Le Contentieux Des Pourvois Mixtes en Droit Ohada: Ohadata D-22-27
Le Contentieux Des Pourvois Mixtes en Droit Ohada: Ohadata D-22-27
Par
1
Numéro :
•
UNIVERSITE DE KARA
FACULTÉ DE DROIT ET DES SCIENCES POLITIQUES
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MEMOIRE
E n v ue d e l’ o b te n ti o n du
D o m a i n e : S ci e n c e s J u r i d i q u e s , P o l i t i q u e s e t d ’ A d m i n i s t r a t i o n
Mention : Droit Privé
S p é c i a l i t é : C o n t e n t i e u x J u d i ci a i r e
Structure de recherche
Laboratoire de Droit et des Sciences Politiques (LaDROSPO)
Directeur de Mémoire
ALEMAWO Komlan, Maître de Conférences Agrégé (MCA), Université de Kara,
Jury
Président : M. ALEMAWO Komlan, Maître de Conférences Agrégé, Université de Kara
Examinateur : M. AWOKI Kougnontèma, Assistant, Université de Kara
Membre : M. KANTATI Yentroudjoa, Substitut général près la Cour d’Appel de Kara
Année académique
2020-2021
2
AVERTISSEMENT
3
DEDICACE
4
REMERCIEMENTS
D’abord, j’aimerais adresser mes remerciements au Seigneur Jésus Christ qui me comble
infiniment de sa grâce.
J’adresse ma reconnaissance à Maître Eric Emmanuel SOSSAH, pour son soutien et ses
encouragements.
Merci également à mon très cher Oncle Innocent Kounde KPETO pour ses précieux conseils.
Je tiens à dire un profond merci à tous mes camarades de la promotion pour leur soutien et
l’atmosphère conviviale et familiale entretenue tout au long de notre parcours.
Enfin, à tous ceux dont les noms n’ont pas été cités et à qui ce travail a imposé des devoirs !
Qu’ils veuillent trouver ici l’expression de ma reconnaissance.
5
RESUME ET MOTS CLES-SUMMARY AND KEYWORDS
6
Résumé :
Abstract:
The legal and institutional arsenal of OHADA has taken the form of the elaboration of rules
of law and the creation, among others, of the Common Court of Justice and Arbitration
(CCJA) whose primary role is to ensure uniform application and interpretation of OHADA
texts. Thus, this Court is seized by means of an appeal called appeal in cassation, which is
lodged against the decisions rendered by the lower courts (Court of Appeal and Tribunal) of
the States Parties. However, this recourse is a source of complication, when it involves both
the application of an OHADA standard and an internal standard whose jurisdiction falls to
the national supreme courts. This case, qualified as a mixed appeal, necessarily calls on the
concurrent jurisdiction of the CCJA and the Court of Cassation whose law is in question.
This reflection has allowed us to focus on the conflicts of jurisdiction between the two
supreme courts that hinder legal certainty within OHADA.
Keywords: Appeal in cassation - mixed appeal - recourse - conflict of jurisdiction - supreme
judges - litigation - encroachment - CCJA - Legal security.
7
SOMMAIRE
8
INTRODUCTION GENERALE ...................................................................................... 15
9
LISTE DES ABREVIATIONS, ACRONYMES ET SIGLE
10
§: Paragraphe
Aff. : Affaire
Al. : Alinéa
Art. : Article
Financière
11
AUS : Acte Uniforme portant organisation des Sûretés
Bull. : Bulletin
l’Ouest
de l’Afrique Centrale
Chron. : Chronique
Ouest-Africaine
Com. : Commercial
D. : Dalloz
12
D.H. : Dalloz Hebdomadaire
D.S.: Dalloz-Sirey
Ed.: Editions
ex. : exemple
JO : Journal Officiel
N° : Numéro
l’OHADA
p.: Page
Rapp. : Rapport
Rec. : Recueil
13
RSC : Revue de Science Criminelle
s. : Suivant
T. : Tome
UE : Union Européenne
Africaine
V Voyez (Consulter)
14
INTRODUCTION GENERALE
15
Le pourvoi mixte est, le recours en cassation qui est discuté entre la Cour Commune de
Justice et d’Arbitrage et les cours suprêmes nationales. Chacune de ces juridictions voit sa
compétence d’attribution battue en brèche lorsque ce pourvoi implique à la fois une loi
nationale et une norme communautaire de l’OHADA. En effet, l’institution de la Cour
Commune de Justice et d’Arbitrage comme juridiction de cassation au sein de l’OHADA,
laquelle doit être saisie par voie d’un recours en cassation, a engendré un dysfonctionnement
inhérent aux attributions qui lui sont confiées en matière contentieuse. La mise en œuvre
juridictionnelle des dispositions du droit OHADA n’est toujours pas aisée en raison de la
spécificité des matières harmonisées et de la complexité de procédure en cassation, laquelle
n’est pas forcément similaire aux procédures devant les juridictions suprêmes des Etats
parties 1 . Ainsi, la complexité de ce recours réside dans le fait qu’il peut mettre en
confrontation un moyen fondé sur le droit national et l’autre le droit OHADA dans une même
affaire. Les différents développements ci-dessus évoqués ont milité en faveur du choix du
présent sujet qui s’intitule: « Le contentieux des pourvois mixtes en droit OHADA ».
1
J. WAMBO, la saisine de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA en matière contentieuse,
Guide pratique à la lumière de la Jurisprudence , 1ère édition, 2012, p.11
2
G. CORNU, (dir), vocabulaire juridique, PUF, 12ème éd., 2018, pp.564-565, V° contentieux
3
-G. CORNU, (dir), vocabulaire juridique, PUF, 12ème éd, 2018, p.1658, V° pourvoi
16
ressort qui lèse le requérant par suite d’une méconnaissance ou d’une interprétation erronée
de la loi ou par suite d’une violation des règles de procédure prescrites à peine de nullité.»
L’alinéa 2 du même texte dispose que : « La Cour Suprême est tenue par les points de fait
jugés par la juridiction de dernier ressort ». Il ressort de cette disposition que les cas
d’ouverture d’un pourvoi en cassation sont entre autre l’interprétation erronée ou la
méconnaissance de la loi et la violation des règles de procédure prescrites à peine de nullité.
Comparativement au législateur togolais, le législateur béninois le définit en son article 679
du Code de Procédure civile, commerciale, sociale, administrative et des comptes. Ainsi, il
résulte de cet article que le pourvoi en cassation est un recours qui « tend à faire censurer
par la Cour Suprême la conformité de la décision qu’il attaque aux règles de droit »4. Il
existe également des cas d’ouverture du pourvoi en cassation hormis ceux prévus par la loi
portant organisation et fonctionnement de la Cour Suprême du Bénin. En droit OHADA, ni
le Traité ni le Règlement de procédure ne définit le pourvoi en cassation. L’article 14 du
Traité parle d’une voie de recours exercée contre les décisions rendues par les juridictions
d’appel des Etats parties dans toutes les affaires soulevant les questions relatives à
l’application des actes uniformes et des règlements prévus par le traité à l’exception des
décisions appliquant les sanctions pénales. Il faut également préciser que comparativement
à l’ordre juridique interne, le pourvoi en cassation devant la CCJA est une voie de recours
ordinaire qui permet de censurer une décision rendue en application d’un acte uniforme par
les juridictions inférieures (Cour d’Appel et Tribunal). Par ailleurs, les voies de recours
extraordinaires prévues par le Traité de l’OHADA se résument à la tierce opposition, le
recours en révision ou le recours en interprétation. Il faut ajouter que le Règlement de
procédure de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de 1996 présentait des
insuffisances relatives aux cas d’ouverture en cassation et certains principes généraux qui
gouvernent la procédure. Il a fallu alors que les juges de la CCJA puissent bichonner ce vide
en établissant des principes généraux de droit en la matière. C’est ainsi que par une panoplie
de décisions, la CCJA en a consacré des principes qualifiés de cas d’ouverture en cassation,
tels que la violation par mauvaise application ou mauvaise interprétation de la loi5, le manque
4
J. DJOGBENOU, Code de procédure civile, commerciale, sociale, administrative et des comptes , commenté
et annoté, édition CREDIJ, 2014.
5
CCJA, 1ère ch., 26 octobre 2006, n°017/2006
17
de base légale6, le défaut de réponse à conclusions constituant un défaut de motifs7, le défaut
de base légale résultant de l’insuffisance ou de la contrariété de motifs8, la dénaturation de
l’interprétation d’un écrit9, ainsi que la violation des règles gouvernant les jugements ou du
principe de l’autorité de la chose jugée ou la violation du principe de l’inopposabilité de
l’acte frauduleux10. Mais avec la révision du Règlement de procédure, le législateur OHADA
a toute suite consacré ces cas d’ouverture dégagés par le juge de la CCJA à l’article 28 bis
dudit Règlement de la CCJA11. Dès lors, les cas d’ouverture en cassation devant la CCJA
doivent contenir l’un des éléments consacrés par ledit article.12
6
CCJA, arrêt n°008/2005 du 27 décembre 2005 SGBCI c/ gettrac, www.ohada.com/ohadat/J-05-190,
CCJA, 3ème ch., 31 janvier 2019, n°36/2019
7
CCJA, 1ère chambre, arrêt n°19 19 du 31 mars 2005, Le juris Ohada, n°3/2005, p.8. – RJCCJA, n°5. Janvier-
juin 2005, volume 2, p.38
8
CCJA, arrêt n°52/2005 du 15 Décembre 2005, Aff. Boubo Kossia EDITH c/ KOUADIO Kouassi Jonas.
9
CCJA, 1ère ch.17 Juillet 2008, n°041/ 2008, dans cet arrêt, la Cour statue en estimant dans le silence de la
loi : « qu’il est de principe que seule l’interprétation d’un écrit peut faire l’objet d’un pourvoi fondé sur un
grief de dénaturation, mais non l’interprétation d’un fait ».
10
Arrêt n°061/2005 du 22 décembre 2005.
11
Règlement de procédure de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage du 18 Avril 1996 tel que modifié
par le Règlement n°001/2014 du 30 Janvier 2014.
12
L’article 28 bis du règlement de procédure de la CCJA du 30 Janvier 2014 dispose en ce sens que : « le
recours en cassation est fondé sur :la violation de la loi, l’incompétence et l’excès de pouvoir, la violation des
formes prescrites par la loi à peine de nullité, l’omission ou le refus de répondre à des chefs de demande, le
défaut, l’insuffisance ou la contrariété des motifs, la dénaturation des faits de la cause ou des pièces de la
procédure, le manque de base légale, la perte de fondement juridique, le fait de statuer sur une chose non
demandée ou d’attribuer une chose au-delà de ce qui est demandé.
13
G. CORNU, Vocabulaire juridique, PUF, 12ème édition, p.1413, V° mixte.
18
d’entraîner pourvoi mixte lorsque cette saisie porte atteinte à la dignité du débiteur, d’autant
plus que la protection des droits et libertés fondamentaux est proclamée par la constitution
de chaque Etat. De ce fait, en cas de violation d’un droit fondamental, c’est seule la Cour
constitutionnelle qui serait compétente. Mais en cas d’atteinte à la dignité du débiteur saisi,
le pourvoi en cassation mettra au prise la CCJA et la Cour constitutionnelle qui aura
compétence à protéger son droit au respect de sa dignité 14 . En ce qui concerne le droit
OHADA, il regroupe l’ensemble des matières qui relèvent de l’application du droit des
affaires prévue à l’article 2 du Traité dont la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage assure
le contrôle. A cet égard, le contentieux des pourvois mixtes en droit OHADA renferme les
litiges en particulier les recours en cassation qui mettent en exergue les normes du droit
harmonisé de l’OHADA et les autres normes du droit non harmonisés, et qui est porté devant
la CCJA ou la Cour de cassation nationale.
Dans le cadre de cette approche, il sera question de mettre en exergue les différentes
matières dans lesquelles la question des pourvois mixtes est plus ressentie. Il s’agit
principalement de la matière pénale où un pourvoi peut toucher à l’application d’un acte
uniforme et une infraction commise en la matière avec pour conséquence la prééminence
des juges suprêmes nationaux en cas du contentieux. Subsidiairement, il peut en être
également des matières dans lesquelles la législation est incomplète ou irréductible
permettant au juge suprême de s’affirmer. C’est aussi l’occasion d’aborder les bienfaits et
les inconvénients de cette forme de recours qui a été instituée en droit OHADA. De ce fait,
analyser le pourvoi en cassation exercé devant la CCJA, reviendrait particulièrement à
réfléchir sur le cas des pourvois mixtes c’est-à-dire ceux portant sur les litiges qui relèvent
de l’application des actes uniformes et d’un droit national, et, qui par leur complexité sont
source de conflits de compétence entre les juridictions nationales de cassation ou suprêmes
et la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA). Il s’agit ici de relever l’insécurité
judiciaire qui résulte de ces pourvois entre les deux juges suprêmes à travers une analyse
minutieuse de certaines décisions produites par la CCJA ou les Cours suprêmes nationales.
D’ailleurs, la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage saisie par voie du recours en cassation
14
L’Article 92 al. 1er de la constitution sénégalaise (Loi constitutionnelle n° 2016-10) « Le Conseil
constitutionnel connaît de la constitutionnalité des lois et des engagements internationaux, des conflits de
compétence entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, ainsi que des exceptions d’inconstitutionnalité
soulevées devant la Cour d’Appel ou la Cour suprême. », cité par AGBOKA Francis-Olivier Nowoaye dans
« La protection de la dignité du débiteur dans l’acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées
de recouvrement et des voies d’exécution », p.15, inédit.
19
est compétente lorsque l’affaire touche une norme du droit OHADA. Malgré cette
délimitation des compétences de la CCJA, on observe dans la pratique qu’il subsiste une
incertitude juridique dans les règles de répartition de compétences entre les juridictions
supranationales et les juridictions nationales de cassation dans les « affaires mixtes. » 15
L’hypothèse apparait lorsque le demandeur au pourvoi invoque deux moyens de pourvois :
l’un fondé sur la violation d’une norme régie par le code civil ou le code de procédure civile
et une norme de l’OHADA. Il en est de même, quand le litige met en exergue des dispositions
d’un Acte uniforme de l’OHADA et dont l’application mérite le complément des législations
nationales. Par ailleurs, ces affaires dites mixtes qui ne relèvent pas de la connexité prévue
par l’article 33 du règlement 16 mais de la « connexité du droit OHADA avec le droit non
harmonisé »,17 ou de celle avec le droit pénal qui a priori parait être résolu par l’article 14
alinéas 3 du Traité.18
La question des pourvois mixtes trouve son origine dans l’interprétation combinée des
dispositions des articles 5, 13, 14 et 18 du Traité relatif à Harmonisation en Afrique du droit
des affaires et l’article 28 du Règlement de procédure qui évoquent la question de la
compétence de la CCJA. De façon claire, ces dispositions prévoient généralement la
délimitation des compétences d’attribution entre la CCJA et les cours suprêmes nationales.
Ainsi, l’article 13 du Traité dispose : « Le contentieux relatif à l’application des actes
uniformes est réglé en première instance et en appel par les juridictions des Etats parties ».
De même, l’article 14 dudit Traité énonce que, saisie par voie de recours en cassation, la
CCJA se prononce sur les décisions rendues par les juridictions d’appel des Etats parties
dans les matières qui soulèvent l’application des Actes uniformes. A lecture de ce texte, il
est à noter que la question des pourvois mixtes n’est pas réglée et demeure une évidence.
En effet, il faut relever que depuis l’adoption du Traité et le Règlement de procédure de la
Cour Commune de Justice et d’Arbitrage, dans leur version ancienne tout comme révisée, le
15
B. DIALLO, « vaincre la résistance des juridictions suprêmes nationales, les pistes possibles de la réforme »,
Ohadata D-11-95, p.2.
16
L’article 33 du règlement : « la cour peut à tout moment pour cause de connexité, ordonner la jonction de
plusieurs affaires aux fins de la procédure écrite ou orale ou de l’arrêt qui met fin à l’instance. Elle peut les
disjoindre à nouveau ».
17
J. ISSA-SAYEGH et J. LOHOUES-OBLE, op.cit., P.185, N° 442.
18
Article 14 alinéa 3 du traité : « saisie par voie de recours en cassation, la cour se prononce sur les décisions
rendues par les juridictions d’appel des Etats parties dans toutes les affaires soulevant les questions relatives
à l’application des actes uniformes et des règlements prévus au présent traité à l’exception des décisions
appliquant les sanctions pénales.»
20
législateur ne s’est pas prononcé sur les cas de pourvois mixtes c’est –à-dire les cas où le
pourvoi en cassation est fondé à la fois sur des moyens de cassation tirés de la violation des
dispositions des actes uniformes et celle des règles du droit interne. Cette situation a abouti
à des solutions divergentes contraires à l’unification de l’interprétation des textes prévue par
l’OHADA. Dès lors, ce mutisme du législateur devrait contraindre les juges à faire prévaloir
soit la norme communautaire au détriment de la norme nationale ou vice versa. Ce qui a
suscité quelques cas de résistances des juridictions suprêmes nationales à connaître le
contentieux de l’application des actes uniformes nonobstant l’article 18 du Traité qui énonce
en son alinéa 1 : « Toute partie qui, après avoir soulevé l’incompétence d’une juridiction
nationale statuant en cassation estime que cette juridiction a, dans un litige la concernant,
méconnu la compétence de la Cour commune de Justice et d’Arbitrage peut saisir cette
dernière dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée » ;
et son alinéa 3 que : « Si la Cour décide que cette juridiction s’est déclarée compétente à tort,
la décision rendue par cette juridiction est réputée nulle et non avenue ».
19
CJUE s’entend comme Cour de Justice de l’Union Européenne.
20
Voir l’article 267 du TFUE qui signifie Traité de Fondateur de l’Union Européenne
21
J. PERTECK, le renvoi préjudiciel : Droit, liberté ou obligation de coopération des juridictions nationales
avec la CJUE, Collection droit de l’Union de Européenne dirigée par Fabrice PICOD, 2ème édition 2021, p.37
21
Ces situations ont créé des zones d’ombre ou des situations de blocage lorsqu’une question
touche à la fois un droit substantiel de l’OHADA et une norme interne ou une règle de
procédure d’un Etat partie. Le droit substantiel a trait à l’invocation d’une disposition d’un
Acte uniforme à côté d’une loi de forme relevant de la compétence d’une Cour Suprême
dont le droit est en cause. Dès lors, le problème de cohabitation entre la Cour Commune de
Justice et d’Arbitrage et les juridictions nationales de cassation reste un défi à relever. Cette
cohabitation paraît difficile puisque « l’enthousiasme auquel l’on s’attendait s’interrompt
lorsque sur le terrain de l’application des dispositions du traité, les Etats ont du mal à se
conformer à l’esprit et à la lettre de certaines dispositions communautaires22. » Toutes ces
imperfections ou zones d’ombre relatives aux différents contentieux soulevés par les affaires
mixtes, suscitent assez d’interrogations. En cas d’un pourvoi mixte dans le cadre d’un
recours en cassation, laquelle des juridictions notamment la Cour Commune de Justice et
d’Arbitrage et les juridictions de cassation nationales, serait compétente pour trancher le
litige ? Faut-il attribuer l’exclusivité de compétence à la Cour Commune de Justice et
d’Arbitrage pour connaitre de toute l’affaire ou attribuer cette compétence à la juridiction
suprême nationale qui statuera sur l’ensemble de l’affaire ? En cas de compétence
concurrente, quel serait l’ordre dans lequel elles seront saisies ? Prenons une affaire de
qualification de commerçant qui échapperait à la compétence de la CCJA. Lorsqu’une telle
affaire soulèverait le problème de capacité en matière commerciale, qui serait la juridiction
propre à statuer ? La CCJA pourra-t-elle trancher la question de la capacité ou va-t-elle
appliquer le système de sursis à statuer et renvoyer l’affaire à la juridiction suprême nationale
dont le droit est en cause ? Cette interrogation mérite d’être soulignée d’autant plus que la
définition de la notion de « capacité » est laissée implicitement à l’appréciation des Etats
parties, laquelle relève de la matière civile notamment les questions du droit de la famille.
Dès lors, la question fondamentale qui se pose est de s’interroger sur la manifestation des
pourvois mixtes en droit OHADA et quelles en sont les incidences dans le fonctionnement
des institutions juridictionnelles suprêmes des Etats parties et celle de l’OHAHA qui est la
CCJA ?
A l’évidence, il faut relever que la question des pourvois mixtes fait couler beaucoup d’encre
dans le système judicaire de l’espace OHADA. La doctrine à l’instar du Professeur Joseph
25 R. TAGNE, la Cour Suprême du Cameroun en conflit avec la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage
(CCJA), Ohadata D-08-30, p.1
22
FORMETEU, Juriste, spécialiste du droit des propriétés intellectuelles a estimé que le
dessaisissement serait la solution au problème des pourvois mixtes en droit. Qu’ainsi, peu
importe à ce niveau que les Actes uniformes soient en cause avec le droit national ou non,
« dès lors qu’une affaire met en cause le droit uniforme, elle devrait être déférée devant la
CCJA et seulement devant elle ». Cette solution a été critiquée par certains auteurs qui ont
estimé que le dessaisissement préconisé comme solution est à craindre car il peut aboutir à
une interprétation du droit national différente selon qu’on est devant la CCJA ou devant les
Cours Suprêmes nationales. Face à cet inconvénient, un autre courant de la doctrine soutenu
par P. MEYER, ont préconisé le recours à la technique des questions préjudicielles comme
solution aux pourvois hybrides. Ainsi, pour eux « lorsqu’un pourvoi en cassation est formé
devant une Cour Suprême nationale par exemple, il va de soi qu’au cas où l’une des parties
au pourvoi soulèverait un argument tiré de la violation d’un Acte uniforme, il s’agirait d’une
question préjudicielle parce qu’elle relèverait de la compétence exclusive de la CCJA. La
juridiction suprême nationale saisie, devrait alors surseoir à statuer et renvoyer la question
à la CCJA ». A ces solutions doctrinales, s’ajoutent également des solutions
jurisprudentielles dont l’une attire notre attention. Il s’agit particulièrement de l’arrêt de la
Cour Suprême du NIGER dans l’affaire Snar Leyma, qui avait proposé une solution qualifiée
d’audacieuse. En effet, pour la Cour Suprême du Niger, la saisine de la CCJA intervient
lorsque « dans le litige les dispositions du droit uniforme seraient prépondérantes. Cette
prépondérance devant s’apprécier au niveau de la décision attaquée et au niveau du pourvoi
en cassation »23. Il s’ensuit alors que lorsque les dispositions de l’Acte uniforme ne sont pas
prépondérantes, seule la juridiction suprême nationale serait compétente pour connaître de
l’affaire. Toutes ces solutions divergentes proviennent du silence du législateur car ni la
révision du traité ni le règlement de procédure24 ne s’est prononcé sur les cas des pourvois
mixtes, c’est-à-dire les cas où le pourvoi en cassation est fondé à la fois sur des moyens de
cassation tirés de la violation des dispositions des actes uniformes et celles des règles
internes. Ce silence du législateur de l’OHADA fait ressurgir dans la pratique un conflit de
compétence entre la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage et les juridictions de cassation
nationales. En effet, ce conflit de compétences résulte du fait de la résistance ou du zèle des
hautes juridictions nationales qui, à tort se déclarent compétentes pour connaître des
23
Arrêt n°01-158/2001 du 16 Aout 2001 de la Cour Suprême du Niger.
24
Règlement de procédure de la Cour Commune de Justice et d’arbitrage du 18 avril 1996 tel que modifié par
le règlement N°001/2014/ CM du 30 Janvier 2014
23
pourvois fondés à la fois sur les moyens du droit harmonisé de l’OHADA et celui qui ne
l’est pas, violant ainsi les dispositions de l’article 14 alinéa 3 qui dispose que « saisie par la
voie du recours en cassation, la Cour se prononce sur les décisions rendues par les
juridictions d’appel des Etats parties dans toutes les affaires soulevant les questions
relatives à l’application des actes uniformes et des règlements prévus au présent traité à
25
l’exception des décisions appliquant des sanctions pénales » , ainsi que l’alinéa 4 de
l’article susmentionné qui proclame qu’ : « elle se prononce dans les mêmes conditions sur
les décisions non susceptibles d’appel rendues par toutes les juridictions des Etats parties
dans les mêmes contentieux.»26 Même si la question semble résolue à travers l’article 18 du
Traité et l’analyse de l’arrêt rendu par la CCJA en date du 02 mai 2013 où la haute juridiction
a affirmé sa compétence pour connaître des pourvois mixtes27, il n’en demeure pas moins
que cette incursion de la CCJA soit admise par tous. Il convient de relever également que si
la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage se déclarait compétente pour connaître de
l’ensemble d’un tel litige, elle violerait une loi nationale en raison de la méconnaissance de
l’exactitude de la règle nationale applicable. Au Togo, l’article 219 du Code de procédure
civile détermine quant à lui la compétence de la cour suprême chargée de veiller à la
conformité et la bonne application de la loi dans les matières autres que celles émanant du
droit OHADA. Plus encore, il est à craindre que les turbulences ne s’amplifient, notamment
par l’effet de l’extension du droit des affaires uniformisé à des matières purement civiles, ce
qui aurait pour conséquence de dépouiller entièrement les juridictions nationales de leur
compétence28. De l’autre côté, on voit également dans la pratique les juridictions suprêmes
nationales, saisies d’un recours mixte se déclarer compétentes pour connaître de l’ensemble
du litige malgré l’existence d’une norme OHADA.
L’analyse de la problématique des pourvois mixtes dans l’espace OHADA est intéressante
à bien des égards. D’abord, elle nous permet non seulement de nous livrer théoriquement à
un exercice intellectuel qui consiste à étudier les domaines de compétence entre la CCJA et
les juridictions nationales de cassation mais également à appréhender l’aspect
25
Article 14 alinéa 3 du Traité de l’OHADA
26
Alinéa 4 du même article
27
CCJA, 1ère ch., 2 mai 2013, n°32/2013, Aff. : Amour John WOFA KYEI c/ ECOBANK BURKINA, il résulte
de cette jurisprudence que « l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt n°007/2008 en date du 10 Janvier 2008 soulève
sans conteste des questions relatives à l’application et l’interprétation d’un Acte uniforme que la chambre
commerciale de la Cour de cassation du Burkina Faso s’étend déclarée compétente à tort, en l’espèce en
violation flagrante du Traité susvisé, sa décision est réputée nulle et non avenue en application des dispositions
de l’article 18 in fine dudit Traité… »
28
B. DIALLO, Op.cit., p.2, ohadata D-11-95
24
« conflictogène » du sujet qui résulte des pourvois mixtes à la lumière de la cohabitation
entre ces deux instances. Ensuite, elle nous conduit à relever les insuffisances du législateur
de l’OHADA sur le problème des pourvois mixtes qui freinent partiellement l’uniformisation
de la jurisprudence tant recherchée par les fondateurs du droit OHADA. A ce niveau, il faut
retenir que la question des pourvois mixtes a été pour la première fois posée par la
jurisprudence de la Cour suprême du Niger dans l’arrêt n°158/2001 du 16 août 2001 où il
fallait se demander si les juges allaient faire prévaloir la norme communautaire au détriment
de la norme nationale ou vice versa. Curieusement, les juges de cette Cour suprême avaient
sans hésitation rendu leur décision en faisant prévaloir les critères de prépondérance. Selon
ce principe de prépondérance consacré par la Cour suprême du Niger, il fallait retenir la
compétence de la CCJA si les moyens de cassation portant sur l’Acte uniforme sont
prépondérants que ceux qui sont relatifs au droit national. Par la suite, la même question a
été soulevée dans un arrêt de 2005 rendu par la Cour suprême du Sénégal qui, contrairement
à la Cour suprême du Niger, avait dans une démarche volontariste confié à la CCJA
nonobstant les règles nationales étaient soulevées dans l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt.
Récemment en 2016 avec la Cour de la Cour suprême du Congo, il est noté une résistance
de cette juridiction qui a rendu applicable son arrêt nonobstant que la CCJA ait prononcé son
annulation en exigeant dans son dispositif que seul son arrêt a force pour recevoir
application.
D’un autre côté, les enjeux sont majeurs, d’autant plus que la compétence de la Cour
Commune de Justice et d’Arbitrage reste encore discutable sur la question en raison de la
prolifération des décisions des juridictions suprêmes nationales qui battent en brèche la
compétence de la CCJA. Ainsi, deux exemples vont nous permettre de démontrer cette
résistance. Il s’agit entre autre de l’arrêt de la Cour Suprême du Niger29 où cette Cour a eu
à faire application de la technique de prépondérance des moyens invoqués dans le pourvoi
pour se déclarer compétente. Le deuxième exemple est l’arrêt de la Cour Suprême du Congo
Brazzaville du 30 novembre 201630 par lequel les juges de cette haute juridiction se sont
déclarés compétents pour connaitre d’une affaire qui relève uniquement de l’application des
actes uniforme en faisant prévaloir leur décision au détriment de l’arrêt de la CCJA qui avait
déclaré nulle et de nuls effets, la décision de la haute juridiction du Congo. Cette juridiction
29
Observation de Maître ABARCHI DJIBIL : Cour Suprême du Niger, Arrêt n°01/158-c du 16 aout 2001.
