Dip 2
Dip 2
2. La détermination de la frontière..........................................................................................................................................................................................................................p. 5
a) Processus de détermination.............................................................................................................................................................................................................................. p. 5
2. Exclusivité............................................................................................................................................................................................................................................................ p. 9
B. Problèmes particuliers................................................................................................................................................................................................ p. 12
1. Les conflits positifs de nationalités................................................................................................................................................................................................................... p. 13
B. Les biens.................................................................................................................................................................................................................... p. 14
1. La nationalité des biens.................................................................................................................................................................................................................................... p. 14
b) Portée du principe........................................................................................................................................................................................................................................... p. 17
2. Régime juridique................................................................................................................................................................................................................................................p. 19
a) Non-intervention...............................................................................................................................................................................................................................................p. 20
b) Non-ingérence..................................................................................................................................................................................................................................................p. 21
1
UNJF - Tous droits réservés
1. Définition des comportements contraires..........................................................................................................................................................................................................p. 21
a) L'intervention.................................................................................................................................................................................................................................................... p. 21
b) L'ingérence.......................................................................................................................................................................................................................................................p. 22
2
UNJF - Tous droits réservés
Longtemps « droit des États », le droit international s'ouvre difficilement à d'autres sujets. L'État demeure donc
le sujet principal du droit international puisqu'il est le seul à y avoir la capacité et la personnalité juridique
les plus développées. Entreprise en droit constitutionnel, l'étude de l'État commence traditionnellement par
l'énumération de ses éléments constitutifs ou critères qui sont au nombre de trois : un territoire, une
population et un gouvernement politiquement organisé, maître de l'un et de l'autre.
Ces trois éléments sont nécessaires car seule leur conjonction assure l'indépendance et donc la
souveraineté. Il est vrai que cette vision classique dite "néopositiviste" pose parfois des difficultés en pratique
quant à la nature étatique ou non de certaines entités (voir : M. Sinkondo, « DAESH est-il un État ? Retour
critique sur la théorie néopositiviste des éléments constitutifs de l'État à l'épreuve de l'actualité internationale
», Rev. dr. Int. et comp., 2016/2, p. 239).
Toutefois, ces éléments classiques feront tous trois l'objet des développements à suivre.
On voit ainsi des États contester le souveraineté de petites îles (Chine et Vietnam en ce qui concerne les îles
Nansha, RGDIP 2008 1, p. 145 ; Chine et Japon avec les îles Senkaku Diaoyu en mer de Chine, RGDIP,
2012 4, Chronique des faits internationaux, A. L., p. 876) ; voire se faire attribuer de simples bancs de sables
(CIJ, fond, 8 octobre 2007, Différend territorial et maritime dans la mer des Caraïbes, Nicaragua C/ Honduras),
réclamer des îles volcaniques éphémères (S. Touzé, « Les îles volcaniques émergées : règles d'acquisition
territoriales et régime de délimitation maritime », AFDI 2006), ou encore de hauts fonds découverts seulement
par la marée basse (CIJ, (fond) 19 novembre 2012, Différend territorial et maritime, Nicaragua c. Colombie).
Mais il est vrai que de petites îles peuvent avoir une importance géostratégique comme dans la cas des iles
Tomb dans le chenal navigable du détroit d'Ormuz, revendiquées par l'Iran et les Emirats arabes unis (M. H., «
Les îles Tom et l'île d'Abou Moussa : la poule et l'oeuf ? », RGDIP 2020/2, Chr. des faits internationaux , p. 323).
Si tous les territoires font l'objet d'au moins une revendication territoriale, un continent entier, l'Antarctique
fait pour l'instant l'objet d'un gel de ces prétentions. En théorie il devrait être divisé entre le Chili, l'Argentine,
l'Australie, la France, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni. Le Traité sur l'Antarctique de 1959
reconduit en 1992 fait de ce territoire une zone démilitarisée et consacrée à la recherche. La gestion en est
toutefois difficile : voir F.-A., RGDIP 2020/1, Chron. des faits internationaux, p. 88.
La question de l'Arctique et de l'exploitation de ses voies maritimes, ressources et des glaces pose par
ailleurs problème, notamment du fait du réchauffement climatique : C. Vedrine, « Ressources en Arctique et
revendications étatiques de souveraineté », RGDIP, 2008 p. 147 ; C. Arctique, « Débats autour des "Routes
du Nord" », Chronique des faits internationaux, RGDIP 2017/3, p. 876.
3
UNJF - Tous droits réservés
La possession d'un territoire n'implique pas juridiquement qu'il soit précisément délimité. Toutefois, sa
détermination exacte est un gage de sécurité pour l'Etat qui cherche souvent à obtenir le tracé exact de ses
frontières.
A. La notion de frontière
La notion est plus multiple qu'elle n'y parait ; elle emporte un régime précis de délimitation car délimiter la
frontière c'est définir le territoire. Il est certain que rester dans une incertitude quant au tracé des frontière est
une source potentielle de conflit.
S'il a été plaidé pour un dépérissement de la notion, les tensions actuelles font plutôt songer à un "réveil des
frontières" (voir, Le Réveil des frontières, Documentation française, 2016).
1. Définition
Plutôt que de faire de la Frontière une ligne qui sépare, la doctrine moderne remarque que la Frontière
commune oblige souvent les États à un minimum de coopération interétatique (cf. les travaux de De la
Pradelle).
