o L’érythropoïèse est l'ensemble des mécanismes qui concourent à la formation des
érythrocytes (hématies, globules rouges).
o Chez l'humain, elle s'effectue à partir de la naissance dans la moelle osseuse. Elle a pour
finalité d’assurer le maintien d’un stock hémoglobinique constant en produisant à chaque
instant un nombre de réticulocytes équivalent au nombre d'hématies phagocytées lors de
l'hémolyse physiologique.
Au début de la vie foetale, l'érythopoïèse, débutée dans les îlots de Wolf et Pander est
intravasculaire. A la fin du premier trimestre de gestation, elle devient viscérale,
essentiellement hépato-splénique. A la fin du second trimestre de gestation, elle se localise
définitivement et exclusivement au niveau de la moelle osseuse. Chez l'adulte, l'érythopoïèse
a lieu essentiellement dans les cavités médullaires des os plats (sternum, os iliaques, côtes...).
o Physiologiquement, la formation des érythrocytes est continue. En cas de besoin, les
capacités d'adaptation de l'érythropoïèse sont très importantes. En cas de pertes, la production
s'accroît; en cas de transfusions, la production diminue.
Les hématies formées sont extrêmement homogènes en taille, couleur et forme. leur volume
moyen est de 90 fl
(V.G.M. de 80 à 100 fl), leur teneur globulaire moyenne en hémoglobine est de 30
pg/corpuscule (T.G.M.H. de 27,5 à 32,5 pg/ corpuscule).
Morphologie :
Les précurseurs érythroïdes morphologiquement reconnaissables se nomment
proérythroblastes et érythroblastes. Ils s'étudient sur frottis de moelle osseuse colorés au May
Grunwald Giemsa.
Les proérythroblastes et les érythroblastes sont des éléments nucléés. De forme ronde, munis
d'un noyau dont les contours sont concentriques avec les contours cytoplasmiques, les
précurseurs érythroïdes ont des cytoplasmes homogènes agranulaires.
Morphologiquement on reconnaît, sur frottis de moelle coloré au May Grunwald Giemsa,
quatre types de précurseurs érythroblastiques nommés successivement proérythroblaste,
érythroblaste basophile, érythroblaste polychromatophile et érythroblaste acidophile .
Au fur et à mesure que s'effectue la maturation vers l'érythrocyte, la taille cellulaire diminue,
les nucléoles disparaissent, la basophilie s'atténue, le rapport nucléo-cytoplasmique diminue,
la chromatine se condense et il apparaît une acidophilie cytoplasmique (liée à l'apparition de
l'hémoglobine dans le cytoplasme).
Dans l'érythroblaste acidophile, le noyau possède une chromatine picnotique inactive. Ce
noyau est expulsé et la nouvelle cellule anucléée se nomme réticulocyte. Ce réticulocyte n'est
pas distinguable d'une hématie au May Grunwald Giemsa.
Cinétique :
La cinétique de l’érythropoïèse débute avec le passage en cycle de cellules souches
totipotentes quiescentes grâce à l'intervention de facteurs de croissance (voir hématopoïèse).
Les cellules souches érythroïdes sont d'abord des cellules pluripotentes myéloïdes nommées
CFU GEMM puis elles perdent les potentialités mégacaryocytaires et granulocytaires pour
devenir des cellules unipotentes engagées de façon irréversible vers la lignée érythroïde: les
BFU E (burst forming unit-erythroid, les plus immatures) et les CFU E (colony forming unit-
erythroid, les plus matures).
La prolifération - différenciation des BFU E est sous la dépendance de l'Interleukine 3 et du
GM CSF. La prolifération - différenciation des CFU E est sous la dépendance de
l'érythropoïétine (EPO).
Ces cellules souches érythroïdes, comme toutes les cellules souches hématopoïétiques, sont
peu nombreuses et non identifiables sur un étalement de moelle osseuse. Elles donnent
naissance aux premières cellules reconnaissables de la lignée, les proérythroblastes.
