Calcul Diff
Calcul Diff
Raphael Lachieze-Rey1
1
[email protected],[email protected]
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 2
Contents
I Calcul différentiel 5
1 Application différentielle 9
1.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2 Cas de la dimension finie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.3 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
4 Inversion locale 39
4.1 C 1 -difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
4.2 Théorème des fonctions implicites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
II Equations différentielles 47
5 Equations différentielles: existence et unicité 49
5.1 Vocabulaire et définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
5.2 Théorème de Cauchy-Lipschitz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
5.3 Solutions maximales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
5.4 Quelques techniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
3
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 4
Part I
Calcul différentiel
5
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 7
Rappels
Définition 1. Un espace vectoriel normé est un couple (E, ∥ · ∥E ) où ∥ · ∥E , parfois notée simplement
∥ · ∥, est une norme sur E, c’est-à-dire:
• ∥λx∥E = |λ|∥x∥E pour λ ∈ R, x ∈ E
• ∥x + y∥E ⩽ ∥x∥E + ∥y∥E pour x, y ∈ E
• ∥x∥E = 0 ⇒ x = 0 pour x ∈ E.
Les éléments d’un e.v.n. seront appelés “vecteurs”, même si la dimension est infinie.
On considère un e.v.n. (E, ∥ · ∥E ). Pour x ∈ E, on note pour x ∈ E, r ⩾ 0 la boule de centre x de
rayon r par
On note parfois cette boule B∥·∥E (x, r), ou juste B(x, r) s’il n’y a pas d’ambiguités. Si E = Rd pour
un certain d ∈ N∗ , on note pour p ⩾ 1
Xd
∥x∥p = ( |xi |p )1/p , x ∈ Rd ,
i=1
la norme p, pour p ∈ [1, +∞[, ∥x∥∞ = max(|xi |, i = 1, . . . , d). On rappelle que sur Rd , toutes les
normes sont équivalentes. On note aussi (e1 , . . . , ed ) la base canonique de Rd .
Définition 2. Soit (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ) deux e.v.n. . Une application linéaire f : E → F est continue
ssi il existe C ⩾ 0 tel que ∀x ∈ E,
∥f (x)∥F ⩽ C∥x∥E .
La plus petite constante C telle que cette inégalité soit vraie pour tout x est notée C = |||f ||| = |||f |||E,F .
De manière équivalente,
∥f (x)∥F
|||f |||E,F = sup ∥f (x)∥F = sup .
x∈BE (0,1) x∈E\{0} ∥x∥E
L’espace des applications linéaires continues de (E, ∥ · ∥E ) vers (F, ∥F ∥F ) est noté L(E, F ).
Dans le cas où E et F sont de dimension finie, disons n et p, L(E, F ) est isomorphe à Mn,p (R). On
appelle norme matricielle sur Mn,p (R) une norme ∥·∥ telle que pour tout A ∈ Mn,p (R), B ∈ Mk,n (R),
∥A · B∥ ⩽ ∥A∥ · ∥B∥.
Dans le cas où E et F sont de dimension finie, alors toutes les applications linéaires sont continues
et dim(L(E, F )) = dim(E)dim(F ) (c’est aussi la dimension de l’espace des matrices associé).
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 8
Notation 1. Pour E, F la notation f (u) = o (u) a du sens dès lors que f est définie sur une petite
u→0
boule BE (0, r), et peut s’écrire plus précisément o(∥u∥),
où ε est une application implicite ε : [−r, r] → F telle que lim ∥ε(t)∥F = 0. On écrit parfois ε(u) au
t→0
lieu de ε(∥u∥), dans ce cas ε : BE (0, r) → F vérifie limu→0E ε(u) = 0.
On peut aussi formuler f (u) = o(u) de manière équivalente par
f (u)
lim = 0.
u→0 ∥u∥
o(g(f (u))) = o(f (u)) = o(u) car ∥g(f (u))∥G ⩽ |||g|||F,G ∥f (u)∥F ⩽ |||g|||F,G |||f |||E,F ∥u∥E
Chapter 1
Application différentielle
1.1 Définitions
Dans tout le chapitre, (E, ∥ · ∥E ) est un e.v.n. , Ω est un ouvert de E et x0 est un point quelconque de
Ω. (F, ∥ · ∥F ) est un autre e.v.n. .
En bleu: rectifications par rapport au poly papier
Définition 4. Soit f : Ω → F . On dit que f est différentiable en x0 ssi il existe une application
linéaire continue ℓ ∈ L(E, F ) telle que
ou de manière équivalente
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R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 10
L’application ℓ est notée dfx0 . Cette application est unique. Si f est différentiable en tout point x0 ∈ Ω,
on dit que f est différentiable sur Ω, et on note df son application différentielle.
Remarquons que x0 7→ dfx0 est une application de Ω → L(E, F ). On peut aussi voir (x0 , u) 7→
dfx0 (u) comme une application de Ω × E → F.
La différentiabilité est équivalente à l’existence de ℓ ∈ L(E, F ) telle que
On peut aussi trouver cette application en fixant u et trouvant ℓ(u) telle que pour t ∈ R,
2. Si ça n’est pas déjà le cas, il faut montrer que u → ℓ(u) est linéaire.
3. Il faut montrer que u → ℓ(u) est continue, c’est-à-dire qu’il existe C telle que
ℓ(u) ⩽ Cu, u ∈ E.
R1
avec f (x) = ∥x∥2 = 0 x(t)2 dt, x ∈ E ou plus général d’un espace Hilbertien muni d’un produit scalaire
⟨·, ·⟩ avec f (x) = ⟨x, x⟩.
Attention: La différentiabilité de f en x implique l’existence pour chaque u ∈ E de ∂u f (x0 ), mais
la réciproque est fausse. Montrer l’existence de ∂u f (x0 ) pour chaque u ∈ R n’est que la première étape,
est n’est pas du tout suffisant pour montrer la différentiabilité. Il faut encore montrer la linéarité et
la continuité de u → du f (x0 ).
Traitons quelques cas faciles. Le cas de la dimension 1:
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 11
L’application u 7→ f (x0 )u est bien linéaire continue, donc f est différentiable et dfx0 (u) = f ′ (x0 )u, u ∈
′
R.
Si réciproquement il existe ℓ linéaire continue R → R telle que
alors comme les seules applications linéaires R → R sont de la forme ℓ(u) = cu pour un certain c ∈ R,
on a
f (x0 + u) − f (x0 )
= c + o(1)
u
ce qui est bien la définition du nombre dérivé c = f ′ (x0 ).
On peut aisément généraliser au cas où l’espace de départ est R, mais pas forcément l’espace
d’arrivée:
Proposition 2. Soit f une application linéaire de E vers F. Alors f est différentiable en x0 ssi f est
continue, et dfx0 = f pour tout x0 ∈ E dans ce cas.
Proof. On a pour u ∈ E
Donc, en posant dfx0 = f , le membre de droite est bien dfx0 (u) + 0 = dfx0 (u) + o(u) avec dfx0 = f ∈
L(E, F ).
Si réciproquement f est différentiable,
En particulier, f (u) → dfx0 (0) = 0 quand u → 0 car dfx0 est continue. Comme o(u) → 0 aussi,
f (u) → 0 = f (0), donc f est continue en 0, donc (comme f est linéaire), f est continue.
Or,
est linéaire continue en tant que composée d’applications linéaires continues. Pour montrer que ℓ =
d(g ◦ f )x0 , il suffit de montrer γ(u) = o(u). On a
∥dgf (x0 ) (o(u))∥G ⩽ |||dgf (x0 ) |||∥o(u)∥F ⩽ |||dgf (x0 ) |||∥u∥E ε(u) = o(u),
∥o(dfx0 (u) + o(u))∥G = ∥dfx0 (u) + o(u)∥F ∥ε′ (dfx0 (u) + o(u))∥G ⩽ (∥dfx0 (u)∥F + ∥u∥E ε(u))ε′′ (u)
| {z }
=:ε′′ (u)
et
u
dgy (u) = ug ′ (y) = √
2 y
pour u ∈ R, y ̸= 0, f est différentiable en tout x ∈ Ω et
dfx (u) ⟨x, u⟩ ⟨x, u⟩
dnx (u) = dgf (x) (dfx (u)) = p =p = .
2 f (x) ∥x∥ 2 ∥x∥
Montrer que dans l’exemple précédent, n n’est pas différentiable en 0.
Soit u ̸= 0. Si n est différentiable en 0,
n(tu) = n(0) + tℓ(u) + o(tu) = tℓ(u) + o(t)
et donc
tℓ(u) = |t|n(u) + o(t).
Donc pour t > 0, en divisant par t,
ℓ(u) = n(u)
et pour t < 0,
−ℓ(u) = n(u).
On aboutit à n(u) = 0, ce qui est impossible car n est une norme et u ̸= 0.
Notation 2. Si une fonction f est différentiable en tout point x ∈ Ω, on dit que f est différentiable
sur Ω. Dans la définition suivante, on considère l’application x 7→ dfx de Ω vers L(E, F ).
est continue en x0 .
Les normes étant équivalentes, les résultats sont similaires (aux constantes près) si l’on choisit une
autre norme.
On prend toujours Ω un ouvert de Rn , f : Ω → F, x ∈ Ω. On rappelle qu’en dimension finie, tout
application linéaire est continue, ce qui fait une chose de moins à prouver pour prouver la différentia-
bilité.
Proof. Comme dfx0 est une forme linéaire, elle s’écrit sous la forme
n
X n
X n
X n
X
dfx0 (u) = dfx0 ( ui ei ) = dfx0 (ui ei ) = ui dfx0 (ei ) = ui ∂i f (x0 ).
i=1 i=1 i=1 i=1
On a ensuite
|dfx0 (u)| |u · ∇f (x0 )|
|||dfx0 ||| = sup = sup ⩽ ∥∇f (x0 )∥
u̸=0 ∥u∥ u̸=0 ∥u∥
1.3 Propriétés
Méthodes de base pour montrer qu’une application est différentiable.