La jurisprudence traduit cette idée et évoque pour définir la frontière « la ligne de rencontre des espaces
où s'exercent respectivement les pouvoirs et les droits souverains » (CIJ, arrêt du 19 décembre 1978
(fond), Plateau continental de la mer Égée, Rec. 78 p. 35§ 85).
La pratique oblige souvent les États à des accords de coopération afin de gérer ensemble les problèmes liés
à leur frontière commune.
Exemple
Ainsi le Cambodge et la Thaïlande dont la frontière commune dans la zone du Temple de Preah Vihéar
a donné lieu à une jurisprudence célèbre, et que les deux parties n'ont cessé de revendiquer au point de
déclencher le 15 octobre 2008 un affrontement armé, se sont entendus dès le 16 pour organiser ensemble
des patrouilles contre les pillards du site inscrit au patrimoine mondial de l'humanité.
En réalité, il peut arriver que la frontière mette en contact un espace sous souveraineté et un espace
international (haute mer), mais c'est toujours la ligne d'arrêt de compétences étatiques.
L'arbitre international relève ainsi qu'une frontière internationale « est la ligne formée par la succession de
points extrêmes du domaine de validité spatial des normes de l'ordre juridique d'un État » (Sentence arbitrale
du 31 juillet 1989, Délimitation de la frontière maritime entre le Sénégal et la Guinée-Bissau, RSA, Vol. XX,
p. 144).
Consistance. La frontière est terrestre, mais aussi marine, ce qui pose des problèmes très délicats de
recul des frontières et de divisions des compétences étatiques. On considère que les zones à vocations
finalisées (zones de pêche, zones économiques exclusives) ne font pas partie du territoire de l'État. Cela rend
incertain le régime de la délimitation du plateau continental. La frontière maritime doit être dans la prolongement
des frontières terrestres (CPA, sentence du 18 septembre 2007, Délimitation entre Guyana et Surinam). Le
droit international connaîtra sans doute à très brève échéance l'obligation de se poser les conséquences
du réchauffement climatique sur les frontières maritimes dès lors que le niveau des mers remonte (voy. L.
Savadoge, « Incidences juridiques de la hausse du niveau de la mer sur les frontières maritimes », RGDIP
2023-2, p. 305-343).
Il existe aussi une frontière aérienne à l'aplomb de chaque frontière terrestre. Il n'y a guère que vers
l'atmosphère que le territoire ne soit pas borné, ce qui a permis un temps à quelques pays équatoriaux de
réclamer une souveraineté sur leur orbite géostationnaire. La frontière est toujours une « ligne continue »
4
UNJF - Tous droits réservés
(Sentence arbitrale, Affaire du Lac Lanoux, 16 novembre 1957, RSA, vol. 12, p. 307 §12) et ne peut être une
« zone frontière ».
2. La détermination de la frontière
La détermination exacte se fait en deux phases : délimitation (choix de l'emplacement) et démarcation (tracé
sur le terrain).
a) Processus de détermination
On procède à la délimitation et à la démarcation : l'accord sur la délimitation permet d'envisager la phase de
démarcation, comme entre la Gabon et la Guinée équatoriale (Accord du 27 février 2006). La démarcation
est l'étape qui consiste à tracer la frontière sur le terrain, elle est souvent l’œuvre des diplomates ou des
organes de règlement pacifique des différends.
En cas de contestations territoriales, les États à cette étape font valoir des titres.
On parle de titre originaire quand la possession du territoire résulte soit d'une occupation de fait (ancienneté
de l'occupation) soit de la conquête de ce que l'on appelait autrefois "un territoire sans maître (conquête
coloniale)". On regroupe aussi cela sous le terme "d'effectivités". On parle de titre dérivé lorsque la
possession provient d'un traité (par exemple, Traité de Versailles 28 juin 1919, Louisiane en 1803) ou de
la conquête par voie de guerre : annexions (autrefois possibles et maintenant condamnées car illicites en
droit international : par exemple, Résolution 242 du Conseil de sécurité en 1967 condamnant l'annexion de la
Cisjordanie). Les principes du droit positif relatifs au territoire datent du partage de l'Afrique par la Conférence
de Berlin (26 février 1885) : ils exigent effectivité et notification de l'occupation.
La démarcation se fait ensuite sur le terrain, par une commission de démarcation (souvent mixte, c'est-à-dire
composée des représentants des deux États frontaliers). Parfois, elle infléchit légèrement le tracé en fonction
d'éléments matériels (obstacles naturels, village que l'on ne souhaite pas séparer en deux etc...).
Ces deux phases nécessitent la coopération des États. Il arrive hélas que ces derniers refusent d'appliquer
les conclusions de la commission de démarcation.
Exemple
Tel fut le cas de l'Érythrée et de l'Éthiopie. Une commission de délimitation et de démarcation avait été instituée
le 12 décembre 2000 et elle a rendu une décision le 13 avril 2002. Mais il a fallu attendre le 11 septembre
2018 pour que les deux États tentent une normalisation de leur rapports en matière de frontière (Y. D., RGDIP
2019/1, Chron. des faits internationaux, p. 232).
Valeur probatoire des cartes : évidemment, les parties produisent des cartes à l'appui de leurs revendications.
