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1 - La Négritude

Le mouvement de la Négritude, né en réponse à l'esclavage et à la colonisation, vise à revendiquer l'identité culturelle noire et à lutter contre l'assimilation occidentale. Il trouve ses racines dans la Négro-Renaissance de Harlem avant de se développer à Paris dans les années 1930, où des intellectuels comme Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor s'unissent pour défendre la dignité de la race noire. La Négritude se manifeste à travers la poésie et des revues littéraires, affirmant la valeur et l'originalité de la culture africaine face à l'ethnocentrisme européen.

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1 - La Négritude

Le mouvement de la Négritude, né en réponse à l'esclavage et à la colonisation, vise à revendiquer l'identité culturelle noire et à lutter contre l'assimilation occidentale. Il trouve ses racines dans la Négro-Renaissance de Harlem avant de se développer à Paris dans les années 1930, où des intellectuels comme Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor s'unissent pour défendre la dignité de la race noire. La Négritude se manifeste à travers la poésie et des revues littéraires, affirmant la valeur et l'originalité de la culture africaine face à l'ethnocentrisme européen.

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LA NEGRITUDE

BAC 2025 VISION CLAIRE


DIAO COACHING/ 78-614-57-90
PLAN
INTRODUCTION
I-HISTORIQUE DU MOUVEMENT
A-La négro-renaissance à Harlem (1903-1929)

B-La Négritude: Paris, le quartier latin de la Sorbonne

II-NEGRITUDE : essai de définition

A-La Négritude, l’expression d’une race opprimée

B-La Négritude, la manifestation d’une manière d’être


originale

C-La Négritude, un instrument de lutte

D-La Négritude, un outil esthétique

III-EVOLUTION ET PORTEE
A-EVOLUTION

B-PORTEE

CONCLUSION

-1-
INTRODUCTION
Le continent africain a subi dans son histoire deux événements violents et douloureux qui
vont avoir des conséquences sur le plan politique, économique, social et culturel :
l’esclavage et la colonisation. Les africains après ces événements vont prendre conscience
et rivaliser avec les autres sur le plan culturel. De la lointaine Amérique vont s’élever des
voix qui auront des répercussions jusqu’en Afrique pour revendiquer le caractère spécifique
de la culture négre. C’est dans ce contexte que va naître le mouvement de la Négritude qui
polarisera, jusqu’à la veille des indépendances, toutes les aspirations et toutes les énergies
des intellectuels Noirs de tous les horizons.

I-HISTORIQUE DU MOUVEMENT
La Négritude en tant que mouvement a pris naissance aux Etats Unis avant de se développer
en Europe au quartier latin de la Sorbonne.

A-La négro-renaissance à Harlem (1903-1929)


Le premier a avoir pensé la Négritude dans sa totalité et sa spécificité fut certainement
William E B Dubois dont le livre « Ames noires », paru en 1903, dénonçait la situation
scandaleuse faite aux Noirs des Etats Unis. Penseur et homme d’action, Du Bois montrait la
nécessité d’éffacer de l’esprit des Blancs et des Noirs, l’image stéréotypée du Négre sous-
homme, inconscient et taré, et en fondant l’Association nationale des Gens de couleur (dont
il rédigea la revue The crisis) il jetait les fondements d’une action politique susceptible
d’infléchir les options du gouvernement américain. C’est dans « Ames noires » que Du Bois
annonce le point de départ de la prise de conscience lorsqu’il dit : « Je suis négre et je me
glorifie de ce nom, je suis fier du sang noir qui coule dans mes veines ». A noter que
l’expression du génie des Noirs Américains à travers le jazz, la poésie contribuera beaucoup
à leur originalité à travers leur personnalité. Au début des années 1900, le jazz triomphe
dans le monde musical. Au théâtre, la grande comédienne Joséphine Baker s’impose. En art
l’influence africaine rendra célèbre les tableaux de Pablo Picasso. Cette suite de faits est
comme pour justifier le fait que l’Afrique apporte quelque chose de nouveau. Un
mouvement simulaire à celui de Du Bois prend naissance à Haïti, son instigateur Jean Price
Mars. Ce n’est pas au hasard que les Etats Unis furent le berceau de la Renaissance Négre.
Les négres qui y avaient été implantés pendant l’esclavage finissent par se rendre compte