30
Cour Suprême du Congo, Arrêt n°35/GCS-2016 du 30 novembre 2016.
25
suprême du Congo a rendu inapplicable sur son territoire l’arrêt d’annulation rendu par la
CCJA. Inversement, il existe en pratique des craintes face à l’évolution de la jurisprudence
de la CCJA qui balaye tout sur son chemin confirmant ainsi l’idée selon laquelle, elle en fait
de trop. Tel a été le cas dans l’Affaires Société MANUTECH C/ Société DOLOMIES et
DERIVES de Cote d’Ivoire du 28 Mars 2002 et dans l’affaire AFRICOF et ZAHER NAJIB
C/ SGBCI du 31 Mars 2005, où la CCJA a réaffirmé sa compétence générale pour examiner
un pourvoi dont les moyens, mixtes, sont fondés aussi bien sur les dispositions d’un Acte
uniforme que sur celle de la législation interne d’Etat partie31. A travers cette réflexion, il a
été relevé que cette extension de la compétence de la CCJA n’est pas justifiée et est de nature
à restreindre progressivement les champs de compétence des Cours suprêmes nationales.
Malgré les différentes approches, il est à constater aujourd’hui avec aisance que l’insécurité
judiciaire due aux conflits de compétence entre la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage
et les Cours nationales suprêmes, demeure un problème à résoudre. Il sera une occasion pour
nous d’appréhender ou de réfléchir sur les approches susceptibles d’être mises en œuvre
pour une véritable collaboration harmonieuse, gage d’uniformisation de la jurisprudence du
droit OHADA.
En se basant sur les différentes considérations exposées, les pourvois mixtes en droit
OHADA appellent à des réflexions sur des aspects importants. Au-delà des inconvénients
suscités par le choix de recours en cassation devant la CCJA, les pourvois mixtes constituent
une réalité non négligeable dans l’espace OHADA. Ils sont de même une source d’insécurité
juridique rencontrée dans le droit communautaire OHADA. Seront donc abordés dans le
cadre de cette réflexion, la manifestation des pourvois mixtes en droit OHADA (Partie I),
sans ignorer l’insécurité juridique inhérente à ces pourvois mixtes au sein de l’OHADA
(Partie II).
31
CCJA, arrêt n°11/2002 du 28 Mars 2002 ; CCJA, arrêt n°18/2005 du 31 Mars 2005, cité par J. DJOGBENOU
dans, Théorie Générale du procès, cours Master Université de Kara, 2020-2021
26
PARTIE I : LA MANIFESTATION DES POURVOIS
MIXTES EN DROIT OHADA
27
La manifestation des pourvois mixtes en droit OHADA traduit l’idée de la réalité de ces
cas de pourvois qu’on rencontre dans la mise en œuvre juridictionnelle. L’existence des
pourvois mixtes en droit Ohada met exergue les juridictions suprêmes nationales qui
manifestent leur intention de statuer sur l’ensemble d’une affaire comportant un pourvoi
mixte. De ce fait ces hautes juridictions exercent une compétence concurrente avec la CCJA
et ont tendance à faire prévaloir la norme nationale au détriment des dispositions des actes
uniformes Ohada. Face à cette situation, il nous revient d’appréhender le premier aspect
relatif à la propension des juridictions suprêmes nationales à conserver leur souveraineté
(Chapitre 1), lorsqu’elles sont saisies d’une affaire soulevant l’application de la loi
nationale au sein d’un Acte uniforme. Il s’agit des domaines dans lesquels les juges suprêmes
nationaux exercent leur pouvoir de contrôle dans l’interprétation, en dépit même de la
délimitation des compétences. Mais pour limiter cette extrapolation des juges suprêmes
nationaux et dans le but d’instaurer une la sécurité juridique dans l’espace Ohada, la Cour
Commune de Justice et d’Arbitrage assure une protection jalouse de son domaine de
compétence (Chapitre 2) en tant que juge supranational.
28
CHAPITRE 1 : LA PROPENSION DES JURIDICTIONS SUPREMES A
PRESERVER LEUR SOUVERAINETE
Les Etats par l’intermédiaire des organes juridictionnels n’ont toujours pas, dans la pratique
renoncé à leur domaine de compétence. Pour certains auteurs, « il n’y a pas de loi commune
lorsque l’unification législative n’est pas accompagnée d’une unification juridictionnelle.
Le droit, vu du côté des sujets, ne s’identifie pas à l’ordre du législateur ; il est composé des
règles que les tribunaux appliquent en fait. Autant d’ordres juridictionnels, autant d’ordres
juridiques ». D’entrée, il faut souligner que dans l’ordre juridique interne, les juridictions
suprêmes nationales constituent la tête, la cheville ouvrière de l’organisation judiciaire des
Etats parties. Dans cette logique, elles sont chargées de veiller à la bonne application de la
loi nationale et de contrôler les décisions rendues par les juridictions inférieures. Dans le
contexte du droit OHADA, il existe des matières dans lequel le partage de compétence entre
les juges suprêmes nationaux et la CCJA soulèverait des inquiétudes. Dès lors, la finalité
d’intégration juridique par l’uniformisation se fragilise par l’exercice direct de la
souveraineté par les Etats32 à travers leurs organes juridictionnels. Elle se brise également
par les lacunes du droit OHADA.
En effet, il existe en droit OHADA la matière pénale dont le partage de compétence soulève
des questions de pourvois mixtes et des matières qui nécessitent des compléments dans
l’ordre interne. Relativement à cette dernière catégorie, il s’agit particulièrement des
matières qui sont inflechissables et qui sont de nature à susciter un pourvoi mixte en raison
du renvoi au droit national. Le recours préalable au droit national pour assurer
l’interprétation d’une norme communautaire et le domaine du droit pénal des affaires
constitue une faille pour les juges suprêmes nationaux d’affirmer leur compétence. Notre
attention sera consacrée sur ces deux matières qui nous serviront d’exemples pour démontrer
en quoi ces juridictions suprêmes nationales gardent toujours la tête haute dans ces matières.
Il sera question de recenser les cas probables de pourvois mixtes qui peuvent surgir dans le
cadre des interprétations de ces matières et qui de plus, conduisent le juge suprême national
à manifester sa jalousie. Ainsi, en matière répressive, l’exercice de la souveraineté se
manifeste par l’emprise des juges nationaux sur le pénal (SECTION 1). D’un autre côté, elle
29
se traduit par l’affirmation des juges nationaux du fait des renvois aux législations nationales
(SECTION 2).
La captation du pénal par les juges nationaux démontre que les Etats sont jaloux de leurs
prérogatives en ce domaine et sont réticents à abandonner des parcelles de souveraineté33.
Chacun entend conserver une large indépendance dans la définition de sa politique
criminelle nationale 34 . La matière pénale des affaires est donc un entre-deux des Etats
membres de l’OHADA (§ 1), ce qui a pour conséquence l’affirmation de la suprématie des
juges nationaux au pénal (§ 2).
Le droit pénal général est au cœur du sanctuaire de la souveraineté des Etats35. Dans le
système juridique OHADA, il existe une dualité de source en matière du droit pénal des
affaires. Cette dualité conduit à un éclatement de la matière pénale entre les juridictions
suprêmes nationales et la CCJA (A). Cet éclatement n’exclut nullement pas la saisine en
cassation de la CCJA comme juge du contentieux de la qualification de l’infraction. (B).
Par éclatement du contentieux, il faut retenir qu’il existe une fragmentation de la matière du
droit pénal des affaires. Il est à noter que le droit pénal des affaires est une notion récente36.
Pour le définir, il faudra se référer à la notion d’affaires. Selon le dictionnaire, Le Petit
Robert, les affaires se définissent comme des activités économiques notamment dans leurs
conséquences commerciales et financières 37 . Il est vrai, selon les termes de Mireille
DELMAS-MARTY qu’ « on accorde à reconnaitre aujourd’hui la nécessité d’un droit
pénal des affaires, gardant pour fonction de nous protéger contre la fraude d’autrui38», pour
garantir inéluctablement la sécurité. Abondant dans le même sens, R. SOCKENG soulignait
33
H.M. MONEBOULOU MINKADA, op.cit., p.96
34
J.J. FOMCHIGBOU MBANCHOUT, «De quelques réflexions sur la codification pénale communautaire
du législateur de l’OHADA», in L’effectivité du droit de l’OHADA, PUA, Yaounde, 2006, p. 64.
35
M. VIRALLY, Cours général de droit international public, RCADI, 1983, p. 124 ; M. MAHOUVE, « Le
système pénal OHADA ou l’uniformisation à mi-chemin», Penant, n° 846, janvier-mars, 2004, p. 87-96.
36
G. J.DELAGE, Droit pénal des affaires, Memento, 2009, p.1
37
Dictionnaire le petit Robert.
38
M. DELMAS-MARTY, Droit pénal des affaires, Tome 1, PUF P.1
30
quant à lui « la nécessité de protéger le monde des affaires contre les dérapages qui peuvent
porter atteinte à sa crédibilité et à sa transparence39. » Une telle logique devrait être la
préoccupation majeure du législateur car il ne s’agit pas seulement d’édicter des interdits,
mais encore faut-il pouvoir les sanctionner et parfois très durement40.
Le droit pénal des affaires dans le contexte OHADA s’entendrait comme l’ensemble des
règles qui sanctionnent les actes qui portent atteinte aux activités commerciales et
financières. En effet, dans son corpus juridique, il prévoit des incriminations au sein des
actes uniformes sans pour le moins énoncer les sanctions correspondantes. En effet, aux
termes des dispositions de l’article 5 alinéa 2, « Les actes uniformes peuvent inclure des
dispositions d’incrimination. Les Etats parties s’engagent à déterminer les sanctions pénales
encourues ». Il résulte de cette disposition que seules les incriminations sont prévues par le
législateur OHADA. Par contre, les sanctions applicables à ces incriminations sont du
domaine du législateur national. Dans cette logique, le contentieux lié à l’incrimination ou
à la qualification de l’infraction devrait normalement être connu du juge de la CCJA.
Cependant, la transposition de ces mêmes incriminations dans les codes pénaux des Etats
parties de l’OHADA constitue une fissure capable de créer un cas de pourvoi mixte.
39
R. SOCKENG, Droit pénal des Affaires, Presses, MINSI, 2007, P.1
40
S. YAWAGA, politique criminelle de l’OHADA, in Encyclopédie du droit Ohada, p. 1382
31
législations nationales contre les infractions d’affaires, le législateur oublie que le juge doit
qualifier les faits incriminés avant de les sanctionner 41 , c’est-à-dire prononcer la peine
applicable. D’ailleurs, il existe une difficulté qui est due à l’existence séparée des
constituants de l’infraction42. En effet, pour qu’un fait soit qualifié d’infraction, il faut qu’il
renferme ses éléments constitutifs. Or, il apparaît que les éléments constitutifs de l’infraction
d’affaires peuvent être différents selon qu’on est devant le juge national ou le juge de la
CCJA. Dès lors la stratégie adoptée par le législateur OHADA laisse à désirer en ce sens
qu’elle encourage les juridictions suprêmes des Etats membres à ne pas rester serein dans
leur rôle. Si les incriminations prévues par les actes uniformes prévoyaient les sanctions, la
CCJA serait compétente. L’autre difficulté peut résulter du fait que les incriminations
prévues par l’OHADA ont leurs équivalents en droit interne et parfois en des termes
identiques43.
En ce qui concerne les parties, les problèmes peuvent surgir lorsque les parties litigantes ne
s’accordent pas sur la qualification à retenir44. L’une des partie peut saisir la CCJA d’un
pourvoi en cassation par ce qu’elle est seule compétente pour juger de la qualification des
faits qui relèvent sans doute des incriminations de l’OHADA. L’autre partie serait également
en mesure de saisir le juge national en se basant sur les dispositions du Code pénal de l’Etat
en cause parce que la qualification retenue lui sera plus favorable. Ce qui peut générer sur
un pourvoi mixte. En cas d’acquittement ou de relaxe aussi par le juge national, la CCJA
pourra être saisie en cassation pour réexaminer la qualification des faits45, afin de permettre
au juge national d’appliquer la peine correspondante. Au regard de ces différentes
articulations, le pourvoi mixte se dessine nettement dès lors qu’il existe une divergence dans
la qualification des faits incriminés. Ainsi, revient-il à la CCJA de trancher la question de la
qualification des incriminations de l’OHADA.
41
E. KITIO, « le contentieux du droit pénal des affaires devant les hautes juridictions nationales et devant la
CCJA », Revue ERSUMA, Droit des affaires-pratique professionnelle, p.313
42
Comportement actif ou passif (action ou omission) prohibé par la loi et passible selon sa gravité d’une peine
principale, soit criminelle, soit correctionnelle, soit de police, éventuellement assortie de peines
complémentaires ou accessoires ou de mesures de sûretés ; terme générique englobant crime, délit,
contravention; voir G. Cornu, op.cit., p. 490.
43
S. YAWAGA, « La politique criminelle de l’Ohada », op.cit., p.1387
44
Ibid.
45
E.KITIO, « le contentieux du droit pénal des affaires devant les hautes juridictions nationales et devant la
CCJA », op.cit., p.313
32
Il est constant en vertu de l’article 14 alinéa 3 que la CCJA est saisie par voie de recours en
cassation mais incompétente pour statuer sur les « décisions appliquant des sanctions
pénales ». C’est dire que lorsqu’elle est saisie d’une décision ayant appliqué une sanction
pénale, elle devrait décliner sa compétence au profit de la juridiction suprême nationale. Un
auteur a pu se demander des questions suivantes : que faut-il entendre par « décisions
appliquant des sanctions pénales » ? Faut-il penser que le législateur a voulu parler des
décisions en matière pénale ? Pour cet auteur la réponse est certainement non, car selon lui,
les décisions appliquant les sanctions pénales sont évidemment des décisions de
condamnation 46 . Cependant, à la lumière de l’article 14 alinéa 3 in fine, laquelle des
juridictions sera compétente pour connaître du recours en cassation contre une décision de
requalification ou de disqualification ? Lorsque par exemple l’une des parties saisit la
juridiction nationale pour constater une infraction, et que le juge national saisi estime que
les faits reprochés au présumé coupable ne sont pas établis selon la loi pénale, sa décision
sera forcément une décision de disqualification. Cette décision qui n’a pas prononcé une
sanction pénale, peut faire l’objet d’un recours en cassation devant la CCJA en vue de la
requalification des faits, soit par l’une des parties, soit sur renvoi de la juridiction suprême
nationale47 par ce que les faits en cause seront susceptibles d’avoir plusieurs qualifications.
Dans ce cas de figure, il sera question d’un pourvoi mixte par ce qu’il existerait une
compétence concurrente des deux juridictions sur la qualification à donner aux faits qui sont
soumis au juge. De toute évidence, nous pensons que cette situation donnera naissance à une
sorte de forum shopping48, parce que la partie diligente pourrait estimer que la qualification
qui sera retenue par la CCJA lui est plus favorable que celle du juge suprême national. Il est
à noter que d’après le « Vocabulaire juridique » le forum shopping est une possibilité
qu’offre à un demandeur la diversité des règles de compétence internationale de saisir les
tribunaux du pays appelé à rendre la décision la plus favorable à ses intérêts49. La saisine sur
46
E.KITIO, « le contentieux du droit pénal des affaires devant les hautes juridictions nationales et devant la
CCJA », op.cit., p.314
47
Voir l’article 15 du Traité qui dispose que : « les pourvois en cassation prévus à l’article 14 ci-dessus sont
portés directement devant la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage, soit directement par l’une des parties à
l’instance, soit sur renvoi d’une juridiction nationale statuant en cassation saisie d’une affaire soulevant des
questions relatives à l’application des actes uniformes ».
48
Selon une décision italienne en date du 26 novembre 2002, le forum shopping est une pratique visant à
saisir la juridiction la plus favorable aux intérêts du demandeur. En droit américain par contre, le forum
shopping revient à sélectionner une juridiction afin, soit de bénéficier d’un avantage accordé par le droit
matériel du for, soit d’écarter le droit défavorable d’un for ou d’un autre État.
49
G. CORNU, Vocabulaire juridique, PUF, 12ème édition, p.1029, V° Forum shopping
33
renvoi quant à elle, constitue une procédure de coopération judiciaire entre le juge national
et le juge communautaire permettant au premier de saisir le second chaque fois qu’il a des
difficultés sur l’interprétation ou sur la validité d’une norme communautaire 50 . Par ce
mécanisme, la Haute Juridiction de Cassation Communautaire assure aux juridictions
suprêmes nationales une interprétation et une application harmonieuses des actes uniformes
édictant les incriminations pénales51. Dans cette optique, il en va de soi que la CCJA soit
saisie sur renvoi de la juridiction suprême nationale par ce que les faits sont susceptibles de
recevoir plusieurs qualification, en imposant sa qualification au juge suprême national qui
devrait se prononcer sur la sanction applicable. Cependant, en qualifiant les faits selon qu’il
est prévu dans les textes de l’OHADA, est-il possible à la CCJA de renvoyer l’affaire à son
tour à la juridiction nationale pour application de la peine répressive ou devrait-elle user de
son pouvoir d’évocation pour réexaminer l’affaire ? Nous pensons que la CCJA étant une
juridiction supranationale chargée de veiller à l’application et à l’interprétation des Actes
uniformes, elle devrait dans cette logique connaitre du contentieux de la qualification des
incriminations prévues par le législateur de l’OHADA lorsque les faits en cause sont de
nature à recevoir plusieurs qualifications. Certains auteurs à l’instar de Joseph FOMETEU
pense que, selon la répartition des compétences répressives, la CCJA qui devra connaître de
l’interprétation des textes d’incrimination et les Cours suprêmes nationales qui devront
connaître de l’application des sanctions pénales sans s’immiscer dans le contenu de
l’infraction, est « aberrante sur le plan intellectuel et peu commode sur le plan procédural
»52. D’ailleurs au Cameroun par exemple, le débat est encore vif sur la qualification à retenir
entre l’abus des biens sociaux qui est puni des peines correctionnelles 53et le détournement
50
Z. ZANKIA, L’influence du droit communautaire sur l’évolution du système judiciaire des Etats membres
en Afrique noire francophone, Annales de la Faculté des Sciences juridiques et Politiques de l’Université de
Dschang, Tome 14, 2010, pp. 191 et s.
51
E. KITIO, « le contentieux du droit pénal des affaires devant les hautes juridictions nationales de cassation
et la CCJA », op.cit., p.315.
52
J. FOMETEU, « Le clair-obscur de la répartition des compétences entre la Cour Commune de Justice et
d’Arbitrage de l’OHADA et les juridictions nationales de cassation », Juridis Périodique n°73, janvier-février
mars 2008, pp.89 et s.
53
L’article 9 de la loi camerounaise de n°2003/008 du 10 juillet 2003 portant répression des infractions
contenues dans certains actes uniformes dispose : « En application de l’article 891 de l’acte uniforme du 17
avril 1997 relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont punis d’un
emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de 2.000.000 à 20.000.000 FCFA, le gérant de la société à
responsabilité limitée, les administrateurs, le président directeur général, l’administrateur général ou
l’administrateur général adjoint qui, de mauvaise foi ont fait, des biens ou des crédits de la société, un usage
qu’ils savaient contraire à l’intérêt de celle-ci, à des fins personnelles, matérielles ou morales, ou pour favoriser
une autre personne morale dans laquelle ils étaient intéressés, directement ou indirectement ».
34
de deniers publics qui devient un crime lorsque la valeur des biens en cause est supérieure à
100.000 FCFA et inférieure ou égale à 500.000 FCFA. On estime que lorsqu’un dirigeant
d’une société à capital majoritairement public a abusé des biens de la société à ses fins
personnelles, l’infraction à retenir prend la qualification de détournement de deniers publics,
avec les distinctions prévues par l’article 184 du code pénal camerounais54. Dès lors, le juge
répressif de la Cour de Cassation nationale sera dans ce cas lié par cette interprétation en
appliquant la peine prévue pour ce type d’infraction d’affaire. Cela éviterait tout au plus des
interprétations divergentes et résoudrait des situations de pourvois mixtes devant le juge
national de cassation ou devant la CCJA.
Bien que la matière pénale constitue un entre-deux, il faut souligner qu’il existe une certaine
suprématie des juges suprêmes nationaux qui rendent des décisions appliquant des sanctions
pénales.
Le processus d’harmonisation du droit des affaires OHADA s’est heurté à la résistance des
juges suprêmes nationaux dans le domaine du droit pénal55. Cette qualité pour les Etats de
s’opposer farouchement est due à l’éclatement de l’élément légal de l’infraction dans le
domaine du droit des affaires en vertu de l’article 5 alinéa 2 du Traité de l’OHADA.
L’OHADA ayant opté plutôt pour le système libéral ; les États par leurs organes
juridictionnels jouissent d’une certaine liberté dans la détermination des peines encourues
par les contrevenants à la norme communautaire56. Il se déduit alors une suprématie du juge
suprême national dans le contentieux du droit pénal des affaires.
Il s’agit d’une suprématie qui est clairement reconnue aux juridictions suprêmes nationales
par le Traité de l’OHADA (A) qui est soumise à la volonté du législateur étatique (B).
54
L’article 184 du code pénal camerounais dispose: « 1) Quiconque par quelque moyen que ce soit obtient ou
retient frauduleusement quelque bien que ce soit, mobilier ou immobilier, appartenant, destiné ou confié à
l’Etat fédéral ou fédéré, à une coopérative, collectivité ou établissement, ou publics ou soumis à la tutelle
administrative de l’Etat ou dont l’Etat détient directement ou indirectement la majorité du capital, est puni : a)
Au cas où la valeur de ces biens excède 500.000 francs, d’un emprisonnement à vie ; b) Au cas où cette valeur
est supérieure à 100.000 francs et inférieure ou égale à 500.000 francs d’un emprisonnement de quinze à vingt
ans… »
55
S.D.G. PALOUKI, l’harmonisation d’un droit pénal des affaires de l’OHADA dans les Etas membres,
mémoire de Master soutenu à l’Université de Kara, 2019.
56
Ibid.
35
A-La prééminence reconnue au juge suprême national par le Traité
Le contentieux relatif au droit pénal des affaires comme nous l’avions souligné relève de la
compétence des juridictions suprêmes nationales. Dans ce domaine, les juridictions
suprêmes nationales conservent leur souveraineté et exercent une influence sur la juridiction
communautaire d’autant plus qu’elles ont servi de modèle lorsque la CCJA a été instaurée57.
De ce fait, les juridictions nationales sont les juges de droit commun du droit communautaire
pénal, c’est-à-dire qu’en tranchant un litige suscitant l’application d’une norme
communautaire pénale, elles remplissent les fonctions de juridictions communautaires au
niveau national58. En rappel, les juridictions suprêmes nationales constituent dans chaque
Etat partie la tête de l’organisation judiciaire. Tout comme la CCJA, elles sont saisies par
voie de recours en cassation et sont compétentes pour connaître des affaires autres que celles
relevant de l’application des actes uniformes et des règlements prévus par le Traité. En se
référant à l’esprit et à la lettre de l’article 5 alinéa 2 du Traité, il existe un partage de
compétence car les actes uniformes qui déterminent les incriminations pénales et les
juridictions nationales sont chargées de fixer la sanction pénale applicable59.
Le législateur OHADA en laissant une marge de manœuvre aux Etats d’exprimer leur
souveraineté en matière de droit pénal des affaires, a créé une situation d’insécurité
judiciaire. Cette approche de renvois aux juridictions suprêmes nationales pour l’application
des sanctions pénales entraîne une disparité des sanctions au sein de l’espace OHADA60 et
compromet malheureusement à l’unité d’application du droit communautaire61.
57
Ch. CHANET, « les influences croisées entre les juridictions nationales et les juridictions internationales »,
les cahiers de droit, 2010, p.226.
58
J-A. NDIAYE, « L’OHADA et la problématique de l’harmonisation du droit pénal des affaires : bilan et
perspective d’un modèle de politique criminelle communautaire », op.cit., P.9.
59
M. TRAORE, « La réforme du droit des affaires en Afrique, les imperfections du règlement des litiges selon
le Traité de l’Ohada », Ohadata D-17-01.
60
Ibid.
61
J-A NDIAYE, op.cit.
62
Ibid.
36
trancher. Ainsi, dans l’arrêt de 14 juillet 201663, il était question de la juridiction compétente
en matière de cassation des aspects pénaux des Actes uniformes, conformément à l'option
de concours de compétences normatives, prévue à l'alinéa 2 de l'article 5 du Traité de
l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) 64 . Dans
l’arrêt en cause, le pourvoi formé contre l’arrêt n°2 rendu le 23 mars 2015 par la Cour de
répression de l'enrichissement illicite du Sénégal dite "CREI65", était porté devant la Cour
Suprême du Sénégal et au même moment devant la CCJA. Il s’agissait d’un pourvoi mixte
qui tend à faire censurer la violation de la norme de sanction, lorsque notamment celui-ci est
"fondé sur la violation de la norme de sanction à laquelle renvoie l'Acte uniforme portant
l'incrimination66. Dès lors, la CCJA était bien et bel compétente pour connaitre de cette
affaire étant entendu qu’il était question des infractions d’un acte uniforme notamment
l’AUSGIE67.
Devant cette épineuse question, les juges de la CCJA, ont souligné que "[...] même si une
décision soulève des questions relatives à l'application des Actes uniformes et des
Règlements prévus au Traité [...], elle ne peut ressortir de la compétence de la CCJA dès
l'instant où elle applique des sanctions pénales68". Cette solution a affirmé avec vigueur, la
63
CCJA, 14 Juillet 2016, arrêt n°143/2016.
64
D.L. OMUALI, « les ambiguïtés de la voie de cassation en matière de droit pénal des actes uniformes »,
édition n°720 du 23/11/2017, (N° Lexbase : A9113WY8): lettre juridique)
65
La CREI est une juridiction pénale spécialisée créée par la loi sénégalaise n° 81 -54 du 10 juillet 1981 et qui
est chargée uniquement de réprimer l'enrichissement illicite et tout délit de corruption ou de recel connexe.
66
N. DIOUF, « les actes uniformes et le droit pénal des Etats signataires du Traité de l’Ohada, la difficile
émergence d’un droit communautaire dans l’espace OHADA », www.Ohadata.com, Ohadata D-05-41.
67
AUSGIE signifie Acte Uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt
économique.
68
Suivant cet arrêt du 14 juillet 2016, la CCJA a décidé: « Attendu que si l’article 32 du Règlement de
procédure de la Cour de céans impose un délai pour présenter les exceptions d’irrecevabilité et d’incompétence,
il ne prévoit cependant aucune sanction relativement à l’ordre de présentation ;
Attendu qu’aux termes de l’article 14 al.3 et 4 du Traité : « Saisie par la voie du recours en cassation, la Cour
se prononce sur les décisions rendues par les juridictions d’Appel des Etats Parties dans toutes les affaires
soulevant des questions relatives à l’application des Actes uniformes et des règlements prévus au présent Traité
à l’exception des décisions appliquant des sanctions pénales » ; qu’il appert de cette disposition que même si
une décision soulève des questions relatives à l’application des Actes uniformes et des Règlements prévus au
Traité tel qu’indiqué à l’article suscité, elle ne peut ressortir de la compétence de la CCJA dès l’instant où elle
applique des sanctions pénales ; que l’arrêt N°02 du 23 mars 2015 rendu par la Cour de Répression de
l’Enrichissement Illicite, attaqué, ayant condamné pénalement Ibrahim ABOUKHALIL et les autres, entrant
dans ce cadre ne peut, qu’elles qu’en soient les motivations, être soumis à l’appréciation de la Cour de céans ;
qu’il y a lieu pour elle de se déclarer incompétente ;
Attendu que la Cour se déclarant incompétente, il n’y a pas lieu de faire droit à la demande tendant à
l’organisation d’une procédure orale ;
37
compétence exclusive des cours suprêmes nationales69, d’où l’éclatement du contentieux de
droit des affaires en droit OHADA. Ce partage de compétence entre la CCJA et les
juridictions suprêmes nationales en la matière provoque fondamentalement des pourvois
"mixtes", c'est-à-dire un pourvoi dans lequel une partie entend critiquer une décision en se
fondant, d'une part, sur la violation d'une règle de procédure ou de compétence ou sur la
violation d'une norme de sanction, et d'autre part sur la violation de la norme d'incrimination.
Se trouvent donc impliquées dans un même pourvoi, deux normes relevant, en théorie, des
juridictions différentes70. Le Professeur Ndiaw DIOUF, en pareille hypothèse excluait, toute
possibilité « de former un seul pourvoi avec deux moyens destinés à être soumis à deux
juridictions différentes ». En sus, notons que la prééminence du juge suprême national est
soumise à la volonté du législateur étatique.
