Cours de Géologie de l’ingénieur (CICE 105A)
Moncef ZAIRI, 2009/2010
Chapitre 3
Structures géologiques
Dans la terre, les roches subissent continuellement des forces qui tendent à les déformer par
plissement, flexion ou fracturation. La déformation (strain) traduit la modification de la forme
ou des dimensions des roches. Les forces responsables de la déformation sont appelées
contraintes (stresses).
3.1 Contraintes et déformations
La contrainte est une force appliquée à une surface. Une contrainte uniforme est une
contrainte où les forces agissent d’une manière égale de toutes les directions. Dans la terre, la
pression due au poids des roches est une contrainte uniforme, et généralement qulifiée de
contrainte de confinement.
Si les contraintes ne sont pas égales de toutes les directions, on parle de contraintes
différentielles. Ces dernières sont de trois types (figure 3.1):
- contrainte de traction (ou d’extension) ;
- contrainte de compression ;
- contrainte de cisaillement.
Figure 3.1 Types de contraintes.
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La déformation est définit comme la variation de la forme, des dimensions ou des volumes
d’un matériau.
Lorsqu’une roche subit une contrainte, elle passe par trois étapes de déformation (figure 3.2):
- déformation élastique ou réversible
- déformation ductile ou irréversible
- rupture ou fracturation
Figure 3.2 Types de déformations
Les matériaux terrestre peuvent être subdivisé en deux familles en fonction de leurs
comportements sous stresses (figure 3.3).
- Les matériaux fragiles (brittle) ayant un comportement élastique faible ou étendu mais un
comportement ductile (plastique) très réduit avant rupture.
- Les matériaux ductiles ont une région réduite de comportement élastique mais une large
région de déformation ductile (plastique) avant la rupture.
Figure 3.3 Comportements fragile et ductile.
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Les déformations subies par l’écorce terrestre au cours des phases orogéniques sont visibles
aujourd’hui dans les structures dites tectoniques. Schématiquement, on distingue les
déformations discontinues (tectonique cassante) dont les témoins sont les diaclases, les fentes
et les failles et les déformations continues (tectonique souple) traduites généralement par des
plis.
Les témoins de ces déformations sont bien exprimés par les roches de la croute terrestre. En
effet, les strates sédimentaires sont à l’origine horizontales alors qu’on peut rencontrer ces
strates inclinées dans les affleurements géologiques témoignant ainsi de la présence d’un
épisode de déformation.
Pour définir l’orientation d’une manière unique l’orientation d’une structure plane (couche
géologique, on utilise la notion de direction (strike) et de pendage (dip).
Pour un plan incliné la direction traduit l’angle que fait une ligne horizontale sur le plan par
rapport au Nord.
Le pendage est l’angle entre un plan horizontal et le plan incliné mesuré perpendiculairement
à la direction du plan incliné (figure 3.4).
Figure 3.4 Direction et pendage d’une couche.
3.2 Diaclases et fentes
Les diaclases sont des discontinuités sans déplacement relatif, d’extension métrique à
décamétrique, d’espacement métrique et d’ouverture variable. Le réseau de diaclases est
souvent à peu près perpendiculaire aux strates des roches sédimentaires. Leur origine est
tectonique, mais il faut citer aussi les fractures de retrait liées au refroidissement des roches
volcaniques. Jointives aux extrémités, les fentes présentent souvent une allure sigmoïdale. Les
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ouvertures se font par traction sous contrainte parallèle à leur direction. Elles sont comblées
par des cristallisations, souvent de calcite, croissant perpendiculairement à leurs lèvres.
3.3 Failles
Ce sont des fractures avec déplacement relatif des compartiments. Les surfaces de glissement
ou miroirs de failles sont généralement striées et permettent de déterminer le sens du
déplacement. La dimension des failles va du mètre à la centaine de kilomètres (on parle alors
de linéaments structuraux) ; le rejet varie de quelques centimètres à plusieurs centaines de
mètres. Les failles sont généralement remplies de roches broyées ou de matériaux argileux de
mauvaise qualité, et constituent des plans de faiblesse du massif. Comme les diaclases, elles
sont souvent le siège d’importantes circulations d’eau,
Les failles sont classées en fonction du déplacement relatif des compartiments de part et
d’autre de la faille. Les failles sont des structures planes et la notion de direction et de
pendage y est applicable. Ainsi, la direction et le pendage d’une faille peuvent être mesurés.
Le rejet désigne l’amplitude du déplacement relatif.
On distingue les principaux types de failles suivants :
- Faille normale : Il s’agit de fractures résultant de contraintes de traction (ou distension)
dans des roches fragiles où le bloc supérieur se déplace vers le bas par rapport au bloc de
base (figure 3.5).