Les BFU E aboutissent à la formation terminale d'hématies en 10 à 20 jours, les CFU E en 5 à
8 jours. Un Proérythroblaste, à la suite de 4 mitoses, donne en moyenne 16 hématies.
L'érythroblaste acidophile qui expulse son noyau devient un réticulocyte. Le réticulocyte
néoformé reste 48 heures dans la moelle osseuse puis traverse les sinusoïdes médullaires, se
retrouve dans le sang périphérique où il perd ses ribosomes en moins de 48 heures pour
devenir une hématie mature.
La synthèse d'hématies est continuelle et harmonieuse, elle est estimée à 200 milliards par
jour, elle permet le maintient des normes physiologiques (4 à 5 x 1012 /l chez la femme, 5 à 6
x 1012 /l chez l'homme).
Les hématies ont une durée de vie moyenne de 120 jours, une 1/2 vie moyenne de 28 jours.
La cinétique de l’érythropoïèse est étudiée par cytologie et histologie (compartiment de
multiplication et de maturation), par méthodes isotopiques (cinétique du fer 59) et par cultures
des progéniteurs érythroïdes (cellules souches).
Erythropoïétine :
Parmi les facteurs de croissance qui régulent l'érythropoïèse, l'érythropoiètine (EPO) joue un
rôle prédominant.
Elle est synthétisée par le rein et par le foie foetal. C'est une hormone de nature
glycoprotéique fortement glycosylée (40 %). L'érythropoïétine circulante comporte 165 acides
aminés. Son poids moléculaire est de 30400 daltons. In vivo, L'EPO perd son activité
biologique par désialysation qui révèle des sites reconnus par des récepteurs hépatocytaires
jouant un rôle dans son élimination. Sa synthèse est codée par un gène unique localisé sur le
bras long du chromosome 7. L'érythropoïétine est élaborée par les cellules endothéliales des
capillaires juxtatubulaires du rein. La synthèse est régulée par le niveau de l'oxygénation
rénale. Chez l'animal, un stimulus hypoxique entraîne l'apparition d'ARN m spécifiques de
l'EPO en une heure. La demi vie de l’érythropoïétine est de 5 heures.
Les taux plasmatiques moyens sont de 5 à 30 UI /l quelque soit l’âge, et le sexe. Les dosages
d'érythropoïétine sérique sont réalisés à l'aide d'anticorps monoclonaux, par des techniques
radioimmunologiques ou par des techniques d'ELISA.
L'érythropoïétine agit en se fixant sur des récepteurs spécifiques. Lors de cette fixation,
l'érythropoïétine est consommée. Le récepteur de l'EPO possède une structure multimérique,
il est apparenté avec les récepteurs aux facteurs de croissance hématopoïétiques (G CSF, GM
CSF, IL3, IL4, IL5, IL5, IL6, IL7.....) .
Depuis 1988, de l'EPO recombinante humaine est commercialisée pour le traitement de
l'anémie des patients insuffisants rénaux chroniques hémodialysés. De nombreuses
applications sont actuellement à l'étude: insuffisance rénale terminale, anémies
inflammatoires, polyarthrite rhumatoïde, anémies des sujets HIV traités par zidovudine
(AZT), anémies réfractaires, autotransfusion.
Une sécrétion anormale et/ou ectopique d’EPO peut survenir lors de tumeurs rénales
malignes, kystes du rein, hépatomes, hémangioblastomes du cervelet, fibromes utérins,
entraînant une sécrétion ectopique d'EPO et la production exagérée d'hématies.
Dans la maladie de Vaquez, il existe une polyglobulie non liée a une hypersécrétion d'EPO
mais à une anomalie des précurseurs érythroïdes. Dans cette pathologie les taux sériques
d'EPO sont effondrés, l'EPO étant consommée au fur et à mesure de sa synthèse.
