Recherches et Applications en Finance Islamique
بحوث و تطبيقات في المالية االسالمية
Researches and Applications in Islamic Finance
ISSN : 9052- 0224
Volume 3, Numéro 2, juillet 2019
L’impact d’émission des sukuk sur le développement économique :
Focus sur l’expérience malaisienne
Mustapha ABNIAZ Pr. Hassan SASSI
Laboratoire de recherche LEFCG Laboratoire de recherche LEFCG
ENCG Settat ENCG Settat
Université Hassan 1er- Settat Université Hassan 1er- Settat
Maroc Maroc
[email protected] [email protected]Résumé : Ce papier a pour objectif d’étudier dans quelle mesure les sukuk souverains à l’instar de
la première émission réalisée par le Maroc, peuvent constituer une alternative viable de
financement pour les grands projets sectoriels dans ce pays. Ce travail met en lumière l’expérience
malaisienne en la matière comme étant un pays pionnier dans la finance islamique. Le présent
travail est entièrement fondé sur des données chiffrées, à l'appui de l'analyse quantitative
descriptive simple. L’objectif c’est d'examiner l'impact des sukuk sur le développement
économique de la Malaisie. Par conséquent, l'utilisation de données numériques comprennent
plusieurs indicateurs de développement, économiques, financiers et sociaux ont a été décryptés
pour l'analyse de l'étude. Et finalement conclure par quelques enseignements jugés nécessaires
pour le cas du Maroc.
Mots clés : Sukuk, croissance, finance islamique, indicateurs économiques.
Abstract: The purpose of this paper is to study to what extent sovereign sukuk like the first issue
made by Morocco, can constitute a viable financing alternative for major sectoral projects in this
country. Our work highlights Malaysia's experience seen as a pioneer in Islamic finance. It is
based entirely on quantitative data, in support of simple descriptive quantitative analysis. The
purpose is to examine the impact of sukuk on Malaysia's economic development. Therefore, the
use of digital data that includes several economic, financial and social development indicators, is
considered essential for the analysis of the study. Finally, conclude with some necessary lessons
for the case of Morocco.
Keywords: Sukuk, growth, Islamic finance, economic indicators.
Article reçu le : 08 juin 2019, accepté le : 15 juillet 2019
Citation : Abniaz M. et H. Sassi (2019), L’impact d’émission des sukuk sur le développement économique :
Focus sur l’expérience malaisienne, Recherches et Applications en Finance Islamique, Volume 3, Numéro
2, pages : 246-260.
. 246
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Introduction
Sukuk est un terme d’origine arabe, c'est le pluriel du terme « Sakk » qui signifie
certificat. Le terme Sukuk est, au sens large, interprété par "obligations islamiques.
L'Organisation de comptabilité et d'audit des institutions financières islamiques (AAOIFI) a
consacré la norme 17 à la réglementation des Sukuk « elle les considère comme étant des
titres de même valeur nominale, représentant des parts indivis d’un droit de propriété de
biens, le droit d’usufruit, de services ou d’actif d’un projet déterminé ou d’une activité
d’investissement particulière »1
Etant l'un des instruments les plus dynamiques de la finance islamique, le sukuk fait
désormais partie du système financier mondial. Il est utilisé comme instrument de liquidité
pour le financement de divers projets par les gouvernements et les entreprises dans de
nombreux pays musulmans et non musulmans à travers le monde.
Iqbal et Khan (2004) déclarent que les contrats de construction-exploitation-transfert
(CET)2 fondés sur les financements par les certificats de sukuk permettent aux économies en
développement de satisfaire leurs besoins de liquidités sans recourir à des méthodes de
financement traditionnel fondées sur les intérêts.
Selon Diaw (2011), les sukuk présentent de nombreux avantages en matière de
financement des dépenses publiques surtout celles destinées au financement des projets de
construction. Le caractère réel corporel des actifs améliore la solidité de marché financier des
institutions financières. Cela renforce à son tour le lien entre la sphère réelle et la sphère
financière de l'économie. En outre, les grands projets de construction nécessitent des
méthodes de financement à long terme. De même, les détenteurs de sukuk préfèrent avoir un
flux de trésorerie stable et prévisible sur une longue période de temps.
