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Leçon 7: La Vie Politique Sous La Vème République

Le document traite de la vie politique sous la Vème République française, en analysant les différentes périodes de présidence, de De Gaulle à Macron, et les évolutions institutionnelles qui en découlent. Il souligne la prééminence du Président de la République, renforcée par des pratiques constitutionnelles et des contextes politiques variés, tout en notant les moments de cohabitation qui ont redéfini les rapports entre le Président et le Premier ministre. La flexibilité des institutions est mise en avant comme un facteur de pérennité, malgré les critiques sur la concentration du pouvoir exécutif.

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Leçon 7: La Vie Politique Sous La Vème République

Le document traite de la vie politique sous la Vème République française, en analysant les différentes périodes de présidence, de De Gaulle à Macron, et les évolutions institutionnelles qui en découlent. Il souligne la prééminence du Président de la République, renforcée par des pratiques constitutionnelles et des contextes politiques variés, tout en notant les moments de cohabitation qui ont redéfini les rapports entre le Président et le Premier ministre. La flexibilité des institutions est mise en avant comme un facteur de pérennité, malgré les critiques sur la concentration du pouvoir exécutif.

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Droit constitutionnel 2 : La Vème République

Leçon 7 : La vie politique sous la Vème République


Michel VERPEAUX

Table des matières


Section 1. L'épopée gaullienne 1958-1969................................................................................................................p. 3
Section 2. La gestion Pompidolienne 1969-1974..................................................................................................... p. 4
Section 3. La modernisation giscardienne 1974-1981.............................................................................................p. 5
Section 4. La monarchie éclairée mitterrandienne 1981-1995................................................................................ p. 6
§1. De mai 1981 à mars 1986............................................................................................................................................................ p. 6
§2. De mars 1986 à mai 1988............................................................................................................................................................ p. 6
§3. De mai 1988 à mars 1993............................................................................................................................................................ p. 7
§4. De mars 1993 à mai 1995............................................................................................................................................................ p. 7
Section 5. Le déclin, le sursaut et le crépuscule chiraquiens 1995-2007..............................................................p. 8
§1. De mai 1995 à juin 1997...............................................................................................................................................................p. 8
§2. De 1997 à 2002.............................................................................................................................................................................p. 8
§3. De 2002 à 2007.............................................................................................................................................................................p. 8
Section 6. Le présidentialisme exacerbé de Nicolas Sarkozy et son échec....................................................... p. 10
Section 7. Le quinquennat unique de François Hollande (2012-2017) .............................................................. p. 12
Section 8. Le nouveau quinquennat d'Emmanuel Macron (2017-...).................................................................... p. 13

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L’étude de la vie politique oblige à s’intéresser au fonctionnement concret des institutions et à distinguer,
parfois, les textes et la pratique.
Dans deux domaines essentiellement, la pratique constitutionnelle a pu s'écarter du texte constitutionnel en
fonction de la conjoncture politique.
• Il s'agit de la question de la responsabilité du gouvernement devant le Président, au regard des conditions
dans lesquelles s'opère la démission du gouvernement,
• et de celle de la répartition des compétences entre le Président et le Premier ministre s'agissant de la
conduite des affaires de la Nation.
Dans ces deux hypothèses, derrière un respect formel des exigences constitutionnelles, c’est d’abord la
conjoncture politique, et accessoirement la personnalité des hommes, qui jouent un rôle essentiel. Renforçant
la primauté du Chef de l’Etat tout en maintenant le rôle essentiel du Premier ministre, la Constitution ouvre
la porte à des pratiques très différentes quant à l’équilibre entre les deux têtes de l’exécutif. Si le texte
de la Constitution se situe dans un esprit parlementaire, la personnalité du premier des Présidents de la
ème
V République et l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel direct instauré en 1962 ont accentué
la présidentialisation du régime, entendue comme une prééminence institutionnelle et politique du Président
de la République. Le quinquennat présidentiel adopté en 2000, complété par un calendrier électoral fixant
actuellement l’élection présidentielle deux mois avant les élections législatives, a conforté la prééminence
présidentielle.

