Introduction à la Science Politique
Introduction à la Science Politique
Introduction
• Elle est assez proche de la philosophie politique car elle s’intéresse aux questions et aux enjeux
qui ont trait au pouvoir politique.
• On va avoir des penseurs politiques tel que Rousseau, Platon, Montesquieu et bien d’autres qui
vont se poser plusieurs questions tel que : « comment organiser au mieux la vie politique
e cacement »
• Mais la science politique ne se résume pas à cela, ces auteurs qui sont des penseurs
traditionnels ne ré échissent pas encore totalement en chercheurs du politique mais en
moraliste ils émettent des jugement éthique et moraux sur les phénomènes qu’ils étudient donc
ils émettent un jugement moral plutôt qu’une analyse scienti que de la réalité observée.
On lui demande de rendre compte des réalités observés, donc de produire des données ou des
connaissances à caractère scienti que qui vont pouvoir être analysés scienti quement a n
d’éclairer chacun sur ces phénomènes ( donc on ne lui demande pas de prendre position de
juger, de dire si une chose est juste ou injuste, on veut qu’il produise des connaissances
scienti que et de mieux comprendre aussi certain aspect du politique, de produire des
connaissances scienti que en prenant en compte di érents facteurs pour expliquer comment et
pourquoi une situation est régulé de tel ou tel manière )
Dé nition :
Le politique : c’est la régulation de con it divers et variés par un pouvoir généralement celui de
l’état qui dispose d’un monopole important « de l’exercice de la violence légitime » citation de
Max Weber
Le politiste : nom donné a un chercheur en science politique, il doit obéir a 3 obligations pour
produire de la science :
- 1ère obligation : essayé de séparer le plus radicalement possible le regard clinique, le regard
observateur, le regard objectif du jugement de valeur. Montesquieu va se poser cette question
qui va être formaliser par des auteurs important comme Weber, le concept important qu’utilise
Weber pour di érencier les deux c’est le concept de neutralité axiologique et développe ce
concept dans son ouvrage : Le savant et le politique de 1959 pour la traduction française. Le
savant et le politique ont 2 approches di érentes des politiques dans sa démarche de
chercheur lorsqu’il étudie un objet le chercheur ne doit pas prendre partie avec son objet
d’étude il doit au contraire prendre des distances, le professionnel de la politique qu’on peut
dé nir comme quelqu’un qui vie de par et d’autres pour la politique il en a fait son métier, les
professionnels de la politique n’ont pas cette distance ils sont constamment dans le jugement
moral et éthique dénoncent et approuvent certains phénomènes ils sont sans cesse dans
l’engagement donc ont constamment un positionnement éthique? On a une distinction entre le
savant et le politique, Pourquoi cette première obligation est plus di cile, de prendre de la
distance ? Car on est impliqué dans la société qu’on doit étudier, donc prise de distance
importante à réaliser pour être neutre ce qui est moins compliqué dans les sciences dures.
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- 2ème obligation : le politiste doit utiliser les méthodes et les techniques d’investigation qui sont
reconnus par les sciences sociales communes et formalisés par les sciences sociales. Quels
sont les méthodes et techniques communes aux science sociales qui permettent de produire de
la connaissance scienti ques ? exemple: les sondages, les statistiques, les manifestations sont
intéressantes d’un point de vue politique ( on peut s’intéresser au nombres de personnes, à la
dynamique de la manifestation, on essaye de comprend pourquoi on vient manifester en
interviewant les gens, pourquoi ils se mobilisent grâce aux pancartes, les messages qu’ils
veulent faire passer, la tranche d’âge, la violence a une place importante ou non, si la
manifestation est encadré ou non par un service d’ordre ? ), l’entretien pour avoir une idée plus
claire en demandant aux gens directement, le travail d’observations, les archives ( centre
d’archives dans tout les département et les archives nationales ) sont des mines d’information
exceptionnel pour comprendre certains phénomène politique, exemple : manifestation du 1er
mai on trouve des informations pour la comprendre en consultant les archives de presse de
l’époque (photographie, débat, prise de positions) déclaration des membres de la CGT, rapport
de renseignement généraux, ouvrages ou article publié par les grand syndicaliste de l’époque.
Toutes ces méthodes permettent avant tout d’obtenir des faits précis et exactes, quanti ables
sur les phénomène qu’on étudie mais qu’est ce qui distingue la science des autres moyens de
produire du savoir ? Car le scienti que sait de quoi il parle c’est son domaine, le chercheur
produit de la vérité contrairement aux journalistes par exemple, cette vérité est di cile à
acquérir, il faut analyser les informations scienti quement.
- 3ème obligation : Le chercheur doit proposer un cadre théorique conceptuel qui va permettre à
chacun de mieux comprendre les ressors, les logiques et les enjeux qu’on étudie. La théorie
c’est quoi ? C’est des hypothèses qui souvent été validés, fait qu’on confronte aux hypothèse
si les faits valident les hypothèse on peut formuler une théorie, on simpli e théoriquement la
réalité pour la rendre plus compréhensive et on ne retient que les phénomène signi catifs.
Cette recherche de construction de théorie permet de mettre en évidence certaines causalité
( exemple : dans l'ouest de la France on vote à gauche comment l’expliquer ? Lien avec les
catégories sociales ?… ) Les questions que se posent la science politique : exemple de
questions : Qu’est ce que le pouvoir ? Qu’est ce que l’état ? Qu’est ce que la violence d’ordre
politique ? Qu’est ce que la compétence politique ? Qu’est ce que la socialisation politique ?
Pierre Favre, politiste français ayant enseigné à Sciences Po Paris, a publié Naissance de la
science politique en France. Dans cet ouvrage, il se questionne sur l’émergence de la science
politique comme discipline scienti que à part entière. Comment est-elle devenue une discipline
reconnue, enseignée et institutionnalisée ?
Il s'agit d'une démarche et d'une méthode particulière, un raisonnement spéci que. C’est aussi
une communauté scienti que insérée dans des cadres institutionnels stables.
Alors, qu’est-ce qu’il faut pour qu’il y ait une communauté de spécialistes ?
Des universités, des revues, des ouvrages, des bibliothèques, des échanges entre chercheurs,
des séminaires, etc. Tous ces éléments contribuent à l’institutionnalisation d’une discipline.
Pourquoi cette initiative ? En 1871, la France subit une défaite contre la Prusse, suivie de
l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine. Boutmy estime qu’il est nécessaire de redresser la France
et de s’adapter à la montée en puissance des États-nations, à la colonisation, à l’émergence des
empires et à la bureaucratie moderne. Il considère que ces phénomènes doivent être étudiés
scienti quement a n de mieux gouverner.
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Il faut attendre 1945 pour que la discipline prenne réellement son envol. À cette date, Sciences Po
Paris se transforme en Institut d’Études Politiques (IEP). La même année, la Fondation nationale
des sciences politiques est créée. Son rôle est de gérer administrativement et nancièrement
Sciences Po, tout en favorisant la di usion de la science politique en France. La Fondation gère
également la bibliothèque de Sciences Po, la plus grande bibliothèque de science politique au
monde, contribuant ainsi à l’institutionnalisation de la discipline.
En 1945, de nouveaux Instituts d'Études Politiques (IEP) commencent à se créer, comme celui de
Strasbourg. En 1948, les sciences politiques se développent également en province, avec la
création d'IEP à Grenoble, Lyon, etc. Le dernier en date, en 2013, a été fondé à Saint-Germain-
en-Laye. En 1949, l'Association Française de Science Politique (AFSP) est créée. Elle soutient
l'organisation de séminaires, la publication d'ouvrages, et favorise l'échange entre politistes
français et étrangers. En 1951, la Revue Française de Science Politique est fondée, devenant la
publication la plus importante dans ce domaine et permettant la di usion du savoir politique. En
1954, la science politique commence à se di user dans les universités, et en 1956, le doctorat en
science politique est créé. En 1971, l’agrégation de science politique est instaurée, permettant de
devenir professeur de science politique (contrairement aux maîtres de conférences, qui
nécessitent seulement une thèse). En 1977, les premières maîtrises (master) de science politique
sont créées.
À travers tout cela, la science politique s'institutionnalise, ce qui permet à cette discipline de se
structurer et de se légitimer.
En France, des auteurs comme Raymond Aron, qui est sociologue de formation, vont
progressivement investir la discipline. Georges Balandier, anthropologue, et Maurice Duverger, qui
fonde le département de science politique à la Sorbonne (Panthéon-Paris 1) en 1969, vont
également jouer un rôle majeur. Duverger se concentre sur les partis politiques et la structuration
du système partisan sous la Ve République. Il analyse le système bipolaire (droite et gauche), qu'il
lie au mode de scrutin adopté par la Ve République : le scrutin majoritaire, qui favorise ce clivage.
Selon Duverger, un scrutin proportionnel représenterait tous les partis, conduisant à un
morcellement des résultats et à l'absence d'une majorité claire.
Duverger propose également une classi cation des régimes politiques. Selon lui, il existe
di érents types de régimes :
• Le régime parlementaire, dans lequel il existe une séparation souple des pouvoirs :
l'exécutif et le législatif sont liés, et l'un peut contraindre l'autre (par exemple, la censure
de l'Assemblée nationale).
• Le régime présidentiel, où la séparation des pouvoirs est stricte : l'exécutif n’a pas de
moyen de contraindre le législatif, et inversement (ex : les États-Unis, où le président ne
peut pas dissoudre le Congrès). Duverger quali e la Ve République de régime semi-
présidentiel ou présidentialiste. En e et, pendant de longues périodes, il existe une
majorité stable au sein de l'Assemblée nationale, ce qui réduit le recours à la motion de
censure et à la dissolution. Cependant, le président de la République détient des pouvoirs
considérables, notamment selon les articles 6, 8 et 16 de la Constitution.
Raymond Aron, quant à lui, s’intéresse aux relations internationales dès les années 1960,
notamment dans son ouvrage Paix et guerre entre les nations (1962). Il analyse la guerre comme
un moyen pour les États d'assurer leur survie ou d’étendre leur territoire, tout en prenant en
compte l’évolution des relations internationales entre États-nations.
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À partir des années 1970, les recherches en sociologie politique se développent avec des auteurs
comme Pierre Bourdieu, Raymond Boudon, Alain Touraine et Michel Crozier. Ces travaux vont
devenir une branche dominante de la science politique contemporaine.
3. Les relations internationales : Bien que ce domaine soit moins développé en France
qu’en pays anglo-saxons, des chercheurs comme ceux du CERI à Sciences Po Paris y
contribuent. L’analyse des relations internationales dépasse la simple guerre entre États
pour inclure des acteurs non étatiques (ex : entreprises, groupes terroristes).
La sociologie politique analyse également les partis politiques, les syndicats, et les associations
humanitaires, tout en étudiant la professionnalisation du politique et l’impact des politiques
publiques sur la société. Par exemple, des études récentes sur la gestion de la crise du Covid-19
ont montré comment les mesures sanitaires ont perturbé le rapport au temps, à l'espace et aux
relations sociales.
Plan en 3 parties :
Le cadre du politique :
1. L’État
2. Idéologies et doctrines politiques
3. Régimes politiques
1. Les citoyens
2. Les partis politiques
3. Les médias
La participation politique :
1. Le vote
2. Les autres modalités d'expressions politiques
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CHAPITRE 1 : L’ÉTAT
Section 1 : Socio-histoire de l’état en France
L'État français trouve ses racines dans la période féodale, comme le soulignent les historiens
Joseph Strayer et Norbert Elias. Selon Strayer, dans Les origines médiévales de l’État moderne
(1979), et Elias dans La dynamique de l’Occident (1975), la féodalité est caractérisée par une
faible institutionnalisation du pouvoir politique, entraînant une fragmentation du pouvoir en de
nombreuses seigneuries en concurrence. Cette division du pouvoir était instable et mouvante,
avec des seigneuries dont les frontières uctuaient constamment à cause de stratégies, mariages,
guerres et autres événements.
La période féodale est caractérisée par une faible institutionnalisation du pouvoir politique. Il y a
donc une forte fragmentation du pouvoir et une multitude de seigneuries qui sont en opposition,
en concurrence.
Il y a une faible stabilité du pouvoir. Les seigneuries qui s’opposent sont mouvantes, leurs
frontières uctuent.
Exemple : à cause de stratégies, mariages, guerres...
Strayer et Elias montrent qu’à partir d’une faible institutionnalisation et d’un pouvoir éparpillé, le
pouvoir est éclaté entre une multitude d’unités politiques qui s’opposent les unes aux autres.
L’État peut être considéré comme la résultante d’un autre processus (sur plusieurs siècles) de
concentration, de centralisation et de monopolisation par un centre politique des ressources
déterminantes du pouvoir. Ce centre politique va con squer ses ressources essentielles aux
di érentes seigneuries, il va les faire disparaître pour monopoliser ces ressources du pouvoir.
Selon Strayer et Elias, ce processus résulte de con its, de rivalités et d’alliances qui vont se livrer
au l du temps un nombre de plus en plus restreint de seigneuries. Cela pro te à l’État et
s’impose de manière hégémonique sur un territoire.
À la n du XIIe siècle, il ne reste que 16 grandes maisons, et au XIVe siècle, plus que 5 :
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À partir du règne de Louis XI (1483), il commence à faire tomber ses rivaux un à un, ce qui va
conduire le roi de France à disposer peu à peu du monopole absolu du pouvoir. Ce pouvoir va
être de plus en plus centralisé. Il va disposer seul des forces armées, prélever l’impôt, battre la
monnaie, juger, etc.
Ce processus est quasiment achevé en France sous François Ier (1515-1547). Cette lente
formation de l’État absolutiste se réalise par le renforcement du pouvoir royal, qui, au l du temps,
est parvenu à éliminer ses rivaux.
Ainsi, un centre politique (institutions de plus en plus centralisées) s’est constitué à partir d’une
situation initiale où le pouvoir était fragmenté.
Strayer et Elias disent que l’État résulte d’un long processus de monopolisation de certaines
ressources essentielles pour s’imposer politiquement sur un territoire. Ce processus de
monopolisation et de concentration de la domination politique s’est opéré surtout dans deux
domaines importants :
• Le monopole scal, qui va permettre au souverain, qui s’impose peu à peu, de centraliser
l’impôt et les taxes sociales (permettant au souverain de rétribuer ses serviteurs) =
monétarisation du lien (Elias).
• Le monopole militaire, qui concerne l’exercice de la violence légitime, le souverain
béné ciant peu à peu de l’exclusivité de la force militaire. Cela lui est utile pour faire la
guerre sur d’autres territoires et pour assurer des tâches de police interne sur le territoire
où il exerce son pouvoir. Il peut menacer de faire usage de cette force pour maintenir la
paix dans son territoire.
Elias constate que ces monopoles sont étroitement imbriqués : le monopole scal permet, au-
delà de rapporter de l’argent, de renforcer la force militaire du pays, tandis que le monopole
militaire et cette paci cation de la société permettent des rentrées d’argent régulières.
Ainsi, sous le règne de Louis XIV (1643-1715), se constitue une armée de plus en plus
professionnalisée et importante. Elle va devenir permanente à partir de 1726. La France est un
des premiers pays à nourrir, vêtir et payer l’État.
Pour mener à bien sa politique militaire (environ 300 000 hommes armés), l’État renforce ses
mécanismes de ponction scale et crée une administration spéciale dans la collecte des impôts.
Cette nouvelle forme de domination politique aura d’autres conséquences. En e et, le fait d’avoir
le monopole scal et militaire implique l’instauration d’une vaste bureaucratie. C’est ce que
Norbert Elias appelle la « socialisation du monopole étatique ».
L’objectif des luttes sociales est l’accès à l’appareil administratif a n de pro ter des postes de cet
appareil et des pro ts matériels et symboliques de cette administration.
Dans le même temps, les fonctionnaires se développent, diversi ent leurs tâches et se
spécialisent pour pouvoir gérer au mieux tel ou tel aspect du domaine royal.
En 1747, les premiers concours organisés par l’État pour sélectionner les ingénieurs des ponts et
chaussées.
L’État met en œuvre un recrutement particulier pour une formation spéci que pour ses ingénieurs.
Cela permet d’a rmer son monopole sur la construction des ponts, routes, canaux.
L’aménagement du territoire selon ses propres logiques.
Ainsi, l’administration s’autonomise du reste de la société : elle gouverne la société, mais elle s’en
détache.
C’est la naissance d’un pouvoir moderne, dépersonnalisé, anonyme, bureaucratique.
Par ailleurs, aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’État ne se contente plus de récupérer l’impôt et le
monopole de la violence légitime.
Le triomphe de l’étatisme est très lié à la gure de Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), contrôleur
des nances de Louis XIV.
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Ainsi, on crée :
• des manufactures :
exemple : les manufactures des Gobelins, encore visibles à Paris
- teinture, tapisserie pour le domaine royal
- le verre : exemple : la manufacture de Saint-Gobain, les glaces
- les armes, avec la manufacture de Saint-Étienne
- le règlement de la fabrication de certains produits : exemple : le savon de Marseille (leur
commercialisation)
- des subventions d’État
- la mise en place de tarifs douaniers protectionnistes (favorisant la vente de produits
fabriqués en France) = organe de presse d’État.
En 1631, se fait la création de La Gazette de France, qui, chaque vendredi, informe la population
sur la politique et la conduite du monarque et de son gouvernement.
L’État tente de s’ériger en France en moteur économique et culturel du pays.
L’État français, moteur économique et culturel du pays, sera surtout vrai après la n du XVIIIe
siècle, après la Révolution française, où l'État va s’attribuer le droit quasi exclusif de di user les
Lumières (philosophie), notamment avec l’école, qui devient une institution d’État au détriment de
l’Église.
L’État révolutionnaire, à partir de la loi du 12 décembre 1792, crée le corps des instituteurs pour
o rir l’enseignement primaire à tous, ce qui sera consolidé par l’État napoléonien, puis sous la IIIe
République.
L’État aura le monopole sur les universités et l’éducation secondaire.
L’État nomme un personnel qu’il recrute selon ses critères, qu’il rétribue selon un barème qu’il
détermine lui-même.
Exemple : combien sont payés les fonctionnaires (ancienneté, carrière, etc.)
Et un personnel qu’il contrôle selon des procédures qu’il xe lui-même. Par ailleurs, ce personnel,
à certaines époques, va aussi légitimer la grandeur de l’État, mais il est présenté comme neutre,
rationnel et juste.
Exemple : sous la IIIe République, les instituteurs sont surnommés les Hussards noirs de la
République (expression popularisée par l’écrivain Charles Péguy dans son essai L’argent, 1913).
Il décrit les instituteurs en pantalon et gilet noir qui vont défendre les valeurs de l’État, valeurs de
l’État laïc érigées comme valeurs suprêmes, au sein d’une école publique, où ils défendent la
grandeur de cet État. Cet État applique les lois de Jules Ferry (instruction obligatoire et gratuite =
instruire le peuple).
Cf. : Yves Déloye, La citoyenneté républicaine.
• usage de la force
• collecte de l’impôt
• mainmise sur l’enseignement, etc.
II. L’état social utopique : comment à partir du 19e siècle, on peut considérer l’état en France
comme un état social utopique ?