Dans cette étude, nous allons essayer de déterminer s'il existe une différence entre
plusieurs indicateurs économiques, sociaux et financiers avant et après l'émission de sukuk
souverains dans une économie, dans notre cas c’est la Malaisie étant donné que ce pays est
pionner dans l’industrie de la finance islamique.
1 Clause 2, norme 17 AAOIFI
2 Un contrat de construction-exploitation-transfert (CET) : est un contrat en vertu duquel un investisseur accepte
de construire, financer la construction, exploiter et entretenir une infrastructure donnée (par ex., un aéroport, un
port, une centrale électrique, un système d'approvisionnement en eau, etc.) pendant une certaine période avant de
transférer l'infrastructure au gouvernement. La durée d'un tel contrat est généralement suffisamment longue pour
que l'investisseur récupère les coûts d'investissement de construction de l'infrastructure en faisant payer un tarif
ou des frais d'utilisation pendant la période où il exploite l'infrastructure. (Source : IIED Briefing 4: Investment
Contracts (2007))
247
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L'objectif principal de cette recherche est d'identifier l'impact des émissions de sukuk
souverains sur le développement économique de la Malaisie. En outre, de déceler le rôle des
sukuk souvrains dans le financement des grands projets de ce pays. Afin d'atteindre ces
objectifs de recherche, les questions suivantes doivent être abordées :
1. Les sukuk souverains ont-ils un impact sur le développement économique de la
Malaisie ?
2. Quel est l’impact de l’émission des sukuk sur l’évolution des indicateurs
économiques, financiers, et sociaux ?
3. Quelles recommandations pour le cas du Maroc en matière des sukuk souverains ?
Pour répondre à ces questions, nous adoptons le plan suivant: La section 1 constitue la
revue de la littérature de notre article en mettant en exergue le concept de sukuk, sa définition,
et sa structuration, ensuite étudier la relation entre le système financier islamique en
l’occurrence les sukuk et le développement économique. La section 2 nous décrirons la
méthodologie adoptée dans notre étude. La section 3 et 4 respectivement nous présenterons
les résultats obtenus et la synthèse y afférente et Enfin, la conclusion que nous avons tiré, en
mettent l'accent sur les implications et les recommandations appropriées pour le cas du Maroc
en matière des sukuk.
I. Revue de la littérature :
1. Définition de sukuk :
Le marché financier islamique est un marché à fort extension qui regroupe à la fois les
banques islamiques, les compagnies d’assurance islamiques ou «Takaful », et les fonds
d’investissements, et les Sukuk.
La législation marocaine, définit les Sukuk dans l’article 7-1 de la deuxième section
comme étant « des titres représentant un droit de jouissance indivis de chaque porteur sur des
actifs éligibles acquis ou devant être acquis ou des investissements réalisés ou devant être
réalisés par l’émetteur de ces titres ».3
Les porteurs des Sukuk partagent les profits et les pertes réalisés selon le prorata de ce
qu’ils détiennent. Cette spécificité marque le point important de différenciation par rapport
aux obligations conventionnelles.
Les marchés des sukuk sont considérablement développés au fil des années, une
panoplie des catégories sukuk sont devenues disponibles, Ils varient en fonction de la nature
des modes de financement islamiques sous-jacents utilisés dans leurs activités.
3
La loi 33-06 relative à la titrisation
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Selon la norme AAOIFI, les sukuk sont classés en cinq catégories :
1. sukuk al ijara : les contrats de location.
2. sukuk al mudaraba et sukuk al musharakah : les contrats fondés sur le partenariat.
3. sukuk al murabaha et sukuk al istisna : les contrats de vente.
4. sukuk al istithmar : les contrats hybrides.
5. sukuk al wakala : les contrats d’agences.
Pratiquement l’émission des Sukuk fonctionne comme suit : Premièrement,
l’établissement qui émet les Sukuk donne un ordre et cède en parallèle l’actif sous-jacent des
Sukuk à un établissement spécialisé SPV4. Ce dernier fait appel aux investisseurs, soit
nationaux ou internationaux.
