Principes de la cinématique relativiste
Durée propre. Longueur propre
Introduction:
I) Le principe de relativité restreinte et la transformée de Lorentz.
1) Le principe de relativité galiléen :
Considérons deux référentiels, l'un (R) fixe et galiléen, l'autre (R') en translation uniforme
par rapport au premier et donc lui aussi galiléen.
y y’
r
u
O O’ x x’
La loi de compositions des vitesses s'écrit, pour ces deux référentiels:
x’= x − u
y ’= y
z ’= z
t ’= t
Via ces transformations, on peut appliquer le principe fondamental de la dynamique dans
n'importe quel référentiel : on dit alors que les lois de la mécanique classique sont covariantes
par changement de référentiel inertiel.
On remarque par ailleurs que quelque soit la direction de translation de (R') par rapport à
(R) on a l'équation implicite fondamentale de la mécanique newtonienne t = t ’, c'est-à-dire
que, pour citer Newton, l'espace "n'a, par essence, aucune relation avec quoi que ce soit et
reste immuablement identique à lui même" et que le temps "s'écoule également sans relation
avec quoi que ce soit qui lui soit extérieur". Nous verrons plus avant que cette conception de
la dissociation de l'espace et du temps ainsi que de l'écoulement uniforme du temps s'effondre
dans le cadre de la relativité restreinte.
2) Les insuffisances de la théorie classique newtonienne de la mécanique:
Cette théorie révèle ses propres insuffisances tant au point de vue épistémologique qu' au
niveau expérimental. En effet:
- les phénomènes de la nature étant étroitement liés, la limitation du principe de la
relativité galiléen aux seuls phénomènes mécaniques ne semble pas logique.
- En particulier, la théorie de Maxwell n' est pas covariante par changement de référentiel
galiléen.
- Par ailleurs, il découle de la théorie de l'électromagnétisme de Maxwell que la lumière
est une onde électromagnétisme dont la vitesse de la propagation peut être déduite des
propriétés électriques et magnétiques du milieu. La propagation de la lumière dans le
vide conduit à postuler, par analogie avec les ondes sonores, l' existence d' un milieu,
support des ces ondes, appelé l' éther. Ils en ont conclu qu' il devait être possible de
mettre en évidence le mouvement de l' observateur par rapport à l'éther. C'est le principe
de l'expérience de Michelson-Morley (1881).
S1 S2
On observe alors les interférences sur M 1 . Pour l' observateur, l'
éclairement dépend de la
différence τ des durées mises par les ondes lumineuses pour de propager depuis les sources
virtuelles S1 et S 2 jusqu' au point d' observation. Si t1 désigne le temps mis pour aller de I à
I1 , puis pour revenir en I.
Evaluons τ = t1 − t 2 , avec t 2 défini de la même manière que t1 pour le second miroir.
l l 2l
On a t 2 = + = γ2
c−u c+u c
2l
Et on évalue que t1 = γ
c
γ (1 − γ ) ≈ β 2
2l l
où on tire que t1 − t 2 =
D'
c c
Lorsqu' on fait tourner l' appareil de 90°, les rôles des miroirs relativement à la direction de
déplacement sont inversés. Donc on devrait en effectuant cette manipulation observer un
2l
déplacement des phénomènes d' interférences lié au retard 2τ = β 2 . Or aucun retard n' a
c
jamais été observé.
Parmi les diverses interprétations de ces résultats, seule celle d' Einstein, qui pose les bases
de la relativité restreinte, reste actuellement satisfaisante.
3) Les postulats de base de la Relativité restreinte:
Postulat 1:
Les lois physiques sont invariantes dans tout changement de repère inertiel. Autrement dit,
des expériences préparées de même manière dans des référentiels doués d' un mouvement
rectiligne uniforme les uns par rapport aux autres donnent les mêmes résultats.
Postulat 2:
Par rapport à tous les repères inertiels et quels que soient le sens de propagation, la
lumière se propage avec la même vitesse c=2,99792458.108 m.s-1.
Postulat 3:
r
Si un repère inertiel (R') est en mouvement de translation uniforme avec une vitesse u par
rapport à un autre référentiel inertiel (R), alors le repère (R) a une vitesse de translation − u
r
par rapport à (R').
Le premier postulat généralise le postulat de relativité galiléenne à toutes les lois
physiques, en particulier à l'
électromagnétisme.
Le second postulat explique l' issue négative de l'expérience de Michelson (et est par
ailleurs un conséquence du premier).
Le troisième postulat précise l'
équivalence des repères inertiels.
4) Le formalisme mathématique de la Relativité restreinte: la transformée de Lorentz:
Au niveau cinématique, les conséquences de ces postulats sont immenses, puisqu' elle
remettent en cause la composition des vitesses newtonienne. Il faut alors revenir sur le
repérage spatio-temporel d'un événement, en définissant bien ce qu'
est un événement.