La répartition des tâches entre le chef de l'Etat et le chef du gouvernement s'est avérée plus hiérarchique que
fonctionnelle.
Remarque
er
Bien que l’article 20 al. 1 indique que « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. »,
en fait, c'est le Président de la République qui, sauf en période de cohabitation, détermine la politique de la
Nation, et le Premier ministre qui, pour l'essentiel, la conduit.
Le Premier ministre est aux prises avec la conjoncture pour y traduire en actions les directives d'ensemble
données par le Président de la République. Mais il réalise cette politique avec une marge plus ou moins
grande d'initiative et de décision. Il assume devant l'Assemblée nationale et devant l'opinion la responsabilité
de la politique présidentielle et sert ainsi partiellement d'écran aux critiques dirigées contre le Président. Cette
situation est inévitable en période de concordance des majorités présidentielle et parlementaire. En effet,
lors de l'élection présidentielle, chaque candidat présente un programme plus ou moins précis qui marque
l'orientation de la politique qu'il dirigera.

Remarque
Le Président ainsi élu est muni d'un programme et est revêtu d'une légitimité que le Premier ministre n'a
pas.Cela s’est accentué avec l’instauration du quinquennat présidentiel et l’adoption du calendrier électoral
actuel.

En revanche, la cohabitation politique, qui a marqué à trois reprises jusqu’à présent le fonctionnement des
institutions a, sans effacer le rôle joué par le Président, marqué un retour à la lecture parlementariste de la
Constitution. Une rapide analyse chronologique des rapports au sein de l'Exécutif montre la souplesse des
institutions, parfois source de difficultés, mais incontestablement, condition de leur pérennité, alors même que
ème
certains critiquent les institutions de la V République, et notamment la prééminence présidentielle.

On peut relever que la Constitution s’est adaptée sans crises majeures à des scénarios politiques très différents
et que l’effacement du Président de la République au profit d’un système primo-ministériel ou, au contraire,
l’effacement du Premier ministre dans le cadre d’un régime résolument présidentiel, n’auraient pas a priori
apporté de meilleures solutions aux crises politiques que la France a pu connaître.

ème
Une présentation de cette vie politique ne peut sans faire sans distinguer les différentes périodes de la V
République, toutes marquées par la figure du Président de la République

2
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L'épopée gaullienne (1958-1969)
La gestion Pompidolienne (1969-1974)
La modernisation giscardienne (1974-1981)
La monarchie éclairée mitterrandienne (1981-1995)
• De mai 1981 à mars 1986
• De mars 1986 à mai 1988
• De mai 1988 à mars 1993
• De mars 1993 à mai 1995
Le déclin, le sursaut et le crépuscules chiraquiens (1995-2007)
• De mai 1995 à juin 1997
• De 1997 à 2002
• De 2002 à 2007
Le présidentialisme exacerbé de Nicolas Sarkozy et son échec (2007-2012)
Le quinquennat unique de François Hollande (2012-2017)
Le nouveau quinquennat d'Emmanuel Macron (2017-...)
Le nouveau quinquennat d'Emmanuel Macron (2017-...)

Section 1. L'épopée gaullienne


1958-1969
ème
Le Général de Gaulle occupe dans l'histoire constitutionnelle de la V République une place tout à fait
particulière. D'une part, il est à l'origine de la Constitution, mais aussi il s'est perçu lui-même comme investi de
sa mission de Chef de l'Etat par la conjonction de l'histoire et de la volonté populaire.
Dépositaire du destin national depuis, selon sa propre analyse, le 18 juin 1940, il conçoit la Constitution
plus comme un instrument au service de la conception qu’il se fait de l’Etat et de la France, que comme
un carcan juridique. La crise algérienne va donner l’occasion au nouveau Chef de l’Etat de s’installer à
nouveau dans la figure de l’homme du recours face aux difficultés nationales. Dès la formation de son premier
gouvernement dirigé par M. Debré, Charles de Gaulle marque la rupture du lien traditionnel entre le Parlement
et le gouvernement.

Il montre que le gouvernement est celui de son choix et qu'il est investi des missions qu'il lui confie. Si la
fonction d'arbitre n'est pas conçue de manière passive, le Général de Gaulle lui donne deux dimensions, celle
des temps de crise où le Chef de l'Etat décide, celle des temps ordinaires où le chef de l'Etat oriente l'action du
gouvernement, lui fixe des objectifs, mais laisse au gouvernement le soin de conduire la politique quotidienne.
Selon J. Chaban Delmas en 1959, il convient de distinguer un domaine « réservé » au Président dans lequel
le gouvernement joue le rôle d'un exécutant et un domaine « ouvert » dans lequel le gouvernement conçoit. Le
domaine dit réservé est en fait formé par les questions dont le Général de Gaulle estime qu'elles concernent
le destin national, notamment, la question algérienne, l'Europe et plus largement la politique étrangère et de
défense.

Remarque
La primauté du Président de la République tient essentiellement au lien particulier qu'il tisse avec le peuple
qui, depuis 1962, le choisit, auquel il s'adresse directement par des messages et des allocutions, qui, par le
référendum, lui renouvelle sa confiance, ou lui signifie son départ (en 1969).

