Espaces Vectoriels Normés : Normes et Propriétés
Espaces Vectoriels Normés : Normes et Propriétés
Emmanuel Schenck 1
1. [email protected]
www.math.univ-paris13.fr/∼schenck/L2Analyse4.html
2
Remarques générales :
1. Les définitions, théorèmes et propositions du cours doivent être sus par
cœur.
2. Vous devez savoir refaire sans indications les exemples et exercices du cours.
Certains vous seront redemandés en contrôle continu.
3. Des questions, des erreurs, des commentaires ? Écrivez-moi un e-mail.
Chapitre 1
Définition 1.1. Soit E un espace vectoriel. Une norme sur E est une application
N : E → R qui vérifie :
1. N (x) ≥ 0 et N (x) = 0 ⇔ x = 0.
2. ∀x ∈ E, ∀λ ∈ K, N (λx) = |λ|N (x).
3. ∀x, y ∈ E, N (x + y) ≤ N (x) + N (y)
Une norme est donc une application qui sert à « mesurer la taille » d’un vecteur.
L’inégalité du dernier point s’appelle l’inégalité triangulaire. On dit que N (x) est
la norme de x. On appelle espace vectoriel normé (e.v.n. en abrégé) un couple
(E, N ) où N est une norme sur E.
3
4 CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Démonstration. Au tableau.
Exemple 1.3. Sur R, N p(x) = |x| est une norme. De même, on peut prendreN (z) =
|z| sur C puis N (u) = u21 + u22 sur R2 , où u = (u1 , u2 ). Les vérifications de l’in-
égalité triangulaire ne sont pas immédiates et nécessitent Cauchy-Schwarz (cf.
ci-dessous).
Définition 1.4. soit E un K-espace vectoriel. On dit que E est un ( espace eucli-
E×E →K
dien, s’il est muni d’un produit scalaire, c’est à dire une application
(u, v) 7→ ⟨u, v⟩
qui vérifie :
— Antisymétrie : ⟨u, v⟩ = ⟨v, u⟩
— Linéarité à gauche ⟨λu + βu′ , v⟩ = α⟨u, v⟩ + β⟨u′ , v⟩.
— Positivité : ⟨u, u⟩ ≥ 0 avec égalité si et seulement si u = 0.
Notons que l’antisymétrie implique que ⟨u, λv + βv ′ ⟩ = λ⟨u, v⟩ + β⟨u, v ′ ⟩, c’est à
dire l’antilinéarité à droite.
Remarque 1.5. Sur un R-espace vectoriel, la conjugaison complexe est sans effet :
on obtient donc une application symétrique et bilinéaire, c’est à dire linéaire en
chacun des argument.
Pour montrer que la norme euclidienne vérifie bien l’inégalité triangulaire, il suffit
alors d’appliquer l’inégalité de Cauchy Schwarz :
def
On notera parfois N = φ∗ N ′ , de sorte que φ∗ N ′ (x) = N ′ (φ(x)). On dit qu’on a
« tiré en arrière » la norme N ′ sur E ′ à l’aide de φ : E → E ′ .
Exemple 1.8. (un cas de dimension infinie - à voir en TD). Soit C l’espace
vectoriel des fonctions continues sur [−1, 1], à valeurs dans R. C’est un espace
vectoriel de dimension infinie (il contient la restriction de R[X] sur cet intervalle).
On pose, pour f ∈ C,
∥f ∥∞ = sup |f (x)|
x∈[−1,1]
Exemple 1.9. (TD) Toujours sur ce même espace, on peut encore poser
Z 1
∥f ∥1 = |f (x)|dx
0
C’est bien une norme, mais le point 1 est plus délicat et nécessite de manière
cruciale la continuité de f .
6 CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Comme on peut le prévoir, il existe bien d’autres normes sur Rn que la norme
euclidienne. Soit donc x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn . On pose :
qX
def
X
∥x∥1 = |xi |, ∥x∥2 = |xi |2 , ∥x∥∞ = max |xi |.
1≤i≤n
Démonstration. Au tableau.
Remarque 1.12. Ceci se généralise à tout espace vectoriel E de dimension n, et
pas seulement Rn : si {e1 , . . . , en } est une base de E, tout vecteur x ∈ E s’écrit
de manière unique
Xn
x= xi e i ,
i=1
où les nombres xi sont les coordonnées de x dans la base (ei ). Il suffit de poser
∥x∥1 , ∥x∥2 , ∥x∥∞ comme ci-dessus en utilisant les coordonnées de x.
On appelera ∥x∥1 , ∥x∥2 , ∥x∥∞ les normes standard de x sur Rn . Cette définition
est propre à notre cours. Nous utiliserons parfois la notation ∥ · ∥ pour désigner
l’application norme (que ce soit l’une des normes standard ou une autre, en fonc-
tion du contexte) : (
E→R
∥·∥:
x 7→ ∥x∥.
Définition 1.13. Soit E un espace vectoriel. On dit que deux normes N1 , N2 sont
équivalentes s’il existe une constante C > 0 telle que
On écrit parfois
1
N2 ≤ N1 ≤ CN2
C
et l’on remarque que l’inégalité précédente est aussi vraie en échangeant N1 et N2 .
N1 ≤ C ′ N2 et N2 ≤ C ′′ N1 .
Ainsi, la proposition précédente montre que les normes ∥·∥1 , ∥·∥2 , ∥·∥∞ sont toutes
équivalentes entre elles sur Rn , et plus généralement sur tout espace vectoriel de
dimension n.
Définition 1.15. (Norme produit). Soient E1 , E2 deux espaces vectoriels normés,
munis respectivement des normes N1 et N2 . Pour x = (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 on pose
est un isomorphisme.
8 CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
d(x, z) = N (x − z) = N (x − y + y − z)
≤ N (x − y) + N (y − z) = d(x − y) + d(y − z).
Exemple 1.25. " Cet exemple sort du cadre des espaces vectoriels.
Définition 1.26. Soit E un espace vectoriel normé et a ∈ E. Soit r > 0. La boule
ouverte de centre a et de rayon r est
— B∞ (0, 1) = {(x1 , x2 ) : |x1 | < 1 et |x2 | < 1}. C’est le carré (ouvert) centré
de côté 2.
— De même, B2 (0, 1) = {(x1 , x2 ) : x21 + x22 < 1}. C’est le disque (ouvert)
centré, de rayon 1.
— Enfin, B1 (0, 1) = {(x1 , x2 ) : |x1 |+|x2 | < 1}. C’est un carré ouvert de côté 1,
centré, dont les côtés sont perpendiculaires aux axes du repère orthonormé
canonique.
10 CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Autrement dit,
n→+∞ def n→+∞
un −−−−→ ℓ ⇔ N (un − ℓ) −−−−→ 0,
ce qui s’exprime avec des quantificateurs par :
n→+∞
Nous écrirons parfois simplement → au lieu de −−−−→ lorsqu’il n’y a pas d’ambi-
guité.
Définition 1.30. Soit (vn )n∈N une suite de E. On dit que (vn ) est une suite de
Cauchy, si pour tout ϵ > 0 il existe n0 ∈ N tel que
Exemple 1.32. Soit (zn ) une suite de nombre complexes, où C est muni de sa
n→∞
norme usuelle donnée par le module. Alors zn −−−→ z si et seulement si
Re zn → Re z et Im zn → Im z.
de même pour la partie imaginaire. Ceci montre les convergences des parties réelles
et imaginaires. La réciproque est immédiate car
q
|zn − z| = Re2 (zn − z) + Im2 (zn − z) → 0 + 0.
1.2. LIMITES ET CONTINUITÉ 11
Attention, l’argument d’une suite complexe convergente peut très bien ne pas
converger ! Considérer par exemple
1
zn = einπ → 0
n+1
1
ou encore zn = n+1
ein .
Proposition 1.33. Soient (un ), (vn ) deux suites de E, espace vectoriel sur K et
α, β ∈ K deux scalaires. Si un → ℓ et vn → ℓ′ alors
n→∞
αun + βvn −−−→ αℓ + βℓ′ .
