont suivies par les cahiers des charges des appellations qui ont contribué
jusqu’ici à préserver des savoir-faire d’élevage, et des paysages.
2) L’élevage : le problème et la solution ?
L’élevage dans son ensemble est une activité polluante, consommatrice d’espace et d’eau,
rejetant des gaz à effet de serre et responsable de nombreuses pollutions aquatiques [2]. Mais
les systèmes pastoraux ont des effets positifs reconnus sur l’environnement : entretien des
espaces, maintien de la biodiversité ou encore prévention de certains risques naturels. Il est
paradoxal que ce soient ces systèmes extensifs qui soient le plus impactés par le changement
climatique, quand ce sont eux qui ont les effets positifs les plus notables sur ce dernier, et sur
les paysages. A quoi faut-il s’attendre par la suite pour ces systèmes d’élevage ?
Dans le cadre du projet Adaptations des Pratiques Culturales au Changement Climatique
(AP3C), dont fait partie la Corrèze, des météorologues ont créé des prospectives basées sur
les courbes actuelles de température et d’hygrométrie. Ces prévisions montrent que l’élevage
va faire face à plusieurs difficultés, parmi lesquelles la sécurisation des stocks de fourrages et
la modification des saisons de pâturage à cause des plages caniculaires.
Plusieurs solutions s’offrent à l’élevage pour y faire face :
Captation de carbone : les pâtures et prairies permanentes sont des puits de carbone,
surtout lorsqu’elles sont associées à des haies ou des arbres. L’apport de carbone par
le fumier et l’absence de labour, ce qui limite sa libération, permettent aux prairies de
stocker énormément de carbone au fur et à mesure des années. On estime ainsi ce
stockage à 65 tonnes de carbone par hectare de prairie, contre 40 tonnes par hectare
en moyenne pour les cultures et 70 tonnes par hectare pour les forêts [1]. Cette
absorption se fait au rythme d’une demi-tonne de carbone par hectare et par an, et
ce chiffre peut monter selon les cas jusqu’à 2 tonnes par hectare et par an. Bien sûr
cette captation n’est pas continue, elle a majoritairement lieu en phase de croissance
des plantes. A ce titre, l’élevage est une des seules activités humaines à recycler d’elle-
même une partie de ses émissions de CO2 : jusqu’à un tiers des émissions de carbone
d’un troupeau est absorbé par les praires qu’il pâture [1].
Biodiversité : l’écosystème prairial est façonné et maintenu par l’élevage, il ne s’agit
pas d’un écosystème spontané, comme le montrent les zones où l’élevage recule et
où les prairies cèdent la place à des buissons puis à des forêts. Depuis l’apparition des
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intrants chimiques, on observe une chute de la biodiversité dans les zones agricoles
en général, mais cette diminution est moins observée dans les zones d’élevage [7].
Pour quantifier cette biodiversité, on parle de « diversité d’assolement »,
correspondant au nombre d’espèces différentes cultivées sur une parcelle. Les prairies
ont naturellement une diversité d‘assolement très élevée [1]. Si on regarde son
évolution, on constate qu’entre les années 1970 et les années 2010, cette diversité
d’assolement a diminué dans toutes les régions agricoles mais beaucoup moins dans
les régions d’élevage, en particulier de montagne [1]. Cela s’explique par la
spontanéité des prairies : leur diversité est plus grande lorsqu’elles n’ont pas été
semées. Cette biodiversité est également visible par la grande variété d’espèces
sauvages de plantes et d’animaux qui accompagnent les essences constitutives de la
prairie, et par les microorganismes présents dans le sol [5]. La biomasse bactérienne
d’un gramme de sol de prairie est supérieure à celle d’un gramme de sol de certaines
forêts [1] [19]. Cette biodiversité est également visible à l’échelle du paysage.
Il est intéressant à ce stade de noter l’impact que peut avoir la profession vétérinaire sur ces
écosystèmes, notamment à travers l’utilisation d’antiparasitaires sur les troupeaux au
pâturage. Ces molécules ont un effet collatéral sur la faune « non-cible » : bousiers, diptères
coprophages, abeilles, etc. Leur utilisation doit donc être raisonnée pour limiter l’impact sur
la biodiversité prairial, mais tout en continuant à assurer aux animaux une bonne protection
contre les parasites, et une rentabilité à l’éleveur. Il est par exemple possible, avec les bons
outils diagnostics, de choisir le moment idéal pour traiter, ou de ne traiter que certains
animaux, pour diminuer ces impacts négatifs [4].