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Section 2. La gestion Pompidolienne
1969-1974
Remarque
La conception du Général de Gaulle est reprise pour l'essentiel.
Dès son élection en 1969, le Président Pompidou affirme : « le Président de la République est chargé de
donner les impulsions fondamentales, de définir les directions essentielles (...) il est à la fois arbitre et premier
responsable ». Ainsi, le Président entend conduire plus directement les affaires du pays. En ce sens, J. Chaban-
Delmas, Premier ministre, s’est défini comme un coéquipier aidant le capitaine. Lorsque ce même Premier
ministre manifesta trop d’autonomie, en définissant son propre projet politique sous le nom de la « Nouvelle
société », et en tentant de s’appuyer sur un vote de confiance de l’Assemblée nationale, le Président mit fin à
ses fonctions et nomma à sa place un homme sans existence politique autonome, P. Messmer, en 1972.

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Section 3. La modernisation
giscardienne 1974-1981
En 1974, le centriste Valéry Giscard d'Estaing est élu Président de la République à 48 ans. Sa volonté
de moderniser la société se traduit d’abord par une rupture avec certaines traditions protocolaires et un
changement de style. Son refus de dissoudre l’Assemblée nationale à majorité gaulliste après son élection, l’a
conduit à choisir son Premier ministre, J. Chirac, dans cette famille politique. Sa vision d’une modernisation
de la vie politique passait par un renforcement du caractère « présidentialiste » du régime. J. Chirac cumulait,
formellement, puis de fait, les fonctions de Premier ministre et de chef du parti le plus important de la majorité.
Cependant, ce dernier, estimant qu’il ne disposait pas des moyens nécessaires pour conduire son action
et manifestant son désaccord avec la politique européenne du Président, démissionna en 1976. V. Giscard
d’Estaing choisit alors comme Premier ministre un universitaire centriste qui n’était pas véritablement une
figure politique, ni même un parlementaire, R. Barre.

La direction présidentielle de la politique nationale est alors plus directe, le Président adressant régulièrement
à son Premier ministre des lettres directives où il annonce publiquement les mesures qu'il veut voir adopter. Le
développement de conseils retreints, réunissant à l'Elysée ministres et hauts fonctionnaires sous la direction
du Président, a marqué également le renforcement de l'interventionnisme présidentiel. En 1978, R. Barre
déclara : « Le Premier ministre dirige le gouvernement dans le cadre des orientations fixées par le Président
de la République ».

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Section 4. La monarchie éclairée
mitterrandienne 1981-1995
François Mitterrand fut le seul président à connaître quatre alternances et à présider dans trois situations
politiques différentes.

§1. De mai 1981 à mars 1986


Dès son élection, F. Mitterrand renoue avec les signes et la solennité du pouvoir. Il nomme comme Premier
ministre l'un des représentants du socialisme historique, P. Mauroy. F. Mitterrand déclare dès 1981, « Nul
n'ignore au sein du gouvernement que le Président de la République peut à tout moment faire prévaloir
l'opinion qu'il a de l'intérêt général ». Le gouvernement a pour mission de mettre en œuvre les 110 propositions
qu'il a présentées aux Français et sur la base desquelles il a été élu. Mais il entend cependant laisser à
ce gouvernement une marge de manœuvre et d'autonomie, et en ce sens, il déclare, toujours en 1981 : «
j'exercerai dans leur plénitude les pouvoirs que me confère la Constitution, ni plus ni moins. Je laisse le Premier
ministre agir tout à fait à sa guise pour les problèmes de la vie quotidienne et même pour un certain nombre
de grands problèmes que j'estime être de son ressort. J'agis et j'interviens pour ce que l'on pourrait appeler
les grandes orientations ». Cependant, le Premier ministre a joué un rôle non négligeable dans la réorientation
de la politique économique en 1983. En 1984, François Mitterrand « donne à la France » un jeune Premier
ministre, L. Fabius, qui lui est proche.

Remarque
Ce dernier doit pour l'essentiel le lancement de sa carrière politique au Président en place. Bénéficiant d'une
popularité supérieure à celle du Chef de l'Etat, L. Fabius exerce dans leur plénitude ses prérogatives de
Premier ministre.

