DISSERTATION / PHILOSOPHIE - "Peut-on échapper à son temps ?".
A priori, l’homme est dans l’incapacité d’esquiver son temps puisque son corps et
son âme sont voués à la mort. En effet, le passage du temps implique “le tragique de
l'existence” : nous comprenons que nous sommes inévitablement voués à vieillir et par conséquent
à disparaître de ce monde. Plus précisément, le philosophe Saint-Augustin disait: “ qu'est-ce donc
le temps? si personne ne m'interroge, je le sais; si je veux répondre à cette demande, je
l'ignore”. Le temps est donc un concept indéfinissable correspondant à un milieu indéfini et
homogène où se déroulent des événements qui s’assimilent à un cercle dont on ne vient pas à
sortir. Il peut également désigner le passage et l'écoulement d’une force irréversible , créatrice et
destructrice qui nous mène à la mort. De ce fait, le temps est souvent représenté par une flèche, il
y a donc une orientation: il y a toujours un avant et un après, c'est-à-dire un passé, un présent, et
un avenir.
Néanmoins, l’homme ne peut-il pas passer par des moyens concrets pour se libérer
de l’emprise du temps? En changeant notre regard sur le monde et sur la mort, ne pouvons-
nous pas nous affranchir de l’angoisse existentielle du temps? De même, croire en une
divinité ne nous permettrait-il pas d'accéder à la vie éternelle qui est immobile et hors du
temps ? La possibilité de fuir le temps ne dépend-elle pas de nous?
Effectivement, l’immortalité peut être acquise par l’homme dans la mesure où il peut
s’en approcher par différents intermédiaires. Dans ce contexte, fuire notre temps semble
possible en adoptant différentes résolutions et points de vue. L’irréversibilité du temps est donc
remise en question.
Alors, sommes- nous définitivement prisonniers de notre temps ou avons-nous la capacité de
nous libérer de son joug?
La question est d’actualité puisque de nombreuses personnes cherchent à défier le
temps avec les progrès scientifiques actuels. Par exemple, en 2016 aux Etats-Unis, près de
300 personnes étaient cryogénisées et une cinquantaine en Russie. De même, le milliardaire Brian
Johnson dépense 2 millions de dollars par an pour aider son corps et ses organes et retrouver sa
jeunesse.
Premièrement, toute existence humaine est tournée vers le futur, donc vers la mort. Le
temps prend donc fin pour nous un jour ou l’autre.
Tout d’abord, le passage et l'irréversibilité du temps, en nous renvoyant à notre propre
mort, sont une source d’angoisse existentielle. En effet, tout homme sait que d ' un jour à l'autre
sa vie prendra fin sans qu’il puisse y faire quelque chose. Plus précisément, celui-ci ne peut
contrôler le temps à sa guise , il en est esclave. C’est pourquoi, Martin Heidegger appelle cela “ le
scandale de la finitude”, et il nous serait intolérable. Dans ce contexte, Heidegger explique qu’il ne
faut pas fuir la conscience de la mort puisqu'on y sera un jour ou l'autre confronté, ne pouvant rien
faire contre elle. Ainsi, penser à la mort nous permet de nous libérer des normes sociales qui nous
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empêchent de réaliser nos désirs les plus profonds: nous prenons conscience que c'est notre vie,
et pas celle des autres qui est en jeu. Au contraire, c'est accepter que l'on va mourir un jour donc
d'anticiper la mort qui fait de nous des êtres humains. La plupart du temps, nous fuyons l'angoisse
de la mort, en nous réfugiant dans une vie impersonnelle, ce que Heidegger appelle le “on”.
Lorsque je passe du pronom personnel je au pronom indéfini on, c'est une manière de fuir ce que
je suis à la première personne: “ on va tous mourir un jour” et d'une manière d'éluder le fait que je
vais mourir un jour, comme si la mort ne me touchait pas directement. Exister à la première
personne est parfois difficile et angoissant, d'une part parce que je dois assumer ce que je fais et
ce que je suis, comme l'explique le philosophe Jean-Paul Sartre à travers la phrase” l'existence
précède l'essence”, c'est-à-dire je nais sur terre et je me construis en fonction des différents actes
que je réalise. En d’autre termes, je suis seule face à la mort c’est ce qu’il appelle l’angoisse.
