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Gastrulation : Formation des feuillets embryonnaires

La gastrulation est une phase clé du développement embryonnaire qui organise les trois feuillets embryonnaires : ectoderme, mésoderme et endoderme, à travers des mouvements morphogénétiques complexes. Ces mouvements, tels que l'épibolie et l'invagination, sont régulés par des mécanismes cellulaires et moléculaires, incluant des interactions cellule-cellule et cellule-matrice extracellulaire. Des études récentes ont montré que les protéines Wnts jouent un rôle crucial dans ces processus, soulignant la diversité des mécanismes selon les espèces.

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Gastrulation : Formation des feuillets embryonnaires

La gastrulation est une phase clé du développement embryonnaire qui organise les trois feuillets embryonnaires : ectoderme, mésoderme et endoderme, à travers des mouvements morphogénétiques complexes. Ces mouvements, tels que l'épibolie et l'invagination, sont régulés par des mécanismes cellulaires et moléculaires, incluant des interactions cellule-cellule et cellule-matrice extracellulaire. Des études récentes ont montré que les protéines Wnts jouent un rôle crucial dans ces processus, soulignant la diversité des mécanismes selon les espèces.

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La gastrulation contribue au positionnement des trois

feuillets embryonnaires primordiaux

La troisième phase du développement, la gastrulation, assure


l’agencement des trois feuillets embryonnaires fondateurs du plan
primaire de l’embryon : l’ectoderme, le mésoderme et l’endoderme :
-les cellules fondatrices de l’ectoderme, qui formeront
l’épiderme et le système nerveux central initial, se distribuent à la
surface de l’embryon ;
-les progéniteurs du mésoderme qui produisent la chorde, les
somites, les pièces intermédiaires et les lames latérales se positionnent
à l’intérieur de l’embryon ;
-enfin, dans la région la plus profonde de l’embryon, se met en
place une nouvelle cavité qui constitue la future lumière du tube
digestif, d’où le nom donné à cette étape du développement. Elle
s’entoure des cellules fondatrices des organes du tube digestif,
l’endoderme.

1. Des mouvements morphogénétiques structurent


l’embryon

Chez tous les vertébrés, la gastrulation se manifeste par des


mouvements morphogénétiques complexes qui impliquent toutes les
cellules de l’embryon et les conduisent à établir entre elles de
nouvelles interactions, communications et inductions.

1
Décrire ces mouvements suppose de savoir repérer à tout moment une
cellule ou un groupe de cellules. Dans les premières décennies du
siècle dernier, Vogt (1929) a eu l’idée de suivre les cellules en les
colorants. Dans ce dessein, il déposé à la surface d’embryons
d’urodèles des fragments d’agar contenant des colorants vitaux (bleu
de Nil, rouge neutre). Le colorant diffuse et colore les cellules au
contact du fragment. L’observation macroscopique, à la loupe
binoculaire, de la surface et, après dissection de l’intérieur de
l’embryon permet alors de suivre le groupe de cellules marquées et de
décrire le mouvement morphogénétique auquel il participe.

Plus récemment, les mouvements de la gastrulation ont été analysés


avec des méthodes plus précises, combinant les greffes
embryonnaires, les traceurs enzymatiques ou fluorescents, les
marquages radioactifs, la microcinématographie et la microscopie à
balayage. Elles permettent de suivre un groupe de cellules mais
également une seule cellule ainsi que sa descendance. Lorsqu’on
considère les résultats obtenus, il est important de noter qu’ils
diffèrent selon les espèces (anoures, et urodèles) et que les
généralisations doivent être faites avec précaution. Toutefois, ils
mettent en évidence cinq processus fondamentaux :
1. l’épibolie des cellules de l’hémisphère animal fondatrice de
l’ectoderme ;
2. le déclenchement de la gastrulation par l’invagination
autonome de certaines cellules ;
3. le mouvement de rotation de l’endoderme qui positionne
l’endoderme pharyngien, prolonge, amplifie et oriente
l’invagination du mésoderme ;

