Nouvelles recommandations SCA 2023
Nouvelles recommandations SCA 2023
ÉTUDE ADVENT
L’électroporation grâce à un champ électrique pulsée fait aussi bien que la radiofréquence et la
cryoablation dans l’ablation de fibrillation atriale paroxystique (Nabil BOUALI et Dr Laura DELSARTE) .......... 26
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Synthèse des recommandation ESC 2023 : Cardiomyopathies
(Corentin BOURG et Dr Charles FAUVEL) ............................................................................................................................................................... 31
CARDIOMYOPATHIES AVEC PRÉSENTATION CARDIAQUE
Expressions phénotypiques cardiaques des laminopathies
(Théo MÉRAL et Dr Arnaud SAVOURÉ) .................................................................................................................................................................... 46
CARDIOLOGIE INTERVENTIONNELLE
Une nouvelle approche thérapeutique pour l’angor réfractaire : le réducteur de sinus coronaire
(Dr Emmanuel GALL et Dr Fabien PICARD) .......................................................................................................................................................... 51
RETOUR SUR LE WEEK-END 2023 ENTRE LE CCF & LE RA GRRC
Un week-end translationnel autour des valvulopathies à Rouen !
(Dr Charles FAUVEL et Dr Romain CAPOULADE) ............................................................................................................................................. 57
HISTOIRE DE LA CARDIOLOGIE
Cœurs d’histoire et histoires de cœur (Corentin BOURG et Pr Christophe LECLERCQ ) .......................................... 58
L’AGENDA DU CCF ............................................................................................................................................................................................................... 60
ANNONCES DE RECRUTEMENT............................................................................................................................................................................... 62
Editeur : CCF
Rédacteurs en Chef : Dr Charles Fauvel, Dr Antonin Trimaille
N° ISSN : 2557-6259
Comité Scientifique
Cardiologie Interventionnelle : Dr Guillaume Bonnet, Dr Antonin Trimaille, Dr Orianne Weizmann, Dr Thibault Pommier, Dr Matthieu Bizot, Dr Thomas Levesque
Rythmologie : Dr Laura Delsarte, Dr Rodrigue Garcia, Dr Victor Waldmann, Dr Cyril Zakine, Dr Corentin Chaumont, Dr Raphael Martins
Imagerie cardiovasculaire : Dr Augustin Coisne, Dr Julien Dreyfus, Dr Charles Fauvel, Dr Théo Pezel, Dr Sophie Ribeyrolles, Dr Julien Ternacle, Dr Yohann Bohbot,
Dr Benjamin Alos, Dr Alexandre Altes, Dr Marjorie Canu
Insuffisance cardiaque, Hypertension pulmonaire et Cardio-oncologie : Dr Guillaume Baudry, Dr Clément Delmas, Dr Charles Fauvel, Dr Théo Pezel,
Dr Olivier Raitière, Dr Thibault Verrez, Dr Valentin Dupasquier
Cardiologie pédiatrique et congénitale : Dr Clément Karsenty, Dr Iris Ma, Dr Victor Waldman, Pr Pamela Moceri
Hypertension artérielle, Diabète et Métabolique : Dr Romain Boulestreau, Dr Adrien Pasteur-Rousseau
Basic Science : Dr Delphine Mika, Dr Florence Coste, Dr Romain Capoulade, Dr Guillaume Gilbert Fabrication et impression en UE. Toute reproduction, même partielle,
Sport et Réadaptation cardiaque : Dr Antoine Deney, Dr Marjorie Canu, Dr Mathilde Minier est soumise à l’autorisation de l’éditeur et de la régie publicitaire.
Régie publicitaire : Réseau Pro Santé | [email protected] | 01 53 09 90 05 | www.reseauprosante.fr Les annonceurs sont seuls responsables du contenu de leur annonce
Éditorial
WELKOM IN AMSTERDAM !
Pays des champs de tulipes, du gouda et de Max Verstappen, c’est à Amsterdam
aux Pays-Bas qu’a eu lieu l’édition 2023 du congrès de la Société Européenne de
Cardiologie auquel 25 jeunes du CCF ont eu la chance d’assister !
En effet, grâce à une collaboration qui perdure depuis maintenant plusieurs années,
le CCF a pu obtenir des places de l’ESC et ainsi inviter (place offerte, logement et
participation aux frais de transport inclus) un groupe de jeunes cardiologues Français
pour assister au plus grand congrès de cardiologie du monde !
Ce moment, important pour la vie et la dynamique de notre groupe, n’aurait pas
pu avoir lieu sans le soutien de la Société Française de Cardiologie que nous
remercions encore une fois ! C’est aussi un moment souvent charnière dans la carrière
Dr Charles FAUVEL
de nombreux jeunes du groupe qui ont été amenés soit, à présenter leurs travaux de Rouen
recherche, parfois pour la première fois et, devant un public international soit, tout
simplement à assister à un congrès international. Ainsi, nous vous proposons ici un
numéro spécial ESC 2023 où vous trouverez le résumé de quelques études réalisées
par des jeunes présents sur place mais aussi des focus sur les dernières guidelines
de l’ESC ! En dehors de ces articles, n’oubliez pas de jeter un œil à la désormais
“classique” rubrique autour de l’histoire de la cardiologie ou encore d’articles autour
des laminopathies ou du réducteur du sinus coronaire…
Enfin, n’oubliez pas que ce journal est le vôtre alors n’hésitez pas à proposer des idées
d’articles si vous en avez !
Il me reste à vous souhaiter une très bonne lecture à tous et à souhaiter que l’édition
de l’ESC 2024 à Londres soit aussi riche, scientifiquement et humainement que
l’édition 2023 !
Charles FAUVEL
Président du CCF
3. Pas de modification des délais pour la coronarographie : moins de 120 minutes pour le
STEMI et le NSTEMI à très haut risque, moins de 24 heures pour le NSTEMI à haut risque,
pendant l’hospitalisation voire à distance dans les autres cas.
Relecteur 4. Grande nouveauté : la précharge avec un inhibiteur de P2Y12 est rétrogradée en classe IIb.
En cas de NSTEMI, le pré-traitement avec un inhibiteur de P2Y12 reste contre-indiqué
en routine (classe III). L’aspirine reste recommandée en précharge chez tous les patients
avec suspicion de SCA.
5. En présence d’un arrêt cardiaque, une angioplastie primaire est recommandée en cas
d’ECG post-ressuscitation avec sus-décalage du segment ST. Dans les autres cas, une
coronarographie immédiate n’est pas recommandée chez les patients stables.
6. En cas de choc cardiogénique secondaire à un SCA (STEMI ou NSTEMI à très haut risque),
une coronarographie est indiquée en urgence pour angioplastie de la lésion coupable.
Dr Guillaume BONNET
CRF, New York 7. L’imagerie endocoronaire (IVUS ou OCT) apparait en classe IIa pour guider l’angioplastie
de la lésion coupable lorsque celle-ci est clairement identifiée.
2 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Introduction
Les nouvelles guidelines sur la prise en charge des syndromes coronaires aigus (SCA) étaient très attendues (1).
Pour la première fois, l’ensemble des syndromes coronaires aigus (STEMI, NSTEMI et angor instable) sont
rassemblés dans un seul document. Nous vous proposons une synthèse des points clés à retenir.
Figure 1. Définitions des syndromes coronaires aigus, source Byrne R.A et al, EHJ 2023.
Le Journal du CCF N° 19 3
CONGRÈS DE L’ESC 2023
2. Triage et diagnostic
Une fois le diagnostic de SCA retenu, il est recom- de confirmer ou d’infirmer le diagnostic de NSTEMI, et
mandé d’effectuer rapidement une stratification du éventuellement répétée à 1 ou 2 heures (Figure 2). Si la
risque basée sur la combinaison de l’histoire clinique, douleur dure depuis plus de 3 heures et que le premier
des symptômes, des paramètres vitaux, de l’examen dosage de troponine est négatif, ou que le premier
clinique, de l’ECG et de la troponine. En particulier, et le deuxième dosages de troponine sont négatifs,
un ECG doit être réalisé dans les 10 minutes suivant le diagnostic de NSTEMI est éliminé. Si le premier
le premier contact médical (classe I). En l’absence de dosage de troponine est élevé, ou qu’il existe une
sus-décalage du segment ST, un dosage de troponine
22 élévation significative entre les deux dosages, le dia-
ESC Guidelines
hautement sensible doit être réalisé rapidement afin gnostic de NSTEMI est retenu.
Very low initial hs-cTna Patients who do not meet High initial hs-cTn
the criteria for either of OR
OR
the other two pathways
Low initial hs-cTn and no Increase in 1 h/2 h hs-cTn
increase in 1 h/2 h hs-cTn
Figure 2. Algorithme pour confirmer ou infirmer rapidement un NSTEMI (en l’absence de sus-décalage du segment ST à l’ECG initial),
Figure
source6Byrne
The 0R.A
h/1ethal,orEHJ
0 h/2 h rule-out and rule-in algorithms using high-sensitivity cardiac troponin assays in patients presenting to the emergency de-
2023.
partment with suspected NSTEMI and without an indication for immediate invasive angiography. hs-cTn, high-sensitivity cardiac troponin; NSTEMI,
non-ST-elevation myocardial infarction. Patients are into one of three pathways as per the results of their hs-cTn values at 0 h (time of initial blood
test) and 1 h or 2 h later. Patients with a very low initial hs-cTn value or patients with a low initial value and no 1 h/2 h change in hs-cTn are assigned to the
‘rule-out’ pathway. Patients with a high initial hs-cTn value or a 1 h/2 h change in hs-cTn are assigned to the ‘rule-in’ pathway. Patients who do not meet the
4
criteria Le Journal
for the rule-out du CCF
or rule-in N° 19 are assigned to the ‘observe’ pathway, and these patients should have hs-cTn levels checked at 3 h ± echocar-
strategies
diography in order to decide on further management. Cut-offs are assay (see Supplementary material online, Table S4) and derived to meet
criteria for sensitivity and for NSTEMI. Potential management and testing options for each of the three strategies are provided in
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Onset of
Patient with symptoms of ACS and
symptoms ECG consistent with STEMI
Patient self presents Patient calls
to hospital EMS
Mode of or
FMC
FMC or
location
PCI possible in <120 min?
YES NO
Figure 3. Orientation préhospitalière pour le STEMI, source Byrne R.A et al, EHJ 2023.
Le Journal du CCF N° 19 5
CONGRÈS DE L’ESC 2023
En dehors d’un STEMI, le diagnostic de SCA doit Pour un SCA à très haut risque, une stratégie invasive
faire déclencher une stratification du risque (Figure 4) avec coronarographie est recommandée immédiate-
permettant de le classer en : ment (dans les 120 minutes) (classe I). Pour un SCA à
• SCA à très haut risque : instabilité hémodyna- haut risque, une stratégie invasive avec coronarogra-
mique ou état de choc cardiogénique, angor phie est recommandée dans les 24 heures (classe I).
réfractaire, insuffisance cardiaque aiguë se- Pour un SCA à bas risque, une stratégie invasive avec
condaire à l’ischémie myocardique, trouble du coronarographie est recommandée dans l’hospitalisa-
rythme ventriculaire ou arrêt cardiaque, compli- tion pour les cas d’angor instable (classe I).
cation mécanique ;
• SCA à haut risque : NSTEMI, score GRACE >140,
sus-ST transitoire, modifications dynamiques du
segment ST ou de l’onde T ;
• SCA à bas risque : tous les autres SCA.
FMC Patient with symptoms of ACS and ECG consistent with NSTE-ACS
FMC or
location
Early/inpatient transfer
High riska High risk
therapeutic
strategy In patients without very-high or
high-risk features and a low index Early (<24 h)
of suspicion for unstable angina invasive
strategy
(Class IIa)
Figure 4. Orientation des patients avec SCA (hors STEMI), source Byrne R.A et al, EHJ 2023.
6 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
STEMI NSTE-ACS
(Class I) (Class IIa) (Class IIa) (Class III) (Class I) (Class IIa) (Class I)
ACS
Prasugrel
Proceeding to PCI
Ticagrelor
Choice of If prasugrel and ticagrelor Prasugrel > Ticagrelor
P2Y12 inhibitorc are unavailable, contraindicated,
or cannot be tolerated (Class IIa)
Clopidogrel
(Class I)
Aspirin
1
+
3
Default DAPT P2Y12 inhibitor
Time
strategy for the 6
(months)
first 12 months (Class I)
after ACSc 9
12
Aspirin
Default strategy
beyond the first (Class I)
12 months
after ACS
Figure 5. Stratégie anti-thrombotique dans le cadre du syndrome coronaire aigu, source Byrne R.A et al, EHJ 2023.