• f (x) = x3 + 2x − 1 (n = q = 1)
• f (x1 , x2 , x3 ) = (x2 x3 , x1 x3 , x1 x2 , 1) (n = 3, q = 4)
2
• f (M ) = det(M ), E = Mk (R), k ∈ N∗ ≈ Rk , q = 1 car
X
det(M ) = ε(σ)mi,σ(i) où M = (mi,j )1⩽i,j⩽k
σ∈Σk
donc la différentiabilité de cette fonction s’obtient en appliquant plusieurs fois les points 1 et 2.
On verra au chapitre sur les espaces produits qu’il suffit que chaque fi soit diff. (resp. C 1 ) pour
que f le soit.
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 16
Chapter 2
2.1 Enoncé
Pour x, y ∈ E, on note les points compris entre x et y par
Théorème 1. Soit x, y ∈ Ω tels que [x, y] ⊂ Ω, et f une application différentiable en tout point de
[x, y[. Alors
(zmax ⩾ x car l’inégalité est vraie pour z = x). On remarque que pour z ∈ [x, y], si z ∈ F, ∀z ′ ∈
[x, z], ∥f (x) − f (z ′ )∥ ⩽ (C + ε)∥z − x′ ∥, et donc z ′ ∈ F. En conséquence F est un intervalle de la forme
[x, zmax ] ou [x, zmax [.
Supposons zmax < y: (on va raisonner par l’absurde)
Montrons tout d’abord que F est fermé et donc zmax ∈ F . Soit zn , n ∈ N une suite d’élements de
F qui converge vers un z ∈ R (Il faut donc montrer z ∈ F ). Alors pour s ∈ [x, z[, il existe n0 tel que
pour n ⩾ n0 , s < zn , et donc comme zn ∈ F ,
17
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 18
C’est vrai pour chaque s ∈ [x, z[ et en faisant tendre s vers z, on montre que c’est vrai pour s = z par
continuité de l’application
Utilisons la définition de la borne sup: il existe une suite (zn )n dans [x, y] telle que zn > zmax , zn →
zmax et
Par définition du o(...), il existe α > 0 tel que pour |zmax − zn | < α, o(zmax − zn ) < ε|zmax − zn |, et
comme zn → zmax , il existe n0 ∈ N tel que pour n ⩾ n0 , |zmax − zn | < α. En définitive,
∥f (zmax ) − f (zn )∥ ⩾ ∥f (zn ) − f (x)∥ − ∥f (zmax ) − f (x)∥ > (C + ε)∥zn − x∥ − (C + ε)∥zmax − x∥ = (C + ε)∥zn − zmax ∥.
Proposition 7. *Soit Ω un ouvert de E. Alors Ω est connexe par arcs ssi pour tout x, y ∈ Ω, il existe
x1 , x2 , . . . , xq tels que x1 = x, xq = y et [xi , xi+1 ] ⊂ Ω pour 1 ⩽ i < q.
Proof. Un sens est facile. Pour l’autre sens, suposons qu’un tel γ existe. Comme Ω est ouvert, pour
t ∈ [0, 1], il existe rt > 0 tel que B(γ(t), rt− ) ⊂ Ω. Comme γ([0, 1]) est compact, du recouvrement
d’ouverts
On pose zi = γ(ti ), et quitte à les renuméroter on suppose ti < ti+1 pour chaque i. On pose x1 = x.
Comme x = γ(0) ∈ B(0, zi ) pour un certain i1 , on a [x, x1 ] ⊂ Ω On pose x2 = zi1 . On peut montrer
par l’absurde qu’il existe i2 > i1 tel que B(zi1 , rt−i1 ) ∩ B(zi2 , rt−i2 ), ou que y ∈ B(xi1 , rt−i1 ). On peut
ainsi construire par induction un chemin x0 = x; x1 , . . . , xm = y tel que [xi , xi+1 ] ⊂ Ω.
Théorème 2. *Soit une application f différentiable sur un ouvert connexe Ω telle que dfx = 0 pour
x ∈ Ω. Alors f est constante.
Proof. Soit x ∈ Ω. On va montrer que pour tout y ∈ Ω, f (y) = f (x). Si [x, y] ⊂ Ω, c’est une
conséquence immédiate de l’IAF:
Sinon, il existe y0 = x, y1 , . . . , yq = y tels que [yi , yi+1 ] ⊂ Ω. On a sup[y0 ,y1 ] |||df ||| = 0 donc f (y1 ) =
f (y0 ) = f (x0 ). De même, f (y2 ) = f (y1 ). En raisonnant par récurrence, on aboutit à f (yn ) =
f (x0 ).
Proposition 8. *
Soient E, F deux espaces vectoriels normés, Ω un ouvert de E, f : Ω → F une application continue
et x0 un point de Ω. Si f est différentiable sur Ω \ {x0 } et dfx admet une limite ℓ dans (E, F ) quand
x tend vers x0 , alors f est différentiable au point x0 et dfx0 = ℓ.
Par définition de la limite, il existe r > 0 tel que |||dfx −ℓ||| < ε pour h ∈ B(x0 , r), donc ∥dfx (h)−ℓ(h)∥ <
ε∥h∥. On a donc pour h ∈ B(0, r)
Ca implique bien que la limite est 0, et donc comme ℓ ∈ L(E, F ), c’est la différentielle de f au point
x0 .
Remarque 2. La fonction
(
x sin(1/x) si x ̸= 0
f (x) =
0 sinon
est un exemple où f est différentiable partout mais dfx n’a pas de limite en 0.
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 20
f[i] : Ei 7→ F
y 7→ f (x1 , . . . , xi−1 , y, xi+1 , . . . , xn )
est différentiable au point xi (les autres composantes xj , j ̸= i étant fixées). On note la différentielle
partielle d(f[i] )xi par
Remarque 3. Cette notion se distingue de la notion de dérivée partielle dans le fait que Ei peut être
de dimension quelconque (pas forcément 1).
C’est une application linéaire continue de Ei vers F . Si dim(Ei ) = 1, alors Ei est généré par un
vecteur que l’on nomme ui , et on retrouve la notion classique de dérivée partielle: ∂i f (x) = ∂x
∂f
i
(x).
Dans la notation, on a donc di fx : u 7→ ∂i f (x)ui .
Exemple 2. Soit Rn [X] l’espace des polynomes de degré au plus n, et l’application
φ :Rn [X] × R → R
(P, x) 7→ P (x).
Que sont les différentielles partielles par rapport aux espaces E1 = E, E2 = R?
Fixons P ∈ E, x ∈ R. On a pour Q ∈ E
φ[1] (Q) = Q(x),
on voit que c’est une application linéaire en Q car pour R, Q ∈ E, λ ∈ R,
φ[1] (R + λQ) = R(x) + λQ(x) = φ[1] (R) + λφ[1] (Q).
φ[1] est de plus continue (dim(E1 ) < ∞). Donc φ admet une différentielle (elle-même) partielle par
rapport à E1
d1 φ(P,x) (Q) = d(φ[1] )P (Q) = φ[1] (Q) = Q(x).
On a pour P, x fixé
φ[2] (x) = P (x)
est une application dérivable, donc différentiable, avec
d2 φ(P,x) (h) = d(φ[2] )x (h) = hφ′[2] (x) = hP ′ (x).
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 21
E 7→ L(E, F )
x 7→ di fx
f (x + u) = (fi (x + u))i = (fi (x) + dfi,x (u) + oFi (u))i = (fi (x))i + (dfi,x (u))i + (oFi (u))i .
L’application
ℓ : u 7→ (dfi,x (u))i
est clairement linéaire ssi tous les dfi,x sont linéaires. Elle est continue ssi
P
∥ℓ(u)∥F ∥dfi,x (u)∥Fi ∥dfi,x (u)∥Fi
sup < ∞ ⇔ sup i < ∞ ⇔ ∀i, sup < ∞ ⇔ chaque dfi,x est continu
u̸=0 ∥u∥E u̸=0 ∥u∥E u̸=0 ∥u∥E
On a aussi que les x 7→ dfi,x sont continues ssi x 7→ (dfi,x )i est continue.
Finalement,
X X
∥(oFi (u))i ∥F = ∥oFi (u)∥Fi = ∥εFi (u)∥Fi ∥u∥E = oF (u).
i i
| {z }
εF (u)
ce qui prouve que f est différentiable en x, de différentiable dfx = ℓ. Dans l’autre sens,
et il suffit de poser dfi,x comme la i-ème composante de dfx et εi (u) comme la i-ème composante
de ε(u) pour avoir l’autre implication.
. Donc
Ei → E → F
hi 7→ [hi ] 7→ di fx ([hi ])
Proposition 9. Supposons que E est de dimension finie. f est de classe C 1 en x ssi pour tout
1 ⩽ i ⩽ d, ∂i f existe sur un voisinage de x et est continue en x.
Proof. C’est une conséquence directe du résultat sur les espaces produits.
Remarque 4. En dimension infinie, il est faux de dire que l’existence et la continuité des dérivées
partielles dans toutes les directions implique la différentielle globale de l’application (cf. exo sur ℓ1 (R)
dans le TD2).
On note
∇f1 (x)
Jf (x) = (∂i fk (x))1⩽k⩽p,1⩽i⩽n = ...
∇fp (x)
La différentielle est donc une application x → dfx de Rn vers L(Rn , R) ≡ Rn . On définit la différentielle
seconde comme la différentielle de cette application, si elle existe: pour h, k ∈ Rn ,
Définition 9. Pour un e.v.n. E quelconque, on note Lk (E, F ) l’espace des applications k-linéaires
continues. Pour h ∈ E, ℓ ∈ L(E, F ), on note
La continuité de ℓ ∈ Lk (E, F ) est équivalente à l’existence d’une constante notée |||ℓ||| = |||ℓ|||Lk (E,F )
(quand elle est la plus petite possible) telle que,
∥d(df )x0 (h)(k)∥ ⩽ |||d(df )x0 (h)|||L(E,F ) ∥k∥ ⩽ |||d(df )x0 |||L(E,L(E,F )) ∥h∥∥k∥
Nous allons définir rigoureusement les ordres successifs de différentiation dans ce chapitre, en com-
mençant par la dimension finie pour éviter certaines difficultés dans un premier temps.
