Cat Devant Une Brulure Caustique de L
Cat Devant Une Brulure Caustique de L
Dr DONGMO A.
OBJECTIFS
-Enoncer les mécanismes étio-pathologiques d’une brulure caustique
-Enoncer les principes de la démarche diagnostique devant d’une brulure
caustique
-citer et reconnaitre les complication des brulures caustiques
-Planifier le traitement d'une brulure caustique
I - GENERALITES
La plupart des ingestions (75 %) et a fortiori celles qui provoquent les lésions
les plus graves (95 %) ont lieu dans un but suicidaire.
Cet acte peut survenir dans le cadre d’une affection psychiatrique franche
(schizophrénie ou accès mélancolique), connue dans 50 % des cas, ou plus
souvent dans un tableau moins caractéristique dans lequel le geste a été
impulsif, réalisé sans réel désir de la mort, sa gravité ayant été sous-estimée .
1.2-Physiopathologie
Les lésions rencontrées varient selon la quantité, la forme et la nature du
produit ingéré.
1.2.1-Quantité de produit ingérée
L’ingestion massive d’un produit de forte causticité induit des lésions diffuses
et sévères ; le cas se présente en général en cas d’absorption volontaire.
Inversement, une absorption accidentelle donne généralement lieu à des
lésions peu sévères.
B-Acides
Les acides forts (acide chlorhydrique, acide sulfurique, acide nitrique) ont un
pH inférieur à 1 et leur concentration est variable selon les produits. Les
formes concentrées ont une causticité semblable à celle des bases fortes.
En cas d’ingestion massive, les lésions sévères sont localisées
préférentiellement en distalité, sur l’estomac et le duodénum, en raison de la
grande fluidité de ces produits .
L’émission de vapeur lors de l’ingestion peut induire des lésions
trachéobronchiques.
Les ions H+ provoquent une nécrose de coagulation, à l’exception de l’acide
hydrofluorique qui provoque une nécrose de liquéfaction. Cette nécrose de
surface est d’emblée maximale et tend à limiter, l’extension des lésions vers les
plans profonds.
Le délai d’installation des lésions maximales est, comme pour les bases fortes,
de 3 à 6 heures.
C-Oxydants
L’eau de Javel est le principal oxydant improprement ingéré et, la plupart du
temps, il s’agit d’ingestion de formes diluées qui n’induisent
qu’exceptionnellement des lésions sévères.
Pour constituer une brûlure chimique, les oxydants doivent être ingérés sous
forme concentrée et avoir un temps de contact prolongé avec les muqueuses.
Ainsi lorsqu’elles existent, les lésions sont essentiellement gastriques et
peuvent se révéler après un intervalle libre supérieur à 24 heures.
N. B: Certains produits caustiques ont, outre leur toxicité locale, des toxicités
systémiques qui peuvent mettre en jeux le pronostic vital. Ainsi, les acides
fluorhydriques, oxalique et phosphorique sont de puissants chélateurs du
calcium et peuvent entraîner des complications neurologiques et surtout
cardiaques, à type de fibrillation ventriculaire. Il en est de même du
formaldéhyde. Les acides et les bases fortes peuvent entraîner des troubles
hydroélectrolytiques à type d’hypernatrémie, d’hyperkaliémie et d’acidose
métabolique.
BASES ACIDES OXYDANTS
Fortes : pH ≥10 Forts : pH<2 Hypochlorite de sodium
Soude caustique Acide chlorhydrique (eau de javel)
Potasse (esprit de sel) Eau oxygénée
Ammoniaque Acide sulfurique (Vitriol) Permanganate de
Acide nitrique potassium
Iode
1.3-Evolution naturelle
Lors de l’ingestion massive d’une substance à forte causticité et/ou d’un retard
dans la prise en charge chirurgicale, la brûlure s’étend par contiguïté aux
organes de voisinage dans le médiastin et l’abdomen. Sont alors
préférentiellement atteints la queue du pancréas, la rate, le lobe gauche du
foie, le côlon et le mésocôlon transverses.
En l’absence de décès précoce et, si la brûlure a été profonde, des
complications digestives à type d’hémorragie, de perforation bouchée, de
fistule gastrocolique et de fistule aorto-oesophagienne peuvent survenir
jusqu’au 21e jour.