Le Journal du CCF N° 19 7
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Coronary angiography
Potential ambiguous
angiographic findings
Clear culprit lesion,
No clear culprit lesion Multivessel disease
suitable for PCI
Hazy lesion/calcification
Tortuosity/eccentricity
Intravascular imaging
Potential intravascular
IVUS or OCT Intravascular imaging
imaging findings
Intravascular imaging (preferably OCT) in
to guide PCI patients with ambiguous Coronary plaque pathology
(Class lla) culprit lesions Erosion Nodule Rupture
(Class llb)
SCAD No lesion
Treat as per
imaging findings
Potential further
investigations
Consider further Left ventriculography
PCI of culprit lesion
investigations as required
Echocardiography
Cardiac MRI
Figure 6. Algorithme pour l’utilisation de l’imagerie endocoronaire, source Byrne R.A et al, EHJ 2023.
8 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Patient with ACS undergoing PCI of IRA with an angiographically significant stenosis in ≥ 1 non-IRA
Figure 7. Algorithme de prise en charge des lésions pluritronculaires lors d’un SCA, source Byrne R.A et al, EHJ 2023.
Assessments to considera
Step 3
Figure 8. Algorithme de prise en charge des MINOCA, source Byrne R.A et al, EHJ 2023.
Le Journal du CCF N° 19 9
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Antiplatelet strategies to reduce bleeding risk in the first 12 months after ACS
In HBR
In HBR and
patients Potent P2Y12 inhibitor-based DAPT
non-HBR patients
only
0
1 month Aspirin + Prasugrel OR Aspirin + Ticagrelor
DAPT
1
3 month
DAPT De-escalation
Aspirin + Clopidogrel
Time
(Months) 6
P2Y12 inhibitor
or
aspirin monotherapy
12
Figure 9. Stratégies antithrombotiques alternatives selon la situation clinique, source Byrne R.A et al, EHJ 2023.
10 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Chez les patients avec une indication d’anticoagula- (de préférence le clopidogrel) pendant 12 mois puis
tion, la stratégie par défaut correspond à une trithérapie une monothérapie par l’anticoagulant au long cours
par un anticoagulant oral associé à l’aspirine et au (classe I) (Figure 10). Si le risque ischémique est im-
clopidogrel pendant 1 semaine, puis une bithérapie portant et le risque hémorragique faible, la trithérapie
par l’anticoagulation et un anti-agrégant plaquettaire peut être allongée à 1 mois (classe IIa).
Strategy to reduce
Default strategy
ischaemic riska
0 weeks
TAT: (N)OAC + DAPT
(Class I) TAT: (N)OAC + DAPT
up to 1 week
(Class IIa)
up to 1 month
DAT: (N)OAC + SAPT
(Class I)
3 months
DAT: (N)OAC
(N)OAC + SAPT monotherapy
9 months
(Class I) (Class IIb)
12 months
(N)OAC monotherapy (N)OAC monotherapy
(Class I) (Class I)
Beyond
12 months
Figure 10. Stratégie antithrombotique en cas de SCA chez un patient avec indication d’anticoagulation,
source Byrne R.A et al, EHJ 2023.
La réadaptation cardiaque reste recommandée chez puis si l’objectif n’est toujours pas atteint 4 à 6 semaines
tous les patients après un SCA (classe I). La prise en plus tard, un inhibiteur de PCSK9 (classe I). Un bétablo-
charge des facteurs de risque doit être rigoureuse avec quant, un inhibiteur de l’enzyme de conversion (IEC) et
notamment l’arrêt du tabac et une activité physique ré- un antagoniste des récepteurs aux minéralocorticoïdes
gulière. Une statine de forte intensité à dose maximale doivent être prescrit en cas de FEVG ≤ 40 % (classe I).
doit être introduite dès que possible lors d’une SCA La prescription d’un bétabloquant et d’un IEC pour les
quel que soit le taux de LDL-C (classe I) avec un ob- FEVG préservées est recommandée en classe IIa. Suite
jectif de LDL-C <0.55 g/L et une réduction d’au-moins aux résultats de l’étude SECURE (5), la polypill fait son
50 % par rapport à la valeur de base (classe I). Si cet ob- apparition dans les recommandations pour favoriser
jectif n’est pas atteint après 4 à 6 semaines de traitement, l’adhérence thérapeutique (classe IIa).
il est recommandé d’ajouter de l’ézétimibe (classe I),
Le Journal du CCF N° 19 11
CONGRÈS DE L’ESC 2023
La plupart des essais cliniques randomisés portent sur informer sur la prise en charge optimale des femmes
des hommes, qui représentent près de 70 % de la po- atteintes d’un SCA.
pulation des patients participant à l’essai. Il est donc Les personnes âgées sont aussi sous-représentées
nécessaire de disposer de davantage de données sur dans les essais cliniques. Il est donc nécessaire de
les meilleurs soins à apporter aux femmes atteintes disposer de davantage de données concernant les
d’un SCA. Une représentation accrue des femmes dans personnes âgées atteintes d’un SCA.
les futurs essais cliniques est nécessaire pour mieux
Références
1. Byrne RA, Rossello X, Coughlan JJ, Barbato E, Berry C, Chieffo A, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of acute coronary
syndromes: Developed by the task force on the management of acute coronary syndromes of the European Society of Cardiology (ESC).
Eur Heart J 2023;ehad191.
2. Thygesen K, Alpert JS, Jaffe AS, Chaitman BR, Bax JJ, Morrow DA, et al. Fourth Universal Definition of Myocardial Infarction (2018).
Circulation 2018;138:e618–51.
3. Montalescot G, van ’t Hof AW, Lapostolle F, Silvain J, Lassen JF, Bolognese L, et al. Prehospital ticagrelor in ST-segment elevation myocardial
infarction. N Engl J Med 2014;371:1016–27.
4. Koul S, Smith JG, Götberg M, Omerovic E, Alfredsson J, Venetsanos D, et al. No Benefit of Ticagrelor Pretreatment Compared With
Treatment During Percutaneous Coronary Intervention in Patients With ST-Segment-Elevation Myocardial Infarction Undergoing Primary
Percutaneous Coronary Intervention. Circ Cardiovasc Interv 2018;11:e005528.
5. Castellano JM, Pocock SJ, Bhatt DL, Quesada AJ, Owen R, Fernandez-Ortiz A, et al. Polypill Strategy in Secondary Cardiovascular
Prevention. N Engl J Med 2022;387:967–77.
12 Le Journal du CCF N° 19
ÉTUDE MULTISTARS-AMI
Auteur
lésions non coupables versus une revascularisation différée (lors d’une seconde
procédure) chez les patients pluri-tronculaires avec un STEMI sans défaillance
hémodynamique.
• Modification des recommandations européennes avec la possibilité de réaliser – au
choix – une revascularisation complète immédiate ou différée (Classe IA), selon les
conditions de la procédure et l’anatomie coronaire.
• Question en suspens : Faisabilité de la revascularisation immédiate dans la pratique
quotidienne ?
Dr Antonin TRIMAILLE
CHU de Strasbourg
Contexte
Les patients atteints d’un infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (STEMI)
présentent fréquemment une atteinte coronaire pluri-tronculaire sous-jacente. Celle-ci est
associée à un pronostic à long terme défavorable, en particulier à un excès de mortalité (2).
Chez ces patients, la revascularisation complète des lésions coronaires – plutôt que limitée à
la lésion coupable seule – est largement soutenue par plusieurs essais contrôlés randomisés
(Tableau 1) et est préconisée par les recommandations actuelles (classe IIa) (3–8). Cependant,
le timing optimal du traitement des lésions non-coupables reste débattu avec des bénéfices
et des risques propres à chaque stratégie (Tableau 2).
Objectif
Tester la non infériorité d’une revascularisation immédiate (lors de la procédure index) des
lésions non coupables par rapport à une revascularisation différée (lors d’une seconde pro-
cédure) chez les patients pris en charge pour un STEMI, sans défaillance hémodynamique,
avec une atteinte sous-jacente pluri-tronculaire.
Le Journal du CCF N° 19 13
ÉTUDE MULTISTARS-AMI
PRAMI (3) CvLPRIT (4) DANAMI-3PRIMULTI (5) COMPAREACUTE (6) COMPLETE (7)
Année 2013 2014 2015 2017 2019
Type d’essai Supériorité Supériorité Supériorité Supériorité Supériorité
Revascularisation
complète vs
9,0 % vs 23 % 10,0 % vs 21,2 % 13,0 % vs 22,0 % 7,8 % vs 20,5 % 7,8 % vs 10,5 %
lésion coupable
seule
0,35
HR (IC95%) 0,45 (0,24-0,84) 0,56 (0,38-0,83) 0,35 (0,22-0,35) 0,74 (0,69-0,91)
(0,21-0,58)
Tableau 1 – Principaux RCT comparant une revascularisation complète vs de la lésion coupable seule chez les patients présentant un STEMI, sans défaillance
hémodynamique, associé à une atteinte multitronculaire.
Tableau 2 – Avantages et inconvénients des différents délais pour la revascularisation des lésions non-coupables.
Méthode (9)
MUTISTARS-AMI est un essai multicentrique européen (Italie, Autriche, Allemagne et Suisse), contrôlé, randomisé,
évalué en ouvert. L’étude a été réalisée à l’initiative de l’investigateur et financée par l’industrie (Boston Scientific®).
Population de l’étude
Les critères d’inclusion étaient les suivants :
• Diagnostic de STEMI dans les 24 heures suivant le début des symptômes.
• Lésions coronaires pluri-tronculaires significatives, avec :
> lésion coupable identifiée – revascularisée avec succès (obtention d’un flux TIMI 2-3) ;
> au moins une lésion non-coupable : sténose ≥ 70 % d’une artère épicardique majeure (diamètre entre 2,25
et 5,75 mm) et non coupable ;
> anatomie coronaire compatible avec une revascularisation complète par un DES SYNERGY (Boston®).
• Absence de défaillance hémodynamique après la revascularisation de la lésion coupable.
14 Le Journal du CCF N° 19
ÉTUDE MULTISTARS-AMI
Les principaux critères d’exclusion étaient : un antécédent de pontage aorto-coronarien ou de maladie rénale chronique
sévère, un tableau de choc cardiogénique ou d’arrêt cardio-respiratoire prolongé, une atteinte du tronc commun ≥ 50 %
ou une occlusion coronaire chronique.
Le Journal du CCF N° 19 15
ÉTUDE MULTISTARS-AMI
Résultats
Entre octobre 2016 et juin 2022, parmi 2907 patients identifiés présentant un STEMI, 418 patients ont été
randomisés dans le groupe revascularisation immédiate et 422 dans le groupe revascularisation différée.
Caractéristiques cliniques à l’inclusion
La majorité des patients inclus était des hommes (79 %), d’ethnie caucasienne (98 %), avec un âge médian de
65 ans ; 15 % des patients étaient diabétiques dans chacun des groupes ; la proportion de tabagique actif
était d’environ un tiers.
Caractéristiques angiographiques
L’artère coupable était majoritairement la CD (45 %) dans le groupe revascularisation immédiate, et l’IVA (42 %) et la
CD (40 %) dans le groupe revascularisation différée. Les lésions non coupables étaient le plus souvent des sténoses de
70-90 %. Elles concernaient un seul axe coronaire chez 8 patients sur 10, avec par ordre décroissant : IVA, Cx et CD.
Caractéristiques de la procédure différée
Le délai médian avant la revascularisation des lésions non coupables était de 37 jours (IQR = 30-43) dans le groupe
« revascularisation différée ». Parmi ces patients, la durée cumulée de procédure, la dose cumulée de produit
de contraste et le temps de fluoroscopie étaient numériquement plus élevés. Au total, 10 patients (3 %) ont bénéficié
d’une revascularisation différée en ambulatoire.
Critère d’évaluation principal
À 12 mois, le critère composite principal était survenu chez 35 patients (8.5 %) dans le groupe revascularisation
immédiate et 68 patients (16.3 %) dans le groupe revascularisation différée (RR = 0,52 ; IC95 % = [0,38-0,72] ;
p < 0,001 pour la non infériorité et p < 0,001 pour la supériorité).
Analyses complémentaires
• La non-infériorité sur le critère principal est également atteinte dans l’analyse en per protocole (RR = 0,50 ;
IC95% = [0,36-0,71]).
• Les « landmark analysis » mettent en évidence une différence sur le critère principal en faveur
de la revascularisation immédiate : avant 45 jours (HR = 0,33 ; IC95 % = [0,18-0,59]) et avant 6 mois
(HR = 0,36 ; IC95 % = [0,22-0,59]). Aucune différence à 12 mois n’est retrouvée après 45 jours et après 6 mois.
• La différence sur le critère composite principal en faveur du groupe revascularisation immédiate subsiste dans
une analyse de sensibilité excluant les infarctus péri-procéduraux (HR = 0,55 ; IC95 % = [0,36-0,84]) ; la réduction
observée des récidives d’infarctus n’est plus significative.
16 Le Journal du CCF N° 19
ÉTUDE MULTISTARS-AMI
Figure 3 – Comparaisons des stratégies de revascularisation sur les critères d’évaluation principal et secondaires à 12 mois.
