Texte à commenter.
La Chartreuse de Parme raconte l’itinéraire d’un jeune aristocrate italien, Fabrice del Dongo.
Victime d’une vengeance, le personnage est emprisonné dans la citadelle de Parme. Le gouverneur
de cette forteresse est le général Fabio Conti, que Fabrice avait croisé avec sa fille Clélia sept
années plus tôt. Fabrice vient de revoir la jeune fille.
1 Il courut aux fenêtres ; la vue qu’on avait de ces fenêtres grillées était sublime : un seul
petit coin de l’horizon était caché, vers le nord-ouest, par le toit en galerie du joli palais du
gouverneur, qui n’avait que deux étages ; le rez-de-chaussée était occupé par les bureaux de
l’état-major ; et d’abord les yeux de Fabrice furent attirés vers une des fenêtres du second
5 étage, où se trouvaient, dans de jolies cages, une grande quantité d’oiseaux de toute sorte.
Fabrice s’amusait à les entendre chanter, et à les voir saluer les derniers rayons du crépuscule
du soir, tandis que les geôliers 1 s’agitaient autour de lui. Cette fenêtre de la volière n’était pas
à plus de vingt-cinq pieds de l’une des siennes, et se trouvait à cinq ou six pieds en contrebas,
de façon qu’il plongeait sur les oiseaux.
10 Il y avait lune ce jour-là, et au moment où Fabrice entrait dans sa prison, elle se levait
majestueusement à l’horizon à droite, au-dessus de la chaîne des Alpes, vers Trévise. Il n’était
que huit heures et demie du soir, et à l’autre extrémité de l’horizon, au couchant, un brillant
crépuscule rouge orangé dessinait parfaitement les contours du mont Viso et des autres pics
des Alpes qui remontent de Nice vers le Mont-Cenis et Turin ; sans songer autrement à son
15 malheur, Fabrice fut ému et ravi par ce spectacle sublime. « C’est donc dans ce monde ravissant
que vit Clélia Conti ! avec son âme pensive et sérieuse, elle doit jouir de cette vue plus
qu’un autre ; on est ici comme dans des montagnes solitaires à cent lieues de Parme. » Ce ne
fut qu’après avoir passé plus de deux heures à la fenêtre, admirant cet horizon qui parlait à
son âme, et souvent aussi arrêtant sa vue sur le joli palais du gouverneur que Fabrice s’écria
20 tout à coup : «Mais ceci est-il une prison ? est-ce là ce que j’ai tant redouté ? » Au lieu
d’apercevoir à chaque pas des désagréments et des motifs d’aigreur, notre héros se laissait
charmer par les douceurs de la prison.
Stendhal, La Chartreuse de Parme, partie II, chapitre XVIII, extrait, 1839.
Commentaire de texte
Vous commenterez l’extrait de La Chartreuse de Parme de Stendhal (texte 1).
Comprendre le texte
Pour bien commenter ce texte, il vous faudra comprendre et expliquer un paradoxe intéressant.
Parce qu’il découvre la prison, le personnage de Stendhal devrait, en théorie, être affecté ou abattu. Nous pourrions
également attendre, de la part de l’auteur, une description réaliste de la cellule et des difficiles conditions de vie qui
attendent ce jeune homme. Or, à l’inverse, Fabrice del Dongo semble apprécier cette expérience.
Quelques repères littéraires, comme des références au réalisme ou au romantisme, pourront également
se révéler utiles. Ces repères vous permettront d’analyser certaines caractéristiques importantes
de cet extrait. Cependant, ces références devront être subtiles et nuancées pour être véritablement convaincantes.
Mobiliser ses connaissances
Les mouvements littéraires nous offrent des repères précieux. Il arrive cependant que certains écrivains se trouvent au
carrefour de ces mouvements. Stendhal est par exemple considéré comme l’un des précurseurs du mouvement réaliste.
Il a notamment affirmé que le roman est « un miroir que l’on promène le long d’un chemin ». Ses personnages
possèdent pourtant une sensibilité qui les rapproche des plus grands héros romantiques, comme l’illustre cet extrait de
La Chartreuse de Parme. Il faut donc savoir manier les mouvements littéraires avec subtilité, comme nous le rappelle
très justement Julien Gracq dans En lisant en écrivant : « En matière
de critique littéraire, tous les mots qui commandent à des catégories sont des pièges. Il en faut, et il faut s’en servir, à
condition de ne jamais prendre de simples outils-pour-saisir, outils précaires, outils de hasard, pour des subdivisions
originelles de la création. [...] Les oeuvres d’art, il est judicieux d’avoir l’oeil sur leurs fréquentations, mais de laisser
quelque peu flotter leur état civil. »
Les rythmes du récit sont souvent variés dans un roman. Le romancier peut par exemple choisir un rythme lent en
privilégiant les ralentis ou les pauses. Mais il peut tout aussi bien préférer un rythme plus rapide. Grâce à l’ellipse, il
passera parfois certains éléments du récit sous silence, parce qu’ils sont inutiles ou pour préserver une forme de
suspense. Il pourra aussi résumer certaines actions à travers un sommaire. Dans ce texte, le rythme s’accélère
brutalement lorsque Stendhal écrit : « Ce ne fut qu’après avoir passé plus de deux heures à la fenêtre [...] que Fabrice
s’écria tout à coup... » Cette accélération, qui résume deux heures en quelques mots, se révèle
intéressante. Elle permet à Stendhal de ne pas s’attarder sur certains détails tout en nous donnant l’impression que le
personnage n’a pas plus vraiment conscience du temps qui passe.