D'autre part, c’est oppressant parce que je suis [Link] préfère alors, le plus souvent, se
conformer aux exigences sociales. Tous les jours on se plie à des codes: des codes
vestimentaires, des codes langagiers et même des codes de pensée pour ne pas être la personne”
bizarre” et donc ne pas être exclu. Vivre selon les codes dans un groupe ou d'une communauté,
c'est une manière d'échapper à l'angoisse de la mort, car le groupe survivra à ma propre mort. En
se soumettant à tous ces codes, on risque parfois de tomber dans une vie uniformisée, et pour
reprendre le vocabulaire heideggérien, une vie” inauthentique”, c'est-à-dire une vie
impersonnelle, à l'image du pronom indéfini”on” . Selon Heidegger, regarder sa propre mort en
face nous permet d'accéder à une vie plus authentique. “ L’être vers la mort”, dans le vocabulaire
heideggérien , ne doit pas nous angoisser ; bien au contraire, cela doit nous libérer de l'emprise de
la tentation d'une vie impersonnelle. Je prends alors conscience que ma vie est irremplaçable: “
nul ne peut prendre son mourir à autrui”, écrit heidegger, autrement dit: personne ne peut mourir
à ma place. quand je prends conscience de la mort, je prends en même temps conscience de ma
vie personnelle, que personne ne doit la vivre à ma place, que je dois faire mes propres choix. On
retrouve cette idée dans l'expression populaire « YOLO »: “ you only live once”( On ne vit qu'une
fois). La traduction de Yolo en langage heideggerien , c’est “ assumer son être à la mort”. Dans le
film Fight Club, de David Fincher en 1999, le personnage principal vit une vie inauthentique et
impersonnelle, il passe son temps à se soumettre aux ordres de son patron et aux normes. C'est
en se confrontant à la mort; en assistant à des réunions de malade en phase terminale, qu'il
parvient à devenir celui qu'il voulait être: un révolutionnaire combattant la société de
consommation. Dans une scène emblématique du film, il va même jusqu'à provoquer un accident
de voiture pour voir la mort en face et ainsi aller jusqu'au bout de son projet d'une vie authentique.
Ainsi, l’homme est dans l’incapacité de s’échapper du temps, puisqu’il est pris au piège dans son
écoulement qui le mènera automatiquement vers la mort. C'est pourquoi, au lieu de lutter contre ce
temps dominant, qui sera toujours vainqueur, il doit l'accepter pour accéder à une meilleure vie.
Par ailleurs, le temps existe bien et bel, ce qui souligne le fait que nous ne pouvons pas
nous en échapper et qu’il provoquera notre fin. En effet, il suffit d'observer le monde: les fleurs
se fanent, la lune tourne autour de la terre, la voiture accélère, les aiguilles de la montre avancent.
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De ce fait, le temps semble s'assimiler à un mouvement. C’est pourquoi Aristote, pense que le
temps n’est que “ la mesure du changement”. Combien de fois le jour a-t-il succédé à la nuit? C’est
ainsi que dans l’Antiquité, l’unité de mesure du temps est devenu le jour. Par la suite, les outils
technologiques ont permis une mesure plus précise. Selon Aristote, sans changement, le temps
n’existe pas. En d’autres termes, le temps en tant que tel n’existe pas de manière absolue, mais il
est toujours relatif à un mouvement: celui des aiguilles de ma montre, de la course de la lune.