Discussion
Dans cette étude, une revascularisation immédiate des lésions non coupables est non inférieure à une revas-
cularisation différée, chez des patients pluri-tronculaires avec un STEMI sans défaillance hémodynamique, sur la
survenu d’un critère composite de mortalité et de MACE.
Du déjà vu ?
L’essai COMPLETE (revascularisation complète versus lésion coupable) a préspécifié une analyse secondaire sur
le délai avant la revascularisation complète (hospitalisation index vs re-hospitalisation) ; les bénéfices de cette
stratégie étaient retrouvés indépendamment du timing (10).
L’essai BIOVASC a comparé revascularisation immédiate versus différée des lésions non coupables dans le SCA
avec lésions pluri-tronculaires. Bien que la non-infériorité de la revascularisation complète immédiate ait été démontrée,
l’hétérogénéité des présentations cliniques (STEMI ou NSTEMI) et la sous-représentation des STEMI (40 %) ont limité
la généralisation des résultats (11).
Quelles limites ?
• La marge d’infériorité à 46 % est particulièrement tolérante ; elle autorise jusqu’à 27 % d’événements dans
le groupe revascularisation immédiate, soit un peu moins d’un patient sur trois.
• La différence entre les deux stratégies est surtout « drivée » par une réduction des infarctus post-procéduraux
et des revascularisations non programmées. Néanmoins :
> L’anatomie coronaire des patients était connue (essai en ouvert). Il est probable que les patients revascu-
larisés uniquement sur la lésion coupable aient été plus facilement orientés vers une revascularisation non
programmée, d’autant plus que le délai précédant la deuxième procédure était particulièrement long (délai
médian = 37 jours).
> Le diagnostic des infarctus péri-procéduraux est complexe au décours de la première angioplastie en
raison des symptômes, des modifications ECG et de l’augmentation de la troponine associés à l’infarctus
initial. Par conséquent, il est possible qu’ils aient été sous-diagnostiqués dans le groupe de revascularisation
«immédiate».
• Sur une période d’inclusion de 6 ans, 840 patients ont été inclus dans l’étude parmi 2907 STEMI identifiés
(28 %) ; cette donnée interroge sur la généralisation des résultats aux patients « tout venant » avec un
STEMI et une atteinte pluri-tronculaire mais aussi sur la faisabilité cette stratégie en pratique quotidienne.
Le Journal du CCF N° 19 17
ÉTUDE MULTISTARS-AMI
Conclusion
L’essai MULTISTARS-AMI démontre la non infériorité d’une revascularisation immédiate (lors de la procédure
index) des lésions non coupables par rapport à une revascularisation différée (lors d’une seconde procédure)
sur un critère un composite de mortalité et d’événements cardiovasculaires chez les patients pluri-tronculaires
pris en charge pour un STEMI, sans défaillance hémodynamique.
La revascularisation immédiate était associée à une diminution significative des récidives d’infarctus du myocarde
et des revascularisations non programmées, sans différence sur la mortalité toute cause.
Cette étude aboutit à une modification des recommandations avec la possibilité de réaliser – au choix – une
revascularisation complète immédiate ou différée (Classe IA), avec néanmoins des interrogations quant à la
faisabilité d’une revascularisation complète immédiate dans la pratique quotidienne.
Références
1. Stähli BE, Varbella F, Linke A, Schwarz B, Felix SB, Seiffert M, et al. Timing of Complete Revascularization with Multivessel PCI for Myocardial
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18 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Auteur
prise en charge de
l’endocardite infectieuse
Introduction
L’endocardite infectieuse (EI) reste aujourd’hui un véritable défi de santé publique,
grevée d’une importante morbi-mortalité avec près de 66 300 décès chaque année
dans le monde1.
Alexandre PFEFFER
Un diagnostic précoce est crucial pour réduire les complications et le taux de mortalité Membre du CCF
autour de 20 % en intra hospitalier2. Paris
Prévention
Le premier volet de ces recommandations est celui de la prévention.
On distingue 2 catégories particulièrement à risque :
• Valvulopathie rhumatismale
• Antécédent d’endocardite infectieuse
• Valvulopathie dégénérative
• Prothèses valvulaires* Pr Bernard IUNG
• Valvulopathie congénitale (dont bicuspidie)
• Cardiopathie congénitale cyanogène Paris
• Dispositifs implantables
• Assistance ventriculaire gauche
• Cardiomyopathie hypertrophique
* Ce groupe inclut les fermetures de CIA, d’auricule gauche, la pose de filtre cave et les pontages vasculaires dans
les 6 mois suivant la procédure.
Il est suggéré de leur re- See your dentist for regular check-ups
avant antibiothérapie.
Do not self prescribe antibiotics
Le Journal du CCF N° 19 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Chez les patients à haut risque, l’indication d’antibio- risque non négligeable d’évènement indésirable (no-
prophylaxie est renforcée (I) en cas d’extraction den- tamment infections à Clostridium Difficile)4, 5.
taire, de chirurgie orale ou de procédure nécessitant
Préférer la Céphalexine 2g ou Azithromycine/
une manipulation de la gencive ou de la région pé-
Clarithromycine 500 mg PO.
ri-apicale.
Avant les procédures de remplacement valvulaire per-
Elle peut désormais être considérée (IIb) chez les pa-
cutané, une antibioprophylaxie ciblant l’Entérocoque
tients à haut risque en cas de procédure diagnostique
et le Staphylocoque doré doit être envisagée (IIa).
ou thérapeutique à visée pneumologique, gastro-
intestinale, génito-urinaire, cutanée ou musculosque- Le dépistage nasal de portage de staphyloque est
lettique. recommandé mais la décolonisation systématique
sans dépistage nasal n’est pas recommandée (III).
On note que la clindamycine n’est plus recomman-
dée en cas d’allergie à l’Amoxicilline, compte tenu du
Endocarditis Team
Ces nouvelles recommandations viennent asseoir la Ainsi, on recommande de recourir à un centre médi-
place de l’Endocarditis Team (IIa > I). co-chirurgical de référence en valvulopathies dès le
diagnostic d’endocardite infectieuse (I).
Constituée notamment de cardiologues, d’experts en
imagerie cardiaque, de chirurgiens cardiaques, d’infec- Une communication étroite avec l’Endocarditis Team
tiologues, de microbiologistes, elle occupe une place doit être établie dès le début de la prise en charge.
centrale dans la gestion médico-chirurgicale des pa- Il convient de transférer le patient en cas de compli-
tients et a démontré son efficacité6, 7, 8. cation.
Diagnostic
Imagerie multimodale Elle est utile dans un large éventail de scénarios
Dès les années 2000, les données cliniques, microbio- cliniques, en raison des limites de l’ETT pour le dia-
logiques et d’imagerie ont été intégrées aux Critères gnostic de complications péri-valvulaires, des petites
de Duke Modifiés portant la sensibilité de ces critères végétations ainsi que dans le contexte de valves pro-
à 80 % thétiques et de dispositifs implantables.
Mais la présentation de l’endocardite étant très va- Il convient de la répéter aussi bien lors de la suspicion
riable, certaines limites ont été constatées notamment d’une complication, qu’au moment du switch de l’anti-
concernant les prothèses valvulaires qui sont de plus biothérapie intraveineuse pour une forme orale (I).
en plus fréquentes et dans lesquelles l’échographie
Il y a lieu de la considérer même lors du suivi des
peut être mise en défaut dans 30 % des cas d’endocar-
formes simples, pour le dépistage de complication si-
dite infectieuse9.
lencieuse (IIa).
Le recours à l’imagerie multimodale, intégrée dans les
Enfin, on soutient la réalisation d’une ETT/ETO à la fin
recommandations de 2015, s’est considérablement ac-
de l’antibiothérapie pour réévaluer de la morphologie
centué.
et la fonction valvulaires chez les patients non opérés (I).
Echographie
Scanner
L’échographie transthoracique (ETT) reste l’examen de
Ces nouvelles recommandations viennent entériner la
première intention lors de la suspicion diagnostique.
place du scanner dans l’endocardite infectieuse.
L’échographie transœsophagienne occupe désormais
Il est utile pour le diagnostic notamment pour confirmer
une place de choix (I) même en cas d’ETT positive pour
le diagnostic d’une endocardite possible ou lorsque
le diagnostic d’endocardite, spécifiquement pour les
l’ETO est non concluante ou non réalisable10 (I).
endocardites du cœur gauche.
20 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Le Journal du CCF N° 19 21
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Figure 2 : Algorithme diagnostique sur valve native, d’après V.Delgado et al, EHJ 2023.
Sur les valves prothétiques, on recommande le même algorithme en ajoutant les techniques d’imagerie nucléaire
dans le cas de l’EI « possible ».
Thérapeutique
Traitement médical Ainsi, il est possible de faire un relais per os de l’anti-
La grande nouveauté de ces recommandations est le biothérapie (en alternative au traitement intraveineux
changement de paradigme du traitement intraveineux extrahospitalier) pour les endocardites du cœur gauche
exclusif dans l’endocardite infectieuse. à certaines bactéries (Streptocoque/E. faecalis/Staphy-
locoques), après un traitement intraveineux d’au moins
En effet, l’étude POET a montré qu’après une phase
dix jours (ou sept jours après la chirurgie) et après avoir
initiale de traitement intra-veineux, jusqu’à 20 % des
éliminé la présence d’une complication en ETO (IIa).
patients pouvaient finir le traitement per os. Les résul-
tats du suivi à 5 ans ont consolidé ces données chez Ce relais est néanmoins contre-indiqué (III) en cas de
des patients sélectionnés avec un suivi ambulatoire micro-organismes plus difficiles ou de terrain à risque
rapproché15. (notamment cirrhose, toxicomanie) ou en cas de com-
plications valvulaires.
22 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Inpatient treatment
i.v. rapid bactericidal
combinations
Cardiac surgery, if
indicated
+ Removal of infected
cardiac devices
+ Draining of abscesses
Figure 3 : Antibiothérapie dans l’endocardite infectieuse, d’après V.Delgado et al, EHJ 2023.
Infection control?
Perform TOE:
Y
New surgical indication?
The patient may be shifted Patient not suitable for oral antibiotic treatment
from i.v. to oral antibiotics (two-drug strategy)
Figure 4 : Algorithme pour le relais per os de l’antibiothérapie, d’après V.Delgado et al, EHJ 2023.
Le Journal du CCF N° 19 23
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Urgent or Urgent
non-urgent surgery N surgery N
(Class I)d (Class IIb)
Urgent
surgery N
(Class IIa)
Non-urgent surgery
(Class I)
Malgré les risques de la chirurgie chez ces patients Lorsqu’elle n’est pas urgente, le délai est de 1 mois.
souvent à haut risque chirurgical, il a été montré une
Enfin, la règle reste l’arrêt des antiagrégants plaquettaires
augmentation de la survie à 1 an de 20 % comparative-
et des anticoagulants en cas de saignement majeur.
ment au traitement médical seul16, 17.
La chirurgie est recommandée en cas d’infection
En cas d’accident vasculaire cérébral ischémique, il
précoce de prothèse valvulaire (<6 mois) avec rem-
n’est pas recommandé de différer l’intervention chirur-
placement valvulaire et débridement complet (I).
gicale en l’absence de coma ou de transformation hé-
morragique à l’imagerie cérébrale (I). L’extraction des dispositifs implantables est primor-
diale en cas de végétation visualisée (I).
À noter que la thrombectomie mécanique peut être
considérée lorsqu’elle est disponible dans le centre (IIb). et doit être envisagée même en l’absence de greffe
La thrombolyse reste contre-indiquée. bactérienne certaine, en fonction du germe et de l’in-
dication opératoire (IIa).
La chirurgie doit également être considérée après
discussion multidisciplinaire en cas d’hémorragie in- La réimplantation du nouveau dispositif doit se faire
tracrânienne et d’indication chirurgicale urgente (IIa). sur un autre site, aussi tard que possible, une fois le
24 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
sepsis contrôlé et les hémocultures négatives depuis • Végétation de plus de 20 mm embolique (I) ;
au moins 72h en l’absence de végétation et 2 semaines • Atteinte du cœur gauche associée (I) ;
si une végétation était visualisée (I). • Persistance de sepsis après 1 semaine d’antibio-
thérapie adaptée (IIa).
Endocardites du cœur droit
Il faut privilégier la réparation lorsqu’elle est possible,
En cas d’EI sur valve tricuspide, la chirurgie est désor-
plutôt que le remplacement valvulaire (IIa). avec l’im-
mais indiquée si :
plantation prophylactique d’un stimulateur cardiaque
• Insuffisance tricuspide sévère avec réponse diuré-
épicardique d’emblée (IIa).
tique inadaptée (I) ;
• Insuffisance respiratoire nécessitant une assistance
sur végétation embolique (I) ;
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Le Journal du CCF N° 19 25
ÉTUDE ADVENT
Auteur
L’électroporation grâce à un
champ électrique pulsée fait aussi
bien que la radiofréquence et la
cryoablation dans l’ablation de
Nabil BOUALI fibrillation atriale paroxystique
CCF
Poitiers
L’électroporation quézako ?