2
4. l’extension convergente des cellules de la zone marginale
associée à l’intercalation en superficie et en profondeur des
blastomères de cette région ;
5. la migration active des cellules fondatrices du mésoderme sur
la face interne des cellules du toit du blastocœle.
Illustrant ceci avec un exemple utilisant la méthode des marques
colorées (Fig 1). Lorsqu’on observe l’embryon, on constate que la
gastrulation est initiée par l’apparition d’une encoche, l’encoche du
blastopore. C’est une dépression qui apparaît sous l’équateur, dans la
région dorsale de l’embryon. Elle est perpendiculaire au plan de
symétrie bilatérale mis en place lors de la fécondation. Elle est limitée
vers le pôle animal par la lèvre dorsale du blastopore. Des marques
colorées sont déposées à la surface de l’embryon :
-la marque colorée 1 est déposée dans l’hémisphère animal au niveau
du pôle et dans le plan de symétrie bilatéral ;
- la marque colorée 2 est déposée dans la zone marginale au-dessus de
la lèvre dorsale du blastopore et dans le plan de symétrie ;
- les marques 3 sont placées de part et d’autre du plan de symétrie
dans la zone marginale latérale ;
-enfin la marque colorée 4 dans l’hémisphère végétatif au niveau du
pôle.
Les observations macroscopiques ou après microcinématographie
montrent que progressivement le blastopore se déforme. La lèvre
dorsale s’incurve et se prolonge par deux lèvres latérales. Ces
dernières progressent vers le pôle végétatif.
La marque colorée 1 s’étend à la surface de l’embryon dans le plan de
symétrie bilatéral vers le pôle végétatif. On dit que ces cellules sont
soumises au mouvement d’épibolie.

3
La marque colorée 2 a disparu. La dissection de la gastrula montre
qu’elle se situe à l’intérieur de l’embryon. La marque colorée 2 met en
évidence le mouvement d’invagination.
Les marques colorées 3 convergent et s’étendent vers les lèvres
latérales du blastopore.
Les lèvres latérales progressent l’une vers l’autre pour former la lèvre
ventrale du blastopore. Le blastopore devient circulaire.
La marque colorée 1 poursuit son extension à la surface de la gastrula.
Les marques colorées 3 convergent, d’étendent et s’invaginent.
La marque colorée 4 ne se déplace pas.
A la fin de la gastrulation, les lèvres latérales du blastopore
progressent l’une vers l’autre. Elles deviennent adjacentes. Le
blastopore prend alors la forme d’une fente : la fente blastoporale. Elle
caractérise la région postérieure de l’embryon. Elle deviendra l’anus
chez les urodèles. Chez les anours, la fente blastoporale se ferme.
L’anus s’ouvre secondairement.
La marque colorée 1 est très étendue à la surface de l’embryon.
Les marques 3 ont disparu de la surface. Elles sont en
profondeur.
La marque 4 est incluse dans l’embryon lors de la progression
des lèvres latérales.

La méthode des marques colorées permet non seulement d’analyser les


mouvements cellulaires de surface mais également les mouvements à l’intérieur
de l’embryon si l’on réalise des dissections de la gastrula. Ainsi, les observations
peuvent être collationnées et une carte des devenirs présomptifs des différentes
régions de la gastrula reconstituée (Fig 2).

4
La comparaison des cartes dans les différentes espèces révèle au moins deux
faits marquants. Les cellules d’une même région peuvent avoir des destinées
différentes selon leur position en superficie ou en profondeur de l’embryon. Le
mouvement morphogénétique moteur de la gastrulation diffère. Chez les anoures
et en particulier le xénope, les cellules fondatrices du mésoderme sont localisées
uniquement dans la zone marginale et en profondeur de la jeune gastrula. La
couche de cellules externes de l’hémisphère animal est à l’origine de
l’ectoderme. Chez les urodèles et certains anoures les cellules fondatrices du
mésoderme sont localisées dans la zone marginale en superficie et en profondeur
de la gastrula. La migration des cellules semble être le moteur d’extension
convergente est le moteur de la gastrulation.

Rudolf Winklbauer (1999), utilisant une combinaison de marquage cellulaire, de


cinématographie, et de greffes homotopiques, a montré que, dans la région
dorsale de la gastrula, l’endoderme est le siège d’un mouvement global de
rotation (Fig3). Il prolonge l’initiation de l’invagination provoquée par les
cellules en bouteilles (voir plus loin) et par conséquence le positionnement de
l’endoderme pharyngien au-devant du mésoderme et contre le toit du
blastocœle. Il entraîne les cellules du mésoderme céphalique puis chordale vers
l’intérieur de l’embryon. Enfin, il maintien ces cellules contre le toit du
blastocœle, contre la matrice extracellulaire. Winklbauer et ses collaborateurs
proposent que ce mouvement de rotation des cellules de l’endoderme représente
l’événement moteur initial de la gastrulation. Il serait relayé par le mouvement
d’extension convergente.