A coté de l'érythropoïétine et des facteurs de croissance hématopoïétique, de nombreux
facteurs aspécifiques interviennent dans l'érythropoïèse. Il s'agit de facteurs hormonaux
(androgènes - hormones thyroïdiennes - STH), de facteurs vitaminiques (cobalamines - folates
- pyridoxine) ou d'éléments indispensables à l'érythropoïèse comme le fer.
Les points importants :
• L’érythropoïèse physiologique a lieu dans la moelle osseuse à partir de la naissance.
• Les érythroblastes proviennent des progéniteurs CFU-e et BFU-e eux même issus des
cellules souches totipotentes
• L’érythropoïétine (EPO) est le facteur de croissance principal de l’érythropoïèse
• L’érythropoïèse dure environ 6 jours
• La synthèse d’hématies est d’environ 200 milliars par jour
• Les capacités d’adaptation sont importantes en cas de besoin
• Les réticulocytes et les hématies sont des cellules anucléées
• A l’état physiologique on ne retrouve pas d’érythroblastes dans le sang
• Le comptage des réticulocytes sanguins est un très bon reflet de l’érythropoïèse
Pré-test : 5 questions : REPONSES
1 Après une hémorragie aiguë combien de jours sont-ils nécessaires pour voir
apparaître dans le sang de nouveaux GR ?
Réponse : quatre jours minimum : après une hémorragie aiguë l'anémie ne
devient regénérative qu'après le 4° jour
2 Combien d'hématies sont-elles fabriquées chez l'homme chaque seconde ?
Réponse : 2 millions
3 Quel est le facteur de croissance hématopoiétique qui stimule l'érythropoïèse et
qui est utilisable en clinique ?
Réponse : érythropoïétine (EPO)
4 Quel examen sanguin simple, associé à l'hémogramme, est un bon reflet de la
production d'hématies ?
Réponse : comptage des réticulocytes
5 Dans quelles circonstances retrouvent-on des érythroblastes (précurseurs des
hématies) dans le sang ?
Réponse : chez le nouveau-né, en cas d'hémolyse, de regénération médullaire,
de dysérythopoïèse ...
L'érythropoièse normale
L'érythropoièse normale fait appel à une succession de différentiations progressives
depuis la cellule souche hématopoïétique initiale jusqu'à l'érythrocyte. La cellule
multipotente génère d'abord des colonies mixtes (CFU), puis des précurseurs des
érythroblastes, d'abord appelés BFU-E (burst-forming unit erythroid), puis des CFU-E
(colony forming unit erythroid).
Au cours de ce processus, les cellules deviennent progressivement sensibles à
l'érythropoïétine, avec apparition d'un récepteur spécifique et perdent
progressivement leurs récepteurs au facteur de stimulation initial C-kit.
La maturation passe ensuite par le pro-érythroblaste (P-E : grande cellule très
basophile avec des excroissances en forme d'oreille et un noyau rond nucléolé), puis
l'érythroblaste basophile (E-B : cellule plus petite, encore très basophile, au noyau
plus petit sans nucléole), puis l'érythroblaste polychromatophile (E-P : cellule plus
petite, proche de celle d'une hématie, au cytoplasme mélangé à la fois basophile et
acidophile, correspondant à l'apparition d'hémoglobine). Cet érythroblaste se
transforme en réticulocytes (Ret) après l'expulsion du noyau : quelques fragments
d'ARN et des mitochondries donnent un aspect un peu bleuté au cytoplasme. Enfin,
l'hématie caractéristique.
Une très jolie explication de l'érythropoïèse se retrouve sur le site d'hématologie de la
Faculté de Médecine d'Angers (Pr Marc ZANDECKI et Dr Franck GENEVIEVE)
Schéma de l'érythropoïèse et de l'importance des facteurs de croissance
L'érythropoïèse est modulée par un mécanisme endocrine médié par le taux
d'érythropoïétine (EPO). Localement, dans la moelle osseuse, une régulation
paracrine dépendante de la quantité d'érythroblastes produits, aboutit à une
activation du récepteur de la mort Fas/ Fas-L, qui induit une apoptose (symbolisée
par le signe - rouge). Ainsi, la multiplication des cellules souches CFU-E et des pro-
érythroblastes (P-E) est continuellement contrôlée.