L’électroporation est une technique microbiologique qui permet grâce à un champ élec-
trique pulsé de créer des pores dans les membranes cellulaires transitoirement ou de
manière permanente selon l’intensité du champ électrique appliqué. Cette méthode offre
la possibilité de délivrer en intracellulaire des substances médicamenteuses telles que
Relecteur
des chimiothérapies, de l’ADN ou encore des anticorps sans léser la cellule. Elle per-
met également de générer une apoptose ou une nécrose grâce à une perméabilisation
définitive via des champs plus puissants, ce qui a une implication en oncologie dans le traite-
ment des tumeurs solides. Dans le domaine industriel, cette technique connait également
un essor considérable en particulier en agroalimentaire avec par exemple la stérilisation
non thermique des aliments, l’extraction de sucre à partir de betterave, d’huile d’olive ou
l’amélioration des qualités gustatives de certains vins.
C’est en 1980 que Gallagher et al.1 envisagent pour la première fois une application
Dr Laura DELSARTE
cardiologique à cette technique en ablatant les jonctions nodo-hissiennes dans le
CCF traitement des tachycardies supraventriculaires réfractaires au traitement médical grâce
Montpellier
à une électroporation irréversible permis par la délivrance d’un courant continu de 200
à 300 Joules via un défibrillateur branché à un cathéter. Cette technique non thermique
sera à l’origine d’une ouverture définitive des pores des cardiomyocytes entrainant la
mort cellulaire. Le seuil lésionnel étant fonction de la forme, la taille et l’orientation des
cellules, il est possible de cibler spécifiquement les cardiomyocytes sans atteindre les
cellules nerveuses, vasculaires ou œsophagiennes et sans complications thermiques.
Cependant, des complications à types d’arythmies ventriculaires et de tamponnade
cardiaque ont entravé le développement de cette technique dans les procédures d’abla-
tion au profit de la radiothérapie2-3 puis de la cryoablation. La difficulté rencontrée à
cette époque était la discrimination des populations cellulaires et les localisations cellu-
laires qui ont pu être optimisé grâce aux avancées récentes en matière de cartographie et
d’imagerie mais aussi dans la fabrication des cathéters d’électroporation.
Si les anciens générateurs délivraient des impulsions relativement longues d’environ
10 millisecondes avec des ondes monophasique et monopolaires, les nouvelles générations
permettent la délivrance de trains d’ondes biphasiques beaucoup plus courtes de l’ordre
de la microseconde. C’est véritablement trente ans plus tard que les procédés d’électropo-
rations seront suffisamment matures pour être utilisés en toute sécurité chez l’animal dans le
domaine de la rythmologie4-5-6 puis avec une « preuve de concept » chez l’homme7 en 2018
confirmé par la suite dans les études IMPULSE, PEFCAT et PEFCAT II8.
L’isolement des veines pulmonaires constitue l’une des pierres angulaires du traitement
d’ablation de la fibrillation atriale (FA). Les deux principales méthodes utilisent un principe
26 Le Journal du CCF N° 19
ÉTUDE ADVENT
thermique, que ce soit par l’utilisation de radiofréquence ou par la cryoablation. Ces méthodes thermiques ne
permettent pas de spécificité tissulaire et présentent donc un risque d’atteinte des structures adjacentes, telles
que des lésions de l’œsophage ou du nerf phrénique droit.
Objectif de l’étude
Dans ce contexte, l’étude ADVENT est la première étude multicentrique à comparer directement le système
d’ablation FARAPULSE® développé par Boston dans la fibrillation atriale paroxystique par rapport aux méthodes
conventionnelles dites thermiques (radiofréquence ou cryoablation).
Méthodologie de l’étude
ADVENT est un essai multicentrique de non-infériorité ayant permis l’inclusion de patients âgés de < 75 ans
souffrant de FA paroxystique symptomatique résistante au traitement antiarythmique, pour être randomisés
dans le groupe ablation thermique conventionnelle, ou dans le groupe électroporation grâce à un champ
électrique pulsé. Dans le groupe « Ablation thermique », les patients pouvaient en fonction des centres bénéficier
d’une procédure par radiofréquence ou par cryoablation. Cette étude réalisée en simple aveugle a pu avoir lieu
dans 30 centres américains (USA) grâce à 65 opérateurs.
Figure 1. Positionnement du système d’ablation par électroporation grâce au cathéter FARAPULSE® de Boston.
Une phase de run-in de 1 à 3 patients par centre a été prévue afin de permettre aux opérateurs d’acquérir une
expérience de l’utilisation du cathéter d’ablation par électroporation. Puis les patients ont été randomisés en
cluster par centre de manière équilibrée (1/1), avec une stratification sur le centre et en bloc de taille variable.
Les antiarythmiques pouvaient être maintenus pendant une période de blanking de 3 mois après la procédure à
l’exception de l’amiodarone qui ne devait plus être utilisée. Le suivi était ensuite organisé pour une durée totale
d’un an comprenant des électrocardiogrammes hebdomadaires, des appels téléphoniques, des enregistrements
holter de 72h ainsi qu’une évaluation des dimensions des veines pulmonaires à 3 mois par scanner ou IRM.
Période de
Phase de run-in Suivi
blanking
Le Journal du CCF N° 19 27
ÉTUDE ADVENT
Le critère de jugement principal d’efficacité évaluait, par une analyse de non-infériorité, le taux de succès de
l’intervention défini par :
• Absence de tachyarythmie auriculaire documentée > 30 secs ;
• Absence de nécessité de nouvelle ablation d’arythmie atriale (à tout moment) ;
• Absence de nécessité de cardioversion après la période de blanking ;
• Absence de nécessité d’utilisation d’antiarythmiques de classe I ou III après la période de blanking OU
d’amiodarone à tout moment.
Le critère de jugement secondaire d’efficacité évaluait le taux de succès de l’intervention, défini selon les mêmes
modalités, mais par une analyse de supériorité.
Le critère de sécurité principal était un critère composite évalué par une analyse de non-infériorité :
• La survenue d’événements indésirables graves liés à l’utilisation d’un cathéter d’ablation, ou à la procédure,
survenant dans les sept jours après la procédure,
• La survenue d’une sténose des veines pulmonaires ou d’une fistule œsophagienne survenant à tout moment
au cours des 12 mois de suivi.
Le critère de sécurité secondaire évaluait par une analyse de supériorité :
• Modifications des dimensions des veines pulmonaires (section transversale) à 3 mois.
Résultats de l’étude
Caractéristiques des patients à baseline
Sur les 626 patients inclus dans l’étude 19 ont retiré leur consentement, 607 patients ont été randomisés. Parmi-eux,
305 ont bénéficié d’une électroporation et 302 d’une ablation conventionnelle (167 par radiofréquence et 135
par cryoablation).
28 Le Journal du CCF N° 19
ÉTUDE ADVENT
En termes d’efficacité
• L’électroporation était non-inférieure à l’ablation thermique sur le taux de succès de l’intervention à 1 an (73,1 %
dans le groupe « Electroporation » et 71,3 % dans le groupe « Ablation thermique », soit une différence entre
les groupes de 2 %, avec un IC 95 % = -5,1-9,2 % ; Probabilité a posteriori de non-infériorité > 0,999), sans réussir
à démontrer sa supériorité.
Figure 4 : A. Courbe de Kaplan-Meier sur le critère de jugement principal de succès d’intervention à 1 an dans le groupe électroporation (Bleu) et ablation thermique
(Rouge). B. A. Courbe de Kaplan-Meier sur le succès d’intervention à 1 an dans le groupe Electroporation (Bleu), radiofréquence (Rouge) et cryoablation (Vert).
• L’échec à 1 an était essentiellement secondaire à des récidives d’arythmie auriculaire (17 %) ou la nécessité
d’utiliser des antiarythmiques de classe 1 ou 3 après la période de blanking de 3 mois sans différence significative
entre les deux groupes.
En termes de sécurité
• L’électroporation était non-inférieure sur le critère principal de sécurité d’effet indésirables graves (complications
post-opératoires dans les 7 jours ou fistule œsophagienne/sténose des veines pulmonaires à 1 an) qui était
rencontrés chez 6 patients traités par électroporation et 4 patients traités par ablation thermique (2,1 % vs 1,5 %
soit une différence de 0,6 % avec un IC 95 % = -1,5-2,8 % ; Probabilité a posteriori de non-infériorité > 0,999).
• L’électroporation permettait significativement moins de rétrécissement des veines pulmonaires à 3 mois
(0,9 % vs 12 % ; probabilité a posteriori > 0,999).
• Il est à noter la survenue d’un décès secondaire à une tamponnade au décours d’une procédure d’élec-
troporation (vs 0 dans le groupe ablation thermique), de deux tamponnades cardiaques (vs 0 dans le groupe
ablation thermique) ainsi que d’un AVC au décours d’une ablation thermique.
Caractéristiques procédurales (Figure 2)
• L’électroporation permettait une réduction de la durée totale de procédure d’en moyenne 18 minutes
(106 min ± 29 vs 123 min ± 42), de la durée d’ablation d’environ 20 minutes (29 min ± 14 vs 50 min ± 25) avec
une moindre variabilité temporelle.
• L’électroporation a nécessité des durées d’utilisation de fluoroscopie plus importantes d’environ 7 minutes
(21 min ± 11 vs 14± 13 min).
Le Journal du CCF N° 19 29
ÉTUDE ADVENT
Conclusion
L’essai ADVENT est le premier essai contrôlé randomisé à confirmer la non-infériorité à 1 an du système d’ablation
par électroporation FARAPULSE® dans la fibrillation atriale paroxystique grâce à un champ électrique pulsé
comparativement aux méthodes thermiques conventionnelles (radiofréquence ou cryoablation) sur un critère
d’efficacité et de sécurité.
Perspectives
Cet essai réalisé aux Etats-Unis confirme donc l’efficacité et la sécurité de cette technique et devrait appuyer
l’approbation de ce système par la FDA qui a obtenu son autorisation européenne (marquage CE) en 2021.
Les 2 épisodes de tamponnade (dont une ayant entraîné un décès) pourraient susciter des inquiétudes puisque
cette complication avait déjà entravé le développement de cette technique dans le passé mais l’analyse de
toutes les procédures d’électroporation réalisés chez l’homme a montré qu’il s’agissait du seul décès associé à la
procédure chez près de 1600 patients (soit une mortalité de 0,06 %) ce qui est comparable aux données en
ablation thermique. De plus, cette technique semble prometteuse puisqu’elle a permis, à une époque où la
demande en ablation de fibrillation atriale ne cesse de croître une réduction des durées de procédure d’envi-
ron 20 minutes avec une moindre variabilité entre les procédures ; alors même que les opérateurs étaient
rompus aux techniques d’ablation conventionnelles mais peu entraînés à l’électroporation témoignant d’une
courbe d’apprentissage rapide. L’utilisation plus importante de radioscopie semble anecdotique dans le contexte
puisque les ablations conventionnelles peuvent être couplées à des systèmes de cartographie non fluoroscopique
qui n’est pas encore possible dans la technique de l’électroporation. Le potentiel reste à exploiter puisqu’il
s’agit d’une première génération de ce type d’énergie et de nombreux constructeurs travaillent au développement
intégrant un système de cartographie 3D. La technique d’électroporation semble être une nouvelle énergie très
prometteuse suscitant beaucoup d’intérêt dans la communauté rythmologie. De nombreuses études sont en
cours afin d’évaluer la supériorité de cette technique (BEAT-AF) et ses applications dans la fibrillation atriale
permanente (ADVANTAGE-AF). Cette technique pourrait dans le futur être développée dans le traitement
d’autres arythmies comme le flutter9, les voies accessoires ou encore les arythmies ventriculaires10.
Bibliographie
1. Gallagher JJ, Svenson RH, Kasell JH, German LD, Bardy GH, Broughton A, Critelli G. Catheter technique for closed-chest ablation of the
atrioventricular conduction system. N Engl J Med. 1982; 306:194–200.
2. Morady F, Calkins H, Langberg JJ, Armstrong WF, de Buitleir M, el-Atassi R, Kalbfleisch SJ. A prospective randomized comparison of direct
current and radiofrequency ablation of the atrioventricular junction. J Am Coll Cardiol. 1993;21:102–109.
3. Olgin JE, Scheinman MM. Comparison of high energy direct current and radiofrequency catheter ablation of the atrioventricular junction.
J Am Coll Cardiol. 1993;21:557–564. [PubMed].
4. Lavee J et al. A novel nonthermal energy source for surgical epicardial atrial ablation: irreversible electroporation. Heart Surg Forum 2007.
5. Neven K et al. Acute and long-term effects of full-power electroporation ablation directly on the porcine esophagus. Circ Arrhythm
Electrophysiol 2017 Van Driel VJHM et al. Low vulnerability of the right phrenic nerve to electroporation ablation. Heart Rhythm 2015 ;
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6. Reddy VY et al. Ablation of atrial fibrillation with pulsed electric fields: an ultra-rapid, tissue-selective modality for cardiac ablation. JACC Clin
Electrophysiol 2018 ; 4 : 987-95.
