Smic Rapport 2022
Smic Rapport 2022
interprofessionnel de croissance
28 novembre 2022
Les avis et conclusions exprimés dans ce rapport n’engagent que les membres du
groupe et ne reflètent pas la position des institutions auxquelles ils appartiennent.
1
Arrêté du Premier ministre du 18 août 2021.
2
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
1. L’emploi salarié est soutenu, début 2022, par la forte dynamique du secteur tertiaire
marchand……………... ......................................................................................................................................................12
1. L’année 2021 a été marquée par une forte reprise de l’activité conventionnelle
dans l’ensemble des branches ............................................................................................................................................................ 38
2. La conformité des salaires conventionnels avec le Smic baisse fortement en 2021 à la suite de la
revalorisation automatique au 1er octobre 2021 .................................................................................................................... 39
2. Les mesures instaurées depuis 2012 ont nettement accentué les réductions de coût
du travail au niveau du Smic ................................................................................................................................................................. 50
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
4. Les évaluations des baisses de cotisations concentrées sur les bas salaires présentent
des effets positifs sur l’emploi ............................................................................................................................................................. 56
5. Le taux de marge a atteint un niveau historiquement élevé en 2021 grâce aux aides d’urgence
liées à la crise sanitaire .............................................................................................................................................................................. 57
1. La pauvreté est plus fréquente chez les ménages dont le temps de travail est plus faible .................. 68
4
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
1. Un grand nombre de pays européens sont dotés d’un salaire minimum, régi cependant
par des cadres légaux différents, en particulier en termes de revalorisation et de suivi..................... 102
2. En dehors de l’Europe, un grand nombre de pays est aussi doté d’un salaire minimum,
sans qu’un standard international n’ait émergé ...................................................................................................................113
3. Pour certains pays, qui ne sont pas encore doté d’un salaire minimum légal au niveau national, un
débat dynamique existe.........................................................................................................................................................................116
Annexe 3 – Le salaire minimum allemand : son origine, ses effets, ses augmentations .................... 179
Annexe 4 – Temps partiel : raisons, liens avec perception du Smic et pauvreté monétaire......... 191
Annexe 5 – Quelle est l’opinion sur le Smic des résidents en France métropolitaine ? .................. 201
5
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Éléments de synthèse
1. Le contexte de l’année 2022 est celui d’une forte hausse de l’inflation qui s’élève en
octobre 2022 à 6,2 % (en glissement sur douze mois), niveau jamais atteint depuis
plusieurs décennies. Cette hausse est liée à la détérioration des termes de l’échange,
elle-même en grande partie la conséquence de la guerre en Ukraine. La détérioration
des termes de l’échange représente un prélèvement brut d’environ trois points de PIB
sur les richesses produites en France. Les gains de productivité nuls, sinon légèrement
négatifs depuis 2020 et la crise de la Covid-19, ne peuvent contribuer à amortir ce choc
qui entraîne une baisse du revenu réel distribuable. Des dispositifs (bouclier tarifaire et
remise à la pompe, en particulier) ont été déployés pour atténuer ce choc en en
transférant en partie le poids sur la dette publique et donc sur les générations à venir.
La part résiduelle se reporte mécaniquement sur le revenu réel des agents.
3. Les tensions de recrutement ont continué de s’accroître sur les derniers trimestres et
atteignent désormais des maxima historiques. Ces tensions s’expliquent en partie par
les fortes créations d’emplois, mais aussi par des facteurs structurels. Les pénuries de
main-d’œuvre sont notamment dues à l’inadéquation des compétences dans certaines
activités, à une attractivité insuffisante de nombreux postes de travail, ainsi qu’à une
faible mobilité de l’offre de travail.
4. Le niveau du salaire minimum horaire en France est l’un des plus élevés parmi les pays
de l’OCDE. Parallèlement, la France se situe dans la moyenne de l’OCDE lorsqu’on
compare le coût du travail au niveau du salaire minimum à celui au niveau du salaire
médian, tout en étant le pays de l’OCDE où le revenu net au niveau du salaire minimum
est l’un des plus proches du revenu net au niveau du salaire médian. Cette combinaison
s’explique à la fois par les réductions de cotisations sociales employeurs ciblées sur les
bas salaires et par les dispositifs de soutien aux bas revenus. Les cotisations sociales
patronales au niveau du Smic se limitent désormais à la cotisation accidents du travail
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
5. En 2022, le Smic a été revalorisé de 5,6 % au total : 0,9 % au 1er janvier, 2,6 % au 1er mai et
2,0 % au 1er août, protégeant son pouvoir d’achat.
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
conférerait une responsabilité accrue aux pouvoirs publics qui pourraient ainsi mieux
articuler les évolutions du Smic avec celles du marché du travail et des dispositifs de
lutte contre la pauvreté laborieuse, mais lierait la fréquence et les revalorisations aux
fluctuations politiques. Cependant, dans le contexte actuel de forte inflation, les
revalorisations automatiques ont permis de protéger le pouvoir d’achat des travailleurs
à bas salaire sur la période, même si les effets à moyen terme de cette protection sur la
pauvreté ne sont pas garantis. Une troisième option, enfin, qui s’inspire des situations
observées en Allemagne et aux Pays-Bas, consisterait à indexer automatiquement le
Smic sur la moyenne des évolutions des minima salariaux d’un panel de branches ne
souffrant pas d’insuffisance de la négociation collective. Ces changements ne
reviendraient pas sur la possible pratique de « coups de pouce », voire la renforceraient
dans la deuxième option. Ils renforceraient surtout le rôle de la négociation collective
et responsabiliseraient ainsi les partenaires sociaux dans la définition des normes
salariales et des minima de branche. En revanche, le Groupe d’experts ne recommande
pas de régionalisation du salaire minimum.
9. Les deux hausses du Smic en 2021 et ses trois hausses en 2022 ont eu pour effet
d’augmenter considérablement le nombre de branches dans lesquelles des minima
salariaux, définis par les conventions collectives, sont inférieurs au Smic. Une telle
situation augmente le nombre de salariés et in fine la masse salariale donnant droit à
exonération de cotisations sociales employeur. Le Groupe d’experts recommandait
dans son précédent rapport que des dispositions adaptées fassent rapidement
disparaître cette incitation à la non-conformité et à l’affaiblissement du rôle de la
négociation. Il se félicite à cet égard des dispositions allant dans cette direction,
incluses dans la « loi pouvoir d’achat » d’août 2022 (article 7). Il conviendrait de faire un
bilan de l’efficacité de ces dispositions. Le Smic est un socle salarial indispensable, en
particulier pour renforcer le pouvoir de négociation des travailleurs là où le rôle des
partenaires sociaux est faible, mais c’est à la négociation collective qu’il revient de
dynamiser les salaires. Il est crucial que les partenaires sociaux se saisissent pleinement
à l’avenir, via la négociation collective, de la dynamique des bas salaires.
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Executive summary
1. 2022 has been characterized by a sharp rise in inflation, which in October 2022 stood at
6.2% (year-on-year), a level not seen for several decades. This increase is linked to the
deterioration in the terms of trade, itself largely the consequence of the war in Ukraine.
The deterioration in the terms of trade represents a gross levy of about 3 points of GDP
on the wealth produced in France. Productivity gains, which have been nil or even slightly
negative since 2020 and the COVID-19 crisis, cannot help cushion this shock, which leads
to a decrease in real distributable income. Interventions (in particular the tariff shield and
the pump rebate) have been implemented to mitigate this shock by transferring part of
the burden to the public debt and thus, to future generations. The residual part is
mechanically transferred to the real income of agents.
2. Dynamic growth in 2021 (GDP growth of +6.8% on average) has allowed the level of
activity to return to its pre-health crisis level, which resulted in a sharp contraction in
activity (-7.8% in 2020). By contrast, since the beginning of 2022 activity growth has been
hesitant. The productive system has been preserved over this period thanks to public
support, but the increase of inflation means that these measures will probably not be
able to prevent a slight fall in the purchasing power of the average wage and income per
consumption unit in 2022. Employment has remained dynamic and the unemployment
rate more or less stable at 7.3% since the beginning of 2022, while the employment rate,
as defined by INSEE, reached its highest level ever (68.3 % in the third quarter of 2022).
However, the outlook for 2023 remains very uncertain.
3. Hiring tensions have continued to increase over the last quarters and are now at historic
highs. These tensions are partly explained by the strong job creations, but also by structural
factors. The labor shortages are due in particular to skill mismatch in certain activities, the
lack of attractiveness of many jobs, and the low mobility of the labor supply.
4. Hourly minimum wage in France is one of the highest among OECD countries. At the
same time, France is in the OECD average when comparing the labor cost at the level of
the minimum wage to that at the median wage level, while being the OECD country
where net income at the level of the minimum wage is the closest to that at the median
wage level. This situation is explained both by large reductions in employer social security
contributions targeted at low-wage earners and by low-income support schemes.
Employers' social security contributions at the level of the Smic are now limited to
contributions for accidents at work and occupational diseases. Policies to support
unskilled employment will therefore have to find other ways in the future to keep labor
costs low at these wage levels. Policies to support low incomes have also reached their
limits. There is now little return in terms of income from upward mobility and training
efforts at the bottom of the wage distribution.
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
5. Over 2022, the minimum wage will have increased by 5.6%: 0.9% on January 1, 2,6 % on
May 1, and 2.0% on August 1, preserving its purchasing power.
8. The Group of experts reiterates its suggestion to modify the indexation mechanism of
the minimum wage. Several options are mentioned in the report. The role of the Group
of experts would be expanded, which could also justify its reorganization, as suggested
by several social partners. A first option would be to respecify the modalities of
automatic revaluation of the Smic in order to avoid a dynamic of the Smic that is
spontaneously stronger than that of the SHBOE in the event of an unexpected inflation
or disinflation. A second option, on which there is no consensus within the Group of
experts, would be to abolish all or part of the automatic revaluation terms (inflation and
half the purchasing power of the SHBOE). This would give greater responsibility to the
public authorities, who could then better link changes in the Smic with those of the labor
market and the measures to combat in-work poverty. In the current context of high
inflation, automatic revaluations have protected the purchasing power of low-wage
workers over the period, even if the medium-term effects of this protection on poverty
are not guaranteed. Moreover, a purely discretionary system could make the frequency of
revaluations dependent on political fluctuations. Finally, a third option, inspired by
Germany and the Netherlands, would consist of automatically indexing the minimum
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
wage to the average of the changes in the minimum wages of a panel of sectors that do
not suffer from insufficient collective bargaining. These changes would not prohibit the
possible use of discretionary increases. Above all, they would strengthen the role of
collective bargaining and thus make the social partners more responsible for defining
wage standards and sectoral minima. However, the Group of experts does not
recommend the regionalization of the minimum wage.
9. The two increases of the Smic in 2021 and its three increases in 2022 have had the effect
of considerably raising the number of sectors in which wage minima, defined by
collective agreements, are lower than the Smic. Such a situation increases the number of
employees and ultimately the payroll eligible for exemptions from employer social
security contributions. The Group of experts recommended in its previous report that
appropriate provisions must be introduced to quickly remove this incentive for non-
compliance that weakens negotiation. In this respect, it welcomes the provisions made in
this direction and included in the “Purchasing Power Law” of August 2022 (article 7). An
assessment of the effectiveness of these provisions would be useful. The national
minimum wage constitutes an indispensable wage floor support, particularly to
strengthen the bargaining power of workers in economic sectors where the role of the
social partners is weak, but it is up to collective bargaining to boost wages. It is crucial
that, in the future, the social partners fully engage, through collective bargaining, in the
definition of the dynamics of low wages.
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Chapitre 1
Marché du travail et formation des salaires
En France, l’inflation a atteint 6,2 % en octobre 2022, un record historique depuis plus
de 30 ans. Cette poussée de l’inflation est alimentée d’une part par un choc d’offre avec des
contraintes sur les chaînes de production mondiales en sortie de crise du Covid-19
(difficultés de production en Chine en raison des confinements et de la hausse des coûts de
transports) ; choc renforcé également par la guerre en Ukraine et les sanctions contre la
Russie. D’autre part, s’est ajouté un choc de demande, avec un rebond plus marqué
qu’anticipé de l’activité en sortie de crise sanitaire. Ces facteurs ont conduit à une forte
augmentation des prix de l’énergie et des coûts de productions (matières premières, semi-
conducteurs).
Dans ce contexte, l’emploi salarié est pourtant resté allant début 2022,
particulièrement soutenu par le secteur tertiaire marchand. La qualité de l’emploi s’est
nettement améliorée en sortie de crise sanitaire, avec une nette augmentation des
embauches en contrat à durée indéterminée (CDI) en 2021, tandis que le taux de chômage
est à son plus bas niveau sur les dix dernières années en 2022. Signe d’un marché du travail
particulièrement dynamique, les tensions de recrutement sont quant à elles à des niveaux
particulièrement élevés en perspectives historiques.
Le Smic étant indexé sur l’indice des prix à la consommation du 1er quintile de la
distribution des niveaux de vie (plus dynamique sur la période actuelle que l’indice général),
l’année 2022 a été marquée par une forte augmentation du salaire minimum qui a progressé
de manière plus importante que celle des principaux indices de salaire, à la suite des quatre
dernières revalorisations (1er octobre 2021, 1er janvier, 1er mai et 1er août 2022).
1. L’emploi salarié est soutenu, début 2022, par la forte dynamique du secteur
tertiaire marchand
L’emploi est resté dynamique au 1er semestre 2022, dans un contexte de maintien
d’une croissance robuste. D’après l’estimation détaillée de l’emploi salarié publiée le
8 septembre par l’Insee, 187 000 emplois salariés ont été créés entre janvier et juin 2022,
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
dont 161 000 dans le secteur marchand non-agricole (SMNA). Cette dynamique, fortement
soutenue après la crise par les dispositifs du Plan de relance, a permis à la mi-2022 à l’emploi
salarié de dépasser de 3,2 % (soit + 832 000 postes) son niveau de fin 2019. Au sens du
Bureau international du travail (BIT), le taux d’emploi parmi les 15-64 ans est de 68,0 % au 1er
semestre 2022. Il dépasse ainsi de 1,2 point son niveau d’avant-Covid et atteint son plus haut
niveau depuis que l’Insee le mesure (1975)2.
Dans le détail (cf. Graphique I.1) l’emploi tertiaire (hors intérim) reste dynamique au
1 semestre 2022 (+ 180 000 postes en six mois), après une chute historique et une reprise en
er
dents de scie en 2020, suivi d’une année 2021 très dynamique. L’emploi dans les secteurs de
la construction et de l’industrie a été en revanche bien moins dynamique depuis janvier 2021
(+ 2,1 % pour la construction et + 1,3 % pour l’industrie au 2e trimestre 2022). Au total,
l’emploi SMNA (hors intérim) dépasse de 3,9 % son niveau d’avant-crise. De son côté,
l’emploi intérimaire a baissé lors des deux premiers trimestres 2022, après sept trimestres
consécutifs de hausse. Il ne dépasse ainsi plus que de 1,6 % son niveau d’avant-crise. Enfin,
l’emploi salarié non marchand était en légère hausse au 2e trimestre 2022 (+ 12 000 postes). Il
est ainsi en hausse de 170 000 postes (soit + 2,1 %) par rapport à son niveau d’avant-crise.
2
É. Pénicaud, « Une photographie du marché du travail en 2021. L’emploi augmente fortement, notamment celui des
jeunes », Insee Première, n° 1896, mars 2022.
13
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Après une nette amélioration de la qualité de l’emploi en 2021, les embauches en CDI
marquent le pas par rapport aux embauches en CDD début 2022 (cf. Graphique I.2). En
effet, au 1er semestre 2022, le nombre d’embauches en contrat à durée déterminée (CDD) a
augmenté de façon marquée (+ 1,0 % au 1er trimestre puis + 7,3 % au 2e trimestre). Le nombre
d’embauches en contrat à durée indéterminée (CDI) a lui augmenté de façon plus modérée
(+ 0,7 % puis + 0,4 %), après une nette augmentation en 2021 (+ 29,7 % par rapport à
l’année 2020, soit + 230 000 embauches en moyenne annuelle) comparée aux embauches en
CDD (+ 19,0 % soit + 728 000 embauches en moyenne annuelle). Le nombre d’embauches en
CDI dépasse ainsi nettement son niveau d’avant la crise sanitaire (+ 18,2 % par rapport au
4e trimestre 2019) et ce, depuis la mi-2021. Le nombre d’embauches en CDD ne dépasse son
niveau d’avant-crise que depuis le 2e trimestre 2022 (de 6,2 %).
14
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Graphique I.3 − Part des CDD de moins d’un mois parmi les embauches
(hors intérim) par secteur
La part des CDD dans les embauches (hors intérim) est en légère hausse au 1er trimestre
2022, à 82,8 %, un de ses plus bas niveaux depuis 2012. Par ailleurs, les embauches en CDD
courts (d’une durée de moins d’un mois) se sont fortement repliées au début de la crise
sanitaire et n’avaient toujours par retrouvé leur niveau d’avant-crise au 1er trimestre 2022
(66,3 % des embauches hors intérim au 1er trimestre 2022 contre 70,1 % au 4e trimestre
20193). Trois secteurs semblent expliquer la quasi-totalité de ce recul sur la période
(cf. Graphique I.3) : l’hébergement-restauration (71 % du total de la baisse des embauches),
les autres activités de services4 (19 %) et le commerce (10 %). D’après la Dares, la baisse des
embauches en contrats courts serait pour partie liée à la hausse du pouvoir de négociation
des salariés occasionnée par les difficultés de recrutement5. Ainsi, en mars 2022, un tiers des
salariés travaillent dans des entreprises qui déclarent avoir modifié les termes des contrats
proposés (temps/organisation de travail, durée des contrats, etc.) pour faire face aux
difficultés à recruter en CDI et CDD (d’après les données Acemo-Covid de la Dares).
Cependant, les CDD d’un jour ou moins semblent rebondir au 2e trimestre 2022, d’après la
dernière publication de la Dares6.
3
Ces données publiées en juin 2022 par la Dares sont susceptibles d’avoir été révisées depuis.
4
Les services spécifiés (donc non-compris dans cette catégorie) sont : transport et entreposage, commerce, activités
financières et d’assurances, activités immobilières, services aux entreprises, hébergement restauration, enseignement,
santé humain et action sociale, information et communication.
5
V. Barry, « Les embauches continuent de progresser au 1er trimestre 2022 », Dares Indicateurs, n° 31, juin 2022.
6
V. Barry, « Les embauches accélèrent au 2e trimestre 2022 », Dares Indicateurs, n° 49, octobre 2022.
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Par ailleurs, il est intéressant de noter le lien entre dynamique du marché de l’emploi et
qualité des embauches. On observe ainsi une corrélation négative entre le rapport de CDI
sur l’ensemble des embauches (CDI et CDD) et le taux de chômage dans la période récente
(cf. Graphique I.4). Ainsi, à la hausse du taux de chômage entre 2008 et 2014 a été associée
une baisse de la qualité de l’emploi, définie comme le rapport d’embauches en CDI par
rapport au total des embauches (CDI et CDD). Tandis qu’à la baisse du taux de chômage à
partir de 2015 (hors Covid) a été associée une amélioration de la qualité des embauches
(augmentation de la part des CDI). Cette dynamique pourrait être associée à une plus
grande volonté des employeurs, en période de chômage plus faible, de fidéliser leurs salariés
en leur proposant de meilleurs conditions d’emploi. Cependant, la qualité de l’emploi n’a
pas retrouvé son niveau d’avant la crise financière de 2008 et accuse un retard d’environ 8
points par rapport à 2007 (cet écart avait dépassé les 14 points en 2015).
Note : la qualité de l’emploi est définie comme le rapport entre les embauches en CDI sur l’ensemble des embauches
(CDI et CDD).
Sources : Insee, Taux de chômage ; Dares, Mouvement de main-d’œuvre.
d’avant-crise (1 108 000). La part des démissions et des fins de périodes d’essai est en hausse
au sein des ruptures de CDI (s’établissant respectivement à 44,1 % et 19,9 % des démissions
enregistrées au 2e trimestre 2022, cf. Graphique I.5) par rapport à l’avant-crise (respecti-
vement 25,5 % et 16,3 %), en lien avec la dynamique de reprise économique :
‒ La part des démissions est un indicateur cyclique. Cet indicateur est bas durant les
crises et il augmente en période de reprise, d’autant plus fortement que l’embellie
16
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
conjoncturelle est rapide7. De même, les fins de périodes d’essai ont baissé plus
fortement au début de la crise que les autres motifs (hors démissions), avant de
rebondir à mesure que le nombre des recrutements augmente. Elles resteent
majoritairement à l’initiative de l’employeur (autour de 60 % des ruptures de
période d’essai de CDI, au 2e trimestre 2022).
‒ Ces démissions et fins de période d’essai ne sont par ailleurs pas associées à une
mise en retrait du marché du travail : le taux d’emploi, début 2022, est plus élevé
qu’avant la crise.
La part du temps partiel dans l’emploi est plus faible qu’avant la crise sanitaire (17,3 %
contre 18,8 % au 4e trimestre 2019) et en diminution par rapport à 2021 (18,0 % en moyenne
annuelle). Le temps partiel touche toujours davantage les femmes, les jeunes actifs (15-24
ans) et les seniors (50 ans et plus). La part du temps partiel dans ces populations est,
respectivement, de 26,5 % pour les femmes, 22,0 % pour les jeunes et 20,9 % pour les
seniors. Les hommes de 25 à 49 ans ne sont que 5,8 % en temps partiel (comparable à son
niveau d’avant-crise, 5,7 %). Le profil des personnes à temps partiel est analysé de façon plus
précise dans le troisième chapitre de ce rapport.
7
B. Hobijn, « “Great Resignations” Are Common During Fast Recoveries », FRBSF Economic Letter, n° 8, p. 1-06 ;
A. Lagouge, I. Ramajo et V. Barry, « La France vit-elle une ‘Grande démission’ ? », Dares, août 2022.
8
C. Carrillo-Tudela, A. Clymo et D. Zentler-Munro, « The truth about the “great resignation” – who changed jobs, where
they went and why », theconversation.com, 28 mars 2022.
9
A. Lagouge, I. Ramajo et V. Barry, « La France vit-elle une ‘Grande démission’ ? », Dares, août 2022.
17
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Début 2022, le taux de chômage est à son plus bas depuis 2008 avec 7,3 % au
1 trimestre (cf. Graphique I.6), France entière hors Mayotte, avant une légère remontée au
er
2e trimestre à 7,4 %. Malgré la crise sanitaire, le taux de chômage a ainsi poursuivi sa baisse
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
progressive, amorcée en 2015. Cette baisse est liée à des créations nettes d’emploi, en
témoigne la croissance parallèle du taux d’emploi (à son plus haut dans la période récente).
Le taux de chômage varie cependant fortement entre classes d’âge, avec un taux à 17,8 %
pour les jeunes (actifs de 15 à 24 ans) comparé à 5,2 % pour les seniors (actifs de 50 ans et
plus) au 2e trimestre 2022. Il s’inscrit néanmoins en baisse pour chacune des catégories d’âge
en comparaison à l’avant-crise (21,5 % pour les jeunes et 5,8 % pour les seniors au 4e
trimestre 2019). Il varie par contre faiblement selon le genre, avec 7,5 % pour l’ensemble des
femmes actives contre 7,3 % pour l’ensemble des hommes. Il en va de même au sein des
classes d’âge10.
10
Cependant, le taux d’emploi est différent entre genres et cette différence est relativement stable dans le temps, avec
70,7 % des hommes de 15 à 64 ans en emploi au 2e trimestre 2022 contre 65,4 % des femmes.
19
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Sur la période 2015-2019, les tensions de recrutement, mesurées dans les enquêtes
trimestrielles de conjoncture de l’Insee par la part des entreprises déclarant des difficultés
de recrutement, ont sensiblement augmenté, se stabilisant en 2019 à des niveaux
comparables à ceux de début 2008 (cf. Graphique I.7). Après un fort repli en 2020,
notamment dans l’industrie et les services, les tensions de recrutement sont reparties à la
hausse dans tous les secteurs et atteignent désormais des niveaux historiquement élevés.
Dans les services, en octobre 2022, 62 % des entreprises déclarent rencontrer des difficultés
à recruter (+ 3 points par rapport à juillet), dans l’industrie, elles sont 65 % (- 1 point par
rapport à juillet) et dans le bâtiment 81 % (- 1 point par rapport à juillet). Dans le bâtiment, les
tensions ont retrouvé leur niveau de 2007, elles sont proches de leur plus haut historique
dans l’industrie, et elles n’ont jamais été aussi élevées dans les services11.
Les niveaux élevés de tensions de recrutement peuvent s’expliquer par des facteurs
conjoncturels et structurels12. Une partie des tensions peut en effet être due à l’intensité des
embauches qui s’établissent à un plus haut historique en septembre 2022 (882 600
embauches de plus d’un mois13). Lorsque les intentions d’embauche et la part des entreprises
souhaitant embaucher augmentent, la tension sur le marché du travail, définie comme le
rapport entre postes vacants et demandeurs d’emploi, s’accroît du fait de l’inertie dans
l’ajustement du marché du travail. D’autres facteurs plus structurels peuvent expliquer ces
fortes tensions : pénurie de main-d’œuvre dans certains métiers du fait de l’inadéquation des
11
La question sur les difficultés de recrutement est posée depuis 1991 dans l’industrie et depuis 2000 dans les services.
12
Dans son point de conjoncture de septembre 2022, l’Insee liste l’accumulation inédite de chocs exogènes sur l’activité
(guerre en Ukraine et tension avec la Russie, Covid-19 et confinement dans certaines régions chinoises, sécheresse).
13
Source : Acoss-Urssaf, en données corrigées des variations saisonnières.
20
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
70% 200
60% 100
50% 0
40% -100
30% -200
20% -300
10% -400
0% -500
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022
Créations nettes d'emploi Industrie Services Construction
Champ : France métropolitaine pour les difficultés de recrutement, France (hors Mayotte) pour les créations nettes
d’emplois salariés.
Lecture : les courbes sectorielles indiquent la part (en %) des entreprises déclarant des difficultés de recrutement. La
série sur les créations nettes d’emploi correspond aux créations d’emploi salarié marchand non agricole en glissement
trimestriel.
Source : Insee, enquêtes de conjoncture, estimations d’emploi localisées. Derniers points : octobre 2022 (difficultés de
recrutement), T2 2022 (créations nettes d’emploi salarié).
14
M. Niang, M. Bergeat et G. Parent, Comment mesurer les tensions sur le marché du travail ?, Documents d’études, n° 251,
Dares, septembre 2021.
15
Dernière édition de l’enquête qui a été arrêtée par la Dares compte tenu de l’amélioration de la situation sanitaire.
21
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Cette partie met en perspective l’évolution du Smic avec celle de l’ensemble des
salaires. Sur la période récente, la triple revalorisation du Smic en 2022 a conduit à une
progression du Smic plus dynamique que celle des principales références salariales.
Le 1er janvier 2022, le Smic horaire brut a été porté à 10,57 euros (cf. Encadré I.1), soit
une progression de 0,9 % par rapport au montant fixé lors de la précédente revalorisation en
octobre 2021 (10,48 euros), et de 3,1 % par rapport au montant fixé lors de la revalorisation
de janvier 2021 (10,25 euros). Cette hausse entre janvier 2021 et janvier 2022 a été
néanmoins moins dynamique que celle des prix sur la même période (4,6 % entre le 1er
trimestre 2021 et le 1er trimestre 2022).
Cette formule intègre deux paramètres obligatoires et la possibilité d’un « coup de pouce »
discrétionnaire :
(i) la progression de l’indice des prix à la consommation hors tabac du 1er quintile des
ménages (IPCHT-Q1) ;
(ii) la moitié des gains de productivité annuels mesurés par la progression du pouvoir d’achat
du salaire horaire de base des ouvriers et employés (SHBOE-réel), parfois dénommé « demi-
pouvoir d’achat » du SHBOE ;
Par la suite, deux revalorisations infra annuelles ont eu lieu, aux 1er mai et 1er août 2022
(cf. Tableau I.1). La revalorisation du 1er mai 2022, à hauteur de 2,6 %, a fait suite à une
progression de l’indice des prix à la consommation du 1er quintile de la distribution des
niveaux de vie excédant 2 % entre novembre 2021 et mars 2022, et a porté le Smic à 10,85
euros. Quant à la revalorisation du 1er août 2022, à hauteur de 2,0 %, elle a été déclenchée
par une hausse de l’indice des prix à la consommation du 1er quintile excédant 2 % entre
mars 2022 et juin 2022. Le Smic a ainsi été porté à 11,07 euros, soit une augmentation égale à
la progression de l’inflation (voir l’Encadré I.2 pour le détail de cette règle de revalorisation et
des arrondis pris en compte).
22
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
23
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Pour la hausse au 1er mai 2022, l’indice national des prix du 1er quintile a atteint en mars 2022
le niveau de 109,37 dépassant le seuil de déclenchement situé à 108,70.
L’augmentation de l’indice par rapport à celui de novembre 2021 a donc été de :
109,37/106,56 = 2,637012% arrondi à 2,64 %16.
Le montant du Smic au 1er mai 2022 a donc été calculé comme suit :
10,57 (montant du Smic au 01/01/22) × 1,0264 = 10,84905 arrondi à 10,85 €.
Le montant mensuel est obtenu ainsi :
10,85 (montant horaire) x 35 x 52 / 12 = 1645,58333 arrondi à 1645,58 €.
Dès lors, le nouveau seuil du déclenchement du mécanisme de revalorisation automatique
s’est donc établi au niveau de 109,37 × 1,02 = 111,5574 arrondi à deux chiffres : 111,56.
Pour la hausse au 1er août 2022, l’indice national des prix du 1er quintile a atteint en juin 2022
le niveau de 111,57 dépassant le seuil de déclenchement situé à 111,56.
L’augmentation de l’indice par rapport à celui de mars 2022 a donc été de :
En 2022, la progression du Smic brut est supérieure à celle du salaire horaire de base
des ouvriers et des employés (SHBOE) en raison de la triple revalorisation (cf. Graphique I.8).
Cette progression est de 5,6 % sur l’année. Elle est de 8,0 % en incluant la revalorisation
d’octobre 2021, alors que le SHBOE a progressé de 4,4 % entre le 3e trimestre 2021 et le
3e trimestre 2022 selon les chiffres provisoires de l'enquête Acemo du ministère du Travail.
Jusqu’à la crise sanitaire, l’évolution du Smic avait connu trois grandes périodes : au
début des années 2000, il avait progressé sensiblement plus vite que les indices de salaire de
base, notamment en raison de la réduction du temps de travail et de la convergence avec les
garanties mensuelles de rémunération mises en place pour les salariés passés aux 35 heures.
Entre 2005 et 2012, le Smic avait évolué globalement en ligne avec les salaires de base,
notamment sous l’effet de coups de pouce décidés en 2005, 2006 et 2012. À partir de 2013
et jusqu’à 2020, la progression du Smic avait été plus modérée que celle des salaires de base
malgré le fait que les évolutions négatives17 des deux indices de référence (indice des prix à
la consommation du 1er quintile de la distribution des niveaux de vie et moitié du pouvoir
16
Sous l’effet d’arrondis, c’est le taux de variation de 10,57 € à 10,85 €, soit 2,65 %, qui a été conventionnellement retenu.
17
La neutralisation des évolutions négatives a eu lieu pour les prix, lors des revalorisations du 1er janvier 2016 et du
1er janvier 2021, et pour le pouvoir d’achat du SHBOE au 1er janvier 2019 et au 1er janvier 2022.
24
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
d’achat du SHBOE) n’aient pas été pris en compte dans la revalorisation du Smic. Ainsi,
l’écart de progression entre le Smic brut et les autres indices de salaire (SHBOE, SMB ou
SMPT) s’était creusé entre 2008 et 2020.
Comme le Smic est indexé sur les prix du 1er quintile de la distribution des niveaux de
vie (inflation supérieure à celle des prix pour l’ensemble des ménages étant donnée une part
de l’énergie et de l’alimentaire plus importante dans le budget des ménages modestes18) et
qu’il ne tient pas compte de l’évolution négative du SHBOE réel, l’année 2022 poursuit la
dynamique de 2021 avec une forte augmentation du Smic, plus importante encore que celle
des autres indices de salaire.
130%
SMIC
125%
120% SMPT
115%
SHBOE
110%
IPC ensemble
105% hors tabac
IPC ménages
100%
du premier
quintile
95%
2011T2
2018T4
2010T3
2012T1
2012T4
2013T3
2014T2
2015T1
2015T4
2016T3
2017T2
2018T1
2019T3
2021T1
2021T4
2008T2
2009T1
2009T4
2020T2
2022T3
Notes :
‒ Les indices de progression du salaire horaire de base des ouvriers et employés ont changé de champ à partir du
2e trimestre 2017. Les séries ont été prolongées. Les données des indices SHBO et SHBOE n’étant pas disponibles au
T1 2020, elles sont extrapolées dans ce graphique. Le chiffre du T3 2022 du SHBOE est susceptible d’être révisé.
‒ Du fait de la crise sanitaire, la comparaison des augmentations du Smic avec les variations des principaux indices
de salaires requiert des précautions particulières en raison des données manquantes dans l’enquête Acemo du
1er trimestre 2020 et du mode de construction du SMPT, sensible au volume d’activité partielle19. Le SHBOE
demeure adapté puisqu’il permet de raisonner à structure d’emploi constante et n’est pas affecté par le niveau
de recours à l’activité partielle.
Sources : Insee, Comptes nationaux, Dares, Acemo.
18
Voir Insee, Indices annuels de prix selon le niveau de vie du ménage, chiffres détaillés, novembre 2016.
19
L’interruption de l’enquête Acemo au 1er trimestre 2020 empêche d’analyser l’évolution habituelle de ces indices entre
le 1er trimestre 2020 et le 1er trimestre 2021 (même si le point 2020 est extrapolé dans le Graphique I.1). L’effet de la crise
sur les indicateurs de salaire à partir du 2e trimestre 2020 rend également leur comparaison avec l’augmentation du
Smic moins pertinente, car cette dernière concerne la période d’avant-crise. Enfin, le SMPT (salaire moyen par tête) est
basé sur la masse salariale (considérablement amputée car n’incluant pas les indemnités d’activité partielle) et les
effectifs salariés en emploi (qui incluent de leur côté ceux concernés par l’activité partielle).
25
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
d’une part le Salaire mensuel de base (SMB) et le SHBOE21, qui ne sont pas affectés
par le dispositif d’activité partielle ;
d’autre part le salaire moyen par tête dans les branches marchandes non agricoles
(SMPT BMNA), très sensibles au recours à l’activité partielle. Le SMPT est calculé
comme le rapport de la masse salariale brute (hors cotisations patronales) et du
nombre de salariés en personnes physiques mesurés par la comptabilité nationale.
Son évolution, qui représente la dynamique des salaires versés par l’ensemble des
entreprises, peut traduire des effets structurels (évolution des qualifications, de la
part du temps partiel) et conjoncturels (niveau des heures supplémentaires,
primes).
Le SMPT nominal dans les branches marchandes non agricoles a ralenti depuis 2008 et
jusqu’à 2019, passant d’une croissance annuelle moyenne de + 3,1 %, entre 2001 et 2007, à
+ 1,7 % sur la période 2008-2019 (cf. Tableau I.2). Le SMB et le SHBOE ont également
décéléré (cf. Graphique I.9). Bien qu’une partie de ce ralentissement soit le reflet d’une
moindre inflation, le pouvoir d’achat des salaires a également ralenti, en ligne avec la
diminution des gains de productivité (cf. Graphique I.10 et Graphique I.11).
En 2021, le SMPT dans les branches marchandes non agricoles (BMNA) a crû de 5,5 %
en moyenne annuelle, après avoir baissé de 4,4 % en 2020, du fait de la forte reprise de
l’activité économique (+ 6,8 %). En termes réels, cela correspond à une hausse de 3,9 % en
2021, après - 4,6 % en 2020. Sa progression nominale décélère, à + 7,4 % sur un an au
2e trimestre, après + 13,7 % au 1er trimestre. En termes réels, cela correspond à une
20
23 500 équivalent temps plein en juin 2022 d’après la Dares, contre 46,3 millions en avril 2020.
21
Le SMB et le SHBOE mesurent des salaires bruts à structure de qualification constante et excluent les primes et la
rémunération des heures supplémentaires. Ces indices sont estimés à partir de l’enquête trimestrielle Acemo de la
Dares qui suit les entreprises de 10 salariés ou plus du secteur concurrentiel non agricole. Depuis le décret du
7 février 2013, le Smic est revalorisé sur la base de la moitié du gain du pouvoir d’achat du SHBOE (voir Encadré I.1).
26
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Les salaires de base ont augmenté en termes nominaux de 1,6 % en moyenne annuelle
en 2021 pour le SMB et le SHBOE, après une augmentation de 1,5 % en 2020. En termes réels,
la forte baisse de l’inflation en 2020 fait progresser le SMB et le SHBOE de respectivement
1,5 % et 1,6 %. À l’inverse, le rebond de l’inflation en 2021 a entraîné une légère baisse de
0,2 % et 0,3 %.
27
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Graphique I.9 − SMB et SHBOE nominaux dans les branches marchandes non agricoles
(glissement annuel, en %)
Note : l’enquête Acemo trimestrielle a été interrompue au cours du 2e trimestre 2020 (données portant sur le
1er trimestre 2020). Pour le SMB et le SHBOE, le point manquant au T1 2020 a été reconstitué par la DG Trésor via la méthode
des splines quadratiques. Derniers points : T2 2022.
Sources : Dares, Insee ; calculs DG Trésor.
Graphique I.10 − SMB et SHBOE réels dans les branches marchandes non agricoles
(glissement annuel, en %)
Note : l’enquête Acemo trimestrielle a été interrompue au cours du 2e trimestre 2020 (données portant sur le
1er trimestre 2020). Pour le SMB et le SHBOE, le point manquant au T1 2020 (valeur nominale) a été reconstitué par la
DG Trésor via la méthode des splines quadratiques. Derniers points : T2 2022.
Le SMB et le SHBOE sont estimés en fin de trimestre, ils sont donc déflatés par l’IPC hors tabac en fin de trimestre.
Sources : Dares, Insee ; calculs DG Trésor.
28
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
125
Base 100 = 2000
120
115
110
105
100
L’éventail des salaires conventionnels s’est resserré entre 1997 et 2006, puis est resté
stable jusqu’en 2020. Ce diagnostic n’est pas modifié en 2021 à la suite de l’intégration de
nouvelles données issues de la Base des textes salariaux de branches produite par la
Direction générale du Travail et la Dares22 (hors augmentation des disparités salariales en
2020 – mesurées par le rapport interdécile du neuvième sur le premier, D9/D1 – qui ont été
en « trompe-l’œil » en lien avec l’activité partielle qui a davantage concerné les emplois les
moins rémunérés23). Néanmoins, la revalorisation des plus faibles rémunérations poussées
par celles récentes du Smic devrait conduire a priori à un nouveau resserrement de l’éventail
en 2022.
22
Cf. p. 26-27 du rapport du groupe d’experts sur le Smic de 2013. Dans le « Bilan sur la négociation collective en 2021 »,
la Direction générale du Travail note que « l’année 2021 marque une légère rupture. En effet, au 31 décembre 2021, les
écarts de salaires, mesurés au sein de chacune des catégories socioprofessionnelles, connaissent un resserrement par
rapport à 2020 ». Néanmoins, les données issues de la Base mensuelle brute de la Dares avec des traitements différents
de ceux de la DGT en termes de prise en compte et de calibrage des évolutions ne constatent pas de resserrement.
23
Cf. J. Sanchez Gonzalez et É. Sueur, « Les salaires dans le secteur privé en 2020 : des évolutions atypiques du fait de la
crise sanitaire », Insee Première, n° 1898, avril 2022.
29
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
La dynamique globale depuis 1996 est au tassement des hiérarchies salariales, avec
un rétrécissement des éventails salariaux aussi bien théoriques qu’effectifs, en particulier
entre 1996 et 2006. Cette période correspond à la mise en place de politiques de
réduction du temps de travail et de hausse rapide du salaire minimum24, avec la
convergence du Smic et des garanties mensuelles de rémunération. La mise en conformité
des premiers niveaux des grilles des conventions salariales avec le Smic est ainsi à l’origine
de ce tassement des hiérarchies salariales. L’éventail théorique des salaires conventionnels
s’établit à un rapport de 1,14 pour les ouvriers du secteur général en 2006, contre 1,22 en
1996, soit une baisse de 7 %. Pour les employés du secteur général, cette baisse est de 12 %,
avec un rapport passant de 1,25 en 1996 à 1,10 en 2006. Le rétrécissement de l’éventail réel
des salaires est moins prononcé, avec une baisse respective de 4 % pour les ouvriers du
secteur général (rapport passant de 1,16 à 1,11) et 11 % pour les employés du secteur
général (rapport passant de 1,20 à 1,07).
Depuis 2006 et jusqu’à 2021, l’éventail des salaires conventionnels est resté globalement
stable. Les rapports entre les plus hauts et les plus bas salaires conventionnels théoriques
ont très légèrement baissé pour les employés comme pour les ouvriers du secteur
général (- 1 % en 15 ans). Pour ces derniers toutefois, le rapport entre le plus haut et le
plus bas salaire est toutefois reparti légèrement à la hausse en 2021 (+ 1 %). Concernant
l’éventail effectif des salaires, qui tient compte de la conformité au Smic, celui-ci a
faiblement augmenté entre 2006 et 2021 pour les employés et les ouvriers du secteur
général (+ 1 %).
Dans le même temps, la distribution des salaires horaires bruts perçus par les salariés est
légèrement plus hétérogène. Cette plus grande dispersion des salaires intervient après une
période de stabilité entre 2006 et 2017. L’éventail interdécile, c’est-à-dire le rapport du
salaire horaire au-dessus duquel sont payés les 10 % de salariés les mieux rémunérés au
salaire horaire en-dessous duquel sont payés les 10 % de salariés les moins rémunérés
(D9/D1) s’est ainsi maintenu autour de 2,9 entre 2006 et 2017 (cf. Graphique I.14). Il a
ensuite augmenté en 2018 et en 2020. La hausse de l’écart interdécile survenue en 2018 est
toutefois à considérer avec précaution. Elle est surestimée en raison de changements
méthodologiques survenus en 2018 qui ont à la fois amélioré la prise en compte des bas
24
Pour une décomposition de l’évolution des salaires entre niveau horaire et heures travaillées sur la période voir
F. Kramarz, E. Nimier-David et T. Delemotte, « Inequality and Earnings Dynamics in France : National Policies and Local
Consequences », Quantitative Economics, à paraître.
30
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
salaires (périodes d’emploi courtes et emplois moins stables) et les hauts salaires (meilleure
équation de salaire et amélioration de la prise en compte des salariés au forfait), et d’une
diminution des biais déclaratifs en raison du passage à la déclaration sociale nominative
(DSN, dont les variables sont mieux renseignées).
31
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
1,6
1,5
1,4
1,3
1,2
1,1
1
1996
1997
1998
1999
2004
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2000
2002
2003
2005
2006
2007
2008
2009
2020
2001
2021
Ouvriers - Secteur général (53) Employés - Secteur général (80)
Lecture : l’éventail des salaires conventionnels correspond au rapport entre le plus haut et le plus bas des salaires
conventionnels, pour un secteur et une catégorie de salariés donnés.
Source : base des minima de branches ; calculs Dares.
1,6
1,5
1,4
1,3
1,2
1,1
1
1996
1997
1998
1999
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2000
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2020
2001
2021
Lecture : l’éventail des salaires conventionnels correspond au rapport entre le plus haut et le plus bas des salaires
conventionnels ou le Smic si celui-ci est plus élevé, pour un secteur et une catégorie de salariés donnés.
Source : base des minima de branches ; calculs Dares.
25
Les salaires conventionnels sont, selon les branches, négociés sur un niveau horaire, mensuel ou annuel.
32
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
a) Éventail interdécile
Note : le passage aux données de la DSN a créé une rupture de série entre les validités 2017 et 2018.
Champ : France, salariés du privé et des entreprises publiques, y compris bénéficiaires de contrats aidés et de contrats
de professionnalisation ; hors apprentis, stagiaires, salariés agricoles et salariés des particuliers employeurs.
Source : Insee, DADS et DSN-DADS, fichier au 1/12e 2002-2020 ; calculs Dares.
33
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Tableau I.3 − Évolutions des éventails de salaire horaire bruts entre 2002 et 2020*
Catégorie
Période D9/D1 D5/D1 D9/D5 D1/Smic
socioprofessionnelle
2002 1,92 1,30 1,48 1,09
2007 1,77 1,23 1,44 1,06
Employés Évol. 2002-2007 - 7,9 % - 5,1 % - 3,0 % - 3,0 %
2009 1,84 1,24 1,48 1,06
2010 1,85 1,24 1,48 1,06
2011 1,88 1,26 1,50 1,07
2012 1,86 1,25 1,49 1,06
2013 1,87 1,24 1,50 1,06
2014 1,87 1,25 1,50 1,06
2015 1,87 1,24 1,50 1,06
2016 1,89 1,24 1,52 1,06
2017 1,85 1,24 1,50 1,07
2018 1,89 1,24 1,52 1,06
2019 1,88 1,24 1,52 1,07
2020 1,93 1,27 1,52 1,06
Évol. 2009-2020 5,0 % 2,6 % 2,3 % -0,1 %
2002 1,91 1,32 1,45 1,15
2007 1,83 1,29 1,42 1,09
Ouvriers Évol. 2002-2007 - 4,2 % - 2,7 % - 1,6 % - 5,0 %
2009 1,86 1,30 1,43 1,08
2010 1,85 1,29 1,43 1,09
2011 1,86 1,30 1,43 1,10
2012 1,86 1,29 1,44 1,09
2013 1,87 1,30 1,44 1,08
2014 1,87 1,29 1,44 1,09
2015 1,88 1,30 1,45 1,09
2016 1,89 1,30 1,46 1,10
2017 1,84 1,28 1,43 1,10
2018 1,91 1,31 1,46 1,09
2019 1,92 1,31 1,47 1,09
2020 1,97 1,33 1,48 1,08
Évol. 2009-2020 5,8 % 2,2 % 3,5 % - 0,5 %
* Les évolutions des rapports interdéciles entre 2015 et 2017 (hausse entre 2015 et 2016, baisse entre 2016 et 2017)
seraient expliquées par des changements méthodologiques dans la production des DADS 2016 et 2017 qui fait suite au
passage progressif à la DSN. En tenant compte de ce changement méthodologique, les rapports interdéciles seraient
plutôt stables entre 2015 et 2017.
Champ : France, salariés du privé et des entreprises publiques, y compris bénéficiaires de contrats aidés et de contrats
de professionnalisation ; hors apprentis, stagiaires, salariés agricoles et salariés des particuliers employeurs.
Source : Insee, bases Tous Salariés, calculs Dares.
Au 1er janvier 2022, 2,5 millions de salariés des entreprises du secteur privé hors
agriculture ont été directement concernés par la revalorisation du Smic horaire27, soit 14,5 %
26
Analyse réalisée avec le concours de Corinne Darmaillacq (Dares) à la demande du groupe d’experts sur le Smic.
34
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
des salariés sur ce champ28. Une revalorisation29 du Smic est intervenue entre-temps depuis
la précédente revalorisation annuelle de janvier 2021. Le Smic horaire brut a en effet été
revalorisé de 2,2 % au 1er octobre 2021, passant de 10,25 euros à 10,48 euros, en raison du
déclenchement du dispositif de revalorisation automatique inscrit dans la loi ; il assure que le
Smic progresse au moins aussi vite que l’inflation du 1er quintile de la distribution des niveaux
de vie lorsque celle-ci dépasse 2,0 % par rapport à la précédente revalorisation
(cf. Encadré I.1). Puis, il a de nouveau augmenté de 0,9 %, passant de 10,48 € à 10,57 € au
1er janvier 2022 à la suite de l’application des règles annuelles de revalorisation.
27
Cette proportion est mesurée à l’aide d’une question posée aux entreprises dans l’enquête Acemo collectée au
1er trimestre de l’année. Cette question portait uniquement sur la dernière revalorisation et concernait les bénéficiaires
du Smic au 1er janvier 2022.
28
Le champ est celui de l’ensemble des salariés sauf apprentis, stagiaires, intérimaires. Il concerne l’ensemble des secteurs
sauf agriculture, administration, activités des ménages, activités extraterritoriales, en France (hors Mayotte).
29
Les enquêtes Acemo interrogent explicitement les entreprises sur les revalorisations intervenant au 1er janvier. Étant
donné la double revalorisation, des salariés bénéficiaires de celle du 1er janvier 2022 ont pu aussi bénéficier de celle du
1er octobre 2021, mais il n’est pas possible de donner des effectifs pour ces individus à partir de l’enquête.
35
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
De
1991
à 2009
De
2010**
à
2022***
* Garantie mensuelle de rémunération. La GMR a été instaurée lors du passage aux 35 heures : elle permettait aux salariés
payés au Smic, dont l'horaire de travail avait été réduit, @ bénéficier du maintien de leur rémunération. La loi dite « Fillon » du
17 janvier 2003 a programmé la convergence du Smic et de la GMR au 1er juillet 2005.
** Depuis 2010, la revalorisation du Smic s'effectue le 1er janvier, au lieu du 1er juillet. En 2012, du fait de la revalorisation
anticipée du Smic intervenue le 1er décembre 2011, l'information a été collectée sur le nombre de salariés concernés par la
revalorisation à cette date, et non au 1er janvier 2012.
*** Une double revalorisation du Smic est intervenue au 1er octobre 2021 et au 1er janvier 2022. Les proportions présentées sur
2021 et 2022 indiquent la part des salariés concernés par les revalorisations au 1er janvier de l’année considérée.
Note : les évolutions doivent être analysées avec précaution, du fait des modifications successives apportées au dispositif de
mesure. La période 2003-2005 a notamment fait l'objet d'un dispositif d'observation spécifique. Les nombres en dessous des
années renvoient au montant du Smic brut horaire au moment de la revalorisation annuelle légale.
Champ : jusqu'en 2017 : ensemble des salariés sauf apprentis, stagiaires et intérimaires ; ensemble des secteurs sauf agriculture,
administration publique, syndicats de copropriété, associations loi 1901 de l'action sociale, particuliers employeurs et activités
extraterritoriales ; France métropolitaine. À partir de 2018 : ensemble des salariés sauf apprentis, stagiaires et intérimaires ; ensemble
des secteurs sauf agriculture, administration publique, particuliers employeurs et activités extraterritoriales ; France hors Mayotte.
Lecture : 14,5 % des salariés bénéficient de la revalorisation du Smic au 1er janvier 2022.
Source : Dares, enquêtes Acemo trimestrielle et Acemo TPE.
36
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
une moindre mesure dans l’industrie (6,9 % contre 4,9 %). Elle diminue dans la construction
(8,8 % contre 9,4 % l’année précédente). Par secteurs détaillés, c’est dans le secteur de
l’ « hébergement et restauration » que la part de bénéficiaires de la revalorisation du Smic au
1er janvier reste la plus élevée, avec 41,7 % de bénéficiaires (en progression de + 4,7 points par
rapport à l’année précédente). La part de bénéficiaires de la revalorisation du Smic reste
également importante dans les secteurs de la santé (21,3 %, + 1,6 point) et des « autres
activités de service » (25,2 %, + 0,7 point). Elle a progressé de façon notable dans les
« activités de services administratifs et de soutien » (à 19,3 %, + 7,2 points par rapport au
1er janvier 2021) et dans les « transports et entreposage » (à 13,5 %, + 7,1 points par rapport
au 1er janvier 2021). La part de bénéficiaires de la revalorisation du Smic a augmenté de
2 points dans l’industrie manufacturière (à 7,3 %) et dans la production et la distribution
d’eau (à 5,8 %). Elle reste très faible dans les « activités financières et d'assurance » (à 2,9 %, -
0,3 point) et dans les secteurs de l’ « information et communication » (à 2,3 %, + 0,2 point).
Enfin, la part des bénéficiaires de la revalorisation du Smic reste beaucoup plus élevée
pour les salariés à temps partiel (29,5 % contre 11,1 % des salariés à temps complet), dans la
mesure où les salariés à temps partiel sont plus fréquemment rémunérés à proximité du
salaire minimum (voir Chapitre 3).
Comme dans ses précédents rapports, le groupe d'experts revient sur l'articulation de
la revalorisation du Smic avec les différents salaires conventionnels négociés dans les
branches30. L’interaction entre les deux est importante, en particulier dans le bas des grilles
salariées négociées par les branches, qui doivent se mettre en conformité avec le niveau de
rémunération minimum légal du Smic. Dans la continuité de l’analyse du lien entre le Smic et
l’évolution des salaires dans les branches, un encadré présente, comme les années
30
Cette partie reproduit des résultats de « La négociation collective en 2021 », bilan présenté à la Commission
nationale de la négociation collective. Ces chiffres pour l’année 2021 sont provisoires et peuvent faire l’objet de révisions
ultérieures.
37
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
1. L’année 2021 a été marquée par une forte reprise de l’activité conventionnelle
dans l’ensemble des branches
Pour rappel, la baisse en 2019, de 8 % des avenants salariaux totaux, prolongeait celle
constatée entre 2017 et 2018, après une période de forte hausse (+ 9,5 % entre 2015 et 2016,
puis + 17 % entre 2016 et 2017). Cette période était caractérisée par une faible inflation, ce
qui a pu limiter la nécessité pour les entreprises de négocier des augmentations de salaire.
L’activité conventionnelle salariale était plus mesurée en 2014 et 2015, à un niveau encore
inférieur à celui constaté en 2019. Dans la période qui a précédé ces deux phases (à savoir en
2011 et 2012), l’activité conventionnelle salariale de branche avait connu ses plus fortes
hausses, à la suite du « coup de pouce » introduit dans la revalorisation du Smic au
1er juillet 2012. Ce dernier avait contraint un certain nombre de branches à négocier un
second accord dans l’année.
L’année 2021 a été une année de transition pour les branches : poursuite des
négociations à distance, réunions à distance ou réunions en mode mixte (présentiel et
distance) ou, dans d’autres cas, reprise des négociations en présentiel. Ces adaptations ont
permis une reprise des négociations qui avait été affectées en 2020 par les difficultés
d’organiser des réunions, notamment pendant les périodes de confinement. Par
conséquent, le nombre d’avenants salariaux signés en 2021 (377 avenants) est supérieur de
30 % à celui de 2020 (290 avenants), mais reste inférieur à 2019 (- 16,8 %). Le nombre total
des textes (conventions et accords professionnels) ayant fait l’objet d’au moins un avenant
salarial est de 290 contre 237 en 2020, soit une hausse de 22 %. L’activité conventionnelle en
2021, tous secteurs confondus, connaît donc un regain de dynamisme.
