Troisième partie
LE DROIT DES SOCIETES
COMMERCIALES
Le droit des sociétés commerciales est rangé dans la branche du droit privé, Les sources
de ce droit sont les suivantes : l’Acte Uniforme (révisé) portant droit des sociétés commerciales
et groupements d’intérêt économique1 adopté le 30 janvier 2014 à Ouagadougou ; les statuts de
sociétés ; la jurisprudence.
Il sied de connaître d’une part, les règles communes à toutes les sociétés commerciales
(Titre I) ; d’autre part, les règles spécifiques à chaque type de société (Titre II).
Titre I :
LES REGLES COMMUNES A TOUTES LES
SOCIETES COMMERCIALES
La société commerciale est une personne morale. Il est important de connaître la
naissance (Chapitre I) et la dissolution (Chapitre II) de cette dernière.
Chapitre I :
LA NAISSANCE DE LA
SOCIETE COMMERCIALE
La naissance d’une société commerciale est conditionnée par l’existence d’un contrat
(Section I) et l’obtention d’un statut de personne morale (Section II).
Section I : Le contrat de société
Au regard du contenu de l’art. 4 AUDSCGIE, la société commerciale naît par le biais
d’un contrat entre deux ou plusieurs personnes prenant l’initiative d’affecter à une activité ; des
biens en nature, en numéraire, ou en industrie afin de partager les bénéfices ou de profiter de
l'économie qui pourrait en résulter.
Les conditions de formation d’un contrat de société sont des conditions de fond communes
à tous les contrats (§.I) et des conditions de fond spécifiques (§.II). Il existe par ailleurs, des
sanctions applicables en cas d’inobservation de ces conditions de validité (§.III).
§.I : Les conditions de fond communes à tous les contrats
En vertu de l’art. 1108 du Code civil, quatre conditions de fond sont requises pour la
validité du contrat de société :
1
AUDSGIE
1
- Le consentement des parties qui s’obligent : ce consentement doit être exempt de
tout vice en occurrence : l’erreur, le dol, la violence.
- Un objet certain et licite : c’est l’activité de la société autrement dit, celle permettant
de réaliser les bénéfices.
- Une cause licite (non contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs).
- La capacité : les parties au contrat de société doivent être dotées d’une capacité
juridique. Cette condition conduit à exclure des sociétés de personnes (SNC, SCS)2,
les mineurs non émancipés et les majeurs incapables. Par contre la capacité juridique
n’est pas exigée dans les sociétés de capitaux en raison du fait que, les associés ou
les actionnaires n’ont pas la qualité de commerçant.
§.II : Les conditions de fond spécifiques
Les conditions de fond spécifiques du contrat de société sont les suivantes : l'affectio
societatis (A), la mise en commun des apports (B), le capital (C) ainsi que la recherche des
bénéfices ou d'une économie et éventuellement la contribution aux pertes (D).
A- L’affectio societatis
L’affectio societatis désigne la volonté commune de deux ou plusieurs personnes
physiques ou morales de s’associer. Celui-ci se manifeste dans le fonctionnement de la société
par le concours de tous les associés ou actionnaires dans la gestion, l’administration et le
contrôle de celle-ci.
Cependant, l’affectio societatis n’existe point dans une société unipersonnelle (société
crée par une seule personne).
B- La mise en commun des apports
Un apport est un bien qu’un associé ou un actionnaire affecte pour la réalisation de l’objet
social. Il existe trois (3) types d’apport :
- L’apport en nature : c’est un bien meuble ou immeuble mis par l’associé à la disposition
de la société. C’est le cas d’une maison, d’un véhicule. Cependant, deux situations peuvent
se présenter : soit l'associé ne transfert à la société qu'un simple droit de jouissance sur son
bien, alors il continue d'en être propriétaire, et la société ne détiendra qu'un droit d'usage
et un droit aux fruits (usufruit) sur le bien ; soit l’associé transfert à la société le bien en
toute propriété.
- L’apport en numéraire : c’est une somme d’argent mise à la disposition de la société.
- L’apport en industrie : celui-ci renvoie aux connaissances techniques ou professionnelles
que l’associé s’engage à mettre à la disposition de la société.
C- Le capital
Le capital est la somme des apports en nature et en numéraire. Ceux-ci donnent droit à
l’attribution et la remise des titres correspondants, proportionnellement à leur montant. Ces
titres prennent le nom d'actions ou de parts sociales en fonction du type de société.