À la n du XIXe siècle, l'État cherche à abolir les langues régionales (patois) qui structurent
profondément les identités, non seulement à travers les institutions scolaires, mais aussi par la
di usion de documents o ciels. De cette manière, l'État ambitionne d'homogénéiser le territoire
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et, ce faisant, de transformer la nature du lien social. Il souhaite modi er les rapports sociaux
entre les individus a n qu'ils partagent une même langue et discutent des enjeux nationaux.
En modi ant les conditions de la communication sociale, l'État favorise plusieurs leviers : le
développement d'un réseau de presse soutenu par l'État, l'apprentissage d'un français standard,
la création de réseaux de transport (comme le chemin de fer), et l'établissement d'institutions
uniformisatrices telles que l'armée, la justice et la poste. Ces actions visent à créer une sociabilité
nouvelle, en somme, un idéal national.
L'État cherche à construire une mémoire collective, notamment à travers les commémorations
nationales, et à uniformiser les rapports sociaux. Il tente ainsi de créer la nation, en forgeant une
appartenance commune dans l'imaginaire des individus, tout en leur faisant prendre conscience
de leur appartenance à une même communauté politique sous un seul État. Cette appartenance
nationale est censée transcender toutes les autres.
C'est également à cette époque, à la n du XIXe siècle, que les fêtes nationales républicaines se
démocratisent, que des monuments aux morts eurissent dans chaque village, et que se
développent des symboles d'identi cation communs. L'État va même plus loin, en imposant une
culture nationale qu'il considère comme supérieure, rejetant les cultures régionales qu'il juge
illégitimes ou inférieures. La "haute culture" doit être di usée par des institutions contrôlées par
l'État, comme les opéras ou les musées nationaux.
L'État, devenu à partir du XIXe siècle un acteur central de l'éducation et de l'action sociale, se
donne comme objectif non seulement d'éduquer les citoyens, mais aussi de transformer l'Homme
pour parfaire sa nature. L'asile et la prison illustrent cette volonté de soigner deux maux de la
société : la folie et le crime.
Cette ré exion se trouve au cœur de la pensée de Michel Foucault, notamment dans ses
ouvrages Surveiller et punir(1975) et Histoire de la folie à l'âge classique (1972). L'État place
symboliquement au centre de son action le projet de changer la nature humaine pour recomposer
le tissu social, tout en renforçant son pouvoir. Cette démarche s'inspire de l'idéal démocratique
des Lumières, qui postule que tous les hommes sont égaux et que le fou, tout comme le criminel,
doivent être soignés, rééduqués et réintégrés dans la société.
L'État devient ainsi un "éducateur" utopique, désireux d'in uencer et de transformer les
comportements individuels, voire l'âme de ses citoyens. Ce projet se concrétise par le concept de
"gouvernementalité" que Foucault développe, qui désigne une nouvelle forme de pouvoir
apparaissant au XVIIe siècle. L'État cherche à encadrer et surveiller de manière rationnelle et
méthodique la population, en "conduisant les conduites individuelles". On passe ainsi de formes
de pouvoir visibles et cruelles à des formes de contrainte plus douces et insidieuses.
L'État devient ainsi "médecin du social", un acteur hygiéniste visant à améliorer l'état sanitaire du
peuple, non seulement pour accroître sa productivité, mais aussi pour donner une image saine de
la nation. La création des habitations à bon marché, sous l'impulsion du député J. Siegfried (maire
du Havre), en est un exemple, avec l'idée que des logements sains et confortables encourageront
l'épargne, la tempérance et l'instruction.
C'est également à cette époque que l'État crée les sanatoriums pour lutter contre la tuberculose,
une maladie qui a ecte environ 10 millions de personnes à la n du XIXe siècle. Des initiatives
comme la Ligue préventive contre la tuberculose, fondée par le médecin Arthur Armaingaud,
visent à éduquer le peuple aux bonnes pratiques de santé. Parallèlement, l'État met en place un
service national de médecine gratuite pour les plus démunis, en vertu de la loi du 15 juillet 1893,
qui rend l'assistance publique obligatoire.
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Ainsi, l'État hygiéniste, précurseur de l'État providence, cherche à agir sur la société dans son
ensemble, en promouvant des normes collectives, mais sans nécessairement tenir compte de
l'individualité des citoyens. Contrairement à l'État providence, qui se concentre sur la
redistribution et la justice sociale individuelle, l'État hygiéniste adopte une approche plus
autoritaire et collectiviste.
On peut se référer à l’État en France (1993) ; Pierre Rosanvallon, Histoire de l’État providence
(1986) ; François Ewald.
L’État providence, connu dans le monde anglo-saxon (welfare state = État protecteur), son
ambition dépasse l’État social du XIXe siècle. Il veut assurer le bien-être à chaque individu. Ce
n’est pas imposer un mode d’être à une population, c’est garantir le bonheur de chacun.
Dès la n du XIXe siècle, on voit la logique de l’État providence se dé nir à travers l’adoption de
certaines lois à caractère social. Certains se rendent compte des e ets néfastes de la révolution
industrielle (placement de la classe ouvrière dans la pauvreté).
Cette idée se développe dans le cadre du solidarisme (porté par Léon Bourgeois (1851-1925) ;
Solidarité - 1896, qui met en avant une solidarité/fraternité sociale nécessaire avec des dispositifs
de protection sociale et le système éducatif).
On voit cette idée apparaître sous forme de concept dans plusieurs lois :
Alain Derosieres, dans son ouvrage issu de sa thèse de doctorat : La politique des grands
nombres : Histoire de la raison statistique (1993), explique que la statistique va permettre de
gérer à grande échelle certains risques dont chacun, en tant que salarié, peut être l’objet au cours
de son existence.
Cette rupture vers la logique de l’État providence prend sa source dans la période de
reconstruction de l’après-guerre (climat sociologique propice à ce basculement). Il devient
nécessaire de reconstruire, de rationner, de redistribuer de manière égalitaire les ressources
(faibles) encore disponibles.
Cette expérience de rationnement va durer plusieurs années (au moins jusqu’en 1950) et joue un
rôle idéologique fondamental dans l’apparition d’un nouveau sentiment d'égalité.
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La reconstruction s’accompagne d’une volonté de l’État de garantir à chacun des droits sociaux
et économiques et c’est sous l’impulsion de résistants (qui deviennent des parlementaires) que
va être adoptée la loi du 22 mai 1946.
Cette loi pose le principe de la sécurité sociale pour l’ensemble de la population, elle rend
e ective une mesure qui avait été prévue par le Conseil national de la résistance. Une volonté
politique très forte est a rmée : protéger socialement chacun, mettre chacun à l’abri du besoin.
L’idée est de soustraire la satisfaction de certains besoins primaires (le soin, la santé) des
régulations du marché, du secteur privé/marchand, en déterminant par une loi (1946) un droit
universel : la sécurité sociale pour tous.
On va voir se mettre en place dans la plupart des pays occidentaux des politiques publiques,
des mesures qui instituent une couverture sociale en cas de chômage, en cas de retraite et des
aides attribuées à des individus qui rencontrent des problèmes spéci ques, les empêchant de
faire face à leurs besoins. Par exemple, en matière de logement, d’éducation.
Ce sont des lois à caractère universel qui visent à instaurer une démarchandisation de
l’Homme. On aide ceux qui font face di cilement à certains risques.
Cet État providence serait une utopie. Cette idée va appuyer certaines critiques dans les années
1970 lors de grandes crises (chocs pétroliers, ralentissement de la croissance économique des
États : est-ce que les États sont toujours en capacité d’assurer à chacun le même niveau de
sécurité sociale ?).
Certains vont dénoncer l’assistanat de l’État, selon eux, les dépenses sociales sont exorbitantes,
cela freine l’initiative individuelle, l’État est trop interventionniste, il y a de nombreux échecs
(nouvelle forme de précarité, augmentation du chômage non freinée), montée de l’abstention au
vote…
Ces arguments sont mis en avant par les libéraux. La vision de John Locke vient appuyer ces
arguments.
Friedrich Hayek (prix Nobel d’économie 1974), dès 1944, avançait déjà ces idées-là dans Les
routes de la servitude, où il prévenait de la dangerosité de l’État trop interventionniste (infantilise
les individus, menace les libertés individuelles, constitue un risque pour les démocraties qui se
dirigent vers des régimes autoritaires → la majorité se désintéresse de la politique et favorise la
prise de pouvoir de dirigeants peu démocratiques).
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CHAPITRE 1 : L’ÉTAT
Section 2 : l’État et la nation
On dit que la France est un État-nation. Par son action volontariste, par certaines lois
adoptées, par certaines politiques publiques mises en œuvre, l’État a matérialisé la nation,
structuré la nation.
exemple : à travers des choses matérielles, mais aussi des symboles dont il est à l’origine, tels
que la Marseillaise, le drapeau, les monuments aux morts, etc.
Pierre Nora, dans Les lieux de mémoire (1984, 1986, 1992), explique l’importance de ces
symboles et choses matérielles dans l’avènement concret d’une nation, que l’État participe à
mettre en forme.
En initiant un réseau de transport, l’État a aussi participé à harmoniser la nation, en di usant une
presse d’État, en privant les périphéries de leur langue propre au pro t du français. L’État a
œuvré à donner un contenu matériel à la nation.
• Les idéaux des Lumières : formulée pendant la Révolution française de 1789, cette
conception est celle de la nation française.
• La conception allemande : exprimée en Allemagne, déployée durant le mouvement
romantique allemand, au milieu du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle, elle s’oppose
à la vision française de la nation.
Cf. : Gil Delannoi, Sociologie de la nation : fondement théorique et expérience historique
(1999).
Pour lui, la nation révolutionnaire : « C’est un corps d’associés vivant sous une loi commune
et représenté par une même législature ».
Avant d’être musulmans, corses, normands, les Français sont avant tout des citoyens désireux
de vivre ensemble en partageant certains grands principes, mis en œuvre par une assemblée
chargée de créer des lois générales qui s’imposent à tous les individus, sans considération
particulière.
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On manifeste la volonté de vivre avec les autres avec qui on accepte de respecter des principes :
c’est un édi ce politiquequ’on décide de construire avec d’autres, et cela volontairement.
C’est une idée reprise par Ernest Renan (1823-1892), qui prononce lors d’une conférence à la
Sorbonne le 11 mars 1882 : « Qu’est-ce qu’une nation ? »
« L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est
une a rmation perpétuelle de la vie ».
La nation est le résultat d’un contrat que les individus passent entre eux : ils veulent vivre
ensemble, construire ensemble un collectif de manière volontaire, et cela n’est pas conditionné
par des déterminismes. Les individus sont disposés à faire des sacri ces les uns envers les
autres sans distinction. C’est un acte de volonté, un choix personnel, une adhésion volontaire et
sans contraintes. C’est un lien contractuel qui construit une communauté à travers un projet
commun.
En 1790, Maximilien Robespierre refuse qu’on appelle le roi le représentant de la nation, à ses
yeux il est le délégué de la nation.
La nationalité n’est pas considérée comme un déterminisme naturel.
Ex : on ne naît pas français, on le devient par un acte d’adhésion volontaire à un collectif qui
renvoie à des valeurs et principes particuliers.
Dans la logique des révolutionnaires de 1789, pour être considéré comme français, il faut
proclamer son attachement à la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen (DDHC).
Par un décret du 26 août 1792, l’Assemblée nationale va ériger certaines personnalités au rang de
citoyen d’honneurfrançais, car, en tant qu’étrangers, ils ont adhéré aux principes
révolutionnaires.
« L’Assemblée nationale considérant que les hommes qui par leurs écrits et leur courage ont servi
la cause de la liberté et préparé l’a ranchissement des peuples ne peuvent être regardés comme
étrangers par une nation que ses lumières et son courage ont rendu libre » – des hommes
comme G. Washington, J. Bentham, T. Paine.
Johann Gottfried von Herder (1744-1803) et Johann Fichte (1762-1814) sont deux grands
auteurs théoriciens de cette conception.
Pour eux, la nation est une réalité naturelle, une approche beaucoup plus fermée, ce n’est pas un
accord, mais le partage de certaines caractéristiques communes avec d’autres, qui revêtent
une dimension objective.
Dans son Traité sur l’origine de la langue (1770), Herder a rme que la nation est une
communauté naturelle, et que les fondements linguistiques sont essentiels. La langue re ète le
caractère authentique de la nation (ne pas confondre une nation avec une autre).
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La nation n’est pas quelque chose d’ouvert, elle est unique et spéci que. On ne la partage pas,
et on ne peut pas la retrouver dans d’autres nations (organes propres = organique).
Ex : la langue, le sang, la race, la tradition, les coutumes.
C’est la raison pour laquelle Hitler va réclamer l’annexion des régions tchécoslovaques, car
selon lui, les populations font partie de la nation allemande (données naturelles propres à la nation
allemande).
On ré échit alors sur ce qu’est le nationalisme. Est-ce que la nation a un fondement ethnique,
culturel voire racial ? Ou est-elle une construction historique, politique dans laquelle l’État joue
un rôle déterminant ?
Les modernistes (ou tenants du nation building) sont proches de la vision française, pour eux la
nation est une construction historique où l’État a un rôle essentiel.
Les primordialistes, eux, inscrivent leur thèse dans la continuité de la vision allemande, pour eux
la nation s’impose à l’État (elle était là avant), et elle est un ensemble ethnique et culturel,
précèdent la communauté politique que constitue l’État.
En sciences politiques, l’apparition d’une communauté nationale se forme lorsque l’unité politique
et l’unité culturelle s’articulent. Cela se produit lorsque l’État couvre un territoire et encadre une
population homogène, qu’il contribue à façonner dans ses contours.
La nation n’est pas le re et d’une culture ancienne, ni liée à une ethnie spéci que. Il ne s’agit pas
d’un phénomène essentialiste, mais plutôt d’un processus de construction identitaire. La nation
est une organisation sociale spéci que que l’État contribue à façonner par ses actions et
initiatives. Elle est le produit d’une entreprise politique par laquelle l’État crée le fait national.
Ernest Gellner, sociologue politiste anglais, publie Nation et Nationalisme en 1999. Il propose une
vision moderne de la nation. Selon lui, sous l’Ancien Régime et dans les sociétés féodales, les
sociétés étaient fortement strati ées, comme suit :
• Les élites : Guerrières, religieuses, marchandes, etc., et elles étaient peu en contact entre
elles.
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Dans cette situation, la nation ne pouvait pas émerger car rien n'incitait les individus à entrer en
contact les uns avec les autres. La société était agraire, avec peu de mixité sociale et des
rencontres rares. Il s’agissait d’une économie de subsistance, ce qui empêchait l’émergence
d’une nation.
La Révolution industrielle, dès le premier tiers du XIXe siècle, marque un bouleversement de cet
ordre. L’augmentation de la mobilité, l’idée de progrès, et la multiplication des échanges
marchands favorisent la création de nouvelles dynamiques sociales.
La nécessité de maîtriser un savoir technique (pour fabriquer les marchandises) incite à une
éducation plus poussée. Cela nécessite la mise en place d’une haute culture commune. Le
système scolaire, sous l’impulsion de l’État, devient central pour ce processus. L’État devient
ainsi le garant d’une éducation commune, fondée sur une langue, une culture et une mémoire
partagées, indispensables au progrès et à l’unité de l’État.
Citation de Gellner : « C’est sur les bancs de l’école que naît la nation », car l’État impose une
langue commune, une éducation partagée, et une mémoire collective.
Dans Nationalisme et communication sociale (1969), Karl Deutsch reprend les idées de Gellner.
Selon lui, la nation ne peut émerger que dans des sociétés modernes, où la population se
mélange et où l’urbanisation, la mixité sociale, et l’uniformité linguistique favorisent l’unité
nationale.
Dimension de la guerre : L’État, en tant que maître de la guerre, agit au nom de la défense de la
nation menacée. En temps de guerre, l’État développe une économie de guerre, avec la
conscription, l’industrie d’armement, et la construction d’infrastructures. Cela sert de tremplin
supplémentaire à l’achèvement de la nation.
Les théories de Gellner et Deutsch posent un problème : lorsque l’État intervient de plus en plus
dans la vie des territoires, il perturbe parfois les équilibres locaux. L’intervention de l’État peut ne
pas être bien perçue, et certaines populations peuvent ressentir cette intervention comme une
menace à leur identité locale.
Cela peut entraîner un rejet de l’État-nation, donnant naissance à des formes de nationalisme
périphérique. Des exemples de nationalismes régionaux incluent le nationalisme corse, breton,
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basque ou catalan. Ces mouvements prennent conscience qu’ils peuvent faire émerger un État
autre que l’État-nation.
Benedict Anderson, dans son ouvrage L’imaginaire national (1983), propose une autre approche.
Selon lui, la nation est une « communauté politique imaginée », fondée sur un sentiment subjectif
d’appartenance à une même communauté. Cette appartenance est souvent symbolique et crée
une solidarité entre individus malgré une distance physique importante.
Citation d’Anderson : « La presse va susciter au même moment la même pensée chez les
membres d’une même culture nationale. »
À partir du XIXe siècle, la presse à grand tirage devient un outil clé de nationalisation des
consciences. L’État soutient et accompagne le développement de la presse, du marché éditorial,
et d’autres moyens de communication, tels que la cartographie, les recensements de population,
et la création de musées.
Ces pratiques permettent de matérialiser l’identité nationale. Elles contribuent à faire émerger une
conscience partagée d’appartenance à une même nation sous l’autorité de l’État.
Une école du nationalisme développée surtout aux États-Unis dans les années 60
Cette école de pensée considère que la nation est une donnée naturelle, non le produit de l’État,
de la modernité économique, de la presse ou des transports. Selon cette perspective, la nation
préexistait à l’État. Elle repose sur une identité ethnique et des liens primordiaux tels que le sang,
les ancêtres, etc.
Les deux auteurs les plus connus de cette école sont M. Gordon, avec sa théorie de
l'assimilation dans la vie américaine, et M. Connor, qui défend la notion d'ethno-nationalisme.
• Le rôle de l'État :
Selon cette vision, l’État ne crée pas la nation, mais l’instaure sur des fondements ethniques
réels. Il peut soit s’y opposer, soit se baser sur ces fondements pour son développement.
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• M. Gordon :
Il avance que la nation est une ethnicité incarnée dans le soi de l'individu. Pour lui, la
nation repose sur un ensemble de legs – langue, culture, religion – que nous héritons et
partageons, et qui nit par faire partie intégrante de notre identité. Cette approche rend
di cile la distinction entre ethnie et nation.
• M. Connor :
Selon lui, il n’est pas possible de comprendre la nation uniquement comme une ethnicité
préexistante. Si c’était le cas, il n’y aurait pas de con its ethniques. Un groupe ethnique
est un groupe que l’on peut discerner de l’extérieur, grâce à certaines caractéristiques
communes. Cependant, tant que ses membres ne prennent pas conscience de leur
appartenance à un groupe particulier, ils ne constituent qu'un groupe ethnique et non une
nation.
La prise de conscience ethnique :
Connor introduit l’idée de "prise de conscience" pour expliquer la formation de la nation.
Une nation, selon lui, est un groupe ethnique qui devient conscient de sa singularité. Cette
prise de conscience est souvent déclenchée par un événement, comme une violence
in igée par un autre groupe. Cette violence contribue à la vision du groupe comme victime
et stimule le nationalisme.
