MP* - Devoir surveillé n◦ 2 - corrigé
1 Exercice
1. Calcul simple (polynôme caractéristique (X − 2)(X + 1)): 1
2
1
0
= P diag(2, −1)P −1 avec P ∈ GL2 (R).
On fait le changement d'inconnue bijectif Y = P −1AP . Y réelle si et seulement si A réelle.
On aboutit à l'équation Y = diag(2, −1) = ∆.
2
Si Y 2 =2∆, Y commute à ∆, donc2Y = diag(α, β).
Alors Y = ∆ si et seulement si α = 2 et β 2 = −1. On a donc 0 solution dans M2(R), et 4 dans M2 (C).
2. (a) Supposons que M a la propriété (P). Alorsn on peut se donner A telle que An = M . Alors A2n = M n = 0,
donc A est nilpotente, donc par le cours A = 0 car A est n × n, donc M = 0. Absurde.
(b) 1 + x x→0
== (Pn,k (x) + O(xn ))k
(Pn,k (x)k−2 )O(x2n ) + .... Pn,k (x) converge quand x → 0,
k(k − 1)
= (Pn,k (x))k + k(Pn,k (x))k−1 O(xn ) +
2
donc est O(1), donc
1 + x == (Pn,k (x))k + O(xn ) + O(x2n ) + ... == (Pn,k (x))k + O(xn ).
x→0 x→0
(c) Notons1 + X − Pn,k
k
= ad X d + ad+1 X d+1 + ... avec ad ̸= 0.
1 + x − P k (x) ∼ ad xd
Alors 1 + x − Pn,k
k
x→0
(x) == O(xn )
, donc n ≥ d, donc X n divise 1 + X − Pn,k
k
n,k
x→0
(d) Soit N ∈ Mn (C) nilpotente. Soit k ∈ N∗ .
In + N = (Pn,k (N )) + R(N ). Par la question précédente, X n divise R, et donc R(N ) = 0 car N n = 0.
k
Ainsi In + N = (Pn,k (N ))k , d'où le résultat.
(e) Soit k ∈ N∗ . Soit µ une racine k-ième de λ (existe dans C).
Par la question précédente, il existe A ∈ Mn (C) telle que Ak = In + λ1 N , puisque λ1 N est nilpotente, et
alors (µA)k = λIn + N .
(f) On utilise une trigonalisation par blocs A = P diag(λ1 Iα +N1, ..., λp Iα +Np )P −1, et la question précédente
pour chaque bloc, sachant que 0 n'est pas valeur propre, ie ∀i, λi ̸= 0.
1 p
2 Exercice X/ENS
1. f g − gf est inchangé si on remplace f par f − λ · id, λ ∈ C, et si B est une base de E , M atB (f − λid) =
M atB (f ) − λInest triangulaire supérieure ssi M atB (f ) l'est.
2. Supposons Ker(f ) non stable par g. On se donne alors x ∈ E tel que f (x) = 0 et f g(x) ̸= 0.
On a alors 0 ̸= f g(x) = h(x), donc comme rg(h) = 1, Im(h) = vect(f g(x)) ⊂ Im(f ).
Alors, si y ∈ E , g(f (y)) = f g(y) − h(y) ∈ Im(f ), donc Im(f ) est stable par g.
3. Hn : "si E est un C-ev de dimension n, f, g ∈ L(E), et rg(f g − gf ) ≤ 1, alors f et g sont cotz".
n = 1: Rien à faire.
Supposant H1 , ..., Hn vraies:
Soient E un C-ev de dimension n + 1, et f, g ∈ L(E) tels que rg(f g − gf ) ≤ 1.
Si rg(f g − gf ) = 0 ie f g = gf , on se réfère au cours.
Sinon:
Si f est une homothétie, toute base trigonalisant g (existe, le corps est C) diagonalise f . Fini.
Sinon:
On va remplacer f (cf question 1) par f − λid de sorte que ni Im(f − λid), ni Ker(f − λid) ne soit trivial. Pour
cela, il sut de prendre pour λ une valeur propre de f (existe). Alors Ker(f − λid) n'est pas nul, et n'est pas
E car f n'est pas une homothétie, et par théorème du rang, Im(f − λid) n'est pas trivial.