La suprématie du juge suprême national en matière du droit pénal des affaires est soumise à
la volonté des Etats parties de l’OHADA d’édicter les sanctions pénales. Le Traité de
l’OHADA en disposant en son article 5 alinéa 2 que, «… les Etats parties s’engagent, à
déterminer les sanctions pénales applicables », il soumet le juge à la volonté du législateur
national qui doit fixer la sanction. D’ailleurs, l’emploi du verbe « s’engager », suppose le
juge ne peut prononcer une peine sans un texte de loi. Le législateur dans ce sens voulu
exercer une pression sur les Etats à prendre à prendre des sanctions pénales d’affaires71. En
laissant la possibilité aux Etats de prévoir les sanctions pénales, le législateur communautaire
a voulu conférer aux Etats une volonté d’exprimer librement leur opinion sur les peines à
appliquer aux infractions d’affaires dont leur interprétation relèvera du juge national. Par
ailleurs, il faut souligner que la plupart des Etats ont toute suite accepté cette démarche alors
que certains sont restés dans l’attentisme créant ainsi des dysfonctionnements dans
l’administration de la justice communautaire 72 . Le mutisme de certains Etats a conduit
certains auteurs à soulever des inquiétudes par rapport au législateur communautaire qui «
n’a pas imaginé que certains Etats hésiteraient à accomplir cette noble tâche »73 . Cependant,
il ne s’agit pas pour nous de débattre de la position du législateur mais de mettre en exergue
69
D. L. OMUALI, op.cit., accessible en ligne
70
D. L. OMUALI, op.cit., accessible en ligne
71
E. KITIO, « le contentieux du droit pénal des affaires devant les hautes juridictions nationales de cassation
et la CCJA », op.cit., p.319
72
Ibid.
73
R. SOCKENG op.cit. p. 26.
38
le juge suprême national lorsqu’il est saisi d’un recours en cassation fondé sur l’application
d’une sanction pénale contenue dans un Acte uniforme.
Il existe en droit OHADA certaines dispositions aux travers lesquelles le juge national
lorsqu’il est saisi, serait en mesure de faire prévaloir le droit national. En termes clair, il
existe des textes nationaux qui s’imposent au droit communautaire OHADA. Ces lois qui
constituent des contraintes techniques infléchissables qui obligent à respecter le droit
39
national des Etats parties, soit à travers le droit commun, soit à travers les règles spéciales74.
De ce fait, les pourvois mixtes découleraient du simple fait de la technique du recours au
juge suprême national pour l’interprétation des normes incomplètes de OHADA (§1) puis
du contrôle du juge suprêmes national sur certaines règles dites spéciales (§2) dont
l’interprétation émanerait du droit national.
Il faut rappeler que contrairement aux droits nationaux, l’ordre juridique présente un
caractère parcellaire et sectoriel car il ne fournit pas une règlementation complète des
secteurs de la vie des affaires qu’il appréhende75. Raison de plus, il est complété par le droit
national qu’il convient de déterminer76. Le recours au droit national dans le cadre de mise
en œuvre du droit OHADA nous conduit à mettre en exergue l’interprétation des normes
lacunaires du droit OHADA (A) sans ignorer la subordination de la CCJA aux Cours
suprêmes nationales dans l’appréciation des concepts généraux (B) qui appartiennent au doit
commun.
De façon générale, le terme lacune laisse entrevoir l’idée d’un trou ou d’un manquement.
Selon le dictionnaire, Le Petit Robert de la Langue française, les lacunes constituent ce qui
manque pour que quelque chose soit au complet77. Au sens juridique, les lacunes d’un texte
de loi, signifie un manque involontaire du texte quant à la règlementation d’un rapport
juridique78. Dès lors, les lacunes du droit matériel OHADA, s’entendent donc comme un
manque du droit primaire et dérivé de l’OHADA, nécessitant ainsi l’intervention des textes
nationaux. L’intervention des textes nationaux est une fissure pour les juges suprêmes
nationaux qui sont la bouche de la loi interne de se déclarer compétent lorsque de telles
situation se présenteront.
74
J. ISSAH-SAYEGH et J. LOHOUES-OBLE, op.cit. p.120.
75
G. NGOUMTSA ANOU, « Actes uniformes et conflits de lois », dans Encyclopédie du droit Ohada, P.179.
76
Ibid.
77
Dictionnaire le petit Robert, op.cit. P.241.
78
L. SIORAT, « le problème des lacunes en droit international (Contribution à l'étude des sources du droit
et de la fonction judiciaire) », Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1959, cité par G.
NGOUMTSA ANOU, dans Encyclopédie Ohada, P.177
40
L’existence des lacunes des textes soulève sans doute des conflits de lois entre le droit
OHADA et les droits nationaux. En effet, il y a conflit de lois toutes les fois qu’une situation
juridique pouvant se rattacher à plusieurs pays, il faut choisir, entre les lois de ces différents
Etats, celle qui sera appelée à régir les rapports de droit considéré79. Ils font parties des
difficultés qui enclenchent le plus souvent des conflits de compétence entre la CCJA et les
cours suprêmes nationales.
Rappelons que les lacunes des textes de l’OHADA sont des insuffisances normatives qui
surgissent à l’intérieur de son domaine normal de compétence, c’est-à-dire les matières
« régies » par les actes uniformes80. Ils peuvent être volontaires c’est-à-dire voulus par le
législateur OHADA ou involontaires. En principe, ces lacunes ne sauraient enfreindre
l’application des actes uniformes dans les Etats membres dans la mesure où, les dispositions
de l’article 10 du Traité 81ont abrogé toutes les règles internes contraires.
L’OHADA applique aux différentes questions qu’il appréhende, les droits nationaux
complémentaires. Cette pratique de renvois au droit national des Etats dans la mise en œuvre
juridictionnelle constitue un problème lorsque l’Etat en cause traite de la question dans son
ordonnancement interne. Elle soulève des questions de pourvois mixtes du fait de l’existence
des textes nationaux. Autrement dit, lorsqu’un litige naîtra en la matière, le juge suprême
national en vertu du renvoi ou de la norme interne non contraire aux dispositions de l’article
10 sera aussi apte, tout comme la CCJA à connaître du pourvoi formé. Pour le Professeur
Joseph ISSA-SAYEGH, l’absence des dispositions internes traitant déjà d’une question
prévue par un acte uniforme aboutit parfois à paralyser purement et simplement le droit
uniforme. A ses propos du professeur, nous pensons que l’existence d’une disposition
interne traitant déjà d’une question prévue par un Acte Uniforme, serait source d’un pourvoi
mixte qui peut être porté devant le juge suprême national ou devant la CCJA. Quelques
éléments d’exemples nous permettront d’appréhender ces lacunes qui conduisent le juge
suprême national à pouvoir s’affirmer.
Premièrement, sur la question de la preuve dans le droit matériel OHADA le législateur est
toujours silencieux. Ce mutisme peut soulever des cas pourvois mixtes lorsqu’une question
79
Y. LOUSSOUARN, P.BOUREL, P. DE VEREILLE-SOMMIERES, Droit international privé, Dalloz,
10ème édition, p.5
80
G. NGOUMTSA ANOU, « Le droit Ohada et conflits de lois », op.cit. p.180
81
Selon l’article 10 du Traité de l’Ohada, « Les actes uniformes sont directement applicables et obligatoires
dans les Etats parties, nonobstant toute disposition contraire de droit interne, antérieure ou postérieure. »
41
de la preuve des actes de commerce sera posée devant le juge de la CCJA. Cette question
soulèvera forcément un problème d’autant plus qu’en matière commerciale, la preuve se fait
par tous les moyens. Autrement, les moyens de preuve en matière civile sont admis alors
qu’il s’agit d’une matière qui relève de la compétence des juridictions suprêmes nationales.
Mieux encore, comment faire la preuve d’un acte mixte ? La preuve sera-t-elle libre lorsque
le particulier saisit la juridiction suprême nationale ? Certainement pas car en matière civile,
la question est bien règlementée. Donc en présence, d’un contentieux entre un non-
commerçant et un commerçant sur une question de preuve, il est possible qu’un pourvoi
mixte naisse à cause de la mixité de l’acte de commerce. Deuxièmement l’acte Uniforme
portant Organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution
renvoie en son article 51 82 aux législations nationales pour déterminer la liste des biens
insaisissables. Cet article soulève des inquiétudes lorsque par exemple une seule affaire
mettra en cause un bien qui fait l’objet d’une insaisissabilité au Togo alors que le même bien
est saisissable au Benin. De toute évidence, il sera question d’un pourvoi mixte qui mettra
en opposition la loi nationale et la disposition de l’Acte uniforme de l’OHADA. Ce
contentieux né dans une telle circonstance mettra en cause la CCJA et les Cours suprêmes
nationales qui appliqueront la loi nationale sur les biens insaisissables. Le comble c’est que,
la liste des biens insaisissables dans les Etats parties de l’OHADA n’est pas homogène de
sorte que ce qui est insaisissable au Togo puisse faire l’objet d’une saisie au Bénin.
Il en est ainsi des cas comme que le Professeur ISSAH-SAYEGH, en a cités. Il s’agit
notamment de l’absence de fixation du montant de l’exécution provisoire des décisions de
justice, de la publicité des certains privilèges généraux, de la quotité cessible ou saisissable
des salaires pour définir les privilèges et les super privilèges 83 . Ces différents cas cités
pourraient indubitablement causer des pourvois mixtes d’autant plus qu’ils sont laissés à la
charge du juge suprême national qui doit les interpréter dans un litige qui touche à
l’application d’un acte uniforme. L’article 1er de l’AUDCG 84
dispose que : « tout
commerçant, personne physique ou morale… est soumis aux dispositions du présent acte
uniforme. En outre, tout commerçant ou tout entreprenant demeure soumis aux lois non
82
L’Article 51 de l’AURVE prévoit en ces termes que : « les biens et droits insaisissables sont définis par
chacun des Etats parties ».
83
J. ISSA-SAYEGH, « Réflexions et suggestions sur la mise en conformité du droit interne des Etats parties
avec les actes uniformes de l’Ohada et réciproquement », op.cit., Ohadata D.04-12
84
L’AUDCG signifie Acte Uniforme relatif au Droit Commercial Général de l’Ohada, adopté le 15 Décembre
2010 et entré en vigueur le 15 mai 2011.
42
contraires au présent acte uniforme, qui sont applicables dans l’Etat partie où se situe son
établissement ou son siège social ». Il ressort du champ de cette disposition que le droit
commercial de l’espace OHADA comporte deux règles en particulier les règles uniformes
de l’acte uniforme et les règles non contraires du droit national.
Le maintien des dispositions jugées conformes au droit uniforme pose le problème de leur
application. Dès lors, devant une affaire appelant l’application des textes identiques mais de
sources différentes dans un domaine (les uns issus de l’OHADA, exemple : les actes
uniformes ; les autres faisant partie du droit interne de l’Etat partie), le juge compétent dans
l’Etat partie sera amené à choisir entre le droit interne conforme à l’acte uniforme et l’acte
uniforme lui-même 85 . Dans cette hypothèse, le juge fera face à la question qui est la
suivante : va-t-il enfreindre la règle de la supranationalité en appliquant le droit interne au
détriment du droit communautaire ou il appliquera le droit communautaire en tenant compte
de sa supranationalité ? A cette question le Professeur Mayatta MBAYE NDIAYE répondait
en disant que « la première option renie tout intérêt à l’unification du droit et la seconde
montre que le maintien du droit national est sans intérêt 86». Comment la CCJA pourra
interpréter une norme lorsqu’elle exige un complément en droit interne ? De façon logique,
elle devrait renvoyer la question d’ordre interne soulevée par l’acte uniforme à la Cour
suprême nationale étant donné que le législateur a renvoyé la norme au droit national.
L’existence des lacunes du droit OHADA démontre clairement la possibilité des pourvois
mixtes en cas du contentieux. La substance des règles internes entraine une diversité des
règles ayant des sources différentes. En dehors de ces insuffisances législatives, on note
également l’usage en droit uniforme des concepts propres au droit national.
85
M.N.MBAYE, « Droit communautaire1 et droit national dans l’espace OHADA », accessible en ligne.
86
Ibid.
43
B- La subordination du juge de la CCJA aux juges suprêmes nationaux dans
l’appréciation des concepts généraux
L’utilisation des concepts du droit commun contenus dans les actes uniforme par les juges
de la CCJA constitue un moyen pour le juge suprême national de s’autoproclamer compétent
lorsqu’il s’agit de rechercher le sens d’un concept. Partant de là, seul le juge suprême
national est apte à pouvoir donner le sens d’un concept général employé dans un acte
uniforme et qui nécessite une interprétation de la part de la CCJA. En effet, le législateur
communautaire utilise certaines expressions ou concepts généraux mais ne prend pas soin
de les définir de façon spécifique. De ce fait, il laisse le soin aux Etats d’en fixer librement
et de façon souveraine le régime juridique applicable à chaque type de concept. Selon F.
VIANGALLI, il s’agit des lacunes conceptuelles ou des lacunes de sens.
En effet, « la lacune conceptuelle surgit lorsque l’ordre juridique concerné ne définit pas
l’ensemble des concepts qu’il utilise, alors que la détermination de leur sens est nécessaire
pour la mise en œuvre de la règle qu’il édicte 87 ». Autrement dit, l’ordre juridique de
l’OHADA ne définit pas des concepts dont il fait usage alors que la détermination de leur
sens est obligatoire pour la mise en œuvre juridictionnelle.
La véritable limite du droit OHADA relève de ce qu’il est un droit spécial et nouveau et de
ce point de vue, il ne dispose pas d’une tradition juridique propre au sein de laquelle il peut
tirer le sens de ces concepts nécessaires à sa mise en application88.
L’OHADA emploie certains termes qu’on appelle le plus souvent les concepts généraux89.
En effet, plusieurs dispositions des actes uniformes utilisent des mots tels que la capacité,
parents, alliés, descendants sans pouvoir déterminer leur sens. L’exemple de la notion de
capacité nous permettra d’élucider ce phénomène. La notion de capacité, l’acte Uniforme
relatif au droit commercial général prévoit la capacité pour accéder à la profession
commerciale parce que pour devenir commerçant, il faut « être juridiquement capable »90.
L’emploi de cette notion qui est propre au droit national peut créer un contentieux
87
F. VIANGALLI, « La Théorie des conflits de lois et le droit communautaire », PUAM, 2004, p.286
88
G. POUGOUE, Droit Ohada et conflits de lois, dans Encyclopédie du Droit Ohada, p.179.
89
Les concepts généraux renvoient aux termes employés dans le droit commun et qui sous l’autorité des juges
suprêmes nationaux.
90
Article 6 de l’AUDCG qui dispose que : « Nul ne peut accomplir des actes de commerce à titre de profession
s’il n’est juridiquement capable d’exercer le commerce ».
44
susceptible d’un pourvoi en cassation, à la fois devant la CCJA ou devant les juridictions
nationales de cassation.
Il en résulte alors que le mineur ne peut exercer l’activité commerciale. Cependant l’acte ne
montre pas exactement à quel âge une personne est éligible pour exercer la profession
commerciale. Il laisse cette liberté aux Etats de légiférer dans ce sens dans leur ordre
juridique interne. Pour illustrer cette situation il faut se référer à l’analyse suivante: Au
Bénin91 tout comme au Togo, l’âge de la capacité est fixé à 18 conformément à l’article 259
du Code togolais des personnes et de la Famille92. Par contre au Cameroun, l’âge de la
majorité est de 21 ans93. Cette illustration est d’autant plus percutante dans la mesure où elle
fait apparaitre un conflit de lois. Lorsqu’une affaire touchera la question de la capacité
prévue par l’acte Uniforme relatif au droit commercial, la CCJA serait en présence de deux
règles notamment la règle nationale et la règle uniforme. Bien évidemment, il sera question
d’un pourvoi qui soulèverait deux normes à la fois.
91
Article 459 de la Loi n°2002-07 du 7 juin 2002 portant Code des personnes et de la famille du bénin qui
énonce que : « Est mineure la personne de l’un ou l’autre sexe qui n’a pas encore l’âge de dix-huit (18) ans
accomplis »
92
Article 259 de la loi numéro 2012-014 du 06 juillet 2012 portant Code togolais des Personnes et de la Famille
prévoit en ce sens que « Le mineur est l’individu de l’un ou de l’autre sexe qui n’a point encore l’âge de dix-
huit (18) ans accomplis ».
93
Article 488 du code civil applicable au Cameroun dispose à cet effet que : « La majorité est fixée à vingt et
un ans accomplis; à cet âge on est capable de tous les actes de la vie civile ».
94
Article 97 alinéa 1er de l’AUPC dispose que : « Nonobstant toute disposition légale ou toute clause
contractuelle, aucune indivisibilité, résiliation ou résolution du bail des immeubles affectés à l’activité
professionnelle du débiteur, y compris les locaux qui, dépendant de ces immeubles, servent à l’habitation du
débiteur ou de sa famille, ne peut résulter du fait de l’ouverture du redressement judiciaire ou de la liquidation
des biens ».
95
L’article 53 de l’acte uniforme prévoit que : « lorsqu’un compte même joint, alimenté par les gains et salaires
d’un époux commun en bien, fait l’objet d’une mesure d’exécution forcée ou d’une saisie conservatoire pour
le paiement ou la garantie d’une créance née du chef du conjoint, il est laissé immédiatement à la disposition
de l’époux commun en bien une somme équivalant, à son choix, au moment des gains et salaires versés au
cours du mois précédant la saisie ou au montant des gains et salaires versés dans les douze mois précédent la
saisie ».
45
ailleurs, les articles 44 de l’AURVE96 et 241 de l’AUPC97 font respectivement allusion à la
notion de parents et alliés qui relèvent du droit interne et du droit commun. La combinaison
de ces articles susvisés pose une question fondamentale. La CCJA est-elle compétente pour
interpréter un acte uniforme qui soulèverait une question de paternité ou d’alliés d’un sujet
qui aurait assisté l’agent instrumentaire ? La CCJA ne sera pas compétente pour trancher de
tels litiges bien qu’il y a une disposition d’un acte uniforme en jeu, mais il reviendra
forcément au juge suprême national de statuer sur ces questions de paternité ou d’alliés parce
que ces termes concernent la filiation. Ces expressions peuvent créer des confusions lorsque
la CCJA sera saisie d’une situation qui pose le problème de recherche de sens dans un acte
uniforme. La recherche du sens des concepts dans les législations internes, fait que le juge
de la CCJA soit subordonnée au juge de la Cour de cassation national.
A côté du recours juge des Cours suprême pour l’interprétation des normes insuffisantes
du droit OHADA, il existe également des règles dites spéciales qui sont susceptibles d’être
contrôlées uniquement par le juge de la haute juridiction nationale.
Les Etats n’ont pas totalement renoncé à leur souveraineté au profit de l’OHADA. Ils ont le
monopole sur un certain nombre de règles qu’on peut qualifier, de spéciales et donc seul
juge suprême national assure le contrôle. Il s’agit le plus souvent des dispositions régissant
l’organisation judiciaire des Etats parties ainsi que certaines qui sont relatives au domaine
des suretés légales. Seront donc abordés dans le cadre du développement, la primauté des
juges suprêmes nationaux dans l’interprétation des règles de procédure internes (A) puis
leur monopole dans le domaine des sûretés légales (B).
96
Article 44 de l’AURVE énonce que : « L’huissier ou l’agent d’exécution peut toujours se faire assister d’un
ou deux témoins majeurs, non parents ni alliés en ligne directe des parties ni à leur service. Il énonce, en ce
cas, sur le procès-verbal, leurs noms, prénoms, professions et domiciles. Les témoins signent l’original et les
copies du procès-verbal ».
97
Aux termes de l’article 241 de l’AUPC, « Le conjoint, les descendant, ascendants ou collatéraux du débiteur
ou ses alliés, jusqu’au quatrième degré inclusivement, qui, à l’insu du débiteur, ont détourné, diverti ou recelé
des effets dépendant de l’actif du débiteur en état de cessation de paiement, encourent les peines prévues par
la loi de chaque Etat partie pour la répression de l’infraction ci-dessus ».
46
A-La primauté des juges suprêmes nationaux dans l’interprétation des règles de
procédure interne
Les règles de procédure constituent des normes qui renferment la manière dont il faut saisir
une juridiction et laquelle il faut saisir. Autrement dit, c’est l’ensemble des formalités que
doivent accomplir les justiciables devant une juridiction. Dans l’organisation judicaire des
Etats parties de l’OHADA, seuls les juges des cours de cassation nationale peuvent censurer
les décisions qui sont rendues en violation des règles de procédure. Dès lors, en cas de
violation d’une règle de procédure, c’est la juridiction suprême nationale qui sera apte à
donner la bonne interprétation. La mise en place de ces règles par les Etats a tendance à
remettre en cause la prévisibilité de l’interprétation du droit OHADA. Il est mis en exergue
ici le principe de l’autonomie procédurale.
98
F. R. M’VIBOUDOULOU, « le principe de l’autonomie procédurale des systèmes judiciaires nationaux à
l’aune du droit OHADA », Ohadata.D.19-12, www.Ohada com.
99
CJCE, Affaire 33-76, 16 décembre 1976, Rewe zentralfinanze G…, Point 3.
100
POTHIER, Œuvre de Pothier, Traité de la procédure civile et criminelle, Tome quatorzième ; Paris,
Siffrein, 1821 ; P.1
47
En outre, pour Maître Bakary DIALLO, le principe de l’autonomie procédurale « signifie
qu’en l’absence d’un corpus de règles processuelles propres, le droit OHADA, pour les
besoins de son application par les juridictions nationales, renvoie aux règles de procédure
de droit national qui permettent sa mise en œuvre effective au sein de chaque Etat
partie101. » Il se déduit de cette définition que le droit substantiel de l’OHADA est mis en
mouvement par les règles de procédure interne des Etats parties. A cet effet, le droit OHADA
se trouve inévitablement dépendant, voire être à la merci des règles nationales102. Plusieurs
décisions ont fait l’objet de pourvoi pour cause de violation à la fois d’une disposition du
code de procédure civile qui relève du droit national et une règle substantielle en particulier
un Acte uniforme. Cette situation qui appelle à observer le plus souvent deux moyens de
pourvois en cassation, l’un sur la forme et l’autre sur le fond. La juridiction suprême
nationale dans ce cas, est en droit d’arracher à la CCJA, la partie relative l’interprétation de
la norme de procédure qui est en cause. La coexistence de la norme nationale de procédure
et une disposition d’un Acte uniforme de l’OHADA dans une procédure de cassation
démontre clairement un cas de pourvoi mixte. L’absence des règles d’un code de procédure
civile commun à tous les Etats parties de l’OHADA est une lacune qui permet aux juges
suprêmes nationaux de s’opposer à chaque fois qu’il y a application d’une disposition de
procédure.
A côté de l’autonomie procédurale, le droit OHADA a laissé la latitude aux Etats membres
de structurer leur ordonnancement judiciaire 103 . Ils sont alors devenus maîtres de leur
constitution judiciaire. Le Traité de Port Louis instituant l’OHADA en 1993 et révisé en
2008 à Québec au Canada, n’uniformise nullement l’organisation judiciaire des Etats-
parties 104 . C’est dans ce sens que M. F. M’VIBOUDOULOU affirmait : « le paysage
judiciaire des Etats membres est hétéroclite autrement dit une juridiction ayant une
appellation dans un Etat membre peut avoir une autre appellation dans un autre ». Cette
diversité du paysage judiciaire s’explique par le simple fait que les Etats membres de
l’OHADA n’ont pas renoncé à leur souveraineté en matière procédurale évoquée ci-haut et
101
B. DIALLO, « principe de l’autonomie institutionnelle et procédurale des Etats-parties face à
l’application des Actes uniformes du droit OHADA », jurifis, éd. Spéciale, n° 12, octobre 2012, p16 ; Ohadata
D.13-13.
102
B. DIALLO, op.cit., Ohadata D.13-13.
103
F. R. M’VIBOUDOULOU, op.cit., p.5.
104
Ibid.
48
d’organisation judiciaire. Au Togo par exemple, la création de la chambre spéciale
communément appelée « Article 49 civil » qui est dédiée au recouvrement des créances
civiles au près du tribunal de première instance de Lomé peut causer un problème dans
l’esprit des justiciables en cas de recours en cassation. La question se posera de savoir si le
recours contre la décision rendue par le juge de l’article 49 en matière civile sera porté
devant la CCJA en application dudit de l’Acte uniforme portant Organisation des procédures
simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution (AUPSRVE) ou devant une Cour
suprême nationale en raison de la matière. La question est délicate au point qu’elle peut
soulever un pourvoi mixte susceptible d’être porté devant la Cour suprême nationale. De
plus, le recouvrement des créances civiles par voie d’Ordonnance à Injonction de Payer
(OIP) attribué au Tribunal de commerce de Lomé suscite des réflexions surtout en cas d’un
pourvoi. En effet, l’une des parties litigantes peut saisir le juge suprême en invoquant la
nature de la créance qui civile alors que l’autre saisira la CCJA par ce qu’il s’agit d’une
décision rendue par juridiction commerciale. Cet état fait soulèvera un pourvoi mixte et le
juge suprême sera apte à exprimer sa compétence. Néanmoins, il faut noter que l’impérium
étatique en matière d’organisation interne n’est pas en soi une atteinte à la sécurité juridique
au sein de l’OHADA. Comme nous le savons à l’antan de ces développements, il en est
autrement lorsqu’une règle nationale de forme est confrontée à une règle de fond du droit
Ohada dans une affaire.
Cette évidence a été relevée par M’VIBOUDOULOU lorsqu’il estimait, « qu’on ne peut
rester impavide quand la compétence organisationnelle interne se fait rencontrer une règle
(de forme) issue de l’ordre juridique national et une règle (de fond) émanant de l’ordre
juridique Communautaire Ohada ». Cependant, il est regrettable que l’OHADA n’a pas tiré
toutes les conséquences de la diversité des règles de procédure dans les Etats parties pour
assurer une circulation automatique des décisions rendues en première instance ou en appel
par les juridictions de fond des Etats dans les autres Etats membres de l’OHADA dans
lesquelles ces décisions pourraient être amenées à produire des effets105.
Pour assurer la sécurité juridique, une solution que nous estimons la plus heureuse a été
proposée. Elle consiste à procéder à une réforme qui adopte soit par acte uniforme ou par un
règlement de procédure uniforme, tout au moins les principes généraux du procès106. En
105
N. GBAGUIDI « l’exequatur des décisions rendues en application du Ohada », cité par E. DEWEDI,
« contentieux du droit des affaires », cours MASTER, 2021, inédit
106
R.NEMEDEU, « Droit OHADA et droit procédural », in Horizon du droit OHADA, p. 703.
49
dehors des règles de procédure et d’organisation qui permettent aux juridictions nationales
de cassation d’exprimer leur droit, il existe également d’autres règles en matière de sûretés
légales dont ils ont le monopole.
B- Le monopole des juges suprêmes nationaux dans le domaine des suretés légales
Les sûretés légales s’entendent comme des contraintes qui sont relatives aux sûretés prévues
par la loi nationale. Pour mieux porter un regard sur cet aspect, il est important de s’attarder
sur la notion de sûretés elle-même. Aux termes des dispositions de l’article 1er de l’acte
Uniforme portant Organisation des sûretés, « une sûreté est l’affectation au bénéfice d’un
créancier d’un bien, d’un ensemble de biens ou d’un patrimoine afin de garantir l’exécution
d’une Obligation ou d’un ensemble d’obligations, quelle que soit la nature juridique de
celles-ci et notamment qu’elles soient présentes ou futures, déterminées ou déterminables,
conditionnelles ou inconditionnelles, et que leur montant soit fixe ou fluctuant107 ». Il résulte
de cette définition que les sûretés constituent tout moyen juridique destiné à éviter les
inconvénients de l’insolvabilité du débiteur en conférant au créancier un second débiteur ou
un droit de préférence sur le prix d’un ou plusieurs biens du débiteur, pour échapper au
concours des autres créanciers ou un droit de suite, pour poursuivre la réalisation du bien
entre les mains de toute personne à qui le débiteur en aurait transféré la propriété108. On
distingue alors les sûretés conventionnelles, les sûretés judiciaires et les sûretés légales c’est-
à-dire celles qui sont prévues par les législateurs des Etats-parties.
En effet, les sûretés légales constituent un autre domaine où le respect des règles spéciales
des suretés s’impose pour des raisons tenant, soit à leur spécificité (sûretés du droit maritime
et du droit aérien ; du nantissement de la propriété intellectuelle ; de la mise en gage de
marchandises dont le débiteur peut disposer, soit à la souveraineté des Etats 109 .
L’interprétation de ces règles qui gouvernent ces genres de sureté sont du monopole du juge
suprême interne. Il s’agit bien évidemment des règles qui ont été exclues de l’acte uniforme
portant organisation des sûretés et laissées à libre discrétion des Etats-parties. L’exclusion
de ces suretés par législateur communautaire, n’exclut pas qu’on rencontre dans un même
litige, les sûretés prévues par l’Acte uniforme et celles qui font l’objet d’une législation
107
Article 1er de l’Acte Uniforme portant Organisation des sûretés adopté le 15 Décembre 2010.
108
F. ANOUKAHA, A. CISSE-NIANG, M. FOLI, J. ISSAH-SAYEGH, I. Yankhoba NDIYAYE, M.
SAMB, les sûretés, Bruylant Bruxelles, juriscope, 2002, p.1.