En 2021, le nombre de branches n’ayant conclu aucun accord pendant les deux
dernières années est toutefois en légère hausse. On compte 22 branches du secteur général
sur 171 dans cette situation en 2021 (c’est-à-dire n’ayant conclu d’accord ni en 2020, ni en
2021) contre 17 en 2020, 21 en 2019 et 15 en 2018. Mais comme les années précédentes, le
cas le plus fréquent reste que les branches qui ne parviennent pas à conclure un accord une
année donnée y parviennent l’année suivante. Ainsi, la grande majorité des branches qui
n’ont signé aucun avenant salarial en 2021 en avaient toutefois conclu un en 2020. On peut
ainsi citer, par exemple, les branches des architectes (Île-de-France) (7 000 salariés),
laboratoires de biologie médicale (43 100 salariés), commerce de gros (331 500 salariés),
gardiens concierges (70 800 salariés), habitations à loyer modéré (HLM) (36 000 salariés),
38
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
immobilier (148 200 salariés), télécommunications (87 100 salariés), fabrication mécanique
du verre (24 300 salariés). Inversement, certaines branches ont conclu un avenant salarial en
2021 alors qu’elles ne l’avaient pas fait en 2020. C’est le cas des entreprises artistiques et
culturelles (23 000 salariés), de l’habillement commerce de détail (69 400 salariés) ou encore
de la librairie commerce de détail (12 000 salariés).
Parmi les 171 branches du secteur général de 5 000 salariés ou plus, seulement 63 (soit
36,8 %)31 avaient, au 17 décembre 202132, conclu un accord ou émis une recommandation
patronale prévoyant un premier coefficient au moins au niveau du Smic. Ce nombre était
sensiblement plus élevé les années précédentes, et notamment en 2019, où 149 branches,
soit 87 % d’entre elles, étaient en conformité avec le niveau du Smic au 31 décembre. Le
nombre de salariés couverts par des conventions salariales où le niveau du premier
coefficient est conforme au Smic enregistre donc une forte baisse : 4,7 millions de salariés en
2021, après 9,4 millions en 2020 et 9,8 millions en 2019. Cette diminution s’explique par le
fait que la plupart des branches n’ont pas pu aboutir dans leur nouvelle négociation en
raison de la hausse conséquente du Smic de décembre 2020 à décembre 2021 (+ 3,1 %).
Cette augmentation se décompose comme suit : + 2,2 % au 1er octobre 2021 au titre de la
revalorisation automatique par arrêté liée à l’inflation et + 0,9 % au titre du reliquat
d’inflation de fin d’année.
Sur les 108 branches (soit 63,2 %) représentant près de 6,6 millions de salariés pour
lesquelles la grille résultant du dernier accord conclu (ou de la dernière recommandation
patronale émise) comporte au moins un coefficient inférieur au Smic, 89 sont devenues non-
conformes à la suite de la revalorisation exceptionnelle du Smic au 1er octobre 2021, soit plus
de 80 % des branches non-conformes. Néanmoins, la plupart de ces branches ne semblent
pas présenter de difficultés récurrentes dans leurs négociations, et le retard d’actualisation
de leur grille semble plutôt provenir d’une simple difficulté de calendrier. En effet, la
majorité d’entre elles suivent depuis plusieurs années un calendrier de négociations salariales
calé sur celui de la revalorisation annuelle du Smic (au 1er janvier) et le 1er trimestre est celui
31
Ces branches couvrent au total 4,7 millions de salariés, sur un total de 17,7 millions de salariés couverts par l’ensemble
des branches suivies par la Direction générale du Travail.
32
Date du comité de suivi de la négociation salariale portant sur le nombre d’accords signés en 2021 (nonobstant la date
d’entrée en vigueur).
39
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
qui enregistre traditionnellement le plus grand nombre de signatures (environ la moitié des
accords salariaux sont signés au cours de ce trimestre).
Les résultats dans le secteur de la métallurgie marquent également une réelle rupture
par rapport à ceux de l’année 2020 (sur les 68 conventions couvrant plus de 5 000 salariés,
62, soit 91,2 % d’entre elles, disposent d’une grille affichant au moins un coefficient en
dessous du Smic, contre 29 − soit 43 % − en 2020). Les branches de la métallurgie ayant de
plus en plus souvent tendance à négocier leurs rémunérations annuelles garanties en début
d’année depuis le changement de calendrier de la revalorisation du Smic, nombre d’entre
elles ont vu leur bas de grille rattrapé par le Smic revalorisé au 1er octobre 2021. Dans le
bâtiment et les travaux publics, la proportion de branches dont la grille est conforme au
niveau du Smic en décembre 2021 est également nettement moindre que celle observée les
années précédentes (27 branches sur 57, soit 47 % contre 82 % en 2020 et des proportions
supérieures ou égales à 90 % depuis 2016).
33
Les proportions tiennent compte du nombre de salariés couverts par les conventions concernées.
40
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Encadré I.3 – L’indice des minima de branche (IMB), une mesure synthétique
du résultat de la négociation salariale de branche34
Le rapport du groupe d’experts paru en 2018 avait présenté une analyse du lien entre
la revalorisation du Smic, celle des minima de branche et les salaires individuels, à partir
d’une série de travaux menés par Erwan Gautier, Sébastien Roux et Milena Suarez-Castillo35.
Ces travaux mettaient en lumière l’importance de tenir compte de la dynamique des minima
– en plus de celle du Smic prise isolément – pour mieux comprendre l’évolution des
salaires36. Ainsi, la quantification des évolutions de ces minima continue à revêtir une
importance particulière pour le groupe d’experts, dans la mesure où il s’agit d’un canal
privilégié par lequel transitent les effets du Smic sur l’ensemble de la distribution des salaires.
L’indice des minima de branche (IMB) a été construit en 2019 par la Dares pour donner
une mesure synthétique des négociations sur les augmentations des minima conventionnels
dans les différentes branches d’activité37. L’IMB global est un indice synthétique de Laspeyres
analogue à ceux utilisés pour construire les indices de prix à la consommation : il représente
l’évolution moyenne du salaire minimal sur un trimestre donné pour l’ensemble des salariés
des branches, en donnant d’autant plus de poids à l’évolution d’un minimum donné qu’il
concerne une masse salariale minimale importante (définie par le produit entre les effectifs
34
Analyse réalisée avec le concours d’Emmanuel Berger (Dares) à la demande du groupe d’experts sur le Smic.
35
Dont un article publié en juillet 2018 dans l’ouvrage Insee Références, Emploi, chômage et revenus du travail : « Le rôle
des accords collectifs sur la dynamique des salaires ».
36
Plus précisément, les auteurs estiment que, toutes choses égales par ailleurs et à l’horizon de quelques trimestres, une
augmentation de 1 % du Smic rehausse directement les salaires de base individuels de 0,08 % en moyenne (soit un effet
relativement limité, et concentré surtout sur les plus bas salaires) tandis qu’une hausse similaire des minima
conventionnels augmente les salaires de 0,14 %, les effets de diffusion étant cette fois beaucoup plus homogènes sur
l’échelle des salaires.
37
Voir la publication suivante : P. Combault, A. Guichard et E. Ménard-Commault, « Évolution des salaires de base par
branche professionnelle en 2018 : légère accélération et pouvoir d’achat stabilisé », Dares Résultats, n° 38, août. 2019.
Un Document d’études de la Dares à paraître présentera plus en détail la méthodologie de construction de l’indice des
minima de branches.
41
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Les indices élémentaires utilisés pour construire l’IMB global (présenté dans les
graphiques ci-après) sont calculés au niveau de négociation le plus fin, à savoir au croisement
des variables de branche, CSP (cadres, professions intermédiaires, employés, ouvriers) et
niveau de qualification, à partir de la base des minima de branche (BMB)39. La pondération est
faite par la masse salariale de l’année de base (2019), afin de neutraliser l’effet du changement
de composition de la main-d’œuvre dans les évolutions, et la masse salariale est calculée en
multipliant le salaire conventionnel par les effectifs. Un changement de base est réalisé tous les
cinq ans. Les évolutions du passé ne sont pas recalculées, elles sont chaînées.
125
120
IMB Global (base 100) Smic
115
110
105
100
95
1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
38
Formellement, l’indice pour le 1er trimestre 2020 en base 2014 s’écrit :
𝑡1 2020
∑𝑖 𝛥𝑠𝑡1−2020− 𝑖 *𝑚2014−𝑖
𝐼𝑀𝐵𝑏𝑎𝑠𝑒 2014 =
∑𝑖 𝑚2014−𝑖
avec Δst1-2018-i l’évolution en % du minimum entre l’année de base (2014) et le 1er trimestre 2018 pour l’unité i
(profession*qualification*branche), et m2014-i la masse salariale minimale de l’unité correspondante pour l’année de base
(égale au produit des effectifs et de la moyenne annuelle des minima s’appliquant aux différents salariés).
39
La Direction générale du Travail enregistre pour chaque branche les accords portant sur les niveaux de rémunération
minima à niveau de qualification donnée dans la Base de données des conventions collectives (BD3C). Pour chacune
des quatre catégories socioprofessionnelles (cadres, professions intermédiaires, employés, ouvriers) sont enregistrés le
salaire conventionnel du plus bas niveau de qualification et celui du plus haut niveau de qualification. Ainsi, pour
chaque trimestre et chaque convention collective de branche, huit niveaux de salaires sont enregistrés au maximum. La
Dares extrait ces informations, ajoute les effectifs salariés issus des DADS/DSN et la ventilation des effectifs par niveau
de qualification issue de l’enquête Acemo trimestrielle, pour former la base des minima de branche (BMB). Le champ de
la BMB est restreint aux branches couvrant ou ayant couvert 5 000 salariés ou plus.
42
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
5,00
IMB Smic SMB
4,00
3,00
2,00
1,00
0,00
1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
Note : par construction, l’IMB vaut 1 en 2010 et 2014, années de référence respectivement pour 2010-2013 et 2014-2018.
Champs : branches couvrant ou ayant couvert 5 000 salariés ou plus.
Sources : Dares, enquêtes trimestrielles Acemo et BMB.
2,50
2,00
1,50
1,00
0,50
0,00
1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234 1 234
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
Les évolutions de l’IMB sont comparées dans les graphiques I.17 et I.18 à celles de deux
indicateurs. D’une part, le Smic, dont l’augmentation peut, comme indiqué plus haut, avoir
un effet sur celle des minima de branches. D’autre part, le salaire mensuel de base (SMB),
dont les variations donnent une indication de la variation moyenne de l’ensemble des
salaires individuels. Les évolutions trimestrielles de l’IMB et du SMB présentent une
43
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
saisonnalité marquée avec des augmentations plus fortes aux premiers trimestres de chaque
année. Les signatures non régulières d’accords dans certaines conventions collectives de
branches peuvent légèrement affecter la saisonnalité des trois autres trimestres et conduire
à des variations heurtées.
Depuis 2009, et jusqu’à fin 2021, l’IMB a augmenté un peu moins rapidement que le Smic
(cf. Graphique I.16). À noter que plus récemment, au 4e trimestre 2021, l’écart de dynamique
entre l’évolution du Smic et celle de l’IMB a marqué une rupture importante. Face à l’inflation,
la hausse du Smic au 1er octobre 2021 n’a pas eu d’impact notable en 2021 sur l’évolution
globale des minima telle qu’évaluée synthétiquement par l’IMB. Il faudra donc attendre l’IMB
2022 pour en évaluer les effets. Ce délai dans la répercussion de l’évolution du Smic sur les
minima de branche s’explique par la logique institutionnelle de mise en place des négociations
collectives. En effet, les partenaires sociaux doivent négocier dans les trois mois suivant un
éventuel passage des minima sous le Smic. En régime habituel, une grande partie des branches
revalorisent leurs minima au 1er trimestre suivant ainsi les hausses automatiques du Smic. De ce
fait, le coup de pouce sur le Smic de juillet 2012 a eu un petit impact sur l’IMB au 3e trimestre,
puis un impact plus important lorsqu’il a été intégré aux négociations du 1er trimestre 2013.
Dans le cas d’octobre 2021 et de la hausse du Smic en lien avec l’inflation, l’impact se fera sans
doute en 2022 et sera donc mesuré par l’IMB 2022, qui devrait d’autant plus progresser qu’il y a
eu deux nouvelles revalorisations au 1er mai et au 1er août dues à l’inflation.
Depuis 2010, les augmentations annuelles du SMB sont toujours plus élevées que celles
de l’IMB, sauf fin 2012 et début 2013 (cf. Graphique I.17), en raison des deux revalorisations
du Smic de fin 2011 (induite par l’inflation) et début 2012 (cf. Graphique I.18). Ces
revalorisations avaient conduit à une plus forte augmentation des minima conventionnels au
sein des branches. Entre 2014 et 2016, le SMB et l’IMB ont ralenti, pour partie sous l’effet
d’augmentations du Smic plus faibles. Ce ralentissement est plus marqué pour l’IMB en lien
avec sa plus forte sensibilité aux augmentations du Smic, comme le constatent également
Gautier, Roux et Suarez-Castillo (2018). Entre 2017 et 2019, les deux indicateurs ont été
orientés à la hausse, avant de diminuer en 2020 sous l’effet de la crise sanitaire. En 2021, le
glissement annuel de l’IMB (+ 0,97 %) reste comparable à celui de l’année 2020, en raison du
délai d’intégration de la hausse du Smic d’octobre 2021 par les négociations collectives
comme mentionnés plus haut.
44
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
3,50
3,00
2,50
2,00
1,50
1,00
0,50
0,00
123412341234123412341234123412341234123412341234
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
40
L’IDCC 1351 (entreprises de prévention et sécurité) a augmenté les minima pour les employés non qualifiés de 5,2 % au 2e
trimestre 2020. Le nombre très important d’employés non qualifiés dans cette branche rend l’augmentation d’autant
plus visible : ils sont environ 107 000 salariés, représentant 7 % des employés non qualifiés du champ de l’IMB (source
DADS/DSN 2018, ancien champ).
45
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Mesuré par le coût de la main-d’œuvre tel que calculé par Eurostat41, le coût horaire du
travail dans l’industrie (hors construction) s’élevait à 39,1 € en France en 2021. Il était ainsi
supérieur à la moyenne de la zone euro (32,8 €), à celui de l’Italie (26,1 €) et de l’Espagne
(23,5 €), mais inférieur à celui de l’Allemagne (42,2 €).
L’activité partielle en réponse à la crise sanitaire s’est traduite par une hausse des coûts
horaires de la main-d’œuvre en zone euro, en particulier dans le secteur des services où
l’activité partielle est prépondérante. Les différences entre les dispositifs mis en place par
chacun des pays, notamment la part de salaire prise en charge par les administrations
publiques, a créé des écarts dans cette hausse des coûts. Cette hausse provient de deux
facteurs : (i) la partie de l’indemnité d’activité partielle non prise en charge par les
administrations publiques, intégrée dans le coût du travail, alors que le nombre d’heures
travaillées diminue ; et (ii) un effet de composition, comme les salariés les plus concernés par
l’activité partielle sont en grande partie des ouvriers et des employés dont les salaires
horaires sont les plus faibles, la diminution de leurs heures rémunérées a conduit à une
pondération plus importante des salaires les plus élevés.
41
Cet indicateur de coût horaire de la main-d’œuvre fait référence pour les comparaisons internationales. En effet,
il comprend les salaires et traitements bruts, les cotisations sociales à la charge des employeurs et les impôts moins les
subventions liées à l’emploi. Dans le cas français, il intègre donc les mesures du CICE et du Pacte de responsabilité et de
solidarité.
46
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Dans le même temps, plusieurs mesures d’allégement du coût du travail sont entrées en
vigueur ou bien ont été renforcées durant la crise sanitaire, notamment l’ouverture à toutes
les entreprises du dispositif de versement d’une prime exceptionnelle de pouvoir d’achat
(Pepa)42, ou encore des exonérations de cotisations sociales et une aide au paiement des
cotisations pour les entreprises de moins de 250 salariés dans les secteurs du commerce, de
l’hébergement-restauration et des services administratifs et de soutien.
Fin 2021, les coûts horaires de la main-d’œuvre dans l’industrie en France, par rapport à
l’avant-crise (4e trimestre 2019), avaient augmenté de manière similaire à l’augmentation
moyenne en zone euro (+ 3,3 % en France contre + 3,2 % en zone euro). Cette évolution
masque une dynamique en deux temps. Les coûts horaires de la main-d’œuvre ont d’abord
divergé, jusqu’au 1er trimestre 2021 (+ 3,5 % en France contre + 1,1 % en zone euro), avant de
se rapprocher sur le reste de l’année, avec une accélération plus forte du coût de la main-
d’œuvre en zone euro. L’écart s’est à nouveau creusé à partir de 2022, sous l’effet, entre
autres, des récentes revalorisations automatiques du Smic en lien avec l’inflation. Au
2e trimestre 2022, l’augmentation des coûts du travail, par rapport à fin 2019, était de 5,8 %
en France contre 3,7 % en zone euro.
42
Le seuil a été augmenté à 2 000 euros pour les entreprises qui ont conclu un accord d’intéressement. Pour rappel, dans
le dispositif initial (avant crise sanitaire), seules les entreprices ayant signé un accord d’interessement pouvaient verser
la Pepa, pour un montant maximal de 1 000 euros.
47
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
160
Base 2000 = 100
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140
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90
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2022
France France, y compris CICE Allemagne Espagne Italie Zone euro
Sur la période 2012-2019, les coûts salariaux unitaires dans l’ensemble de l’économie
ont été moins dynamiques en France qu’en Allemagne ainsi que dans l’ensemble de la zone
euro, contribuant à redresser les parts de marché françaises (cf. Graphique I.21). En 2018 et
2019, au niveau agrégé, dans un contexte d’accélération des coûts salariaux en zone euro, les
CSU français ont moins progressé que chez nos principaux voisins : accords salariaux et
salaire minimum en Allemagne, accélération des salaires en Espagne, faible croissance de la
productivité en Italie. La modération des coûts salariaux unitaires a contribué à
l’amélioration de la compétitivité coût de la France avant la crise sanitaire. Ainsi, après dix
ans d’affaiblissement, les parts de marché françaises dans le commerce mondial étaient
globalement stables entre 2012 et 2019 (cf. Graphique I.22).
48
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
110
100
105
100 95
95
90
90
85
85
Champ : biens (valeur)
Champ : biens et services (volume)
80 80
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
Allemagne France Espagne Italie Royaume-Uni États-Unis Allemagne France Espagne Italie Royaume-Uni États-Unis
Lecture : en 2021, les parts de marché françaises (soit les exportations françaises rapportées au commerce mondial)
représentent 87,7 % de leur niveau de 2012 concernant les échanges de biens et services en volume.
Source : OCDE, FMI ; calculs DG Trésor.
En 2021 et au 1er trimestre 2022, les CSU ont augmenté dans l’ensemble des pays à
l’exception de l’Espagne. Cette évolution doit cependant être considérée avec une très
grande prudence, en raison de l’impact de la crise et des mesures de soutien sur les
indicateurs de coût du travail. En particulier, les dispositifs d’activité partielle, qui ont permis
d’absorber une partie du choc économique et de limiter l’impact sur les ménages, diffèrent
entre les pays (conditions d’éligibilité, champ, durée, taux de remplacement), alors qu’ils
affectent fortement les indicateurs sur le marché du travail. Ainsi, selon les secteurs
concernés, d’importants effets de composition peuvent intervenir et biaiser la comparaison
entre pays. De plus, la comptabilisation précise de l’activité partielle est compliquée,
notamment du point de vue des heures travaillées. Pour les coûts salariaux unitaires (CSU), la
productivité est aussi affectée par le maintien en emploi de personnes dont la production a
diminué. De ce fait, en 2020 et 2021, les comparaisons avec les pays partenaires traduisent
davantage les différences de modalités de l’arrêt de l’activité et des dispositifs d’activité
partielle que des évolutions structurelles. Au 1er trimestre 2022, avec le moindre recours à
l’activité partielle dans les différents pays, les indicateurs redeviennent plus interprétables.
Néanmoins, ils demeurent perturbés du fait du nombre important de travailleurs en arrêt
maladie ou en congés pour garde d’enfants en raison du Covid-19.
L’évolution des CSU n’est pas le facteur déterminant de la baisse des parts de marché
de la France en 2021. La part de marché de la France pour les biens recule (- 0,2 point entre
2021 et 2020) et reste relativement stable pour les biens et services (- 0,03 point). Celle-ci
s’explique davantage par le décalage des épisodes épidémiques entre les grandes économies
et par la spécialisation des exportations françaises dans des secteurs davantage impactés
par la crise (tourisme, aéronautique, automobile). Les exportations françaises sont
49
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
5%
0%
-5%
-10%
-15%
France Allemagne Espagne Italie Pays-Bas
Tourisme Aéronautique & spatial Automobile
Autres Biens & services
2. Les mesures instaurées depuis 2012 ont nettement accentué les réductions
de coût du travail au niveau du Smic
50
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
aussi été étendue à des niveaux de rémunération intermédiaires, dans le but d’améliorer la
compétitivité de l’économie française par rapport à ses principaux partenaires
commerciaux. Cette baisse du coût du travail a surtout consisté en allégements des
cotisations employeurs, lesquelles sont désormais pratiquement nulles au niveau du Smic. Le
nombre de travailleurs concernés étant substantiel, le coût de ces dépenses fiscales est
relativement important.
Initié par la loi de finances rectificative de 2012, le Crédit d’impôt pour la compétitivité
et l’emploi (CICE) est entré en vigueur le 1er janvier 201343. La transformation du CICE en
réduction de cotisations sociales patronales a été adoptée dans la loi de finances et la loi de
financement de la sécurité sociale de 2018. À compter du 1er janvier 2019, un allégement
permanent du taux de cotisation sociale d’assurance maladie à la charge des employeurs de
6 points est entré en vigueur pour les rémunérations inférieures à 2,5 Smic.
Graphique I.24 − Accentuation des mesures de baisse de coût du travail depuis 2013,
exprimée en % du salaire brut
Lecture : en 2012, l’employeur d’un salarié rémunéré au Smic bénéficiait d’un allègement de 26 points (en % du salaire
brut) de cotisations patronales. En 2019, après le renforcement des allègements généraux, l’allègement est de 40,34 %
du salaire brut (décomposés en 6 points d’allègement de cotisations maladie, 1,8 point de cotisations famille, et
32,54 points d’allègement généraux).
Sources : OCDE (Taxing Wages) ; calculs DG Trésor, correspondant à un non-cadre dans une entreprise de plus de
20 salariés.
43
Ce crédit d’impôt portait sur la masse salariale des salariés ayant une rémunération inférieure à 2,5 fois le Smic. Son
taux s’est successivement établi à 4 % en 2013, 6 % de 2014 à 2016, puis 7 % en 2017 en France métropolitaine. Voir les
précédents Rapport du groupe d’expert et le Rapport économique, social et financier du gouvernement pour plus
d’information.
51
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Depuis 2015, le CICE a été complété par des exonérations de cotisations sociales
patronales mises en œuvre dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité. Le
premier volet du Pacte a consisté en un renforcement des allègements généraux conduisant
à une exonération totale au niveau du Smic des cotisations collectées par les Urssaf, hors
assurance chômage, part non mutualisée du risque AT/MP et CUFPA44, et une baisse des
cotisations famille de 1,8 point pour les salaires inférieurs à 1,6 fois le Smic. Le deuxième
volet du Pacte, effectif depuis le 1er avril 2016, a étendu la réduction de cotisations famille
aux salaires compris entre 1,6 et 3,5 fois le Smic.
44
C’est-à-dire l’ensemble des cotisations patronales de sécurité sociale sur le risque des accidents du travail sur la part
mutualisée uniquement, la contribution de solidarité pour l’autonomie (CSA) et le versement au fonds national d’aides
au logement (Fnal). Au niveau du salaire minimum, la part non mutualisée des cotisations AT/MP, c’est-à-dire celle liée
au risque d’accidents du travail propre à l’entreprise, et la Contribution unique à la formation professionnelle et à
l’apprentissage (CUFPA) restent dues aux Urssaf. Le versement transport dans les entreprises de plus de 11 salariés est
également dû.
45
Décret n˚2019-797 du 26 juillet 2019 relatif au régime d’assurance chômage.
52
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
des contributions chômage employeur pour renforcer l’incitation à proposer des contrats
plus longs. Il concerne les entreprises de onze salariés et plus appartenant aux sept secteurs
où les entreprises se séparent le plus fréquemment de leurs salariés (supérieur à 150 % du
taux moyen)46. L’entreprise paye un « malus » de cotisations si son taux de séparation est
supérieur au taux de séparation médian de son secteur47, et bénéficie d’un « bonus » dans le
cas contraire, dans la limite d’un plancher (3 %) et d’un plafond (5,05 %).
d’intérim constatées entre le 1er juillet 2021 et le 30 juin 2022. Les taux modulés ont été
notifiés aux entreprises concernées entre le 25 août et le 1er septembre par l’Urssaf ou la
MSA. Le dispositif a toutefois été aménagé en raison de la crise économique : certains
secteurs particulièrement consommateurs de contrats courts mais fortement touchés par la
crise (HCR, transport, fabrication de denrées alimentaires ou encore les autres activités
spécialisées, techniques et scientifiques) sont exclus temporairement.
Les données de l’OCDE sur les systèmes socio-fiscaux des différents membres de
l’organisation, dites TaxBEN, permettent de comparer les niveaux de prélèvements
obligatoires sur les salaires entre pays. Le Graphique I.25 présente la décomposition des
46
Les secteurs concernés sont les suivants : hébergement et restauration, agroalimentaire, transport et entreposage,
activités scientifiques et techniques, assainissement des eaux et gestion des déchets, fabrication de caoutchouc et
plastique, travail du bois, industrie du papier et imprimerie (d’après l’arrêté du 28 juin 2021).
47
Plus particulièrement, le taux de séparation est calculé comme le nombre de fins de contrats de travail ou de missions
d’intérim assorties d’une inscription à Pôle emploi, rapporté à l’effectif annuel moyen.
48
Il n’est pas possible de donner le taux de cotisation employeur résiduel unique, car il dépend entre autres de la taille de
l’entreprise, son secteur d’activité et la localisation de l’établissement.
49
Les allégements généraux, au niveau du Smic, s’élève à 32,35 % du salaire brut, auxquels s’ajoutent le bandeau maladie
de 6 % (baisses pérennes de charges remplaçant le CICE) et le bandeau famille à 1,8 %.
50
Il est important de noter que l’article 21 de la LPFP 2018-2022 dispose que, chaque année, les niches sociales ne
peuvent excéder 14 % des recettes. Ce ratio des niches sociales était de 12,6 % en 2020, hors mesures exceptionnelles
d’exonération et d’aide au paiement. Il passerait à 13,2 % en 2022.
53
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
prélèvements et prestations dus entre le coût du travail payé par l’employeur et le revenu
net (avant impôt) perçu par le salarié. Cette décomposition permet de comparer les
composantes du coût du travail des salaires minimaux et médians entres pays. Le niveau de
prélèvements effectifs pour les employés rémunérés au salaire minimum est relativement
faible en France, en comparaison internationale. Cela est dû au faible niveau de cotisations
employeurs (seuls la Lituanie et la Roumanie ont un taux plus faible, celui du Royaume-Uni
est proche aussi mais légèrement au-dessus) en raison des allègements de cotisations
employeurs et à un niveau relativement important de prestations sociales (en particulier la
prime d’activité) dont bénéficient les salariés rémunérés au niveau du salaire minimum. Les
pays affichant un taux de prélèvement effectif inférieur à la France (souvent négatif, c’est-à-
dire un versement net positif de prestation aux salariés) se distinguent par des prestations
sociales particulièrement importantes (permettant de compenser des niveaux d’impôts ou
de cotisations parfois élevés). Parmi les voisins proches de la France, l’Allemagne a, à
l’inverse, un niveau de prélèvement à son salaire minimum particulièrement élevé, 37,4 %,
tandis que la Hongrie a le taux le plus élevé, à 43,2 %.
Lorsque l’on passe aux prélèvements obligatoires au niveau des salaires médians de
chaque pays, le classement par niveau effectif de prélèvement varie fortement51. En parti-
culier, la France remonte aux premières places, avec le cinquième niveau de prélèvement
effectif le plus élevé au niveau du salaire médian (22e au niveau du salaire minimum). Cela est
dû à la disparition progressive des prestations sociales et des allègements généraux de cotisa-
tions employeurs avec le niveau de rémunération. Le niveau effectif de prélèvement
augmente ainsi fortement, de + 33,6 points. De façon similaire, on observe une forte augmen-
tation du taux de prélèvement effectif aux Pays-Bas (+ 28,8 points) due à la perte des presta-
tions sociales et à la hausse de l’impôt sur le revenu au niveau du salaire médian. Les autres
pays ayant une augmentation très forte du taux de prélèvement effectif le long de la distribu-
tion des revenus sont la Lituanie (+ 39,1 points), les États-Unis (+ 37,3), Malte (+ 35,9) et la
Belgique (+ 34,9). A contrario, l’Allemagne, en haut de classement, a un taux de prélèvement
effectif qui varie de façon moins importante en passant du salaire minimum au niveau médian
(+ 9,5 points). La variation du taux de prélèvement effectif le long de la distribution des salaires
est le plus faible en Pologne (+ 0,9 point) et en Roumanie (+ 1,8 point).
51
En notant que les pays ne disposant pas de salaire minimum légaux nationaux ne sont pas dans le premier classement,
ni ceux pour lesquels les informations sont insuffisantes.
54
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Note : cotisation et impôts totaux payé par les employeurs et employés moins le total des prestations qui leur sont
versées, en % du coût du travail. Ces simulations reposent sur l’hypothèse d’un ménage composé d’un individu seul et
sans enfant et les modélisations des politiques en place dans les différents pays membres de l’OCDE.
Source : Tax-Benefits system v.2.4.1, OCDE 2021.
Ce coin socio-fiscal très différencié entre les bas salaires et les salaires plus élevés est à
relier à leur niveau. Pour les bas salaires, le faible coin socio-fiscal est en effet conjugué à un
niveau élevé du salaire minimum : rapporté au niveau du salaire médian, la rémunération
nette au salaire minimum apparaît ainsi élevée en comparaison internationale (losanges sur
le Graphique I.22). Tandis que le coût du travail au niveau du salaire minimum, par rapport à
celui au niveau du salaire médian, s’inscrit dans la moyenne basse de la distribution
(histogramme sur le Graphique I.26). Le coût du travail pour l’employeur d’un salarié payé au
niveau du salaire minimum rapporté à son coût au niveau du salaire médian est ainsi de
45,6 % en France. Un salarié rémunéré au Smic en France représente donc un coût total pour
son employeur deux fois inférieur à un salarié rémunéré au niveau du salaire médian ; tandis
que le revenu net de ce salarié, rémunéré au salaire minimum, représente 73,4 % du revenu
net perçu par le même salarié rémunéré au salaire médian. Ainsi, le revenu net au salaire
minimum représente trois quarts du revenu net au salaire médian, alors que le coût de ce
55
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
dernier pour l’employeur est deux fois plus élevé. Au niveau de l’Union européenne, le coût
du travail au salaire minimum représente 52,3 % de son coût au salaire médian, tandis que le
revenu net au salaire minimum représente 63,7 % du revenu net perçu par un salarié payé au
salaire médian.
Note : ces simulations reposent sur l’hypothèse d’un ménage composé d’un individu seul et sans enfant et les
modélisations des politiques en place dans les différents pays membres de l’OCDE.
Lecture : les barres de l’histogramme représentent le rapport entre le coût du travail au salaire minimum pour
l’employeur et son coût au niveau du salaire médian. Les losanges représentent le rapport entre le revenu net au salaire
minimum perçu par le salarié par rapport à son niveau pour le même salarié au salaire médian.
Source : Tax-Benefits system v.2.4.1, OCDE 2021.
4. Les évaluations des baisses de cotisations concentrées sur les bas salaires
présentent des effets positifs sur l’emploi
Ces mesures de réduction du coût du travail pour les employeurs ont conduit à des
évaluations, cependant encore peu nombreuses. Une note du Conseil d’analyse économique
(CAE) met en avant trois raisons théoriques expliquant qu’une baisse du coût du travail est
plus efficace sur l’emploi si elle est ciblée sur les bas salaires52. Premièrement, le coût du
travail est un déterminant de moins en moins important de la demande de travail au fur et à
mesure que les salaires augmentent : le capital est en effet plus facilement substituable au
travail peu qualifié qu’au travail qualifié. Deuxièmement, les allègements sur les bas salaires
bénéficient d’un effet d’assiette : pour un montant budgétaire donné, une exonération
52
Y. L’Horty, P. Martin et T. Mayer, « Baisses de charges : stop ou encore », Note du CAE, n° 49, janvier 2019.
56
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
réduit d’autant plus le coût du travail, en proportion, qu’elle est concentrée sur les bas
salaires. Enfin, troisièmement, la baisse de coût du travail se répercute moins en une hausse
des salaires pour les travailleurs proches du Smic puisque leur pouvoir de négociation est
moindre.
53
B. Crépon et R. Desplatz (2001), « Une nouvelle évaluation des effets des allégements de charges sociales sur les bas
salaires », Économie et Statistique, n° 348, 2001, p. 1-24.
54
Rapport de France Stratégie sur l’évaluation du CICE, septembre 2020. L’évaluation macroéconomique intègre des
effets indirects. Lorsqu’on les prend en compte, les emplois créés ou sauvegardés grâce au CICE seraient plus élevés,
entre 150 000 et 200 000 emplois en tenant compte du financement de la mesure (par une combinaison d'économies
de dépenses publiques et de hausse de fiscalité) et jusqu’à 400 000 emplois dans un scénario où le coût du CICE n’est
pas compensé par des taxes ou des moindres dépenses. Néanmoins, ces estimations macroéconomiques sont
entourées d’une plus forte incertitude statistique et doivent être considérées avec prudence.
55
Le taux de marge correspond au rapport entre l’excédent brut d’exploitation et la valeur ajoutée, autrement dit la part
de la valeur ajoutée qui rémunère le capital. Son niveau dépend positivement de la productivité du travail, du ratio
entre le prix de la valeur ajoutée et le prix de la consommation, des termes de l’échange et du montant des subventions
d’exploitation. Il dépend négativement du coût réel du travail et du montant des impôts de production.
56
La moyenne du taux de marge sur la période 1990-2008 s’élève à 32,5 %, avec un écart type de 0,5.
57
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
de la masse salariale de 2018 et de la baisse des cotisations sociales portant sur la masse
salariale 2019. En corrigeant de ce double enregistrement ponctuel, le taux de marge des
SNF aurait été inférieur de 1,3 point, soit plus bas que le niveau moyen d’avant la crise de
2008 (cf. Graphique I.27). Cela signifie que de 2008 à 2019, le coût salarial horaire (ou par
employé) a augmenté davantage que la productivité horaire (ou par emploi) et ceci alors
même que sur cette période, des politiques en faveur de la baisse du coût du travail ont été
mises en œuvre (comme le CICE ou pacte de responsabilité et de solidarité). Cela peut
refléter en partie un renforcement de la concurrence dans les services57 (télécom, grande
distribution, etc.).
En 2020, le taux de marge des SNF s’est maintenu à son niveau de 2019 (ajusté de la
double bascule CICE) malgré la perte d’activité et les mesures de lutte contre l’épidémie.
Cette résilience du taux de marge résulte des mesures d’urgence mises en place par le
Gouvernement (activité partielle, fonds de solidarité et exonérations de cotisations
notamment) qui ont largement atténué l’effet de la crise sur les entreprises.
Le taux de marge est en recul au 1er semestre 2022, à 31,7 % au 1er trimestre et 32,2 %
au 2e trimestre. Plus précisément, le taux de marge a commencé à reculer dès le
3e trimestre 2021, sous l’effet de l’extinction progressive de certaines mesures d’urgence,
dont le fonds de solidarité. En plus de la sortie des dernières mesures d’urgence, s’ajoute un
dynamisme plus fort des salaires que de l’activité qui joue à la baisse sur le taux de marge. Il
se maintient néanmoins à un niveau proche de sa moyenne historique malgré le contexte
international peu porteur grâce à la résistance générale de l’économie française, à une
progression des salaires moins rapide que l’inflation, ainsi qu’aux aides ciblées versées aux
entreprises pour faire face à la hausse des prix de l’énergie : les mesures de soutien
spécifiques aux entreprises énergo-intensives et les aides pour les secteurs les plus exposés à
la hausse du coût des intrants (l’agriculture, la pêche, les transports et le secteur du BTP,
notamment).
57
Voir le dossier de la Note de conjoncture de l’Insee de décembre 2017 : B. Patier et B. Virely, « Le taux de marge des
entreprises s’équilibrerait à un niveau plus bas qu’avant-crise », Note de conjoncture, 2017, p. 39-57.
58
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
36%
34%
32%
30%
28%
La revalorisation du Smic au 1er janvier 2022, puis celles au 1er mai et au 1er août sont
associées à une reprise de l’inflation consécutive de la sortie de crise et à l’augmentation des
prix de l’énergie dans le contexte de la guerre en Ukraine. La formule de revalorisation
automatique a ainsi permis de maintenir le pouvoir d’achat des actifs occupés à bas salaires,
dans un contexte d’inflation élevée, en particulier en comparaison internationale (voir le
chapitre 4). A contrario, les négociations de branche ont semblé moins à même de remplir à
court terme un rôle d’ajustement des salaires à la dynamique d’inflation. La forte dynamique
des revalorisations du Smic sur la période a conduit à la mise en non-conformité d’un
nombre important de minima de branche.
59
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Les chiffres d’inflation publiés par l’Insee mi-novembre font état d’un glissement
annuel positif de l’IPC hors tabac des ménages du 1er quintile de niveau de vie, de 6,6 % en
octobre. En conséquence, sans revalorisation discrétionnaire (« coup de pouce ») et selon
l’estimation provisoire qui peut être faite au moment de la rédaction de ce rapport, la
revalorisation automatique serait de l’ordre d’1,8 % au 1er janvier 2023 par rapport à celle du
1er août 2022, soit une progression d’environ 6,6 % sur 12 mois. Compte tenu de la
dynamique d’inflation, les chiffres définitifs seraient susceptibles d’être un peu plus élevés.
*
* *
En conclusion de cette partie, l’année 2022 est marquée par une forte hausse du Smic
dans un contexte d’inflation élevée. Les évolutions du SHBOE ou du SMB sont également
dynamiques, mais dans une moindre mesure : elles résultent de la négociation entre salariés
et entreprises et sont donc plus lentes à réagir face à des poussées d’inflation. Par ailleurs, le
renforcement du pouvoir de négociation des salariés dans un contexte de tensions sur le
marché du travail, couplé à la montée de l’inflation, constitue un climat propice aux
revendications salariales et à une hausse des salaires. Les prochains trimestres devraient
donc être marqués par la poursuite de la diffusion des fortes hausses du Smic et les résultats
des négociations au niveau des entreprises.
60
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Chapitre 2
Niveau de vie des salariés rémunérés
au salaire minimum
Le salaire minimum, défini pour la rémunération brute d’une heure d’activité salariée,
n’a qu’un effet indirect sur la pauvreté et les inégalités. En effet, d’une part, la définition du
revenu brut auquel le minimum fait référence diffère de celle du revenu disponible utilisé
pour mesurer la pauvreté. D’autre part, la définition d’un salaire minimum horaire ne garantit
pas une rémunération annuelle, notamment lorsque le salarié travaille à temps partiel, alors
que les statistiques relatives à la pauvreté sont mesurées sur les revenus annuels. La première
partie de cette étude présente les prélèvements obligatoires et les prestations sociales qui
s’appliquent à la rémunération brute pour former le niveau de vie d’un individu. La deuxième
partie décrit le phénomène d’activité à temps partiel, sa corrélation avec la pauvreté et sa
prise en compte par le système socio-fiscal. Elle présente également les gains de revenu
disponible permis par le passage d’une activité à temps partiel à une activité à temps plein.
58
Le seuil de pauvreté retenu ici correspond à 60 % du niveau de vie médian.
59
Les unités de consommation (UC) sont calculées selon une échelle qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5
UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans.
60
Les dépenses contraintes des ménages et en particulier les loyers payés par les locataires ou fictifs imputés pour les
propriétaires ne font, par définition, pas partie du revenu disponible et donc du niveau de vie.
61
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
La définition du niveau de vie sur la base des revenus annuels contribue ainsi à
distendre le lien entre la rémunération horaire et le statut à l’égard de la pauvreté qui
dépend aussi du temps de travail effectué sur l’année61. Le Graphique II.1 représente la
répartition des individus dont la rémunération horaire est comprise entre 1 et 1,05 Smic62. Il
met en évidence que les salariés au Smic sont davantage situés dans la première moitié de la
distribution, 48 % de ces individus sont situés entre le premier et le quatrième décile de
niveau de vie et 20 % ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté63. Environ 13 % des
individus au Smic bénéficient toutefois d’un niveau de vie supérieur au septième décile de
niveau de vie.
Graphique II.1 – Répartition des individus au Smic horaire selon le niveau de vie
Champ : France métropolitaine, ménages ordinaires dont la personne de référence n’est pas étudiante et le revenu
fiscal de référence est positif ou nul.
Lecture : 13,6 % des individus au Smic horaire ont un niveau de vie entre le troisième et quatrième décile.
Source : ERFS 2019 ; calculs DG Trésor.
61
Voir la Partie B sur les liens entre quotité de travail et pauvreté.
62
Un individu est considéré comme étant rémunéré au Smic lorsque sa rémunération horaire, évaluée chaque trimestre
travaillé et moyennée sur l’année, est inférieure à 1,05 Smic.
63
Les personnes seules et les membres de familles monoparentales sont sureprésentés parmi les individus pauvres. Cette
surreprésentation existe aussi si on se restreint aux individus le salaire horaire est inférieur à 1,05 Smic.
62
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
3 000
2 500
Montants en €/mois
2 000
1 500
1 000
500
0
0 0,25 0,5 0,75 1 1,25 1,5 1,75 2
Revenus d'activité en part de Smic à temps plein
Note : l’individu est célibataire sans enfant, locataire en zone 2 et paye un loyer au moins égal au loyer-plafond pour le
calcul des aides au logement.
Source : calculs DG Trésor, législation septembre 2022.
63
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Tableau II.1 – Revenu disponible mensuel et niveau de vie d’individus rémunérés au Smic
horaire selon sept compositions familiales et quotités de travail différente
Personne seule
sans enfant, 1 679 € 350 € - - 237 € - - 1 566 € 1 566 €
à temps plein
Personne seule
sans enfant, 839 € 175 € - - 258 € 198 € - 1 121 € 1 121 €
à mi-temps
Couple
monoactif avec
1 679 € 350 € - - 566 € 282 € 203 € 2 380 € 1 133 €
deux enfants,
à temps plein
Couple
monoactif avec
839 € 175 € - 274 € 406 € 455 € 203 € 2 002 € 954 €
deux enfants,
à mi-temps
Couple biactif
avec deux
3 358 € 700 € - - 393 € - 203 € 3 254 € 1 549 €
enfants,
à temps plein
Note : les ménages sont locataires en zone 2 et payent un loyer au moins égal au loyer-plafond pour le calcul des aides
au logement. En présence d’enfants, ceux-ci sont âgés de 6 et 8 ans. Le parent isolé perçoit l’allocation de soutien
familial et n’est pas éligible à la majoration temporaire de prime d’activité et de RSA. Le niveau de vie, égal au revenu
disponible du ménage sur une année divisé par le nombre d'unités de consommation (UC) dans le ménage, est
mensualisé.
Source : calculs DG Trésor, législation septembre 2022.
64
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Versée sous condition de ressources, la prime d’activité est une prestation dont le calcul repose sur
quatre paramètres :
‒ Le montant forfaitaire : montant maximal de la part familialisée qui varie en fonction des
ressources du ménage et de sa composition (il est multiplié par un coefficient de 1,5 pour un
couple sans enfant, majoré de 0,3 pour chacun des deux premiers enfants et 0,4 par enfant
supplémentaire). Il est revalorisé au 1er avril en suivant l’évolution de l’indice des prix à la
consommation hors tabac en moyenne annuelle constatée. Il a été revalorisé de manière
anticipée de 4,0 % au 1er juillet 2022.
‒ Le taux de cumul avec les revenus d’activité du foyer (ou pente) : 61 % des revenus d’activité
peuvent être cumulés avec la prestation.
‒ La bonification individuelle : part individualisée, qui varie en fonction des revenus d’activité
de chaque individu. Un couple peut ainsi bénéficier de 0, 1 ou 2 bonifications individuelles,
qu’elles soient partielles ou maximales. Le montant de la bonification est nul quand les
revenus sont inférieurs à 653 € (59 fois le Smic horaire brut) et il est de 170,60 € quand ces
revenus dépassent 1 328 € (120 fois le Smic horaire brut) en septembre 2022. L’augmentation
progressive du montant de cette bonification permet de diminuer les taux marginaux de
prélèvement sur cette tranche de revenu, encourageant le passage du mi-temps au temps
plein.
‒ Le revenu cible ou montant théorique : l’ensemble des ressources du ménage que l’on vient
soustraire des termes précédents. Il s’agit ici des revenus d’activité auxquels on ajoute les
autres prestations sociales (logement, famille), les revenus de remplacement (allocation de
retour à l’emploi) ou encore les pensions alimentaires.
Ainsi, lorsque les ressources totales du ménage64 sont inférieures à la somme [montant forfaitaire +
0,61*revenus d’activité + bonification], le ménage perçoit une prime d’activité. Lorsque ses ressources
sont supérieures à cette somme, le ménage ne perçoit pas de prime d’activité (et pas de bonification
individuelle non plus).
Lorsque les ressources du ménage (le quatrième terme) sont supérieures au montant forfaitaire,
chaque euro supplémentaire de ressource pour un membre du foyer se traduit donc par une
augmentation de 0,61 € du deuxième terme mais également par une augmentation d’un euro du
quatrième terme venant en soustraction, le tout faisant ainsi diminuer le montant total de la prime
perçue par le foyer de 0,39 €. Cette dégressivité linéaire de la prime d’activité est atténuée lorsque les
revenus d’activité participent également à augmenter le montant de la bonification (troisième terme).
Sans revalorisation du montant forfaitaire de prime d’activité, une augmentation du Smic à quotité
de travail inchangée conduit à une réduction du montant de prime d’activité perçu pour une
personne non bénéficiaire des aides au logement, si ses ressources sont supérieures au montant
forfaitaire de la Prime d’activité. Si ses ressources sont inférieures au montant forfaitaire de la prime
64
Les ressources du ménage comprennent les revenus d’activité et du capital, les aides au logement dans la limite du
forfait logement, les prestations familiales (sauf la partie majorée du complément familial et la part revalorisée de
l’allocation de soutien familial), certains minimas sociaux (dont l’ASS, l’AAH et l’Aspa), les pensions d’invalidité et de
retraite et les pensions alimentaires perçues.
65
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
d’activité, une augmentation du Smic viendra augmenter le montant de prime d’activité perçu, et par
ailleurs entraînera une diminution équivalente du RSA, l’individu se situant sur la pente ascendante de
la prime d’activité (cf. Graphique II.3). La revalorisation du Smic n’influe pas sur le bénéfice de la
bonification individuelle car ses seuils de déclenchement et d’extinction sont définis en multiple de
Smic brut.
600
500
Montant en €/mois
400
300
200
100
0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1 1,1 1,2 1,3 1,4
Revenus d'activité en part de Smic à temps plein
Prime d'activité hors bonification RSA
Note : l’individu est célibataire sans enfant et ne bénéficie pas des aides au logement.
Source : calculs DG Trésor, législation septembre 2022.
Les effets d’une augmentation de 1 % du Smic sur le revenu disponible peuvent être
analysés sur plusieurs cas-types, en prenant en compte les conséquences de l’augmentation
de salaire brut sur l’ensemble des prélèvements et transferts sociaux. Pour les ménages
modestes, une hausse de revenu primaire vient réduire le montant des principales
prestations sociales dont ils bénéficient et vient, dans une moindre mesure, rehausser les
prélèvements auxquels ils sont soumis. Les prestations sociales étant calculées au niveau du
foyer, l’effet de la hausse de revenu net sur le revenu disponible dépend de la configuration
du ménage et du niveau de rémunération de ses membres. L’évaluation des effets d’une
hausse de 1 % du Smic horaire brut sur le revenu disponible de différents types de ménages,
présentée dans le rapport 2019 du groupe d’experts, est actualisée dans cette étude (cf.
Graphique II.4). Il est fait l’hypothèse que cette hausse du Smic n’a pas d’impact sur leur
nombre d’heures travaillées. Le revenu disponible associé au Smic en vigueur en septembre
2022 est comparé à celui dans une situation fictive où le Smic bénéficierait d’un « coup de
66
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
pouce » et serait augmenté de 1 % de plus que l’augmentation légale, toutes choses étant
égales par ailleurs. L’analyse tient compte de l’ensemble des composantes du revenu
disponible : les revenus primaires, qui sont ici uniquement composés des salaires ; les
prestations sociales, dont le RSA, la prime d’activité, les prestations familiales en présence
d’enfants et les aides au logement ; et l’impôt sur le revenu, qui ne concerne aucun des cas-
types analysés à ces niveaux de revenus.
1,0%
Évolution en part du revenu disponible
0,5%
0,0%
-0,5%
Personne Personne Couple Couple Couple Parent isolé Parent isolé
seule sans seule sans monoactif monoactif biactif avec avec deux avec deux
enfant, à enfant, à mi- avec deux avec deux deux enfants, à enfant, à mi-
temps plein temps enfants, à enfants, à enfants, à temps plein temps
temps plein mi-temps temps plein
Salaire net Prime d'activité
Note : les ménages sont locataires en zone 2 et payent un loyer au moins égal au loyer-plafond pour le calcul des aides
au logement. En présence d’enfants, ceux-ci sont âgés de 6 et 8 ans. Le parent isolé perçoit l’allocation de soutien
familial et n’est pas éligible à la majoration temporaire de prime d’activité et de RSA.
Lecture : une augmentation de 1 % du Smic se traduirait par une augmentation de revenu disponible de 0,5 % dans le
cas d’une personne célibataire sans enfant travaillant au Smic à temps plein. Les ressources du couple monoactif à mi-
temps avec deux enfants étant inférieures au montant forfaitaire familialisé de la prime d’activité, une augmentation
de revenus primaires entraîne une augmentation du montant perçu de prime d’activité.
Source : calculs DG Trésor, législation septembre 2022.
67
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
1. La pauvreté est plus fréquente chez les ménages dont le temps de travail
est plus faible
Pour analyser l’effet du temps de travail sur le niveau de vie, il est possible de
décomposer le revenu du travail d’un ménage entre une quantité de travail et un salaire
horaire moyen. La quantité de travail du ménage, exprimée en multiples d’équivalent temps
plein annuel, est rapportée au nombre d’UC du ménage pour tenir compte de sa
composition familiale66. Le salaire horaire moyen du ménage, correspondant à la moyenne
des salaires horaires de l’ensemble des individus travaillant dans ce ménage, est exprimé en
parts de Smic.
La quotité de travail moyenne des ménages est croissante avec le niveau de vie, plus
particulièrement dans le bas de la distribution (cf. Graphique II.5)67. La quotité de travail
moyenne des ménages actifs occupés du premier dixième de niveau de vie est environ deux
fois plus faible que celle des ménages du troisième dixième et environ trois fois plus faible
que celle des ménages du cinquième dixième. La progression de la durée moyenne travaillée
est moins prononcée au-delà du cinquième décile. Le salaire horaire moyen des ménages est
plus stable selon le niveau de vie que la quotité travaillée. Le salaire horaire moyen progresse
faiblement dans la première moitié de la distribution, allant de 1,27 part de Smic horaire
pour le premier dixième de niveau de vie à 1,54 part de Smic horaire pour le cinquième
dixième de niveau de vie. Dans le haut de la distribution, le salaire horaire moyen connaît
une accélération plus marquée.
65
Dans cette étude, un ménage est défini comme actif occupé si au moins un de ses membres est un actif occupé.
Environ 19 millions de ménages sont des actifs occupés du secteur privé.
66
Le nombre d’unités de consommation des ménages dont au moins un membre travaille est relativement stable dans la
distribution des niveaux de vie.
67
Le nombre de ménages actifs occupés varie selon les dixièmes de niveaux de vie, il est plus faible dans les trois premiers
dixièmes de niveau de vie.
68
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Note : le dernier percentile de niveau de vie n’est pas présenté dans la distribution, la présence de très hauts revenus
du travail venant distordre les résultats moyens au-delà du neuvième décile.
Champ : France métropolitaine, ménages ordinaires dont la personne de référence n’est pas étudiante et le revenu
fiscal de référence est positif ou nul.
Lecture : pour les ménages dont le niveau de vie est compris entre le quatrième et le cinquième décile dont au moins
un membre a travaillé durant l’année, le salaire horaire moyen est de 1,5 Smic et la quantité de travail moyenne en
EQTP (quotité de travail * durée de travail en fraction d’année) est de 0,8 par UC.
Source : Saphir 2023, DG Trésor.
La même analyse peut être effectuée en classant les ménages en quatre tranches selon
leur position par rapport au seuil de pauvreté68 : inférieur au seuil de pauvreté ; entre 1 et
1,5 fois le seuil de pauvreté ; entre 1,5 et 2 fois le seuil de pauvreté ; et au-delà de 2 fois le
seuil de pauvreté (cf. Graphique II.6). La quotité de travail des ménages pauvres est en
moyenne significativement plus faible que celle des ménages non pauvres. Elle est deux fois
plus faible que celle des ménages dont le niveau de vie est compris entre 1 et 1,5 fois le seuil
de pauvreté et environ trois fois plus faible que celle des ménages dont le niveau de vie est
compris entre 1,5 et 2 fois le seuil de pauvreté. En revanche, le salaire horaire des ménages
pauvres est inférieur mais proche de celui des deux tranches supérieures. Le salaire horaire
augmente significativement entre la troisième et la dernière tranche de niveau de vie
(+ 130 % contre + 30 % entre la première et la troisième tranche).