Exemple :
Ce phénomène peut être observé dans les pays coloniaux, où la violence in igée aux peuples
colonisés a favorisé leur conscience ethnique et leur évolution vers la formation d’une nation.
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CHAPITRE 1 : L’ÉTAT
Section 3 : l’État nation est-il dépassé?
Les États-nations doivent désormais faire face aux conséquences de la libéralisation des
échanges et de la globalisation économique. Désormais, des entreprises multinationales
disposent d’une puissance nancière considérable. Elles emploient des dizaines de milliers de
salariés à travers le monde, touchent des millions d’utilisateurs et ont des chi res d’a aires qui
dépassent le PIB de certains États.
Ces entreprises disposent non seulement d’une puissance nancière, mais également d’une
puissance diplomatique. Elles se dotent de départements « a aires publiques », qui sont des
services destinés à in uencer les politiques publiques mises en place par les États, notamment
dans les domaines de l’armement et des matières premières.
Le processus de régulation normative (des biens et des capitaux) ne s’opère plus exclusivement
dans le cadre des États ; il se déroule de plus en plus dans celui d’organisations mondialisées,
par exemple : l’OMC, le FMI.
En 1996, le fameux « appel de Genève » a été lancé par des juges anticorruption européens
qui dénonçaient ce phénomène et réclamaient, pour y faire face, la création d’un véritable espace
de droit européen.
La capacité réglementaire des États se réduit. Aujourd’hui, il leur est très compliqué de mettre en
œuvre seuls des politiques entièrement autonomes et souveraines. Ils doivent prendre en
considération une multitude d’acteurs, privés ou publics, à tous les échelons.
Les politiques budgétaires et économiques des États ainsi que leurs investissements sont
désormais largement conditionnés par des sociétés privées internationales.
Par exemple : les agences de notation nancière.
L’État agit de plus en plus en interaction, dans le cadre d’un processus de construction
collective de l’action publique. Ce n’est plus seulement une production étatique des politiques
publiques.
(P. Hassenteufel, Sociologie politique : l’action publique, 2008)
Cela se voit particulièrement dans le cadre de la construction européenne : les États membres
ont cédé une partie de leur souveraineté à l’Union européenne dans de nombreux domaines.
Par exemple : le commerce, l’agriculture, voire des domaines régaliens comme Europol. Cela
relève d’une logique supranationale.
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Mais il existe aussi un niveau infranational. Par exemple, dans le domaine de la police : malgré la
centralisation étatique, la sécurité est de plus en plus concurrencée par le secteur privé.
Depuis les années 1980, le secteur privé de la sécurité connaît une expansion considérable. On
compte 150 000 policiers nationaux contre 180 000 agents dans le secteur privé. La sécurité
n’est plus exclusivement assurée par l’État.
F. Ocqueteau, sociologue et politiste, observe qu’en France, l’État n’a plus le monopole de la
sécurité (Police entre État et marché, 2004).
On note également le développement des policiers municipaux. Depuis les années 1980, les
maires ont encouragé cette tendance. Aujourd’hui, on en compte environ 30 000 (V. Malochet,
Les policiers municipaux, 2007).
Le domaine militaire n’est pas épargné : sur les théâtres d’opérations, des entreprises privées
assurent la logistique et la gestion de certains camps d’enfermement.
En matière de justice, les États sont également concurrencés par les procédures d’arbitrage,
recourant à des entreprises privées au niveau national ou international.
Par exemple : des arbitres privés, rapides et con dentiels. Cela découle directement du
désengagement des États. Ceux-ci considèrent qu’ils ne peuvent pas tout réguler et n’ont pas
toujours les ressources nancières nécessaires pour assumer ces tâches seuls.
Le monopole des États dans la conduite des relations internationales est également de plus
en plus fragilisé. Ils sont concurrencés par des acteurs ma eux, non étatiques ou terroristes.
Cela se constate particulièrement avec la montée en puissance des réseaux terroristes comme
Al-Qaida.
Leurs actions violentes et terroristes ont, ces dernières années, modi é les enjeux politiques,
diplomatiques et militaires. Elles impactent directement les principes qui régissent les États
de droit.
Par exemple, pendant les événements des printemps arabes (décembre 2010), des régimes
autoritaires comme l’Égypte ont eu des di cultés à contrôler l’information.
De même, la crise migratoire, avec des millions de personnes franchissant les frontières
européennes, remet en cause la capacité des États-nations à contrôler leurs frontières.
La crise de légitimité renvoie surtout au triomphe des valeurs individualistes dans nos
sociétés modernes occidentales.
L’État-providence se fondait sur certaines valeurs pour rapprocher les individus : l’égalitarisme,
la justice sociale et la solidarité.
Que deviennent ces valeurs lorsque 2 150 milliardaires concentrent entre leurs mains plus
d’argent que 60 % de la population mondiale (4,5 milliards de personnes) ?
Pour d’autres, cette crise de légitimité s’explique par la mé ance ou l’absence de con ance
dont font l’objet l’État et ses représentants.
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Mattei Dogan (décédé en 2010), Philippe Garraud et Jean-Louis Briquet, dans Juger la politique
(2002), expliquent que le baromètre de con ance envers les institutions politiques, publié par
le Centre d’étude sur la vie politique française, montre une perte de con ance des citoyens
dans l’État.
L’accentuation du discrédit des élites politiques et des institutions sur lesquelles se fonde l’État
moderne est aussi liée à leur compétence.
De nombreux citoyens jugent les gouvernants pas assez compétents et ine caces.
Dogan avance l’idée d’un décalage entre le discours volontariste des candidats et les
conditions de vie di cilesvécues par une grande partie des citoyens, qui constatent que
l’action de l’État n’améliore pas leur réalité.
Par exemple : le mouvement des Gilets jaunes.
Cela explique la récurrence des sondages indiquant qu’une grande majorité des Français ne se
sentent pas bien représentés et ne font plus con ance aux partis politiques traditionnels.
Ces nouveaux rapports à la politique obligent l’État à penser di éremment la production des
politiques publiques. Il doit désormais co-produire ces politiques en prenant en compte les
idées de segments spéci ques de la société.
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Section 1 : le libéralisme
Pour certains, le libéralisme représente un système démocratique fondé sur le respect de certains
droits. Pour d'autres, il s'agit d'une société civile autonome par rapport à l'État, mais aussi de la
généralisation de la loi du marché et des échanges.
Le libéralisme est une doctrine philosophique et politique qui se développe principalement à partir
de la n du XVIIe siècle. Elle critique le pouvoir monarchique absolu, qu'elle considère comme
toujours susceptible de devenir despotique et de porter atteinte aux individus. Le libéralisme
s'oppose également à la concentration du pouvoir associée à une dimension religieuse. Il se
manifeste d'abord par la contestation des États monarchiques. La pensée libérale se caractérise
par des aspirations nouvelles : elle est d'abord une attitude intellectuelle critique, fondée sur la
raison, qui rejette toute forme de pouvoir oppressive ou tyrannique.
Le libéralisme rejette ainsi dans l’État et dans l’Église tout ce qui pourrait entraver la liberté des
individus. Sur le plan religieux, cela se traduit par la liberté de conscience. Selon cette pensée,
l’État doit se libérer de la tutelle ecclésiastique et garantir à chacun le droit de trouver son salut
comme il l’entend.
La Déclaration d’indépendance américaine du 4 juillet 1776, très in uencée par la philosophie des
Lumières, évoque un droit fondamental : le droit à la recherche du bonheur. Cette déclaration fait
référence à certains droits inaliénables dont chaque individu doit béné cier, tels que le droit à la
vie, à la liberté et à la recherche du bonheur, selon sa propre conception.
Sur le plan politique, le libéralisme pousse à l'extrême l'idée contractualiste de l’État (contrat
social). Si les individus ont créé l’État pour les protéger et garantir leurs droits, l’État ne doit en
aucun cas menacer les individus ou mettre en danger leur liberté. Il en résulte une théorie de la
limitation de la souveraineté de l’État, avec des conséquences notables sur l’organisation et les
formes du pouvoir.
Le libéralisme plaide pour des institutions représentatives, favorisant le culte du droit et de la loi,
selon le principe du "rule of law". Cela explique la valorisation des assemblées législatives, car le
libéralisme refuse la tyrannie d’un homme ou d’une minorité (pouvoir absolutiste). De plus, les
institutions de l’État libéral doivent être agencées de manière à éviter qu’une institution ne domine
les autres. D’où la nécessité de la séparation des pouvoirs, ainsi que de leur équilibre.
Le penseur qui a le mieux théorisé cette modernité libérale est John Locke (1632-1704), dans son
Traité du gouvernement civil (1690). Il s'oppose à la vision de Hobbes. Locke développe une
pensée libérale en préconisant une organisation des pouvoirs publics. Sa pensée inclut également
une dimension anticléricale, fondée sur le principe de tolérance, et une vision anti-étatique tout en
étant favorable au laisser-faire économique.
La pensée libérale repose sur la philosophie des droits de l’Homme, qui s'inscrit dans le
prolongement des écrits de Locke. Cette philosophie trouve une application concrète dans la
Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen(DDHC) du 26 août 1789, qui met en forme les
idées libérales.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'idée se développe selon laquelle chaque individu possède des droits
naturels, que ni l’autorité politique ni l’Église ne peuvent contester, car ces droits sont attachés à
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la nature humaine. Étant naturels, ces droits sont antérieurs au droit positif et ne peuvent être
limités. Ils incluent, par exemple, le droit à l’existence, à la liberté et à la propriété. Ce sont des
droits pré-politiques, universels et valables pour tous les êtres humains, partout et en tout lieu.
Au XVIIIe siècle, l'idée d'inscrire ces droits dans une déclaration écrite circule. L'objectif est de
transformer ces droits naturels en droit positif, de sorte que des juridictions puissent les protéger.
C’est ce que fait, par exemple, le Conseil constitutionnel en France.
La DDHC, bien qu'elle ne soit pas la plus ancienne, est celle qui a eu le plus grand retentissement
international. Elle devient une référence pour les élites politiques qui, au nom du libéralisme,
cherchent à combattre les régimes autoritaires. Elle présente quelques particularités, notamment
l’a rmation de droits essentiels sur lesquels repose le libéralisme : la liberté individuelle, la
propriété individuelle et le droit de résistance à l’oppression.
• La propriété individuelle est perçue comme une condition de la liberté (selon Locke). La
propriété étant le fruit du travail de l’individu, le priver de sa propriété revient à le priver
d’une partie de sa liberté. La propriété est un droit inviolable et sacré (article 17 de la
DDHC), sauf en cas de nécessité publique, comme une nationalisation ou une
expropriation, mais avec une indemnisation juste.
Le principe d’égalité est également fondamental dans le libéralisme, car il s’oppose à l’idée d’un
pouvoir monarchique fondé sur l’inégalité. L’aristocratie, convaincue de sa supériorité, est
contestée par les bourgeois libéraux qui promeuvent l’égalité politique pour s'opposer à la société
d’ordre. L’article 1 de la DDHC stipule : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en
droits."
Cependant, ce principe d’égalité n’est pas véritablement reconnu comme un droit fondamental et
imprescriptible. L’égalité entre les individus n'existe pas dans l’État de nature, car chaque individu
possède des qualités et compétences diverses. L’égalité, selon les libéraux, est un idéal
philosophique à atteindre pour garantir la jouissance des autres droits. Les révolutionnaires ne
cherchent pas à promouvoir l’égalité de condition, mais à interdire les inégalités politiques
injustes. L’État n’a pas pour vocation d’e acer les inégalités inscrites dans l’État de nature, telles
que celles liées à la richesse, qui sont considérées comme légitimes puisqu’elles résultent du
travail et des compétences. Cette vision justi e un libéralisme économique.
La notion d’égalité est donc con née au domaine politique et ne doit pas a ecter l’économie ou
le marché. La DDHC cherche à établir un rapport entre la liberté individuelle et l’égalité politique.
La liberté, en tant que source d’autonomie, risque de mener à une société atomisée, sans
cohésion. Le principe d’égalité permet d’assurer une certaine unité sociale, mais cette unité
n’existe que dans le domaine politique.
En n, la DDHC ne se contente pas de proclamer des droits naturels imprescriptibles, elle pose
également les bases d'une organisation du pouvoir permettant leur existence. Elle repose sur trois
principes fondamentaux : l’idéal de la nation, la séparation des pouvoirs et le constitutionnalisme.
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• La séparation des pouvoirs (article 16) : toute société dans laquelle la garantie des droits
n’est pas assurée et où la séparation des pouvoirs n’est pas déterminée, n’a pas de
Constitution. Cela mène à la division des pouvoirs en trois branches : exécutif, législatif et
judiciaire, comme le théorise Montesquieu.
La philosophie libérale s'est progressivement construite autour de plusieurs grands principes qui,
tout en étant interconnectés, touchent tant au domaine politique qu'économique. En particulier, le
lien avec le marché devient fondamental à partir du XVIIIe siècle, avec la croissance des échanges
marchands et de la production, qui vont devenir les moteurs d'une organisation sociale autonome
régulée par le marché lui-même.
Le marché est perçu comme un mécanisme naturel et indispensable pour réguler les relations
sociales, puisque les intérêts individuels, en se poursuivant, mènent à l'intérêt général. Les
libéraux comme Montesquieu et Adam Smith défendent l'idée que le commerce génère des
sociétés plus paci ques et que l'intérêt personnel des individus peut contribuer à l'harmonie
sociale. Ce dernier, en particulier, avec sa notion de la main invisible, considère que l'action des
individus dans la poursuite de leur propre gain aboutit, sans intention préalable, à un bien
commun. Le marché devient ainsi un « ordre spontané », un équilibre naturel entre l'o re et la
demande qui respecte la liberté individuelle de chacun.
L'idée d'une société régulée par le marché s'appuie sur deux principes majeurs :
Le rôle de l'État, dans cette perspective, doit se limiter à garantir le bon fonctionnement de la
société marchande, sans intervenir dans les relations économiques. Toute intrusion étatique est
considérée comme un frein à l'e cacité du marché et à l'atteinte d'une société juste. Les libéraux
estiment que, pour que le marché soit véritablement libre, l'État ne doit intervenir que pour
garantir la concurrence et éviter les monopoles ou cartels, qui représentent des distorsions du
système.
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Malgré ces limitations, les libéraux insistent sur le principe du « laissez-faire » et du non-
interventionnisme de l'État, excepté dans les cas de régulation de la concurrence et de gestion
des externalités. Cependant, des variantes de la pensée libérale, comme le libéralisme de l'équité
de John Rawls, appellent à une intervention de l'État pour soutenir les plus démunis et garantir
une certaine égalité des chances.
Le principe fondamental des libertariens repose sur l'idée que chaque individu possède une
propriété absolue sur son corps et son esprit. Ils considèrent l'État comme un acteur illégitime,
capable d'imposer des restrictions contre la volonté de l'individu, comme cela a été le cas avec
des mesures comme le port du masque.
Les libertariens rejettent l'idée que l'État puisse dé nir le bien commun, c'est-à-dire le bonheur
pour tous. Cette position conduit à la naissance de l'anarcho-capitalisme, qui combine
anarchisme et capitalisme. Entre le libéralisme politique et le capitalisme, un pont est créé, tous
deux refusant l'intervention de l'État dans les domaines de la culture et de la morale.
Bien qu'il existe des gures libérales comme Emmanuel Macron ou Jean-Pierre Madelin en
France, qui s'éloignent des positions libertariennes extrêmes, ces dernières se distinguent par
leur opposition au "jeu démocratique". Les libertariens considèrent la démocratie comme une
forme d'exploitation des minorités par la majorité, et remettent en question la légitimité de cette
majorité à imposer des décisions. Selon eux, la seule solution face à l'État est la résistance, en
vertu du droit à la légitime défense contre une atteinte à la liberté individuelle. Cependant, cette
résistance doit être paci que, sans causer de dommages collatéraux aux innocents.
Une autre revendication libertarienne majeure est la suppression de l'impôt, considéré comme un
vol, ainsi que de la conscription et de toutes les réglementations contraignantes. Ces idées, bien
que principalement théoriques, visent à susciter une révolution culturelle, avec pour objectif de
convaincre de plus en plus de personnes que le marché est la solution aux problèmes causés par
l'État. Le marché est perçu comme un remède aux dysfonctionnements étatiques, et leur but est
de promouvoir des politiques publiques de désengagement de l'État.
Les libertariens exercent une pression politique via des think tanks comme le Cato Institute, qui
in uencent les débats et campagnes, notamment aux États-Unis. Des mouvements comme le Tea
Party, opposés à l'interventionnisme de l'État fédéral, ainsi que des personnalités comme Ron
Paul ou Alan Greenspan, qui ont milité pour des idées libertariennes, ont joué un rôle dans cette
dynamique.
Des gures in uentes, comme Jimmy Wales, le créateur de Wikipedia, ont aussi contribué à la
di usion de ces idées. Selon la pensée libertarienne, l'individu dispose d'un droit naturel de
propriété sur lui-même et sur ses actions. Pour respecter ce droit, il est essentiel de recourir au
marché, avec des échanges libres qui ne nécessitent pas d'intervention étatique.
Tout ce qui est fondé sur un rapport de commandement est perçu comme injuste et illégitime.
C'est l'idée soutenue par des gures comme Lysander Spooner, qui quali ent l'État de "voleur,
tyran et assassin". L'économiste Milton Friedman a également milité pour la privatisation des
secteurs économiques et l'abolition de toutes les contraintes sur le marché du travail.
Robert Nozick, conseiller de Ronald Reagan, prônait l'anarchie ou la dissolution de l'État au pro t
de l'autonomie des acteurs privés pour réguler la société. Selon lui, le droit pouvait être produit
par des accords entre acteurs économiques, sans besoin d'un État central. La pensée
libertarienne tend donc à dissoudre les rapports politiques dans des rapports économiques,
plaçant le marché au cœur de la société. L'idée d'un "vivre ensemble" dans une société régie par
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l'État est rejetée, et l'accent est mis sur l'autonomie de l'individu dans un espace où il peut faire
ce qu'il veut.
Toutefois, cette vision utopique repose aussi sur une dimension pratique, comme dans le cas de
l'arbitrage privé, où la justice de l'État est évitée. Il existe également l'idée d'aménager des
territoires privés où des groupes de personnes pourraient vivre ensemble en accord, créant des
"ghettos de riches" où des règles seraient dé nies en dehors de l'État, comme on peut le voir
dans certaines zones privées en Afrique du Sud, dans le sud de la France ou aux États-Unis.
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I. Le conservatisme
Être conservateur :
Être conservateur est une attitude politique. On entend par là quelqu’un qui ne veut pas que les
choses changent, donc favorable à la conservation de l’ordre social et politique existant.
Le conservatisme :
Le conservatisme est une doctrine intellectuelle et politique. Cela di ère selon les auteurs et les
pays.
Cela peut aussi être rattaché au traditionalisme, qui a été amené à s’exprimer lors de la
Révolution française en 1789 : les penseurs sont contre cet épisode historique qui a formalisé
cette pensée conservatrice.
Le conservatisme romantique :
Ce mouvement politique conservateur est suivi par certains artistes et écrivains issus du
romantisme.
