Dip 5
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B. La reconnaissance de garanties.................................................................................................................................................................................. p. 5
1. Les recours administratifs................................................................................................................................................................................................................................... p. 5
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Mis à part G. Scelle pour qui toute société est en réalité composée d'individus, la doctrine de droit
international exclut en général l'individu des sujets de ce droit. Derrière cette exclusion de principe
quelle est la réalité ? Cette position traditionnelle est-elle battue en brèche par les avancées du droit
international public que sont la montée en puissance des règles de protection de l'individu et «l'invention »
d'une responsabilité pénale individuelle ? (voir A. Cançado Trindade, Le Droit international pour la personne
humaine personne humaine, LGDJ, 2011).
A. Définition
Entendu classiquement, il s'agit d'un mécanisme de novation (ou endossement) qui substitue à l'individu
son État de rattachement, et les dédommagements éventuels ne lui seront pas versés, à moins que son
État les lui transfère.
De ce fait l'individu n'est plus partie dans sa propre cause. Cette conception est parfois critiquée et elle évolue.
Cette protection est coutumière et reprise dans la Convention de Vienne sur les relations consulaires de 1963.
Un État ne doit pas faire obstacle à l'exercice de la protection d'un autre État à l'égard de son national,
pas plus qu'il ne peut soumettre cette protection à des conditions. Il doit procéder à la notification droit à la
protection diplomatique.
Exemple
Voir Affaire Jadhav (Inde c/ Pakistan) – Indication de mesures conservatoires – Ordonnance du 18 mai 2017.
En pratique, c'est une protection très importante pour l'individu et c'est pour lui le principal avantage du lien
de nationalité (sous réserve des conditions de mise en œuvre). Mais la protection diplomatique témoigne bien
du fait que l'individu n'est pas directement sujet du droit international, n'y est pas directement partie.
B. Régime juridique
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L'octroi de cette protection et l'effectivité de celle-ci sont discrétionnaires au cas par cas. Un État peut
donc renoncer à défendre l'un de ses ressortissants, même pour des raisons d'opportunité politique. Il est
maitre d'en déterminer les limites. (C.R., Condamnation à mort de ressortissants français djihadistes, RGDIP
2020/1, Chron. des faits internationaux, p.120)
En général, la nationalité est un des éléments déterminants de l'octroi de cette protection.
Exemple
Dans l'arrêt Barcelona Traction (précité, Arrêt au fond du 5 février 1970, Rec., p. 3) la CIJ devait refuser à
la Belgique le droit de protéger des actionnaires d'une société, majoritairement Belges, parce que la société
était de nationalité canadienne.
Autre condition indispensable : l'individu ne doit pas avoir contribué à son propre dommage (doctrine des mains
propres) et avoir épuisé les voies de recours internes (CIJ, arrêt du 20 juillet 1989 (fond), ELSI, Rec. 89, p.
46§ 59).
Le droit international moderne s'engage depuis les années 1990 vers une exigence accrue de respect de la
protection diplomatique entendue comme une condition du respect des droits de l'homme dans les arrêts de
la CIJ (fond) LaGrand du 27 juin 2001 et (fond) Avena et autres du 31 mars 2004.
Exemple
L'arrêt de la CIJ au fond du 30 novembre 2010, A-S. Diallo, confirme le caractère essentiellement individuel
de la protection et les conditions classiques.
Voir aussi S. Garibian, « Vers l'émergence d'un droit individuel à la protection diplomatique ? », AFDI 2008, p.
111 ; S. El Bouddouhi, « La CIJ est elle devenue une juridiction de protection des droits de l'homme ? », AFDI
2010, p. 277). L'arrêt sur l'indemnisation a confirmé cette impression (CIJ (fond), 19 juin 2012 , A.-S. Diallo
voir Chronique de jurisprudence internationale ; M-B. Metou, RGDIP, 2012-3, p. 726).
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• Le plus célèbre d'entre eux est une simple résolution de L'Assemblée Générale des Nations Unies : la
Déclaration universelle des droits de l'homme (GTDIP, n° 11) du 10 décembre 1948.
• Au niveau universel, il convient de mentionner les deux Pactes du 16 décembre 1966 : le
Pacte international relatif aux droits civils et politiques et lePacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels, entrés en vigueur en 1976.