7. Reddy VY, Dukkipati SR, Neuzil P, et al. Pulsed field ablation of paroxysmal atrial fibrillation: 1-year outcomes of IMPULSE, PEFCAT, and
PEFCAT II. JACC Clin Electrophysiol. 2021;7:614–627.
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ablation: a proof-of-concept preclinical evaluation. Europace. 2020 Mar 1;22(3):434-439. doi: 10.1093/europace/euz341. PMID: 31876913;
PMCID: PMC7058968.
30 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Auteur
Voici les très attendues recommandations ESC 2023 sur les cardiomyopathies !
Relecteur
Il s’agit de nouvelles recommandations, et non d’une mise à jour des recommandations
existantes, à l’exception de la section sur la cardiomyopathie hypertrophique (CMH). Ce
résumé n’a pas pour objectif de fournir une traduction des recommandations détaillées
pour chaque phénotype de cardiomyopathie. Son but est plutôt de synthétiser l’approche
diagnostique des cardiomyopathies, de reprendre les thématiques d’évaluation et de
prise en charge et leur suivi. Une dernière partie s’intéressera aux situations cliniques
fréquemment rencontrées dans ce champ précis (arythmie atriale, insuffisance cardiaque,
pratique sportive).
Les considérations concernant la prise en charge des patientes en péripartum et des Dr Charles FAUVEL
Rouen
patients en péri-opératoire ne seront pas abordés dans ce résumé.
Le Journal du CCF N° 19 31
CONGRÈS DE L’ESC 2023
• La gestion des symptômes, l’identification et la • Il est important de définir l’étiologie pour une prise
prévention des complications liées à la maladie (y en charge personnalisée chez les patients atteints
compris la mort subite, l’insuffisance cardiaque et de cardiomyopathies syndromiques et métabo-
l’accident vasculaire cérébral) sont la pierre angulaire liques (par exemple, thérapie enzymatique/chape-
de la prise en charge de toutes les cardiomyopathies. ronne dans les maladies de stockage lysosomal ;
tafamidis dans l’amylose ATTR sauvage, etc.).
• Les inhibiteurs de la myosine cardiaque (Mavacamten)
devraient être envisagés chez les patients atteints • Les adultes en bonne santé de tous âges et les per-
de CMH et d’obstruction ventriculaire gauche qui sonnes atteintes de maladies cardiaques connues
restent symptomatiques malgré une thérapie médi- devraient faire de l’exercice avec une intensité
cale optimale. modérée, totalisant au moins 150 minutes par se-
maine. Tous les patients atteints de cardiomyopa-
• Des outils validés de prédiction du risque de mort
thie devraient bénéficier d’une évaluation individua-
subite (HCM Risk-SCD et HCM Risk-Kids) sont
lisée du risque pour la prescription de l’exercice.
la première étape dans la prévention de la mort
Des précautions particulières doivent être prise
subite chez les patients atteints de CMH. (Des mar-
pour les patients atteints de CAVD. De même, la
queurs de risque supplémentaires peuvent être
pratique de sport de compétition doit être évaluée
utiles chez les patients à risque faible ou intermé-
attentivement.
diaire).
• L’identification et la gestion des facteurs de risque
• Le traitement pharmacologique des patients at-
et des maladies concomitantes sont recomman-
teints de CMD ne diffère pas de celui recommandé
dées en tant que partie intégrante de la prise en
dans l’insuffisance cardiaque chronique.
charge des patients atteints de cardiomyopathie.
• Le risque de mort subite chez les patients atteints
de CMD et de Cardiomyopathie ventriculaire
gauche non dilatée (CVGND) varie en fonction de
la cause sous-jacente et du sous-type génétique.
Dans la CMD et la CVGND, un défibrillateur au-
tomatique implantable (DAI) devrait être envisa-
gé pour certaines formes génétiques même si la
FEVG est > 35 %.
Le parcours patient
Les recommandations soulignent l’importance du par- Cela permet ainsi d’individualiser un des 5 phénotypes
cours de soin du patient (Figure 1). que nous décrirons ci-dessous :
Une caractérisation précise du phénotype cardiaque à la > CMH : cardiomyopathie hypertrophique ;
fois fonctionnel et morphologique est recommandée : > CMD : cardiomyopathie dilatée ;
> Aspects morphologiques : Hypertrophie ventricu- > CAVD : cardiomyopathie arythmogène du ventri-
laire gauche et/ou droite, dilatation ventriculaire cule droit ;
gauche et/ou droite, cicatrice ventriculaire non > CMR : cardiomyopathie restrictive ;
ischémique ou autre aspect spécifique caractérisé > CVGND : cardiomyopathie ventriculaire gauche
en IRM. non dilatée.
> Aspects fonctionnels : Dysfonction systolique
(globale et régionale) ventriculaire gauche et/ou
droite, dysfonction diastolique (composante res-
trictive) ventriculaire gauche et/ou droite.
32 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
L’utilisation d’une approche multiparamétrique est cruciale : hérédité, tests génétiques, signes et symptômes ex-
tracardiaques, analyses biologiques, anatomopathologie. Cela permettra alors d’aboutir au diagnostic étiologique
pour adapter la prise en charge et le suivi.
Suspected cardiomyopathy
Ventricular morphology/function Ventricular scar/fatty replacement Figure 1 : Parcours du patient de la clinique au diagnostic
Morphological/ Hypertrophy
Non-ischaemic ventricular scar on étiologique (d’après Arbelo, Elena et al. “2023 ESC
functional CMR/pathological examination
Dilatation
Other tissue characterization Guidelines for the management of cardiomyopathies.”
characterization Systolic/diastolic function
parameters on CMR European heart journal, ehad194. 25 Aug. 2023,
doi:10.1093/eurheartj/ehad194).
Phenotype
RCM NDLVC
Les cardiomyopathies
Épidémiologie et définition suffisantes pour entraîner l’anomalie myocardique
Une cardiomyopathie est définie comme un trouble observée. Cette définition s’applique à l’enfant et à
myocardique dans lequel le muscle cardiaque présente l’adulte sans a priori sur l’étiologie de la cardiopathie.
des anomalies structurelles et fonctionnelles, en l’ab- Les 5 types de cardiomyopathies et leur prévalence
sence de maladie coronarienne (MC), d’hypertension, de sont définis dans la table 1.
maladie valvulaire et de cardiopathie congénitale (CC)
Prévalence
Phénotype Définition
Adulte Enfant
Épaisseur accrue de la paroi du ventricule gauche (avec ou sans hypertrophie du ventricule droit) ou
CMH 0,2 % 0,029 %
d'une masse qui ne s'explique pas uniquement par des conditions de charge anormales
Dilatation du ventricule gauche et de dysfonction systolique globale ou régionale non expliquée uni-
CMD 0,4 % 0,026 % quement par des conditions de charge anormales (par exemple, hypertension, maladie valvulaire ou
cardiopathie congénitale) ou une maladie coronarienne
Remplace la notion de cardiomyopathie non dilatée et hypokinétique utilisée précédemment. Défini
comme la présence de cicatrices non ischémiques du ventricule gauche ou de remplacement adipeux,
CVGND À déterminer
indépendamment de la présence d'anomalies de la motilité de la paroi (globales ou régionales), ou
d'une hypokinésie globale isolée du ventricule gauche sans cicatrices.
Présence principalement d'une dilatation et/ou d'une dysfonction du ventricule droit en présence d'une
CAVD 0,078 % Rare atteinte histologique et/ou d'anomalies électrocardiographiques conformément aux critères publiés
avec ou sans atteinte du ventricule gauche associée.
Physiologie restrictive du ventricule gauche et/ou du ventricule droit en présence de volumes diasto-
CMR Rare 0,0003 % liques normaux ou réduits (d'un ou des deux ventricules), de volumes systoliques normaux ou réduits, et
d'une épaisseur normale de la paroi ventriculaire.
Table 1 : Prévalence et définition des 5 phénotypes de cardiomyopathies. (adapté d’après Arbelo, Elena et al. “2023 ESC Guidelines for the management of
cardiomyopathies.” European heart journal, ehad194. 25 Aug. 2023, doi:10.1093/eurheartj/ehad194).
NB : La non-compaction ventriculaire gauche (NCVG) et le syndrome de Tako-Tsubo ne sont pas considérés comme
des cardiomyopathies à part entière au sens de la définition.
Le Journal du CCF N° 19 33
CONGRÈS DE L’ESC 2023
En effet, la NCVG est considérée comme un trait phé- Il est recommandé que tous les patients suspects de
notypique qui peut survenir soit de manière isolée, soit cardiomyopathie fassent l’objet d’une évaluation de
en association avec d’autres anomalies développe- leurs antécédents familiaux et qu’un arbre généalo-
mentales, une hypertrophie ventriculaire, une dilatation gique sur trois à quatre générations soit établi pour
et/ou une dysfonction systolique. faciliter le diagnostic, fournir des indices sur l’étiologie
sous-jacente, déterminer le mode de transmission et
En raison de la nature transitoire du phénomène, le
identifier les proches à risque (IC).
syndrome de Tako-Tsubo n’est pas classé comme une
cardiomyopathie. Drapeaux rouges
Voici quelques aspects devant alerter et faire suspec-
Scenario clinique et drapeaux rouges
ter une cardiopathie particulière devant leur présence.
Il est recommandé que tous les patients suspects de
Le cardiologue doit alors être capable de dépister des
cardiomyopathie ou ayant reçu un diagnostic de car-
atteintes cliniques extra-cardiologiques et rechercher
diomyopathie subissent une évaluation systématique à
des anomalies spécifiques personnelles ou familiales
l’aide d’une approche multiparamétrique comprenant
à l’interrogatoire devant faire suspecter des étiologies
une évaluation clinique, une analyse généalogique, un
spécifiques. Ils sont développés dans la table 2.
électrocardiogramme (ECG), une surveillance Holter,
des analyses de laboratoire et des examens d’imagerie
multimodalité (IC).
Autosomique dominant
Autosomique récessif
Hérédité et transmission
Transmission liée à l’X
Transmission matrilinéaire
Symptômes
La table 6 (page 39) des Surdité
recommandations ESC détaille Douleurs ou faiblesse musculaire
les signes et symptômes qui Paresthésies
doivent alerter
Faiblesse musculaire
Hypotension orthostatique
Examen clinique Rash cutanée
Signe oculaire
Signes cutanés
Pré-excitation, bloc auriculo-ventriculaire, pseudo-rabotage de l’onde R en anté-
ECG
rieur
Biologie CPK, anomalie du bilan rénal (créatinine, protéinurie), ferritine, lactate, etc.
34 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Une évaluation complète des dimensions cardiaques, de la fonction systolique du ventricule gauche et du
ventricule droit (globale et régionale), ainsi que de la fonction diastolique du ventricule gauche, est recommandée
chez tous les patients atteints de cardiomyopathie lors de l’évaluation initiale, ainsi que lors des suivis, afin de
surveiller la progression de la maladie et d’aider à la stratification des risques (IB).
L’IRM cardiaque avec agent de contraste est recommandée chez les patients atteints de cardiomyopathie lors
de l’évaluation initiale (IB).
L’IRM cardiaque avec agent de contraste devrait être envisagée chez les patients atteints de cardiomyopathie
lors du suivi pour surveiller la progression de la maladie et aider à la stratification des risques et à la gestion (IIaC).
Les aspects caractéristiques trouvés en IRM seront détaillés dans les sections suivantes en fonction du phénotype
de cardiomyopathie.
La scintigraphie osseuse au DPD/PYP/HMDP est recommandée chez les patients atteints de cardiomyopathie
suspectée liée à une amylose cardiaque ATTR pour aider au diagnostic (IB).
La tomodensitométrie cardiaque avec agent de contraste devrait être envisagée chez les patients atteints de
cardiomyopathie suspectée qui présentent une imagerie échocardiographique insuffisante et des contre-indica-
tions à l’IRM cardiaque (IIaC).
Chez les patients atteints de cardiomyopathie suspectée, l’imagerie basée sur la tomodensitométrie devrait
être envisagée pour exclure une maladie coronarienne congénitale ou acquise en tant que cause de l’anomalie
myocardique observée (IIaC).
La scintigraphie au 18F-FDG-PET devrait être envisagée pour l’évaluation diagnostique chez les patients
atteints de cardiomyopathie chez qui une sarcoïdose cardiaque est suspectée (IIaC).
Génétique
Pour le patient, quadruple intérêt :
> Diagnostic ; > Thérapeutique ;
> Pronostic ; > Conseil génétique prénatal.
Le dépistage génétique est recommandé chez les patients remplissant les critères de diagnostic de la
cardiomyopathie dans les cas où il permet le diagnostic, la prévision du pronostic, la stratification thérapeutique
ou la gestion de la reproduction du patient, ou lorsque cela permet une évaluation génétique séquentielle de
leurs proches qui bénéficieraient d’une surveillance à long terme (IB).