Démonstration. On a
N (αun + βvn − (αℓ + βℓ′ )) = N (α(un − ℓ) + β(vn − ℓ′ ))
≤ N (α(un − ℓ)) + N (β(vn − ℓ′ ))
≤ |α|N (un − ℓ) + |β|N (vn − ℓ′ ) → 0 + 0.
En corollaire, quelque chose que nous avons déjà remarqué : soit (un ) une suite
de Rp , alors on peut écrire
un = (x1,n , . . . , xp,n )
où chaque coordonnée (xi,n )n∈N définit une suite à valeurs réelles.
12 CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Démonstration. Au tableau.
(i) Soit P ∈ Rm [X]. Alors la suite (P (k) )k∈N converge vers le polynôme nul pour
la norme N2 . C’est vrai car pour n assez grand, (X k )(n) = 0. Donc la suite est
constante (de valeur 0) à partir d’un certain rang, par exemple n0 = deg P + 1.
(ii) Si (Qn ) → P est une suite de polynômes qui converge vers P , alors pour tout
i = 0 . . . n, le coefficient de X i de Qn converge vers le coefficient de X i de P
lorsque n → ∞.
En effet, puisque Rm [X] ≃ Rm+1 par une bijection canonique φ (exemple 1.21)
nous avons vu que l’on peut munir Rm [X] de normes standard, tirées en arrière
par φ depuis les normes standard de Rm+1 . Ainsi, une suite de Rm [X] converge
si et seulement l’image de cette suite dans Rm+1 converge. La convergence dans
Rm+1 se faisant coordonnées par coordonnées, l’identification par φ montre qu’on
a convergence coefficients par coefficients dans Rm [X].
Remarque 1.37. Soit φ : E → E ′ une injection linéaire, et N ′ une norme sur E ′ .
n→+∞
Soit (un ) une suite de E. Si un −−−−→ ℓ pour la norme φ∗ N ′ si et seulement si
n→+∞
φ(un ) −−−−→ φ(ℓ) pour la norme N ′ . C’est simplement la définition, car
Terminons cette section par un résultat que nous admettrons cette année, mais
qu’il est bon d’avoir en tête :
Théorème 1.38. (admis) Sur un espace E de dimension finie, toutes les normes
sont équivalentes.
Ce théorème est très utile, car il montre que le choix d’une norme particulière en
dimension finie n’a pas d’importance pour les questions de convergence au vu de
la proposition 1.34 !
Soit a ∈ E et ϵ > 0. Démontrer qu’il existe un η > 0 qu’on calculera, tel que si
N (x − a) < η alors |f (x) − f (a)| < ϵ. La fonction f est-elle continue sur E ?
Démonstration. Au tableau.
Démonstration. Au tableau.
Définition 1.52. On prend les mêmes notations que ci-dessus, mais cette fois on
suppose que A = E et que f est linéaire. On dit alors que f est bornée si elle
est bornée sur B E (0, 1), c’est à dire s’il existe M ≥ 0 tel que
Démonstration. Au tableau.
Démonstration. Pour le voir, il suffit comme remarqué plus haut de montrer que
f est continue en 0. Soit (e1 , . . . , ep ) la base canonique de Rp . Écrivons
p
X
x= xi e i .
i=1
avec M = maxi N (f (ei )). Donc, pour tout ϵ > 0, on peut trouver η = ϵ/M de
sorte que si ∥x∥1 < η, on a clairement N (f (x)) < ϵ. Ainsi, f est continue en 0,
donc continue de Rp → E lorsqu’on munit Rp de la norme 1. Par équivalence des
normes, ceci reste donc vrai avec les normes 2 et ∞.
1.2. LIMITES ET CONTINUITÉ 17
qui est indépendant de t. Mais f (mλ (0)) = 0, ce qui montre que f ◦ mλ n’est pas
continue en 0, une contradiction.
Remarquons que le problème persiste même si l’on pose f (0, 0) = a ̸= 0. Il suffit
λ
de reprendre la construction précédente et choisir λ > 0 tel que 1+λ2 ̸= a.
def
N (A) = n max |ai,j |.
1≤i≤p
1≤j≤n
D’autre part, si n = p,
n
X
(AB)i,j = aik bkj
k=1
d’où
n
X
|(AB)i,j | ≤ sup |ai,k | sup |bk,j |
i,k k,j
k=1
n
X 1 1
≤ N (A) N (B)
k=1
n n
−1
≤ n N (A)N (B)
ce qui donne le résultat car N (AB) = n supi,j |(AB)i,j |.
1.3. TOPOLOGIE D’UN ESPACE VECTORIEL NORMÉ 19
Comme toujours, on prendra garde au fait que la propriété d’être ouvert dépend
de la norme utilisée pour construire les boules.
20 CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
B(x, r) ⊂ Uj ⊂ U.
B(x, rU ) ⊂ U, B(x, rV ) ⊂ V.
En prenant r = min(rU , rV ) > 0, la boule B(x, r) convient car elle est dans
U ∩ V , d’après les propriétés données à la suite de la définition 1.26.
Par une récurrence immédiate, on peut généraliser ce dernier exemple :
Proposition 1.65. Une réunion quelconque d’ouverts est encore un ouvert.
Toute intersection finie d’ouverts est encore un ouvert.
" Une intersection infinie d’ouverts n’est pas nécessairement ouverte, comme le
montre \
] − n−1 , n−1 [= {0}
n≥1
Or {0} n’est clairement pas ouvert, car il ne contient aucune boule de rayon > 0.
On rappelle que si f : X → Y et Z ⊂ Y , on définit l’image réciproque de Z par
Applications de ce principe :
— Soit a ∈ E et r > 0. Alors la boule ouverte B(a, r) est un ouvert. En effet,
B(a, r) = f −1 (] − ∞, r[)
Alors S est ouvert. Cela « se voit » sur un dessin, mais il est important de pouvoir
écrire une démonstration rigoureuse. Au tableau.
S =A∩B
A ⊂ U ⊂ V.
(Faire un dessin). On dit qu’un propriété P est vraie au voisinage de A s’il existe
une voisinage V de A tel que la propriété P est vraie sur V .
Remarques :
1. V n’est pas nécessairement ouvert.
2. Tout ouvert U qui contient A est un voisinage de A.
3. Tout ouvert U est un voisinage de chacun de ses points, puisque pour x ∈ U
il existe une boule ouverte B(x, ϵ) ⊂ U .
4. Soit r > 0. B(0, r) et B(0, r) sont des voisinages de 0.
5. f linéaire est continue si et seulement si elle est continue au voisinage de
0.
Proposition 1.72. Si F, G sont fermés dans E T alors F ∪G est encore fermé dans
E. Si (Fi )i∈I est une famille de fermés, alors i∈I Fi est fermé dans E.
En d’autres termes, une intersection quelconque de fermés est encore un fermé.
Une réunion finie de fermés est fermés.
U ∩ V = {x ∈ E : x ∈
/ F et x ∈
/ G}
Si x ∈ F ∪ G, alors x ∈/ U ou x ∈
/ V . En particulier, x ∈
/ U ∩ V . Réciproquement,
si x ∈
/ U ∩ V , alors x ∈ F ∪ G. Ainsi,
F ∪ G = E \ (U ∩ V ).
Or, U ∩ V est ouvert comme intersection finie de deux ouverts. Donc F ∪ G est
bien fermé comme complémentaire d’un ouvert. Le résultat pour une union finie
en découle par une récurrence immédiate.
Enfin, soit Uj = E \ Fj ouvert. Alors
\ [
E\ Fi = {x : ∃j, x ∈
/ Fj } = {x : ∃j, x ∈ Uj } = Uj
i j
Nous allons voir qu’on peut caractériser les ensembles fermés à l’aide de la conver-
gence des suites, ce qui sera très utile en pratique.
Proposition 1.73. Pour qu’un ensemble F ⊂ E soit fermé, il faut et il suffit que
pour toute suite (xn )n∈N d’éléments de F qui converge vers une limite ℓ, on ait en
fait ℓ ∈ F .
