Les enjeux éthiques : approches des grands débats contemporains (droit et accès aux soins,
débats sur la fin de vie et la procréation)
Bonjour, aujourd’hui, nous allons vous parler des enjeux éthiques liés à trois grands débats contemporains : le droit et l’accès aux soins, la
fin de vie, et la procréation. Ces thématiques touchent directement à des questions fondamentales comme l’égalité, la dignité humaine et
les libertés individuelles. Pourquoi ces questions sont-elles si importantes ? Parce qu’elles se situent à la croisée de plusieurs tensions :
entre les progrès scientifiques, les contraintes sociales et économiques, et les cadres légaux qui encadrent nos vies. Nous allons explorer
ces problématiques à travers une question centrale :
Comment la France concilie-t-elle progrès scientifique, justice sociale et respect des libertés individuelles face aux grands défis
éthiques de notre époque ?
I. Droit et accès aux soins : entre justice sociale et contraintes économiques
Commençons par le droit à la santé, un principe universel reconnu, mais qui reste souvent un idéal inaccessible.
1. Le droit à la santé : un principe universel
Le droit à la santé est inscrit dans l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce texte affirme que chaque individu a
droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé et son bien-être. Mais ce principe se heurte à des réalités inégalitaires.
Par exemple, dans de nombreux pays, l’accès aux soins est déterminé par des critères géographiques ou financiers. En France, un patient
vivant dans une zone rurale peut attendre plusieurs mois pour consulter un spécialiste. À l’échelle mondiale, le rapport de l’OMS montre
que près de la moitié de la population n’a pas accès aux soins de base.
À travers des témoignages, comme celui d’une femme atteinte de diabète dans une région reculée, on mesure les conséquences humaines
de ces inégalités : des maladies qui auraient pu être évitées ou soignées, mais qui deviennent chroniques ou mortelles par manque d'accès.
2. Les limites économiques et géopolitiques
À cela s’ajoutent les tensions économiques. Dans les pays en développement, les systèmes de santé manquent de moyens face à des
besoins croissants. Par exemple, dans les camps de réfugiés, comme ceux gérés par Médecins Sans Frontières, on observe des files
interminables de patients pour une simple consultation. Ces images, souvent diffusées par des photographes humanitaires, suscitent une
prise de conscience, mais elles montrent aussi les limites des solutions actuelles.
Après avoir abordé les défis liés à l’accès aux soins, passons maintenant à une question encore plus intime : celle de la fin de vie.
II. Fin de vie : dignité humaine et dilemme moral
1. La question du suicide assisté et de l’euthanasie
La fin de vie est un sujet profondément éthique, car elle interroge le sens même de la dignité humaine. La France, avec la loi Leonetti, a
choisi une position intermédiaire : elle autorise une sédation profonde et continue pour éviter les souffrances, mais elle interdit toujours
l’euthanasie active ou le suicide assisté.
Cette approche est critiquée, notamment par des patients en souffrance extrême. Prenons le cas de Chantal Sébire, une femme atteinte
d’une maladie incurable qui a demandé le droit à l’euthanasie en 2008. Sa requête, rejetée par la justice, a mis en lumière les limites du
cadre légal actuel.
Ce témoignage humain illustre les dilemmes auxquels sont confrontés les patients, leurs familles et même les soignants, qui doivent
jongler entre respect des lois et empathie.
Après avoir évoqué la loi française Leonetti et les dilemmes qu’elle soulève, je souhaite élargir le débat en étudiant le cas d’un pays qui a
choisi une autre voie : la Belgique. Ce pays est souvent cité dans les discussions sur l’euthanasie, car il dispose d’une des législations les
plus progressistes au monde en la matière.
Étude de cas : La Belgique et l’euthanasie
La Belgique a légalisé l’euthanasie en 2002, devenant ainsi l’un des premiers pays à permettre aux patients en grande souffrance de choisir
une mort assistée. Cette loi repose sur des critères stricts : la demande doit être volontaire, répétée et formulée par une personne
consciente, souffrant d’une maladie grave et incurable.
En 2014, la Belgique a même étendu cette possibilité aux mineurs dans des cas exceptionnels, à condition qu’ils soient capables de
discernement et que leur état médical soit désespéré. Cette décision a suscité des débats internationaux, certains saluant cette avancée,
d’autres la critiquant comme une dérive éthique.
Prenons un exemple concret : celui de Marieke Vervoort, une athlète paralympique belge atteinte d’une maladie dégénérative incurable.
Marieke avait signé les documents pour l’euthanasie bien avant de les utiliser. Elle expliquait que cette possibilité légale lui avait offert une
sérénité unique : elle n’avait plus peur de la souffrance interminable, car elle savait qu’elle pouvait choisir le moment où elle partirait. Elle a
finalement choisi l’euthanasie en 2019, après avoir vécu pleinement ses dernières années.
Ce cas est emblématique, car il illustre deux aspects fondamentaux :
● La liberté individuelle : Marieke a pu choisir de vivre sans crainte, car elle contrôlait son propre destin.
● La dignité humaine : La législation belge lui a permis de mettre fin à ses souffrances de manière encadrée et respectueuse.
En comparaison, la France reste plus prudente avec la loi Leonetti, qui n’autorise que la sédation profonde et continue. Pour certains, la
Belgique représente un modèle à suivre, car elle permet de respecter les souhaits des patients. Pour d’autres, cette législation soulève des
risques de dérives, notamment avec l’ouverture aux mineurs.
Un des principaux arguments contre cette législation est le risque de banalisation : certains craignent qu’un tel cadre ne crée une pression
sociale sur les personnes malades ou vulnérables, qui pourraient se sentir obligées de choisir l’euthanasie pour ne pas être une charge
pour leurs proches.