2
Les sociétés de personnes sont des sociétés dont les associés on la qualité de commerçant.
2
D- La recherche des bénéfices et la contribution aux pertes
En principe, tous les associés ont droit aux bénéfices émanant des opérations de la société
commerciale, et par ailleurs, ont l’obligation de se partager les pertes. L’impératif du partage
des bénéfices résulte de la mise en commun entre associés, des apports (en nature, en numéraire,
en industrie). Le partage des pertes entre associés constitue une exigence. Tout contrat de
société faisant exclure un associé ou certain d’entre eux de la contribution aux pertes serait nul,
tout comme un contrat faisant attribuer la totalité des bénéfices à un seul associés ou à certains
d'entre eux. Dans l'une comme dans l'autre hypothèse, on parle de clause léonine.
La clause léonine est une disposition insérée dans les statuts de société qui, soit attribue
tous les bénéfices ou toutes les pertes à un seul associé, soit l’exclut de tous les bénéfices ou de
toutes les pertes. Cette clause est strictement interdite.
Section II : Les conditions de forme
La validité du contrat de société requiert un écrit (A) et une publicité (B).
A- L’exigence d’un écrit
Le contrat doit impérativement être fait par écrit. Peu importe la forme, cet écrit peut
être un acte authentique ou acte sous seing privé. Il prend l’appellation de « statuts » autrement
qualifié de charte de l’entreprise ; il doit systématiquement contenir certaines mentions en
occurrence : les noms des associés et des fondateurs, la forme de la société, l'objet social, la
durée de la société (à défaut de précision de la durée, celle légale est de 99 ans), le siège social,
la répartition du capital social, les règles de fonctionnement des assemblées.
B- La publicité
La publicité est un ensemble de procédés par lesquels l’on porte l’existence de la société
à la connaissance de l’administration et du public. La publicité de la société commerciale
s’opère respectivement par les procédés suivants :
- l'enregistrement des statuts au greffe du tribunal compétent en matière commerciale ;
- la déclaration de conformité par laquelle les fondateurs attestent la conformité des statuts
aux dispositions de l'AUDSCGIE ;
- l'insertion des statuts dans un journal d'annonces légales du lieu du siège social ;
- enfin, l’immatriculation de la société au RCCM. C’est à partir de cette dernière
formalité que la société commerciale obtient la personnalité juridique et naît comme
personne morale.
§. III La sanction applicable en cas d’inobservation des conditions de validité du contrat
de société
En principe, la sanction infligée en cas d’inobservation des conditions de validité du
contrat de société est la nullité de la société. Mais il serait difficile d’appliquer dans toute sa
3
rigueur le principe de la nullité en matière de société, compte tenu des effets à l’égard des tiers
qui ont contracté avec la personne morale. Pour ce faire, la loi a prévu que la nullité ne peut
survenir qu’après l’échec d’une procédure de régularisation, ou en cas d’illicéité de l’objet
social.
Section II : La société commerciale comme personne morale
L’immatriculation de la société commerciale au RCCM fait de celle-ci une personne
morale par le biais d’une certaine personnalité juridique conférée. Il existe des attributs à cette
personnalité. L’un constitue le patrimoine (§.I), l’autre : l’identité (§.II).
§.I : Le patrimoine de la société commerciale
Le patrimoine de la société commerciale ou patrimoine social est l’attribut qui reconnaît
à la société, l’aptitude d’être titulaire d’un certain actif par ricochet, la possibilité d’être aussi
endettée (obligations et créances). A ce niveau il y a lieu de signaler que la consistance du
patrimoine social diffère selon qu’il s’agit de la société de personnes ou de la société de
capitaux.
La société de personnes est une société commerciale dont les associés sont
solidairement et indéfiniment responsables du passif social. Dans ce type de société, se
confondent le patrimoine social et le patrimoine personnel de chaque associé ; de sorte que, les
créanciers impayés de la société commerciale jouissent de l’avantage de poursuivre le paiement
de leurs créances en poursuivant en paiement n’importe lequel des associés. Cependant dans la
pratique, on n’admet pas que, les créanciers personnels des associés soient en quête du paiement
de leurs créances sur le patrimoine de la société.