Après l’achèvement de l’opération d’achat des Sukuk, le SPV commence à partager les
profits, soit annuellement ou périodiquement selon ce qui est indiqué au préalable dans le
prospectus. Les parties font appel à un intervenant tiers pour se protéger contre les risques de
défaut de paiement, et pour avaliser le paiement, en contrepartie d’une prime. L’initiateur des
Sukuk peut s’engager de les racheter à leur maturité ou à la survenance d’une éventuelle
circonstance. L’achat s’effectue à base de la valeur nette du marché et non pas la valeur
nominale. A l’échéance des Sukuk, l’établissement initiateur rachète l’actif sous-jacent, et en
parallèle, il rémunère les investisseurs (porteurs des Sukuk).
2. la relation entre les sukuk et le développement économique :
Il est reconnu dans le monde entier qu'un système financier qui fonctionne bien
contribue positivement à la croissance économique d'un pays. Par ailleurs, la relation entre la
finance et le développement économique pourrait dépendre de " la manière dont le
financement est fourni " (Arcand et al. 2012).
Dans ce sillage, le rôle et la pertinence du la finance islamique dans le développement
économique ont été étudiés depuis les années 2000 (Ahmad, 2000). Hassan et Chachi (2005)
ont affirmé que les institutions financières islamiques peuvent aider à atteindre l'équilibre
entre l’efficacité allocative5 des ressources et l’équité distributive des profits, en évitant la
répartition inéquitable des revenus de la richesse dans une optique de la justice économique.
De ce fait, le système financier islamique devrait être pris en compte dans la politique de
développement (Saadallah, 2012).
4
Le SPV est une structure, entité juridique ad hoc, qui a pour rôle essentiel la réalisation d’un objectif ciblé, bien
défini, par exemple la titrisation d’actifs financier.
5
Théoriquement, un taux d'intérêt égal à zéro est suffisant et efficient pour l'allocation des ressources dans les
modèles d'équilibre général (Cole et Kocherlakota, 1998).
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La perspective islamique du développement est plus large que le courant classique
dominant du développement. En effet, elle considère les valeurs éthiques et la satisfaction des
besoins spirituels et immatériels en plus de la richesse matérielle. Cette attention portée au
côté humain du développement est unique (Chapra, 2010).
Les instruments financiers islamiques apporte un appui supplémentaire à la croissance
et au développement de l'économie Selon Zeti (2003), l'absence d'un marché des capitaux
islamique viable entraîne un manque d'offre adéquate d'instruments financiers et limite
l'investissement dans des projets à faible rendement. De plus, la diversité des Sukuk sert de
nombreux objectifs de développement. Par exemple, Sukuk Al-Musharaka et Al-Ijarah sont
adaptés pour financer les projets et les actifs qui sont exclusivement gérés par des
entrepreneurs tandis que Sukuk Al-Istisn'aa sont adaptés pour financer les grands chantiers et
projets comme les ports et aéroports. Les Sukuk constituent une solution viable pour le
financement les projets des infrastructures (Rifaat Ahmed, 2012).
En effet, comme le démontrent Shafi et Redzuan (2010) pour le cas indonésien,
l'émission Sukuk basée sur le concept Mudharaba et "Shirkah" permet l'injection de capitaux
dans le secteur agricole et éradique la pauvreté.
Selon Usmani 2007, le Sukuk est l'un des meilleurs outils pour financer des projets de
grand ampleur, quant aux banques, le sukuk est un moyen de gestion de liquidité, c’est à dire
lorsqu'elles ont des liquidités excessives, elles peuvent les investir en achetant les titres
Sukuk, et les vendre sur le marché secondaire quand elles ont besoin, le même mécanisme est
valable pour les investisseurs, car ils peuvent déployer leurs capitaux ou liquider leurs titres
Sukuk quand ils le souhaitent. Les Sukuk améliorent la répartition de la richesse en
investissant dans des projets réels et rentable.