109
J. ISSAH-SAYEGH, harmonisation du droit des affaires, op.cit. p.122.
50
particulière dans l’ordre interne. A la lecture des dispositions de l’article 4 alinéa 4 de l’Acte
uniforme portant organisation des sûretés (AUS) qui prévoit que : « les sûretés propres au
droit fluvial, maritime et aérien, les sûretés légales autres que celles prévues par le présent
acte uniforme, ainsi que les sûretés garantissant l’exécution de contrats conclus
exclusivement entre établissements de financement, peuvent faire l’objet de législations
particulières110 » ; on ne se rend compte que le domaine d’application matérielle ou ratione
materiae de l’acte uniforme ne couvre pas toutes les sûretés. Ainsi, les suretés fluviales,
maritimes et aériennes, autres que celles prévues par l’acte uniforme sont régies par des
textes spéciaux. L’acte uniforme écarte toutes les nouvelles sûretés actuellement non régies
que créerait un tel Etat. Le professeur ISSAH-SAYEGH s’était posé la question suivante :
« peut-on empêcher un Etat de créer une sureté légale (hypothèque forcée, privilège général
ou spécial) au profit d’une créance jugée digne d’intérêt ? » Comme nous l’avions souligné
ci-haut, il n’est pas interdit aux Etats de créer d’autres formes de sûretés légales.
Toutefois, la faculté laissée aux Etats de créer d’autres formes de sûretés pourrait faire
resurgir un conflit de lois entre les sûretés prévues par le droit national et celle prévues l’acte
Uniforme. Il est vrai que l’article 10 du Traité de l’OHADA abroge toutes les dispositions
internes contraires au droit uniformes lorsque les textes en cause ont le même objet.
Autrement dit, en présence d’un conflit entre une norme interne et une règle du doit
Uniforme, le droit uniforme l’emporterait.
L’autre difficulté à relever sur cet aspect concerne les cas des pourvois mixtes qu’on peut
rencontrer dans la mise en œuvre du droit uniforme en matière des suretés par les juridictions
au sein de l’OHADA111. Le pourvoi mixte en question fera appel à la compétence des juges
suprêmes nationaux en vertu de la violation de la loi régissant les sûretés prévues à l’ordre
interne. Nous pensons que, le fait de laisser aux Etats cette volonté légiférer sur certaines
sûretés autres celles prévues par l’acte portant organisation des sûretés confère
automatiquement la compétence juges nationaux de cassation de connaître des affaires y
afférentes. De ce fait, ils seront en droit de conserver leur souveraineté en la matière
nonobstant l’existence d’un acte uniforme.
110
Article 4 alinéas 4 de l’acte uniforme portant organisation des suretés adopté le 15 décembre 2010.
111
Dans le cadre de l’application du droit OHADA, une affaire peut à la fois mettre en cause une sûreté prévue
par l’Acte Uniforme et celle créée par le législateur interne et relevant de la compétence de la juridiction
suprême nationale.
51
L’incomplétude ou l’insuffisance normative du droit OHADA est le phénomène qui confère
aux juridictions suprêmes nationales d’exprimer leur droit au travers des règles qui leur sont
propres qui sont contenues dans les Actes uniformes. Il s’agit logiquement d’une réalité qui
conduit à des pourvois mixtes, puisqu’il sera question deux règles qui coexistent dans une
même affaire et dont le juge national pourrait véritablement imposer sa compétence. Pour
désemparer de ce phénomène et jouer son rôle de gardienne du droit uniforme, la CCJA
assure une protection accrue et est constamment jalouse dans sa sphère de compétence.
52
CHAPITRE 2 : LA JALOUSE PROTECTION DE LA CCJA DE SON DOMAINE
DE COMPETENCE
La compétence exclusive de la CCJA est régie par les dispositions de l’article 14 alinéa 3 du
traité112. Il résulte de cette disposition que la CCJA est compétente pour connaitre de tous
les contentieux relatifs aux divers domaines du droit des affaires, dans lesquels existe une
législation OHADA, à l’exception des décisions appliquant les sanctions pénales pour
lesquelles les juridictions nationales restent compétentes 113 . Ainsi, la compétence de la
112
L’alinéa 3 de l’article 14 du Traité de l’OHADA énonce que : « Saisie par la voie du recours en cassation,
la Cour se prononce sur les décisions rendues par les juridictions d’Appel des Etats Parties dans toutes les
affaires soulevant des questions relatives à l’application des actes uniformes et des règlements prévus au
présent Traité à l’exception des décisions appliquant des sanctions pénales ».
113
B. MARTOR et S. THOUVENOT, « l’uniformisation du droit des affaires en Afrique par l’OHADA »,
pratiques et actualités du droit OHADA, journée d’étude Juriscope Potiers, Ohadata D-12-63.
53
CCJA couvre l’interprétation et l’application du traité, des règlements, et des actes
uniformes.
Cependant, il faut souligner que l’avènement du droit OHODA a par l’institution de la CCJA
a évincé les compétences traditionnelles des cours suprêmes nationales (§1), en raison de
l’objectif qui lui est assigné qui est notamment de garantir la sécurité juridique au sein de
l’OHADA (§2)
La compétence des Cours suprêmes nationales en matière du domaine du droit des affaires
a été transférée à la CCJA. C’est alors que certains auteurs ont pu estimer qu’à côté de la
juridiction supranationale (CCJA), coexistent au plan national les juridictions suprêmes
nationales dont la compétence en matière commerciale a été transférée115. Avec le traité de
l’OHADA, s’établit une dualité de juridiction de cassation116. A cet effet, Maître DOUDOU
NDOYE, Avocat et ancien ministre du Sénégal disait dans ce sens que « l’institution
114
N. FALL, « l’impact de l’érection de la CCJA l’OHADA dans les système judiciaires nationaux »,
communication scientifique, consulté en ligne.
115
O. BATOKO, rapport entre la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage et les juridictions suprêmes
nationales, Communication lors de l’atelier de formation de l’ERSUMA du 17 au 21 Septembre 2012.
116
Ibid.
54
judicaire de l’OHADA, la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage, est sûrement l’une des
institutions les plus osées de l’histoire des institutions internationales117. »
Cette restriction des compétences des cours suprêmes nationales a fait l’objet de débats lors
d’un colloque tenu à Lomé (Togo) du 06 au 09 juin 2006 par l’Association Africaines des
Hautes Juridictions Francophones (AA-HJF) sur le thème : « les rapports entre les
juridictions de cassation nationales et la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de
l’OHADA : bilan et perspectives d’avenir. » Au cours de ce colloque, il a été dit en terme de
conclusions : « est reconnaissant le travail considérable qui a été abattu jusqu’à ce jour
par cette juridiction communautaire et la nécessité de son existence, les uns et les autres ont
cependant souligné qu’il s’avérait important de tout mettre en œuvre pour éviter que les
juridictions de cassation nationales soient amenées à disparaitre un jour par le fait de la
couverture complète par la Cour communautaire de leur champ d’action car nul ne doit
ignorer ou sous-estimer le rôle important que jouent les cours de cassation nationales dans
l’édification de l’Etat de droit et de la démocratie »119. Nul ne saurait ignorer à travers les
conclusions de ce colloque, que le transfert de compétences traditionnelles des Cours de
cassation nationales à la CCJA pourrait entraîner progressivement leur disparition.
Contrairement aux autres juridictions sous régionales120, la CCJA est juridiction de droit
commun des Etats- parties de l’OHADA qui a des pouvoirs plus étendus. En vertu de ses
attributions contentieuses qui visent l’uniformisation de sa jurisprudence, les cours de
cassation nationales, se sont vues déposséder de leur compétence en matière de
l’interprétation du droit OHADA.
117
D. NDOYE, Cour Commune de Justice et d’Arbitrage des Pays de l’OHADA, Editions Juridiques
Africaines, DAKAR, P.11.
118
J. DJOGBENOU, « Entre « Cour » et « Suprême » : Quel avenir pour les juridictions suprêmes
africaines ? », réflexion introductive du colloque international sur « Les cours suprêmes africaines, des origines
à nos jours : bilan et perspectives », tenu à Cotonou, République du Bénin, les 9 et 10 novembre 2011.
119
Actes du colloque de Lomé, 7-9 Juin 2006, les cahiers de l’AA-HJF, 6ème publication.
120
Cas de la Cour de Justice de l’UEMOA, de la CEDEAO, de l’UE.
55
B- L’exclusion des juridictions suprêmes du contentieux du droit des affaires
L’exclusion des cours de cassation nationale signifie que celles-ci ont été épargnées pour
connaitre du contentieux du droit OHADA. C’est donc à dire qu’elles ont été marginalisées.
L’article 13 du Traité instituant l’OHADA dispose dans ce sens que : « le contentieux relatif
à l’application des actes uniformes est réglé en première instance et en appel par les
juridictions des Etats parties. » Il ressort de cette disposition que seules les juridictions
nationales de fond sont compétentes dans l’ordre interne pour connaître du contentieux
relatif au droit OHADA. De même, l’article 14 du Traité prévoit également que la CCJA se
prononce sur les décisions rendues par les juridictions d’appel des Etats partie lorsqu’elle est
saisie d’un recours en cassation. Cet article traduit l’unique compétence de la haute
juridiction au détriment des cours de cassation nationales en matière d’interprétation des
Actes uniformes.
Par ailleurs, la CCJA peut être saisie par renvoi d’une juridiction de cassation nationale
lorsqu’elle est saisie d’un pourvoi soulevant les questions d’application du droit OHADA, à
condition que l’une des parties à l’instance soulève cette incompétence de la Cour Suprême
nationale. Tel est le sens de l’article 18 du Traité qui énonce que : « toute partie qui, après
avoir soulevé l’incompétence d’une juridiction nationale statuant en cassation estime que
121
CCJA, arrêt n°017/2006 du 26 octobre 2006, par lequel la Cour, en réponse à une exception de litispendance
soulevée par la défenderesse au pourvoi, a estimé : « Attendu qu’il ressort de l’analyse de l’article 16 sus
énoncé du Traité susvisé que contrairement à ce que soutient la Clinique SOKHNA FATMA, la saisine de la
Cour Commune de Justice et d’Arbitrage suspend toute ^procédure de cassation engagée devant une juridiction
nationale contre la décision attaquée, même si la saisine de la juridiction nationale est antérieure à celle de la
Cour Commune de Justice et d’arbitrage et ladite juridiction ne peut reprendre l’examen de la procédure que
lorsque la Cour Commune de Justice et d’arbitrage se sera déclarée incompétente pour connaitre de l’affaire ;
qu’en l’espèce, bien que le pourvoi en cassation forme devant la Cour de cassation du Sénégal soit antérieur à
celui introduit devant la Cour de céans, il incombe à la Cour de cassation du Sénégal de suspendre l’examen
du pourvoi en cassation engagé devant elle jusqu’à ce que la Cour de céans se prononce sur le présent recours
introduit devant elle, qu’il s’ensuit que l’exception de litispendance soulevée par la Clinique SOKHNA
FATMA n’est pas fondée et doit en conséquence être rejetée.
56
cette juridiction a, dans un litige la concernant, méconnu la compétence de la Cour
Commune de justice et d’Arbitrage peut saisir cette dernière dans un délai de deux mois à
compter de la notification de la décision contestée 122 . » L’alinéa 3 de ce même article
prévoit que : « si la Cour décide que cette juridiction s’est déclarée compétente à tort, la
décision rendue par cette juridiction est réputée nulle et non avenue. » Il apparaît sans
l’ombre d’aucun doute qu’une décision rendue par une Cour de cassation nationale qui se
serait déclarée compétente à tort, et nonobstant l’incompétence de celle-ci, puisse voir sa
décision être frappée de nullité par la CCJA.
Par contre dans une espèce du 9 juin 2016, la CCJA a rendu un arrêt dont la teneur suit :
« est irrecevable le recours en annulation introduit contre un arrêt de la juridiction
nationale de cassation dès lors que l’incompétence de celle-ci n’a pas été soulevée devant
elle. 127 » Avec cette solution, il apparait sans doute que l’exclusion des juridictions
nationales de cassation n’est pas définitive, même si les textes en prévoient. Il appartient
donc aux parties litigantes de soulever l’incompétence de la juridiction nationale de cassation
lorsqu’elle est saisie pour que leur recours soit déclaré recevable par la CCJA. Dans le cas
122
Voir l’Article 18 du Traité instituant l’OHADA.
123
B. DICKO, « Rapport entre la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage et les Juridictions nationales de
cassation…
124
Cette première condition a été appliquée dans l’arrêt n°10/2004 du 26 février 2004, Affaire Maître TONYE
Arlette c/ Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit, dit BICEC.
125
La deuxième condition a été retenue dans l’arrêt n°24/2004 du 17 juin 2004, Affaire ABOA Achoumou
Etienne C/ Société Générale de Banque en Côte d’Ivoire et Souleyman SANGARE.
126
Arrêt n°50/ 2016, CCJA 3e Ch., du 25 mars 2016.
127
Arrêt n° 112/ 2016, CCJA, 1ere ch., du 09 Juin 2016.
57
contraire, l’arrêt rendu par la juridiction nationale de cassation produira ses pleins et entiers
effets. Tout plaideur négligent dans ce cas, n’aura pas sa cause défendue devant la CCJA,
qui normalement est chargée d’assurer la sécurité juridique à travers la réalisation des droits
de tous les acteurs du droit des affaires au sein de l’OHADA.
Dès lors, la sécurité juridique ou la garantie des droits au sein de l’OHADA passe par le
pouvoir de contrôle de la CCJA sur les actes juridictionnels des juges du fonds (A), puis à
travers l’interprétation de la loi nationale par son pouvoir d’évocation (B) que lui confère la
loi.
A- Le pouvoir de contrôle des actes juridictionnels des juridictions des Etas parties
Dès lors, l’application uniforme du droit ne relève pas d’une génération spontanée, mais elle
est essentiellement tributaire de paramètres techniques en ce sens que l’OHADA a choisi
comme technique du contrôle d’application du droit uniforme, le recours en cassation131. En
effet, au sens des dispositions de l’article 14 alinéas 3 du Traité de l’OHADA, la Cour est
« saisie par la voie du recours en cassation, elle se prononce sur les décisions rendues par
les juridictions d’appel des Etats parties dans toutes les affaires soulevant l’application d’un
acte uniforme … ». Il ressort de cette disposition que les décisions rendues par les
juridictions de fond en matière d’interprétation et d’application du traité, des règlements et
128
V. C. NGONO, « Réflexion sur l’espace judiciaire OHADA », consulté le 15 septembre 2021.
129
Ibid.
130
C. PUIGELIER, Dictionnaire Juridique, Ed Larcier collection paradigme, 2015, p.706.
131
V.C. NGONO, « réflexion sur l’espace judiciaire Ohada », op.cit., consulté en ligne
58
des actes uniformes sont susceptibles de pourvoi en cassation devant la CCJA. En d’autres
termes, seule la CCJA est seule compétente pour connaître du recours en cassation contre
les arrêts des Cours d’appel et des tribunaux. Compétence traditionnelle des juridictions
nationales de cassation, celle-ci a été aujourd’hui attribuée à la CCJA qui est devenue une
juridiction de cassation des Etats.
Pour certains auteurs, la technique de recours en cassation est une méthode forte car, elle
postule un abandon de souveraineté au plan judiciaire des Etats parties132. Par le mécanisme
du recours en cassation, la CCJA s’est substituée aux juridictions nationales de cassation et
exerce un contrôle de légalité des décisions rendues par les juges du fond. En ce sens, elle
est devenue une juridiction de cassation habilitée à se prononcer aussi bien sur les décisions
des juridictions du fond, première instance et appel, que les décisions non susceptibles
d’appel rendues par toutes juridictions 133 . Par ailleurs, la CCJA exerce un monopole de
contrôle dans la hiérarchie des juridictions au sein des Etats. Dans cette optique, elle aurait
remis en cause le schéma classique de la carte judiciaire des Etats membres de l’OHADA.
D’ailleurs, nul ne saurait ignorer que la fonction juridictionnelle qui est un attribut de la
souveraineté de l’Etat est assumée et exercée par l’ensemble des juridictions qui forment
dans certains pays le pouvoir judiciaire134. Plusieurs exemples en témoignes cet aspect à
l’instar de l’article 37 alinéa 2 de la constitution camerounaise du 18 janvier 1996 qui
dispose que « le pouvoir judiciaire est exercé par la cour suprême, les cours d’appels, les
tribunaux », ainsi que de la constitution gabonaise du 29 mars 1991 qui prévoit à son tour
que : « la justice est rendue au nom du peuple gabonais par la cour constitutionnelle, la cour
judiciaire, la cour administrative, la cour des comptes, les cours d’appels, les tribunaux, la
haute cour de justice et les autres juridictions d’exception ». A travers ces différentes
illustrations, il s’ensuit que le rôle d’unification des règles de droit appliquées par les
juridictions inférieures était très tôt reconnu aux Cours nationales de cassation, comme juges
132
V.C. NGONO, « réflexion sur l’espace judiciaire Ohada », op.cit., consulté en ligne
133
B. DICKO, « les rapports entre la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage et les juridictions nationales de
cassation », une contribution lors de la formation des magistrats des hautes juridictions nationales des Etats
parties à l’Ohada sous le thème : « le contentieux Ohada devant les hautes juridictions nationales des Etats
parties : interprétation et application de l’article 14 du traité OHADA par les Cours suprêmes ou de cassation
nationales ».
134
Exemples : le Cameroun où le titre V de la constitution du 20 janvier 1996 est intitulé « Du pouvoir judiciaire
» ; la république du Congo où le titre VIII de la constitution du 20 janvier 2002 est intitulé « du pouvoir
judiciaire » ; le Sénégal où le titre VIII de la constitution est intitulé « du pouvoir judiciaire », cité par V.C.
NGONO, dans « réflexion sur l’espace judiciaire OHADA ».
59
de droit135. Mais, l’avènement de l’OHADA est venu modifier ce schéma traditionnel136.
Primo, les juridictions nationales de fond sont devenues les juges de droit commun dans les
litiges relatifs à l’application et à l’interprétation des Actes uniformes 137 . Secundo,
lorsqu’elles appliquent le droit OHADA, au lieu d’être placées sous le contrôle normatif des
juridictions nationales de cassation, les juridictions de fond sont placées sous le contrôle
normatif de la CCJA138. Tout ceci parait contradictoire à des constitutions de plusieurs pays
de l’OHADA, où il est prévu une juridiction nationale suprême en matière judiciaire. A titre
illustratif, l’article 147 de la constitution du Tchad dispose que « il est institué un seul ordre
de juridiction dont la cour suprême est l’instance suprême ». Face à cette situation qui a
dépouillé les juridictions nationale de leur pouvoir de contrôle, Madame Véronique Carole
NGONO proposait une solution non négligeable qui serait de, « modifier les dispositions
nationales constitutionnelles qui instituent une juridiction suprême nationale en matière
judiciaire pour mentionner l’exception qui existe en matière de contentieux des Actes
uniformes. » A côté de son monopole sur les actes juridictionnels des juges du fond, la CCJA
use également de son pouvoir de contrôle en appliquant la loi nationale à travers sa
possibilité à évoquer l’affaire.
135
J.CHEVREAU, « La cour de cassation gardienne de l’unité du droit », in L’image doctrinale de la cour de
cassation, paris, la documentation française, 1994, p85-90.
136
V.C. NGONO, « réflexion sur l’espace judicaire Ohada », op.cit.
137
B. BOUMAKANI, « Le juge interne et le droit OHADA », Penant n° 839, 2002, pp.133-152.
138
Article 14 du traité révisé de l’OHADA
139
I. NDAM, « l’évocation en matière judiciaire : obligation ou simple faculté pour la Cour Commune de
Justice et d’Arbitrage ? », Revue de l’ERSUMA : Droit des affaires-pratique professionnelle, n°3- Septembre
2013.
60
toutes les circonstances légales qui accompagnent les faits 140 . » En droit français par
exemple, « l’évocation constitue une faculté qui appartient au juge du deuxième degré, saisi
de l’appel de certains jugements de première instance, de s’emparer de toute l’affaire, et de
statuer sur le tout, c’est-à-dire sur le fond du procès, par une seule et même décision141. »
L’évocation en matière judiciaire est d’origine française. Dans les réformes de 1972, le
pouvoir d’évocation des juridictions du deuxième degré, selon la doctrine, reposait sur l’idée
de suspicion envers les juges du premier degré. Ce qui justifiait l’infirmation complète des
décisions rendues par les juges du premier degré. Au regard de ces différentes définitions,
il résulte que l’évocation est une prérogative reconnue uniquement aux juridictions d’appel.
Cependant, le pouvoir d’évocation de la CCJA est une exception puisqu’étant une juridiction
de cassation, elle ne saurait pas être habilitée à statuer sur le fond de l’affaire. Pour certains
auteurs, le pouvoir d’évocation de la CCJA est une forme de substitution aux juridictions
nationales du fond. Cette substitution fait de la CCJA à la fois une juridiction de fond et une
juridiction de cassation. Pour Maître Bakary DIALLO, le pouvoir d’évocation constitue
« l’acte caractéristique de l’abandon de souveraineté des juridictions nationales de
fond142. » Dans ce même ordre d’idée, M. GUYENOT faisait observer que, la juridiction qui
évoque : « se trouve dans la situation du maître ou du père de famille qui, mécontent du
travail de l’élève prend sa place pour le refaire entièrement, ou l’achever avec plus de savoir
ou d’autorité. Il évoque pour terminer l’affaire et rendre lui-même la décision qui
s’impose»143. C’est ainsi que, lorsque la CCJA rend un arrêt de cassation, elle réexamine
l’affaire au fond et met fin aux débats sans aucun renvoi. L’évocation apparaît alors comme,
selon Madame Véronique C. NGONO, un moyen efficace dont dispose la juridiction
supranationale pour élargir sa saisine et accéder à une plénitude de juridiction sur l’affaire.
En accédant à une plénitude de juridiction, la CCJA s’octroie le pouvoir d’appliquer la loi
nationale même lorsque l’affaire implique à la fois une loi nationale et un acte uniforme.
Une question s’était posée si la CCJA peut-elle appliquer le droit national ? Et si elle doit le
faire peut-elle maitriser tous les codes de procédure civile des Etats membres ? A ces
140
Ibid.
141
J. VINCENT et S. GUINCHARD, Procédure civile, paris Dalloz, 27e éd., 2003, n° 1439.
142
B. DIALLO, « Réflexions sur le pouvoir d’évocation de la CCJA dans le cadre du traité de l’OHADA »,
www.ohada.com, ohadata-D-07-23.
143
J.GUYENOT, « Le pouvoir de révision et le droit d’évocation de la chambre d’accusation », Revue de
sciences criminelles et de droit pénal comparé, 1964, p561, cité par V.C. NGONO, dans « réflexion sur l’espace
judicaire », p 13.
61
questions, un auteur a souligné qu’en dehors d’un cas marginal, le juge communautaire a la
faculté d’appliquer le droit national144. Dans le contexte spécifique de l’OHADA, au lieu
que la CCJA règle les questions spécifiques qui relèvent du droit OHADA pour renvoyer les
parties à mieux se pourvoir sur les points qui ne relèvent pas du droit Ohada145, il est à noter
qu’en présence des règles de procédure nationale, l’évocation permet à la juridiction
communautaire d’appliquer toujours le droit national. Elle en a fait application dans
plusieurs arrêts tels que l’arrêt n°13 du 26 juin 2006146, arrêt n°11 du 29 juin 2006-, affaire
Centre National de Recherche Agronomique dit CNRA, le juris-Ohada n°4, 2006 ainsi que
l’arrêt Mme Roufai du 30 décembre 2008147. Dans l’affaire Dame Simpore, il était question
de savoir si les meubles garnissant les lieux loués devaient être considérés comme
immeubles soumis aux règles du bail commercial ou comme les meubles. La CCJA
répondait à cette question en estimant que d’après l’article 524 du code civil burkinabé, « les
objets que le propriétaire d’un fonds y a placés pour le service et l’exploitation de ce fonds
148
sont immeubles par destination ». Sans tenter une définition autonome de la notion
d’immeuble à la laquelle se réfère le droit OHADA du bail commercial, la CCJA a retenu la
définition donnée par le droit national burkinabé149. Selon un auteur, la diversité des règles
de procédure n’est pas vraisemblablement un obstacle à la prévisibilité.
Selon Ibrahim NDAM, l’inconvénient du pouvoir d’évocation de la CCJA est qu’ « elle lui
permet d’étendre son domaine de compétence à la connaissance du droit national. » On
assiste alors à une immixtion de la CCJA dans le contrôle de la légalité des textes nationaux.
L’application du droit national par la CCJA dans cet arrêt constitue une incursion de cette
dernière dans le domaine des juridictions suprêmes nationales. De ce fait, elle remplace à la
fois les Cours suprêmes nationales et les juridictions nationales de fond, créant d’énormes
difficultés. Malgré ces différents reproches, il est à relever que l’évocation reconnue à la
CCJA, est un attribut qui permet à cette dernière de contrôler l’application du droit OHADA
par les juges du fond. Elle lui permet de veiller à une bonne interprétation uniforme des
textes et de s’affirmer encore comme une juridiction suprême dans les Etats parties.
144
H. CHANTELOUP, « prise en considération du droit national par le juge communautaire…. », p.546.
145
G. N’GOUMTSA ANOU, op.cit., p.186
146
CCJA, 1ère chambre, arrêt, n°13 du 29 juin 2006, affaire agence d’exécution de travaux, Juris-ohada, n°4.
147
CCJA, arrêt n°059/2008 du 30 décembre 2002, recueil CCJA, n°12, 2008.
148
Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou, Jugement n°667 du 19 juin 2002, Dame SIMPORE née
GNIGNIN Téné Rasmata C/ Dame COMPAORE née GRUNER HANS Yvette, Ohadata.04-19.
149
G. NGOUMTSA ANOU, op.cit., P.182
62
SECTION 2 : LA CONSECRATION DE LA CCJA COMME JURIDICTION
SUPREME DU CONTENTIEUX DU DROIT OHADA
Partant de l’idée selon laquelle toute harmonisation du droit serait vaine sinon vidée de son
sens si les juridictions nationales pouvaient avoir chacune sa propre compréhension des actes
uniformes, ou même du traité, l’acte fondamental de l’OHADA répond au souci de
sauvegarder la logique du en instituant une Cour Commune de Justice et d’Arbitrage150. En
tant que juridiction de cassation, la CCJA constitue aussi une juridiction supranationale dans
l’exercice de ses fonctions contentieuses au sein de l’espace OHADA. Cette supranationalité
se traduit par le transfert de compétence des juridictions nationales de cassation au profit de
la CCJA pour tout ce qui est du contentieux découlant du droit harmonisé des affaires151. Eu
égard à ces différents éléments, une double observation s’impose, l’une relative à la force
attachée aux décisions de la CCJA (§1), l’autre inhérente à l’exécution transfrontalière des
décisions (§2).
La notion de force ici renvoie à la valeur attachée aux décisions de la CCJA contrairement à
celles rendues par les juridictions nationales de cassation des Etats membres. Seront donc
mis en exergue, l’autorité de la chose jugée attachée aux arrêts de la CCJA (A), puis la
manifestation de la force obligatoire reconnue à ces décisions (B).
Les décisions de la CCJA ont, dès leur rendu autorité de la chose jugée. On entend par
autorité de la chose jugée, l’ensemble des effets attachés à la décision juridictionnelle, telle
la force de vérité légale152. Pour Monsieur JEAN FOYER, l’autorité de la chose jugée est
définie comme « le caractère incontestable attribué par la loi au contenu du jugement ».
Selon lui l’autorité de la chose jugée contient un critère d’incontestabilité auquel souscrit le
Professeur Roger PERROT. Pour ce dernier, l’autorité de la chose jugée « signifie que la
décision du juge est indiscutable153. » Issue du droit civil, l’autorité de la chose jugée est
150
D. ABARCHI, « la supranationalité de l’organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des
Affaires », Revue burkinabé de droit n°37, 1er Semestre 2000, p.16, Ohadata D-02-02.
151
D. ABARCHI, « la supranationalité de l’organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des
Affaires », Revue burkinabé de droit, n°37, 1er Semestre 2000, op.cit.,p.16, Ohadata D-02-02.
152
G. CORNU, Vocabulaire Juridique, 12ème édition, P.263, V° Autorité de la chose jugée
153
J. KAMGA et H. TCHANTCHOU, « Note de jurisprudence OHADA, autorité de la chose jugée et sécurité
judiciaire dans le système juridique OHADA, www.ohada.com.
63
prévue par l’article 1350, C. civil français. En effet, cette disposition énonce que : « La
présomption légale est celle qui est attachée par une loi spéciale à certains actes ou à
certains faits ; tels sont : […] 3o L’autorité que la loi attribue à la chose jugée […] » Il
ressort de cette disposition qu’il y a une présomption légale de vérité qui est ainsi attachée à
la décision du juge154, dit l’adage « res judicata pro veritate habetur ». Connue du droit
babylonien, l’autorité de la chose jugée réaffirmée par les hauts magistrats de l’OHADA, est
une institution ancienne qui est mise en œuvre de manière pragmatique depuis le IIIe
millénaire avant Jésus-Christ155. A cette époque, les parties s’engageaient par des clauses
confirmées par un serment à ne pas revenir sur la chose jugée, à ne pas exercer une nouvelle
action pour la même affaire, sous peine de sanction pécuniaire ou corporelle 156 . En
consacrant un tel principe en droit communautaire OHADA, le législateur a voulu faire de
son usage, un instrument de rationalisation et moralisation des stratégies judiciaires des
parties qui sont généralement portées à instrumentaliser les règles de procédure nationales
pour ralentir le cours de la Justice157. Il s’agit aussi pour la CCJA de s’autoproclamer et
d’assurer la sécurité juridique au sein de l’espace OHADA.