Les sociétés de capitaux sont des sociétés commerciales dont la responsabilité des
associés (SARL, SAS) ou actionnaires (SA) est limitée à leurs apports. Ces sociétés dégagent
une particularité selon laquelle, il existe une barrière juridique entre leur patrimoine et le
patrimoine personnel de chaque associé ou actionnaire. Par conséquent, les créanciers impayés
de l'un des patrimoines (patrimoine social, patrimoine personnel à chaque associé ou
actionnaire) ne peuvent poursuivre le paiement de leurs créances sur les biens de l'autre
patrimoine.
§. II : L'identité de la société commerciale
L’identité de la société commerciale est un ensemble d’éléments assurant
l’individualisation de cette dernière dans le monde des affaires. Ces éléments constituent : le
nom (A), le domicile (B) et la nationalité (C).
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A- Le nom
Le nom est la raison sociale ou la dénomination sociale mentionnée dans les statuts. La
raison sociale est réservée aux SNC (Société en Nom Collectif), et aux SCS (Société en
Commandite Simple), alors que la dénomination sociale est réservée aux SA (Sociétés
Anonymes), aux SARL (Sociétés à Responsabilité Limitée) et aux SAS (sociétés par action
simplifiées). Le choix du nom à attribuer à la société commerciale s’opère librement par les
parties aux statuts de société. Il peut être un nom fantaisiste.
B- Le domicile
Le domicile de la société commerciale constitue ce que l’on qualifie de siège social. Il
est le lieu où se trouvent principalement, les organes de représentation (gérant, DG, PDG etc.).
C- La nationalité
La nationalité de la société commerciale se détermine sur la base de deux critères :
- Le critère du contrôle attribuant à la société, la nationalité des personnes qui la
contrôlent (principaux apporteurs).
- Le critère du siège social attribuant à la société commerciale, la nationalité du lieu où
elle a fixé son siège social.
Chapitre III : LA DISSOLUTION DE LA SOCIETE
COMMERCIALE
La dissolution de la société commerciale correspond à la fin de sa personnalité juridique.
Il est important de connaître les causes (Section I) et les effets de cette dissolution (Section I).
Section I : Les causes de la dissolution de la société commerciale
Au regard de l’art. 200 AUDSCGIE, la dissolution de la société commerciale peut être
une dissolution de plein droit (§.I) ou une dissolution provoquée (§.II)
§.I : La dissolution de plein droit
Les causes de dissolution de plein droit de la société commerciale sont des causes
survenant indépendamment de la volonté des associés. Celles-ci sont les suivantes : l’arrivée
du terme (A), la réalisation ou l’extinction du capital social (B), l’annulation du contrat de
société (C), la liquidation des biens de la société commerciale (D), la clause statutaire (E).
A- L’arrivée du terme
En vertu de l’art. 28 AUDSGIE, toute société à une durée qui doit être mentionnée dans
ses statuts. La durée de la société ne peut excéder quatre-vingt-dix-neuf (99) ans. Les associés
peuvent librement prévoir dans leurs statuts une durée de vie de la société commerciale
inférieure à celle suscitée ou, peuvent modifier les statuts pour prorogation du terme dès 99 ans.
5
B- La réalisation ou l’extinction de l’objet social
La réalisation de l'objet social suppose que l’opération pour laquelle la société a été
créée se trouve définitivement accomplie. L’extinction de l’objet social suppose par ailleurs,
que ce sur quoi la société travaillait n'existe plus. A titre illustratif, une société commerciale
d’exploitation d’une carrière de sable disparaît, si le sable existant est fini.
C- L’annulation du contrat de société
La dissolution de la société commerciale par le procédé d’annulation du contrat de
société est rare. Lorsque la juridiction compétente constate l’inobservation des conditions de
formation d’une société, elle commande plutôt que le vice qui l’entache soit remédié.
D- La liquidation des biens de la société commerciale
La société commerciale dans son fonctionnement peut connaître des difficultés dues à
la mauvaise gestion des dirigeants. Cela peut aboutir à la cessation de paiement de la société
commerciale. L’état de cessation de paiement est l’état d’une société commerciale dont l’actif
ne peut plus assurer le paiement des créanciers. Elle est dans une situation irrémédiablement
compromise. Et, ses dirigeants ne peuvent plus proposer un concordat de redressement. La
juridiction compétente n'a d'autres choix que d'organiser la liquidation des biens de la société.
