Vocabulaire du son et notation musicale
Vocabulaire du son et notation musicale
o Sommaire :
I- Avant-propos ..................................................................................................................... 1
Objectifs........................................................................................................................................................................................ 1
Éclaircissements préliminaires..................................................................................................................................................... 2
Le son et le visuel ......................................................................................................................................................................... 2
Formalisation et verbalisation...................................................................................................................................................... 3
II- Vocabulaire musical / vocabulaire scientifique (du son) .................................................... 4
Première dualité du son : le point de vue de l’émetteur et celui du récepteur ........................................................................... 4
Seconde dualité du son : le point de vue du scientifique et celui du musicien .......................................................................... 4
Bref résumé................................................................................................................................................................................... 6
L'enveloppe d'amplitude............................................................................................................................................................... 7
III- Retour sur la notation musicale (élargie) .......................................................................... 8
À quoi sert la notation musicale ?................................................................................................................................................ 8
Quoi noter ? (dans un contexte élargi)......................................................................................................................................... 8
Les limites de la notation musicale.............................................................................................................................................. 9
IV- Tentatives de caractérisation du timbre .......................................................................... 11
Il est fréquent de trouver du vocabulaire visuel, tactile, culinaire… ....................................................................................... 11
La base de données du logiciel Absynth V4 (Native Instrument)............................................................................................ 11
Critères d’espace......................................................................................................................................................................... 11
Paysages sonores ........................................................................................................................................................................ 11
Le silence n’existe pas................................................................................................................................................................ 11
V- Les théories de Pierre Schaeffer ...................................................................................... 14
Le traité des objets musicaux / Le solfège de l’objet sonore.................................................................................................... 14
Faire - entendre – décrire .......................................................................................................................................................... 15
La recherche musicale 2 : L'objet sonore et son solfège........................................................................................................... 16
VI- Les U.S.T. (Unité Sémiotiques Temporelles)................................................................. 17
VII- Bibliographie ............................................................................................................... 18
I- Avant-propos
1) Objectifs
Problèmes de communication entre le commanditaire d’une œuvre musicale dédiée à
l’accompagnement d’un visuel et un compositeur :
- les domaines de connaissances ne sont pas les mêmes ;
- le vocabulaire n’est pas le même ;
- les préoccupations ne sont pas les mêmes ;
etc.
Hormis les champs d’action fort différents, la nature de l’information manipulée n’est strictement
pas la même :
- les notes sur la portée sont des abstractions qui codent le geste musical ;
- la demande du commanditaire porte sur des informations verbales de l’ordre de l’affect, de
l’intellectuel, de l’esthétique... ;
Le codage musical (microstructure de l’œuvre) ne lui est pas d’un grand secours. Ce dernier va
s’intéresser à un scénario musical (macrostructure de l’œuvre) et aux messages véhiculés
simultanément par la combinaison du son et de l’image : des informations de l’ordre de l’affect, de
l’intellectuel, de l’esthétique...
Donc à la sémantique, à la signification profonde de l’œuvre…
ou encore plus loin : ce que la musique suggère lorsqu’elle est associée à du visuel.
et aussi distinguer :
3) Le son et le visuel
La description du son est dominée par le visuel : l’objet visuel est très souvent cité afin d’être plus
explicite :
un vrombissement mécanique = bruit d’un avion à réaction
flou plus explicite
1
NATTIEZ Jean-Jacques, Fondements d’une sémiologie de la musique, Paris, UGE, 10/18, 1975, p. 52
communication
verbale
réalisateur compositeur
q q
q q
======
&
?
communication visuelle
communication sonore
sens, affect
spectateur
cause effet
objet sujet
objectif subjectif
acoustique psychoacoustique
science art
nature homme
Amplitude en dB intensité pp p Ff f ff
Forme d’onde timbre cello, flûte, piano
Spectre indications de jeu
Près - loin, droite – gauche, haut – bas, espace
sec – réverbérant, dehors - dedans
Hz
3000
2000
1000
temps
a b c d e f
son pur glissandi vibrato arpège son filé percussion
bruit d'attaque
Hz
7000 harmoniques
6000
5000
4000
3000
2000 battements
1000
temps
a b d f
2 sons complexes son instrumental apparition progressive
des harmoniques
3) Bref résumé
Un son est caractérisé par : son intensité de 0 à 120 dBA ou de ppp à fff
sa hauteur en Hertz (de 20 à 20000 Hz)
son timbre = forme d'onde ou spectre
sa durée en secondes
Le spectre décrit le contenu harmonique d'un son, c'est-à-dire les fréquences qui le composent. Le
sinus est en quelque sorte une unité de référence pour le physicien.
