Prof.
MAMOUNI
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Contrôle (2h : Polynômes
EXERCICE 1 :
Soit C[X] l’ensemble des polynômes à coefficients complexes. Dans tout cet exercice, on identifie
les éléments de C[X] et leurs fonctions polynomiales associées.
Soit P ∈ C[X] un polynôme non nul vérifiant la relation
(∗) P(X2 − 1) = P(X − 1)P(X + 1)
1. Montrer que si a est racine de P alors (a + 1)2 − 1 et (a − 1)2 − 1 sont aussi des racines de P.
2. Soit a0 ∈ C . On définit la suite de nombres complexes (an )n>0 en posant, pour tout n > 0 ,
an+1 = a2n + 2an .
a) Vérifier que lorsque a0 est une racine de P, pour tout entier naturel n le nombre complexe
an est une racine de P.
b) Montrer que lorsque a0 est un réel > 0 , la suite (an )n>0 est une suite strictement croissante
de réels positifs.
c) En déduire que P n’admet pas de racine réelle strictement positive.
d) Montrer que −1 n’est pas racine de P.
n
e) Montrer que pour tout n ∈ N , an + 1 = (a0 + 1)2 .
3. Déduire des questions précédentes que si a est une racine complexe de P alors |a + 1| = 1 . On
admettra que l’on a aussi |a − 1| = 1 .
4. Montrer que si le degré de P est > 0 alors P a pour unique racine 0 .
5. Déterminer tous les polynômes P ∈ C[X] qui vérifient la relation (∗) .
EXERCICE 2 :
On considère le polynôme P tel que : P(z) = z 3 + az 2 − a z − 1 , où a est un nombre complexe.
1. On pose a = α + iβ ((α, β) ∈ R2 ). Discuter, suivant la position dans le plan complexe du point A
d’affixe a , le nombre de racines réelles de l’équation P(z) = 0 , et donner leurs valeurs.
2. Prouver que l’équation P(z) = 0 a toujours au moins une racine de module 1.
3. Prouver que, si a , 0 , le module de toute racine de l’équation P(z) = 0 est strictement inférieur à
1 + |a|.
√
1+i 7
4. Pour la suite, on prend a = ·
2
a) Calculer a2 , a3 , a4 , a, a2 , a3 , a4 , en les exprimant sous la forme p + qa , (p, q) ∈ Z .
b) Déterminer le quotient et le reste de la division euclidienne de P(X2 ) par P(X) .
c) En déduire que si λ complexe est racine de P, µ = λ2 et ν = λ4 le sont aussi.
En déduire enfin les valeurs de λ, µ, ν .
5. Chercher tous les polynômes Q du troisième degré à coefficients complexes, unitaires, tels que
Q(X2) soit divisible par Q(X) .
Corrigé
EXERCICE 1 :
1. Si a est racine de P alors P(a) = 0 . Avec (∗) , on a alors
P((a + 1)2 − 1) = P(a)P(a + 2) = 0 et P((a − 1)2 − 1) = P(a − 2)P(a) = 0
donc (a + 1)2 − 1 et (a − 1)2 − 1 sont racines de P.
2. a) On a an+1 = (an +1)2 − 1 et si an est racine de P, la question précédente montre qu’il en est de
même pour an+1 . Comme on suppose que c’est le cas pour a0 , une récurrence immédiate
implique que tous les an sont racines de P.
b) On a an+1 qui est > 0 quand an l’est. Quand a0 > 0 , une récurrence immédiate donne alors
que tous les an sont > 0 . On a alors an+1 − an = a2n + an > 0 , et la suite (an ) croît strictement.
c) Si P admet une racine a0 > 0 alors, d’après le résultat précédent, les an forment une infinité
de racines distinctes pour P, ce qui contredit la non nullité du polynôme P (un polynôme
non nul n’admet qu’un nombre fini de racines).
d) Si −1 est racine de P alors (−1−1)2 −1 = 3 l’est aussi ce qui est impossible d’après la question
précédente. On a donc P(−1) , 0 .
e) On prouve le résultat par récurrence sur n . Il est vrai pour n = 0 (car il s’écrit a0 +1 = a0 +1 !).
Si on le suppose vérifié àun rang n ∈ N , on a alors
n n+1
1 + an+1 = (1 + an )2 = ((1 + a0 )2 )2 = (1 + a0 )2
ce qui montre le résultat au rang n + 1 et achève la récurrence.
3. Première solution :
n
Soit a une racine complexe de P. On a alors (a + 1)2 − 1 qui est, pour tout n , racine de P.
n
Si, par l’absurde, |a + 1| < 1 , la suite de terme général (a + 1)2 est de limite nulle, donc la
suite (an ) a pour limite −1 , et, P étant continue, on a alors P(−1) = lim P(an ) = 0 ce qui est
n→+∞
faux. Ainsi, |a + 1| > 1 .
n n
Si, par l’absurde, |a + 1| > 1 alors |1 + (a + 1)2 | > |a + 1|2 − 1 → +∞ et on a donc une suite de
racines de P de module de plus en plus grand et donc une infinité de racines ce qui contredit
P , 0 . On a donc aussi |a + 1| 6 1 .