Un événement est défini par le lieu et l'instant où il se produit. Il est alors intéressant
d'utiliser un formalisme à 4 dimensions (3 dimensions spatiales et 1 dimension temporelle).
On introduit donc, pour caractériser un événement, un quadrivecteur nommé quadrivecteur
espace temps:
x
y
, où les coordonnées sont définies par rapport à un référentiel particulier. Dans cet
z
ct
espace à quatre dimensions, on appelle les points des points d' univers et les trajectoires des
lignes d' univers.
Pour effectuer un changement de référentiel, on ne peut plus utiliser les lois de
transformation galiléenne qui ne satisfont pas au postulat n°2, à savoir l' invariance de la
vitesse de la lumière. On doit donc déterminer une autre transformation qui:
- satisfait aux trois postulats de la relativité restreinte
- constitue une généralisation de la transformation galiléenne pour u << c .
La transformation mathématique adéquate s' appelle la transformée de Lorentz, qui s'
écrit:
x = γ ( x’+ut ’)
y = y’
1
z = z’ , où γ = est un paramètre sans dimension appelé facteur relativiste
u2
t = γ (t ’+ ux’) 1− 2
2 c
c
entre (R) et (R' ), et u la vitesse de (R' ) (en mouvement de translation suivant l'axe des x) par
rapport à (R).
Dans ces formules, l'origine des temps et des espaces est la même pour les deux
référentiels (i.e. on a à t=0 x=x' =t'=0).
• La transformée de Lorentz satisfait au postulat n°1. En particulier, comme elle est
linéaire, elle assure l' invariance du mouvement rectiligne uniforme pour un point
matériel isolé.
• Elle assure la constance de la vitesse de la lumière dans le vide. En effet, si l' on a
u u
x’= ct ’ dans (R' ), alors on a x = γc(t ’+ t ’) et t = γ (t ’+ t ’) , soit x = ct dans (R).
c c
• Elle assure l' indiscernabilité des référentiels inertiels et satisfait au postulat n°3 car si
t x’ u2 1
x = γ ( x’+ut ’) = γ x’+u − u 2 = γ 1 − 2 x’+ut = x’+ut , et
γ c c γ
u u x u 2 ux t ’ ux
t = γ t ’+ 2 x’ = γ t ’+ 2 − ut ’ = γ 1 − 2 t ’+ 2 = + 2
c c γ c c γ c
et donc que la relation de passage de (R) à (R' ) s'
écrit:
x’= γ ( x − ut )
y ’= y
z ’= z Il suffit donc de changer le signe de u et de permuter les coordonnées.
t ’= γ (t − ux )
c2
• Enfin elle apparaît comme une généralisation de la transformée de Galilée que l' on
retrouve si l' on considère u << c (γ = 1) .
Pour finir, quelques définitions mathématiques:
- on appelle pseudo-norme du quadri-vecteur espace-temps
4 − x = c t − x − y − z . Il est aisé de voir que cette grandeur est conservée par
2 2 2 2 2
la transformée de Lorentz. De manière générale on appellera quadri-vecteur un vecteur
(a1 , a 2 , a3 , a 4 ) dont la pseudo norme 4 − a = a 42 − a12 − a 22 − a32 est conservée par la
transformée de Lorentz.
- On appelle intervalle entre deux événements 1 et 2 la grandeur
s12 = c (t 2 − t1 ) − (x1 − x 2 ) − ( y1 − y 2 ) − (z1 − z 2 ) = (4 − x1 ) − (4 − x 2 ) .
2 2 2 2 2
Comme
c'est la pseudo-norme d'un quadri-vecteur, l'
intervalle est un invariant par la
transformée de Lorentz.
5) Cinématique relativiste: Formules de transformation des vitesses et des accélérations:
r r
Considérons une particule A de vitesse v dans (R), et de vitesse v ’ dans (R' ). Il s'
agit
r r
établir la relation liant v et v ’.
d'
Cette relation s' obtient directement à partir de la transformation des coordonnées du point
A. On sait que l' on a:
x = γ ( x’+ut ’)
y = y’
z = z’
t = γ (t ’+ ux’)
c2
Les vitesse sont explicitées comme dans la mécanique Newtonienne par les formules:
dx dx’
v x = dt v’x = dt ’
dy dy ’
v y = et v’y =
dt dt ’
dz dz ’
v z = dt v’z = dt ’
On a donc:
dx γ (dx’+udt ’) dy dy ’ dz dz ’
= ; = ; = , soit, en factorisant au
dt u dt u dt u
γ dt ’+ 2 dx’ γ dt ’+ 2 dx’ γ dt ’+ 2 dx’
c c c
numérateur et au dénominateur dt ’,
v’x +u v’y v’z
vx = ; vy = ; vz =
u
1 + 2 v’x u u
γ 1 + 2 v’x γ 1 + 2 v’x
c c c
• Pour obtenir les transformations inverses, il suffit de changer u en –u.