Dans une étude menée par Buyukakin, Onyilmaz en 2012, les chercheurs ont mentionné
le rôle important de Sukuk dans la mobilisation des fonds gelés inexploitables appartenant à
des personnes sensibles aux convictions de la charia islamique afin de les encourager
d’investir dans des projets réelles et rentable et conformes.
En 2014, Ozeroglu a mené une étude sur les Sukuk et la valeur ajoutée qu'ils pourraient
apporter à l'économie du pays de la Turquie, selon l'étude, l'émission de Sukuk apportera une
valeur supplémentaire à l'économie se traduit par le renforcement de l’attractivité de la bourse
d’Istanbul. Le chercheur a mentionné que les Sukuk souverains sont une bonne alternative
pour financer des projets qui ne pourraient être financés par les ressources du budget de l’Etat
particulièrement les recettes fiscales.
Dans une autre étude menée par Alpaslan et Kudun en 2016, les chercheurs ont
brièvement examiné la participation des banques dans le processus d’émission des sukuk, ont
présenté les premières étapes de l'émission des sukuk dans le monde, et ainsi ils ont expliqué
la position des sukuk en Turquie en mettant l'accent sur les réglementations juridiques
relatives à l'émission des sukuk et la fiscalité y afférente.
250
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Selon l'étude, l'émission de Sukuk en Turquie a pris du retard car la première
réglementation a eu lieu en 2010, d'autre part, la demande accrue des investisseurs d'Asie et
du Moyen-Orient soutient le développement des Sukuk dans le pays.
Les chercheurs ont mentionné que les titres basés sur des actifs réels, sont plus facile de
gagner la confiance des investisseurs. L'étude met en lumière les efforts constants du
gouvernement pour éliminer tous les obstacles qui entravent l'investissement dans les Sukuk.
Ces efforts peuvent être illustrés par les avantages fiscaux offerts par le gouvernement pour
stimuler l'investissement dans les Sukuk.
II. Méthodologie
Pour évaluer l’impact des sukuk souverains sur le développement économique, nous
avons opté pour le choix d’une étude de cas en se basant sur la démarche de la recherche
documentaire, dans notre présent recherche c’est le cas de la Malaisie, les indicateurs
numériques utilisés dans cette étude sont en provenance des rapports publiés par le Centre
financier islamique international de Malaisie (MIFC), et la banque mondiale.
A travers l’étude de cas de la Malaisie nous étudierons les effets d’émission des sukuk
souverains, avant et après l’émission, sur le développement économique à l’aide des
indicateurs macroéconomique de ce pays (entre 2006 à 2014), ainsi nous pouvons tirer des
enseignements pour le cas de Maroc.
La méthode de traitement des données est similaire de celle utilisé de Musari(2013), qui
a proposé 12 indicateurs différents économiques, financières et sociaux , pour examiner les
écarts dans le financement des dépenses de l’Etat et le bien-être de la société dans trois pays
Indonésie, Bahreïn et la Malaisie, quatre ans avant et après l'émission des sukuk souverains.
La même démarche a été abordée par Malikov (2017), l’étude de ce dernier s’est
focalisée sur les sukuk émis dans le secteur des infrastructures dans une durée de cinq ans
consécutives dans deux pays Arabie saoudite et la Malaisie.
Dans notre cas, nous avons choisi quatre indicateurs, deux à caractère économiques, un,
a un caractère financier, et le dernier a un caractère social.
La durée de l’étude a été fixée entre 2006 et 2014, étant donné qu’en 2010 la Malaisie a
lancé une émission des sukuk souverains de l’ordre de 1,250 milliard de dollar, la plus grande
émission des sukuk souverains dans le monde. Par conséquent nous étudierons 4 ans avant
l’émission, (à partir de 2006 jusqu’à 2009) et après l’émission des sukuk souverains (2011
jusqu’à 2014).