De ce fait, l’article 20 du traité instituant l’OHADA prévoit en ces termes que : « les arrêts
de la Cour Commune de Justice et d’arbitrage ont l’autorité de la chose jugée et la force
exécutoire. Ils reçoivent sur le territoire de chacun des Etats parties une exécution forcée
dans les mêmes conditions que les décisions des juridictions nationales. Dans une même
affaire, aucune décision contraire à un arrêt de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage
ne peut faire l’objet d’une exécution forcée sur le territoire d’un Etat partie ». Il ressort de
cette disposition que la CCJA, exprime sa suprématie en faisant valoir dans l’ordre interne
des Etats ses décisions qui sont revêtues de l’autorité de la chose jugée. Ceci dit, l’autorité
attachée à ces décisions est égale à celle reconnue aux arrêts rendus par les juridictions
154
N. KANAYAMA, « On ne peut que présumer la vérité : l’autorité de la chose jugée », in Robert Joseph
Pothier d’hier à aujourd’hui, Economica, 2001. 143 ; « Vérités, droits substantiels et autorité de la chose jugée
», Mélanges S. GUINCHARD, Dalloz, 2010, p. 759.
155
C. BLÉRY, « Qu’est-ce que l’autorité de la chose jugée ? Une question d’école ? », Procédures 2007, Étude,
11, cité J. KAMGA et H. TCHANTCHOU, dans « Note de jurisprudence OHADA, Autorité de la chose jugée
et sécurité judiciaire dans le système juridique de l’OHADA », CCJA assemblée plénière, arrêt n°03/2011, 31
janvier 2011, pourvoi n° 092/2009/PC du 09 septembre 2009.
156
C. BLÉRY, « Qu’est-ce que l’autorité de la chose jugée ? Une question d’école ? », op.cit.,
157
Voir J. NORMAND, obs. sous Cass. Ass. Plén., 3 juin 1994, RTD Civ., 1995, p. 177, cité J. KAMGA et
H. TCHANTCHOU, sur le site www.ohada.com.
64
suprêmes nationales. Partant de là, il se déduit qu’entre les mêmes parties, la même chose
ne peut être jugée dans un autre procès, tel que posé par le principe « non bis in dem »158.
Dans une espèce rendue en assemblée plénière, la haute Cour consacre l’autorité de la chose
jugée comme une source de la sécurité juridique, la présente comme un principe fondamental
de justice qui participe de l’ordre public international au sens des articles 29.2 et 30.6-4 du
Règlement d’arbitrage de la CCJA et réaffirme la force du principe y compris dans le cadre
d’une instance arbitrale CCJA159.
En droit communautaire européen, les arrêts rendus sur renvoi préjudiciel ont une autorité
générale de chose jugée et s’imposent à la juridiction nationale saisie du litige160. Ainsi dans
l’espace OHADA, les arrêts de la CCJA s’imposent toujours au juge national des Etats
parties, ce qui est l’expression de sa supériorité.
Cependant on serait tenté de se poser la question de savoir si l’autorité de la chose jugée qui
est reconnue aux arrêts de la CCJA est absolue. La réponse à cette question sera nuancée
dans la mesure où il existe des voies de recours possibles contre les arrêts de la CCJA,161
nonobstant l’autorité qu’ils revêtent dans l’ordre interne. D’ailleurs, cette même décision
peut faire l’objet d’une rectification d’erreur de plume ou matérielle. De plus, en cas de
décisions définitives qui concernent les mêmes parties et le même objet, en particulier l’une
rendue par une Cour Suprême nationale et l’autre par la CCJA, laquelle des décisions
prévaudraient. Bien qu’elle permette de garantir et renforcer la sécurité juridique et judicaire,
dans le système juridique de l’OHADA, elle est empreinte des difficultés dans l’atteinte des
objectifs à lui fixer. L’autorité de la chose jugée telle qu’exposée a pour conséquence directe
le dessaisissement de la juridiction qui en a statué.
158
Commentaire sous l’article 20 du Traité instituant l’OHADA.
159
CCJA, Assemblée plénière, arrêt n°03/2011, 31 janvier 2011, pourvoi n° 092/2009/PC du 09 septembre
2009.
160
E. JEULAND, Droit processuel général, 2ème édition Montchrestien, Lextenso, p. 440.
161
Il est fait allusion aux recours extraordinaire tels que la tierce opposition et le recours en révision prévus par
le traité de l’OHADA.
65
décision d’incompétence, d’un renvoi pour cause de sûreté, etc.), soit du fait de l’avoir
jugée 162 ». Le principe du dessaisissement signifie que le juge épuise son pouvoir en
prononçant sa sentence163. Il s’agit bien évidemment d’une ancienne règle qui était déjà
admise par le droit romain, que l’on résume habituellement dans le brocard suivant : lata
sententia judex desinit esse judex (« La sentence une fois rendue, le juge cesse d’être juge
»)164. Inspiré du droit romain, le législateur français en a consacré en son article 481, al. 1
du Code Civil qui exprime cette conséquence de l’acte juridictionnel de la manière suivante :
« le jugement, dès son prononcé, dessaisit le juge de la contestation qu’il tranche ».
La mise en œuvre de ce principe a été illustrée dans un arrêt de la Cour de cassation en date
du 6 juin 1996. Au sens de cette jurisprudence, les juges de droit relèvent que, « quand le
juge rend un jugement qui touche tout ou partie du litige, il a épuisé son pouvoir
juridictionnel pour ce qui a été tranché. Il lui est désormais interdit de revenir sur ce qu’il
a fait et de modifier sa décision 165». De ce fait, toute décision ayant acquis autorité de la
chose jugée, entraine le dessaisissement du juge et est opposable aux tiers ; les juges ayant
pris une décision qui a une autorité ne peut plus revenir sur sa décision, il est dessaisi166.
Dans l’espace OHADA, les arrêts rendus par la CCJA ayant acquis autorité ne peuvent plus
faire l’objet d’une autre décision. En effet, l’article 20 du Traité de l’OHADA prévoit de
façon implicite, le dessaisissement de la CCJA ainsi que de toute juridiction nationale de
cassation qui serait appelée à trancher de nouveau l’affaire ayant déjà fait l’objet d’une
décision. C’est donc par souci de protection de son domaine de compétence que la haute
cour de l’OHADA s’interdit et interdit les juges des cours suprêmes nationales de trancher
à nouveau un litige concernant les mêmes les parties avec une identité de l’objet du litige.
C’est dire qu’aucune juridiction de cassation nationale ne saurait modifier la quintessence
de la décision de la CCJA.
162
G. CORNU, op.cit., p.742, V° le dessaisissement
163
Jurisprudence constante : Civ. 2e, 9 juill. 2009, Procédures 2009, no 352, note Perrot ; 6 juin 1996, D. 1996.
Somm. 353, obs. Julien. C. BLERY, L’efficacité substantielle des jugements, LGDJ, 2000, préf. P. Mayer,
n. 218-222.
164
C. CHAINAIS, F. FERRAND, L. MAYER et S. GUINCHARD, Procédure civile Droit interne et
européen du procès civil, 34ème édition, Dalloz, p.850.
165
Cass., 2ème Civ., 6 Juin 1996, Bull. Civ., II, n°144, cité par Th. LE BARS, Droit judiciaire privé, au n°356 ;
JP LUX., 14 Février 2007, n°732/2007.
166
E. JEULAND, op.cit., p.436.
66
Le dessaisissement n’empêche pas en droit OHADA un recours pour rectification d’une
erreur de plume, d’erreur matérielle ou d’omission dans la rédaction du dispositif. En droit
togolais, l’article 136 du Code de procédure civile dispose : « les erreurs ou omissions
matérielles qui affectent un jugement, même passé en force de chose jugée, peuvent toujours
être réparées par la juridiction qui l’a rendu ou par celle à laquelle il est déféré, selon ce que
le dossier révèle ou, à défaut, ce que la raison commande167». En outre, le dessaisissement
ne fait pas obstacle à un recours en interprétation devant la CCJA qui a rendu l’arrêt objet
du recours.
Les arrêts rendus par la CCJA s’imposent aux Etats membres de l’OHADA sous l’effet de
la supériorité de la juridiction dont elle émane. Une décision rendue par la CCJA est
supposée produire ses effets dans tous les Etats parties de l’OHADA. Dès lors, l’exécution
transfrontalière des décisions de la CCJA, suppose la reconnaissance de celles-ci dans l’ordre
interne (A) ainsi, que de leur exécution forcée sur le territoire ou elle est censée être
applicable (B).
A- La reconnaissance des décisions rendues par la CCJA dans l’ordre interne des
Etats
Aux termes de l’article 20 du traité précité, les arrêts de la CCJA reçoivent sur le territoire
de chacun des Etats une exécution qui se déroule dans les mêmes conditions que les
juridictions nationales168. A cet égard, l’exécution de l’arrêt de la CCJA ne nécessite pas le
prononcé préalable d’une décision d’exequatur habituellement délivrée par l’autorité
judiciaire nationale compétente169. C’est dire alors que les décisions rendues par la haute
Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) de l’OHADA, sont directement
applicables dans l’ordre interne sans aucune formalité procédurale d’exequatur. Il faut
souligner que l’exequatur est un mécanisme de reconnaissance des décisions dans l’ordre
167
Article 136 de la loi du 21 Avril 2021 portant code de procédure civile au Togo.
168
L’article 20 du Traité de instituant l’OHADA.
169
N. FALL, « L’impact de l’érection de la CCJA de l’OHADA dans les systèmes judiciaires nationaux »,
op.cit. P.6
67
juridique interne. Conformément à l’article 41 du Règlement de procédure de la CCJA,
« l’arrêt a force obligatoire à compter du jour de son prononcé ». Mais, la CCJA étant
considérée comme une juridiction du troisième degré, ses arrêts ont donc pour effet de
neutraliser toutes décisions contraires des juridictions nationales. En termes clairs, ses arrêts
ne font pas l’objet d’un contrôle du juge national170.
Par ailleurs, l’article 46 du Règlement de procédure de la CCJA relève que seule la formalité
d’apposition de la formule exécutoire est effectuée selon les règles gouvernant la procédure
civile. Les dispositions contenues dans cet article précisent que : « la formule exécutoire est
apposée, sans autre contrôle que celui de la vérification de l’authenticité du titre, par
l’autorité nationale que le gouvernement de chacun des Etats parties désignera à cet effet et
dont il donnera connaissance à la Cour171 ».
170
R. DAVAGAN, « L'exécution des décisions de la CCJA dans les droits internes », Blog du Billet,
www.legalvox.com
171
Il s’agit des dispositions qui sont prévues à l’article du Règlement de procédure de la CCJA.
172
G. VOGEL, Les pandectes procédure civile, édition, pomoculture larcier, 2018.
173
H. GAUDEMET-TALLON, « La reconnaissance des jugements étrangers portant sur une somme d’argent,
en matière civile et commerciale », Revue Internationale de droit comparé, 1986/ 38-2/ pp 487-509,
www.persee.fr.
68
équivoque174. Il apparait sans doute que l’exécution de ces jugements se fait sans aucun
mécanisme d’exequatur y afférent.
Il s’agit alors d’une transposition de pure et simple de ce droit dans l’ordre juridique
communautaire de l’OHADA où les arrêts de la CCJA sont exempts de la procédure
d’exequatur. Seule l’exécution des sentences arbitrales est soumise à une procédure
d’exequatur dans le système juridique de l’OHADA. L’article 30.1 de l’acte uniforme relatif
au droit de l’arbitrage énonce que « la sentence est susceptible d’exequatur dès son
prononcé… » Dès lors, la reconnaissance des arrêts de la CCJA dans les Etats parties a
tendance à justifier l’attitude de cette Cour vis-à-vis des juridictions suprêmes nationales.
Cette même reconnaissance explique sans doute le recours à l’exécution forcée en cas
d’inexécution volontaire d’une décision.
L’exécution forcée est une mesure consacrée par le législateur OHADA pour donner force
et vigueur à ces décisions dans l’ordre interne. En procédure civile, l’exécution forcée
s’entend comme toute possibilité offerte à tout créancier de contraindre son débiteur
défaillant à exécuter ses obligations à son égard, dans les conditions prévues par la loi175.
Par ailleurs, le « Vocabulaire juridique » de G.CORNU définit l’exécution forcée comme
« l’exécution d’une convention ou d’un jugement imposée au débiteur sur sa personne ou
sur ses biens par le ministère d’un officier public compétent, et, au besoin, de la force armée,
en observant les formalités prescrites par la loi ». En droit OHADA, le principe de
l’exécution forcée des arrêts de la CCJA a été consacré par l’article 28 alinéas 1er de l’Acte
uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies
d’exécution176. Néanmoins, ce principe présente un caractère accessoire ou subsidiaire dans
la mesure où c’est en l’absence d’une exécution volontaire, que l’exécution forcée intervient.
L’exécution forcée des décisions de la CCJA dans l’ordre interne est effectuée au même
titre que celles rendues par les juridictions suprêmes nationales. Tout comme les autres
décisions rendues par les juridictions nationales de cassation, les arrêts de la CCJA
174
E. JEULAND, Droit processuel général, op.cit., p.609.
175
S. GUINCHARD et Th. DEBARD, Lexiques des termes juridiques, 21ème édition Dalloz, 2014, p.414
176
Il résulte de l’article 28 alinéa 1er de l’AUPSRVE qu’ « à défaut d’exécution volontaire, tout créancier peut,
quelle que soit la nature de sa créance, dans les conditions prévues par le présent acte uniforme, contraindre
son débiteur défaillant à exécuter ses obligations à son égard ou pratiquer une mesure conservatoire pour
assurer la sauvegarde de ses droit »
69
bénéficient également de ces mêmes prérogatives en vue de leur exécution dans l’Etats où
ils sont censés être appliqués. Dès lors, la garantie exigée de la puissance publique pour
l’exécution des décisions internes, expression de la souveraineté de chaque Etat, l’est d’une
manière générale pour les arrêts de la CCJA. L’article 29 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures Simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution dispose
en ce sens que : « L’Etat est tenu de prêter son concours à l’exécution des décisions et des
autres titres exécutoires. La formule exécutoire vaut réquisition directe de la force publique.
La carence ou le refus de l’Etat de prêter son concours engage sa responsabilité. » Ainsi, le
législateur OHADA élève en obligation impérative « l’Etat est tenu… », qui est l’assistance
de l’Etat à l’exécution forcée177. L’Etat se meut alors, dans le cadre de l’exécution forcée,
par les forces de l’ordre qui sont appelées à assister les agents en charge de l’exécution178.
Tous les attributs accordés aux décisions de la CCJA dénotent encore une fois de l’impérium
de cette juridiction qui a supplanté les juges suprêmes des Etats parties. Autrement dit, avec
tous ses attributs, la CCJA cherche à s’imposer par ces actes juridictionnels dans l’ordre
juridique interne tout comme la Cour européenne de droit l’homme.
177
J. DJOGBENOU, L’exécution forcée droit OHADA, 2ème édition, CREDIJ, p.44.
178
Ibid.
179
Arrêt de la CEDH du 31 Mars 2005, Matheus C/ France, n°6274000.
180
CEDH, 26 sept. 2006, Société de gestion du port de Campooro et Société fermière de Campooro c. /France,
Req. N° 57516/00.
181
C. BRENNER, « Le droit de l’exécution forcée : entre mythe et réalité », Actes du Vème colloque organisé
par la revue de droit et procédures- La revue des huissiers de justice, Paris, Cour de cassation, Première
Chambre civile les 27 et 28 Avril 2007, Collection Droit et procédure, p.21
70
dans cette logique en attribuant à ses arrêts la même force que les décisions internes. La
position de la CCJA sur la protection accrue de son domaine de compétence garantissent-
elles la sécurité juridique voulue par les fondateurs de l’OHADA ?
71
PARTIE II : L’INSECURITE DU FAIT DES
POURVOIS MIXTES EN DROIT OHADA
72
L’insécurité est une conséquence directe de la sécurité juridique182. Ainsi, la sécurité selon
le dictionnaire français « Le Grand Larousse » suppose le manque sécurité ou l’état de ce
qui est sûre, c’est-à-dire la situation dans laquelle, quelqu’un ou quelque chose n’est exposé
à aucun danger 183 . Mieux, dans son rapport public de 2006, le Conseil d’Etat définit la
sécurité juridique comme un principe (de sécurité juridique) qui implique que les citoyens
soient, sans que cela appelle de leur part des efforts insurmontables, en mesure de déterminer
ce qui est permis et ce qui est défendu par le droit applicable. Pour parvenir à ce résultat, les
normes édictées doivent être claires et intelligibles, et ne pas être soumises, dans le temps, à
des variations trop fréquentes, ni surtout imprévisibles184.
182
O. ETOUNDI, « Le rôle des organisations internationales dans le développement économique et la justice
équitable », Communication lors du 22ème congrès International des Huissiers de Justice, tenu à Madrid 2-5
2015.
183
Dictionnaire Français, le Grand Larousse, P.621
184
F. O. ETOUNDI, op.cit.
185
Ibid.
186
P. MEYER, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », Penant 855, P.151, Ohadata D-
06-50.
187
Ibid.
73
conflit de compétence entre la CCJA et les Cours suprêmes nationales (Chapitre I), sans
ignorer les incertitudes juridiques engendrées par les pourvois mixtes (Chapitre II).
L’organisation judiciaire telle qu’elle existe dans l’espace OHADA implique nécessairement
une cohabitation entre les Cours nationales de cassation compétentes pour connaître des
litiges relatifs au droit non-harmonisé et la CCJA dont la mission est d’assurer l’unité
d’interprétation et d’application de tous les textes communautaires dans tous les Etats
Parties188. La délimitation du domaine de compétence entre la CCJA et les Cours suprêmes
nationales a été clairement définie par les dispositions de l’article 14 du Traité. Néanmoins,
il faut signaler que le partage de compétence entre ces deux juridictions n’est pas aisé en ce
sens que les cours nationales résistent à renoncer à leur compétence dans le cadre de
l’interprétation du droit OHADA. D’un autre côté, l’empiètement sur le domaine de
compétence des Cours nationales de cassation par la CCJA suscite également des
interrogations sans fin.
188
S. A. ADJITA, « Les problèmes de cohabitation entre la Cour Commune de justice et d’Arbitrage et les
Cours nationales de Cassation », Revue de droit uniforme, n° 3, p. 85, Ohadata D-11-73.
189
J. WAMBO, « La mise en œuvre juridictionnelle du droit OHADA : la Cour Commune de Justice et
d’Arbitrage », Actes du Conseil National des Barreaux sur l’OHADA, un passé, un présent, un avenir ;
Emergence d’un nouveau pôle de développement, Lyon 24. 25 Avril 2014.
74
d’analyser. D’un autre côté, il sera question d’aborder la prise à partie comme mode
échappatoire de la compétence de la CCJA (§2).
La résistance des Cours nationales de cassation dans le cadre de cette étude laisse entrevoir
que ces juridictions refusent parfois de s’incliner devant la CCJA dans certaines
circonstances. On assiste dès lors, à la soustraction de la compétence de la CCJA par les
juridictions nationales de cassation (A), ainsi qu’au zèle de ces juridictions en cas
d’incompétence partielle (B).
Les Cours suprêmes nationales, dans le but de préserver leur souveraineté dérobent à la
CCJA sa compétence lorsqu’elles sont saisies d’une affaire. Il faut dire que la substitution
de la CCJA aux Cours suprêmes nationales engendrée par le Traité, synonyme de l’abandon
de souveraineté des Etats membres190, n’est pas tout à fait définitive. Il est bien vrai que
lorsqu’une juridiction statue en dernier ressort sur un contentieux relevant d’un acte
uniforme, le contrôle de sa décision relève non de sa juridiction suprême nationale191, mais
de la CCJA192. Le transfert de compétence a froissé les Cours suprêmes nationales qui se
sont senties dépossédées d’une partie importante de leur contentieux193.
190
S. SMIS et E. LELO PHUATI, « l’institution de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage : un péril
pour l’effectivité du droit d’accès à un juge de cassation dans l’espace OHADA ? », in Mélanges en l’honneur
du Professeur Cossi Dorothé SOSSA, Droit et investissement, Tome II, Edition CREDIJ, P.562.
191
L’article du Traité de 1993 énonce que « le contentieux relatif à l’application des actes uniformes est réglé
en première instance et en appel par les juridictions des Etats paries. »
192
L. POULET « la cassation ici ailleurs. L’exemple de la CCJA », in Mélanges en l’honneur du Professeur
Cossi Dorothé SOSSAH, Droit et investissement, Tome II, Edition CREDIJ, P.479.
193
L’Association africaine des hautes juridictions francophones (AA-HJF), lors d’un colloque tenu en juin
2006 à Lomé sur les « Rapports entre les juridictions de cassation nationales et la Cour Commune de Justice
et d’Arbitrage : bilan et perspectives d’avenir ».
194
L. POULET : « cassation ici et ailleurs. L’exemple de la CCJA », op.cit., P.481.
75
de la compétence dévolue à la CCJA intervient lorsqu’une cour nationale de cassation
tranche un litige entrant dans le champ d’application d’un acte uniforme, encore qu’une
partie n’ait eu l’audace de soulever son incompétence encours de procédure.
Cette situation s’est faite observée au Cameroun où la Cour suprême de ce pays avait
tergiversé dans sa jurisprudence 195 avant de revenir à la normal. En effet, tout part de
l’ordonnance n°090 du 03/01/2005 rendue dans une cause opposant la Société Restaurant
China Town Sarl à Meyou196. La procédure en cause portait sur une expulsion qui est fondée
sur le bail commercial prévu par l’Acte Uniforme relatif au droit commercial général.
Dans cette affaire, dans cette affaire la Cour le conseil de M. Meyou Michel a soulevé in
limine litis, l’incompétence de la Cour de la Suprême au profit de la CCJA en application
de l’article 14 du Traité relatif à l’Harmonisation du droit des Affaires en Afrique.197
195
R. TAGNE, « la Cour suprême du Cameroun en conflit avec la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage »,
op.cit., Ohadata D-08-30
196
Ordonnance n°090/ du 03/01/2005 rendue par la Cour suprême du Cameroun.
197
R. TAGNE, « La cour Suprême du Cameroun en conflit avec la Cour Commune de Justice et
d’Arbitrage », op.cit., Ohadata D-08-30. Dans cette affaire : « M. Meyou Michel a obtenu devant le Tribunal
de première Instance de Yaounde Centre Administratif, l’expulsion de la Société China Town de son immeuble
dans lequel est exploité un restaurant. Par arrêt n°282/Civ. Rendu le 23/06/04, la Cour d’appel du centre de
Yaounde, statuant sur appel de la Société chinoise, a confirmé la décision en ce qu’elle a ordonné l’expulsion
de cette Société, avant de ramener les astreintes à 100000F par jour de retard à compter de la signification. La
Société locataire par l’entremise de son conseil, a formé pourvoi contre l’arrêt de la Cour d’appel et au même
saisi le Président de la Cour Suprême d’une requête aux fins de sursis à exécution. Dans sa requête aux fins de
sursis à l’exécution, la Société China Town dénonce la violation des articles 92 et 95 de l’Acte Uniforme relatif
au droit commercial général. M. Meyou Michel par le biais de son conseil soulève in limine litis,
l’incompétence de la Cour de la Suprême au profit de la CCJA en application de l’article 14 du Traité relatif
à l’Harmonisation du droit des Affaires en Afrique ».
198
Ordonnance n°090/ du 03/01/2005 rendue par la Cour suprême du Cameroun.
76
de la CCJA. Il apparait dans cette affaire que seule la CCJA était compétente pour connaitre
de ce pourvoi formé. Mais cette compétence lui a été soustraite par la Cour Suprême qui
malgré son incompétence a rendu sa décision au mépris des dispositions du droit
communautaire. Au-delà de la volonté des Cours nationales suprêmes de dérober la
compétence de la CCJA, il est également noté un zèle de la part celles-ci en cas compétence
partielle.
199
T. O. KABATE, la cohabitation entre la CCJA et les juridictions suprêmes nationales dans l’espace
OHADA, op.cit. P.28.
200
F. T. TJOUEN, cité par T. O. KABATE, in la cohabitation entre la CCJA les juridictions suprêmes
nationales dans l’espace OHADA, p. 28.
201
D. BAKARY, « la répartition des compétences dans un litige où s’entrechoquent et mêlent des matières
juridiques harmonisées et les matières juridiques non harmonisées », notes sous arrêts C. Cass. Sénégal du 19
Janvier 2005, n°36 Jamel SALEH c/ Société ULMAN Sa et Alioune BABOU c/ Mbacké DRAME, Revue juris
Info N°11, P.24.
202
B. DIALLO, op.cit., P 1
77
soulevant les questions relatives à l’application d’un Acte uniforme, a décidé de surseoir à
statuer pour les autres moyens ayant trait au droit interne non harmonisé et renvoyer
l’affaire devant la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage en vertu des articles 14, 15 et 16
du Traité de l’OHADA203. Un auteur a pu dire que, « la décision de cette haute juridiction
Sénégalaise procède à une démarche volontaire en direction de l’ordre juridique OHADA,
tel qu’il a été voulu par le législateur communautaire ». Cette volonté de la Cour Suprême
du Sénégal de laisser l’ensemble de l’affaire à la CCJA s’inscrit dans une logique qui
consiste à éviter toute confrontation avec celle-ci.
Cependant dans l’affaire « Snar Leyma »204, la Cour Suprême du Niger a pris le contrepied
de la haute juridiction Sénégalaise à travers un arrêt emblématique rendu le 16 Août 2001.
En l’espèce, la Cour Suprême du Niger était appelée à statuer sur un pourvoi formé par la
Société Snar Leyma en date du 29 Mai 2001 tendant à l’annulation de la décision rendue par
la Cour d’appel de Niamey. La requête introduite devant la Cour contenait plusieurs moyens
de cassation soumis à son examen. De plus, les arguments développés dans cette requête par
les parties portaient sur la violation à la fois du Code de procédure civile nigérien, le code
civil et le droit OHADA205. Il résulte des moyens invoqués que le pourvoi formé devant cette
juridiction portait à la fois sur le droit national notamment la violation de l’article 809 du
Code de procédure civil nigérien et l’article 516 de l’Acte uniforme relatif au Droit des
Sociétés Commerciales et du Groupement d’intérêt économique.
La cour suprême du Niger s’est déclarée compétente en estimant à travers son attendu
principal que, « la CCJA est compétente dans les seuls litiges impliquant l’application des
actes uniformes, et particulièrement lorsque le pourvoi est fondé sur les actes uniforme ; que
le pourvoi, dans le cas d’espèce, n’étant pas exclusivement fondé sur la violation d’un acte
203
B. DIALLO, op.cit., P 1
204
Arrêt n°01-158/C du 16/08/2001 Chambre Judiciaire de la Cour Suprême du Niger, Ohadata J. 02-36. Il
ressort de cet arrêt que, la Société Nigérienne d'Assurance et de Réassurance Leyma (SNAR Leyma), lors d'une
assemblée générale de ses actionnaires, avait décidé de l'ouverture de son capital à de nouveaux actionnaires
par une opération de recapitalisation. C'est ainsi que le Groupe Hima Souley décida d'entrer dans le capital de
la compagnie d'assurance, souscrivant alors à une partie des 70000 nouvelles actions émises. Les opérations
de souscription, lesquelles étaient coordonnées par un notaire désigné par la SNAR Leyma, ont, par la suite,
engendré un litige. Le Groupe Hima Souley reprochait à la compagnie d'assurance de n'avoir pas libéré toutes
les actions comme elle le prétendait et voulait, pour cela, qu'une nouvelle assemblée générale des actionnaires
soit convoquée pour examiner le problème, ce qu'avait refusé de faire la SNAR Leyma.
205
A. KANTE, « La détermination de la juridiction compétente pour statuer un pourvoi formé contre une
décision rendue en dernier en application des actes uniformes », observations sur l’arrêt de la Cour Suprême
du Niger du 16 Août 2001, Ohadata D-02-29.
78
uniforme, mais prenant également appui sur des dispositions du Code de procédure civile,
du Code civil et du Code CIMA, sa compétence se trouve amplement justifiée » 206 . A
l’analyse de cette solution, il est claire que la compétence a été battue en brèche, ce qui
dénote des intentions cette Cour Suprême à résister à la haute juridiction communautaire en
cas de son incompétence partielle. Par ailleurs, sur une question qui relève indubitablement
de la CCJA, les parties peuvent faire recours au mécanisme de prise à partie pour contourner
la CCJA.
L’analyse de la prise à partie dans le cadre d’un recours consistera à clarifier cette notion
(A), avant d’analyser la compétence de la juridiction à connaitre des décisions rendues sur
la base de la prise à partie (B).
206
D. ABARCHI, « Observations sur l’arrêt de la Cour Suprême du Niger du 16 Août 2021 », Ohadata J-02-
28.