E- La clause statutaire
La société commerciale peut connaître une certaine dissolution en raison d’une clause
dûment insérée par les associés dans les statuts. C’est le cas lorsque ceux-ci mentionnent que
la société commerciale sera dissoute lorsqu’elle perdra tel ou tel apport en nature.
§.II : La dissolution provoquée
Les causes de dissolution provoquée de la société commerciale sont des causes
survenant par l’initiative d’un ou de plusieurs associés. Il s’agit de la dissolution amiable de la
société (A) et de la dissolution suite aux problèmes (B).
A- La dissolution amiable
Une société commerciale peut être dissoute suite à une décision prise à l’amiable entre
associés.
B- La dissolution suite aux problèmes
Le contrat de société (les statuts) est un acte juridique liant les associés. Il est aussi
possible que surgissent des problèmes entre associés au cours du fonctionnement de la société
commerciale constituée. L'art. 200 AUDSCGIE vise l'hypothèse où, un des associés n'aurait
pas exécuté ses obligations, ainsi que celle dans laquelle il y aurait mésentente entre les
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associés, laquelle entraine de graves dysfonctionnements de la société et, conduit la juridiction
compétente à prononcer une dissolution anticipée.
NB : La fusion ou la scission entraîne la dissolution sans liquidation des sociétés commerciales.
Section II : Les effets de la dissolution de la société commerciale
La dissolution de la société commerciale entraîne de plein droit sa mise en liquidation
(§.I) ; et des formalités de publicité (§.II).
§.I : La mise en liquidation de la société commerciale
La mise en liquidation de la société commerciale consiste en :
- la réalisation de l'actif afin d'apurer le passif : le liquidateur est chargé dans ce sillage,
de transformer en argent (par le procédé tel que la vente) afin de désintéresser les
créanciers
- le partage du boni de liquidation. Le boni de liquidation constitue ce qui reste après
avoir désintéressé les créanciers et après avoir restitué les apports. Ce reste doit être réparti
entre les associés proportionnellement à leurs apports.
§.II : Les formalités de publicité
Les formalités de publicité permettent de clôturer la dissolution de la société. Après que
le liquidateur ait rendu compte aux associés, et après que ceux-ci aient définitivement statués
en assemblée, la dissolution doit être publiée par un avis au journal habilité à recevoir les
annonces légales du lieu du siège social, par dépôt au registre du crédit mobilier des procès-
verbaux décidant ou constatant la dissolution et par la modification de l’inscription au RCCM
((art. 202 AUDSGIE).
La dissolution de la société n’a d’effets à l’égard des tiers qu’à compter de sa publication
au RCCM.
Titre II
LES REGLES SPECIFIQUES A CHAQUE TYPE DE
SOCIETE COMMERCIALE
Il existe principalement deux sortes de société commerciales : les sociétés de personnes
(Chapitre I) et les sociétés de capitaux (Chapitre II).
Chapitre 1:
LES SOCIETES DE PERSONNES
Les sociétés commerciales de personnes sont les suivantes : la société en nom collectif
(Section I) et la société en commandite simple (Section II).
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Section I : La société en nom collectif (SNC )
La SNC est une société dans laquelle tous les associés sont des commerçants et,
répondent solidairement et indéfiniment au passif social. Il est important de connaître les règles
régissant sa constitution (§.I), son fonctionnement (§.II) et sa dissolution (§.III).
§.I : La constitution de la SNC
La constitution de la SNC est subordonnée à des conditions de fond (A) et conditions
de forme (B).
A- Les conditions de fond
Il existe des conditions de fond dites particulières régissant la constitution de la SNC.
Celles-ci ont trait aux associés et au capital social.
Les conditions relatives aux associés
- Une SNC ne peut être constituée que si elle comprend au moins deux associés, car les
sociétés unipersonnelles ne peuvent prendre que les formes d'une SA ou d'une SARL.
- Aucun nombre maximal des associés n'est fixé.
- Tous les associés de la SNC sont des commerçants. Par conséquent, tous ceux qui ne
peuvent avoir la qualité de commerçant en raison soit d'une incapacité, soit d'une
incompatibilité, soit d'une déchéance, ne peuvent être associés dans une SNC. Si la femme
mariée peut être associée d'une SNC, par contre, deux époux ne peuvent s'associer pour
créer une SNC3. Ils ne peuvent contourner la règle qu'en étant associés des sociétés
différentes (encore faudrait-il qu'ils ne soient pas régis par la communauté des biens).