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Indicateurs Signification
Ratio PIB par habitant Indicateur économique
Dette publique par habitant Indicateur économique
Réserves internationales Indicateur financier
IDH Indicateur social
III. Analyse des résultats et discussion :
Graphique 1 : évolution d’émission des sukuk en Malaisie :
Evolution d'émission des sukuks - Malaisie
80
USD (Billions)
60
40
20
0
2007 2008 2009 2010 2011 2012
Année
Sukuks
Source : IFIS, KFHR
Le graphique montre que les émissions de sukuk dans le marché malaisien se sont
élevées à environs de 21 milliards de dollars en 2007. Toutefois, elles ont fortement chuté à 1
milliard de dollars en 2008 en raison de la crise financière mondiale, de la diminution de la
liquidité du marché et l’aversion au risque des investisseurs. Ainsi à cause de la résolution de
l'organisation de comptabilité et d'audit des institutions financières islamiques, qui a mis en
cause la question de non-conformité des certains catégories des sukuk à la charia.
Il est important de signaler que la moitié des émissions des sukuk est destinée au secteur
des infrastructures et les constructions des projets, meilleurs exemples sont le projet de
Kelana Jaya et le projet de prolongement de la ligne de TLR d'Ampang sont deux projets
majeurs qui ont stimulé la croissance des émissions de sukuk d’infrastructure en 2009.6
6
Malikov, A. (2017), how do sovereign sukuk impact on the economic growth of developing countries? An
analysis of the infrastructure sector.
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L’année 2010 a vu une augmentation des émissions de sukuk qui ont servi à financer
des projets d'infrastructure de 6 milliards de dollars, qui a été soutenu par le Programme de
transformation économique lancé par le gouvernement malaisien. En 2011 et 2012, les
émissions de sukuk ont continué à enregistrer une croissance notable qui a atteint 90 milliards
de dollars.
1. Dimension économique des sukuk
Le PIB par habitant
Tab 1 : PIB par habitant (en dollar) avant et après l’émission des sukuk souverains :
Avant l’émission Année Après l’émission
d’émission
de Sukuk
souverain
Année 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
PIB par 8.274 8.636 8.891 8.599 9.071 9.377 9.709 9.981 10.398
habitant
Source : élaboré par nos soins à partir des statistiques de la banque mondiale.
Le tableau 1 montre que le PIB par habitant de la Malaisie a connu une croissance
régulière entre 2006 et 2014 (avant l'émission de sukuk souverains). Il a commencé à
augmenter de près de 300 $ par année entre 2003 et la fin de la période, par conséquent la
valeur du PIB par habitant a sensiblement augmenté après l'émission de sukuk souverains. Il
convient de signaler que le PIB par habitant de la Malaisie, a été affecté par la crise financière
mondiale passant de 8636 dollars en 2007 à 8599 dollars dollars en 2009.
Dette publique par habitant :
Tab 2 : dette publique par habitant (en dollar) avant et après l’émission des sukuk souverains :
Avant l’émission Année Après l’émission
d’émission
de sukuk
souverain
Année 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Dette publique 2.007 2.148 2.345 2.731 3.492 3.892 4.509 4.571 4.680
par habitant
Source : élaboré par nos soins à partir de countryeconomy.com
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Comme le montre le tableau 2, la dette publique par habitant de la Malaisie était
relativement faible avant l'émission de sukuk souverains. Le niveau le plus élevé de
croissance de la dette publique par habitant a été observé en 2009, avec un peu plus de 2731
dollars. Après l’émission des sukuk en 2010, la valeur de la dette par habitant a eu une
augmentation considérable de 3892 dollar en 2011 à 4680 dollar en 2014.
Graphique 2 : Evolution de la dette en pourcentage de PIB avant et après l’émission des sukuk
souverains.
Dette/PIB
60
40
51,12 51,94 52,64 54,55 56,45 56,16
20 40,23 39,91 39,92
0
2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Dette/PIB 40,23 39,91 39,92 51,12 51,94 52,64 54,55 56,45 56,16
Dette/PIB
Source : élaboré par nos soins à partir de countryeconomy.com
Le graphique 2 montrent que le ratio de la dette/PIB de la Malaisie reste relativement
stable entre 2006 et 2008, Toutefois, elle a enregistrée une hausse de 51.12 % à la fin de la
période (ex ante) c’est-à-dire avant l’émission des sukuk souverains. En ce qui concerne la
période postérieure à l'émission de sukuk souverains, le ratio de la dette/PIB à continuer à
augmenter considérablement, Il a atteint un sommet de 56.16 % en 2014.