207
C. PUIGELIER, Dictionnaire juridique, édition Larcier, coll paradigme p.983, V° prise à partie
208
G., CORNU, (dir.), le vocabulaire juridique, 12ème édition, PUF, p.700, V° prise à partie
209
Article 264 de la loi n°2021-007 du 21 Avril 2021 portant Code de procédure civile.
79
concussion, faute lourde professionnelle commise au cours de l’instruction ou lors du
jugement ; ou encore lorsqu’il y a déni de justice, c’est-à-dire refuse de statuer sur une
affaire. Quant à son homologue français, le terme prise à partie est consacré par les 366-1 à
366-9 du Code de Procédure Civile français. Au sens de ces dispositions précitées, la prise
à partie en droit français fait l’objet d’une requête aux fins d’autorisation contenant l’énoncé
des faits reprochés au juge et les pièces justificatives 210 . Dès lors, pour poursuivre un
magistrat pour prise à partie dans un procès, le plaignant doit obtenir une autorisation du
premier président de la Cour d’appel du ressort où se trouve le juge en question.
Au regard de ces différentes définitions qui ont permis de développer les différents contours
de la notion de prise à partie, il important de se poser la question suivante : comment la prise
à partie peut être un moyen de contournement de la compétence de la CCJA ? Outre la
question ainsi posée, il serait aussi important, de se demander si la CCJA est compétente
pour connaitre d’un recours de prise à partie contre un arrêt rendu par une Cours d’appel.
Ces diverses interrogations suscitent une réflexion sur la juridiction compétente pour
connaître d’un recours de prise à partie contre un arrêt rendu sur l’application d’un Acte
uniforme de l’OHADA.
210
Il s’agit des dispositions prévues aux 366-1 et 366-2 du Code de procédure civile français, Dalloz, 2013.
211
O. MULAMBA, Des procédures de récusation et de suspicion légitime en droit congolais, Kinshasa,
Edition Via Nova, 2012, p. 45, cité par Benjamin KAGINA SENGA, in Revue du Droit des Affaires en
Afrique, 2018, P.7
80
comportement reproché à un magistrat212. » Il résulte alors de cette décision que la Cour
commune de justice et d’arbitrage est incompétente pour connaître d’une matière de prise à
partie prise contre un magistrat car cette matière relève non pas des actes uniformes, mais
du droit interne d’un Etat, en l’espèce la République Démocratique du Congo213.
Mais comment en est-on arrivé là ? En effet, les sociétés CREC Ressources Universal et
MKM avaient saisi la Cour suprême de justice de la RDC en prise à partie pour dol contre le
Magistrat AMISI Moussa afin de faire établir sa responsabilité civile et demander réparation
des préjudices qu’ils avaient subis de par sa faute suite au jugement RAC 1147 du 20 janvier
2014 rendu par lui, ce, en dépit des rappels par eux faits sur les irrégularités dont était
entachée la procédure. Ainsi saisie, la Cour suprême de la RDC rendit, le 5 juin 2015, l’arrêt
RPP 1017 condamna le Magistrat AMISI Moussa. C’est donc contre cet arrêt que le
magistrat pris à partie fit le recours devant la CCJA. Dans leur mémoire en réponse, les
défendeurs en pourvoi avaient soulevé l’incompétence de la CCJA au motif que le litige
déféré devant elle porte sur une matière de prise à partie dans laquelle la responsabilité
professionnelle du demandeur au pourvoi était engagée pour comportement dolosif en
application de la loi organique n°13/010 du 19 février 2013 relative à la procédure devant la
Cour de cassation et qu’il n’est nullement relatif à l’interprétation ou à l’application d’un
quelconque Acte uniforme.
Dès lors, un litige qui soulève l’application d’un acte uniforme peut donner lieu à un arrêt
rendu par une Cour d’appel. En cas de prise à partie prise contre cet arrêt, seule la Cour
212
CCJA, 3ème Ch., n°158/2016, du 27 Octobre 2016.
213
T.I. TSHIBAMBA, « le recours contre une décision de prise à partie ne relève pas de la CCJA », 2016,
www.lexology.com.
214
B. KAGINA SENGA, « De la compétence exclusive de la CCJA à la lumière de l’article 32 de la loi
congolaise de 2013 relative aux juridictions de l’ordre judiciaire de 2013 », op.cit., P.8
81
suprême nationale sera compétente pour statuer bien qu’il soit rendu en application d’un acte
uniforme de l’OHADA. Bien que cette procédure ne touche le fond du procès, la juridiction
suprême nationale saisie serait appelée de toute manière à se prononcer. Aussitôt, la décision
de prise à partie obtenue, il reviendra à la CCJA de statuer sur le fond du litige. Cet état de
chose pourrait être considéré comme une faille pour les juridictions suprêmes nationales de
connaître des affaires soulevant l’application d’un acte uniforme. Par ailleurs, Benjamin
KAGINA SENGA lance une sonnette d’alarme en estimant qu’il existe à l’instars de l’arrêt
de la Cour Suprême de justice de nombreux cas de ces genres qui ont été portés devant ladite
Cours en procédure de prise à partie ; d’où, la crainte de voir un jour, apparemment anodin
et aux antipode du réalisme, se généraliser, en bénéficiant d’un contexte judiciaire et légal
laxiste, pour détruire l’architecture juridico-judiciaire.
Quid de la réaction de la CCJA en cas de pourvoi mixte porté devant cette haute juridiction.
82
A- Le débordement excessif de la CCJA en cas de pourvoi mixte
Il existe des réserves à émettre sur la position de la CCJA lorsqu’elle est saisie d’un pourvoi
mixte. Il existe plusieurs aspects concrets qui justifient les empiétements observés, et à
travers lesquels la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage est allé au-delà. Ainsi, dans
l’affaire, Agence d’exécution des travaux d’intérêts public pour l’emploi dite AGITIPE Mali
c/ Société Smeets et Zonen, deux pourvois étaient formés l’un devant la CCJA et l’autre
devant la Suprême du Mali. La CCJA qui n’était pas saisie du moyen fondé sur la violation
de la norme interne a commencé l’examen du pourvoi par le moyen tiré de la violation de
l’article 453 du Code de Procédure civile, commerciale et sociale du Mali avant de procéder
à l’examen de l’article 156 de l’acte Uniforme portant organisation des procédures
simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution. A l’issue de l’examen du pourvoi, la
Cour Commune de Justice et d’Arbitrage a cassé l’arrêt de la Cour d’appel de Mopti et en
usant de son pouvoir d’évocation, a statué sur l’ensemble du litige217. En statuant ainsi, la
215
F. FANOU, « la place du recours en cassation en droit communautaire OHADA », op.cit., p.4
216
F. FANOU, « la place du recours en cassation en droit communautaire OHADA », op.cit., p.4
217
CCJA, 1ère chambre, arrêt n° 13 du 29 juin 2006, Affaire Agence d'Exécution de Travaux d'Intérêt Public
pour l'Emploi dite AGETIPE-MALI c/ Société Smeets et Zonen, Le Juris-Ohada, n° 4/2006, p. 14. Il a été
décidé dans cet arrêt,, « S'analyse comme une note en délibéré ne respectant pas les prescriptions de l'article
452 du code malien de procédure civile, commerciale et sociale, une note qui n'est pas faite en vue de répondre
aux arguments du ministère public ou à la demande du président dans les cas prévus aux articles 450 et 452
dudit code, mais plutôt en réplique aux conditions de l'appelant. En décidant autrement, la Cour d'appel a violé
les dispositions de l'article 453 précité et sa décision encourt la cassation. Si les étrangers demandeurs
83
Cour a outrepassé son domaine de compétence car l’application de l’article 453 du code de
procédure civile malien qui dispose qu’ « après la clôture des débats, les parties ne peuvent
déposer aucune note à l’appui de leurs observations, si ce n’est en vue de répondre aux
arguments développés par le ministère public, ou à la demande du président dans les cas
prévus aux articles 450 à 452 ci-dessus218 », incombait uniquement à la Cour suprême du
Mali. De ce fait, seule la Cour Suprême du Mali avait compétence pour sanctionner la
violation de cette disposition.
Dans un autre arrêt rendu dans l’affaire Monsieur Ibrahim Toure C/ Monsieur Cheikna LAH,
la CCJA réaffirme sa position en retenant sa compétence sur les de cas de pourvois mixtes.
C’est ainsi qu’elle a jugé à tort une juridiction suprême nationale qui a retenu sa compétence
en présence des moyens mixtes dans la mesure où le pourvoi mettait en opposition
l’application des textes supranationaux et les moyens tirés du droit national219. A la lecture
de la solution les juges de la CCJA, l’on peut déduire qu’il y a une extension flagrante de la
CCJA sur les domaines relevant du droit interne. Il s’agit indubitablement d’une atteinte
sérieuse et injustifiée restrictive au champ de compétence des juridictions nationales de
principaux ou intervenants à une instance ont, conformément à l'article 36 du code de procédure civile malien
l'obligation de fournir caution, cette règle ne s'applique que si le défendeur le requiert avant toute défense au
fond et même avant toute autre exception. Ne l'ayant pas fait en première instance, alors qu'elle était défendeur,
elle ne saurait s'en prévaloir en cause d'appel où elle est l'appelante. Par conséquent, l'exception doit être rejetée.
Le tiers saisi s'étant abstenu à toute déclaration sur l'étendue de ses obligations à l'égard du débiteur saisi, sa
condamnation à des dommages-intérêts est régulière tant en la forme qu'au fond, dès lors que la non déclaration
dans les délais impartis par l'article 156 de l'Acte uniforme portant voies d'exécution, empêché le créancier
poursuivant de poursuivre en toute connaissance de cause la saisie attribution engagée, a causé un préjudice
certain audit créancier ».
218
Il s’agit de l’453 du Décret n°99-254 du 15 Septembre 1999, modifié par le décret n°09-220/P-RM du 11
mai 2009 (JO 2009-23)] portant Code de procédure civile, commerciale et sociale.
219
CCJA, 3ème Ch., Arrêt n°027/2014 du 13 Mars 2014, n° 052/2011/PC du 31 Mai 2011 : Monsieur Ibrahim
TOURE C/ Monsieur Cheickna LAH, Ohadata J-15-118. Les juges ont estimé que : « c’est à tort qu’une
juridiction suprême nationale s’est fondée sur sa jurisprudence selon laquelle la juridiction nationale retient sa
compétence en présence des moyens mixtes, c’est-à-dire lorsque le pourvoi soulève en plus des griefs relatifs
à l’application des textes supranationaux, des moyens relatifs à l’application d’un texte national pour retenir sa
compétence, alors que l’article 14 du Traité de relatif à l’OHADA pose le principe de la compétence exclusive
de la CCJA pour connaitre du recours en cassation contre les décisions rendues par les juridictions nationales
statuant en second degré dans toutes les affaires soulevant des questions relatives à l’application des actes
uniformes. L’invocation d’une disposition interne aux côtés d’un acte uniforme comme moyen de cassation ne
peut justifier la compétence d’une juridiction de cassation nationale sans enfreindre les dispositions de l’article
14 du Traité, lesquelles reconnaissent à la CCJA une compétence entière dans toutes les affaires soulevant les
questions relatives à l’application d’un acte uniforme. C’est donc à tort que la juridiction de cassation nationale
s’est déclarée compétente, exposant ainsi son arrêt à la nullité prévue par l’article 18 du traité ».
84
cassation. Cette attitude de la haute juridiction communautaire suscite des réflexions sur les
critères qui fixent sa compétence.
En effet dans l’affaire « Port autonome de Douala C/ APM Terminal B.V. et BOLLORE
SA » dont l’arrêt a été rendu le 28 janvier 2021, il a été relevé que, si le déploiement du
champ de compétence de la CCJA constitue l’un des vecteurs de l’intégration juridique
régionale et partant du développement économique envisagé par le Traité, un tel déploiement
ne saurait dépasser le champ du «droit des affaires» défini par le Traité 220 . Ainsi, deux
menaces se profilent à l’horizon : d’une part, l’atteinte à la souveraineté des Etats risque de
menacer leur contribution au financement de l’OHADA, y compris de la CCJA, ce qui n’est
pas souhaitable ; d’autre part, les investisseurs étrangers, du continent africain ou d’ailleurs,
risquent de se préoccuper de la sécurité juridique dans l’espace OHADA, ce qui peut être un
frein pour investir dans les Etas membres de cet espace221. Pour mieux cerner les contours
de cette affaire, un bref rappel des faits et de la procédure est non négligeable.
220
Voir les articles 1 et 2 du Traité de l’Ohada.
221
M. W. BULHER, G.BERTHON et J-C. ABA’A OYONO, « quelques réflexions sur le périmètre de
compétence de la CCJA », notes sous l’arrêt n°016/2021 du 28 Janvier 2021 (N° Lexbase : A53604NT).
85
duquel le Groupement des concessionnaires a été clairement disqualifié au profit d’un
nouveau. Malgré que cet Appel (APIMI) ait été anéanti dans ses effets par une décision du
Tribunal administratif du Littoral, le 06 décembre 2019, le Conseil d’Administration du PAD
va par Résolution n°0685/19/CA/PAD décider de la mise en régie provisoire de
l’exploitation du Terminal à conteneur. Pour rappel, la régie du Terminal conteneur (RTC)
est l’organe chargé pour le PAD d’effectuer les activités de gestion, d’exploitation, et de
maintenance des installations, appareils et du domaine public portuaire. Contre cette dernière
Résolution, les deux concessionnaires vont obtenir de la présidente du Tribunal
Administratif du Littoral la suspension des effets par Ordonnance n°144/OSE/PTL/DLA/
2019 du 31 Décembre 2019. Le Port Autonome de Douala, forme alors un pourvoi
directement devant la CCJA le 27 Février 2020 contre l’ordonnance précitée222. » Contre
toute évidence, la CCJA l’en est débouté sur la totalité des moyens, au regard des deux
questions fondamentales qui ont été soulevées. D’une part, les défendeurs au pourvoi ont
invoqué une exception d’incompétence au motif qu’aucun acte uniforme n’a été invoqué
dans les faits car il s’agissait des résolutions d’une entreprise publique qui ne rentre pas dans
le champ de compétence de la CCJA, et d’autre part, le demandeur au pourvoi soutenait au
fond la juridiction administrative saisie en instance n’était pas compétente pour connaitre de
la contestation des Résolutions du Conseil d’administration d’une SA même à capitaux
public223. De façon précise, il était question de savoir si la CCJA était compétente pour
connaitre d’une décision rendue par une juridiction administrative alors qu’aucun acte
uniforme n’a été évoqué au fond du litige. En d’autres termes, si l’objet du litige entrait dans
sa compétence matérielle224.
La CCJA a cependant reconnu sa compétence, puis a rejeté le pourvoi sur le fond225. Cette
analyse de l’objet du litige de la CCJA peine à emporter la conviction dans la mesure où le
222
Voir toujours CCJA, arrêt n°016/2021 du 28 Janvier 2021, Affaire du Terminal à conteneur du Port
Autonome de Douala.
223
D. DJIOKENG, « Arrêt CCJA n°016/2021 du 28 Janvier 2021 : affaire Terminal Conteneur du Port
Autonome de Douala (PAD). Tour des compétences juridictionnelles soulevées à cette occasion », Droit des
Affaires, www.blocorporate.Com
224
M. W. BULHER, G.BERTHON et J-C. ABA’A OYONO, op.cit., p.2
225
Selon la CCJA, « la décision déférée devant la Cour de céans porte suspension des effets d’un acte pris par
un organe d’une Société Anonyme dans le cadre de la réalisation de son objet social et dont la validité ou la
légalité est contestée ; qu’il s’agit plus précisément, de la délibération du 6 Décembre 2019 intitulée
« Résolution n°0685/2019/CA/PAD », du conseil d’administration du Port Autonome de Douala, constitué
sous la forme d’une Société anonyme régie par l’Acte uniforme relatif au droit des Sociétés Commerciales et
86
pourvoi en cassation du PAD portait sur l’annulation de l’Ordonnance et non sur la
Résolution dont l’appréciation de la légalité relève des juridictions camerounaises226. En
statuant comme elle l’a fait, elle a dépassé les limites qui lui sont imparties, ce qui constitue
un risque pour la sécurité juridique. D’ailleurs, son raisonnement confirme l’inconstance de
sa jurisprudence dans la mesure où, dans certains arrêts antérieurs227, elle a eu à décliner sa
compétence défaut d’acte uniforme visé. L’autre difficulté qui frise l’opinion concerne les
frontières entre les matières commerciales (domaine du droit des affaires) et celle qui sont
civiles.
La notion « frontière brouillée », suppose simplement que les limites entre les matières du
droit des affaires et les matières civiles sont aussi pêlemêles, pour cause de l’imprévisibilité
du domaine du droit des affaires (A). Situation qui pourrait conduire à un risque d’immixtion
(B) au regard des circonstances qui pourront être évoquées.
du Groupement d’intérêt économique, applicable en République du Cameroun ; ladite résolution porte création
de la régie déléguée de gestion, d’exploitation et de maintenance du Terminal à conteneurs du Port de Douala ;
qu’un tel litige soulève indubitablement des questions relatives à l’application de l’Acte uniforme susvisé et la
décision y afférente, non susceptible d’appel, rendue par toute juridiction d’un Etat partie au Traité de
l’OHADA relève, en cassation, de la compétence de la Cour de céans ; qu’il s’ensuit que l’exception n’est pas
fondée et doit être rejetée… »
226
M. W. BULHER, G.BERTHON et J-C. ABA’A OYONO, op.cit., P.3
227
CCJA, Ass.Plén, 23 avril 2014, n°054/2014, aff : Association des propriétaires terriens expropriés de Bado
dite APTEB C/ Société WACEM SA, Société Fortia Cement SA, Monsieur PRASAD Montaparti siva
Ramavara, et 5 autres, (n° Lexbase A8351WOD) ; ou CCJA 23 Février 2017, arret, n°012/2017, « aff. Sofitex
C/ Maiitre Seck SAUOU », (n° Lexbase A4772WGT).
228
Dictionnaire français, « le Grand Larousse », p.930.
87
d’exécution, au régime du redressement des entreprises et de la liquidation judiciaire, au
droit de l’arbitrage, au droit du travail, au droit comptable, au droit de la vente et des
transports, et toute autre matière que le conseil des ministres déciderait, à l’unanimité, d’y
inclure, conformément à l’objet du présent traité et au disposition de l’article 8 ».
Il ressort clairement de cette disposition que la liste des n’est pas limitative, et qu’à tout
moment d’autres matières pouvaient intégrer le corpus juridique de l’OHADA, pourvu
qu’elles soient adoptées à l’unanimité en conseil des ministres. Cet article termine par une
formule qui ouvre la porte à l’élargissement de la matière 229 ; ce qui n’est pas sans
conséquences. Pour rappel, le traité de l’OHADA comporte dix (10) Actes uniformes qui
sont l’Acte Uniforme du 11 Mars 1999 relatif au droit de l’arbitrage, l’Acte Uniforme du 15
Décembre 2010 portant le sur le droit commercial généra, l’Acte Uniforme du 30 Janvier
2014 relatif au droit des Sociétés Commerciales et du Groupement d’Intérêt Economique,
l’Acte Uniforme du 15 Décembre 2010 relatif au droit des Sociétés Coopératives, l’Acte
Uniforme du 24 Mars 2000 portant Organisation et Harmonisation de la comptabilité des
entreprises, l’Acte Uniforme du 15 Décembre 2010 portant organisation des Sûretés, l’Acte
Uniforme portant Organisation des Procédures Simplifiées de Recouvrement et des Voies
d’Exécution, l’Acte Uniforme portant organisation des Procédures Collectives et
d’Apurement du Passif, l’Acte Uniforme du 22 Mars 2003 relatif aux Contrats de Transport
de Marchandises par Route, l’Acte Uniforme du 23 Décembre 2017 relatif au droit de
l’Arbitrage, l’Acte Uniforme du 23 Décembre 2017 relatif à la Médiation et enfin l’Acte
Uniforme du 26 Janvier 2017 relatif au Droit comptable et l’information financière. A cela
s’ajoute les règlements à savoir le Règlement de procédure de la Cour Commune de Justice
et d’Arbitrage modifié le 30 Janvier 2014 puis le Règlement d’arbitrage de la Cour
Commune de Justice et d’arbitrage du 23 Novembre 2017.
En dehors des matières ci-dessus citées, il est possible d’en ajouter d’autres au regard des
dispositions de l’article 2 précitée. Ainsi, en témoigne le projet d’Acte Uniforme portant
droit général des obligations dans l’espace OHADA230, qui a dégénéré à travers des réactions
de part et d’autre. L’adoption de l’avant-projet d’acte uniforme portant Droit Général des
229
D. ABARCHI, « la supranationalité de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des
Affaires », Revue Burkinabè de droit n°37, 2000, op.cit., P.14
230
Fondation pour le droit continental, « projet de texte uniforme portant droit général des obligations dans
l’espace OHADA », p.1
88
Obligations dans l’espace OHADA, une matière purement civile, reviendrait à déposséder
les juridictions nationales de cassation de leurs matières. Hormis le droit des Obligations, il
existe également bien d’autres qui sont dans les coulisses en particulier celui du Droit du
travail ou du droit de la propriété intellectuelle, une matière qui s’apparente au droit des
affaires etc. L’incertitude sur les limites du domaine du droit des affaires constitue un frein
à la sécurité juridique au sein de l’OHADA, surtout avec l’immixtion dans d’autres
domaines.
L’absorption par l’OHADA de ces matières précitées, constituerait non seulement une
ingérence mais aussi un acte qui viderait les juridictions nationales de cassation de leurs
matières. Il va sans dire que, l’attitude du rédacteur de l’article 2 sus-évoqué serait de mettre
à néant d’un jour à l’autre les juges suprêmes nationaux, pour ne pas dire, une dé-
configuration totale de l’appareil judiciaire au sein de l’OHADA. D’ailleurs, la position
actuelle de la CCJA mérite qu’on y prête un regard d’intérêt, dans la mesure où certaines de
ces décisions ont été rendues au mépris de son champ de compétence.
231
J. WAMBO, la saisine de la Cour Commune de Justice et d’arbitrage de l’OHADA en matière contentieuse,
Guide pratique à la lumière de la jurisprudence, 1ere édition, p.21.
89
L’un des dérapages de cette juridiction concerne un compromis de vente. Avant de revenir
sur le cas lui-même, essayons de comprendre cette notion. D’abord le compromis, il s’entend
comme une convention par laquelle deux ou plusieurs personnes (en litige sur des droits dont
elles peuvent disposer) décident d’en confier la solution non à la justice étatique mais à un
ou plusieurs arbitres de leur choix 232 . Exemple de clause compromissoire en matière
d’arbitrage. Dans un autre sens, le terme est employé improprement par la pratique pour
désigner l’acte sous seings privés qui constate une vente d’immeuble avant que celle-ci ne
fasse l’objet d’un acte authentique notarié233. C’est cette seconde conception dont il a été
question dans l’affaire soumise à la CCJA.
En effet, dans un arrêt du 29 décembre 2016, la CCJA s’est arrogé le droit à interpréter un
compromis de vente immobilière. Ce qui a incité un auteur à se poser la question : « à quel
titre, la CCJA interprète un compromis de vente immobilière234 ? » Que s’est-il réellement
passé dans cet arrêt ? En l’espèce, un compromis de vente immobilière, conclu en 1998 entre
un bailleur et son locataire, prévoyait que la vente devait avoir lieu avant le 31 décembre,
que le locataire était « dispensé du paiement de loyers pour compter du jour de signature
de la présente promesse de vente » et qu’« en cas de non réalisation du présent compromis
dans le délai convenu, il est prévu sa résiliation (…) sans droit ni frais de part ni d’autre, le
promettant s’obligeant à restituer (…) l’acompte (…), le bénéficiaire étant dispensé des
loyers échus pendant la même période et devant reprendre leurs cours du seul fait de
l’expiration du délai de réalisation de la promesse de vente ». Le locataire ayant versé un
acompte et vainement attendu la réalisation de la vente, la cour d’appel de Dakar constata
la résolution du compromis, condamna le bailleur à restituer l’acompte, mais débouta le
locataire de sa demande d’indemnisation et le condamna à payer, « après encaissement
intégral de l’acompte, les loyers arriérés dus à compter du 1 er janvier 1999 saisie, la cour
suprême du Sénégal renvoya les parties devant la CCJA. La décision de la cour d’appel est
cassée pour avoir dénaturé le compromis en obligeant le locataire à payer des arriérés de
loyer, alors « que le point de départ des loyers dus (…) est fixé non à la date d’expiration
du délai de réalisation de la promesse de vente fixée au 31 décembre 1998, mais à celle de
232
G. CORNU, Vocabulaire Juridique, op.cit., p.486
233
Ibid.
234
C. GRIMALDI, « La CCJA interprète un compromis de vente immobilière. À quel titre ? », in
L'ESSENTIEL Droits africains des affaires - n°05, p.1, notes sous l’arrêt du 29 Décembre 2016.
90
la restitution de l’acompte235. Pour le Professeur Cyril GRIMARLDI, « cette décision de
la CCJA suscite des interrogations dans la mesure où elle casse une décision pour
dénaturation d’un compromis de vente immobilière, évoque et statue sans référence aucune
à un acte uniforme 236 . » Il s’agit, selon lui d’un vrai mystère. Cette solution prouve
clairement que la haute juridiction communautaire veut s’accaparer de tous les domaines du
droit. Le conflit de compétence n’est pas le seul effet néfaste des pourvois mixtes en droit
OHADA. Ces derniers créent également des incertitudes juridiques.
L’incertitude suppose le caractère de ce qui est incertain ou de ce qui est imprévisible. Parler
alors de le l’incertitude juridique revient à relever les conséquences juridiques engendrées
par les pourvois mixtes en droit OHADA. Toute situation de pourvoi mixte, qu’elle soit
portée devant une Cour Suprême nationale ou devant la CCJA, peut conduire à des risques
de maladresse. Va-t-on laisser perdurer cette situation au regard de l’évolution du droit
OHADA ? Certainement pas, car des actions doivent être envisagées pour combler ces
lacunes.
A cet effet, avant d’aborder les conséquences liées au recul de l’attractivité juridico-
économique du fait des pourvois mixtes (SECTION 2), il convient d’examiner les risques
découlant des pourvois mixtes (SECTION 1)
Encore appelés pourvois hybrides ou complexes, le maladroit des risques inhérents aux
pourvois mixtes peuvent être appréhendés sous deux angles. Premièrement, face à un
pourvoi qui soulève deux règles qui relèvent de deux ordres juridiques déférents, tout
plaideur ou justiciable pourrait être confus du choix de la juridiction devant laquelle il devrait
orienter son recours pour faire constater la violation de ses droits. Le deuxième aspect est
relatif à la complexité de ces pourvois en droit OHADA. Il résulte dans ces conditions que
235
CCJA, 3ème ch., 29 déc. 2016, arrêt n°189/2016.
236
C. GRIMALDI, « la CCJA interprète un compromis de vente immobilière. A quel titre », op.cit., p.1
91
les justiciables peuvent courir deux types de risques notamment ceux qui sont inhérents aux
hésitations à choisir sa juridiction suprême pour connaître de son recours d’une part (§1),
puis ceux qui se rapportent à la complexité des pourvois mixtes d’autre part (§2).
Devant un pourvoi mixte, les justiciables pourraient être indécis sur la juridiction suprême à
saisir en raison de la compétence concurrente (A) ou, peut être saisir une juridiction suprême
qui malencontreusement est incompétente (B).
237
S. SMIS et E. LELO PHUATI, « l’institution de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage : un péril
pour l’effectivité du droit d’accès au juge », op.cit., p.563.
238
J. DJOGBENOU, Cours de Théorie générale du procès, Master-Université de kara, 2021, p.26-27, inédit
239
Ibid.
240
Ibid.
241
Il ressort de l’article 18 du Traité de l’OHADA que toute décision rendue à tort par une juridiction suprême
nationale au mépris de la compétence de la CCJA est nulle et de nul effet.
92
Pour ASSI-N’GUESSAN, « l’effectivité de la sécurité judiciaire est mise en valeur en
fonction de la répartition de compétence qu’a faite le législateur OHADA entre les
juridictions en présence dans le contentieux.242 » Peut-on parler vraiment d’une répartition
de compétence entre la CCJA et les Cours suprêmes nationales, lorsqu’on sait que ces
dernières réclament toujours leur rôle dans l’application des actes uniformes et Traité de
l’OHADA. Dans ce sens, les réactions au sein de l’Association Africaines des Hautes
Juridictions Francophones (AAHJF) en témoignent parfaitement. De même, le Professeur
Joseph ISSA-SAYEGH dans l’un de ses articles intitulé « conflits entre droit communautaire
et droit régional dans l’espace OHADA »243, conclut en disant que, « malgré quelques études
ou colloques, timides et rares, l’identification des conflits de compétence entre les
organisations africaines normatives ou judiciaires entre elles et les pouvoirs législatifs ou
règlementaires nationaux et les juridictions nationales n’a pas retenu l’attention des
organes concernés, ni de la doctrine. C’est là une lacune préoccupante, car si c’est ces
conflits ne sont pas envisagés, dès à présent, ils risquent de surprendre fâcheusement les
parties en présence ainsi que ceux qui seront appelés à trancher244. » Il y a alors intérêt à
préciser d’emblée que les conflits de compétences visés ici sont aussi bien que des conflits
d’attribution que des conflits de juridiction 245 . Ainsi, le partage de compétence à titre
définitif, entre la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage et les Cours suprêmes nationales
est loin d’être acquis. Si rien n’est fait, comme le souligne le professeur J. DJOGBENOU,
l’évolution de la jurisprudence de la CCJA sur les questions soulevées par la détermination
de son champ de compétence est ainsi orientée dans le sens de la restriction progressive du
domaine de compétence des juridictions suprêmes nationales, lesquelles sont réduites à la
portion extrême congrue de l’examen des recours fondés sur la législation nationale246. C’est
pour éviter cette restriction de leur compétence qu’elles se saisissent farouchement de
certaines affaires qui sont portées devant elles par la pure volonté des parties.