Les conditions relatives au capital social
L’AUDSCGIE n’exige de la SNC aucun capital minimum et ne fixe aucun maximum.
Ce capital doit être indiqué dans les statuts et il est constitué par le total des apports en
numéraire et en nature. Les apports en industrie n’entrent pas dans ce montant. Le capital social
est divisé en parts sociales de même valeur nominale. La séparation du patrimoine personnel
correspondant à chaque associé et du patrimoine social n’est pas réalisée de façon absolue.
B- Les conditions de forme
La particularité réside sur la dénomination sociale qui doit être immédiatement précédée
au suivie en caractère lisibles des mots « société en nom collectif » ou du sigle « SNC ».
§.II : Le fonctionnement de la SNC
Le fonctionnement de la SNC est marqué par les rapports entre associés (A), la gestion
(B) et le contrôle effectué par les associés non gérants (C).
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Deux époux ne peuvent pas être associés dans une SNC.
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A- Les rapports entre associés de la SNC
Tous les associés sont solidairement et indéfiniment responsables des dettes sociales.
Ils sont solidaires entre eux et aussi avec la personne morale. Le terme « solidairement » signifie
qu’un créancier social peut réclamer le paiement de sa créance à l’un des associés de la SNC.
« Indéfiniment » signifie que chaque associé va payer les dettes sociales au-delà de ses apports.
Les rapports entre associés sont fortement influencé par l’affectio societatis et le jus
fraternitatis. Il existe à cet effet, un partage des profits, un partage de l’actif net après
liquidation, un droit de décision et de contrôle des affaires sociales.
La SNC est créée intuitu personae c’est-à-dire en considération de la personne de
l’associé. A cet effet, les associés se connaissent et se font mutuellement confiance. Le décès,
l’incapacité ou le retrait d’un associé peut entrainer la dissolution de la SNC. Les parts sociales
ne peuvent être cédées qu’avec le consentement unanime des associés.
B- La gestion de la SNC
Elle concerne la nomination des gérants, leur révocation et leurs pouvoirs
La nomination des gérants de la SNC
Les associés de la SNC peuvent désigner un gérant. S'ils ne le font pas, ils sont censés
s'être donnés le pouvoir de se représenter mutuellement. En conséquence, chaque associé par
sa signature engage non seulement la société, mais aussi tous les autres associés solidairement
et indéfiniment tenus du passif social. Toutefois, chaque associé dans cette dernière hypothèse
a le droit de s'opposer à une opération avant qu'elle soit conclue, ce qui nécessite une obligation
d'information entre associés. Si les associés désignent un gérant dans leurs statuts, on dira que
c'est un gérant statutaire. Ce gérant peut être une personne physique ou morale, un tiers ou un
associé. Généralement, les associés choisiront un autre associé comme gérant, car dans cette
hypothèse, il sera tenu comme les autres solidairement et indéfiniment du passif social, alors
que le tiers ne sera tenu que de ses fautes.
les pouvoirs des gérants de la SNC
Le gérant a le pouvoir de signer pour le compte de la société, ce qui engage celle-ci et
éventuellement le patrimoine des associés. Envers les associés, les pouvoirs du gérant sont
déterminés par les statuts. Il peut accomplir tous les actes de gestion dans l'intérêt de la société.
La révocation des gérants
Si le gérant est un associé, ou si tous les associés sont des gérants, alors la révocation
doit être décidée à l'unanimité. Mais dans cette hypothèse, les associés auront le choix de
désigner un autre gérant ou de dissoudre la société. Si le gérant n'est pas un associé, alors la
révocation doit être décidée à la majorité simple, à défaut d'une clause contraire des statuts.
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Dans tous les cas, que le gérant soit associé ou non, sa révocation abusive donne droit à la
réparation du préjudice subi.
C- Le contrôle de la SNC par les associés non gérants
La présence des gérants au sein de la société n'implique pas que les associés ne jouent
aucun rôle. Ils conservent leur pouvoir de décision et de contrôle de la gestion.
le pouvoir de décision des associés non gérants
Certaines décisions concernant la vie de la société relèvent de la compétence exclusive
des associés. Il en est ainsi de la nomination et de la révocation des gérants et de manière
générale de toutes les modifications des statuts (augmentation ou diminution du capital social,
extension de l'objet social...). Ces décisions sont en général prises à l'unanimité et en assemblée
générale. Toutefois, les statuts peuvent prévoir qu'elles interviendront à la majorité ou par le
moyen d'une consultation écrite.
le pouvoir de contrôle des associés non gérants.