L’exemple de la Belgique montre qu’il est possible de concilier respect de la dignité humaine et liberté individuelle, mais il pose aussi des
questions importantes sur les limites de ces pratiques.
Je vous pose une question pour conclure cette partie : si un proche ou vous-même étiez confronté à des souffrances insupportables,
souhaiteriez-vous vivre dans un pays offrant cette possibilité légale ?
2. Les paradoxes du progrès médical
Paradoxalement, les avancées de la médecine, qui permettent de prolonger la vie, posent aussi des questions éthiques : jusqu’à quel point
est-il souhaitable de maintenir quelqu’un en vie ?
Albert Camus, dans Le Mythe de Sisyphe, évoque l’absurde de la condition humaine :à travers le mythe de Sisyphe, condamné à pousser
éternellement un rocher qui retombe à chaque sommet atteint, il pose la question de savoir si, face à la souffrance, nous avons le droit de
choisir la mort.
Des œuvres comme le film Amour de Michael Haneke mettent en scène ces dilemmes avec une grande force émotionnelle. Dans ce film, un
homme doit décider s’il aide ou non sa femme, gravement malade, à mourir. Cette représentation artistique montre à quel point la fin de
vie est une épreuve qui dépasse la simple dimension médicale : elle touche à l’amour, à la responsabilité, et à la solitude.
Après la fin de vie, intéressons-nous maintenant aux enjeux éthiques du début de la vie, en particulier ceux liés à la procréation. Tandis que
certains se battent pour choisir leur fin, d'autres se battent pour donner la vie, un contraste intéressant soulevant des questions éthiques
complexes entre liberté individuelle et encadrement légal dans le domaine de la procréation.
III. Procréation : entre liberté individuelle et encadrement légal
1. L’assistance médicale à la procréation (AMP)
L’AMP, aussi appelée procréation médicalement assistée (PMA), constitue l’une des plus grandes avancées scientifiques du XXe siècle. Elle
permet aux personnes rencontrant des difficultés à concevoir un enfant de devenir parents grâce à des techniques comme la fécondation in
vitro.
Jusqu’à récemment, en France, l’AMP était réservée exclusivement aux couples hétérosexuels souffrant d’infertilité. Cependant, la loi de
bioéthique de 2021 a marqué un tournant historique en l’ouvrant à toutes les femmes, qu’elles soient célibataires ou en couple
homosexuel. Cette réforme a été perçue comme une avancée majeure pour l’égalité des droits et la reconnaissance de la diversité des
modèles familiaux.
Cependant, cette évolution a aussi suscité des débats. Certains critiquent le coût élevé des traitements, qui ne sont pas toujours pris en
charge dans leur intégralité, accentuant les inégalités d’accès. D’autres s’interrogent sur l’éthique de la conservation d’embryons ou sur les
conséquences psychologiques pour les enfants issus de donneurs anonymes.
Pour mieux comprendre les implications légales et sociales de l’AMP, intéressons-nous à un exemple européen : l’Espagne.
Étude de cas : L’Espagne, un modèle permissif en matière d’AMP
L’Espagne est l’un des pays les plus permissifs en Europe en matière d’AMP. Depuis 2006, la législation espagnole permet aux femmes
célibataires et aux couples de femmes de recourir à ces techniques. Ce cadre légal progressiste reflète une société qui valorise la liberté
individuelle et s’adapte aux évolutions sociales.
Cependant, cette ouverture pose des questions éthiques. Le faible coût des traitements en Espagne attire de nombreux patients étrangers,
créant une forme de tourisme médical. Cette situation soulève des interrogations sur l’équité d’accès pour les citoyens espagnols,
confrontés à des délais d’attente parfois plus longs.
Ce cas montre que même une législation progressiste doit tenir compte des enjeux économiques et sociaux pour éviter de nouvelles
inégalités.
Passons maintenant à une question encore plus controversée : la gestation pour autrui.
2. La gestation pour autrui (GPA)
La GPA, ou maternité de substitution, est une pratique dans laquelle une femme accepte de porter un enfant pour le compte d’une autre
personne ou d’un couple. En France, cette pratique reste strictement interdite. Ce choix reflète une crainte de marchandisation des corps et
de potentielles dérives éthiques.
Les défenseurs de la GPA mettent en avant la liberté individuelle. Ils estiment que, si une femme donne son consentement éclairé, elle
devrait pouvoir aider d’autres personnes à devenir parents. Cependant, les opposants soulignent les risques d’exploitation des femmes,
notamment dans les pays en développement, où des femmes en situation de précarité pourraient être contraintes à accepter cette pratique
pour des raisons économiques.
La série dystopique The Handmaid’s Tale illustre de manière fictive les risques d’une instrumentalisation des femmes pour leur capacité à
procréer. Une société totalitaire nommée Gilead impose à des femmes fertiles, appelées "Servantes", de porter les enfants de l'élite
dirigeante. Privées de leurs droits et de leur consentement, elles sont réduites à leurs fonctions reproductives. Bien que cette œuvre
appartienne à la fiction, elle met en lumière les dérives possibles si la GPA n’est pas strictement encadrée.
Conclusion
Pour conclure, les débats éthiques autour de l’accès aux soins, de la fin de vie et de la procréation mettent en lumière les tensions
fondamentales entre progrès scientifiques, normes sociales et respect des libertés individuelles.
Ces questions ne trouvent pas de réponses simples, car elles touchent à des valeurs universelles : la justice, la dignité, et la liberté. Mais
elles nous poussent aussi à réfléchir à notre rôle, en tant que société, pour construire un cadre éthique et juridique capable d’accompagner
ces évolutions.
Nous terminerons en vous posant cette question : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour concilier progrès et humanité ?
Merci de votre attention.