25
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 26
Ω → Lk (Rn , R)
y → dk−1 fy
La continuité de dk fx vient de
∥dk fx (h1 , . . . , hk )∥F = ∥d(dk−1 f )x (h1 )(h2 , . . . , hk )∥F ⩽ ∥d(dk−1 f )x (h1 )∥Lk−1 (E,F ) ∥h2 ∥F . . . ∥hk ∥F
⩽ |||d(dk−1 f )x |||E,Lk−1 (E,F ) ∥h1 ∥F ∥h2 ∥F . . . ∥hk ∥F .
Avertissement: Il ne faut pas confondre la continuité d’une application linéaire sur un espace
produit et la continuité d’une application bilinéaire. En général, une fonction ne peut pas être les deux
en même temps. Par exemple:
f (x, y) = xy
est bilinéaire sur R × R, mais pas linéaire en le couple (x, y), la continuité est donc caractérisée par
alors que
g(x, y) = (x + y)
n’est pas bilinéaire mais linéaire en (x, y), la continuité sur l’espace produit est alors caractérisée par
∂i1 ,i2 ,...,ik f (x0 ) = ∂i1 (∂i2 (. . . ∂ik f (x0 ) . . . )) = dk fx0 (ei1 , . . . , eik ).
Proposition 10. Pour k ∈ N∗ , on dit que f est de class C k en x0 ∈ Ω ssi f est k fois différentiable
sur un voisinage de x0 et y → dk fy est continue en x0 . C’est équivalent à: pour tous indices 1 ⩽
i1 , . . . , ik ⩽ n, f admet une dérivée partielle x 7→ ∂i1 ,...,ik f (x) continue en x0 .
Remarque 6. Si f est deux fois différentiable en x ∈ Ω, alors elle est de classe C 1 en x0 . La réciproque
est fausse en général.
Preuve dans le cas où f est C 2 sur un voisinage de x0 :∃r > 0 tel que f est de classe C 2 sur B(x0 , r)..
L’idée est de montrer que pour h, k ∈ R,
Par symétrie, la limite sera également ∂j ∂i f (x0 ), et par unicité les deux valeurs sont donc égales.
En dérivant (puis intégrant) la fonction φ(t) = f (x0 + hei + tej ) on montre que
Z k
f (x0 + hei + kej ) − f (x0 + hei ) = φ(k) − φ(0) = ∂j f (x0 + hei + tej )dt(tej )
0 | {z }
d
φ′ (t)= dt (dfx0 +hei +tej )
Z k
avec h = 0 : f (x0 + kej ) − f (x0 ) = ∂j f (x0 + tej )dt
0
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 28
donc
!
Z k
1
A(h, k) = [∂j f (x0 + hei + tej ) − ∂j f (x0 + tej )]dt
hk 0
Z 1
1
= [∂j f (x0 + hei + skej ) −∂j f (x0 + skej )]kds avec sk = t
hk 0 | {z } | {z }
ψ(h) ψ(0)
Z 1 Z h
1
= [∂i ∂j f (x0 + tei + skej )] dt kds
hk
0 0 | {z }
ψ ′ (t)
Z 1Z 1
∂i ∂j f (x0 + uhei + skej )hdukds
= avec hu = t
0 0 hk
Z 1 Z 1
= ∂i ∂j f (x0 + uhei + skej )duds
0 0
Z 1Z 1 Z 1 Z 1
lim A(h, k) = lim ∂i ∂j f (x0 + uhei + skej )dsdu = ∂i ∂j f (x0 )dsdu = ∂i ∂j f (x0 ).
(h,k)→(0,0) 0 0 (h,k)→(0,0) 0 0
Il suffit ensuite d’appliquer la continuité sous le signe intégral, grâce au fait que ∂i ∂j f est continue sur
un voisinage compact de x0 , et elle y est donc bornée.
Cela implique que dans une dérivée partielle de n’importe quel ordre on peut intervertir deux indices
proches, disons im et im+1
∂i1 ,...,in f (x0 ) =∂i1 ,...,im−1 (∂im ,im+1 (∂im+2 ,...,ik f (x0 )))
=∂i1 ,...,im−1 (∂im+1 ,im (∂im+2 ,...,ik f (x0 )))
=∂i1 ,...,im+1 ,im ,...,ik f (x).
En intervertissant de cette manière plusieurs fois de suite des indices successifs de dérivation, on peut
montrer que la valeur ne change pas si on met les indices dans un ordre quelconque iσ(1) , . . . , iσ(k) .
Par exemple
Pour le montrer dans un cadre général, on fait appel à un résultat de la théorie des permutations:
Lemme 1. Toute permutation σ ∈ Σk s’écrit comme un produit fini de composition de permutations
de la forme τm , 1 ⩽ m < k, où τm est la permutation qui intervertit m et m + 1 et laisse inchangé les
autres indices.
Dans l’exemple précédent, la permutation
σ : 1 → 3, 2 → 1, 3 → 2
s’écrit
σ = τ3 ◦ τ1 ◦ τ2 .
Montrons que ce lemme permet de conclure dans le cas général: il existe donc m1 , . . . , mq tels que
On raisonne alors par récurrence sur q. On vient de montrer que c’est vrai pour q = 1. Pour q
quelconque, supposons que c’est vrai pour q − 1. On a alors, en posant i′j = τm2 ◦ · · · ◦ τmq (ij )
Dans un e.v.n. E quelconque, soit r tel que f soit k fois différentiables sur B(x, r). On différentie
en 0 la fonction [0, 1] → F
k
X (1 − t)p dp fx+th (hp )
φ : t 7→ f (x + th) +
p=1
p!
Notation 3. On dit que ℓ ∈ Lk (E, F ) est symétrique si l’ordre de ses arguments n’influence pas sa
valeur: ∀σ ∈ Sk , h1 , . . . , hk ∈ E,
On note Lks (E, F ) ⊂ Lk (E, F ) le sous-e.v.n. des applications k−linéaires symétriques continues, muni
également de ||| · |||.
autrement dit, d2 fx ∈ L2s (E, F ). De même, si f est k fois différentiable en x, alors dk fx ∈ Lks (E, F ).
On admet la preuve dans le cas infini. Comme on n’a pas d’intégrale à notre disposition, il faut
remplacer l’outil intégral par l’IAF. On peut par contre en général définir une intégrale dans un espace
de Banach (i.e. un e.v.n. complet)
Définition 13. On dit que f est de classe C k en un point x ∈ Ω si f est k fois différentiable sur un
voisinage de x et y → dk fy est continue en x. On dit que f est de classe C ∞ en x si elle de classe C k
pour tout k ∈ N.
Proposition 12. Soit k ∈ N, f une fonction de classe C k sur un ouvert Ω ⊂ E. On suppose qu’il
existe ℓp ∈ Lps (E, F ) pour 1 ⩽ p ⩽ k telles que pour x ∈ Ω, h ∈ E,
k
X
f (x + h) = f (x) + ℓp (hp ) + o(hk ).
p=1
1 p
Alors pour 1 ⩽ p ⩽ k, ℓp = p! d f .
Voir Exo 1.
Proof. On admet la preuve, mais si f est de classe C k+1 sur un voisinage de x, alors c’est une con-
séquence de Taylor-Lagrange, qui est plus fort (o(∥h∥k ) ⩽ O(∥h∥k+1 )). En effet,
est continue en 0 et donc pour r suffisamment petit et ∥h∥ ⩽ r |||dk+1 fx+h ||| ⩽ |||dk+1 fx ||| + 1. Donc
k
X dp fx (hp ) sup∥h∥⩽r |||dk+1 fx |||
∥f (x + h) − f (x) − ∥⩽ ∥h∥k+1 = o(∥h∥k ).
p=1
p! (k + 1)!
Le minimum (resp. maximum) est strict si ∀y ̸= x, f (y) > f (x) (resp. f (y) < f (x)) (avec y ∈ V \ {x}
pour un extremum local et y ∈ A \ {x} pour un extremum global). On dit que x est un extremum s’il
est un minimum ou un maximum (global, local, ou strict).
Définition 15. On dit qu’une fonction f est minorée (majorée) par un nombre a ∈ R sur un ensemble
A ⊂ Rd ssi pour tout x ∈ A, f (x) ⩾ a (resp. f (x) ⩽ a). Une fonction est bornée si elle est minorée et
majorée.
Remarque 7. Une application minorée n’admet pas forcément de minimum global, ou même local.
L’existence et la recherche d’extrema sont des notions essentielles et souvent compliquées en math-
ématiques; beaucoup de problèmes s’écrivent sous cette forme. En dimension finie on a des résultats
d’existence, en particulier le résultat suivant, conséquence directe du fait que l’image d’un compact
par une application continue est un compact.
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 33
Exercice 3. Soit K =]0, 1[. Trouvez un exemple de fonction continue bornée f : K → R qui n’admet
pas de maximum sur K. Donnez un exemple de fonction continue non-bornée sur K.
Exercice 4. Soit A ⊂ Rn fermé, f : A → R continue et minorée sur A. Supposons que A est borné
ou que
Comme K = B(0, R) ∩ A est un fermé borné, f y atteint son minimum en un point x0 . Comme
f (x) > m + 1 pour x ∈
/ K, f (x) > f (x0 ). Comme de plus par définition f (x) ⩾ f (x0 ) pour x ∈ K, on
a
Alors
1. Si x est un minimum local, ∀h ∈ E, ℓ(hm ) ⩾ 0. Si m est impair (en paticulier m = 1) alors
ℓ = 0 (si m = 1 cela veut dire que x est un PC).
2. Si ℓ(hm ) > 0 pour h ̸= 0, alors x est un minimum local strict si dim(E) < ∞.
3. Si ∃c > 0 tel que ℓ(hm ) ⩾ c∥h∥m pour h ∈ E, alors x est un minimum local strict quelle que soit
la dimension.
Dans tous les autres cas, il faut faire une étude spécifique.
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 34
Remarque 8. Ce type de développement peut-être donné par Taylor-Young, mais on peut aussi le cal-
culer directement sans passer par les différentielles. Le fait que f admette ce développement n’implique
pas forcément qu’elle soit m fois différentiable (ou même 2 fois différentiable), voir exo 1 du TD.
Le cas typique est m = 2 pour une fonction qui admet un développement du type
1
f (x + h) = f (x) + ∇f (x).h + hT Hh + o(h2 ).