-2-
qu’ils avaient perdu les souvenirs de la culture de la mère patrie : l’Afrique. Déracinés, ils
vont tout d’abord tenter de s’assimiler à l’autre. Devant le rejet qui a été opposé ils
s’imposaient à eux de prendre le chemin inverse pour retrouver l’éclat des sociétés
africaines. Formés à l’école de leur maître, ils vont tant bien que mal exiger leur riche trésor
culturel africain enfoui dans leur conscience collective. Ainsi le mouvement de Du Bois et
autre devient de plus en plus célèbre et crédible pour s’appeler désormais à partir de
1920 « The New Negro » ou la «Renaissance Négre ». Parmi ces leaders on peut citer Jean
Toomer, Langston Hughes, Claude Mac Kay, Countee Cullen. Mais ce mouvement
rencontrera le racisme meurtrier des américains blancs surtout avec le Ku Klux Klan en 1915.
Le mouvement va alors s’exiler en Europe où la lutte va continuer. C’est en 1923 que
Claude Mac Kay appelle à la résistance à la culture européenne et tache de montrer que le
nègre instruit a le même destin que son frère de sang analphabète.

Paris des années 1930 sera le carrefour où, toute condition réunie va prendre forme petit à
petit le mouvement de la Négritude.

B-La Négritude : Paris, le quartier latin de la Sorbonne


C’est donc à Paris, ville d’accueil, de la liberté pour les intellectuels et les artistes du monde
entier que se rencontrent les écrivains Noirs Américains comme Claude Mc Kay, Langston
Hughes etc et les étudiants antillais et africains comme Léon Gontran Damas, Aimé Césaire,
Léopold Sèdar Senghor, Ousmane Socè. Dans cette Paris des années 30 l’Afrique est à
l’ordre du jour. La curiosité pour l’Afrique de la part des colons n’était qu’une littérature
de vulgarisation géographique qui se souciait peu de la situation du colonisé. Nous avons des
romans d’aventuriers comme le roman d’un spahi de Pierre Loti. Cette littérature à
préoccupation colonialiste présente souvent le Noir comme un primitif, un sauvage. Et cela a
suscité une vive réaction chez les intellectuels Noirs qui s’assignent la mission de défendre
la dignité de la race noire par l’affirmation d’une identité culturelle. Pour la première fois
germera alors l’idée qu’il fallait restaurer la culture négro-africaine dans sa dignité, la
rendre son prestige d’antend. A Paris une poignée d’intellectuels et d’étudiants Noirs,
locataires du quartier latin vont se révolter d’abord par la plume à travers des revues qui
sont un cadre d’expression libre. La Négritude apparait dans un premier temps comme une
réponse au défi de l’Occident qui veut assimiler le monde noir en niant ses valeurs de
culture et en y faisant une table rase. Senghor remarque « nous n’avions, estimaient-ils, rien
inventer, rien créer, ni sculpter, ni peint, ni chanté ». La Négritude prend la forme d’un
texte poétique, d’un manifeste.

-« La Revue du monde noir » :

La Revue du monde noir fut la première tribune où les Noirs du monde entier eurent enfin
l’occasion de s’exprimer pour débattre de leurs problèmes spécifiques. La revue bilingue
(français-anglais) qui parut du 20 Novembre 1931 au 20 Avril 1932 avait été fondée par le

-3-
docteur Sajous, ressortissant du Liberia, assisté des sœurs Andrée et Paulette Nardal. Le salon
littéraire de fortune ouvert par les deux sœurs antillaises permit également aux intellectuels
noirs parisiens, Aimé Césaire, Léopold Sèdar Senghor, Léon Gontran Damas, Etienne Lèro,
René Ménil, de rencontrer les poètes et romanciers de la Renaissance Négre ainsi que
d’éminentes personnalités du monde noir telles que René Maran, Félix Eboué ou le docteur
Price Mars sénateur d’Haïti.