Ces cartes contradictoires n'ont pas de valeur probante, sauf si elles sont une annexe de l'accord de délimitation
et expriment la volonté des deux parties : CIJ, arrêt du 22 décembre 1986 (fond), Différend frontalier entre
le Mali et le Burkina Faso, Rec. 1986, § 54 et suivants. Il arrive d'ailleurs que les cartes soient anciennes et
erronées. Néanmoins lorsqu'elles sont des annexes de traités anciens elles conservent, dans une certaine
mesure, une portée juridique (CPA, Commission du tracé de la frontière Erythrée Ethiopie, Chronique de
jurisprudence internationale, P. Weckel, RGDIP, 2002 4 p. 697). Ces solutions sont confirmées : CIJ, (fond), 16
décembre 2015, Certaines activités menées par le Nicaragua dans la région frontalière, (Nicaragua c/ Costa
5
UNJF - Tous droits réservés
Rica). Voir aussi : L. Calflish, « La valeur des cartes dans la preuve des frontières internationales », RGDIP,
2019-3, p. 618.
De plus, le comportement des parties pendant une longue période sert aussi de preuve du titre territorial. Par
exemple, elles peuvent prouver l'effectivité de l'occupation par témoignage, en particulier des États tiers. Les
États doivent alors démontrer qu'ils ont eu une possession paisible du territoire en question, indice de la validité
de leur droit. On peut par exemple évoquer les registres électoraux, les cadastres, les registres de service
militaire, la présence de services publics.
Exemple
Pour un exemple voir N. Aloupi, Chron. de jurisprudence, CPA, 29 juin 2017, Affaire de l'arbitrage entre le
gouvernement de la Croatie et le gouvernement de la République de Slovénie, RGDIP, 2017/4. p. 1125.
La jurisprudence internationale semble préférer se référer aux traités, même anciens et ne prendre en compte
l'effectivité qu'en second lieu : l'effectivité sert surtout dans les différends internationaux où il n'est pas possible
de retrouver un traité : CIJ, Différend frontalier (Burkina faso/ Mali), (fond) 22 décembre 1986 et CIJ, arrêt
au fond du 17 décembre 2002, Souveraineté du Pulau Ligitan et Pulau Sipandan, Indonésie et Malaisie ; D.
Perrin, « Titre conventionnel et effectivités, L'affaire de la souveraineté sur Pulau Ligitan et Pulau Sipadan »,
AFDI, 2002, p. 322, voir aussi, RGDIP 2008 3, p. 669). Pour une tentative de bilan : voir M-G. KOHEN, « La
relation titres effectivité dans le contentieux territorial à la lumière de la jurisprudence », RGDIP 2004, p. 593.
En pratique, outre le titre et l'état de fait existant, on se sert soit des obstacles naturels soit des parallèles
surtout dans les zones peu peuplées.
6
UNJF - Tous droits réservés
bande d'Aozou, Rec. p. 5. En effet, l'existence d'une frontière emporte pour conséquence principale un régime
juridique de protection.
Ce principe qui protège les frontières contre les vicissitudes de l'Histoire a été utilisé avec valeur universelle
dans l'arrêt sur le différend frontalier Burkina-Faso /Mali, précité, 1986, §20. Aujourd'hui ce principe est utilisé
dans une hypothèse qui ne doit rien à la décolonisation, entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine (Avis de la
Conférence pour la paix, 11 janvier 1992, RGDIP 1992 p. 267).
Au cours du siècle la doctrine a évolué quant à ses conceptions des rapports juridiques de l'État avec son
territoire (cf. J.-A. Barbieris, « Les liens juridiques entre l'État et son territoire : perspectives théoriques et
7
UNJF - Tous droits réservés
évolution du droit international », AFDI, 1999, p. 132). Après des controverses doctrinales qui ne sont pas
closes, on semble s'orienter vers la théorie du « territoire titre » (opinion doctrinale la plus répandue, venant
de Kelsen, Scelle, Basdevant, etc...). Cela veut dire que c'est le territoire qui fonde et justifie l'exercice
des pouvoirs étatiques.
Les compétences de l'État s'arrêtent donc à son territoire, notamment en ce qui concerne ses rapports
entre les personnes privées. Néanmoins, il existe quelques atténuations en ce qui concerne les poursuites
des criminels. En vertu d'un droit de suite qui peut être maritime (poursuite en haute mer) ou terrestre, les
États peuvent exceptionnellement continuer une poursuite en dehors de leur frontière, si l'État voisin donne
son accord, par exemple dans un traité (comme entre les États du Benelux).
Cette assertion a fait l'objet de réaffirmations (sentence arbitrale relative à l'Affaire du Lotus, 7 septembre 1927,
série A, n° 10). La souveraineté territoriale obéit donc à deux caractères principaux plénitude et exclusivité.
L'État est donc tenu à des relations de bon voisinage l'obligeant par exemple à notifier aux tiers les accidents
qui y sont survenus et qui les concernent (cf. A-C. Kiss, AFDI, 1986, p. 139 relativement à l'obligation de l'URSS
lors de l'accident nucléaire de Tchernobyl).