68
Le seuil de pauvreté est défini comme représentant 60 % du niveau de vie médian.
69
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Graphique II.6 – Salaire horaire moyen et quantité de travail moyenne par unité de
consommation, par tranche de niveau de vie définie par rapport au seuil de pauvreté
Champ : France métropolitaine, ménages ordinaires dont la personne de référence n’est pas étudiante et le revenu
fiscal de référence est positif ou nul.
Lecture : pour les ménages situés entre 1 et 1,5 fois le seuil de pauvreté dont au moins un membre a travaillé durant
l’année, le salaire horaire moyen est de 1,4 Smic et la quantité de travail moyenne en EQTP (quotité de travail*durée de
travail en fraction d’année) est de 0,6 par unité de consommation.
Source : Saphir 2023, DG Trésor.
Le calcul des prestations sociales et des impôts dépend du revenu primaire du foyer,
indépendamment de la combinaison de temps de travail et de la rémunération horaire qui
permet de l’obtenir. La prime d’activité, en particulier, prend en compte les revenus
d’activité mais pas le volume horaire travaillé, contrairement à l’ancienne prime pour
l’emploi qui dépendait des revenus et de la quotité travaillée. Une augmentation du temps
de travail est toutefois associée dans la plupart des cas à un gain de revenu disponible. Cette
incitation monétaire est d’abord permise par la baisse progressive du montant des
principales prestations sociales avec le revenu qui assure un gain de revenu disponible pour
une personne sans revenus primaires prenant une activité au Smic à temps plein. En bas de
la distribution des revenus, les taux marginaux de prélèvement correspondent à la baisse du
RSA et de la prime d’activité – dont le dispositif d’intéressement a pour objectif de garantir
une hausse de revenu disponible de 0,61 € pour une augmentation du revenu d’activité de
1 €, soit un taux marginal de prélèvement de 39 %.
70
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
individu perçoit une rémunération équivalente au Smic à temps plein. Ainsi, la perte de
prime d’activité et de RSA est plus faible lors du passage du mi-temps au temps plein que
lors du passage de l’inactivité au mi-temps (cf. Graphique II.7 – Lecture 2)69.
Note : les taux marginaux de prélèvement sont associés à une hausse de rémunération du premier conjoint d’une ampleur
fixée par convention à 0,02 Smic sur une plage de revenu comprise entre 0 et 3 Smic. L’individu est célibataire sans enfants,
locataire en zone 2 et paye un loyer au moins égal au loyer-plafond pour le calcul des aides au logement.
Lecture
1 : l’arrondi à la centaine d’euros de la base ressource annuelle entraine une volatilité du taux marginal de prélèvement lors de
la dégressivité des allocations logement et explique l’apparition de nombreux effets de seuil où, pour un euro de revenus
supplémentaires, la base ressource augmente de 100 €, et le montant d’aide au logement perçu diminue brusquement.
2 : diminution du taux de prélèvement lié à la prime d’activité, en raison de la progression de la bonification individuelle.
3 : neutralisation de la dégressivité des allocations logement par la prime d’activité, en raison d’un montant d’allocation
logement inférieur à celui du forfait logement de la prime d’activité).
4 : rehaussement du taux de prélèvement lié à la prime d’activité à l’issue de la phase de progression de la bonification individuelle.
A : seuil de non-versement du RSA et décalage des montants forfaitaires du RSA et de la prime d’activité (lorsque les ressources du
foyer excèdent le montant forfaitaire du RSA, le montant de la prime d’activité, calculée sur la base d’un montant forfaitaire plus
faible, conduit à un décrochage dans la courbe d’aide liée à l’ensemble RSA/prime d’activité en fonction du revenu).
B : seuil de recouvrement de l’impôt sur le revenu.
C : seuil de non-versement de la prime d’activité.
Source : calculs DG Trésor, législation septembre 2022.
Pour une personne seule, locataire et sans enfant70, le taux moyen de prélèvement71
est plus élevé lors de la prise d’une activité à temps plein que lors du passage d’un mi-temps
69
Pour une personne seule sans enfant, la perte d’allocations logement cumulée à celle de prime d’activité contribue
néanmoins à rehausser le taux moyen de prélèvement sur certaines tranches de revenus (cf. Graphique II.7 – Lecture 1).
70
Locataire d’un logement en zone 2 et dont le loyer est supérieur ou égal au loyer plafond.
71
Le taux moyen de prélèvement décrit la perte de prestations sociales et l’imposition additionnelle associées à une
augmentation de revenu primaire net de contributions et cotisations sociales, et peut être décrit par l’équation
suivante : 𝑇𝑀𝑃 = 1 −
∆𝑅𝑒𝑣𝑒𝑛𝑢 𝑑𝑖𝑠𝑝𝑜𝑛𝑖𝑏𝑙𝑒
∆𝑅𝑒𝑣𝑒𝑛𝑢 𝑝𝑟𝑖𝑚𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑛𝑒𝑡
71
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
à un temps plein. La prise d’une activité à temps plein d’un individu sans activité, touchant le
RSA et des aides au logement, permet d’augmenter son revenu disponible de 760 € selon la
législation en vigueur en septembre 2022. Le taux moyen de prélèvement lors de la prise
d’une activité à temps plein est de 43 % (cf. Graphique II.8). Lors du passage du mi-temps au
temps plein, ce taux de prélèvement est de 33 % en raison de l’activation de la bonification
individuelle.
40%
35%
30%
25%
20%
15%
10%
5%
0%
Célibataire sans enfants Couple avec 2 enfants, conjoint Couple avec 2 enfants, conjoint
sans ressources rémunéré au SMIC à temps plein
Note : les individus de référence sont rémunérés au Smic horaire. Les ménages sont locataires en zone 2 et payent un
loyer au moins égal au loyer-plafond pour le calcul des aides au logement. En présence d’enfants, ceux-ci sont âgés de
6 et 8 ans. Le conjoint rémunéré au Smic dans le couple avec deux enfants travaille à temps plein.
Lecture : pour un célibataire locataire sans enfant, lors du passage de l'inactivité à un emploi rémunéré au Smic à
temps plein, la somme de la réduction des montants de prestation sociales perçus et de l’augmentation de l’impôt
payé sera égale à 43 % de l’augmentation de son salaire net.
Source : calculs DG Trésor, législation septembre 2022.
72
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Chapitre 3
Exposition des travailleurs à temps partiel à la pauvreté
Un emploi est dit à « temps partiel » lorsqu’il repose sur une durée de travail inférieure
à la durée – légale ou conventionnelle – pratiquée dans l’entreprise. Ce type de contrat peut
constituer un facteur de pauvreté en raison des revenus salariaux mécaniquement plus bas
qui y sont associés. Toutefois, au-delà d’une moindre rémunération globale, les salariés à
temps partiel ont également une rémunération horaire en moyenne plus faible,
particulièrement dans les situations de temps partiel contraint par l’employeur ou pour
raisons familiales. Le temps partiel peut dès lors conduire à une situation de pauvreté
laborieuse avec des « travailleurs pauvres », pour lesquels se cumulent emploi salarié, quotité
horaire moindre et bas salaire impliquant un revenu total du travail faible : ainsi, un tiers des
salariés au voisinage du Smic est à temps partiel, soit deux fois plus que l’ensemble des
salariés, selon l’Insee.
En France, 17,3 % des salariés travaillaient à temps partiel en 2021, soit une part proche
de la moyenne européenne (17,7 %)72. Ce chapitre apporte un focus sur le sujet en exploitant
l’enquête Conditions de travail73, dont la dernière version porte sur l’année 2019 et qui
permet de caractériser les personnes travaillant à temps partiel et les motifs de celui-ci
(contrainte employeur, raisons familiales, santé, etc.). Il s’appuie aussi sur les contributions de
l’Insee (en annexes), de la Dares74 et de la Direction générale du Trésor sur le sujet.
Ces résultats confirment que, avant le salaire horaire et donc avant le niveau du salaire
minimum, l’insuffisance du nombre d’heures travaillées et la situation familiale sont des
facteurs importants de pauvreté laborieuse et concernent davantage les femmes.
L’augmentation du niveau de vie des ménages en situation de pauvreté par le biais d’une
augmentation de leurs revenus du travail doit donc prioritairement reposer sur des mesures
permettant une augmentation de la durée du travail.
72
Ce taux est particulièrement élevé dans les pays du nord de l’Europe (42,2 % aux Pays-Bas, 27,9 % en Allemagne, 20,3 %
en Suède), plus faible dans ceux du sud (18,2 % en Italie, 13,7 % en Espagne) et très bas dans les pays moins développés
(9,2 % en Slovénie, 5,7 % en République tchèque et 1,6 % en Bulgarie). Données Eurostat.
73
Dares, enquête Conditions de travail 2019 (CT-RPS 2019).
74
M. Beatriz et L.-A. Erb, « Salariés à temps partiel : des conditions de travail et d’emploi en demi-teinte », à paraître.
73
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Le droit actuel apparaît favorable a priori au temps partiel « choisi » : le refus par un
salarié d’accomplir un travail à temps partiel ne constitue ni une faute ni un motif de
licenciement, tandis que tout salarié peut demander un passage à temps partiel, quelle que
soit la raison invoquée, qu’un accord collectif encadre ce passage ou non. La demande du
salarié ne peut être refusée que si l’employeur justifie de l’absence d’emploi disponible
relevant de la catégorie professionnelle du salarié, ou de l’absence d’emploi équivalent, ou
s’il peut démontrer que le changement d’emploi demandé aurait des conséquences
préjudiciables à la bonne marche de l’entreprise.
La part des salariés à temps partiel a progressé de près de 10 points à partir du milieu des
années 1970 et jusqu’à la fin des années 1990. Cette forme d’emploi a principalement été
favorisée par la mise en place de politiques publiques77 par le biais d’incitations financières
75
Ces dispositions ne sont pas applicables aux contrats d’une durée au plus égale à sept jours, aux contrats à durée
déterminée conclus pour le remplacement d’un salarié absent, à certains contrats de travail à durée indéterminée
conclus dans le cadre d’un cumul avec certains contrats spécifiques afin d’atteindre une durée globale d’activité
correspondant à un temps plein, ou au moins égale à la durée minimale du travail.
76
Article L3123-7 du code du travail.
77
V. Ulrich et S. Zilberman, « De plus en plus d’emplois à temps partiel au cours des vingt-cinq dernières années », Dares
Résultats, n° 39.3, 2007. Voir aussi : C. Raffin et H. Yildiz, « Depuis 1975, le temps de travail annuel a baissé de 350 heures,
mais avec des horaires moins réguliers et plus contrôlés », France, portrait social, édition 2019, Insee Références, 2019.
74
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
(mise en place à partir de 1992 d’un abattement de cotisations patronales sur les emplois à
temps partiel dans le secteur privé) et de dispositifs d’insertion ciblés (via l’essor des contrats
aidés dans le secteur non marchand). Si le temps partiel recule depuis 2014, il continue à rester
plus fréquent sur certaines catégories de la population. En particulier, il concerne
principalement les femmes : en 2019, près de 30 % d’entre elles occupent un emploi salarié à
temps partiel dans leur emploi principal, contre 8,2 % des hommes et 18,7 % sur l’ensemble de
la population, d’après l’Insee à partir de l’enquête Emploi (cf. Graphique III.1).
Graphique III.1 – Part de personnes à temps partiel dans leur emploi principal
(en %)
35
30
Femmes
25
20
Ensemble
15
10
Hommes
5
0
1993
1994
1995
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
Lecture : en 2019, 29,6 % des femmes en emploi travaillent à temps partiel.
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, en emploi.
Source : Insee, enquête Emploi, données corrigées pour les ruptures de séries.
En outre, le temps partiel est plus courant au-dessus de 45 ans. Près de la moitié des
emplois à temps partiels sont occupés par cette population plus âgée. L’influence de l’âge sur
78
Champ retenu dans la suite de ce chapitre, sauf mention contraire.
75
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
l’état de santé peut ainsi motiver le recours au temps partiel. L’emploi à temps partiel pour
raison de santé étant plus important parmi les personnes plus âgées. De même, certains
dispositifs (retraite progressive, mi-temps thérapeutique, utilisation des points d’un compte de
pénibilité) facilitent le recours au temps partiel et rendent l’activité professionnelle plus
soutenable à des âges plus avancés tout en en réduisant les pertes de revenus.
Hommes 60 17
Genre
Femmes 40 83
Moins de 25 ans 10 11
Âge De 25 à 44 ans 50 42
Plus de 45 ans 40 47
Inférieur au bac 37 45
Niveau du Bac 20 21
diplôme Bac +2 à +4 28 23
Bac +5 et supérieur 15 10
Personne Oui 9 12
immigrée Non 91 88
Enfant de Oui 11 9
moins de 3 ans Non 89 91
Couple avec conjoint(e) en emploi 55 50
Situation
Couple avec conjoint(e) sans emploi 17 19
familiale
Autres situations 28 30
Reconnaissance Oui ou en cours 4 10
handicap Non 96 90
Plusieurs types de motifs peuvent expliquer le choix d’un temps partiel : la volonté de
mieux concilier vie privée et vie professionnelle, le besoin d’un revenu d’appoint ou d’un
temps supplémentaire pour exercer une activité de loisir ou suivre une formation. Néanmoins,
près de la moitié des salariés (41 %) justifient leur recours au temps partiel par des contraintes
de nature économique (cf. les éléments statistiques complémentaires en fin de chapitre,
Graphique III.11), c’est-à-dire par l’impossibilité de pouvoir travailler davantage dans l’emploi
actuel, soit un temps partiel « subi » (par la suite, nous assimilons cette raison déclarée du
temps partiel comme du temps partiel pour « contraintes employeurs » ou « contraintes
économiques »). Le temps partiel contraint concerne plus fréquemment les jeunes et les
salariés les moins qualifiés. La nécessité de disposer de davantage de temps libre pour
s’occuper d’un membre de la famille est le second motif le plus répandu (23 %). Les hommes
et les femmes ne recourent pas tout à fait au temps partiel pour les mêmes raisons. Bien que la
76
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
part des salariés justifiant le recours au temps partiel pour des contraintes économiques soit
similaire pour les femmes et pour les hommes (41 %), ces derniers y recourent plus souvent par
choix79 que les femmes. Les femmes recourent plus souvent au temps partiel pour des raisons
qui se révèlent plus contraignantes, en lien avec des nécessités familiales (afin notamment de
s’occuper d’enfants ou d’une personne dépendante).
100
proportion de salariés à temps partiel
90
80
70
60
(en %)
50
40
30
20
10
0
Contraintes employeurs Cumul études Cumul retraite Santé Enfants, famille Autres
Champ : salariés hors fonctionnaires, militaires et fonctionnaires stagiaires, France entière.
Lecture : en 2019, les contraintes économiques représentent 46 % des raisons du temps partiel.
Note : la classe « autres » regroupent les motifs de complément d’une autre activité professionnelle, le travail
domestique (hors contraintes familiales) ou la volonté d’avoir plus de temps libre.
Source : Dares, enquête Conditions de travail 2019 (CT-RPS 2019).
79
Si l’on regroupe derrière cette modalité d’une part la poursuite d’étude (« cumul études ») et d’autre part le
complément d’une autre activité professionnelle, le travail domestique (hors contraintes familiales) ou la volonté
d’avoir plus de temps libre (ces trois motifs étant classés dans « autres »).
80
Ce motif pourrait par ailleurs expliquer les différences de recours au temps partiel entre hommes et femmes à cette
période. Selon la Drees (S. Villaume et É. Legendre, « Modes de garde et d’accueil des jeunes enfants en 2013 », Études
et résultats, n° 896, 2014), seulement 12 % du temps de garde parental entre 8 heures et 19 heures en semaine est
effectué par le père seul, quand plus de la moitié est effectuée par la mère seule.
77
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
60
Proportion de salariés à temps partiel (en %)
50
40
30
20
10
0
15 à 19 20 à 24 25 à 29 30 à 34 35 à 39 40 à 44 45 à 49 50 à 54 55 à 59 60 à 64 65 ans
ans ans ans ans ans ans ans ans ans ans et plus
Femmes Hommes
Enfin, une analyse toutes choses égales par ailleurs81 montre que la probabilité
d’occuper un emploi à temps partiel est supérieure pour les femmes, les jeunes, les salariés
faiblement diplômés et les parents de famille nombreuse (cf. en fin de chapitre les éléments
statistiques complémentaires, Tableau III.8). Lorsqu’on restreint l’analyse à la probabilité
d’occuper un emploi à temps partiel subi, le genre et le nombre de personnes dans le
ménage deviennent moins déterminants. En revanche, la probabilité d’être en temps partiel
subi devient particulièrement importante pour les personnes ayant le moins d’années
d’études.
81
Champ : tous salariés dans le secteur privé et public, hors contrat d’alternance.
78
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Les métiers avec un taux de recours élevé au temps partiel se démarquent ainsi plus
souvent par des horaires atypiques (cf. Tableau III.2). Les salariés à temps partiels subis
travaillent ainsi davantage le weekend par rapport à l’ensemble des salariés (33,6 % contre
26,4 %), et sont davantage amenés à travailler dans la même journée durant deux périodes
séparées par plus de trois heures (16,2 % des temps partiel subis contre 9,2 % pour les autres
motifs de temps partiel et 5,3 % pour l’ensemble des salariés). Il peut s’agir des pics d’activité
durant la journée (matin et soir par exemple) ou sur certains jours de la semaine, comme le
samedi. En plus des horaires atypiques, la saisonnalité de certaines activités semble associée
à un plus grand recours au temps partiel. On constate ainsi que les personnes en temps
partiel par contrainte de l’employeur sont plus souvent en contrat à durée déterminée
(24,8 %), que les autres salariés à temps partiel (13,2 %).
Ces contraintes sur l’activité se retrouvent notamment dans des secteurs comme
l’hébergement et la restauration, le secteur du nettoyage ou le secteur des activités
immobilières (cf. Graphique III.4). Ces secteurs présentent une proportion de recours au
temps partiel pour motif économique particulièrement importante. Le temps partiel
apparaît donc comme une forme contractuelle permettant de répondre aux contraintes
organisationnelles de certains secteurs d’activité, avec une activité hebdomadaire irrégulière
et des contrats de travail plus courts.
Note : le temps partiel dit « subi » correspond au motif économique, quand le travailleur déclare une impossibilité à
travailler davantage du fait de l’employeur.
Source : Dares, enquête Conditions de travail 2019 (CT-RPS 2019).
82
Le temps partiel « non subi » intègre – en plus des raisons qui définissent le temps partiel « choisi » – les raisons de
santé, et de charges familiales.
79
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Graphique III.4 – Les motifs du recours au temps partiel par secteur d’activité
Note : le graphique montre la part du temps partiel dans l’ensemble de l’emploi, ainsi que le motif qui y est associé, par
secteur. Le temps partiel dit « subi » correspond au motif économique, quand le travailleur déclare une impossibilité à
travailler davantage du fait de l’employeur.
Source : Dares, enquête Conditions de travail 2019 (CT-RPS 2019).
80
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Le rôle du choix de la profession sur le maintien en temps partiel est bien plus
important que celui du choix de l’employeur84. En effet, la probabilité de passer à temps
plein est 1,9 fois plus forte lors d’un changement d’entreprise, par rapport au maintien au
même poste dans la même entreprise. De même, la probabilité de trouver un emploi à
temps complet en changeant de poste, au sein de la même entreprise, augmente de 2,7
fois, par rapport au maintien au même poste. En changeant de profession, la probabilité
de passage à temps plein est alors 3,7 fois plus élevée. Ces résultats reflètent la plus
grande difficulté, à un niveau individuel, d’obtenir une augmentation du temps de travail
sans changer de poste ou profession. En effet, les contraintes, habitudes et particularités
de certains métiers les rendent actuellement mal adaptés au travail à temps plein (pics
d’activité, multiplicité des lieux de travail, contraintes opérationnelles, par exemple).
83
Pour définir cette catégories atypique (plusieurs employeurs pour un même poste), les heures travaillées sont sommées
entre les différents particulier-employeurs et sont inférieures à 35 heures hebdomadaires, mais supérieures à 24 heures.
84
Ces statistiques peuvent cacher des effets de composition, si les personnes (ou les employeurs de ces personnes)
souhaitant changer de profession souhaitaient aussi systématiquement plus passer à temps plein, quand celles ayant
choisi d’être employé à temps partiel ne souhaiterait pas non plus changer de poste. Cette hypothèse nécessiterait
davantage d’investigation pour être testée.
81
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
82
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Un emploi à temps partiel correspond plus souvent à une situation de bas salaire qu’un
emploi à temps complet. Les salariés à temps partiel sont en effet moins rémunérés en
moyenne que les salariés à temps complet, non seulement sur le revenu total mais aussi en
équivalent temps plein. En 2019, le salaire net médian mensuel déclaré est de 880 euros pour
les salariés à temps partiel contre 1 750 euros à temps complet, soit deux fois moins. Leur
moindre quotité de travail n’explique en revanche qu’une partie de cet écart car le salaire
horaire net demeure en moyenne inférieur pour les temps partiels (cf. Graphique III.5, écart
de salaire net médian en EQTP entre temps plein et temps partiel). À noter également que
les écarts de rémunération sont particulièrement nets pour le temps partiel contraint par
l’employeur.
Graphique III.5 − Salaire mensuel net déclaré selon les raisons du temps partiel
2 000 €
1 750 €
1 800 € 1 630 €
1 590 € 1 550 €
1 600 €
1 350 € 1 400 €
1 400 € 1 310 € 1 290 €
1 200 € 1 230 €
1 200 € 1 100 €
1 000 € 880 €
800 € 790 €
800 €
600 € 560 €
600 €
400 €
200 €
- €
83
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
en moyenne de 6 % aux personnes en temps plein (cf. Graphique III.6)85. Cette pénalité
salariale par rapport aux individus à temps plein est plus forte pour les salariés à temps
partiel subi, en moyenne de 12 % (cf. les éléments statistiques complémentaires en fin de
chapitre, Graphique III.12).
Champ : tous salariés hors contrats d’alternance, personnes interrogées ayant entre 25 à 55 ans.
Note : le graphique présente l’évolution des coefficients estimés par moindres carrés pour les variables indicatrices
correspondant à différents régimes de temps partiel quand le temps plein est pris comme base quand la variable
dépendante est le logarithme du salaire horaire et un certain nombre de contrôles sont inclus ou non. Les contrôles
sont : le sexe, l’âge, l’âge au carré, l’âge à la sortie des études, l’âge à la sortie des études au carré, la situation
matrimoniale, le nombre de personnes dans le foyer, la profession (PCS à deux chiffres).
Lecture : toutes choses égales par ailleurs, une personne à mi-temps a un salaire horaire inférieur en moyenne de 6 %
aux personnes en temps plein.
Source : Dares, enquête Conditions de travail 2019 (CT-RPS 2019) ; calculs DG Trésor.
85
Champ : tous salariés dans le secteur privé et public, hors contrat d’alternance.
84
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Temps plein 5 29 43 21 2
Temps partiel 10 32 42 12 3
Cumul retraite 2 21 59 14 4
Cumul études 11 20 50 13 5
Enfants, famille 7 27 44 14 7
Autres 9 29 43 15 3
Contraintes employeurs 13 37 40 10 1
Santé 10 44 32 14 0
0 20 40 60 80 100
Proportion de salariés (en %)
Très mal payé Plutôt mal payé Normalement payé Bien payé Très bien payé
Graphique III.8 – Crainte pour son emploi pour l'année qui vient,
selon les raisons du temps partiel
40
35
Proportion de salariés (en %)
30
25
20
15
10
0
Temps Temps Contraintes Cumul Cumul Santé Enfants, Autres
complet partiel employeurs études retraite famille
85
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Moyenne 2018-2020
Temps complet 10,3 %
Temps partiel, dont : 21,7 %
n’a pas trouvé d’emploi à temps complet 31,5 %
exerce une autre activité professionnelle 16,7 %
pour s’occuper de ses enfants ou d’un proche 12,2 %
pour raison de santé ou de handicap 14,5 %
pour suivre des études ou une formation 31,7 %
pour disposer d’un revenu d’appoint 19,2 %
pour avoir du temps libre 13,2 %
pour une autre raison 13,3 %
Ensemble 12,5 %
(*) Salaire horaire estimé inférieur à 1,05 × salaire horaire du Smic de l'année.
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, salariées.
Lecture : 21,7 % des salariés à temps partiel perçoivent un salaire proche du Smic. Parmi les salariés à temps partiel
contraint, 31,5 % sont au voisinage du Smic.
Source : Insee, enquête Emploi 2018-2020.
Tableau III.5 – Raisons de temps partiel selon les caractéristiques des salariés en 2018-2020
(*) Salaire horaire estimé inférieur à 1,05 × salaire horaire du Smic de l'année.
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, salariées.
Lecture : en moyenne entre 2018 et 2020, 32,8 % des salariés au voisinage du Smic travaillent à temps partiel. Parmi les
salariés au voisinage du Smic, travaillant à temps partiel, le fait de ne pas avoir trouvé d'emploi à temps complet est
citée comme raison principale du temps partiel.
Source : Insee, enquêtes Emploi 2018-2020.
86
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Le temps partiel contraint apparaît dès lors être un facteur important dans la
détermination du niveau de vie, et a fortiori sur le risque de pauvreté monétaire86. Un temps
partiel subi est plus souvent associé à un faible niveau de vie et à un taux de pauvreté élevé
(cf. Tableau III.6). Cette observation est d’autant plus marquée lorsque la quotité de travail
diminue. Lorsque celle-ci est inférieure à 80 %, plus de 20 % des salariés à temps partiel parce
qu’ils n’ont pas trouvé d’emploi à temps complet vivent dans un ménage sous le seuil de
pauvreté, qu’ils soient ou non au voisinage du Smic (écart de 3 à 4 points de pourcentage sur
le taux de pauvreté). Plus que le salaire horaire, le temps partiel contraint sur des quotités
inférieures à 80 % peut par conséquent être un facteur de pauvreté.
(*) Le niveau de vie est égal au revenu disponible annuel du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation (UC).
(**) Salaire horaire estimé inférieur à 1,05 × salaire horaire du Smic de l'année.
Note : le niveau de vie et le taux de pauvreté de l'ensemble des salariés peuvent différer des données diffusées par
ailleurs sur insee.fr en raison de la disponibilité du salaire horaire sur un échantillon d'enquête plus réduit
Champ : France métropolitaine, salariés vivant dans un ménage dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la
personne de référence n'est pas étudiante.
Lecture : le niveau de vie médian des personnes à temps partiel sur des quotités de travail de 50 % ou moins est de
16 310 euros par an. Le taux de pauvreté sur cette population est de 31,3 %. Les salariés à temps complet percevant un
salaire horaire proche du Smic ont un niveau de vie annuel médian de 19 880 €. 12,1 % ont un niveau de vie inférieur au
seuil de pauvreté.
Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquête Revenus fiscaux et sociaux 2019.
86
Une personne est considérée comme pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Ce seuil est
calculé par rapport à la médiane de la distribution nationale des niveaux de vie. Le seuil à 60 % du niveau de vie médian
est privilégié en Europe. Le taux de pauvreté correspond à la proportion de personnes dont le niveau de vie est
inférieur à ce seuil.
87
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
La structure familiale des personnes à temps partiel joue également pour beaucoup sur
l’exposition à la pauvreté monétaire. À temps partiel, les salariés vivant dans un ménage
composé d’une personne seule ou en famille monoparentale sont nettement plus exposés à
la pauvreté monétaire que les autres (cf. Tableau III.7), que leur salaire horaire soit proche du
Smic (plus du tiers ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté) ou supérieur au Smic
(plus du quart sont sous le seuil de pauvreté).
(*) Le niveau de vie est égal au revenu disponible annuel du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation
(UC).
(**) Salaire horaire estimé inférieur à 1,05 × salaire horaire du Smic de l'année.
Note : le niveau de vie et le taux de pauvreté de l'ensemble des salariés peuvent différer des données diffusées par
ailleurs sur insee.fr en raison de la disponibilité du salaire horaire sur un échantillon d'enquête plus réduit.
Champ : France métropolitaine, salariés vivant dans un ménage dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la
personne de référence n'est pas étudiante.
Lecture : les personnes seules salariées à temps complet et percevant un salaire horaire proche du Smic ont un niveau
de vie annuel médian de 18 000 €. 11,9 % ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté.
Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquête Revenus fiscaux et sociaux 2019.
88
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
En plus de pénalités sur la rémunération, les salariés à temps partiel sont également plus
nombreux à manquer de reconnaissance non-salariale. Ils sont près de la moitié à déclarer que
leur position professionnelle ne correspond pas à leur formation (contre moins d’un tiers pour les
salariés à temps complet). De même, plus de la moitié des salariés à temps partiel pour raison
économique, raison familiale ou raison de santé déclare avoir des perspectives de promotion
insuffisantes eu égard à leur effort au travail. Plus globalement, ces salariés déclarent manquer
d’autonomie et de marges de manœuvre dans leur travail (cf. Graphique III.987). En revanche, la
réduction du temps de travail peut être associée à des conditions de travail plus favorables pour
certaines dimensions. Ainsi, en moyenne, les salariés à temps partiel sont moins exposés à un
travail intense que ceux à temps plein.
15
Écart par rapport aux salariés à temps plein
10
0
(en %)
-5
-10
-15
-20
Temps Contraintes Cumul Cumul Santé Enfants, Autres
partiel employeurs études retraite famille
87
Les indicateurs de ce graphique sont construits à partir d’une nomenclature explicitée dans le rapport de Michel Gollac
et Marceline Bodier « Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser » (2011).
89
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
À noter que l’OCDE, dans les Perspectives pour l’emploi de 2022, a analysé le lien entre
temps partiel et divers indicateurs de « bien-être » (satisfaction au travail, équilibre vie
personnelle/vie professionnelle, satisfaction en matière de temps libre) et a mis en évidence
deux effets divergents. Le temps partiel choisi aurait ainsi un impact positif sur le bien-être
tandis que cet effet deviendrait négatif en cas de temps partiel subi ou choisi pour raisons
familiales.
Le recours au temps partiel n’est pas nécessairement une étape vers le temps
complet : il pourrait exister des « trappes » à temps partiel, en particulier lorsqu’il est subi,
pour les personnes qui accèdent au marché du travail par cette forme d’emploi. En 2018,
selon l’enquête Emploi, seules 12,7 % des personnes âgées de 25 à 54 ans, à temps partiel à
un instant donné, ont un emploi à temps plein un an après (cf. Graphique III.10).
Par ailleurs, 77,2 % des personnes âgées de 25 à 54 ans à temps partiel à un instant
donné en 2018, le sont encore un an plus tard. Ceci indique une forte inertie de ce type de
contrat, en lien avec ce qui a été discuté précédemment. Par ailleurs, sur l’échantillon étudié,
9,6 % des personnes observées à temps partiel durant l’année 2018 n’avaient plus d’activité
professionnelle au bout d’un an, une proportion deux fois plus élevée que parmi les
personnes à temps plein.
Les temps partiels, en particulier les temps partiels subis, sont par ailleurs fréquents
parmi les formes d’emploi qui entre-coupent deux périodes de chômage. En effet, 24,9 %
des personnes âgées de 25 à 54 ans, au chômage un instant donné en 2018 et qui le sont
encore un an après, mais avec au moins une période d’emploi entre ces deux dates, ont
exercé au moins une activité à temps partiel. Ce temps partiel intermédiaire est subi pour
68,3 % d’entre elles.
90
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Note : la somme des pourcentages de probabilités de transition à partir d’une situation donnée peut ne pas être égale
à 100, dans les cas où l’état d’arrivé est « non-renseigné ».
Champ : enquêtés dont l’âge est compris entre 25 et 54 ans à un instant donné en 2018.
Lecture : parmi les personnes âgées de 25 à 54 ans au chômage à un instant donné en 2018, 38,3 % étaient toujours au
chômage un an après, 23,2 % étaient devenues inactives, 25,2 % étaient en emploi à temps complet et 11,3 % à temps
partiel.
Source : enquête Emploi en continu ; calculs DG Trésor.
Sortir du temps partiel est aussi plus difficile pour les femmes. L’enquête Conditions de
travail 2019 montre qu’entre 2013 et 2019, 74 % des femmes à temps partiel le sont encore
trois ans après, contre 56 % des hommes. En tenant compte de déterminants susceptibles
d’expliquer la permanence dans un emploi à temps partiel – présence d’un enfant, état de
santé altéré, âge, profession, diplôme, ancienneté dans l’établissement, durée du contrat de
travail, taille de l’entreprise – ces résultats perdurent : les femmes ont plus de deux fois
moins de chance d’obtenir un emploi à temps complet trois ans après que les hommes,
toutes choses égales par ailleurs.
91
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
.79*** .58***
Être une femme
(.05) (.07)
-.06*** -.06***
Âge
(.01) (.02)
-.09*** -.12****
Âge à la fin des études
(.03) (.04)
.22*** .13*
Nombre de personnes dans le ménage
(.06) (.07)
Note : * signifie que le coefficient est significatif à 10 %, ** significatif à 5 % et *** significatif à 1 % ; les chiffres entre parenthèses
correspondent à la référence et le chiffre en haut présente l’écart à la moyenne.
Champ : tous salariés hors contrats d’alternance. Coefficients estimés par Probit pour un certain nombre de caractéristiques
individuelles à secteurs et professions donnés.
Lecture : être une femme augmente la probabilité d’être à temps partiel. En revanche, avoir un âge élevé réduit la probabilité
d’occuper un emploi à temps partiel.
Source : Dares, enquête Conditions de travail 2019 (CT-RPS 2019) ; calculs DG Trésor.
92
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
100%
90% 18 17
26
Part des salariés à temps partiel
80%
70% 23 8 26 Autres
30% Santé
10%
0%
Ensemble Hommes Femmes
Note : la classe « autres » regroupent les motifs de complément d’une autre activité professionnelle, le travail
domestique (hors contraintes familiales) ou la volonté d’avoir plus de temps libre.
Champ : salariés hors fonctionnaires, militaires et fonctionnaires stagiaires, France entière.
Lecture : en 2019, 7 % des hommes à temps partiel le sont pour raisons de santé.
Source : Dares, enquête Conditions de travail 2019 (CT-RPS 2019).
Note : le graphique présente l’évolution des coefficients estimés par moindre carré pour les variables indicatrices
correspondant à différents régimes de temps partiel quand le temps plein est pris comme base quand la variable
dépendante est le logarithme du salaire horaire et un certain nombre de contrôles sont inclus ou non. Les contrôles
sont : le sexe, l’âge, l’âge au carré, l’âge à la sortie des études, l’âge à la sortie des études au carré, la situation
matrimoniale, le nombre de personnes dans le foyer, la profession (PCS à deux chiffres).
Champ : personnes interrogées ayant entre 25 à 55 ans.
Source : Dares, enquête Conditions de travail 2019 (CT-RPS 2019) ; calcul DG Trésor.
93
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Temps complet 9 17 74
Temps partiel 19 16 65
Enfants, famille 10 14 76
Santé 13 11 76
Autres 13 16 70
Cumul retraite 19 11 71
Contraintes employeurs 26 19 55
Cumul études 30 19 51
94
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Chapitre 4
Actualité internationale du salaire minimum
Au sein de l’Union européenne, seuls six États membres parmi les 27 ne disposent pas
encore d’un salaire minimum : Autriche, Danemark, Chypre88, Finlande, Italie et Suède. En
effet, depuis les années 1990, la mise en place de salaires minimums nationaux est en
expansion en Europe et à travers le monde89. Ce développement reflète le besoin de
régulation sur le marché du travail du niveau minimum de rémunération des salariés, en
particulier pour protéger les travailleurs avec un faible pouvoir de négociation et garantir
une compétition équitable entre employeurs. Cependant, le cadre choisi par chaque pays
ayant mis en place un salaire minimal est très hétérogène90 : modalité et fréquence de
revalorisation (par exemple, formule automatique, groupe d’experts, décision
discrétionnaire), niveau (par exemple, pourcentage du revenu moyen ou médian) ou encore
périmètre (par exemple, niveaux régionaux, catégories d’actif, classes d’âge). Par ailleurs, la
majorité des pays est dotée d’un comité de suivi, composé selon les pays d’experts, d’élus
et/ou des partenaires sociaux donnant un avis indépendant au gouvernement ou au
parlement sur l’opportunité d’une revalorisation du salaire minimum. Dans ce contexte, une
Directive relative à des salaires minimaux adéquats a été adoptée de façon définitive, par le
Conseil de l’Union européenne le 4 octobre 2022, afin de fixer un cadre commun aux pays
européens, de disséminer les bonnes pratiques et garantir aux travailleurs un niveau
satisfaisant de rémunérations minimales.
Le contexte actuel de forte inflation exerce une pression à la baisse sur le niveau réel des
salaires et génère une actualité particulièrement dynamique de revalorisation des salaires
minimums nationaux. Le Graphique IV.1 présente le niveau d’inflation sur un an pour différents
pays disposant d’un salaire minimum en Europe et dans le monde. Le niveau d’inflation le plus
bas enregistré, dans cette sélection, est de + 3,0 % au Japon, le plus haut est de + 20,7 % pour
la Hongrie, en glissement annuel en septembre 2022. Plus généralement, les pays d’Europe de
88
Chypre est doté d’un salaire minimum pour certains métiers : nourrice, agent de propreté, pédiatre, commercial,
assistant d’éducation, aide-soignant, agent de sécurité et clerc de notaire. Pour les autres métiers, il est fixé par la
négociation collective.
89
Parmi les 38 pays membres de l’OCDE, une large majorité (30 pays) disposent d’un salaire minimum statutaire national.
L’Autriche, le Danemark, la Finlande, l’Islande, l’Italie, la Norvège, la Suède et la Suisse n’en disposent pas. En 2014, ils
étaient 25 (en notant que le nombre de membres de l’OCDE a aussi augmenté et qu’il s’établissait à 34 membres en
2014). D’après l’Organisation internationale du travail (OIT), plus de 100 pays dans le monde sont aujourd’hui dotés d’un
salaire minimum statutaire national (ilostat.ilo.org/topics/wages).
90
Pour des éléments complémentaires sur le fonctionnement des Commissions ou Groupes d’experts suivant le salaire
minimum dans différents pays se référer au Rapport 2018 du Groupe d’expert sur le Smic.
95
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
l’Est ont connu une inflation particulièrement forte, tandis qu’elle a été plus modérée, autour
de + 10 %, en Europe de l’Ouest (hors Pays-Bas, plus haut, et France, plus bas). Moins impacté
par la guerre en Ukraine, le reste des pays retenus, disposant d’un salaire minimum, connait
une inflation plus faible, avec par exemple + 8,2 % aux Etats-Unis, + 7,3 % en Australie ou
+ 5,6 % en Corée du Sud. Grâce aux dispositifs mis en place pour lutter contre la hausse
générale des prix, la France (+ 6,2 %) se range parmi les pays connaissant un niveau
d’inflation relativement contenu.
91
Pour une revue de l’évolution et des systèmes de fixation des salaires, se référer à la Fiche thématique du semestre
européen dédié, publié par la Commission européenne
(https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/file_import/european-semester_thematic-factsheet_wage-developments-
wage-setting-systems_fr.pdf).
96
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
25,00%
20,00%
15,00%
10,00%
5,00%
0,00%
Source : données harmonisées d’Eurostat, sauf les pays signalés par « * » source OCDE et « ** » où les données
proviennent directement de l’organisme statistique du pays ; calculs DG Trésor.
92
Les Pays-Bas ont aussi un mécanisme d’indexation du niveau du salaire minimum, mais sur le niveau des salaires issu des
négociations entre partenaires sociaux.
93
Plus précisément un coup de pouce de 8,05 % a été ajouté en loi de finance pour le 1er janvier 2023, en plus du
mécanisme de revalorisation automatique, pour compenser la perte de pouvoir d’achat dans le contexte inflationniste
particulièrement sévère aux Pays-Bas (+ 17,10 % sur un an).
97
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Graphique IV.2 − Salaire minimum nominal et réel par pays entre janvier 2021
et septembre 2022 (base 100 en décembre 2020)
Note : le salaire minimum réel correspond au salaire minimum nominal déflaté par l’indice des prix à la consommation (tous
postes, séries nationales) provenant de la base de données de l’OCDE relative aux indices de prix à la consommation (IPC). En
Belgique et en France, les salaires minimums sont indexés sur des indices de prix différents et, par conséquent, l’évolution des
salaires minimums réels présentée dans ce graphique ne reflète pas exactement l’effet de l’indexation.
Avertissements pays : en Allemagne, le salaire minimum a été augmenté de 10,4 % en octobre 2022 et cette augmentation
n’apparaît pas ici. En Belgique, le salaire minimum reporté est celui concernant les salariés âgés de 18 ans et plus. À partir d'avril
2022, le salaire minimum ne comprend plus de conditions d’âge et d’ancienneté et a été ajusté en conséquence par une
augmentation de 4,7 % à cette date. En Espagne, le salaire minimum inclut les primes annuelles (13e et 14e mois). Aux Pays-Bas,
le salaire minimum (incluant la prime de vacances) est celui des salariés âgés de 21 ans et plus. Par ailleurs, un coup de pouce de
+8,05 % a été ajouté en loi de finance fin août portant effet pour le 1er janvier 2023. Il s’ajoute à la revalorisation initialement
prévue, pour compenser la perte de pouvoir d’achat dans le contexte inflationniste particulièrement sévère aux Pays-Bas
(+ 17,10 % sur un an). Ce qui porte l’augmentation prévue au 1er janvier 2023 aux Pays-Bas à 10,15 %.
Source : S. Cazes, A. Garnero et D. Pacifico (2022), « Minimum wages in times of inflation », OECD Policy Brief, décembre.
OCDE : Base de données sur l’emploi et base de données relative aux indices de prix à la consommation (IPC).
Le Tableau IV.1 suivant synthétise les situations dans différents pays à partir des
remontées fournies par les services économiques en ambassade de la Direction générale du
Trésor, présentant l’évolution du salaire minimum sur un an et la chronique des différentes
revalorisations, mais aussi l’évolution de l’inflation sur un an (entre septembre 2021 et
septembre 2022 à partir des données Eurostat, OCDE ou des organismes statistiques
nationaux). Ces observations ont été récoltées en août 2022, puis actualisées en octobre
2022. Un détail rapide de la situation de chacun de ces pays est proposé ensuite. La situation
de la Suisse est aussi mentionnée dans le texte (pas de salaire minimum légal au niveau
98
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
national mais dans certains cantons), ainsi que celui de l’Italie (dernier pays voisin de la
France, membre de l’Union européenne, à ne pas être doté d’un salaire minimum national).
Évolution
Niveau précédent
Dernier niveau* du de l’Indice des prix
du salaire minimum Revalorisations entre
salaire minimum brut à la consommation
Pays au niveau national nov. 2021 – oct. 2022
au niveau national sur un an
brut en 2021 [chronique]
disponible en 2022** (sept. 2021 – sept.
(octobre)
2022)
+ 2,2 % ; + 0,9 % ;
+ 2,65 % ; + 2,01 %
France 11,07 €/h 10,48 €/h + 6,2 %
{oct. 2021 ; janv. 2022 ;
mai 2022 ; août 2022}
+ 6,4 % ; + 14,8 %
Allemagne 12 €/h 9,85 €/h + 10,9 %
{juil. 2022 ; oct. 2022}
+ 11,09 % ; + 2,0 %
11,95 €/h
Belgique 9,87 €/h {avril 2022 ; oct.- + 12,1 %
1842,28 €/mois
nov. 2022}
+ 1,6 % ; + 3,65 %
7,66 €/h***
Espagne 7,28 €/h {sept. 2021 ; + 9,0 %
janv. 2022}
+ 2 % ; + 7,54 %
Grèce 4,78 €/h 4,36 €/mois + 12,1 %
{janv. 2022 ; mai 2022)
2,75 €/h (40 h/s) 2,68 €/h + 19,5 %
Hongrie + 20,7 %
1 150 HUF/h 963 HUF/h [janv. 2022]
+ 2,95 %
Irlande 10,50 €/h 10,2 €/h + 8,6 %
[janv. 2022]
11,26 €/h (36 h/s)
10,91 €/h (36 h/s) + 1,8 %
Pays-Bas 10,67 €/h (38 h/s) + 17,1 %
9,82 €/h (40 h/s) [juil. 2022]
10,14 €/h (40h/s)
4,10 €/h 3,99 €/h + 7,5 %
Pologne + 15,7 %
19,70 PLN/h 18,30 PLN/h [janv. 2022]
+ 4,72 % ; + 6,02 %
Portugal 4,75 €/h 775,8 €/mois + 9,8 %
{2021 ; 2022}
République 3,93 €/h 3,55 €/h + 6,6 %
+ 17,8 %
tchèque 96,40 CZK/h 90,50 CZK/h [janv. 2022]
Royaume- 10,91 €/h 10,52 €/h + 6,6 %
+ 10,1 %
Uni 9,50 £/h 8,91 £/h [avril 2022]
+ 8,4 %
Slovaquie 3,71 €/h (40 h/s) 3,58 €/h + 13,6 %
[juil. 2022]
+ 4,9 %
Slovénie 6,17 €/h 1024 €/mois + 10,6 %
[janv. 2021]
99
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Évolution
Niveau précédent
Dernier niveau* du de l’Indice des prix
du salaire minimum Revalorisations entre
salaire minimum brut à la consommation
Pays au niveau national nov. 2021 – oct. 2022
au niveau national sur un an
brut en 2021 [chronique]
disponible en 2022** (sept. 2021 – sept.
(octobre)
2022)
Hors Europe
(+ 4,5 % ; 6,9 %)
Afrique du 1,30 €/h (40 h/s) 1,26 €/h
{mars 2021 ; + 7,8 %
Sud 23,19 ZAR/h 21,69 ZAR/h
mars 2022}
13,82 €/h 12,98 €/h (+ 5,2 %)
Australie + 7,3 %
21,38 AUD/h 20,33 $/h [juil. 2022]
11,54 €/h (+ 3,6 %)
Canada **** + 6,9 %
15,55 CAD/h [avril 2022]
Corée 6,49 €/h 6,36 €/h (+ 5,1 %)
+ 5,6 %
du Sud 9 120 wons/h 8715 wons/h [2021]
7,38 €/h*****
7,25 $/h 6,25 €/h
États-Unis 0 + 8,2 %
salaire minimum 7,25 $/h
effectif : 11 $/h
6,64 €/h 7,09 €/h (+ 3,3 %)
Japon + 3,0 %
961 ¥/h 930 ¥/h [oct. 2022]
*** Le salaire minimum horaire n’existe pas d’un point de vue légal en Espagne, sauf pour les travailleurs dans les services de
ménage à domicile (où il est de 7,82 €/h). En prenant comme référence le temps de travail annuel selon la jurisprudence
espagnole, soit 1 826 heures et 27 minutes, on obtient un salaire minimum de 7,66 € par heure travaillée. Ce chiffre est
cependant à prendre avec précaution, n’ayant aucune valeur légale. Il est exposé ici au titre d’une comparaison lisible des
différents salaires minimums horaires dans le monde.
**** Le salaire minimum fédéral canadien est entré en vigueur le 29 décembre 2021, à hauteur de 15,00 CAD/h, avant d’être
revalorisé le 1er avril 2022 à 15,55 CAD/h. Il sera ajusté tous les ans à cette date selon l’indice des prix à la consommation
annuel mesuré par Statistics Canada.
***** Le niveau horaire des salaires minimums nationaux de 2021 et 2022 sont convertis en euros à partir du taux de change
du mois d’octobre de l’année correspondante. Le niveau horaire du salaire minimum fédéral aux États-Unis n’a pas été
augmenté mais, du fait de l’évolution du taux de change du dollar des États-Unis vis-à-vis de l’euro, le montant en euros a
augmenté.
Note : ces valeurs correspondent au niveau du salaire minimum national légal. Dans certains pays, comme les États-Unis, le
Canada ou le Japon par exemple, il peut être ajusté (à la hausse) par les juridictions locales (par exemple, régions,
municipalités). D’autres pays peuvent avoir des modalités d’application particulières (par exemple, Slovénie, voir détail dans la
partie pays). Enfin, plusieurs valeurs peuvent apparaître pour un même pays (par exemple les Pays-Bas) : il s’agit du passage du
niveau de fixation légale (par exemple, niveau mensuel aux Pays-Bas) au niveau horaire (la base d’heures hebdomadaires légales
travaillées aux Pays-Bas dépend du métier exercé).
Source : le niveau des salaires minimums pour 2022 et 2021, ainsi que la chronique des revalorisations proviennent des services
économiques en ambassade de la DG Trésor. Les indices des prix à la consommation harmonisés proviennent d’Eurostat, sauf
pour les pays mentionnés dans le Graphique IV.1.
100
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Le sixième des vingt principes du Socle européen des droits sociaux concerne les salaires, par
trois dimensions. (i) Les travailleurs ont droit à un salaire équitable leur assurant un niveau de
vie décent. (ii) Un salaire minimum adéquat doit être garanti, de manière à permettre de
satisfaire les besoins des travailleurs, tout en préservant l’accès à l’emploi et la motivation à
chercher un emploi. Ce cadre doit permettre d’empêcher la pauvreté au travail. Enfin, (iii)
tous les salaires doivent être fixés d’une manière transparente et prévisible, conformément aux
pratiques nationales et dans le respect de l’autonomie des partenaires sociaux. Par ailleurs,
l’article 153-1 du TFUE encadre les compétences de l’Union européenne en matière de
condition de travail.
L’Union européenne s’est ainsi dotée d’un plan d’action, passant par la mise en place d’une
Directive relative à des salaires minimaux adéquats. La proposition de la Commission
européenne a été présentée aux deux colégislateurs, le Conseil de l’Union européenne et le
Parlement, le 28 octobre 2020. Le texte final95 a été adopté de façon définitive par le
Conseil de l’Union européenne le 4 octobre 2022, après son adoption par le Parlement. Les
États membres, dont la France, disposent de deux ans pour transposer la directive en droit
national. Les principaux objectifs de cette directive sont les suivants :
● Promouvoir la négociation collective sur les salaires : mise en place d’un plan d’action visant
une augmentation progressive du taux de couverture conventionnelle quand celui-ci est
inférieur au seuil défini de 70 %. Permettre la participation effective et en temps utile des
partenaires sociaux à l’organe consultatif suivant le salaire minimum et à la fixation des
critères d’actualisation de ce dernier.
● Assurer le caractère adéquat du salaire minimum, pour les pays où il en existe un. La liste
des critères est définie dans l’article 5 et mentionne la prise en compte, a minima : du coût
de la vie, du niveau général des salaires, de leur distribution et de leur évolution, ainsi que
l’évolution de la productivité du travail. La revalorisation de ce salaire se fait au minimum tous
les deux ans (ou au plus tard tous les quatre ans pour les pays qui disposent d’un mécanisme
d’indexation automatique).
● Garantir l’accès effectif à ce salaire et donc rendre possible une forme de contrôle, par
l’inspection du travail par exemple, et prévoir des procédures de sanction en cas de non-respect.
● Établir un suivi régulier par le biais de la publication de rapports réalisés tous les deux ans
par les États-membres. Ces rapports sont adressés à la Commission et doivent informer sur le
taux de couverture conventionnelle et sur l’adéquation du niveau de salaire minimum, pour
les pays qui en sont dotés.
Cependant cette directive n’impose pas la fixation d’un salaire minimum légal pour les États
membres n’en possédant pas déjà un. Elle ne vise pas non plus à harmoniser le niveau des
salaires minimaux, ni à établir un mécanisme de revalorisation uniforme.
94
L’Annexe 6, rédigée par la Direction générale du Travail, revient sur les négociations autour de la Directive au niveau
européen.
95
Le Conseil a arrêté sa position le 6 décembre 2021. Le parlement a adopté son mandat de négociation le
25 novembre 2021. Le 7 juin, après huit cycles de négociation, le Conseil et le Parlement sont parvenus à un accord sur
une position commune, suivi d’un vote formel du Conseil et au Parlement.
101
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Dans la suite nous décrivons la situation sur le salaire minimum, au cours de l’année
2022, dans chacun des pays reportés dans le tableau introductif, en Europe et dans le
monde. Pour des informations sur les années antérieures, se reporter aux précédents
rapports du Groupe d’experts sur le Smic96.
96
Il est à noter que la liste des pays retenus dans ce chapitre d’actualité international n’est pas fixe d’un rapport à l’autre.
97
Cette hausse s’inscrit en dehors de la procédure de revalorisation usuelle du salaire minimum, décrite dans le
document suivant : Fonctionnement des Commissions sur le salaire minimum. (2018, mai).
www.tresor.economie.gouv.fr.
98
D’après l’estimation de l’Institut für Arbeitsmarkt- und Berufsforschung (IAB), faite en 2021.
https://iab.de/publikationen/publikation/?id=12577201.
102
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Concernant les effets de la mise en place du salaire minimum, une étude de l’IAB,
présentée devant le Bundestag en février 2022, ne trouve pas d’effet significatif de l’intro-
duction d’un salaire minimum en Allemagne sur l’emploi. Dans une autre étude, datant de
juin, elle ne trouve pas non plus de baisse de la productivité, mais une diminution de la profi-
tabilité des entreprises depuis la mise en place du salaire minimum, sur la période 2015-2019.
Cependant, la Leibniz-Institut für Wirtschaftsforschung (RWI) et l’Institut für Angewandte
Wirtschaftforschung (IAW) trouvent une baisse du temps de travail contractuel significatif
(négatif mais non significatif sur le temps de travail effectif). Cet effet est tiré par les mini-
jobs, les travailleurs à temps partiel et à faible qualification. La Forschungsinstitut zur Zukunft
der Arbeit (IZA) trouve des effets négatifs sur l’emploi des petites entreprises (5 à 150
salariés) dû aussi à la diminution des mini-jobs. Enfin, l’Evaluation Office met en évidence une
baisse de l’emploi, suite à l’introduction du salaire minimum, dans les régions (Länder) les
moins dynamiques. Des études, dont celle de la Hans Blöcker Stiftung, suggèrent par ailleurs
une relocalisation de la main d’œuvre des petites entreprises vers celles plus productives,
avec une augmentation des fermetures des petites entreprises à la suite de l’introduction du
salaire minimum99.
Cet encadré résume l’annexe réalisée par Gerard Bosch, professeur émérite, Institut Arbeit und
Qualifikation, Université Duisburg-Essen.