Contribution de sukuk souverains à la composition du PIB et au financement des
dépenses étatique :
Tableau 2 : ratio des sukuk souverains par rapport au PIB et le budget de l’Etat :
Année Sukuk souverains/PIB Sukuk souverains/Budget
de l’Etat
2007 8.69 31.36
2008 1.66 5.55
2009 9.85 32.23
2010 16.24 56.66
2011 20.40 57.37
Source : Islamic Finance Information Service
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D’après le tableau 2, la contribution des sukuk souverains dans la composition du PIB
de la Malaisie a été de 8,69 % en 2007. Alors qu'il représentait 31,36 % de la composition du
budget de l'État.
Après l’mission des sukuk réalisée par le gouvernement malaisien en 2010, la
contribution des sukuk souverains au PIB de ce pays s’est passée de 9,85% en 2009 à 20,40%
en 2011. En outre, la contribution au budget de l'État s’est passée à 57,37 % la même année. Il
faut signaler que près de 10 % des fonds sukuk souverains sont destinés aux projets
d'infrastructures. Cela indique clairement que les sukuk dans le secteur d’infrastructures ont
eu un impact significatif sur le développement économique de la Malaisie.
2. Dimension financière des sukuk
Les réserves internationales
Tab 3 : les réserves internationales (en million de dollar) avant et après l’émission des sukuk
Année
d’émission
de sukuk
souvrain
Avant l’émission Après l’émission
Année 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Réserves 82.88 101.99 92.17 76.7 106.53 133.57 139.73 134.85 115.96
internationales
Source : élaboré par nos soins à partir de la base de données www.theglobaleconomy.com
Graphique 3 : évolution des réserves internationales de la Malaisie avant et après l’émission des sukuk
souverains entre 2006 et 2014
Evolution des réserves de change
160 139,73 134,85
133,57
140
en million de dollars
115,96
120 101,99 106,53
92,17
100 82,88 76,7
80
60
40
20
0
2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Année
Evolution des réserves de change
Source : élaboré par nos soins à partir de la base de données www.theglobaleconomy.com
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Le tableau 3 et le graphique 3 montrent que les réserves internationales de la
Malaisie avant l’émission des sukuk ont augmenté de manière significative de 82.88
millions de dollar en 2006 à 101.99 millions dollar en 2007, tandis qu’en 2008 et 2009,
les réserves de changes ont enregistré une baisse remarquable à cause des effets de la
fameuse crise économique 2008. Après l'émission de sukuk souverains en 2010 les
réserves de change ont augmenté pour atteindre la barre de 139,73 millions de dollars au
cours de l’année 2012.
3. Dimension sociale des sukuk
Indice de développement humain
Graphique 4 : évolution de l’indice de développement humain avant et après l’émission des sukuk
souverains
IDH
0,74 0,75 0,76 0,77 0,77 0,78 0,78 0,79 0,79
2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
IDH 0,74 0,75 0,76 0,77 0,77 0,78 0,78 0,79 0,79
IDH
Source : élaboré par nos soins à partir de http://perspective.usherbrooke.ca
Selon les données de graphique 4, l'indice de développement humain (IDH) en Malaisie
a augmenté progressivement sur l'ensemble de la période, pour atteindre 0.77 en 2009. En
2010, après l’émission des sukuk souverains, l'IDH a connu une tendance à la hausse pour
atteindre 0,78 en 2012 et qui a continué à croître régulièrement de 0.01 de 2013 à 2014.
Malikov (2017) a ajouté que l'IDH en Malaisie est affecté par l'augmentation du
montant de zakat payé par habitant.