8
UNJF - Tous droits réservés
L'évolution actuelle du droit international va peut-être même dans le sens d'une consécration de l'utilisation «
raisonnable et utile » de la compétence territoriale. La Conférence de Stockholm de 1972 en matière
d'environnement rappelle que sa protection par une législation interne est un devoir des États.
Le juge international relaie ces préoccupations notamment quant à l'exigence d'études d'impact lors d'activités
près des frontières (voir CIJ (fond), 16 décembre 2015, Certaines activités menées dans la région frontalière
(Costa Rica c/ Honduras) et Construction d'une route au Costa Rica le long du fleuve San Juan (Nicaragua
c/ Costa Rica).
Cependant, il est difficile de contrer le principe de plénitude. Ainsi, a-t-onsongé en 2019 à intervenir sur les
incendies de la forêt amazonienne du Brésil sans veritablement trouver de fondement pour le faire (I.S. F.G.,
«Le droit international a-t-il quelque chose à dire des incendies en forêt amazonienne ? », RGDIP 2020/1,
Chron. des faits internationaux, p. 96).
Néanmoins beaucoup de domaines qui étaient considérés comme de la seule compétence étatique autrefois
rejoignent maintenant la sphère des compétences internationales (par exemple la monnaie, les droits de
l'homme, le droit pénal).
2. Exclusivité
Dans un État, un seul ordre juridique est valable : c'est le principe d'exclusivité. Le principe d'exclusivité
comporte pour l'État le droit de s'opposer aux agissements d'autres États sur son territoire.
Exemple
Ainsi, dans l'Affaire du Rainbow Warrior, la France a dû présenter des excuses formelles et sans réserves à
la Nouvelle-Zélande et lui verser des indemnités pour avoir fait pénétrer des agents secrets sur son territoire
et avoir causé des dommages (Sentence arbitrale du 30 avril 1990, RGDIP 1990, p. 838).
Cette exclusion existe même en cas de violation « pour la bonne cause » : dans l'affaire Détroit de Corfou, la
Cour internationale condamne certes l'Albanie, mais aussi le Royaume-Uni qui a militairement été récupérer
des mines à titre de preuve, en violation de la souveraineté albanaise.
9
UNJF - Tous droits réservés
Pour une actualisation de ces questions lire : R. Bismuth, « Pour une appréciation nuancée de l'extraterritorialité
du droit américain - Quelques réflexions autour des procédures et sanctions visant ALSTOM et BNP Paribas
», AFDI 2015, p. 785.
Exemple
Pour un exemple des problèmes diplomatiques posés par la pratique, voir C.-C. D., Chronique des faits
internationaux, RGDIP, 2018/3, p. 664, et N. K. Ibid, p. 693).
10
UNJF - Tous droits réservés
Section 2. La population : les
compétences personnelles de l'État et la
nationalité
« A côté de la compétence territoriale, il existe une Compétence personnelle de l'État : autrement dit l'État est
habilité par le droit international à légiférer à l'égard de ses nationaux, qu'il s'agisse de personnes physiques
qui lui sont rattachées par le lien de nationalité effectif ou qu'il s'agisse de personnes morales soit en raison de
la nationalité de leur siège social, soit en raison du lieu de leur incorporation, ou enfin qu'il s'agisse de véhicules
comme les navires ou avions. » (B. Stern, « L'extraterritorialité revisitée, où il est question des affaires Alvares-
Machain, Pâte à bois et quelques autres », AFDI, 1992, p. 252).
Remarque
A lire :
• Droit international et nationalité SFDI, Colloque de Poitiers, 9 et 11 juin 2011, Pedone, 2012.
• J.-D. Mouton et P. Kovacs, Le concept de citoyenneté en droit international, 2019, Brill Nisjhoff, Leiden/
Boston.
Cependant, le lien de nationalité ne comporte pas que des aspects administratifs. Il comporte des éléments
sociaux, psychologiques et même affectifs forts. La jurisprudence internationale a clairement établi la nécessité
de ce type de lien dans le célèbre arrêt de la CIJ du 6 avril 1955, fond, Rec.1955 p. 23, Nottebohm.
11
UNJF - Tous droits réservés
sa naturalisation au Liechtenstein, afin d'apparaître comme le ressortissant d'un pays neutre. La Cour devait
désavouer le Liechtenstein qui, en attribuant une nationalité de complaisance (en violation de sa propre loi
interne qui exigeait une condition de résidence) , avait méconnu l'exigence du caractère « sérieux et effectif
» du lien de nationalité qui « n'est pas chose à prendre à la légère » et qui est « la traduction juridique de
l'attachement de l'individu considéré à l'État qui en fait son national ».
En général, l'attribution de la nationalité d'origine relève des principes du droit du sol (naissance sur le
territoire) ou du droit du sang (filiation d'un national, même établi à l'étranger), soit d'un mélange des deux.
L'État est a fortiori libre de déterminer les règles d'acquisition de la nationalité, notamment par mariage ou
autre naturalisation. Un État peut aussi couper le lien national avec un individu et déchoir quelqu'un de sa
nationalité. Il demeure toutefois que les règles relatives à la nationalité ne doivent pas être arbitraires, mais
bien correspondre à un lien social réel. Ce point soulève plusieurs problèmes à l'heure actuelle.