L’Allemagne a introduit un salaire minimum légal très tardivement, en 2015. Dans le système
salarial allemand traditionnel « autonome », les associations d'employeurs et les syndicats de
salariés négociaient principalement les salaires et de nombreux aspects concernant les
conditions de travail, au niveau des branches, sans intervention de l’État. L’État n’intervenait
qu’à l’initiative des parties à la convention collective, lorsque celles-ci déposaient une
demande d’extension.
Les systèmes salariaux autonomes sont extrêmement exigeants. Il faut des syndicats forts,
capables de négocier d’égal à égal avec les entreprises et leurs fédérations. Si les entreprises
ne veulent pas conclure de conventions collectives, les syndicats doivent pouvoir exercer
une pression collective, ce qui nécessite une base organisationnelle solide. Même à l’apogée
de la force syndicale dans les années 1970, moins de 35,5 % des salariés étaient syndiqués. En
2018, ils n’étaient plus que 16,8 %. Contrairement aux systèmes salariaux scandinaves, le
système allemand dépendait donc, dans de nombreux secteurs, de la volonté des
entreprises de conclure des conventions collectives, même sans pression syndicale directe.
Jusqu’à la réunification, le taux de couverture par les conventions collectives était, avec
99
En notant que le cas de l’Allemagne diffère du cas français, tant en termes de taux de chômage que du niveau du
salaire minimum.
103
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
environ 85 % (Visser 2015), plusieurs fois supérieur au taux de syndicalisation, car la plupart
des entreprises étaient affiliées à une organisation patronale. Même les entreprises non
affiliées s’alignaient largement sur les salaires conventionnels. Toutefois, depuis le milieu des
années 1990, le « respect des salaires conventionnels » des entreprises a commencé à
s’effriter et le taux de couverture des conventions collectives qui était de 85 % en 1990 est
passé à 58 % en 2014.
L’Allemagne a alors connu le développement de larges activités à bas salaires. Avec ses
hausses de salaires inférieures à la moyenne de ses partenaires économiques, l’économie
allemande, déjà très intensive en matière de recherche et très exportatrice, a renforcé sa
performance concurrentielle. La dérégulation du marché du travail par les lois Hartz de 2004
(qui visaient à améliorer la compétitivité) est la raison pour laquelle, même pendant la reprise
économique de 2004 à 2008, les coûts salariaux unitaires allemands ont augmenté beaucoup
plus lentement que dans les autres pays européens. Les faibles augmentations salariales
allemandes, qui ont aggravé les déséquilibres de la balance commerciale au sein de l’UE, sont
la conséquence de l’affaiblissement politiquement voulu des syndicats et des salaires
conventionnels par le biais de dérégulations des marchés des biens et du travail et de
changements de stratégies des associations patronales allemandes.
Le nouveau salaire minimum, en vigueur depuis le 1er janvier 2015, a été fixé à 8,50 €, car les
partis au pouvoir craignaient des pertes d’emplois, surtout en Allemagne de l’Est, où la part
des bas salaires était élevée. L’évaluation approfondie des effets de l’instauration du salaire
minimum allemand à l’aide de différentes approches en différences de différences n'a pas
permis de constater d’effets négatifs sur l’emploi, bien que les salaires horaires et même
mensuels aient parfois connu des augmentations à deux chiffres dans les catégories de
revenus inférieures. Dans certaines branches, des entreprises dont le modèle commercial
reposait sur des salaires bas ont dû fermer. L’emploi n’a toutefois pas diminué, car la main-
d'œuvre a été transférée dans d’autres entreprises plus productives. Cependant, le salaire
minimum n’a que très peu réduit l’ampleur des bas salaires. Il a entraîné une compression
des salaires dans le bas de l’échelle, mais ses effets secondaires en termes d’augmentation
104
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
des salaires au-dessus du salaire minimum ont été limités. En Allemagne, près de 20 % des
salariés travaillent encore à un bas salaire (< 2/3 du salaire médian).
Comparé au salaire médian, le niveau du salaire minimum allemand était de 48,2 % en 2019.
Le salaire médian en Allemagne est relativement élevé en raison des salaires conventionnels
toujours élevés dans le secteur public, l’industrie et aussi certains secteurs de services
(banques et assurances). L'augmentation à 12 € permet d’atteindre à peu près un ratio de
60 %, qui est souvent utilisé dans les discussions sur la directive européenne sur le salaire
minimum comme critère d'un salaire minimum équitable. La hausse du salaire minimum est
de 14,8 % et il est légitime de se poser la question des risques pour l’emploi. Contrairement à
la situation d’avant 2014, les économistes majoritaires sont restés silencieux sur ce sujet,
probablement parce que leurs évaluations et prédictions précédentes se sont révélées
erronées.
105
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Belgique. Depuis le 1er novembre 2022, le revenu minimum mensuel moyen garanti
(RMMMG100) s’élève à 1842,28 € brut par mois, soit une augmentation de 13,32 % par rapport
à janvier 2021. Une première revalorisation avait eu lieu le 1er avril 2022 (+ 180,44 €), déjà
supérieure à celle initialement prévue101, du fait de la forte inflation (12,1 % en glissement
annuel en septembre 2022) : l’indice-pivot, à partir duquel les salaires sont indexés
(généralement 1 à 2 % de l’indice santé correspondant à l’inflation moins les produits nuisant
à la santé comme le tabac), a été dépassé à trois reprises avant le mois d’avril (date des
revalorisations du RMMMG).
En Belgique, la part des salariés payés au niveau du RMMMG en 2022 est inférieure à
3 % ; ce dernier représente 54 % du salaire médian belge. En lien avec l’accord
interprofessionnel, la distinction par classe d’âge a aussi été supprimée en 2022.
Dans un contexte marqué par l'inflation (9,0 % en glissement annuel pour septembre,
inflation annuelle moyenne attendue autour de 8,5 % en 2022), la commission d’experts102
est en train d’aborder une mise à jour de ces objectifs pour fin novembre. Le gouvernement
et les partenaires sociaux entameront ensuite les négociations pour une nouvelle hausse du
SMI qui devrait être appliquée début 2023. Pour le moment, le ministère du Travail n’a pas
souhaité avancer de chiffres précis jusqu’à ce que la commission d’experts propose une
nouvelle trajectoire de revalorisation mais évoque une hausse importante pour compenser
la perte de pouvoir d’achat dans le contexte inflationniste. La majorité des analystes
100
Défini au niveau national au sein du « Groupe des 10 » (G10), instance de négociation entre les principaux partenaires
sociaux (Fédération générale du travail de Belgique et organisations patronales et des indépendants), le RMMMG n’est
pas un salaire stricto sensu puisqu’il intègre diverses sommes telles que des primes de fin d’année, un treizième mois,
etc. Son niveau atteint 54 % du salaire médian belge en 2022.
101
L’accord interprofessionnel conclu au G10 en juin 2021 prévoyait une augmentation de 76,28 €, puis de 34 € à deux
reprises en 2024 et 2026
102
La commission est chargée, par le ministère du Travail en janvier 2021, de déterminer le montant équivalent à 60 % du
salaire moyen en Espagne et de définir un chemin de croissance du salaire minimum pour que ce dernier atteigne ce
niveau d'ici 2023.
106
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
s’attendent à une hausse comprise entre 1 049 €/mois, chiffre prévue dans la trajectoire
précédente, et 1 100 €/mois, montant réclamé par les syndicats.
Par ailleurs, de nouvelles études ont été publiées sur l’impact des hausses du salaire
minimum des dernières années. Dans le cadre du décret de hausse du SMI en février 2022, le
gouvernement a intégré dans le mémoire d'analyse normatif du décret une analyse de
l'impact économique des hausses du SMI réalisé par le ministère de l'Économie. Selon ce
rapport, les hausses intervenues entre 2017 et 2021 « ne semblent pas avoir eu d’effets
négatifs significatifs sur le rythme de création d'emplois ». De plus, la commission d’experts a
reçu trois rapports sur l’impact de la hausse du SMI en 2019, qui soulignent tous une
réduction des inégalités salariales mais qui avertissent pour l’un d’entre eux d’un « impact
très limité à court terme mais qui augmente avec le temps en termes de réduction d’heures
travaillées et de pertes d’emploi ». 28 000 emplois n’auraient ainsi pas été créés en raison de
la hausse de 22,5 % du SMI en 2019.
Hongrie. En amont des élections d’avril 2022, dans un contexte de très forte inflation
(+ 20,7% en glissement annuel en septembre 2022), le salaire minimum a été très fortement
revalorisé, à hauteur de 19,5 % le 1er janvier 2022 pour atteindre 200 000 HUF (558 €103)
mensuel, soit 52,6 % du salaire médian. Cette revalorisation prolonge la forte hausse des
dernières années (+ 15 % en 2018, + 8 % en 2019 et 2020, + 4 % en 2021). De même le salaire
minimum brut qualifié, de droit pour tout salarié ayant achevé sa formation dans
l’enseignement secondaire104, a augmenté de 18,7 % à 260 000 HUF (725 €) mensuel.
En 2022, 855 000 salariés perçoivent le salaire minimum, dont 392 000 personnes
payées au salaire minimum et 463 000 personnes payées au salaire minimum qualifié, parmi
les 4,5 millions de salariés hongrois. Le salaire minimum est fixé par le Forum de consultation
103
Sur la base de conversion 1 € = 358,68 HUF en janvier 2021.
104
Ce qui correspond au lycée général ou professionnel. Ce salaire est alors « garanti » si l’emploi concerné requiert une
qualification en rapport avec la formation détenue par l’employé. A contrario, un salarié diplômé d’une formation
universitaire ne touchera que le salaire minimum de base si le poste occupé requiert un niveau de scolarité plus bas.
107
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Irlande. Le salaire horaire minimum106 s’élève à 10,50 € brut au 1er janvier 2022
(1 774,5 € brut par mois), soit une augmentation de 2,95 % par rapport au niveau de 2021 à
10,20 € de l’heure. Le vice-Premier ministre, Leo Varadkar, a annoncé qu'il serait porté à
11,3 €/h au 1er janvier 2023 (+ 7,6 %) ; une augmentation qui devrait bénéficier à environ
165 000 travailleurs.
Pays-Bas. Le salaire minimum a été revalorisé au 1er juillet 2022 de 1,8 % par rapport au
1er janvier 2022, portant son niveau à 1 756 € bruts par mois. Cela correspond à un salaire
horaire compris entre 10,14 € et 11,26 €, selon la durée hebdomadaire légale de travail par
105
De plus, le taux d’imposition des petites entreprises a aussi été ramené à 10 % et l’allègement de la taxe professionnelle
locale pour les petites et moyennes entreprises, de 1 % maximum, a été prolongé. Le taux de l’impôt sur les sociétés (IS)
reste, quant à lui, à 9 %, un taux plancher.
106
D’autres taux sont appliqués pour les jeunes de moins de 20 ans : 7,35 € pour les moins de 18 ans (70 % du salaire
minimum), 8,40 € pour les jeunes, âgés de 18 ans (80 % du salaire minimum) et 9,45 € pour les jeunes âgés de 19 ans
(90 % du salaire minimum). De plus, les employés de certains secteurs (sécurité et nettoyage) appliquent d’autre taux
de rémunération minimum.
107
Ce salaire est défini en Irlande comme le niveau minimum de revenus permettant à un adulte seul travaillant à temps
plein, sans personnes à charge, de subvenir à ses besoins primaires et d’atteindre le niveau de vie minimum considéré
comme acceptable.
108
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
branche, de 36 à 40 heures108. Les fortes pressions inflationnistes qui pèsent sur le pays
depuis la guerre en Ukraine et les risques de fortes hausses des prix de l’énergie ont conduit
le gouvernement à anticiper une revalorisation du salaire minimum plus forte que prévue au
1er janvier 2023, à 1 934€, soit une hausse totale de 10,15 % en un an, par rapport au
1er janvier 2022.
Le calendrier pour l’augmentation par étapes du salaire minimum de 7,5 % d’ici 2025,
tel qu’annoncé dans l’accord de coalition en décembre 2021, a été avancé afin de faire face
à l’inflation, estimée à 17,1 % en septembre 2022. Le niveau du salaire minimum en 2020 était
équivalent à environ 45 % du revenu médian. Par ailleurs, la discrimination du salaire
minimum selon l’âge (plus faible pour les jeunes) est passé de 23 à 21 ans en 2019.
L’établissement du niveau du salaire minimum sur une base mensuelle doit laisser place à un
établissement à un niveau horaire afin de limiter les écarts entre branches.
Pologne. En 2022, le salaire minimum s’élève à 661 € bruts par mois (3 010 PLN109), soit
une revalorisation de 7,5 % par rapport à l’année précédente, face à une inflation s’élevant à
+ 15,7% en glissement annuel en septembre 2022. Il représente 49,6 % du salaire moyen
(6 064 PLN en janvier 2022).
108
Par ailleurs, le niveau de salaire minimal pour les jeunes est différent (de 30 % du SM pour les 15 ans à 80 % pour les 20
ans avant d’atteindre 100 % du SM à 21 ans, précédemment plancher à 23 ans).
Sur la base de conversion : 1 € = 4,5522 PLN en janvier 2022.
109
110
Désignant ainsi les employés au salaire minimum embauchés sur la base d’un contrat de travail, ceux embauchés sur la
base de contrats civils, et une partie des travailleurs indépendants.
111
Le cadre régissant l’évolution du salaire minimum est défini par la loi de 2002 qui prévoit que : la revalorisation du
salaire minimum doit correspondre à un rythme « non inférieur » au taux d'inflation prévu pour l'année concernée
(article 5.1). Si lors de l'exercice précédent la prévision d'inflation était différente du taux d'inflation effectif, un
coefficient correctif est appliqué (article 5.2). Si le salaire minimum est inférieur à 50 % du salaire moyen dans
l'économie, le taux de revalorisation est majoré de deux tiers de la croissance du PIB (article 5.4).
109
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Portugal. Perçu par environ un cinquième des salariés, le salaire minimum mensualisé
au Portugal est de 822,5 €112 en janvier 2022, après une revalorisation de 6,02 % par rapport à
son niveau de janvier 2021. L’objectif actuel du gouvernement est d’atteindre un salaire
minimum mensualisé de 886,7 € au 1er janvier 2023 (+ 7,8 %), soit une revalorisation
supérieure à celle initialement fixée à 5,1 % dans le projet de loi de finances de 2023. Le
programme du Parti socialiste portugais, vainqueur des législatives de janvier 2022, prévoit
d'atteindre 1 050 € mensualisé d'ici la fin de la mandature (2026), notamment pour faire face
à l’inflation, de 9,8 % en glissement annuel en septembre 2022.
En parallèle, pour maîtriser les effets de la revalorisation du salaire minimum sur le coût
du travail, les entreprises – principalement des PME au Portugal – bénéficient d’une aide aux
employeurs sous forme d’un versement unique par salarié (112 € par salarié rémunéré au
salaire minimum en 2021 et 56 € pour un salarié rémunéré à un niveau entre les salaires
minimum 2021 et 2022).
Bien que le salaire minimum portugais soit parmi les plus faibles en Europe (16e sur
27 pays), le Portugal enregistre un rapport salaire minimum sur salaire médian parmi les plus
élevés de la zone euro (70,5 % en 2022). Par ailleurs, ce ratio est en forte augmentation, à
hauteur d’environ + 10 points depuis 2013. Cela traduit la forte augmentation du salaire
minimum au cours de la dernière décennie, dans un environnement de faible dynamique
salariale113. La revalorisation prévue pour janvier 2023 pourrait rapprocher encore davantage
le salaire minimum du salaire moyen dans le pays (et surtout du salaire médian), même si la
pression à la hausse des salaires liée à la situation de quasi-plein emploi pourrait
possiblement inverser la tendance.
République tchèque. Le salaire minimum horaire brut est fixé à 3,94 €/h en janvier
2022. Il a été revalorisé à cette date de 6,6 %, passant de 15 200 CZK bruts (582 €114) à
16 200 CZK bruts (662 €) par mois. Ce salaire minimum concerne environ 170 000 personnes,
soit 3,3 % de la population active, principalement dans les secteurs du BTP, de l’hôtellerie-
112
Versé en 14 mensualités, le montant est donc de 705 € ; soit 822.50 € sur 12 mois.
113
En notant qu’une étude de l’IZA (Institut allemande en économie du travail), mentionnée dans le précédent rapport
(Minimum wage and financially distressed firms de Alexandre et al.), indiquait que les augmentations successives du
salaire minimum depuis la crise financière n’auraient pas eu d’effet significatif sur l’emploi. Celles-ci auraient en réalité
conduit à un effet d’« assainissement » productif de la demande de travail, les entreprises faiblement productives ayant
détruit des emplois au profit d’entreprises plus productives.
114
Sur la base de conversion : 1 € = 24,141 CZK en janvier 2021 et 1 € = 24,470 CZK en janvier 2022.
110
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
restauration et des services à la personne. Rapporté au salaire médian il est l’un des plus
faibles de l’Union européenne (50,75 %). Toutefois, le système redistributif fonctionne
relativement bien et permet à la République tchèque d’être l’un des États membres avec le
taux de pauvreté le plus faible (Eurostat, 2021).
Royaume-Uni. Le salaire minimum horaire est passé à 9,50 £ (11,36 €116) le 1er avril
2022, pour les plus de 23 ans. Soit une augmentation de 6,6 % par rapport au 1er avril 2021,
date de la précédente augmentation117. Cette hausse est légèrement inférieure au niveau de
l’inflation (+ 10,1 % en glissement annuel en septembre 2022), pour la première fois depuis
l’entrée en vigueur du National Living Wage en 2016, dû à une inflation bien supérieure à celle
anticipée en 2021.
Appelée à faire ses recommandations pour avril 2023, la LPC souligne la forte
incertitude concernant les prévisions d’inflation (prévue en octobre 2021 à 3,7 %, elle
pourrait en fait avoir atteint 7,3 % sur la période), dans un contexte fortement haussier, qui a
conduit à la baisse en termes réels du salaire minimum en 2022. En avril 2022, la LPC
prévoyait de proposer une augmentation de 8,6 % pour l’année 2023, en portant le salaire
minimum à 10,32 £ de l’heure, avec un objectif à 2024 de 10,95 £. Cette trajectoire pourra
être révisée selon l’évolution de la croissance des salaires, des tensions sur le marché du
travail et de l’inflation d’ici à fin 2022.
115
Le salaire minimum conditionne la hausse des niveaux les plus bas du salaire garanti, défini pour huit catégories de
professions (divisées en fonction de la complexité, de la responsabilité et de l´effort demandé).
116
Sur la base de conversion au 1er avril 2022 de 1 € = 0,83655 GBP.
117
Date à laquelle l’âge minimal avait aussi été abaissé de 25 à 23 ans.
111
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Selon les dernières analyses de la LPC, en avril 2021, 1,42 million de travailleurs de
23 ans ou plus seraient couverts par le National Living Wage (5,4 % des employés). Elle estime
également que le National Minimum Wage concerne 275 000 d’employés supplémentaires,
âgés de moins de 23 ans, soit 13,6 % d’entre eux. Certains groupes, notamment les femmes
(10,7 % d’entre elles contre 5,6 % des hommes), les travailleurs handicapés et les personnes
sans qualification, sont plus susceptibles d'occuper des emplois au salaire minimum.
Concernant les effets du salaire minimum, dans son rapport de juin 2022, la LPC
observe que la hausse du salaire horaire semble se traduire par une hausse directe du revenu
total des bénéficiaires, suggérant qu’il n’y a pas de réduction du temps de travail associé. De
plus, la LPC ne relève pas d’effet sur l’emploi, ni sur la productivité, de la hausse du salaire
minimum sur la période 2015-2020. Par ailleurs, en observant la distribution des revenus, la
LCP remarque des effets d’entrainement de la hausse du salaire minimum sur le reste de la
distribution, en particulier des bas revenus.
Slovaquie. Le 14 juillet 2022, les partenaires sociaux ont trouvé un compromis sur la
valorisation du salaire minimum, en l’élevant à 700 €/mois. Une hausse de 8,4 % par rapport
au salaire minimal de janvier 2022.
Dans un contexte de forte inflation, dès fin juin, ont émergé des signaux que les
négociations sur le salaire minimum pourraient aboutir pour la première fois sur un
compromis, c’est-à-dire à une valorisation supérieure à la valorisation minimale prescrite par
la loi en cas d’échec des négociations. La hausse de 54 € brut se traduit par une hausse nette
de 43,32 € (le nouveau salaire minimal net étant de 568,97 €). Ce nouveau salaire représente
57,8 % du salaire moyen en 2021. Pour mémoire, sans consensus, la valorisation automatique
aurait conduit à un salaire minimal à hauteur de 691 € brut soit une hausse théorique de 7 %
en glissement annuel.
Slovénie. Le 1er janvier 2022, le salaire minimum a augmenté de 4,9 % pour atteindre
1 074 € bruts (contre 1 024 € en 2021). Cette hausse a été calculée de manière à refléter
l’augmentation de l’inflation au cours de l’année 2021 de 6,00 % entre janvier 2021 et
janvier 2022, un niveau bien inférieur à l’inflation observée en glissement annuel en
septembre 2022 (+ 10,6 %). En vertu de la loi du 27 octobre 2022, le gouvernement slovène a
décidé d’augmenter de 4,5 % le salaire minimum d’ici la fin de l’année au lieu de janvier 2023.
En Slovénie, environ 60 000 personnes, soit 6,6 % des salariés sont payés au niveau du
salaire minimum. Le montant du salaire minimum est fixé chaque année par le ministre du
112
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Travail en consultation avec les partenaires sociaux. En vertu des modifications apportées en
2018 à la loi sur le salaire minimum, le montant fixé comme coût minimum de la vie (CMV)
doit être pris en compte dans la fixation du salaire minimum depuis 2021. Celui-ci, déterminé
au moins tous les 6 ans, était défini pour la dernière fois en 2017, sur la base des dépenses
des ménages en 2015 et des prix mensuels moyens entre janvier et octobre 2016. Selon les
calculs récents de l’Institut de recherche économique, le nouveau CMV devrait s’élever à
669,83 € (soit + 9,2 % par rapport au montant actuel). Le salaire minimum doit dépasser le
revenu minimum vital d'au moins 20 %, mais pas de plus de 40 %. Par ailleurs, la loi sur le
salaire minimum dispose que celui-ci doit être aligné sur le CMV dans les trois mois suivant le
calcul de ce dernier.
La législation permet aux travailleurs d'avoir dans leur contrat de travail un salaire de
base inférieur au salaire minimum, les employeurs couvrant la différence jusqu'au salaire
minimum avec des primes. Il n'est pas rare que les salaires de base soient fixés à 500 ou
600 €, soit la moitié seulement du salaire minimum. Selon les dernières données disponibles
du ministère du Travail, 41 299 employés ont reçu un salaire de base inférieur au salaire
minimum, dont 7 678 dans le secteur public et 33 621 dans le secteur privé.
2. En dehors de l’Europe, un grand nombre de pays est aussi doté d’un salaire
minimum, sans qu’un standard international n’ait émergé
Afrique du Sud. Depuis le 1er mars 2022, le salaire horaire minimum est de 23,19 ZAR,
soit environ 3 750 ZAR (227 €118) par mois, sur la base d'une semaine de 40 heures. Le salaire
minimum a ainsi été augmenté de 6,9 % (à 23,19 ZAR), soit plus d'un point au-dessus de
l'inflation (5,7 % sur un an au mois de février 2022), un niveau légèrement supérieur aux
recommandations de la National Minimum Wage Commission119 (NMWC) (6,5 %). La nette
accélération des pressions inflationnistes dans le pays (+ 7,5 % en glissement annuel en
septembre 2022) pose la question de la revalorisation prochaine du salaire minimum
(attendue pour mars 2023). Le gouvernement avait publié, avant l’introduction du salaire
minimum en 2019, des données estimant à 47 % la part des salariés payés en dessous du seuil
de 20 ZAR/h, seuil devenu le premier niveau de salaire minimum.
Australie. Depuis le 1er juillet 2022, le salaire minimum national horaire est de 21,38 AU$
(14,4 €120) soit 812,6 AU$ (546,6 €) par semaine de 38 heures121. Cette revalorisation a été décidée
118
Sur la base de conversion 1 € = 16,5138 ZAR en mars 2022.
119
Le niveau du salaire minimum fait l'objet d'une revue annuelle par la National Minimum Wage Commission (NMWC), qui
propose un taux d'ajustement au ministre du Travail. Selon la réglementation, la revue doit prendre en compte les
facteurs suivants : le coût de la vie, la croissance du PIB, le niveau des salaires et les négociations salariales dans les
différents secteurs, les gains de productivité et l'impact sur la création d'emplois.
120
Sur la base de conversion 1 € = 1,4856 AU$ en juillet 2022.
121
Minimum wages - Fair Work Ombudsman
113
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
par la Fair Work Commission122. Elle correspond à une revalorisation de 5,2 %, la plus forte
depuis 2006, qui profitera à jusqu’à 2,8 millions d’Australiens, soit à 18 % des salariés en 2022.
Il est annoncé dans le budget 2021 un salaire minimum fédéral est entré en vigueur le
29 décembre 2021, fixé initialement à un niveau de 15 CA$/h. Ce niveau a été relevé en
avril 2022, à un niveau de 15,55 CA$/h (soit 11,39 €/h)124. Cette mesure a de fait une portée
pratique limitée puisqu’elle ne concerne que les employés du secteur privé sous
réglementation fédérale (environ 6 % des employés au Canada), travaillant dans des provinces
dont le salaire minimum était inférieur au nouveau seuil. Leur nombre est estimé à 26 000.
Si le Nunavut possède le taux le plus élevé à 16 CA$/h, seules les provinces de Québec
et du Nouveau-Brunswick n’ont pas établit de plan pour atteindre un niveau de salaire
minimum horaire de 15 CA$.
L’inflation a atteint 7,6 % en juillet 2022 en glissement annuel, un niveau inégalé depuis
janvier 1983, ce qui a relancé le débat sur le niveau du salaire minimum. Les revendications
syndicales ont connu une médiatisation accrue après que ces organisations se sont inspirées
du mouvement américain « Fight for $15 » lancé fin 2012. Le nouvel objectif du Congrès
canadien du Travail, principale organisation syndicale, est désormais de 20 CA$/h pour
prendre en compte la hausse du coût de la vie. Les organisations patronales pointent du
doigt les différences économiques entre provinces, qu’il s’agisse du pouvoir d’achat ou du
modèle de redistribution, pour contester les dynamiques haussières en cours125. En 2018
(donnée la plus récente publiée par StatCan), la proportion d’employés gagnant le salaire
minimum était de 10,4 %, contre 5,2 % en 1998.
Corée du Sud. En 2022, le salaire horaire minimum sud-coréen s’élevait à 9 120 wons
(soit 6,74 €/h126), en hausse de 5,0 % par rapport à 2021. Dans le contexte actuel de forte
inflation (autour de 5,6 % en septembre en glissement annuel), la Commission pour le salaire
122
Établie en 2009, en remplacement de l’Australian Fair Pay Commission établie elle en 2005 avec l’introduction du salaire
minimum fédéral. Elle fixe la revalorisation annuelle du salaire minimum en début d’année fiscale (1er juillet) en se basant
sur les recommandations du groupe d’experts.
123
Sur la base de conversion : 1 € = 1,3537 CAD en juin 2022.
124
Le salaire minimum fédéral passe à 15,55 $ l’heure le 1er avril - Canada.ca
125
L'illusion d'optique du salaire minimum à 15 $ - La Presse+
126
Sur la base de conversion : 1 € = 1353,61 en janvier 2022
114
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
minimum s’est vue contrainte de proposer une hausse de 5,00 % du salaire minimum pour
2023, pour atteindre un niveau horaire de 9 620 wons (7,2 €/h, soit 1 520 € bruts par mois
pour une semaine de 52 heures). La part des salariés payés au niveau du salaire minimum est
estimée à 4,7 % en 2022 par la commission.
Depuis 2014, trente États ont acté une hausse graduelle de leur salaire minimum local,
le portant parfois jusqu’à 15 $/h127. Par ailleurs, dans le contexte d’inflation élevée en sortie
de crise sanitaire (+ 8,2 % en glissement annuel en septembre 2022), de nombreux États ont
aussi choisi de relever en 2022, puis d’indexer le salaire minimum sur l’inflation une fois mises
en œuvre les hausses initialement prévues. Les revalorisations et la fin des exceptions mises
en œuvre à l’échelon infra-fédéral ont porté le salaire minimum effectif128 à un niveau
historiquement élevé (environ 11 $/h).
Japon. Le salaire minimum horaire est défini à l’échelle de chacune des 47 préfectures
du Japon, suivant les disparités du coût de la vie. Cependant, il suit les revalorisations
décidées au niveau national. À partir d'octobre 2022, le Japon appliquera ainsi une hausse
127
En juillet 2022, 30 États fédérés sur 50 disposent ainsi d’un plancher strictement supérieur à 7,25 $ et 15 États un salaire
minimum égal au niveau fédéral. Les cinq autres États n’ont pas de salaire minimum au niveau étatique mais le niveau
fédéral s’applique dans le cadre du Fair Labor Standards Act.
128
Salaire minimum effectif : moyenne des salaires minimums en prenant en compte l’hétérogénéité de ses niveaux
étatiques.
115
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
nationale record de 3,3 %, portant la moyenne nationale à 961 ¥/h (soit 933 €/mois129),
représentant une hausse de 31 ¥ par rapport au niveau moyen antérieur. Ce niveau minimal
moyen de rémunération représente 61 % du salaire médian après revalorisation.
Chaque année, en juillet, un objectif pour l'augmentation des salaires horaires est fixé
par le comité du ministère du Travail chargé du salaire minimum, organe consultatif
composé de représentants des travailleurs et du patronat, ainsi que d'experts. Sur la base de
ce chiffre, les commissions de chaque préfecture décident des modifications à apporter au
salaire minimum en fonction du coût de la vie locale ou de la situation économique des
entreprises de la région. Les nouveaux taux sont appliqués au mois d'octobre.
Le pays avait connu des hausses d'environ 3 % pendant quatre années consécutives
jusqu'à l'exercice 2020, où elles ont été suspendues en raison de la pandémie. En 2021, le
niveau moyen pondérée du salaire minimum s’établissait à 930 ¥/h (soit 902 € par mois) : le
salaire minimum est supérieur à 1 000 ¥ pour les préfectures de Tokyo et Kanagawa, quand il
est proche de 800 ¥ dans 17 préfectures. Dans ce cadre institutionnel, il est difficile de
déterminer le nombre de personnes rémunérées au salaire minimum (de par la dispersion de
celui-ci entre préfectures). Néanmoins, une enquête gouvernementale datant de 2014
dénombre 13,4 % des employés payés en dessous de 1,15 fois le salaire minimum (contre 9,2 %
en 2009) dont 72,6 % de femmes. D’après une étude menée par le chercheur Michio Goto, en
2020, la part des employés au salaire minimum (à 10 % près) était alors passée à 14,2 %.
3. Pour certains pays, qui ne sont pas encore doté d’un salaire minimum légal au
niveau national, un débat dynamique existe.
129
Sur la base de 131 heures travaillées en moyenne par mois et un taux de change à 144,73 ¥ = 1 €.
116
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
mensuel130) peut être considéré comme une limite haute de la part des actifs occupé
percevant un salaire minimum cantonal.
Italie. Il n'existe pas de salaire minimum légal obligatoire. Depuis trente ans, le salaire
annuel brut moyen a baissé de près de 3 %. Le salaire mensuel moyen (1 880,12 €) est de 15 %
inférieur à la moyenne de l’Union européenne. De surcroît, 27 % des salariés sont en
situation de bas-salaire (sous 60 % du revenu médian) et 11 % en situation de pauvreté. Un
débat soutenu au sein de la classe politique italienne et des acteurs économiques s’intensifie
sur l’instauration d’un revenu minimum, suite à la directive européenne sur ce sujet.
Les relations de travail sont fondées sur la négociation collective qui permet la
conclusion d’accords qui servent de référence pour les contrats de travail individuels. Selon
le Conseil national de l’économie et du travail (CNEL), 87 % de l’ensemble des salariés, soit
10,6 millions, sont couverts par 128 conventions, soit 14 % du total des CCNL131. Depuis les
années 2010, on constate une multiplication des conventions collectives. Le CNEL enregistre
992 Conventions collectives nationales (soit un quasi doublement) en dix ans.
La conjoncture des salaires minimaux légaux nationaux à l’étranger, qui vient d’être
présentée, nourrit une abondante littérature à travers le monde sur les effets des
modifications du salaire minimum sur l’emploi et les salaires, en particulier en Allemagne et
130
Soit 3845,8 €/mois, sur la base de conversion 1 € = 1,0401 CHF en janvier 2022.
131
L'Institut national de la statistique (ISTAT) estime que 97,8 % des entreprises de plus de 10 les salariés, hors secteur
agricole, appliquent au moins une CCNL (2020); l'Institut national d'analyse des politiques publiques (INAPP) estime
une couverture des salariés du secteur privé d’entreprises d'au moins un salarié à 88,9 %, secteur agricole exclu (2021).
117
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
aux États-Unis. Cette partie revient sur les contributions les plus récentes132. Le contexte actuel
de forte inflation implique de prendre avec précaution les résultats observés sur le passé133.
132
Cette recension n’est pas exhaustive et porte sur les contributions qui nous ont semblé les plus pertinentes. Pour les
publications antérieures, nous invitons le lecteur à se référer aux précédents rapports du Groupe d’experts sur le Smic.
133
Concernant l’extrapolation des effets à venir de revalorisation du salaire minimum à partir des expériences observées
sur le passé, voir I. Fillmore, « A $15 federal minimum wage is outside historical experience », Research in Experience,
n° 76, 2022). Cet article montre à partir d’un modèle que les effets d’une revalorisation pourraient toucher des
occupations et secteurs qui ont pu ne pas être pris en compte dans les études passées.
118
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Une première étude par Ahlfeldt, Roth et Seidel (2022) développe une estimation
structurelle134 des effets du niveau du salaire minimum sur l’emploi et le bien-être135. La
fixation d’un salaire minimum équivalent à 48 % du salaire national moyen aurait conduit à
un accroissement du bien-être des travailleurs de 2,1 %, au prix d’une réduction de l’emploi
de 0,3 %.
Cette approche est intéressante, cependant ses conclusions sont tributaires des
nombreuses hypothèses - certes standard dans la littérature - du modèle et des données
utilisées pour l’estimation. En particulier, concernant les données utilisées, les disparités,
encore actuelles, des salaires entre l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est impliquent de prendre
avec précaution les estimations, notamment sur l’effet d’un niveau régional du salaire
minimum. La transposition avec la France est aussi plus difficile. En particulier, à cause du
niveau des allègements du coût du travail au salaire minimum, qui sont particulièrement plus
importants en France comparé à l’Allemagne.
134
Une estimation structurelle adosse la procédure d’estimation à un modèle fondé théoriquement. Cela a le double
avantage d’être transparent sur les hypothèse et l’interprétation des coefficients estimés et de permettre des études
contrefactuelles et de bien-être (i.e. tester des scénarios alternatifs). Ici, l’approche repose sur un modèle d’équilibre
spatial avec des entreprises hétérogènes et des marchés du travail monopsoniques, calibré sur données allemandes.
135
G. Ahlfeldt, D. Roth et T. Seidel, Optimal minimum wages, CEPR Discussion paper, n° 16913, 2022.
136
M. Bossler et T. Schank, « Wage inequality in Germany after the minimum wage introduction », Journal of Labor
Economics, à paraître, 2022.
119
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
des populations particulières. Ainsi, ce cadre institutionnel particulier est important, quand
beaucoup d’études se concentrent sur les travailleurs à temps plein. L’introduction du salaire
minimum aurait contribué à réduire les inégalités à la fois dans les Länder de l’Ouest et ceux
de l’Est, ainsi que de favoriser la convergence entre les deux.
Au-delà des effets sur l’emploi et les revenus, l’introduction du salaire minimum a
rehaussé le coût du travail pour l’employeur. Une telle hausse implique une modification du
coût relatif des facteurs, avec une hausse relative du coût des travailleurs à bas salaire. Ainsi,
l’analyse de Butschek (2022)137 démontre un rehaussement de la productivité dû à une plus
forte sélectivité des employeurs dans leur recrutement. Cette sélection ne s’observe pas en
utilisant uniquement les caractéristiques individuelles observables comme l’âge et le niveau
d’éducation, mais à l’aide d’effets fixes capturant l’hétérogénéité inobservée entre individus.
L’accroissement de cette sélectivité à l’embauche a ainsi permis aux employeurs de
compenser pour deux tiers la hausse des coûts du travail induite par le salaire minimum. En
étant plus sélectifs dans leurs embauches, les employeurs sont parvenus à compenser la
hausse des coûts salariaux en recrutant des salariés plus productifs. Concernant les
travailleurs déjà en emploi, il ne semble pas connaître davantage de licenciements. Le taux
de chômage, faible en Allemagne, peut avoir tiré cet effet.
137
S. Butschek, « Raising the bar: Minimum wages and employers’ hiring standards », American Economic Journal: Economic
Policy, n° 14(2), 2022.
138
T. Gregory et U. Zierahn, « When the minimum wage really bites hard: The negative spillover effect on high-skilled
workers », Journal of Public Economics, n° 206, 2022.
120
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
À Seattle par exemple, une revalorisation importante a eu lieu entre 2015 et 2016,
faisant passer le salaire minimum local de 11 $ à 13 $, tandis qu’il est resté stable dans le reste
de l’État de Washington. Jardim et al. (2022) ont analysé les effets de cette revalorisation sur
l’emploi mesuré en heures travaillées140. Ils ont constaté une baisse de l’ensemble des heures
travaillées au niveau du salaire minimum et jusqu’à deux fois ce niveau à Seattle par rapport
au reste de l’Etat, suite à cette revalorisation (en notant que cette analyse au niveau agrégé
surestime vraisemblablement les effets emplois). En approfondissant avec des comparaisons
au niveau individuel, l’étude ne révèle pas de changement en termes de probabilité de
continuer à travailler pour les personnes en emploi. La hausse du salaire minimum aurait
donc conduit à une réduction significative des heures travaillées, avec un effet plus fort sur
le court terme (où il est plus facile d’ajuster en réduisant le temps de travail des salariés) se
résorbant à moyen terme (où il y a moins de freins au licenciement). La rotation des emplois
dans l’entreprise aurait décru, de même que la probabilité d’embauche, pour les travailleurs
les moins expérimentés.
L’étude suggère des élasticités agrégées d’emploi de l’ordre de - 0,2 à - 2,0, bien plus
larges que celles trouvées auparavant dans la littérature (en particulier la borne inférieure) et
concentrées sur la marge intensive, c’est-à-dire les heures travaillées, à court-terme. L’effet
serait plus important sur les travailleurs les moins expérimentés. À la fin de la période
d’étude, le gain net hebdomadaire de cette hausse du salaire minimum pour les personnes
139
A. Dube et A. Lindner, « City limits: What do local-area minimum wages do? », Journal of Economic Perspectives, n° 35(1),
2021.
140
E. Jardim, M.C. Long, R. Plotnick, E. van Inwegen, J. Vigdor et H. Wething, « Minimum-wage increases and low-wage
employment: Evidence from Seattle », American Economic Journal: Economic Policy, n° 14(2), 2022.
121
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
en emploi serait évalué entre 10 et 12 $. Ces résultats sont à prendre avec précaution pour
trois raisons. Tout d’abord, le niveau initial du salaire minimum était élevé (ce qui peut
induire des effets emplois plus forts que dans des situations de salaire minimum faible).
Ensuite, la hausse a été importante sur un délai court. Enfin, cette forte revalorisation locale,
circonscrite à la ville de Seattle, a pu entrainer une relocalisation de l’emploi dans le reste de
l’État de Washington.
Les disparités de niveaux de salaires minimaux légaux entre villes ou États permettent
aussi de comparer les salariés au sein d’une même chaîne d’établissements localisée dans
différentes juridictions. Coviello, Deserranno et Persico (2022) étudient ce cas avec une
chaîne de magasins de détail où les salariés sont payés selon leur performance. L’étude
montre que les travailleurs sont plus performants et plus souvent maintenus en emploi après
une hausse du salaire minimum, surtout pour les salariés dont la rémunération est plus
souvent proche du niveau du salaire minimum local (i.e. les moins productifs). Cependant,
quand la rémunération est moins liée à la performance individuelle, l’article trouve que la
hausse du salaire minimum semblerait, à l’inverse, baisser la productivité.
141
L. Karabarbounis, J. Lise et A. Nath, Minimum wages and labor markets in the twin cities, NBER 30239, 2022.
122
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Concernant les personnes sans emploi, une revalorisation du salaire minimum légal
peut avoir pour effet de les inciter à se mettre à chercher un emploi ou, pour celles déjà en
recherche, à intensifier leur recherche. Utilisant les revalorisations du salaire minimum aux
Etats-Unis et un modèle de « recherche-et-appariement » (search-and-matching), Adams,
Meer et Sloan (2022) trouvent que ces hausses n’ont pas accru la probabilité de recherche
d’emploi, mais ont conduit à des pics transitoires d’effort de recherche des individus déjà en
recherche 142
. Ainsi, il n’y aurait pas, à court terme, de hausse du taux d’emploi, ni de
changement des caractéristiques observables des demandeurs d’emploi.
142
C. Adams, J. Meer et C.W. Sloan, « The minimum wage and search effort », Economics Letters, n° 212, 2022.
143
A Afonso, J.T. Jalles et Z. Venter, Minimum wage and collective bargaining reforms: A narrative database of advanced
economies, CESifo Working Paper, n° 9692-2022, 2022.
144
J. Clemens et M.R. Strain, « Understanding “Wage Theft”: Evasion and avoidance responses to minimum wage
increases », Labour Economics, à paraître, 2022.
123
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
En France, nous indiquions dans les précédents rapports que nous ne disposions que
d’un nombre limité d’études, par ailleurs relativement anciennes, examinant les interactions
entre les hausses du Smic et l’emploi. Des études plus récentes, portant sur l’impact des
allégements de cotisations sociales sur les bas salaires, concluent à l’existence d’effets
positifs de ces allégements sur l’emploi145. Ainsi, le coût du travail aurait un impact significatif
sur l’emploi au voisinage du Smic. Si la prise en compte des politiques d’allègement du coût
du travail est nécessaire pour étudier le cas français et permet d’estimer dans certains cas
une élasticité de l’emploi à son coût, elle ne peut cependant se substituer à une analyse de
l’effet de l’évolution du Smic sur l’emploi.
Les résultats des études précitées sont difficilement transposables à la France. Les
caractéristiques très différentes des marchés du travail aux États-Unis et en Allemagne,
décrites dans le rapport de l’an dernier, pourraient notamment expliquer des effets sur
l’emploi d’une augmentation du salaire minimum moins défavorables que ceux attendus en
France.
Cependant, une étude récente menée par Gautier, Roux et Suarez Castillo (2022)
étudie la rigidité de l’ajustement des salaires en France, dans un contexte d’encadrement
institutionnel avec un salaire minimum légal national146. Le salaire minimum, comme les
niveaux sectoriels, ont des effets sur le calendrier et l’amplitude de l’ajustement de
l’ensemble des salaires. La fixation du salaire minimum par voie légale contribuerait, selon les
auteurs, à accroître la durée d’absorption d’un choc sur les salaires d’un an, même si
l’ajustement peut être in fine significativement plus important en valeur nominale. Ainsi, le
salaire minimum contribuerait à accroitre, d’un facteur 1,7 la réponse de l’ensemble des
salaires à l’inflation passée (n.b. : estimé sur une période de faible inflation). Par ailleurs,
l’élasticité des salaires des travailleurs par rapport à l’inflation serait de 0,42 pour l’ensemble
des salaires, 0,17 pour le salaire minimum et 0,16 pour les grilles sectorielles issues des
accords de branche. Il y a aussi un effet de diffusion à prendre en compte de la
revalorisation du salaire minimum sur le reste des salaires et les accords de branches.
Pour répondre au manque d’étude sur les effets emplois, revenus et productivité des
revalorisations du salaire minimum en France, le Groupe d'experts sur le salaire minimum a
lancé un Appel à propositions de recherche, en coopération avec France Stratégie et le
Conseil d'analyse économique. La proposition sélectionnée à l’issue de cet appel est celle de
Claire Lelarge, Nicholas Lawson et Grigorios Spanos, dont nous résumons la contribution
dans l’Encadré IV.3. Le document de travail est annexé au rapport, Annexe 2. Les résultats
préliminaires montrent une augmentation des coûts du travail due à un salaire minimum plus
145
Nous renvoyons ici aux précédents rapports du Groupe d’expert sur le Smic.
146
E. Gautier, S. Roux, M. Suarez Castillo, « How do wage setting institutions affect wage rigidity? Evidence from French
micro data », Labour Economics, n° 78, 2022.
124
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
125
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
126
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Synthèse et recommandations
Synthèse du rapport
En 2022, la situation du marché du travail est plutôt favorable. L’emploi salarié est
resté dynamique au 1er semestre, dans un contexte de maintien d’une croissance robuste,
soutenu en particulier par le dynamisme du secteur tertiaire marchand. Ainsi, le taux
d’emploi parmi les 15-64 ans est de 68,0 % au 1er semestre 2022. Il dépasse de 1,2 points son
niveau d’avant-Covid et atteint son plus haut niveau depuis que l’Insee le mesure (1975). De
plus, la qualité de l’emploi s’est nettement améliorée en sortie de crise. Le nombre
d’embauches en CDI dépasse ainsi son niveau d’avant-crise, depuis la mi-2021. Le nombre de
démissions est lui aussi en forte hausse, signe d’une plus grande mobilité sur le marché du
travail. Ensuite, la part des personnes en emploi souhaitant travailler davantage (sous-
emploi) est à son plus bas, depuis au moins 2003, et concerne 4,6 % des personnes en
emploi. Enfin, le taux de chômage est à son plus bas niveau sur les dix dernières années.
Malgré la crise sanitaire, le chômage poursuit sa baisse progressive, amorcée en 2015.
Ainsi, les tensions de recrutement sont à des niveaux particulièrement élevés. Après un
fort repli en 2020, notamment dans l’industrie et les services, les tensions de recrutement
sont reparties à la hausse dans tous les secteurs et atteignent désormais des niveaux
historiquement élevés. Dans les services, 62 % des entreprises déclarent rencontrer des
difficultés à recruter, en octobre 2022, dans l’industrie, elles sont 65 % et dans le bâtiment
81 %. Ces niveaux élevés de tensions de recrutement peuvent s’expliquer par des facteurs
conjoncturels. Une partie des tensions serait en effet due à l’intensité des embauches, qui
s’établissent à un plus haut historique en septembre 2022 (882 600 embauches de plus d’un
mois). Des facteurs plus structurels peuvent aussi expliquer ces tensions : pénurie de main-
d’œuvre dans certains métiers du fait de l’inadéquation des compétences, de l’inadéquation
géographique ou de conditions de travail difficiles.
La réduction du coût du travail des bas salaires, amorcée avant la crise sanitaire, a
permis à la France de maintenir sa compétitivité. Les données de l’OCDE sur les systèmes
socio-fiscaux des différents membres de l’organisation, prenant en compte les prélèvements
obligatoires et les prestations, indiquent que les prélèvements obligatoires en France sont
127
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
relativement faibles sur les bas salaires en comparaison internationale. Cela est dû au faible
niveau de cotisations employeurs, en raison des allègements de cotisations, et à un niveau
relativement important de prestations sociales, en particulier la prime d’activité dont
bénéficient les salariés rémunérés au niveau du salaire minimum. Parmi les voisins proches de
la France, l’Allemagne a, à l’inverse, un niveau de prélèvement au salaire minimum nettement
plus élevé. Mais si les taux de prélèvement sont relativement faibles pour les bas salaires, en
France, ils progressent très fortement avec le niveau de salaire, conduisant à une
augmentation du coût du travail pour l’employeur supérieur au revenu net perçu par
l’employé. Une telle situation favorise les risques de « trappes à bas salaires ».
En France, l’inflation a atteint 6,2 % en octobre 2022, un record historique depuis plus
de trente ans. Cette poussée de l’inflation est alimentée par des effets d’offre (difficultés de
production en Chine, hausse des coûts de transports, conséquences de la guerre en Ukraine)
et des effets de demande (rebond de l’activité). Elle reste cependant limitée en comparaison
européenne, grâce, entre autres, à la mise en place du bouclier tarifaire et de la remise à la
pompe.
Le Smic est indexé sur l’indice des prix à la consommation du premier quintile de
revenu, plus dynamique dans la période actuelle que l’indice général. Aussi, l’année 2022 a
été marquée par une forte augmentation du salaire minimum qui a progressé, comme en
2021, de manière plus importante que celle des principaux indices de salaire, à la suite des
trois dernières revalorisations (1er janvier, 1er mai, 1er août 2022). Soit une augmentation totale
sur un an de 5,6 % en 2022 (après 3,3 % en 2021). Les revalorisations ont ainsi permis de
protéger le pouvoir d’achat des actifs occupés à bas salaires, tout au long de l’année, dans
un contexte d’inflation élevée.
Au 1er janvier 2022, 2,5 millions de salariés des entreprises du secteur privé hors
agriculture ont été directement concernés par la revalorisation du Smic horaire, soit 14,5 %
des salariés sur ce champ. Le pourcentage de salariés concernés par la revalorisation du Smic
se situe à un niveau historiquement élevé. L’année 2021 a connu un net regain de la
négociation salariale de branche. En effet, en 2020, les confinements, le contexte de
ralentissement de la croissance économique et la baisse de l’inflation liée à la crise sanitaire
ont fortement réduit l’activité conventionnelle salariale. Cependant, malgré cette nette
reprise, l’année 2021 a été marquée par un repli de la conformité des salaires conventionnels
au Smic en lien avec la revalorisation infra-annuelle du 1er octobre 2021. Cette revalorisation
a en effet conduit une majorité de branches à se retrouver en situation de non-conformité.
Cette situation a perduré en 2022.
Au total, l’année 2022 est marquée par une forte hausse du Smic dans un contexte
d’inflation élevée. Le salaire horaire de base des ouvriers et employés (SHBOE) et le salaire
mensuel de base (SMB) sont également dynamiques, mais dans une moindre mesure : leurs
évolutions résultent de la négociation entre salariés et entreprises et sont donc plus lentes à
réagir face à des poussées d’inflation. Par ailleurs, dans un contexte de tensions sur le
marché du travail, le pouvoir de négociation des salariés devrait se trouver renforcé.
128
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Des travaux menés par la Drees147 montrent que les Français ont une bonne
connaissance du montant absolu du Smic. En 2020, les trois cinquièmes d’entre eux sont
capables de citer son montant mensuel net à 50 € près. Les répondants plus aisés ont
davantage tendance à le sous-estimer que les personnes les plus concernées. Le principe
d’augmenter le Smic recueille l’assentiment d’une grande majorité de la population. Cette
opinion est stable, depuis 2014, avec un taux d’accord toujours supérieur à 80 %. Dans
toutes les catégories de la population, on ne trouve jamais moins des trois cinquièmes des
personnes interrogées qui se déclarent favorables à une augmentation de ce montant. Il
conviendrait toutefois d’approfondir la compréhension de ces opinions, d’une part, en
mesurant les connaissances et opinions sur la position relative du Smic dans la distribution
des salaires, et, d’autre part, en mesurant les préférences des Français sur le niveau du salaire
minimum pour différents effets possibles de ce niveau sur l’emploi des salariés les moins
qualifiés et l’évolution des prix.
Parmi les pays de l’OCDE, 30 des 38 pays disposent d’un salaire minimum national
légal. L’Autriche, le Danemark, la Finlande, l’Islande, l’Italie, la Norvège, la Suède et la Suisse
n’en disposent pas. Cependant, le cadre choisi par chaque pays ayant mis en place un salaire
minimal est très hétérogène149. Au sein de l’Union européenne, seuls six États membres ne
disposent pas d’un salaire minimum national légal. Dans ce contexte, une Directive relative à
des salaires minimaux adéquats a été adoptée par le Conseil de l’Union européenne le
4 octobre 2022150. Elle permet le partage des bonnes pratiques et l’harmonisation des
standards pour des salaires minimaux adéquats dans les pays qui en sont dotés. En
particulier, elle vise à promouvoir la négociation salariale, assurer la revalorisation périodique
du salaire minimum (au moins tous les quatre ans), garantir l’accès effectif des travailleurs au
salaire minimum quand celui-ci existe au niveau national et, enfin, établir un suivi régulier du
taux de couverture conventionnelle et de l’adéquation du niveau du salaire minimum dans
un rapport transmis à la Commission.
147
Voir l’Annexe 5 du rapport.
148
Commission européenne, « L’opinion des Européens sur les priorités de l’Union européenne », Eurobaromètre Standard,
n° 95, printemps 2021.
149
Voir le Chapitre IV du rapport.
150
Voir le Chapitre IV et l’Annexe 6 du rapport.
129
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Les liens entre le Smic et la pauvreté, ainsi que l’influence du temps partiel dans cette
relation, sont analysés de manière précise dans ce rapport153. Comme dans les rapports
précédents, il apparaît que la rémunération au Smic horaire ne détermine que partiellement
la position d’un individu dans la distribution des niveaux de vie. En effet, le niveau de vie,
utilisé pour construire les principaux indicateurs de pauvreté, est défini au niveau du
ménage. Il dépend du nombre de ses membres et de l’ensemble de leurs revenus (et non
seulement les salaires). La définition du niveau de vie sur la base des revenus annuels
contribue à distendre le lien entre la rémunération horaire et le statut à l’égard de la
pauvreté, qui dépend surtout du nombre d’heures travaillées et de la composition du
ménage. La pauvreté concerne davantage les personnes ayant un emploi à « temps partiel »,
c’est-à-dire un emploi qui repose sur une durée de travail inférieure à la durée (légale ou
conventionnelle) pratiquée dans l’entreprise.
Deux principaux résultats sont mis en évidence dans ce rapport. Tout d’abord, les
salariés au Smic sont davantage situés dans la première moitié de la distribution des niveaux
de vie et 20 % ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté. Cependant, environ 13 %
des individus au Smic bénéficient d’un niveau de vie supérieur au septième décile de niveau
de vie. Ainsi, une augmentation du Smic entraîne une hausse de revenu disponible qui est
très variable selon la quotité de travail et la composition familiale. Ensuite, la pauvreté est
plus fréquente chez les ménages dont le temps de travail est plus faible. C’est le cas en
particulier, quand le temps de travail est contraint du fait de l’employeur154. En effet,
l’organisation du travail de certains métiers (horaires décalées, pics d’activités) constitue un
frein au travail à temps plein. Les contraintes familiales jouent également un rôle important
sur l’exposition à la pauvreté laborieuse en favorisant le recours au temps partiel. Les
151
Voir l’Annexe 3 du rapport.