§2. De mars 1986 à mai 1988


C'est la période institutionnelle la plus intéressante sur le plan constitutionnel. La victoire de l'opposition de
droite aux élections législatives conduit le Président de la République, tout en affirmant qu’il dispose d’une
certaine liberté de choix, à nommer un Premier ministre, Jacques Chirac, issu de cette nouvelle majorité et
ème
auquel, situation inédite sous la V République, il n'est pas en mesure de dicter ses choix politiques. Le
Premier ministre s'appuie quant à lui sur la majorité parlementaire dont il tire sa légitimité.Le Président de la
République prend acte de cette nouvelle situation, tout en délimitant son champ de compétence. Il déclare : «
la majorité nouvelle va entreprendre une action selon les vues qui sont les siennes. J'exerce ma tâche qui
est de défendre à l'intérieur comme à l'extérieur nos libertés, notre indépendance, notre engagement dans
l'Europe, notre place dans le monde ».

Dans la pratique, le Président de la République a considéré qu'il n'avait pas à intervenir dans les rapports
du Gouvernement avec le Parlement. Il n'a jamais refusé qu'une réforme même contraire à ses options
soit soumise au Parlement. En revanche, il s'est opposé à certaines décisions du gouvernement en usant
des compétences qu'il tient de l'article 13C (nomination de hauts fonctionnaires ou signature de certaines
ordonnances). En ce sens, il a été conduit à redonner à la fonction présidentielle la vocation arbitrale qu'elle
tient de l'article 5, tout en maintenant le rôle du Président en matière de politique étrangère et de défense.

Cette situation n'a d'ailleurs pas renforcé le rôle du Parlement, dont la fonction s'est trouvée rabaissée à celle
d'une chambre d'enregistrement chargée de donner au gouvernement les moyens d'agir dans un contexte où
rien ne doit affaiblir le Premier ministre dans le face à face qui l'oppose au Président de la République. Au sein
de l'exécutif, le rôle du Gouvernement s'est renforcé, ce dernier exerçant effectivement, et indépendamment
du Président de la République, les pouvoirs très importants que lui confère la Constitution. Le Président de la
République a gardé la faculté d'empêcher, mais il ne bloque pas le fonctionnement des institutions.

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§3. De mai 1988 à mars 1993
En 1988, F. Mitterrand est réélu Président de la République. Dès son élection, il nomme M. Rocard comme
Premier ministre, afin de faire passer un message de renouveau et malgré l'antipathie qu'il lui porte. La
dissolution de l'Assemblée nationale conduit à l'élection d'une majorité de gauche, mais qui n'est que relative.
Le Président laisse au gouvernement une assez large marge de manœuvre. Mais en 1991, le Président décide
de nommer E. Cresson, Première ministre à la place de M. Rocard. Il choisit ainsi pour la première fois de
nommer à la tête du Gouvernement une femme, peu connue du grand public, mais qui, politiquement, l'a
toujours soutenu. La déroute de la majorité lors des élections locales et l'impopularité grandissante du Premier
ministre conduisent à son remplacement par P. Bérégovoy en 1992. Le gouvernement est alors presque
exclusivement composé de proches du Chef de l'Etat.

§4. De mars 1993 à mai 1995


Les élections législatives de mars 1993 sont marquées par le retour à l'Assemblée nationale d'une nouvelle et
importante majorité de droite. La nouvelle cohabitation est moins conflictuelle. Le Président de la République
n'est pas candidat à sa propre succession. E. Balladur, ancien collaborateur de G. Pompidou, est nommé
Premier ministre. Le Président se montre moins combatif et l'opposition de gauche est très affaiblie. Le Premier
ministre détermine et conduit la politique de la Nation. Il laisse cependant pour l'essentiel au Président de la
République la conduite de la politique étrangère de la France. C'est également contre l'avis du Gouvernement
que le Président de la République impose le gel des essais nucléaires.

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Section 5. Le déclin, le sursaut et le
crépuscule chiraquiens 1995-2007
L'élection présidentielle de 1995 voit la victoire de J. Chirac, qui élimine au premier tour E. Balladur donné
longtemps favori, et au second tour le candidat de la gauche L. Jospin. A la fin de son premier mandat et
alors qu'est institué le quinquennat, J Chirac est réélu avec plus de 80% des suffrages exprimés au second
tour, face au candidat de l'extrême droite, J.-M. Le Pen. J. Chirac ne tirera cependant aucun profit politique
de cet élan républicain.

§1. De mai 1995 à juin 1997


Une situation plus habituelle que la cohabitation se rétablit avec une majorité présidentielle conforme à la
majorité parlementaire, à la suite de l’élection de J. Chirac. Le nouveau Président dispose d’une majorité
importante, mais peu homogène et élue depuis deux ans et qu’il décide de laisser en place. Il nomme Alain
Juppé comme Premier ministre. Définissant le rôle respectif du Président et le sien, A. Juppé marque bien
la subordination du second au premier, en affirmant que le Président est l’architecte et le Premier ministre le
maçon. Le Premier ministre conduit la politique de la Nation, le Président la détermine.