L'EPO représente un mécanisme de protection contre l'apoptose massive des
érythroblastes immatures. (cf. description détaillée dans l'article de De Maria, Blood
1999, 93, 3, 769-803)
ERYTHROPOIESE
Sommaire
- définition
- aspects cellulaires
- méthodes d’exploration
- régulation de l’érythropoïèse
1. DEFINITION
Les hématies ou globules rouges du sang contiennent l'hémoglobine, qui permet de fixer
l'oxygène au niveau des poumons et le transporter vers les tissus. L'érythropoïèse est la fonction par
laquelle l'organisme assure le renouvellement des globules rouges (GR) : chaque jour 200 milliards de
GR sont produits par la moelle osseuse de l'adulte sain, afin de compenser les pertes physiologiques
et l'élimination des GR vieillis (= hémolyse physiologique).
2. ASPECTS CELLULAIRES
2.1. Ontogénie de l'érythropoïèse.
Des cellules contenant de l’Hb embryonnaire apparaissent dans le mésoblaste dès 3
semaines de gestation. A partir de 2 mois l’érythropoïèse se localise dans le foie et dans la rate, puis
elle devient médullaire (qui est le seul site de production de GR à partir de la naissance).
2.2. Les divers stades de la différenciation érythroblastique
* Origine : un pool de progéniteurs totipotents [CFU-S ou Colony Forming Unit -
Spleen] et pluripotents [CFU-GEMM ou GFU - Granulocytaire, Erythroblastique, Monocytaire et
Mégacaryocytaire], non identifiables morphologiquement.
Les progéniteurs pluripotents se différencient en progéniteurs tardifs spécialisés:
- BFU-E (Burst Forming Unit – E)
- puis CFU-E
* Différenciation des CFU – E en proérythroblastes, premiers précurseurs
identifiables morphologiquement. Quatre 4 mitoses successives donnent naissance en 5 à 7 jours aux
réticulocytes qui évoluent en GR matures en 3 jours.
Il existe une dysérythropoïèse physiologique, correspondant à environ 15% de la production
quotidienne.
* Au cours de cette différenciation on observe:
- réduction progressive de la taille cellulaire et de la taille du noyau
- condensation progressive de la chromatine
- perte progressive de la basophilie cytoplasmique au profit de l’acidophilie = diminution progressive
de la quantité d’ARN (bleu) et accentuation progressive de la synthèse d'Hb
[à l'état normal le noyau reste toujours rond, le plus souvent centrocellulaire]
Dans la moelle osseuse les érythroblastes sont regroupés en îlots autour d'un macrophage
qui fournit des éléments nutritifs ainsi qu'un peu du fer essentiel à la synthèse d'hémoglobine; le
macrophage phagocyte les noyaux expulsés [ces îlots sont habituellement détruits lors de la ponction
aspiration de moelle].
2.3. Aspects morphologiques :
Proérythroblaste
Cellule arrondie
Taille = 20-30 µm de diamètre
Rapport nucléo cytoplasmique élevé
Noyau = rond ; chromatine fine et nucléoles nets
Cytoplasme = bleu foncé (richesse en ARN)
Erythroblaste basophile :
Taille : 15 – 18 µm
Noyau rond
la chromatine se condense
Le cytoplasme reste basophile
Erythroblaste polychromatophile :
Taille : 15 µm
Noyau rond dont la chromatine se condense plus nettement
Le cytoplasme devient gris (superposition du bleu de l’ARN
et de l’orangé de l’hémoglobine)
Erythroblaste acidophile :
Petite cellule (10 µm)
Petit noyau rond et dense
Cytoplasme qui a presque la couleur d’une hématie
Cette cellule perd son noyau et devient un GR (en réalité un
réticulocyte puis un GR)
Le réticulocyte: obtenu après l'expulsion du noyau de l'érythroblaste acidophile.