2. Des mécanismes cellulaires et moléculaires coordonnées


dirigent les mouvements de la gastrulation

2.1 L’épibolie se déroule à la surface de l’embryon

2.1.1. L’épibolie met en place les cellules fondatrices de l’épiderme

5
Le processus d’épibolie (l’enveloppement) touche les cellules de l’hémisphère
animal qui, en surface de l’embryon, tendent à recouvrir la gastrula pour donner
les cellules fondatrices de l’ectoderme. Les mouvements diffèrent selon le
nombre de cellules dans l’épaisseur de l’hémisphère animal. Chez certains
anoures dont le xénope, où le toit du blastocœle comprend une assise de cellules
superficielles et au moins deux couches de cellules profondes, l’épibolie se
réalise selon deux mécanismes :

- En surface, les cellules de la couche externe se divisent, l’axe du fuseau


mitotique orienté tangentiellement à la surface de la gastrula, et
s’aplatissent selon l’axe du pôle animal-pôle végétatif ;

- En profondeur les cellules s’intercalent les unes entre les autres.


L’intercalation est radiaire, c’est-à-dire qu’elle se réalise selon les rayons
de la sphère. Les cellules les plus profondes changent de forme, émettent
des prolongements cytoplasmiques appelés interdigitations qui
progressent vers la couche de cellules externes et leur permettent de
s’intercaler entre les cellules sus-jacentes (fig 4).

- A la fin de la gastrulation, le toit du blastocœle est constitué de deux


assises de cellules, une couche externe et une couche interne. Chez les
urodèles, la couche externe fait défaut et l’épibolie repose uniquement sur
l’intercalation radiaire des cellules, de sorte que, au cours de la
gastrulation, l’intercalation aboutit à la formation d’une seule assise de
cellules. Dans les deux cas, la force résultante créée par ces mouvements
pousse les cellules de l’hémisphère animal vers le blastopore et conduit au
recouvrement au recouvrement de l’embryon.

2.1.2. l’épibolie implique des modifications des interactions cellule-cellule

Les mécanismes moléculaires qui sous entendent ces mouvements commencent


à être élucidés. Il est probable qu’ils reposent sur des modifications subtiles des
interactions cellule-cellule et cellule-matrice extracellulaire.

Il existe notamment des arguments expérimentaux suggérant l’implication


des cadhérines. Lorsqu’un ARNm codant pour la E-cadhérine non fonctionnelle

6
(sans domaine cytoplasmique) est injecté dans deux blastomères au stade deux
cellules ou dans un des blastomères au stade 8 cellules, l’épibolie est perturbée :
les embryons développent des déchirures, voire des trous dans la couche externe
de l’hémisphère animal. Dans ces expériences, l’association homophilique
(identique) est respectée, mais, en l’absence du domaine cytoplasmique, les
cadhérines ne se lient pas au cytosquelette, ce qui modifie les interactions
cellule-cellule requises pour l’épibolie.

2.1.3. l’épibolie implique des modifications des interactions cellule-matrice


extracellulaire

Il est probable également que la fibronectine et son récepteur intégrine


interviennent. L’injection d’anticorps dirigés contre la fibronectine dans le
blastocœle provoque un épaississement du toit du blastocœle. Le même
phénotype est obtenu lorsque la fonction des intégrines de la famille 1est
bloquée. Dans les deux cas, la matrice de fibronectine est altérée voire absente,
l’intercalation des cellules ne se réalise pas. De plus dans les deux cas, il est
montré que les fuseaux mitotiques s’organisent aléatoirement dans les cellules
de la couche profonde qui, normalement, sont en contact avec la matrice. Au
contraire, chez les embryons témoins, les fuseaux mitotiques sont tous orientés
parallèlement à la matrice. Ceci suggère que l’interaction fibronectine/ intégrine
influence la polarité des cellules de la couche profonde, ce qui pourrait être un
élément de contrôle requis pour l’intercalation des cellules.