D’un ton relativement modéré, la Revue du monde noir fut un lieu de rencontres
fructueuses pour l’intelligentsia (noire et européenne, puisque l’ethnologue Léon Frobenius
y collabora) en même temps qu’un incontestable instrument d’éveil culturel. Les six
livraisons de la revue permirent l’établissement d’un véritable programme qui affirmait
l’originalité de la personnalité noire face à l’ethnocentrisme prosélyte des Européens,
récusait la vision manichéiste d’un monde primitif livré à la nécessaire mission civilisatrice
de l’Occident et réclamait une littérature authentique qui parlât enfin du Nègre sans fard ni
exotisme. Mais en dépit d’une certaine prudence, peut-être due à la subvention du
ministère des colonies dont elle bénéficiait, la Revue du monde noir céda trop souvent à la
polémique, et la définition de la Négritude avant la lettre à laquelle elle aboutit ne tenait pas
suffisamment compte des disparités réelles entre américanité, antillanité et africanité.

-La bombe de « Légitime Défense » :

La Revue du monde noir avait réclamé une littérature nègre : il revint à Légitime Défense de
la définir et d’en proposer le modèle. Rédigée par une équipe dissidente de la Revue du
monde noir , jugée trop conciliante, Légitime Défense dont le titre délibérément provocant
était emprunté à André Breton fit l’effet d’un brulot dans les milieux lettrés de Fort de
France .Ses auteurs , Etienne Lero , René Ménil et Jules- Marcel Monnerot , y dressaient en
effet un sévère réquisitoire contre leurs compatriotes et dans un manifeste programme
agressif paru le 1er Juin 1932 ils esquissaient une théorie de la nouvelle littérature antillaise.
Mais se sont tous les étudiants du quartier latin qui vont en bénéficier pour défendre la
culture noire et pour consolider leur militantisme. On y défend pour la première fois la
personnalité de l’homme Noir bafoué par trois siècles d’esclavage et de colonisation.
Légitime Défense prêche la libération du style, la liberté d’imagination des Noirs. L’écrivain
doit donc prendre en charge son histoire, sa race, la couleur de sa peau. Le poète Noir doit
être selon Césaire le porte parole de tout un peuple : « ma bouche sera la bouche des
malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix la liberté de celle qui s’affaisse au cachot du
désespoir ». Cette revue interdite par les autorités françaises et ce mouvement qualifié de
premier cri de révolte contre l’impérialisme blanc ne connaitra malheureusement qu’un
seul numéro publié en 1932.

-«La Revue de l’étudiant noir » :

-4-
A la suite de Légitime Défense qui avait déjà semé le grain de la révolte et de la
contestation va naitre la Revue de l’étudiant noir qui se veut le carrefour de tous les
intellectuels africains et antillais .Le journal va revendiquer la liberté créatrice du Négre en
dehors de toute imitation occidentale. Pour atteindre ce but, il fallait un retour aux sources
africaines. C’est ainsi que fut menée une veritable campagne de révolte culturelle et que
prit naissance le mouvement de la Négritude qui n’était au départ qu’un mouvement
tendant à rattacher les Noirs de nationalités et de statuts français à leur histoire, leur
tradition et aux langues exprimant leur culture. Cette revue marque officiellement l’acte de
naissance de la littérature africaine d’expression française. L’essentiel pour ces étudiants
est de vaincre la tentation de se vouloir blanc et s’affirmer en tant que race face à un
Occident oppresseur. Ce mouvement est axé au tour de trois personnalités : le guyanais
Léon Damas, le martiniquais Aimé Césaire et le sénégalais Léopold Senghor. Chacun de ces
écrivains s’assigne une mission ou plutôt une responsabilité « Césaire menait la lutte avant
tout contre l’assimilation des antillais, moi je visais toujours à analyser et à exalter les
valeurs traditionnelles de l’Afrique noire » écrit Senghor. Le mouvement de la Négritude
avec ses œuvres militants comme : « Cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire,
« Poésies » de Senghor, « Pigment » de Léon Damas gagnera en estime et en considération
au fil des années.