L'AUDSCGIE dispose que les associés non gérants ont le droit de consulter au siège
social, deux fois par an, tous les documents et pièces comptables, ainsi que les procès-verbaux
de délibération et des décisions collectives.
§. III : La dissolution de la SNC
Les causes particulières de dissolution de la SNC sont les suivantes :
- Le décès, l’incapacité ou le retrait d’un associé (par application de l’intuitu personae
tout évènement qui frappe un associé est susceptible d’entrainer la dissolution de la
société).
- La révocation du ou des gérants sauf clause contraire des statuts prévoyant la
continuation ou une décision unanime des autres associés.
Section II: La Société en commandite simple (SCS)
La SCS est celle dans laquelle coexistent un ou plusieurs associés indéfiniment et
solidairement responsables des dettes sociales dénommés « associés commandités », avec
un ou plusieurs associés, responsables des dettes sociales dans la limite de leurs apports
dénommés « associés commanditaires », et dont le capital est divisé en parts sociales.
§.I : Les caractéristiques essentielles de la SCS
La SCS se caractérise principalement par :
- la dualité des associés : d’une part, il existe un ou plusieurs associés
commandités tenus indéfiniment et solidairement responsables des dettes sociales et qui
de ce fait ont la qualité de commerçant; et d'autre part, les commanditaires qui ne sont
tenus des dettes sociales qu'à concurrence du montant de leurs apports. Ainsi, un associé
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qui ne peut être individuellement commerçant du fait de son incapacité, de sa
déchéance, de son incompatibilité, ne saurait être commandité.
- l'application de l'intuitu personae : les commandités et les commanditaires sont
choisis en fonction de leurs qualités personnelles.
- Aucun minimum du capital social n’est exigé.
- Le capital social est divisé en parts sociales ;
- Les parts sociales ne sont pas librement cessibles.
- Les commanditaires ne peuvent pas être gérants.
- L’apport en industrie est autorisé.
§.II : Le fonctionnement de la SCS
Comme dans la SNC, la gestion de la SCS est assurée par un ou plusieurs gérants
associés ou non, personnes physiques ou morales. Il est interdit aux associés
commanditaires de s'immiscer dans la gestion externe de la société, c'est à dire qu'ils ne
doivent avoir aucun contact direct avec les tiers relativement à la gestion de la société.
Toutefois, ils peuvent effectuer des actes de gestion interne notamment en participant au
contrôle de la gestion. Cette prohibition se justifie par le fait que les associés
commanditaires ne sont tenus des dettes sociales qu'à concurrence de leurs apports, comme
c'est le cas dans les sociétés de capitaux.
§.III : La dissolution de la SCS
Le décès, l’absence, l’incapacité de l’un des associés commandités entraine la
dissolution de la SCS sauf si les statuts ont prévu la poursuite avec les héritiers de l’associé
décédé. Si ceux-ci sont mineurs non émancipés, ils deviennent associés commanditaires. Si
l’associé décédé était seul associé commandité, il doit être remplacé par un nouvel associé
commandité, donc majeur. S’il n’y a pas d’héritier majeur pour être associé commandité, la
SCS doit être transformée en une autre forme de société (SARL, SA) dans un délai d’un (1) an
à compter du décès. A défaut de cette transformation, elle est dissoute de plein droit.
Chapitre II :
LES SOCIETES DE
CAPITAUX
Les sociétés de capitaux dans ce cadre sont les suivantes : la société à responsabilité
limitée (Section I), la société anonyme (Section II), la société par action simplifiée (Section III).
Section I : La Société à responsabilité limitée (SARL)
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La SARL est une société commerciale dans laquelle les associés ne sont responsables
des dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports et dont leurs droits sont représentés par
les parts sociales (art. 309 AUDSCGIE).
§.I : Les caractéristiques essentielles de la SARL
- Les associés n’ont pas la qualité de commerçant. Par conséquent, les mineurs non
émancipés et les majeurs incapables peuvent être associés dans une SARL.
- Le capital social minimum est de un (1) millions FCFA divisé en parts sociales dont la
valeur nominales ne peut être inférieure à cinq (5) milles FCFA.