Mungo Marsden et Doug DeSimone (2001) ont élaboré un test permettant


d’analyser in vitro le rôle possible de la fibronectine lors de l’épibolie. Le test
consiste à déposer sur un substrat (support biologique) la couche profonde des
cellules du toit du blastocœle prélevée sur un embryon marqué au dextran
couplé à un fluochrome (RDLx). Au dessus de ce fragment de tissu, ils déposent
la couche externe des cellules du toit du blastocœle provenant d’un embryon non
marqué. On peut ensuite, sur ce toit du blastocœle reconstitué, analyser le
mouvement des cellules par vidéocinématographie et microscopie confocale
(multicouche) à l’aide du marqueur fluorescent. Dans ces conditions, les auteurs
constatent que, sur un substrat de fibronectine, les cellules non marquées se
mélangent aux cellules fluorescentes, ce qui n’est pas le cas sur un substrat
témoin (sérum albumine bovine). Ils observent également que les cellules
fluorescentes initialement en contact avec le substrat de fibronectine ne s’en
détachent pas au cours du test. Une des interprétations proposée est que la
7
fibronectine est à l’origine d’un signal qui favorise l’intercalation des cellules
dans un plan perpendiculaire au substrat et que ce signal peut agir à distance.

2.2. Le mouvement d’extension convergente


Le mouvement d’extension convergente est le fait des cellules de la zone
marginale. Chez le xénope, les cellules profondes des zones marginales dorsale
puis latérale et ventrale s’imbriquent les unes entre les autres par intercalation
radiale. Ce mouvement conduit à la formation d’une assise unique de cellules
qui s’étend vers le pôle végétatif.

En même temps, les cellules profondes, au niveau de la lèvre dorsale du


blastopore, changent de forme. Elles sont soumises, alors, à une extension
convergente par intercalation médio-latérale qui étend les cellules vers le pôle
animal. Elles entrent en contact avec la matrice extracellulaire et migrent. Chez
les urodèles, les cellules superficielles s’intercalent et convergent vers la lèvre
dorsale puis les lèvres latérales et enfin la lèvre ventrale du blastopore. Au
niveau des lèvres blastoporales, les cellules changent de forme et pénètrent à
l’intérieur de l’embryon, elles s’invaginent. Les aspects moléculaires liés à ces
mouvements commencent à être compris (Fig 5).

2.2.1. Les protéines Wnts


Les protéines Wnts participent aux mouvements d’extension convergents. Le
nom Wnt est une contraction de wingless (wg, sans ailes), isolé chez la
drosophile et de in-1 (intégration site), proto-oncogène caractérisé chez la
souris. Les protéines Wnts glycosilées, sont riches en cystéines et sécrétées.
Elles sont connues, notamment chez la drosophile, pour contrôler la formation et
la polarité antéro-postérieure des segments, la morphogenèse de la tête, des
pattes et des ailes. Chez la souris, elles interviennent dans la spécification
régionale du système nerveux antérieur, la formation du placenta, la
morphogenèse du rein, des glandes mammaires et des membres. Ce sont des
protéines de signalisation intercellulaire et la cascade des signaux qu’elles
provoquent est relativement bien connue. Certains gènes cibles sont identifiés à
l’exemple du gène engrailed qui, chez la drosophile, contrôle la polarité
8
segmentaire, ou du gène En-1, homologue de engrailed chez la souris, qui
contrôle la régionalisation du système nerveux central.

La famille des protéines Wnts comporte au moins 19 membres chez l’homme,


18 chez la souris, 16 chez le xénope, 11 chez le poulet et 7 chez la drosophile.
La comparaison des séquences nucléotidiques de ces gènes montre qu’ils ont
divergé il y a environ 550 millions d’années. La masse moléculaire de ces
glycoprotéines varie de 39 à 46kDa selon les espèces, et elles sont caractérisées
par la présence de 23 résidus cystéines répartis au long de la molécule. Une fois
sécrétée, ces protéines se lient aux glycosaminoglycanes de la matrice
extracellulaire et les complexes formés interagissent avec des récepteurs des
membranes plasmiques des cellules. Ces récepteurs responsables de la réception
et la transduction des signaux produits par les protéines Wnts, appartiennent à
deux familles de récepteurs, les protéines de la famille Frizzled (Fzd) et de la
famille LRP :

-les récepteurs Fzd possèdent sept domaines transmembranaires, un court


domaine cytoplasmique et un domaine amino-terminal caractérisé par la
présence de 10 cystéines dans des positions conservées entre les différents
récepteurs Frizzled, le domaine CRD, qui se lie aux protéines Wnts. Ces
récepteurs ont été identifiés chez les vertébrés et invertébrés. On en dénombre
10 chez l’homme et la souris, 7 chez le xénope, 4 chez la mouche ;

-les protéines LRP (low-density lipoprotein receptor-related protein6)


interagissent avec les Wnts et forment un complexe ternaire (x3) avec les
récepteurs Fzd. Les signalisations produites restent peu claires. Il est possible
que le complexe participe à l’optimisation des la signalisation Wnts.