Le réticulocyte quitte la moelle osseuse et passe dans le sang. De taille et de volume un peu
supérieurs à ceux du GR (volume moyen = 110 - 125 fl; 8 µm de diamètre) il se rétracte en 3 jours
pour atteindre le volume et la taille du GR.
Durée de vie dans le sang = 3 jours.
Le réticulocyte possède encore des ribosomes et des
mitochondries, qui précipitent avec certains colorants
(bleu de crésyl brillant, bleu de méthylène nouveau) ou
fixent des composés fluorescents, ce qui permet de les
colorer et de les quantifier (N = 20 – 80 G/L).
3. METHODES D’EXPLORATION
3.1. Culture in vitro des progéniteurs érythroblastiques.
Les techniques de culture mises au point en 1970 permettent d'objectiver le pool de
progéniteurs érythroïdes.
Les cultures en milieu semi solide mettent en évidence de façon indirecte des progéniteurs
érythroblastiques par leur faculté de produire des colonies différenciées: une colonie apparaissant sur
le milieu de culture correspond à la prolifération et la différenciation d'un progéniteur.
L'aspect des colonies et son contenu en cellules différenciées diffère selon de progéniteur en
cause, ce qui permet l'identification de celui-ci. En outre, plus une colonie apparaît tardivement, plus
elle correspond à un progéniteur précoce.
Aspects pratiques : trois milieux peuvent être utilisés (Plasmaclot, Méthyl-cellulose, Collagène) :
On isole les cellules mononucléées de la moelle aspirée stérilement sur héparine et on en
"étale" un nombre défini sur du milieu de culture contenu dans diverses boites de pétri, avec et sans
addition d'érythropoïétine (EPO). L'incubation se fait à 37°C sous 5% de CO2 en atmosphère humide,
et la lecture se fait après 7 jours (CFU-E) et 14 jours (BFU-E).
Les progéniteurs les moins matures sont les BFU-E: ils donnent en culture de volumineuses
colonies souvent multicentriques (d’où le terme de burst = éclatement) après 10 à 21 jours chez
l'homme (moyenne = 14j).
Les CFU-E donnent naissance à de petites colonies de 8 à 100 cellules après 7 à 10 jours
chez l'homme.
Chez le sujet sain les progéniteurs érythroblastiques ne se développent qu'en présence
d'EPO, alors que dans plusieurs syndromes myéloprolifératifs, et notamment la maladie de Vaquez,
l'apparition de colonies survient sans addition d'EPO.
3.2. Les marqueurs de la lignée érythroblastique
En surface des progéniteurs:
- des antigènes des cellules souches myéloïdes primitives: CD 34, CD 33, CD117
- des molécules d'adhésion: intégrines (CD 11a/CD 18), ICAM (CD 54), et VLA 4 qui contrôlent
l'adhésion aux autres cellules et à la matrice extracellulaire.
- HLA-DR sur les BFU – E, qui disparaît sur les CFU – E.
En surface des progéniteurs et précurseurs:
- des récepteurs pour l'EPO et pour le TNF alpha (jusqu'au stade basophile inclus)
- le récepteur de la thrombospondine (CD 36 ou Gp IV) (jusqu'au GR)
- Les antigènes de groupes sanguins, rhésus et Ii apparaissent dès le stade CFU-E (i d'abord, sur les
proérythroblastes, puis I ensuite).
- le récepteur de la transferrine CD 71 (comme sur toutes les cellules en cycle)
Au sein des cellules (cytoplasme): diverses enzymes (anhydrase carbonique) et l'hémoglobine, dont
les premières molécules sont retrouvées au stade CFU-E tardif.
4. REGULATION DE L' ERYTHROPOIESE
4.1. Eléments nécessaires à l'érythropoïèse
Des protéines : 14 % des protéines utilisées par l'organisme
Des métaux: le fer est essentiel à la synthèse de l'hémoglobine; sont également importants le
cuivre, le cobalt et le zinc.