Toutefois, deux mille ans plus tard, le scientifique Isaac Newton affirme exactement le contraire: le
temps existe de manière absolue, et même si aucun mouvement ne se produisait dans l’univers, il
continuait de s’écouler. Autrement dit, ce n'est pas parce que je ne peux pas observer les effets du
temps que celui-ci a disparu. Prenons une image: ce n'est pas parce que je ne peux pas observer
les effets d'une vie extraterrestre que celle-ci n'existe pas. C’est pourquoi, selon Newton, le temps
existe indépendamment des observations que je peux en faire; il n'est pas juste la mesure du
changement, il existe bel et bien et de manière complètement indépendante des événements qui
se produisent. Alors qui de Newton ou d'Aristote a raison? Aucun des deux! Mais chacun a
permis de faire progresser la réflexion sur la conception du temps, ce qui va nous permettre de
mieux comprendre la nature du temps, près de deux siècles après la mort de Newton. Mais là où
nous nous trompons, c'est qu'il imaginait le temps absolu comme quelque chose qui s'écoule
toujours à la même vitesse. Or, Einstein a démontré que le temps passe différemment selon
l'endroit où l'on se trouve qui dépend des forces gravitationnelles. Einstein découvre ainsi que le
temps ne s'écoule pas à la même vitesse selon la force gravitationnelle qui s'exerce à tel ou tel
endroit. Le scientifique Carlo Rovelli a imaginé le scénario suivant: deux amis se séparent, l'un
habite en haut de la montagne et l'autre en bas. Lorsqu'ils se retrouveront, celui qui aura vécu
dans la plaine aura moins vieilli. La différence sera extrêmement faible , mais elle est aujourd'hui
mesurable grâce à des horloges de très haute précision. Si le temps ne s'écoule pas de la même
manière partout dans l'univers, alors c'est l'idée même d'un “instant présent” identique partout qui
s'effondre. Enfin, cette analyse scientifique qui est objective, déstabilise nos intuitions premières
sur la nature du temps. D'après ces conclusions, le temps existe, nous sommes donc dans
l'incapacité de l'esquiver.
Enfin, l'existence du temps souligne également la misère de la condition humaine. En
d'autres termes, l'homme n'étant rien dans le monde ne peut se libérer du joug du temps. En effet,
l'homme est un être qui est perdu dans l'infinité de l'univers. De même, il est peu de choses à la
fois du point de vue, puisqu'il occupe une planète parmi tant d'autres à la périphérie d'un système
solaire, et d'un point de vue temporel, puisqu'il est guetté par la mort à courte échéance. Cette
condition misérable est difficilement supportable si bien que l'homme le fuit vainement dans le
divertissement. C'est pourquoi, comme Heidegger, Blaise Pascal invite au contraire l'homme à
prendre pleinement conscience, avec humilité, de son insignifiance. Ainsi, l'homme doit quitter
cette posture orgueilleuse qui lui fait donner de l'importance à son environnement et à ses
possessions immédiates, il n'est qu'un grain de sable, une poussière insignifiante au regard de
l'univers. Cela fait écho aux vanités comme celle de Philippe de Champaigne peignant un sablier,
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un crâne et une fleur, ce qui symbolise la fragilité de la vie. Dans ce contexte, d'un point de vue
temporel, non seulement l'homme est fini, destiné à la mort, mais de plus sa longévité de vie est
négligeable à l'échelle de la durée d'existence de l'humanité, mais, surtout à l'égard de l'infinité du
temps de l'univers. Ainsi, l'homme est perdu dans l'infini du temps et de l'espace. Notre existence
étant absurde, ne peut nous aider à contrer les ravages du temps.
Ainsi, il semble impossible de s'échapper du temps puisque nous sommes voués à une fin
tragique et inévitable. De même, nous ne sommes rien comparés aux autres éléments de
l'univers, nous sommes donc dans l'incapacité d'agir face au temps qui existe bel et bien.
Cependant, notre déchéance face au temps est-elle irrémédiable? N'y a-t-il pas des possibilités
pour lutter contre les ravages du temps?
Deuxièmement, on peut se libérer de l’emprise du temps par différents moyens concrets.
