FONDATION POUR L’EDUCATION / RESEAU LIBRE SAVOIR
PREPARATION BACCALAUREAT / SESSION 2024
COURS DE RENFORCEMENT DES CAPACITES METHODOLOGIQUES
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EPREUVE DE DISSERTATION PHILOSOPHIQUE CORRIGEE N°08
PORTANT SUR INDIVIDU ET SOCIETE
Les hommes ne vivent-ils en société que par intérêt ?
INTRODUCTION
Il est évident que les hommes recherchent ce qui leur est le plus avantageux. La vie en société, grâce à
l’échange de biens et de services, leur permet de subvenir à leurs besoins de manière plus avantageuse que s’ils
vivaient à l’état de nature. C’est dans cette perspective que notre sujet nous invite à analyser la question selon
laquelle : « Les hommes ne vivent-ils en société que par intérêt ?» Autrement dit, les hommes ne vivent-ils en
société que par pur égoïsme individuel ? Ceci nous conduit à nous interroger sur les fondements même du lien
social. Leur seule raison de vivre en société est-elle d’en tirer des avantages personnels ? Pour mieux élucider cette
problématique, nous tenterons de répondre à ces questions. En quoi les hommes ne vivent-ils en société que par
intérêt ? L’égoïsme n’est-il pas un idéal qui dépasse le seul désir de défendre des intérêts individuels ?
DEVELOPPEMENT
Les hommes vivent en société avant tout par intérêt.
Les hommes sont d’abord des « animaux » au sens où ils ont des besoins vitaux à satisfaire : se nourrir, se protéger
de tous les dangers Les hommes comme tous les animaux sont animés par un instinct de conservation. En effet, la
vie en société consiste à échanger des services et à communiquer afin de mettre au point une
organisation permettant de subvenir aux besoins. Agir pour subvenir aux besoins revient à agir « par intérêt ». Si
j’ai besoin d’une chose, j’ai « intérêt » à la trouver, je m’occupe activement et sans relâche à la trouver ; cette
chose dont j’ai besoin m’intéresse au sens où je la juge utile, où je juge avantageux voire indispensable de la
posséder. Il est donc littéralement exact que si les hommes vivent en société pour subvenir à leurs besoins, ils le
font par intérêt, activement, obstinément et en le considérant comme une priorité vitale. Alors que la vie en société
implique d’obéir à des règles communes, rien ne leur est plus difficile, pour les élaborer, que de faire abstraction
de leurs intérêts personnels. A Athènes, par exemple, où fut inventée la démocratie demandant aux citoyens de
participer à l’élaboration des lois, il fut prévu des sanctions draconiennes contre ceux qui proposaient des lois
conçues à l’évidence pour leur avantage personnel. Les avantages des échanges de services sont considérables.
Chacun peut manger à sa faim et améliorer ses conditions de vie si les hommes s’associent pour trouver la
nourriture ; et toujours davantage si la communication rend possible d’inventer des techniques permettant de
produire les moyens de subsistance au lieu de dépendre de la nature qui n’est pas partout généreuse. Pourtant, il
faut imposer par la force les règles de coopération malgré leur nécessité, car sans organisation, la vie en société ne
peut pas répondre aux besoins. Cela prouve encore à quel point les hommes sont aveuglés par leur égoïsme.
L’égoïsme intervient également dans les sentiments qui attachent les individus les uns aux autres. Ils s’attachent
bien plus à ceux avec qui ils partagent les mêmes intérêts qu’à ceux dont les intérêts divergent des leurs.
En résumé, ainsi que le dit le philosophe Hume : « C’est uniquement de l’égoïsme de l’homme et de sa
générosité limitée, en liaison avec la parcimonie avec laquelle la nature a pourvu à la satisfaction de ses
besoins, que la justice tire son origine ». Il veut dire que les lois régissant la vie en société sont fondées sur la
justice ; mais les hommes en attendent essentiellement qu’elle défende leurs intérêts. Ce qui est juste pour
l’opinion du plus grand nombre, c’est que mes intérêts ne soient pas lésés.
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Mais l’égoïsme oblige les hommes à développer le sens de l’intérêt commun.