Ayant ainsi remplacé f : soit Ker(f ) est stable par g, soit Im(f ) l'est. De plus Ker(f ) et Im(f ) sont stables
par f .
Ainsi on dispose d'un sev V de E non trivial stable par f et g (Ker(f ) ou Im(f
)). ′
Soit z base de E commençant par une base de V . On a M atz (f ) = 0 B , et M atz (g) = 0 B ′ .
A C A C′
Par calcul par blocs de M atz (f g − gf ), rg(AA′ − A′A) ≤ 1 et rg(BB ′ − B ′B) ≤ 1 (le rang d'une sous-matrice
est ≤ au rang de la matrice).
Par HR (en transcrivant H′ k−1, k ≤ n, −1 en terme −1
matriciel),′ A,−1A′ et B, B ′ sont cotrigonalisables: il existe P, Q
inversibles telles que P A P , P AP , QBQ et QB Q soient triangulaires supérieures, et alors avec
V = diag(P, Q), V −1 = diag(P −1 , Q−1 ), et V M atz (f )V −1 et V M atz (g)V −1 sont triangulaires supérieures,
et donc (transcription géométrique), f et g sont cotz.
3 Problème
I Algèbres de Lie
1- Pour toute matrice M de V, X est un vecteur propre de M : il existe donc un unique scalaire λ(M ) tel que
M X = λ(M )X. Pour M1 , M2 ∈ V et µ1 , µ2 ∈ C,
(µ1 M1 + µ2 M2 )X = (µ1 λ(M1 ) + µ2 λ(M2 ))X
et donc λ(µ1 M1 + µ2 M2 ) = µ1 λ(M1 ) + µ2 λ(M2 ) : l’application λ : V −→ C est bien une forme linéaire.
2- Comme M et A sont éléments de U, [M, A] ∈ [U] et donc [M, A] ∈ V.
3- Considérons l’hypothèse de récurrence (Hi ) :
i
X
i
∀ M ∈ V, M Xi = λi−j (M )Xj
j
j=0
1. La propriété H0 est trivialement vérifiée :
0
X
0
∀ M ∈ V, M X0 = M X = λ(M )X = λ0 (M )X0 = λ−j (M )Xj
j
j=0
2. Soit i ∈ N et supposons que Hi soit vérifiée. Alors pour tout M ∈ V :
M Xi+1 = M AXi = [M, A]Xi + AM Xi
En appliquant (Hi ) aux deux éléments M et [M, A] de V, nous obtenons
Xi Xi
i i
M Xi+1 = λi−j ([M, A])Xj + A λi−j (M )Xj
j j
j=0 j=0
Xi X i Xi i+1
X
i i i i
= λi−j+1 (M )Xj + λi−j (M )Xj+1 = λi−j+1 (M )Xj + λi−j+1 (M )Xj
j j j j−1
j=0 j=0 j=0 j=1
X i i+1
X
i i i+1
= λi+1 (M )X0 + + λi−j+1 (M )Xj + λ0 (M )Xi+1 = λi+1−j (M )Xj
j j−1 j
j=1 | {z } j=0
i+1
!
=
j
Nous avons donc démontré par récurrence que (Hi ) est vérifiée pour tout i ∈ N, ce qui donne bien les identités (1)
et (2).
4- L’ensemble des entiers i ≥ 0 pour lesquels la famille {X0 , X1 , . . . , Xi } est libre est non vide (il contient 0 car X0
est non nul) et majoré par n : il admet donc un plus grand élément q.
5- La stabilité de G par M découle directement des relations (1).
D’autre part :
• pour i compris entre 0 et q − 1, A(Xi ) = AXi = Xi+1 ∈ G ;
• A(Xq ) = Xq+1 ∈ G car {X0 , X1 , . . . , Xq } est libre et {X0 , X1 , . . . , Xq+1 } est liée,
donc G est également stable par A.
Enfin, par composition, G est stable par [M, A].
On a de plus [M, A]G = M G ◦ AG − AG ◦ M G .
6- Comme [M, A]G = M G ◦ AG − AG ◦ M G , la trace de [M, A]G est nulle (linéarité de la trace et propriété classique
Tr(f ◦ g) = Tr(g ◦ f )).
i−1
7- Les relations (2) montrent que cette matrice est triangulaire supérieure, de terme général λi−j+1 (M )
j−1
pour 1 ≤ j ≤ i ≤ q + 1.