Le Président imprime également sa marque sur la politique de défense et la conduite des affaires étrangères.
ème
A. Juppé dut rapidement faire face à une impopularité contre laquelle, de manière assez inédite sous la V
République, le Président a tenté de le protéger, alors que de manière traditionnelle le Premier ministre était
considéré comme le fusible chargé de protéger le Président, en « sautant » en cas de crise. L'amorce de crise
politique qui se dessine conduit le Président à tenter de reprendre la main en prononçant la dissolution de
l'Assemblée nationale en 1997.La dissolution était également justifiée par la nécessité, pour le Président de
la République, de bénéficier d’une majorité renouvelée et le soutenant, à la veille d’échéances européennes
majeures.

§2. De 1997 à 2002


La manœuvre échoue et les électeurs envoient à l'Assemblée une majorité de gauche. Une troisième
cohabitation se met en place. Deux ans après son élection, suite à « son initiative », le Président perd la maîtrise
de la politique nationale et la nouvelle cohabitation a duré jusqu'à la fin du mandat présidentiel, soit de cinq ans.
Aucun Président n'aura subi une telle diminutio capitis de ses compétences pendant une durée si importante.

L. Jospin est nommé Premier ministre. La cohabitation est d'abord relativement apaisée du fait à la fois de
l'expérience acquise et de l'affaiblissement de la position du Président de la République à la suite de son
échec personnel. Mais l'approche des élections qui devaient voir s'affronter les deux têtes de l'exécutif rend
la cohabitation plus difficile dans un contexte où les affaires « politico-pénalo-médiatiques » sont montées
en épingle. Le chef de l'Etat, éloigné de la conduite de la politique de la Nation au quotidien, prend parti de
manière choisie, sur tel ou tel aspect de l'action gouvernementale, et maintient ses prérogatives sur le plan
international tout en les partageant avec un Premier ministre qui se montre plus offensif que ses prédécesseurs
sur ce terrain.

La révision constitutionnelle, en quelque sorte imposée à J. Chirac, instaurant le quinquennat, en octobre 2000,
relance le débat sur la cohabitation, qu'elle ne contribue cependant pas à résoudre.

§3. De 2002 à 2007


Le premier tour de l’élection présidentielle est l’occasion d’une énorme surprise. L. Jospin est éliminé de la
compétition et J. Chirac se retrouve au second tour face à J.M. Le Pen, candidat de l’extrême-droite, après
une campagne inhabituelle marquée par un ralliement contre nature et à contre cœur de la gauche mais au

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nom de la République, derrière J. Chirac. Celui-ci, devenu le rempart contre l’extrême droite, l’emporte avec
une majorité considérable de 82% des suffrages exprimés. Le Président réélu nomme Premier ministre un «
outsider » centriste, J.-P. Raffarin. Les élections législatives qui suivent sont un cuisant échec pour la gauche.
Le Président de la République retrouve une majorité solide et unie derrière lui et profite de cette conjoncture
pour réunir une grande partie de la droite en un parti unique, uni dans le soutien à Jacques Chirac, qui va
s’appeler l’Union pour un Mouvement populaire (UMP).

Durant les premiers mois de son quinquennat, le Président laisse à son Premier ministre une large initiative
dans la gestion des affaires internes. Il est, quant à lui, très présent sur le plan international, et intervient sur
des questions de société, telles la lutte contre le cancer ou la protection de l'environnement. A mi-mandat,
le Président Chirac doit faire face à une crise de popularité qui le conduit à nommer un nouveau Premier
ministre, D . de Villepin, un proche, en 2005. Son quinquennat n'est pas marqué par un affaiblissement de la
fonction présidentielle mais le Président est personnellement affaibli politiquement, notamment par l'échec du
référendum sur le Traité portant Constitution européenne en mai 2005, la crise des banlieues à l'automne 2005
et le retrait forcé d'une loi votée qui a été à l'origine de mouvements de rue importants au printemps 2006.

Il doit faire face à la montée en puissance de l'un de ses ministres, Nicolas Sarkozy. Ce dernier fait céder le
Président s'agissant du cumul d'une fonction ministérielle et de la présidence du parti majoritaire, affaiblissant
ainsi, de manière inusitée, la position du Premier ministre vis à vis duquel il se pose comme un rival.