2
(H sera typiquement la Hessienne, mais ce type de développement ne requiert pas forcément que f
soit deux fois différentiable, voir le TD). On a alors le diagramme suivant
∇f (x) = 0?
N on Oui
Oui
H DP ou DN ?
N on
Oui
(∗)
max ou min local strict en x
Le cas (*) est le plus problématique, il faut étudier dk fx pour k > 2, mais tous les cas possibles
peuvent survenir, il est en particulier possible que dk fx = 0 pour tout k et x est un min. local strict
(voir Exercice 5 ou Exercice 1 de la feuille de TD). Justifions les flèches du diagramme.
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 35
on peut donc appliquer le cas 1) avec m = 1 si x est un ext local, et dans ce cas ℓ(h) = ∇f (x) · h,
qui nous dit que ℓ = 0, donc ∇f (x) = 0, donc x est un PC. Par contraposée, si ∇f (x) ̸= 0, alors
x n’est pas un PC, et donc pas un extremum local.
• Si x est un PC on réécrit le développement
avec ℓ(h, k) = 21 hHk T , avec m = 2 le 1) nous dit que si x est un min local et ℓ(h, h) ⩾ 0 pour
tout h, et donc H est semi définie-positive:
∀h ∈ E, hT Hh ⩾ 0.
Par contraposée, si H n’est pas SDP alors x n’est pas un min. local.
• Si l’on applique le point précédent à −f , comme
−f (x + h) = −f + h(−H)hT + o(h)
si H n’est pas SDN (⇔ −H n’est pas SDP), alors x n’est pas un max. local.
• Appliquons la proposition avec m = 2 (i.e. x est un PC et ℓ(h) = 21 hHhT ). Si H est définie
positive (resp. définie négative) alors x est un min local strict (resp. max local strict) car nous
sommes en dimension finie.
• La réciproque du point précédent n’est pas forcément vraie, prendre par exemple f (x) = x4
sur E = R1 . 0 est bien un min local/global strict, mais dfx (h) = f ′ (0)h = 0 et d2 fx (h, h) =
1 ′′ 2
2 f (0)h = 0.
• Toujours grâce au point 2), si H n’est ni semi-définie positive, ni semi-définie négative, hHhT
n’a pas de signe constant (en h) et x n’est pas un extremum local. En dimension n = 2 c’est
équivalent à det(H) < 0.
Définition 16 (Rappel sur les matrices symétriques). Soit H une matrice symétrique n × n.
• H est SDP (resp. DP) ssi pour tout h ∈ Rn \ {0}, hHhT ⩾ 0 (resp. > 0).
• H est SDP (resp. DP) ssi pour toute valeur propre λ de H, λ ⩾ 0 (resp. λ > 0).
• H = (Hi,j )1⩽i,j⩽n est DP ssi ses mineurs sont positifs, i.e. pour 1 ⩽ m ⩽ n,
H1,1 H1,2 ... H1,m
H2,1 H2,2 ... H2,m
det
> 0.
... ... ... ...
Hm,1 ... ... Hm,m
Avertissement: Une matrice dont toutes les mineures sont négatives n’est pas forcément SDN,
par exemple
−1 0
0 1
n’est ni SDP ni SDN. Dans l’autre sens, −I2 est DN mais sa seconde mineure est positive. La seule
bonne manière de déterminer si une matrice H est (S)DN est d’étudier si −H est (S)DP.
Autre avertissement: si tous les mineurs sont ⩾ 0, cela n’implique pas forcément que la matrice
est SDP.
pour t → 0, donc si ℓ(hm ) ̸= 0, t 7→ tm ne change pas de signe en 0, donc m est pair et ℓ(hm ) ⩾ 0.
On en déduit en particulier que si m est impair, ℓ(hm ) = 0 pour tout h ∈ E.
2. On a en fait 2 implique 3: Comme h 7→ ℓ(hm ) est continue et strictement positive sur le compact
K = {h : ∥h∥ = 1}, elle y est strictement minorée par un c > 0. On a donc pour h ̸= 0
m m
h h
ℓ(hm ) = ℓ ∥h∥ = ∥h∥m ℓ ⩾ ∥h∥m c.
∥h∥ ∥h∥
Exercice 5. 1. Trouver un exemple de fonction f de classe C ∞ telle que f (x) = o(xm ) = o(∥x∥m )
2
pour tout m, et 0 est un minimum local strict. f (x) = e−1/x . Montrer que toutes ses dérivées
sont de la forme P (1/x)f (x) où P est un polynome.
Inversion locale
Définition 17 (Rappel). Pour E, F deux e.v.n. , on dit que ℓ : E → F linéaire continue est inversible
si ∃ℓ′ : F → Elinéaire continue telle que ℓ ◦ ℓ′ = IdF et ℓ′ ◦ ℓ = IdE . On note ℓ′ = ℓ−1 et E et F sont
alors déclarés isomorphes (en tant qu’e.v.n. ). On note L(E, F )∗ ⊂ L(E, F ) l’espace des applications
linéaires continues inversibles d’inverse continue.
Proposition 16 (rappel). Si E, F sont des espaces de Banach, L(E, F )∗ est un ouvert de L(E, F ) et
l’application
est continue.
∥f ∥1 = ∥f ∥∞ + ∥f ′ ∥∞ , f ∈ E
ℓf (g) = f ′ g ′ + f g.
Montrer que si f = 1, ℓf est inversible. Sous quelles conditions sur f ℓf est-elle inversible?
On remarque que résoudre h = ℓf (g) revient à résoudre l’équation différentielle
4.1 C 1 -difféomorphismes
E et F sont désormais des espaces de Banach.
39
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 40
Dans cette dernière écriture, −1 peut représenter l’inversion de la fonction, ou l’inversion d’une
application linéaire. De plus, E et F sont alors isomorphes via l’application dfx (pour n’importe quel
x ∈ E), ils ont en particulier nécessairement de la même dimension (finie ou infinie).
Proof. Soit x ∈ Ω. On doit montrer que d(f −1 )f (x) ◦ dfx = IdE et dfx ◦ d(f −1 )f (x) = IdF .
On a f −1 ◦ f (x) = x sur Ω. Donc par la formule de différentiation d’une application composée,
pour u ∈ E,
donc d(f −1 )f (x) ◦ dfx = IdE est l’application identité sur E. De même, f ◦ f −1 (y) = y sur Ω′ , et donc
dff −1 (y) ◦ d(f −1 )y = IdF , ce qui prouve dfx ◦ d(f −1 )f (x) en posant y = f (x).
Exemple 3. 1. La fonction x 7→ ln(x) est une bijection de classe C 1 de ]0, +∞[ sur R, avec ln−1 =
exp. Comme exp est de classe C 1 sur R, ln est bien un C 1 difféomorphisme sur ]0, ∞[. On a
d lnx (u) = x1 u pour u ∈ R, qui est bien inversible d’inverse
Donc pour y ∈ R,
(d exp−1
y )(u) = (d lnexp(y) )
−1
(u) = exp(y)u, u ∈ R.
1 −2/3
(f −1 )′ (x) = x −−−−−−→ +∞,
3 x→0,x>0
alors qu’une application continue sur [−1, 1] doit être bornée sur [−1, 1]. On peut par contre
montrer que f est un C 1 -difféomorphisme de R∗ vers R∗ .
f (U ) est un voisinage car il est ouvert c’est l’image réciproque de l’ouvert U par l’application
continue f −1 , i.e. U = (f −1 )−1 (U ).
Exercice 7. On reprend l’exemple précédent et on pose φ(f ) = (f ′ )2 + f 2 . Il faut montrer que φ est
différentiable avec
dφf (h) = ℓf (h) = 2f ′ h′ + 2f h.
Soit f telle que ℓf est inversible, et g0 = φ(f ). Alors d’après le théorème précédent, il existe un
voisinage V de g0 et U de f tels que φ soit bijective de U vers V (avec V = φ(U )). L’inverse φ−1 (g)
nous donne donc pour tout g ∈ V une solution de l’équation différentielle
(f ′ )2 + f 2 = g.
Heuristique
On dispose de la fonction f au voisinage de x0 , et la différentielle dfx0 , inversible. Soit y dans le
voisinage de 0. On cherche x = f −1 (y). La première tentative consiste à écrire
y = f (x) = f (x0 ) + df0 (x) + o(x − x0 ) ≈ f (x0 ) + df0 (x − x0 ).
i.e.
x − x0 ≈ df0−1 (y − f (x0 ))
On pose donc
x1 = x0 + df0−1 (y − f (x0 )).
Approximation Etant donné une approximation x0 du point x tel que f (x) = y, on peut améliorer
cette approximation via la fonction φy :
Si cette heuristique est exacte, on peut donc sans cesse améliorer l’approximation en posant
x2 =φy (x1 )
...
xn+1 =φy (xn ); n ∈ N
et espérer que xn → x quand n → ∞.
Cette heuristique sera justifiée par le fait que φy est contractante si x0 est suffisamment proche de
x et converge donc par le théorème de Picard vers sont unique point fixe x: en effet, φy (x) = x.
On observe que
d(φy )z (u) = u + df0−1 (−dfz (u)) = df0−1 (df0 (u) − dfz (u)) ≈ 0.
Donc φy a des faibles variations tant qu’on est dans un voisinage de x0 . Ce type de système dynamique
a tendance à converger rapidement vers sont point fixe, s’il en existe: xn → x défini par φy (x) = x, et
donc f (y) − x = 0.
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 42
Théorème 9 (Théorème du point fixe de Picard). Soit A un fermé non-vide d’un espace de Banach
E et φ : A → A telle qu’il existe c ∈]0, 1[ tel que
pour x, y ∈ E (on dit que φ est c-contractante). Alors il existe un unique x ∈ A tel que φ(x) = x. Ce
point fixe est la limite de n’importe quelle suite (xn ) définie par
(
x0 ∈ A
xn+1 = φ(xn ).
1. Il Existe r > 0 tel que si y ∈ B(0, r), xn → x. Ainsi par passage à la limite,
x = x + df0−1 (y − f (x))
et donc df0−1 (y − f (x)) = 0, donc y = f (x) car df0−1 est injective, on a solutionné le problème.