Par exemple, Chateaubriand investit ces thèmes dans le journal ultra-royaliste Le Conservateur.
Il y fait quatre grandes critiques de la Révolution française de 1789 et des idées libérales de cette
révolution. Ses critiques se basent sur l’idée de rationalisme.
à la providence. Celui qui a raison, c’est Dieu, pas l’homme. C’est Dieu qui décide de la conduite
des hommes. Dieu décide du devenir des hommes.
Les révolutionnaires sont donc considérés comme orgueilleux à cause de leur conception de la
suprématie de la raison humaine.
« La raison humaine est une pollution », dit de Bonald. Pour lui, l’important, c’est la religion qui
véhicule les vérités éternelles et indiscutables. La religion est dans le vrai.
Critique de l’universalisme :
Il fait aussi une critique de l’universalisme : cette liberté au contenu abstrait, mise en avant par les
révolutionnaires, qui pourrait s’appliquer à tous les individus, ne voudrait rien dire.
C’est l’ancrage de chacun dans une communauté particulière qui conditionne la vie en société. Le
point commun de ces critiques, c’est que pour les conservateurs, les personnes doivent se
soumettre à un ordre qui les dépasse : religieux, transcendant, traditionnel ou encore
monarchique, etc.
Ainsi, à un ordre immuable qui permet de régler politiquement le régime, la société et de stabiliser
politiquement les choses. Et ce, pour le bien de tous.
Sous-courants du conservatisme :
1. Le conservatisme libéral :
Il est visible en Grande-Bretagne. Le Parti Tory était le parti conservateur en 1834.
Ce parti soutient la monarchie anglaise, il soutient les valeurs monarchiques, les
coutumes. C’est une forme de conservatisme qui sait s’associer à la modernité.
Margaret Thatcher était une conservatrice au niveau des valeurs, mais avec une politique
ultra-libérale en privatisant les secteurs publics.
2. Le traditionalisme conservateur :
En France, on a un traditionalisme conservateur, incarné par la gure de Charles Maurras,
à la tête de l’Action française. Il s’agit de l’extrême droite.
Ce parti prône le nationalisme intégral. Il a rme tout d’abord la nécessité d’une société
d’ordre qui, selon Maurras, est celui des 40 rois qui, en 1000 ans, ont fait la France.
Maurras refuse ceux qu’il appelle les allogènes : les étrangers perturbateurs et
inassimilables, avec un discours antisémite particulièrement haineux.
Il prône aussi un catholicisme exacerbé : les messes en latin. Et un repli nationaliste (se
replier sur soi) pour permettre une forte unité nationale. Les allogènes viendraient polluer la
pureté du peuple français.
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L’idée centrale du socialisme libertaire de Proudhon peut se résumer ainsi : garantir la liberté
totale de chacun contre toutes les autorités.
En même temps, Proudhon désire instaurer une démocratie socialiste qui mette n aux
inégalités sociales, notamment entre les très riches et les très pauvres.
Il veut développer la solidarité entre les individus et concilier liberté et socialisme.
1. L’État, qu’il considère comme un danger pour les libertés individuelles en raison de son
pouvoir croissant au cours de l’histoire de France. L’État centralise la puissance politique,
ce qui peut conduire à l’autoritarisme et à l’abus de pouvoir.
2. Le capitalisme, qui, selon lui, n’assure pas l’autonomie de l’individu. C’est un système
oppressif où une minorité, possédant le capital, exploite la majorité des travailleurs.
Proudhon va plus loin en a rmant :
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• Égalité : Proudhon privilégie la solidarité entre les individus, rejetant les comportements
matérialistes et l’appât du gain. Il veut un système pro table à tous.
• Pluralisme : Il défend la concurrence saine entre petites unités de production, ce qui
permet d’éviter les hiérarchies et d’établir des prix justes.
Proudhon rejette l’idée d’un État centralisé et autoritaire et préconise plutôt la mise en place de
Républiques fédérées et autogérées.
À la n du 19e siècle, un nouveau discours révolutionnaire fait son apparition : l’anarchisme, qui
rejette l'autorité sous toutes ses formes (politique, économique, religieuse).
Les anarchistes considèrent que la source de toutes les oppressions réside dans les structures
d’autorité, que ce soit l’État, le capitalisme ou la religion. Ils prônent l’autonomie et la
spontanéité de l’individu.
Les anarchistes, tels que Bakounine et Kropotkine, considèrent que la révolte violente est un
impératif pour renverser les structures d’autorité. Ils légitiment ainsi la violence révolutionnaire
pour a aiblir l’État et les structures oppressives.
Ce rejet radical de l’ordre établi justi e parfois des actes extrêmes, tels que des attentats à la
dynamite, pour provoquer une révolution mondiale.
Les anarchistes rejettent le contrat social des libéraux, a rmant que l'homme est apte à s’auto-
gouverner et n’a pas besoin de l’État.
Pour eux, l'État n'est qu’un moyen de déposséder l’individu de son pouvoir personnel. Ils
considèrent l'autorité comme une contrainte injusti ée qui limite la liberté individuelle.
Max Stirner, dans L’unique et sa propriété (1844), a rme que l'État cherche à limiter et
assujettir l’individu.
Les anarchistes dénoncent le capitalisme comme étant à l'origine des injustices sociales, où une
minorité détient le pouvoir économique et politique, tandis que la majorité est exploitée.
Les actions des anarchistes se concentrent souvent sur la destruction des symboles du
capitalisme, comme les banques et les forces de l'ordre, incarnant l'État.
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J.-L. Quermonne, dans Les Régimes politiques occidentaux, écrit : « L’ensemble des éléments
d’ordre idéologique, institutionnel et sociologique qui concourent à former le gouvernement d’un
pays à une période déterminée. »
Les penseurs politiques cherchent à dé nir le régime politique idéal. Ainsi, à partir du XXe siècle,
apparaît un nouveau type de régime.
Son ouvrage La Politique (-340) est le premier traité de philosophie politique de la Grèce
ancienne. Dans cet ouvrage, Aristote tente de typologiser les régimes politiques en s’appuyant
sur une étude de 158 régimes de cités-États, à la fois grecques et barbares.
Il y propose une analyse morale des régimes en distinguant les régimes vertueux, qui visent
l’intérêt général (le bien commun, la justice), et les régimes corrompus, où les dirigeants
poursuivent leurs propres intérêts, dominés par la cupidité, la jouissance personnelle ou la
cruauté.
Aristote établit une classi cation en fonction du nombre de gouvernants et de leur objectif :
Aristote observe une dérive fréquente des régimes justes vers des régimes injustes, un processus
qu’il quali e de dépravation.
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• La royauté devient une tyrannie lorsque le monarque agit dans son intérêt personnel.
• L’aristocratie se transforme en oligarchie lorsque les élites privilégient leur enrichissement.
• La République dérive vers une démocratie excessive, où la majorité pauvre exploite la
minorité riche.
Chez Aristote, l’organisation des fonctions repose sur une séparation fonctionnelle :
• Les monarchies ne con ent jamais totalement le pouvoir à une seule personne.
• Les démocraties ne permettent pas réellement à tous de gouverner.
• Le pouvoir est souvent concentré entre les mains d’une minorité (armée, clan, oligarchie)
ou exercé par le peuple à travers ses représentants.
Aristote reconnaît que la taille réduite des cités-États grecques in uence fortement ses
analyses.
B. Montesquieu (1689-1755)
Montesquieu est l’un des premiers penseurs à théoriser la séparation des pouvoirs dans son
ouvrage De l’Esprit des Lois(1748). Inspiré par le régime parlementaire britannique, notamment la
Chambre des Lords, il propose une organisation des pouvoirs qui vise à éviter une concentration
excessive, synonyme d’absolutisme et de mise en péril des libertés individuelles.
Montesquieu reprend la trilogie des pouvoirs initiée par Locke, mais il en modi e légèrement la
perspective :
• Le législatif : a le droit de veto sur les lois et peut contrôler l’exécution de ces dernières,
sanctionnant les ministres en cas de manquement.
• L’exécutif : incarné par le monarque, applique les lois mais reste limité par le législatif.
• Le judiciaire : totalement indépendant, il ne doit pas intervenir dans la vie politique mais
se consacrer à juger le destin des hommes.
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Montesquieu établit un lien entre les formes constitutionnelles et les principes qui les animent :
• Monarchie : peut se transformer en despotisme si le monarque impose son pouvoir par la peur
et la violence.
• Aristocratie : peut basculer dans l’oligarchie si les élites privilégient leurs intérêts personnels.
• Démocratie : peut sombrer dans le despotisme lorsque la vertu civique est remplacée par la
démagogie.
• République démocratique :
• République aristocratique :
En revanche, il dénonce le despotisme comme une forme extrême de pouvoir arbitraire, fondée
sur la peur et la domination violente. Ce modèle est incompatible avec les principes de liberté et
d’organisation équilibrée des pouvoirs.
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Dans son ouvrage Du Contrat social, Jean-Jacques Rousseau analyse les formes de
gouvernement en les classant selon le mode d’exercice de la souveraineté :
Rousseau a rme que le choix du régime doit aussi tenir compte de la taille et de la richesse des
États :
• Démocratie : adaptée aux petits États pauvres, car l’égalité entre les citoyens y est plus
facile à maintenir.
• Aristocratie : convient aux États de taille et de richesse modérées.
• Monarchie : fonctionne dans les grands États opulents, où une autorité centralisée est
nécessaire pour maintenir l’ordre.
Rousseau insiste sur les conditions nécessaires à l’instauration d’une démocratie directe :
Rousseau s’intéresse également à un projet de démocratie directe pour la Corse, conçu par
Pascal Paoli en 1765. Cependant, ce projet de constitution n’a jamais été mis en application.
• La monarchie :
- Aristocratie naturelle : Rousseau n’y voit pas de problème, car elle repose sur des qualités
reconnues, telles que l’expérience, la sagesse ou la compétence des anciens. Il la compare
aux structures des peuples primitifs, comme les tribus amérindiennes.
- Aristocratie héréditaire : Rousseau la critique sévèrement. Elle repose sur le privilège de la
naissance et la transmission des richesses, sans lien avec les compétences ou les qualités
des dirigeants.
• L’État fort : selon lui, un État fort est indispensable pour garantir la liberté de ses citoyens.
• Le respect des lois : il a rme que les lois doivent être appliquées de manière universelle,
et que chaque citoyen doit s’y soumettre volontairement, car elles re ètent l’intérêt
collectif.
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Rousseau souligne que l’État, en tant qu’expression de la volonté générale, ne doit pas seulement
édicter des lois, mais aussi disposer des moyens nécessaires pour les faire appliquer.
• La démocratie convient aux petits États pauvres, car elle valorise l’égalité entre citoyens.
• L’aristocratie naturelle peut être e cace, mais l’aristocratie héréditaire est source
d’inégalités.
• La monarchie tend à dériver vers la tyrannie et favorise la corruption.
• Un État fort et respecté est la clé de la liberté des citoyens, car il garantit l’application de
la volonté générale.
Les régimes pluralistes sont intrinsèquement liés à la notion de démocratie. Leur principal
fondement réside dans la multiplicité des partis politiques, qui sont en concurrence pour
représenter diverses idées et opinions au sein de la société.
- Chaque parti politique incarne une idée-force, une philosophie ou un courant de pensée
qui re ète les aspirations d’une partie de la population.
- À travers leur opposition, ces partis permettent de confronter des opinions divergentes et de
stimuler le débat démocratique.
• L’intérêt général :
- Élections libres et régulières : les citoyens doivent pouvoir choisir librement leurs
représentants à des échéances xes.
- Liberté d’association politique : les citoyens doivent avoir la possibilité de constituer des
partis politiques et d’exprimer leurs idées sans contrainte.
Dé nition de la démocratie
• Gouvernement pour le peuple est également insu sant, car tous les régimes prétendent
agir pour le bien de la population.
• Gouvernement par le peuple constitue l’essence de la démocratie, mais soulève des
di cultés pratiques et conceptuelles.
Di cultés pratiques
1. Problèmes techniques :
Exemples historiques
Limites conceptuelles
• Tyrannie de la majorité : en Suisse, en 2014, des quotas pour limiter l’immigration ont été
adoptés par référendum.
• Décisions urgentes : en cas de crise (guerre, pandémie), la consultation du peuple
devient impraticable à court terme.
Dé nition
Nature du mandat
1. Mandat représentatif :
◦ Les élus ne sont pas strictement liés par la volonté des électeurs.
◦ Ils agissent en conscience pour l’intérêt général, mais peuvent dévier de leurs
engagements électoraux.
2. Mandat impératif :
◦ Les élus doivent respecter strictement les souhaits exprimés par leurs électeurs.
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◦ Les électeurs disposent d’un pouvoir de révocation (recall), comme aux États-Unis.
Exemple : en 2003, Gray Davis, gouverneur de Californie, a été révoqué pour
mauvaise gestion des nances publiques.
Critiques
Conclusion
La démocratie représentative, bien qu’imparfaite, apparaît comme la solution la plus réaliste pour
des États modernes et étendus. Toutefois, elle reste sujette à débat, notamment sur la capacité
des représentants à véritablement incarner la volonté populaire sans s’en éloigner.
Si on regarde les régimes qu’on quali e de démocratiques, ils ont des points communs. Les
principaux critères partagés sont : le choix de représentants selon des procédures qui
garantissent une véritable concurrence politique (populaire, libre, non discriminatoire, non régulée
par le droit), la responsabilité politique des gouvernants, ainsi que le respect des libertés et des
droits fondamentaux des individus.
Pour autant, les régimes démocratiques ne sont pas tous semblables. On distingue, dans une
perspective juridique, les régimes parlementaires et les régimes présidentiels, en insistant surtout
sur les liens qui unissent les pouvoirs législatif et exécutif.
Les régimes parlementaires se caractérisent par le fait que l’exécutif procède du législatif. Le
schéma classique est le suivant : dans une Assemblée nationale, se dégage une majorité
politique, d’où sera choisi le chef du gouvernement, le Premier ministre.
Le chef de l’État ne joue pas un rôle important ; il a un rôle symbolique. Le monarque incarne
l’Histoire, la coutume, et la tradition. À défaut, le chef de l’État incarne l’unité nationale et la
stabilité de la démocratie.
Il y a une séparation souple des pouvoirs, qui sont interdépendants. Les députés peuvent
renverser politiquement le Premier ministre, et ce dernier peut dissoudre l’Assemblée.
Les régimes présidentiels présentent une grande di érence : exécutif et législatif sont élus par le
peuple. Cette concordance entre les couleurs politiques n’est cependant pas toujours assurée,
contrairement aux régimes parlementaires.
Le risque est un con it ouvert entre exécutif et législatif, plus ou moins virulent. Mais ce con it ne
peut pas se régler politiquement en raison de la séparation stricte des pouvoirs : il n’existe aucun
moyen permettant à l’exécutif de dissoudre le Parlement ni au législatif de renverser l’exécutif.
La principale solution reste juridique. Concernant les États-Unis, on pense à l’impeachment. En
2019, une accusation d’entrave aux travaux du Congrès pesait sur D. Trump. Cette accusation a
ouvert une procédure de destitution. Cependant, en février 2020, Trump a été acquitté dans un
procès rapide qui s’est tenu au Sénat (deuxième chambre), car celui-ci était majoritairement
républicain.
Le problème principal des régimes parlementaires est l’absence de majorité politique dans la
chambre, entraînant une instabilité politique.
Le risque du régime présidentiel réside dans l’a rontement politique qui ne trouve pas d’issue, la
seule issue restant les prochaines élections.
Ce type de distinction n’est pas inintéressant, mais il est quelque peu simpliste, car il existe
d’autres régimes :
• Les régimes d’assemblée (tous les pouvoirs sont entre les mains de l’assemblée), par
exemple : le régime de la Convention (1792-1795), le régime de fait (1871-1875).
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Cependant, dans les faits, le Premier ministre est responsable devant le président, sauf en
période de cohabitation. On trouve ce type de régime au Portugal ou en Islande.
Tous les régimes présidentiels ne sont pas identiques, car les présidents disposent de pouvoirs
plus ou moins a rmés. Ce qui est vrai pour les régimes présidentiels l’est également pour les
régimes parlementaires. Ces derniers ont des fonctionnements très variés selon plusieurs facteurs
: le nombre de chambres, le rôle des partis politiques, ou encore le mode de scrutin.
La distinction entre régime présidentiel et régime parlementaire apparaît réductrice, car elle ne
permet pas de comprendre certains phénomènes importants, comme le renforcement des
pouvoirs de l’exécutif.
Ce renforcement résulte de plusieurs facteurs :
On constate aussi le poids décisif de l’exécutif dans la nomination des hauts responsables de
l’État, ce qui accroît son contrôle sur la bureaucratie.
Un autre phénomène notable est l’essor du rôle du pouvoir judiciaire dans les démocraties. On
assiste à une montée en puissance des cours constitutionnelles qui contrôlent la loi, l’action
gouvernementale et le respect de normes fondamentales. À cela s’ajoute une in uence croissante
des cours internationales.
Un dernier phénomène préoccupant est celui des dérives populistes. Cela se manifeste par une
rhétorique faisant systématiquement appel au peuple, souvent en opposition avec les élites
présentées comme hors-sol. Ce populisme valorise des idées simplistes et des solutions rapides,
souvent basées sur des instincts primaires ou des émotions, tout en rejetant les étrangers ou les
élites.
Ces dérives s’accompagnent d’un recours croissant à de nouveaux modes de communication qui
contournent les institutions représentatives et les médias traditionnels. Ces moyens permettent
de di user des rumeurs et des informations infondées, fragilisant ainsi les piliers de la démocratie.
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La notion de totalitarisme est formulée pour la première fois par Mussolini, le 22 juin 1925, dans
un discours où il évoque la « féroce volonté totalitaire » de son régime.
Suite à ce discours, Giovanni Gentile (1875-1944), philosophe qui s’autoproclame philosophe du
fascisme, développe l’idée d’État totalitaire. Selon lui, un État peut incarner pleinement la
conscience de la nation tout en englobant totalement la société civile.
Dans le monde scienti que, avec la montée en puissance d’Hitler, le terme est utilisé par certains
chercheurs dans les années 1930. Carl Schmitt et Herbert Marcuse commencent à ré échir à
cette notion. Cependant, c’est après la Seconde Guerre mondiale qu’elle est véritablement
conceptualisée, notamment par Hannah Arendt.
Hannah Arendt, une philosophe juive allemande, s’exile en France en 1933 avant d’être internée
dans le camp de Gurs, où sont placés les ressortissants des nations en guerre contre la France.
Elle parvient à fuir vers les États-Unis, où elle entame son œuvre sur le totalitarisme.
Profondément in uencée par Aristote et Montesquieu, elle cherche à classer les régimes
totalitaires. Son ouvrage majeur, Les Origines du totalitarisme (1951), est publié en trois volumes.
Les deux premiers volumes examinent les événements historiques ayant cristallisé le
totalitarisme, qu’elle considère comme une conséquence des crises de l’État-nation. Elle met en
avant deux facteurs principaux :
Les régimes totalitaires exacerbent cette atomisation par des purges, des incitations à la délation
et une mé ance généralisée, rendant les individus vulnérables au pouvoir de séduction de leaders
en quête de domination absolue. Ces derniers proposent un discours violent mais rassurant,
promettant de restaurer l’ordre.