Les signaux Wnts sont ensuite transduits par au moins trois voies de
signalisations intracellulaires : la voie -caténine, la voie de polarité et la voie
calcique (Fig 6). La voie -caténine régule la détermination des cellules, la voie
de polarité intervient en modulant l’organisation du cytosquelette, enfin la
fonction de a voie calcique n’est pas complètement élucidée.

9
2.2.2. La voie de signalisation B-caténine
La voie de signalisation -caténine est la mieux documentée, le détail des
molécules impliquées dans cette cascade de signalisation ayant fait l’objet
d’analyses génétiques chez la drosophile. La voie impliquée, entre autres, la
protéine Dishevelled (Dsh), la kinase GSK-3 et -caténine qui en est l’élément
important. La -caténine, nous l’avons vu, est une protéine cytoplasmique dont
l’interaction avec les cadhérines et le cytosquelette établit et maintient la
spécificité des adhérences cellule-cellule. Elle est considérée comme un facteur
de transcription intervenant dans les événements qui dorsalisent l’embryon.

En absence de la protéine Wnt, les protéines APC ( Adenomatus Polyposis Coli)


et un membre de la famille des protéines axine facilitent la phosphorylation de la
-caténine cytoplasmique par la GSK-3glycogen synthase kinase-3),
phosphorylation qui conduit à la dégradation de la -caténine par le complexe
cytoplasmique multiprotéique de destruction, le système protéasome-ubiquitine
(Fig 6).

Quand une cellule est exposée à la protéine Wnt, le complexe qu’elle forme avec
les co-récepteurs Frizzled et LRP recrute la protéine Dishevelled (Dsh) à la
membrane plasmique. Cette dernière est alors phosphorylée et interagit avec
différentes protéines, ce qui a pour effet d’inhiber la GSK-3La -caténine
n’est plus phosphorylée et devient inaccessible au complexe de dégradation.
Stabilisée, elle s’accumule dans le cytoplasme, et entre dans le noyau. En
association avec des facteurs de transcription de la famille TCF/LEF, elle y
régule la transcription de gènes cibles : la présence de la -caténine dans le
noyau lève l’inhibition de la transcription exercée par les TCF et convertit ces
derniers en activateurs de la transcription.

2.2.3. Voies calciques et de polarité


La voie calcique que certains appellent la voie protéine kinase C est moins bien
connue et son implication dans l’induction du mésoderme n’est pas
complètement établie. En présence d’une protéine de la famille Wnt dont
l’identification n’est pas encore sûre, la concentration cytoplasmique en Ca2+
augmenterait et activerait la PLC.

10
La voie de polarité (appelée également la voie de polarité planaire) a été
caractérisée d’abord chez la drosophile. Elle régule la polarité des cellules en
modifiant l’organisation du cytosquelette (Fig 7). Chez le xénope, cette voie
contrôle certains mouvements cellulaires dont l’extension convergente lors de la
gastrulation puis la neurulation.

Les messagers de la protéine Wnt-11 (Xwnt-11) sont présents, nous l’avons vu,
dans le cortex de l’ovocyte de xénope.

Après la fécondation, le messager est localisé hors du cortex de façon diffuse


dans l’hémisphère végétatif et après, la TB, l’ARN Xwnt-611 est d’abord
présent dans les cellules de la zone marginale dorsale. A la fin de la
segmentation, il se distribue dans les cellules de la zone marginale latérale et
ventrale. L’injection du messager dans un embryon irradié aux UV restaure la
formation de somites et d’un tube neural. Toutefois, on n’observe pas de chorde
ni de structures tels que les yeux par exemple. De par sa distribution et son effet
biologique, il apparaît que le produit de traduction du messager Xwnt-11 doit
être impliqué dans la mise ne place du mésoderme. Des expériences récentes
consistant à déplacer le messager qui code pour le récepteur Frizzled de la
protéine Xwnt -11, conduisent à l’obtention d’un embryon dont le phénotype
montre une réduction complète de la région dorsale et troncale. L’analyse
cellulaire de ce phénotype montre que le mouvement d’extension convergente
est affecté lors de la gastrulation. Les cellules du mésoderme dorsal ne
s’intercalent pas. L’intercalation médio-latérale est perturbée. La voie de
polarité planaire est donc nécessaire à l’intercalation des cellules du mésoderme.
Les cibles de cette voie de signalisation sont les gènes qui régulent la dynamique
du cytosquelette, la polarisation des cellules et les complexes d’adhérence.