- «La Revue présence africaine » :

La guerre 1939-1945 interrompit la parution de l’Etudiant noir mais n’interrompit point


l’activité des étudiants noirs. L’équipe fut un instant disloquée par la captivité de Senghor
rappelé au front comme tirailleur ; par le départ de Césaire pour la Martinique où il allait
fonder la revue « Tropiques » enfin par la retraite et le silence de Damas qui avait eu des
ennuis politiques.

Mais le groupe parisien se reforma bientôt autour du sénégalais Alioune Diop, et


s’augmenta de personnalités comme les guadeloupéens Paul Niger et Guy Tirolien, de
l’ivoirien Bernard Dédié, des dahoméens Apithy et Bèhanzin et du malgache
Rabemananjara. C’est le noyau qui allait donner le jour à la Revue présence africaine.

En Décembre 1947, paraissait simultanément à Dakar et à Paris le premier numéro de cette


revue, qui allait rapidement devenir l’organe du monde noir en France et tend aujourd’hui
à l’être dans l’Afrique toute entière. Elle était patronnée par de grands intellectuels français
tels que Gide, Sartre, Mounier, Michel Leiris et Jorge Balandier ; enfin par quatre écrivains
noirs ayant acquis déjà une certaine renommée : Senghor et Césaire, naturellement
l’américain Richard Wright et le dahoméen Paul Hazoumé. La Revue présence africaine,
c’est un lieu de rendez- vous de toutes les idéologies, de toutes les opinions religieuses et
formes littéraires. Elle trouva son succès le plus éclatant avec la création des éditions
africaines ; ce qui permis aux écrivains de produire abondamment.

-5-
En somme, le mouvement de la Négritude qui se fondait au départ sur le principe d’une
race fut par peur d’aboutir à un racisme, obligé de se cramponner sur l’affirmation d’une
identité culturelle.

II-NEGRITUDE : essai de définition


La Négritude a déjà fait l’objet de tant de gloses de la part des exégètes qu’il est préférable
d’en rechercher une définition dans les textes mêmes de ses tuteurs. On s’aperçoit alors
qu’à l’époque de l’Etudiant noir, ni Césaire, ni Senghor, ni Damas, ne se sont souciés de
fournir un corps de doctrine exhaustif à la prise de conscience qui les a bouleversés,
préférant de toute évidence accorder la priorité à la création sur la théorie. Une analyse
conjointe des œuvres de Senghor et de Césaire permet cependant de dégager des
composantes essentielles de la Négritude.

A-La Négritude, l’expression d’une race opprimée


Césaire parle de « la Négritude mesurée au compas de la souffrance » et Senghor enchaine
dans Hosties noires, « Lettre à un prisonnier » dans ses mots :

« Vous ignorez les restaurants et les piscines, et la noblesse au sang noir interdite

Et la Science et l’Humanité, dressant leurs cordons de police aux frontières de la


négritude ».

Mongo Béti décrit la réquisition de main d’œuvre pour la construction des routes et des
voies ferrées dans son œuvre intitulé « Le Pauvre Christ de Bomba » ; Olympe Bhêly-Quénum
rappelle l’arbitraire de la justice coloniale dans « Piège sans fin » ; Sembene Ousmane
évoque les grèves des travailleurs et les répressions des maitres dans « Les bouts de bois de
Dieu ». Et puis il ya la misère et la faim, nous les retrouvons surtout aux Antilles ; René
Depestre compare la race noire à un minerais, un terreau, une forêt, livrés à l’exploitation
des spoliateurs dans « Minerais noir ».