• Au niveau régional, on distinguera le modèle que constitue la Convention Européenne de sauvegarde
des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 (infra). Les questions
relatives à l'articulation de ce texte avec les droits fondamentaux de l'Union européenne illustrent les
difficultés liées aux interactions normatives dans l'ordre international (voir CJUE, 26 février 2013, Melloni
c/ Ministerio fiscakl, C-399/11 et CJUE, 7 mai 2013, Aklagaren c/ Fransson, C-617/10).
La diversité des droits (indivisibilité) : Cette diversité s'exprime à la fois dans leurs sources formelles
(supra) et dans leur contenu matériel : certains sont individuels, d'autres collectifs ; certains sont civils et
politiques d'autres sociaux. On retrouve au plan international toute la "panoplie" des droits des premières,
deuxièmes et troisièmes générations. Il semble même que le niveau international soit particulièrement
adapté à la proclamation des droits de la troisième génération composée de « droits de solidarité ».
Conceptuellement, il n'existe pas de droits plus importants que d'autres ou supérieurs aux autres.
L'universalité des droits : Enfin, les droits de l'homme sont universels. Cette universalité rencontre bien des
obstacles idéologiques (socialisme), économiques (sous développement) et juridiques. En ce qui concerne les
obstacles idéologiques, il faut relever l'opposition politique traditionnelle entre la vision occidentale et libérale
sociale des droits de l'homme et la vision socialiste marxiste qui les replace dans un champ collectif. Mais il
existe d'autres obstacles à l'universalité, culturels et religieux : Cf. La Déclaration islamique universelle des
droits de l'homme du 19 septembre 1981 ne vise que « des droits de l'homme en Islam ».
Il est certain que des obstacles économiques nuisent au développement de l'universalité des droits de l'homme,
tout particulièrement en ce qui concerne les droits économiques et sociaux que bien des pays en voie de
développement disent ne pouvoir mettre en œuvre (voir P.-J. Pararas, « L'impossible universalité des droits
de l'homme », Revue trimestrielle des droits de l'homme, 2011, n° 85, p. 3).
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Au plan juridique, la possibilité de ratifier des conventions relatives aux droits de l'homme avec réserves
témoigne de ces difficultés à les faire pleinement entrer dans les faits. On ne compte plus en ce domaine
les conventions signées mais non encore ratifiées, ni les déclarations molles, adoptées par consensus
condamnées à nourrir le phénomène de soft law.
B. La reconnaissance de garanties
Il n'est pas de droits effectifs sans possibilité d'en réclamer l'application et d'en sanctionner les
violations. Le droit international ouvre donc des contrôles et des recours, il est vrai avec parcimonie. La plupart
sont des recours de type administratifs ou diplomatiques, mais on note une progression des recours de type
contentieux.
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On crée aussi souvent des organes chargés spécialement de contrôler l'application d'une convention. Ces
institutions procèdent par enquêtes ou demandent aux État d'établir des rapports sur leur action en termes
de promotion des droits de l'homme. Ils sont parfois confidentiels (Unesco) ce qui ne les empêche pas d'être
réellement efficaces. Le Comité des droits de l'Homme est la technique utilisée dans le cadre du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques, qui suppose l'établissement de rapports présentés par le
Comité des Droits de l'Homme (article 40 §1 du Pacte).
Depuis 1992, le Comité adopte en fin de rapport des conclusions finales, dont les incidences politiques ne
sont pas négligeables. Il n'empêche que ces procédures voient leur crédibilité entachée par un respect très
formel de la vie diplomatique.
Des plaintes individuelles sont enregistrées auprès du comité des droits de l'homme en cas de ratification
du protocole facultatif n° 1, qui regroupe environ cinquante États, sur près de deux cents. Ce dernier tend
à juridictionnaliser sa procédure quant aux conditions de recevabilité, de motivation qui débouchent sur des
constatations sans portée obligatoire mais généralement suivies. Ce type de recours existe aussi devant l'OIT
ou des travailleurs, des syndicats, des entreprises peuvent dénoncer les entorses au droit international du
travail.
Des plaintes collectives peuvent aussi être représentées au sein de certains organes notamment dans le
domaine des droits sociaux : G. Palmisano, « La procédure de réclamations collectives en qu'instrument de
protection internationale des droits sociaux », RGDIP 2020/3 et 4, p. 513.