On peut définir l’application réciproque
f −1 :B(0, r) → E
y → lim xn .
n
Preuve du théorème d’inversion locale. Il suffit de traiter le cas où x0 = 0, f (x0 ) = 0. Le cas général
s’en déduit facilement avec la fonction f˜(x) = f (x − x0 ) − f (x0 ). Pour montrer que φy est contractante
sur une boule B(0, r), on utilise l’IAF: pour x ∈ B(0, r),
∥φy (x) − φy (x′ )∥ ⩽ sup |||d(φy )z |||∥x − x′ ∥ ⩽ |||df0−1 ||||||df0 − dfz |||∥x − x′ ∥.
z∈B(0,r)
Il faut donc trouver r > 0 tel que ∥dφ∥ ⩽ 1/2 < 1 (par exemple). Comme z 7→ dfz est de classe
C 1 , dfz → df0 quand z → 0 et ilexiste r0 > 0 tel que pour tout r < r0 , z ∈ B(0, r0 ), |||df0 − dfz ||| <
|||df0−1 |||−1 /2. On pose donc A = B(0, r0 ).
Il faut aussi s’assurer que φ(A) ⊂ A. On a pour r1 > 0, y ∈ B(0, r1 ), z ∈ A = B(0, r0 ),
r0
∥φy (z)∥ = ∥φy (z) − φy (0) + φy (0)∥ ⩽ sup |||dφy |||∥z∥ + |||df0−1 |||∥y∥ ⩽ + |||df0−1 |||r1 .
B(0,r0 ) 2
On choisit donc r1 < |||df0−1 |||−1 r0 /2, ce qui assure φy (z) ∈ B(0, r0 ) pour y ∈ B(0, r1 ), z ∈ B(0, r0 ).
On applique le théorème du point fixe avec A = B(0, r0 ), et on a x ∈ A tel que φy (x) = x, c’est-à-
dire f (x) = y. Comme c’est l’unique point fixe pour chaque y ∈ B(0, r1 ), cette opération réalise bien
une bijection de B(0, r1 ) vers f −1 (B(0, r1 )). En posant U = f −1 (B(0, r1 )), on a bien une bijection de
U vers f (U ).
Montrons que f −1 est de classe C 1 sur B(0, r1 ), de différentielle y 7→ (dff −1 (y) )−1 : soit y ∈
B(0, r1 ), x = f −1 (y), h ∈ F suffisamment petit. Soit z = zh tel que f −1 (y + h) = x + z, d’où
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 43
h = f (x + z) − f (x). Alors
Il faut donc contrôler |||dfx−1 |||. x 7→ |||dfx−1 ||| est continue comme composée:
On choisit r2 ∈]0, r1 [ tel que supx∈B(0,r2 ) |||dfx−1 ||| < ∞. Il reste à montrer que o(z) = o(h) pour
conclure. On utilise z = f −1 (y + h) − f −1 (y). Il faudrait donc montrer que f −1 est L-lipschitzienne,
ce qui prouverait o(∥z∥) = o(L∥h∥) = o(h).
Théorème du point fixe. Il suffit de montrer que (xn ) est de Cauchy pour qu’elle converge. On a pour
n, p ∈ N
p
X
∥xn+p − xn ∥ ⩽ ∥xn+i − xn+i−1 ∥
i=1
Donc
p
X
∥xn+p − xn ∥ ⩽ cn+i ∥x1 − x0 ∥ ⩽ Ccn
i=1
où
∞
X
C = ∥x1 − x0 ∥ ci < ∞.
i=0
∥xn+p − xn ∥ ⩽ ε,
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 44
ce qui prouve que (xn ) est bien de Cauchy, donc convergente comme E est un Banach. La limite
satisfait
Proof. Il n’y a que la réciproque à prouver. Soit donc f injective sur Ω, avec dfx inversible pour x ∈ Ω,
et soit f −1 : f (Ω) → Ω son application réciproque. Il suffit donc de montrer que f −1 est de classe C 1 .
Soit y ∈ f (Ω), x = f −1 (y). On sait d’après le résultat précédent qu’il existe un voisinage U de x tel
que f soit un C 1 -difféomorphisme U 7→ f (U ). Par unicité, la réciproque de f sur U est la restriction
de f −1 à f (U ). En particulier, f −1 est de classe C 1 sur f (U ), avec d(f −1 )y = (dfx )−1 . Donc f −1 est
de classe C 1 en tout y ∈ f (Ω).
Rappel Une fonction f : E × F → G est de classe C 1 en x = (x1 , x2 ) ssi les applications partielles
y 7→ f (x1 , y) et y 7→ f (y, x2 )
Si réciproquement f est différentiable (resp. C 1 ) en x, alors les applications partielles sont différentiables
(resp. C 1 ) en x de différentielles
Alors il existe Ux0 , Uy0 des voisinages de x0 , y0 tels que Ux0 × Uy0 ⊂ Ω et une fonction φ : Ux0 → Uy0
telle que
Proof. On pose
g(x, y) = (x, f (x, y)),
qui vérifie g(x0 , y0 ) = (x0 , 0). L’idée est de montrer que g est un C 1 -difféomorphisme d’un voisinage
Ux0 × Uy0 vers un voisinage Vx0 × V0 , car on aura ensuite ∀x ∈ Vx0 , ∀y ∈ Uy0 ,
f (x, y) = 0 ⇔ (x, y) = g −1 (x, 0) ⇔ x ∈ Vx0 , y = φ(x) := g2−1 (x, 0)
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 46
autrement dit φ(x) est la seconde composante de g −1 (x, 0), bien définie et de classe C 1 sur Vx0 car g −1
est de classe C 1 . On a Vx0 = Ux0 car Vx0 × V0 = g(Ux0 × Uy0 ) = Ux0 × f (Ux0 × Uy0 ).
D’après le théorème d’inversion locale, il suffit donc de montrer que dg(x0 ,y0 ) ∈ L(E × F, E × G)∗
(g est bien de classe C 1 car ses composantes sont de classe C 1 ). On a pour h = (h1 , h2 ) ∈ E × F ,
dg(x0 ,y0 ) (h1 , h2 ) = (h1 , df(x0 ,y0 ) (h)) = (h1 , d1 f(x0 ,y0 ) (h1 ) + d2 f(x0 ,y0 ) (h2 ))
Donc dg(x0 ,y0 ) est linéaire continue inversible, donc c’est un isomorphisme.
Pour prouver le dernier point, on différencie f (x, φ(x)) = f (u(x)) = 0 avec u(x) = (x, φ(x)): pour
h ∈ E,
0 = dfu(x) (dux (h)) = df(x,φ(x)) (h, dφx (h)) = d1 f(x,φ(x)) (h) + d2 f(x,φ(x)) (dφx (h)).
On en déduit
−1
dφx (h) = −d2 f(x,φ(x)) (d1 f(x,φ(x)) (h)).
Equations différentielles
47
Chapter 5
Définition 19. On appelle solution la donnée d’un couple (J, y) où J ⊂ I et y : J → E est n fois
différentiable et satisfait (Ef ) pour t ∈ J.
On dit que la solution est maximale si pour toute solution (J ′ , z) telle que J ⊂ J ′ et z = y sur J,
alors J = J ′ (et donc z = y).
• Si E = R, l’équation est dite scalaire (ex: y ′ (t) = ty(t) + e−t sur I = R).
• Si f ne dépend pas de t, Ef est dite autonome (ex: y ′ (t) = y(t) sur I = R).
• Si f (t, y0 , . . . , yn−1 ) est linéaire en Y = (y0 , . . . , yn−1 ), Ef est dite linéaire sans second mem-
bre (ex: y ′′ = ty ′ (t) − y(t)).
– Si de plus f ne dépend pas de t, Ef est dite linéaire à coeficients constants (ex: y ′′ (t) =
3y(t)).
• Si f (t, y0 , . . . , yn−1 ) = g(t, y0 , . . . , yn−1 ) + x(t) pour une fonctions g linéaire en Y et une fonction
x : I → E, f est dite linéaire avec second membre (à coefficients constants si g ne dépend
pas de t) (ex: y ′′ (t) = t + y ′ (t) − 2ty(t)).
Remarque 9. Si l’ED est autonome, alors pour toute solution y et a ∈ R, la fonction ya (t) = y(t − a)
est une solution (pas nécessairement distincte, cf. cas où y =Cte).
49
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 50
y(t0 ) = x0 .
On voit que si x0 ̸= 0, alors il y a une unique solution en résolvant t0 1−a = x0 , i.e. a = t0 − x10 . Si
x0 = 0, la solution est y ≡ 0. On verra grâce au Théorème de Cauchy-Lipschitz que ce sont les uniques
solutions.
On dit que Ef est une ED d’ordre n sur E. Remarquons tout d’abord que quitte à changer d’espace,
toute ED se ramène à une ED d’ordre 1: soit
avec
avec Y (t) = (y ′ (t), y(t)) et F (t, (y1 , y2 )) = (3y1 + 2y2 + x(t), y1 ). Remarquons que F se met sous la
forme
où
3 2
A= , X(t) = (x(t), 0).
1 0
L’équation (Ef ) est donc une ED linéaire d’ordre 2 à coefficients constants avec second membre.
De la même manière, toute ED est équivalente à une ED autonome si l’on ajoute une dimension:
y ′ = f (t, y, . . . , y (n−1) ) ⇔ Y ′ = F (Y )
y(t0 ) = y0
y ′ (t0 ) = y1
...
(n−1)
y (t0 ) = yn−1 .
pour t ∈ J, x, y ∈ U . Alors
• il existe τ > 0 tel que le problème de Cauchy
y ′ = f (t, y)
y(t0 ) = y0
• Il y a unicité dans le sens où si il y a une autre solution z sur un voisinage de t0 , alors il existe
0 < τ ′ ⩽ τ tel que y et z coincident sur [t0 − τ ′ , t0 + τ ′ ].
Si de plus f est de classe C k , alors y est de classe C k+1 .
La conséquence de ce théorème et que deux solutions ne peuvent pas se “croiser”, car si elles se
croisent en t0 , y0 := y(t0 ) = z(t0 ) ce sont donc toutes les deux l’unique solution du problème de Cauchy
y(t0 ) = y0 .
Remarque 10. Si f est de classe C 1 sur I ×Ω et F est de dimension finie, alors f vérifie les hypothèses
de CL en tout (t0 , y0 ) ∈ I × Ω.