Tout d’abord, se tourner vers une vie religieuse pourrait nous offrir l’immortalité et
donc devenir maître sur le temps. En effet, de nombreuses religions et croyances promettent à
l’homme la vie éternelle, en échange d'être assidu dans ses pratiques religieuses. Par exemple, le
catholicisme explique que c’est en allant régulièrement à l'église et en se confessant mais aussi en
évitant les cinq péchés capitaux que cela peut être possible. Plus précisément, c’est en suivant
une vie de toute moralité que l’homme aura accès au paradis, lieu utopique ou le temps est écarté
et n’a pas sa place. Dans ce contexte, d’après l’auteur classique Pascal, croire en Dieu permet
d'accéder à une vie après la mort. Une de ses phrases explicite bien sa pensée : “ Nous avons
tous à gagner à parier sur Dieu, et finalement pas grand chose à perdre”. Nous avons donc tout à
gagner à croire en Dieu. Nous sommes sûrs de perdre certains plaisirs, car les contraintes
religieuses sont parfois en opposition avec certains de nos désirs. Mais que représentent quelques
plaisirs pendant 70 ans comparé à la vie éternelle? Pascal en conclut donc que nous avons tout à
gagner à parier sur Dieu, et finalement pas grand-chose à perdre. D'ailleurs, la quête du temps
perdu et l'immortalité est un lieu commun à la fiction. Dans la pièce de Goethe, par exemple,
Faust vend son âme au diable pour retrouver sa jeunesse. Ainsi, la première possibilité qui s'ouvre
à nous est de se tourner vers une vie spirituelle dans le but d'espérer une vie sans fin, dans un lieu
où le temps est exclu.
En outre, nous possédons en nous différents outils pour lutter contre l'irréversibilité du
temps. Effectivement, il semble qu'il y ait des moyens faciles d'accès pour nous aider à maîtriser
ce temps qui nous cause tant de dégâts. Dans un premier temps, comme l'explique la politologue
et philosophe Hannah Arendt, nous pouvons nous tourner vers le pardon. Plus précisément, le
pardon est un moyen qui nous absout de nos actes coupables. Pardonner, c'est faire renaître la
personne en lui donnant la possibilité d'agir sans être prisonnière de ses actes. Elle est ainsi déliée
de son passé. Dans ce contexte, il est important de pardonner à une personne pour ne pas que
l'on l’assimile à une période de sa vie, où elle a commis des actes blâmables. Ainsi, le pardon lui
permet d'être quelqu'un d'autre dans l'avenir, n'étant plus coincé dans son passé. Par exemple,
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après le génocide du Ranwda en 1994, de nombreuses victimes ont pardonné aux génocidaires
dans le but de ne pas être coincé dans cette période meurtrière et de devenir de meilleures
personnes dans le futur. Dans un second temps, la promesse est également un moyen efficace.
Effectivement, celle-ci nous offre une assurance contre l'irréversibilité du temps. L'avenir est par
essence instable, mais la promesse introduit de la certitude et de la stabilité: elle offre des repères
dans le changement perpétuel. Néanmoins, même si le pardon et la promesse nous donnent une
“ prise” sur le temps, ils ne permettent pas de dépasser pleinement notre angoisse du temps qui
passe et donc de la mort. Ainsi, ses deux possibilités concrètes nous permettent de nous libérer de
l'emprise du temps.
De plus, il s'avère que l'on peut se libérer de l'emprisonnement du temps par une notion
qui nous accompagne tout au long de notre vie à savoir le déterminisme. En effet, nous
sommes déterminés par des causes extérieures dont nous n'avons pas le contrôle. À vrai dire,
l'être humain ne connaît pas réellement ses causes qui le contraignent à vivre selon une certaine
manière. C'est pourquoi, un philosophe du XVIIe siècle explique d'ailleurs que “ l'homme n'est
pas un empire dans un empire”. Plus précisément, d'après Baruch Spinoza, l'ignorance est la
cause de notre peur face au temps. Il faut donc changer notre regard sur le monde pour que le
déterminisme nous révèle la vanité d'une telle crainte. Le déterminisme universel de la nature
implique que le monde est le résultat de causes produisant invariablement les mêmes effets. Ces
lois sont éternelles c'est-à-dire, hors du temps. Or, nous appartenons nous-mêmes à la nature:
nous sommes nous aussi le produit de cause invariable dans le temps, c'est-à-dire que nous
sommes aussi déterminés. Par exemple, nous sommes déterminés à mourir. Néanmoins, notre
corps n'est qu'une composition particulière et temporelle de matière. Cette matière nous survivra,
et d'une certaine manière, nous continuerons à exister, sous une autre forme après la mort. Nous
pouvons échapper à la temporalité en comprenant le monde et notre être selon leurs causes. Ainsi,
nous ne sommes plus un sujet face au monde, mais au contraire; une partie du monde en
harmonie avec lui. Il est par conséquent important de comprendre d'où vient notre
déterminisme, en réalisant par exemple une psychanalyse, car cela nous aide à prendre
conscience de notre conditionnement et donc de réaliser nos désirs les plus profonds et de la
même manière, échapper au temps. D'ailleurs, Spinoza dit dans son ouvrage Ethique en 1677, ”
nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels”.