152
Voir Chapitre IV du rapport.
153
Voir le Chapitre II sur ce sujet.
154
Voir le Chapitre III et l’Annexe 4 du rapport.
130
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
femmes sont davantage affectées par ces contraintes et occupent plus fréquemment que
les hommes les emplois à temps partiel. Enfin, parmi les personnes travaillant à temps
partiel, les salariés vivant dans un ménage composé d’une personne seule ou en famille
monoparentale sont nettement plus exposés à la pauvreté que les autres. Signalons
finalement que le recours au temps partiel n’est pas nécessairement une étape vers le temps
complet : il pourrait exister des « trappes » à temps partiel, en particulier lorsqu’il est subi,
pour les personnes qui accèdent au marché du travail par cette forme d’emploi.
Smic sera revalorisé ce 1er janvier du fait de ce seul mécanisme, lequel permet une
protection du pouvoir d’achat salarial des personnes rémunérées au salaire minimum légal.
On a rappelé plus haut que, sur l’année 2022, la revalorisation du Smic a été de 5,6 % après
une hausse de 3,3 % en 2021. La revalorisation probable du 1er janvier 2023, liée aux
mécanismes de revalorisation automatique, protégera le pouvoir d’achat des salariés au
Smic face à la hausse de l’indice des prix entre son niveau du mois de juin 2022 (pris en
compte dans la revalorisation du 1er août 2022) et son niveau du mois de novembre 2022
(pris en compte dans la revalorisation du 1er janvier 2023).
155
Voir le Chapitre I du rapport pour un encadré détaillé de la formule de revalorisation.
131
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Tout d’abord, le contexte actuel est celui d’une forte inflation liée à la détérioration
des termes de l’échange, elle-même étant en grande partie la conséquence de la
guerre en Ukraine. Cette détérioration des termes de l’échange représente un
prélèvement brut d’environ trois points de PIB sur les richesses produites en France.
Les gains de productivité nuls, sinon légèrement négatifs, depuis 2020 et la crise
sanitaire de la Covid-19 ne peuvent contribuer à amortir ce choc qui implique en
conséquence une baisse du revenu réel distribuable. Des dispositifs (bouclier tarifaire
et remise à la pompe, en particulier) ont été déployés avec une grande ampleur pour
atténuer ce choc en en transférant en partie le poids sur la dette publique et donc
sur les générations à venir. Mais la part résiduelle se reporte mécaniquement sur le
revenu réel des agents. La charge de cet effort doit à nos yeux être répartie de façon
équitable. Cet objectif d’équité est ici atteint par l’indexation du Smic, protégeant le
pouvoir d’achat des travailleurs rémunérés à ce niveau, alors que le pouvoir d’achat
des autres indices salariaux (SMB, SHBOE, par exemple) est nettement affecté par la
hausse de l’inflation. Dans le contexte actuel qui se traduira par une érosion du
pouvoir d’achat d’une majorité de salariés, il ne paraît pas souhaitable au Groupe
d’experts d’aller au-delà de cette stricte préservation du pouvoir d’achat du Smic.
156
Fin 2021, seuls 8 des 38 pays actuellement membres de l’OCDE avaient un taux de chômage harmonisé supérieur à
celui de la France : la Colombie, le Costa Rica, le Chili, l’Espagne, la Grèce, l’Italie, la Suède et la Turquie.
157
Voir la Partie E du Chapitre I du rapport.
158
Cette étude fait l’objet de l’Annexe 2. Un résumé en est proposé en encadré dans le Chapitre 4.
132
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
d’experts sur le travail à temps partiel apportent une forte confirmation à ces
précédentes analyses159. Il en ressort que des salariés à temps partiel vivent des
situations de pauvreté laborieuse fortes, en particulier ceux ayant des familles
monoparentales160. Cette situation est particulièrement choquante dans le cas de
situations de temps partiel contraint161. La lutte contre la pauvreté laborieuse devrait
privilégier l’axe d’action visant à réduire les situations de temps partiel contraint.
Tout d’abord, du fait des revalorisations du Smic aux 1er mai et 1er août 2022 et au
1er janvier 2023, liées aux mécanismes d’indexation sur les prix, la progression du Smic
au 1er janvier 2023 restera sans doute, comme en 2021 et 2022, supérieure à celle des
indices salariaux de référence (par exemple, le SMB et le SHBOE), ce qui n’était plus le
cas depuis de nombreuses années (2012 pour le SHBOE). Cela illustre les effets du
mécanisme de revalorisation du Smic très spécifiques à la France. En effet, une
alternance de surprises inflationnistes et désinflationnistes (liées par exemple à de
fortes évolutions à la hausse et à la baisse du prix de l’énergie) aboutit actuellement
« spontanément » à une dynamique à la hausse du Smic plus forte que celle des
indices salariaux de référence.
Les précédents rapports du Groupe d’experts ont souligné qu’une voie à privilégier
pour encourager l’augmentation des revenus des travailleurs à bas salaires est celle de la
mobilité salariale et professionnelle. Il est recommandé de ne plus affaiblir le rendement
individuel de cette mobilité par de nouveaux ajustements des dispositifs de soutien des bas
revenus. Il apparaît au contraire opportun de s’efforcer de renforcer ce rendement. Une
seconde voie, pratiquée dans une très grande majorité des pays les plus avancés de l’OCDE,
en particulier en Europe, est celle de la négociation collective, dans les domaines des minima
de branches et des grilles salariales dans les branches et les entreprises. Compte tenu des
159
Ces études sont présentées dans les chapitres 2 et 3, avec des détails dans l’Annexe 4.
160
Voir le Chapitre II du rapport.
161
Voir le Chapitre III du rapport.
133
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
134
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
suivantes qui veulent répondre à cette demande162. Tout d’abord, la faiblesse du nombre
des accords ou avenants assurant un salaire minimum au moins égal au Smic devient un
élément d’appréciation du critère de faiblesse de la vie conventionnelle, permettant au
ministre de procéder à la fusion administrative d’une branche professionnelle dans une
autre branche. Ensuite, dans une telle situation où le Smic devient supérieur à au moins un
minima d’une branche, celle-ci est tenue d’engager une négociation salariale dans un délai de
45 jours, au lieu de trois mois précédemment.
Dans ses précédents rapports, le Groupe d’experts avait souligné que les modalités
d’indexation du Smic mériteraient d’être grandement modifiées en vue d’une meilleure
efficacité du marché du travail, notamment pour les salariés les moins qualifiés. Les
mécanismes de revalorisation automatique brident la marge d’appréciation et de décision
du gouvernement. De plus, elles se substituent au rôle de la négociation collective qui en est
affaiblie. Comme les années précédentes, le Groupe d’experts réitère cette
recommandation d’une réforme ambitieuse des règles de revalorisation automatique du
Smic, dans le respect de la Directive européenne sur des salaires minimums adéquats. Cette
directive stipule que la revalorisation du salaire minimum se fait au minimum tous les deux
ans (ou au plus tard tous les quatre ans pour les pays qui disposent d’un mécanisme
d’indexation automatique). Cette revalorisation doit, par ailleurs, prendre en compte a
minima les évolutions du coût de la vie, du niveau général des salaires, de leur distribution et
de leur évolution, ainsi que l’évolution de la productivité du travail. Dans le contexte d’une
réforme des modalités d’indexation du Smic, le rôle du Groupe d’experts serait élargi, ce qui
pourrait justifier également sa refonte, évoquée par plusieurs partenaires sociaux163. Plusieurs
types de réformes des règles de revalorisation automatique du Smic pourraient être
considérées. Notons que ces réformes n’interdiraient en rien la pratique de « coups de
pouce ». Les trois réformes envisagées par le Groupe d’experts sont les suivantes.
162
Ces dispositions sont plus longuement décrites dans l’Annexe 6.
163
Les contributions des partenaires sociaux sont présentées en Annexe 7.
135
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Groupe d’experts. Un tel abandon conférerait une responsabilité accrue aux pouvoirs
publics, qui, en fixant les hausses du Smic, pourraient ainsi mieux articuler les évolutions du
Smic avec celles du marché du travail et avec les dispositifs de lutte contre la pauvreté
laborieuse, en particulier dans le contexte de la réflexion, à poursuivre, sur une réforme des
minima sociaux. En conformité avec la Directive européenne, les pouvoirs publics seraient
amenés à une revalorisation discrétionnaire au moins tous les deux ans, prenant en compte
le niveau d’inflation. Il rapprocherait les modalités de revalorisation du salaire minimum en
France de celles existantes dans les autres pays de l’OCDE : parmi les 30 pays de l’OCDE (sur
38) dans lesquels existe un salaire minimum national, l’existence d’un dispositif d’indexation
automatique (généralement sur l’inflation ou les minima de branches négociés) n’existe que
dans quatre autres pays (la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Pologne) mais seule la
France dispose d’un dispositif aussi contraignant de double indexation sur l’inflation et le
pouvoir d’achat d’un indice salarial (le SHBOE). Cela n’empêche pas ces pays de décider des
hausses régulières et parfois importantes de leur salaire minimum. Cependant, dans le
contexte actuel de forte inflation, l’automaticité de l’indexation donne une certaine
prévisibilité aux revalorisations. Elle a par ailleurs permis de protéger le pouvoir d’achat des
travailleurs à bas salaire sur la période, même si les effets à moyen terme de cette protection
sur la pauvreté ne sont pas garantis. Enfin, un système purement discrétionnaire pourrait lier
la fréquence des revalorisations aux fluctuations politiques.
164
Voir à ce sujet l’Annexe 3 concernant le salaire minimum en Allemagne.
136
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
137
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
ANNEXES
138
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Annexe 1
Liste des personnes auditionnées
Enfin, le groupe d’experts a invité les huit organisations représentatives, CFDT, CGT,
CFTC, CGT-FO, CFE-CGC, Medef, CPME et U2P à être auditionnées. La CFDT, la CGT, la CFE-
CGC, le Medef, la CPME et l’U2P ont été auditionnés. La CFTC et la CGT-FO n’ont pas
souhaité être auditionnées.
139
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Annexe 2
Les entreprises face aux augmentations du salaire
minimum : ajustements et réorganisations
Implications en termes d’emploi, de salaires et de
productivité165
Principaux enseignements
Cette note présente les résultats préliminaires de l’analyse des stratégies des entreprises
(domestiques) françaises soumises entre 2003 et 2006 à des évolutions différenciées de leur
salaire minimum légal (selon leur GMR d’appartenance). Les principaux enseignements de nos
analyses sont les suivants :
-- L’augmentation du coût du travail se transmet à l’ensemble des niveaux hiérarchiques des
entreprises soumises à des augmentations de leur salaire minimum légal, excepté le plus élevé.
-- Relativement aux autres entreprises, elles diminuent significativement leur taille en termes
d’heures travaillées en contractant les niveaux inférieurs de leurs organisations hiérarchiques
internes. L’élasticité estimée des heures totales travaillées au coût du travail au niveau du
salaire minimum est de -0.15, mais ce résultat n’implique pas que l’impact global du salaire
minimum sur l’emploi est négatif. Notamment, selon l’impact du salaire minimum sur le
nombre total d’entreprises (entrées et sorties), ce résultat est compatible avec un effet nul,
positif ou négatif sur le volume d’emploi total . En revanche, ce résultat implique qu’un salaire
minimum élevé est associé à une structure du tissu industriel davantage fragmentée.
-- Malgré l’augmentation du coût relatif du travail par rapport aux autres facteurs de
production, les entreprises n’augmentent pas significativement leur intensité capitalistique et
ne semblent pas externaliser davantage leur production.
-- Cependant, ces ajustements sont associés à des augmentations significatives de productivité,
associées à des stratégies d’investissement plus intenses en technologies de l’information dont la
165
Cette étude s’inscrit dans le cadre d’un appel à projet de recherche lancé en 2021 par France Stratégie à la demande du
groupe d’experts sur le Smic. Elle a donné lieu à une convention de recherche entre France Stratégie et l’université Paris-
Saclay. Elle a bénéficié du financement de la chaire d’excellence TANED (REC-2019-012, IDEX Université Paris-Saclay). Cette
subvention est financée sur le programme d’Investissements d’Avenir lancé par l’État et mis en œuvre par l’ANR. Son pilotage
a été réalisé conjointement par France Stratégie et le groupe d’experts. Les résultats n’engagent que leurs auteurs.
140
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
littérature a montré qu’elles permettent de tirer profit des réorganisations opérées : nous
observons en effet que les entreprises soumises à des augmentations plus élevées de leur salaire
minimum connaissent une évolution significativement plus dynamique de leur productivité.
Motivation
L’analyse des effets du salaire minimum sur les économies suscite une littérature
fournie depuis plusieurs décennies. De fait, le débat scientifique sur les effets du salaire
minimum sur l’emploi reste intense et largement ouvert (Neumark, 2017), l’ampleur des
effets estimés variant nettement d’une étude à l’autre. Pour les travailleurs peu qualifiés, les
résultats oscillent la plupart du temps entre des élasticités nulles (ou non statistiquement
significatives) et des valeurs de l’ordre de -0.1 à -0.2, mais certains articles proposent des
estimations négatives (par exemple, Clemens et Wither, 2019) ou positives (Card et Krueger,
1994) nettement plus importantes. Une seconde direction de recherche a porté sur l’impact
du salaire minimum sur la productivité ou la profitabilité des entreprises, là encore avec des
résultats contrastés selon les méthodes ou données employées (voir par exemple Draca et
al., 2011 vs. Riley et Bondibene, 2017 pour le cas du Royaume-Uni).
Ces deux aspects sont par ailleurs interdépendants. En effet, l’introduction d’un salaire
minimum a pour effet de modifier les prix relatifs des facteurs de production pour les
entreprises : travail vs. capital, et salariés selon leurs niveaux de qualification. En d’autres
termes, il affecte la demande de travail en modifiant les structures de qualifications et
organisations hiérarchiques internes qui optimisent le profit des entreprises, ainsi que les
choix d’investissement en technologies à leur associer. In fine, tous ces choix sont
susceptibles d’affecter la productivité des entreprises – a minima, les indices standard de
productivité qui ne prennent pas en compte les différences d’organisations (Garicano, 2000,
Caliendo et Rossi-Hansberg, 2012). Ce policy brief propose donc une analyse empirique
conjointe de ces mécanismes, de façon à les quantifier et, potentiellement, contribuer à
clarifier pour quelles raisons les résultats de la littérature empirique sont divergents.
Encadré 1
Quels mécanismes théoriques pour quels impacts
du salaire minimum sur l’emploi global ?
Nous présentons ici les principaux mécanismes théoriques susceptibles de faire sens des
estimations contrastées obtenues en termes d’impact du salaire minimum sur l’emploi.
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SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Dans un tel cadre, plusieurs aspects sont susceptibles d’affecter l’importance de l’impact a
priori négatif d’un salaire minimum sur l’emploi :
-- le degré de substituabilité du travail par d’autres facteurs de production, par exemple des
machines (robots, autres processus d’automatisation, etc.) Si ce degré est élevé, alors
l’impact du salaire minimum sur l’emploi sera lui-même élevé. Dans le cas contraire, il sera
faible.
Il est cependant possible que le marché du travail ne soit en fait pas compétitif et que
certains employeurs au moins aient en fait le pouvoir de fixer les prix : c’est alors une
situation de monopsone (Ashenfelter et al., 2010 ; Manning, 2011). Une telle situation peut
apparaître en présence de différentes formes de « frictions », telles que des coûts de
prospection d’emploi significatifs pour les salariés, par exemple.166 Dans de telles
circonstances, un salaire minimum élevé est susceptible d’avoir un impact positif sur
l’emploi. En effet, les salariés auront moins d’incitations à quitter leur emploi, de sorte que
le chômage fictionnel sera moins élevé. De plus, l’introduction du salaire minimum réduira
la capacité des entreprises à maintenir des salaires bas en comprimant leurs embauches, de
sorte que les entreprises ajusteront leur demande de travail à un niveau plus élevé, et plus
proche du niveau efficace.
166
Les entreprises peuvent également acquérir du pouvoir de monopsone lorsque les salariés valorisent leur emploi non
simplement pour le salaire qu’il génère, mais pour d’autres « aménités » différemment valorisées par les salariés et donc
non directement prises en compte dans les prix de marché : conditions de travail, temps de transport, qualité des
relations managériales, etc.
142
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
En France par ailleurs, même cette quantification d’équilibre partiel est hors de portée
pour la période récente, car le salaire minimum s’applique de façon indifférenciée à
l’ensemble des entreprises. C’est une difficulté majeure des évaluations empiriques d’impact
du salaire minimum. Néanmoins, la situation a été différente par le passé, notamment au
moment de la mise en place de la réduction de la durée légale de la semaine de travail, entre
1998 et 2005, qui avait généré la création de « Garanties mensuelles de rémunération »
différenciées.
La mise en place du système des GMR avait pour objectifs de maintenir le niveau de la
rémunération mensuelle des salariés payés au niveau du Smic lors du passage aux 35 heures,
et d'assurer ensuite une progression mesurée de leur pouvoir d'achat. Le système
d'indexation des GMR étant moins favorable que celui du Smic, chaque nouvelle GMR
(intitulées « GMR 1 », « GMR 2 » etc.) créée au 1er juillet de chaque année était plus favorable
que la précédente après indexation. Ce système impliquait que la rémunération minimale
était différenciée entre entreprises selon leur date de passage aux 35 heures.168
La loi dite « Aubry » de Réduction du temps de travail (RTT) prévoyait par ailleurs dès
le 19 janvier 2000 que le gouvernement présenterait au Parlement avant le 31 décembre
2002, après consultation des partenaires sociaux et de la Commission nationale de la
négociation collective, un rapport retraçant la situation des salariés concernés par les
garanties minimales de rémunération (GMR) associées aux passages aux 35 heures, et
précisant les mesures propres à les rendre sans objet à compter du 1er juillet 2005.
Cependant, les modalités précises de cette re-convergence n’étaient pas spécifiées, et non
anticipables par les entreprises, notamment du fait du changement de majorité
gouvernementale intervenu entre temps. C’est la loi dite « Fillon » du 17 janvier 2003 qui a
précisé ces aspects. Elle a d'abord mis fin à la création de nouvelles GMR après juillet 2002.
Ensuite, une convergence s'effectuant par « coups de pouce » successivement apportés au
167
La quantification de l’impact total, après bouclage en équilibre général, requiert soit la comparaison d’économies
entières, considérées comme similaires mais soumises à des niveaux de salaire minimum différents, soit la construction
d’un modèle structurel d’équilibre général, calibré de façon à répliquer les quantifications d’équilibre partiel estimées
dans les données. Noter que dans les modèles proposés par Garicano et Rossi-Hansberg (2006) ou Caliendo et Rossi-
Hansberg (2012), qui pourraient être étendus de façon à intégrer une contrainte de salaire minimum, le marché du
travail s’équilibre par hypothèse, de sorte que l’impact du salaire minimum sur l’emploi global est nul par construction.
Il est nécessaire de généraliser leur cadre en levant cette hypothèse et en la remplaçant par un concept alternatif
d’équilibre sur le marché du travail pour quantifier des effets emplois non nuls.
168
En revanche, au sein de ces mêmes entreprises, les travailleurs à temps partiel ou les nouveaux embauchés à 35 heures
voyaient leur rémunération déterminée par le Smic horaire, excepté dans les cas où d’autres salariés de l’entreprise
alloués à des postes similaires étaient rémunérés au niveau de la GMR. Les lois Aubry interdisaient (au moins
formellement, et par le biais de subventions compensatrices moins élevées) d’associer une diminution du temps de
travail à des licenciements, de sorte que les entreprises n’étaient pas en mesure de s’exonérer des GMR pour leurs
salariés pérennes à temps plein. (voir https://www.senat.fr/rap/np05_35/np05_3511.html)
143
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Smic a été programmée, de telle sorte qu'en juillet 2005, le Smic horaire correspondent au
niveau de la GMR 5 (la plus élevée, créée en juillet 2002). Les autres garanties ont également
été revalorisées par des « coups de pouce » différentiels qui ont assuré leur convergence
vers la GMR 5. Le choix retenu d'indexer les GMR et le Smic horaire sur le taux d'inflation a
permis de programmer ces « coups de pouce » dès 2002, à la fois pour le Smic et pour les
4 GMR concernées. La GMR 5 n’a en revanche bénéficié d’aucun coup de pouce, puisqu'elle
constituait la « cible » vers laquelle convergeaient le Smic (pour 35 heures169) et les autres
GMR au 1er juillet 2005.
169
La loi « Fillon » a également permis de facto aux entreprises non encore passées aux 35h de rester à 39h, sous réserve
de rémunérer les heures supplémentaires à un taux plus élevé que les heures « légales » : voir l’appendice « données » et
les notes de la figure 1.
170
https://www.ipp.eu/ipp-tax-and-benefit-tables/en/labour-market/salaire_minimum/gmr/
https://www.ipp.eu/ipp-tax-and-benefit-tables/en/labour-market/salaire_minimum/smic
171
Sébastien Roux a très gentiment accepté de partager les programmes développés à l’Insee (Cottet et al., 2012) pour
atteindre cet objectif, notamment en simulant les montants de subventions associées aux lois Aubry I, II et Fillon. Voir
aussi Lhommeau et Rémy (2007) pour des stratégies de simulation similaires.
172
Voir appendice A1 pour une description détaillée.
173
Cet aspect est souvent médiocrement traité dans les estimations proposées par la littérature, du fait de données
disponibles limitées. Il pourrait expliquer au moins pour partie pourquoi les élasticités estimées diffèrent, lorsque le
concept de coût salarial est insuffisamment précisément défini ou mesuré.
144
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
(A) Version en salaires bruts, directement lisibles dans les textes juridiques
9
8
Salaire minimum brut
7
6
5
GMR 5 Pas de GMR, 35h Pas de GMR, 39h, > 20 sal. Pas de GMR, 39h, = 20 sal.
Note : Les différentes GMR sont exprimées en euros par heure, sur la base d’une semaine à temps plein (39
ou 35 heures, selon la date et la GMR considérée). Dans le graphique (A), le coût du travail horaire des
entreprises restées à 39h dépend de leur taille, car la loi prévoyait que la majoration de rémunération des 4
heures supplémentaires (excédant 35h) dépendait de la taille des entreprises. Voir Appendice A1.
Source : Institut des politiques publiques et calculs des auteurs à partir des fichiers des DADS-postes.
145
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Source : Calculs des auteurs à partir des fichiers des DADS-postes. La première ligne correspond aux valeurs moyennes dans
l’échantillon, tandis que la seconde ligne correspond à l’écart-type. En effet, au sein des GMR, les entreprises ne sont pas toutes
éligibles aux mêmes montants d’aides (notamment selon leur taille ou leur secteur d’activité), de sorte que le coût du travail
effectif au niveau GMR est hétérogène entre entreprises, même au sein d’une même GMR.
Méthodologie
Ce graphique 1A montre que la période 1998-2006 est particulièrement intéressante,
car elle se caractérise par la coexistence de différents barèmes de salaire minimum (horaire),
avec des niveaux et des dynamiques différents. De prime abord, il semble donc possible de
mettre en œuvre des spécifications dites « en différences simples », comparant l’évolution
dans le temps d’entreprises ex ante similaires, mais faisant face à des évolutions
différenciées de leurs salaires minimum respectifs. Lorsqu’il s’avère trop difficile de trouver
suffisamment d’entreprises similaires pour être éligibles à cette comparaison, alors la
littérature économique propose d’estimer des spécifications dites « en doubles
différences », qui permettent de contrôler des différences stables dans le temps entre les
entreprises soumises aux différentes GMR.
Cependant, la première phase, qui s'étend de 1998 à 2002, est difficile à exploiter
pour notre question de recherche, car elle s'est déroulée simultanément à la mise en œuvre
de la RTT. Sa mise en œuvre a généré de profonds ajustements dans l'organisation des
entreprises au cours des premiers mois et années suivant les accords, de sorte qu’il est
particulièrement difficile d’isoler les effets spécifiques des augmentations de salaire
minimum sur cette période.174
La seconde phase, qui couvre les années 2003 à 2006, est plus favorable pour notre
analyse. D’abord, l’offre globale de travail est stabilisée, et la mise en œuvre de la RTT peut
également être considérée comme stabilisée dans toutes les entreprises qui l’ont
174
D’autres aspects compliquent encore l’analyse : la réduction légale du temps de travail a par exemple induit une
pression à la baisse sur la quantité totale d’heures offertes par salarié, donc sur l’offre de travail globale, perturbant
l’équilibre sur le marché du travail. De plus, les entreprises se sont auto-sélectionnées dans différents groupes de GMR
en fonction de la date de leur accord interne de RTT. Ce processus d’auto-sélection a très probablement été motivé
par des considérations relatives aux coûts de la main-d’œuvre (et aux subventions différentielles entre les groupes
GMR) et à l’organisation du travail, qui ne sont pas orthogonales à nos principales variables d’intérêt, ce qui rend
l’évolution du salaire minimum endogène. Cela implique également que les différences entre les entreprises entrées
dans des GMR différentes n’étaient probablement pas stables dans le temps, même avant l’application de la RTT :
l’hypothèse standard de « tendance commune » (common trend) entre les entreprises des différents groupes de GMR
est très probablement violée, ce qui biaise génériquement les estimateurs par différences de différences.
146
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
implémentée. Cela implique que la stratégie de doubles différences indiquée ci-dessus peut
être mise en œuvre sans risque. La spécification prend alors la forme suivante :
Encadré 2
Analyses de robustesse : variables instrumentales et triples différences
Toutes les spécifications reportées dans le corps de texte de la note sont estimées selon la
spécification indiquée dans l’équation (1). L’appendice de la note contient en outre les
résultats obtenus avec des spécifications complémentaires :
Estimations par variables instrumentales : Une spécificité de l’équation (1) réside dans
le fait que la variable de coût salarial horaire mesuré à la GMR est spécifique à chaque
entreprise, du fait des programmes de subventions et dispositifs de réduction de
charges salariales spécifiques auxquels elles sont éligibles. De fait, certains critères
d’éligibilité (notamment, la taille de l’entreprise, qui détermine le taux de rémunération
des heures supplémentaires à compter de 2002) sont potentiellement sous le contrôle
de l’entreprise, ce qui est susceptible d’induire un problème d’endogénéité dans
l’équation 1 générant des biais dans nos estimations. Pour résoudre ce problème, nous
estimons des spécifications dans lesquelles la variable ∆03/06 ln Coût_𝐺𝑀𝑅𝑖𝑡 est
simplement instrumentée par ∆03/06 ln Salaire_brut_𝐺𝑀𝑅𝑖𝑡 . Comme expliqué plus haut, à
partir de 2002, l’évolution de cette variable est positivement corrélée avec
∆03/06 ln Coût_𝐺𝑀𝑅𝑖𝑡 puisqu’elle en constitue la composante principale, mais
entièrement déterminée par la loi Fillon et non manipulable par aucune entreprise,
puisqu’aucune n’était autorisée à changer de GMR.
Estimations par triples différences : Une autre source de fragilité pour nos estimations
réside dans le fait que, les entreprises s’étant auto-sélectionnées dans les différentes
GMR au cours de la période 1998/2002, il n’est pas impossible que l’hypothèse de
« tendance commune » (common trend) entre les entreprises des différents groupes de
GMR soit également violée pour notre analyse de la période 2003/2006. Une solution
147
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Dans des spécifications additionnelles non reportées ici (voir rapport final), nous
combinons les deux approches en instrumentant dans l’équation (2) la variable de
coût du travail mesuré à la GMR par le salaire brut à la GMR, partout où elle
intervient.
Données utilisées
Notre échantillon d’analyse correspond à l’ensemble des entreprises pérennes entre
2000 et 2006, qui reportent plus de 5 « postes175 de travail » à l’administration (via les
Déclarations annuelles de données sociales) et qui ont déjà passé un accord et donc
implémenté la réduction légale du temps de travail en 2002 de façon à être incluses dans
des GMR bien définies.176 Les sélections requises par nos analyses (taille suffisante, pérennité,
inclusion dans des GMR de façon à tracer précisément l’évolution du coût du travail)
impliquent que notre échantillon d’estimation contient seulement 10% du nombre total
175
Le « poste de travail » correspond au niveau déclaratif le plus détaillé des DADS, soit celui des périodes d’emploi d’un
salarié donné au sein d’un établissement précis d’une entreprise.
176
Notez que les entreprises réduisant leur temps de travail après 2002 sont également exclues de notre analyse,
puisqu’elles ne relèvent d’aucune GMR. De plus, elles subissent potentiellement des réorganisations massives (voir
supra la section de méthodologie).
148
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
d’entreprises annuel moyen, mais il couvre 40% des heures annuelles travaillées et 35 % de la
valeur ajoutée produite. Par construction, notre échantillon contient davantage
d’entreprises de grande taille que l’ensemble de la population des entreprises françaises.
Tous les détails relatifs à la construction de cette base de données sont détaillés dans
l’appendice A1, tandis que l’appendice A2 contient des statistiques descriptives détaillées.
Les statistiques descriptives enseignent que les entreprises de grande taille ont eu
tendance à négocier leur accord de réduction du temps de travail tôt, de sorte qu’elles sont
plus fréquemment classées dans les premières GMR. Elles correspondent à des entreprises
actives dans les secteurs de l’industrie manufacturière ou des services aux entreprises.
Inversement, les groupes de GMR correspondant à des accords de réduction du temps de
travail négociés plus tardivement contiennent davantage d’entreprises de petite taille, plus
souvent actives dans les secteurs du commerce, de l’hôtellerie et des restaurants. Elles
versent des salaires moins élevés177, même à catégorie socio-professionnelle donnée, et
présentent une exposition accrue aux augmentations des GMR, telle que mesurée par la part
de leurs salariés qui étaient rémunérés en 2002 à un niveau inférieur au futur Smic de 2006.
Dans les analyses qui suivent, nous exploitons une caractéristique particulièrement
intéressante de nos données : les DADS nous permettent en effet de reconstituer avec un
bon degré de détail, les organisations hiérarchiques internes des entreprises grâce à la
méthodologie développée par Caliendo et al. (2015). Elle consiste à affecter chaque salarié à
un niveau hiérarchique en utilisant le premier chiffre de son code PCS (Professions et
catégories socioprofessionnelles). Les PCS françaises contiennent en effet des informations
sur le positionnement hiérarchique des différents postes au sein des entreprises, ce dont
nous tirons parti dans ce projet. Dans les données, il existe cinq professions (hors travailleurs
agricoles), qui sont regroupées en quatre catégories professionnelles conformes à l'idée
théorique de niveau hiérarchique au sein d’une entreprise. Les codes professionnels 2, 3 et 4
correspondent chacun à des niveaux spécifiques. Le code 2 comprend les travailleurs ayant
la plus grande autorité dans les entreprises : les propriétaires salariés, le PDG et les directeurs
d’entreprise. Le code 3 est composé des cadres supérieurs ou des postes de direction, tandis
que le code 4 contient les superviseurs et les employés ayant une plus grande responsabilité
que les salariés « de base » (de la hiérarchie). Enfin, les codes professionnels 5 et 6, qui sont
regroupés en une seule catégorie professionnelle, contiennent les travailleurs de la
production et de l’administration. Avec cette approche, il est possible de distinguer quatre
177
Cette observation vaut en termes de salaires bruts et en termes de coût du travail total.
149
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
types différents d’entreprises dans les données : les entreprises à un niveau hiérarchique,
deux, trois ou quatre niveaux hiérarchiques, selon le degré de complexité de leurs
organisations. Il faut noter que le concept de niveau hiérarchique n’est pas strictement
équivalent à celui de catégorie socio-professionnelle, car toutes les PCS ne sont pas
nécessairement représentées dans chaque entreprise. Ainsi, lorsqu’une entreprise n’emploie
pas ou plus d’ouvriers ou de personnel administratif, son niveau hiérarchique inférieur
regroupe ses salariés de PCS 4 (et non 5 ou 6). La littérature économique a montré que ce
concept de niveau hiérarchique est à ce jour celui qui permet le mieux de comprendre les
stratégies organisationnelles des entreprises et notamment, comment les entreprises fixent
le niveau de leurs rémunérations internes en les articulant à leurs contraintes de production
(voir encadré 3).
Encadré 3
Les principaux modèles de la littérature économique
guidant notre analyse empirique
Le cadre développé par Garicano (2000) pour étudier l’organisation hiérarchique interne
des entreprises, et étendu par Caliendo et Rossi-Hansberg (2012) à une économie avec des
entreprises hétérogènes permet de mettre en perspective les résultats empiriques obtenus
dans cette note. Dans leur modèle, la production nécessite de combiner du travail et de la
connaissance (des compétences). L’organisation optimale de l’entreprise a une structure
pyramidale composée d’un niveau hiérarchique de travailleurs de production, et d’un ou
plusieurs niveaux hiérarchiques de managers avec des niveaux croissants de compétence
(Garicano, 2000). L’avantage de cette structure est qu’elle permet aux managers les mieux
formés de ne pas avoir à s’occuper des problèmes les plus fréquents, tout en leur
permettant en revanche de consacrer leur temps à des problèmes moins courants, qu’ils
ont un avantage comparatif à traiter (Garicano, 2000, Garicano et Hubbard, 2007, et
Garicano et Van Zandt, 2012).
150
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Ce cadre d’analyse est le principal modèle dit « structurel » permettant de faire sens des
barèmes salariaux internes aux entreprises, de leurs stratégies internes de formation et de
leurs décisions d’embauche de salariés de différentes catégories socioprofessionnelles. Il a
aussi servi de « guide » à de précédentes études sur données françaises, notamment
Caliendo et al. (2015), ainsi que les travaux menés par l’équipe de Nathalie Greenan autour
du dispositif COI-TIC qu’elle a contribué à monter (par exemple, Greenan et Walkowiak,
2010, et l’appendice A1).
151
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
(i) Celui par lequel les entreprises adoptent une structure organisationnelle différente. La
prédiction théorique est qu’en réponse à une augmentation du salaire minimum, les
entreprises adopteront des hiérarchies plus plates, et qu’elles ajustent les niveaux de
compétences de chaque niveau hiérarchique (et les rémunérations associées). Nous la
testons dans les tables 2 et 3.
(ii) Celui par lequel les entreprises investissent dans des types de technologies différents.
La prédiction théorique est que les entreprises devraient moins investir dans les
technologies de communication et plus dans les technologies de l’information, afin de
tirer le meilleur parti des travailleurs devenus plus coûteux, situés au bas de la hiérarchie.
Nous testons cette prédiction dans les tables 4 et 5, ainsi que ses implications en termes
de productivité dans la table 6.
La table 2 montre que l’augmentation du coût du travail au niveau des GMR contrainte
par la loi se transmet à l’ensemble des niveaux hiérarchiques de l’entreprise178. Cette
transmission est conforme aux prédictions théoriques (encadré 3), puisque organisation
hiérarchique et structure des salaires au sein des entreprises sont intimement liés (Garicano,
2000, Garicano et Rossi-Hansberg, 2006 et Caliendo et Rossi-Hansberg, 2012) : comme les
salaires sont une fonction croissante de la compétence, les salariés localisés dans des
niveaux hiérarchiques plus élevés ont vocation à recevoir un salaire plus élevé que leurs
subordonnés. Les données nous montrent que l’augmentation du coût du travail au niveau
du salaire minimum, contraignant les rémunérations en bas des hiérarchies, est répercutée à
presque tous les niveaux pour que les politiques salariales restent optimales à tous les
niveaux hiérarchiques de l’organisation.
178
La table 2 contient les analyses en termes de PCS et de niveaux hiérarchiques. Les résultats obtenus sont plus précis
(notamment en termes de salaires bruts) en termes de niveaux hiérarchiques, ce qui confirme que ce concept est plus
pertinent que celui de PCS (« occupation ») pour comprendre les politiques salariales des entreprises. La table A6 de
l’annexe documente en outre que seules les entreprises en contraction (qui diminuent leur nombre de niveaux
hiérarchiques pour adopter des organisations plus simples) ne transmettent pas ces augmentations à leurs autres
salariés.
152
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Les colonnes (10) à (18) répliquent ces analyses en termes de salaires bruts plutôt que
de coût du travail total. Les coefficients estimés en termes de salaires bruts apparaissent
négatifs en bas des hiérarchies, et positifs ou non significatifs au sommet des organisations.
Combiné avec le résultat de la table 2 selon lequel les entreprises ont réduit la base de leurs
hiérarchies, cela impliquerait que seuls les salariés les moins qualifiés seraient restés à ces
positions subalternes, tandis que ceux qui étaient plus qualifiés (et davantage rémunérés)
ont été réalloués ailleurs : éventuellement aux échelons supérieurs des organisations, ou hors
de l’entreprise180.
Table 2 – L’impact du salaire minimum sur le coût du travail et les salaires (relatifs)
au sein des organisations des entreprises
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de l’entreprise
(défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des estimateurs sont
ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la nomenclature agrégée à
1 chiffre et la zone d’emploi.
179
La table A7 de l’annexe propose une décomposition détaillée de ces ajustements de prix en distinguant les entreprises
selon que leur organisation est restée stable, ou qu’elle a connu une augmentation ou une diminution du nombre de
niveaux hiérarchiques. Ils montrent également que la table 2 ne cache aucun effet de composition qui serait
susceptible d’affecter l’interprétation des résultats. La table A8 montre en outre que la dispersion du coût du travail a
significativement augmenté dans les entreprises.
180
Malheureusement, les DADS de niveau « postes » n’ont pas de dimension panel. Ces fichiers ne permettent donc pas
de vérifier si de telles transitions vers le haut des hiérarchies ont eu lieu en interne (promotions), ou si elles
correspondent à des licenciements ou au remplacement de certains salariés par des embauches extérieures.
153
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Table 3 – L’impact du salaire minimum sur l’emploi (relatif) et les organisations des entreprises
(A) Impact sur les heures travaillées, totales et par niveaux hiérarchiques ou PCS
(1) (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9)
Indicateur: Δ ln heures
totales niveau 1 niveau 2 niveau 3 niveau 4 PCS 5,6 PCS4 PCS3 PCS2
Moyenne: 0.0136 0.0162 -0.00711 0.0414 -0.0429 0.0178 -0.00190 0.0485 -0.0458
Δ ln coût horaire -0.154*** -0.395*** -0.0449 -0.116 0.104 -0.412*** -0.0836 -0.0708 0.109
de la GMR (0.0502) (0.0850) (0.115) (0.137) (0.277) (0.0783) (0.114) (0.133) (0.209)
Observations 55 344 55 344 49 479 33 202 8 484 54 185 43 898 31 805 12 904
R2 0.051 0.032 0.028 0.035 0.099 0.038 0.034 0.038 0.074
181
Des entreprises exposées à des GMR élevées vers les entreprises exposées à des GMR moins élevées.
154
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Malgré l’augmentation relative du coût du travail par rapport au coût des autres
facteurs de production, les entreprises ne semblent pas significativement ajuster leur
demande de facteurs, de sorte que la part des inputs intermédiaires (table 4, colonne 7) et
celle du capital (table 4, colonne 8) restent stables182. Cela implique en particulier que les
entreprises n’ont pas semblé externaliser davantage leur production en réaction aux
augmentations du salaire minimum.
182
La table 4 montre que seule la part des dépenses salariales stricto sensu, telles que mesurées dans les DADS, augmente.
En termes de quantification, comme la table 1 montre que les augmentations effectives du coût du travail au niveau
des GMR entre 2003 et 2006 se sont échelonnées de 4 % à 13 % selon le groupe de GMR considéré, cela implique que la
part des salaires dans le total du chiffre d’affaires a augmenté de 0,2 % à 0,8 %, pour une valeur moyenne de 29,8 %
(voir table A4). L’impact est cependant non significatif sur la part correspondant aux dépenses totales relatives au
travail, telles que mesurées dans les liasses fiscales et incorporant par exemple les indemnités diverses (y compris de
licenciement), etc.
155
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
(1) (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10)
Indicateur: Δ ln Δ ln Δ ln Δ ln Δ coût Δ dépenses Δ inputs Δ coût Δ ln Δ ln
nbre postes heures VA CA salarial /CA travail /CA interm./ CA cap./CA cap./post cap./h
Moyenne: 0.00863 0.0136 0.0836 0.106 0.000591 0.00115 0.00497 0.00352 0.123 0.118
Δ ln coût horaire -0.218*** -0.154*** 0.0524 0.0060 0.0597*** 0.0151 -0.0169 -0.00950 0.0052 -0.0594
de la GMR (0.0518) (0.0502) (0.065) (0.054) (0.0133) (0.0115) (0.0125) (0.0157) (0.078) (0.0761)
Observations 55 344 55 344 55 344 55 344 55 002 55 156 55 010 55 344 55 344 55 344
R2
0.047 0.051 0.061 0.068 0.040 0.047 0.039 0.015 0.030 0.030
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de
l’entreprise (défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des
estimateurs sont ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la
nomenclature agrégée à 1 chiffre et la zone d’emploi. Dans la colonne (8), le coût d’usage du capital est approximé
comme 20 % du stock de capital reporté au bilan (comme par exemple dans Garicano et al., 2016)
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de
l’entreprise (défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des
estimateurs sont ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la
nomenclature agrégée à 1 chiffre et la zone d’emploi.
156
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de
l’entreprise (défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des
estimateurs sont ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la
nomenclature agrégée à 1 chiffre et la zone d’emploi. Dans les colonnes (3) et (4), les indices de productivité des
entreprises ont été construits par méthode comptable, les élasticités de la valeur ajoutée aux facteurs de production
(travail et capital) étant évaluées par leur part de rémunération dans la valeur ajoutée. Dans les colonnes (5) et (6),
c’est la méthode d’estimation proposée par Levinsohn et Petrin (2003) qui est implémentée en utilisant Wooldridge
(2009) et Petrin et Levinsohn (2012). Le volume de travail utilisé est évalué en termes d’heures dans les colonnes (1),
(3) et (5), et en termes de postes dans les colonnes (2), (4) et (6).
Enfin, les colonnes (3) à (6) de la table 4 permettent d’évaluer la résultante de ces
divers ajustements en termes de productivité multifactorielle (TFP). Nous en proposons
quatre indices, estimés selon des méthodes alternatives, mais les corrélations obtenues sont
remarquablement homogènes : l’élasticité estimée varie entre 0.07 et 0.08. Cela implique
qu’au cours de la période, les gains de productivité « excédentaires » des entreprises
soumises aux augmentations de leurs GMR (par rapport aux autres entreprises) se sont en
moyenne échelonnées entre 0.3 et 1.04 point de pourcentage entre 2003 et 2006.
157
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
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183
https://voxeu.org/article/spatial-implications-minimum-wages
158
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
184
https://voxeu.org/article/reallocation-effects-minimum-wage
159
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
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160
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Appendices
A1. Construction de la base de données
Les analyses reportées dans ce « Policy Brief » sont issues de l’analyse d’une base de
données d’entreprises construite à partir de fichiers administratifs couvrant l’ensemble de la
population des entreprises françaises et de leurs salariés.
Les Déclarations annuelles des données sociales (DADS) de niveau « poste salarié »
constituent notre principale source statistique. Nous apparions ces fichiers annuels entre
1998 et 2006, de façon à suivre de façon fine l’évolution de l’emploi au sein des entreprises
françaises au cours de cette période. Ils contiennent notamment les informations suivantes :
la classification PCS (Profession et catégorie socioprofessionnelle) des salariés, le nombre
d’heures qu’ils effectuent au cours de l’année, et leur salaire brut185.
La principale difficulté pour nous est que ces fichiers ne contiennent pas directement
d’indicateur du coût du travail de chaque salarié, ni de description détaillée de l’organisation
des entreprises. Une étape importante de notre travail a été de reconstituer ces indicateurs.
La base de données « Allègement des cotisations sociales » qui avait été construite par
les services du ministère de l’Emploi et de la Solidarité au moment de la réforme des 35h est
le second fichier clé pour notre analyse. Il contient l’information sur la date des accords de
réduction du temps de travail (RTT), qui déterminent la GMR à laquelle sont soumises les
entreprises. Il contient également l’information sur les aides (dites « Aubry I » et « Aubry II »)
qu’elles ont éventuellement perçues entre 1998 et 2005, et qui affectent fortement
l’évolution du coût du travail de ces entreprises au cours de notre principale période
d’intérêt (de 2003 à 2005).
La base de données obtenue est ensuite appariée aux fichiers fiscaux (Bénéfices
industriels et commerciaux - régime normal BIC-RN, Fichier de comptabilité unifié SUSE -
FICUS) qui permettent de mettre en regard des indicateurs de performance tels que le
montant de valeur ajoutée produite ainsi que des indicateurs de productivité (productivité
du travail et productivité globale des facteurs).
185
Les fichiers DADS contiennent également l’information sur les « Zones d’emploi » dans lesquelles sont situées les
entreprises, et que nous insérons comme contrôle dans l’ensemble de nos régressions statistiques.
186
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000594652/
161
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
sous réserve de rémunérer les heures supplémentaires à un taux plus élevé que les heures
« légales ». Ce taux dépendait cependant de la taille des entreprises :
De ce fait, les (nombreuses) entreprises de taille modeste qui avaient choisi de ne pas
réduire leur durée du temps de travail étant en situation de limiter leur coût du travail entre
2002 et 2005 en limitant leurs effectifs à 20 salariés. À l’opposé, les entreprises contraintes
par leurs accords de « RTT » n’avaient plus aucune prise pour moduler leur barème de coût
du travail par leur taille.
SMIC
GMR1 GMR2 GMR3 GMR4 GMR5
Statistiques pour l’année 2002 (hors éch.)
Ensemble des entreprises métropolitaines
Nombre d'entreprises 5 389 25 209 23 497 76 910 7 534 424 799
Nombre d'entreprises de plus de 5 postes 5 089 23 830 19 486 50 614 3 845 210 526
Heures / entreprise (milliers) 232 219 98 19 22 15
Nombre de postes / entreprise 214 168 68 15 17 11
Valeur ajoutée totale / entreprise (k€) 6418 8213 4046 579 591 499
Pérennes de 2000 à 2006, de plus de 5 postes
Nombre d'entreprises 3 500 14 810 10 945 25 220 869 98 643
Nombre d'entreprises de plus de 5 postes 3 500 14 810 10 945 25 220 869 98 643
Heures / entreprise (milliers) 266 237 127 33 55 28
Nombre de postes / entreprise 245 178 88 24 41 20
Valeur ajoutée totale / entreprise (k€) 7 536 8 272 3 958 961 1 381 1 004
162
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
La table A1 décrit avec précision la façon dont notre échantillon a été construit. La
sélection d’entreprises de taille suffisante (5 postes) pour l’examen de nos mécanismes
d’intérêt correspond à environ 2/3 de la population des entreprises employeuses sur la
période. Parmi ces entreprises de taille suffisante pour que l’analyse des organisations ne soit
pas triviale, seule la moitié est pérenne entre 2000 (année de modification de la durée légale
du travail) et 2006. Enfin, parmi celles-ci, seules un tiers ont effectivement passé un accord
de réduction de la durée du travail et se trouvent classées dans les GMR 1 à 5. Au final, notre
échantillon d’estimation contient 10 % des entreprises, 17.4 % des entreprises de plus de
5 postes, mais 40 % des heures totales travaillées et du nombre de postes, et 35 % de la
valeur ajoutée totale.
La table A2 décrit également chacune des GMR, ainsi que la population des entreprises
qui n’avaient pas signé d’accord de RTT en 2007 et qui relevaient donc du Smic (majoré pour
heures supplémentaires). Les chiffres montrent que cette catégorie est très peuplée, mais
d’entreprises de taille significativement plus petite que les entreprises de notre échantillon.
Elles représentent environ 70 % du nombre total d’entreprises de plus de 5 postes pérennes
entre 2002 et 2006, mais seulement 35 % de l’emploi (en termes de postes ou d’heures) ou
de la valeur ajoutée.
Dans le détail, nous proposons de classer ces indicateurs selon qu’ils relèvent de
« technologies de l’information » (facilitant l’accès autonome des salariés de l’entreprise à
l’information nécessaire à leurs activités de production) ou de technologies de la
communication (facilitant la transmission d’information entre salariés de l’entreprise),
comme dans l’article de Bloom et al. (2014).
Parmi les technologies de l’information, les indicateurs disponibles sont les suivants (pour
leurs implications internes à l’entreprise) :
Disponibilité d’outils d’archivage et de recherche dans les données : outils de gestion
électronique des documents (GED), outils de gestion des connaissances (QG)
187
L’enquête contient en effet de l’information rétrospective sur la situation des entreprises 3 années auparavant.
163
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Utilisation d’ERP ou PGI pour au moins une fonction de l’entreprise (conception ; achat,
approvisionnement ; vente, distribution ; production, exploitation ; ressources
humaines, formation ; comptabilité, finance, contrôle de gestion) (QERP)
Un ERP (Enterprise Resource Planning) ou encore parfois appelé PGI (Progiciel de gestion
intégré) est un système d’information qui permet de gérer et suivre au quotidien,
l’ensemble des informations et des services opérationnels d’une entreprise. Bloom et al
(2014) classent notablement cet équipement parmi les technologies de l’information, bien
qu’il soit probablement essentiellement destiné aux niveaux élevés des hiérarchies
d’entreprises.
Parmi les technologies de la communication, les indicateurs disponibles sont les suivants :
Un réseau intranet est un réseau privé utilisé par les employés pour communiquer et
collaborer. Bloom et al. (2014) classent notablement cet équipement parmi les
technologies amélioration la communication interne aux entreprises.
164
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Prop. < 25% 25%≤ Prop. <50% 50%≤ Prop. <75% 75%≤ Prop. Ensemble
Industries 44 866 6 293 3 473 712 55 344
Industries extractives, IAA,
1 0.063 0.093 0.062 0.132 0.067
textile, bois
Industries manufacturières:
papier, chimie, minéraux, 2 0.180 0.074 0.030 0.023 0.155
métaux
Industries manufacturières:
équipements, machines, 3 0.060 0.040 0.014 0.021 0.054
transport
Electricité, gaz, eau,
4 0.143 0.029 0.006 0.006 0.119
construction
Commerce, hôtels,
5 0.290 0.570 0.671 0.499 0.350
restaurants
Transports, communications,
6 0.041 0.016 0.008 0.006 0.035
finance
Immobilier, services aux
7 0.152 0.083 0.147 0.216 0.145
entreprises, administration
Education, santé, action
8 0.042 0.045 0.032 0.038 0.042
sociale
Autres services (personnels,
9 0.029 0.050 0.032 0.058 0.032
domestiques)
1 1 1 1 1
165
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Prop. < 25% 25%≤ Prop. <50% 50%≤ Prop. <75% 75%≤ Prop. Ensemble
Industries 44 866 6293 3473 712 55 344
Industries extractives, IAA,
1 0.751 0.161 0.060 0.027 1.000
textile, bois
Industries manufacturières:
papier, chimie, minéraux, 2 0.930 0.056 0.012 0.002 1.000
métaux
Industries manufacturières:
équipements, machines, 3 0.890 0.088 0.017 0.005 1.000
transport
Electricité, gaz, eau,
4 0.968 0.028 0.003 0.001 1.000
construction
Commerce, hôtels,
5 0.664 0.191 0.125 0.020 1.000
restaurants
Transports, communications,
6 0.931 0.052 0.015 0.003 1.000
finance
Immobilier, services aux
7 0.845 0.068 0.067 0.021 1.000
entreprises, administration
Education, santé, action
8 0.812 0.127 0.049 0.012 1.000
sociale
Autres services (personnels,
9 0.728 0.183 0.064 0.025 1.000
domestiques)
166
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Part d'entreprises augmentant leur nombre 0.141 0.153 0.156 0.179 0.175 0.165
de niveaux hiérarchiques, 2003/06 (0.348) (0.360) (0.363) (0.383) (0.380) (0.371)
Part d'entreprises diminuant leur nombre 0.185 0.182 0.182 0.207 0.197 0.193
de niveaux hiérarchiques, 2003/06 (0.388) (0.385) (0.386) (0.405) (0.398) (0.395)
Part d'entreprises stabilisant leur nombre 0.674 0.665 0.662 0.615 0.628 0.642
de niveaux hiérarchiques, 2003/06 (0.469) (0.472) (0.473) (0.487) (0.484) (0.480)
Part du niveau 1 0.627 0.670 0.652 0.684 0.689 0.671
dans le total des heures (0.258) (0.241) (0.249) (0.251) (0.248) (0.249)
Part du niveau 2 0.241 0.218 0.236 0.225 0.217 0.226
dans le total des heures (0.176) (0.166) (0.184) (0.188) (0.179) (0.181)
Part du niveau 3 0.120 0.102 0.102 0.0819 0.0854 0.0938
dans le total des heures (0.149) (0.139) (0.132) (0.125) (0.128) (0.132)
Part du niveau 4 0.0118 0.00982 0.00951 0.00907 0.00894 0.00953
dans le total des heures (0.0263) (0.0213) (0.0236) (0.0291) (0.0274) (0.0259)
Part de la PCS2 0.0161 0.0142 0.0168 0.0239 0.0200 0.0193
dans le total des heures (0.0324) (0.0275) (0.0349) (0.0501) (0.0445) (0.0413)
Part de la PCS3 0.126 0.106 0.108 0.0916 0.0905 0.101
dans le total des heures (0.158) (0.149) (0.144) (0.145) (0.141) (0.147)
Part de la PCS4 0.237 0.214 0.232 0.209 0.204 0.216
dans le total des heures (0.180) (0.168) (0.192) (0.197) (0.182) (0.188)
Part des PCS5 et 6 0.621 0.666 0.643 0.676 0.685 0.664
dans le total des heures (0.263) (0.246) (0.260) (0.261) (0.255) (0.258)
Coût du travail horaire 7.803 8.342 8.725 8.830 8.520 8.609
au niveau GMR (0.171) (0.147) (0.131) (0.126) (0.132) (0.322)
Salaire brut horaire au niveau GMR 7.177 7.266 7.391 7.423 6.917 7.352
Part d'entreprises ayant 0.115 0.183 0.194 0.214 0.290 0.196
> 25% salariés à la GMR (0.319) (0.387) (0.395) (0.410) (0.454) (0.397)
Part en 2002 des salariés rémunérés 0.0939 0.132 0.135 0.144 0.194 0.136
en-deçà du salaire min. de 2006 (0.157) (0.195) (0.190) (0.197) (0.229) (0.194)
Part en 2002 des salariés du niveau inf…, 0.128 0.166 0.183 0.185 0.249 0.177
en % du niveau hiérarchique inférieur (0.193) (0.225) (0.245) (0.242) (0.274) (0.237)
Chiffre d'affaires (k€) 23109.6 31406.1 14792.1 3013.2 4944.3 14241.8
(116041.6) (216156.4) (66559.1) (17971.9) (18026.6) (120519.4)
Valeur ajoutée HT (k€) 7535.6 8271.6 3957.6 960.8 1380.7 3932.2
(74326.5) (47283.4) (19137.6) (10365.9) (5494.9) (32853.8)
VA (k€) / poste 46.49 48.36 42.55 38.64 36.07 42.47
(128.3) (306.0) (33.82) (92.83) (20.28) (174.0)
VA (k€) / heure 0.0313 0.0331 0.0298 0.0275 0.0257 0.0297
(0.0688) (0.189) (0.0219) (0.0669) (0.0127) (0.109)
Productivité totale des facteurs 0.843 0.836 0.886 0.841 0.837 0.849
Méthode comptable, heures (0.281) (0.505) (0.598) (0.307) (0.325) (0.434)
Productivité totale des facteurs 5.637 4.636 4.009 3.113 3.044 3.850
Méthode économétrique, heures (33.54) (17.97) (25.94) (11.62) (2.847) (18.75)
167
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Champ : échantillon d’estimation (voir table A1). Note : Le tableau reporte les moyennes et écart-types pour chaque
catégorie d’entreprise indiquée en colonne.