Exercice 1.74. Vérifier que [a, b], ] − ∞, a], [a, +∞[ sont des fermés de R.
" Un ensemble peut être à la fois ouvert et fermé, par exemple E, ∅ . Un ensemble
1
peut n’être ni ouvert, ni fermé : ]0, 1] par exemple. Cela se voit car n+1 est dans
[0, 1[ mais converge vers 0 ∈]0,
/ 1], donc F n’est pas fermé. Il n’est pas ouvert non
plus, car pour tout ϵ > 0, la boule B(1, ϵ) =]1 − ϵ, 1 + ϵ[ contient par exemple
1 + ϵ/2 ∈]0,
/ 1].
Démonstration. Au tableau.
∥f ∥∞ = sup |f |
R
1
Posons vk (x) = x2 +k2
. On considère la série de fonctions
X X 1
vk (x) = .
k≥1 k≥1
x2 + k2
∀n ∈ N, n≤C ×1
Différentiabilité dans Rn
2.1 Introduction
Ce chapitre ne traitera que de fonction à variables réelles. Soit f : R → R une
fonction. On rappelle que f est dérivable au point a ∈ R si le taux d’accroissement
en a admet une limite :
f (a + h) − f (a)
lim = f ′ (a) ∈ R.
h→0 h
On appelle nombre dérivé de f en a, le nombre f ′ (a). Lorsque f est dérivable sur
un intervalle I ⊂ R, ceci permet de définir la fonction dérivée, qui est la fonction
qui à a associe le nombre dérivé f ′ (a) :
(
′ I→R
f :
a 7→ f ′ (a).
29
30 CHAPITRE 2. DIFFÉRENTIABILITÉ DANS Rn
5. Enfin, si l’on dispose d’une « formule » qui donne f , par exemple, f (x, y) =
. . . pour une fonction de R2 → R, y a-t-il une formule qui permette de
calculer la différentielle, comme nous disposions de formules pour dériver
les fonctions usuelles d’une variable ?
2.2. DÉRIVÉES PARTIELLES 31
∥r(h)∥F
lim = 0K .
h→0 ∥h∥E
où ε : E → F vérifie
h→0E E h→0
ε(h) −−−→ 0F ⇔ ∥ε(h)∥F −−−→ 0K .
On dira, comme pour le cas d’une variable réelle, que r(h) est « un petit o de
h », c’est à dire que r(h) est négligeable devant h, ou encore que r(h) est un reste
d’ordre h.
Plus généralement, on dira que r est un reste d’ordre N , ou encore r = o(∥h∥N ),
si
∥r(h)∥F
lim = 0K
h→0 (∥h∥E )N
∀h ∈ A, ∥f (h)∥F ≤ C (∥h∥E )N
Exemple 2.6. Soit f (x, y, z) = yz x définie sur U = {(x, y, z) : z > 0}. Notez
que c’est bien un ouvert : une manière rapide et rigoureuse de le montrer est
d’observer que U est l’image réciproque d’un ouvert par une fonction continue :
U = π3−1 (]0, +∞[) où π3 (x, y, z) = z est clairement continue comme on l’a vu.
— Calcul de ∂f∂y
en (x0 , y0 , z0 ) : on considère y 7→ yz0x0 et on calcule sa dérivée
en y = y0 . On obtient
∂y f (x0 , y0 , z0 ) = z0x0 .
— Calcul de ∂f∂z
en (x0 , y0 , z0 ) : on considère z 7→ y0 z x0 et on calcule sa dérivée
en z = z0 . On obtient
∂z f (x0 , y0 , z0 ) = y0 x0 z0x0 −1 .
2.3. DIFFÉRENTIABILITÉ 33
— Calcul de ∂f∂x
en (x0 , y0 , z0 ) : on considère x 7→ y0 z0x = y0 ex log(z0 ) et on
calcule sa dérivée en x = x0 . On obtient
Exemple 2.8. (i) On vérifie que les dérivées partielles de la fonction f de l’exemple
précédent sont continues sur U = {(x, y, z) : z > 0}. Donc f est C 1 sur U .
(ii) Soit f : R2 → R définie par f (x, y) = x2xy
+y 2
si (x, y) ̸= (0, 0) et f (0, 0) = 0.
1 2
Alors, f est C sur R \ {(0, 0)}. En effet, en dehors de zéro, on caclule
∂f y0 2x20 y0 ∂f x0 2y02 x0
(x0 , y0 ) = 2 − , (x0 , y0 ) = 2 − .
∂x x0 + y02 (x20 + y02 )2 ∂y x0 + y02 (x20 + y02 )2
Exercice 2.9. En considérant f (x, tx), redémontrer que f n’est pas continue à
l’origine.
2.3 Différentiabilité
Nous pouvons faire maintenant le lien avec l’introduction et la notion de différen-
tielle.
L’écriture de la dernière équation est un produit matriciel entre une matrice ligne
et un vecteur colonne.
r→0
Remarque 2.11. Puisque la fonction ε est continue en 0, elle vérifie ε(r) −−→
ε(0) = 0.
Comme noté ci-dessus, on peut voir l’application linéaire La comme une matrice
à une ligne et n colonnes. Ceci suggère la définition suivante :
Définition 2.12. Soit U un ouvert de Rn , f : U → R une fonction de classe C 1 ,
a ∈ U . On appelle gradient de f en a la matrice colonne
∂f
∂x1
(a)
∇f (a) = ..
∈ Mn,1 (R).
.
∂f
∂xn
(a)
La h = (t ∇f (a)).h,
En effet, la fonction dans la valeur absolue est continue par hypothèse, et l’équation
ci-dessus exprime exactement que c’est un o(∥h∥).
2.3. DIFFÉRENTIABILITÉ 35
Remarques :
• Le théorème précédent et son corollaire montre que si f est C 1 sur U , alors f
est différentiable en tout point a ∈ U et sa différentielle en a est précisément la
matrice jacobienne A = Jf (a).
• Si f est différentiable en a, alors
fadmet des dérivées partielles en a : si on
h1
0
applique la définition avec h = on trouve que
..
.
1
f (a1 + h, a2 , . . . an ) − f (a1 , . . . an ) = h1 .A 0 + h1 ϵ(h1 ).
..
.
admet des dérivées partielles en a = (0, 0) mais qu’elle n’est pas continue en (0, 0) :
(iv) S oit p ≥ 2 et (
R → Rp
Q:
x 7→ (1, x1 , . . . , xp−1 )
Sa différentielle est une matrice de Mp,1 (R). Comme cette application est claire-
ment C 1 , on calcule facilement sa matrice jacobienne :
0
1
JQ (x) =
2x .
..
.
p−2
(p − 1)x
Lorsque p = 1, c’est à dire que les fonctions sont à valeur dans R, on peut définir le
produit f g. Si ∂xj f et ∂xj g existent au point a, alors f g admet une dérivée partielle
par rapport à la jème variable en a, qui est donnée par la règle de Leibniz :
∂ ∂f ∂g
(f g)(a) = (a)g(a) + f (a) (a).
∂xj ∂xj ∂xj
Remarquons que Jf (a) ∈ Mp,n (R) et Jg (a) ∈ Mq,p (R) donc le produit des matrices
différentielles a bien un sens. Or nous savons qu’un produit de matrices correspond
à la composée des applications linéaires représentées par ces mêmes matrices : la
différentielle d’une fonction composée est donc la composée des différentielles.
C’est de cette propriété que la règle de la chaîne tire son nom.
h→0 h→0
où h̃ = Df (a)h + ∥h∥ϵf (h)) −−→ 0. En particulier, on a bien ϵg (h̃) −−→ 0 et donc
on peut écrire
ϵg (h̃) = ϵ(h).