Exemple
Par exemple, par un décret du 24 avril 2019, la Russie a instauré une procédure simplifiée d'acquisition de
naturalisation russe alors qu'un conflit est en cours (M. S., RGDIP 2019-3, Chronique des faits internationaux,
p. 732). Ces pratiques se sont intensifées depuis l'agression de l'Ukraine mais elle présexistaient : voyez J.
Lepoutre, « La "passeportisation" de la nationlaité au service de la force », RGDIP 2023-1, pp. 161-182.
De même, le 12 décembre 2019, l'Inde a adopté un nouvelle loi sur la nationalité pour naturaliser massivement
les immigrants de certains groupes religieux au dépend d'autres. Cette pratique a été évaluée comme
discriminatoire par le bureau des droits de l'homme de l'ONU (voir l'article « New citizenship law in India
'fundamentally discriminatory' : UN human rights office », publié sur le site internet de l'ONU le 13 décembre
2019).
B. Problèmes particuliers
Il peut exister des conflits de nationalité qui posent de graves problèmes aux individus. Soit l'individu se
retrouve en possession de multiples nationalités, parfois incompatibles entre elles (États en belligérance par
exemple), soit il se retrouve démuni de lien national.
12
UNJF - Tous droits réservés
En savoir plus : Projet de convention
La Commission de codification et du développement du droit international a préparé un projet de convention
relatif aux effets de la succession d'État sur la nationalité des personnes physiques selon le principe
fondamental d'un droit à une nationalité et donc d'un devoir corrélatif de l'État d'accorder sa nationalité
aux personnes transférées (C.-P. Economidès, « Les effets de la succession d'États sur la nationalité des
personnes physiques », RGDIP 1999, p. 577). On pourrait aller dans certains cas jusqu'à des droits d'option.
Dans tous les cas, les États ont obligation d'éviter les cas d'apatridie.
Malgré les efforts du droit international, les cas d'apatridie demeurent, voir F. Marchadier, « Le droit à une
nationalité au service de l'éradication de l'apatridie », JDI, 2018/4, p. 1117.
Exemple
Par exemple : On peut évoquer la situation tragique de la Communauté des Rohingyas au Myanmar qui leur
a retiré la nationalité birmane en 1982, ce qui fait d'eux des apatrides, privés de leurs droits fondamentaux
dans leur pays d'origine (G. Giraudeau, « Ch. des faits internationaux », RGDIP 2021-4, p. 787).
13
UNJF - Tous droits réservés
Le droit international a raisonné comme pour l'individu que ce soit dans le cadre de la société comme pour
celui de l'investisseur.
1. Les principes
L'octroi d'une nationalité aux sociétés se fait en vertu de plusieurs critères appartenant discrétionnairement
à l'État. La même latitude lui est laissée pour accorder ou non une protection diplomatique.
B. Les biens
En principe, les biens possèdent la nationalité de leur propriétaire. Certains biens possèdent la nationalité
de l'État. D'autres la revêtent parce que l'État se les approprie par le processus de nationalisation. Mais il est
parfois bien difficile de savoir, notamment pour les œuvres d'art, quelle est la nationalité d'un bien suite aux
vicissitudes de la guerre.
Exemple
Pour exemple, on citera l'arrêt de la CIJ (Exceptions préliminaires) du 10 février 2005 (Liechtenstein contre
Allemagne).
14
UNJF - Tous droits réservés
1. La nationalité des biens
Le problème international est surtout celui du sort des véhicules, navires aéronefs et engins spatiaux.
• Les navires. Coutumièrement, c'est l'État qui détermine discrétionnairement qui a droit de « battre
pavillon » de sa nationalité (Convention de Montego-Bay, article 91 GTDIP, n° 44). Certains États
délivrent des « pavillons de complaisance » qui n'imposent pas de règles juridiques suffisantes pour
assurer la sécurité du transport maritime. Le droit international s'efforce de juguler ces pratiques.
• Les aéronefs. La Convention de Chicago du 7 décembre 1944 sur l'aviation civile internationale impose
d'immatriculer les aéronefs civils.
• Les engins spatiaux. Les engins spatiaux font aussi l'objet d'une immatriculation qui emporte la
responsabilité de l'État s'ils créent des dommages au sol (Convention de New York 14 janvier 1975,
article 2).
15
UNJF - Tous droits réservés
Section 3. Le gouvernement : le principe
de non-ingérence
La supériorité même de l'État sur les autres institutions réside dans sa souveraineté, dont découle une
puissance inégalée : la puissance souveraine. Cette souveraineté ne peut se concevoir sans une
indépendance de l'État, qui se manifeste dans ses choix de politique internes et internationaux. Ces choix
doivent pouvoir être exprimés par un gouvernement indépendant.
1. La compétence discrétionnaire
16
UNJF - Tous droits réservés
En savoir plus : Questions actuelles
Ces questions ont été reprises dans le cadre du démembrement de l'ex-Yougoslavie, dans les avis de la
Commission d'arbitrage de la Conférence pour la paix en Yougoslavie. Elle rappelle ainsi que « l'existence ou
la disparition d'un Etat est une question de fait », Avis n° 1 du 29 novembre 1991, GTDIP, n° 9 et rappelle la
compétence discrétionnaire dans son avis n° 10, du 4 juillet 1992 §4.
En réalité ne seraient « reconnaissables » que les États formés licitement : on peut citer en exemple le
refus de reconnaître le Mandchoukouo par les États-Unis en 1931, comme contraire au Pacte Briand-Kellog.