Deuxième solution :
n
Puisque P n’admet qu’un nombre fini de racines, la suite des nombres an = (a + 1)2 − 1
ne prend qu’un nombre fini de valeurs. Il existe donc n, m entiers distincts tels que
n m
(a + 1)2 = (a + 1)2 . Si l’on suppose n > m par exemple, puisque a + 1 , 0 d’après 2.d, on
n m
en déduit (a + 1)2 −2 = 1 donc a + 1 est une racine de l’unité, et, en particulier, |a + 1| = 1 .
N.B : La relation |a − 1| = 1 se démontre de la même manière, en considérant cette fois-ci la
suite (bn ) définie par b0 = a et par la relation bn+1 = bn2 − 2bn .
4. On suppose P non constant. Il admet alors au moins une racine complexe, a . Son image dans le
plan complexe doit être sur le cercle de centre (−1, 0) de rayon 1 (car |a + 1| = 1 )et sur le cercle
de centre (1, 0) de rayon 1 (car |a − 1| = 1 ).
On a donc nécessairement a = 0 .
5. – Si P est constant et vérifie (∗) , alors P = λ ∈ C et λ2 = λ , d’où P = 0 (exclu) ou P = 1 .
– Sinon, P est scindé sur C . D’après la question précédente, les seules solution envisageables
sont les polynômes du type P = λXd avec d ∈ N∗ et λ , 0 .
Réciproquement, pour P = λXd avec λ , 0 et d ∈ N∗ , P(X2 − 1) = P(X − 1)P(X + 1) s’écrit
λ(X2 − 1)d = λ2 (X2 − 1)d . Ceci n’a lieu (quand λ , 0 ) que pour λ = 1 .
– En conclusion, les solutions sont donc les monômes Xd , avec d ∈ N .
EXERCICE 2 :
1. Posons a = α + iβ et cherchons z réel racine de P. Il vient, en considérant les parties réelle et
imaginaire de l’équation P(z) = 0 :
3 2
z + αz − αz − 1 = 0
.
β(z 2 + z) = 0
– Si β , 0 , puisque z = 0 ne peut être solution, on a nécessairement z = −1 , et la première
relation impose α = 1 , soit a = 1 + iβ . L’équation P(z) = 0 s’écrit alors
z 3 + (1 + iβ)z 2 − (1 − iβ)z − 1 = 0 soit (z + 1)(z 2 + iβz − 1) = 0 .
L’équation z 2 + iβz − 1 = 0 ne peut avoir de solution réelle puisque β , 0 .
Ainsi, lorsque a = 1 + iβ avec β , 0 , l’équation possède une et une seule racine réelle.
– Si β = 0 c’est-à-dire si a = α est réel, on trouve (z − 1)(z 2 + (1 + a)z + 1) = 0 , soit la racine
réelle z = 1 éventuellement accompagnée d’une ou deux racines réelles selon le signe du
discriminant (1 + a)2 − 4 = (a − 1)(a + 3) . Plus précisément :
si a ∈] − 3, 1[ alors z = 1 est la seule racine réelle
si a = −3, alors z = 1 est racine triple
si a = 1, alors z = 1 est racine double et z = −1 racine simple
√
2
si a < [−3, 1], z = 1, z = − a+1± a +2a−3 sont les racines réelles de P
2
– Conclusion : L’équation admet (au moins) une racine réelle si et seulement si le point A
appartient à la droite d’équation x = 1 ou à l’axe réel. Le nombre de ces racines réelles est
précisé ci-dessus.
2. Première méthode :
Si a est réel, on a vu que z = 1 est racine de P, donc P possède bien une racine de module
1 . Sinon, posons a = ρe iϕ avec ρ > 0 et ϕ < πZ , et cherchons z = e iθ racine de P. En utilisant
i(α+β) α−β
la formule eiα − eiβ = e 2 , la relation P(z) = 0 s’écrit :
.2i sin 2
3iθ 3θ θ
0 = 2ie 2 sin + ρ sin ϕ + .
2 2
Introduisons alors la fonction f (θ) = sin 3θ 2 + ρ sin ϕ + θ
2 . Nous avons f (0) = ρ sin ϕ et
f (2π) = −ρ sin ϕ . Puisque ρ sin ϕ , 0 , f s’annule pour θ ∈ ]0, 2π[ en raison du théorème
des valeurs intermédiaires et P admet eiθ comme racine de module 1.
Seconde méthode :
Notons que
1 1h i −1
P = 3 1 + a z − a z 2 − z 3 = 3 P(z) .
z z z
1
Si P n’a pas de racine de module 1, il a une racine z1 et aussi la racine z2 = , z1 , avec le
z1
même ordre de multiplicité (donc simple) ; l’une des deux (par exemple z1 ) est de module
strictement supérieur à 1 et l’autre de module strictement inférieur à 1. La dernière racine
z3 doit être de module 1 car sinon elle serait accompagnée d’une autre.