Des vitamines: la vitamine B12 et les folates pour la synthèse du thymidylate indispensable à
la synthèse de l'ADN, mais également les vitamines vit B6, C, et B2.
Des hormones: notamment thyroïdiennes et androgènes, mais également l'insuline.
4.2. Régulation transcriptionnelle de l'érythropoïèse
- Les facteurs de transcription (FT) GATA ont un rôle majeur dans l'engagement des progéniteurs
multipotents dans la voie érythroïde.
- Les FT EKLF: se fixent sur le site CACCC du promoteur bêta de la globine et jouent un rôle
important dans l'expression des gènes bêta de la globine.
(Il existe d'autres facteurs de transcription impliqués dans la différenciation érythroblastique)
4.3. Facteurs de croissance (FC).
4.3.1. L'érythropoïétine (EPO) est le FC majeur de l'érythropoïèse
- Le gène de l'EPO est cloné en 1985: il se situe sur le chromosome 7 et code pour une protéine de
166 AA possédant de nombreux sites de glycosylation (la glycosylation est responsable de l'activité in
vivo et de la stabilité de la protéine)
Le récepteur de l'EPO est cloné en 1989: il se situe sur le chromosome 19. Les récepteurs de l'EPO
apparaissent au stade de BFU-E tardive et le nombre est maximal au stade de CFU-E.
- L'EPO est secrétée par des cellules endothéliales des capillaires des tubes proximaux rénaux; il
existe également une faible production hépatique (10%) (site hépatique majoritaire chez le fœtus).
La demi-vie de l'EPO dans l'organisme est de 4 à 7 heures. Sa production est stimulée par l'hypoxie
rénale. Le taux circulant normal est de 10 à 20 mU/ml de sérum, et peut augmenter de plus de 30 fois
en cas d'anémie.
- Mécanisme d'action: l'EPO agit sur les cellules qui portent son récepteur (BFU-E tardives, CFU-
E, proérythroblastes, érythroblastes basophiles):
A l’état normal, seuls les érythroblastes (Ebl) les plus sensibles à l'EPO (riches en EPO-R)
vont proliférer et se différencier. Les Ebl polychromatophiles (qui expriment le Fas Ligand (FasL))
rétroagissent sur les Ebl les plus jeunes (qui portent le récepteur Fas): l’interaction Fas-FasL réprime
la prolifération des Ebl immatures, voire même induit leur apoptose (= rétro contrôle).
En cas d’excès d’EPO tous les Ebl portant des EPO-R (= qu'ils soient peu ou très sensibles à
l’EPO) vont proliférer et se différencier pour produire un nombre élevé d’érythrocytes; on constate une
protection des Ebl immatures contre l’apoptose induite par les Ebl matures.
Dans tous les cas: la fixation de l'EPO sur son récepteur induit la dimérisation de ce dernier,
puis l'activation d'une molécule sous membranaire appelée JAK2 (= protéine de la transduction du
signal), laquelle induit la dimérisation de la molécule STAT 5, qui est le facteur de transcription
induisant la prolifération des érythroblastes.
Actuellement l'EPO est produite par génie génétique dans un but thérapeutique.
4.3.2. Autres cytokines.
- Interleukine 3 : action sur la prolifération des progéniteurs pluripotents et des BFU-E, en synergie
avec le GM-CSF.
- SCF : action synergique avec l'interleukine 3 et le GM-CSF sur les progéniteurs, et synergie avec
l'EPO pour les progéniteurs tardifs et les précurseurs.
- Interleukine 9 : action sur les BFU-E et les CFU-E.
- Interleukine 11: permet la prolifération des BFU-E avec l'interleukine 3 et en l’absence d'EPO. Elle
permet également la maturation des CFU-E.
- cytokines inhibitrices: TNF alpha et interféron gamma libérés par les macrophages au cours de la
réponse inflammatoire ont une action négative sur la prolifération des CFU-E et des proérythroblastes.