B-La Négritude, la manifestation d’une manière d’être originale


« Pour assoir une révolution efficace, notre Révolution, dira Senghor, il nous fallait d’abord
nous débarrasser de nos vêtements d’emprunt, ceux de l’assimilation, et affirmer notre
être, c'est-à-dire notre Négritude ».

Et Césaire proteste en écho dans le « Cahier d’un retour au pays natal » en ses termes :
« ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’œil mort de la terre ; ma négritude
n’est ni une tour ni une cathédrale ; elle plonge dans la chair rouge du sol ; elle plonge dans
la chair ardente du ciel ; elle troue l’accablement opaque de sa droite patience. »

C-La Négritude, un instrument de lutte

-6-
Senghor y voit non « une pièce de musée », mais « l’instrument efficace de libération »,
tandis que Césaire affirme sa détermination d’être le « bêcheur » de sa race « pour que
revienne le temps de promission ».

D-La Négritude, un outil esthétique


Alors que Césaire ne quitte jamais, ou presque, le terrain politique et sociologique, il définit
la Négritude comme : « la conscience d’être noir, la simple reconnaissance d’un fait, qui
implique une acceptation, une prise en charge de son destin de Noir, de son histoire et de sa
culture ». Senghor croit apercevoir dans la Négritude une forme d’expression spécifique
fondée sur le rythme et le ton : « la monotonie du ton c’est ce qui distingue la poésie de la
prose, c’est le sceau de la Négritude, l’incantation qui fait accéder à la vérité des choses
essentielles », et Senghor résume toutes ces données en une formule lapidaire à laquelle il
est très attaché lorsqu’il déclare que « la Négritude est le patrimoine culturel, les valeurs et
surtout l’esprit de la civilisation négro-africaine ».

Cette première approche peut être complétée par l’étude systématique et stimulante que
Jean Paul Sartre a donnée de la Négritude dans sa préface à « l’Anthologie de la nouvelle
poésie nègre et malgache », procurée par Léopold Senghor en 1948. Pour Sartre, il apparait
que la Négritude est avant tout une attitude à l’égard du monde « l’être dans le monde
nègre » qui se définit essentiellement par opposition à la culture blanche et débouche sur un
racisme antiraciste. Mais, estime Sartre, cette situation est appelée à évoluer car la
Négritude, selon un processus dialectique très hélégien, est un passage, une notion
subjective, existentielle et ethnique destinée à se résoudre à un niveau supérieur dans la
notion objective, positive et exacte de prolétariat. Ainsi, pour l’auteur de la Nausée, la
Négritude est-elle un devenir, une tension entre un passé jamais tout à fait accessible et un
avenir où elle cédera la place à des valeurs nouvelles.

Cette divergence dans la définition va s’étendre aux autres poètes de la Négritude. Mais
quelque soit ces divergences théoriques entre les ténors de la Négritude, le combat reste le
même : restaurer au nègre sa dignité en lui faisant prendre conscience de ces propres
valeurs, dénoncer le racisme et le colonialisme.

III-EVOLUTOIN ET PORTEE
A-EVOLUTION
La Négritude s’est développée et nous pouvons dire que c’est la façon dont les négro-
africains comprennent l’univers c'est-à-dire la nature, les événements, les gens. C’est aussi
leur façon de créer. Cette conception de la vie est déterminée par deux sortes de
phénomènes.

➢ Les phénomènes de civilisation :

-7-
« Il n’ya pas de peuple sans culture » écrit Lévi Strauss. L’Afrique a depuis longtemps
produit des cultures si riches et si originales que le savant allemand Frobenius constatait en
1906 qu’il existait belle et bien une culture (une civilisation africaine partant d’un bout à
l’autre du continent africain). Tous les chercheurs sont d’accord aujourd’hui sur la
reconnaissance d’une civilisation africaine authentique que l’on ne retrouve nulle part
ailleurs parfaitement valable et intéressante. Frobenius écrit encore « L’idée du nègre
barbare est une invention européenne ». Cette reconnaissance et ce démenti de la thèse
européenne de la table rase forment les bases de la Négritude. C’est ce qui fait que Senghor
définit la Négritude comme étant « le patrimoine culturel, les valeurs et surtout l’esprit de
civilisation négro-africaine ».