3. Pour a = 0 le polynôme a pour racines 1, j, j 2 de module 1.
Autrement, supposons que z soit racine de P de module supérieur ou égal à 1 + |a|. On a donc
z(z 2 + az − a) = 1 , donc 1 > (1 + |a|) z 2 + az − a . En utilisant l’inégalité triangulaire |x + y| > |x| − |y| on
obtient :
1 > (1 + |a|) |z|(|z| − |a|) − |a| > (1 + |a|)(1 + |a| − |a|) = 1 + |a|
ce qui est impossible vu que a n’est pas nul.
√ √
2 1 − 7 + 2i 7 −3 + i 7
4. a) Nous calculons a = = = a−2 . Il vient ensuite a3 = a(a−2) = a−2−2a = −a−2 ,
4 2
puis a4 = (a − 2)2 = a − 2 − 4a + 4 = 2 − 3a .
D’autre part, a = 1 − a conduit à a2 = −1 − a, a3 = a − 3, a4 = 3a − 1 .
b) Les calculs qui précèdent permettent de poser explicitement la division euclidienne de P(X2 )
par P.
X6 +aX4 −(1 − a)X2 −1 X3 +aX2 −(1 − a)X −1
− X6 +aX5 −(1 − a)X4 −X3 X3 −aX2 +(a − 1)X +1
−aX5 +X4 +X3 −(1 − a)X2 −1
− − aX5 −a2 X4 +a(1 − a)X3 +aX2
(1 + a2 )X4 +(1 − a + a2 )X3 −X2 −1
|{z} | {z }
=a−1 =−1
− (a − 1)X 4 +(a2 − a)X3 +(1 − a)2 X2 +(1 − a)X
(−1 + a − a2 )X3 +(−(1 − a)2 − 1)X2 +(a − 1)X −1
| {z } | {z }
=1 =a
− X3 +aX2 −(1 − a)X −1
On a donc la relation :
P(X2 ) = −P(X)P(−X) .
c) En conséquence, si λ est racine de P, λ2 puis λ4 le sont aussi.
On ne peut pas avoirλ = λ2 , car cela donnerait λ = 0 ou λ = 1 , qui ne sont pas racines de P.
On n’aura pas davantage λ2 = λ4 , pour la même raison. Enfin, λ = λ4 amènerait λ = 0 (exclu)
ou λ3 = 1 qui obligerait à avoir aλ2 − aλ = aλ − aλ = 0 , soit aλ ∈ R . Mais alors a3 = (aλ)3 = a − 3
serait réel, ce qui n’est pas.
Ainsi, les trois racines distinctes de P sont bien λ, µ = λ2 et ν = λ4 . Leur produit est l’opposé
du coefficient constant de P, soit λ7 = 1 .
2iπ
Posons alors ω = e 7 . Nous avons essentiellement deux choix possibles pour les racines de
P : ω, ω 2 , ω 4 et ω 3 , ω 5 , ω 6 .
√
1+i 7
Or, la somme des racines de P vaut −a = − , de partie imaginaire négative, et :
2
2π 4π 8π 2π 4π π 2π π
I m (ω + ω 2 + ω 4 ) = sin + sin + sin = sin + sin − sin > 0 car sin > sin ,
7 7 7 7 7 7 7 7
6iπ
ce qui ne nous convient pas. Donc, λ vaut ω 3 = e 7 , et les racines de P sont ω 3 , ω 5 , ω 6 .
5. Soit un polynôme Q du troisième degré à coefficients complexes, unitaire, tel que Q(X2 ) soit
divisible par Q(X) .
Si λ est racine de Q , il en est donc de λ2 , puis de λ4 etc... Puisqu’il n’y a que trois racines,
on doit alors avoir soit λ = λ2 soit λ = λ4 soit λ = λ8 , ce qui donne comme possibilités
λ ∈ {0, 1, j, j 2 , ω, ω 2 , ω 3 , ω 4 , ω 5 , ω 6 }.
Avec les racines septièmes on obtient les polynômes P et P (les racines de P étant ω 3 , ω 5 et ω 6
et celles de P en étant les conjuguées, c’est-à-dire ω, ω 2 et ω 4 ).
Autrement, avec la racine j vient toujours j 2 et vice-versa. On a alors les polynômes (X−1)(X2+X+1) = X3 −1
(convient car X6 −1 = (X3 −1)(X3+1) ) et X(X2 +X+1) (convient : P(X2 ) = X2 (X4 +2X2 +1−X2) = X2 (X2 −X+1)(X2+X
ainsi que les polynômes comme (X−j)2 (X−j 2 ) : il ne convient pas car (X2 −j)2 (X2 −j 2 ) = (X2 −j 4 )2 (X2 −j 2 ) = (X−j
n’a pas de racine double.
Il reste ensuite les polynômes n’ayant que 0 ou/et 1 comme racines : X(X − 1)2 , X2 (X − 1) , X3 et
(X − 1)3 , qui conviennent bien comme on le vérifie facilement.
En conclusion :
Les polynômes Q de degré 3, unitaires, tels que Q divise Q(X2 ) sont :
X3 , (X − 1)3 , X3 − 1, X3 + X2 + X, X(X − 1)2, X2 (X − 1), P et P .