LETTRE A L’EDITEUR
QUELLE STRATEGIE DE LUTTE CONTRE
LA DEFICIENCE AUDITIVE DE L’ENFANT
EN AFRIQUE NOIRE
R. NJOCK*, A. NDJOLO**, A. FOUDA**, G. BENGONO
RESUME 1. Audition normale : la perte tonale ne dépasse pas 20 dB,
2. Déficience auditive légère : la perte tonale est comprise
En Afrique noire, il n’existe pas de politique de dépis- entre 21 et 40 dB. Ces enfants doivent déployer une
tage néonatale de la surdité, il en est de même des struc- attention soutenue, source de fatigue scolaire,
tures de prise en charge du petit-enfant sourd. Nous
nous proposons après un bref rappel sur la surdité de 3. Déficience auditive moyenne :
l’enfant, d’évoquer les pré-requis du dépistage néonatal . 1er degré : la perte tonale moyenne est comprise
de la surdité selon l’OMS et d’élaborer une stratégie de entre 41 et 55 dB,
lutte contre la déficience auditive de l’enfant. . 2ème degré : la perte tonale moyenne est comprise
entre 56 et 70 dB.
SUMMARY L’ e n fant supplée son déficit auditif par la lecture
labiale. Ce sont des enfants distraits, coléreux, dont
What strategy against hearing impairment in African on dit qu’ils n’entendent que ce qu’ils veulent.
children. 4. Déficience auditive sévère :
In most countries in Central or West Africa, there are . 1er degré : perte tonale moyenne est comprise en 71
no institutions which can manage hearing impairment et 80 dB,
in infants. After a brief overview of the literature we . 2ème degré: la perte tonale est comprise entre 81 et
present, one possibility to solve this problem. 90 dB.
Il existe un important retard de langage. Pour ces
enfants, une éducation auditive de la parole, en ortho-
INTRODUCTION phonie et à la maison, permet d’obtenir avec un
retard, certes, un développement du langage pouvant
L’ORL est le spécialiste médical de la pathologie de la justifier une scolarisation en milieu entendant.
communication et de la phoniatrie. Chez l’enfant, l’ORL
doit se préoccuper des problèmes de langage parlé, mais 5. Déficience auditive profonde :
aussi écrit. Dans notre environnement, l’enfant sourd est . 1er degré: la perte tonale se situe entre 91 et 100 dB,
condamné à être muet. Après avoir rappelé l’état des . 2ème degré: la perte tonale moyenne est comprise
connaissances scientifiques, nous dégagerons une str atégie entre 100 et 110 dB,
de prise en charge globale des enfants déficients auditifs, . 3ème degré: la perte tonale moyenne est comprise
préalable avant toute organisation d’un dépistage néonatal. entre 111 et 119 dB.
I - EPIDÉMIOLOGIE Prévalence et incidence: 1 à 311000 naissances : surdité
permanente néonatale.
Définition du seuil de surdité
II - EXPRESSION CLINIQUE DE
L’examen audiométrique aboutit à la détermination d’un LA SURDITÉ DE L’ENFANT
niveau d’audition que le BIAP s’est proposé de classer. Ce
calcul se fait pour le niveau auditif sur les fréquences 500, Il est classique de distinguer les surdités pré-linguales
1 000 , 2000 et 4000 Hz [1]. apparaissant avant 3 ans qui altèrent les capacités de com-
* Service d’ORL et de Chirur gie de la face et du cou - Hôpital Général de ** Département Ophtalmologie - ORL - Stomatologie FUSB Yaoundé
Douala. (Cameroun).
Médecine d'Afrique Noire : 2001, 48 (1)
QUELLE STRATEGIE ? 35
munication de l’enfant, des post-linguales survenant après conseil médical adapté aux parents dont les enfants
l’apprentissage du langage où les répercussions psycholo- sont soumis au dépistage,
giques sont importantes. Entre les deux, il existe les surdi- 13. Les modalités du dépistage auditif doivent être révi-
tés péri-linguales. sées à la lumière de l’évolution possible de la démo-
graphie des données épidémiologiques et d’autres
Les difficultés de communication avec l’enfant sourd déso- facteurs (progrès technique),
rientent et angoissent les parents ainsi que l’entourage. 14. Les coûts et l’efficacité du dépistage de la déficience
L’enfant atteint de surdité profonde ne perçoit pas la voix auditive doivent être examinés de manière stratifiée et
humaine et ne peut donc la reproduire. L’enfant sourd n’a le bénéfice optimisé pour chaque niveau.