3) Elevage et environnement : une entente est possible
Il y a une prise en compte de la part du monde agricole de la problématique
environnementale, qui se heurte parfois aux logiques économiques, mais des compromis sont
petit à petit trouvés pour concilier les deux au mieux. On a, par exemple, observé entre 1990
et 2008 une baisse des émissions de gaz à effet de serre par l’agriculture française de huit
pour cent, qui est certes majoritairement due à la diminution du cheptel d’animaux d’élevage
mais pas seulement, puisqu’on constate également une diminution de l’utilisation des
intrants chimiques, une meilleure valorisation des déjections animales, et une diminution de
l’importation de soja issues de zones déforestées (la déforestation étant une source majeure
d’émission de CO2) grâce à l’autonomie protéique recherchée par de nombreux éleveurs [1].
Des actions concrètes de préservation des écosystèmes sont menées par les éleveurs. Par
exemple, entre 2007 et 2010, quatre-vingts pour cent des exploitations avec herbivores ont
planté ou entretenus des haies ou des alignements d’arbres [1]. On peut également citer les
rotations de culture, qui limitent l’appauvrissement du sol, donc diminuent l’utilisation
d’engrais, tout en favorisant la biodiversité. Cette technique revient de plus en plus en
agriculture biologique, mais a toujours été présente dans l’élevage pour la production de
fourrages, les parcelles étant souvent utilisées en alternance, par exemple, en remplaçant
tous les cinq ans les parcelles de maïs ou de céréales par des prairies de fauche pour
réalimenter le sol.
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Une méthode similaire revoit le jour pour l’utilisation de l’herbe avec le pâturage tournant :
cela consiste à diviser la parcelle en paddocks où les animaux restent un certain nombre de
jours (1 ou 2 jours en général) avant de changer de parcelle, afin de favoriser la meilleure
pousse possible plutôt que d’épuiser totalement la prairie avant d’en changer. Ce cycle dure
généralement une vingtaine de jours au printemps et une quarantaine de jours en été et en
automne. Cela permet aux animaux de toujours consommer de l’herbe de qualité, ce qui
donne de meilleurs rendements, et d’avoir une dynamique de pousse de la prairie mieux
respectée. Les effets positifs de cette technique sont multiples :
Meilleure qualité alimentaire, donc meilleur rendement, notamment avec une plus
grande quantité de légumineuses : le fait de revenir régulièrement consommer un
paddock maintient le couvert général plus bas, augmente l’ensoleillement au niveau
du sol et favorise ainsi les espèces dites « de lumière » comme les légumineuses (le
trèfle blanc, par exemple),
Temps de pâturage augmenté d’un mois environ, donc diminution de la quantité de
réserves à faire pour l’hiver,
Possibilité d’augmenter le chargement de la parcelle.
Cela permet d’obtenir ainsi de meilleurs résultats, avec la même surface et le même nombre
d’animaux (voire plus d’animaux dans certains cas), en augmentant simplement un peu le
travail humain.
Avantages économiques, bienfaits environnementaux, retombées positives en termes de
bien-être animal, ces exemples d’évolutions vers des techniques plus respectueuses de
l’environnement, plus sobres en consommation d’énergie et de produits chimiques sont le
signe d’une entente possible entre transition écologique et élevage. Ces régions d’élevage en
extérieur et extensif auxquelles nous nous intéressons, ayant privilégié la qualité du produit
au détriment d’une certaine productivité, pourraient être les exemples de la nouvelle place
de l’élevage dans les réflexions actuelles. En ayant conservé, parfois volontairement, une
certaine rusticité ces régions d’élevage se sont dotées d’atouts majeurs face aux
bouleversements climatiques actuels. Cela se ressent jusque dans les races utilisées :
rustiques, robustes et à même de supporter les restrictions que l’élevage va devoir s’imposer.