Procéder par étapes
Au brouillon, relevez les citations et les procédés les plus importants. Vous constaterez alors que tout nous ramène, dans
ce texte, à Fabrice del Dongo. Vous remarquerez également un contraste entre l’enfermement du personnage et cette
impression de liberté qui parcourt l’extrait. Utilisez cette idée pour formuler un projet de lecture précis.
Pour organiser vos remarques dans un développement logique, vous pourrez montrer que le personnage n’est pas
seulement tourné vers lui-même : il nous emmène aussi à la rencontre du monde qui l’entoure. Votre commentaire
pourra suivre cette dynamique qui permet de passer du personnage au paysage.
Enfin, évitez de résumer ou de paraphraser ce texte lorsque vous rédigerez votre devoir. Pensez à utiliser des outils
littéraires comme les figures de style ou encore les points de vue pour proposer de véritables analyses.
Travaux d’écriture : commentaire
Introduction
Stendhal occupe une place particulière dans l’histoire de la littérature. Il a par exemple affirmé que le roman est « un
miroir que l’on promène le long d’un chemin », et il est parfois considéré comme un des précurseurs du réalisme.
Pourtant, la sensibilité de ses personnages les rapproche également des héros romantiques. Cet extrait de La Chartreuse
de Parme, roman publié pour la première fois en 1839, illustre ce paradoxe. Dans cette oeuvre que Stendhal aurait écrite
en quelques semaines seulement, le lecteur fait la connaissance de Fabrice del Dongo. Victime d’une vengeance, le
personnage est ici emprisonné. Il est alors enfermé dans la citadelle de Parme. Seulement, Stendhal ne se livre pas à une
description froide et réaliste des conditions de vie d’un prisonnier dans une forteresse. Au contraire, le « héros »
imaginé par l’auteur semble au comble du bonheur. Comment Stendhal transforme-t-il l’expérience de la prison en une
forme d’évasion ? Pour répondre à cette question, nous étudierons tout d’abord l’exaltation du héros avant d’analyser
plus précisément « les douceurs de la prison ». Nous montrerons enfin que le romancier parvient à construire un
monde à l’image du personnage qui l’observe.
I. Un « héros » exalté
A. Un personnage en mouvement
Dès le début du texte, Fabrice se distingue par ses gestes. Loin d’être abattu par cet emprisonnement ou d’être
impressionné par sa cellule, le personnage se précipite à la fenêtre pour profiter du point de vue. Le narrateur précise
même : « Il courut aux fenêtres ». Conjugué au passé simple, le verbe indique parfaitement l’attitude et le caractère
fougueux du personnage. Dès qu’il se trouve à la fenêtre, c’est ensuite par son regard que Fabrice semble se promener.
Nous découvrons ainsi que « les yeux de Fabrice furent attirés vers une des fenêtres du second étage ». La fin du texte
confirme la mobilité du regard du personnage qui passe « plus de deux heures à la fenêtre ». Le narrateur précise enfin
que le jeune homme arrête « souvent » « sa vue sur le joli palais du gouverneur». Les verbes comme « attirer » ou
«s’arrêter » indiquent que l’esprit du personnage, même si ce dernier est retenu prisonnier, n’est jamais vraiment
immobile. En utilisant un verbe à la fois lié au lexique de la vision et au mouvement, Stendhal écrit également que
Fabrice « plongeait sur les oiseaux ».
B. Une richesse intérieure
C’est aussi par la richesse de ses pensées que le personnage se distingue aux yeux du lecteur. Le point de vue interne est
largement utilisé par Stendhal, et il nous permet notamment d’observer le paysage du point de vue de Fabrice. Nous
avons également accès aux émotions de ce dernier, comme lorsque le narrateur précise que « Fabrice fut ému et ravi par
ce spectacle sublime ». L’utilisation des adjectifs tient presque de l’hyperbole et elle traduit une sorte de gradation,
comme si l’exaltation du personnage était croissante et ne connaissait aucune limite. Les paroles retranscrites au
discours direct, à la fin du texte, confirment cet enthousiasme de plus en plus étonnant.