D’autre part, d’après la proposition 1.60,
On calcule
Dg ◦ f = − sin x −2 cos y sin y ,
c’est bien une matrice de M1,2 (R). Retrouvons ce résultat grâce à la règle de la
chaîne. D’une part,
− sin x 0
Df =
0 − sin y
D’autre part,
Dg = 1 2y
Puis
d
f (x + tv) = dfx (v) ∈ R.
dt t=0
La proposition suivante fait le lien avec les dérivées partielles telles que nous
les avons vues précédemment : si l’on prend pour v le ième vecteur de la base
canonique, la dérivée directionnelle dans la direction ei coïncide avec la dérivée
partielle ∂xi f :
2.5. DÉRIVÉE DIRECTIONNELLE 43
donc
N (0 + tv) − N (0) |t|
= N (v)
t t
et ce dernier terme n’a pas de limite, car il vaut N (v) pour t → 0+ et −N (v) ̸=
N (v) pour t → 0− .
Ce qui précède n’implique pas qu’une norme ne soit différentiable nulle part. Par
exemple, sur R2 , p
N2 (x, y) = x2 + y 2
est différentiable partout sauf en (0, 0),par composition de fonctions différen-
tiables. On peut même calculer sa différentielle : si (x, y) ̸= (0, 0), alors
∂N2 x ∂N2 y
(x, y) = , (x, y) = ,
∂x N2 (x, y) ∂y N2 (x, y)
qui sont des fonctions continues sur R2 \ (0, 0). Ainsi, N2 est une fonction C 1 sur
R2∗ et, pour (x, y) ̸= (0, 0),
1
∈ L(R2 , R).
DN2 (x, y) = x y
N2 (x, y)
Chapitre 3
Équations différentielles
3.1 Généralités
Définition 3.1. Soit U un ouvert de R2 et f : U → R une fonction continue. On
appelle équation différentielle du premier ordre, ou encore équation différentielle
ordinaire, une équation de fonction inconnue y de la forme
y ′ = f (t, y).
(t, φ(t)) ∈ U
et
∀t ∈ I, φ′ (t) = f (t, φ(t)).
On dit que U est le domaine de l’équation différentielle.
y ′ = y.
Exemple 3.3. Soit f (t, y) = a(t)y avec t 7→ a(t) une fonction continue sur un
intervalle J. Alors y ′ = a(t)y est une équation différentielle de domaine U = J ×R.
Soit A : J → R une primitive de a. Alors
φ(t) = λ exp(A(t))
45
46 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
est une fonction n fois dérivable φ, définie sur un intervalle ouvert I telle que
∀t ∈ I, (t, φ(t), . . . , φ(n−1) (t)) ∈ U et
Remarque 3.7. Par « Φ dérivable », on entend bien sûr que chaque composante
Φi de Φ = (Φ1 , . . . , Φn ) : I → Rn est une fonction dérivable d’une variable réelle.
On pose
y(t)
y ′ (t)
Y (t) = .
..
.
y (n−1) (t)
Alors,
y ′ (t) y ′ (t)
′
y ′′ (t) y ′′ (t)
Y (t) = =
.. ..
. .
y (n) (t) f (t, y, y ′ , . . . , y (n−1) )
3.2. LE PROBLÈME DE CAUCHY 47
Soit Y = (y1 , . . . , yn ) ∈ Rn et
R × Rn → Rn
y2
..
F : .
(t, y1 , y2 , . . . , yn ) = (t, Y ) 7→ F (t, Y ) = .
yn
f (t, y1 , . . . , yn )
est solution de Φ′ = F (t, Φ(t)). On s’est bien ramené à une équation d’ordre 1.
Alors
y ′ (t) y ′ (t)
′ 0 1 y(t)
Y = = =
y ′′ (t) −ω 2 y(t) −ω 2 0 y ′ (t)
On s’est ramené à
′ 0 1
Y = AY, avec A = .
−ω 2 0
On ne peut espérer que les solutions d’une équation différentielle soient uniques :
par exemple, pour l’équation y ′ = 0, les solutions sont toutes les fonctions constantes
y = λ, λ ∈ R. Pour espérer avoir l’unicité, il faudra aussi se donner une condition
initiale y(t0 ) = λ en un point t0 donné.
48 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
y ′ = f (t, y)
1
ψ(1) = lim− ψ(t) = lim− φ(t) = lim− = +∞.
t→1 t→1 t→1 1−t
C’est absurde. De même, on montre que t 7→ (1 − t)−1 est une solution maximale
sur ]1, +∞[.
Remarque importante : l’exemple précédent montre que les solutions maxi-
males peuve n’être définies que sur un domaine plus petit que celui où l’équation
différentielle est posée.
y ′ = a(t)b(y)
soit
dy y 1
= + .
du u 2y
Il n’est pas clair qu’on peut résoudre cette nouvelle équation pour l’instant, mais
nous allons voir que ce sera le cas en changeant de fonction inconnue.
52 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
où Y (t) ∈ Rn , t 7→ A(t) est une appliation continue définie sur un intervalle ouvert
I et à valeurs dans Mn (R), t 7→ B(t) est continue de I dans Rn . On dit que cette
équation est homogène si B = 0 :
Y ′ = A(t)Y (3.3)
Définition 3.22. Une équation linéaire scalaire d’ordre n est une équation diffé-
rentielle de la forme
On trouve alors
0 1 0 ... 0
0 0 1 ... ..
A(t) = , B(t) = . .
.. ..
. . 0
a0 a1 . . . an−1 b(t)
D’autres remarques :
1. Toute solution de (3.2) est de classe C 1 . En effet, une solution est dérivable
sur I, donc continue. Le second membre de l’équation montre alors que φ′
est continue, donc φ : I → Rn est bien C 1 .
54 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
Démonstration. Il est clair que l’ensemble des solution S forme un espace vectoriel,
car
(αy1 + βy2 )′ = αy1′ + βy2′ = αay1 + βay2 = a(αy1 + βy2 ).
Puisque A′ (t) = a(t), on vérifie que eA est solution. Pour montrer que toute
autre solution est proportionnelle à φ, posons ψ(t) = k(t) eA(t) . Ce changement de
fonction inconnue est inversible : se donner ψ équivaut à se donner k puisque φ
ne s’annule jamais. La fonction ψ vérifie l’équation, donc ψ ′ = aψ = ka eA . or
ψ ′ = k ′ eA +k(eA )′ = k ′ eA +ka eA
On obtient que k ′ (t) eA(t) = 0 pour tout t ∈ I. Comme eA ̸= 0, k ′ (t) = 0 pour tout
t et k est une constante. Finalement, on a bienS = Vect(eA ).
Pour (ii) on vérifie facilement que φ0 (t0 ) = y0 e0 = y0 satisfait aux conditions
initiales. C’est la seule, puisque tout autre solution s’écrit C eA(t) d’après le point
(i), et alors
C eA(t0 ) = y0 ⇔ y = y0 eA(t)−A(t0 )
et l’argument de l’exponentielle est bien la primitive de a qui s’annule en t0 .
3.5. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS : RAPPELS ET EXTENSION AUX EVN55
t2
Exemple 3.25. Sur R, les solutions de y ′ = ty sont les fonctions t 7→ C e 2 , avec
C ∈ R.
Exemple 3.26. Sur R, la solution de y ′ = i cos(t)y vérifiant y(0) = 2 − 3 i est la
fonction
y(t) = (2 − 3 i) ei sin(t) .
Théorème 3.27. (Variation de la constante, cas scalaire). Soit y ′ = ay + b avec
a, b continues sur un intervalle I, et φ0 une solution de l’équation de cette équation.
Alors l’ensemble des solutions est de la forme
Autrement dit, deux solutions diffèrent toujours d’une solution du cas homogène.
De plus, si t0 ∈ I, une solution particulière est donnée par
Z
−A(t)
φ(t) = b(t) e dt eA(t)
Démonstration. Il est clair que si ψ est une autre solution, un calcul direct montre
que ψ − φ0 vérifie l’équation différentielle homogène, d’où le premier point.
Pour le deuxième, on utilise la méthode dite de la « variation de la constante »
(due à Lagrange). Cette méthode est à connaître. L’idée est de changer de fonction
inconnue en cherchant une solution de la forme
c′ eA = b ⇔ c′ = b e−A .
Il suffit d’intégrer cette équation pour conclure (notez que t 7→ b(t) e−A(t) est une
fonction continue d’après les hypothèses faites sur a et b).
fn : I ⊂ R → E.