Figure 3.5 faille normale
Les failles normales apparaissent généralement en séries avec des failles adjacentes ayant des
pendages opposés. Dans ce cas les blocs effondrés forment des grabens et les blocs soulevés
forment les horsts (figure 3.6).
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Figure 3.6 Horst et graben.
Une faille normale avec un plan de faille courbe et un pendage qui diminue en profondeur
peut induire une rotation du bloc effondré et un semi graben se forme. On parle également de
bloc basculé (figure 3.7).
Figure 3.7 Semi graben.
- Faille inverse : Une faille inverse résulte de l’action d’une contrainte de compression
horizontale sur une roche fragile avec un mouvement relatif vers le haut du bloc situé au
dessus du plan de la faille (figure 3.8).
Figure 3.8 Faille inverse
- Faille chevauchante : C’est un cas particulier de faille inverse avec un pendage inférieur à
15° (figure 3.9). Les failles chevauchantes peuvent avoir des déplacements considérables
pouvant atteindre des centaines de kilomètres résultant d’un chevauchement de couches
récentes par des couches plus anciennes.
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Figure 3.9 Faille chevauchante
- Décrochement : Les décrochements sont des failles où le mouvement relatif des deux
compartiments se fait suivant une direction horizontale. Les décrochements résultent de
contraintes de cisaillement agissant sur la croute. Ils sont de deux types en fonction du
sens de déplacement. Un décrochement est dextre quand le compartiment observé se
déplace vers la droite, sénestre quand le déplacement se fait vers la gauche (figure 3.10).
Figure 3.10 Décrochement sénestre et décrochement dextre
3.4 Les Plis
La déformation ductile des roches induit leur plissement et les structures résultantes sont les
plis. Ils sont le résultat de contraintes de compression agissant au cours de longues périodes
de temps. On distingue différents types de plis :
- Monoclinal
C’est le type de plis le plus simple. IL représente une flexure de couches initialement
horizontales et dont les extrémités restent horizontales (figure 3.11).
Figure 3.11 Monoclinal
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- Anticlinal : Les anticlinaux sont des plis où les couches à l’origine horizontales sont
raccourcis dans le plan horizontal et élevées verticalement. Ainsi une couche se trouve en
position basse sur les flancs par rapport à la charnière du pli (figure 3.12). En traversant
l’axe d’un pli anticlinal, le pendage des couches s’inverse.
Figure 3.12 Anticlinal
- Synclinal : Les synclinaux sont des plis où les couches à l’origine horizontales sont
raccourcis dans le plan horizontal et abaissées verticalement. Ainsi une couche donnée se
trouve en position haute sur les flancs par rapport à la charnière du pli (figure 3.13). En
traversant l’axe d’un pli anticlinal, le pendage des couches s’inverse.
Figure 3.13 Synclinal
3.5 Description géométrique des plis
Les plis sont décrits par leur forme et orientation. Les côtés d'un pli sont appelés des flancs.
Les flancs se rejoignent à la charnière. La ligne reliant tous les points de la charnière est
appelée axe du pli. Dans les diagrammes précédents (figures 3.12 et 3.13), les axes de pli sont
horizontaux. Cependant, si l’axe de pli n'est pas horizontal, le pli est appelé un pli de
plongeant et l'angle que fait l'axe du pli avec une ligne horizontale est appelée plongement
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axial. Le plan imaginaire contenant l'axe du pli et divise le pli symétriquement est appelé le
plan axial du pli (figure 3.14).
Figure 3.14 Pli plongeant.
Classification des plis : Les plis sont classés en fonction de leur apparence (figure 3.15):
-Si les pendages des deux flancs du pli sont les mêmes, le pli est dit symétrique;
-Si les pendages des deux flancs du pli sont différents, le pli est dit asymétrique;
-Si les contraintes de compression qui donnent le pli sont intenses, les flancs sont parallèles et
on parle de pli isoclinal (même angle).
- dans le cas d’un plissement intense, les couches d’un flanc deviennent à l’envers, le pli est
appelé un pli renversée. Un pli renversée avec un plan axial qui est presque horizontal est
appelé un pli couché;
- Un pli qui n'a aucune courbure dans sa charnière et les flancs forment un motif en zigzag est
appelé un pli en chevron ;
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Figure 3.15 Différentes formes de plis.
Les roches de propriétés mécaniques différentes se comportent différemment lorsqu’elles
sont soumises aux mêmes contraintes. En effet, certaines se fracturent (roches fragiles) alors
que d’autres se plissent (roche ductile). Les roches ductiles peuvent également se fracturer
après un grand degré de plissement. Ainsi dans de nombreux cas les plis et les failles
constituent des structures associées qui se trouvent en même lieu (figure 3.16).
Figure 3.16 Structures associées (pli et faille).