Les lois sont contraignantes car elles demandent à chacun de réfréner son égoïsme afin de coopérer comme le veut
le fait même de s’associer. Les hommes ne l’acceptent pas de leur plein gré. Mais au moins, la plupart
l’acceptent, pourvu que les lois soient les mêmes pour tous. S’ils ne vivaient en société exclusivement que par
intérêt, ce principe d’égalité ne serait pas apparu et les hommes n’y trouveraient pas une compensation des
sacrifices que demande la vie en société. Si les hommes étaient purement et simplement égoïstes, comment
expliquer que leur vienne à l’esprit une autre conception de la justice distributive que de partager les richesses en
part égales entre tous les individus, afin que personne ne puisse posséder plus qu’un autre. Certes, chacun espère
être considéré comme le plus méritant. Selon ROUSSEAU : « Les clauses du pacte social se réduisent toutes à
une seule : chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous ; et la condition étant égale pour
tous, nul n’a intérêt de la rendre onéreuse aux autres. ». Si l’égoïsme peut pousser l’individu à vouloir
dominer ses semblables, le combat contre la servitude n’a cessé de prendre de l’ampleur. Or ce n’est pas seulement
pas intérêt que la servitude est combattue. Les hommes ont conscience de leur dignité et n’admettent pas d’être
considérés comme des objets. La servitude est la négation du sujet que l’être humain a conscience d’être ; il a
conscience d’être doué de libre arbitre et aspire au respect de sa liberté. Mais certains ont fait passer leur dignité
avant leurs intérêts. Il suffit d’observer que bon nombre d’individus soient partagés entre la défense de leurs
intérêts et celle de leur dignité et que certains, fussent-ils peu nombreux aient été capables de sacrifier leur vie
pour défendre la liberté pour réfuter l’idée que les hommes ne vivent en société que par intérêt.
Le patriotisme prouve encore que l’individu est capable de s’identifier à l’intérêt commun. Si les hommes étaient
purement et simplement égoïstes, il serait inconcevable qu’ils acceptent de risquer de perdre la vie pour leur patrie.
Ils n’auraient jamais trouvé plus de sens à leur vie en se battant pour l’intérêt commun, en se battant contre la
servitude qu’à préserver leur seul intérêt personnel.
Une société désigne un groupe de personnes uni par des lois ou des règles communes qui organisent la vie
des individus. L’organisation de la société permet aux hommes de satisfaire leurs intérêts personnels. En effet,
aucune société n’accepte vraiment que chaque individu n’agisse que pour préserver son intérêt égoïste. Au
contraire, chacune exige éventuellement que l’individu agisse pour le bien commun ce qui demande parfois le
sacrifice de son intérêt. En outre, pour qu’il soit possible de concevoir que les hommes ne vivent en société que
par intérêt, il faut que la société soit le résultat des volontés de chacun de ses membres. Aristote a tenté de
démontrer dans sa Politique (livre I, chapitre 2) que vivre en société est le propre de l’Homme. La société se
fonde sur des liens qui ne sont pas réductibles à la recherche égoïste de l’intérêt. En effet, la première forme
d’association pour Aristote est la famille composée des parents, des enfants. Pour évoquer ce lien Aristote utilise
le terme amitié pour désigner une sorte d’entente, d’harmonie Ainsi la seconde forme d’association est pour
Aristote le village : Réunion de plusieurs familles, elle vise la satisfaction de besoins par les échanges
économiques et repose sur la division des tâches. Exemple le forgeron fournit les outils à l’agriculteur qui
cultive le blé que prépare le boulanger. Certes, cette division des tâches pourrait être conçue comme la pure
recherche de l’intérêt mais le rapport est ici inverse ; on pense que c’est l’individu qui doit mettre au service de la
collectivité s’il veut y trouver sa place plutôt que l’inverse. L’analyse de la société a une autre explication si l’on
prend en considérations les auteurs contractualistes comme Hobbes qui prennent en considération le fondement de
la vie en société. Hobbes dans Le Citoyen (1642) refuse d’admettre la thèse selon laquelle l’homme est un animal
politique. Hobbes décrit l’état de nature comme une situation de guerre généralisée. Or dans cette situation, l’intérêt
principal de l’Homme qui est de demeurer en vie se trouve lui-même compromis. La condition donc pour que les hommes
entrent en société est qu’ils s’accordent, par une sorte de pacte, pour transférer tout leur pouvoir à un homme ou une
assemblée qui les gouvernera. Ainsi le contrat social est parfaitement égalitaire. ROUSSEAU conçoit que « chacun se
donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé sur lequel on n’acquière le même droit qu’on lui
cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force pour conserver ce qu’on a ».
C’est donc par un calcul d’intérêt, beaucoup plus rationnel que la simple motivation du seul désir que les hommes vont
respecter le pouvoir politique qui stabilise la vie en société.
CONCLUSION
Au terme de notre réflexion et au-delà de tout ce qui précède il était de montrer l’égoïsme de l’homme vis-à-vis de la
société. Il n’est donc pas faux que les hommes vivent en société par intérêt en raison de l’instinct de conservation. Mais il est
réducteur, voire désobligeant pour l’espèce humaine de penser qu’ils ne vivent en société que par intérêt au regard de
l’idéalisme dont témoigne l’histoire humaine en matière de justice et de liberté. La société au service de l’intérêt
économique ne rencontre que peu d’opposition, d’autant moins qu’elle est libérale, c’est à dire que la liberté en est la
condition. Mais l’idéalisme qui a été vigoureux tant que la liberté n’était pas reconnue comme étant un droit fondamental le
restera-t-il s’il doit être limité à la vie privée ?
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