Master Modélisation Statistique M2
Finance - chapitre 4
Mouvement Brownien et modèle de Black-Scholes
Clément Dombry,
Laboratoire de Mathématiques de Besançon,
Université de Franche-Comté.
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Motivations et objectif du cours
Il s’agit de modéliser un marché financier en temps continu. Le modèle
est plus réaliste, car les cours des actions sont généralement cotés de
manière continue : par exemple pour le CAC40.
Le modèle principal est le modèle de Black-Scholes et se base sur le
mouvement Brownien.
Après avoir définit le mouvement Brownien, on étudiera quelques
propriétés et on verra que le mouvement Brownien apparaît comme limite
de marches aléatoires renormalisées.
Finalement, on introduira le modèle de Black-Scholes comme limite du
modèle de Cox-Ross-Rubinstein.
On établira la formule de Black-Scholes donnant le prix des options
européennes (call et put).
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Plan du cours
1 Le mouvement Brownien
2 Le modèle de Black-Scholes comme limite du modèle
Cox-Ross-Rubinstein
3 La formule de Black-Scholes pour le prix des options européennes
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Notion de processus stochastique
Un processus stochastique représente l’évolution aléatoire d’une quantité
dans le temps : la valeur Xt (ω) représente la quantité au temps t pour la
réalisation ω.
Définition
Soit (Ω, F, P) un espace probabilisé.
On appelle processus stochastique X = (Xt )t≥0 une collection Xt de
variables aléatoires (i.e. pour tout t ≥ 0, ω 7→ Xt (ω) est mesurable).
On dit que le processus X = (Xt )t≥0 est à trajectoires continues si il
existe un ensemble de probabilité nulle N tel que pour tout ω ∈ Ω \ N
l’application t 7→ Xt (ω) est continue.
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Notion de processus stochastique
Un processus stochastique représente l’évolution aléatoire d’une quantité
dans le temps : la valeur Xt (ω) représente la quantité au temps t pour la
réalisation ω.
Définition
Soit X = (Xt )t≥0 un processus stochastique.
On appelle accroissement de X entre les temps t1 et t2 la variable
aléatoire Xt2 − Xt1 .
On dit que le processus X = (Xt )t≥0 est à accroissements indépendants
si pour tout k ≥ 2, 0 = t0 < t1 < t2 < · · · < tk , les variables Xti − Xti−1 ,
1 ≤ i ≤ k sont indépendantes.
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Notion de mouvement Brownien
Définition
On appelle mouvement Brownien standard B = (Bt )t≥0 un processus
stochastique à trajectoires continues vérifiant
i) B0 = 0 p.s.,
ii) pour tout 0 ≤ t1 < t2 , Bt2 − Bt1 ∼ N (0, t2 − t1 ),
iii) pour tout k ≥ 2, 0 = t0 < t1 < t2 < · · · < tk , les accroissements
(Bti − Bti−1 )1≤i≤k sont indépendants.
Par définition du mouvement Brownien, les accroissements sont Gaussiens
(ii) et indépendants (iii). Remarquons que l’existence du mouvement
Brownien est non triviale, notamment la continuité des trajectoires.
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Simulation d’un mouvement Brownien
Avec un ordinateur, on peut simuler très simplement les valeurs du
processus (Bt )t≥0 en un nombre fini de points.
Par exemple, pour tk = kT n , 0 ≤ k ≤ n variant entre t0 = 0 et tn = T , on
commence par simuler les accroissements ∆k = Btk − Btk −1 , 0 ≤ k ≤ n,
qui sont i.i.d. de loi N (0, T /n) et on pose
k
X k
X
B0 = 0, Btk = (Bti − Bti−1 ) = ∆k , 1 ≤ k ≤ N.
i=1 i=1
Avec le logiciel R :
T<-10
4
N<-100
3
D<-rnorm(N,0,sqrt(T/N))
2
B<-c(0,cumsum(D))
B
1
plot(seq(0,T,T/N),B,type=’ol’)
0
0 2 4 6 8 10
seq(0, T, T/N)
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Simulation d’un mouvement Brownien
Attention, cette représentation est trompeuse car le logiciel fait une
interpolation linéaire ! On a donc une représentation approchée du
mouvement Brownien.
Evidemment la qualité de cette représentation est meilleure lorsque N
est grand :
N=10 N=100 N=1000
3.0
4
4
2.5
3
mouvement Brownien B_t
mouvement Brownien B_t
mouvement Brownien B_t
3
2.0
2
2
1.5
1
1.0
1
0
0.5
0
−1
0.0
−1
0 2 4 6 8 10 0 2 4 6 8 10 0 2 4 6 8 10
temps t temps t temps t
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Propriétés du mouvement Brownien
Proposition
Soit B = (Bt )t≥0 un mouvement brownien :
(covariance) pour tout t1 , t2 ≥ 0, Cov(Bt1 , Bt2 ) = min(t1 , t2 ) ;
(symétrie) le processus (−Bt )t≥0 est aussi un mouvement Brownien ;
(propriété de Markov) pour tout a > 0 le processus (Ba+t − Ba )t≥0 est un
mouvement Brownien ;
(autosimilarité) pour tout c > 0 (c −1/2 Bct )t≥0 est un mouvement
Brownien.