➢ Les phénomènes historiques :

La validité de la civilisation africaine va être mal menée par l’esclavage inauguré par les
portugais. La traite négrière a coûté à l’Afrique beaucoup de ses fils et a instauré les
désordres dans tous les domaines. L’esclavage à peine abolie, la colonisation a crée une
série de traumatisme qui va remettre en question toutes les valeurs culturelles
préexistantes. Ebranlés dans leur confiance en eux même et dans leur culture, les africains
sont victimes du complexe d’infériorité, la honte de leur couleur et le découragement social.
L’esclavage et la colonisation ont failli réussir un « génocide culturel » selon Marcien Towa.
Face à cette attaque de l’Occident, l’homme Noir réplique par la Négritude. Jean Paul
Sartre dans « Orphée noir » écrit « Insulté, asservi, il se redresse, il ramasse le mot « singe »
qu’on lui a jeté comme une pierre, et se revendique comme Noir face au blanc dans la
fierté ». Le mouvement de la Négritude n’a pas eu le même écho suivant que l’on n’est en
Afrique francophone ou en Afrique anglophone. Nous constatons que les francophones sont
plus versés dans le mouvement. Les intellectuels anglophones par contre ne sont pas
véritablement enchantés par ce mouvement qu’ils ne trouvent pas important. Ils ont plutôt
une position critique et cela se retrouve chez Wolé Soyinka qui dit « Le tigre ne proclame pas
sa tigritude, il saute sur sa proie et la dévore ». Cela est dû simplement à la différence entre
les deux systèmes coloniaux de la France et de l’Angleterre. Pendant que la France pour
coloniser, dégradait les mœurs et les coutumes des indigènes en les obligeant ainsi à
assimiler les siennes, l’Angleterre laissait libre cour aux coutumes et aux mœurs des
indigènes. Ce qui fait qu’au moment de la décolonisation les anglophones se trouvent moins
déraciner, moins acculturer, moins déshumaniser que leurs frères francophones. Ces
derniers avaient besoin de lutter d’abord pour affirmer leur dignité ensuite s’affranchir de
la domination culturelle. Par ailleurs même chez les tenants de la Négritude, il ya les
différences de courant avec les nuances dans les définitions de Césaire « libération,
affirmation », de Senghor « enracinement et ouverture » et de Damas « plainte et défense ».
C’est ce qui fait qu’il ya plusieurs négritudes suivant leur forme d’affirmation de
préoccupation, leur degrés d’expression.

-8-
B-PORTEE
❖ Les différentes négritudes :

La Négritude douloureuse de Léon Gontran Damas se traduit par l’expression de la


douleur, la peur de perdre sa culture ou son âme au contact de la civilisation occidentale.
C’est donc l’expression de l’angoisse par laquelle le poète fait des plaintes et souffle la
torture. C’est ainsi que « Pigments » publiés en 1937 dit sa révolte contre l’acculturation
subie.

La Négritude agressive de Césaire est la revendication de la race nègre suite au désarroi qui
se fait dans une révolte d’une violente expression. La raison du dieu blanc, de la beauté
occidentale et même de la langue française est reniée, rejetée violemment. C’est ainsi
qu’on retrouve un tempérament chaud et dure du poète, une poésie qui bouleverse la
syntaxe et le mot. Cela se retrouve dans son long poème « Cahier d’un retour au pays
natal » publié en 1939.

La Négritude élogieuse brandie par des chercheurs de renommée comme Cheikh Anta
Diop. Cette Négritude prétend revendiquer la paternité de la civilisation de l’homme :
L’Afrique c’est le berceau de l’humanité. Le poète apparait ici comme messie qui
prophétise. Cheikh Anta Diop prétend que se sont les Noirs qui ont inventé les premiers : les
calendriers, les mathématiques, l’astronomie, la médecine, la religion, l’architecture et
même l’écriture.