Proof. Soit J ⊂ I, K ⊂ Ω des compacts tels que (t0 , y0 ) soit dans l’intérieur de J × K. Comme ∂2 f
est continue sur le compact J × K, elle y est bornée par une constante L, et par l’IAF on a pour t ∈ J
Exemple 7. On reprend l’exemple précédent y ′ = f (t, y) avec f (t, y) = −y 2 . f est polynomiale, donc
C ∞ en y, donc pour tout (t0 , y0 ) ∈ R × R elle vérifie les hypothèses du TCL. Par exemple la solution
ya vérifie pour a ∈ R
1
ya (t0 ) = = y0
t0 − a
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 52
ssi a = t0 − y10 , si y0 ̸= 0. Pour que t0 soit dans l’intervalle de définition, il faut choisir Ja,+ si y0 > 0
et Ja,− si y0 < 0.
On a donc la solution maximale :
• Si y0 > 0, y(t) = 1
t−a sur Ja,+ avec a = t0 − 1
y0
• Si y0 < 0, y(t) = 1
t−a sur Ja,− avec a = t0 − 1
y0
• Si y0 = 0, y ≡ 0 est la solution.
Ce sont les uniques solutions locales. Toute solution maximale y tombe nécessairement dans un de ces
trois cas de figure.
Exemple 8. Soit l’ED y ′ = 3|y|2/3 . On remarque que y(t) := t3 vérifie
y ′ (t) = 3t2 = 3|t3 |2/3 = 3|y(t)|2/3
est solution, ainsi que la solution z ≡ 0. Comme c’est une solution autonome, les fonctions
ya (t) = (t − a)3
sont également solution. On voit en particulier que le problème de Cauchy y(0) = 0 admet deux
solutions, y et z. La raison pour laquelle le TCL ne s’applique pas est que f (t, y) = |y|2/3 n’est pas
Lipschitzienne en 0 car
d 2/3
| y | = |y −1/3 | −−−→ ∞.
dy t→0
Par contre, pour y0 ̸= 0 et t0 ∈ R, on voit qu’on peut trouver a tel que ya vérifie ces conditions, il faut
que
(t − a)3 = y0 .
Cette solution sera localement unique d’après le TCL car (t, y) 7→ |y|2/3 est C ∞ sur R × R∗ , mais pas
globalement unique comme on le verra au TD4.
Proposition 18 (TCL pour une ED d’ordre quelconque). Soit Ω = Ω1 ×· · ·×Ωn un produit d’ ouverts
de E, et f : I × Ω → E. Alors si f est localement lipschitzienne par rapport à Y au voisinage d’un
point (t0 , Y0 = (y0 , . . . , yn−1 )), le problème de Cauchy
Il suffit de transformer l’ED y (n) = f (t, y, . . . , y (n−1) ) en l’ED d’ordre 1 Y ′ = F (t, Y ) selon la
méthode précédente et d’appliquer le TCL d’ordre 1.
Autrement dit, on a l’unicité de la solution pour une ED linéaire d’ordre n qui satisfait
les hypothèses du TCL ssi on impose n conditions initiales, une pour chaque dérivée de
y.
Théorème 13 (Unicité globale). Avec les notations précédentes: supposons que (I, y1 ) et (I, y2 ) soient
deux solutions du problème de Cauchy y(t0 ) = y0 , et que f (t, y(t)) soit localement lipschitzienne en
y(t) pour tout t ∈ I. Alors y1 = y2 .
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 53
Proof. L’ensemble
E = {t ∈ I : y1 (t) = y2 (t)} = (y1 − y2 )−1 ({0})
est un fermé de I car y1 − y2 est continue. Par unicité locale des solutions, pour tout t ∈ E, ∃τ > 0 tel
que ]t − τ, t + τ [⊂ E, autrement dit E est un ouvert de I. Comme I est connexe, E = I.
Démo équivalente: Soit a = inf I; b = inf A où A = {t ⩽ t0 : y1 (s) = y2 (s), s ∈ [t, t0 ]}. Par
continuité de y1 − y2 , A est un fermé donc b ∈ A. Si b > a, b ∈ I, comme les hypothèses de CL sont
vérifiées en b, il existe τ > 0 tel qu’il y ait une solution sur [b − τ, b + τ ], et par unicité cette solution
coïncide avec y1 et y2 sur [b − τ ′ , b + τ ′ ] avec τ ′ > 0. Donc b − τ ′ ∈ A , ce qui contredit b = inf A.
Donc b = a. De même, ∀t > t0 , t ∈ I, y1 (t) = y2 (t).
pour t dans un voisinage ouvert de t0 (l’intégrale est bien défini dans un espace de Banach). Donc
on va chercher y comme un point fixe de l’application φ : y → gy , pour cela il faut se placer dans un
espace où φ est contractante.
Soit τ > 0 tel que K = [t0 − τ, t0 + τ ] ⊂ J et τ L < 1/2. Soit F l’espace des fonctions continues
K → E muni de la norme
∥f ∥ = sup ∥f (t)∥.
t∈K
Alors F est un espace de Banach (cf cours de Topologie). On voudrait définir φ : F → F qui à y
associe gy , comme défini au-dessus. On aurait pour y, z ∈ F
Z t Z t
∥φ(y) − φ(z)∥F = sup | [f (s, y(s)) − f (s, z(s))]ds| ⩽ sup L|y(s) − z(s)|ds ⩽ sup L∥y − z∥|t0 − t| ⩽ Lτ ∥y − z∥.
t∈K t0 t∈K t0 t∈K
Alors φ serait 1/2-contractante, et il existerait un unique point fixe y de φ, qui vérifie bien y(t) = gy (t),
et donc en dérivant y ′ (t) = f (t, y(t)), avec y(t0 ) = y0 .
Le problème est que f (s, y(s)) n’est bien définie que si y est à valeur dans Ω, et de toute façon f
n’est lipschitzienne que dans un voisinage de (t0 , y0 ). Ici on choisit une boule fermée B(y0 , R) ⊂ Ω avec
R > 0 et τ > 0 tels que f est bornée et L-lipschitzienne /y sur [t0 − τ, t0 + τ ] × B(y0 , R) et τ L < 1/2
(au pire on diminue τ ). On définit
A = {y ∈ F : y(t0 ) = y0 et ∀t ∈ [t0 − τ, t0 + τ ], y(t) ∈ B(y0 , R)}.
On a bien que A est un fermé: Si yn → y pour la norme uniforme sur [t0 ± τ ], ∀t, yn (t) → y(t), et donc
y(t) ∈ B(y0 , R) (et y(t0 ) = limn yn (t0 ) = y). Il ne reste donc plus qu’à vérifier que A est stable par φ.
On a
∥φ(y)(t) − y0 ∥ = ∥gy (t) − y0 ∥ ⩽ |t − t0 | sup ∥f (t, y)∥ ⩽ τ M.
(t,y)∈[t0 ±τ ]×B(0,R)
| {z }
M
Remarquons que le TPF nous fournit une manière de construire la solution: On part d’une fonction
y1 quelconque, et on définit yn+1 = gyn = φ(yn ). Le TPF assure que yn converge vers une solution
dans F.
Théorème 14. [Théorème des bouts]On pose I =]a, b[ avec a, b ∈ R ∪ {−∞, ∞}. Soit f continue et
localement lipschitzienne par rapport à y sur I × Ω.
Autrement dit, si y est bornée sur un intervalle strictement inclus dans I, alors elle ne peut être
solution maximale. On dit aussi qu’“y n’explose pas en temps fini”, et on peut la prolonger en une
solution sur un plus grand intervalle.
Dans un espace de dimension infinie, c’est moins évident car on ne sait pas forcément quels sont
les compacts.
Remarque 11. L’équation y ′ = |y|2/3 (cf. TD4) nous donne un contre-exemple: f (t, y) = |y|2/3
n’est pas localement y-Lipschitzienne sur Ω = R et on n’a en effet pas de solution maximale unique au
problème de Cauchy y(t0 ) = y0 , même si f est lipschitzienne au voisinage de (t0 , y0 ). Par exemple les
fonctions y1 (t) = (t/3)3 et
(
(t/3)3 si t > 0
y2 (t) =
0 sinon
sont toutes deux solutions maximales du problème de Cauchy avec y(3) = 1. Il faut vérifier que y2 est
dérivable en 0: pour t > 0
y2 (t) − y2 (0) t2
= 3 →0
t 3
et la limite est également 0 à gauche, donc y2′ (0) = 0 (on peut montrer que y2 est de classe C 2 ).
Proof. On va se concentrer sur la borne supérieure car la borne inférieure est traitée exactement de la
même manière. On part d’une solution locale définie sur [α0 , β0 [⊂ I, qui existe grâce au théorème de
CL local. Soit
Montrons qu’il y a une solution y définie sur [α0 , β[. On considère des bornes βn → β, βn < β, et des
solutions yn qui étendent y sur ]α0 , βn [. Par la Proposition 13, yn+1 coïncide avec yn sur [α0 , βn [ (et
avec y sur [α0 , β0 [). On définit alors pour t ∈ [α0 , β[
y(t) = yn (t) pour n tel que βn > t (y(t) ne dépend pas de n vu que les solutions coïncident).
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 55
• 1er cas: β < b et y sort de tout compact, alors elle ne peut pas être prolongée par continuité en
β, sinon on aurait y([α0 , β]) ⊂ K pour Kcompact. Dans ce cas y est bien maximale “à droite”.
• 2ème cas: y est contenue dans un compact K (i.e. y([α0 , β[) ⊂ K). Alors on va montrer par
l’absurdre que β = b et que donc la solution est bien maximale “à droite”.
Supposons donc β < b et montrons qu’on peut prolonger y sur un intervalle [β, β + τ ], ce qui
contredit la définition de β. Par compacité, il y a z0 ∈ K et une suite tn → β tels que y(tn ) → z0 .
Soit τ > 0 et R > 0 telle que f soit bornée par M et L-lipschitzienne sur [β ± 2τ ] × B(y0 , 2R).