Le dépistage génétique est également recommandé pour un individu décédé identifié comme ayant une
cardiomyopathie lors d’une autopsie si un diagnostic génétique faciliterait la prise en charge des proches survi-
vants (IC).
Pour ses apparentés : pour la surveillance au long cours et la stratification du risque selon que l’apparenté soit
porteur ou non du variants responsable de la cardiomyopathie déjà avérée dans la famille.
Il est recommandé d’offrir un dépistage génétique séquentiel, avec des conseils préalables et après les
tests, aux apparentés adultes à risque si un diagnostic génétique fiable (c’est-à-dire un variant pathogène ou
likely-pathogène) a été établi chez un individu atteint de cardiomyopathie dans la famille (en commençant
par les membres du premier degré si disponibles, puis en élargissant séquentiellement) (IB).
Le dépistage génétique diagnostique n’est pas recommandé chez un proche d’un patient atteint de car-
diomyopathie ayant un phénotype négatif et en l’absence d’un diagnostic génétique fiable (c’est-à-dire un
variant pathogène ou likely-pathogène) dans la famille (IIIC).
Le Journal du CCF N° 19 35
CONGRÈS DE L’ESC 2023
No variant/genetic
P/LP variant VUS
testing not performed
Reconsider
other causes Figure 2: Stratégie de dépistage
génétique chez les apparentés
d’un patient porteur d’une
cardiomyopathie avec un variant
Cascade clinical Segregation Cascade clinical
identifié (d’après Arbelo, Elena et
and genetic testing analysis/functional screening
al. “2023 ESC Guidelines for the
(Class I) studies where possible (Class I)
management of cardiomyopathies.”
European heart journal, ehad194.
25 Aug. 2023, doi:10.1093/eurheartj/
Variant status Phenotype ehad194).
Variant positive
Cardiomyopathy
+/- clinical Variant negative Normal
phenotype
phenotype
Biologie
Examens de 1ère ligne CPK, Bilan hépatique, NT-proBNP, protéinurie, fonction rénale, troponine
Table 4 : Examens biologiques de 1ère et 2nde intention à réaliser devant une CMH.
36 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
ETT
Étiologie spécifique
Caractéristique
Danon
Amylose Fabry myocardite Noonan
/Pompe
Autres
Épaississement du septum
x
interauriculaire
Épaississement des valves
x x
auriculoventriculaires
Épaississement de la paroi
x x x x
libre du ventricule droit
Épanchement péricardique
x x
léger à modéré
Ataxie de Friedreich
HVG concentrique x
Variant PRKAG2
Maladie mitochondriale
Hypokinésie globale du
Variant PRKAG2
ventricule gauche (avec ou X(ATTR) x x
CMH sarcomérique
sans dilatation du VG)
Ataxie de Friedreich
Obstruction de la chambre
de chasse du ventricule x
droit
Table 5 : Caractéristiques échocardiographique à rechercher, évocatrices d’étiologies spécifiques devant une CMH.
Repeat
Maximum provoked peak
N Symptoms Asymptomatica echocardiogram
LVOTO ≥50 mmHg
at 1 year
Y Symptomatic Figure 3 : Évaluation et prise
en charge de l’obstruction
ventriculaire gauche dans la
Exercise stress CMH (d’après Arbelo, Elena
echocardiogram et al. “2023 ESC Guidelines
(Class I) for the management of
cardiomyopathies.” European heart
journal, ehad194. 25 Aug. 2023,
doi:10.1093/eurheartj/ehad194).
Maximum provoked peak
Y
LVOTO ≥50 mmHg
Le Journal du CCF N° 19 37
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Beta-blockers or verapamil
Symptoms N may be considered
(Class IIb)
Y
Disopyramide Mavacamten
OR
(Class I) (Class IIa)
Still symptomatic
> Le Mavacamtem (inhibiteur de l’ATPase cardiaque > La réduction septale par intervention chirurgicale
de la myosine) fait son entrée dans les recomman- (SRT) pour améliorer les symptômes est recomman-
dations en cas d’obstruction non controlée malgré dée chez les patients atteints d’un gradient LVOT
les médicaments de première ligne (bétabloquants, au repos ou maximum provoqué de ≥ 50 mmHg et
inhibiteurs calciques bradycardisants) [Classe IIaA] ou classés NYHA/Ross en classe fonctionnelle III–IV,
bien en monothérapie chez les patients intolérants malgré un traitement médical maximal toléré (IB).
aux thérapies de première ligne [Classe IIaB]. Les recommandations détaillées concernant la prise
en charge de l’obstruction ventriculaire gauche dans
les CMH est développée dans les recommandations.
IRM
Caractéristique IRM Exemple (images issues des guidelines ESC 2023) Étiologie spécifique à considérer
Réhaussement tardif
postérolatéral
Maladie de Fabry-Anderson
HVG concentrique
T1 natif bas
Réhaussement tardif
sous-endocardique
Amylose
diffuse
T1 natif élevé
Réhaussement tardif en
plage “patchy” dans les CMH sarcomérique
zones hypertrophiées
(Adapté d’après Arbelo, Elena et al. “2023 ESC Guidelines for the management of cardiomyopathies.” European heart journal, ehad194. 25 Aug. 2023,
doi:10.1093/eurheartj/ehad194).
38 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Age
Unexplained syncope
LV outflow gradient
Maximum LV wall thickness
Left atrial diameter
NSVT
Family history of SCD
LV systolic function Figure 5 : Algorithme de la prévention
Extent of myocardial scar primaire et secondaire de la mort subite chez
les patients porteurs d’une CMH (d’après
Arbelo, Elena et al. “2023 ESC Guidelines
Low risk High risk for the management of cardiomyopathies.”
HCM-risk scores
5-year risk <4% 5-year risk ≥6% European heart journal, ehad194. 25 Aug. 2023,
doi:10.1093/eurheartj/ehad194).
Intermediate risk
≥1 clinical risk factorsa
5-year risk ≥4 to <6%
shared
ICD ICD ICD
decision
(Class IIb) (Class IIb) (Class IIa)
making
Secondary prevention
> L’utilisation du score de risque « HCM risk score » est considérer l’implantation d’un DAI : présence de
recommandé dans la stratification du risque de la mort rehaussement tardif ≥ 15 % en IRM, FEVG < 50 % (IIbB).
subite en prévention primaire. La présence d’un anévrysme apical peut inciter à l’im-
Pour les adultes (≥ 16 ans) : plantation d’un DAI d’après la Task Force mais sa seule
https://qxmd.com/calculate/calculator_303/hcm-risk-scd présence n’est pas suffisante.
Pour les enfants (≤ 16 ans) : https://hcmriskkids.org Il est recommandé d’évaluer le risque de mort subite à
> En cas de risque considéré faible (< 4 % à 5ans), la 5 ans lors de la première évaluation, puis de le rééva-
présence de facteurs cliniques spécifiques peut faire luer à des intervalles de 1 à 2 ans ou chaque fois qu’il y
a un changement de statut clinique (IB).
Table 6 : Caractéristiques ECG à rechercher, évocatrices d’étiologies spécifiques devant une CMD.
Le Journal du CCF N° 19 39
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Biologie
Calcémie, CPK, ferritine, NFS, bilan hépatique, NTproBNP, phosphate, protéinurie, fonction
Examens de 1ère ligne
rénale, bilan martial, fonction thyroïdienne, troponine, vitamine D(chez l’enfant)
Profile carnitine, acides gras libres, anticorps non spécifiques et spécifiques d’organes, ECA
Examens de 2nde ligne
sérique, thiamine, sérologies virales, acides organiques urinaires et amino-acides plasmatiques
Table 7 : Examens biologiques de 1ère et 2nde intention à réaliser devant une CMD
Adapté d’après Arbelo, Elena et al. “2023 ESC Guidelines for the management of cardiomyopathies.” European heart journal, ehad194. 25 Aug. 2023, doi:10.1093/
eurheartj/ehad194.
40 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
N
Figure 6 : Algorithme de
ICD la prévention primaire
LVEF <35% Y et secondaire de la mort
(Class IIa)
subite chez les patients
N porteurs d’une CMD
(d’après Arbelo, Elena et
al. “2023 ESC Guidelines
High-risk gene Y Gene specific risk assessmenta for the management
of cardiomyopathies.”
European heart journal,
N
ehad194. 25 Aug. 2023,
ICD doi:10.1093/eurheartj/
High risk Y
(Class IIa/IIb)b ehad194).
ICD
Additional risk factorsc
(Class IIb)
> Il devrait être envisagé d’implanter un DAI afin de ré- > Le génotype du patient devrait être pris en consi-
duire le risque de mort subite et de mortalité toutes causes dération lors de l’estimation du risque de mort
confondues chez les patients atteints de CMD, souffrant subite dans la CMD (IIaB). Les génotypes associés
d’insuffisance cardiaque symptomatique, et dont la frac- à un haut risque de mort subite sont détaillés dans
tion d’éjection ventriculaire gauche est ≤ 35 % malgré la table 8.
plus de 3 mois de traitement médical optimal (IIaA).
Homme
TMEM43
5-10 % Femme et ≥1 parmi : FEVG < 45 %, TVNS, Réhausse-
Transmembrane protein 43
ment tardif (IRM), > 200 ESV sur 24h
Table 8 : Génotypes associés à un haut risque de mort subite et leur facteur prédicteur associés
TVNS tachycardie ventriculaire non soutenue, ESV extrasystole ventriculaire
Le Journal du CCF N° 19 41
CONGRÈS DE L’ESC 2023
ICDa
IRM Non-syncopal sustained VT Y
(Class IIa)
N
Exemple (images issues
Caractéristique IRM ICD
des guidelines ESC 2023) High risk featuresb
(Class IIa)
42 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
sie globale isolée du VG sans cicatrice (tel qu’éva- maladie valvulaire) ou une maladie coronarienne. Une
lué par la présence de rehaussement tardif à l’IRM dysfonction systolique globale du LV est définie par
cardiaque) qui ne peut être expliquée uniquement par une FEVG anormale (c’est-à-dire < 50 %).
des conditions de charge anormales (hypertension,
Biologie
Examens de 1ère ligne Calcémie, CPK, CRP, NFS, bilan hépatique, NTproBNP, phosphate, protéinurie, fonction rénale, troponine
Examens de 2nde ligne Anticorps non spécifiques et spécifiques d’organes, sérologies virales
IRM
Variants DSP
Motif de rehaussement tardif en forme
Variants FLNS
d'anneau et/ou sous-épicardique
Variants DES
Adapté d’après Arbelo, Elena et al. “2023 ESC Guidelines for the management of cardiomyopathies.” European heart journal, ehad194. 25 Aug. 2023, doi:10.1093/
eurheartj/ehad194.
L’anticoagulation orale afin de réduire le risque d’ac- L’anticoagulation orale visant à réduire le risque d’ac-
cident vasculaire cérébral et d’événements throm- cident vasculaire cérébral et d’événements throm-
bo-emboliques est recommandée chez tous les pa- bo-emboliques est recommandée chez les patients
tients atteints de CMH ou d’amylose cardiaque et de atteints de CMH, de NCVG ou de CAVD, et de fibrilla-
fibrillation auriculaire (FA) ou de flutter auriculaire (sauf tion auriculaire ou de flutter auriculaire avec un score
contre-indication) (IB). CHA2DS2-VASc ≥ 2 chez les hommes ou ≥ 3 chez les
femmes (IB).
> Le score de CHA2DS2-VASc ne s’applique pas dans la CMH et dans les cardiopathies restrictives.
Le Journal du CCF N° 19 43
CONGRÈS DE L’ESC 2023
L’ablation par cathéter de la fibrillation auriculaire est L’ablation par cathéter de la fibrillation auriculaire
recommandée pour le contrôle du rythme après un devrait être envisagée en première ligne en tant que
échec ou une intolérance à un antiarythmique de classe traitement de contrôle du rythme pour améliorer les
I ou III, afin d’améliorer les symptômes des récurrences symptômes chez les patients sélectionnés atteints de
de FA chez les patients atteints de FA paroxystique cardiomyopathie et de FA paroxystique ou persistante
ou persistante et de cardiomyopathie (IB). sans facteurs de risque majeurs de récurrence, en te-
nant compte du choix du patient, des bénéfices et des
L’ablation par cathéter de la fibrillation auriculaire est
risques (IIaC).
recommandée pour inverser la dysfonction du ventri-
cule gauche chez les patients atteints de FA et de L’ablation par cathéter de la fibrillation auriculaire
cardiomyopathie lorsque le composant induit par la devrait être envisagée chez les patients sélectionnés
tachycardie est hautement probable, indépendam- atteints de cardiomyopathie, de FA et d’insuffisance
ment de leur état symptomatique (IB). cardiaque et/ou de FEVG réduite pour prévenir les ré-
currences de FA, améliorer la qualité de vie, la FEVG et
Le maintien du rythme sinusal plutôt que le contrôle de
la survie, et réduire l’hospitalisation pour insuffisance
la fréquence cardiaque devrait être envisagé à un stade
cardiaque (IIaB).
précoce pour les patients atteints de cardiomyopathie
et de FA sans facteurs de risque majeurs de récurrence,
indépendamment des symptômes (IIaC).