Ce « devoir de non-reconnaissance » d'un État formé illicitement est repris dans l'avis du 4 juillet 1992 de
la Commission d'arbitrage de la Conférence pour la paix en ex-Yougoslavie (précité). Il est donc maintenant
illicite de reconnaître les situations acquises par l'usage de la force armée, C'est le cas, par exemple, dans
la Résolution 662 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, interdisant aux pays membres de reconnaître
l'annexion du Koweït par l'Irak (RGDIP, 1990 p. 835). Une autre tendance, que nous retrouverons avec
la nationalité des gouvernements, consiste à tenter de subordonner la reconnaissance d'un nouvel État à
des engagements de respect des traités internationaux et de la démocratie, par exemple : position de la
Communauté européenne : Déclaration du 16 décembre 1991 sur les lignes directrices de la reconnaissance
des nouveaux États en Europe orientale et en Union Soviétique GTDIP, n° 10.
La compétence discrétionnaire est donc encadrée par le droit ainsi qu'on a pu le mesurer lros de lar
reconnaissance par la Russie de l'indépendance des Républiques séparatistes de l'Ukraine, le 21 févier 2022
(voir : Réunion d'urgence du Conseil de sécurité : large condamnation de la décision russe de reconnaître
l'«#indépendance#» de certaines zones des régions de Donetsk et Louhansk ).
Exemple
D'une façon différente mais voisine, un État peut subordonner sa reconnaissance au comportement du nouvel
État.La Grèce n'a admis l'indépendance de la Macédoine que si cette dernière renonçait à se faire appeler
ainsi. En violation du droit international, elle a tenté de bloquer son admission à l'OTAN pour non respect de
cette condition, et le différend a conduit les deux États devant la CIJ (CIJ, (fond), 5 décembre 2011 Application
de l'accord intérimaire du 13 septembre 1995). Finalement la dénomination "République de la Macédoine du
Nord" l'a emporté (Voir N. A. et H. R. Chron. des faits internationaux, RGDIP 2018/3, p. 668).
b) Portée du principe
La doctrine a beaucoup discuté pour déterminer si la reconnaissance était déclarative ou constitutive. Cela
revenait à se demander quels étaient les effets de la reconnaissance : déclarative, la reconnaissance
ou non n'emportait pas de conséquences sur l'existence du nouvel État ; constitutive, on faisait
de la reconnaissance par au moins un État tiers une quatrième condition d'existence de l'État. La
reconnaissance internationale reste en pratique un acte politique déclaratif et non pas constitutif.
Il est évident que l'absence de reconnaissance internationale n'empêche pas un État d'exister et d'exercer une
pleine capacité juridique dans l'ordre international. Toutefois, le fait de reconnaître un État engage à nouer des
relations juridiques avec ce nouveau partenaire de la société internationale.
17
UNJF - Tous droits réservés
Remarque
Il convient d'ajouter que ces positions juridiques ne recoupent pas totalement la réalité. Il est par exemple
certain que les Pays baltes n'auraient pas pu facilement imposer leur retour sur la scène internationale s'ils
n'avaient fait l'objet d'une reconnaissance rapide par des pays d'Europe occidentale. Ces questions sont
beaucoup plus souvent des questions de fait que des questions de droit. Dès lors, elles deviennent de plus
en plus en plus complexes, au point que l'on ne sait plus guère où est la règle juridique. On a assisté en
2008 a de nouvelles déclarations unilatérales d'indépendance (Kosovo, Ossétie du Sud) et reconnaissances
rapides. (O. Corten, « Déclarations unilatérales d'indépendance et reconnaissances prématurées », RGDIP,
2008, p. 721 contra P. Weckel, « Plaidoyer pour le processus d'indépendance du Kosovo, Réponse à O.
Corten », RGDIP 2009 2, p. 257. voir aussi C. Crepet Daigremont, « Conformité au droit international de la
déclaration d'indépendance relative au Kosovo », AFDI, 2010, p. 229). En réaction, la Cour internationale de
justice a été saisie pour avis dans le cas du Kosovo par l'Assemblée générale des Nations Unies le 8 octobre
2008. Avis rendu le 22 juillet 2010 et qui confirme les solutions traditionnelles en affirmant qu’une déclaration
unilatérale d’indépendance ne viole pas le droit international.
Sur ces questions, voir E. Tourme Jouannet, H. MuirWatt, O. de Frouville, J. Matringe, Droit international et
reconnaissance, Pedone, 2016.
Constituent aussi une reconnaissance d'État des actes implicites : l'établissement de relations diplomatiques
et même de relations commerciales. Reconnaître un État c'est forcément reconnaître aussi son gouvernement.
Pourtant, les deux types de reconnaissance sont dissociables.
18
UNJF - Tous droits réservés
Ainsi, la France a publié au JO, AN, 16 mars 1979, p. 1720, la position selon laquelle « La pratique de la
France est en effet, d'entretenir des relations diplomatiques non pas avec les gouvernements mais avec les
États, c'est ainsi qu'elle n'accomplit pas d'acte formel de reconnaissance lorsqu'un nouveau gouvernement est
instauré à la suite d'un changement de régime. Il s'agit là d'une position constante. »
Mais la reconnaissance d'un gouvernement par des États tiers permet aussi à un nouveau gouvernement
d'asseoir sa domination sur le territoire et la population, dans un moment de conquête du pouvoir, où il
est parfois encore incertain ou fragile. Ce qui fait que la pratique est plus ambiguë que la position non
interventionniste des États ne le laisse paraître.