Il est rare que l'on permette à l'individu d'actionner des tels organes. Néanmoins la possibilité de déposer des
plaintes se développe. Le plus souvent, cette faculté est ouverte par la signature de protocoles facultatifs,
acceptés par les États au préalable. On retrouve le même mécanisme en ce qui concerne les recours
juridictionnels.
Il existe aussi des « procédures d'alerte rapide et interventions d'urgence », par exemple au sein du Comité
er
pour l'élimination de la discrimination raciale qui a ainsi visé la France le 1 décembre 2018 à propos du projet
« Montagne d'or » en Guyane.
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a) Les recours ouverts aux particuliers
Rareté des mécanismes de recours individuels : la Cour Européenne des droits de l'homme qui siège
à Strasbourg fait figure de modèle. Elle est prévue par le titre II de la Convention de 1950.
La Cour comporte des juges élus pour neuf ans renouvelables, qui siègent à titre personnel selon plusieurs
formations de jugement :
« Les requêtes manifestement irrecevables sont examinées par un juge unique. Un comité de 3 juges peut
rendre à l'unanimité une décision de recevabilité et statuer sur le fond d'une affaire qui a fait l'objet d'une
jurisprudence bien établie de la Cour. Une requête peut également être attribuée à une chambre de 7 juges qui
se prononce à la majorité, le plus souvent sur la recevabilité et le fond de l'affaire. Dans des cas exceptionnels,
la Grande Chambre de 17 juges examine les affaires qui lui sont déférées soit à la suite d'un dessaisissement
par une chambre, soit lorsqu'un renvoi de l'affaire est acceptée. » (La CEDH en 50 questions).
Le droit de recours individuel est introduit par un protocole facultatif. Sa ratification ouvre le prétoire de la
Cour à toute personne physique ou morale qui invoque une violation subjective des droits reconnus par
la convention.
La recevabilité est cependant soumise à la condition d'épuisement des recours internes raisonnablement
envisageables (Cour EDH, arrêt Open Door, du 29 octobre 1992). Le requérant doit avoir invoqué déjà la
violation de la Convention auprès de ses juges nationaux (invocation en substance), pour limiter le nombre
des requêtes il est aussi exigé que la violation ait généré un préjudice important. Ces conditions sont strictes
si l'on en juge par le fait que 90 % des requêtes sont déclarées irrecevables. La Cour a élaboré un clip sur ces
conditions de recevabilité qui est disponible sur son site directement en cliquant ici .
La procédure est gratuite et débouche sur des réparations pour le préjudice subi.
La Cour peut prononcer des mesures provisoires,
Exemple
ainsi qu'elle l'a fait dans la cadre du conflit Russo-Ukrainien le 4 mars 2022.
L'amélioration des mécanismes de recours individuel : La procédure européenne fait encore la part trop
belle aux États par son effroyable lenteur. Il est vrai qu'actuellement plus de 800 millions de personnes seraient
susceptibles de saisir la Cour.
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er
Le Protocole n° 15, qui fait état d'une subsidiarité avec les Etats membres, est entré en vigueur le 1 aout 2021,
il tente lui aussi d'apporter des améliorations techniques. La Cour se dote ainsi de nombre de procédures et
techniques pour accélérer ses décisions et, ainsi leur assurer un impact réel. Voyez le site de la Cour, rubrique
fonctionnement de la Cour.
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Section 2. Emergence d'une
responsabilité internationale
individuelle
L'individu qui se voit reconnaître des droits au plan international, ne peut ignorer qu'il y est aussi un titulaire
de devoirs. Les résurgences du droit naturel conduiront le droit international à devenir un véritable « droit
des gens » si certaines avancées fondamentales sont bien réalisées. Un autre volet de cette évolution est
perceptible dans le fait que l'individu est sorti de son irresponsabilité pénale internationale de principe,
même si la mise en œuvre commence simplement à s'internationaliser.
Pourtant, en 1946 il sera dit : « il est admis depuis longtemps que le droit international impose des devoirs
et des responsabilités aux personnes physiques. (...) Ce sont des hommes et non des entités abstraites qui
commettent les crimes dont la répression s'impose, comme sanction du droit international » : Tribunal de
Nuremberg, Doc. Off. t.1 Jugement, p. 234-235.