L’atteinte trachéobronchique apparaît soit par inhalation, soit par diffusion
médiastinale de la brûlure oesophagienne . l’ateinte trachéobronchique évolue
vers: la perforation de la membraneuse trachéale ou bronchique ou vers la
constitution de fistules trachéo- ou broncho-oesophagiennes, de sténoses ou
de bronchomalacies.
En dehors de ces complications, l’évolution se fait vers la cicatrisation. Une
néoformation de tissu conjonctif sert de support à la réépithélialisation
endoluminale. Les phénomènes inflammatoires régressent et une sclérose
rétractile pourvoyeuse de sténoses s’installe, demeurant évolutive environ 6
mois.
Le risque de dégénérescence néoplasique de l’oesophage cicatriciel est
nettement augmenté par rapport à la population générale.
II - CONDUITE A TENIR
2.1-En pré-hospitalier
2.1.1-ce qu’il faut éviter de faire
Dès la prise en charge préhospitalière, plusieurs gestes sont à éviter, car ils
peuvent aggraver les lésions initiales. Ainsi sont à proscrire:
-le décubitus dorsal,
-les lavages gastriques,
-la mise en place d’une sonde gastrique,
-les vomissements induits qui exposent à une aggravation des lésions par «
second passage » du produit sur la muqueuse et entraînent un risque
d’inhalation.
-L’absorption de boissons, d’agents neutralisants comme le lait (risque
d’inhalation, réactions exothermiques) ou le charbon activé (qui perturbe
l’analyse endoscopique par la coloration de la muqueuse qu’il induit) est
également déconseillée. Aucun antidote n’est efficace.
2.2-C.A.T diagnostique
2.2.2-examen physique
Des signes de perforation digestive à type d’emphysème sous-cutané ou de
signes d’irritation péritonéale sont recherchés.
Un examen ORL est réalisé en urgence en cas de dyspnée aiguë. Cette dyspnée
peut être liée soit à une obstruction laryngée par un oedème local, lequel cède
en général sous corticothérapie intraveineuse à fortes doses, soit à une
destruction du carrefour pharyngolaryngé, imposant en urgence une
intubation ou une trachéotomie.
Peuvent s’associer:
-des signes respiratoires au premier rang desquels une dyspnée laryngée, une
tachypnée, voire une détresse respiratoire,
-des troubles cardiovasculaires à type de collapsus ou d’état de choc,
-des troubles neuropsychiques (confusion, agitation, idées délirantes).
L’examen cutané peut révéler des brûlures cutanées ou oculaires associées,
des signes de phlébotomies.
2.2.3-bilan paraclinique
Le bilan sanguin initial comprend : ionogramme sanguin, urée, créatinine,
créatines phosphokinases (CPK), lactodéshydrogénase (LDH), calcium,
phosphore, magnésium, numération formule sanguine (NFS)-plaquettes,
hémostase, recherche de toxiques, alcoolémie, gaz du sang selon la gravité.
Ce bilan est complété en fonction de la nature de l’intoxication.
Il est recommandé de faire un dosage de beta human chorionic gonadotropin
(b-HCG) chez les femmes en âge de procréer.
Un électrocardiogramme (ECG) est réalisé à la recherche de stigmates de
troubles ioniques (hypocalcémie, hypomagnésémie, hyperkaliémie).
Endoscopie digestive
La fibroscopie oesogastrique est l’élément diagnostique essentiel et détermine
le pronostic et la prise en charge thérapeutique. Elle doit toujours être réalisée
quelle que soit la gravité supposée de l’ingestion, sauf chez un patient
asymptomatique ayant ingéré accidentellement un produit simplement
irritant ou en cas d’indication chirurgicale d’emblée.
Enfin, chez les patients qui n’ont pas été opérés en urgence, l’endoscopie doit
être répétée chaque fois que l’on suspecte cliniquement une aggravation des
lésions.
Fibroscopie trachéobronchique
Une fibroscopie trachéobronchique est réalisée en cas de lésions de nécrose
(grade IIIa et IIIb) des deux tiers supérieurs de l’oesophage ou s’il existe des
signes fonctionnels respiratoires.