• On remarque que l’on retrouve bien la loi de composition newtonienne en faisant tendre
c vers l’infini.
• On retrouve ces résultats en introduisant le quadrivecteur vitesse (γ R v , γ R c ) , où
r
1 1
γR = , à ne pas confondre avec γ = , facteur relativiste entre (R) et
v2 u2
1− 2 1− 2
c c
(R').
On peut déterminer de la même manière les formules de transformations des accélérations
entre (R) et (R') en écrivant que:
dv dv’x
a x = dt a ’x = dt ’
x
dv y dv’y
a y = et a ’y = .
dt dt ’
dv z dv’z
a z = dt a ’z = dt ’
En effectuant les dérivations, on obtient:
a ’x
a x = 3
γ (1 + δ ’x )3
a’ δ ’
v’ u
a ’y − x y , où δ ’ν = ν 2 ;ν ∈ {x, y, z}
1
a y = 2 2
γ (1 + δ ’x ) 1 + δ ’x c
a z = 1 a’ δ ’
a ’z − x z
2
γ (1 + δ ’x )
2
1 + δ ’x
II) Conséquences du principe de Relativité restreinte:
1) La célérité de la lumière comme vitesse limite:
La forme de la transformée de Lorentz, formalisme mathématique adapté au principe de
relativité restreinte, montre que l'on doit nécessairement avoir u < c car sinon le facteur
γ deviendrait imaginaire. C' est ce qu'à montré Bertozzi en 1964. L' expérience consiste à
accélérer des électrons au moyen d' un potentiel électrostatique V et à mesurer leur vitesse à la
sortie de l'
accélérateur. On obtient comme résultat:
v
c Le graphe de la vitesse en fonction
du potentiel montre bien que c est
une vitesse limite.
V
2) Relativité de la position:
Considérons deux évènements localisés au même endroit dans (R) (à des temps bien sûr
différents). Comme en mécanique newtonienne, ils ne sont pas localisés au même endroit
dans (R'), mais la distance qui les sépare est différente que celle donnée par Newton. En effet,
si on considère les deux évènements dans (R):
γ ( x1 − ut1 ) γ (x1 − ut 2 )
x1 x 2 = x1
y1 y1
y1 y 2 = y1
E1 et E 2 , alors dans (R’) on a E1 z1 et E 2 z1
z1 z 2 = z1
x x
t1 t 2 ≠ t1 γ t1 − u 12 γ t 2 − u 12
c c
et donc x’2 − x’1 = −γu (t 2 − t1 ) et non pas x’2 − x’1 = −u (t 2 − t1 ) .
Comme les coordonnées y et z n' interviennent pas, on se limitera dorénavant à des vecteurs
à deux dimensions, où ces coordonnées seront sous-entendues.
3) Relativité de la simultanéité:
Considérons deux évènements simultanés dans (R). Dans le cadre de la mécanique
newtonienne, ils le sont aussi dans (R' ). Ce n' est pas le cas en relativité:
γ ( x1 − ut1 ) γ ( x 2 − ut1 )
x1 x2 γu
E1 E2 et dans (R' ) E1 ux1 E 2 ux 2 , soit t ’2 −t ’1 = − 2 ( x 2 − x1 ) .
t1 t1 γ t1 − 2 γ t1 − 2 c
c c
Deux évènements seront donc simultanés uniquement si ils sont localisés à la même abscisse.
La simultanéité perd son caractère universel. Remarquons que le principe d' universalité
newtonnien correspond à l' approximation u<<c.
4) Contraction des longueurs ; longueur propre:
La relativité de la position montre que si l' on mesure dans (R' ) la longueur d'
une règle liée
à (R' ) telle que L = x’2 − x’1 , alors on aura dans (R), puisque comme la règle se déplace on
effectue une mesure simultanée de la position des extrémités de la règle:
x 2 − x1 = ( x’2 − x’1 ) =
1 L
γ γ
Ainsi la mesure de la longueur de la règle dans donne une valeur plus grande dans (R) que
dans (R' ).
Par conséquent, la valeur maximale de la longueur sera donnée par la mesure effectuée par
un observateur lié à la règle. On appelle cette longueur maximale la longueur propre de la
règle.