2.3. Les mouvements d’invagination


L’invagination est la conséquence de mouvements des cellules fondatrices du
mésoderme. Elle est initiée par la formation d’une dépression (l’encoche du
blastopore), probablement liée à l’apparition de cellules en bouteille. Ces
cellules ont été observées et décrites pour la première fois chez le triton n 1907
par le cytologiste et embryologiste italien Angelo Ruffini. Leur forme
11
caractéristique serait produite par la contraction des microfilaments d’actine
dans la région apicale et à l’allongement de leur corps cellulaire dans la région
basale (Fig 8). La modification de ces cellules est liée à l’induction du
mésoderme par les TGF et VegT. L’injection d’ARNm codant l’activine,
Nodal, Vg1 dans l’hémisphère animal avant la fécondation provoque
l’apparition de cellules ayant la forme de bouteille au niveau du toit du
blastocœle. La quantité de cellules en bouteilles ectopiques est fonction de la
quantité d’ARNm injecté.

L’injection de l’ARN codant VegT provoque également la formation de cellules


en bouteille. Les phénotypes obtenus sont moins marqués. Il est donc
vraisemblable que l’apparition des cellules en bouteille se réalise dans la région
de forte concentration en protéine Nodal en présence du facteur de transcription
VegT.

La mise en place des cellules en bouteille engendre une traction sur les cellules
adjacentes qui va imposer une courbure de l’épithélium dans cette région. Elle
conduit à la formation de la lèvre dorsale du blastopore au niveau de laquelle les
cellules basculent à l’intérieur de l’embryon. Selon le même principe, la
formation des cellules en bouteille progresse latéralement puis ventralement,
entraînant la mise en place des lèvres latérales et de la lèvre ventrale du
blastopore. Dans le même temps, les cellules de l’hémisphère animal
s’intercalent et s’étendent pour recouvrir l’embryon. Au niveau des différentes
lèvres du blastopore, les cellules de la zone marginale changent de forme, on dit
qu’elles sont le siège du mouvement d’involution. Après leur involution et
profondeur, les cellule du mésoderme entrent en contact avec les cellules du toit
du blastocœle et se déplacent en direction du pôle animal. C’est la phase
d’élongation de l’invagination. Elle est caractérisée par une migration active des
cellules sur la matrice extracellulaire chez les urodèles (Fig 9).

2.3.1. La migration des cellules met en place les tissus


mésodermiques à l’intérieur de la gastrula
Le mouvement de migration des cellules du mésoderme fait intervenir deux
protagonistes (principaux) : la matrice extracellulaire du toit du blastocœle et les
cellules du mésoderme. Au moment de la gastrulation les cellules de la zone

12
marginale acquièrent une motilité propre et un phénotype migratoire, ce qui
n’est pas le cas des cellules de la calotte animale.

2.3.2. Les cellules de la zone marginale fondatrices du mésoderme


acquièrent un phénotype migratoire
Les cellules du pôle animal isolées et cultivées sur un substrat de fibronectine,
adhèrent, mais ne s’étalent pas et ne migrent pas. Mises en présence d’une
molécule inductrice du mésoderme telle que l’activine, elles acquièrent la
propriété de s’étaler et de se déplacer sur un substrat de fibronectine dans des
conditions identiques à celles qui sont observées pour les cellules du
mésoderme.

La motilité des cellules du mésoderme est acquise après la TB. Les cellules du
mésoderme isolées et observées in vitro apparaissent sphériques avec un
lobopode (comme un pied), protrusion (action qui pousse en avant)
cytoplasmique animée d’un mouvement circulaire autour du corps cellulaire. Si
le lobopode rencontre une autre cellule, ou un substrat comme la matrice
extracellulaire, il cesse son mouvement de rotation. Dans le premier cas, les
cellules s’agrègent. Dans le second cas, le lobopode se transforme en
lamellipode, la cellule qui adhère au substrat et s’étale acquiert un phénotype
migratoire.

Chez l’embryon, après leur involution, les cellules du mésoderme changent de


forme et acquièrent un phénotype migratoire. Ceci est particulièrement évident,
chez les urodèles, lorsqu’on observe, par microscopie électronique à balayage,
les premières cellules qui migrent (Fig 10). Les cellules présentent une polarité
qui se manifeste par la présence de lamellipodes à l’un des pôles de la cellule et
de filopodes à l’autre extrémité. L’observation en microscopie électronique
montre que les lamellipodes se prolongent par des filopodes. Ces derniers
entrent en contact avec la matrice extracellulaire qui tapisse le toit du
blastocœle. Ces observations conduisent à penser que l’interaction entre la
matrice et les cellules du mésoderme conditionne la migration des cellules.