2. Un parti-État omnipotent
Le totalitarisme repose sur un parti unique qui pénètre toutes les sphères de l’État et de la
société. Ce parti s’organise autour d’un leader charismatique et dédouble les institutions
existantes pour renforcer son emprise :
• Sous le Troisième Reich, l’armée est doublée par les SS, la police par la Gestapo, et
l’administration par le NSDAP.
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3. La terreur généralisée
La domination totalitaire repose sur la terreur, institutionnalisée par des purges, des procès-
spectacles et des camps d’extermination. Ces outils ne visent pas seulement à éliminer les
opposants réels, mais aussi à détruire ceux que le régime désigne comme ennemis (en raison de
leur race ou de leur classe sociale).
Selon Arendt, cette terreur va au-delà de l’élimination physique : elle cherche à anéantir toute
spontanéité humaine, un élément clé de l’originalité du totalitarisme par rapport à des régimes
despotiques ou tyranniques.
Cette idéologie détruit toute institution ou pensée concurrente, impose un monopole sur
l’expression publique, et s’appuie sur une propagande omniprésente pour asservir les esprits.
À la marge du totalitarisme, on retrouve des régimes que l’on peut quali er d’autoritaires. Parmi
ceux-ci, on peut citer, par exemple, l’Espagne de Franco, le régime de Vichy (1940-1944), ou
encore la Pologne pendant certaines périodes de son histoire.
Dans ces régimes, le pouvoir est accaparé par une personne, une famille, un groupe de
personnes, ou une institution. L'objectif est de maintenir ce pouvoir par tous les moyens
possibles, en contrôlant l’appareil d'État. Il s’agit, pour les dirigeants, de déliser les membres de
l’appareil d’État à la logique du régime.
Dans ces régimes autoritaires, le pouvoir n'est plus véritablement responsable politiquement
devant les citoyens, car il manque la participation populaire par le biais d’élections libres et
transparentes. Lorsqu’elles sont organisées, ces élections ne sont pas concurrentielles et leurs
résultats sont souvent truqués. Un exemple frappant de ce phénomène est celui de l'Irak en 2002,
où Saddam Hussein a organisé des élections pour un mandat de sept ans, et où les résultats ont
été de 100 % des votes en sa faveur.
Il n’y a plus de véritable séparation des pouvoirs dans ces régimes. Les pouvoirs ne sont plus
indépendants, et les principes de l'État de droit sont largement ignorés. Il n’y a plus de juridictions
indépendantes, et la hiérarchie des normes est souvent bafouée. De plus, les opposants
politiques sont réprimés, surveillés, et contrôlés par le pouvoir.
Les médias subissent également la censure, étant muselés par le pouvoir. Par ailleurs, le régime
contrôle souvent les richesses économiques du pays à des ns personnelles. Toutefois, ces
régimes autoritaires se distinguent des régimes totalitaires par plusieurs caractéristiques : le
degré de violence est moins élevé, il n’y a pas cette volonté exterminatrice, ni une fusion totale
entre le chef et le peuple.
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Types d’autoritarisme
1. L’autoritarisme patrimonial
Ce type de régime ne repose pas sur un projet politique élaboré, mais sur les intérêts personnels
des dirigeants ou de leur cercle proche. Le pouvoir est utilisé pour s’enrichir, et les ressources
publiques sont confondues avec les biens privés des dirigeants. Les exemples incluent la
République centrafricaine sous Bokassa et les Philippines sous Marcos.
Ce phénomène soulève des problèmes éthiques, car les dirigeants détournent les ressources
nationales pour les placer dans des comptes bancaires européens ou pour acheter des biens
immobiliers. Cela fait fonctionner les économies des pays riches. Par exemple, la Suisse a restitué
l'argent détourné par Marcos, et les États-Unis ont restitué de l’argent détourné en Irak.
2. L’autoritarisme réactionnaire
Un autre exemple est l’Espagne de Franco avant 1960, marquée par une idéologie national-
catholique, glori ant la grandeur traditionnelle de l'Espagne et rejetant les idéaux modernes. Le
régime de Vichy en France, qui prônait la "révolution nationale" sous le slogan « Travail, famille,
patrie », s'inscrivait également dans cette logique.
Le Soudan sous Omar al-Bashir (1999-2019), qui imposait la charia, illustre aussi un autoritarisme
réactionnaire, cherchant à éviter la modernité.
3. L’autoritarisme réformiste
Un autre exemple est celui de Pinochet au Chili, qui, après 1973, a introduit une révolution libérale
inspirée des théories économiques de l’école de Chicago, appliquées par les économistes
appelés "Chicago boys".
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Les régimes autoritaires ne sont pas complètement fermés, mais acceptent un pluralisme limité,
tant que les groupes qui en font partie ne menacent pas directement le régime. Ce pluralisme
sous contrôle inclut des acteurs comme l’armée, l’église, des groupes d’intérêts et des
associations. Ces groupes sont tolérés tant qu’ils ne critiquent pas publiquement le régime. Par
exemple, sous Franco, la Phalange représentait le courant nationaliste fasciste, tandis que l'Opus
Dei était un courant catholique radical.
La répression dans les régimes autoritaires est ciblée et discriminée. Contrairement aux régimes
totalitaires, la répression n’est pas systématique, mais se concentre sur des catégories
spéci ques, telles que les militants politiques de gauche, les syndicats, ou les mouvements
sociaux. Des exemples incluent les 38 000 personnes disparues sous Pinochet ou les 150 000
victimes du régime franquiste.
Conclusion
Comme le souligne B. Brunot, « l’autoritarisme impose une reddition partielle, alors que le
totalitarisme vise une reddition totale des individus ». Les régimes autoritaires ne cherchent pas à
soumettre la société dans son ensemble, mais plutôt à maintenir leur pouvoir tout en conservant
une certaine stabilité sociale et économique.
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On évoque souvent une crise de la citoyenneté, des comportements citoyens ou non citoyens.
D’autres parlent d’entreprise citoyenne, de citoyenneté verte, économique, etc.
Un citoyen est un membre d’une communauté politique. Il relève d’un État et béné cie de certains
droits en raison de son appartenance à cette communauté. En contrepartie, il a également des
devoirs.
Cette appartenance implique aussi des responsabilités, notamment celle de participer à la vie
publique.
D’une part, la politique n’intéresse pas tout le monde, et d’autre part, les compétences pour s’y
engager varient d’une personne à l’autre.
On ne peut pas dissocier la notion de citoyenneté de celle de démocratie, car le citoyen est celui
qui participe à la Res Publica, la chose publique.
La notion de citoyenneté remonte à l’Antiquité. En latin, Civis désigne celui qui jouit du droit de
cité, tandis que Civitasfait référence à la cité.
L’invention concrète de la citoyenneté apparaît dans les cités grecques. Le citoyen y est celui qui
participe aux décisions collectives, notamment dans un cadre égalitaire avec ses concitoyens.
Cependant, à Athènes, peu de personnes remplissent les conditions pour être citoyen : il faut être
majeur, de sexe masculin, libre, et ls d’un père athénien.
En 451 avant J.-C., sous Périclès, la citoyenneté devient encore plus restrictive : il est désormais
nécessaire d’être enfant d’un père et d’une mère athéniens mariés légitimement. Ainsi, seuls 10
% des habitants d’Athènes peuvent prétendre au statut de citoyen. Les femmes, les esclaves et
les étrangers en sont exclus.
Avec l’avènement des monarchies, la notion de citoyenneté disparaît. On parle alors de sujets du
roi plutôt que de citoyens. Sous la monarchie, tout le pouvoir est concentré entre les mains du
monarque. Ce dernier est perçu comme le représentant de Dieu sur Terre, ou le « lieutenant de
Dieu sur Terre ». En conséquence, il n’a de comptes à rendre qu’à Dieu et non à ses sujets.
Aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, la notion de citoyenneté refait surface dans les œuvres de certains
penseurs, tels que Jean Bodin et Thomas Hobbes.
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Ces auteurs amorcent une ré exion sur le rôle des citoyens et la nature du pouvoir politique,
jetant ainsi les bases d’un renouveau de la citoyenneté.
Bodin publie les six livres de La République en 1576, en particulier le livre I, chapitre 6, qui traite
de la distinction entre Français et étrangers. Hobbes aborde les citoyens ou les fondements de la
politique.
• Au XVIIIe siècle : les droits civils, à l’occasion des révolutions à caractère démocratique
qui prennent forme.
Par exemple : la liberté d’expression, la liberté de foi, de conscience, le droit de propriété,
l’accès à la justice, le principe d’égalité en droit, ce sont des droits de liberté.
• Au XXe siècle : des droits économiques et sociaux, qui découlent de la mise en place des
États de providence.
Cela concerne la santé, l’éducation, le logement. Cela permet de garantir à chacun un
certain bien-être sur terre, d’où le nom « État providence ».
Par exemple : des droits-créances, cela implique l’État pour réguler la société, ce qui
complète les « droits-libertés » du XVIIIe siècle, qui permettent de protéger les individus
contre les abus de pouvoir.
Il y a aussi certains devoirs à remplir. Parmi les devoirs du citoyen, certains sont au cœur du
fonctionnement des démocraties. Cela permet aux citoyens de s’engager activement dans la vie
politique, en particulier à travers l’acte de vote.
Par exemple, aux États-Unis, par l’acte de vote, et parfois par le biais du référendum, le citoyen
fonde la démocratie représentative.
Mais plus que cela, il la fonde et la légitime. Quand on regarde la Constitution de 1958, cette idée
est clairement exprimée dans son article 3 :
« La souveraineté nationale appartient au peuple qu’il exerce par ses représentants et par la voie
du référendum. »
Certains États insistent sur l’importance du vote, à travers la théorie de l’électorat-fonction, qui
passe par l’instauration du vote obligatoire.
Le vote est considéré comme un devoir absolu parce qu’il remplit une fonction essentielle.
Sans le vote, pas de régime. On ne donne ce droit de vote qu’aux citoyens, qui doivent
impérativement remplir cette fonction.
C’est le cas en Belgique, en Australie, au Brésil.
commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les citoyens en raison de
leurs facultés. »
L’impôt est indispensable au service public, par le biais desquels l’État va œuvrer pour assurer la
gestion et le bien-être de la communauté politique des citoyens.
Les services publics, par exemple : l’éducation, l’hôpital, la justice, la police.
Si tout cela n’est pas pris en charge par l’État, cela est pris en charge par le privé, mais selon des
logiques moins égalitaires, et soucieuses de dégager des pro ts.
Le citoyen doit aussi déclarer ses revenus, avec le principe de consentement à l’impôt.
Cela signi e qu’à travers l’œuvre législative, le Parlement vote les lois de nances et le
consentement à l’impôt des citoyens qu’il représente.
Dans le cas français, il y a d’autres enjeux : comment intégrer les citoyens à l’État-nation ?
Le 28 octobre 1997, le service militaire de 1 an est supprimé. La loi est adoptée sur l’initiative de
Chirac.
On remarque que les gouvernements cherchent à instaurer des procédures ou dispositifs aux
fonctions similaires.
Par exemple : Hollande, à partir du 1er juin 2015, met en place le service civique universel par une
loi du 10 mars 2010.
Tout jeune de moins de 25 ans est accueilli pour donner de son temps à la collectivité a n de
renforcer la mixité sociale et la cohésion nationale.
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Au cours du temps, la France a inventé un modèle républicain de citoyenneté qui se distingue des
modèles libéraux. Les deux piliers de ce modèle sont : l’individualisme et l’universalisme.
L'individualisme dans la mesure où il confère des droits aux individus, à chaque personne à part
entière.
Les groupes culturels, religieux, ethniques ne se voient pas reconnaître de droit particulier par
l’État de droit.
Le citoyen est considéré comme une personne capable de se défaire de ses a liations
particulières, de faire abstraction de ses appartenances particulières lorsqu’il s’exprime dans la
sphère publique.
L'universalité : dans la mesure où sont reconnus des droits à caractère général et non
particulariste.
Les citoyens appartiennent à une communauté politique de citoyens considérés comme
politiquement égaux. Ils représentent l’intérêt général.
Ainsi, les intérêts particuliers ne peuvent constituer qu’un obstacle ou une menace pour cet
intérêt général, d’où l’article 1er de la Constitution française de 1958, qui interdit toute distinction
entre les citoyens en raison de leur particularisme.
Des systèmes de quotas sont instaurés dans l’éducation, le travail, la sphère politique, etc., pour
favoriser la mixité sociale et politique.
Le but est d’éviter la marginalisation.
• E ets stigmatisants : intégrer un emploi ou une école parce qu’on est issu d’une minorité
et non grâce à notre compétence. Cela crée de l’incompréhension et peut mener à de la
rancœur, voire de la haine, notamment lorsque des personnes compétentes ne sont pas
choisies.
• E et démoralisant : certains savent qu’ils béné cieront des quotas et n’éprouvent donc
pas le besoin de fournir d’e orts.
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Annick Percheron, dans La socialisation politique (1993), se penche sur cette socialisation chez
les enfants.
Elle montre qu’il existe une socialisation politique primaire, avant même l’âge de 10 ans. Les
enfants commencent à faire usage d’un vocabulaire à consonance politique.
À partir de 12-13 ans, un raisonnement à caractère critique émerge, permettant de mieux saisir et
interpréter le caractère con ictuel de la société.
Dans ce processus, le milieu familial, mais aussi l’institution scolaire, jouent un rôle décisif. Les
discussions, les échanges, les commentaires, et les discours portant sur l’actualité politique, ainsi
que l’enseignement de l’histoire et de l’instruction civique à l’école, contribuent à ce processus
d’inculcation de savoirs, de normes et de valeurs politiques et idéologiques chez les plus jeunes.
- Les usages de l’information politique sont multiples, et ces usages varient selon la position
sociale de l’individu. On parle souvent du "public", mais le public n’est pas un groupe
homogène. Ce n’est pas du tout la même interprétation pour tous.
- L’exposition au discours et à la propagande des médias est sélective. Les individus s'orientent
principalement vers des messages qui confortent leurs prédispositions politiques.
Les messages médiatiques sont polysémiques, et leur interprétation varie en fonction de l’individu
et de son identité.
L’exposition médiatique est corrélée à l’intérêt politique des individus, mais aussi à la solidité de
leurs convictions.
Tout cela permet de relativiser l’impact des médias. Les médias ont la prétention d’imposer aux
individus ce qu’il faut penser, mais il est important de relativiser ces impacts.
Les médias ont quand même une grande in uence, en imposant ce à quoi il FAUT penser. Les
travaux qui s’y intéressent se heurtent à de nombreuses di cultés, car les facteurs à analyser
sont extrêmement complexes :
• Les milieux de socialisation : Ces milieux sont multiples. La famille, l’école, les médias, mais
cela peut aussi être un parti politique, un syndicat, une association culturelle ou même sportive.
Ces milieux ne sont pas étanches, pas cloisonnés.
Par exemple : une famille est située dans une classe sociale. Une école est spatialement située.
Elle peut être située en zone rurale, ou dans une grande ville, avec des particularités sociales et
culturelles di érentes.
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• La presse, la TV, internet, les réseaux sociaux di usent des messages qui pénètrent ces
di érents milieux de socialisation.
• Les agents de socialisation : Les instituteurs, les professeurs, mais attention, la socialisation
peut aussi s’opérer entre les enfants durant les récréations. Le maître d’école peut adapter le
programme éducatif qu’il doit appliquer. Les parents jouent également un rôle clé. Mais lequel
est le plus in uent ? Le père ? La mère ? L’oncle ? Les grands-parents ?
Les messages sont en constante interaction, parfois contradictoires. Lequel retenir ?
On ne peut pas appréhender un message politique à partir de son seul contenu. Il faut prendre
en compte le contexte politique, la forme, le lieu précis, le ton, la tonalité.
Tout cela porte un sens. Ces facteurs expliquent pourquoi l’étude de la socialisation politique
confronte les chercheurs à des obstacles pratiques et méthodologiques.
La politisation :
C’est l’attention et l’intérêt que chacun accorde au fonctionnement politique, aux jeux relatifs à la
compétition politique, et au travail des acteurs politiques.
Pratiquement toutes les enquêtes en sciences politiques montrent que l’intérêt des citoyens pour
la politique est en déclin. Les individus ne veulent plus se dé nir selon l’axe gauche-droite, et il
existe une mé ance croissante à l’égard de la classe politique, et même des institutions de l’État.
La plupart de ces études montrent qu’il existe un lien important entre l’intérêt porté à la politique
et la compétence politique dont on dispose.
Daniel Gaxie, dans Le cens caché (1978), chapitre 2, traite de la compétence politique et de la
politisation.
La compétence politique désigne le savoir savant et technique sur l’univers politique et ses
enjeux.
Il existe des indicateurs de compétence, qui mesurent les connaissances des citoyens sur les
instances institutionnelles et politiques.
Cela comprend :
• Le degré de connaissance des débats politiques, des réponses apportées, et des acteurs
en jeu.
• La maîtrise du fonctionnement des institutions, des langages politiques, et des enjeux du
système politique.
• À partir de ces connaissances et catégories, le citoyen est en mesure d’interpréter les
informations en fonction des logiques qui mobilisent les principaux acteurs du champ
politique.
politique. Ce phénomène de dépossession pousse cet individu à s’en remettre aux élites
socialement dominantes.
Pierre Bréchon, dans Les valeurs des Français (2003), montre que l’intérêt pour la politique et les
compétences politiques décroissent à mesure que baissent le niveau socioprofessionnel, le
niveau de revenu, et le niveau d’instruction.
Cependant, ces études mettent en lumière de grandes tendances statistiques, mais il existe
toujours des contre-exemples.
D'autres chercheurs, comme Michel Simon et Guy Michelat dans Classes, religions et
comportement politique, indiquent que la corrélation entre le sentiment politique et
l'appartenance sociale est complexe.
Le positionnement social, le niveau d’instruction, mais aussi des facteurs comme le sexe,
jouent un rôle important.
Pour eux, la compétence politique est multiforme. Ce n’est pas seulement l’acquisition et la
maîtrise d’un savoir politique.
Il existe aussi des perceptions ordinaires, a ectives, ou morales des enjeux politiques, qui sont
des formes de rationalité à part entière.
Ainsi, l'engagement politique peut se manifester de façons très variées. Une personne peut se
forger un sentiment de compétence politique par la pratique, parfois de manière autodidacte.
Nonna Mayer, dans La démocratie à l'épreuve (2002), met en avant une variable importante pour
expliquer la compétence politique : l'âge.
Elle souligne que la politisation et les compétences politiques augmentent généralement chez un
individu jusqu’à l'âge de 60-65 ans.
Ce facteur doit être croisé avec d'autres éléments comme le positionnement social, le niveau
d’instruction, et même le sexe, car ces éléments peuvent aggraver ou corriger la compétence
politique.
Ainsi, la compétence politique n’est pas seulement l’acquisition d’un savoir spécialisé réservé aux
professionnels de la politique.
Elle peut aussi être perçue de manière ordinaire, a ective ou morale, et se développer par la
pratique, à travers des formes diverses d’engagement.