On souhaite appliquer le TCL en un couple (tn , zn := y(tn )), qui nous donne une solution sur
un intervalle [tn ± τn ]. Par unicité la solution sera forcément y, donc si l’on trouve tn + τn > β,
on pourra prolonger la solution au-delà de β, contradiction. Pour n suffisament grand, zn ∈
B(y0 , R) et donc B(zn , R) ⊂ B(y0 , 2R). Donc f est bien bornée par M et L-Lipschitzienne sur
[tn ± τn ] × B(zn , R). Si l’on choisit τn = min(M/2R, 1/3L), on a une solution. Il suffit donc de
pendre tn pour que tn + τn > β.
i.e. il existe des temps sn → β, sn < β tels que ∥y(sn )∥ → ∞. Pour le montrer il faut prendre le
compact Kn = [−n, n]d et choisir sn tel que ∥y(t)∥ ∈
/ Kn pour sn ⩽ t ⩽ β.
En dimension 1, (∗) équivaut à
– équation y ′ = y,
– solution y(x) = exp(x), définie sur R
– équation y ′ = −y 2
– solution y(x) = 1
x−a sur ]a, +∞[
– Explose à l’extrémité:
y(x) −−−−→ +∞
x→a+
– équation y ′ = 3|y|2/3
– Solution y(x) = x3 sur ]0, ∞[,
– Pas d’unicité au voisinage de y(x) = 0 car f (y) = y 2/3 n’est pas lipschitzienne en 0.
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 56
ce qui donne une forme explicite si ψ est injective (sinon cela fait parfois plusieurs solutions,
voir ci-dessous)
– Synthèse: On sait désormais que si une solution existe, elle doit avoir la forme trouvée lors
de l’analyse. On pose donc y sous cette forme, et on calcule y ′ φ(y) pour voir si elle est
effectivement solution. On pourra ensuite faire une résolution complète.
– En pratique les notations sont plus légères, voyons le sur l’exemple
y ′ (1 + y) =x
dy
(1 + y) =x
dx
dy(1 + y) =xdx
Z Z
(1 + y)dy = xdx + C
y2
y+ =x2 /2 + C ′
2
2y + y 2 =x2 + C ′
(1 + y)2 =xx2 + C ′ − 1 = x2 + c
p
yc,ε (x) =ε x2 + c − 1.
avec ε√∈ {−1, +1}. Remarquons que si c < 0 cette équation n’est bien définie que sur
Jc = [ −c, +∞], autrement Jc = R. synthèse On vérifie réciproquement facilement que
pour chaque ε et constante c, la fonction yc,ε est solution sur Jc . D’après l’analyse ce sont les
seules solutions possibles, donc on a toutes les solutions.
√ Pour savoir si elles sont maximales
il faut étudier la possibilité d’un prolongement en −c si c < 0 (cf. TD5, exo 3).
• Equations qui font intervenir une puissance de y, de la forme
y ′ (x) + α(x)y(x) + β(x)y p (x) = 0
C’est ce qu’on appelle une équation de Bernoulli. L’astuce consiste à poser z(x) = y(x)1−p ,
cette fois en supposant que y ne s’annule pas. On a alors en divisant l’équation par y p
y ′ y −p + αy 1−p + β = 0
z′
+ αz = −β.
1−p
Il “suffit” donc de résoudre l’ED linéaire avec second membre ci-dessus, ce qui donne toutes les
1
solutions u. On en déduit les solutions en y en posant y = z 1−p .
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 57
• Equations de Riccati: Ce sont les équations de Bernoulli avec p = 2 et avec second membre:
y ′ + αy + βy 2 = γ.
Il faut trouver une solution particulière yP (souvent de la forme yP (x) = xk ), et ensuite poser
y = yP + z. On a
On a donc une équation de Bernoulli homogène pour z, qu’on résout en posant u = z 1−2 = 1/z,
avec z ′ = −u′ /u2 , voir ci-dessus. On en déduit y = yP + z (cf. TD6 exo 8)
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 58
Chapter 6
y ′ (t) = a(t)y(t), t ∈ I.
est solution:
Z t
′
y (t) = a(t)λ exp( a) = a(t)y(t).
(On peut aussi retrouver ces solutions avec la méthode pour variables séparées). L’unique solution du
problème de Cauchy y(t0 ) = y0 est donc
Z t
y(t) = y0 exp( a(s)ds).
t0
Rt
En particulier, en dimension finie, cette solution est globale et définie sur R car pour t ∈ R, t0 a
n’explose pas car a est continue et donc bornée sur le compact [t0 , t]. On verra avec le lemme de
Gronwall que pour ce type d’équations (linéaire) les solutions sont en général définies sur R tout entier
On voit que changer de point de départ revient à changer la constante: pour t′0 ∈ R
Z t Z t0 Z t Z t
′
λ exp( a(s)ds) = λ exp( a+ a) = λ exp( a)
t′0 t′0 t0 t0
Rt
avec λ′ = λ exp( t′0 a(s)ds). Donc on a montré que l’espace vectoriel de dimension 1
0
E = {λy1 , λ ∈ R} = Ry1
59
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 60
où
Z t
y1 (t) = exp( a)
t0
contient toutes les solutions, et elles sont donc globales en dimensions finie.
où b est continue I → E. Pour la résoudre, on cherche une solution particulière avec la méthode
dite de “variation de la constante”: soit λ : I → R de classe C 1 et
Z t
y(t) = λ(t) exp( a(s)ds) = λ(t)y1 (t).
t0
On a alors
où
Z t Z s
yp (t) = y1 (t) b(s) exp(− a)ds ((SP))
On remarque que yP (t0 ) = 0. Comme a et b sont continues et donc bornées sur tout compact, y
n’explose pas en temps fini et elle est donc globale. On en déduit la proposition suivante.
Proposition 19. Les solutions de l’équation E sur un intervalle I ⊂ R forment l’espace affine de
solutions globales (définies sur I):
E = {y0 y1 + yp , λ ∈ R} = E + yp = Ry1 + yp
car y(t0 ) = y0 .
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 61
Théorème 15 (Lemme de Gronwall). Soit y(t), t ∈ I une fonction I → R telle qu’il existe des
fonctions continues a et c sur I telles que a(t) ⩾ 0 et pour t, t0 ∈ I
Z t
y(t) ⩽ c(t) + a(s)y(s)ds.
t0
Alors
Z t Z s
y(t) ⩽ c(t) + c(s)a(s) exp( a)ds.
t0
Proof. On pose
Z t
z(t) = a(s)y(s)ds.
t0
On a z ′ (t) ⩽ a(t)(z(t) + c(t)) = az + b si l’on pose b = ac. Soit u la solution de l’ED linéaire u′ = au + b
telle que u(t0 ) = 0. La section précédente nous donne explicitement
Z t Z t Z s
u(t) = exp( a) exp(− a)b(s)ds,
t0 t0 t0
On a donc
u′ =au + b
z ′ ⩽au + b
z(t0 ) =u(t0 ).
on se doute que “de proche en proche” z ⩽ u sur tout I, montrons-le: On a
Z t Z t Z t Z
(z exp(− a))′ =(z ′ − az) exp(− a) ⩽ ac exp(− a) car exp(− a) ⩾ 0
t0 t0
Z t Z t Z s Z t
on intègre: z exp(− a) ⩽ a(s)c(s) exp(− a)ds = u exp(− a).
t0 t0 t0 t0
Alors z ⩽ u. et donc
y ⩽c+z ⩽c+u
qui est l’inégalité voulue.
On peut appliquer ce résultat à des ED en dimension > 1: on a parfois un contrôle du type
Z
∥Y (t)∥ ⩽ b(t) + a(s)∥Y (s)∥ds.
C’est le cas par exemple pour une équation du type Y ′ (t) = f (t, Y (t)) + b(t) où f est linéaire /Y .
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 62
Théorème 16. Soit E un espace de Banach, Ω ⊂ E. Soit une ED de la forme Y ′ = f (t, Y ) pour
f : I × Ω → E telle qu’il existe une fonction continue a : I → R+ satisfaisant
Alors pour tout problème de Cauchy Y (t0 ) = Y0 , il existe une unique solution globale Y (t), t ∈ I.
Proof. On voit déjà que les hypothèses du TCL sont vérifiées car
et comme a est continue, elle est bornée au voisinage de t0 , donc f est localement lipschitzienne au
voisinage de (t0 , y0 ). Soit donc Y une solution maximale (il en existe au moins une par le théorème
des bouts ??).
En intégrant on a
Z t
Y (t) =Y (t0 ) + f (s, Y (s))ds
t0
Z t Z t
Y (t) − Y (t0 ) = (f (s, Y (s)) − f (s, Y (t0 ))) ds + f (s, Y (t0 ))ds
t0 t0
| {z }
c(t)
Z t
∥Y (t) − Y (t0 )∥ ⩽ a(t)∥Y (s) − Y (t0 )∥ds + c(t).
t0
Comme c et a sont continues, φ est continue. Comme [t0 , t] est un compact, Kt := φ([t0 , t]) est un
compact de E. On en déduit que Y (t) − Y (t0 ) ne peut pas sortir du compact Kt en un temps fini t.
Donc d’après le théorème des bouts, cela implique que Y est globale.
Y ′ = AY
en dimension quelconque (finie), quand A est une matrice? Comme en dimension 1, la solution est de
la forme
où ℓk est ℓ ◦ ℓ · · · ◦ ℓ.
converge dans L(E) quand n → ∞. Comme E est complet, il suffit de montrer que cette suite est de
Cauchy. On a pour p, n ∈ N,
n+p n+p
X ℓk X ∥ℓk ∥
∥ ∥⩽
k! k!
k=n k=n
En remplaçant ℓ par A, la preuve est le même pour une matrice. Il faut simplement adopter une norme
d’algèbre sur l’espace des matrices, par exemple
P∞ k P∞ (ℓ′ )m
Proof. Les deux séries exp(ℓ) = k=0 (ℓ)k! et exp(ℓ ) =
′
m=0 m! convergent absolument, donc on
peut intervertir les sommes et sommer dans l’ordre que l’on veut:
∞ X∞
X (ℓ)k (ℓ′ )m
exp(ℓ) ◦ exp(ℓ′ ) =
m=0
k!m!
k=0
∞ Xn
X (ℓ)l (ℓ′ )n−k
= (changement de variable n = k + m, l = k)
n=0 l=0
l!(n − k)!