4.4. Régulation de la synthèse de la globine
Apparition successive de plusieurs chaînes de globine au cours de
l'ontogénie:
- la chaîne alpha est synthétisée dès le troisième mois de gestation
- les chaînes zêta, epsilon et gamma apparaissent dès le 3ième mois de gestation et produisent
les hémoglobines Gower 1 (zéta2 epsilon2), Gower 2 (alpha2 epsilon2) et Portland (zéta2 gamma2).
- A partir de 5-6 mois la synthèse de chaîne gamma est majoritaire, donnant l'Hb F (Hb fœtale
alpha2 gamma2); la synthèse de la chaîne gamma cesse à la naissance.
- la synthèse de chaîne bêta débute au voisinage de la naissance (Hb A ou adulte = alpha2
bêta2), de même que la chaîne delta (qu reste minoritaire, donnant l'Hb A2 alpha2 delta2)
La biosynthèse de l'hémoglobine commence au niveau des progéniteurs
tardifs (quelques molécules) puis devient intense à partir de l'érythroblaste polychromatophile et
s'achève dans le réticulocyte.
Les étapes initiales et finales de la synthèse de l'hème se déroulent sur les crêtes
mitochondriales internes des érythroblastes, l'étape intermédiaire se déroulant dans le cytoplasme.
La synthèse de la globine s'effectue selon le schéma général des synthèses protéiques (ARN
messager, puis synthèse puis association des chaînes alpha et bêta produites pour former le
tétramère alpha2 bêta2). Il existe un niveau d'expression élevé et égal des chaînes alpha et non
alpha.
L'association hème-globine donne la molécule d'hémoglobine.
La prolifération cellulaire cesse quand la concentration en hémoglobine dans le cytoplasme
des érythroblastes matures est proche de 30%. Une concentration – rétraction du réticulocyte amène
la concentration interne en hémoglobine à environ 33 g/dl (= CCMH)
CONCLUSION.
Comprendre l'érythropoïèse permet une meilleure appréhension de la physiopathologie des anémies
**Captation du fer par l’érythroblaste
Élimination
Les pertes physiologiques journalières de fer sont d'environ 1,5 mg, essentiellement digestives par les selles.
L'élimination urinaire ainsi que l'élimination desquamative de la peau et des muqueuses sont très faibles.
Métabolisme du fer
L’hémostase
I. Définition
La survenue d’une plaie entraîne un mécanisme de défense qui lutte contre le saignement et la
perte de liquide biologique. Ensemble des mécanismes physiologiques qui assure la
prévention et l’arrêt des saignements en cas de rupture de la paroi d’un vaisseau. Différent de
la coagulation qui désigne la formation d’un caillot. Phénomènes vasculaire, plasmatique et
plaquettaire en 2 temps : primaire et secondaire.
II. Hémostase primaire
1) Constriction vasculaire
Vasoconstriction des vaisseaux : réflexe ; réponse à la brèche vasculaire. Durée 30 min
pendant la mise en place du mécanisme de l’hémostase. Diminution du flux sanguin au niveau
de la brèche.
2) Formation du clou plaquettaire
C’est en prenant contact avec le collagène (présent dans l’intima des cellules de
l’endothélium) de la paroi vasculaire que les plaquettes se transforment :
o Augmentation du volume
o Aplatissement
o Adhésion des plaquettes entre elles d’où formation du clou plaquettaire : thrombus
blanc qui va boucher la lésion temporairement. Cette fixation nécessite la présence
d’une protéine appelée facteur de Willebrand ou facteur VIII ou thromboplastine. Ce
composant est libéré par les plaquettes. C’est donc un phénomène qui s’auto
entretient. L’amas de plaquettes servira de centre d’organisation au réseau de fibrine
lors de l’hémostase secondaire. Ce phénomène est d’abord réversible puis les
plaquettes se transforment et l’amas devient irréversible.
Le clou plaquettaire constitue non seulement le 1er moyen de fermeture des plaies vasculaires
mais aussi l’organisation nécessaire à l’étape suivante l’hémostase secondaire.