56 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
Soit B(I, E) l’espace des fonctions bornées définies sur I à valeurs dans E. Cet
espace est clairement un espace vectoriel sur R, mais il est de dimension infinie (il
contient par exemple la restriction des fonctions polynômes à I). On pose
def
N∞ (f ) = sup ∥f (t)∥.
t∈I
L’application N∞ est une norme sur B(I, E), dite norme de la convergence uni-
forme.
Exercice 3.28. Vérifier que N∞ est bien une norme sur B(I, R).
u
Ainsi la convergence uniforme fn →
− f se définit par
u n→+∞
fn →
− f ⇔ N∞ (fn − f ) −−−−→ 0,
ou encore fn → f pour la norme N∞ .
Théorème 3.29. Tous les résultats du premier semestre sur les suites de fonctions
se généralisent au cas des fonctions à valeurs dans E muni d’une norme ∥ · ∥. En
particulier, la convergence uniforme de fonctions continues sur un intervalle I
vers une fonction f : I → E assure la continuité de f .
De même, la convergence uniforme permet la permutation des limites avec les
opérations standard (intégration, dérivation) sous les hypothèses adéquates.
Nous ne donnerons pas les détails et les hypothèses précises mais indispensables
des énoncés ci-dessus, ils se déduisent facilement du cas E = R et l’on renvoie le
lecteur à son cours d’Analyse 3.
Remarque 3.30. Les notions de convergence de suites de fonctions ci-dessus dé-
pendent de la norme ∥ · ∥ définie sur E. Ceci n’est pas en soi problématique,
d’ailleurs les propriétés de convergence seront les mêmes pour toute autre norme
N équivalente à ∥·∥ (Proposition 1.34). En pratique, nous considérerons la plupart
du temps que E est de dimension finie. Or, le théorème 1.38 (que vous démontre-
rez en L3) affirme que sur un espace de dimension finie, toutes les normes sont
équivalentes : en dimension finie, le choix de la norme ∥ · ∥ sur E n’a finalement
pas d’importance.
3.5. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS : RAPPELS ET EXTENSION AUX EVN57
On rappelle que la convergence simple implique que la suite de fonctions des restes
Rn est bien définie :
+∞
X
Rn : t 7→ Rn (t) = fn (t), t ∈ I.
n+1
P u P s n→∞
Ainsi fn →
− g si et seulement si fn →
− g et N∞ (Rn ) −−−→ 0.
Théorème 3.32.
P Les résultats du premier semestre sont maintenus : si une série
de fonctions fn définies sur I converge uniformément vers une fonction g : I →
E, la continuité des fn assure la continuité de la limite g.
De même, la convergence uniforme permet l’interversion des symboles (sommes/limites,
somme/intégration, somme/dérivation) sous les hypothèses adéquates, en rem-
plaçant R, | · | par E, ∥ · ∥.
Là encore nous renvoyons le lecteur à son cours d’Analyse 3 pour qu’il formule
précisément les énoncés ci-dessus.
P
Enfin, on dira que la série fn converge normalement, si pour tout n la Pfonction
fn est bornée (de sorte que N∞ (fn ) ait un sens), et si la série numérique N∞ (fn )
est convergente.
P
Proposition 3.33. Si une série de fonctions fn Pconverge normalement sur I,
alors elle converge uniformément sur I, et la série ∥fn (t)∥ est convergente.
Notez que ce n’est rien d’autre que le théorème de Cauchy-Lipschitz, mais dans le
cas linéaire (où nous allons pouvoir donner la démonstration, pas si simple mais
instructive !)
On commence par donner une version intégrale de l’équation différentielle :
Démonstration. (du theorème 3.34). Nous allons utiliser une méthode importante
due à Picard (fin du 19e), dite des approximations successives. Notons
Z t
φ0 (t) = y0 + B(s)ds.
t0
Ces fonctions sont bien sûr à valeur dans Rn , nous sommes donc dans le cadre des
rappels de la section précédente. Nous alons démontrer que la série de fonctions
Un converge normalement sur tout intervalle de la forme [0, b′ ] ou de la forme
P
[a′ , 0] avec
a < a′ < 0 < b′ < b.
Dans tout ce qui suit, on note pour simplifier |Q| la norme d’une quantité Q, le
contexte permettant d’identifier cette norme précisément. Posons
Z t Z t
′ ′
N (t) = |B(t )|dt + |Y0 |, M (t) = |A(t′ )|dt′ .
0 0
Dans l’équation précédente, |A| désigne une norme de matrice. L’espace des ma-
trices étant de dimension finie, le choix précis de la norme n’a pas d’importance
pour les questions de convergence (voir la remarque 3.30, ou le théorème 1.38).
Nous allons montrer que la série de fonctions
X
Un
Y ′ = AY, Y (0) = 0.
Posons K(t) = sup0≤t′ ≤t |Y (t′ )|. Par construction, K est une fonction croissante,
et K(0) = 0. Notons
t∗ = sup{t > 0; K(t) = 0}.
Par définition de t∗ , K(s) = 0 pour tout s < t∗ . Ceci implique que pour tout
s < t∗ , on a Y (s) = 0. Par continuité de Y , on a donc nécessairement Y (t∗ ) = 0
et finalement aussi K(t∗ ) = 0.
60 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
Proposition 3.39. Soit ϕ : I → Rn une solution de (E). On dit que ϕ est une
solution particulière de (E). Alors, l’ensemble des solutions SE de l’équation (E)
peut s’écrire
SE = {ϕ + ϕ0 , ϕ0 ∈ SH }
Démonstration. En effet, il est direct de vérifier que si ϕ̃ est une autre solution,
alors ϕ − ϕ̃ est solution de l’équation homogène. Voir également la remarque
précédent la section sur les équation scalaires du premier ordre ci-dessus.
3.6.3 Wronskien
ce qui permet de retrouver l’équivalence entre les deux derniers points de la pro-
position.
62 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
Par ailleurs, φ doit vérifier l’équation différentielle avec second membre, donc on
a aussi
φ′ (t) = A(t)φ(t) + B(t)
X
= A(t) λi (t)φi (t) + B(t).
Le membre de droite est connu et détermine donc les λ′i (t). Il ne reste plus qu’à in-
tégrer toutes ces fonction pour trouver les λi , et par suite une solution particulière
de l’équation.
3.6. ÉQUATIONS DU PREMIER ORDRE : CAS GÉNÉRAL 63
y2′ = − 1+t
1 t 3t
2 y1 + 1+t2 y2 + 1+t2
1. Montrer que
2
1 t 1 1 2t − 1
A(t) = , B(t) = .
1 + t2 −1 t 1 + t2 3t
1 t
2. Vérifier que φ1 (t) = et φ2 (t) = sont solutions de l’équation
−t 1
homogène.
3. Trouver une solution particulière, puis la forme générale des solutions à
l’aide de la méthode de la variation des constantes.
Y ′ = A(t)Y + B(t),
où
y(t)
Y (t) =
..
.
y (n−1) (t)
et
0 1 0 ... 0
0 0 1 ... ..
A(t) = , B(t) = . .
.. ..
. . 0
a0 a1 . . . an−1 b(t)
Soit
C n (I) → C 0 (I,
Rn )
φ
φ′
Ω:
φ 7→ Ω(φ) = .. .
.
(n−1)
φ
64 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
Alors, Ω est bijective de l’espace des solutions de (E) sur l’espace des solutions
de Y ′ = AY + B, et également bijective de l’espace des solutions de (H) sur
les solutions de Y ′ = AY . En particulier, l’espace des solutions de (H) est un
espace vectoriel de dimension n, et (φ1 , . . . , φn ) est une base de cet espace ssi
(Ω(φ1 ), . . . , Ω(φn )) est une base de l’espace des solutions de Y ′ = AY .
Définition 3.44. On appelle matrice wronskienne associée à une base (φ1 , . . . .φn )
de solutions de (H) la matrice
φ1 φn
φ′1 φ′n
W (t) = .. .. .
. ... .