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caractère extra territorial de l'infraction. On peut faire état de la traite des esclaves interdite après bien des
difficultés (Acte de Berlin en 1885). Il en va de même du trafic de stupéfiants (Convention du 30 mars 1961
reprise en 1972), de la piraterie aérienne (Convention de Genève 1958 et Montego Bay 1982 article 100 à 107)
et du terrorisme (Convention de Washington, 2 février 1971) ainsi que les infractions financières (Convention
de New York du 10 janvier 2000) qui lui sont liées. Ces conventions fonctionnent en général sur le modèle
d'une mutualisation des poursuites par le principe "extrader ou poursuivre".
Après la Seconde guerre, il est apparu que la prohibition de certains comportements faisait la quasi-unanimité
dans la communauté internationale. Ce consensus s'est manifesté dans l'Accord de Londres du 8 août 1945,
portant Statut du Tribunal militaire international de Nuremberg.
Pour la première fois, les crimes de guerre (violation des lois et coutumes de la guerre), les crimes
contre la paix (agression), les crimes contre l'humanité (attaque généralisée et systématique contre
une population civile en connaissance de cette attaque) sont sanctionnés. Cette représentation tripartite est
toujours d'actualité.
Peu de temps après, le génocide a fait l'objet d'une Convention pour la prévention et la répression du crime
de génocide du 9 décembre 1948. Le génocide il s'agit d'un crime de masse commis dans l'intention de détruire
en tout ou partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Il se caractérise par l'intention spécifique
(dol spécial) de détruire en tout ou partie un groupe, ce qui peut le différencier du « nettoyage ethnique » qui
incite par la terreur au déplacement forcé du groupe (CIJ, arrêt (fond) du 26 février 2007, Affaire relative à
l'application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide). La Cour internationale
de justice est très attachée à ce point : CIJ, (fond), 3 février 2015, Croatie c/ Serbie, Application de la convention
pour la prévention et la répression du crime de génocide.
L'imprescriptibilité des crimes, considérée comme sous-entendue dans l'accord de Londres, est maintenant
affirmée dans la Convention sur l'imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité
du 26 novembre 1968.
Le principe qui sous tend tout le système est que « les obligations internationales qui s'imposent aux individus
priment sur le devoir d'obéissance envers l'État dont ils sont les ressortissants ». Tribunal de Nuremberg.
C'est poser des principes d'immédiateté et de responsabilité pénales très clairs, néanmoins certaines
immunités pénales peuvent jouer.
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n'étaient pas des crimes contre l'humanité mais que ceux-ci se distinguaient par leur caractère particulier
d'horreur : agression, génocide, crime contre l'humanité, crime contre le personnel des Nations Unies et le
personnel associé, crimes de guerre.
Il est certain que cette liste ne fait pas l'unanimité. Des voix s'élèvent pour faire reconnaitre le génocide
culturel. Il s'agit de la destruction d'institutions ou de formes à travers lesquelles un groupe humain trouve son
expression. On peut songer évidemment que le terrorisme international pourrait être criminalisé à ce niveau.
Tel pourrait être aussi le cas des atteinte graves à l'environnement sous le nom « d'écocide » que l'on songe
parfois à invoquer à propos des déforestations massives au Brésil (A.-F., « Chronique des faits internationaux
», RGDIP 2021-4, p. 791).
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Exemple
Cf. L'arrêt de la CIJ du 14 février 2002 (fond), Affaire du mandat d'arrêt du 11 avril 2000 . Voir : M.
Sassoli, Yerodia, « Quelques remarques sur une affaire au point de collision entre les deux couches du droit
international », RGDIP, 2002 4, p. 795. Voir aussi CIJ, Certaines questions concernant l'entraide judiciaire
en matière pénale Djibouti contre France, fond, 4 juin 2008 (I. Prezas, « La répression nationale face au juge
international : A propos de l'affaire de l'entraide judiciaire en matière pénale », AFDI 2008, p. 237).
En ce qui concerne les différents crimes contre l'humanité et les crimes de guerre, on peut plaider que la
nature même de ces crimes retire ipso facto l'immunité au titulaire. Le Tribunal de Nuremberg a écarté
leur application (Doc. Off. t. 1, jugement, p. 235).