Elle est réalisée de préférence sur un patient intubé.
L'endoscopie permet schématiquement de classer les brûlures
trachéobronchiques en 4 stades :
Stade I : destruction superficielle de la muqueuse ;
Stade II : destruction profonde de la muqueuse ;
Stades III et IV : destruction des couches sous muqueuses plus ou moins
étendues.
Tomodensitométrie en urgence
si l’endoscopie digestive évalue avec une bonne précision l’étendue des lésions
muqueuses oesophagiennes et gastroduodénales, elle apprécie mal l’extension
en profondeur de la brûlure, qui elle seule est prédictive de complication à
type de perforation et de décès.
Une étude préliminaire a montré une excellente corrélation entre trois critères
TDM (absence de visualisation de la paroi oesophagienne et de la graisse
périoesophagienne au temps sans injection et absence de prise de contraste de
la paroi oesophagienne après injection de produit de contraste) et la présence
d’une nécrose transmurale de l’oesophage en anatomopathologie .
Etant donné qu’un traitement conservateur peut être réalisé sans risque de
complication précoce dans certains stades IIIb, la TDM n’est actuellement
indiquée qu’en cas de grade IIIb.
Critères de gravité
Des éléments de gravité peuvent être relevés dès le bilan initial ,bien que
ceux-ci n'aient pas été formellement validés par une étude contrôlée.
Ils comprennent : une ingestion massive (> 150 mL) d'un acide ou d'une base
fort, des signes de péritonite et de perforation d'un organe creux, un état de
choc, une hypoxie, une acidose et des troubles psychiques (confusion,
agitation).
Les critères endoscopiques de gravité restent bien entendu les critères
majeurs.
2.3-C.A.T thérapeutique
2.3.1-But
-combattre l’état de choc et les défaillances viscérales
-maintien de l’homéostasie , notament un support nutritionnel adéquat
-permettre le bilan lésionnel.
-Prévenir les complications (péritonite, médiastinite, en réséquant les tissus
nécrosés au stade préperforatif)
-Restaurer un circuit digestif normal, autorisant une alimentation orale.
2.3.2-Moyens et méthodes
Moyens médicaux
Le traitement médical est symptomatique et vise à maintenir l’homéostasie, à
combattre les détresses vitales et permettre le bilan lésionnel
-Le jeun: il sera associé à une alimentation parentérale totale, ou entérale via
une sonde de jéjunostomie.
En dehors des cas de nécrose diffuse, et à gravité égale, la durée du jeûne est
plus courte pour les lésions gastriques que pour les lésions œsophagiennes. En
effet, le risque de sténose séquellaire est moins grand et l’alimentation a
probablement un role trophique sur la muqueuse gastrique.
- les antalgiques sont indispensables à la phase aiguë de l'ingestion le plus
souvent par voie parentérale continue ;
-les traitements psychotropes: ils sont systématiques et doivent être adaptés
après avis du psychiatre ;
-Une consultation par un psychiatre est également un élément déterminant de
la prise en charge du patient.
- une antibiothérapie active sur les germes de la flore oropharyngée peut être
prescrite du fait du risque de surinfection des lésions, bien qu'aucune étude
n'ait évalué l'efficacité de cette attitude ;
- les anti-H2 et les autres anti-secrétoires gastriques n'ont pas fait la preuve de
leurs efficacité .
Au terme des trois semaines de surveillance, une nouvelle endoscopie statue
sur la stratégie à suivre : reprise de l'alimentation, dilatation ou chirurgie
réparatrice.
Moyens instrumentaux
-dilatations endoscopiques :
la dilatation endoscopique au ballonnet d’une sténose courte expose au risque
de récidive fréquent ce qui impose des dilatations itératives pouvant favoriser
l’apparition d’un cancer après 15 à 20 ans d’évolution.
En plus ces dilatations exposent à un risque de perforation (2-6%) sans
conséquences graves en raison de la présence d’une périoesophagite qui tend à
limiter la fuite.
Moyens chirurgicaux
2.3.3-Indications
La décision thérapeutique repose essentiellement sur les constatations de
l’endoscopie digestive, et est aidée par l’examen clinique et par l’examen TDM
abdominopelvien.
III CONCLUSION