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Les deux sont liés et a chent leur autonomie, leur territoire et leur identité. Historiquement, en
octobre 1906, la CGT a adopté, lors de son 9e congrès confédéral, la charte d’Amiens.
Cette charte précise que la volonté de la CGT est de lutter contre la classe capitaliste qui exploite
et opprime la classe ouvrière. Et pour lutter, elle met en avant un moyen d’action : la grève
générale. Mais sans se préoccuper des partis politiques et de leur action pour changer la société.
C’est le syndicalisme révolutionnaire.
À partir de cette charte, les syndicats a rment leur indépendance vis-à-vis de tout parti politique.
Néanmoins, il persiste encore des a nités, telles que celle entre la CGT et le PCF.
Les dirigeants des principaux partis politiques a rment leur di érence. Ils présentent les
syndicats comme les défenseurs d’intérêts particularistes, tandis qu'eux se présentent comme
œuvrant dans la défense de l’intérêt national.
C’est sur ce critère que l’on se fonde pour di érencier les partis politiques et les syndicats. Les
partis politiques sont par dé nition la conquête du pouvoir et l’exercice de ce dernier, tandis que
les syndicats ne veulent qu’in uencer le pouvoir, en particulier l’économie.
Il existe ainsi trois dimensions principales entre les partis politiques et les syndicats :
À priori, il existe une di érence d’objectif et de domaine d’action qui permet de di érencier les
partis politiques des syndicats. Mais malgré cette di érence, le parti et le syndicat ont un point
commun : les institutions de représentation.
Il existe des corps intermédiaires, des corps sociaux entre l’individu et l’État, qui sont
constitutifs de la démocratie et indispensables à son fonctionnement.
En e et, les partis et les syndicats agissent toujours au nom de leurs membres et, même plus
largement, au nom de ceux qui se reconnaissent en eux. Ils forment un moyen de transmission
entre leurs membres et les dirigeants (économiques ou politiques).
Ils permettent de prendre en charge les demandes sociales qui émanent de la société ou de
certains segments. Ils les organisent et les structurent.
Ils permettent de canaliser les con its à travers la prise en charge d’intérêts sociaux divers. Ils
ont une fonction d’agrégation des préférences.
Car, pour une large part, ils contribuent à la mise en forme des intérêts collectifs qu’ils
défendent. Ils vont les modeler, les rendre cohérents avec ces demandes sociales, prendre en
charge des problèmes divers, et s’ils n’étaient pas pris en charge, ces problèmes seraient di us.
Les partis politiques et syndicats ont une fonction de représentation sous un double point de
vue.
Ils proposent des candidats aux postes institutionnels de représentation, politiques ou syndicaux.
Dans les deux cas, ces candidats sont élus (loi du 20 août 2008).
C’est une représentation de leurs membres, du monde social et des problèmes qui les
concernent. C’est pour cette raison, l’importance qu’on leur accorde en tant qu’instance de
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représentation des attentes ou des aspirations de la société, que la loi du 31 janvier 2007 (loi de
modernisation du dialogue social) reconnaît que les syndicats doivent être systématiquement
consultés par le gouvernement pour tout projet de loi en matière d’emploi, de formation
professionnelle, de relations salariales, etc.
Les syndicats constituent les interlocuteurs privilégiés de l’État pour toutes les grandes réformes
relatives aux retraites et au droit du travail.
Erik Neveu, dans Sociologie politique des problèmes publics (2015), souligne plusieurs facteurs
montrant une déconnexion croissante entre ces groupes et la société civile.
La faible représentativité des syndicats et des partis politiques : de moins en moins d’adhérents,
le déclin du PCF, et le déclin de la constellation d’associations diverses que le PCF avait mises en
place dès la n de la Seconde Guerre mondiale.
Le recours de plus en plus systématique des partis politiques à des laboratoires d’idées (Think
Tanks) ou à des sondages : les élus n’émanent plus des classes populaires.
Partis politiques et syndicats ont un rôle commun, mais il existe un autre aspect important
lié à l’histoire de leur institutionnalisation.
Ce sont deux acteurs qui sont apparus tardivement, leur apparition remontant généralement à la
n du XIXᵉ siècle.
Une explication principale réside dans la Révolution française, qui s’est opposée aux
corporations. Les révolutionnaires voulaient empêcher la constitution de corps intermédiaires, car
ils les considéraient comme des facteurs de division et de dilution de la volonté générale.
Deux textes illustrent bien cette opposition, adoptés pendant la phase révolutionnaire : le décret
d’Allarde et la loi Le Chapelier.
• Le décret d’Allarde (mars 1791) promeut la concurrence et l’essor d’une économie libre.
• La loi Le Chapelier (juin 1791) supprime les corporations et les jurandes.
La conception des partis politiques était donc négative : ils étaient vus comme des éléments
diviseurs. Cette idée s’appuyait sur l’opinion de Rousseau dans Le Contrat social (1762, Livre II,
chapitre 3) :
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« Qu’il importe, pour avoir l’énoncé de la volonté générale, qu’il n’y ait pas de société particulière
dans l’État et que chaque citoyen n’opine que d’après lui. »
Pour garantir cet énoncé, il fallait un lien direct entre la société et l’État. Cependant, cela
n’empêcha pas les hommes politiques de former des clubs à caractère politique.
Les véritables partis politiques modernes apparurent au XIXᵉ siècle avec la constitution de
mouvements ouvriers de masse, conséquence de l’industrialisation. La pression et la peur des
mouvements ouvriers sont à l’origine de la reconnaissance des partis politiques et des
syndicats.
En France, l’autorisation des syndicats fut votée sous la IIIᵉ République avec la loi du 21
mars 1884 (loi Waldeck-Rousseau), après huit années de débat parlementaire. Cette loi
reconnaissait l’existence des syndicats et répondait aux inquiétudes suscitées par le
syndicalisme révolutionnaire, perçu comme une menace pour l’ordre républicain naissant.
• 1825 en Grande-Bretagne,
• 1869 en Allemagne.
Les partis politiques suivirent une évolution similaire, accélérée par les conséquences du
su rage universel masculin. Max Weber souligne ce phénomène dans Le Savant et le politique
(1919) :
« Les partis politiques sont des enfants de la démocratie, du su rage universel, de la nécessité de
recruter et d’organiser les masses. »
En France, ce mouvement de structuration des masses s’appuya sur une loi majeure : la loi du
1er juillet 1901 sur les associations, qui fournit un cadre légal à l’activité politique organisée.
Ainsi, la structuration des syndicats et des partis politiques partage une histoire commune,
fondée sur l’émergence de nouveaux citoyens, notamment les travailleurs, qui accédèrent à
l’expression politique en pleine révolution industrielle.
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La proximité entre syndicats et partis politiques peut s’expliquer par plusieurs facteurs :
• Exemple : Dans Que faire ? (1902), Lénine avance l’idée que les syndicats doivent lutter
contre le capitalisme sous la direction d’un parti révolutionnaire.
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En sciences politiques, les recherches sur les partis politiques occupent une place
fondamentale. Certains ouvrages fondateurs de la discipline leur sont consacrés, notamment
ceux de Mosei Ostrogorski et Roberto Michels :
Plus globalement, de nombreux politistes ont tenté de dé nir les partis politiques en se fondant
sur un critère central : la conquête du pouvoir. Parmi eux, on peut citer Giovanni Sartori,
Georges Burdeau, Myron Weiner et Joseph La Palambara :
- Myron Weiner et Joseph La Palambara, Political Parties and Political Development (1966) :
« Les partis politiques sont des organisations durables qui disposent d’ancrages locaux et qui
visent la conquête du pouvoir par la recherche de soutien populaire. »
• Durabilité :
- Un parti politique doit être une organisation pérenne, avec une espérance de vie
dépassant celle de ses fondateurs.
- Il doit survivre à ses créateurs et s’inscrire dans la durée.
• Lisibilité et visibilité à tous les niveaux :
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- Ce critère distingue les partis politiques des clubs de ré exion, qui se concentrent sur la
production d’idées sans participer directement à la compétition électorale, et des milices
ou groupes terroristes, qui ne cherchent pas le soutien populaire.
La science politique tente de dé nir ce que sont les partis politiques. Cependant, on remarque
que ces derniers répondent à des modèles d’organisation divers. On trouve de grands partis
de masse avec des millions d’adhérents, mais aussi des groupuscules quali és de partis
politiques.
Certains partis sont très bureaucratiques et centralisés, tandis que d'autres reposent sur
des réseaux locaux exibles. Ces derniers, souvent composés de quelques notables, se
caractérisent par l'absence de véritable hiérarchie ou centralisation.
Pour bien comprendre l'évolution et la forme des partis, Duverger identi e deux phénomènes
fondamentaux :
Les partis de cadres sont les premiers à apparaître. Ils s’appuient sur les élites locales et
émergent au XIXe siècle, lorsque les notables commencent à s’organiser en comités locaux, qui
deviennent progressivement permanents.
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Exemples historiques :
• L’Union pour la démocratie française (UDF) fondée en 1978, et ses héritiers comme l’UDI
• Le Parti conservateur britannique (1834), basé sur les réseaux de notables locaux
• Le Parti radical (France, 1901), qui joue un rôle central sous la IIIe République, notamment
lors de la séparation de l’Église et de l’État en 1905.
Les partis de masse apparaissent dans le monde ouvrier, en lien avec l’extension du
su rage.
• Ils prolongent certaines luttes sociales sur le plan politique, comme celles des partis
socialistes et communistes.
• Contrairement aux partis de cadres, ils reposent sur un grand nombre d’adhérents et
militants issus des classes populaires.
• Ces partis cherchent à éduquer, socialiser et mobiliser leurs membres, dans une logique
d’encadrement strict.
Exemples historiques :
Stein Rokkan, dans Citoyens, élections et partis (1970), met en avant l'importance des clivages
structurants les partis politiques. Ces clivages sont liés à deux phénomènes :
• Église / État : opposition entre partis laïcs et partis confessionnels. Exemple : la Démocratie
chrétienne en Italie (1942).
• Rural / Urbain : opposition liée à l’industrialisation, avec des partis agrariens défendant les
intérêts du monde rural. Exemple : le Parti agraire et paysan français (1927).
Les typologies classiques sont remises en question. De nouveaux facteurs, comme les
transformations sociales et culturelles, conduisent à des évolutions :
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• Les partis attrape-tout (Catch-All Parties), concept développé par Otto Kirchheimer en
1966, cherchent à séduire un électorat diversi é en adoptant des discours consensuels et
en se recentrant autour d’un leader charismatique.
• Les partis-cartels, théorisés par Katz et Mair, se rapprochent de l’État, devenant des
"courtiers" pro tant de ressources publiques.
Conclusion
En n, Michel O erlé (Les partis politiques, 2008) rappelle que les partis ne sont pas seulement
des machines de conquête du pouvoir. Ils sont aussi des espaces de rivalité interne, où les
agents luttent pour contrôler les ressources et l’appareil partisan.
Les partis politiques ont 3 fonctions essentielles : ils animent la vie électorale, se sont des agents
de socialisation et ils exercent ou contrôlent le pouvoir.
Les partis politiques jouent un rôle clé dans la sélection des candidats aux élections.
Ce processus peut prendre di érentes formes :
Dans ce cadre, les États-majors des partis politiques ont un rôle essentiel :
Dans les partis plus démocratiques, ce sont les adhérents qui votent pour désigner les
candidats.
Parfois, les non-adhérents peuvent aussi participer. Par exemple, lors des primaires du Parti
socialiste en 2011, il su sait de signer une charte s’engageant à partager les valeurs de la
gauche et de la République.
Pour mobiliser leurs électeurs et s’imposer dans la bataille électorale, les partis utilisent
plusieurs types de ressources :
• Ressources nancières
- Depuis la loi de 1988, les dépenses électorales sont plafonnées, et un nancement public
des partis politiques est accordé, calculé au prorata des résultats des élections.
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• Ressources militantes
• Ressources programmatiques
- Les idées di usées par les partis jouent un rôle majeur dans la structuration et l’orientation
du débat politique.
- Ces débats permettent de façonner l’opinion publique et de donner à voir des choix clairs à
la population.
Ce rôle des partis est reconnu à l’article 4 de la Constitution française, qui stipule :
« Les partis politiques concourent à l’expression du su rage. »
Les partis politiques véhiculent des informations, des connaissances et des valeurs
essentielles à l’intégration des citoyens dans le système politique.
• Ils délivrent des messages politiques di érents, re étant des visions diverses de la
société.
• Cependant, certains messages partagés par tous les partis renforcent les principes
démocratiques communs :
- L’autorité légitime conférée par les élections, soulignant que, dans une démocratie, la
légitimité des gouvernants découle du vote.
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• Discussions.
• Réunions.
• Lectures de documents.
• Participation à des réseaux associatifs.
Ces activités renforcent un lien fort de sociabilité entre les militants, souvent au sein de
projets de contre-société :
• Ces projets reposent sur des règles propres au parti et des dispositifs spéci ques de
socialisation.
Exemple : Le Parti communiste français (PCF), avec un endoctrinement très marqué.
Annie Kriegel, dans Les communistes français (1968), met en lumière cette forte socialisation
au sein du PCF.
• Guy Birenbaum, dans sa thèse sur le Front National (Le Front National en politique, 1992),
décrit une socialisation intense entre militants du FN, caractérisée par :
Lorsque les candidats des partis accèdent au pouvoir, ils jouent encore un rôle important. Ils
participent à l’amélioration des propositions de lois en collaboration avec des députés et des
sénateurs, ces derniers pouvant être en adéquation avec le parti gouvernemental.
Le travail de coordination des élus repose sur la discipline de vote : il est essentiel de faire bloc.
Ainsi, ils veillent à ne pas soumettre des propositions de loi contraires aux orientations du
gouvernement.
Ils s'e orcent également de justi er et de souligner le bien-fondé des décisions prises par le
pouvoir public, tout en faisant remonter au gouvernement les attentes ou les mécontentements
de la population, à l'aide d'instruments de pilotage. Par exemple, ils peuvent intervenir sur des
sujets tels que le prix du gaz et de l’essence.
Dans l’opposition, dans un régime démocratique où celle-ci est reconnue par le pouvoir ou
institutionnalisée, comme en Grande-Bretagne, ils exercent une fonction de contrôle de l’action
gouvernementale. Cela inclut notamment la saisine du Conseil constitutionnel.
Ils s’appuient également sur des concepts comme la "burocratie du PCF", développée par
Georges Burdeau, permettant à certaines catégories sociales de trouver un relais politique pour
défendre leurs intérêts spéci ques.
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Pour bien comprendre, il faut prendre en considération les caractéristiques des systèmes
partisans. Il existe trois grands types de systèmes partisans :
• Les nancements d’un lieu dans lequel le parti développe ses principes, la publicité, la
propagande, les dispositifs mis en place pour la formation des membres du parti.
• Le fonctionnement grâce à leurs militants (en déclin en Europe), qui renvoie aux di érentes
formes de rétribution du militantisme : matérielle, symbolique, a ective, etc.
• Les rivalités clientélistes, les con its pour accéder en interne au leadership, qui sont très
brutaux et très vifs. La grande rivalité entre Fillon et Jean-François Copé en 2012.
L'élection ne se joue qu'à 98 voix d’avance.
Il y a cependant une confrontation avec un phénomène : les tendances oligarchiques des partis
politiques, où un nombre restreint de dirigeants, permanents du parti, parvient à se maintenir
longtemps au sommet de l’organisation et se détache peu à peu de la base du parti.
Ils disposent de ressources déterminantes : la notoriété, l’accès privilégié à certaines
informations, l’accès aux nances. Ils possèdent les instruments de propagande et béné cient de
nombreux privilèges liés à leur statut.
Il y a une distance croissante entre les personnes qui occupent des postes importants et la base,
les adhérents et militants, qui s’accentue à mesure que les partis se professionnalisent.
De plus, le recrutement se fait par sélection. Petit à petit, les responsables de parti n'ont pas les
mêmes origines ni les mêmes caractéristiques sociales que les individus qui constituent la base
du parti.
Ainsi, au sein de nombreux partis, il existe un décalage entre les représentants et les représentés.
C’est certainement l’un des facteurs explicatifs de l’émergence de nouveaux partis politiques qui
prennent leurs distances vis-à-vis du fonctionnement des partis politiques professionnels. Moins
de fonctionnement, moins hiérarchisé, plus représentatif de la société civile et misant souvent sur
un militantisme numérique.
Par exemple, Podemos en Espagne, en janvier 2014, marque une rupture avec les partis
politiques traditionnels.
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Les médias sont l’ensemble des instruments et des dispositifs qui permettent la communication
de données en vue de renseigner, cultiver, apprendre et distracter.
Par exemple : la presse écrite, la radio, le cinéma, internet, la télévision.
• Le stade de la civilisation audiovisuelle : 20e siècle. Les rapports entre les médias et la
politique sont sujets à controverse. Ce qui se développe alors, c’est l’information en
direct et la massi cation de la di usion de l’information : la culture de masse.
La question est : les médias constituent-ils un contre-pouvoir, un 4e pouvoir, ou sont-ils
inféodés au pouvoir ?
Il y a des e ets politiques des médias : ces e ets sont-ils réels ou fantasmés ? Peut-on les
évaluer ?
Les médias jouent un rôle d'interface entre les personnes et la scène politique. En cela, ils sont
régulièrement analysés comme des vecteurs dans la construction de l’opinion politique.
Certaines études montrent que la variable médias ne peut pas expliquer les préférences
électorales et idéologiques des individus.
Pour autant, il existe 2 grands courants d’analyse en sciences sociales qui pensent que les
médias ont un rôle déterminant dans les décisions idéologiques et électorales chez les
individus.
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Au cours des années 1980, les politiques ont insisté sur la formation des médias : électeur
stratège (bonne connaissance de l’o re politique grâce aux médias et se déterminent de manière
rationnelle dans une logique coût-avantage et vont opérer des choix qui leur sont les plus
pro tables avec le plus de béné ce).
Les médias peuvent jouer un rôle important dans le choix de l’électeur en fonction de cet accès
aux médias.
Certains auteurs sont assez critiques vis-à-vis de la capacité des médias à manipuler les
masses.
Ensuite, on insiste sur l’idée que les médias sont critiqués dans les sociétés modernes, où les
individus seraient de plus en plus isolés et démunis face à la communication politique. La
puissance de séduction et de persuasion des médias peut s’avérer considérable.
Serge Tchakhotine, sociologue et politiste allemand d’origine russe (1883-1973), est l’un des
premiers à développer cette idée. En 1939, il publie son ouvrage : « Le viol des foules par la
propagande politique ». Il y décrit la propagande à visée publique utilisée pour manipuler les
masses et leur façon de penser. À travers la mobilisation de musiques et slogans, certains
régimes ont réussi à embrigader et à séduire les foules.
Cette vision est aujourd’hui réactivée par d’autres acteurs. En e et, la croyance dans le pouvoir
des médias est aussi véhiculée par les médias eux-mêmes. Les professionnels de la
communication ont intérêt à entretenir cette idée pour légitimer leur profession. Ils alimentent
la croyance qu’on ne peut pas exister politiquement sans les médias, qu’ils sont capables
d’in uencer l’opinion publique, et qu’ils ont des e ets indéniables sur la popularité des
personnalités politiques ainsi que sur les choix électoraux.