Le sonagramme est un peu mieux adapté à une compréhension intuitive des phénomènes.
Toutes ces descriptions scientifiques sont peu appropriées aux activités artistiques.
4) L'enveloppe d'amplitude.
Le son naît, grandit, vit et disparaît. <=> l'amplitude varie constamment en fonction du temps.
Définition
L'enveloppe d’amplitude du son est la description de l'évolution de l'amplitude au cours du temps.
Si on relie les maxima (minima) d'amplitude de la forme d'onde, on dessine son enveloppe.
Elle se divise généralement en 3 ou 4 parties : l'attaque (formation du son), le maintien (tenu du
son) et la chute (extinction). En anglais ADSR = Attack, Decay, Sustain, Release
Ces trois parties peuvent être isolées :
- d'une part, du point de vue de la production mécanique du son,
- d'autre part, du point de vue écoute physiologique.
Amplitude
Amplitude
attaque tenu chute
extinction
temps temps
Courbe d'enveloppe
Amplitude Amplitude
Temps Temps
fonctions
tension, détente, apaisement, amour, vengeance, surprise, horreur…
de l’ordre de la sémantique, de la symbolique, des émotions…
La notation sur portée est adéquate pour des musiciens et pour de la musique occidentale.
Les musiciens sont formés pour
Les instruments sont fabriqués pour
La musique occidentale est conformée pour pouvoir être notée sur portée !
etc.
2) continu vs discontinu...
La notation correspond généralement à une discrétisation de phénomènes continus, à une
simplification.
« La note de musique correspond à donner un nom aux durées » (à segmenter des phrases, à
transformer des processus en objets, à nommer les objets individuels)
Les notes de musiques sont de l’ordre des lettres de l’alphabet, la mesure est de l’ordre du mot, la
ligne de portée est de l’ordre de la phrase...
C’est que la perception de la continuité de la durée musicale ne saurait se réduire aux seuls
mécanismes cognitifs qui permettent au musicien d’organiser et de mémoriser l’œuvre lors de
l’écoute ou de l’exécution : au-delà, il y a aussi une intuition initiale, une émotion personnelle qui
vient donner à l’ensemble une unité, une continuité, un « mouvement », un sens, quelque chose qui
n’est plus de l’ordre de la cognition abstraite mais qui vient aussi éclairer le paradoxe de la
perception de la temporalité. Je citerai ici Gaston Bachelard qui écrivait dès 1950 dans La
Dialectique de la Durée : « Si l’on arrêtait le flot de l’émotion qui accompagne la mélodie, on se
rendrait compte que la mélodie prise comme simple donnée sensible cesse de couler. Ce qui donne
la consistance à cette ligne, c’est un sentiment plus flou, plus visqueux, que la sensation. L’action
musicale est discontinue; c’est notre résonance sentimentale qui lui apporte la continuité2 ».
En réalité, nous touchons là à l’un des problèmes essentiels de la philosophie de la musique
aujourd’hui : comme le note Jean Molino dans un article fort éclairant, la difficulté majeure tient à
ce que la tradition philosophique occidentale, depuis l’âge classique, est basée sur une ontologie des
objets et non sur une ontologie des événements3. Ce qui caractérise l’ontologie des objets est qu’elle
formalise le discontinu, la délimitation spatiale, la séparation et la stabilité des limites dans le
champ de l’être. Les objets sont là, devant moi, et je peux alors les toucher, les regarder, les
nommer. Il n’en va pas de même des sons qui, par nature, apparaissent et disparaissent, et que je ne
reconnais que comme les produits de sources que je cherche à identifier. Les sons ne sont pas des
substances, ils sont des événements, et le discret, en musique, n’est que l’artefact de la pensée
humaine qui sépare et analyse sur fond de réalités objectales et non de réalités événementielles.
2
Gaston Bachelard., La Dialectique de la Durée, Paris, PUF, 1950, p. 116.
3
Jean Molino,, « Expérience et connaissance de la musique à l'âge des neurosciences », dans Étienne Darbellay, Le
temps et la forme. Pour une épistémologie de la connaissance musicale, Genève, Droz, 1998, p. 253-272.
Extrait de :
Observation, analyse, modèle :
Peut-on parler d’art avec les outils de la science ?
Textes réunis par Jean-Marc Chouvel et Fab ien Lévy.
Les cahiers de l’IRCAM
L’Harmattan, 2002
Depuis plusieurs décennies (Debussy, Berlioz à la fin du XIXe s., les bruitistes italiens au début du
e
XX s., Pierre Schaeffer dans les années 1950, etc.), le travail du timbre en musique vient compléter
le travail de la mélodie et des harmonies.
Mais les outils et le vocabulaire restent flous (et surtout non enseignés !).