Le verbe « s’écrier », le passé simple, l’utilisation de « tout à coup » : tout concourt à faire de ces quelques mots un
véritable cri du coeur, représentant parfaitement l’élan du personnage.
C. Un personnage libre
L’accélération qui permet de résumer les deux heures de contemplation prouve en outre que le personnage peut tout à
fait passer un long moment à regarder le paysage. Au début de l’extrait, il semble totalement indifférent aux « geôliers »
qui, pourtant, « s’agit[ent] autour de lui ». Il ne pense même plus aux raisons de son emprisonnement ou aux coups du
sort qui l’ont mené dans cette forteresse : il reste « sans songer autrement à son malheur », loin « des désagréments et
des motifs d’aigreur ». Tout se passe comme si le personnage vivait totalement détaché du monde réel, libre de ses
pensées et de ses émotions. Il est en somme à l’image des oiseaux qu’il observe.Comme Fabrice, ces derniers sont eux
aussi dans des « cages ». Ils sont pourtant décrits en train de « chanter ». Fabrice semble même encore plus libre qu’eux
puisqu’il peut à loisir passer de la contemplation du palais à celle de l’horizon, profiter de la lune qui se lève
«majestueusement » ou de ce « brillant crépuscule rouge orangé. » Le corps de Fabrice reste prisonnier mais son esprit
est libre de vagabonder.
Si Fabrice est un « héros », ce n’est donc pas parce qu’il parvient à briller par sa bravoure ou ses qualités physiques. Il
se distingue plutôt grâce son exaltation, son enthousiasme et sa passion. C’est ce caractère qui lui permet de goûter
pleinement aux charmes de la prison.
II. « Les douceurs de la prison »
A. La description de la forteresse
Grâce à la répétition du terme « prison », Stendhal nous rappelle constamment que Fabrice del Dongo est emprisonné.
Dès le début de l’extrait, le personnage peut certes profiter de la vue mais le narrateur note qu’il est face à des « fenêtres
grillées ». Les geôliers sont également présents autour de lui et ils s’agitent. Fabrice est bien dans une prison, comme le
souligne par ailleurs la description des lieux. Le personnage observe ainsi « le palais du gouverneur » ou encore « les
bureaux de l’état-major », autant de signes de sa détention et de son statut dans la forteresse. Le narrateur n’élude donc
pas le lieu que découvre le personnage. Néanmoins, Stendhal ne nous livre pas, dans cet extrait, une description
méticuleuse de la cellule. Rapidement, le regard du personnage passe la barrière des « fenêtres grillées » pour
s’aventurer vers l’extérieur. La description devient plus précise dès lors qu’il s’agit de peindre ce paysage.
B. Une métamorphose
Le lecteur peut être surpris par les adjectifs choisis dans cet extrait. Les répétitions renforcent ces
paradoxes. « Sublime » est utilisé à deux reprises pour décrire « la vue » ou « le spectacle ». De
même, le narrateur évoque deux fois « le joli palais du gouverneur ». Les cages sont également
« jolies ». Même les oiseaux ne semblent pas déplorer leur captivité puisque Fabrice les voit
« chanter » et « saluer les derniers rayons du crépuscule ». Le point de vue interne est ici important.
La description n’est pas objective, comme l’indiquent les adjectifs qualificatifs qui sont le plus
souvent subjectifs. Tout se passe comme si l’humeur de Fabrice métamorphosait la forteresse.
Lui-même semble d’ailleurs avoir conscience de ce paradoxe comme lorsqu’il s’interroge : « Mais
ceci est-il une prison ? est-ce là ce que j’ai tant redouté ? ». Le personnage en vient même à douter
de la réalité de son expérience. Le narrateur renforce ce contraste à la fin de l’extrait grâce à
la locution prépositionnelle « au lieu de » et aux antithèses. « Désagréments » et « aigreurs » s’opposent ainsi à «
charmer » et à « douceur ».
C. Un lieu associé à Clélia Conti
Ce qui donne toute sa valeur à ce lieu, c’est aussi la proximité avec Clélia Conti. Tout semble en effet rappeler la jeune
femme. Les adjectifs employés par Fabrice trahissent déjà sa passion : le palais devient une forme de substitut et
symbolise l’attirance ressentie par le jeune homme. Il s’agitbien d’une curiosité et d’une forme d’attraction, d’autant
que le narrateur précise que « d’abord les yeux de Fabrice furent attirés vers une des fenêtres du second étage ». Mais le
personnage associe lui-même les lieux à la jeune femme. « C’est donc dans ce monde ravissant que vit Clélia Conti ! »,
constate-t-il dans une phrase exclamative qui indique bien toute son ardeur. De même, Fabrice évoque Clélia Conti en
supposant une sorte de communion des esprits. La jeune femme serait une forme de double de lui-même puisqu’elle
aussi, avec « son âme pensive et sérieuse », doit, comme Fabrice, « jouir de cette vue ». La présence de la jeune femme
n’est donc pas étrangère aux « douceurs de la prison ». C’est aussi cette proximité qui intrigue et charme le jeune
homme.