(n−1) (n−1)
φ1 φn
ϕj = Ω(φj )
En pratique, on peut soit raisonner sur le système, soit ne pas se ramener à l’odre
1 et chercher directement φ sous la forme
Les solutions seront donc à valeurs complexes, il faudra prendre les parties réelles
pour obtenir les solutions réelles.
1 0 1
Exemple 3.45. Système de taille 3 avec A = 2 −1 0 . On trouve 1
1 −1 1/2
valeur propre double et −3/2 valeur propre simple. Par des méthodes d’algèbre
−2 1 0
linéaires, on trouve une matrice P = 8 1 0 telle que
5 0 1
−3/2 0 1/10
P −1 AP = T = 0 1 3/5 .
0 0 1
Le système en Z s’écrit
′ 3 1
z1 = − 2 z1 − 10 z3
z2′ = z2 + 45 z3
′
z3 = z3
66 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
Quelques mots sur la preuve : il est clair que la série converge normalement, car
∥An ∥ ≤ ∥A∥n et
N
X 1 N →+∞
∥A∥n −−−−→ e∥A∥ .
n=0
n!
def PN 1 n
Ainsi, la suite de matrices AN = n=0 n! A , vue comme un vecteur de Mn (R),
2
converge dans l’espace E = Mn (R) ≃ Rn et sa limite eA ∈ Mn (R) est donc bien
définie (chapitre 1).
Propriétés de l’exponentielle de matrices :
1. Si A et B commutent (AB = BA), alors eA eB = eA+B = eB eA .
2. Pour tout A, eA est inversible avec e−A = (eA )−1 .
d
3. On a dt
etA = A etA .
Il suffit d’écrire A + B = B + A et de développer les sommes partielles en commu-
tant les termes pour le premier point (en raison de la commutation de A et B, tout
se passe comme si on avait un produit de séries exponentielles numériques – cf.
fin du cours d’Analyse 3 sur la série exponentielle). Le deuxième en découle avec
3.7. EQUATIONS LINÉAIRES À COEFFICIENTS CONSTANTS 67
y′
0 1 y y
= =A .
y ′′ −b −a y′ y′
Le polynôme caractéristique de A est
X 2 − X tr A + det A = X 2 + aX + b.
(C) r2 + ar + b = 0.
Courbes paramétrées
4.1 Généralités
Définition 4.1. Soit I ⊂ R un intervalle ouvert (pas forcément borné) et n ≥ 2
un entier. Une courbe paramétrée est une application
γ : I → Rn .
Nous dirons que c’est une courbe différentiable si l’application γ est différentiable,
de classe C k si γ est de classe C k . La trace de γ est l’ensemble
(2) Le cercle unité est la trace d’une courbe paramétrée, par exemple
(
R → R2
γ:
t 7→ (cos t, sin t)
Ce n’est pas la seule dont la trace est le cercle, comme nous le verrons bientôt.
(3) Soit (
R → R3
γ:
t 7→ (cos t, sin t, t)
γ est une hélice.
69
70 CHAPITRE 4. COURBES PARAMÉTRÉES
Exemple 4.3. (4) Soit α : R → R2 définie par α(t) = (t3 −4t, t2 −4). L’application
α n’est pas injective, car α(2) = α(−2) = (0, 0).
γ1′ (t0 )
v(t0 ) = γ ′ (t0 ) = ..
.
.
′
γn (t0 )
Ce vecteur peut s’interpréter comme la vitesse d’un point dont la trajectoire dans
Rn serait donnée par t 7→ γ(t).
Exemple 4.5. (1) Soit γ(t) = (t cos t, t sin t, t). C’est une hélice qui se « dilate ».
Calculons son vecteur tangent :
Exemple 4.6. (2) Dessin de la courbe α(t) = (t3 , t2 ). Sa trace dans R2 se confond
avec le graphe de la fonction numérique réelle f : x 7→ |x|2/3 . Notez bien la
différence de ces deux objets : le vecteur tangent en 0 à la courbe α est (0, 0) alors
que f n’est pas dérivable en 0.
(3) L’application α(t) = (t, |t|) définie sur R n’est pas une courbe différentiable
car t 7→ |t| n’est pas différentiable en 0.
(4) Les courbes α(t) = (cos(t), sin(t)) et β(t) = (cos(2t), sin(2t)) ont la même
trace, à savoir le cercle unité. Cependant, le vecteur tangent à la deuxième courbe
est le double de celui de la première courbe.
4.1.1 Reparametrisation
Définition 4.7. Soient (I, γ) et (J, η) deux courbes paramétrées. On dit qu’elles
sont équivalentes s’il existe u : I → J bijection de classe C k telle que u−1 soit
aussi de classe C k et
γ = η ◦ u.
Remarque 4.8. Si u : I → J est de classe C k , on sait que u−1 est de classe C k si
et seulement si pour tout t ∈ I, on a u′ (t) ̸= 0. Ceci est dû au fait que
1
(u−1 )′ = .
u′ ◦ u−1
Exemple 4.9. Soit S+ = {(x, y) ∈ R2 , x2 + y 2 = 1, y > 0}. Alors
(
] − 1, 1[→ R2
γ: √
t 7→ (t, 1 − t2 )
4.1.2 Orientation
Soient (I, γ) et (J, η) deux courbes paramétrées de Rn , de classe C k et u : I → J
un changement de paramétrage. Comme u′ (t) ̸= 0 ∀t ∈ I, on a soit u′ > 0 sur I
et u est strictement croissante, soit u′ < 0 sur I et u est strictement décroissante.
Définition 4.11. On dit que u préserve l’orientation si ∀t ∈ I, u′ (t) > 0. On dit
que u renverse l’orientation si ∀t ∈ I, u′ (t) < 0.
Une courbe paramétrée orientée est une classe d’équivalence de courbes paramé-
trées pour la relation suivante : (I, γ) ∼ (J, η) si et seulement si γ et η sont
équivalentes par une changement de paramètre u : I → J qui préserve l’orienta-
tion.
Remarque 4.12. Une relation d’équivalence est une relation qui est symétrique
(xRy ⇔ yRx), réflexive (xRx) et transitive (xRy et yRz ⇒ xRz).
Exemple 4.13. Les courbes γ et η de l’exemple 4.9 sont équivalentes, mais le
changement de paramétrage renverse l’orientation, puisque
η = γ ◦ u, u(θ) = cos θ, cos′ θ = − sin θ < 0, ∀θ ∈]0, π[.
Ces deux courbes paramétrées orientées sont différentes, elles n’appartiennent pas
à la même classe d’équivalence.
74 CHAPITRE 4. COURBES PARAMÉTRÉES
Définition 4.17. Soit (I, γ) une courbe paramétrée. Supposons qu’elle admette
une tangente en t0 . Soit p le plus petit entier ≥ 1 tel que γ (p) (t0 ) ̸= 0. On dit que
γ admet un plan osculateur en t0 s’il existe k > p tel que γ (p) (t0 ) et γ (k) (t0 ) soient
linéairement indépendants. Dans ce cas, le plan osculateur est le plan engendré
par les vecteurs γ (p) (t0 ) et γ (k) (t0 ) passant par γ(t0 ).
Remarque 4.18. Attention, une courbe paramétrée peut avoir des points muliples,
i.e. il peut exister t1 < t2 tels que γ(t1 ) = γ(t2 ) dans Rn . Il se peut, dans ce cas,
que la tangente en t1 soit différente de la tangente en t2 .
Figure 4.3 – À gauche, γ(t) pour t > t0 . À droite, une configuration de point
ordinaire (p impair et q pair).
t→t−
0
Si x(t), y(t) −−−→ ±∞, on détermine la limite éventuelle du quotient y(t)/x(t).
Si limt−0 y/x = a, on dit que y = ax est direction asymptotique. Dans ce cas on
calcule la limite éventuelle de y(t) − ax(t), si cette limite est finie et vaut b, la
droite y = ax + b est asymptote à la courbe.
80 CHAPITRE 4. COURBES PARAMÉTRÉES
Une fois les études précédentes réalisées, on peut tracer un tableau de variation et
esquisser l’allure de la courbe.