Conclusion
D’après la FAO, l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture des Nations Unies, les
systèmes herbagers des zones tempérées, qui sont à la fois productifs et liés au sol, sont parmi
les plus performants pour la limitation des émissions de gaz à effet de serre par unité agricole
produite [1]. Les paysages d’élevage, par leur diversité, sont le reflet de la diversité écologique
forgée par ces systèmes agricoles. En cherchant à préserver un terroir, un paysage, une
production, l’élevage extensif, bien qu’il présente de nombreux impacts négatifs sur
l’environnement en vient malgré tout à réaliser une certaine forme d’écologie.
De nombreux signaux indiquent que l’agriculture en France et dans le monde arrive à un
tournant. L’industrialisation et l’intensification du XXème siècle sont lentement en train de
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laisser la place à de nombreux questionnements, quant à l’impact de nos activités humaines
sur notre environnement et la durabilité de ces activités [2] [4]. Au cœur de ces
bouleversements, l’élevage qui en plus touche à la thématique du bien-être animal, va devoir
évoluer et le pastoralisme a sa place à trouver dans cette évolution. Menacé, comme le reste
de l’agriculture par d’importantes contraintes économiques d’un côté, il est, d’un autre côté,
porteur des nombreux atouts que nous avons vus.
Notre angle de départ, à savoir les paysages, peut paraître secondaire, voire anecdotique,
mais il est représentatif de la force que va avoir l’élevage en extérieur dans les mutations à
venir car il se trouve naturellement à la jonction entre les pratiques d’élevage,
l’environnement, le patrimoine, l’histoire, le tourisme… Les paysages ne sont pas seulement
une résultante visuelle de cet élevage, ils en sont la synthèse.
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Partie III – Discussion
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2. Les difficultés rencontrées
Nous nous sommes heurtés à plusieurs difficultés et obstacles au cours de la production du film. Tout
d’abord concernant les intervenants, plusieurs personnes ont été contactées mais n’ont pas pu être
interviewées, pour différentes raisons. Parmi elles on peut citer Monsieur Yves Michelin, professeur
à VetAgroSup et agronome spécialiste des paysages, dont l’apport aurait été plus qu’intéressant, et
qui a accepté de nous répondre mais dont l’interview n’a finalement pas pu se faire pour des raisons
de planning. Le film aurait donc pu gagner encore en diversité de propos et en précision avec l’ajout
de ces intervenants supplémentaires.
Il y a ensuite eu quelques problèmes logistiques durant le tournage, notamment pour le stockage des
rushs (« rushs » est le terme donné aux vidéos brutes enregistrées lors du tournage et n’ayant pas
encore été retravaillées au montage). Le fait de filmer en haute résolution a donné des fichiers très
lourds : environ 500 Méga-octets (Mo) pour une minute de vidéo, soit 15 Giga-octets (Go) pour une
interview d’environ 30 minutes. Au total, presque 400 Go de vidéos ont été enregistrés. Nous avons
vite été confrontés à des difficultés pour trouver de l’espace de stockage durant le tournage, qui a
été effectué en itinérance sur plusieurs semaines. Une solution trouvée a été de passer par un
stockage sur un cloud (un serveur distant), mais cela nécessitait beaucoup de bande passante par
satellite (4G), pas toujours présente dans les régions où nous nous situions, et le transfert prenait du
temps du fait là encore de la taille des fichiers. Tout cela a limité le nombre de vidéos que nous avons
pu tourner par jour, en particulier à la fin du tournage. Pour cette raison, nous n’avons pas pu faire
autant de plans du Limousin que du Jura ou du Beaufortain, car c’est la dernière zone que nous avons
visitée.
Enfin, le fait de tourner en mars puis en août nous a certes permis d’observer les paysages durant
deux saisons différentes, mais en étant à chaque fois en dehors des périodes de cultures des céréales
(qui germent après le mois de mars et sont fauchées avant août), ce qui explique que nous n’ayons
pas eu de plans de cultures autres que du maïs pour illustrer les parties correspondantes.
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vraiment étudier l’évolution des paysages d’élevage à l’échelle d’une année, il aurait fallu les filmer
durant chacune des quatre saisons.