168
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
169
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Prop. < 25% 25%≤ Prop. <50% 50%≤ Prop. <75% 75%≤ Prop. Ensemble
Observations 44 474 6 481 3 617 772 55 344
Coût salarial / CA 0.302 0.278 0.272 0.363 0.298
(0.170) (0.164) (0.197) (0.212) (0.172)
Dépenses totales liées au travail/CA 0.333 0.315 0.313 0.433 0.331
(0.181) (0.182) (0.225) (0.228) (0.186)
Inputs intermédiaires / CA 0.578 0.595 0.601 0.477 0.580
(0.201) (0.204) (0.245) (0.233) (0.206)
Coût du capital / CA 0.0641 0.0762 0.0669 0.0700 0.0658
(0.152) (0.127) (0.128) (0.0964) (0.147)
Capital / poste (k€) 46.84 27.78 20.84 16.75 42.49
(398.9) (116.5) (25.96) (28.72) (359.9)
Capital / heure (k€) 0.0317 0.0223 0.0178 0.0143 0.0295
(0.279) (0.0882) (0.0218) (0.0243) (0.252)
Coût du travail horaire 19.25 13.14 11.43 9.911 17.89
moyen (6.228) (2.256) (1.392) (1.052) (6.297)
Coût du travail horaire 14.51 10.94 9.994 9.233 13.72
moyen, niveau 1 (3.081) (1.014) (0.696) (0.615) (3.222)
Coût du travail horaire 22.29 19.28 18.69 19.07 21.71
moyen, niveau 2 (8.888) (8.330) (8.578) (9.696) (8.904)
Coût du travail horaire 38.96 35.49 34.73 35.19 38.45
moyen, niveau 3 (14.99) (16.17) (15.45) (16.30) (15.17)
Coût du travail horaire 68.62 57.08 52.88 51.47 67.35
moyen, niveau 4 (36.51) (28.67) (31.22) (22.60) (36.09)
Coût du travail horaire 62.53 49.10 46.44 44.45 60.49
moyen, PCS2 (35.30) (26.42) (26.50) (19.77) (34.55)
Coût du travail horaire 37.65 33.35 31.94 31.83 37.02
moyen, PCS3 (12.63) (13.65) (12.51) (14.30) (12.83)
Coût du travail horaire 21.09 17.57 16.82 16.39 20.43
moyen, PCS4 (7.115) (5.114) (5.128) (5.920) (6.971)
Coût du travail horaire 14.41 10.94 9.994 9.231 13.63
moyen, PCS5 et 6 (2.775) (1.011) (0.694) (0.615) (2.970)
Salaire brut horaire 14.32 10.21 9.089 8.136 13.41
moyen (4.407) (1.557) (0.943) (0.683) (4.408)
Salaire brut horaire 11.02 8.737 8.143 7.691 10.52
moyen, niveau 1 (2.077) (0.629) (0.406) (0.341) (2.139)
Salaire brut horaire 16.38 14.26 13.86 14.20 15.97
moyen, niveau 2 (6.420) (5.886) (6.041) (6.785) (6.403)
Salaire brut horaire 28.17 25.70 25.12 25.50 27.81
moyen, niveau 3 (10.89) (11.60) (11.08) (11.63) (11.00)
Salaire brut horaire 49.80 41.25 38.20 37.03 48.86
moyen, niveau 4 (27.44) (21.01) (23.68) (16.27) (27.10)
Salaire brut horaire 45.33 35.45 33.51 32.05 43.83
moyen, PCS2 (26.43) (19.22) (19.74) (14.21) (25.81)
Salaire brut horaire 27.24 24.18 23.15 23.09 26.79
moyen, PCS3 (9.072) (9.803) (8.949) (10.15) (9.212)
Salaire brut horaire 15.54 13.06 12.55 12.34 15.07
moyen, PCS4 (5.200) (3.587) (3.581) (4.114) (5.066)
Salaire brut horaire 10.95 8.736 8.143 7.691 10.45
moyen, PCS5 et 6 (1.844) (0.626) (0.404) (0.340) (1.946)
Champ : échantillon d’estimation (voir table A1). Note : Le tableau reporte les moyennes et écart-types pour chaque
catégorie d’entreprise indiquée en colonne.
170
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de l’entreprise
(défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des estimateurs sont
ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la nomenclature agrégée à 1
chiffre et la zone d’emploi.
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de l’entreprise
(défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des estimateurs sont
ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la nomenclature agrégée à 1
chiffre et la zone d’emploi.
171
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
172
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
173
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de l’entreprise
(défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des estimateurs sont
ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la nomenclature agrégée à 1
chiffre et la zone d’emploi.
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de l’entreprise
(défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des estimateurs sont
ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la nomenclature agrégée à 1
chiffre et la zone d’emploi.
174
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Table A9 – L’impact du salaire minimum sur le coût du travail et les salaires (relatifs)
au sein des organisations des entreprises, estimation par variables instrumentales
(0) (1) (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9)
Indicateur: Δln Δ ln coût horaire total du travail
coût/h total niveau 1 niveau 2 niveau 3 niveau 4 PCS 5,6 PCS4 PCS3 PCS2
Moyenne: GMR 0.0952 0.110 0.0969 0.0734 0.106 0.110 0.110 0.0766 0.103
Δ ln coût horaire 0.234*** 0.0987*** -0.0217 0.265*** 0.0487 0.0935*** 0.0126 0.233*** 0.0111
de la GMR (0.0282) (0.0312) (0.0607) (0.0766) (0.184) (0.0294) (0.0485) (0.0684) (0.146)
Δ ln salaire horaire 1.961***
brut de la GMR (0.00947)
Observations 55,344 55,344 55,344 49,479 33,202 8,484 54,185 43,898 31,805 12,904
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de l’entreprise
(défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des estimateurs sont
ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la nomenclature agrégée à 1
chiffre et la zone d’emploi. La colonne (0) correspond à l’estimateur de première étape, permettant de vérifier la
puissance de la variable instrumentale.
Table A10 – L’impact du salaire minimum sur l’emploi (relatif) et les organisations
des entreprises, estimation par variables instrumentales
(A) Impact sur les heures travaillées, totales et par niveaux hiérarchiques ou PCS
175
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de l’entreprise
(défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des estimateurs sont
ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la nomenclature agrégée à 1
chiffre et la zone d’emploi.
188
Les résultats obtenus sont similaires lorsque l’exposition aux augmentations des GMR est alternativement mesurée par
la part de salariés rémunérés en 2002 en-deçà du SMIC de 2006, tous niveaux hiérarchiques confondus (cette variable
étant presque identique à la part de salariés du niveau hiérarchique inférieur rémunérés en 2002 en-deçà du SMIC de
2006).
176
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Table A11 – L’impact du salaire minimum sur le coût du travail et les salaires (relatifs)
au sein des organisations des entreprises, estimation par triples différences
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de l’entreprise
(défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des estimateurs sont
ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la nomenclature agrégée à 1
chiffre et la zone d’emploi.
La table A12 documente de même qu’en termes d’impact sur les heures travaillées ou
sur la forme des organisations, les corrélations associées à la variable d’augmentation du
coût du travail horaire au niveau de la GMR sont très similaires à celles reportées dans la
table 3. De même que précédemment, l’indicateur d’exposition aux augmentations des GMR
est aussi presque systématiquement associé à un coefficient de même signe, et significatif.
L’interaction entre les deux variables est notablement significative (et de même signe qu’en
table 2) pour l’indicateur d’évolution du nombre de niveaux hiérarchiques et la probabilité
de diminution du nombre de niveaux hiérarchiques. Elle est également négative et
significative pour les probabilités d’adoption d’organisations complexes, de plus de 2 ou 3
niveaux hiérarchiques.
177
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Table A12 – L’impact du salaire minimum sur l’emploi (relatif) et les organisations des
entreprises, estimation par triples différences
(A) Impact sur les heures travaillées, totales et par niveaux hiérarchiques ou PCS
Notes : Toutes les régressions incorporent des contrôles (variables indicatrices) pour le secteur d’activité de l’entreprise
(défini dans la nomenclature à 4 chiffres) et sa zone d’emploi d’implantation. Les écart-types des estimateurs sont
ajustés pour des « clusters » définis en termes d’interactions entre l’industrie définie dans la nomenclature agrégée à 1
chiffre et la zone d’emploi.
178
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Annexe 3
Le salaire minimum allemand :
son origine, ses effets, ses augmentations
L’État n’intervenait qu’à l’initiative des parties à la convention collective, lorsque celles-
ci déposaient une demande d’extension de conventions collectives, sans toutefois « devoir
assumer la responsabilité du contenu substantiel des réglementations » (Schulten 2012,
p. 487). Les conventions collectives de rémunération d’application générale sont toutefois
restées l’exception en Allemagne par le passé (Bispinck 2012). On les trouvait dans certains
secteurs à forte proportion de petites et moyennes entreprises, comme le commerce de
détail ou la coiffure, mais, contrairement à de nombreux autres pays européens comme la
France, la Belgique, les Pays-Bas ou l’Espagne, elles n’ont pas été utilisées à grande échelle
pour réguler les salaires dans les secteurs faiblement syndiqués.
Les systèmes salariaux autonomes sont extrêmement exigeants. Il faut des syndicats
forts, capables de négocier d’égal à égal avec les entreprises et leurs fédérations. Si les
entreprises ne veulent pas conclure de conventions collectives, les syndicats doivent pouvoir
exercer une pression collective, ce qui nécessite une base organisationnelle solide.
Contrairement à la Suède ou au Danemark, l’Allemagne faisait partie des systèmes
autonomes faibles. Même à l’apogée de la force syndicale dans les années 1970, moins de
35,5 % des salariés étaient syndiqués en 1978 (Visser 2015). En 2018, ils n’étaient plus que
16,8 % (OCDE 2022). Contrairement aux systèmes salariaux scandinaves, le système allemand
179
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
dépendait donc, dans de nombreux secteurs, de la volonté des entreprises de conclure des
conventions collectives, même sans pression syndicale directe.
Toutefois, depuis le milieu des années 1990, le « respect des salaires conventionnels »
des entreprises a commencé à s’effriter. Ce processus d’érosion a commencé en Allemagne
de l’Est, où la productivité des entreprises, pour la plupart nouvellement créées, était très
faible, de sorte que la résistance à l’alignement rapide des salaires sur ceux de l’Allemagne de
l’Ouest, initialement souhaité par les partenaires sociaux après la réunification, s’est accrue.
L’érosion s’est poursuivie en Allemagne de l’Ouest lorsque, à la fin des années 1990, de
nombreux services publics (chemins de fer, poste, transports urbains, ramassage des
ordures, etc.) ont été ouverts aux prestataires privés par le biais de réglementations
européennes. En l’absence de conventions collectives d’application générale dans ces
secteurs, les nouveaux prestataires privés ont profité des opportunités pour gagner des parts
de marché en sous-enchérissant les conventions collectives. Les associations patronales ont
soutenu la sortie des conventions collectives et ont proposé des adhésions aux organisations
patronales sans convention collective. Parallèlement, elles ont bloqué la déclaration
d’obligation générale au sein de la commission nationale des conventions collectives. Ce
changement de stratégie dans le camp des entrepreneurs a montré que, dans de nombreux
secteurs, les syndicats allemands n’étaient pas assez puissants pour défendre les
conventions collectives par eux-mêmes ? En conséquence, le taux de couverture des
conventions collectives a chuté de 85 % en 1990 à seulement 58 % en 2014 (WSI-Tarifarchiv
2022).
180
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Graphique 1 – Salaires horaires bruts en € des travailleurs à temps plein, avril 2018
Source : https://reinhard-bispinck.net/grafiken/
181
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
l’affaiblissement politiquement voulu des syndicats et des salaires conventionnels par le biais
de dérégulations des marchés des biens et du travail et de changements de stratégies des
associations patronales allemandes.
Ce n’est qu’en 2006, lorsque les syndicats se sont mis d’accord entre eux pour
réclamer un salaire minimum légal et que le SPD et les Verts ont changé de position après la
chute du gouvernement Schröder, que le salaire minimum est devenu un thème central d’un
agenda de réformes politiques. Les différents gouvernements de coalition entre 2006 et
2014 ont tenté de trouver des solutions négociées conformes au système pour lutter contre
les bas salaires en proposant aux partenaires sociaux des salaires minimaux de branche
déclarés d’application générale par décision ministérielle. Ces minima sectoriels n’ont
toutefois été mis en place qu’au compte-gouttes, car dans les grandes branches à bas
salaires, comme la restauration ou le commerce de détail, les organisations patronales
étaient trop faibles et n’étaient plus disposées ou capables de négocier. Il devenait évident
que la diffusion massive des bas salaires, avec des salaires inférieurs à 5 € et 6 € de l’heure, ne
pouvait être endiguée que par une réglementation généralisée.
En 2014, le SPD a donc fait de l’introduction d’un salaire minimum légal la condition
d’une nouvelle entrée dans une grande coalition avec la CDU/CSU. Entre-temps, le salaire
minimum avait perdu son caractère effrayant, même au sein de la CDU/CSU, car l’évaluation
de huit salaires minimaux de branche avec de nombreuses évaluations en différences de
différences a prouvé qu’il n’y avait pas eu de pertes d’emploi significatives dans les secteurs
étudiés (Bosch et Weinkopf 2013).
Le nouveau salaire minimum, en vigueur depuis le 1er janvier 2015, a été un voyage en
eaux inconnues. Il a été fixé à 8,50 €, car les partis au pouvoir craignaient des pertes
d’emplois, surtout en Allemagne de l’Est, où la part des bas salaires était élevée (36,5 % en
2012) (Kalina et Weinkopf 2014). C’est pourquoi le niveau du salaire minimum allemand était
182
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
inférieur à celui des pays voisins de l’Ouest (France, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), dont le
niveau de productivité était alors le plus comparable à celui de l’économie allemande.
Le salaire minimum allemand est inclusif, avec peu d’exceptions, qui ne sont pour la
plupart que temporaires. Il s’applique à tous les salariés, à l’exception des apprentis, des
chômeurs de longue durée pour les six mois suivant leur réembauche, des salariés de moins
de 18 ans, des stagiaires dans les stages prévus par des conventions d’études ou de
formation durant jusqu’à trois mois et – sous la pression massive de la presse – des livreurs
de journaux jusqu’à fin 2016. En outre, des conventions collectives nationales étendues,
déclarées d’application générale, permettaient de déroger au salaire minimum jusqu’à fin
2016. La « loi sur le salaire minimum » prévoyait la création d’une commission sur le salaire
minimum. Mais à la différence de son modèle britannique, les trois représentants de chaque
partenaire social y sont désignés par leurs organisations et non pas choisis à titre individuel
par le gouvernement. Les deux membres scientifiques sont également proposés par les
partenaires sociaux, mais contrairement au Royaume-Uni, ils n’ont pas le droit de vote. Tous
les deux ans, la commission propose au gouvernement l’augmentation du salaire minimum,
que celui-ci met ensuite en vigueur par décret. Le critère de référence pour l’augmentation
du salaire minimum a été fixé, sur proposition conjointe des partenaires sociaux, à la
moyenne des augmentations des salaires conventionnels, afin de montrer clairement que la
politique de négociation collective est la référence pour les augmentations du salaire
minimum. En outre, par cette formule, les partenaires sociaux veulent éviter les votes de
combat dans lesquels le président fait finalement pencher la balance. La commission doit en
outre évaluer en permanence le salaire minimum et remettre un rapport au gouvernement
tous les deux ans. Un secrétariat a été mis en place pour l’assister.
Les dispositions relatives au contrôle constituent une part importante de la loi sur le
salaire minimum. Les douanes, en tant qu’autorité de contrôle, peuvent consulter tous les
documents pertinents. Dans certains secteurs où les pratiques illégales sont nombreuses,
comme la construction, l’industrie de la viande ou la restauration, ainsi que les mini-jobs, les
heures de travail doivent être enregistrées avec leur début et leur fin, et les enregistrements
doivent être conservés pendant deux ans. Si, en cas d’infraction, les sous-traitants ne
peuvent pas être tenus pour responsables, la responsabilité générale de l’entreprise
donneuse d’ordre s’applique.
La loi sur le salaire minimum faisait partie d’un vaste ensemble de lois intitulé de
manière programmatique « loi sur le renforcement de l’autonomie tarifaire ». En vertu de
cette loi, il est désormais possible de convenir d’un plus grand nombre de salaires minimaux
sectoriels, qui doivent dépasser le salaire minimum légal, dans toutes les branches et non
plus seulement dans celles figurant sur une liste définie, comme c’était le cas auparavant. En
outre, l’extension n’est plus liée à une couverture conventionnelle d’au moins 50 % dans la
branche concernée, mais peut également être accordée en cas d’ »intérêt public » à
« garantir l’établissement de normes conventionnelles en cas d’évolution économique
183
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Des pertes d’emploi ont été prévues précisément dans les secteurs à bas salaires, qui
ont dû faire face aux plus fortes augmentations de salaires à la suite de l’introduction du
salaire minimum. Or, les évaluations montrent que dans ces branches, l’emploi a même
augmenté plus que la moyenne (cf. Graphique 2). Comme les hausses du salaire minimum
n’ont pas été entièrement compensées par une augmentation de la productivité, les clients
ont manifestement été prêts à accepter des prix plus élevés dans ces secteurs. En outre, les
syndicats ont pu imposer des salaires conventionnels plus élevés, notamment grâce à la
baisse du chômage. Cette augmentation du pouvoir d’achat a manifestement eu un effet
positif sur les branches à bas salaires.
Les exceptions n’ont pas joué un grand rôle dans la pratique. Les quelques conventions
collectives dérogatoires ont expiré fin 2016. Seuls 1,4 % des chômeurs de longue durée ont
été payés en dessous du salaire minimum lors de leur réinsertion. La plupart des chômeurs
de longue durée n’ont pas signalé cette possibilité par crainte d’être stigmatisés (Umkehrer
et vom Berge 2020). La pratique des stagiaires mal payés a été considérablement réduite. Le
nombre de stages de plus de trois mois soumis à un salaire minimum a été fortement réduit
et la rémunération moyenne des stagiaires a augmenté d’environ 40 % pour atteindre 1099 €
en 2017 (Ehrentraut e.a. 2020).
184
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Graphique 2 – Évolution de l’emploi dans les secteurs à bas salaires et non à bas salaires
2012-2017 (corrigée des variations saisonnières, indice en base 31/12/2013)
L’enquête sur la structure des salaires (VSE), réalisée auprès des entreprises, aboutit à
des chiffres de non-respect nettement inférieurs. En 2018, les entreprises ont payé environ
509 000 personnes à un salaire horaire inférieur au salaire minimum (Destatis 2020). On peut
toutefois considérer comme certain que les entreprises ont tendance à ne pas révéler leurs
violations des règles – du moins lorsqu’elles en sont conscientes – dans les enquêtes, de sorte
que ce chiffre n’est pas fiable. Il est donc fort probable que les chiffres du DIW délimitent
mieux la part des salariés qui touchent moins que le salaire minimum. Il faudrait toutefois
déduire les personnes qui n’ont pas droit au salaire minimum (Börschlein et Bossler 2019). Le
taux de non-conformité était supérieur à la moyenne pour les mini-jobs (50,8 %), les
travailleurs temporaires (19,7 %), les travailleurs sans formation professionnelle (16 %) ainsi
185
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
que dans les entreprises de quatre salariés ou moins (25,9 %) et les entreprises de 5 à 9
salariés (22,7 %) (Fedorets, Grabka et Schröder 2019, p. 488).
Le taux élevé de non-respect du salaire minimum pour les mini-jobs s’explique principa-
lement par le fait, bien documenté par plusieurs enquêtes (par exemple Fischer et al. 2015),
que ces travailleurs ne sont souvent payés, dans la pratique, qu’en cas de présence et ne sont
pas rémunérés en cas de maladie, de vacances ou de jours fériés. Le statut juridique particulier
de cette forme d’emploi entraîne donc une inégalité de traitement dans la pratique.
Malgré tous ses effets positifs, le salaire minimum n’a que très peu réduit l’ampleur des
bas salaires. Il a entraîné une compression des salaires dans le bas de l’échelle, mais ses effets
secondaires en termes d’augmentation des salaires au-dessus du salaire minimum ont été
limités. En Allemagne, près de 20 % des salariés travaillent encore à un bas salaire (< 2/3 du
salaire médian) (cf. Graphique 3).
Graphique 3 – Évolution de la part des bas salaires (< 2/3 de salaire médian) en Allemagne
(Est, Ouest, total) 1995-2019
186
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Source : Mindestlohnkommssion.
L’augmentation du salaire minimum légal à 12 € est donc devenue le thème central des
campagnes électorales du SPD, des Verts et de la gauche, avec un fort soutien des syndicats.
On a fait valoir que, mesuré au salaire médian (indice de Kaitz), le niveau du salaire minimum
allemand n’était que de 48,2 % en 2019. D’autres pays, comme la France avec 61,4 % ou le
Portugal avec 61 %, avaient un niveau de salaire minimum nettement plus élevé (Lübker et
Schulten 2021, p. 11), mais il faut tenir compte du fait que le salaire médian en Allemagne est
relativement haut en raison des salaires conventionnels toujours élevés dans le secteur
public, l’industrie et aussi certains secteurs de services (banques et assurances).
L’augmentation à 12 € permet d’atteindre à peu près un indice de Kaitz de 60 %, qui est
souvent utilisé dans les discussions sur la directive européenne sur le salaire minimum
comme critère d’un salaire minimum équitable.
187
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Il n’existe qu’une étude de Krebs et Drechsel-Grau (2021), fondée sur une simulation
économétrique (Drechsel-Grau 2021). Les auteurs arrivent à la conclusion suivante :
« L’analyse de simulation montre qu’une augmentation du salaire minimum légal à 12 euros
n’a pas d’effet notable sur l’emploi à long terme. En outre, un salaire minimum de 12 euros
entraîne à long terme une augmentation de la productivité d’environ un pour cent, une
augmentation de la production économique globale d’environ un et demi pour cent et des
recettes supplémentaires pour les pouvoirs publics d’environ 20 milliards d’euros par an »
(Krebs et Drechsel-Grau 2021). Ils ne voient des risques pour l’emploi qu’à partir d’un salaire
minimum de 13 €.
Ce résultat est plausible, d’autant plus que les auteurs ont calculé a posteriori les effets
de l’introduction du salaire minimum légal en 2015 à l’aide de leur modèle économétrique et
ont ainsi pu reproduire les effets réels sur l’emploi, même différenciés selon l’emploi soumis
à l’assurance sociale obligatoire et les mini-jobs. Les effets réels sur le revenu du nouveau
salaire minimum de 12 € seront toutefois nettement plus faibles que prévu en raison de
l’inflation actuellement élevée. Néanmoins, il y aura des améliorations réelles des revenus, en
particulier dans la catégorie des bas revenus.
Dans l’économie, cette forte augmentation du salaire minimum légal a été acceptée
sans grande discussion. Dans la plupart des secteurs, les conventions collectives ont été
adaptées au nouveau niveau minimum et au-delà avant même l’entrée en vigueur du salaire
minimum plus élevé.
Littérature
Albu, N. / Herzog-Stein, A. / Stein, U. / Zwiener, R. (2017): Arbeitskosten steigen in Europa
sehr verhalten. Arbeits- und Lohnstückkostenentwicklung 2016 im europäischen Vergleich.
IMK Report, No. 128, Düsseldorf
Börschlein, E.-B. / Bossler, M. (2019): Eine Bilanz nach fünf Jahren gesetzlicher Mindestlohn:
Positive Lohneffekte, kaum Beschäftigungseffekte. IAB-Kurzbericht 24. Nuremberg
188
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Bosch, G. / Weinkopf C. (2014): Zur Einführung des gesetzlichen Mindestlohns von 8,50 € in
Deutschland. HBS-Arbeitspapier 304. Düsseldorf
Destatis (2020): Anzahl der Jobs mit Mindestlohn von 2015 bis 2018 kontinuierlich gesunken.
930 000 Mindestlohn-Jobs im April 2018. Pressemitteilung Nr. 060 vom 27. Februar 2020.
Wiesbaden
Ehrentraut, O./ Weinelt, H. /Krämer, L. / Ambros, J. (2020):Gesamtbericht zur Evaluation des all-
gemeinen gesetzlichen Mindestlohns nach § 23 Mindestlohngesetz. Erstellt im Auftrag des
Bundesministeriums für Arbeit und Soziales. Prognos AG. BMAS Forschungsbericht 558 Berlin.
Fedorets, A. / Grabka, M.M./ Schröder, C. (2019): Mindestlohn: Nach wie vor erhalten ihn viele
anspruchsberechtigte Beschäftigte nicht. DIW-Wochenbericht 28: 484-49
Fischer, G. / Gundert, S. / Kawalec, S./ Sowa, F./ Stegmaier, J./ Tesching, K. / Theuer, S. (2015):
Situation atypisch Beschäftigter und Arbeitszeitwünsche von Teilzeitbeschäftigten –
Quantitative und qualitative Erhebung sowie begleitende Forschung IAB, Forschungsprojekt
im Auftrag des Bundesministeriums für Arbeit und Soziales. Nuremberg.
Lehndorff, S. / Bosch, G./ Haipeter, T. / Latniak, E. (2009): From the ‘Sick Man’ to the
‘Overhauled Engine’ of Europe? Upheaval in the German Model, in: G. Bosch, S. Lehndorff, J.
Rubery (ed.) European employment models in flux: a comparison of institutional change in
nine European countries. Basingstoke, Palgrave Macmillan, 105-131
189
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Umkehrer, M. / vom Berge, P. (2020): Evaluating the Minimum-Wage Exemption of the Long-
Term Unemployed in Germany. In: ILR Review, S. 1-24. DOI: 10.1177/0019793920907036.
Visser, J. (2019): ICTWSS Data base. version 6.1. Amsterdam: Amsterdam Institute for
Advanced Labour Studies AIAS.
190
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Annexe 4
Temps partiel : raisons, liens avec perception du Smic
et pauvreté monétaire
Cette note présente des données sur les salariés travaillant à temps partiel et le lien
avec la perception d’un salaire au voisinage du Smic et la pauvreté monétaire.
Il est important de noter qu’il s’agit des salariés à temps partiel dans leur emploi
principal ; près de 10 % d’entre eux exercent une autre activité, pouvant éventuellement
conduire à travailler l’équivalent d’un temps complet sur l’ensemble de leurs emplois. Les
salariés au voisinage du Smic et la pauvreté monétaire sont définis dans la partie
« Définitions ».
La part des salariés à temps partiel car n’ayant pas trouvé un emploi à temps complet
recule régulièrement depuis 2017 (cf. Tableau 1a). Dans la suite, nous assimilons cette
raison déclarée du temps partiel comme du temps partiel « contraint ». Le recul récent
du temps partiel provient donc majoritairement de ce type de temps partiel. Dans le
même temps, la part du temps partiel pour raisons familiales (s’occuper d’enfants ou de
proches) s’est stabilisée et reste la deuxième raison la plus fréquemment évoquée.
En 2021, près de 37 % des salariés à temps partiel travaillent pour un mi-temps ou moins,
et, à l’inverse, 35 % d’entre eux ont une quotité de temps partiel de 80 % ou plus
(cf. Tableau 1b). Le temps partiel pour raisons familiales s’exerce plus fréquemment sur
des quotités de 80 % ou plus, alors que le temps partiel pour raisons de santé, d’études
ou pour disposer d’un revenu d’appoint est généralement plus court (un mi-temps ou
moins) (cf. Tableau 1c). Les salariés à temps partiel contraint sont moins souvent que les
autres salariés à temps partiel sur des quotités au moins égales à 80 %.
Les raisons de temps partiel diffèrent fortement selon les caractéristiques des salariés et
des emplois (cf. Tableau 2a). Le temps partiel « contraint » concerne plus fréquemment
191
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
les jeunes et les salariés les moins qualifiés. Le temps partiel pour raisons familiales
concerne plutôt les femmes et les personnes ayant des enfants de moins de trois ans.
Les salariés au voisinage du Smic dans l’enquête Emploi, tels que définis dans la partie
« Définitions », représentent 12,5 % des salariés en moyenne entre 2018 et 2020. Cette part est
comparable à celle des bénéficiaires de la revalorisation du Smic dans les enquêtes Acemo de
la Dares sur la même période.
La part des salariés percevant un salaire horaire proche du Smic est plus de deux fois plus
élevée parmi ceux à temps partiel que parmi ceux à temps complet (cf. Tableau 3). Parmi
les salariés à temps partiel, la part des salariés au voisinage du Smic dépasse 30 % lorsque
le temps partiel est « contraint », ou lié au suivi d’études ou de formation (en lien avec
l’âge, voir ci-dessous).
En corollaire, un tiers des salariés au voisinage du Smic sont à temps partiel. Parmi eux,
les salariés proches du Smic exercent plus fréquemment du temps partiel « contraint » :
en moyenne en 2018-2020, 56 % des salariés à temps partiel et au voisinage du Smic sont
à temps partiel car ils n’ont pas trouvé un emploi à temps complet, contre 34 % des
salariés à temps partiel pas au voisinage du Smic (cf. Tableau 2b).
La part des salariés au voisinage du Smic est plus élevée parmi les femmes, les jeunes, les
employés et les ouvriers (cf. Tableau 4). Ceci reflète en partie des effets de structure : ces
populations occupent plus souvent un emploi à temps partiel. Mais à temps de travail
donné, certains effets subsistent : ainsi, parmi les salariés à temps partiel, la part des
salariés au voisinage du Smic reste plus élevée chez les jeunes et les employés ou les
ouvriers. Ainsi 3 ouvriers ou employés sur 10 et à temps partiel sont au voisinage du Smic
horaire.
Les tableaux 5 et 6 présentent le niveau de vie annuel et le taux de pauvreté en 2019 des
ménages auxquels appartiennent les individus salariés dont le salaire horaire est proche ou non
du Smic. Ces salariés, leur niveau de salaire, les caractéristiques de leur temps de travail et leur
situation familiale sont identifiés à partir de leurs déclarations à l’enquête Emploi du
4e trimestre 2019. Ainsi, la situation d’emploi au 4e trimestre est mise en regard avec les revenus
perçus sur l’ensemble de l’année par l’ensemble des membres du ménage, alors que la situation
d’emploi peut avoir changé au cours de l’année. Pour expliquer les différences de niveaux de
vie, se cumulent ici les effets liés au salaire horaire et ceux liés au volume horaire. De plus, les
niveaux de vie prennent en compte l’ensemble des revenus de l’ensemble des membres du
ménage.
Les salariés au voisinage du Smic vivent dans des ménages dont le niveau de vie médian
est inférieur de 26,3 % à celui de l’ensemble des salariés et le taux de pauvreté près de
trois fois plus élevé : 15,8 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté contre 5,7 % des
autres salariés (cf. Tableau 5). Le taux de pauvreté est beaucoup plus élevé pour les
salariés au voisinage du Smic qui sont à temps partiel (23,0 %), en particulier pour ceux
dont la quotité de travail ne dépasse pas le mi-temps (31,3 %), mais il reste conséquent
192
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
aussi pour ceux à temps complet (12,1%). Ainsi, les écarts de niveau de vie médian entre
les salariés au voisinage du Smic et les autres sont importants, qu’ils soient à temps
complet (-24,1 %) ou à temps partiel (-23,0 %). De façon générale, le niveau de vie médian
est plus faible et le taux de pauvreté plus élevé lorsque le temps partiel est « contraint ».
Lorsque leur quotité de travail est inférieure à 80 %, plus de 20 % des salariés à temps
partiel parce qu’ils n’ont pas trouvé d’emploi à temps complet vivent dans un ménage
sous le seuil de pauvreté, et ce qu’ils soient ou non au voisinage du Smic (écart de 3 à 4
points de pourcentage sur le taux de pauvreté). Lorsque la quotité de travail des salariés
à temps partiel « contraint » est supérieure ou égale à 80 %, l’écart de taux de pauvreté
entre les salariés au voisinage du Smic et les autres est plus important (17,7 % contre
9,2 %).
Les salariés vivant dans un ménage composé d’une personne seule ou en famille
monoparentale ont un niveau de vie médian plus bas et un taux de pauvreté plus élevé
que les salariés vivant en couple (cf. Tableau 6). Le risque de pauvreté est
particulièrement fort pour les salariés au voisinage du Smic vivant en famille
monoparentale : trois sur dix vivent en-dessous du seuil de pauvreté et 45 % lorsqu’ils
sont à temps partiel. À temps partiel, les salariés vivant dans un ménage composé d’une
personne seule ou en famille monoparentale sont nettement plus exposés à la pauvreté
monétaire que les autres, que leur salaire horaire soit proche du Smic (plus du tiers ont
un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté) ou supérieur au Smic (plus du quart sous
le seuil de pauvreté). À temps complet, les salariés au voisinage du Smic vivant en famille
monoparentale gardent un risque de pauvreté important avec près d’un quart au-
dessous du seuil de pauvreté.
Définitions
Un salarié « au voisinage du Smic » est un salarié dont le salaire horaire brut estimé à
partir de l’enquête Emploi est inférieur à 1,05 fois la valeur du Smic horaire brut légal au
1er janvier de l’année. L’estimation du salaire horaire est obtenue en rapportant le salaire
perçu au cours du mois au nombre d’heures habituellement travaillées par semaine
(multiplié par 52/12 pour être rendu mensuel) pour l’emploi principal. Cette estimation
est fragile et peut conduire à des salaires horaires incohérents et trop faibles : par
exemple, une personne n’ayant pas travaillé un mois complet (maladie, début de contrat
en cours de mois, etc.) aura un salaire mensuel « incomplet » alors que son volume de
travail habituel ne sera pas affecté. Ainsi, dans un cas sur dix, le salaire horaire brut
estimé par l’enquête Emploi est inférieur à 0,9 fois cette valeur du Smic. Le fait d’être
« au voisinage du Smic » est alors estimé à l’aide d’un modèle qualitatif, à partir des
caractéristiques du salarié et de l’emploi qu’il occupe. À noter que l’enquête Emploi n’est
pas la source de référence pour la mesure des salaires.
193
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Le niveau de vie est égal au revenu disponible annuel du ménage divisé par le nombre
d’unités de consommation (UC). Le niveau de vie est donc le même pour tous les
individus d’un même ménage.
Pauvreté monétaire : une personne est considérée comme pauvre lorsque son niveau de
vie est inférieur au seuil de pauvreté. Ce seuil est calculé par rapport à la médiane de la
distribution nationale des niveaux de vie. Le seuil à 60 % du niveau de vie médian est
privilégié en Europe. Le taux de pauvreté correspond à la proportion de personnes dont
le niveau de vie est inférieur à ce seuil.
Sources
L’enquête Emploi est la seule source permettant de mesurer le chômage et l’activité au
sens du Bureau international du travail (BIT). Elle est menée en continu, sur l’ensemble
des semaines de l’année, en France hors Mayotte. Chaque trimestre, en 2021, environ
90 000 personnes de 15 ans ou plus vivant en logement ordinaire (c’est-à-dire hors foyers,
hôpitaux, prisons, etc.) ont répondu à l’enquête. Les personnes décrivent leur situation
vis-à-vis du marché du travail au cours d’une semaine donnée, dite « de référence ». En
2021, l’enquête Emploi a connu une refonte majeure. Son questionnaire a été rénové
afin, d’une part, de se conformer au nouveau règlement européen sur les statistiques
sociales qui l’encadre et, d’autre part, de mieux répondre aux besoins de ses utilisateurs
et aux nouveaux enjeux du marché du travail. Son protocole de collecte a également été
modernisé (possibilité de répondre par Internet en réinterrogation) et sa méthode de
pondération revue. La série longue sur le temps partiel (cf. Graphique 1) a été rétropolée
sur l’ensemble de la période. Les données relatives au voisinage du Smic (cf. Tableaux 2b,
3 et 4) portent sur 2018-2020, car il n’est pas possible de cumuler l’année 2021 du fait de
la refonte. Les questions relatives aux raisons du temps partiel ont été légèrement
modifiées en 2021 dans leur formulation. Les libellés des raisons du temps partiel
présentés dans cette note sont ceux relatifs à 2021.
Les statistiques sur les niveaux de vie et la pauvreté sont tirées de l’enquête Revenus
fiscaux et sociaux (ERFS). En 2019, l’enquête s’appuie sur un échantillon de 49 500
ménages de France métropolitaine, issu de l’enquête Emploi de l’Insee, sur leurs
déclarations fiscales, ainsi que sur les prestations sociales qu’ils ont perçues. Le champ
retenu est celui des personnes vivant en France métropolitaine et appartenant à un
ménage ordinaire dont la personne de référence n’est pas étudiante et dont le revenu
déclaré est positif ou nul.
194
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Note : En 2021, l'enquête Emploi a connu une refonte majeure de son questionnaire, son protocole et sa méthode de
pondération. La question sur les raisons de temps partiel a été légèrement modifiée, ce qui peut conduire à une rupture de
série, ici non corrigée.
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, salariées à temps partiel
Source : Insee, enquêtes Emploi.
195
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
50% ou moins 39,7 39,2 38,7 38,8 38,3 37,3 36,0 36,9
Entre 50% et 80% 28,1 29,0 28,4 28,8 29,0 28,2 28,8 27,8
80% ou plus 32,2 31,8 32,9 32,4 32,7 34,5 35,3 35,4
Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Note : En 2021, l'enquête Emploi a connu une refonte majeure de son questionnaire, son protocole et sa méthode de
pondération. Ces changements ont pu conduire à une rupture de série sur la quotité de temps partiel, ici non corrigée.
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, salariées à temps partiel
Source : Insee, enquêtes Emploi.
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, salariées à temps partiel
Source : Insee, enquête Emploi 2021.
Tableau 2a – Raisons de temps partiel selon les caractéristiques des salariés en 2021
196
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Lecture : en 2021, 7,6 % des hommes salariés travaillent à temps partiel. Parmi les hommes salariés à temps partiel, le fait de ne
pas avoir trouvé d'emploi à temps complet est citée comme raison principale du temps partiel.
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, salariées.
Source : Insee, enquête Emploi 2021.
Tableau 2b – Raisons de temps partiel selon les caractéristiques des salariés en 2018-2020
Raison du temps partiel
N’a pas Exerce Pour Pour raison Pour suivre Pour Pour avoir Pour Ensemble
Part du trouvé une autre s’occuper de de santé ou des études disposer du temps une
temps d’emploi activité ses enfants de handicap ou une d’un libre autre
partiel à temps profes- ou d’un formation revenu raison
complet sionnelle proche d’appoint
Ensemble 18,8 39,5 4,5 21,2 8,4 6,0 3,3 9,4 7,7 100,0
Au voisinage
du Smic (*)
Oui 32,8 56,4 3,5 12,0 5,6 8,7 3,1 5,9 4,9 100,0
Non 16,9 33,9 4,8 24,0 9,1 5,2 3,6 10,7 8,8 100,0
(*) Salaire horaire estimé inférieur à 1,05 x salaire horaire du Smic de l'année
Lecture : en moyenne entre 2018 et 2020, 32,8 % des salariés au voisinage du Smic travaillent à temps partiel. Parmi les salariés
au voisinage du Smic, travaillant à temps partiel, le fait de ne pas avoir trouvé d'emploi à temps complet est citée comme
raison principale du temps partiel.
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, salariées.
Source : Insee, enquêtes Emploi 2018 à 2020.
197
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Tableau 3 – Part des salariés au voisinage du Smic (*), selon les raisons du temps partiel
en %
Moyenne 2018-2020
Temps complet 10,3
Temps partiel, dont : 21,7
N’a pas trouvé d’emploi à temps complet 31,5
Exerce une autre activité professionnelle 16,7
Pour s’occuper de ses enfants ou d’un proche 12,2
Pour raison de santé ou de handicap 14,5
Pour suivre des études ou une formation 31,7
Pour disposer d’un revenu d’appoint 19,2
Pour avoir du temps libre 13,2
Pour une autre raison 13,3
Ensemble 12,5
(*) Salaire horaire estimé inférieur à 1,05 x salaire horaire du Smic de l'année
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, salariées.
Source : Insee, enquête Emploi 2018-2020
Tableau 4 – Part des salariés au voisinage du Smic (*), selon les caractéristiques des salariés
198
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Tableau 5 – Niveau de vie et taux de pauvreté en 2019 des salariés selon le temps de travail
et les raisons du temps partiel
en euros par an en %
Niveau de vie (*) médian Taux de pauvreté
Au
Pas au Au Pas au
voisinage
voisinage Ensemble voisinage voisinage Ensemble
du Smic
du Smic du Smic (**) du Smic
(**)
Temps complet 19 880 26 190 25 500 12,1 4,2 5,0
Temps partiel, dont : 17 200 22 350 21 050 23,0 13,1 15,1
50% ou moins 16 310 19 760 18 790 31,3 21,9 24,0
Entre 50% et 80% 16 840 21 240 19 670 20,7 13,4 15,4
80% ou plus 19 060 25 030 24 260 11,1 4,3 5,2
N’a pas trouvé d’emploi à
16 840 18 600 17 790 26,0 21,6 22,9
temps complet, dont :
50% ou moins 15 560 16 260 16 170 33,4 29,7 30,6
Entre 50% et 80% 16 640 18 380 17 370 24,6 21,5 22,7
80% ou plus 18 390 20 920 19 970 17,7 9,2 11,4
Pour une autre raison, dont : 18 020 24 760 23 410 19,0 8,9 10,5
Quotité de temps partiel
50% ou moins 17 480 22 300 21 320 28,6 17,5 19,8
Entre 50% et 80% 17 310 23 520 22 080 13,4 7,8 8,8
80% ou plus 20 480 26 810 26 380 3,5 2,8 2,8
Raison du temps partiel
Exerce une autre activité
ns 24 320 23 870 ns 3,6 4,2
professionnelle
Pour s’occuper de ses
18 770 18 770 23 720 13,4 4,8 5,9
enfants ou d’un proche
Pour raison de santé ou de
ns 22 300 21 700 ns 10,8 12,7
handicap
Pour suivre des études ou
16 340 14 820 14 900 37,3 43,2 41,4
une formation
Pour disposer d’un revenu
ns 26 870 26 170 ns 2,3 3,2
d’appoint
Pour avoir du temps libre ns 29 260 28 210 ns 1,3 3,2
Autre ns 25 790 25 140 ns 9,0 10,0
Ensemble des salariés 18 910 25 640 24 580 15,8 5,7 6,9
(*) Le niveau de vie est égal au revenu disponible annuel du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation (UC). (**)
Salaire horaire estimé inférieur à 1,05 x salaire horaire du Smic de l'année
Note : Le niveau de vie et le taux de pauvreté de l'ensemble des salariés peuvent différer des données diffusées par ailleurs sur
insee.fr en raison de la disponibilité du salaire horaire sur un échantillon d'enquête plus réduit
Champ : France métropolitaine, salariés vivant dans un ménage dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de
référence n'est pas étudiante.
Lecture : Les salariés à temps complet percevant un salaire horaire proche du Smic ont un niveau de vie annuel médian de 19
880 €. 12,1 % ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté.
Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA,Enquête Revenus fiscaux et sociaux 2019.
199
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Tableau 6 – Niveau de vie et taux de pauvreté en 2019 des salariés selon le temps de travail
et la configuration familiale
en euros par an en %
Niveau de vie (*) médian Taux de pauvreté
Pas au Pas au
Au voisinage du Au voisinage
voisinage du Ensemble voisinage Ensemble
Smic (**) du Smic (**)
Smic du Smic
Temps complet 19 880 26 190 25 500 12,1 4,2 5,0
Personne seule 18 000 23 880 23 340 11,9 4,7 5,4
Famille monoparentale 16 980 20 640 19 990 23,0 7,5 9,7
Couple sans enfant 23 840 31 360 30 830 6,1 2,1 2,5
Couple avec enfants 20 090 25 800 25 190 10,4 3,9 4,5
Ménage complexe 20 690 24 050 23 320 21,6 13,2 14,5
Temps partiel 17 200 22 350 21 050 23,0 13,1 15,1
Personne seule 14 840 17 260 16 460 34,8 28,5 30,0
Famille monoparentale 13 600 16 590 15 520 45,1 25,7 31,2
Couple sans enfant 21 790 26 270 25 020 10,7 7,3 7,8
Couple avec enfants 18 100 23 930 22 620 15,4 7,8 9,2
Ménage complexe ns 18 150 16 930 ns 24,7 24,0
dont temps partiel
16 310 19 760 18 790 31,3 21,9 24,0
de 50% ou moins
Personne seule ns 15 010 14 640 ns 41,6 43,4
Famille monoparentale ns 16 220 14 620 ns 28,8 36,6
Couple sans enfant ns 25 030 23 890 ns 9,5 9,8
Couple avec enfants 17 470 20 280 19 330 23,0 15,5 17,2
Ménage complexe ns ns 17 480 ns ns 29,1
dont temps partiel
16 840 21 240 19 670 20,7 13,4 15,4
entre 50% et 80%
Personne seule ns 17 260 16 530 ns 17,8 19,2
Famille monoparentale ns 16 030 14 480 ns 33,7 38,7
Couple sans enfant ns 24 630 24 140 ns 7,5 9,3
Couple avec enfants 17 370 22 140 20 700 13,1 10,5 11,2
Ménage complexe ns ns ns ns ns ns
dont temps partiel de
19 060 25 030 24 260 11,1 4,3 5,2
80% ou plus
Personne seule ns 19 930 18 360 ns 6,3 9,5
Famille monoparentale ns 16 890 16 610 ns 15,9 17,0
Couple sans enfant ns 30 140 29 600 ns 4,1 3,7
Couple avec enfants 19 970 25 910 25 190 7,9 2,1 2,7
Ménage complexe ns ns ns ns ns ns
Ensemble des salariés 18 910 25 640 24 580 15,8 5,7 6,9
Personne seule 17 130 23 190 22 300 20,3 8,2 9,6
Famille monoparentale 15 570 19 780 18 860 31,0 11,0 14,5
Couple sans enfant 23 570 30 850 29 800 7,5 3,0 3,5
Couple avec enfants 19 380 25 540 24 700 12,1 4,5 5,4
Ménage complexe 19 280 23 320 22 330 21,6 15,5 16,5
(*) Le niveau de vie est égal au revenu disponible annuel du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation (UC).
(**) Salaire horaire estimé inférieur à 1,05 x salaire horaire du Smic de l'année
Note : Le niveau de vie et le taux de pauvreté de l'ensemble des salariés peuvent différer des données diffusées par ailleurs sur
insee.fr en raison de la disponibilité du salaire horaire sur un échantillon d'enquête plus réduit
Champ : France métropolitaine, salariés vivant dans un ménage dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de
référence n'est pas étudiante.
Lecture : Les personnes seules salariées à temps complet et percevant un salaire horaire proche du Smic ont un niveau de vie
annuel médian de 18 000 €. 11,9 % ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté..
Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA,Enquête Revenus fiscaux et sociaux 2019.
200
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Annexe 5
Quelle est l’opinion sur le Smic des résidents
en France métropolitaine ?
Annexe rédigée par la Drees
Le contexte d’inflation en 2022 place le niveau des bas salaires au centre des débats
médiatiques. Il est donc naturel de s’interroger sur la connaissance que les Français ont du
niveau du Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) et sur leur souhait que
celui-ci soit augmenté ou non. Le Baromètre d’opinion de la Drees (cf. Appendice 1) permet
de répondre à ces questions, en sondant les résidents en France métropolitaine sur leur
connaissance du Smic et leur opinion quant au niveau du Smic. Sur la période 2018-2021,
89 % des personnes interrogées déclarent être favorables à une hausse du Smic. Ce taux très
élevé et stable dans le temps conduit à s’interroger sur le profil des 11 % des individus
restants. Est-on en mesure d’identifier des points communs entre les individus ne se
prononçant pas en faveur d’une augmentation du niveau du Smic ?
Le Smic est la rémunération horaire minimale qu’un salarié doit percevoir légalement.
Il est revalorisé chaque année au 1er janvier et peut également l’être en cours d’année. En
octobre 2022, le montant du Smic horaire net (après déduction des cotisations salariales)
201
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
s’élève à 8,76 €. Un salarié rémunéré au Smic touche dont 1 329 €189 par mois sur une base de
35 heures travaillées par semaine.
Tous les deux ans, le Baromètre d’opinion de la Drees interroge les résidents de France
métropolitaine sur leur connaissance du niveau du Smic (cf. Appendice 1). Le dernier
millésime disponible est le Baromètre 2020, pour lequel les personnes ont été interrogées fin
2020, lorsque le Smic mensuel net s’élevait à 1 219 €190. Leur connaissance du Smic est
globalement assez précise puisqu’en moyenne elles l’évaluent à 1 223 €. De plus, 55 %
d’entre elles font une erreur d’estimation inférieure à 50 €. Ces chiffres cachent cependant
une disparité importante dans l’estimation du Smic ; en outre, les personnes interrogées se
prononcent très majoritairement pour un chiffre rond (Graphique 1).
Champ : individus de 18 ans ou plus, en logement ordinaire, résidant en France métropolitaine, acceptant de donner une
estimation du Smic.
Lecture : la distribution des montants estimés du Smic est représentée en gris et est comparée au niveau effectif du Smic, en
rouge. En 2020, 39,2 % des individus de 18 ans ou plus évaluent son montant entre 1 193 et 1 207 €. Le niveau effectif du Smic
se situe à 1 219 € en 2020.
Source : Baromètre d’opinion de la Drees 2020.
189
Ce montant est net des prélèvements sociaux ; un célibataire sans enfant qui travaille à temps plein au Smic et n’a pas d’autres
revenus n’est pas imposable en 2022. Son prélèvement à la source d’impôt sur le revenu est donc généralement nul.
190
Les enquêtés sont interrogés uniquement sur le montant du Smic mensuel net. Ce montant n’intègre pas les
prestations (prime d’activité, aides au logement…) dont peut bénéficier un individu touchant le Smic mensuel net. Par
exemple, en 2020, un salarié célibataire et sans enfant, rémunéré au Smic mensuel net pouvait prétendre à une prime
d’activité de 235 € par mois. Ainsi, en 2020, le revenu disponible d’un salarié célibataire sans enfant rémunéré au Smic
s’élevait à 1 454 € mensuels, en incluant la prime d’activité.
202
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
La connaissance du Smic ne dépend pas du statut d’emploi des enquêtés : les salariés
du secteur privé répondent que la rémunération du Smic mensuel net s’établit à 1 225 € en
moyenne, comme les indépendants employeurs ; les salariés du secteur public l’estiment à
1 230 € en moyenne. Si les actifs et les inactifs ont en moyenne une estimation proche du
niveau du Smic (1 225 € pour les actifs, 1 222 € pour les inactifs), beaucoup plus d’actifs
connaissent le niveau du Smic précisément : 61 % des actifs l’estiment correctement à 50 €
près, contre 47 % des inactifs, avec peu de variabilité en fonction de leur profil (Tableau 1 de
l’Appendice 2). Cette meilleure connaissance des actifs peut s’expliquer par une plus grande
proximité avec le marché du travail. Les inactifs, par définition, n’ont pas d’emploi et n’en
cherchent pas à court terme. Cela explique sans doute qu’ils aient une connaissance moins
précise du montant du Smic, sans pour autant afficher de biais systématique à la hausse ou à
la baisse.
2. Plus les individus sont aisés, plus leur estimation du niveau du Smic
est élevée
Outre le statut d’activité et le statut d’emploi, le niveau de vie constitue une dimension
potentiellement intéressante pour étudier la connaissance du niveau du Smic. De fait, on
constate une corrélation positive : l’estimation du montant du Smic est un peu plus élevée
en moyenne pour les personnes ayant un niveau de vie élevé (Graphique 2). L’étude du lien
entre l’exercice d’une profession ayant un niveau de rémunération proche du Smic et
l’estimation du Smic confirme cette analyse : les individus exerçant une profession dont ils
évaluent la rémunération mensuelle nette moyenne entre 1 000 et 1 400 €, soit à un niveau
proche du Smic (1 219 €), estiment en moyenne que le Smic mensuel net est fixé à 1 207 €.
Cette estimation atteint 1 233 € pour les individus qui exercent une profession dont ils
évaluent la rémunération mensuelle nette moyenne supérieure à 1 400 €. En outre, les
premiers cités ont une meilleure connaissance du Smic : en 2020, 68 % d’entre eux
connaissent le montant du Smic à 50 € près, contre 58 % pour les individus exerçant une
profession mieux rémunérée. Les personnes plus aisées estiment le Smic à un niveau plus
élevé qu’il ne l’est réellement.
203
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
1250
1243
1240
1230
1230
1222
Smic net : 1219 1217
1220
1210 1207
1200
1190
1180
1er quintile 2e quintile 3e quintile 4e quintile 5e quintile
Champ : individus de 18 ans ou plus, en logement ordinaire, résidant en France métropolitaine et acceptant de donner une
estimation du Smic.