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Section 6. Le présidentialisme exacerbé
de Nicolas Sarkozy et son échec
Pour la première fois de l’histoire, le second tour de l’élection présidentielle se joue entre deux candidats de
l’après-guerre, incarnant une nouvelle génération en politique, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, première
femme à accéder au second tour de l’élection présidentielle et candidate socialiste cherchant à faire oublier
le traumatisme de 2002.
Elu à une confortable majorité, Nicolas Sarkozy marque dès son élection sa volonté de renforcer et d'affirmer la
fonction présidentielle. Il nomme comme Premier ministre l’un de ses fidèles, F. Fillon et participe directement
à la composition d’un gouvernement resserré. Empiétant largement sur les compétences du Premier ministre
et des Ministres, il reçoit les syndicats, discute directement avec les intéressés des projets de loi. Certains
ont pu parler d’un « hyper-président ». L’affaiblissement du parti socialiste, dû à un nouvel échec à l’élection
présidentielle, combiné et renforcé par une politique dite « d’ouverture » à des personnalités de gauche, la
souplesse des institutions de la V° République, lui laissent le terrain largement ouvert.

Le nouveau Président annonça une profonde réforme des institutions, qui devait rester cependant dans
ème
le cadre de la V République. Il propose, en particulier, que soit engagée une réflexion sur les rôles
respectifs du Président et du Premier Ministre, une possibilité pour le Président se se présenter devant le
Parlement, un renforcement des pouvoirs de contrôle du Parlement et un statut de l’opposition, l’instauration de
mécanismes nouveaux de protection des droits et libertés, et la création de droits directs pour le peuple. Sauf la
question priorité de constitutionnalité, l’ensemble des nouvelles dispositions constitutionnelles se révélera peu
ambitieux, voire décevants pour ceux qui attendaient une vraie modernisation de notre régime constitutionnel.

En fait Nicolas Sarkozy modifie plus le style de la présidence que les conditions de fond de son exercice. Se
situant parmi les Présidents interventionnistes, il ne réalise cependant pas de ce point de vue une véritable
rupture. Il occupe le terrain de la politique interne autant que celui de la politique internationale, par des
initiatives et des annonces formulées en réaction à l’événement, quel qu’il soit, souvent sans lendemain
concret.

La révision constitutionnelle de 2008 prend acte de la prééminence présidentielle qu’elle ne remet pas
en question, tout en encadrant l’exercice de certains des pouvoirs présidentiels (cf leçon 3). Elle attribue
cependant au Président une faculté d’intervention devant le Parlement qui symboliquement développe la figure
d’un face à face Président-Parlement qui affaiblit la fonction primo ministérielle. Par ailleurs le Président de la
République marque sa volonté de conserver un rôle important au sein de son parti politique d’origine, alors que
ses prédécesseurs avaient symboliquement souhaité « couper le cordon ». Le Président entretient un lien direct
avec la majorité parlementaire empiétant ici encore sur une fonction traditionnellement dévolue au Premier
ministre. Mais la chute de sa popularité, dont le style et la politique heurtent beaucoup de sympathisants de
ème
droite, conduit à une situation inédite sous la V République, celle d’un Premier ministre, resté en place
depuis 2007, plus populaire que le Président de la République, alors que les deux titulaires des fonctions
exécutives appartiennent à la même majorité politique.

La crise économique et financière a néanmoins redonné une stature internationale au chef de l'Etat, ce qui lui
permet de faire un peu oublier le Premier ministre et de se présenter en candidat de rassemblement pour la
prochaine élection présidentielle qui doit avoir lieu au printemps 2012.

La campagne présidentielle se déroule sur fond de crise financière, économique, et européenne avec les
menaces sur l’euro. Le Parti socialiste organise, avec succès, pour la première fois, des primaires ouvertes
à l’ensemble des électeurs qui le souhaitent pour désigner son candidat et c’est François Hollande qui sort
largement vainqueur. Le Président sortant, qui se déclare assez tard, a du mal à faire la distinction entre
sa fonction présidentielle qui l’entend mener jusqu’à son terme, et son statut de candidat. Donné vainqueur
dans les sondages pendant de nombreuses semaines, François Hollande l’emporte au second tour, le 6
mai 2012, mais avec une avance qui s’est petit à petit réduite. Cette victoire s’explique également par les
choix stratégiques du candidat Sarkozy optant pour une droitisation de sa campagne présidentielle, d’une