L’expérience de la prison est donc particulièrement heureuse pour le personnage de Fabrice. Mais ce qui exalte le jeune
homme, c’est également la beauté du paysage qu’il contemple.
III. Un monde à l’image du personnage
A. Une évasion loin de la forteresse
Si la cellule est rapidement oubliée par Fabrice del Dongo et par le narrateur, le paysage contemplé par le personnage
est décrit avec davantage de précision. Peu à peu, Fabrice semble s’éloigner de sa « prison » grâce à son regard et à son
imagination. Le narrateur évoque tout d’abord la citadelle en nous présentant une description organisée de la forteresse.
Mais, dès le deuxième paragraphe, Fabrice paraît emporté par cet « horizon » qui était déjà mentionné au début du texte.
Les indications deviennent alors beaucoup plus précises. Nous trouvons par exemple de nombreux détails
géographiques comme « la chaîne des Alpes », « Trévise », le « mont Viso » ou encore les « autres pics des Alpes qui
remontent de Nice vers le Mont-Cenis et Turin ». Stendhal parvient ici à conjuguer une certaine exigence de réalisme
avec une évocation très subjective du paysage.
Même le temps semble disparaître : Fabrice plonge pleinement dans la beauté de ce « spectacle ».
B. Un dialogue avec le monde
La communion entre le personnage et le paysage semble telle que Fabrice est décrit comme « admirant cet horizon qui
parlait à son âme ». Et c’est bien à un échange entre le personnage et le monde qui l’entoure que nous assistons. Le
paysage est sublimé par l’enthousiasme du personnage.
Rien ne semble pouvoir entraver cet échange particulièrement riche. Ainsi, même le toit du joli palais ne gâche pas cette
vue « sublime », puisqu’il ne cache qu’« un seul petit coin de l’horizon». Le monde semble lui aussi en mouvement,
comme animé. Le narrateur, lorsqu’il évoque la lune au début du second paragraphe, précise par exemple : « elle se
levait majestueusement à l’horizon à droite ». À cet adverbe particulièrement élogieux répond un autre adverbe qui est
associé au crépuscule dessinant « parfaitement les contours » de ce paysage. En somme, nous sommes bien face à un
paysage-état d’âme et nous assistons à une forme de communion. Ce « spectacle sublime » ravive encore davantage
l’ardeur du personnage, et l’enthousiasme de ce dernier rend cette vue encore plus marquante.
C. Le plaisir des sens
Mais le lecteur prend également la mesure de cette douceur grâce à une véritable fête des sens. La vue est constamment
sollicitée dans cet extrait. Stendhal va même jusqu’à nous offrir un « spectacle» particulièrement coloré, comme
lorsqu’il imagine ce « brillant crépuscule rouge orangé ».
L’ouïe joue également un rôle important. Fabrice découvre ainsi « dans de jolies cages, une grande quantité d’oiseaux
de toutes sortes ». La présence de ces oiseaux a déjà tout pour séduire le personnage, d’autant que cette variété de
volatiles, et donc sans doute de couleurs, ne peut que charmer les yeux. Mais Fabrice apprécie également le « chant » de
ces oiseaux qui vont jusqu’à « saluer les derniers rayons du crépuscule du soir ». Certes, le décalage entre la condition
de Fabrice et son exaltation peut faire sourire le lecteur. Nous ne sommes pas si loin de cette ironie bien particulière
qui parcourt tout le roman de Stendhal, comme le prouve l’utilisation du terme « héros ». Reste qu’il y a ici un
indéniable plaisir à « voir » et à « entendre », plaisir qui nous entraîne loin de la forteresse, de la « prison » ou des «
geôliers ». Comme ces oiseaux, le personnage salue lui aussi la beauté du monde et chante les charmes de la vie.
Conclusion
Stendhal nous livre donc un texte singulier. Même emprisonné, son personnage semble s’évader par l’imagination et par
les sens. Tout en proposant une description ayant certains aspects réalistes, Stendhal crée donc un « héros » singulier,
qui conserve par ailleurs des caractéristiques romantiques.
Nous comprenons aussi, à la lecture de ce texte, la passion que certains lecteurs vouent à ce romancier capable de
sublimer les instants les plus moroses. Julien Gracq, romancier et critique du XXe siècle, considère par exemple qu’un
roman comme La Chartreuse de Parme est « un Éden des passions en liberté, irrigué par le bonheur de vivre, où rien en
définitive ne peut se passer très mal, où l’amour renaît de ses cendres, où même le malheur vrai se transforme en regret
souriant. »