III. Hémostase secondaire ou coagulation
1) Définition
C’est un processus qui transforme le sang fluide en un gèle solide insoluble et immobile qui
se transforme autour du clou plaquettaire. Elle est produite par une série de réaction
enzymatique en cascade aboutissant à la formation de fibrine qui en se déposant sur le clou
L’hémostase
Module D’orthopédie – Traumatologie 2
plaquettaire permet la formation du caillot. Phénomène en chaîne, l’apparition d’un facteur
amène la libération d’un autre. La présence de calcium ionisé est indispensable à chaque
étape. Si une seule des étapes ne peut avoir lieu où si un facteur de la thromboplastine est
absent la coagulation ne peut pas se faire. Par exemple l’hémophilie : maladie héréditaire
facteur VIII.
2) Les facteurs de la coagulation
La coagulation fait intervenir 13 protéines ou facteurs de la coagulation numérotée de 1 à 13.
certains de ces facteurs sont produits par le foie : 1, 2, 5, 7, 9, 10. Les facteurs 2, 7, 9 et 10
sont dit vitamine K dépendant car le foie a besoin de vit K pour les synthétiser (traitement
anticoagulant, anti vitamine K). Voir schéma
La fibrine insoluble résulte de la transformation d’une protéine soluble dans le plasma, le
fibrinogène. Ceci se fait sous l’action de la thrombine. C’est le résultat final de la réaction en
chaîne des facteurs essentiel de la coagulation. En devenant insoluble dans le plasma, la
fibrine précipite dans le plasma qui comme un filet va enfermer les éléments figurés du sang
et former le caillot. La transformation du fibrinogène en fibrine se fait sous l’influence de la
thrombine qui provient de la transformation d’un corps précurseur : la prothrombine (vit K
dépendante). Cette réaction est déclenchée par la thromboplastine.
a. La thromboplastino formation
C’est la réaction qui permet la formation de thromboplastine et qui s’effectue en présence de
calcium. Tous les facteurs sont à l’état latent opérationnels : activation. Deux voies
parallèles de formation de thromboplastine indispensable :
o La voie exogène : mécanisme extrinsèque car il met en place un facteur tissulaire.
C’est en mettant le plasma en contact avec une thromboplastine qui va activer le
facteur 7.
o La voie endogène : déclanchée par une lésion vasculaire qui va faire que les plaquettes
vont activer le facteur 12.
Ces 2 voies aboutissent à l’activation du facteur 10.
b. La thrombo formation
C’est la réaction qui aboutit à la transformation de prothrombine en thrombine sous l’action
de thromboplastine. En présence de calcium.
c. La formation de fibrine
La transformation irréversible du fibrinogène soluble en réseaux de fibrine insoluble qui
constitue un filais capturant les éléments figurés du sang. Les filaments se resserrent sous
l’action du facteur XIII pour former un noyau compact. Cette réaction se fait grâce à la
thrombine en présence de calcium.
IV. La post – coagulation
Le caillot de fibrine n’est pas destiné à durer toujours (moyen provisoire pour stopper
l’écoulement).
La rétraction du caillot : survient quelques heures après, laisse écouler du sérum.
L’hémostase
Module D’orthopédie – Traumatologie 3
La dissolution du caillot : au bout de 72 heures : temps de réparation définitive du
vaisseau : fibrinolyse. La fibrine se dissout sous l’action d’une enzyme la plasmine ou
fribrinolysine sont activées par le plasminogène. Sans elles l’obstruction complète
guetterait tous nos vaisseaux.
V. Limitation physiologique du processus de coagulation
Dans le corps humain, il existe deux facteurs qui inhibent naturellement la
coagulation :
o L’héparine qui est présente dans les granulocytes basophiles et les mastocytes :
elle inhibe l’action de la thrombine. Action rapide, immédiate et intervient à la
fin du processus de coagulation.
o Présence d’anti vitamine K