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part, et, d’autre part, la candidature de François Hollande, suite aux primaires ouvertes, apparaît comme
une candidature apaisée et plus consensuelle, et donc plus rassembleuse d’une gauche (au second tour
notamment) qui ne veut nullement laisser passer à nouveau cette échéance présidentielle, conduisent à la
ème
défaite du président sortant et à l’élection pour la seconde fois sous la V République d’un président issu du
ème
Parti socialiste. C’est la seconde fois également sous la V République qu’un président sortant et candidat
à sa succession est battu.
Cet échec présidentiel fut confirmé en 2016. Revenu à la tête de son parti, baptisé entre temps "Les
Républicains", Nicolas Sarkozy participa à la "primaire" de ce parti en novembre 2016, organisée pour désigner
le candidat de la droite à l'élection présidentielle de 2017. Arrivé en troisième position lors du premier tour de
cette primaire, il ne put être présent au second tour et il annonça, pour la deuxième fois de sa vie politique,
son retrait de la carrière publique.

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Section 7. Le quinquennat unique de
François Hollande (2012-2017)
Le retour d’une conception qui se voulait plus « normale » des institutions, loin d’une forme d’agitation
permanente, a été l’un des thèmes de campagne du Président de la République élu en 2012. Il entendait
mettre en pratique cette volonté, et il réduisit d’emblée le train de vie de la présidence et des membres du
Gouvernement. Il nomma comme Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, un proche mais aussi ancien président
du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, et donc fin connaisseur du Parlement. Ce dernier eut pour tâche
de former un Gouvernement de soutien aux engagements présidentiels et chargé de gagner les élections
législatives de juin 2012. Ce fut chose faite et le parti socialiste obtint la majorité absolue à lui seul, sans avoir
besoin des voix des députés Verts ou communistes. La gauche réformiste disposait de tous les leviers de
pouvoir nationaux et d’une grande partie des pouvoirs locaux. Il lui restait à les utiliser.

Lors de son discours d’investiture, le 15 mai 2012, François Hollande avait défini ainsi la manière dont il
entendait mener sa présidence et ses rapports avec le futur Premier Ministre : « Je mesure le poids des
contraintes auxquelles nous faisons face : une dette massive, une croissance faible, un chômage élevé,
une compétitivité dégradée et une Europe qui peine à sortir de la crise. (…) Président de la République,
j'assumerai pleinement les responsabilités exceptionnelles de cette haute mission. Je fixerai les priorités mais
je ne déciderai pas de tout ni à la place de tous. Conformément à la Constitution, le gouvernement déterminera
et conduira la politique de la Nation. Le Parlement sera respecté dans ses droits. La justice disposera de
toutes les garanties de son indépendance. Le pouvoir d'Etat sera exercé avec dignité mais simplicité. Avec
une grande ambition pour le pays. Et une scrupuleuse sobriété dans les comportements ».

Souhaitant lui aussi moderniser les institutions, les rendre plus démocratiques, il a nommé le 16 juillet une
Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique. Présidée par l’ancien Premier Ministre Lionel
Jospin, et composée quasi-exclusivement d’universitaires, connaisseurs de l’Etat et de la vie politiques, cette
commission est de faire des propositions sur trois axes principaux : l’élection présidentielle (parrainages,
financement, etc.) et le statut juridictionnel du Président de la République ; les modes de scrutin pour les
élections législatives et sénatoriales (parité, diversité, non-cumul des mandats, etc.) ; la prévention des conflits
d’intérêts et la transparence de la vie publique. Cette commission a rendu ses propositions au Président de la
République à l’automne 2012 et quelques réformes ont été adoptées (transparence de la vie politique et lutte
contre les conflits d'intérêts : loi du 11 octobre 2013 ; interdiction du cumul d'un mandat parlementaire et d'une
fonction dans un exécutif local : lois du 14 février 2014 ; création d'un parquet financier national pour lutter
contre la corruption et la grande fraude fiscale fiscale: loi du 6 décembre 2013, etc.). D'autres réformes ont été
adoptées en ce qui concerne l'organisation territoriale de la République mais aucune révision constitutionnelle
n'a pu être entreprise jusqu'en 2017, faute de pouvoir réunir une majorité des trois cinquièmes des membres
du Congrès compétent pour réviser la Constitution (art. 89).

