Commentaires composé : Madame Bovary de Flaubert (Chapitres 5 et 6)
Le 19ème siècle est un siècle de la littérature française par excellence. De nombreux
chefs d’œuvre y ont vu le jour, en l’occurrence, le roman Madame Bovary de Gustave
Flaubert, publié en 1857. C’est l’un des romans réalistes les plus remarquables que le monde
littéraire ait connu.
Dans ce texte, nous proposons une analyse des chapitres cinq et six de la première
partie de ce roman. Emma, la jeune mariée, vient de découvrir une autre vie, différente,
opposée à celle dont elle avait rêvé. Influencée par ses lectures romanesques, elle s’est
trouvée déçue à cause d’une vie fade et monotone. Cette influence proposée par l’auteur pour
créer l’écart entre le rêve et la réalité n’est-elle pas exagérée à tel point qu’elle agit sur la vie
d’Emma ?
Ainsi, cette problématique s’impose : dans quelle mesure la littérature romantique
influence-t-elle la vie des deux époux Emma et Charles ?
Nous tenterons de répondre à cette problématique en adoptant le plan suivant :
Axe 1 : la vie conjugale d’Emma et Charles
Axe 2 : le retour en arrière dans l'enfance d'Emma
Un tel plan nous permettra de toucher aux différentes facettes de la problématique en
nous focalisant juste sur les deux chapitres précités.
Axe 1 : la vie conjugale d’Emma et Charles
Après son mariage, Emma se sent de plus en plus étouffée par la routine de la vie
provinciale. La maison, l'environnement et la monotonie de la vie de village accentuent son
malaise. Elle est déçue par la simplicité de son conjoint ; ce dernier ne s’intéressant qu’à son
métier d’officier de santé. Cela rend la jeune femme frustrée, loin de s’épanouir en tant que
jeune femme rêveuse. Elle se sent cloitrée dans le statut traditionnel de femmes de compagne.
Elle avait cru avoir de l’amour, mais le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n'étant pas
venu, elle se croit trompée.
L’auteur présente Emma comme un personnage nostalgique et réflexif, hanté par ses
souvenirs d'enfance et ses échecs amoureux. Le contraste entre les attentes d’Emma
concernant l’amour et la réalité de son mariage, renforcée par une antithèse, illustre le thème
du désenchantement. L’attente d’Emma est incarnée par les mots "félicité", "passion" et
"ivresse", concepts accessibles par l’entendement, mais jamais ressentie par elle, ce qui met
en avant sa quête pour comprendre ces notions.
Le personnage d’Emma est construit sur l’élément du rêve, de l’idéal. L’auteur nous
montre l’influence de la culture livresque sur la vie humaine. Le personnage agit selon un
référentiel construit sur la base de ses lectures antérieures, de la vie des personnages
rencontrés dans les histoires qu’il avait lues. En employant le plus-que-parfait l’auteur justifie
l’influence de la vie antérieure d’Emma sur son présent. Par exemple, « elle avait cru »
souligne une croyance qui précède une réalité décevante. Elle souhaite un partenaire qui
puisse partager ses intérêts et ses inspirations, quelqu’un qui va rendre sa vie plus excitante et
plein d'amour. Emma aspire à une vie de luxe et de raffinement, loin de la vie simple
provinciale.
Flaubert dépeint les tensions entre rêve et réalité, amour et illusion, toute en offrant
une critique sociale des attentes placées sur la femme de son époque. Elle est représentée
comme belle et désillusionnée. Avant son mariage, elle avait des idéaux élevés concernant
l’amour, mais elle se rend compte que la réalité ne correspond pas à ses aspirations.
Axe 2 : le retour en arrière dans l'enfance d'Emma
Emma a passé son enfance dans un couvant où elle s’adonnait à la lecture des romans
romantiques. Ses souvenirs évoquent un monde de rêves et de passions façonnant ses
perceptions idéalisées envers l'amour et la vie. Le passage en question évoque la nostalgie à
travers la littérature notamment les romans idéalistes. Emma influencée par ces récits, rêve
d'un monde romantique inexistant dans la réalité.
Emma se retrouve piégée dans une vie banale avec Charles, ce qui accentue son
malaise et son désir d’émancipation. Ce flash-back permet aussi de comprendre les racines de
l’insatisfaction d’Emma et de ces inspirations. Il est utilisé par l’auteur pour une fonction
explicative et justificative du choix du registre émotionnel d’Emma marqué essentiellement
par la déception.
Les romans constituent à la fois un refuge et une source de désillusion. Emma réalise
que sa réalité ne correspond pas à ses fantasmes. Flaubert critique ainsi le romantisme
montrant comment la littérature peut alimenter des illusions dangereuses conduisant à des
tragédies, cette dynamique illustre les conséquences dans vie éloignée de réalité. « Ella avait
lu Paul et Virginie et elle avait rêvé la maisonnette de bambous ». Ici, le verbe « lire » ne
cesse de nourrir le verbe « rêver ». Cette dépendance du personnage de la littérature
romantique remet en question l’influence de nos idéaux et idoles sur notre perception du
monde.
Le passage en étude soulève la question de l’influence de l’imaginaire de l’enfance,
construit par la lecture comme exemple sur les réactions de l’être humain. Il critique aussi
l’éducation qui se mobilise dans les enclos. Il donne l’exemple du couvent comme institution
conservatrice mais qui empêche l’ouverture sur le monde réel.
Préparer par : Amal Hamzaoui,Ikrame Oublal et Halima Ait Braim