5) Dilatation du temps ; temps propre:
Considérons deux horloges, l' une liée à (R), l'
autre liée à (R' ). La mesure d' un intervalle de
temps par l'
horloge liée à (R') correspond aux évènements:
γ (x’0 −ut ’1 ) γ ( x’0 −ut ’2 )
x’0 x’0
E1 E2 et donc aux évènements dans (R) E1 ux’ E 2 ux’
t ’1 t ’2 γ t ’1 − 20 γ t ’2 − 20
c c
L' intervalle de temps mesuré entre ces deux évènements est donc dans (R):
t 2 − t1 = γ (t ’2 −t ’1 ) . Ainsi la durée n'
est plus un paramètre universel, et la durée la plus
courte entre deux évènements, appelée temps propre, est la durée mesurée dans le référentiel
où ces deux évènements coïncident. Cette propriété a été maintes fois vérifiées par les
expériences sur les particules élémentaires. (parcours des muons µ − ; τ = 2,2.10 −6 s ; formule
T = γτ vérifiée par Rossi).
6) Temps propre et longueur propre : deux paradoxes associés:
a) Paradoxe de la règle et du hangar:
Considérons un sujet A, qui court à une vitesse u en portant, horizontalement, une règle de
longueur propre L (longueur dans le référentiel en mouvement). Un observateur B, lui
L
immobile, décide de construire sur le parcours de A un hangar de longueur , longueur de la
γ
règle dans son référentiel. Il va donc voir A et sa règle rentrer dans le hangar, puis, à ce
moment, fermer puis rouvrir simultanément les portes du hangar. Comme la longueur de la
L
règle vaut dans le référentiel du hangar, B va voir une règle de longueur L contenue dans
γ
L
un hangar de longueur < L . (Numériquement, pour une règle de 200m et un hangar de
γ
100m, il faut u=0,87c). Voilà le paradoxe.
En fait ce paradoxe est résolu par la relativité de la simultanéité. En effet, l' intervalle de
temps séparant les événement 1:"fermeture de la 1ère porte" et 2:"fermeture de la 2ème porte"
dans (R' ) vaut, comme on l' a déjà vu:
t ’2 −t ’1 = −γ 2 (x 2 − x1 ) = −γ 2 = − 2 L . La fermeture de 2 survient avant la fermeture
u u L u
c c γ c
de 1.
De plus, A, pendant cet intervalle, aura vu défiler le hangar d' une longueur
2
u (t ’1 −t ’2 ) = 2 L . Or la longueur qu'
u
il manque pour faire rentrer la règle dans le hangar vaut:
c
L /γ 1 u2
∆L = L − = L(1 − 2 ) = L 2 , soit exactement la longueur manquante. A verra donc
γ γ c
la porte 2 se fermer et s' ouvrir alors que la règle ne sera par complètement rentrée dans le
hangar, puis la porte 1 se fermer et s' ouvrir alors que la règle sera déjà en partie sortie du
hangar. Il n' y a pas de paradoxe.
b) Le paradoxe des jumeaux de Langevin:
Deux jumeaux A et B habitent la Terre. Un jour, le jumeau A décide d' entreprendre un
voyage dans le cosmos puis retourne sur Terre.
Supposons que le jumeau A se soit dirigé vers une étoile distante de la Terre de 4 années
lumière à la vitesse constante u=0,98c, et soit revenu de la même manière. Pour le jumeau B,
2D
espace pendant une durée ∆t =
son frère est resté dans l' = 8 ans 1 mois 27 jours.
u
∆t
Par contre, le jumeau A, lui, a passé dans l' espace une durée ∆t’= = 1 an 7 mois 13
γ
jours.
Le jumeau A est donc plus jeune que son frère B. Par contre, en invoquant le principe de
relativité, on peut faire le même calcul en considérant que c' est la terre qui se déplace et on
trouve cette fois que c' est le jumeau B qui est le plus jeune. Voilà le paradoxe. En fait, cette
situation semble violer le principe de relativité (et donc d' indiscernabilité des référentiels
inertiels). En réalité il n'en est rien.
En effet, pour que le jumeau A reviennent vers la Terre, il lui a fallu faire demi tour ou
effectuer une trajectoire fermée, et donc subir une accélération. Il n' y a donc pas équivalence
entre ces deux référentiels. Dans le cadre de la relativité restreinte, deux référentiels inertiels
ne se rencontrent qu' un seule fois et donc on ne peut pas les comparer. Cet état de fait est
interprété de manière plus détaillée par la relativité générale, qui prend en considération des
référentiels quelconques.
Conclusion:
- bouleversement fondamental de la conception classique du monde
- explication des problèmes liés aux changements de référentiels en Elmg
- intérêt épistémologique énorme.
- Nombreuses applications comme l' effet Doppler, l'
aberration des étoiles, physique des
particules.