13
2.3.3. Mise en évidence du rôle de la matrice
extracellulaire

Cette hypothèse a été éprouvée expérimentalement. Le principe des expériences


est de considérer que si l’interaction entre la matrice et la cellule du mésoderme
est nécessaire à la migration des cellules, alors on doit pouvoir perturber cette
dernière en fournissant aux cellules un substrat dépourvu de matrice.

Dans ce dernier, Boucaut et ses collaborateurs (1984) ont eu l’idée de prélever


un fragment du toit du blastocœle et de le greffer retourné au front de migration
des cellules du mésoderme (Fig). L’analyse de la migration des cellules montre
alors que les cellules, lors de leur déplacement, évitent la région dépourvue de
matrice. Cette expérience apporte un argument expérimental en faveur du rôle
adhésif joué la matrice lors de la migration. Toutefois, elle ne renseigne pas sur
les mécanismes qui dirigent la direction de migration des cellules : la matrice
extracellulaire fournit-elle des informations aux cellules pour leur indiquer la
direction de déplacement ?

Pour répondre à cette question, Shi et ses collaborateurs (1989) ont réalisé
l’expérience suivante : le toit du blastocœle d’une jeune gastrula est prélevé
entre la lèvre dorsale du blastopore et le pôle animal et déposé sur du plastique
de culture de telle sorte que la matrice extracellulaire soit en contact avec le
support. Après plusieurs heures de culture, après avoir pris soin de noter
l’orientation e l’explant, on élimine les cellules, la matrice extracellulaire restant
elle sur le plastique. Un fragment de lèvre dorsale du blastopore est alors déposé
sur la matrice de telle sorte que son orientation blastopore-pôle animal soit
perpendiculaire à celui de la matrice. Les auteurs ont observé que les cellules
mésodermiques adhèrent, s’étalent et migrent, non pas au hasard mais en
direction du pôle animal fixé par la matrice.

Ces données indiquent que non seulement la matrice extracellulaire est en


substrat d’adhérence et de migration mais qu’en plus elle fournit des signaux de
direction aux cellules du mésoderme.

14
2.3.4. Aspects moléculaires
Nous avons vu que, d’une part, la matrice est composée de fibronectine et de
laminine, que d’autre part, les cellules du mésoderme expriment des intégrines.

Les résultats précédents suggèrent donc que ces molécules sont impliquées dans
l’interaction cellule-matrice extracellulaire. Pour étudier ces possibilités, des
expériences dont le principe consiste à perturber la fonction de ces molécules on
été réalisées in vitro et in vivo.

In vitro, les cellules mésodermiques de la gastrula adhèrent à un substrat de


fibronectine, ce qui n’est pas le cas sur des substrats de laminine, de collagène,
d’albumine sérique ou de plastique. L’addition de peptides synthétiques
comportant la séquence RGDS (Arg-Gly-Asp-Ser), site de liaison de la
fibronectine à la cellule du mésoderme (Fig 12), inhibe l’adhérence et
l’étalement des cellules du mésoderme, ce qui n’est pas le cas en présence du
peptide correspondant au site de liaison de la fibronectine au collagène (peptide
contrôle). Cette même inhibition est obtenue avec les anticorps univalents
dirigés soit contre la fibronectine, soit contre l’intégrine 5, 1 ou la sous unité
1 des intégrines. L’addition de ces réactifs dans des cultures où les cellules du
mésoderme adhèrent à un substrat de fibronectine, entraine un détachement
progressif des cellules. Cet effet est irréversible.

In vivo, le rôle de la fibronectine et son récepteur a été précisé. A cet effet, la


présence du blastocœle a été mise à profit. Des peptides synthétiques comportant
la séquence RGDS ou des anticorps univalents dirigés contre la fibronectine et
son récepteur ont été injectés dans cette cavité avnt de et pendant la gastrulation.
Dans ces conditions, il est démontré qu’ils perturbent l’interaction entre les
cellules fondatrices du mésoderme et les fibrilles de fibronectine. Après leur
involution, les cellules du mésoderme incapables d’interagir avec la matrice
sous-jacente, ne migrent pas et la gastrulation s’arrête. Ces résultats établissent
que la liaison de la fibronectine à son récepteur cellulaire, l’intégrine 5, 1, est
requise pour la migration des cellules du mésoderme. Toutefois, ces
observations ne signifient pas que la fibronectine et son récepteur contrôlent
seuls la migration du mésoderme. Des composés de la matrice tels que la
laminine ou d’autres, sont susceptibles de moduler l’inteaction entre la
fibronectine et l’intégrine 5, 1.