Exemple
Ainsi, la France a t-elle reconnu le 10 mars 2011 le « Conseil national de transition » libyen comme « le
représentant légitime du peuple libyen » en indiquant qu'il ne s'agissait pourtant pas d'une reconnaissance de
gouvernement. (RGPIP, 2011-2 , L. Balmond, Chronique des faits internationaux, p. 563). De façon encore
plus nette , le Président des États-Unis a reconnu l'accession à la présidence de J. Guaido au Venezuela le
23 janvier 2019 (CDP et Ch.d.P.-S., RGDIP 2019-3, Chronique des faits internationaux, p. 726 ; voir aussi M
F., « Persistance de la crise sous influences étrangères - analyse des conduites visant le gouvernenement
Maduro », RGDIP 2020/ 3 et 4 , p. 624).
2. Régime juridique
Lorsque la reconnaissance des gouvernements perdure, reste à déterminer quelles sont les règles auxquelles
elle obéit. Plusieurs doctrines s'affrontent. La doctrine de l'effectivité, qui est la plus « neutre » : le
gouvernement est reconnu s'il apparaît qu'il maîtrise territoire et population, au besoin par la force. Appliquée
souvent, cette doctrine est très respectueuse du libre-arbitre des États mais assez cynique quand elle
entérine un coup d'État. On peut alors préférer se référer à la doctrine de la légitimité : la reconnaissance
est subordonnée à ce que l'autorité soit sanctionnée par des élections démocratiques.
§ 2. L'indépendance du gouvernement : le
principe de non-ingérence /non-intervention
Les principes de non-ingérence et de non-intervention seront définis brièvement avant de tirer les
conséquences juridiques qu'ils impliquent.
A. Les principes
Non-ingérence et non-intervention sont parfois utilisées comme synonymes (Cf. Dictionnaire de droit
international public, J. Salmon, p. 746). Il est vrai qu'ils correspondent à la même idée, même si on peut opérer
une légère distinction entre les deux vocables.
19
UNJF - Tous droits réservés
a) Une définition commune au sens large
Au sens large, non-intervention et non-ingérence peuvent se définir de la même manière comme l'interdiction
faite à tout État comme corollaire au principe d'égalité souveraine de s'immiscer dans les affaires
internes ou externes relevant de la compétence d'un autre État (J. Salmon, Dictionnaire de droit
international public, précité).
La Cour internationale reprend cette même idée dans l'arrêt de principe Détroit de Corfou (Fond, 9 avril 1949,
p. 35) quand elle évoque le droit de non-intervention comme étant « le droit de tout État souverain de conduire
ses affaires sans ingérence extérieure ».
Si ces principes sont bien établis, c'est qu'ils bénéficient de fondements solides. « Non-ingérence et non-
intervention s'alimentent (...) à la même source : la règle de l'égalité souveraine des États » (P.-M. Dupuy,
Manuel, Précité p. 103).
Exemple
C'est ce que dit la Cour internationale dans l'arrêt Détroit de Corfou, précité, Rec. 49, p. 35.
Dans la société internationale classique en effet, il est impensable de hiérarchiser juridiquement les États
qui sont tous détenteurs d'une puissance inégalée : la souveraineté.
Exemple
Dans l'arrêt Détroit de Corfou, la souveraineté territoriale albanaise avait été violée par la Grande-Bretagne,
dont les navires avaient déminé le Détroit « de force ». La Cour qui pourtant condamne l'attitude de l'Albanie
fautive pour avoir laissé miner cette voie internationale, refuse de justifier l'attitude britannique au nom de
l'égalité entre tous les États, qui serait rompue si on laissait « s'installer une politique de force », « réservée
par nature aux États les plus forts », et donc contraire au principe d'égalité des États.
a) Non-intervention
Le principe de non-intervention vise plutôt la souveraineté territoriale de l'État et condamne donc le
franchissement des frontières par la voie des armes. La condamnation internationale ayant entouré l'Irak
lors de l'invasion du Koweït démontre assez la force du principe. Cependant il correspond à une position «
classique », car essentiellement territoriale, en matière de souveraineté.
Dans ce sens plus étroit, le principe de non-intervention renvoie donc aussi au principe de non-recours à la
force armée, posé par l'article 2 §4 de la Charte des Nations Unies.
20
UNJF - Tous droits réservés
Exemple
On le voit dans l'arrêt Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua, précité, Rec. p. 108, §205 : « cet
élément de contrainte (...) est particulièrement évident dans le cas d'une intervention utilisant la force ».
b) Non-ingérence
Le principe de non-ingérence traduit l'évolution qualitative de la notion de souveraineté. Il prend en compte
les aspects économiques et politiques de cette dernière. L'arrêt de principe à cet égard est sans doute celui
de la CIJ du 27 juin 1986 (fond, Rec. p. 108), Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua, qui condamne
les États-Unis pour avoir soutenu financièrement et matériellement les rebelles au régime politique en place
au Nicaragua. La Cour précise :« ce principe interdit à tout État ou groupe d'États d'intervenir directement ou
indirectement dans les affaires intérieures ou extérieures d'un autre État (...). L'intervention est illicite quand,
(...) elle utilise des éléments de contrainte, particulièrement évidents dans l'emploi de la force soit directement
soit indirectement, par le soutien à des activités armées subversives ou terroristes. »
a) L'intervention
Le Dictionnaire de droit international (J. Salmon, précité, p. 609) définit l'intervention comme l'acte de force
accompli par un État sur le territoire ou dans les espaces relevant de la juridiction d'un autre État.