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Propriétés du mouvement Brownien
Définition
Soit (Mt )t≥0 un processus aléatoire et Ft = σ(Ms ; s ≤ t) la filtration naturelle.
On dit que (Mt )t≥0 est une martingale si pour tout 0 ≤ s ≤ t, Mt est intégrable
et
E[Mt | Fs ] = Ms .
Proposition
Soit B = (Bt )t≥0 un mouvement brownien. Alors :
i) (Bt )t≥0 est une martingale ;
ii) (Bt2 − t)t≥0 est une martingale ;
iii) (exp(Bt − t/2))t≥0 est une martingale.
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Marche aléatoire et théorème de Donsker
Définition
Soit (Xi )i≥1 une suite de v.a.i.i.d.
On appelle marche aléatoire la suite de variable aléatoires (Sn )n≥0 définie par
n
X
S0 = 0, Sn = Xi , n≥1
i=1
Simulation avec R dans le cas Bernoulli Xi B(p) :
N<-50
20
p<-1/2
X<-rbinom(N,1,0.5)
15
S<-c(0,cumsum(X))
S
10
plot(seq(0,N),S,type=’p’)
5
0
0 10 20 30 40 50
seq(0, N)
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Marche aléatoire et théorème de Donsker
On étend la marche aléatoire (Sn )n≥0 au temps continu par interpolation
linéaire
St = Sn + (t − n)Xn+1 , n ≤ t ≤ n + 1.
Théorème de Donsker
On suppose les Xi de carré intégrable de moyenne m et variance σ 2 . Alors la
marche aléatoire renormalisée
Snt − ntm
√
σ n t≥0
converge en loi vers un mouvement Brownien standard (Bt )t≥0 .
Ce résultat généralise le TCL que l’on retrouve lorsque t = 1.
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Illustration du théorème de Donsker
Avec R, on simule la marche aléatoire (renormalisée) de Bernoulli avec
p = 1/2 ou p = 1/4, pour N = 10 ou N = 1000.
N=10, p=1/2 N=10, p=1/2 N=1000, p=1/2
3.0
● ● ● ● ● ● ●
0.0
2.5
−1.2 −1.0 −0.8 −0.6 −0.4 −0.2
0.0
● ● ● ●
2.0 ● ● ●
● ●
1.5
−0.5
●
1.0
● ●
−1.0
●
0.5
0.0
● ●
0 2 4 6 8 10 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
temps temps temps
N=10, p=1/4 N=10, p=1/2 N=1000, p=1/2
2.0
● ● ● ● ● ● ● ● ●
0.0
0.8
●
0.6
1.5
● ●
−0.4
0.4
● ●
1.0
● ●
0.2
−0.8
0.0
● ●
0.5
−0.2
●
−1.2
0.0
−0.4
● ●
0 2 4 6 8 10 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
temps temps temps
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Plan du cours
1 Le mouvement Brownien
2 Le modèle de Black-Scholes comme limite du modèle
Cox-Ross-Rubinstein
3 La formule de Black-Scholes pour le prix des options européennes
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Modèle de Black-Scholes
On cherche à modéliser le cours d’un actif coté en temps continu par un
processus aléatoire (St )t≥0 .
Définition
Le modèle de Black-Scholes de prix initial S0 > 0, rendement instantané µ et
volatilité σ > 0 est donné par
σ2
St = S0 exp µt − t + σBt , t ≥ 0,
2
où (Bt )t≥0 est un mouvement Brownien standard.
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Propriétés du processus de Black-Scholes
σ2
St = S0 exp µt − t + σBt , t ≥ 0,
2
Propriétés
Le processus (St )t≥0 est à trajectoires continues et démarre en S0 pour
t = 0.
Pour tout t ≥ 0, St suit une loi log normale
ln(St ) ∼ N (ln(S0 ) + (µ − σ 2 /2)t, σ 2 t)
L’espérance de St est donnée par
E(St ) = S0 eµt
ce qui explique l’interprétation de µ comme rendement instantané.
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Propriétés du processus de Black-Scholes
De l’équation !
σ2
St = S0 exp µt − t + σBt , t ≥ 0,
2
on déduit facilement que pour tout t ≥ 0, h > 0
(µ−σ 2 /2)h σ(Bt+h −Bt )
St+h = St e e .
Avec un développement de Taylor heuristique, pour h ≈ 0
2 2 2
St+h ≈ St 1 + (µ − σ /2)h 1 + σ(Bt+h − Bt ) + σ /2(Bt+h − Bt ) .