Lecture : les individus âgés de plus de 18 ans résidant en France métropolitaine qui font partie des 20 % des individus interrogés
les moins aisés estiment en moyenne que le Smic mensuel net est fixé à 1 207 € en 2020. Le niveau effectif du Smic mensuel
net se situe à 1 219 € en 2020.
Source : Baromètre d’opinion de la Drees 2020.
204
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
100%
95%
90%
85%
80%
75%
70%
65%
60%
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
205
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
100%
95% 93%
91% 92%
89% 88%
90%
85% 83%
80%
76%
75%
70%
65%
60%
Salarié IndépendantIndépendant À la Étudiant Retraité ou Autre inactif
sans salarié employeur recherche préretraité
d'un emploi
100%
94%
95% 92%
90% 89%
90%
84%
85%
79%
80%
75%
70%
65%
60%
Artisan ou Profession Profession Employé Ouvrier Autre inactif
commerçant libérale, cadre intermédiaire
supérieur
Champ : individus de 18 ans ou plus, en logement ordinaire, résidant en France métropolitaine, et occupant un emploi
à la date de leur interrogation.
Lecture : 79 % des résidents de France métropolitaine de 18 ans ou plus occupant un emploi d’artisan ou de
commerçant se prononcent en faveur de l’augmentation du Smic.
Source : Baromètre d’opinion de la Drees 2018 à 2021.
206
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Les personnes vivant dans une agglomération de 20 000 à 99 999 habitants ont
également une moindre propension à souhaiter l’augmentation du Smic (82 %, Graphique 6).
D’après l’enquête Budget de famille de l’Insee, les ménages vivant dans ces agglomérations
ont une dépense annuelle de consommation moindre que les autres ménages191. Les
habitants de l’agglomération parisienne sont au contraire plus favorables à une
augmentation du Smic, possiblement à cause d’un plus fort coût de la vie dans ce territoire.
100%
95% 93%
91%
89% 89%
90%
85% 82%
80%
75%
70%
65%
60%
Commune Moins de 20 De 20 000 à 99 100 000 Agglomération
rurale 000 habitants 999 habitants habitants ou parisienne
plus
191
La ventilation des dépenses des ménages de France métropolitaine par tranche d’unité urbaine est détaillée dans
le tableau TM104 de la publication de l’Insee sur la dépense des ménages en 2017 (2020).
207
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Les 20 % des individus ayant le niveau de vie le plus élevé dans le baromètre d’opinion
de la Drees sont moins favorables à l’augmentation du Smic (84 %) que le reste de la
population (Graphique 12 de l’Appendice 3). Les personnes plus aisées se prononcent moins
souvent en faveur de l’augmentation du Smic. Les individus les plus favorables à
l’augmentation du Smic sont ceux qui estiment que le salaire moyen de leur profession se
situe à moins de 100 € au-dessus du Smic (96 %) ou entre 100 et 200 € au-dessus du Smic
(96 %) (Graphique 13 de l’Appendice 3). Parmi les personnes exerçant un métier dont elles
estiment le salaire moyen bien au-dessus du Smic, la proportion de personnes en faveur de
la hausse du Smic diminue, jusqu’à 78 % pour les personnes qui estiment que leur métier est
rémunéré en moyenne au moins 3 000 € nets par mois au-dessus du Smic.
Si les personnes plus aisées sont moins enclines à souhaiter une hausse du Smic, c’est
également le cas pour celles qui n’ont pas de proches connaissant de tels difficultés : 83 %
des individus ne connaissant personne touchant des allocations chômage ou le RSA (revenu
de solidarité active), élevant seul ses enfants avec un revenu inférieur au Smic ou occupant
un emploi précaire (CDD, intérim ou intermittent) souhaitent une augmentation du Smic. Ce
taux baisse à 78 % parmi les seuls individus appartenant aux 20 % les plus aisés.
Cependant, avoir un salaire plus élevé ne protège pas contre les difficultés financières
ou n’assure pas de se sentir à l’aise financièrement. Ainsi, il est intéressant d’étudier
l’influence de la perception que les individus ont de leur aisance sur leur opinion à propos du
Smic. Cette caractéristique est évidemment corrélée au niveau de vie des individus, mais
l’étude de Lardeux (2022) montre que certaines opinions sont amplifiées par la perception
que les individus ont de leur position par rapport au reste de la population. Ce n’est pas le
cas pour l’opinion sur le Smic : l’effet du niveau de vie sur l’opinion à propos de
l’augmentation du Smic et celui de la perception du positionnement des individus sur
l’échelle des revenus sont similaires (Graphique 12 et Graphique 15 de l’Appendice 3).
Une autre manière d’interroger les individus sur leur aisance ressentie est de les
interroger sur la perception qu’ils ont quant à leur mobilité sociale par rapport à la situation
socioéconomique de leurs parents. Ainsi, les personnes qui jugent leur situation actuelle bien
meilleure que celles de leurs parents au même âge sont également un peu moins favorables
à l’augmentation du Smic (83 %).
Au final, qu’il s’agisse de l’aisance réelle ou perçue, plus les personnes interrogées ont
un niveau de vie élevé, moins souvent elles sont favorables à l’augmentation du Smic.
Néanmoins, même les personnes très aisées ou se jugeant très aisées se prononcent très
majoritairement en faveur d’une hausse du Smic.
208
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
En assurant un revenu minimal aux personnes ayant un emploi, le Smic est un outil de
protection sociale. L’opinion quant à la protection sociale et au rôle de l’État peut aussi avoir
une influence sur l’opportunité d’augmenter le Smic. Le Baromètre d’opinion de la Drees
intègre plusieurs questions visant à mesurer l’opinion des répondants sur diverses
allocations, mais également sur le rôle plus général de l’État en matière de protection
sociale. Par exemple, les personnes jugeant le financement de la protection sociale excessif
sont moins favorables à l’augmentation du Smic (77 %, Graphique 17 de l’Appendice 3) que
le reste de la population (91 %). Il en est de même pour celles qui estiment qu’il y a trop
d’intervention de l’État en matière socioéconomique (84 %, Graphique 16 de l’Appendice 3)
ou pour les plus démunis (77 %, source : Baromètre d’opinion de la Drees 2018 à 2021,
Graphique 18 de l’Appendice 3). Parmi les individus qui cumulent des réponses réfractaires à
l’intervention des pouvoirs publics à ces trois questions (qui représentent 3 % de la
population), 66 % sont favorables à l’augmentation du Smic (Graphique 7). Bien que le Smic
ne prenne pas la forme d’une prestation sociale, cela révèle que le Smic est probablement
vu par certains comme une intervention de l’État dans le monde de l’entreprise qui peut être
jugée excessive en dépit de son rôle de soutien pour les salariés les moins rémunérés.
100%
95% 92%
90% 87%
85%
80% 78%
75%
70% 66%
65%
60%
3 2 1 0
Champ : individus de 18 ans ou plus, en logement ordinaire, résidant en France métropolitaine.
Lecture : 66 % des individus de 18 ans ou plus résidant en France métropolitaine qui répondent à la fois qu’il y a trop
d’intervention de l’État en matière socioéconomique, que les pouvoirs publics en font trop vis-à-vis des plus démunis
et que le montant consacré à la protection sociale est trop important sont favorables à l’augmentation du Smic.
78 % des individus qui donnent deux de ces réponses sont favorables à l’augmentation du Smic.
Source : Baromètre d’opinion de la Drees 2018 à 2021.
209
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Dans le Baromètre, les enquêtés sont interrogés sur leur opinion quant à l’intervention
de l’État dans le secteur privé. Les personnes qui estiment que les entreprises devraient
moins cotiser pour la protection sociale sont également moins favorables à la hausse du
Smic (81 %). Il en est de même pour celles qui refusent l’encadrement des salaires dans les
entreprises pour éviter les salaires trop disparates (80 %). Ces éléments confortent le fait que
les personnes qui sont plus critiques quant à la régulation du monde de l’entreprise par les
pouvoirs publics se prononcent plus rarement en faveur d’une augmentation du Smic.
Néanmoins, quelle que soit la définition retenue pour caractériser les opinions
économiquement libérales des individus enquêtés, la proportion de personnes favorables à
l’augmentation du Smic reste toujours supérieure à 60 %.
Comme pour d’autres allocations, la position vis-à-vis du RSA et l’opinion des individus
quant au niveau du Smic ne sont pas indépendantes : les personnes qui déclarent qu’il serait
préférable de réduire le montant du RSA sont moins favorables à l’augmentation du Smic
(82 %, Graphique 9). Néanmoins, l’opinion vis-à-vis du RSA a une spécificité : les personnes se
prononçant pour une stabilité du RSA sont moins favorables à une augmentation du Smic
(80 %) dans des proportions similaires à celles qui souhaitent une diminution du RSA. Cette
caractéristique singulière est développée dans l’Encadré 1.
210
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
100%
94%
95%
90%
85% 82%
80%
80%
75%
70%
65%
60%
Augmenter le RSA Garder le RSA inchangé Diminuer le RSA
Les personnes interrogées qui déclarent plus fréquemment « je ne sais pas » que les autres
dans le questionnaire du Baromètre d’opinion de la Drees se prononcent davantage pour
une stabilité du Smic, et non pour une augmentation ou une baisse. Il en est de même pour
les enquêtés qui répondent des modalités médianes quand celles-ci sont proposées. Pour
une partie des enquêtés, la modalité de réponse de la stabilité du Smic pourrait être un
moyen détourné pour éviter de se prononcer. Une partie des enquêtés qui ne se déclarent
pas en faveur d’une augmentation du Smic mais pour une stabilité du Smic n’ont
simplement pas d’avis arrêté sur cet enjeu.
Les enquêtés sont invités à donner leur avis concernant les inégalités et la pauvreté et
l’exclusion dans de nombreuses questions du baromètre. Dans quatre d’entre elles, ils ont
la possibilité de se prononcer sur la stabilité des inégalités ou de la pauvreté et de
l’exclusion dans un second temps, uniquement s’ils refusent de choisir entre les modalités
qui décrivent la hausse ou la baisse des inégalités ou de la pauvreté et de l’exclusion. Le
Graphique 10 montre que plus les individus ont du mal à choisir une des deux modalités de
réponse (augmentation ou diminution) à ces questions, moins ils se prononcent en faveur
d’une augmentation du Smic.
Seules 77 % des personnes qui optent pour la modalité de réponse de stabilité de pauvreté
et d’exclusion ou des inégalités pour au moins trois des quatre questions mentionnées se
211
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
déclarent favorables à une augmentation du Smic. Or, les personnes interrogées qui ne se
prononcent pas en faveur d’une augmentation du Smic répondent quasiment toutes
qu’elles souhaiteraient que le Smic reste stable. Cela corrobore donc le fait qu’une partie
des personnes qui ne se disent pas favorables à une augmentation du Smic n’ont peut-être
simplement pas d’avis sur la question ou ont du mal à se prononcer, et répondent par
défaut qu’elles souhaiteraient que le Smic reste stable. Pour les mêmes raisons, les
personnes qui sont favorables à une stabilité du RSA (proposée dans un second temps aux
enquêtés, s’ils ne se prononcent pas pour une hausse ou une baisse du RSA), sont moins
favorables à l’augmentation du Smic que le reste de la population (Graphique 9).
212
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Par ailleurs, une année sur deux, les enquêtés sont interrogés sur leur évaluation du
niveau du Smic, avant d’être informés sur le véritable niveau du Smic puis d’être sondés sur
leur opinion quant à une hausse du Smic. Or on observe en 2018 et en 2020 que la part de
personnes favorables à une augmentation du Smic est 6 à 7 points inférieure pour les
individus qui sous-estiment le niveau du Smic d’au moins 50 €, par rapport à l’ensemble de la
population. Cela provient du recueil de l’avis spontané des enquêtés combiné à
l’enchaînement des questions. En informant l’enquêté du niveau du Smic, si ce dernier sous-
estimait auparavant son niveau, le Smic lui paraît déjà plus élevé qu’escompté. Il ne lui
semble donc pas forcément nécessaire de l’augmenter, simplement du fait de l’actualisation
de sa connaissance sur le niveau du Smic. Cela ne traduit donc pas nécessairement une
opinion défavorable vis-à-vis du Smic, mais plutôt un manque de connaissance du dispositif.
Les enquêtés sont également interrogés sur le montant minimal nécessaire pour vivre
pour une personne seule. Environ 8 % d’entre eux répondent que moins de 1 200 € mensuels
sont suffisants pour vivre (soit environ le niveau du Smic). Parmi elles, 78 % se déclarent
favorables à une augmentation du Smic, une proportion inférieure à la moyenne globale
(89 %). On peut envisager que ces personnes se prononcent moins en faveur d’une hausse du
Smic parce que le montant actuel du Smic, sans intégrer la perception éventuelle de
prestations auxquelles une personne seule rémunérée au Smic peut prétendre, leur paraît
suffisant pour subvenir à leurs besoins. Les personnes concernées n’ont pas un profil
particulier en termes de niveau de vie, malgré une légère surreprésentation des personnes les
moins aisées. Aucun des trois facteurs principaux identifiés précédemment pour expliquer que
les individus ne soient pas favorables à une augmentation du Smic (aisance matérielle,
opinions économiquement libérales ou socialement conservatrices et difficulté à se
prononcer) ne présente de surreprésentation nette parmi les individus qui estiment qu’un
niveau de ressources de 1 200 € est suffisant pour vivre pour une personne seule. On observe
néanmoins que la proportion des individus vivant dans une agglomération de 20 000
à 99 999 habitants est plus importante parmi ceux qui estiment qu’un niveau de ressources de
1 200 € est suffisant pour vivre pour une personne seule que dans le reste de la population. Or,
ces agglomérations sont celles où les dépenses par ménages sont moindres, comme détaillé
précédemment. Au contraire, peu d’individus vivant en agglomération parisienne, où les
ménages font face à des niveaux de prix en moyenne plus élevés que sur le reste du territoire,
jugent que des ressources de 1 200 € sont suffisantes pour une personne seule.
Les questions du Baromètre portant sur les salaires par profession ont également été
exploitées. Parmi les professions sur lesquelles sont interrogés les enquêtés, les professions
ouvrières sont celles dont le niveau de salaire est le plus proche du Smic. Les enquêtés sont
invités à se prononcer sur leur évaluation du salaire mensuel net moyen pour les ouvriers non
qualifiés en usine, puis sur le salaire mensuel net moyen qu’ils jugeraient adapté à cette
profession. Parmi les individus qui évaluent le salaire actuel des ouvriers à un niveau
213
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
supérieur ou identique à celui qu’ils jugeraient adapté pour cette catégorie socio-
professionnelle, seuls 72 % se prononcent en faveur d’une augmentation du Smic. Les
personnes concernées affichent des opinions économiques légèrement plus libérales que le
reste de la population et sont légèrement plus aisées, mais la corrélation entre l’aisance
matérielle et les opinions économiques libérales d’une part et l’opinion des individus quant
au salaire des ouvriers non qualifiés d’autre part est limitée.
Appendices
214
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
2020 de l’enquête a été collectée entre octobre et décembre 2020, incluant une période de
confinement, ce qui a pu avoir une incidence sur l’opinion des enquêtés vis-à-vis de sujets de
société, sans que cette évolution d’opinion soit nécessairement structurelle.
Certaines années, une même question peut être formulée différemment pour deux
sous-parties distinctes de l’échantillon, afin de mettre en évidence d’éventuels biais de
questionnaire. Le cas échéant, seule la partie de l’échantillon ayant été interrogée selon la
formulation utilisée les autres années a été conservée pour la majorité des analyses dans le
cadre de cette étude. Les seules exceptions concernent les questions dont la formulation n’a
pas d’incidence sur les résultats observés dans l’enquête.
La connaissance du montant du Smic est évaluée à partir d’une question posée une
année sur deux et dont la formulation est la suivante : Et d’après ce que vous en savez, quel
est le montant du Smic net (par mois en euros) ? Les dernières données disponibles pour
exploiter les réponses à cette question datent de 2020.
4. NSP192
Les niveaux des quintiles de niveaux de vie utilisés dans certaines analyses de ce
document sont calculés à partir des réponses des enquêtés dans le Baromètre d’opinion de
la Drees ; ils ne sont pas issus de sources externes.
192
La modalité « ne se prononce pas » est proposée dans un second temps, si l’enquêté ne parvient pas à
sélectionner une des trois premières modalités.
215
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Moyenne
Taux de connaissance du Smic
Statut d’activité d’estimation du
mensuel net à 50 € près
Smic mensuel net
Actif 61 % 1225
- occupant un emploi à temps plein 62 % 1227
- occupant un emploi à temps partiel 57 % 1217
- travaillant par intermittence 58 % 1213
- en recherche d’emploi 56 % 1213
Inactif 47 % 1222
- étudiant 44 % 1223
- retraité ou préretraité 48 % 1221
- autre 44 % 1227
Champ : individus de 18 ans ou plus, en logement ordinaire, résidant en France métropolitaine. Pour la moyenne
d’estimation du Smic mensuel net, le champ est restreint aux personnes acceptant de donner une estimation du Smic.
Lecture : 61 % des actifs évaluent le Smic mensuel net correctement à 50 € près. Parmi les actifs, 62 % des personnes
occupant un emploi à temps plein évaluent correctement le Smic mensuel net correctement à 50 € près. En moyenne,
d’après les inactifs, la rémunération mensuelle nette du Smic est à haute de 1222 €. En particulier, les étudiants
répondent en moyenne que le Smic mensuel net est fixé à 1223 €.
Source : Baromètre d’opinion de la Drees 2020.
216
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
100%
95% 93%
90% 90%
90% 88%
84%
85%
80%
75%
70%
65%
60%
1er quintile 2e quintile 3e quintile 4e quintile 5e quintile
100%
96% 96%
95% 93% 93%
90% 89%
90% 87% 88% 87% 87%
85% 82%
80% 78%
75%
70%
65%
60%
Champ : individus de 18 ans ou plus, en logement ordinaire, résidant en France métropolitaine et occupant un emploi à
la date de leur interrogation.
Lecture : 82 % des personnes qui estiment le salaire mensuel net moyen de leur profession entre 2 000 et 3 000 € au-
dessus du niveau du Smic souhaiteraient une augmentation du Smic.
Source : Baromètre d’opinion de la Drees 2018 à 2021.
217
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
100%
95%
89%
90%
85% 81%
80%
80%
75%
75%
70%
65%
60%
Population totale Foyers avec revenus Foyers avec revenus Foyers avec revenus
d'actifs financiers locatifs locatifs et d'actifs
financiers
100%
94% 93% 93%
95%
91% 90%
90% 87%
85% 82% 83%
80%
75%
70%
65%
60%
1 2 3 4 5 6 7 8, 9 ou 10
Lecture : les enquêtés sont amenés à positionner leur ménage sur l’échelle des revenus (1 pour les foyers percevant le
moins de revenus, 10 pour ceux percevant le plus de revenus). 83 % des personnes qui se positionnent parmi les foyers
les plus aisés (réponse entre 8 et 10 à cette question) souhaiteraient une augmentation du Smic.
Source : Baromètre d’opinion de la Drees 2018, 2020 (question posée uniquement les années paires).
218
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
100%
94%
95%
90% 87%
84%
85%
80%
75%
70%
65%
60%
Trop d'intervention de Intervention de l'État au Pas assez d'intervention
l'État bon niveau de l'État
100%
95%
95%
90%
90%
85%
80% 77%
75%
70%
65%
60%
Montant excessif Montant normal Montant insuffisant
219
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
80%
75%
70%
65%
60%
0 1à3 4à6 Plus de 7
Bibliographie
Insee, « Les dépenses des ménages en 2017 », enquête Budget de famille, Insee Résultats,
septembre 2020.
R. Lardeux, « L’opinion des Français sur les inégalités reflète-t-elle leur position sur l’échelle
des revenus ? », Études et Résultats, n° 1234, Drees, juin 2022.
220
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Annexe 6
Contributions de la Direction générale du Travail
Lors de la réunion du comité de suivi en date du 17 décembre 2021, sur les 171
branches du secteur général couvrant plus de 5 000 salariés, 108 branches affichaient une
grille comportant au moins un coefficient inférieur au Smic. Le constat était le suivant :
‒ 63 branches (soit 36,8 % des 171 branches suivies) représentant près de 4,7 millions
de salariés disposaient d’une grille intégralement conforme au Smic par accord ou
recommandation patronale (pour 2 d’entre elles) ;
‒ 108 branches (soit 63,2 %) représentant près de 6,6 millions de salariés pour
lesquelles la grille résultant du dernier accord conclu ou de la dernière recomman-
dation patronale émise comportait au moins un coefficient inférieur au Smic.
Ces chiffres étaient sans commune mesure avec ceux observés habituellement en fin
d’année (au 31 décembre 2019, 87 % des branches disposaient d’une grille conforme au
Smic, au 31 décembre 2020, le taux était de 78 %). Ils s’expliquent pour deux raisons, d’une
part, l’intervention de la revalorisation exceptionnelle en octobre, et d’autre part, le fait que
la plupart des branches n’avaient pas encore abouti dans leur nouvelle négociation.
221
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
En effet, certaines branches avaient engagé des négociations en fin d’année 2021
concluant des accords entrant en vigueur en 2022. Il est possible de citer à titre
d’exemples les branches de la reprographie, de l’esthétique, du tourisme organisme à but non
lucratif. D’autres branches ont préféré attendre la revalorisation du SMIC au 1er janvier 2022
pour ouvrir les négociations salariales (par exemple les branches de la distribution directe, du
négoce de bois d’œuvre et de produits dérivés, des gardiens concierges).
De septembre 2020 à septembre 2021, le taux de salaire horaire de base des ouvriers
et employés a enregistré une hausse de 1,5 %, alors que les prix à la consommation du
premier quintile de la distribution des niveaux de vie ont augmenté de 2,3 % au cours de la
même période, d’où une évolution du pouvoir d’achat négative de - 0,78 %. Cette valeur
étant négative, elle n’a pas été prise en compte dans le calcul du taux horaire du Smic
revalorisé au 1er janvier 2022. De ce fait, le taux de revalorisation a été calculé sur la base de
la seule augmentation de l’indice des prix à la consommation.
Entre novembre 2020 et novembre 2021, les prix à la consommation (hors tabac) des
ménages du premier quintile de la distribution des niveaux de vie ont augmenté de 3,1 %. Au
total, l’augmentation du Smic sur l’année 2021 a donc été établie à 3,1 %, qui s’est décom-
posé comme suit : + 2,2 % au 1er octobre 2021 au titre de la revalorisation automatique par
arrêté liée à l’inflation et + 0,9 % au titre du reliquat d’inflation de fin d’année.
Ainsi, au 1er janvier 2022, le Smic horaire a été fixé à 10,57 € bruts, soit 1 603,12 € bruts
mensuels sur la base de la durée légale du travail de 35 heures hebdomadaires.
193
Moyenne des augmentations observées pour chaque catégorie socio-professionnelle (ouvriers, employés, professions
intermédiaires, ingénieurs et cadres) pondérée en fonction des effectifs de chaque catégorie. Ce chiffre peut donc
différer des augmentations annoncées par les branches calculées différemment.
222
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
‒ la branche coiffure, qui recouvre 106 000 salariés, a conclu un accord le 14/02/2022
qui prévoit une augmentation moyenne pondérée des salaires de 5,85 %194 ;
II. Une conformité des premiers niveaux des grilles en baisse à la suite des
revalorisations automatiques intervenues en cours d’année 2022
Le deuxième et troisième trimestres de l’année 2022 ont été marqués par deux
revalorisations exceptionnelles, intervenues au 1er mai et au 1er août. Celle-ci ont conduit de
nombreuses branches qui n’avaient pas anticipé ces augmentations à basculer en dessous
du Smic en vigueur.
A. La situation des minima de branches au regard du Smic revalorisé au 1er mai 2022
26 branches sur les 171 branches suivies (soit 14,6 %) ont conclu un accord ou émis
une recommandation patronale ;
194
Le précédent accord salaire datait du 31/05/2018.
195
Le précédent accord salaire datait du 10/06/2015.
223
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
146 branches sur les 171 branches suivies (soit 85,4 %) affichent une grille comportant
au moins un coefficient inférieur au Smic en vigueur. Parmi ces branches :
‒ dans 93 d’entre elles, les montants des premiers niveaux ont été rattrapés par le
Smic au 01/05/22 ;
‒ dans 16 d’entre elles, les montants des premiers niveaux ont été rattrapés par le
Smic au 01/01/22 ;
‒ dans les 30 autres, les montants des premiers niveaux ont été rattrapés par le
Smic au 01/10/21 ;
‒ dans 4 d’entre elles, les montants des premiers niveaux restaient inférieurs au
Smic au 01/01/21.
‒ dans 3 d’entre elles, les montants des premiers niveaux restaient inférieurs au
Smic au 31/12/20.
59 branches soit 35 % des 171 branches suivies, représentant près de 5,5 millions de
salariés, disposent d’une grille intégralement conforme ;
112 branches soit 65 % représentant près de 7,5 millions de salariés pour lesquelles la
grille résultant du dernier accord conclu ou de la dernière recommandation
patronale émise comporte au moins un coefficient inférieur au Smic.
Lors de ce comité, un bilan des négociations salariales dans les 171 branches a été présenté.
Cette réunion a plus particulièrement porté sur la conformité des minima d’une quinzaine
de branches inférieures au Smic depuis un certain temps. Elles ont été retenues en raison
de leurs effectifs importants et de l’ancienneté de leur dernier accord. Parmi ces branches,
certaines avaient déjà fait l’objet des rencontres ministérielles à l’automne 2021 (la branche
du bricolage, de la coiffure, du travail temporaire permanent, etc.).
Les membres du comité de suivi ont pu partager le constat d’un nombre inhabituellement
élevé de branches affichant des minima inférieurs au Smic, du fait des revalorisations
successives du Smic depuis octobre 2021, en particulier celle intervenue le 1er mai.
224
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Le ministre a salué les efforts réalisés par certaines branches qui ont régularisé leurs niveaux
de minimas conventionnels pour les porter a minima au niveau du Smic revalorisé au 1er mai
2022 (la branche de la fabrication de l’ameublement, des grands magasins et magasins
populaires).
En outre, le ministre a également valorisé l’évolution positive de certaines branches qui ont
réussi à conclure un accord au cours du premier trimestre 2022 et se sont engagées dans
une dynamique de dialogue social (distribution directe, retraite complémentaire, coiffure,
bricolage, habillement commerces et succursales, etc.).
Par ailleurs, le ministre a souligné les efforts entrepris par certaines branches qui
présentaient des difficultés structurelles de négociation sur les salaires depuis plusieurs
années mais qui se sont engagées à renouer le dialogue social (prestations de services
médicotechniques, négoce, pompes funèbres, audiovisuel électronique équipement ménager,
etc.).
Enfin, il résulte de ce comité de suivi que les situations de blocage structurel des
négociations sont en net recul par rapport au bilan qui avait été fait au comité de suivi de
décembre 2021 et que de nombreuses branches dont les minima étaient très durablement
inférieurs au Smic étaient parvenues depuis à un accord.
Le comité de suivi s’est achevé par la présentation de l’étude sur les éventails de salaires.
L’objet de cette étude est d’évaluer l’impact des négociations salariales sur les écarts entre
les différents niveaux des grilles de salaires. L’année 2021 a marqué une rupture avec les
années précédentes car aucun élargissement des éventails de salaires n’a été constaté pour
les branches suivies. Toutes branches confondues, l’éventail total des salaires moyens s’est
resserré significativement pour les branches du secteur général, de la métallurgie et du
bâtiment et des travaux publics. Celui-ci est passé ainsi à 2,91 en 2021, contre 2,95 en 2020.
B. La situation des minima de branches au regard du Smic revalorisé au 1er août 2022
Au 13 juillet, l’indice mensuel des prix à la consommation hors tabac du mois de juin a
augmenté de 2,01 % par rapport à l’indice constaté lors de l’établissement du salaire
minimum de croissance immédiatement antérieur (soit celui de mars 2022). En application
des règles légales, la hausse du Smic à due concurrence était donc automatique. Ainsi,
depuis le 1er août dernier, le Smic horaire s’élève dorénavant à 11,07 €, soit 1 678,95 € bruts
mensuels sur la base de la durée légale du travail de 35 heures hebdomadaires.
225
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Au 9 septembre :
‒ 131 branches sur les 171 branches suivies (soit 76,6 %) affichent une grille comportant
au moins un coefficient inférieur au Smic en vigueur revalorisé le 1er août 2022.
C’est l’équilibre sur lequel s’est construit toute la politique de régulation sociale des
plateformes qui se concentre particulièrement dans les faits sur les plateformes dites de la
mobilité qui couvrent le champ des plateformes de livraison et des plateformes VTC. C’est
en effet dans ces secteurs qui couvrent environ 100 000 travailleurs qu’on constate que les
plateformes fixent le prix et les caractéristiques des prestations, entraînant un déséquilibre
certain dans les relations commerciales.
La protection de ces travailleurs passe tout d’abord par la reconnaissance d’un certain
nombre de droits spécifiques au fil des lois (loi travail 2016, loi d’orientation des mobilités
2019) : droit à la formation, droit au financement par la plateforme d’une partie des
cotisations contre le risque d’accidents du travail, droit de constituer une organisation
syndicale, d’y adhérer, et de faire valoir par ce biais leurs intérêts collectifs. Elle passe aussi
par l’imposition d’un certain nombre d’obligations aux plateformes de la mobilité afin de
veiller à ce que leur organisation et leur manière de travailler garantissent bien
l’indépendance de leurs travailleurs : interdiction de sanctionner les travailleurs qui refusent
une proposition de prestation, obligation de communiquer avant chaque proposition de
prestation le prix de celle-ci et sa distance, droit pour le travailleur de choisir ses horaires de
travail sans être sanctionné…
226
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Le développement d’un tel dialogue social sectoriel permettra aussi de rééquilibrer les
relations entre plateformes et travailleurs indépendants en permettant de dépasser le
déséquilibres d’une relation individuelle entre un travailleur et une plateforme.
Les organisations représentant les travailleurs des plateformes de la mobilité ont été
désignées via une élection nationale organisée en mai 2022.
Sept organisations candidates dans le secteur des VTC ont atteint les 5 % de suffrages
exigés. Concernant les livreurs, quatre organisations ont obtenu les suffrages nécessaires.
Les négociations vont pouvoir s’engager dès octobre 2022 sur des sujets centraux tels
que les revenus des travailleurs des plateformes ou encore les conditions d’exercice de leur
activité ou l’amélioration des conditions de travail. Le choix des thématiques à prioriser
revient aux négociateurs.
227
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
À noter qu’en respect des limites fixées par les traités, la directive n’impose aucune
obligation d’introduire un salaire minimal légal dans les États membres où il n’existe pas ou
de rendre les conventions collectives d’application générale. La directive ne vise pas à
harmoniser les salaires minimaux des États membres ni à établir un mécanisme uniforme
pour fixer le salaire minimum. Ses dispositions encouragent le développement de la
négociation collective dans ce domaine, le renforcement de l’implication des partenaires
sociaux et introduit des critères concernant la fixation et l’évaluation des salaires minimums
légaux.
L’article 2 définit son champ d’application : les travailleurs ayant un contrat de travail
ou une relation de travail au sens de la législation, des conventions collectives ou de la
pratique dans chaque État membre, compte tenu de la jurisprudence de la Cour de justice
de l’Union européenne.
L’article 4 encourage tous les États membres à prendre des mesures pour promouvoir
la négociation collective et élargir la couverture de la négociation collective, que les salaires
minimaux soient fixés par voie législative ou par conventions collectives. Les paragraphes (c)
et (d) notamment prévoient une obligation faite aux États membres de prendre des
mesures, lorsque cela est approprié, afin de (b) protéger l’exercice du droit à la négociation
collective ainsi que les travailleurs et les représentants syndicaux contre tout acte de
discrimination à leur encontre au motif qu’ils participent à une négociation collective sur les
salaires ou souhaitent le faire ; et (c) dans le but de favoriser la négociation collective sur les
salaires, de protéger les organisations d’employeurs et les organisations de travailleurs
contre tout acte d’ingérence des unes envers les autres dans leur établissement, leur
fonctionnement ou leur administration.
Afin de garantir le caractère adéquat des salaires minimaux légaux, l’article 5 impose
aux États membres disposant d’un salaire minimum légal de prévoir des critères nationaux
de fixation et d’actualisation, et la création d’organes consultatifs notamment. Ces critères
nationaux doivent prendre en compte, a minima, le pouvoir d’achat des salaires minimaux
(prenant en compte le coût de la vie), le niveau général des salaires bruts et leur répartition,
le taux de croissance des salaires bruts et l’évolution à long terme de la productivité du
travail au niveau national et ses évolutions.
La proposition invite les États membres à limiter le recours aux variations et aux
retenues, qui réduisent la rémunération en-deçà du niveau du salaire minimum légal
applicable. Ils doivent ainsi veiller à ce que ces dispositifs respectent les principes de non-
discrimination et de proportionnalité, et poursuivent un objectif légitime (ce dernier critère
étant inclus dans le principe de proportionnalité).
228
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
La directive invite également tous les pays membres à améliorer l’application et le suivi
de la protection par des salaires minimums, à travers la prise en compte de ces salaires dans
les marchés publics (article 9), l’accès des travailleurs à un règlement efficace et en temps
utile des différends et à un droit de recours (article 12), ainsi que des sanctions (article 13). La
directive impose aux États membres de garantir un accès effectif à la protection offerte par
des salaires minimaux légaux, à travers le renforcement du système de contrôles et
d’inspections notamment (article 8).
Conformément à ces nouvelles dispositions, une attention particulière doit être portée
par l’administration à l’absence d’accords salariaux présentant des minimas conventionnels
infra-Smic dans l’appréciation de la faiblesse de l’activité conventionnelle, qui, si elle est
démontrée, donne au ministre le pouvoir de procéder à la fusion administrative de la
branche concernée.
229
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
En tout état de cause, la décision de procéder par arrêté ministériel à la fusion d’une
branche professionnelle sur le critère de faiblesse de la vie conventionnelle reste encadrée
par les mêmes conditions qui s’appliquaient jusqu’à présent : la fusion doit être réalisée, sous
le contrôle du juge administratif, avec une branche présentant des conditions économiques
et sociales analogues, répondre à un motif d’intérêt général attaché à la restructuration des
branches professionnelles et être menée via une procédure consultative (avis au Journal
officiel et consultation de la SCRBP).
230
SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE
GROUPE D’EXPERTS, NOVEMBRE 2022
Annexe 7
Contributions des partenaires sociaux
CFDT
CGT
FO
CFE-CGC
CFTC
Medef
CPME
U2P
231
Contribution CFDT - Audition par le groupe d’experts sur le SMIC
le 9 novembre 2022
La CFDT affirme que l’enjeu principal n’est pas juste la question du niveau du SMIC
et de son éventuel « coup de pouce », qui n’a plus lieu depuis 2012. L’enjeu est
beaucoup plus large pour la CFDT. Il porte sur le pouvoir d’achat des ménages et la
revalorisation des salaires qui reste dépendante d’une plus juste rétribution du
travail fourni par les travailleurs et travailleuses. L’enjeu est également un partage
équitable de la richesse créée dans l’entreprise mais aussi sur l’ensemble de la
chaine de la valeur.
Ces questions doivent être renforcées par un besoin de reconnaissance de tous les
métiers, que l’on soit travailleur ou travailleuse du secteur privé ou du secteur
public. Cette reconnaissance passe par la revalorisation salariale, et plus
particulièrement celle des bas salaires, et par la reconnaissance des
compétences des travailleurs et travailleuses qui sont mises à la disposition de
l’entreprise. Une rétribution équitable de leur travail et des carrières salariales
doit être garantie par la révision des classifications dans les branches. Les
travailleurs et travailleuses dits « essentiels », passés de l’ombre à la lumière
pendant la crise Covid, restent les grand oubliés des politiques salariales et de pouvoir
d’achat. Pour la CFDT, ces sujets restent des priorités qui vont bien au-delà de la
simple question du niveau du SMIC.
Depuis des années, la CFDT n’a de cesse de marteler au gouvernement que le SMIC
doit rester le salaire d’entrée dans des emplois non qualifiés et qu’un salarié ne devrait
pas rester au SMIC tout le long de sa carrière. Par ailleurs, la Dares, en 20181,
expliquait « l’effet de trappe » du Smic. En effet, les perspectives de mobilité salariale
s’amenuisent rapidement après la première année. Cet effet de trappe est
particulièrement fort pour les femmes, les jeunes, les seniors et les salariés
d’entreprises de petite taille, qui appartiennent souvent aux groupes les plus
vulnérables. En clair, quand un salarié est au SMIC et que celui-ci y reste plus d’un
an, la probabilité d’y rester augmente. Aussi, les salariés ayant passés au moins deux
ans au SMIC ont tendance à y passer un quart de leur carrière. Pour la CFDT, il est
nécessaire de mener des politiques salariales et des politiques de qualification
appropriées afin que les travailleurs et travailleuses puissent vivre décemment
de leur travail. Pour enrayer cette immobilité salariale, la CFDT propose que les
entreprises qui ont des salariés dont le salaire est au niveau du SMIC depuis
deux ans perdent automatiquement les bénéfices des exonérations les
concernant.
1
Dares : la conjoncture du marché du travail au 4ème trimestre 2018, https://dares.travail-
emploi.gouv.fr/publications/les-salaries-remuneres-au-salaire-minimum-une-minorite-le-reste-durablement
Page 1 sur 10
De plus, elle réaffirme l’importance de traiter d’une manière plus globale la question
des bas salaires en France, en regardant au-delà de la simple question du SMIC et de
son éventuel « coup de pouce ». C’est pour cette raison que la CFDT continue de
réclamer la transformation du groupe d’experts sur le SMIC en une commission
« salaires décents » (voir la proposition opérationnelle en annexe 1 : Transformer le
groupe d’experts sur le SMIC en une commission « salaires décents »).
Par ailleurs, une question non posée par le groupe d'experts mais que nous
souhaitons aborder porte sur les conséquences de la directive européenne sur
les salaires minimums.
L’évolution du SMIC est dépendante de l’évolution de l'indice des prix à la
consommation (IPC) et du salaire horaire de base des ouvriers et employés (SHBOE).
Cette indexation permet la protection du niveau de vie des salariés payés au SMIC
(environ 12 % des salariés). Du fait de la dynamique salariale, le salaire médian et le
salaire moyen ont tendance, en moyenne, à augmenter davantage que le salaire
minimum. La directive salaire minimum précise qu’il « convient d’envisager de fixer et
d’actualiser les salaires minimaux légaux séparément des mécanismes d’aide au
revenu. Pour guider leur évaluation du caractère adéquat des salaires minimaux
légaux, les États membres devraient avoir recours à […] des indicateurs
communément utilisés au niveau international », tel que « le ratio entre le salaire
minimum brut et 60 % du salaire médian brut, et le ratio entre le salaire minimum brut
et 50 % du salaire moyen brut […] ou le ratio entre le salaire minimum net et 50 ou
60 % du salaire moyen net » Logiquement et du fait de la dynamique salariale,
l’alignement du SMIC seulement sur l’inflation conduit à passer sous ces seuils.
Aujourd’hui, le niveau du SMIC net respecte le plancher de 60 % du salaire médian,
mais pas de 50 % du salaire moyen. En effet, les salaires moyen et médian ont
tendance à suivre la croissance de la productivité du travail, alors que le SMIC suit
l’inflation (et le SHBOE), c’est qui conduit à un écart croissant entre le salaire minimum
et le salaire moyen à terme.
Cette directive est pour la CFDT une avancée importante, et nous portons un point
d’intérêt aux articles suivants :
• Art. 5 (6) sur la procédure de fixation des salaires mini ;
• Art 7 sur l’implication des partenaires sociaux ;
• Art 8 sur l’application et la garantie du smic ;
• Art 17 (3) sur la participation des partenaires sociaux à la transposition de cette
directive (même via accord cadre interprofessionnel).
Cette directive stipule ainsi que chaque Etats-membres doit mettre en place « un ou
plusieurs organismes consultatifs chargés de conseiller les autorités compétentes sur
les questions liées aux salaires minimaux ». Selon la directive, cette instance devra
avoir les ressources adéquates pour mener son travail et impliquer les partenaires
sociaux dans la définition du salaire minimum. Cette instance consultative devra aussi
avoir la capacité à mener des travaux indépendants de recherche. Enfin, un plan
d’action doit être mis en place par les Etats-membres, qui peut être confié aux
partenaires sociaux s’ils en font la demande. Les obligations prévues par cette
directive doivent être respectées à tout moment. Cette directive est pour nous une
opportunité pour mettre en place notre proposition de commission salaires décents.
Page 2 sur 10
Projection d'évolution du SMIC, du salaire moyen et du salaire médian
4500 0,7
salaire moyen net (ech.
3500
0,6
montant en euro
2500
ratio smic/salaire médian
0,5
2000
ratio smic/salaire moyen
1000 0,4
2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030 2031 2032 2033 2034 2035
smic net (ech. gauche) salaire moyen net (ech. gauche)
salaire médian net (ech. gauche) ratio du smic par rapport au salaire moyen (ech. droite)
ratio du smic par rapport au salaire median (ech. droite) 50 % du salaire moyen (ech. droite)
Note : projections sous l’hypothèse d’une croissance économique de 1,3 % et d’une inflation de 2 % à
long terme.
Page 3 sur 10
A noter cependant que la branche des Banques a dorénavant inscrit une revalorisation
automatique des salaires minimums de branche pour être toujours à + 5 % au-dessus
du SMIC, ce qui empêche son rattrapage.
Comment éviter une éventuelle fragilisation de l’emploi des personnes les moins
qualifiées dans de telles circonstances, et à la suite des revalorisations du
SMIC ?
Pour la CFDT, une dynamique forte en matière de négociation salariale est une
nécessité absolue dans le contexte actuel. Pour atténuer une partie de la perte de
pouvoir d’achat des salariés les plus fragiles et éviter une éventuelle fragilisation des
Page 4 sur 10
emplois les moins qualifiés, il est nécessaire d’avoir de réelles augmentations
salariales qui tiennent compte des compétences mises en œuvre par les travailleurs
et travailleuses.
Pour la CFDT, cela passe aussi par les systèmes de classification, qui sont
essentiels pour donner du sens aux systèmes salariaux dans les branches et
dans les entreprises. Une rémunération du travail doit être en phase avec des grilles
de classification qui prennent en compte la contribution de la mise à disposition des
compétences des travailleurs et des travailleuses. C’est pour la CFDT tout l’enjeu
de la négociation sur les classifications, qui permet d’identifier les compétences
dont le secteur a besoin, de les hiérarchiser, pour ensuite, dans un deuxième
temps, mieux valoriser les emplois dans une grille de salaires. Cette négociation
reste la plus structurante pour les salariés d’un secteur professionnel mais aussi pour
les entreprises d’un même secteur. Les grilles de classification doivent permettre aux
entreprises de la branche et à la branche de mieux s’articuler avec la négociation
salariale collective. C’est bien dans l’articulation de la négociation de branche et du
dialogue social d’entreprise que réside le levier pour inscrire dans le moyen-long terme
les clés d’une rémunération équitable entres les salariés, mais aussi entre les femmes
et les hommes, et ainsi permettre de baliser des parcours professionnels et salariaux.
Les branches ont l’obligation de revenir sur leur accord de classification tous les 5 ans :
pas nécessairement pour le renégocier, mais simplement pour examiner les
modifications à introduire à la lumière des évolutions technologiques,
organisationnelles ou économiques. Force est de constater que cette obligation est
rarement respectée par les branches (27 accords ou avenants ont été conclus sur les
systèmes de classifications, contre 9 accords en 2020 et 20 accords en 2019)2. Dans
une société en constante transformation, la CFDT juge nécessaire de renforcer
cette obligation par la mise en place d’un accord de méthode afin d’obliger les
branches à négocier avant ce délai de 5 ans et de renforcer les contrôles de
l’administration sur la dynamique conventionnelle des branches en la matière,
notamment pour celles dont les minima ne sont pas conformes au SMIC.
De plus, il est fondamental de replacer la question d’un plus juste partage de la valeur
au cœur des discussions avec une meilleure reconnaissance du travail effectué, une
valorisation équitable des compétences, en particulier de celles mises en œuvre par
les salariés au bas de l’échelle, dont une majorité sont des femmes, surtout quand les
dividendes versés en 2022 par les entreprises atteignent des niveaux historiques :
57 milliards d’euros, contre 40 milliards par an depuis 2006. La montée en
compétence des salariés les moins bien qualifiés reste essentielle, les entreprises
doivent permettent à ces travailleurs et travailleuses d’avoir accès à des formations
qualifiantes.
2
Bilan et rapports de la négociation collective 2021, page 21 : https://travail-
emploi.gouv.fr/IMG/pdf/bilan_de_la_negociation_collective_en_2021_-_version_integrale-accessible.pdf
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Que pensons-nous de l’articulation entre minimas de branches et SMIC et des
possibles effets à cet égard de l’article 7 de la récente loi pouvoir d’achat ? Quel
rôle de la négociation collective en ce domaine ?
La CFDT a noté une volonté d’agir du gouvernement avec la loi portant sur les mesures
d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat du 16 août 2022. L’article 7 réduit le
délai à 45 jours (au lieu de 3 mois) pour que les branches engagent une négociation
sur les salaires si les minima conventionnels sont inférieurs au SMIC. Aussi l’article 8
donne la possibilité au ministre du Travail de fusionner une branche, dont les minimas
salariaux sont en-dessous du SMIC, avec une branche de rattachement présentant
des conditions sociales et économiques analogues.
Ces deux articles devraient avoir un faible effet incitatif auprès des organisations
professionnelles pour négocier, revaloriser et remettre en conformité les minima de
branches afin de garantir le respect du SMIC.
La CFDT reste persuadée que la conditionnalité des aides aux entreprises reste un
levier plus fort pour amener les employeurs à négocier de réelles augmentations de
salaires afin d’éviter le basculement des minima de branches sous le SMIC à chaque
évolution de celui-ci, comme cela a été le cas au 1er août et comme cela sera le cas à
la prochaine revalorisation automatique du SMIC. Pour la CFDT, il est nécessaire que
les branches négocient au plus près de la réalité du secteur et revalorisent les salaires.
La revalorisation des grilles salariales par les branches touche toutes les entreprises
d’un secteur d’activité et donc permet aux travailleurs et travailleuses des entreprises
de bénéficier à minima d’une augmentation de salaire lorsque les négociations ne
fonctionnent pas au niveau de l’entreprise (surtout dans les plus petites).
Par ailleurs, la question des salaires ne touche pas seulement les branches mais aussi
les entreprises et la fonction publique. En effet, depuis le début d’année, la CFDT
constate des conflits sociaux dans les entreprises du privé autour des questions
salariales. La CFDT continuera de soutenir les équipes dans les entreprises afin
qu’elles obtiennent de réelles augmentations de salaires.
En France, le sujet est antérieur à la montée de l’inflation ; aujourd’hui les salariés
payent le prix fort en matière de pouvoir d’achat parce que les employeurs n’ont pas
assumé leur responsabilité. Cela se matérialise aujourd’hui par des difficultés de
recrutement (manque d’attractivité, conditions de travail, emplois sous-payés),
notamment dans les métiers du maintien à domicile, du service à la personne ou des
transports. Pour la CFDT, il donc nécessaire que les employeurs négocient ou
renégocient les accords issus des négociations annuelles obligatoires en entreprise.
Ce qui a été négocié en décembre ou janvier, voire même en juillet, ne colle plus avec
la réalité. Par ailleurs, en période de forte inflation, la tenue de négociations plus
régulières permet de lisser les hausses salariales, et donc de produire de moins de
fortes augmentations mais des augmentations plus régulières.
Est-il souhaitable que les hausses du SMIC se répercutent sur l’intégralité des
échelles salariales ? Si oui, ou si non, quelles conséquences selon nous pour le
marché du travail ?
La CFDT ne pense pas souhaitable que le Smic se répercute sur l’intégralité des
échelles salariales. En quelque sorte, cela reviendrait, sans évoquer directement
l’échelle mobile des salaires, à relever de manière automatique les minima en fonction
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de l’augmentation du SMIC. En France, ce dispositif est interdit pour les salaires, à
l'exception du SMIC. De plus, la CFDT est pour la vivacité du dialogue social. Or ce
mécanisme ne ferait qu’affaiblir les négociations collectives de branche. Par ailleurs, il
est nécessaire de rappeler que la négociation des minima reste de la primauté de la
branche et ce mécanisme ne ferait qu’amputer la prérogative à la branche.
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Annexe : Transformer le groupe d’experts sur le SMIC en une
commission salaires décents
Afin d’éclairer la situation des bas salaires tout en favorisant le dialogue social, la
CFDT propose de transformer le groupe d’experts sur le SMIC en une commission
salaires décents.
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branches professionnelles, notamment celles qui affichent des minima trop
faibles.
• Elle remettra un rapport annuel aux membres de la CNNCEFP et au
gouvernement. Pour construire ce rapport, la commission devra mener des
travaux réguliers sur l’année. Il devra être validé par les membres de la
commission « salaires décents » avant parution.
La commission salaires décents sera composée d’experts pluridisciplinaires (non
seulement des économistes représentant divers courants, mais aussi des sociologues
et d’autres sciences sociales), mais aussi de représentants désignés par les OS/OP
(1 par organisation), sous une co-présidence OS/OP. L’avantage de cette composition
est de réunir tous les acteurs autour de la table en articulant compétences techniques
tout autant que politiques. La commission devra s’appuyer sur les services de
l’administration (DARES, DREES…) et les institutions productrices de données utiles
à ses travaux (INSEE, URSSAF).
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Montreuil, le 24 novembre 2022
Dans son précédent rapport1, en plus d’arguer contre un éventuel coup de pouce au salaire
minimum, le « groupe d’experts » avait une nouvelle fois insisté sur « l’abandon de tout ou
partie [des] clauses de revalorisation automatique » du SMIC pour notamment « conférer une
responsabilité accrue aux pouvoirs publics qui pourraient ainsi mieux articuler les évolutions
du SMIC avec les évolutions du marché du travail et avec les dispositifs de lutte contre la
pauvreté laborieuse… ».
Eu égard au choix continu des gouvernements successifs depuis 2012 de refuser le « coup de
pouce », si la revalorisation automatique était aussi remise en cause, ce serait signer la fin
d’un salaire minimum interprofessionnel qui, bien que largement insuffisant, assure aux
salariés dont les rémunérations sont les plus faibles :
- le maintien de leur pouvoir d'achat quel que soit le niveau des prix
- leur participation au développement économique de la Nation, tout en évitant une
distorsion entre l'évolution du salaire minimum et celle de la moyenne des salaires
horaires.
L’année 2022 qui vient de s’écouler l’illustre très bien puisque le mécanisme de revalorisation
automatique a été mis en œuvre par deux fois (1er mai et 1er août), en plus de l’augmentation
du 1er janvier (soit une revalorisation de 5.6% au total, lorsque l’inflation dépasse les 6% sur
un an).
Il ne s’agit pas de cadeaux faits aux deux millions de salariés payés au SMIC. Il s’agit juste de
leur permettre de vivre et non survivre en maintenant, pas complètement, leur pouvoir
d’achat face à une inflation galopante qui les percute de plein fouet.
Ce constat confirme, une fois de plus, la déconnexion, la non pertinence et le parti-pris libéral
et dogmatique du « groupe d’experts » tel qu’il est constitué depuis sa création.
1
https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/284b121f-b187-4280-b327-05f18064c3fa/files/36296c31-
5b87-4e8c-a4ac-62a9c63d5ae1
La CGT réitère fermement sa demande de voir évoluer ce « groupe d’experts » tant dans sa
constitution que dans sa manière de travailler. Une composition pluraliste est indispensable
pour sortir du seul cadre théorique de référence. Cela permettrait de produire à l’intention du
gouvernement, non pas des recommandations mais plusieurs scenarii (Cf. travaux du COR) ou
différentes appréciations (Cf. travaux de la FED).
Augmenter le SMIC et les salaires
Le constat tout au long de l’année 2022 est sans appel : un niveau d’inflation élevé
particulièrement sur les produits de première nécessité et sur l’énergie (sur 12 mois :
Combustibles liquides +71,1 %, autres huiles alimentaires +60,0 %, énergie thermique
+54,3 %, gazole +19,1 %, poisson frais + 16,5 %). Cela pèse sur de nombreux salariés et plus
particulièrement ceux payés au SMIC ou à un niveau proche. Le revenu réel des ménages a
d’ailleurs chuté de 1,9% au premier trimestre 2022 (source OCDE).
L’urgence est à une augmentation significative du SMIC et de l’ensemble des salaires. Les
nombreuses luttes et grèves dans les entreprises depuis plus d’un an pour des augmentations
générales des salaires et la reconnaissance du travail et des qualifications le confirment. Le
partage des richesses créées par le travail passe par des augmentations générales des salaires.
Les salariés en lutte ne revendiquent pas des primes, ni de chèque inflation, chèque énergie
ou autre.
La CGT propose de porter le SMIC à 2.000 euros bruts. Cette revendication converge
largement avec différentes études menées sur le revenu nécessaire pour vivre (UNAF, DREES,
ONPES). Il s’agit de pourvoir vivre décemment de son travail et arrêter de voir le salaire
minimum comme un outil charitable de diminution de la pauvreté !
Par ailleurs, il est indispensable de réactiver l’échelle mobile des salaires pour permettre une
évolution de l’ensemble des salaires indexée sur l’évolution des prix et du coût de la vie.
D’aucuns seraient prompts à dénoncer le cercle vicieux d’une « boucle prix-salaires » qui
entraînerait une hausse des coûts de production, répercutée par les entreprises sur leurs prix
pour conserver leurs marges (élevées, soit dit en passant), ce qui, in fine, alimenterait
l’inflation. Et le phénomène s’autoentretiendrait, car face à la progression de l’inflation, les
salariés réclament de nouvelles hausses de salaires…En résumé, les salariés seraient les
responsables de l’inflation ! Or c’est oublier bien opportunément que le moteur de l’inflation,
c’est d'abord, et avant tout, l’augmentation des prix de l’énergie et des matières premières
agricoles. Des hausses liées à la guerre en Ukraine mais aussi aux réductions volontaires de
production des pays exportateurs de gaz et de pétrole.