Exemple
C'est le sens des décisions de la Chambre des Lords du 25 novembre 1998 et du 24 mars 1999 dans l'
affaire Pinochet .
C'est aussi dans ce sens que va le nouveau statut de la Cour pénale internationale (article 27). Cette question
fait l'objet des travaux de la CDI sur "L'immunité juridictionnelle pénale étrangère des représentants de l'État"
depuis 2007 (voir H. Ascencio et B.-I. Boniface, « L'absence d'immunité des agents de l'État en cas de crime
international : pourquoi en débattre encore ? », RGDIP 2018/4, p. 821).
Généralement on exige que le criminel, la victime ou les moyens de l'infraction aient un lien avec le pays
où sera tenu le jugement.
Un des pays qui a fait temporairement sienne une conception des plus larges de la notion de compétence
universelle est la Belgique. En 1993, sa loi a entraîné de graves difficultés pour l'État belge, submergé de
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demandes parfois très embarrassantes diplomatiquement. Face aux pressions internationales, la Belgique a
peu à peu restreint sa conception de sa compétence. Mais il n'est pas illicite de se doter de telles compétences
en droit international.
On constate un regain d’intérêt pour les mécanismes de compétence universelle de nos jours au point que
l’on voit parfois deux États tiers se disputer le droit de juger. Ainsi, dans le cas de l'ancien Chef d'État tchadien
Hissène Habré installé au Sénégal, la Cour a désavoué ce dernier qui ne le poursuivait pas effectivement, au
point d'envisager que la Belgique puisse demander son extradition sur le fondement de la Convention de lutte
contre la torture (CIJ, fond, 20 juillet 2012, Questions concernant l'obligation de poursuivre ou d'extrader).
Voir M. Eudes, « Reflexion sur les fonctions résiduelles de la justice pénale interantionale », AFDI, 2022, pp.
653-667.
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C. Les juridictions internationalisées
Il existe aussi des tribunaux mixtes, que l'on appelle tribunaux pénaux internationalisés qui sont composés
de juges internes et de juges internationaux. Le plus souvent ils résultent d'un traité entre une État et une
organisation internationale (ONU Union africaine) qui fournit un appui logistique. Selon des modalités diverses
on a recouru à cette technique pour
• le Timor oriental,
• le Kosovo,
• la Sierra Léone,
• le Cambodge
• le Liban
• le Sénégal
• la République centrafricaine
Remarque
Lire : C.-P.-R. Romano et T. Boutruche, « Tribunaux pénaux internationalisés, état des lieux d'une justice
hybride », RGDIP, 2003 1 p. 109. et « Juridictions pénales internationalisées : un modèle de désillusion et de
promesses », Revue belge de droit international, Dossier, 2017/1, Bruylant, 2017.
En 2009 Le Tribunal spécial pour le Liban a commencé son activité (A. Lelarge, « Le Tribunal spécial pour le
Liban », AFDI, 2007, p. 397). Mais son action fut très lente et il n'a mené qu'un seul procès en 2021. Faute
de soutien financier de la part des Etats, il a fermé ses portes après l'appel de cette seule instance.
Les Chambres extraordinaires du Cambodge ont prononcé une première condamnation en juillet 2010 et ont
fonctionné très difficilement, faute de l'appui stable du gouvernement local. Les accusés étaient très âgés ce
qui compromettait parfois la tenue des procès (M. Lemonde et P. Pourzand et L. D'Ambrosio, « Quelles leçons
tirer du procès des Khmers Rouges ? », RSC, juillet sept. 2011, p. 597). Il a rendu le 7 août 2014 un arrêt
qui indique des mesures de réparations collectives très novatrices. Là aussi, faute de soutien de la part du
Cambodge, ses procédures furent closes en 2022.
L’arrêt de la CIJ entre la Belgique et le Sénégal (cf. supra) a précipité la création le 30 janvier 2013, des
Chambres africaines au sein des juridictions sénégalaises pour la poursuite des crimes internationaux afin de
juger l’ancien président Hissène Habré. Son arrêt a été rendu le 30 mai 2016 et les chambres sont closes. Le
processus d'indemnisation des victimes n'est toujours pas convenablement mis en oeuvre.