Les différentes élections locales (municipales de mars 2014, départementales de mars 2015, régionales de
décembre 2015) et les élections européennes de mai 2014 ont été marquées par les échecs des candidats
défendant la majorité présidentielle. Cette situation politique difficile expliqua le changement de Premier
ministre, intervenu sans doute beaucoup plus tôt que ce qu'avait prévu le président Hollande au moment de
son élection: J.-M. Ayrault a été ainsi remplacé à ce poste par Manuel Valls au début du mois d'avril 2014.
Ce dernier, partisan d'une politique volontariste s'est heurté à une partie-minoritaire- des députés socialistes,
qualifiés de frondeurs qui, s'ils ne purent censurer le Gouvernement, malgré la tentative de déposer une motion
de censure lors de la discussion de la "Loi Travail" au printemps 2016,ont contribué à déstabiliser son action.
Confronté à de très mauvais sondages, François Hollande a renoncé à être candidat à l'élection présidentielle
ème
de 2017, ce qui constitue une première dans l'histoire de la V République pour un président sortant. Cette
annonce, qui surprit les observateurs politiques, s'est accompagnée de la démission de Manuel Valls du
poste de Premier ministre et de la nomination de M. Bernard Cazeneuve, jusqu'alors ministre de l'Intérieur
le 6 décembre 2016. La fin du quinquennat de François Hollande a semblé marquée aussi par une volonté
des électeurs, à l'occasion des différentes "primaires" organisées par les partis politiques, de congédier les
responsables politiques et de les remplacer par des hommes nouveaux.

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Section 8. Le nouveau quinquennat
d'Emmanuel Macron (2017-...)
La volonté de renouveau s'est concrétisée lors de l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017. Les
ème
candidats des deux partis de gouvernement habitués à se partager le pouvoir politique sous la V République
ont été éliminés lors du premier tour, celui du parti socialiste, M. Benoît Hamon, encore plus nettement que
celui des Républicains, M. François Fillon pourtant donné quasi vainqueur de l'élection, dans les sondages, à
la fin de l'hiver 2017 avant qu'il ne soit atteint par des informations judiciaires pour des questions d'emploi fictif
de son épouse. L'arrivée sur la scène politique de M. Emmanuel Macron, ancien ministre de l'économie de
François Hollande jusqu'en 2016, a pris de court les partis classiques. Quasiment inconnu des électeurs six
mois avant le premier tour de l'élection, et au terme d'une campagne fondée sur des techniques nouvelles de
communication et axée sur la jeunesse du candidat et les promesses d'un renouveau, M. Macron est arrivé en
tête au soir du premier tour devant Madame Le Pen, présidente du Front national. La campagne électorale a
vu les deux candidats s'affronter sur le thème de la mondialisation et sur celui du maintien ou non de la France
dans l'Europe. M. Macron a largement été élu avec 66 % des voix.

Voulant dépasser le clivage entre la droite et la gauche et incarner une nouvelle manière de gouverner, M.
Macron a nommé M. Edouard Philippe, issu du parti Les Républicains au poste de Premier ministre pour
constituer un Gouvernement paritaire femmes/hommes et composé en grande partie de techniciens et de
représentants de la "société civile".

A la suite des élections législatives qui se sont déroulées en juin 2017 et qui ont confirmé les résultats de
l'élection présidentielle, plus de 300 députés de "La République en marche" ont été élus, sous le nom de ce
mouvement né pour soutenir d'abord la campagne du candidat Macron puis son action, renforcés par plus
de 40 députés centristes ralliés à Emmanuel Macron après le retrait de M. Bayrou de l'élection présidentielle
en février 2017.

Après la constitution d'un deuxième Gouvernement de M. Edouard Philippe, légèrement remanié, M. Macron
a cherché à la fois à mettre en œuvre les premiers engagements de sa campagne et à occuper une place
centrale au sein des forces politiques, en tentant de marginaliser les oppositions qui, éclatées, ne peuvent se
regrouper. Sur le plan international et européen, M. Macron a souhaité redonner une place plus importante à
la France, alors que d'autres pays paraissaient plus affaiblis.
Après une première année (2017/2018) au cours de laquelle M. Macron paraissait connaître une réussite
certaine, il a commencé à rencontrer des difficultés liées à son entourage (affaire dite Benalla..) et à certaines
attitudes considérées comme arrogantes. La crise des "Gilets jaunes" à partir de novembre 2018 a entraîné
une forte perte de confiance dans l'opinion, certains manifestants n'hésitant pas à réclamer sa démission. Les
revendications en faveur, au départ, d'une hausse du pouvoir d'achat ont en effet rejoint des préoccupations
plus institutionnelles et réclamant des réformes en vue d'une démocratie plus participative et plus directe. Pour
tenter de trouver une issue à la crise, M. Macron a souhaité mettre en œuvre un "grand débat national" destiné
faire remonter des propositions de toutes natures. tout l'enjeu sera de savoir comment ces revendications
seront prises en compte et sous quelle forme politique et juridique.

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