Il semble que la notion d'intervention suppose toujours un aspect matériel et physique contrairement
à l'ingérence. L'intervention armée, qui postule plus explicitement encore le recours à la force, peut être
directe (pénétration de troupes étrangères) ou indirecte (soutien à des rebelles). Ces différentes modalités
d'interventions sont précisées dans la Résolution n° 2625 (XXV) de l'AG des Nations Unies du 24 octobre
1970, « Déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales entre États ».
L'intervention peut aussi être le fait des Nations Unies, si elles tendent à pénétrer la sphère de compétence
réservée des États, (Charte, article 2 §7).
21
UNJF - Tous droits réservés
Cette résolution établit surtout des devoirs d'abstention à la charge des États. Par exemple, « chaque État a
le devoir de s'abstenir d'organiser ou d'encourager l'organisation de forces irrégulières ou de bandes armées,
notamment de bandes de mercenaires, en vue d'incursions sur le territoire d'un autre État ». Ce devoir est le
même pour les Nations Unies : « Aucune disposition de la Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans
les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État ». On citera deux exemples
d'intervention armée :
• directe : l'intervention britannique dans l'affaire détroit de Corfou ;
• indirecte : l'intervention des USA au Nicaragua par le soutien apporté aux rebelles au gouvernement
en place.
b) L'ingérence
On définit l'ingérence comme « l'immixtion sans titre d'un État ou d'une organisation inter
gouvernementale dans les affaires qui relèvent de la compétence exclusive d'un État tiers », M. Bettati
(Le droit d'ingérence, O. Jacob, Paris, 1996).
Le mot a ici une fonction protectrice de la souveraineté des États. L'ingérence peut donc être d'ordre
politique ou économique. On fait parfois appel à la notion d'intervention idéologique, pour qualifier «
l'action coercitive tendant plus particulièrement à renverser le gouvernement d'un État qui aurait opté pour
une idéologie ou un système politique donné » (Dictionnaire de droit international, précité p. 611). Une telle
intervention est, au sens strict, une ingérence.
Champ d'application : l'ingérence peut être le fait des États comme des organisations internationales.
Exemple
Résolution de L'AG de Nations Unies n° 3395 (XXX), du 20 novembre 1975 : « L'Assemblée générale,
demande à nouveau à tous les États de respecter l'indépendance, l'intégrité territoriale et le non-alignement
de la République de Chypre et de s'abstenir des tous les actes et de toutes les interventions contre elle ».
On voit ici que l'ingérence représente une notion plus large que l'intervention.
Une question est actuellement posée : celle des comportements hostiles dans le cyberespace et la façon dont
le droit international doit les appréhender. La France considère que des attaques conduites à son encontre
ou depuis son territoirre sont susceptibles de constituer des violations du droit international (F. D., « Pratique
française récente en matière de paix et de sécurité internationale dans le cyberespace », RGDIP 2020/1,
Chron. des faits internationaux, p. 115).
Elles sont relayées toutes deux par des Résolutions de l'AG des Nations Unies 2131 XX du 21 décembre 1965
« Déclaration sur l'inadmissibilité de l'intervention dans les affaires intérieures des États et la protection de leur
indépendance et de leur souveraineté » reprise souvent (par exemple dans la Résolution du 24 octobre 1970,
2625 XXV, GTDIP n° 5), sans qu'aucune exception n'y soit prévue.
Exemple
De même l'arrêt de la CIJ du 27 juin 1986 : Affaire des activités militaires et paramilitaires des États-Unis
au Nicaragua, fait explicitement référence à ces deux textes mais a en outre, reconnu aux deux principes
valeur coutumière sans référence à la Charte des Nations Unies (Rec. 86 p. 202).
Cette attitude tend à donner aux principes une force particulière et un champ d'application le plus large
possible. Ces règles sont tellement importantes qu'on leur accorde le statut de jus cogens .
22
UNJF - Tous droits réservés
er
Ainsi, la 1 mars 2022, l'Assemblée générale des Nations unies a voté à une très large majorité la
condamnation du l'intervention russe en Ukraine (voir ONU info, L'Assemblée générale adopte une résolution
exigeant le retrait des forces russes de l'Ukraine). Cette internvention a même été qualifiée d'agression, c'est-
à-dire comme un « emploi de la force armée par un Etat contre la souveraineté, l'intégrité territoriale ou
l'indépendance politique d'un autre Etat, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations
Unies » selon les termes de la Résolution de l'AG de l'ONU (3314) du 14 décembre 1974. Voir sur cette
question notamment : R. Kolb, « Libres propos sur l'utilisation de la force par la Russie en Ukraine », AFDI,
2022, p. 135-192.
23
UNJF - Tous droits réservés