Une Cour a été créée pour la République Centre Africaine en 2015 (E. Le Gall, La Cour pénale spéciale
centrafricaine ou le défi d'un mécanisme hybride en Centrafrique, publié le 4 mai 2015). Elle a jugé sa première
affaire en 2022 et poursuit son travail malgré de graves difficultés
Au Kosovo : Law on specialist chambers and specialist prosecutor's Office. Voir S. J., « Création des chambres
spécialisées du Kosovo », Chron. des faits internationaux, RGDIP 2019/1, p. 260. Un premier procès s'est
conclu en 2022 et d'autres suivent.
L'Union européenne a proposé le 30 novembre 2022 de constituer un tribunal spécial pour l'agression suite à
la crise ukrainienne sans que l'on ait beaucoup de précisions sur les modalités d'un tel tribunal (voir Courrier
international, Guerre en Ukraine. L’Union européenne propose de créer un tribunal pour juger les crimes de
guerre russes, 30 novembre 2022).
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D. Un tribunal permanent : la Cour pénale
internationale
La situation en Yougoslavie et au Rwanda a précipité la création d'une « Cour criminelle internationale » en
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projet depuis 1994 et qui est entrée en vigueur le 1 juillet 2002 sous le nom de Cour Pénale Internationale,
son statut est défini par Traité de Rome du 17 juillet 1998.
Mais la Cour ne juge que de façon complémentaire, si aucun état ne peut ou ne veut juger selon les standards
internationaux du procès pénal.
Elle peut être saisie par un État partie à son traité institutif (ou prévoyant de l'être), par son Procureur (pour
des faits commis sur le territoire d'un État partie ou par un de ses ressortissants ou avec un engin immatriculé
chez lui) ou par le Conseil de Sécurité par une résolution votée selon les règles du Chapitre 7.
Il n'est pas question d'immunités devant elle. Le Conseil de sécurité pourrait néanmoins imposer un sursis
d'un an renouvelable aux poursuites.
Les États doivent donc livrer les suspects et exécuter les peines. La Cour est juridiquement autonome (art 4).
Le premier procès a débuté par la confirmation des charges contre T. Lubanga, chef de milice au Congo pour
l'enrôlement d'enfants soldats le 29 janvier 2007. Il fut le premier condamné de la CPI, le 10 juillet 2012.
Elle examine ou juge actuellement nombre d'affaires dont certaines concernent plusieurs accusés. On trouvera
sur le site de la Cour des résumés et documents pour chacune d'entre elles. Elle octroie aussi des réparations
aux victimes par voie d'ordonnances comme par exemple le 8 mars 2018 dans l'affaire Katanga (voir R. Nollez-
Golbach, RGDIP, 2018/2, p. 500).
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• On a assisté aussi à des retraits ou menaces de retraits du Statut.
Exemple
Plusieurs États africains ont menacé de se retirer du statut de la Cour (voir A. Soma, « Le régionalisme
africain en droit international pénal », RGDIP, 2016-3, p. 515). Le Burundi a officialisé son retrait le 27
octobre 2017.
• Il y a au aussi des retraits de signature même (tel est le cas de la Russie). Il est à noter qu'un État a
souvent tendance à menacer de se retirer quand il apprend qu'une situation sur son territoire fait l'objet
d'un examen préliminaire.
Exemple
Tel fut le cas de l'État des Philippines dont le retrait fut effectif en 2019.
Toutefois, si la Cour a été contestée au point de subir un audit international, le besoin de disposer d'un
prétoire stable au moment de la crise Russo-Ukrainienne semble inciter les Etats à se tourner davantage
vers elle depuis 2022, ainsi que l'indique la position officielle de la France : lire « Enquête de la Cour pénale
internationale sur les crimes commis en Ukraine - Communiqué conjoint du ministère de l’Europe et des
Affaires étrangères et du ministère de la Justice » (23 mars 2022), site du ministère de L'Europe et des affaires
étrangères.
Dans le cadre de ce conflit, le Procureur de la CPI a émis un mandat d'arrêt contre V. Poutine et M. Lvova-
Belova le 17 mars 2023 (Voir la vidéo de France 24 sur Youtube).
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