44 Le Journal du CCF N° 19
CONGRÈS DE L’ESC 2023
Af, atrial fibrillation: ARVC, arrhythmogenic right ventricular cardiomyopathy: DCM. dilated cardiomyopathy. HCM. hypertrophik cardiomyopathy: LVOTO, left
ventricular outflow tract obstruction.
+, degree of positive association:-. absence of definitive association: ?, unknown association.
(d’après Arbelo, Elena et al. “2023 ESC Guidelines for the management of cardiomyopathies.” European heart journal, ehad194. 25 Aug. 2023, doi:10.1093/
eurheartj/ehad194).
Le Journal du CCF N° 19 45
CARDIOMYOPATHIES AVEC PRÉSENTATION CARDIAQUE
Auteurs
EXPRESSIONS PHÉNOTYPIQUES
CARDIAQUES DES LAMINOPATHIES
Introduction
Les laminopathies représentent un groupe très hétérogène de pathologies, liées
génétiquement par définition à des mutations touchant le gène LMNA, mais dont
Théo MÉRAL
l’expression phénotypique est extrêmement variable. Au-delà d’une faible prévalence
Interne de Cardiologie en population générale, elles constituent un ensemble phénotypique complexe, aux
CHU de Rouen
complications sévères, et de diagnostic relativement important au vu du jeune âge
des sujet atteints. Faisant suite à l’actualisation récente du PNDS (1) concernant les
laminopathies avec présentation cardiaque, nous proposons un résumé des points clés
principaux à connaître pour une prise en charge adaptée de ces pathologies.
L’hétérogénéité phénotypique
Relecteur
Une laminopathie est une maladie géné- Un point important à souligner est l’im-
tique consécutive à une mutation touchant portante hétérogénéité phénotypique (3).
le gène LMNA. Ce gène est situé au niveau En effet, les laminopathies peuvent être
du bras long du chromosome 1, de locali- classées selon les tissus principalement
sation précise 1q21.2-q21.3, codant deux atteints : les muscles striés cardiaques et
protéines que sont les Lamines A et C. Ces squelettiques (dystrophies), les nerfs pé-
protéines participent à la formation d’une riphériques (neuropathies périphériques),
structure nommée « lamina nucléaire », le tissu adipeux (lipodystrophies) et le tissu
support nucléaire à la fois architectural et cutané (syndromes de dégénérescences
Dr Arnaud SAVOURÉ
Praticien Hospitalier
fonctionnel (2). Il existe à ce jour plusieurs cutanés). Ainsi l’on dénomme pour exemple
CHU de Rouen. centaines de mutations identifiées dont la la dystrophie musculaire d’Emery-Dreifuss
majorité à transmission autosomique domi- atteignant principalement les muscles striés,
nante. la Maladie de Charcot-Marie-Tooth à l’origine
de neuropathies périphériques ou plus rare-
ment le syndrome d’Hutchinson.
Figure SEQ Figure \* ARABIC 1 : Gènes associés aux cardiomyopathies (d’après Grassi et al) (4)
46 Le Journal du CCF N° 19
CARDIOMYOPATHIES AVEC PRÉSENTATION CARDIAQUE
Il doit rester à l’esprit que cette classification réfère la plus fréquente étant la cardiomyopathie dilatée
à des prédominances, et que l’on observe d’une (CMD). Certaines laminopathies à atteinte cardiaque
part des laminopathies à atteintes tissulaires exclu- se révèlent néanmoins par des formes à types de non
sives notamment cardiaques, et d’autre part des la- compaction ventriculaire gauche ou de cardiomyo-
minopathies à atteintes multi-tissulaires (il peut pathies arythmogènes du ventricule droit. De plus,
exister pour exemple une atteinte cardiaque dans la certaines laminopathies sont d’authentiques cardiopa-
Maladie de Charcot-Marie-Tooth). Cette hétérogé- thies à cœur échographiquement sain, l’expression
néité phénotypique s’exprime parfois au sein d’une phénotypique se résumant au sur-risque arythmo-
même famille partageant une mutation similaire, gène. Cette variabilité phénotypique cardiaque se
caractérisant la complexité de prédictibilité phénoty- retrouve d’ailleurs dans de nombreuses autres car-
pique à partir d’une origine génétique commune. diomyopathies génétiques (4).
Parallèlement, en cas d’atteinte cardiaque, l’expression
phénotypique reste de même très variable, la forme
Le Journal du CCF N° 19 47
CARDIOMYOPATHIES AVEC PRÉSENTATION CARDIAQUE
Biologiquement, en cas d’atteinte extracardiaque, Enfin, un examen de choix en particulier lors d’un bilan
peut apparaitre l’élévation de la créatine phosphoki- de découverte de CMD reste l’IRM cardiaque.
nase (CPK) en cas dystrophies musculaires ou encore
On y décrit un signe spécifique et précoce précédant
la perturbation du bilan lipidique, hépatique ou glycé-
les anomalies échographiques à type de fibrose sep-
mique dans les lipodystrophies.
tale basale et médiane caractérisée à l’IRM par un
L’électrocardiogramme représente un examen très rehaussement tardif à l’injection de gadolinium (6).
important, en particulier en contexte de cardiomyo-
Le diagnostic final, en cas de probabilité pré-test si-
pathie dilatée. En effet, l’on y retrouve des anomalies
gnificative sera apporté par le séquençage du gène
récemment reconnues à types de troubles de la re-
LMNA et l’identification d’une mutation pathogène.
polarisation en territoire antéro-septal (V1 à V3).
Ce séquençage peut être unique, notamment dans le
Ces anomalies comprennent la présence d’ondes Q,
cadre du dépistage familial mais faisant généralement
de fragmentation du QRS ou encore la faible pro-
partie d’une batterie de gènes présélectionnés dans
gression de l’onde R. Certains auteurs rapportent une
le cadre du bilan de CMD.
sensibilité de 80 % en faveur d’une laminopathie par-
mi les CMD (6). D’autres signes non spécifiques sont
également décrits par l’aplatissement des ondes P, la
présence de troubles conductifs en particulier atrio-ventri-
culaires ou d’hyperexcitabilité supraventriculaire et
ventriculaire.
L’échographie cardiaque demeure le principal outil
diagnostic. Les anomalies n’apparaissent pas systé-
matiquement au diagnostic, les premiers signes étant
principalement rythmiques et les anomalies échocar-
diographiques étant plus tardives. Comme dit pré-
cédemment, plusieurs expressions phénotypiques
peuvent exister, dont l’expression la plus fréquente
reste la CMD.
Figures SEQ Figure \* ARABIC 3a et 3b : Signes de fibrose septale à l’ECG
et l’IRM cardiaque (d’après Ollila et al) (6).
48 Le Journal du CCF N° 19
CARDIOMYOPATHIES AVEC PRÉSENTATION CARDIAQUE
L’algorithme proposé dans les dernières recom- en cas d’atteinte cardiaque avérée, accentuant la
mandations ESC recommande sa mise en place en progression de la cardiopathie et reconnue comme
cas de risque rythmique ventriculaire fatal à 5 ans facteur de risque rythmique indépendant.
≥ 10 % (https/LMNA-risque-va.fr) associé à la pré-
Un accent final autour du suivi reste à préciser, s’arti-
sence d’un critère parmi la survenue de salves de
culant autour des deux objectifs principaux par réé-
tachycardie ventriculaire non soutenue, l’altéra-
valuations régulières annuelles, dès 10 ans, du risque
tion de la fraction d’éjection ventriculaire gauche
rythmique et de l’évolutivité de l’insuffisance cardiaque.
< 50 % ou la présence d’un bloc auriculo-ventricu-
À titre systématique devront être réalisés selon les
laire de type 1 (7).
recommandations d’expert un contrôle biologique, un
L’insuffisance cardiaque devra être prise en charge in- ECG, un Holter-ECG, une Épreuve d’effort ainsi qu’une
dépendamment du pronostic rythmique selon les re- ETT. De manières plus espacées, une IRM cardiaque
commandations standards, en ayant un recours rapide devra être proposée tous les 2 à 5 ans, ce dernier exa-
aux techniques d’assistance ventriculaire. À noter que men ayant une place importante dans l’estimation du
l’activité physique intensive n’est pas recommandée risque rythmique par la réalisation de scores de fibrose.
Le Journal du CCF N° 19 49
CARDIOMYOPATHIES AVEC PRÉSENTATION CARDIAQUE
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50 Le Journal du CCF N° 19
CARDIOLOGIE INTERVENTIONNELLE
Auteur
Histoire
En 1960, Claude Beck avait déjà observé conventionnels, cette technique basée sur
et décrit que la ligature chirurgicale du le principe de Beck a été remise au goût du
sinus coronaire pouvait soulager efficace- jour avec le développement récent d’une
ment les symptômes d’angor, et permettait prothèse percutanée, le réducteur de sinus
même d’améliorer la survie chez ce type coronaire Neovasc ReducerTM (10). Il s’agit
de patient (7–9). Cependant, du fait de d’un stent en forme de diabolo, serti sur bal-
l’avènement de la revascularisation, no- lon, non déformable en raison de sa compo-
tamment par pontage, l’intérêt pour cette sition en acier inoxydable. Cette prothèse a
technique a été rapidement perdu, mais été mise au point par Paz et Shinfeld au mi-
le concept de réduction du sinus coronaire lieu des années 1990 et testée initialement
pour traiter l’angor réfractaire était bien né. sur des modèles animaux (10). La première
De manière plus récente, et toujours dans procédure sur l’homme a pu être réalisée 15
l’objectif de traiter des patients atteints d’an- ans plus tard (11).
gor réfractaire échappant aux traitements
Le Journal du CCF N° 19 51
CARDIOLOGIE INTERVENTIONNELLE
Le Nicorandil (17), la Ranolazine (18), l’Ivabradine (19) ou la Trimetazidine (20) peuvent être
considérés en traitement de deuxième ligne pour réduire la fréquence des épisodes angineux
IIa B
ou la tol érance à l’effort chez les patients contre-indiqués ou non contrôlés par un traitement
associant béta bloquants, inhibiteurs calciques, et dérivés nitrés
Chez les patients avec une fréquence cardiaque et/ou une pression artérielle spon-
tanément basse, la Ranolazine ou la Trimetazidine peuvent être considéré comme un IIb C
traitement de première ligne
Chez des patients sélectionnés, un traitement associant d’emblée un béta bloquant ou
un inhibiteur calcique avec un traitement de deuxième ligne (Nicorandil, Ranolazine, Ivabradine IIb C
ou Trimetazidine) peut être considéré en première intention
La contre pulsion externe peut être considérée chez des patients atteints d’angor réfractaire (21) IIb B
L’implantation d’un réducteur de sinus peut être considérée chez des patients atteints d’angor
IIb B
réfractaire (14)
La stimulation médullaire peut être considérée chez des patients atteints d’angor réfractaire (22) IIb B
Tableau 1 : tableau adapté des recommandations de l’ESC 2019 sur la prise en charge de l’angor réfractaire et les différentes approches thérapeutiques testées.
Figure 1 : Système du
réducteur du sinus coronaire
Figure tirée et traduite du
New England Journal of
Medecine (14).
52 Le Journal du CCF N° 19
CARDIOLOGIE INTERVENTIONNELLE
Preuves scientifiques
La première étude chez l’homme a été publiée en principal était la proportion de patients présentant une
2007 (11). Il s’agit d’une étude multicentrique en amélioration d’au moins deux classes d’angine de
ouvert, sur 15 patients atteints d’angor réfractaire et poitrine de la CSS à 6 mois. L’implantation du
avec ischémie documentée. Le critère de jugement ReducerTM a été réussie chez 50 patients (2 patients
principal était la sécurité et le critère de jugement se- n’ayant pas été implantés en raison d’une anatomie
condaire le succès procédural. Dans cette première veineuse hostile). Au total, 35 % des patients du groupe
étude, tous les patients avaient atteint les critères de de traitement (18 sur 52), contre 15 % des patients
jugements primaires et secondaires, sans événements du groupe témoin (8 sur 52), ont bénéficié d’une
cardiovasculaires rapportés après un suivi médian amélioration d’au moins deux classes d’angine de
de 11 mois. L’angor était significativement amélio- poitrine CCS à 6 mois (P=0,02). Le dispositif a égale-
ré, passant d’une classe CCS (sur une échelle de I à ment été associé à une amélioration d’au moins une
IV, les classes supérieures indiquant une plus grande classe d’angine CCS chez 71 % des patients du groupe
limitation de l’activité physique en raison de l’angor) de traitement (37 patients sur 52), contre 42 % des
moyenne de 3.07 à 1.64 après implantation d’un patients du groupe de contrôle (22 sur 52) (P=0,003).