On va à l’ordre 2 pour la partie Brownienne car E[(Bt+h − Bt )2 ] = h et on peut montrer que les termes −σ 2 /2h
et σ 2 /2(Bt+h − Bt )2 se compensent en moyenne ce qui conduit à
St+h ≈ St + µSt h + σSt (Bt+h − Bt ).
La formulation rigoureuse se fait par la théorie des équations différentielles stochastiques :
dSt = µSt dt + σSt dBt .
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Black-Scholes comme limite de Cox-Ross-Rubinstein
Rappels :
Le modèle CRR est un modèle à temps discret n = 0, . . . N où le rendement de l’actif à chaque pas de
temps ne prend que deux valeurs possibles 1 + a et 1 + b, a < b.
Pour que le marché soit viable, le taux d’intérêt par période r doit vérifier r ∈ [a, b].
Il existe alors une unique probabilité risque neutre P∗ sous laquelle les variables de rendement
Rn = Sn /Sn−1 − 1, 1 ≤ n ≤ N sont i.i.d. et d’espérance r :
∗ ∗
aP (Rn = a) + bP (Rn = b) = r
d’où
∗ b−r
P (Rn = a) = pδa + (1 − p)δb avec p = .
b−a
Pour n = 0, . . . , N, on a
n
Y
Sn = S0 (1 + Ri ).
i=1
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Black-Scholes comme limite de Cox-Ross-Rubinstein
Asymptotique :
Pour obtenir un modèle continu sur [0, T ] à la limite, on suppose le nombre de période N → ∞ et que
chaque période est de durée T /N → 0.
Les paramètres a, b, r > 0 dépendent alors de N et on pose
rT /n 1+a q 1+b q
r =e − 1, log = −σ T /N, log =σ T /N.
1+r 1+r
On en déduit
q q 1 σq q
1+a = exp rT /N − σ T /N , 1+b = exp rT /N + σ T /N , p= + T /N+o( T /N)
2 4
Le modèle Cox-Ross-Rubinstein est alors donné par 0 ≤ t ≤ T
[tN/T ] [tN/T ] q
N N
Y Y
St = S[tN/T ] = S0 (1 + Ri ) = S0 exp rT /N + εi σ T /N
i=1 i=1
q [tN/T ]
X
= S0 exp rt + σ T /N εi
i=1
avec εi = 1{Ri =b} − 1{Ri =a} i.i.d. de loi pδ−1 + (1 − p)δ1 .
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Black-Scholes comme limite de Cox-Ross-Rubinstein
Asymptotique :
p
On a E(εi ) = 1 − 2p ∼ − σ2 T /N et Var(εi ) ∼ 1 d’ou
[tN/T ]
q X q σq σ
E T /N εi ∼ T /N [tN/T ] (− T /N) ∼ − t
i=1
2 2
et
q [tN/T ]
X
Var T /N εi ∼ t/N [tN/T ] ∼ t.
i=1
On peut montrer un résultat à la Donsker :
[tN/T ]
q X σ
T /N εi + t =⇒ (Bt )0≤t≤T mouvement Brownien.
i=1
2
0≤t≤T
En revenant au modèle CCR, on obtient
!!
N σ2
(St )0≤t≤T =⇒ S0 exp rt − t + σBt .
2
0≤t≤T
On retrouve bien le modèle de Black-Scholes avec r = µ ! ! !
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Plan du cours
1 Le mouvement Brownien
2 Le modèle de Black-Scholes comme limite du modèle
Cox-Ross-Rubinstein
3 La formule de Black-Scholes pour le prix des options européennes
[Link] (Université de Franche-Comté) Finance - chapitre 1 Année 2014-2015 21 / 23
Prix de du call
Rappelons que dans le modèle Cox-Ross-Rubinstein, le prix du Call à
l’instant 0 est donné par
C0 = (1 + r )−N E∗ [(SN − K )+ ]
En passant à la limite, on obtient la formule pour le modèle Black-Scholes
h
+
C0 = e−RT E? (ST − K )
avec (St ) processus de Black-Scholes.
En particulier, ST suit une loi log-normale
ln(ST ) ∼ N (ln(S0 ) + (µ − σ 2 /2)T , σ 2 T )
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Prix de du call
On peut donc écrire C0 comme une intégrale gaussienne, qui se calcule avec
un peu d’efforts ! On obtient
Théorème de Black-Scholes
Dans le modèle de Black-Scholes, le prix du put est donné par
C0 = S0 Φ(d1 ) − Ke−rT Φ(d2 ).
avec Φ la f.r. de la loi normale et
log(S0 /K ) + (r + σ 2 /2)T log(S0 /K ) + (r − σ 2 /2)T
d1 = √ , d2 = √ .
σ T σ T
[Link] (Université de Franche-Comté) Finance - chapitre 1 Année 2014-2015 23 / 23