Enfin, la conscience permet de nous libérer de notre finitude en nous projetant dans
le futur, contingent et non nécessaire. Par notre liberté d’action, l’avenir nous est ouvert. Plus
précisément, nous décidons qui nous voulons devenir dans le futur. À la différence des animaux,
l'être humain est toujours libre de s'en vanter un avenir différent. En effet, c'est l'idée selon laquelle
l'être humain peut décider d'être autre chose que ce pourquoi il a été déterminé, en donnant un
nouveau sens à son passé, Sartre le nomme « existentialisme ». Vivre l’instant présent, c’est
rester prisonnier du présent. Exister en latin signifie” se tenir en dehors”. Sartre joue sur le mot
existere et lui donne un nouveau sens: exister pour l'être humain, c'est “se tenir en dehors de lui-
même” , et par conséquent, avoir la possibilité de devenir autre que ce qu'il est actuellement,
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désirer quelque chose d'autre. J'ai la possibilité d'être autre chose que ce que je suis. Cela peut
d'ailleurs aboutir à une décision radicale: certaines personnes ne se reconnaissent pas dans leur
propre anatomie et contre toutes les apparences de la nature , un homme peut aujourd'hui décider
qu’il deviendra une femme et inversement. Dans ce contexte, nous pouvons affirmer que c' est un
fervent partisan de la liberté humaine. Il s'oppose d'ailleurs directement à tous les philosophes qui
souscrivent au déterminisme comme Spinoza, et soutient donc que certes, l'homme subit des
influences mais qu'aucune n'est déterminante dans ses décisions et comportements. Certes, nous
sommes jetés dans des situations” déterminées”, que nous ne choisissons pas et qui nous
tombent dessus. En fait, nous sommes pris au piège par le temps. Mais c'est précisément dans
cette situation définie que nous avons à prendre des décisions et à agir. La situation n'est pas un
frein à notre liberté mais le cadre dans lequel elle s'exerce. Dans cette situation, nous choisissons
absolument qui nous sommes, puisque nous décidons entièrement de nos actes. Nous sommes
donc entièrement responsables de ce que nous sommes et devons assumer cette responsabilité.
Dire que nous sommes dans l'incapacité d'agir contre le temps serait de la mauvaise foi. C'est
pourquoi, pour les comportements humains, le présent n'est pas la conséquence nécessaire du
passé, nos décisions ne résultent pas d'une série de causes qui s'exerce sur nous. Certes, les
événements passés sont définis et nous ne pouvons plus les modifier. Toutefois, ils nous laissent
libre dans le présent de décider de notre avenir. C'est par nos actes présents, choisis en fonction
de projet pour l'avenir, que nous décidons du sens de notre passé, de son importance, de l'impact
qu'il aura sur nous. Enfin, par nos actes concrets, et non par le simple discours, nous attribuons à
notre passé la place que nous lui reconnaissons. Dans ce contexte, d’après Sartre, si le passé
nous échappe parce qu'il est figé, le présent et l'avenir nous appartiennent: ce sont les
dimensions du temps qui sont les nôtres parce qu'elles sont celles de l'exercice de notre liberté.
Ainsi, que ce soit par le pardon et la promesse, pour Arendt, en exerçant notre liberté humaine
selon Sartre , en se tournant vers une vie religieuse ou en découvrant les lois qui organisent la
réalité pour Spinoza, nous pouvons nous affranchir de l'angoisse existentielle du temps et nous
libérer ainsi pleinement de son [Link], faut-il vraiment fuir le présent? N'y a-t-il pas de
véritables avantages à vivre le moment présent? N'y a-t-il pas beaucoup à perdre en esquivant
notre temps?