La mise en œuvre de l’échelle mobile des salaires doit être aussi prise en compte dans les
négociations salariales menées au niveau des branches professionnelles. En effet, le nombre
de conventions collectives présentant un ou plusieurs coefficients en-dessous du SMIC
persiste à un niveau très élevé (en date du 14 octobre, parmi 166 branches de plus de 5.000
salariés recensées, 129 présentent un ou plusieurs salaires minima inférieurs au SMIC, selon
sa valeur du 1er août 2022). Cette situation est bien sûr liée à l’effet de « rattrapage » des
minima conventionnels par les augmentations successives du SMIC mais elle est surtout due
à un choix patronal délibéré de bas salaires. Pour y remédier la CGT revendique, dès la
revalorisation du SMIC :
- L’augmentation automatique de l’ensemble des minima dans les branches pour
éviter que les grilles salariales ne se réduisent comme peau de chagrin ;
- L’ouverture immédiate des négociations dans l’ensemble des branches
professionnelles pour éviter les situations de décalage de plusieurs mois parfois et
pour créer la dynamique salariale appelée des salariés.
Les moyens existent pour financer ces mesures de bon sens et de progrès social, il faut les
utiliser. Le taux de marge des entreprises en France a atteint des niveaux historiques pendant
la crise (dépassant notamment les 36% au premier trimestre 2021), et devrait se stabiliser à
un niveau élevé dans les années à venir selon la Banque de France. Les actionnaires sont
toujours bien rétribués avec des records en 2021 pour près de 70 Mds d’euros en dividendes
et rachats d’action. L’année 2022 devrait à nouveau être record, au moins, pour le CAC 40. Les
« superprofits » dans le secteur de l’énergie et du transport sont là aussi des scandales
majeurs, qui expliquent en grande partie les difficultés des ménages face à la hausse du coût
de l’énergie. Le problème du partage de la valeur ajoutée défavorable aux salariés a désormais
plus de 40 ans. Les travailleurs ont perdu environ 6 points par rapport à la moyenne des
années 70, soit pas moins de 3 100€ par salarié du privé (toutes choses égales par ailleurs).
Pour la CGT, l’enjeu est bien la hausse des salaires, au lieu de la hausse des profits et des
dividendes.
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Le 15 novembre 2022
L’augmentation des prix s’explique essentiellement par la facture énergétique (gaz, produits pétroliers,
électricité) mais aussi par la hausse des semi-conducteurs, et des matières premières agricoles. D’ici la fin de
l’année, la hausse des coûts se répercutera sur les produits alimentaires, industriels, et les services, ce qui
affecterait tous les postes de dépenses des ménages. L’indice des prix à la consommation augmente de 5,6%
en septembre et la hausse pourrait être supérieure à 6% en fin d’année. Cependant, l’inflation affecte tout
particulièrement les plus bas salaires, se traduisant par l’augmentation de la part des dépenses contraintes
dans le budget. L’augmentation des prix de l’énergie atteindrait 20% en décembre et ceux de l’alimentation
pourrait augmenter de près de 12%. En un an les prix des pâtes et du riz augmentent de 30%, le beurre de
20%, le café de 13% et l’huile de tournesol de 135% (IRI, septembre 2022). Or, du fait de trop faibles
revalorisations, les salaires ne suivent pas la dynamique des prix. En conséquence, le pouvoir d’achat des
ménages par unité de consommation diminuera de 0,5% en 2022.
Le climat économique et social n’est pas réjouissant, en particulier pour les salariés qui voient leur situation
se dégrader. La baisse du pouvoir d’achat des ménages est synonyme de nombreuses privations, ce qui a
conduit à une chute de la consommation au premier trimestre de 1,5% par rapport au trimestre précédent.
Loin d’être anodine, c’est la plus forte baisse depuis plus de 70 ans en dehors de l’épisode Covid en 2020. Au
troisième et au quatrième trimestre, la consommation restera atone à en croire les indicateurs de confiance
des ménages. Le recul du pouvoir d’achat a ainsi provoqué une chute du PIB au premier trimestre 2022 et
l’Insee prévoit une fin d’année morose avec une stagnation de l’activité (malgré la légère reprise au deuxième
et au troisième trimestre). En moyenne annuelle, le PIB augmenterait de 2,6% en 2022 ; il ralentirait encore
en 2023 si bien qu’une récession n’est pas à exclure ! Bien qu’insuffisante, on peut considérer que la
1
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revalorisation automatique du SMIC a certes permis d’atténuer les conséquences sur le pouvoir d’achat et
donc sur le PIB ; Force Ouvrière y voit aussi la preuve que la baisse des salaires réels a des conséquences sur
la consommation et pèse sur l’activité. En effet, le salaire n’est pas seulement un coût pour l’employeur mais
aussi un revenu pour le salarié qui détermine le niveau d’activité à l’échelle macroéconomique.
En conséquence, l’épargne des ménages ne s’est pas ou peu résorbée depuis la pandémie. Les ménages n’ont
pas surconsommé et leur épargne se situe toujours au-dessus de la « normale ». L’excès d’épargne se
concentre parmi les ménages les plus aisés, c’est-à-dire ceux subissant le moins l’inflation du fait du poids de
la consommation d’énergie dans leurs dépenses.
L’augmentation des prix ne doit donc pas être analysée comme un excès de demande mais comme le
symptôme d’une crise plus structurelle liée aux ruptures d’approvisionnement, à la désorganisation des
chaines de production et du commerce international. Dans ce contexte, le conflit en Ukraine et les
phénomènes climatiques n’ont fait qu’accélérer une hausse déjà engagée des prix de l’énergie et de
l’alimentation. On peut ajouter à ces déséquilibres la libéralisation des marchés de l’électricité et du gaz en
Europe et l’importance de la financiarisation sur les matières premières. Ces marchés sont désormais
déterminés par des comportements spéculatifs, en particulier en période de fortes incertitudes. Enfin, les
abus de positions dominantes de certaines grandes entreprises stratégiques ont pu contribuer à l’envolée
des prix dans des secteurs critiques. Force Ouvrière établit un lien entre l’inflation et les profits records
enregistrés, en particulier par les entreprises du secteur de l’énergie, des transports et autres grands groupes
en situation de monopole. Ces profits sont, pour une grande part, le produit de rentes en dehors de toute
logique économique ou de gains de productivité. En France, au premier semestre 2022, les profits des
secteurs de l’énergie, de la raffinerie et des services de transports se sont accrus de 40 milliards d’euros par
rapport à la même période en 2019. Le taux de marge au niveau macroéconomique atteindrait 32% un niveau
supérieur à celui de 2018. Il sera en baisse par rapport au plus haut niveau historique de 2021 après que les
entreprises auront été massivement aidées suite à la crise sanitaire.
L’augmentation des prix n’est pas non plus liée à l’évolution des salaires qui serait le signe d’un marché du
travail en tension. Dans la mesure où les salaires réels diminuent en France, l’évocation du plein emploi ou
d’une boucle prix-salaires contredit ouvertement les faits. Cependant, la simple évocation d’une telle boucle
permet de justifier une modération salariale et donc une baisse du pouvoir d’achat pour les salariés.
L’emploi continue de progresser si bien qu’il y’aurait un million d’emplois de plus par rapport à 2019. Cette
dynamique est essentiellement soutenue par les contrats en alternance, notamment en apprentissage dont
il faut rappeler qu’ils dérogent à la protection du salaire minimum et qu’ils sont subventionnés. D’autre part,
précisons que les créations d’emplois demeurent concentrées dans le tertiaire, c’est-à-dire des emplois où
les salaires sont plus faibles en moyenne. Ce sont là encore les résultats des réductions de cotisations sociales
ayant favorisé l’emploi précaire ; des réformes successives de l’assurance chômage et des évolutions du droit
du travail. Toutefois, malgré le dynamisme de l’emploi, le taux de chômage au sens du BIT se maintient à
7,4% de la population active, soit 2,3 millions de personnes et pourrait augmenter en 2023. Si on y ajoute les
personnes inactives souhaitant un emploi sans être considérées au chômage et les temps partiels subis, on
monte à près de 17%. Par conséquent, au niveau macroéconomique, l’inflation ne peut être due à la
dynamique du marché du travail, ni à une pénurie de main d’œuvre. Au contraire, le risque est que les
politiques monétaires prennent prétexte de la boucle prix salaires pour augmenter le chômage et dégrader
encore un petit peu plus le pouvoir de négociation des salariés. Elle risque de s’accentuer avec la réforme de
2
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l’assurance chômage qui augmentera la pression sur les chômeurs. Elle est enfin appuyée par le choix de ne
pas augmenter le SMIC au-delà de sa revalorisation légale.
Depuis la crise financière de 2008, nous assistons à une forte modération salariale, le SMIC n’a pas été
épargné, bien au contraire : au cours des dix dernières années, le pouvoir d’achat des salariés au SMIC a
augmenté de moins de 4% (0,4% par an !) alors qu’il augmentait de 16% lors de la décennie 2001-2011. On y
voit là les conséquences directes d’un compromis politique et technocratique sur la nécessité d’abaisser le
coût de la main d’œuvre. Ce sont aussi les recommandations des théories économiques héritées du XIXème
siècle et reprises par le « groupe d’experts SMIC », selon lesquelles le niveau du SMIC serait un obstacle au
plein emploi. Plusieurs arguments sont avancés : tout d’abord disent-ils, le « coût du travail » non qualifié
serait supérieur à ce qu’il rapporte (ce que les économistes appellent « la productivité marginale du travail »).
Le niveau du SMIC entrainerait également une baisse de la demande de travail non qualifié, ce qui aurait
pour effet de remplacer des travailleurs par des machines. Enfin le niveau du SMIC pourrait être à l’origine
du déficit commercial puisque le coût élevé du travail rend les entreprises françaises moins compétitives que
leurs concurrentes étrangères.
En France, la diminution du coût du travail au niveau du SMIC est donc devenue un pilier des politiques de
l’emploi. Elle est passée par une limitation du « coup de pouce » et par la réduction massive des cotisations
sociales (exonérations de cotisations sociales, allègements généraux, exonérations ciblées et exemption
d’assiette). Cette dernière a impliqué une baisse de près de 40 points du taux de cotisation au niveau du
SMIC depuis 1980, de sorte qu’en 2019, le taux de cotisations employeurs au niveau du SMIC ne représentait
plus que 3,7 % du salaire brut. Si le SMIC net est relativement élevé en France par rapport aux autres pays de
l’OCDE, le « coût du travail » pour l’employeur a lui considérablement diminué du fait de ces exonérations
massives de cotisations sociales ciblées au niveau du SMIC1.
Force Ouvrière s’oppose à cette politique de baisse du « coût du travail » qui remet en cause une part du
salaire dit « différé ». Concrètement, les exonérations de cotisations sociales ont rendu le financement de la
sécurité sociale particulièrement illisible, instable et injuste. Elles se sont traduites par une fiscalisation du
salaire différé à travers la compensation de ces exonérations. Les conséquences pour les finances publiques
et la sécurité sociale sont lourdes : augmentation des impôts indirects, économies réalisées sur le budget de
l’Etat (réduction de périmètre, dégradation de la qualité des services publics, gel du point d’indice,
suppression d’emplois publics), sur la sécurité sociale (ONDAM) et un creusement de l’endettement public.
Les effets sur l’emploi semblent quant à eux difficiles à évaluer et pour le moins assez faibles. Ainsi, les
rapports de France Stratégie sur les effets du CICE avancent la création nette de 100 000 à 160 000 emplois
au mieux. Les études menées par le LIEPP ne trouvent quant à elles aucun effet significatif du CICE sur
l’emploi… Au-delà de la bataille de chiffres, ces politiques d’exonérations n’ont de toute évidence pas permis
de résorber le chômage de masse en France. Au vu de leur efficacité incertaine, il est indispensable de
1
Du fait de l’exonération des cotisations patronales, le ratio du salaire minimum médian en coût du travail est par
exemple plus bas en France (de l’ordre de 47 % en 2019), qu’au Royaume-Uni (52 %) : Jérôme Gautié, « Le salaire
minimum et l'emploi », éd. Presses de Sciences Po, coll. Sécuriser l’emploi, octobre 2020, p. 90.
3
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s’interroger objectivement sur leur bilan. En parallèle, Force Ouvrière est également favorable à un
renforcement des contrôles, des conditions et des sanctions associées à ces aides.
Plus généralement, la question des effets négatifs du SMIC sur l’emploi est loin de faire consensus. Au début
des années 90, des études ont réfuté cette hypothèse, montrant que l’emploi ne diminuait pas suite à une
augmentation du salaire minimum aux Etats Unis. D’autres études empiriques récentes menées au Royaume
Uni2, en Allemagne3 ou encore sur l’ensemble des pays de l’OCDE4 ne conduisent pas non plus à la conclusion
que l’augmentation du salaire minimum s’accompagne de pertes d’emplois.
Il est enfin contradictoire d’invoquer d’un côté le niveau trop élevé du SMIC au regard de la productivité des
salariés, c’est-à-dire au regard de leurs contributions à la production, et d’un autre côté reconnaitre la nature
essentielle de leurs activités. On voit mal comment une augmentation du SMIC pourrait détruire des emplois
essentiels à la vie en société ! Au contraire, plusieurs secteurs économiques comme l’hôtellerie-restauration,
le bâtiment, la logistique et la santé peinent à recruter du fait d’un manque d’attractivité, de faibles
rémunérations et de mauvaises conditions de travail. La logique s’inverse donc ici puisque l’augmentation du
salaire minimum permettrait de rendre attractif un ensemble de métiers en tension.
Selon le groupe d’experts SMIC, la pauvreté est due à la précarité de l’emploi et aux temps partiels, c’est
pourquoi il préconise la revalorisation de la prime d’activité, jugée plus efficace que le SMIC car elle cible
davantage les ménages sous le seuil de pauvreté. Précisons tout de même que la pauvreté s’apprécie au
niveau du ménage alors que travailler est une situation individuelle. Par exemple, une personne qui travaille
pour un SMIC à temps partiel ne sera pas considérée comme « pauvre » si elle ne fait pas partie d’un ménage
pauvre. Ainsi, on estime qu’un peu moins de la moitié des salariés au SMIC ne sont pas éligibles à la prime
d’activité. Il est dès lors tautologique d’affirmer que la prime d’activité qui n’est distribuée qu’aux personnes
« pauvres » réduit davantage la pauvreté qu’une augmentation du SMIC qui ne concerne pas seulement des
ménages pauvres.
Sur le fond, Force Ouvrière rappelle que la lutte contre la pauvreté est de l’ordre de la solidarité et de la
redistribution, rôle assuré par les prestations d’assistance. Le SMIC et la prime d’activité ne doivent donc pas
être confondus puisque le salaire reconnait le travailleur comme un producteur de valeur économique. La
prime d’activité est une allocation sous condition de ressources et attribuée seulement aux personnes qui
fournissent un minimum d’heures de travail par semaine. Force Ouvrière a maintes fois souligné les dangers
de ce type de mécanisme : risques de substituer la prime au salaire, risque d’institutionnaliser le travail à
temps partiel et précaire en le subventionnant et donc risque de contribuer à l’apparition de nouvelles
formes de pauvreté. Or, le groupe d’experts ne propose rien contre le développement du travail en contrat
court, à temps partiel, à horaires fractionnés. Il ne propose rien non plus contre la sous-traitance et la
prolifération du travail indépendant. Au contraire, le groupe d’experts a défendu les exonérations de
cotisations sociales et défend maintenant la logique des primes. En effet, à partir du moment où les
exonérations sont maximales au niveau du SMIC, il ne s’agit pas de remettre en cause le postulat de départ
mais d’aller encore plus loin ! Il faut en conclure qu’il est nécessaire d’abaisser encore davantage le coût du
travail, ce qui revient à abaisser le salaire direct et à compenser cette baisse par une forme d’impôt négatif.
Par conséquent, ces deux politiques constituent les deux faces d’une même stratégie visant à remettre en
2
https://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/research_reports/RR1800/RR1807/RAND_RR1807.pdf
3
https://www.boeckler.de/pdf/p_imk_report_141e_2018.pdf
4
http://tankona.free.fr/sturn2018.pdf
4
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cause le salaire direct et le salaire différé5. Elles créent toutes deux un mécanisme pervers qui tend à contenir
les progressions de salaires en subventionnant le travail précaire et les bas salaires. Force Ouvrière maintient
qu’il est vain – pour ne pas dire contradictoire – de vouloir lutter activement contre la pauvreté tout en
ignorant les effets pervers des politiques défendues par le groupe d’experts.
Le SMIC doit permettre ainsi de valoriser le travail et reconnaitre son utilité sociale tout en assurant un niveau
de vie minimum aux salariés et à leur famille. Il doit permettre de limiter la concurrence des entreprises par
les bas salaires et de lutter contre les inégalités salariales (notamment entre les hommes et les femmes) en
agissant sur la répartition primaire du revenu. Pour Force Ouvrière, le SMIC a donc une fonction sociale plus
générale qui doit permettre aux travailleurs d’accéder à un minimum de salaire décent, condition de
l’émancipation et de la participation à la vie sociale et culturelle.
Dans la cadre de la loi « Pouvoir d’achat » du 16 août 2022, plusieurs mesures ont été adoptées en vue de
favoriser le recours à des primes ponctuelles, défiscalisées et désocialisées plutôt que des hausses de salaires.
Ainsi, la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat dite « PEPA » ou « prime Macron » a été pérennisée.
Renommée « Prime de partage de la valeur » (PPV), le dispositif prévoit désormais une prime triplée (pouvant
atteindre jusqu’à 6 000 euros) et sensiblement étendue puisqu’elle n’est plus réservée aux salariés dont la
rémunération est inférieure à trois SMIC pour le bénéfice de l’exonération de cotisations sociales comme
précédemment. Or, Force Ouvrière rappelle que le risque d’une prime, c’est un effet de substitution à des
augmentations pérennes de salaires. Ce phénomène dit « d’effet d’aubaine » pour les entreprises, a d’ailleurs
clairement été mis en lumière par l’INSEE en 2019 après l’instauration de la prime PEPA. De plus, les montants
annoncés, s’ils peuvent sembler élevés, sont purement théoriques car la prime reste au bon vouloir de
l’employeur. En 2021, elle ne touchait concrètement que 3 millions de salariés pour un montant moyen de
506 euros pour les salariés percevant moins de trois SMIC ! En tout état de cause, même les salariés
bénéficiaires seront perdants puisque comme l’a souligné la commission des Affaires sociales du Sénat dans
son rapport, en contrepartie des défiscalisations et désocialisations prévues, les salariés concernés
« n’acquerront aucun droit au titre de ces rémunérations, en particulier pour ce qui concerne les droits à la
retraite – de base et complémentaire – et à l’assurance chômage ». Ainsi, cette prime défiscalisée et
désocialisée constitue une perte sèche de « salaire différé » pour les salariés. De plus, pour FO, il conviendrait
bien davantage d’encourager à la négociation salariale plutôt que celle d’un accord d’intéressement, qui
constitue l’une des conditions nécessaires prévues par le gouvernement pour porter le plafond de la prime à
6 000 euros.
La loi « Pouvoir d’achat » a également facilité la diffusion de l’intéressement, en particulier dans les petites
et moyennes entreprises y compris par décision unilatérale de l’employeur. Elle a tout d’abord porté la durée
maximale des dispositifs d’intéressement (et notamment les accords d’intéressement de projet) de trois à
de cinq ans. La mise en place ou le renouvellement d’un dispositif d’intéressement par l’employeur au moyen
d’une décision unilatérale ont par ailleurs été élargis aux entreprises de moins de 50 salariés. Ainsi, à compter
de la publication de la loi, les entreprises de moins de 50 salariés qui ne sont pas couvertes par un accord de
5
La prime d’activité n’ouvre pas de droits au salaire différé, ni à la retraite ni aux indemnités chômage. De plus, elle a
des effets pervers puisqu’elle dépend du nombre d’heures travaillées, autrement dit elle contribue à réduire la
contracyclicité de l’assurance chômage en réduisant leur taux de remplacement en période de crise.
5
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branche agréé sur le sujet pourront mettre en place l’intéressement par décision unilatérale, dès lors qu’elles
sont : soit dépourvues de délégué syndical et de CSE (l’employeur devra alors en informer ses salariés par
tous moyens) ; soit pourvues d’au moins un délégué syndical ou d’un CSE, et ont échoué à négocier un accord
d’intéressement. Dans ce cas, un procès-verbal de désaccord devra être établi, dans lequel seront consignées
en leur dernier état les propositions respectives des parties. Or, si une nouvelle répartition du partage de la
valeur devait passer prioritairement par l’épargne salariale, FO craint que le déploiement de ces dispositifs
ne se substitue à la négociation sur les salaires. Pour s’en convaincre, les chiffres publiés dans le cadre du
bilan annuel de la négociation collective montrent qu’en 2021 au niveau des entreprises, l’épargne salariale
était le premier thème de négociation : avec plus de 34 100 accords concernés, elle représentait 44% des
accords déposés, suivi par les accords relatifs au temps de travail (16 800 accords) puis les accords salaires
(15 300 accords), relégués à la troisième position. Or, une telle pratique revêt un certain nombre de dangers.
En raison de son caractère aléatoire, l’épargne salariale fait peser sur les salariés le « risque de l’entreprise »
et ne permet pas de garantir une augmentation pérenne du pouvoir d’achat contrairement aux négociations
salariales. Ces dispositifs sont en outre inapplicables à un certain nombre d’entités et sont particulièrement
mal adaptés aux petites et moyennes entreprises. Défiscalisés et désocialisés, ils ne participent pas non plus
au « salaire différé » pourtant plus que jamais nécessaire en tant de crise : chômage, maladie, retraite…
Conscient des conséquences limitées qu’auront les mesures prévues par la loi « Pouvoir d’achat » sur
l’érosion alarmante du pouvoir d’achat des salariés, les sénateurs ont ajouté un amendement permettant de
débloquer de manière anticipée et dérogatoire leur épargne salariale par les salariés avant l’expiration des
délais de droit commun (cinq ans) et en dehors des cas prévus par la loi (mariage, Pacs, divorce, violences
conjugales, rupture du contrat de travail, acquisition d’une résidence principale…). Pour Force Ouvrière, le
déblocage anticipé des sommes de l’épargne salariale ne vaut évidemment pas l’augmentation générale de
salaires que nous revendiquons. S’il autorise les salariés qui en disposent à libérer à titre exceptionnel une
somme d’argent pour l’achat d’un bien ou d’une fourniture de services, il ne participe pas au « salaire
différé » permettant d’acquérir des droits nécessaires en cas de chômage, maladie, retraite… Il s’agit donc
une fois de plus d’une rustine supplémentaire sur une situation de pouvoir d’achat dégradé des salariés.
Lors du comité de suivi des salaires qui s’est tenu en juillet dernier, le Ministère du Travail a indiqué qu’au 1er
juillet 2022, 112 branches sur les 171 branches de plus de 5 000 salariés du secteur général étaient non
conformes au SMIC, soit plus de 65% d’entre elles. La dernière revalorisation du SMIC intervenue le 1er août
2022 a conduit à ce que de nouvelles branches se retrouvent dans la même situation. Elles seraient désormais
75%. Or, aucune mesure réellement incitative n’est prévue pour stopper cette situation et les négociations
atteignent des situations de blocage sans précédent.
6
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L’article L 2241-10 du Code du travail prévoit certes une obligation de négociation de branche sur les salaires
dès lors que les minima de la branche se retrouvent en dessous du SMIC6, mais l’obligation se limite à une
simple obligation de négocier, et non de parvenir à un accord. De plus, si la loi « Pouvoir d’achat » a ajouté
la non-conformité de la branche au SMIC comme élément à prendre en compte dans le cadre de la procédure
de restructuration des branches, reste à savoir comment l’administration du travail va se saisir de cette
nouvelle rédaction. Il est très peu probable qu’elle décide de restructurer toutes les branches non conformes
au SMIC, surtout à l’heure actuelle, il n’en resterait en effet plus beaucoup… Surtout, il ne faudrait pas non
plus que ces nouvelles dispositions permettent des restructurations arbitraires de branche. En tout état de
cause, FO rappelle que la liberté de négociation se matérialise par la liberté de signer ou de ne pas signer
d’accord. La menace d’une restructuration des branches ne doit pas venir entraver les négociations. En
revanche, afin de stopper l’érosion du pouvoir d’achat des salariés dont les salaires conventionnels sont
rattrapés par le SMIC, Force Ouvrière revendique d’imposer la conditionnalité des exonérations de
cotisations sociales à la conformité de la branche au SMIC.
De plus, les écarts hiérarchiques issus des grilles de classification sont les seuls garants de la prise en compte
des différents niveaux de qualification et d’un véritable déroulement de carrière pour de nombreux salariés,
notamment dans les PME et les TPE. Or, le phénomène dit de « tassement des grilles » a explosé et le
resserrement de l’éventail moyen des salaires s’est accentué, notamment en raison de l’indexation de
l’évolution des salaires au niveau des prix limitée au seul SMIC. Pour Force Ouvrière, il est donc urgent de
réintroduire le mécanisme d’« échelle mobile des salaires » et que leur pleine liberté contractuelle soit
rendue aux interlocuteurs sociaux. Or, à l’heure actuelle, en vertu de l’article L 3231-3 du Code du travail, sont
toujours prohibées dans les conventions ou accords collectifs de travail, les clauses comportant des
indexations sur le SMIC ou des références à ce dernier en vue de la fixation et de la révision des salaires prévus
par ces conventions. Le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a à ce propos écarté, le 2
novembre dernier, toute indexation des salaires sur l’inflation afin d’« éviter la spirale inflationniste qui avait
été provoquée dans les années 1970 par une augmentation générale et automatique des salaires totalement
découplée de la productivité du travail »7. Cette récurrente crainte d’une « spirale inflationniste de la boucle
prix-salaires » masque en réalité le véritable problème : l'appauvrissement des salariés du fait du décrochage
de leurs revenus par rapport à l’évolution des prix. Ainsi, en raison de la hausse des prix, l’INSEE a déjà
annoncé une baisse du pouvoir d’achat par unité de consommation de 1,8 % au premier trimestre 2022 et de
1,2% au deuxième. Plus frappant encore, le pouvoir d’achat du salaire mensuel de base (SMB) a baissé de
2,3% au premier et de 3% au deuxième trimestre selon la DARES.
Dans le même temps, la négociation interprofessionnelle sur le partage de la valeur, sujet sur lequel le
ministre du Travail Olivier Dussopt a invité les interlocuteurs sociaux à négocier en septembre 2022, a été
lancée le 8 novembre. Dans le document d’orientation accompagnant l’invitation à négocier, le ministère du
Travail a entendu fixer un cadre restreint à cette négociation, centrée essentiellement sur la généralisation,
le renforcement et la simplification des « dispositifs de partage de la valeur », notion réduite par le
gouvernement aux mécanismes d’épargne salariale et d’actionnariat salarié. Le ministre de l’Economie, Bruno
Le Maire, a également appelé les négociateurs à réfléchir « rapidement » à la mise en place d’un mécanisme
6
A défaut d’initiative de la partie de patronale dans un délai de 45 jours (3 mois avant la loi Pouvoir d’achat), les OS
peuvent exiger l’ouverture de ces négociations. L’employeur est alors tenu de convoquer les OSR dans les 15 jours.
7
Déclaration du ministre à l’ouverture des débats au Sénat sur la loi de programmation budgétaire.
7
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de « dividende salarié » et a d’ores et déjà tenté d’écarter tout débat autour d’une négociation portant sur la
hausse générale des salaires ou du SMIC.
Cette prise de position du ministre de l’Economie avant même l’ouverture la négociation de l’ANI sur le
Partage de la valeur n’est pas sans rappeler le désintérêt du gouvernement vis-à-vis des interlocuteurs
sociaux dans le cadre la Commission Nationale de la Négociation Collective, de l'Emploi et de la Formation
Professionnelle (CNNCEFP). Ces dernières années, la décision de s’en tenir à la stricte augmentation
mécanique du SMIC – donc ne pas procéder à un coup de pouce – a en effet été prise après consultation du
groupe d’experts sur le SMIC, sans que les revendications des organisations syndicales aient jamais été prises
en compte. Pour Force Ouvrière, il est inacceptable que le gouvernement s’en tienne à la seule position
prônée par le groupe d’experts pour considérer l’opportunité des réévaluations du salaire minimum.
Selon nous, l’indépendance et l’objectivité du groupe d’experts sont des conditions indispensables pour que
le travail mené soit fructueux et constructif. Or, Force Ouvrière regrette l’absence systématique de prise en
compte de points de vue contradictoires dans l’élaboration des rapports du groupe d’experts SMIC. Ces
derniers n’ont en effet cessé, année après année, de faire état d’une très forte hostilité à l’égard du SMIC, et
vont même jusqu’à remettre en cause le mécanisme de revalorisation automatique, qui a pourtant démontré
son impérieuse nécessité ! L’obligation, depuis 2013, de consulter les organisations syndicales préalablement
à la remise des rapports, ainsi que le fait de publier leurs contributions respectives, devait garantir un certain
pluralisme. Or, les rapports préconisent inlassablement les mêmes recommandations. Il n’y a donc pas eu,
comme nous l’espérions à l’époque, « de nouveau souffle » dans la réflexion sur le SMIC, du fait de la prise
en compte d’opinions divergentes. FO constate que la consultation de ce groupe par les pouvoirs publics se
substitue à une consultation effective et sincère des interlocuteurs sociaux (confédérations syndicales et
organisations patronales). Or, il faut redonner la place qui est la sienne à la CNNCEFP plutôt qu’à un groupe
d’experts monocolore et mono message depuis plus de 12 ans. C’est pourquoi FO demande la suppression
de ce groupe d’experts et la mise en place une véritable consultation des interlocuteurs sociaux avant toute
réévaluation du SMIC.
De plus, la directive relative à « des salaires minimaux adéquats dans l’Union européenne » adoptée le 19
octobre 2022 exige clairement une participation effective - et en temps utile - des organisations syndicales
de salariés et d’employeurs à la fixation et à l’actualisation des salaires minimaux légaux. Elle recommande
également le recours à des mécanismes d’indexation et vise comme premier critère pouvant être pris en
compte pour la fixation et l’actualisation des minima « le pouvoir d’achat des salaires minimaux légaux,
compte tenu du coût de la vie »8. Partant, la suppression du groupe d’experts s’impose d’autant plus que la
France est désormais liée par cette directive.
8
Directive (UE) 2022/2041 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relative à des salaires minimaux
adéquats dans l’Union européenne, art. 5.
8
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une augmentation du SMIC à hauteur de 80 % du salaire médian, soit 1 604 euros nets9, contre
1 329,05 euros nets actuellement ;
➢ La consécration d’un principe fondamental de non-substitution de l’épargne salariale aux évolutions
salariales ;
➢ La re fiscalisation et resocialisation des primes d’intéressement et de participation ;
➢ L’élargissement des cas de déblocage anticipé des primes d’épargne salariale ;
➢ La suppression de l’article L 3231-3 du Code du travail et le rétablissement de la liberté pleine et
entière de la négociation collective ainsi que la possibilité, outre l’existence de clauses de revoyure,
d’instaurer conventionnellement un mécanisme d’échelle mobile des salaires ;
➢ L’actualisation de l’indice national des prix pour une prise en compte du réel poids du logement y
compris pour les propriétaires (remboursement d’emprunt et taxe foncière comprise) dans la
construction de l’indicateur INSEE, servant au calcul du SMIC, ainsi que la prise en compte du
déremboursement des médicaments ;
➢ La limitation de l’assiette de comparaison au SMIC au regard du seul salaire de base. Actuellement,
faute de prescription légale, la jurisprudence considère qu’outre le salaire de base, doivent être pris
en compte les avantages en nature, les compensations pour réduction d’horaire, les majorations
diverses ayant le caractère de fait d’un complément de salaire (primes, indemnités, remboursements
de frais ne correspondant pas à une dépense effective, les pourboires etc.) ;
➢ L’ouverture sans délais des négociations dans les branches professionnelles, dont notamment dans
celles ayant au moins un coefficient inférieur au SMIC et le rétablissement de réelles sanctions en cas
de violation par l’employeur d’engager des négociations obligatoires sur les salaires en entreprise.
Plus particulièrement, FO revendique d’imposer la conditionnalité des exonérations de cotisations
sociales à l’ouverture de négociations sur les salaires en entreprise et à la conformité de la branche
au SMIC ;
➢ L’instauration d’une obligation de négociation de branche sur l’ensemble de la grille, en imposant une
obligation de négocier sur les écarts de salaires dans le cadre des négociations annuelles ;
➢ Plus largement, FO estime qu’une vraie répartition des richesses passe notamment par une taxation
des profits et une réforme fiscale.
9
En 2020, la moitié des salariés du secteur privé perçoivent plus de 2 005 euros nets par mois en EQTP, selon les derniers
chiffres d l’INSEE publiés en avril 2022, INSEE Première n°1898.
9
15/11/2022
Contribution CFE-CGC
Audition du groupe d’experts du SMIC 2022
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opte pour le versement de salaires plus élevés, réalise des économies grâce à la fidélisation
des salariés, et une productivité accrue, ce qui compense largement le coût de sa politique
salariale plus généreuse.
Par ailleurs, concernant la perte de pouvoir d’achat subit par les salariés en France, il faut
souligner le fait qu’en réalité, celle-ci est bien plus marquée si l’on se base sur l’indice des prix
à la consommation qui ne reflète pas l’indice du « coût de la vie ». En effet, ces dernières
années, le pouvoir d’achat des ménages a été affaibli par le poids croissant d’un ensemble de
dépenses qui ne sont pas prises en compte dans le calcul de l’indice des prix de l’INSEE,
notamment celles liées à l’acquisition d’un logement1 (considérées comme de
l’investissement) et la montée des dépenses pré-engagées (loyers, emprunts, assurances,
abonnement téléphonique, etc.). Ce phénomène alimente un différentiel croissant entre
inflation calculée et perçue, ce qui impacte négativement le revenu disponible des ménages,
avec des revalorisations salariales qui peinent à suivre l’augmentation du coût de la vie.
Les cadres et professions intermédiaires subissent de plein fouet cette situation comme le
confirme une étude de l’INSEE. Sur longue période (entre 1996 et 2018), les cadres et
professions intermédiaires seraient les catégories socioprofessionnelles ayant connu le moins
d’évolution de salaire (les données de l’étude sont corrigées de la variation des prix). En effet,
sur cette période, le salaire annuel net moyen en EQTP des ouvriers a augmenté de 0,6% par
an en euros constants (suivant une évolution proche de celle du SMIC), contre 0,4% pour les
employés, alors que celui des cadres n’a augmenté que de 0,2%, et de 0,1% pour les
professions intermédiaires. Pour cause notamment, la non-répercussion de l’évolution du
SMIC dans l’échelle des salaires et la structure de rémunération des cadres qui intègre une
part variable liée à la performance individuelle ou collective plus forte que les autres catégories
socioprofessionnelles. Les salaires des cadres subissent par conséquent davantage les chocs
conjoncturels.
Alors qu’en 2002, il existait encore un écart entre le premier décile des cadres situé à 2,35
SMIC et le salaire médian des professions intermédiaires qui était de 2,15 SMIC, en 2019, ce
premier niveau des cadres se trouve à 1,81 SMIC, un niveau désormais inférieur au salaire
médian des professions intermédiaires qui est à 1,88 SMIC, ne récompensant plus
suffisamment la prise de responsabilités2.
En tant que salaire minimum, il constitue le socle de la cohésion sociale de nos entreprises,
à laquelle la CFE-CGC est très attachée.
La CFE-CGC tient à réaffirmer que le SMIC est le niveau minimum de salaire respectueux
de l’humain, un instrument de protection sociale et un moteur du développement
1 La BCE a admis dans sa nouvelle stratégie de politique monétaire que « l’inclusion des coûts des logements
occupés par leur propriétaire dans l’IPCH permettrait de donner une meilleure estimation du taux d’inflation
pertinent pour les ménages ».
2 Données issues du rapport 2021 du groupe d’experts du SMIC (page 40).
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économique et social fondamental. Il importe de se souvenir de l’ambition originelle de
l’existence de ce salaire minimum : garantir aux salariés dont les rémunérations sont les plus
faibles un pouvoir d’achat minimum et leur participation au développement économique de la
Nation.
Aussi, le mécanisme d’indexation obligatoire du SMIC est un outil essentiel pour lutter
contre la précarité des salariés en préservant un minimum de pouvoir d’achat en situation
d’inflation. Sans cette indexation obligatoire, le salaire minimum serait aujourd’hui bien
inférieur (de plus de 400 euros par mois en 2020 si aucun mécanisme d’indexation n’avait été
appliqué depuis le début des années 2000)3. Le SMIC est un repère fondamental dans les
négociations collectives sur les salaires, son indexation obligatoire reste une garantie
précieuse dans le cadre d’un rapport de force déséquilibré en défaveur des salariés.
Économiquement, il ne faut également pas oublier que la revalorisation du SMIC a un
impact positif sur l’activité économique par le biais de la consommation.
3 Pierre Concialdi (2020), Le salaire minimum en France : historique et débats, Revue de l’IRES n°100
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salaires en cas d’absence de revalorisation de ces minimas dans les 6 mois suivant cette
deuxième revalorisation du SMIC.
Aussi, au sein des entreprises, la CFE-CGC appelle à la mise en œuvre d’une clause de
revoyure obligatoire se déclenchant automatiquement lorsque le SMIC subit deux
augmentations dans la même année.
Ces propositions s’inscrivent dans le cadre de la mise en place d’un véritable pacte de
progression des schémas de rémunération que la CFE-CGC défend depuis des années.
Ce pacte de progression salariale doit donner envie aux salariés de s’investir. L’idée est de
permettre à chaque salarié, quel que soit son niveau hiérarchique, d’avoir une perspective de
progression dès son entrée dans l’entreprise. Que son implication, sa montée en compétence
et en qualification soient reconnus par une revalorisation de salaire négociée a minima.
Ainsi, la signature d’accords dans lesquels les branches s’engagent dans des
démarches de maintien ou de restauration des écarts hiérarchiques doit être
encouragée. Le respect d’une échelle de salaires entre les différents postes de
classifications est gage de reconnaissance de la prise de responsabilité technique ou
managériale.
En parallèle, la CFE-CGC milite pour :
• Instaurer un salaire minimum plancher pour l’ensemble des salariés au
forfait jour et n’ayant pas le statut cadre, égal au plafond de la sécurité
sociale4. Il s’agit, ni plus ni moins, de rémunérer correctement les salariés qui ne
peuvent bénéficier du décompte horaire de leur temps de travail, qui ne comptent
pas leurs heures, qui sont « dits » autonomes dans leur travail et à qui on donne
des responsabilités croissantes, sans qu’ils ne puissent avoir accès au statut
cadre.
• Créer un salaire minimum de base de référence “cadre” qui serait
supérieur d’au moins 20% au salaire médian des professions intermédiaires.
Ce salaire serait la traduction de la reconnaissance de la spécificité des missions
de cette catégorie de salariés, en particulier de la prise de responsabilités. Il aurait
le mérite d’offrir des perspectives d’évolution salariale, notamment aux cadres les
plus jeunes, de dégager des recettes supplémentaires destinées à financer le
système de protection sociale français et d’assurer la constitution d’une retraite
convenable aux salariés qualifiés.
• Passer d’une obligation de moyens pour les négociations salariales à une
obligation de résultats en garantissant tous les trois ans un minimum
d’augmentation générale des salaires lié au niveau de l’inflation, en cas
d’absence d’accord à l’issue des NAO. Cette mesure serait destinée à
l’ensemble des salariés et permettrait de maintenir à minima leur pouvoir d’achat
face à l’augmentation incessante du coût de la vie.
• Respecter l’égalité professionnelle femmes-hommes
Les inégalités professionnelles femmes-hommes persistent dans la hiérarchie,
dans les fonctions ainsi qu’au niveau des salaires, et ce, malgré les dispositifs
légaux en vigueur. En ce qui concerne tout particulièrement l’index, la CFE-CGC
tient à signaler que si l’objectif affiché de cet index est d'identifier et de supprimer
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la part dite inexpliquée des écarts de rémunération entre les femmes et les
hommes, notre réflexion s’inscrit dans un cadre global de réduction de ces
écarts, qui comprennent également les écarts qui sont « dits expliqués ».
Pour conclure, la CFE-CGC tient à rappeler que le salaire doit rester impérativement la
clé de voûte de l’édifice de la rémunération, de manière à garantir le maintien du pouvoir
d’achat des salariés et préserver la cohésion sociale au sein de l’entreprise.
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Paris, 8 novembre 2022
La réalité est que les opposants à un coup de pouce au SMIC demeurent dans une doctrine
théorique suivant laquelle l’emploi serait menacé par le SMIC. La question est de savoir quel type
d’emploi veut-on se garder de voir disparaître : il est certain que si les emplois que l’on souhaite
conserver sur le marché du travail sont les emplois extrêmement précaires, les « mini-jobs », dont
les conditions de travail sont désastreuses, alors on peut considérer que le SMIC menace ce type
d’emploi.
Par ailleurs, il semble que les politiques de compétitivité de notre pays ne reposent que sur la
réduction du coût du travail. Il s’agit, encore une fois, d’un concept très dogmatique dont
l’efficacité empirique demande encore à être démontrée. Aujourd’hui, employer une personne
au SMIC ne coûte quasiment plus rien à l’entreprise. Cela a-t-il stimulé pour autant notre
compétitivité, notre capacité d’innovation et effacé les inégalités ? Il est désolant que le débat
en France demeure daté et décalé vis-à-vis même d’un contexte international qui commence à
prendre en compte la nécessité de promouvoir un salaire équitable, permettant d’accéder à un
minimum décent.
1 Variation des prix hors composantes conjoncturelles, tarifs publics et prix volatils.
2 Bouclier tarifaire, mais aussi la prime pour le pouvoir d’achat et autres mesures concernant l’intéressement : mesures peu
ciblées, elles ne touchent pas tous les salariés.
3 I.e. il s’agit du quart des ménages qui disposent d'un salaire annuel inférieur à 9 600 euros.
Enfin, en estimant qu’un « coup de pouce au SMIC » est inutile puisque les personnes au SMIC
reçoivent une prime d’activité, outre leur salaire, le groupe d’experts semble totalement
déconnecté de la réalité de leur quotidien. Une fois encore, la problématique est comprise à
l’envers : l’existence même de cette prime d’activité montre qu’en 2022, un salarié au salaire
minimum ne peut vivre dignement du seul fruit de son travail de son mécanisme de revalorisation.
Elle démontre également que l’ajustement partiel et avec retard, faute d’un manque
d’anticipation, est préjudiciable aux salariés. En effet, comment 1 329,05 euros net par mois
peuvent-ils permettre à une personne seule de faire face aux dépenses nécessaires à la vie
quotidienne et participer pleinement à la vie sociale ?
Par ailleurs, ces rustines du salaire, non seulement affaiblissent les droits à protection sociale
(maladie, retraite, chômage), mais privent également notre système de protection sociale de
ressources nécessaires au financement de notre modèle social (retraite notamment). Par
conséquent, outre le fait d’engager un certain nombre de réformes pour contenir les dépenses
publiques, l’État doit compenser les ressources manquantes via les recettes de TVA, d’IR, de TICPE,
taxe sur tabac, etc. Ainsi, d’une façon assez paradoxale, ces salariés à faible rémunération, dont
les droits sociaux se réduisent, financent via leurs impôts et les taxes indirectes qu’ils acquittent une
grande partie de la socialisation de leur propre rémunération.
Parallèlement, depuis un an, les salariés recherchent du sens à leur travail : ils s’interrogent sur le
rapport entre leurs conditions de travail et le salaire qu’ils reçoivent. Il ne s’agit pas d’un caprice
du monde d’après mais bel et bien le caractère insoutenable des conditions de travail pour un
salaire indécent : la crise a d’ailleurs mis en lumière ces travailleurs indispensables au
fonctionnement de notre économie, dont les conditions de travail sont alarmantes. C’est
pourquoi, en 2021, les tensions sur le marché atteignent leur plus haut niveau depuis 2011. Dans la
plupart des secteurs concernés, il semble que les besoins en ressources humaines aient été
fortement sous-estimés, tout comme la nécessité d’améliorer les conditions de travail. Dans ce
cadre aussi, le coup de pouce au SMIC serait un moyen de reconnaître ce malaise sur le marché
du travail. Il ne faut jamais oublier que le SMIC n’est pas qu’une simple ligne comptable : derrière
ce salaire, il y a des hommes, des femmes, des familles qui tentent de vivre dignement. C’est en
intégrant la dimension de dignité et de reconnaissance du travail que l’on parviendra à lutter
efficacement contre la pauvreté et toutes les formes d’inégalités qui en découlent.
La France connaît le taux d’inflation le plus bas de l’Union européenne : +7,1% en glissement
annuel au moins d’octobre 2022, contre +10,6% pour la zone euro, et +11,5% pour l’ensemble
des pays membres de l’UE. On peut ainsi noter que l’Allemagne (+11,6%) et l’Italie (+12,6%)
connaissent des taux d’inflation annuels bien supérieurs à la France.
Cette situation s’explique en partie par les mesures prises pour soutenir le pouvoir d’achat des
Français, dans la loi « pouvoir d’achat » et loi de finances rectificative constitutives du paquet
« pouvoir d’achat » :
Des mesures ciblées sur les coûts liés à l’énergie (raison majeure de l’accélération de l’inflation
actuelle) :
- Maintien du bouclier tarifaire sur les prix de l’énergie ;
- Blocage de l’augmentation des prix de l’électricité à 4%, épargnant une hausse des coûts
pour les Français de 35,4% ;
- Prolongation de la remise sur les carburants ;
Des mesures d’encadrement des loyers, 1er poste des dépenses des ménages aux revenus les
plus modestes :
- Plafonnement des hausses de loyers à 3,5% maximum jusqu'au 30 juin 2023 ;
- Revalorisation des APL de 3,5% ;
Des mesures pour soutenir le pouvoir d’achat des salariés :
- Mise en place de la prime de partage de la valeur ;
- Réduction des cotisations patronales sur les heures supplémentaires ;
1 Source OCDE- coûts unitaires de la main-d’œuvre (estimations rapides) (en cvs) (ensemble de l’économie)
Pour 2023, les entreprises prévoient d’augmenter les salaires en moyenne de 4,3%6, bien que les
projections en matière de conjoncture économique soient à nuancer compte tenu des incertitudes
liées au contexte actuel.
La CPME est attachée à l’existence d’un Smic national interprofessionnel permettant de fixer
un cadre applicable à l’ensemble des entreprises et au fait qu’il soit lié à un mécanisme
d’évolution strictement encadré, par :
Ces grands axes de positionnement restent toujours valables en cette fin d’année 2022.
La France connait une crise conjoncturelle depuis maintenant plusieurs mois. Cette crise a eu
pour effet d’accroitre considérablement les prix à la consommation et de ce fait, de revaloriser
de multiples fois le Smic :
Quand bien même ces revalorisations s’inscrivent dans une logique législative (L3231-5 du
code du travail), ces dernières ne sont pas sans conséquence aussi bien pour les chefs
d’entreprise que pour les branches professionnelles :
Pour les chefs d’entreprise préférant des solutions temporaires à cette crise
conjoncturelle :
Pour les branches également dans le cadre de négociations de branches sur ce thème
du salaire minimum hiérarchique.
Au regard de tous ces éléments, la CPME prend acte de ces multiples revalorisations du Smic
au cours de cette année 2022 et appelle à la plus grande prudence quant à une future
évolution au 1er janvier 2023. Parallèlement, la CPME se positionne contre la proposition de loi
visant à augmenter le Smic à 1600 euros net. Cela ferait passer le Smic de 1678,95 euros brut
mensuel à près de 2050 euros bruts mensuel.
Cet espacement des augmentations automatiques du Smic permettrait des négociations plus
qualitatives dans les branches lorsque leur grille de salaires minima est impactée par
l’augmentation du Smic. Pour les chefs d’entreprise, cela permettrait de dégager de la masse
salariale et privilégier des politiques salariales temporaires pour faire face à l’inflation.
Par ailleurs, la CPME appelle à une baisse du cout du travail pour s’aligner sur la moyenne
européenne. Selon l’institut Rexecode, le coût horaire de la main d’œuvre dans le secteur de
l’industrie et de services marchands pour l’ensemble de la zone euro est estimé à 33,1 euros
en moyenne au 3e trimestre 2021 ; pour la France, ce coût revient à 38,8 euros soit un différentiel
de près de 13 %. Il convient également de redessiner la courbe des réductions de charges
sociales pour éviter les trappes à bas salaires et le coût exorbitant de la main-d’œuvre
qualifiée. À titre de comparaison avec l’Allemagne, pour un salarié cadre avec des revenus
Contexte
Analyse d’une enquête Xerfi Spécific menée pour le compte de l’U2P au troisième trimestre 2022 auprès
de 7 675 chefs d’entreprise de proximité :
Après un rebond au printemps, porté notamment par les services, la progression de l’activité
économique française a ralenti au cours de la période estivale. En effet, même si la consommation des
ménages est restée positive, son rythme de croissance s’est atténué, en raison du contexte
inflationniste.
Face à la dégradation de leur situation financière, la confiance des ménages s’est fortement détériorée,
se traduisant ainsi par la hausse de leurs intentions d’épargne et la chute des projets d’achats
importants. La dégradation du climat des affaires est quant à elle restée limitée, grâce au report partiel
de la hausse des coûts sur les prix de vente, l’indexation retardée des salaires et l’accès facile aux crédits
de trésorerie.
Comme au printemps, cette augmentation a procédé des bons résultats du commerce alimentaire de
proximité-HCR (+ 7,5 %), et plus particulièrement de la filière HCR, qui a connu un été dynamique.
L’activité de l’artisanat s’est également bien comportée sur le trimestre (+ 5,5 %) tandis que la
croissance s’est montrée plus limitée pour les professions libérales (+ 1,5 %).
En cumul sur les neufs premiers mois de l’année 2022, le niveau d’activité de l’artisanat, du commerce
alimentaire de proximité-HCR et des professions libérales est désormais supérieur à celui atteint sur la
même période de 2019, soit avant la crise sanitaire (+ 1,2 %).
Quelle que soit leur taille, l’activité est positive pour l’ensemble des entreprises. Cependant, face au
climat d’incertitudes (forte inflation, baisse du pouvoir d’achat, craintes sur l’approvisionnement en
énergie), les professionnels tous secteurs confondus (artisanat, commerce alimentaire-HCR et
professions libérales) se montrent pessimistes pour les trois derniers mois de l’année, anticipant
une dégradation de leur chiffre d’affaires en lien notamment avec les difficultés d’approvisionnement et
les difficultés de recrutement qui concernent de plus en plus de métiers.
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Branches professionnelles : point de situation de la négociation salariale
Du fait de l’inflation, le Smic horaire a été revalorisé à trois reprises au cours de l’année 2022 :
- au 1er janvier 2022 : à 10,57 €
- au 1er mai 2022 : à 10,85 €
- au 1er août 2022 : à 11,07 €.
Bien qu’il appartienne aux branches professionnelles de veiller à ce que les premiers niveaux de
rémunération soient supérieurs ou égaux au Smic. Force est de constater que le temps de la
négociation collective n’est pas le même que celui de la revalorisation automatique du
salaire minimum.
En effet, un état des lieux sur le champ de l’U2P en juillet 2022 révélait que 22 branches professionnelles
(agences générales d’assurance, audiovisuel électronique équipement ménager, cabinets d’expertise
automobile, bijouterie joaillerie, blanchisserie, boulangerie pâtisserie artisanale, bureaux d’études
techniques, coiffure, confiserie chocolaterie, couture, cabinets dentaires, laboratoires de prothèses
dentaires, esthétique, expert-comptable, fleuristes animaux familiers, commerce de fruits et légumes
épicerie, géomètres, imprimerie et industries graphiques, cordonnerie multiservice, commerce optique
lunetterie, photographie et réparation des tracteurs et matériels agricoles) avaient au moins un
coefficient inférieur au Smic après la revalorisation du 1er mai.
Certaines d’entre elles ont négocié un accord leur permettant d’être en conformité avec le Smic au
1er août, telles que les cabinets d’expertise automobile, l’enseignement privé indépendant, l’esthétique,
les fleuristes et animaux familiers et la pâtisserie.
Cependant, d’autres branches professionnelles doivent ouvrir de nouvelles négociations sur le sujet
malgré un accord revalorisant les salaires minimums du fait de la revalorisation du 1er août. Tel est le
cas de la bijouterie joaillerie, de l’imprimerie et des industries graphiques, de la photographie et de la
réparation des tracteurs et matériels agricoles.
Après la troisième revalorisation, le 1er août, sept branches professionnelles supplémentaires sont
concernées par un rattrapage du Smic : la fabrication de l’ameublement, les services de l’automobile
(accord du 13 octobre sur les salaires minimums garantis en cours d’extension), les laboratoires de
biologie médicale, les hôtels cafés restaurants, les cabinets médicaux, les pharmacies d’officine, la
poissonnerie.
A noter que la branche professionnelle des Bureaux d’études techniques a conclu un accord sur le sujet
le 29 septembre 2022, accord en cours d’extension.
Des accords régionaux conclus en septembre dernier sont également en cours d’extension dans le
secteur du Bâtiment (pour les ouvriers et ETAM en Bretagne et Hauts de France).
La branche professionnelle de la coiffure est également parvenue à un accord fin octobre - début
novembre permettant une revalorisation salariale de + 4,45 % en moyenne et de + 6,63 % pour le
1er échelon.
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Évolution du Smic
Compte tenu du contexte économique lié à l’inflation freinant la consommation des ménages et
réduisant les marges des entreprises qui ne souhaitent pas répercuter totalement la hausse des matières
premières sur leurs prix, l’U2P considère que s’abstenir de tout coup de pouce au 1er janvier
devrait contribuer à ne pas amplifier les craintes des entreprises vis-à-vis de leur activité
au cours de l’année 2023.
Par ailleurs, il convient de souligner que la revalorisation du Smic devrait en principe s’accompagner
d’une réévaluation des bas de grilles salariales pour ouvrir aux salariés des perspectives d’évolution. Or,
toutes les branches professionnelles ne sont pas en mesure de le faire pour les raisons susmentionnées.
Par conséquent, une revalorisation du Smic au-delà de la revalorisation automatique pourrait contribuer
à détourner des salariés de certains secteurs d’activité alors même que ceux-ci doivent faire face à des
difficultés de recrutement.
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