❖ La langue :

Toute langue véhicule une culture et une communication. Il se pose alors le problème de
l’expression du « moi » profond dans une langue d’emprunt. Le poète haïtien Léon Laleau
dira « sentez-vous cette souffrance et ce désespoir à nulle autre égale, d’apprivoiser avec
des mots de France ce cœur qui m’est venu du Sénégal ». Jean Paul Sartre insistera sur la
dépendance que l’utilisation de la langue étrangère établie entre le colonisateur et le
colonisé en disant « entre les colonisés, le colon s’est arrangé pour l’éternel médiateur »
dans « Orphée noire ». Cette situation entraine des positions différentes des écrivains Noirs
par rapport à la langue française.

Les sympathisants de la langue française comme Léopold Sédar Senghor et le béninois


Paulin Toachim. Ce dernier considère la langue française comme « l’évangile du jour ». Il
ajoute « Je m’y suis enraciné loin pour pouvoir en explorer les profondeurs et je peux
affirmer aujourd’hui que je lui dois tout ce que je suis ».

Les retissants comme Gérard Chenet qui s’insurge contre l’imposition du français et y voit
une domination culturelle de l’Europe. Il écrit « l’intrusion du français m’est apparu
comme la présence d’un gendarme ».

-9-
Les modérés comme Tchiaya U Tamsi qui considère que l’utilisation du français est une
situation d’un fait qu’il assume comme un « phénomène naturel ». L’Algérien Mohamed
Dib considère le français comme « le véhicule idéal d’une pensée qui cherche à travers les
réalités locales à joindre les préoccupations universelles de notre époque ».

CONCLUSION
En somme le premier mérite de la Négritude est d’avoir redonner à l’homme noir sa dignité
humaine qui le pousse à être fier de ses valeurs de civilisation. Le Nègre se présente comme
un homme pareil aux autres et impose sa culture et surtout l’art africain qui participe à la
civilisation de l’universelle. C’est donc avec sa culture que l’Afrique pourra désormais
s’ouvrir vers l’extérieur pour participer « au rendez-vous du donner et du recevoir ». Ainsi
la Négritude de demain fera la synthèse de cette civilisation ancestrale et des apports des
sciences et techniques. Cela permettra à l’Afrique une meilleure intégration de l’Afrique au
monde moderne.

BIBLIOGRAPHIE
-Kane (M) : Négritude et littérature, in Colloque sur la Négritude, Dakar, 12-18 Avril 1972.

-Kesteloot (L) : Négritude et Situation Coloniale, édition Clé Yaoundé, 1970, PP 23-38.

-Chevier (J) : Littérature négre, Paris, édition Armand Colin, 1974, PP 32-47.

-Césaire (A) : Cahier d’un retour au pays natal, 1939 in Revue Volontés, réédité en 1956,
Présence Africaine.

-Damas (L-G) : Poètes d’expression française, Paris, édition du Seuil, 1947.

-Kane (M) et Diop (B) : L’homme et l’œuvre, Paris, Présence Africaine, 1971.

-Senghor (L-S), Liberté 1 : Négritude et humanisme, Paris, édition du Seuil, 1964.

-Senghor (L-S) : Ce que je crois, Paris, Grasset, 1988.

-Steins (M) : Les antécédents et la genèse de la négritude senghorienne, Paris, Université de


Paris III, 1981, Tome 3, P 1346.

-Niger (P) : Les puissants, Paris, édition du Scorpion, 1959.

-Béti (M) : Le Pauvre Christ de Bomba, Paris, 1956.

-Quénum (O-B) : Piège sans fin, Paris, 1960.

-Sembene (O) : Le bout de bois de DIEU, Paris, 1960.

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-Depestre (R) : Minerais noir, Paris, édition Présence Africaine, 1956, P 10.

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