8- En particulier, 0 = Tr([M, A]G ) = (q + 1)λ1 (M ) = (q + 1)λ([M, A]) et λ([M, A]) = 0 puisque q + 1 > 0.
9- Nous en déduisons que M AX = AM X, i.e. M (AX) = A(λ(M )X) = λ(M )(AX). Ainsi, ou bien AX = 0, ou bien
AX est un vecteur propre pour chaque matrice M de V, associé à la même valeur propre que X.
II Algèbres de Lie résolubles
10 - Cette propriété traduit que les endomorphismes associés aux éléments de U sont simultanément trigonalisables, i.e.
trigonalisables dans une même base de Cn .
11 - Pour tout k compris entre 0 et n, notons Ek le sous-espace de Cn engendré par les k premiers vecteurs colonnes de
la matrice P . Une matrice A est donc dans Nk si et seulement si
A(En ) ⊂ En−k , A(En−1 ) ⊂ En−1−k , . . . , A(Ek ) ⊂ E0 .
Pour k entier compris entre 0 et n − 1, montrons que [Nk ] ⊂ Nk+1 :
• si k ≥ 1 et si A et B sont deux éléments de Nk , on a pour tout i compris entre k + 1 et n :
[A, B](Ei ) ⊂ A(B(Ei )) + B(A(Ei ))
⊂ A(Ei−k ) + B(Ei−k )
⊂ Ei−k−1
car k ≥ 1. On a donc [A, B] ∈ Nk+1 .
• si k = 0 et si A et B sont deux éléments de Nk , les matrices AB et BA sont triangulaires
supérieures et ont même diagonale : la matrice [A, B] est donc diagonale supérieure stricte,
i.e. que [A, B] ∈ Nk+1 .
Dans tous les cas, [Nk ] ⊂ Nk+1 puisque Nk+1 est un sous-espace vectoriel.
Ceci prouve que la suite (N0 , N1 , . . . , Nn ) est une suite d’algèbres de Lie vérifiant les propriétés (A) et (B) : TP est
donc une algèbre de Lie résoluble de longueur n.
Cette question prouve l’implication ”⇐” du théorème 2 : si U est une algèbre de Lie dont les éléments sont
simultanément trigonalisables, il existe une matrice inversible P telle que U ⊂ TP . On obtient alors que U est
résoluble de longueur n en considérant la suite (U ∩ Nk )0≤k≤n .
12 - Nous avons [U] = [U0 ] ⊂ U1 = {0}, donc [M, M ′ ] = 0 pour tous M, M ′ ∈ U : les éléments de U commutent deux à
deux.
13 - Prouvons le résultat suivant par récurrence sur r : r endomorphismes d’un espace vectoriel complexe de dimension
finie non nulle qui commutent deux à deux possèdent un vecteur propre commun.
• Si r = 1 et si f1 ∈ L(E) avec E espace complexe de dimension non nulle, f1 possède au
moins une valeur propre (son polynôme caractéristique est de degré au moins 1 et C est
algébriquement clos), donc également un vecteur propre.
• Soit r ≥ 1. Supposons la propriété vérifiée au rang r et considérons une famille (fi )1≤i≤r+1
d’endomorphismes d’un espace vectoriel complexe E de dimension non nulle. fr+1 possède
au moins une valeur propre λ : notons F = Ker (fr+1 − λIdE ) l’espace propre associé. Alors
F est stable par les fi , pour i variant de 1 à r :
∀ i, ∀x ∈ F, fr+1 (fi (x)) = fi (fr+1 (x)) = fi (λx) = λfi (x)
En notant gi l’induit de fi sur F , il est possible d’appliquer l’hypothèse de récurrence à la
famille (gi )1≤i≤r (F est de dimension non nulle et les gi commutent deux à deux) : il existe
un vecteur x ∈ F qui est propre pour tous les gi : ce vecteur est donc un vecteur propre pour
tous les fi (0 ≤ i ≤ r + 1).
Le résultat demandé est alors une conséquence directe.