Troisièmement, Il ne faut pas chercher à fuir son temps mais vivre l’instant présent, car
c’est la seule chose que nous possédons vraiment et il peut également nous conduire au
bonheur.
Tout d’abord, vivre l’instant présent permet d'être à l'abri non seulement des remords et
de la nostalgie, mais aussi des angoisses de l’avenir. Si le passé n'existe plus et que le futur
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n'existe pas encore , qu'est-ce qui existe vraiment pour les êtres humains? Le présent. Peut-être
faudrait-il alors vivre au présent sans se soucier du passé ni du futur, car celui qui reste prisonnier
du passé ne peut pas être heureux, car il est rongé par les remords ou par la nostalgie. Et celui
qui est angoissé par l'avenir ne parvient jamais à prendre du plaisir dans ce qu'il fait. On retrouve
ici la notion de carpe diem, un vers latin d'un poème d'Horace signifiant : « Cueille le jour présent
sans te soucier du lendemain ». Il s’agit donc de jouir, de profiter de l'instant présent. Le sens de
cette expression latine, proche de la philosophie épicurienne ayant pour objectif principal l'atteinte
du bonheur par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires", a traversé les siècles
jusqu'à nos jours. Ainsi le passé et le futur, étant sources d'angoisse permanente, il faut nous
focaliser sur notre présent actuel et donc en profiter le plus possible dans le but d'atteindre le
bonheur simple c'est-à-dire un bien-être qui s'inscrit dans le temps.
Enfin, “La seule chose que vous possédiez, c'est l'instant présent”, dixit Marc Aurèle, il
est donc inutile de chercher à le fuir, car c’est une source sûre qui vous conduira au bonheur. Un
des plus grands empereurs romains, Marc Aurèle, qui était aussi un très grand philosophe,
propose une solution: vivre l'instant présent et ne jamais se laisser déborder par le passé et le
futur. “Le présent est en effet le seul moment dont on peut être privé, puisque c'est la seule chose
qu'on possède, et que l'on ne perd pas ce que l'on a pas”, écrit-il dans Pensées pour moi-même.
Ainsi, ce que nous possédons vraiment est le présent: le passé n’existe plus et le futur n’est pas
encore là. C'est la raison pour laquelle il ne faut guère craindre la mort puisque le futur ne peut pas
nous atteindre, il n'existe tout simplement pas. La crainte de perdre notre passé est tout aussi
vide de sens puisque nous ne le possédons pas, il a déjà disparu à jamais. La seule chose que je
possède, c'est cet instant où je suis en train d’écrire cette dissertation de philosophie. Toutefois,
nous pouvons nous poser la question si cela ne consiste pas à renoncer à notre humanité. Le
propre de l'homme n'est-il pas justement de se laisser déborder par le passé et par le futur. Ne
faut-il pas être un animal pour vivre seulement l'instant présent? En effet, les animaux ne
transmettent pas leurs histoires passées comme nous le faisons dans les livres et non pas de
projet à très long terme. Les animaux se contentent de satisfaire leurs besoins présents et cela
leur évite certainement l'angoisse de la mort. Mais, l'homme n'est pas un animal comme les
autres, et c'est aussi ce qui fait sa force et son intelligence, il est capable non seulement de se
remémorer son passé lointain mais également d'anticiper le futur.
In fine, à première vue, on ne peut rien faire contre les ravages du temps, puisque notre corps
connaîtra la décomposition et donc que notre existence s’envolera. Toutefois, avec un peu de recul,
on s'aperçoit qu’il existe de nombreux procédés par lesquels l’homme peut passer pour se détacher
de l’emprisonnement du temps et qui sont très souvent à sa portée. Nous ne sommes donc pas
définitivement emprisonnés par l’emprise du temps et cela dépend souvent de notre volonté et de
l’exercice de notre liberté. Par la suite, on finit par se demander si fuir son temps est vraiment
désirable, puisque qu’on a tout à gagner à profiter du moment présent.
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