- Les associés ne sont responsables des dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports.
Deux époux peuvent être associés dans une SARL.
- Les parts sociales sont librement cessibles entre associés mais à l’égard des tiers la
cession est faite avec le consentement des associés non cédants représentant les ¾ des
parts sociales, déduction faite des parts sociales de l’associé cédant.
- L’apport en industrie est autorisé.
- La SARL peut être créée par une seule personne et est dénommée Entreprise
Unipersonnelle à Responsabilité Limitée (EURL).
§.II : Le fonctionnement de la SARL
La SARL est gérée par une ou plusieurs personnes physiques, associées ou non. Elles
sont nommées par les associés dans les statuts ou dans un acte postérieur pour quatre (4) ans,
sauf disposition statutaire contraire. Elles sont rééligibles. Le ou les gérants statutaires ou non
sont révocables par décision des associés représentant plus de la moitié des parts sociales.
Les pouvoirs des gérants
Dans les rapports entre associés et en l’absence de la détermination de ses pouvoirs par
les statuts, le gérant peut faire tous les actes de gestion dans l’intérêt de la société. Dans les
rapports avec les tiers, le gérant est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute
circonstance au nom de la société. La société est engagée même par les actes du gérant qui ne
relèvent pas de l’objet social, à moins qu’elle ne prouve que le tiers savait que l’acte dépassait
cet objet ou qu’il ne pouvait l’ignorer.
Les fonctions du ou des gérants peuvent prendre fin par la révocation4 ou par la
démission5
4 Tout gérant, statutaire ou non peut être révoqué par décision des associés représentant plus de la moitié des parts
sociales pour juste motif. En l’absence de juste motif, le gérant révoqué sur décision des associés peut donner lieu
à des dommages-intérêts (art.326 AUDSCGIE).
5 Le gérant peut démissionner. S’il démissionne sans juste motif, il peut être condamné à réparer le préjudice causé
à la société (art.327 AUDSCGIE)
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Les procédés de contrôle de la SARL
En vertu de l’art. 376 AUDSCGIE, les SARL sont tenues de désigner au moins un (1)
commissaire aux comptes lorsqu’elles remplissent deux des conditions6 suivantes à la clôture
de l’exercice social :
- total du bilan supérieur à 125 millions FCFA ;
- chiffre d’affaires annuel supérieur à 250 millions ;
- effectif permanent supérieur à 50 personnes.
Pour les SARL ne remplissant pas ces critères, la nomination d’un commissaire aux
comptes est facultative. Le commissaire aux comptes est nommé pour 3 exercices par un ou
plusieurs associés représentant plus de la moitié du capital social (art. 379 AUDSCGIE). Les
gérants et leurs conjoints, les apporteurs en nature et les bénéficiaires d’avantages particuliers
ne peuvent être commissaires aux comptes de la société.
§.III : La dissolution de la SARL
La cause particulière de dissolution d’une SARL est la réduction du capital social en
dessous du minimum légal.
NB : La SARL est une société hybride car elle emprunte ses règles à la fois aux sociétés de
capitaux et aux sociétés de personnes.
Section II : La société anonyme (SA )
La SA est une société dans laquelle les actionnaires ne sont responsables des dettes
sociales qu’à concurrence de leurs apports et dont les droits sont représentés par les actions.
§.I : Les caractéristiques essentielles de la SA
- Les actionnaires ne sont pas des commerçants. Par conséquent, les mineurs non
émancipés et les majeurs incapables peuvent être actionnaires dans une SA.
- Les actionnaires ne supportent les dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports. La
SA est une société à risques illimités.
- Le montant minimum du capital social est de dix (10) millions FCFA sans appel à
l’épargne public et de cent(100) millions FCFA avec appel à l’épargne public.
- Le capital social est divisé en actions dont la valeur nominale ne peut être inférieure à
dix (10) milles FCFA.
- Les actions sont librement cessibles.
- L’apport en industrie est interdit.
6 Pour les SARL qui ne remplissent pas deux de ces conditions, la nomination d’un commissaire aux comptes est
facultative. Elle peut toutefois être demandée par un ou plusieurs associés détenant au moins le 10ème du capital
social.
13
- La SA peut être créée par un seul actionnaire : dans ce cas, on parle de Société Anonyme
Unipersonnelle (SAU).