14 - Soit (M1 , M2 , . . . , Mr ) une base de U. D’après le résultat précédent, il existe un vecteur propre X commun aux
endomorphismes M1 , M2 , . . . , Mr : si M ∈ U, avec M = α1 M1 + · · · + αr Mr , on a directement :
M (X) = α1 λ(M1 )X + · · · + αr λ(Mr )X = (α1 λ(M1 ) + · · · + αr λ(Mr )) X
et donc X est propre pour tous les endomorphismes associés aux éléments de U.
15 - Récurrence sur n. Considérons la proposition :
(Hn ) : si U est une algèbre de Lie de Mn (C) et si U est résoluble de longueur 1 (ce qui revient à dire que les
éléments de U commutent deux à deux), les éléments de U sont simultanément trigonalisables.
• La propriété H1 est clairement vérifiée, puisque toute matrice de taille 1 est triangulaire.
• Soit n ≥ 2 et supposons que Hn−1 est vérifiée. Considérons alors une algèbre de Lie U
résoluble de longueur 1 de Mn (C). D’après la question 14, il existe un vecteur propre e1
commun à tous les éléments de U.
On le complète en B = (e1 , e2 , ..., en ) une base de Cn .
Soit P la matrice de passage de la B à la base canonique.
µ(M ) ∗
Pour tout M ∈ U, P M P −1 = avec µ(M ) ∈ C, C(M ) ∈ Mn−1 (C).
0 C(M )
Calcul par bloc : les C(M ), M ∈ U commutent deux à deux.
Par Hn−1 , il existe alors Q ∈ GLn−1 (C) telle que ∀M ∈ U, QC(M )Q−1 est triangulaire
supérieure. Onse fixe
une telle matrice Q.
1 0
Notons V = . Alors pour tout M ∈ U, V P M P −1 V −1 = (V P )M (V P )−1 =
0 Q
µ(M ) ∗
est triangulaire supérieure, ce qui établit l’hérédité.
0 QC(M )Q−1
Le sens direct du théorème est donc ainsi démontré quand p = 1.
16 - Comme U1 est une algèbre de Lie résoluble de longueur p−1, il existe une base qui trigonalise (supérieurement) tous
les éléments de U1 : le premier vecteur de cette base est donc un vecteur propre commun à tous les endomorphismes
M pour M ∈ U1 .
17 - Notons G l’ensemble générateur de E. Par définition, G est stable par tous les éléments de U, donc E l’est également.
D’autre part, le théorème 1 permet d’affirmer que si A ∈ U, AX est soit nul, soit un vecteur propre commun à tous
les éléments de U1 . Par récurrence sur k, on en déduit que les éléments non nuls de G sont des vecteurs propres
communs à tous les éléments de U1 . Par linéarité, cette propriété s’étend à E : les éléments non nuls de E sont
tous vecteurs propres communs à tous les éléments de U1 .
18 - Notons f l’endomorphisme [M, M ′ ]E . Comme [M, M ′ ] ∈ U1 , pour tout y ∈ E \ {0}, il existe λ(y) ∈ C tel que
f (y) = λ(y) y. Si y1 et y2 sont deux vecteurs indépendants de E, alors :
λ(y1 + y2 )y1 + λ(y1 + y2 )y2 = λ(y1 + y2 ) (y1 + y2 ) = f (y1 + y2 ) = f (y1 ) + f (y2 ) = λ(y1 )y1 + λ(y2 )y2
et donc λ(y1 ) = λ(y1 + y2 ) = λ(y2 ).
Si maintenant y1 et y2 sont deux vecteurs non nuls liés de E, on peut écrire y2 = αy1 (avec α non nul) et
λ(y2 )α y1 = λ(y2 ) y2 = f (y2 ) = α f (y1 ) = αλ(y1 ) y1
et donc λ(y1 ) = λ(y2 ). En notant λ la valeur commune λ(y), f est l’homothétie de rapport λ.
Enfin, comme E est stable par M et M ′ , on peut écrire :
Tr(f ) = Tr(M E ◦ M ′ E − M ′ E ◦ M E ) = 0.
19 - Comme la trace de f est égale à λ dim(E) et que E est de dimension non nulle, λ = 0 : ceci prouve que les éléments
de U ′ = {M E , M ∈ U} commutent deux à deux. Comme cette famille est clairement une algèbre de Lie de L(E),
c’est une algèbre de Lie résoluble de longueur 1 de E. D’après la question 15, il existe donc une base de E qui
trigonalise tous les endomorphismes M E pour U ∈ U.