ReducerTM. Une autre étude portant sur 23 patients La qualité de vie évaluée à l’aide du questionnaire de
rapportait des résultats comparables, avec une bonne Seattle s’est améliorée de manière significative dans
sécurité d’emploi et une efficacité sur les symptômes le groupe de traitement, par rapport au groupe té-
d’angor à l’effort mais également sur des critères ob- moin (amélioration sur une échelle de 100 points, 17,6
jectifs comme la durée d’exercice et d’amélioration de contre 7,6 points ; P=0,03). Il n’y a pas eu de différence
l’ischémie scintigraphique (13). Basés sur ces premières significative entre les groupes en ce qui concerne
études encourageantes, un essai randomisé (le seul) l’amélioration du temps d’exercice ou le changement
en double aveugle a été mené. Il s’agit de l’essai moyen de l’indice de mobilité de la paroi évalué par
“Coronary Sinus Reducer for Treatment of Refractory échocardiographie à la dobutamine. A 6 mois, 1 pa-
Angina” (COSIRA) (14). Cet essai a randomisé en 1 :1 tient du groupe traité avait présenté un infarctus du
myocarde ; dans le groupe témoin, 1 patient était
de manière rigoureuse 104 patients souffrant d’angor
décédé et 3 avaient présenté un infarctus du myocarde.
de classe III ou IV de la CSS et présentant une ischémie
myocardique documentée, qui n’étaient pas candidats Des études plus récentes de registre de « vraie vie »
à une revascularisation, à l’implantation du dispositif confirment également la bonne faisabilité, la sécurité
ReducerTM (groupe de traitement) ou à une procédure d’emploi et l’efficacité du dispositif ReducerTM pour
fictive (groupe de contrôle). Le critère de jugement traiter les patients atteints d’angor réfractaire (15, 16).
Le Journal du CCF N° 19 53
CARDIOLOGIE INTERVENTIONNELLE
Tableau 2 : Caractéristiques initiales des patients inclus dans l’essai randomisé COSIRA (14).
Procédure
Pas à pas geste plus ou moins difficile. Une angiographie vei-
La procédure d’implantation d’un réducteur de Sinus neuse est réalisée et permet d’étudier l’anatomie du
est illustrée dans la Figure 2. Il s’agit d’une procédure sinus coronaire, et de repérer la zone d’implantation
percutanée sous anesthésie locale. Elle peut se prati- de la prothèse. Idéalement, elle doit se faire en regard
quer en salle de cathétérisme cardiaque et n’est pas de la valve de Vieussens, mais si le sinus coronaire en
soumise à la nécessité d’être réalisée dans un centre regard de cette valve est trop large, alors il faudra
chirurgical. Il s’agit d’un abord veineux, jugulaire interne choisir de l’implanter en aval afin de ne pas risquer
droit avec une ponction idéalement échoguidée. Cer- une embolisation de la prothèse. Ensuite, la gaine
tains centres ont déjà adopté la voie basilique, en cours contenant la prothèse, sertie sur un ballon préala-
d’étude. Un désilet standard de 9 French est introduit. blement préparé, est amenée au niveau de la zone où
La première étape consiste en la prise d’une pression l’on souhaite implanter la valve, à l’aide d’une technique
invasive au sein de l’oreillette droite. Si elle est supé- de « mother-in-child » sur la sonde Multipurpose (à no-
rieure à 15 mmHg, alors la procédure n’est pas pour- ter que d’autre techniques ont été décrites dans la
suivie car on estime qu’il n’y aura pas de bénéfice à littérature). La gaine est ensuite retirée de quelques
implanter la prothèse. centimètres, exposant alors la prothèse, et permettant
à l’aide d’un inflateur de gonfler le ballon (entre 4 et 6
Si la pression est inférieure à 15 mmHg, alors le sinus
atmosphères) et ainsi libérer et impacter la prothèse.
coronaire est cathétérisé en oblique antérieure gauche
Le ballon est ensuite retiré délicatement, et les
30° à l’aide d’une sonde Multipurpose sur guide 0.035’’
contrôles angiographique réalisés.
standard. Certaines anatomies peuvent rendre ce
54 Le Journal du CCF N° 19
CARDIOLOGIE INTERVENTIONNELLE
Traitement anti-thrombotique
En l’absence d’étude dédiée sur le traitement antithrom- l’instar de ce qui a pu être proposé comme durée de
botique optimal après implantation d’un ReducerTM, double anti-agrégation après implantation d’un stent
il n’y a pas de recommandations clairement établies. nu coronaire, proposent et rapportent leur expérience
De manière empirique, il a été préconisé dans un avec 1 mois de double anti-agrégation plaquettaire
premier temps de maintenir une double anti-agréga- par Kardégic et Clopidogrel également. Aucune com-
tion plaquettaire par Kardégic et Clopidogrel pen- plication thrombotique liée à la prothèse ReducerTM
dant 6 mois comme cela a pu être réalisé dans l’essai n’a été observée après 1 an de suivi clinique (15).
randomisé princeps COSIRA (14). D’autres équipes, à
Le Journal du CCF N° 19 55
CARDIOLOGIE INTERVENTIONNELLE
Conclusion
L’angor réfractaire est une pathologie fréquente et impacte sévèrement la qualité de vie de nos patients.
Dans cette indication, les procédures percutanées d’implantation de réducteur du sinus coronaire ont montré
des résultats très prometteurs en termes d’efficacité et de sécurité. Des futures données issues de registres de
vraie vie sont très attendues, et permettront sûrement d’éclaircir aussi certaines zones d’ombres concernant
le suivi à long terme, l’identification de facteurs prédictifs d’être « non-répondeur » à la technique, ainsi que
le traitement antithrombotique optimal après implantation d’une prothèse ReducerTM. Dans l’attente de ces
résultats et en espérant un remboursement pérenne de la procédure et du dispositif, il faut continuer à proposer
cette technique pour nos patients les plus gênés sans possibilité de geste de revascularisation supplémentaire.
En effet, il s’agit à l’heure actuelle du seul traitement ayant montré de manière robuste un clair bénéfice en
termes d’efficacité sur la réduction des symptômes angineux et sur l’amélioration des échelles de qualité de vie.
Références
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56 Le Journal du CCF N° 19
RETOUR SUR LE WEEK-END 2023 ENTRE LE CCF & LE RA GRRC
Auteur
Ce week-end reste un moment unique de qui ont été faites et qui ont souvent amené à
partage et d’échanges entre jeunes clini- de précieux échanges et discussions !
ciens et jeunes chercheurs fondamentalistes, Relecteur
Si vous n’avez pas eu la chance d’assister à
sorte de regard croisé sur les pathologies
cette édition, alors guettez dès à présent
cardiovasculaires et comme à l’accoutumée,
les réseaux sociaux du CCF et RA GRRC
50 % des présentations étaient réalisées par
puisque toutes les informations sur l’édi-
des cliniciens et l’autre moitié par des cher-
tion 2024, dont la thématique portera, en
cheurs.
cette année de JO, sur “activité physique et
Saluons encore ici l’ensemble des orateurs pour cœur”, seront communiquées très prochai-
la qualité exceptionnelle des présentations nement !
Dr Romain CAPOULADE
Nantes
Le Journal du CCF N° 19 57
HISTOIRE DE LA CARDIOLOGIE
Auteurs
Relecteur
Le Papyrus ANI, témoignage précieux Un autre document majeur de l'époque Cependant, pour Imhotep, une figure
de l'Égypte ancienne, nous révèle égyptienne, le Papyrus EBERS, offre des influente de l'époque, le cœur était
Pr Christophe LECLERCQ l'importance du cœur dans la vision de connaissances médicales de l'époque, plutôt considéré comme un réservoir. Il
PU-PH de rythmologie, CHU l'au-delà. Au moment du passage dans dont un chapitre est dédié aux maladies distinguait les battements du cœur,
de Rennes l'au-delà, le cœur, représenté par le du cœur, appelé « haty ». Le coeur haty appelés « deb deb », et « le parler du
terme « Ib », subissait une psychostasie, est décrit comme l'organe pompe que cœur », qui était la perception du pouls
Président de la SFC
une pesée symbolique de l'âme du nous connaissons aujourd'hui. le long des vaisseaux.
Vice-président de l’ESC défunt. Ce rituel soulignait le rôle sacré
du cœur, considéré comme le siège de
l'intelligence et de la sensibilité, au-delà
de sa fonction biologique.
460 avt JC
58 Le Journal du CCF N° 19
HISTOIRE DE LA CARDIOLOGIE
de cœur
« La vie est courte, l’art est long, l’occasion fugitive, l’expérience
trompeuse, le jugement difficile. » - Hippocrate.
La connaissance de notre histoire est essentielle pour Elle est conçue comme une invitation à approfondir
saisir pleinement l’occasion fugitive de soigner correc- vos connaissances, en utilisant les références de quali-
tement nos patients. En comprenant les réalisations té qui ont été utilisées pour sa construction.
passées, les défis surmontés et les leçons apprises,
Cette infographie est la première partie d’un récit plus
nous sommes mieux équipés pour prendre des déci-
vaste, qui sera complété par l’histoire de la cardiologie
sions éclairées dans notre pratique quotidienne..
dans les Temps Modernes. Soyez prêt à plonger dans
Pour vous offrir un aperçu des jalons clés de l’histoire de cette histoire fascinante, qui nous rappelle que chaque
la cardiologie, nous avons créé cette infographie. Bien pas en avant dans la recherche et la pratique médicale
sûr, il est impossible de tout couvrir dans une seule il- nous rapproche de notre objectif ultime : améliorer la
lustration, mais cette frise chronologique met en évi- santé cardio-vasculaire et le bien-être de nos patients.
dence certains moments décisifs de notre spécialité.
Ibn Al-Nafis Michel Servet, français né en 1511, il finira sur le bûcher pour ses idées religieuses et scientifiques
Médecin de Damas, corrige et commente de nombreux textes de Galien. (soutenant l’hypothèse de la circulation pulmonaire). Il faudra attendre Cesalpino pour que le foie ne
Notamment l’absence de pores dans le septum interventriculaire.
soit plus considéré comme l’organe produisant le sang.
Premier à ébaucher le concept de circulation pulmonaire telle que nous
la connaissons aujourd’hui avec la notion de « veine artérielle ». Puis William Harvey décrira le mécanisme exact de la circulation sanguine (petite et grande
Il ébauche aussi le rôle nourricier des coronaires. circulation). Cela allant contre la doctrine, un vif débat aura lieu et impliquera nombreux personnages,
tel que Descartes qui soutient les idées d’Harvey et décrira même le rôle de la diastole et du
remplissage en 1662. Il faudra attendre 2 thèses de médecine de Fagon et Mallot pour que Louis XIV
tranche et demande à son premier chirurgien Dionis d’enseigner cette théorie à la cour du roi.
1211
1531-1675
Galien 1514
Médecin des gladiateurs à Pergame, il a
pu réaliser de nombreuses observa-
tions, notamment sur l’organisation Vésale
du tissu cardiaque en 3 couches. Considéré comme le « pionnier de la médecine moderne », Vésale décrit avec
Faisant de nombreuses découvertes une grande précision et nomme les structures cardiaques. Par exemple la valve
1480
et avancées… mais aussi des erreurs mitrale car elle ressemble à une mitre d’évêque. Il participe également à la
comme lorsqu’il écrit que le sang correction des écrits de Galien.
passe par des « pores, microscopiques
L’ouvrage phare est le De Corporis humani fabrica contenant des illustrations
entre les ventricules ». Il participera,
également à la diffusion de la théorie anatomiques détaillées et précises, basées sur ses propres dissections.
des humeurs où le sang vient du foie
et se mélange à l’air pour former le
« pneuma » (souffle vital).
Le Journal du CCF N° 19 59
L’AGENDA DU CCF
CONGRÈS DE L’AHA
CONGRÈS DU CNCF
Date : 11-13 novembre
Date : 19-21 octobre
Lieu : Philadelphie, USA
Lieu : Marseille
Le congrès de l’AHA est l’équivalent
C’est la 35ème édition du congrès,
du congrès de l’ESC aux Etats-Unis !
organisé par nos amis du Collège
Rendez-vous incontournable pour la
Nationale des Cardiologues Français
communauté internationale.
CONGRÈS DU GRCI
JOURNÉES DE L’HTA
Date : 13-15 décembre
Date : 14-15 décembre
Lieu : Paris
Lieu : Paris
Nos amis du GRCI (Groupe de
La société Française d’HTA organise
Réflexion sur la Cardiologie
deux journées d’échange autour de
Interventionnelle) organisent
l’HTA. Ne loupez pas la session en
comme chaque année leur congrès
partenariat avec le CCF !
de cardiologie interventionnelle.
JESFC 2024
Date : 17-19 janvier 2024
Lieu : Paris
LE rendez-vous incontournable de la communauté
cardiologique Française !
60 Le Journal du CCF N° 19
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Le Journal du CCF N° 19 61
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