242
R. M. ASSI N’GUESSAN, La collaboration entre la CCJA et les juridictions nationales de cassation dans
le cadre du droit OHADA, op.cit., p.86.
243
Ce Titre a été souligné par nos soins
244
J. ISSA-SAYEGH, « conflits entre droit communautaire et droit régional dans l’espace OHADA », p.7,
Ohadata D-06-05.
245
F. DECKON, « les conflits de compétence », Revue de droit uniforme africain », n°3, p.65, Ohadata D-11-
69.
246
J. DJOGBENOU, Théorie général du procès, op.cit., p.28-29.
93
B- La saisine probable de la juridiction suprême incompétente par l’une des
parties
Il est de principe que tout justiciable a droit à un juge afin que sa cause soit entendue. De ce
fait, la saisine probable d’une juridiction suprême nationale par les parties dans le cadre d’un
litige soulevant les questions relatives à l’application d’un acte uniforme n’est pas en soi une
violation. Il s’agit simplement d’un droit fondamental qui est reconnu à tout justiciable de
saisir la plus proche. En effet, le droit d’accès au juge suprême national est une prérogative
reconnue à toute personne qui s’estime lésée de disposer des garanties institutionnelles,
procédurales et matérielles adéquates pour soumettre ses prétentions au juge247. Les Etats
membres de l’OHADA se sont dotés des juridictions suprêmes nationales pour assurer à
chaque justiciable un procès équitable. Relativement au procès équitable et l’accès au juge,
Jean-François RENUCCI estimait à que : « le droit au juge est une garantie capitale, car,
sans lui, il serait illusoire de parler de bonne justice et du procès équitable dont il est le
préalable248. »
La saisine d’une juridiction suprême nationale par consentement des parties peut avoir
plusieurs raisons. D’abord, les parties peuvent estimer que le droit violé sera mieux protégé
à l’interne qu’à l’extérieur peu importe l’existence d’un acte uniforme. La seconde raison
pourrait se justifier par le manque de moyens financiers à aller devant la CCJA. De façon
générale, recours à la justice en tant que service public n’est pas gratuit. Dans cette logique,
la saisine de la CCJA suppose d’énormes frais notamment, les frais d’actes du greffe, les
frais d’avocat, du séjour de ce dernier, puisque la représentation est obligatoire devant cette
juridiction. Devant les juridictions suprêmes nationales contrairement, elles seront épargnées
de certaines frais tels que les frais de séjours ainsi que d’autres frais y afférents à la
procédure.
A cela, s’ajoute l’ignorance par les justiciables de l’existence de la Cour Commune de Justice
et d’Arbitrage. Pour le Professeur Stefan SMIS et l’Avocat Evariste LELO PHUATI,
l’ignorance peut être un obstacle à l’accès à la justice. Celui qui ignore l’existence du
système judiciaire ne peut y recourir utilement249. La Commission Africaine des Droits de
l’Homme et des Peuples recommande dans ce sens aux Etats de veiller à ce que « l’absence
247
S. SMIS et E. LELO PHUATI, op.cit., P.570.
248
J-F. RENUCCI, Droit européen des droits de l’homme, droit et libertés fondamentaux garantis par la
CEDH, 6ème édition, édition Lextenso, Montchrestien, 2015, p.365.
249
S. SMIS et E. LELO PHUATI, op.cit., p.580
94
d’information au sujet du système judiciaire ne puisse pas entraver l’accès aux services »250.
Par rapport à la question de connaissance de l’existence de la Cour Commune de Justice et
d’Arbitrage en République Démocratique du Congo, une étude menée sous la supervision
de l’Ecole Régionale Supérieure de la Magistrature a révélé qu’une très large majorité
d’opérateurs économiques ignorent l’existence de la Cour251. Cela est tout à fait raisonnable
dans la mesure où cette juridiction siège à Abidjan. D’ailleurs, l’ancien Président de la
CCJA, Marcel SEREKOISSE-SAMBA n’a pas manqué de relever cette situation en
Novembre 2014 lors des audiences foraines tenues à Libreville. Il estimait au cours de cette
audience que, « les justiciables qui recevaient auparavant les décisions ne savaient pas d’où
elles venaient. La CCJA était considérée comme une Cour virtuelle et une vue d’esprit »252.
Au regard de ce qui précède, l’ignorance de l’existence de la CCJA par les parties ou par
certains praticiens peut entrainer la saisine d’une Cour Suprême nationale, laquelle pourrait
s’entêter pour rendre une décision définitive au mépris des règles de la CCJA. Quid de la
complexité des pourvois mixtes.
L’étude de la complexité des pourvois mixtes consister à examiner les incidents qui naissent
de ces affaires tant en cours de procédure qu’à la fin de la procédure. Seront donc abordés
au titre de ces incidents, l’impossibilité liée à l’éclatement de l’affaire d’une part (A), puis
les turbulences quant à l’exécution des décisions issues des pourvois mixtes d’autre part (B).
250
Voir les Directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l’assistance en Afrique, point K sur
l’accès aux services judiciaires, p.10, cité par S.SMIS et E. LELO PHUATI.
251
S. SMIS et E. LELO PHUATI, op.cit., p. 581
252
https://www.gabonreview.com/blog/les audiences-foraines-lohada-libreville/
253
G. POUGOUE, Encyclopédie du droit OGHADA, op.cit., 596
95
reviendrait à méconnaître les objectifs fixés par les rédacteurs du Traité qui est
l’harmonisation et l’application uniforme des textes de l’OHADA.
Pour les tenants du dessaisissement, la Cour suprême nationale saisie d’un pourvoi hybride
doit le renvoyer à la CCJA, ce qui entraine le dessaisissement de la première au profit de la
seconde254, conformément à l’article 51 du règlement de procédure. Ces auteurs soutiennent
également que le dessaisissement au profit de la CCJA a lieu pour l’ensemble du litige c’est-
à dire sur les questions du droit national et les questions du droit OHADA.
Toutefois, bien que saisie de l’ensemble du litige, il reviendra à la CCJA de discriminer les
points du droit national qui, par ce qu’ils sont susceptibles d’influer sur l’issue du litige,
doivent être de nouveau renvoyés à la sagacité des juridictions nationales de cassation255.
Les juridictions nationales de cassation saisies sur renvoi de la CCJA quant à elles, se
limiteraient à interpréter les questions du droit national et les renvoyer à leur tour les points
de droit non harmonisés à la CCJA pour application. En termes claires et précis, « en
présence d’un pourvoi hybride ou mixte, la compétence reviendrait pour le tout (les
questions du droit national et du droit OHADA) à la CCJA, avec cette précision que la CCJA
trancherait les questions du droit national à la lumière de l’interprétation qu’en a fourni la
Cour Suprême dont le droit en est en cause »256. Cette approche de solution renferme une
procédure extrêmement longue pour un opérateur économique. Le droit des affaires dans
l’espace OHADA se veut être un droit axé sur la rapidité et la célérité. Toutes ces démarches
seront pénibles ; une source de démotivation pour les investisseurs qui rêvent d’investir dans
l’espace OHADA. Le développement économique ne saurait être effectif, si la sécurité
juridique n’y est pas où que les règles qui applicables ne sont pas claires. De mêmes, il peut
y avoir des turbulences lors de l’exécution, lorsqu’on a deux décisions contradictoires, l’une
rendue par une Cour Suprême nationale et l’autre par la CCJA.
254
P. MEYER, « les conflits de juridictions dans les espaces OHADA, UEMOA, CEDEAO », séminaire
régional de sensibilisation sur le droit communautaire de l’UEMOA organisé à Ouagadougou du 06 au 10
octobre 2003, éd. Giraf, 2004, p.9
255
J.FORMETEU, op.cit., p.66
256
S-P LEVOA AWONA, la « Cour Commune de Justice et d’Arbitrage », in Encyclopédie du droit OHADA,
P.596
96
B- L’apparition du déni de justice ?
Beaucoup d’incidents peuvent découler des pourvois mixtes surtout lorsque pour la même
cause, il existe deux décision. Dans ces conditions, laquelle des décisions, celle d’une Cour
Suprême nationale dont le droit est en cause ou celle de la CCJA primera sur l’autre ? L’arrêt
de la Cour suprême du Congo rendu le 30 Novembre 2016 servira de base pour comprendre
ce « mystère ». D’abord, les éléments factuels de ce dossier qui ont conduit au litige nous
permettront d’apprécier la portée juridique de la solution retenue. En effet, « la société
Maisons sans Frontières Congo, le maître d’ouvrage et la société Elco Construction, le maître
d’œuvre, ont conclu un contrat d’entreprise relatif à la construction des maisons d’habitation.
Pour l’exécution, le maître d’ouvrage devait verser au maître d’œuvre un acompte de 30%
de la maison et le solde devait être payé en fonction de l’avancement des travaux d’un
commun accord des parties. La société Maisons sans Frontières a versé un acompte à la
société Elco. Et pendant l’exécution du contrat, la société Maisons sans Frontières le rompit
unilatéralement après un constat par exploit d’huissier non contradictoire. La société Elco a
saisi le tribunal de grande instance (TGI) de Pointe-Noire et sollicitait le paiement de la
somme totale. Par jugement avant-dire-droit, le TGI de Pointe-Noire a ordonné l’estimation
par voie d’expertise, des sommes dues à la société Elco en fonction de l’état d’avancement
des travaux réalisés. La société Elco fit appel de ce jugement avant-dire-droit, qualifié
d’interlocutoire, devant la cour d’appel de Pointe-Noire. Elle a demandé à la cour d’appel
d’annuler la décision du TGI, d’évoquer et de statuer pour valider l’inscription d’hypothèque
appartenant à la société Maisons sans Frontières, et de condamner cette dernière à payer un
montant principal et des dommages et intérêts .À l’inverse, la société Maisons sans
Frontières trouvait l’appel irrecevable. Elle arguait que le jugement préparatoire était
insusceptible d’appel avant le jugement au fond du tribunal. La cour d’appel a rejeté
l’exception d’irrecevabilité de l’appel soulevé par la société Maisons sans Frontières. Elle
considère que le jugement du TGI n’est pas une décision préparatoire (avant-dire-droit);
parce que le TGI s’est prononcé sur tous les chefs de demandes formulés par la société Elco,
bien que la démarche soit implicite. La société Maisons sans Frontières s'est pourvue en
cassation contre cet arrêt de la cour d’appel de Pointe-Noire. La Cour suprême de Pointe-
Noire a retenu sa compétence. Elle a annulé l’arrêt de la cour d’appel au motif qu’il est
question d’un jugement préparatoire, insusceptible d’appel avant le jugement au fond, et non
d’un jugement interlocutoire. La Cour suprême a ensuite envoyé la cause et les parties devant
le TGI de Pointe-Noire, afin qu’il poursuive l’instruction de l’affaire et se prononce au fond.
97
La société Elco a introduit un pourvoi en annulation de l’arrêt de la Cour suprême du Congo
à la CCJA257. » La haute juridiction communautaire258 a retenu sa compétence au motif,
« qu’il est fait grief à la Cour suprême du Congo de s’être déclarée compétente rationae
materiae en justifiant sa compétence par le fait qu’il s’agissait pour elle de statuer sur la
nature du jugement avant-dire droit du 26 novembre 2012 pour savoir s’il était ou non
susceptible d’un appel avant le jugement au fond, alors qu’il ressort de l’article 14 du Traité
indiqué que la loi congolaise n° 17-99 du 15 avril 1999 modifiant et complétant certaines
dispositions de la loi n° 25-92 du 20 août 1992 et de la loi n° 30-94 du 18 octobre 1994
portant organisation et fonctionnement de la Cour suprême que le contentieux relatif à
l’application des actes uniformes est porté devant la Cour commune de justice et d’arbitrage
de l’OHADA ». Ensuite, elle ajoute contre toute attente « qu’en l’espèce, il ne fait aucun
doute que le différend qui oppose la Société M à la Société E trouve son origine dans
l’application des articles notamment 212 et 213 de l’Acte uniforme portant organisation des
sûretés »259. Rappelons que l’arrêt dont l’annulation est prononcée par la CCJA n’avait pas
fait application d’un acte uniforme de l’OHADA. C’est ainsi que les parties ont de nouveau
saisi la Cour Suprême en vue de savoir lequel des arrêts doit être exécuté. Dans leur réponse,
les juges de droit de Congo ont estimé que l’arrêt dans lequel « ils avaient prononcé la
cassation et l’annulation de l’arrêt de la cour d’appel de Pointe Noire du 22 mars 2013 et
renvoyé les parties devant le tribunal de grande instance de Pointe-Noire pour exécution de
la mesure d’instruction ordonnée dans le jugement avant-dire droit du 26 novembre 2012
est et demeure la seule décision de justice qui fait foi dans cette affaire et dont l’exécution
doit être poursuivie (…) »260. C’est dire que, la Cour Suprême du Congo a rendu inapplicable
l’arrêt de la CCJA qui a déclaré nul et de nul effet son arrêt. La Cour suprême du Congo
justifie sa solution par l’exigence des moyens d’ordre public invoqués dans cette affaire261.
Comment peut-on résoudre cette situation ? N’existe-il pas des pistes de solution ?
257
Arrêt n° 35/GCS-2016 du 30 Novembre 2016, civ.2ème ch., Cour suprême du Congo.
258
Expression faisant allusion à la CCJA.
259
CCJA, 2ème Ch., arrêt n°188-2017 du 27 Juillet 2017.
260
Arrêt n° 35/GCS-2016 du 30 Novembre 2016, civ.2ème ch., Cour suprême du Congo
261
- E. DEWEDI, « Le règlement des contentieux mixtes dans l’espace OHADA : la CCJA est-elle sortie de
son lit ? », 2018, p.5, accessible sur www.kluver
98
SECTION 2 : LE RECUL DE L’ATTRACTIVITE JURIDICO-ECONOMIQUE DU
FAIT DES POURVOIS MIXTES DANS L’ORDRE JURIDIQUE DE L’OHADA
Cependant l’interprétation de ces textes par les juges affectés frise vraiment la garantie cette
sécurité juridique lorsqu’un recours implique à la fois la loi nationale et les textes de
l’OHADA. Dans le contexte de pourvois mixte, l’attitude des juridictions suprêmes
nationales en cas d’implication d’une norme interne contredit non seulement le processus
d’harmonisation mais surtout elle créé une incertitude sur la véritable place des normes de
l’OHADA, avec des risques qui sont de nature à influer sur le secteur de l’économie. Cet
état de fait est de nature à paralyser les activités économique notamment la célérité et rapidité
des affaires au sein de l’OHADA.
262
D. MBOW, « l’attractivité juridique et économique de l’ohada », revue libre de droit, p.87, accessible en
ligne
99
OHADA (§1), puis l’influence des risques juridiques sur l’attractivité économique au sein
de l’OHADA. (§2).
La mise en doute dans la présente réflexion renvoie à l’incertitude sur place exacte des
normes dérivées du droit OHADA lorsqu’elles sont appelées à être appliquées
concomitamment par le juge suprême national et la CCJA dans une affaire. La persistance
des juges suprêmes nationaux face à l’évolution de la jurisprudence de la CCJA relativement
aux pourvois mixtes nous amène à rediscuter la place des normes de l’OHADA et poser la
problématique sur la légitimité du juge de la CCJA. Il s’agit simplement d’analyser en
termes de conséquences de cette situation, la suprématie discutable des normes de l’OHADA
(A) d’une part, puis la problématique sur la légitimité du juge de la CCJA d’autre part (B).
Selon le dictionnaire français « le Petit Robert », la suprématie s’entend comme une situation
politique dominante ou encore une domination, une supériorité intellectuelle ou morale263.
Cette définition étant d’ordre général, il est important de rechercher le sens de cette notion
dans le langage juridique. Dans sa conception juridique, la suprématie est définie comme la
primauté en vertu de laquelle une source de droit s’impose à celles qui lui sont subordonnées
dans la hiérarchie des normes. Particulièrement en droit communautaire, elle implique la
primauté de ce droit sur les normes internes264. Ainsi, en droit communautaire OHADA, il
existe une suprématie des normes de l’OHADA sur les normes internes.
En effet, dans le but d’harmoniser le droit des affaires des Etats membres, l’OHADA a
institué un système juridique constitué d’un « ensemble de normes structuré et cohérent »265.
Par ailleurs, en dehors des organisations d’intégration juridique, l’OHADA constitue un
ordre juridique autonome par ce qu’elle dispose de ses propres normes qui sont ses sources.
Evoquant la notion de l’autonomie de l’ordre juridique communautaire, la Cour de Justice
263
Dictionnaire le petit Robert, p.411, v° Suprématie
264
G. CORNU, « Vocabulaire juridique », p.2113, V° Suprématie
265
P.G. POUGOUE, « Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires » in : Encyclopédie
OHADA, op.cit., p.1328 ; v. P.G. POUGOUE, « Notion de droit ohada » in : Encyclopédie OHADA, op.cit.,
p.1203, cité par E. KAGISYE in « Environnement juridique des affaires en Afrique : Système juridique et
judiciaire de l’OHADA », accessible sur https://hal-auf.archives-ouvertes.fr/hal-01495642
100
de l’Union européenne la définit dans un arrêt comme « un ordre propre, intégré au système
juridique des Etats membres » 266 , qu’il est issu d’ « une source autonome » et qu’il est
267
« indépendant des Etats membres » . Selon E. KAGISYE, l’autonomie du droit
communautaire présente en pratique deux dimensions : d’un côté, il y a l’autonomie de
validité et d’effectivité qui signifie que la validité du droit uniforme ainsi que ses effets dans
l’ordre juridique des Etats membres ne pourraient être affectés par une éventuelle atteinte de
ce droit par des sources de droit national. D’un autre côté, il y a l’autonomie d’interprétation
qui concerne la signification à retenir pour les notions de droit communautaire, c'est-à-dire
les qualifications juridiques268. Il est indispensable de relever que cette deuxième dimension
a été réaffirmée par la Cour de Justice de l’Union européenne qui en a précisé que le l’ordre
juridique communautaire peut dégager des notions autonomes communautaires, qui ont une
dimension, un sens et une portée communautaire, différents des droits nationaux. S’inspirant
du juge communautaire européen, la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage a, dans son
arrêt n° 13 du 18 avril 2002, réaffirmé à cette occasion l’autonomie de l’ordre juridique
OHADA269.
Néanmoins, l’autonomie l’ordre juridique de l’OHADA est fortement amputée par non
seulement le fait que l’application de certaines dispositions des actes uniformes est
subordonnée à l’existence des dispositions de droit interne notamment en matière pénale270
mais par l’intention des juges suprêmes nationaux de faire prévaloir les lois nationales. En
prévoyant des renvois au droit national dans certains actes uniformes, le législateur a
implicitement donné l’occasion aux juges suprêmes nationaux de promouvoir le droit
interne au détriment du droit OHADA. Cette situation contredit en toute hypothèse, les
principes cardinaux en droit communautaire notamment celui de la primauté de ce droit sur
le droit national. Pour préserver la sécurité juridique, tout espace communautaire en a fait
du principe de la primauté, l’un des aspects important qui relève du monopole du juge
266
CJUE, 15 juil. 1964, Costa/Enel,
267
CJUE, 5 févr. 1963, Van Gend en Loos.
268
E. KAGISYE, « Environnement juridique des affaires en Afrique : Système juridique et judiciaire de
l’OHADA », accessible sur https://hal-auf.archives-ouvertes.fr/hal-01495642; p.8
269
CCJA, arrêt n°13 du 18 Avril 2002.
270
E. KAGISYE, op.cit., p.8
101
communautaire. Il apparaît nécessaire de relever que seul le juge communautaire a le
monopole de l’interprétation des normes communautaires face aux juges nationaux271.
Dès lors, c’est seule la CCJA qui a le monopole de l’interprétation des normes de l’OHADA.
Ceci garantit la primauté de la norme communautaire qui a été dégagée par la Cour de Justice
de l’Union européenne dans l’arrêt Costa C/ Enel du 15 juillet 1964 comme un principe
d’ordre public en droit communautaire272. Il ressort de cette solution, l’impossibilité pour les
juges nationaux des Etats membres de faire prévaloir une mesure du droit interne à l’encontre
d’un ordre juridique accepté par eux sur une base de réciprocité 273 . Mais force est de
constater que dans le cadre de pourvois mixte c’est-à-dire lorsqu’il y a chevauchement entre
une norme de l’OHADA et une norme du droit interne, les juges suprêmes nationaux
s’entremettent à faire échec à la norme communautaire au profit de du droit interne. Cette
situation est caractéristique d’une insécurité juridique qui contredit énormément la
suprématie de ces normes.
En faisant primer la norme interne sur celle du droit communautaire dont l’interprétation est
l’apanage du juge de la CCJA, les juges suprêmes nationaux méconnaissent logiquement la
légitimité de ce juge communautaire.
L’indice fort de la légitimité du juge, est que le juge doit revêtir « les apparences
d’impartialité274 » au sens où l’on entend, par exemple la Cour européenne des droits de
l’homme. C’est dire donc qu’à partir du moment où le juge a un pouvoir d’arbitrage étendu
dans la vie collective, son impartialité doit être sans équivoque275. Dans le cadre de cette
approche, il ne sera pas question pour nous de revenir sur l’impartialité ou l’indépendance
du juge de la CCJA, mais il s’agit simplement de relever qu’à travers les quelques
jurisprudences précitées, la CCJA risquerait de perdre sa légitimité au regard des justiciables
et de certains acteurs judiciaires. En résistant dans certaines circonstances à la compétence
271
T. NAHM, Institutions communautaires, Cours Licence, 2013-2014, p.21 inédit
272
Ibid.
273
Arrêt Costa C/ Enel du 15 juillet 1964
274
P. MERTENS, « La tyrannie de l’apparence », RTDH, 1996, p.640
275
M.-A. FRISO-ROCHE, « le droit à un tribunal impartial », in libertés et droits fondamentaux, cité par E.
G. NONNOU, in « légitimité du juge », p.436
102
de la CCJA, cela encourage le plaideur à saisir le juge suprême national qui est tout proche
de lui que de se pourvoir devant la CCJA. Dès lors, que peut-on retenir de la légitimité ?
Dans le langage courant, la légitimité s’entend comme ce qui est conforme à la loi, à la
justice, à la raison, à la tradition ou aux règles établies. Dans son acception juridique, la
légitimité suppose dans un premier temps l’état d’un enfant légitime ou synonyme de la
justice. Dans un second temps, elle signifie, la conformité d’une institution à une norme
supérieure juridique ou éthique, ressentie comme fondamentale la collectivité qui fait
accepter moralement et politiquement l’autorité de cette institution276. Il est perceptible dans
cette définition, une idée qui est la réception de l’institution par la collectivité. Notons
également qu’il s’agit de l’élément principal ou essentiel de la légitimité. Dès lors, une
institution légitime, est une institution qui recevra les suffrages d’assentiment et l’obéissance
spontanée de ses destinataires277.
Dans le cadre de l’OHADA, la CCJA est considéré comme une institution ayant reçu les
suffrages d’assentiment et l’obéissance de ses destinataires qui sont les Etats membres ainsi
de leur population. C’est dire que tous les ressortissants des pays membres ont déclaré
reconnaitre la CCJA comme la juridiction qui « assure l’interprétation et l’application
commune du Traité ainsi les règlements pris pour son application, des Actes uniformes et
des décisions… [Elle] peut être consultée par tout Etat Partie ou par le Conseil des ministres
sur toute les questions entrant dans le champ de l’alinéa précédent… La Cour se prononce
sur les décisions rendues par les juridictions d’appel des Etats- Parties dans toutes les
affaires soulevant les questions relatives à l’application des Actes Uniformes et des
Règlements prévus au présent Traité à l’exception des décisions impliquant des sanctions.
Elle se prononce dans les mêmes conditions sur les décisions non susceptibles d’appel
rendues par toute juridiction des Etats Parties dans les mêmes contentieux. En cas de
cassation, elle évoque et statue sur le fond » 278 . La lecture de cette disposition atteste
véritablement la légitimité de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage qui a été acceptée
par l’ensemble de la communauté de l’OHADA. Cependant, pourquoi parler de la
problématique de la légitimité du Juge de la CCJA ? Cette interrogation trouve réside dans
276
G. CORNU, Vocabulaire Juridique, 12ème édition, p.1292, V° « légitimité ».
277
S. GUINCHARD (dir), Lexique des termes juridiques, 2017-2018, v° « légitimité », p.1230
278
Voir l’article 14 du Traité.
103
la complexité de la procédure en cassation instituée par le législateur de l’OHADA 279 ,
laquelle est similaire à celle prévue par les textes interne. En effet, la position de la
jurisprudence des arrêts de la Cour suprême du Niger, de la Cour suprême du Congo et de
la Cour suprême du Cameroun280, suscite des questionnements sur la légitimité du juge de
la CCJA. Il est à noter que la remise en cause de la légitimité du juge de la CCJA relève de
l’outrage du juge suprême national à la norme juridique 281 communautaire. Ainsi, le
manquement manifeste dans la mise en œuvre de la loi constitue l’une des voies les plus
caractéristiques de la transgression judiciaire. Ainsi, la violation flagrante de la loi peut se
constater lorsque les acteurs investis de la mission de juridiction doivent la norme par
l’application qu’ils en font 282 . De ce fait, la violation de certaines dispositions d’actes
uniformes par les juges suprêmes nationaux dans le contexte des pourvois mixtes justifie
parfaitement la question de la légitimité cette institution juridictionnelle de l’OHADA.
Sinon comment admettre, qu’une institution de cette envergure puisse se retrouver
aujourd’hui concurrencée par les juridictions suprêmes nationales, lesquelles ont accepté
reconnaître sa pleine légitimité au sein de l’OHADA ?
L’application inadaptée de la règle de droit aux faits est un cas de figure qu’on peut
rencontrer dans le cas des pourvois mixtes. Il faut retenir en ce sens, que l’interprétation du
contentieux du droit des affaires par les juges suprêmes nationaux constitue une entrave au
bon fonctionnement de la CCJA. Au-delà même des acteurs judiciaires notamment les juges
suprêmes nationaux, les hésitations des justiciables à saisir la CCJA en cas de pourvois
mixtes n’est pas du reste. Par ailleurs, notons que les risques juridiques rencontrés dans les
pourvois mixtes peuvent influencer considérablement l’attractivité économique de l’espace
OHADA.
279
J. WAMBO, la saisine de la Cour Commune de Justice et D’Arbitrage de l’OHADA en matière
contentieuse, op.cit., p.12
280
Arrêts déjà cités
281
E.G.NONNOU, « la légitimité du juge », Mélange en l’honneur du Professeur Cossi Dorothé SOSSA,
tome1, p.440.
282
Ibid.
104
Etudier l’influence des risques juridiques sur l’activité économique, corollaires des pourvois
mixtes, revient à mettre en exergue l’incertitude des garanties judiciaires favorables aux
investisseurs (A), puis la paralysie du développement du secteur économique au sein de
l’OHADA (B).
La question de l’incertitude des garanties judiciaires ne consiste pas à nier leur existence.
Mais, elle vise simplement à poser des réflexions sur les réelles garanties qu’offres les juges
aux investisseurs étrangers au sein de l’OHADA. Il faut rappeler que pour la sécurité
juridique des affaires, les Etats membres de l’OHADA se sont engagés à offrir des garanties
d’ordre normatif et judiciaires283. Relativement aux garanties normatives qu’il ne convient
pas d’aborder en détail, elles portent principalement les règles modernes applicables aux
sociétés, depuis leur création jusqu’à leur faillite.
En ce qui concerne les garanties judiciaires, elles sont relatives à la création de la Cour
Commune de Justice et d’Arbitrage qui veille à l’unité d’interprétation du droit des affaires.