3) Critères d’espace
régime statique régime dynamique
mono/stéréo
localisation mouvement
avant-arrière, droite-gauche se déplaçant d’avant en arrière, etc.
nature du lieu d’écoute
sec, réverbérant, grand, petit
intérieur/extérieur
proche/lointain s’éloignant / se rapprochant
profondeur de champ
premier-plan, arrière-plan
ponctuel ou doté d’une masse spatiale
clac dans ses doigts ≠ bruit du métro
mouvements du son : en fait, ce n’est pas le son qui bouge, mais la source du son qui bouge
ou l’enregistrement d’une source en mouvement
4) Paysages sonores
Schaeffer parle de :
masse tonique (N) et de masse complexe (X)
(voir [Link]
(site web de Leonardo)
impulsion complexe
son variant itératif
L'objet d'observation de l'écoute réduite n'est plus le son tel qu'on le connaissait auparavant, il
convient donc de l'en différencier. Pierre Schaeffer le nommera objet sonore. Ce dernier deviendra
le centre de la recherche musicale et de la constitution d'un solfège de l'objet sonore. Le chercheur
commence par classer les objets sonores principalement en fonction de leur spectre et de leur
évolution temporelle dans une typologie. Puis il analyse plus en profondeur l'objet sonore en le
décrivant : Pierre Schaeffer donne, dans le Traité des objets musicaux, 7 critères de valeurs :
Ces critères contiennent chacun un certain nombre d'éléments répartis en types, classes, genres et
espèces et formant une cinquantaines de points de description morphologique.
[Link]
[Link]
UST = segment musical qui – même hors contexte – possède une signification temporelle précise
due à son organisation morphologique.
o Critère 1 :
délimité ≠ non délimité dans le temps (processus continu, sans début, sans fin)
2 groupes d’UST :
• trajectoire inexorable – en flottement – sans direction par divergence d’information –
lourdeur – obsessionnel – qui avance – qui tourne – qui veut démarrer – sans direction
par excès d’information – en suspension – par vagues – stationnaire – sur l’erre
• chute – contracté/étendu – élan – étirement – freinage – suspension/interrogation
Caractéristiques morphologiques
durée délimité dans le temps
non délimité dans le temps
réitération Ø
avec
sans
phases Ø
une
plusieurs
matière Ø
continue
discontinue
accélération Ø
oui (évolution temporelle exponentielle)
non (évolution linéaire)
positive (allant de plus en plus vite)
négative (allant de moins en moins vite)
varié
déroulement Ø
temporel rapide
moyen
lent
L’intérêt des UST est qu’il n’est pas lié à une facture instrumentale
à une culture musicale
à des pratiques régionales
Ce concept passe par la verbalisation des processus (et ne s’attache pas à une micro segmentation et
à une transformation en objets)
Ce concept utilise le langage commun (et non pas une langue d’initiés)
VII- Bibliographie
ALBERA Philippe, Modernité. I. Le matériau sonore, in Musiques, une encyclopédie pour le XXIe siècle, sous la
dir. de NATTIEZ Jean-Jacques, volume 1, Actes Sud, Cité de la musique, 2003, p. 533-557.
BARRIÈRE Jean-Baptiste, sous la direction de, Le timbre, métaphore pour la composition, Paris, Christian
Bourgois,- et IRCAM, Centre Georges Pompidou, 1991.
CHION Michel, Le son, éd.
DELALANDE François, « Le paradigme électroacoustique » in Musiques, une encyclopédie pour le XXIe siècle,
sous la dir. de NATTIEZ Jean-Jacques, volume 1, Actes Sud, Cité de la musique, 2003, p. 213-233.
NATTIEZ Jean-Jacques, Fondements d’une sémiologie de la musique, Paris, UGE, 10/18, 1975
RUSSOLO Luigi, L'art des bruits, Avant-Gardes, Éd. L'Age d'homme,1975.
SCHAEFFER Pierre, à la recherche d’une musique concrète, Paris, Éditions du Seuil, 1952.
SCHAEFFER Pierre, La musique concrète, Que sais-je ?, Éditions. PUF, 1967/73.
SCHAEFFER Pierre, Traité des objets musicaux, essai interdisciplinaire, INA/GRM/EDISUD., Éditions du
Seuil, 1966 et 1976 (2nde édition).
S CHAEFFER Pierre et REIBEL Guy, Solfège de l’objet sonore, Paris : INA-GRM, C2010/11/12, 1998.
(comporte trois CD).
SCHAFFER Ray Murray, Le paysage sonore, Éditions J.C. Latte, 1979.
UST : Les Unités Sémiotiques Temporelles, éléments nouveaux d’analyse musicale, Documents Musurgia,
ESK, 1996