Cela incite les dirigeants de partis politiques à con er leurs campagnes à ces professionnels.
Ainsi, les médias seraient en capacité d’in uencer directement l’opinion publique, avec des e ets
déterminants sur la popularité des hommes et femmes politiques et sur les résultats électoraux.
Paul Lazarsfeld, politiste américain (1901-1976), a mené plusieurs études sur l'in uence des
médias, notamment dans Le choix du peuple (1944) et Écoute de la radio (1948). En observant
l’écoute de la radio aux États-Unis, il cherchait à savoir si ce média in uençait les opinions
politiques des Américains.
Conclusion : Lazarsfeld montre que la radio in uence très peu les choix de vote. Il développe
trois arguments principaux :
- Les choix électoraux sont avant tout déterminés par les caractéristiques sociales des
individus et de leur entourage. Les relations interpersonnelles et l’in uence des groupes
d’appartenance sont décisives dans la formation des opinions politiques.
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- Les individus s’orientent vers des messages politiques qui confortent leurs opinions
existantes, plutôt que d’être in uencés à changer de point de vue.
- Les informations politiques font l’objet d’appropriations diversi ées, en fonction des
caractéristiques sociales. Le public n’est pas un groupe homogène, et les usages des
informations varient.
Ces conclusions ont été con rmées par des chercheurs ultérieurs qui ont analysé l’impact de la
télévision, notamment René Rémond, Guy Michelat et Jean Cazeneuve, qui montrent que
l’in uence des médias de masse est limitée en raison d’une exposition, d’une perception et d’une
mémoire sélective :
Si les médias ne modi ent pas directement les convictions des individus, ils peuvent in uencer ce
à quoi ils pensent. Cela s’explique par deux mécanismes majeurs.
• L’agenda-setting
Donald Shaw et Maxwell McCombs (1972) développent cette thèse selon laquelle les médias
in uencent le contenu du débat public en hiérarchisant les informations. Cela oriente
l’attention des citoyens et des acteurs politiques vers certaines questions spéci ques.
Exemple : lors de l’élection présidentielle de 2002 en France, la focalisation médiatique sur
l’insécurité a renforcé l’inquiétude des Français et incité les hommes politiques à intégrer cette
question dans les débats.
Les médias, en traitant certaines informations, obligent les responsables politiques à les intégrer à
leur discours. Cela in uence les débats politiques et incite les citoyens à utiliser ces thèmes
pour juger les acteurs et programmes politiques.
Malgré ces analyses, il reste complexe de prouver scienti quement l’in uence des médias,
notamment en raison :
Les médias semblent davantage guider les priorités et perceptions des individus que leurs
convictions profondes, jouant ainsi un rôle essentiel dans la structuration du débat public.
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Ici, l’idée est que de nombreux politistes soulignent qu’avec l’essor des médias de masse, la vie
politique et, plus globalement, les règles du jeu démocratique ont été profondément
transformées.
Pour gagner les élections, de nombreux acteurs politiques ont recours, de manière de plus en
plus systématique, à des professionnels du marketing et de la publicité.
Avec l’essor des médias de masse, la vie politique a connu une transformation profonde,
accompagnée d’une redé nition des règles démocratiques.
Les acteurs politiques font de plus en plus appel à des professionnels du marketing.
Exemple : François Mitterrand et Jacques Chirac ont travaillé avec Élie Christie, considéré comme un
"gourou de l’image". Ces experts permettent de séduire un électorat très large, d’organiser des
prestations télévisuelles et de mettre en place des plans médias stratégiques pour gagner les
élections.
On leur demande également de créer des événements télégéniques à échéance régulière, avec
l’idée, qui s’impose progressivement, qu’il est impossible d’exister politiquement sans une
visibilité constante à l’écran.
Pour réussir, il faut être connu, reconnu et apprécié, en construisant une respectabilité basée
sur l’idée de plaire, souvent davantage que celle de convaincre.
Exemple : Ségolène Royal, alors ministre de l’Écologie en 1992, a été la première femme politique à
se laisser lmer à la maternité, dès le lendemain de son accouchement.
Pour ce faire, il est essentiel de privilégier les petites phrases, les e ets d’annonce et le
storytelling : élaborer une narration à des ns politiques.
Cependant, cette approche comporte des risques, notamment l’appauvrissement des débats.
Les responsables politiques doivent s’adapter aux rythmes médiatiques et aux sondages, en
restant constamment réactifs à l’immédiateté et à l’instantanéité de l’actualité.
Toutefois, la personnalisation de la vie politique ne peut pas être uniquement expliquée par
l’évolution technique des médias.
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Pendant longtemps, la légitimité politique reposait uniquement sur le verdict des urnes et sur
certaines ressources requises dans les assemblées parlementaires.
Avec l’essor des médias audiovisuels, ces derniers sont devenus une arène privilégiée pour les
débats politiques, bouleversant ainsi les conditions de construction du leadership. Désormais, les
responsables politiques doivent maîtriser des savoir-faire essentiels pour séduire un large public,
notamment la capacité à bien communiquer et la gestion des apparences médiatiques.
La popularité peut également être construite à travers les médias, par des sondages d’opinion ou
en valorisant médiatiquement des réussites obtenues dans d’autres domaines, comme les a aires
ou le sport.
Exemple : Donald Trump, qui a mis en avant sa réussite dans le monde des a aires et de la
télévision pour s’imposer politiquement, illustre cette nouvelle ressource de légitimation.
On observe également une modi cation de l’action politique, comme l’explique Bernard Manin
dans "Principes du gouvernement représentatif" (1995).
Il aborde cette question en soulignant que l’accélération du temps médiatique tend à favoriser
une gestion à court terme : gouverner au jour le jour, répondre aux urgences quotidiennes et
repousser les mesures impopulaires.
Pour lui, un décalage croissant se crée entre le temps de la vie politique, aligné sur le rythme
des médias (réactivité constante), et le temps des politiques publiques, qui nécessite un délai plus
long pour être correctement mises en œuvre et devenir e caces. Cette tension est
particulièrement visible en période de crise, où le media training joue un rôle clé en formant les
responsables politiques à adopter le bon comportement pour ne pas "perdre la face".
Par ailleurs, la scienti cité apparente des sondages et enquêtes d’opinion peut être trompeuse,
car tous ne sont pas rigoureusement élaborés. Pourtant, ces outils incitent parfois les
responsables politiques à construire leurs programmes en fonction des attentes d’un public ciblé,
suivant ainsi l’opinion publique plutôt que des priorités de fond.
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L’émergence d’Internet et des réseaux sociaux a suscité des visions contrastées, parfois
idéalisées, parfois pessimistes.
Ces visions extrêmes ont toutefois tendance à surestimer l’in uence des innovations
technologiques sur les systèmes politiques.
- Les élus utilisent de plus en plus des sites Internet, des comptes sur les réseaux sociaux ou
même leurs propres médias en ligne pour toucher un public élargi.
- La communication directe avec les citoyens peut court-circuiter les journalistes, mais elle
peut aussi capter l’attention de ces derniers pour relayer leurs propositions dans les médias
traditionnels.
• Ciblage et mobilisation :
- Les campagnes électorales s’appuient sur des applications mobiles pour mobiliser un
électorat ciblé.
- Internet permet de rassembler des collectifs géographiquement dispersés, de publier des
vidéos ou d’organiser des pétitions, illustrant un processus de "managerialisation" de
l’activité militante.
• Démonstration de popularité :
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- Les réseaux sociaux deviennent une preuve de popularité pour certains acteurs politiques,
qui s’en servent pour légitimer leur position.
Conclusion :
Internet et les réseaux sociaux apportent indéniablement de nouvelles opportunités pour les
acteurs politiques, mais ils ne bouleversent pas totalement les caractéristiques fondamentales
des systèmes politiques occidentaux. Leur impact reste modéré, in uencé par des facteurs
sociaux, culturels et institutionnels, qui conditionnent leurs usages et leur portée.
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Dans les rapports qui se tissent entre le pouvoir et les médias au sein des démocraties, on peut
distinguer trois grandes périodes historiques :
• Une autre phase qui est celle de la remise en cause des monopoles publics sur les
médias. On va avoir une plus grande autonomie de ces médias : processus de
privatisation des médias et souvent cela s’accompagne de la mise en place de certaines
institutions qui sont là pour garantir l’indépendance et la liberté de communicationdes
radios et des télévisions.
Exemple : en 1989, création du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel).
• Et puis une troisième phase, qui est celle de l’omniprésence des médias (la phase
actuelle), qui deviennent des arènes centrales des débats politiques.
Exemple : sondages.
Cela accroît la dépendance des acteurs politiques à l’égard des médias, et les médias
deviennent un lieu de passage obligé pour exister politiquement, pour s’imposer
politiquement.
Dans la plupart des régimes politiques non démocratiques, le pouvoir cherche à contrôler
étroitement les médias pour maîtriser l’information et pour imposer la logique du régime, un
discours o ciel.
Dans ce type de régime, la liberté des médias est le plus souvent contrainte, voire inexistante.
Exemple : classement de Reporters sans frontières chaque année, la Chine en dernière
position dans la liberté de la presse et la liberté du cyberspace. En 2014, elle s’est dotée d’une
administration du cyberespace. Depuis 2017, une législation impose une autorisation que
doivent demander aux pouvoirs en place tous les fournisseurs d’informations préalables.
Depuis 2020, ces fournisseurs se voient interdits de discuter des contenus qui peuvent mettre en
danger la sécurité nationale ou subvertir le pouvoir de l’État.
Après le coup d’État avorté en Turquie en 2016, 160 médias ont été fermés.
Les médias, dans ce cas de gure, ne sont généralement instrumentés qu’à une seule n :
valoriser les discours o cielsdu pouvoir en place et faire l’écho du pouvoir dans son pays,
voire à l’étranger.
La logique à l’œuvre est di érente dans les démocraties, puisque la liberté des médias est non
seulement reconnue, mais elle est également valorisée.
Exemple : En France, la DDHC érige la liberté de communication et de penser au rang des
droits les plus précieux de l’homme.
Pour autant, dans les régimes démocratiques, les médias et les réseaux de communication
préoccupent aussi le pouvoir. Il y a cinq idées importantes à souligner :
Tout d’abord, la tentation est souvent grande pour le pouvoir d’exploiter les informations
produites par les médias.
Exemple : internet, opérateurs téléphoniques, réseaux sociaux, etc.
Le pouvoir est souvent tenté d’utiliser ces données pour contrôler et surveiller les populations au
nom de nécessités qui sont présentées comme impérieuses, d’où parfois la tentation de ces
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En démocratie, les médias peuvent être utilisés par le pouvoir pour faciliter la di usion de
fausses informations qui vont lui permettre de légitimer son action.
Le pouvoir dé nit et applique des politiques publiques qui sont importantes dans le champ
médiatique. Le pouvoir réglemente les médias et attribue les autorisations pour émettre. Les
membres du gouvernement font souvent pression sur les journalistes.
La tentation des gouvernants en démocratie à intervenir dans les médias en vue de les
contrôler ou d’y imposer leur point de vue ne se limite pas aux médias publics.
Les médias sont de plus en plus dépendants des logiques des grands groupes industriels et
nanciers, rentabilité économique, importance des recettes publicitaires, etc. Les
responsables de ces grands groupes industriels et nanciers sont souvent proches des
hommes du pouvoir ou ont la capacité d’orienter les décisions des hommes de pouvoir.
l est aussi indéniable que les médias permettent tout de même de contrôler le pouvoir.
• Les médias permettent, à travers des conférences de presse, via les discours publics
qui sont retransmis, commentés, etc., et permettent d'établir un rapport direct avec les
dirigeants au pouvoir qui, dès lors, sont placés sous le regard des citoyens. Cela permet
aux citoyens de les évaluer, de les juger électoralement.
Exemple : 3 mai 2017, face-à-face entre Le Pen et Macron. Le Pen perd la face et cette
mauvaise maîtrise → échec aux élections.
• Les journalistes relaient aussi de plus en plus des témoignages et des images que leur
fournissent des citoyenspour dénoncer les agissements de certaines institutions.
Ces témoignages obligent les responsables politiques à intervenir pour se justi er.
Ces témoignages sont aussi utilisés par les individus eux-mêmes sur internet et sur les
réseaux sociaux pour interpeller les politiques.
Exemple : hashtag #BalanceTonTaudis à Marseille.
• Les médias mettent quotidiennement en forme des débats qui visent à informer les
citoyens et des débats qui contribuent à les sensibiliser à des enjeux relatifs à la chose
publique.
Cependant, il y a des nuances. Tout d’abord, se pose la question des rapports entre
gouvernants et journalistes. Ce contact est nécessaire, mais il peut revêtir plusieurs
formes : de la distance parfois, de la révérence, de la connivence.
Beaucoup de journalistes et de politiques ont suivi les mêmes cursus, et beaucoup font
le choix de s’engager pour soutenir certains hommes et femmes politiques.
Exemple : La journaliste Laurence Haïm qui va devenir la porte-parole du mouvement
En Marche à partir de 2017. Pierre-Henri Merabet qui va quitter le journalisme (France
2) pour être porte-parole entre 2011-2017.
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• Quelques fois, c’est la hiérarchisation de l’information par les médias qui pose
problème.
Lorsque, dans le journal de 13h de TF1, on va parler 20 secondes d’un attentat en Irak,
et 3 minutes sur un reportage sur un sabot. Qui fait cette hiérarchisation ?
• La tendance de certains médias à travestir certains faits pour faire de l’audience, c’est-à-
dire leur tendance à une chasse à l’audimat à déformer un événement pour le rendre
télégénique.
Exemple : guerre du Golfe 1990-1991 au détriment d’une analyse de fond.
Internet et les réseaux sociaux ne permettent pas toujours un plus grand contrôle du pouvoir
parce qu’ils véhiculent bien souvent aussi tout autant de rumeurs que d’informations véridiques
et analytiques. Véhicule de plus en plus : de fausses informations, des rumeurs, des thèses
complotistes. Un support privilégié d’idées démagogiques, populistes, fausses, qui prennent
pour cible la démocratie.
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CHAPITRE 1 : LE VOTE
• Olivier Ihl, Le vote, 1997
• Michel O erlé, Un homme, une voix ?, 2002
• Yves Déloye et Olivier Ihl, L’acte de vote, 2008
Le vote s’est surtout imposé à partir du XIXᵉ siècle dans les régimes démocratiques, période
durant laquelle le su rage universel devient la norme.
Cependant, le XIXᵉ siècle ne constitue pas le début de l’histoire du vote. Chronologiquement,
cette pratique est bien plus ancienne. Dans la Rome antique, le vote servait à élire les magistrats
et les représentants des assemblées du peuple.
Au Moyen Âge, certains systèmes électoraux apparaissent dans le cadre de l’Église. À partir du
XIIᵉ siècle, les cardinaux se réunissent en conclave (pièces fermées à clé) pour élire le pape, à la
majorité des deux tiers. On élit également des magistrats urbains et des représentants des
communautés communales.
Néanmoins, comme le rappellent Bernard Manin ou Olivier Christin dans son ouvrage Voxe
Populis (2014), jusqu’au XVIIIᵉ siècle, l’élection n’est pas considérée comme le mode de
désignation idéal. On privilégie souvent le tirage au sort, jugé plus démocratique. En e et, cette
méthode ne favorise pas les élites sociales et garantit une égalité parfaite, chaque individu ayant
la même chance d’accéder à une fonction publique.
Montesquieu, dans L’Esprit des lois (1748), défend le tirage au sort, qu’il considère comme propre
à la démocratie. Il écrit : « Le su rage par le sort est de la nature de la démocratie, le su rage par
le choix est de celle de l’aristocratie. Le sort est une façon d’élire qui n’a ige personne ; il laisse à
chaque citoyen une espèce raisonnable de servir sa patrie. »
Sur les enjeux actuels, Gil Delannoi, dans son ouvrage Le tirage au sort, comment l’utiliser ?
(2019), soutient que le tirage au sort peut compléter le vote pour améliorer les systèmes
démocratiques. Selon lui, cette procédure est simple, impartiale, égalitaire, et permet d’obtenir un
échantillon représentatif de la population.
Cependant, Bernard Manin explique que le vote s’est imposé progressivement au XIXᵉ siècle
parce qu’il est perçu comme fondateur du contrat social. Le vote engendre une forme d’obligation
de consentement au pouvoir de ceux que l’on a désignés, ce qui légitime les dirigeants, un e et
que le tirage au sort ne peut produire, car il repose sur le hasard.
L’arrivée du citoyen sur la scène élective s’est opérée progressivement au XIXᵉ siècle, en lien avec
plusieurs phénomènes. Tout d’abord, la reconnaissance croissante de la valeur de l’individu,
désormais vu comme neutre, autonome et capable de penser par lui-même. Ensuite, la
structuration d’un espace public façonné par la presse à grand tirage. En n, l’émergence des
premiers marchés politiques, qui impliquent la constitution de groupes politiques où se déroule la
compétition électorale.
Au début, les marchés politiques étaient censitaires. Ils supposaient une proximité entre les
candidats et les électeurs, marquée par des relations individualisées. Par exemple, sous la
Monarchie de Juillet (1830-1848), les collèges électoraux étaient restreints à environ 600
électeurs, qui votaient souvent pour un notable local connu personnellement. Ces notables
développaient des pratiques clientélistes : o rir le gîte et le couvert aux électeurs ou couvrir leurs
frais. Ces pratiques sont bien décrites par Daniel Gaxie dans L’explication du vote (1995).
Avec l’élargissement du su rage à partir de 1848, ce modèle s’est transformé. La notoriété locale
ne su sait plus, et des partis politiques structurés ont émergé, se spécialisant dans la conquête
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des votes. Le politicien moderne fait désormais carrière au sein de ces partis et se
professionnalise.
L’histoire du su rage montre aussi des discriminations persistantes. Par exemple, sous la
Révolution française, seuls les citoyens dits « actifs » (hommes majeurs et imposés) pouvaient
voter, tandis que les citoyens « passifs » (femmes, mineurs, domestiques, etc.) en étaient exclus.
Ce n’est qu’avec la Deuxième République (décret du 5 mars 1848) que le su rage universel
masculin est instauré, étendant le droit de vote à plus de 9 millions de citoyens français. Par la
suite, d’autres catégories exclues ont été intégrées :
À travers le vote, on considère que chaque citoyen exprime librement une opinion à caractère
politique, c’est-à-dire qu’il s’a ranchit des di érentes pressions et allégeances qu’il peut subir.
Dans ce processus, on souligne l’importance de la pratique du vote secret (l'isoloir), qui se
développe dans les États démocratiques, comme l’énonce l’article 3 de la Constitution.
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) aux États-Unis précise à l’article 21
que « les élections doivent être honnêtes, cela suppose que le su rage soit secret ou qu’il
obéisse à une procédure équivalente assurant la liberté du vote. »
Alain Garrigou s’est intéressé à ce dispositif dans son ouvrage Le vote et la vertu : Comment les
Français sont devenus électeurs. L’isoloir s’impose avec la loi du 29 juillet 1913, dont l’objectif est
d’assurer le secret et la liberté du vote ainsi que la sincérité des opérations électorales.