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CONCLUSION
Les paysages d’élevage font partie de ces sujets à la fois évidents et méconnus. Evidents car tout le
monde a déjà contemplé un paysage au moins en partie issu des activités d’élevage, même sans le
savoir. Ils font partie de nos cadres de vie, de vacances et de nos références communes. On retrouve
ces paysages aussi bien dans des peintures célèbres que sur l’emballage de nos yaourts. Et pourtant
c’est un sujet méconnu car bien souvent on ignore le rôle de l’élevage dans la création des paysages,
et peu de gens perçoivent aujourd’hui les conséquences visuelles dans notre environnement familier
que pourrait avoir l’évolution des pratiques d’élevage [2]. Si aujourd’hui beaucoup de personnes
remettent l’élevage en question, ou s’interrogent éthiquement sur nos modes de consommation et
notre rapport à l’animal, ce qui constitue un débat passionnant, il pourrait être intéressant d’intégrer
le devenir des paysages dans ces réflexions. Car on peut légitimement être contre certaines pratiques
d’élevage, voire contre l’élevage de manière générale, mais qui est contre les paysages alpins ou
jurassiens ? Notre but ici n’est pas d’être moralisateur quant aux questionnements éthiques de nos
concitoyens, mais simplement d’apporter un point de vue si possible inédit sur cette composante,
souvent oubliée, de l’élevage.
A travers ce documentaire, nous avons donné la parole à des gens de professions très diverses : des
géographes, des éleveurs, des parasitologues, des fromagers… Chacun avait sa vision de l’élevage, de
son intérêt et de son possible devenir, mais de leur discours à tous est ressorti le même attachement
pour les paysages. Nous avons sous les yeux un patrimoine riche et varié, sans cesse en mouvement,
et sur lequel reposent bien plus de choses qu’on ne pourrait le croire de prime abord.
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BIBLIOGRAPHIE
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9. Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, 2022, « Les chiffres définitifs et détaillés du Recensement
agricole 2020 » (en ligne), disponible sur https://agriculture.gouv.fr/les-chiffres-definitifs-et-detailles-du-
recensement-agricole-2020 (consulté le 20/09/2022)
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protégée Comté », Journal officiel de la République Française du 16 septembre 2017
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protégée Morbier », Bulletin officiel du Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt n°27-
2014
13. Syndicat Interprofessionnel de Défense du Mont d’Or, 2012, « Cahier des charges de l’appellation
d’origine Mont d’Or ou Vacherin du Haut-Doubs », Bulletin officiel du Ministère en charge de l'agriculture
n°20-2012
14. Syndicat interprofessionnel du Bleu de Gex Haut-Jura, 2014, « Cahier des charges de l'appellation
d'origine Bleu de Gex Haut-Jura ou Bleu de Septmoncel », Bulletin officiel du Ministère de l'agriculture, de
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33
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19. Gis Sol, RMT Sols et Territoires, 2018, L’information sur les sols en France : quels outils disponibles pour
quelles utilisations, 34 p.
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Toulouse, 2022
TITRE : Réalisation d’un film documentaire sur les paysages d’élevage bovin en France.
RESUME :
Ce document présente le processus de création d’un film documentaire de 93 minutes traitant des
liens entre élevage bovin et paysages en France.
L’auteur a d’abord présenté les étapes de fabrication du film, puis un résumé détaillé de ce dernier :
trois zones géographiques ont été étudiées en guise d’exemples, leurs caractéristiques de terroir et de
production ont été détaillées, ainsi que leurs paysages. Le film s’est ensuite intéressé à l’évolution dans
le temps de ces paysages et à leur place et leur rôle dans la transition écologique en cours.
Pour finir, l’auteur est revenu sur le choix du média audiovisuel, sa pertinence et ses limites.
ENGLISH TITLE: Creation of a documentary film about the French cattle farming associated
landscapes.
SUMMARY:
This work presents the creation process of a 93-minute documentary film dealing with the connections
between cattle farming and landscapes in France.
The author first presented the steps of the film making, then a detailed summary of the movie: three
geographic areas have been studied as examples, their production features have been detailed, as well
as their landscapes. The movie then dealt with these landscapes evolution through time and with their
place and part into the actual ecological transition.
Finally, the author explained the choice of audiovisual medium, its relevance, and its limits.
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