aucune notion des formes articulatoires et des modalités
d’émission propres à chaque phonème. Les pré-requis du dépistage selon l’OMS suppose une
organisation efficiente de la prise en charge de la surdité de
III - DÉPISTAGE NÉONATAL DE l’enfant avant d’envisager le dépistage. Le choix d’une
LA SURDITÉ - PRÉ-REQUIS stratégie relève de la compétence des pouvoirs publics. Il
nous semble préférable de créer dans chaque pays un
Ces pré-requis ont été adaptés des principes généraux du comité national de lutte contre la déficience auditive qui
dépistage de l’OMS par WILSON et JUNGUER, revu par pilotera la mise sur pied d’un centre spécialisé de prise en
HAGGARD [2]. charge et de dépistage.
1. La déficience auditive à dépister doit représenter un IV - POURQUOI UN COMITÉ NATIONAL DE
problème de santé publique, LUTTE CONTRE LA DÉFICIENCE AUDITIVE ?
2. Il doit exister des moyens de réhabilitation acceptés
pour les cas dépistés de déficience auditive permanente Ce comité aura pour mission :
congénitale de l’enfant,
3. Des moyens concernant l’évaluation, le diagnostic et la 1. d’éclairer les pouvoirs publics sur «l’état de l’art» en
réhabilitation devraient être disponibles, matière de déficience auditive,
4. La déficience auditive doit pouvoir être reconnaissable à 2. d’œuvrer à la création d’un centre spécialisé de dépis-
un stade précoce, tage et de prise en charge globale de la surdité de
5. Un test de dépistage auditif doit être disponible à l’âge l’enfant,
p roposé par le dépistage (de réalisation rap i d e, de
bonne sensibilité, avec une bonne spécificité et facile à 3. de susciter des vocations afin de former des ORL
interpréter), phoniatres, des orthophonistes, des audioprothésistes,
6. Ce test doit être accep t able pour les enfants et les des psychologues médicaux,
parents, 4. d ’ o rganiser les campagnes d’info rm ation pour le
7. L’histoire naturelle de la déficience auditive doit être public, le personnels médical et paramédical,
connue et comprise,
5. de proposer des textes réglementaires pour le sourd et
8. Il doit exister une politique consensuelle concernant les
son environnement,
patients déficients auditifs à traiter,
9. Le coût du dépistage auditif ne doit pas être dispropor- 6. d’évaluer les centres d’éducation spécialisés, d’émet-
tionné par rapport aux autres coûts induits par la surdité, tre un avis consultatif en terme d’accréditation pour
10. La découverte des cas de déficience auditive doit être les centres en création.
intégrée dans un processus global de prise en charge,
11. Les conséquences connexes d’un programme de V - COUT D’UNE ORGANISATION DE LUTTE
dépistage de l’enfant doivent être minimes par rapport CONTRE LA DÉFICIENCE AUDITIVE
aux bénéfices attendus,
12. Il devrait exister des recommandations pour expliquer Les coûts sont ceux de mise en place et de fonctionnement
les modalités de dépistage avec la mise en place d’un du programme :
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Coût de mise en place du programme, ex. d’un centre CONCLUSION
spécifique.
1. coût d’installation des structures de coordination et de La prise en charge de l’enfant sourd est imparfaite compte
gestion (coût de stru c t u re, de fonctionnement, de tenu des répercussions fâcheuses sur la communication de
personnel), l’enfant. L’heure est à la prise de conscience de cet aspect
2. coût de commu n i c ation (info rm ation du publ i c, de la pratique ORL, et il faudrait s’atteler à résoudre les
information du personnel médical et paramédical), d i ff é rents écueils techniques, humains pour re d o n n e r
3. Coût de formation initiale des médecins, des ortho- espoir à l’enfant sourd et à sa famille.
phonistes, des audioprothésistes, psychologues
BIBLIOGRAPHIE
1 - BIAP
Classification audiométrique des déficiences auditives. Communiqué.
JF ORL, 1998, 394.
2 - HAGGARD M.
Research in the development of affective services for hearing - impaired people.
London : Nuffield Provincial Hospitals Trust : 1993.
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