∞ n
X 1 X n!
= (ℓ)l (ℓ′ )n−l
n=0
n! l!(n − l)!
l=0
∞
X 1
= (ℓ + ℓ′ )n en utilisant la formule du binome
n=0
n!
= exp(ℓ + ℓ′ ).
On a donc
Donc
∞ ∞ n
d X (tℓ)k X ktk−1 ℓ X (tℓ)k−1
= = lim ℓ ◦ = ℓ exp(tℓ).
dt k! k! n→∞ (k − 1)!
k=0 k=1 k=1
On a utilisé la continuité de ℓ:
n n
X (tℓ)k X (tℓ)k
ℓ(lim ) = lim ℓ( )
n k! n k!
k=0 k=0
On ne fait pas la démonstration générale ici, mais en dimension finie c’est facile: si E = Rn , f (t) =
(f1 (t), . . . , fn (t)), avec e = (e1 , . . . , en ) la base canonique,
Z b Z b ! n Z b !
X
f (t)dt = fi (t)dt = fi (t)dt ei ,
a a i=1 a
1⩽i⩽n
et
! n
! ! n Z n
Z b X Z b X b Z bX Z b
ℓ f (t)dt =ℓ fi (t) ei = fi (t)dtℓ(ei ) = fi (t)ℓ(ei ) = ℓ(f (t))dt.
a i=1 a i=1 a a i=1 a
La forme des solutions d’une ED linéaire à coefficients constants s’écrit de manière très similaire au
cas d’une équation d’ordre 1 à coefficients constants (il suffit de remplacer ℓ(y) par une multiplication
a × y pour passer de la dimension quelconque à la dimension 1):
Remarque: on l’utilisera de manière théorique pour les preuves, mais en pratique on ne fera que
de la dimension finie.
Proof. La méthode et les calculs sont sensiblement les mêmes que pour la dimension 1.
Sans second membre, on a pour y0 ∈ E
qui vérifie bien Yy′0 (t) = ℓ(Y (t)), Yy0 (t0 ) = y0 , et cette solution est globale. Par unicité de la solution
au problème de Cauchy, toutes les solutions sont de cette forme là: soit une solution Y et y0 = Y (t0 ).
Alors par unicité Y = Yy0 sur l’ensemble de définition de Y .
Dans la suite on écrit R(t) := exp((t − t0 )ℓ) ∈ L(E, E) pour simplifier les notations. Avec second
mmbre, dans la méthode de la variation de la constante, il faut juste remplacer la multiplication par
une constante λ ∈ R par lapplication de l’argument λ ∈ E à la fonction linéaire R(t). La méthode de
variation de la constante devient alors
Pour dériver, on peut l’écrire comme une fonction de deux arguments Yp (t) = R(t)(λ(t)) = φ(t, λ(t)).
On a donc pour s ∈ R, en utilisant le fait que à t fixé, R(t) est linéaire continue,
dYp,t (s) =d1 φ(t,λ(t)) (s) + d2 φ(t,λ(t)) (s) = sR′ (t)(λ(t)) + R(t)(dλ(t)(s))
Yp′ (t) =R′ (t)(λ(t)) + R(t)(λ′ (t)) = ℓ(R(t)(λ(t))) + R(t)(λ′ (t)) = ℓ(Yp (t)) + R(t)(λ′ (t)).
On a bien Yy0 (t0 ) + YP (t0 ) = yy0 (t0 ) = y0 , donc par unicité du problème de Cauchy on a toutes les
solutions.
En pratique il peut être compliqué de calculer l’application exponentielle, et à un ordre pas trop
grand on fait les calculs à la main.
S : E → E0
y0 7→ Yy0 = Rt0 (·)(y0 ).
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 67
est linéaire car Rt0 (t) ∈ L(E, E). Donc E0 = S(E) est un espace vectoriel. Montrons que S est une
bijection. Il suffit de montrer que S est injective. Soit y0 ∈ E telle que Yy0 est la solution nulle. Alors
y0 = Yy0 (t0 ) = 0, donc S est injective.
Cela implique que l’espace des solutions est de même dimension que E.
Dimension finie Soit y1 , . . . , yn une base de E. On note Yi = S(yi ) = Yi la solution qui vaut yi
en t0 . Comme S est injective, (Yi ) forme une base de E0 . Toute solution homogène Y = Yy0 est de la
forme
n
X
Y = αi Yi .
i=1
On peut trouver les coefficients αi comme ceux de la décomposition de y0 dans la base (yi ):
n
X
y0 = αi yi
i=1
en trouvant les bonnes valeurs pour αi (t) en résolvant YP′ (t) = ℓ(YP (t)) + b(t).
X X
YP′ = αi′ Yi + αi Yi′
i i
X X
= αi′ Yi + αi ℓ(Yi )
i i
X X
= αi′ Yi + ℓ( αi Yi )
i i
X
= αi′ Yi + ℓ(yP ).
i
en notant α′ (t) le vecteur de coordonnées les αi′ (t). On retrouve l’expression de la solution particulière
si Rt0 (t) = exp((t − t0 )ℓ):
Z Z Z t
−1
YP (t) = Rt0 (t) Rt0 (s) (B(s))ds = exp((t − t0 )ℓ) exp(−(s − s0 ))(B(s))ds = exp((t − s)ℓ)(B(s))ds.
t0
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 68
ψ : E0 → E0′
y 7→ Y : (x 7→ y(x), y ′ (x), . . . , y (n−1) (x)).
En particulier, cette application est linéaire injective, et donc bijective car E0 et E0′ ont la même dimen-
sion. Si (y1 , y2 ) est une base de E0 , alors (Y1 = ψ(y1 ), Y2 = ψ(y2 )) est une base de E0′ . Réciproquement,
d’une base (Y1 , Y2 ) on peut obtenir une base (y1 = ψ −1 (Y1 ), y2 = ψ −1 (Y2 )) de E0 .
En particulier, si (E) est solution avec second membre, toute solution de (E) se met sous la forme
n
X
y= αi fi + yp
i=1
y ′′ (t) − y(t) = et
où
0 1
ℓ(Y ) =AY, A =
1 0
t
e
B(t) = ,
0
′
y (t)
Y (t) =
y(t)
−e−t e −e−t
t t
e α
Y (t) = α + β = M t où M t =
et e−t β et e−t
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 69
. Méthode 2 Le théorème précédent nous dit que les solutions homogènes de l’ED en dimension 2
sont de la forme
α
Y (t) = exp(tA)
β
α
pour α, β ∈ R. Prenons par exemple t0 = 0, y0 = . L’unique solution homogène telle que
β
α
Y (t0 ) = y0 est exp((t − t0 ))(y0 ), c’est-à-dire exp(tA) . Il faut donc calculer exp(tA).
β
Exercice 8. Montrer par le calcul que pour t ∈ R,
e + e−t et − e−t
t
1
exp(tA) =
2 et − e−t et + e−t
Pour t = 1. Comme A2 = I, on a
A2k =I, k ∈ N,
A2k+1 =A2k A = A, k ∈ N.
Donc
∞
X Ak X I X A
exp(A) = = +
k! k! k!
k=0 k pair k impair
X 1 X 1
=I +A
k! k!
k pair k pair
1 −1 1 −1
!
e +e e −e
= 2 2
e1 −e−1 e1 +e−1
2 2
Pour t quelconque, on peut faire les mêmes calculs en partant de A2k = t2k I, A2k+1 = t2k+1 A.
Solution particulière La méthode de la variation de la constante est donc
yP (t) = α(t)et
Donc
Donc yP est solution si α′′ + 2α′ = 1. On choisit par exemple α(t) = t/2, et on a la solution
t t
yP (t) = e.
2
On en déduit la forme générale des solutions:
tet
y(t) = αet + βe−t +
2
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 70
Définition 20. Pour t0 , t ∈ R, on note Rt0 (t)(y0 ) la valeur au temps t de l’unique solution maximale
qui vaut y0 au temps t0 (elle est donnée par le problème de Cauchy et elle est globale).
L’application y0 7→ Yy0 est linéaire injective car Y = 0 implique y0 = Y (t0 ) = 0. Si on trouve une
base. de solutions yi , on a alors
X
Y = αi Yi .
i
Proposition 22. Soit t 7→ ℓt continue. Supposons que pour t, s ∈ R, ℓt et ℓs commutent: ℓt ◦ℓs = ℓs ◦ℓt .
On peut alors résoudreR l’ED exactement comme dans le cas à coefficients constants, en remplaçant
t
exp((t − t0 )ℓ) par exp( t0 ℓs ds):
Z t
Rt0 (t)(y0 ) = exp( ℓs ds)(y0 ),
t0
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 71
2. Montrer que
t 7→ exp(ℓt )
est différentiable, et a pour dérivée ℓ′t ◦exp(ℓt ). On pourra s’inspirer de la preuve de la proposition
21.
Soit s ∈ R. On a ℓt+s = ℓt + sℓ′t + sεt (s) où εt (s) → 0 quand s → 0.
n
X ℓkt+s X (ℓt + sℓ′ + sεt (s))k
t
lim = lim
n k! n k!
k=0 k
X ℓt + ks(ℓ′t + εt (s))k−1 + s2 (...)
= lim
n
k
3. Déduisez-en la dérivée de Z t
At := exp( ℓs ds).
t0
Etablissons débord que At ◦ As = As ◦ At : il faut utiliser Fubini dans un Banach (ok pour
dimension finie)
Z t Z s Z Z
At ◦ As = ℓu du ◦ ℓv dv = ℓu ◦ ℓv dudv = ℓv ◦ ℓu dvdu = As ◦ At .
t0 t0 [t0 ,t]×[t0 ,s] [t0 ,s]×[t0 ,t]
R. Lachièze-Rey Calcul différentiel 72
4. Calculez la dérivée de t 7→ At .
On a
R t+s Rt R t+s
t0
ℓu du − ℓ du
t0 u t
(ℓu − ℓt )du
− ℓt =
s s
Comme ℓt est continue, elle est uniformément continue, et ∥ℓu − ℓt ∥ ⩽ ε pour s suffisamment
petit.
5. Montrez que pour y0 ∈ E,
Z t
Yy0 (t) = exp( ℓs ds)(y0 )
t0