§.II : Le fonctionnement de la SA
A- L’administration et la direction de la SA
En vertu de l’art. 414 AUDSCGIE, la SA peut être gérée par un conseil d’administration
(1) ou par un administrateur général (2).
1) La SA avec conseil d’administration
Au regard de l’art. 415 AUDSCGIE la SA avec conseil d’administration est dirigée soit
par un président directeur général (PDG), soit par un président du conseil d’administration
(PCA) et un directeur général (DG).
Le conseil d’administration est composé de trois(3) membres au moins et de douze(12)
membres au plus (art 416 AUDSCGIE). Il peut comprendre des membres qui ne sont pas
actionnaires de la société dans la limite du tiers des membres du conseil.
Il est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes circonstances au nom de
la société. Il dispose notamment des pouvoirs suivants :
- il précise les objectifs de la société et l’orientation qui doit être donnée à son
administration ;
- il exerce un contrôle permanent de la gestion assurée par le président-directeur général
ou par le directeur général ;
- il arrête les comptes de chaque exercice.
2) La SA avec administration générale
Lorsque les SA comprennent un nombre d’actionnaires inférieur ou égal à trois (3), ils
ont la faculté de ne pas constituer un conseil d’administration. Ils peuvent désigner un
administrateur général actionnaire ou non. Celui-ci assume, sous sa responsabilité,
l’administration et la direction générale de la société. Il la représente dans ses rapports avec les
tiers. Sur la proposition de l’administrateur général, l’assemblée générale des actionnaires peut
désigner un ou plusieurs administrateurs généraux adjoints, personnes physiques.
La société anonyme unipersonnelle est administrée par un administrateur général
cumulant à lui seul tous les pouvoirs.
B- Le contrôle de la SA
Le contrôle de la SA est effectué par des commissaires aux comptes, qui sont chargés :
- de certifier l’exactitude des états financiers ;
- de vérifier les documents comptables de la société ;
- de contrôler la conformité de la comptabilité avec la législation ;
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- d’établir un rapport annuel à présenter à l’administrateur général à chaque fin
d’exercice.
§.III : La dissolution de la SA
La SA peut connaître une dissolution pour réduction du capital social en-dessous du
minimum légal.
Section III : La société par actions simplifiées ( SAS )
La SAS est celle dans laquelle les associés ne sont responsables des dettes sociales qu’à
concurrence de leurs apports et leurs droits sont représentés par des actions. Elle peut être
constituée par un seul associé et est appelée société par actions simplifiées unipersonnelle
(SASU).
§.I : Les caractéristiques essentielles de la SAS
- La SAS est constituée sans appel public à l’épargne ;
- Les membres de la SAS sont appelés des associés et non des actionnaires ;
- Ils n’ont pas la qualité de commerçant ;
- Le montant du capital social de la SAS ainsi que celui du nominal des actions sont
librement fixés par les associés dans les statuts ;
- Le capital social est divisé en actions ;
- La responsabilité des associés est limitée au montant de leurs apports ;
- Tous les apports sont admis.
§.III : Le fonctionnement de la SAS
A- La direction de la SAS
Contrairement à la SA, la SAS n’a pas de conseil d’administration. Elle est dirigée par
un président. Le président est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute
circonstance au nom de la société dans la limite de l’objet social. Mais à l’égard des tiers, la
société est engagée même si le président a accompli un acte qui ne relève pas de l’objet social.
Les statuts peuvent prévoir que les fonctions du président seront assurées par un directeur
général et un directeur général adjoint.
B- Le contrôle de la SAS
Le contrôle de la SAS est assuré par les associés. Toutefois, la SAS est tenue de
désigner au moins un (1) commissaire aux comptes lorsqu’elle remplit deux des conditions7
suivantes à la clôture de l’exercice social :
7 Pour les sociétés à responsabilité limitée qui ne remplissent pas deux de ces conditions, la nomination d’un
commissaire aux comptes est facultative. Elle peut toutefois être demandée par un ou plusieurs associés détenant
au moins le 10ème du capital social.
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- total du bilan supérieur à 125 millions FCFA ;
- chiffre d’affaires annuel supérieur à 250 millions ;
- effectif permanent supérieur à 50 personnes.
NB : Toutes les règles concernant la SA à l’exception de celles concernant le capital,
l’administration et la direction de la SA sont applicables à la SAS.
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