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La co- distribution de la fibronectine et de la laminine dans la matrice
extracellulaire suggère une coopération fonctionnelle entre les deux molécules.
Elle laisse supposer que la laminine pourrait être impliquée dans d’autres
mouvements morphogénétiques de la gastrulation.

Il existe d’autres arguments expérimentaux de l’implication de la fibronectine


dans la migration des cellules. Par exemple, Delarue et ses collaborateurs (1985)
ont transplanté des noyaux prélevés dans des cellules de blastula de crapaud,
dans des ovocytes énuclées d’une autre espèce. Le développement des hybrides
interspécifiques obtenus se bloque pendant la gastrulation. Les auteurs ont
montré que, dans ce cas, le réseau de fibrilles de fibronectine est désorganisé ou
fait défaut à la surface des cellules du toit du blastocœle. D’autres parts, chez le
triton, si des anticorps dirigés contre la région cytoplasmique de la sous unité 1
des intégrines sont injectés dans un blastomère au stade deux cellules, les
cellules qui en dérivent sont incapables d’assembler la fibronectine à leur
surface. Les cellules fondatrices du mésoderme ne migrent pas et par conséquent
la gastrulation est affectée.

Les cellules fondatrices du mésoderme, qui pénètrent dans l’embryon au niveau


de la lèvre dorsale du blastopore puis qui migrent vers le pôle animal,
constituent le mésoderme axial et paraxial c'est-à-dire le mésoderme
préchordale, chordal et somitique. A la fin de la gastrulation, les cellules dans le
plan de symétrie de l’embryon, s’intercalent et s’allongent selon l’axe antéro-
postérieur de l’embryon. Elles se séparent progressivement des cellules
mésodermiques adjacentes (mésoderme somitique) pour former la chorde. Les
cellules qui s’invaginent au niveau de la lèvre latérale et ventrale constituent une
nappe de cellules qui contribuent à la formation du mésoderme intermédiaire
latéral et ventral.

La mise en place du mésoderme provoque une réduction du blastocœle qui est


repoussé dans la région ventrale de la granula. Il disparaîtra à la fin de la
gastrulation.

Dans la région postérieure de la gastrula, l’épibolie des cellules fondatrices de


l’ectoderme conduit à la fermeture du blastopore autour de l’endoderme. Celui-
ci est donc passivement intégré à l’embryon. La fermeture du blastopore isole
une nouvelle cavité : l’archentéron. A la fin de la gastrulation le toit de

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l’archentéron est constitué du feuillet mésodermique, son plancher est formé par
les cellules fondatrices de l’endoderme (Fig 13).

Résumé
La gastrulation est le siège de remaniements de la structure de l’embryon qui
préfigure la mise en place du plan d’organisation primaire de l’embryon. La
gastrulation s’opère grâce au déplacement de cellules ou de populations de
cellules les unes par rapport aux autres. Ces déplacements sont coordonnés dans
l’espace et le temps. L’architecture nouvelle engendrée est caractérisée par :

1. l’organisation de populations cellulaires en trois feuillets distincts et


superposés : on dit que l’embryon devient triblastique ;

2. la mise en place des cellules fondatrices du mésoderme, en particulier


dans la région dorsale avec l’élaboration d’une structure axiale : la
chorde ;

3. L’apparition d’une nouvelle cavité qui préfigure dans la future lumière du


tube digestif : l’archentéron.

4. Au cours de la gastrulation, les mouvements morphogénétiques


conduisent les cellules à changer de position les unes par rapport aux
autres. Des cellules qui étaient éloignées dans la blastula deviennent
adjacentes dans la gastrula. Il peut donc s’établir de nouvelles interactions
cellulaires. En particulier, des interactions inductrices nouvelles vont
émerger. Elles vont affiner la mise en place du plan d’organisation
primaire de l’embryon. Elles vont prolonger la mise en place des axes
antéro-postérieur et dorso-ventral et préparer l’étape ultérieure du
développement : la neurulation.

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