Cet isoloir a été instauré pour la première fois en Australie, sous l’appellation « Secret Ballot ».
L’isoloir vise à individualiser le vote et permet à l’électeur de s’a ranchir des allégeances
communautaires et de l’encadrement nobiliaire des élections. Alain Garrigou explique qu’avant le
XIXe siècle, la dimension collective du geste électoral était manifeste. Cela se traduisait par un
étroit contrôle des scrutins, notamment dans les communautés villageoises, où l’on votait en
cortège sous la direction d’un notable local qui achetait souvent les votes par des pratiques
clientélistes.
Les résultats électoraux re étaient alors davantage la capacité des notables à mobiliser des
allégeances en leur faveur qu’un choix libre des électeurs.
L’isoloir permet, en pratique, de faire émerger le citoyen libre et d’assurer la con dentialité de son
vote. Il crée ainsi un espace privé au sein de l’espace public. Chaque votant peut désormais
garder son opinion secrète, éviter d’éventuelles sanctions et se trouve dans l’impossibilité de
prouver son choix électoral.
Jean-Paul Sartre jugeait cependant négativement l’isoloir, qu’il considérait comme un moyen de
trahir son groupe d’appartenance. Il quali ait l’élection de « piège à cons » : selon lui, elle isole
chaque citoyen et lui permet de cacher sa décision ou de mentir sur son choix.
Le vote est également un rituel, impliquant des lieux, une temporalité, des messages, et des
pratiques qui se sont développées en opposition à la violence.
L’élection permet l’expression de la nation, l’apprentissage de la citoyenneté, et l’imposition
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paci que d’une opinion. Dès 1848, cette idée de refus de la violence à travers le vote s’impose.
Selon cette perspective, la démocratie doit se construire par le vote et non par les armes ou la
violence.
Cette idée est reprise par le caricaturiste et peintre Honoré Daumier dans une lithographie de
1869, où un ouvrier brandit un bulletin de vote. Pour les républicains, ces bulletins deviennent une
arme plus e cace que la violence, notamment contre la politique de Napoléon III.
Yves Deloye et Olivier Ihl insistent sur ce lien dans un article intitulé La civilité électorale,
soulignant que l’essor du vote contribue à forclore la violence :
• En démocratie, les résultats des urnes deviennent peu à peu le seul mode acceptable de
gestion des con its.
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CHAPITRE 1 : LE VOTE
Section 2 : les analyses déterministes et stratégiques du comportement électorlale
Le CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po), spécialisé dans l’analyse du vote,
distingue deux types d’approches. Ces approches considèrent que les orientations du vote sont
conditionnées par certaines variables décisives.
Certains auteurs estiment que l’environnement dans lequel évolue un électeur peut être
déterminant pour comprendre ses choix de vote.
André Siegfried, précurseur de la sociologie électorale, explore cette idée dans son ouvrage
"Tableau politique de la France de l’Ouest" publié en 1913. Il y analyse les résultats électoraux de
la n du XIXe siècle en Normandie, Bretagne et Pays de la Loire à travers des variables
écologiques (nature du sol, par exemple) et morphologiques (organisation de l’habitat).
• Dans les régions à sol granitique, où l’habitat est dispersé et où les grandes propriétés
dominent, les électeurs votent majoritairement pour des partis conservateurs. Ces zones,
fortement in uencées par l’Église catholique, favorisent un vote à droite.
• En revanche, les électeurs des zones à sol calcaire, où l’habitat est groupé et les petites
ou moyennes propriétés prévalent, montrent une tendance à voter à gauche. Ces régions,
marquées par un esprit égalitaire et une moindre in uence de la religion catholique,
privilégient des idées progressistes.
Ces travaux posent les bases de la sociologie électorale en France. Yves Lacoste s’inspirera de
cette approche pour expliquer, en géographie, les tendances électorales en fonction des
transformations de l’habitat.
Dans les années 1940, une école de sociologie électorale voit le jour à l’université Columbia, aux
États-Unis. Prolongeant les travaux de Siegfried, elle insiste également sur les variables
écologiques. Paul Lazarsfeld, une gure clé de cette école, conclut que l’in uence du milieu social
et des interactions interpersonnelles au sein des groupes primaires est déterminante pour
expliquer le vote.
Selon Lazarsfeld :
Quelques années plus tard, dans les années 1960, l’école du Michigan introduit une nouvelle
approche, en utilisant des sondages d’opinion par questionnaires. Angus Campbell, auteur de
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"The American Voter" (1960), propose un modèle déterministe qui met l’accent sur les variables
sociales tout en élargissant le cadre d’analyse.
En France, de nombreux politistes cherchent à a ner ces analyses. Ils tentent de déterminer le
rôle joué par des variables sociales lourdes (classe sociale, religion, origine ethnique, etc.) dans
les choix électoraux, tout en prenant en compte l’évolution des contextes sociopolitiques.
Beaucoup d’études constatent qu’entre 1945 et le début des années 1980, les femmes sont
réticentes à voter pour les partis et candidats de gauche.
Janine Mossuz-Lavau, qui étudie ce phénomène dans son article « Le vote des femmes en France
» (1993), constate qu'à partir des années 1980, il y a un rééquilibrage. Celui-ci s’explique par les
mouvements féministes, l’augmentation du niveau d’instruction des femmes et une in uence
religieuse moins marquée chez elles.
De même, la réticence des femmes à voter pour les candidats d'extrême droite s’estompe. Cela
s’observe, par exemple, avec le vote des femmes pour Marine Le Pen lors des dernières élections
présidentielles : 20 % des femmes ont voté pour elle au premier tour. La stratégie pour capter le
vote des femmes inclut un éloignement des discours et références violents, qui rebutaient les
femmes, ainsi qu'une mise en avant de gures féminines et d'actes concrets.
Le vote des jeunes a une tendance antisystème, critique vis-à-vis de la classe politique
traditionnelle, comme l'extrême gauche dans les années 60, les Verts dans les années 80, et en
faveur de Mélenchon en 2017.
Anne Muxel, dans « Avoir 20 ans en politique : les enfants du désenchantement » (2010), explique
que Mélenchon arrive en tête parmi les jeunes, avec 30 % des 18-25 ans. On observe ici une
fracture générationnelle. Lors des présidentielles de 2017, c'est dans cette catégorie qu’on trouve
le plus d'abstentionnisme : un tiers des jeunes s'abstiennent.
On constate également une tendance à voir le vote à gauche baisser à mesure que l'âge du
votant augmente : à partir de 60 ans, un vote conservateur émerge, lié à la transmission d’un
patrimoine, ce qui explique ce phénomène.
Cet e et de patrimoine est souligné par l’ouvrage d’Elisabeth Du Poirier et Jacques Capdevielle
« La France de gauche vote à droite » (1981).
En e et, cet e et se manifeste en 2007 au deuxième tour, avec 60 % des plus de 60 ans votant
pour Nicolas Sarkozy ; en 2012, 59 %, et en 2017, c'est François Fillon qui capte le plus de voix
chez les personnes âgées. Ce qui est intéressant, c’est que plus l'âge du votant est élevé, plus le
vote se porte en faveur de François Fillon : 27 % des 60-69 ans et 45 % des plus de 70 ans.
C. Le lieu de résidence :
Jacques Lévy et Hervé Le Bras mettent en avant la spéci cité du vote dans les zones
périurbaines : un vote plutôt favorable à l'extrême droite, qu'ils mettent en relation avec un
phénomène inédit ayant transformé l’espace géographique français : la recon guration des
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Certains politistes insistent sur l'importance de l'éloignement spatial du centre des villes, qui
serait à la source de certaines frustrations pouvant alimenter un vote protestataire.
Exemple : pendant les élections présidentielles de 2017, on constate un contraste entre le vote
des 20 plus grandes villes de France, qui sont en faveur d’Emmanuel Macron, et celui de la
France périphérique :
• Marine Le Pen ne parvient pas à s’imposer en tête dans les grandes villes françaises.
À Paris, elle ne s’impose dans aucun arrondissement : score faible (4,99 %), bien moins
qu’en 2012. Très loin des principaux autres candidats. Macron remporte 13
arrondissements sur 20, Mélenchon est à 19,5 %, et Hamon à 10 %.
À Lyon, Le Pen est en 5e position (8,9 %), derrière Hamon.
À Toulouse, 5e également (9,3 %).
À Marseille, Le Pen obtient 23 % et Mélenchon 24 %.
Entre les élections présidentielles de 2002 et 2017, le FN a gagné énormément de voix :
5,5 millions en 2002, 7,5 millions en 2017, soit 2 millions de voix en plus.
Cela montre une implantation en profondeur dans les petites communes et au cœur du
monde rural. Le FN s’impose particulièrement dans les régions du nord, du nord-est et du
sud-est.
Le FN obtient régulièrement autour de 30 % dans ces zones.
En Nouvelle-Calédonie, il atteint 32,5 %, et en Polynésie française, il enregistre des scores
similaires.
La France compte environ 38 000 communes. Marine Le Pen arrive en tête dans 18 845
communes, soit une commune sur deux, tandis qu’Emmanuel Macron arrive en tête dans
7 222 communes, principalement dans les aires urbaines, la zone ouest du territoire.
Il existe un clivage net entre une France prospère, principalement en faveur de Macron et
Fillon (zones littorales de Nantes à Bordeaux, les deux Savoie, la Bretagne et la région
parisienne), et d’autres territoires en di culté économique, qui adoptent un vote
protestataire : les Hauts-de-France, le Grand Est, et le Centre.
Certaines banlieues pauvres des métropoles riches, comme la Seine-Saint-Denis, votent
massivement pour Mélenchon.
Derrière cette variable géographique, se dissimulent d’autres réalités sociales qui peuvent
avoir une incidence sur le vote : la répartition territoriale des groupes sociaux et des
classes d’âges dans les grandes villes.
Chez beaucoup de petits commerçants, leur statut d'indépendant les inclinait à voter de manière
préférentielle à droite : il existe une opposition nette entre les indépendants et les salariés, qui
votent plutôt à gauche.
Ce clivage a été important jusqu’au début des années 2010. Le second tour des élections de
2007 et 2012 con rme cette tendance.
Ce vote de classe s’estompe de plus en plus avec le temps, et la corrélation entre ouvriers et
préférence électorale à gauche est de moins en moins marquée (elle était prégnante avant 1978,
avec 70 % des ouvriers déclarant voter pour un parti de gauche).
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E. Corrélation
La corrélation est moins forte car : Il y a une érosion du programme du vote de classe chez les
ouvriers, à mettre en relation avec les crises économiques qui ont engendré de profondes
reconstructions industrielles. Aujourd’hui, environ 3/5 des ouvriers évoluent dans le secteur
industriel et 2/5 dans le secteur des services.
Le phénomène de l'abstentionnisme a ecte une partie des classes populaires et du milieu ouvrier.
Beaucoup d’ouvriers travaillent dans des PME, la présence syndicale étant moins a rmée, et ils
subissent des conditions de travail précaires. Cela explique leur prise de distance vis-à-vis de la
lutte collective, qui était auparavant propice à alimenter un vote de gauche (ouvrage de Nonna
Mayer et Céline Braconnier, Les inaudibles : sociologie politique des précaires).
Beaucoup d'ouvriers ne votent plus à gauche, soit parce qu’ils en sont déçus, soit parce qu’ils
considèrent ne pas être su samment représentés. Certains partis de gauche se sont de plus en
plus adressés à des classes plus larges, plus seulement aux classes ouvrières, car certains
candidats de droite et d’extrême droite sont parvenus à les séduire en formulant un nouveau type
de discours. Ex : Nicolas Sarkozy qui fait référence à Jean Jaurès.
Il est de plus en plus compliqué de corréler une préférence électorale avec l’appartenance à une
catégorie socio-professionnelle, car cette approche suppose d’appréhender de manière précise
les réalités complexes auxquelles renvoient les milieux socio-professionnels dans lesquels les
individus évoluent. Il est di cile de saisir précisément la nature de la profession exercée, le niveau
d'étude requis, le montant de la rémunération, ou encore l’activité syndicale.
La pratique religieuse :
Plus la pratique religieuse est intensément développée chez un catholique, plus il aura tendance à
voter à droite. Ceux sans religion auront tendance à voter à gauche.
Exemple : lors de l’élection de 1978, 82 % des catholiques pratiquants déclarent avoir voté à
droite. 74 % des électeurs catholiques pratiquants votent pour Jacques Chirac au second tour de
1995, 71 % en 2007 pour Nicolas Sarkozy, 76 % en 2012 pour Nicolas Sarkozy, et 55 % en 2017
pour François Fillon.
Cela ne concerne qu’une partie des votants, et l’importance de ce groupe ne cesse de diminuer
au l des années avec une pratique religieuse de moins en moins forte.
Certaines études sur les votes des citoyens musulmans alimentent l'idée d’un vote à gauche,
mais il est di cile d’expliquer pourquoi.
F. Le niveau d’instruction
Un niveau d'étude élevé augmente chez les individus la propension à s'intéresser à la politique,
donc à voter : c'est une variable qui accroît l’adoption d’un comportement de type stratège face
au vote.
Patrick Lehingue, dans Le Vote (2011), développe l’idée qu’un niveau d'études élevé augmente la
capacité à être instruit et informé politiquement. L'électeur qui est bien informé et instruit va, plus
qu’un autre, choisir de voter pour tel ou tel candidat, parce qu’il correspond le plus à l’enjeu
auquel cet électeur instruit souhaite apporter une réponse politique.
Cela concerne cependant une minorité d'électeurs et constitue une variable di érente,
dissociable du type d’o re politique et du contexte social dans lequel s’inscrit le votant.
Certaines corrélations peuvent être établies, mais elles ne créent pas de causalité. Depuis les
années 2000, la corrélation entre un faible niveau d’instruction et l’orientation vers un vote
protestataire existe, mais il n’y a pas de causalité directe. Cela engendre une marginalisation et un
désir de reconnaissance politique.
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Est-ce qu’on vote parce qu’on est moins instruit, ou bien parce qu’on est dominé socialement, en
raison notamment d’un faible niveau d’instruction et d’éducation, ce qui engendre une
marginalisation et un désir de reconnaissance politique ?
À l’inverse, est-ce qu'il su t d’augmenter le niveau d’instruction de tous les votants pour que le
vote pour le Front National diminue ?
On ne peut pas expliquer le vote Front National uniquement par l’addition d’actes individuels ;
c’est aussi un vote qui résulte de phénomènes macroscopiques contribuant à un climat global de
crise et d’insécurité.
Conclusion :
En raison de l’érosion de plus en plus signi cative de l’in uence électorale des grands partis
politiques, il est di cile de mettre en évidence des facteurs lourds qui seraient prédictifs du vote.
L’analyse écologique du vote pose la question de la causalité entre les facteurs et interroge les
variables à prendre en considération ainsi que leur corrélation avec le vote e ectué.
Des chercheurs ont établi une causalité entre le FN et la présence d'étrangers. Cela ne
fonctionnait pas lorsque la présence étrangère était faible.
Quelles sont les variables et quel degré d’in uence ces dernières ont-elles ?
Ex : si on considère que l’électeur est une femme, catholique pratiquante fervente, fonctionnaire et
institutrice attachée aux services publics, quel facteur va jouer ?
Cela devient de plus en plus di cile à saisir, car le monde évolue très vite. Mais lorsqu’il s’agit de
comprendre le phénomène de volatilité électorale, ces analyses sont beaucoup moins bien
armées.
D’autres types d’analyses, qui sont plus pertinentes, vont s’intéresser aux conjonctures de l’o re
politique.
Anthony Downs est l'un des premiers auteurs à développer une approche dans son ouvrage An
Economic Theory of Democracy, où il explique qu’il faut être attentif au choix individuel opéré par
l’électeur et à l'évolution de l’o re politique à chaque scrutin. Le vote se fait en fonction des
enjeux considérés comme primordiaux et prioritaires, ce qu'il appelle « Issue voting ».
Cette perspective est approfondie par les politistes américains Norman Nie et John Petrocik
dans The Changing American Voter (1979), où ils mettent en avant l’émergence d’un nouvel
électeur. En France, cette approche est reprise par Alain Lancelot et Philippe Hapert dans Le
Nouvel Électeur (1987).
Cette approche soulève des questions fondamentales, notamment celle de savoir ce qu’est un
électeur rationnel. Un électeur rationnel est supposé être dans une situation idéale de vote,
informé de toute l'o re politique. Pourtant, cela devient problématique quand les candidats sont
nombreux (par exemple, en France en 2007, où il y avait 10 candidats).
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Si l’électeur opère un calcul coût-avantage, comment être certain que ce calcul n’est pas
in uencé par d’autres facteurs ?
La conjoncture électorale peut être dominée par des enjeux clairs ou non, et cela dépend du type
d’électeur, plus ou moins compétent politiquement.
La notion de « marché politique » doit être interrogée. Les électeurs sont attentifs à l’o re
politique et vont faire des choix dans l’espoir que ces derniers seront béné ques. Toutefois, une
grande partie des électeurs n’est pas intéressée par la politique. Beaucoup sont désabusés ou
éprouvent une dé ance vis-à-vis de la politique.
L’acte de vote peut résulter de motivations autres que rationnelles, telles que la dimension
imaginaire, symbolique et émotionnelle du vote. Par exemple :
Une enquête peut demander aux électeurs quels sont les enjeux qu'ils considèrent importants
pour leur vote. Mais cela soulève une question importante :
•Comment dé nir une liste d’enjeux de manière objective et non arti cielle ?
•Peut-on vraiment comprendre pourquoi un électeur a voté pour un candidat simplement
en fonction de ces enjeux ?
Les électeurs eux-mêmes peuvent produire une analyse des raisons de leur vote, mais cela pose
la question de la sincérité de leurs a rmations. L’électeur peut-il être certain que son choix n'est
pas in uencé par son entourage ou son milieu social ?
L’approche par les choix individuels peut également être utilisée pour comprendre l’abstention,
ainsi que les votes blancs et nuls. Ces votes peuvent constituer une forme de rejet de l’o re
politique proposée. De plus en plus, les électeurs s’abstiennent de voter ou choisissent de ne pas
se déplacer.
Les seules élections où l’abstention est moins marquée sont les élections présidentielles. Par
exemple, en 2017, l’abstention était de 21,31 % au premier tour, soit environ 9 millions
d’électeurs.
L’analyse de l’abstentionnisme :
Une grande étude menée par Alain Lancelot en 1968 sur l’abstentionnisme électoral en France
explique que celui-ci est lié à plusieurs facteurs :
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Anne Muxel, dans son article La Poussée des Abstentions (dans l’ouvrage de Pascal Perrineau, Le
Vote de tous les Refus), explique que l’abstention est devenue une réponse politique à part
entière. Un individu peut choisir de ne pas voter pour signi er que l’o re politique ne lui convient
pas. Cela re ète une crise de con ance entre les citoyens et leurs représentants, et parfois un
refus de la démocratie représentative.
Les votes blancs et nuls symbolisent souvent une contestation ou une manifestation d’une crise
de la représentation politique. Depuis une loi de 2014, les bulletins blancs doivent être distingués
des votes nuls, mais ils ne sont pas pris en compte dans le calcul du su rage exprimé.
Néanmoins, leur importance est notable :
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