Étude complète des documents : La résistance des Tibétains à la haute
altitude
Introduction
Les Tibétains, vivant à des altitudes élevées, montrent une adaptation unique à l’hypoxie
liée à la faible pression en dioxygène. Contrairement à d'autres populations, ils ne souffrent
pas de complications graves comme la maladie chronique des montagnes. Cette capacité
exceptionnelle est due à des modifications génétiques et à des mécanismes évolutifs
particuliers. L’analyse des six documents suivants nous permettra de mieux comprendre les
origines de cette adaptation.
Document 1 : Paramètres sanguins et rôle du gène EPAS1
Les génomes des Tibétains et des Hans ont été comparés. Les Tibétains présentent une
fréquence élevée (87 %) de l’allèle G du gène EPAS1, contre 9 % chez les Hans. Cet allèle
est associé à des concentrations modérées d’hémoglobine (16,7 g/100 mL) et un nombre
réduit de globules rouges (5,3 millions/mm³), caractéristiques qui évitent l’hyperviscosité
sanguine. Les Hans, qui possèdent principalement l’allèle ancestral C, présentent des
paramètres sanguins augmentés en altitude, ce qui augmente leur risque de complications
cardiovasculaires.
Ainsi, l’allèle G offre un avantage sélectif en altitude en maintenant une oxygénation efficace
tout en évitant les effets néfastes d’un excès de globules rouges.
Document 2 : Tableau comparatif des séquences génétiques (Geniegen)
Les séquences du gène EPAS1 ont été comparées entre les Tibétains, les Néandertaliens
et les Dénisoviens à l’aide du logiciel Geniegen. Le tableau montre une identité parfaite (100
%) entre les séquences tibétaines et dénisoviennes. En revanche, les Néandertaliens
présentent une divergence de 0,08 % avec les Tibétains et les Dénisoviens.
Ces résultats confirment que l’allèle G du gène EPAS1 chez les Tibétains provient des
Dénisoviens, via une hybridation ancienne entre ces deux groupes. L’absence de cette
séquence chez les Néandertaliens souligne une origine spécifique et distincte de cet
avantage adaptatif.
Document 3 : Fréquence de l’allèle G dans différentes populations
Une analyse approfondie révèle que l’allèle G est absent des autres populations modernes,
sauf chez les Tibétains, où il est largement dominant. Ce gène est totalement absent chez
les Chinois Hans et les populations mondiales, ce qui indique une spécificité tibétaine. Cette
spécificité génétique est directement corrélée aux caractéristiques phénotypiques des
Tibétains, telles que leur tolérance à l’hypoxie.
La prévalence élevée de cet allèle chez les Tibétains résulte de la sélection naturelle, qui a
favorisé les individus les mieux adaptés à la vie en altitude.
Document 4 : Origine dénisovienne et hybridation
Depuis 2010, les données génétiques des Dénisoviens ont révélé qu’ils formaient un
groupe humain distinct des Néandertaliens et des Homo sapiens. Une hybridation entre les
Dénisoviens et les ancêtres des Tibétains, survenue il y a environ 30 000 à 50 000 ans, a
permis l’intégration de fragments d’ADN dénisovien dans le génome tibétain. Parmi ces
fragments, le gène EPAS1, spécifique aux Tibétains, a conféré un avantage crucial pour la
survie en haute altitude.
Cette hybridation illustre comment des interactions entre espèces humaines éteintes et
modernes ont contribué à enrichir le patrimoine génétique humain.
Document 5 : Voies de migration des Homo sapiens
Les migrations humaines depuis l’Afrique, il y a environ 200 000 ans, ont conduit à une
réduction de la diversité génétique dans les groupes migrants. En Asie, les rencontres entre
Homo sapiens et Dénisoviens ont permis l’acquisition de gènes spécifiques. Les Tibétains,
descendants des populations sapiens ayant migré en Asie, ont bénéficié de cette hybridation
pour s’adapter aux conditions de vie extrêmes des plateaux tibétains.
L’environnement hypoxique a ensuite agi comme un filtre évolutif, favorisant la sélection
naturelle de l’allèle G, qui a permis aux Tibétains de survivre et de prospérer.
Document 6 : Sélection naturelle et adaptation
La sélection naturelle est le mécanisme clé qui a permis l’augmentation de la fréquence de
l’allèle G chez les Tibétains. Les porteurs de cet allèle, mieux adaptés aux conditions
d’altitude, ont survécu et se sont reproduits plus efficacement, augmentant ainsi la
prévalence de ce gène dans la population. Ce processus met en évidence l’interaction entre
environnement et génétique, où les individus possédant des caractéristiques avantageuses
sont favorisés.
En altitude, l’allèle G a permis d’éviter les pathologies graves liées à l’hypoxie, assurant ainsi
un avantage reproductif.
Conclusion
L’adaptation des Tibétains à la haute altitude repose sur une combinaison de mécanismes
génétiques et évolutifs. L’acquisition de l’allèle G du gène EPAS1, hérité des Dénisoviens, a
permis une tolérance physiologique exceptionnelle à l’hypoxie. La sélection naturelle a
ensuite renforcé la prévalence de cet allèle, offrant aux Tibétains un avantage adaptatif
crucial dans leur environnement. Ce cas illustre de manière exemplaire comment les
interactions entre espèces humaines et les pressions environnementales ont façonné les
capacités d’adaptation humaine.