Exemple 4.22. Considérons
t2 t3
t 7→ ( , ).
1 + t3 1 + t3
Il n’y a pas de symétrie particulière et de réduction du domaine d’étude associé.
On calcule
2t − t4 3t2
x′ (t) = , y ′
(t) = .
(1 + t3 )2 (1 + t3 )2
donc
2 1 3 0
γ(t) = t +t + o(t3 ).
0 1
Avec les notations de la section 4.2.1 on trouve p = 2 et q = 3. C’est un point
de
1
rebroussement de première espèce. La tangente est donnée par le vecteur .
0
Pour t → 0, on a x(t) > 0 et y(t) du signe de t.
Les branches infinies se remarquent pour t → −1 : dans ce cas, lim−1 |x| = +∞
et lim−1 |y| = +∞. On calcule s’il y a une direction asymptotique :
y(t) t→−1
= t −−−→ −1.
x(t)
Donc y = −x est direction asymptotique. On calcule ensuite
1
lim y(t) − (−x(t)) =
t→−1 3
82 CHAPITRE 4. COURBES PARAMÉTRÉES
1
y(t) + x(t) − 1/3 = − (t + 1) + O((t + 1)2 )
3
1
= − (t + 1)(1 + o(1))
3
1
x′ (t) > 0 ⇔ t(2 − t3 ) > 0 ⇔ t ∈]0, 2 3 [.
lim (x(t), y(t)) = (0, 1), lim (x(t), y(t)) = (0, 1).
t→−∞ t→+∞
La formule de Taylor à l’ordre 2 entraîne que pour tout t ∈ [a, b], h ∈ R tel que
a ≤ t + h ≤ b,
Mi 2
|γi (t + h) − γi (t) − hγi′ (t)| ≤ h.
2
On en déduit que
M 2
∥γ(t + h) − γ(t) − γ ′ (t)h∥ ≤ h
2
1/2
où M = ( i Mi2 ) , et donc, d’après la deuxième inégalité triangulaire,
P
M 2
|∥γ(t + h) − γ(t)∥ − ∥γ ′ (t)h∥| ≤ h.
2
b−a
Appliquons ceci avec t = tj , h = N
. On obtient, pour tout j = 0 . . . N − 1 :
b−a ′ M (b − a)2
∥γ(tj+1 ) − γ(tj )∥ − ∥γ (tj )∥ ≤ .
N 2 N2
Alors,
N −1 N −1
X b−a X b−a
LN − ∥γj′ (tj )∥ = ∥γ(tj+1 ) − γ(tj )∥ − ∥γ(tj )∥
j=0
N j=0
N
N −1
X b−a
≤ ∥γ(tj+1 ) − γ(tj )∥ − ∥γ(tj )∥
j=0
N
N −1
X M (b − a)2 M b−a
≤ ≤ .
j=0
2 N2 2 N
(Le membre de gauche est une somme de Riemmann de f ). Il suffit pour conclure
d’appliquer ceci à f (t) = ∥γ ′ (t)∥.
Rb
Remarque 4.24. Les sommes de Riemmann de limite a f ne sont pas uniques, il
existe d’autres subdivisions donnant la même limite. Par exemple, il suffit d’avoir
une subdivision qui vérifie
N →+∞
max |tj+1 − tj | −−−−→ 0.
j
Définition 4.28. Soit (I, γ) une courbe paramétrée régulière (i.e. telle que γ ′ (t) ̸=
0, ∀t ∈ I). On dit que γ est un paramétrage naturel, ou paramétrage par l’abscisse
curviligne, ou par la longueur d’arc, si
∀t ∈ I, ∥γ ′ (t)∥ = 1.
Proposition 4.29. Soit (I, γ) une courbe paramétrée régulière. Il existe un pa-
ramétrage naturel de (I, γ) ayant la même orientation. De plus deux tels para-
métrages se déduisent l’un de l’autre par translation, c’est à dire que si (J, η) et
(J1 , η1 ) sont deux paramétrage naturels équivalents de même orientation, alors il
existe s0 tel que η1 (s) = η(s + s0 ) et J1 = J + s0 = {s + s0 , s ∈ J}.
γ(t) = η ◦ u(t), ∀t ∈ R.
4.5. COURBURE DANS LE PLAN 87
√ √
On a vu que u′ (t) = ∥γ ′ (t)∥ = r2 + k 2 . Prenons donc u(t) = t r2 + k 2 . C’est
bien une bijection croissante, avec u−1 (s) = √r2s+k2 .D’après ce qui précède,
Démonstration. On a
γ ′ (s) = η ′ (u(s))u′ (s)
Supposons que les orientations soient les mêmes, alors u′ = |u′ | et l’on en tire
∥γ ′ ∥ = ∥η ′ ∥u′ . Par suite,
γ′ η′
= × 1,
∥γ ′ ∥ ∥η ′ ∥
donc les tangentes unitaires coïncident (et les normales aussi, après mutiplication
par la matrice σ). Si les orientations sont opposées, |u′ | = −u′ et l’on trouve
γ′ η′
= × (−1).
∥γ ′ ∥ ∥η ′ ∥
Corollaire 4.35. Soit f : R → Rn dérivable, telle que ∥f (t)∥ est constante. Alors
et donc
′ 8s 1 1 16s2 8s
t (s) = 2 3/2
(2s, 1) + √ (2, 0) = √ ( 2 + 2, 2 )
(4s + 1) 2
4s + 1 4s + 1 4s + 1
2 4s + 1
Définition 4.37. On appelle courbure algébrique de (I, γ) le réel κ∗ (s). C’est une
fonction C ∞ sur I (plus généralement, κ∗ est de classe C k−1 si γ est de classe C k ).
On appelle courbure de (I, γ) le nombre positif
def
κ(s) = |κ∗ (s)| ≥ 0.
Comme ⟨t(s), n(s)⟩ = 0, en dérivant ceci par rapport à s on trouve que ⟨t′ , n⟩ +
⟨t, n′ ⟩ = 0. Il s’ensuit que l’on a aussi
puisque σ 2 = − Id.
def 1
R(s) = .
|κ∗ (s)|
On dit que le cercle de centre Cγ (s) et de rayon R(s) est le cercle osculateur de γ
en s.
4.5. COURBURE DANS LE PLAN 91
γ = η ◦ u, u : I → J, u′ = 0.
def
κ∗γ (τ ) = κ∗η (u(τ )),
cette dernière quantité étant bien définie précédemment puisque η est paramétrée
naturellement.
x′ x′′
∗
′ ′′
det(γ (τ ), γ (τ )) y ′ y ′′
κγ (τ ) = = ′2 .
∥γ ′ (τ )∥3 (x + y ′2 )3/2
Remarque 4.43. Il est possible de fermer ces demi plans, qui s’intersectent alors
en D, en demandant des inégalités larges dans les produits scalaires.
Voici la description attendue de la courbe au voisinage d’un point de courbure
non nulle :
Proposition 4.44. Soit (I, γ) une courbe paramétrée régulière et s0 ∈ I. Suppo-
sons que κ∗ (s0 ) ̸= 0. Il existe un intervalle ouvert I0 contenant s0 tel que γ(I0 )
soit contenu dans l’un des demi-plans fermés délimités par la tangente en γ(s0 ).
Plus précisément, si la courbure est positive, la courbe se situe dans le demi-plan
qui contient le point γ(s0 ) + n(s0 ), c’est à dire le demi-plan
D+ (s0 ) = {m ∈ R2 , ⟨m − a, n(s0 )⟩ > 0}.
Si la courbure est négative, la courbe est localement dans le demi-plan D− (s0 ), qui
contient le point γ(s0 ) − n(s0 ).
Ci-dessus, une courbe paramétrée de courbure positive au voisinage d’un point. Les
vecteurs t′ (s) et n(s) sont de même direction, de manière équivalente κ∗ (s) > 0.
On a représenté le cercle osculateur de centre C. Localement, la courbe est dans
le demi-plan D+ : en effet, ⟨γ(s + h) − γ(s), n(s)⟩ > 0 pour h proche de s. Ainsi,
en courbure positive, la courbe est bien localement dans le demi-plan qui contient
le cercle osculateur.