L’une des principales fonctions de la zakat est la distribution de la richesse en faveur
des populations pauvres. La croissance du PIB par habitant provoquée par les émissions de
sukuk souverains a automatiquement augmenté le nombre de personnes financièrement aptes
de payer la zakat. Les fonds de la Zakat sont distribués chaque année aux musulmans qui ont
besoin d'une aide financière. Cela améliore à son tour plusieurs dimensions de l'IDH, tels que
l'espérance et le niveau de vie.
256
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IV. Synthèse des résultats
En guise de synthèse, l'indicateur économique 1 (PIB par habitant), l'indicateur
économique 2 (dette publique par habitant), l'indicateur financier (réserves internationales) et
l'indicateur social 1 (IDH) présentent des écarts significatives avant et après l'émission de
sukuk en Malaisie. Néanmoins y on a d’autres facteurs impactant la variabilité de ces
indicateurs autres que l’émission des sukuk l’objet de notre analyse.
Dans ce pays, le sukuk est un outil de gestion des liquidités et de financement de divers
projets de développement, ainsi une opportunité pour toute investisseur qui désir contribuer à
la réalisation des projets et les chantiers lancés par l’Etat.
En tant qu'instrument de capitaux propres, le sukuk souverain augmentera
automatiquement le montant de la dette publique, également le revenu par habitant (les
porteurs des sukuk nationaux ou/et internationaux).
En outre, les émissions de sukuk souverains finiront par avoir un impact sur les réserves
étrangères de la Malaisie, puisqu'elles encouragent et stimulent les entrées d'investissements
en provenance de l’extérieur dans le cadre des titres émise par l'État.
Graphique 5 : synthèse de l’apport des sukuk souverains sur le développement économique
Dimension
économique
Développement
économique Dimension
Dimension sociale financiere
Le développement économique est une notion multidimensionnelle, économique,
financière et sociale. En matière des sukuk, le développement économique est une finalité
incontournable.
257
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On se référant à l’étude de cas de la Malaisie, on peut dire que :
Les sukuk souverains impactent positivement le revenu par habitant (les porteurs des
sukuk), c’est-à-dire l’amélioration de pouvoir d’achat de la population. Et par
conséquent l’augmentation des personnes éligibles à payer la Zakat au profit des
pauvres et les nécessiteux.
Les sukuk souverains impactent positivement les avoirs extérieurs en matière de
devises par l’encouragement des IDE. Le financement de projets que ce soit les projets
sectoriels ou les grands chantiers, parmi les options pour accroître la croissance
économique en développant des infrastructures : les ports, les aéroports, les hôpitaux,
etc. Les réserves de change peuvent être utilisées également lorsque le pays rencontre
des difficultés économiques.
Amélioration de l’autonomie financière de l’Etat par le financement des dépenses
étatiques et la mobilisation des fonds publics d’une manière efficiente.
Conclusion
Pour le cas du Maroc qui est en phase de lancement de produits participatifs, il a
procédé récemment à une émission de son premier Sukuk souverain, portant sur un Sukuk
Ijara d’un montant de 1 milliard de dirhams amortissable sur une durée de 5 ans. Pour garantir
la réussite de cette expérience et atteindre les objectifs escomptés, en améliorant le PIB par
habitant et le pouvoir d’achat de la population, tout en stimulant l’investissement et la
croissance, et soutenir les finances publiques de l’Etat ainsi l’augmentation des avoirs
extérieurs en devises…etc), le Maroc doit se concentrer sur :
L’amélioration continue de la réglementation législative en vigueur, des règles
juridiques et fiscales incitatives visant à accélérer le développement du marché de la
finance participative, y compris le lancement des guides et des notes explicatives pour
les modalités d’investissement en sukuk.
L’éducation financière et la sensibilisation des investisseurs (personnes physiques, les
PMEs, etc) principalement en matière des sukuk.
Création des institutions spécialement en tant que catalyseurs dans la promotion des
investissements en sukuk conforme à la charia.
Il apparait que notre travail se limite sur une seule étude de cas, il serait intéressant
d’analyser cette problématique à partir plusieurs études cas, un échantillon de plusieurs pays,
pour généraliser et comparer les résultats obtenus dans une nouvelle piste de recherche sur ce
sujet.
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