Car, l’unification juridique devait normalement s’accompagner de l’unification judiciaire
pour garantir aux opérateurs économique le principe d’égalité des traitements284. Dans cette
optique, la CCJA, contrôle l’impartialité des juges nationaux de par les attributions dont elle
se prévaut en matière contentieuse. Cependant, l’existence des pourvois mixtes met en mal
cette garantie judiciaire offerte aux investisseurs d’autant plus que, ces cas de pourvois
donnent lieu à une concurrence entre la CCJA et les Cours suprêmes nationales. Dès lors,
tout investisseur qui se retrouverait dans une telle situation, aurait de la peine à pouvoir s’en
remettre pour les raisons dues à l’insécurité judiciaire d’autant l’affaire en cause ferait appel
à la compétence de la CCJA et celle de la juridiction suprême nationale. L’insécurité
judiciaire, renvoie à l’instabilité et l’imprévisibilité de la jurisprudence, car parler de la
sécurité judicaire au sein de l’OHADA, c’est évoquer la stabilité et de la prévisibilité de la
jurisprudence de l’OHADA285. La situation des pourvois mixtes à travers les réactions des
juridictions suprêmes nationales, réduit considérablement les attributions contentieuses de
la CCJA qui est de veiller à l’application uniformes des actes uniformes. Mieux encore, les
283
A.A. DE SABA, « un nouveau droit des affaires pour attirer les investisseurs en Afrique. Est-ce suffisant
? », p.96, accessible sur https://www.cairn.info/revue-finance-et-bien-commun-2007-3-page-96.htm
284
Ibid.
285
F.ONANA ETOUNDI, « L’OHADA et la sécurité juridique et judiciaire, vecteur de développement »,
op.cit., p.2
105
pourvois mixtes sont susceptibles de créer des jurisprudences disparates et contraires aux
idéaux des fondateurs de l’OHADA. Il est incontestable de relever que la CCJA a su poser
clairement les jalons d’une jurisprudence claire prévisible et accessible. Elle a de même
distillé des positions jurisprudentielles conférant une meilleure certitude juridique et une
prévisibilité judiciaire, gage d’une sécurité judiciaire accrue286.
286
F.ONANA ETOUNDI, « L’OHADA et la sécurité juridique et judiciaire, vecteur de développement »,
op.cit., p.2
287
A.A. DE SABA, « un nouveau droit des affaires pour attirer les investisseurs en Afrique. Est-ce suffisant
? », op.cit., 98
288
Rapport du « Doing Bisiness » dans les Etats membres de l’OHADA en 2017, accessible en ligne.
289
D.MBOW, « l’attractivité juridique et économique de l’OHADA », Revue libre de droit, op.cit., p.5
290
Ibid.
106
d’effet. Rappelons que dans le quatrième et cinquième paragraphe de son préambule, il est
écrit que l’OHADA a pour objectif, la mise en place au sein des Etats membres « d’un droit
des affaires harmonisé, simple, moderne et adapté, afin de faciliter l’activité des entreprises,
et pour être appliqué dans des conditions propres afin de garantir la sécurité juridique des
activités économique et d’encourager l’investissement »291. Il en dès lors, l’espace juridique
OHADA s’est doté des règles ainsi des institutions pour accompagner les acteurs
économiques.
291
Voir le Préambule du Traité relatif à l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires
(OHADA).
292
T. KIRAT, L. VIDAL, « Le droit et l’économie : étude critique des relations entre les deux disciplines et
ébauches de perspectives renouvelées », dans Les Annales de l’Institut André TUNC (Université de Paris I),
2005, pp.3-20.
293
H. OTABELA ATANGANA, Droit Ohada et développement économique au Cameroun De 1995 À 2020
: contribution historique à une théorie de l’analyse économique du Droit En Afrique Subsaharienne, Thèse de
Doctorat soutenue à l’Université Aix-en-Provence, P.25
107
CONCLUSION GENERALE
108
La sécurité juridique a été l’une des préoccupations des rédacteurs du Traité instituant
l’OHADA. Elle a été présentée comme une valeur essentielle afin de favoriser l’essor des
activités économique et promouvoir les investissements294. Cette sécurité a été effective à
travers les mesures normatives et les mesures institutionnelles mises en œuvre par les
rédacteurs. C’est dans cette optique, que la Cour Commune de justice et d’Arbitrage a été
mise en place en tant que juridiction de cassation au côté des cours nationales suprêmes. Les
attributions qui lui sont confiées sont de veiller à l’application du Traité, des actes uniformes
et des règlements pris pour l’application du Traité. Lorsqu’une affaire soulève l’application
des actes uniforme, seule la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage est compétente pour
s’y prononcer après que les juridictions inférieures (Tribunal et Cour d’Appel) se soient
prononcées, et ce, conformément à l’article 14 alinéas 3 du Traité. Les juridictions suprêmes
nationales, en ce qui les concerne, interviennent dans des matières autres que celles prévues
par l’OHADA. Cependant, la cohabitation entre ces deux juridictions est loin d’être
pacifique en raison des difficultés constatées dans la mise en œuvre du droit uniforme. Ainsi,
le transfert de compétence à la CCJA laisse à désirer lorsqu’une situation implique à la fois
une loi nationale et un acte uniforme par le biais d’un pourvoi formé devant une juridiction.
Cette situation soulève particulièrement le problème des pourvois mixtes en droit OHADA,
dont la question a été abordée dans cette étude.
L’étude des pourvois mixtes en droit OHADA a permis de relever l’effritement des
compétences de la CCJA par l’inconduite notoire des juridictions suprêmes nationales dans
des matières hautement complexes. Il en découle de cet état de chose l’insécurité juridique
au sein de l’espace OHADA.
En premier lieu, il est retenu de cette étude que les pourvois mixtes permettent aux
juridictions suprêmes nationales de conserver leur souveraineté en raison de l’incomplétude
des textes de l’OHADA et bien évidemment ceux relatifs au droit pénal des affaires en droit
OHADA, ainsi que bien d’autres. Dès lors, cette attitude des cours suprêmes nationales, a
contraint la CCJA à s’impliquer davantage afin de protéger son domaine de compétence. Par
rapport à l’affirmation des juges suprêmes des Etats, il faut dire que certaines dispositions
des actes uniformes nécessitent le complément du droit interne afin de mieux produire leurs
effets. Il est à noter comme exemple l’article 51 de l’AUPSRVE qui prévoit que « les biens
294
P. MEYER, « la sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op.cit. p.1
109
et droits insaisissables sont définis par chacun des Etats parties ». En d’autres termes, la
détermination des biens faisant l’objet de l’insaisissabilité est laissée à l’appréciation des
Etats parties. .Pour rappel, le caractère complet d’un système normatif implique que les
normes qu’il porte couvrent intégralement ou au moins substantiellement les relations que
le système entend régir295. Le cadre normatif de l’OHADA n’est pas complet car il existe
des lacunes normatives qui peuvent être volontaires ou involontaires permettant au juge
suprême national d’établir sa compétence en cas de mixité de l’affaire. Il est à noter
également que l’usage des concepts empruntés au droit commun est un obstacle majeur.
C’est le cas par exemple des notions comme « alliés, parents, capacité ». Comment la CCJA
pourra appréhender ces notions dans le cadre d’un litige ? Dans ces circonstances, la CCJA
se donne pour mission d’assurer une protection de son domaine de compétence de façon
jalouse pour éviter les empiètements des juridictions suprêmes nationales. Cette situation
s’explique par le fait que c’est elle qui est garante de la sécurité juridique et gardienne de
l’application uniforme du droit OHADA. Toutefois, il faut relever avec regret que dans
l’exercice de l’application uniforme des actes uniformes, la CCJA étend injustement son
interprétation sur des matières d’ordre interne fragilisant ainsi la relation entre ces deux
hautes juridictions.
En second lieu, les pourvois mixtes créent une insécurité juridique qui s’analyse à première
vue en un conflit de compétence entre la CCJA et les juridictions suprêmes nationales. Ils
suscitent en outre de l’incertitude juridique au sein de l’OHADA. Concernant le conflit
compétence, il a été souligné que le droit OHADA n’a pas réglé la question de la juridiction
compétente à statuer sur un pourvoi mixte. Serait-ce logique de confier l’affaire à la CCJA
ou à la Cour Suprême nationale ? La réponse à cette question parait difficile en l’absence
d’une consécration légale. Même s’il est attribué à la CCJA cette compétence, les justiciables
peuvent contourner la CCJA et saisir la juridiction suprême nationale qui va statuer sur le
droit en cause. L’autre aspect négatif engendré par les pourvois mixtes est l’incertitude
juridique. En effet, l’incertitude juridique tient aux risques encourus par les justiciables qui
hésiteront à choisir la bonne juridiction pour connaître de ce recours impliquant deux normes
différentes, en raison de la compétence concurrente et de la complexité de cette forme de
pourvoi. Tous ces obstacles majeurs concourent au recul de l’attractivité juridico-
295
P. MEYER, Op.cit., p.2
110
économique au sein de l’OHADA. D’un côté, les pourvois mixtes créent de doute sur la
véritable place des normes de l’OHADA qui sont appelées à être appliquées par les juges.
D’un autre côté, les risques juridiques engendrés par les pourvois mixtes influencent les
garanties judiciaires susceptibles d’attirer les investisseurs pour le développement
économique.
Face à ces difficultés, des actions doivent être envisagées pour instaurer un climat de sécurité
au sein de l’OHADA, en mettant les juridictions suprêmes nationales dans le jeu du
contentieux des actes uniformes en fonction de la valeur et de l’intérêt du pourvoi296, ou du
moins appliquer la cassation partielle. Le Professeur Ndiaw DIOUF dans son intervention à
l’occasion des Mélanges en l’honneur du Professeur Cossi Dorothé SOSSA, tenu lors du
Colloque à Cotonou du 2 au 3 novembre 2021, proposait comme piste de solutions aux
pourvois mixtes la cassation partielle en demandant l’avis des juridictions suprêmes
nationales avant de statuer. Cette solution qui nous parait significative pourrait dans la
mesure du possible faire taire le débat qui est toujours animé par les juges suprêmes
nationaux. A défaut d’une cassation partielle, la mise en place du renvoi préjudiciel en droit
OHADA pour permettre une bonne collaboration et une complémentarité entre les deux
juridictions, serait pertinente.
En plus des solutions relevées ci-dessus, il revient alors au législateur de sortir de son
mutisme afin d’entreprendre des réformes du Traité en son article 14 qui permettront de
rétrocéder aux juridictions suprêmes nationales le contentieux du droit des affaires dans
l’espace OHADA. Une telle réforme mettra fin au débat sur la question des pourvois mixtes
et limiterait les cas de résistance. Il est aussi souhaitable que le législateur prenne à cœur les
propositions faites sur la nécessité d’instaurer le renvoi préjudiciel qui nous parait être mieux
adapter. Le professeur Filiga Michel SAWADOGO avait déjà fait des propositions dans ce
sens qui consistent dans la rétrocession aux juridictions suprêmes nationales des recours dans
les affaires de moindre importance, faire de la saisine de la CCJA une option pour les parties,
que la CCJA ne soit saisie qu'à titre préjudiciel et enfin définir les limites des compétences
en cas de pourvoi mixte297.
296
B. DIALLO, « vaincre la résistance des juridictions suprêmes nationales les pistes possibles de réforme »,
op.cit., p.3-4
297
F.M. SAWADOGO dans une communication à l'occasion de la Journée OHADA du Caire le 08 avril 2006
111
Ces réformes sont d’une nécessité impérieuse pour mettre fin à l’insécurité juridique et
juridictionnelle qui pourrait inquiéter les investisseurs 298 . Le moment est venu pour le
législateur d’y réfléchir pour un lendemain plus rose et afin d’éviter qu’on en arrive au pire.
298
L. POULET, « la cassation ici et ailleurs, l’exemple de la CCJA », op.cit., p.523
112
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Nouveau Code de Procédure Civile Togolais adopté par la Loi n°2021-007 du 21
Avril 2021
Nouveau Code pénal Togolais du 24 novembre 2015
Règlement de procédure de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage du 18 avril
1996 et modifié le 30 janvier 2014.
Traité révisé de l’organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires
(OHADA) du 17 Octobre 2008.
VII- DICTIONNAIRES ET LEXIQUES
CORNU (Gérard), Vocabulaire Juridique, Puf, Coll « Quadrige », 12ème édition,
2018, 2300 p ;
Dictionnaire Français, le Grand Larousse illustré, 2016 ;
Dictionnaire Français, le Petit Robert ;
GUINCHARD (Serge) et DEBARD (Thierry), Lexique des termes juridiques,
Dalloz, 21ème édition, 2014, 993 p ;
PUIGELIER (Cathérine), Dictionnaire Juridique, Coll « paradigme », édition
Larcier, 2015, 1343 p ;
VII-JURISPRUDENCES ET NOTES DE JURISPRUDENCE
121
CCJA, avis n°01/2001/ EP du 30 avril 2001, ohadata J-02-0
CCJA, arrêt n°11/2002 du 28 Mars 2002.
CCJA, arrêt n°059/2008 du 30 décembre 2002, recueil CCJA, n°12, 2008
122
COUR DE CASSATION
TRIBUNAL
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https://www.avocatparis.org.
www.cairninfo
www.ohada.com
123
INDEX
53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62,
A 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 109, 110,
111, 112, 115, 116, 117, 118, 119, 120,
Acte · 11, 12, 20, 22, 23, 24, 26, 37, 39,
121, 122
41, 42, 48, 49, 50, 51, 53, 57, 69, 70,
communautaire · 116
121
compétence · 19, 22, 23, 24, 25, 26, 28,
actes uniformes · 17, 19
29, 31, 33, 36, 37, 39, 41, 42, 49, 51,
action · 32, 55, 64
52, 53, 54, 55, 56, 57, 62, 63, 66, 68,
actions · 53, 78, 91, 111
71, 109, 110, 115, 116, 117
affaire · 16, 20, 22, 23, 24, 25, 28, 30, 33,
conflit · 7, 16, 22, 23, 39, 41, 43, 45, 51,
34, 37, 42, 43, 45, 49, 51, 52, 56, 57,
74, 76, 91, 106, 110, 118, 119
60, 61, 62, 64, 65, 66, 109, 110, 122,
conflits · 19, 26
123
Cour · 12, 16, 18, 19, 22, 23, 24, 25, 26,
affaires · 17, 115
31, 33, 34, 35, 37, 39, 43, 46, 49, 53,
application · 7, 17, 19, 20, 22, 24, 25, 28,
54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 63, 64, 65,
29, 31, 33, 34, 36, 37, 39, 41, 42, 43,
66, 67, 68, 69, 70, 109, 110, 114, 115,
44, 48, 49, 51, 53, 54, 56, 57, 58, 59,
116, 117, 118, 119, 120, 121, 123
60, 62, 73, 74, 75, 76, 78, 80, 81, 82,
Cour Commune de justice et d’Arbitrage
83, 84, 87, 89, 93, 94, 95, 96, 98, 101,
· 57, 74, 109
103, 104, 105, 107, 109, 110, 116, 118,
120, 121
Arbitrage · 19, 22 D
arrêt · 18, 20, 23, 24, 25, 26, 37, 56, 57,
décision · 16, 23, 24, 25, 33, 37, 49, 56,
61, 62, 64, 65, 66, 67, 70, 115, 116,
57, 61, 63, 64, 65, 66, 67, 69, 70
117, 122, 123
décisions · 7, 17, 19, 20, 24, 25, 29, 31,
autorité · 18, 58, 61, 63, 64, 65, 66, 67,
33, 35, 37, 42, 47, 48, 49, 53, 56, 57,
68
58, 59, 61, 63, 64, 65, 67, 68, 69, 70,
73, 79, 84, 89, 95, 96, 97, 103, 106,
C 107
dessaisissement · 23, 65, 66, 67
cassation · 16, 18, 19, 20, 22, 23, 24, 26,
30, 31, 32, 33, 34, 36, 37, 38, 39, 45,
46, 47, 48, 49, 50, 51, 53, 54, 55, 56, E
57, 58, 59, 60, 61, 63, 66, 69, 70, 109,
Etats · 12, 17, 20, 21, 22, 24, 29, 30, 31,
111, 112, 115, 116, 117, 119, 120, 121
34, 35, 36, 37, 38, 40, 41, 42, 44, 45,
CCJA · 12, 17, 18, 19, 22, 23, 24, 25, 26,
46, 47, 48, 49, 50, 51, 53, 54, 55, 56,
28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 36, 37, 38,
58, 59, 61, 62, 63, 64, 65, 67, 68, 69,
39, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 48, 49, 52,
124
70, 73, 74, 75, 85, 94, 99, 100, 102, 78, 83, 85, 88, 89, 92, 93, 94, 96, 100,
103, 105, 106, 107, 109, 116, 118, 120 102, 103, 104, 105, 109, 114, 115, 117,
Etats parties · 17, 120 118, 119, 120, 121
évocation · 34, 58, 60, 61, 62, 118
exécution · 19, 42, 45, 46, 49, 50, 51, 53, L
62, 63, 64, 67, 68, 69, 70, 114
litiges · 16, 19, 36, 46, 60, 74, 77, 78, 119
I loi · 17, 18, 22, 24, 28, 29, 32, 33, 34, 37,
38, 40, 42, 45, 46, 50, 51, 53, 58, 60,
incertitude · 20, 73, 82, 89, 91, 99, 100, 61, 63, 65, 67, 68, 69, 109, 117
105, 110
insécurité · 19, 26, 36, 72, 73, 99, 102, M
105, 106, 109, 110, 112
interprétation · 17, 18, 23, 24, 29, 31, 34, mixte · 18, 22, 24, 29, 31, 32, 33, 37, 41,
39, 40, 44, 46, 47, 48, 50, 53, 54, 55, 42, 48, 49, 51, 110, 111
56, 58, 59, 60, 62, 67, 110, 116, 120, mixtes · 16, 19, 21, 22, 24, 26, 27, 28, 29,
121 35, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 51, 52, 72,
74, 82, 83, 84, 85, 91, 95, 97, 98, 99,
J 100, 104, 105, 106, 107, 109, 110, 111,
116
juge · 18, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 35, 36,
38, 39, 41, 42, 43, 44, 46, 49, 50, 52, N
60, 61, 62, 63, 65, 66, 68, 116, 119
juges · 7, 17, 19, 21, 25, 28, 29, 30, 35, nationales · 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26,
36, 37, 39, 40, 44, 46, 47, 48, 50, 51, 28, 29, 30, 32, 33, 34, 35, 36, 38, 39,
58, 59, 60, 62, 66, 70, 74, 79, 84, 89, 40, 41, 42, 45, 48, 50, 52, 53, 54, 55,
92, 98, 99, 100, 101, 102, 104, 105, 56, 57, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 66, 67,
109, 111 69, 73, 74, 75, 77, 82, 84, 89, 92, 93,
juridiction · 16, 17, 22, 23, 25, 33, 36, 37, 94, 96, 99, 101, 104, 105, 107, 109,
42, 46, 47, 48, 51, 53, 54, 55, 56, 57, 110, 111, 115, 116, 117,118, 120
58, 59, 60, 61, 62, 63, 65, 66, 67, 68, nationaux · 19, 28, 29, 30, 35, 39, 40, 41,
70, 109, 110, 117 44, 46, 47, 48, 50, 51, 54, 62, 67, 74,
juridictions · 7, 17, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 89, 93, 100, 101, 102, 104, 105, 111,
25, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 116, 118
37, 38, 39, 42, 45, 47, 48, 49, 50, 51,
52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, O
62, 63, 64, 67, 69, 73, 74, 75, 77, 81,
82, 84, 87, 89, 92, 93, 94, 95, 96, 99, ohada · 18, 61, 62, 63, 64, 115, 116, 117,
103, 105, 107, 109, 110, 111, 116, 117, 118, 119, 120, 123
118, 120 OHADA · 13, 16, 17, 19, 21, 22, 24, 26,
Justice · 7, 12, 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23, 28, 29, 30, 31, 32, 34, 35, 36, 37, 38,
25, 26, 31, 33, 34, 53, 54, 55, 56, 57, 39, 40, 41, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49,
58, 59, 60, 63, 64, 67, 73, 74, 75, 76, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60,
125
61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 69, 70, 72, S
73, 74, 75, 76, 77, 78, 80, 81, 82, 83,
84, 85, 87, 88, 89, 91, 92, 93, 94, 95, saisine · 16, 23, 30, 33, 56, 61, 89, 92,
96, 98, 99, 100, 101, 102, 103, 104, 94, 95, 104, 111, 115
105, 106, 107, 109, 110, 111, 114, 116, sécurité · 30, 47, 49, 53, 54, 58, 63, 64,
117, 118, 119, 120, 121 65, 67, 70, 109, 110, 111, 118, 119,
Ohada. · 19 120
organisations · 73, 93, 100 souveraineté · 7, 28, 29, 30, 36, 46, 48,
50, 51, 59, 61, 70, 75, 85, 109, 118
P suprême · 18, 19, 22, 23, 25, 26, 29, 31,
33, 35, 36, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44,
pourvoi · 16, 18, 19, 22, 23, 25, 29, 31, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 53, 59, 62, 63,
32, 33, 37, 38, 41, 42, 45, 48, 49, 51, 110, 116, 119, 123
56, 59, 64, 65, 109, 110, 111
pourvois · 16, 19, 20, 22, 24, 26, 27, 28, T
29, 33, 35, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 48,
51, 52, 72, 74, 82, 83, 91, 95, 97, 99, traité · 22
100, 102, 104, 105, 106, 107, 109, 110,
111 U
126
TABLE DES MATIÈRES
AVERTISSEMENT ............................................................................................................ 3
DEDICACE .......................................................................................................................... 4
REMERCIEMENTS ........................................................................................................... 5
RESUME ET MOTS CLES-SUMMARY AND KEYWORDS ...................................... 6
SOMMAIRE ........................................................................................................................ 8
LISTE DES ABREVIATIONS, ACRONYMES ET SIGLE ......................................... 10
INTRODUCTION GENERALE ...................................................................................... 15
PARTIE I : LA MANIFESTATION DES POURVOIS MIXTES EN DROIT OHADA
............................................................................................................................................. 27
CHAPITRE 1 : LA PROPENSION DES JURIDICTIONS SUPREMES A
PRESERVER LEUR SOUVERAINETE..................................................................... 29
SECTION I. L’EMPRISE DES JUGES SUPREMES NATIONAUX SUR LE
PENAL ......................................................................................................................... 30
§ 1 : LA MATIERE PENALE DES AFFAIRES, UN ENTRE-DEUX DES ETATS
MEMBRES DE L’OHADA ....................................................................................... 30
A- L’éclatement du contentieux du droit pénal des affaires entre les
juridictions suprêmes nationales et la CCJA ................................................... 30
B- La CCJA, juge du contentieux de la qualification des incriminations ? .. 32
§ 2. LA SUPREMATIE AFFIRMEE DES JUGES NATIONAUX AU PENAL ........ 35
A-La prééminence reconnue au juge suprême national par le Traité ........... 36
B-Une suprématie du juge suprême national subordonnée à la volonté
étatique ................................................................................................................. 38
SECTION 2 : L’AFFIRMATION DU JUGE SUPREME NATIONAL DU FAIT
DES RENVOIS ........................................................................................................... 39
§1 : LE RECOURS AU JUGE SUPREME NATIONAL POUR L’INTERPRETATION
DES NORMES INCOMPLETES DE L’OHADA ...................................................... 40
A- L’interprétation des normes lacunaires de l’OHADA par les juges
suprêmes nationaux. ........................................................................................... 40
B- La subordination du juge de la CCJA aux juges suprêmes nationaux
dans l’appréciation des concepts généraux ...................................................... 44
§ 2 : LE CONTROLE DES REGLES DITES SPECIALES PAR LES JUGES
SUPREMES NATIONAUX ....................................................................................... 46
A-La primauté des juges suprêmes nationaux dans l’interprétation des règles
de procédure interne ........................................................................................... 47
B- Le monopole des juges suprêmes nationaux dans le domaine des suretés
légales ................................................................................................................... 50
127
CHAPITRE 2 : LA JALOUSE PROTECTION DE LA CCJA DE SON DOMAINE
DE COMPETENCE ...................................................................................................... 53
SECTION 1 : LA COMPETENCE EXCLUSIVE DE LA CCJA DANS LES
MATIERES RELEVANT DU DROIT OHADA ........................................................ 53
§1 : L’EVINCEMENT DES COMPETENCES TRADITIONNELLES DES COURS
SUPREMES NATIONALES ...................................................................................... 54
A-La substitution totale des juridictions suprêmes nationales par la CCJA 54
B- L’exclusion des juridictions suprêmes du contentieux du droit des affaires
.............................................................................................................................. 56
§.2 : LA CCJA, GARANTE DE LA SECURITE JURIDIQUE AU SEIN DE
L’OHADA ................................................................................................................. 58
A- Le pouvoir de contrôle des actes juridictionnels des juridictions des Etas
parties ................................................................................................................... 58
B- L’application de la loi nationale par le moyen d’évocation reconnue à la
CCJA .................................................................................................................... 60
SECTION 2 : LA CONSECRATION DE LA CCJA COMME JURIDICTION
SUPREME DU CONTENTIEUX DU DROIT OHADA ........................................... 63
§1 : LA FORCE ATTACHEE AUX DECISIONS DE LA CCJA ............................... 63
A- L’autorité de la chose jugée attachée aux arrêts de la CCJA................. 63
B- Le dessaisissement de la CCJA par l’effet de l’autorité de la chose jugée
65
§2: L’EXECUTION TRANSFRONTALIERE DES DECISIONS RENDUES PAR LA
CCJA......................................................................................................................... 67
A- La reconnaissance des décisions rendues par la CCJA dans l’ordre
interne des Etats .................................................................................................. 67
B- L’exécution forcée des décisions dans l’ordre interne ............................. 69
PARTIE II : L’INSECURITE DU FAIT DES POURVOIS MIXTES EN DROIT
OHADA .............................................................................................................................. 72
CHAPITRE 1: LE CONFLIT DE COMPETENCE ENTRE LA CCJA ET LES
COURS SUPREMES NATIONALES .......................................................................... 74
SECTION 1 : LA RETENTION DES COMPETENCES DE LA CCJA PAR LES
COURS SUPREMES NATIONALES ........................................................................ 74
§ 1 : LA RESISTANCE NOTABLE DES COURS SUPREMES NATIONALES DES
ETATS MEMBRES ................................................................................................... 75
A- La soustraction de la compétence de la CCJA par les juridictions
suprêmes nationales ............................................................................................ 75
B- Le zèle des juridictions nationales de cassation en cas d’incompétence
partielle ................................................................................................................ 77
§ 2 : LE RECOURS A LA PRISE A PARTIE COMME MOYEN D’EVICTION DE
LA COMPETENCE DE LA CCJA ............................................................................ 79
A- La clarification de la notion de prise à partie comme moyen de
contournement de la CCJA ................................................................................ 79
128
B- La détermination de la juridiction compétente en cas de prise à partie
contre un arrêt rendu en application d’un Acte uniforme.............................. 80
SECTION 2 : L’EMPIETEMENT SUR LE CHAMP DE COMPETENCE DE LA
CCJA EN CAS DE POURVOI MIXTE ..................................................................... 82
§1: L’INCURSION FLAGRANTE DE LA CCJA DANS LES MATIERES NON
HARMONISEES ....................................................................................................... 82
A- Le débordement excessif de la CCJA en cas de pourvoi mixte ............... 83
B- Le dépassement des critères de détermination de la compétence de la
CCJA .................................................................................................................... 85
§2 : L’EXISTENCE DE FRONTIERES BROUILLEES ENTRE LES MATIERES
CIVILES ET COMMERCIALES ............................................................................... 87
A- L’imprévisibilité de la limite du domaine droit des affaires .................... 87
B- Le risque d’immixtion possible dans les matières purement civiles ....... 89
CHAPITRE 2 : L’INCERTITUDE JURIDIQUE INHERENTE AUX POURVOIS
MIXTES .......................................................................................................................... 91
SECTION 1 : LES RISQUES JURIDIQUES DE COULANT DES POURVOIS
MIXTES AU SEIN DE L’OHADA ............................................................................ 91
§ 1 : LES HESITATIONS A CHOISIR LA BONNE JURIDICTION SUPREME EN
CAS DE POURVOIS MIXTES.................................................................................. 92
A- La compétence concurrente des deux juridictions suprêmes .................. 92
B- La saisine probable de la juridiction suprême incompétente par l’une
des parties ............................................................................................................ 94
§ 2 : L’IMPREVISIBILITE DE L’ISSUE DES POURVOIS MIXTES ...................... 95
A- L’impossible éclatement de l’affaire .......................................................... 95
B- L’apparition du déni de justice ? ............................................................... 97
SECTION 2 : LE RECUL DE L’ATTRACTIVITE JURIDICO-ECONOMIQUE DU
FAIT DES POURVOIS MIXTES DANS L’ORDRE JURIDIQUE DE L’OHADA 99
§ 1 : LA MISE EN DOUTE DE LA PLACE DES NORMES DU DROIT OAHADA
................................................................................................................................ 100
A- La suprématie discutable des textes de l’OHADA ................................. 100
B- L’éclosion de la problématique sur la légitimité du juge de la CCJA .. 102
§ 2 :L’IMPACT DES POURVOIS MIXTES SUR L’ATTRACTIVITE
ECONOMIQUE AU SEIN DE L’OHADA ............................................................. 104
A- L’incertitude des garanties judiciaires pour les investisseurs ............... 105
B- La paralysie du développement des activités économiques du fait des
pourvois mixtes ................................................................................................. 106
CONCLUSION GENERALE......................................................................................... 108
BIBLIOGRAPHIE .......................................................................................................... 113
INDEX .............................................................................................................................. 124
TABLE DES MATIÈRES .............................................................................................. 127
129