En cas de courbure négative au voisinage d’un point, les vecteurs t′ (s) et n(s)
sont de direction opposée, de manière équivalente κ∗ (s) < 0. La situation est
représentée ci-dessous. Localement, la courbe est dans le demi-plan D− : en effet,
⟨γ(s + h) − γ(s), n(s)⟩ < 0 pour h proche de s. Ainsi, en courbure négative comme
en courbure positive (mais non nulle !), la courbe est toujours localement dans le
demi-plan qui contient le cercle osculateur.
Terminons cette section avec la question suivante : dans le cas d’un paramétrage
général, il est légitime de se demander si l’on a encore t′ (s) colinéaire à n(s),
comme c’est le cas lorsqu’on parmètre avec la longueur d’arc. La réponse est
positive, c’est l’objet de la proposition suivante, qui nous servira par ailleurs dans
la classification des courbes planes.
4.6.1 Généralités
Posons
cos θ − sin θ
er (θ) = , eθ (θ) =
sin θ cos θ
Le déterminant de ces deux vecteurs vaut 1, et c’est une base orthonormée de R2 .
En particulier, ′
x (θ)
= 0 ⇔ g(θ) et g ′ (θ) = 0.
y ′ (θ)
Tout point de la courbe hormis l’origine (i.e. avec g(θ) ̸= 0) est non stationnaire.
La tangente en un tel point a pour vecteur directeur
On a alors
|t(θ)| cos v = g ′ (θ), |t(θ)| sin v = g(θ)
d’où, lorsque g ′ (θ) ̸= 0,
g(θ)
tan v = .
g ′ (θ)
4.7. QUELQUES QUESTIONS GLOBALES 95
T : x 7→ a + u(x)
De plus,
∀s, ∥η ′ ∥ = ∥γ ′ ∥ et κ∗η = κ∗γ .
Démonstration. Au tableau.
Théorème 4.48. Soient (I, γ) et (J, η) deux courbes paramétrées régulières défi-
nies sur le même intervalle I. On suppose que pour tout t ∈ I,
η = T ◦ γ.
Démonstration. Au tableau.
Démonstration. Admise par manque de temps, cette démonstration n’est pas spé-
cialement difficile.
4.7. QUELQUES QUESTIONS GLOBALES 97
Définition 4.50. Soient a < b < ∞. On dit que ([a, b], γ) est une courbe fermée
si γ(a) = γ(b). On dit qu’elle est simple si elle n’a pas de points doubles, c’est à
dire si t 7→ γ(t) est injective de [a, b] → R2 . On dit qu’elle est C k par morceaux
si γ est continue, et qu’il existe une subdivision a = t0 < · · · < tn = b telle que
γ : [ti , ti+1 ] → R2 soit C k . Enfin, une courbe fermée sera dite orientée positivement,
si en chaque point le vecteur normal pointe à l’intérieur de la courbe.
On commence par remarquer (nous l’avons déjà vu) que si f est une fonction
C ∞ définie sur un intervalle I = [a, b] alors le graphe de f s’identifie à la courbe
paramétrée (I, γ) avec γ(t) = (t, f (t)).
Z b Z b
A= f (t)dt = f (x(t))dx(t), x(t) = t.
a a
Z xb Z b Z b
′
A= f (x)dx = f (x(t))x (t)dt = y(t)x′ (t)dt.
xa a a
Ces graphes de fonctions (disons C k ) au dessus d’un même segment peuvent être
reliés par des segments verticaux aux extrémités. On peut paramétrer la courbe
obtenue : celle-ci a la régularité C k par morceaux seulement. Notons qu’il y a
deux sens d’orientation possible (sens positif sur le dessin).
Notons xa < xb les abscisses des extrémités gauche et droite de la courbe, formées
par des portions de droite verticales. L’aire incluse dans la courbe fermée tracée
sur la figure est clairement
Z xb Z xb
A= f− g.
xa xa
Puisque x′ = 0 sur les portion verticales, on peut rajouter les intégrales de −yx′
sur les intervalles de temps correspondants car celles-ci seront nulles, et l’on tombe
encore sur Z
A = −yx′ ≥ 0.
γ
Soit maintenant ABC un triangle du plan. Nous allons calculer son aire à l’aide
du point de vue ci-dessus. Si ce triangle n’est pas plat, il existe un côté, disons AB,
qui n’est pas orthogonal à l’axe des abscisses. Considérons ce triangle comme une
courbe paramétrée γ(t) = (x(t), y(t)) continue, orientée positivement, de classe
C ∞ par morceaux, définie sur un intervalle [a, b]. Découpons le triangle en tranches
verticales, de sorte qu’on puisse appliquer le principe précédent de calcul d’une
aire comprise entre deux graphes.
100 CHAPITRE 4. COURBES PARAMÉTRÉES
(4) Enfin, si l’orientation est indéterminée, c’est la valeur absolue des intégrales
ci-dessus qui donnera l’aire.
Comment justifier cette définition ? Pour le voir, on peut procéder comme pour
la longueur d’arc. Supposons pour simplifier que la courbe est simple, et de classe
C 2 . On subdivise l’intervalle
N
[ −1
[a, b] = [ti , ti+1 ]
i=0
Remarque 4.53. Notez qu’il est crucial que [a, b] soit un intervalle borné et que
γ soit C 2 , pour qu’on puisse appliquer le résultat important de première année
suivant : « une fonction continue sur un intervalle bornée est bornée et atteint ses
bornes ».
102 CHAPITRE 4. COURBES PARAMÉTRÉES
γ(ti+1 ) − γ(ti )
βi (h) = γ(ti ) + h .
δN
Notons que le vecteur que multiplie h est toujours non nul car la courbe est simple.
On a
h
βi (h) = γ(ti ) + (δN γ ′ (ti ) + O(ϵ)) = γ(ti ) + hγ ′ (ti ) + O(ϵ).
δN
Ainsi,
∀i, ∥γ(ti + h) − βi (h)∥ = O(ϵ).
Insistons encore sur le fait que cette estimation est uniforme en i, c’est à dire que
le membre de droite ne dépend pas de i (cf remarque précédente).
Soit maintenant Γ = ΓN la courbe paramétrée continue, lisse par morceau, définie
par Γ(ti ) = γ(ti ) et
Γ(ti + h) = βi (h), h ∈ [0, δN ].
Cette courbe est précisément notre polygone qui approxime γ par sergments.
Alors,
N
X −1 Z ti+1 N
X −1 Z ti+1
(yΓ x′Γ ′
− yx )dt ≤ |yΓ x′Γ − yx′ |dt
i=0 ti i=0 ti
N
X −1 Z ti+1
≤ |(yΓ − y + y)(x′Γ − x + x) − yx|dt
i=0 ti
N
X −1 Z ti+1
≤ |(yΓ − y)x + y(x′Γ − x) + (yΓ − y)(xΓ − x)|dt
i=0 ti
≤ Cϵ(b − a).
Puisque ϵ peut être choisi arbitrairement petit (il suffit pour cela de prendre N
assez grand), ce calcul montre ce que nous cherchons :
4πA ≤ ℓ2
En effet p
|xy ′ − ȳx′ | = |⟨(x, −ȳ), (y ′ , x′ )⟩| ≤ (x2 + ȳ 2 )(x′2 + y ′2 )
Maintenant on utilise l’inégalité bien connue pour a, b ≥ 0 avec égalité si et seule-
ment si a = b : (en exercice !)
a+b
a1/2 b1/2 ≤ .
2
Il s’ensuit que
p √ Aγ + πr2 1
Aγ πr2 ≤ ≤ ℓr.
2 2
Ceci montre l’inégalité.
104 CHAPITRE 4. COURBES PARAMÉTRÉES
Alors x2 + ȳ 2 = λ2 mais comme (x, ȳ) est la paramétrisation d’un cercle de rayon
r, on trouve que
λ = ±r.
Ainsi, x = ±ry ′ . Comme noté plus haut, r ne dépend pas de L et L′ , donc on
peut refaire le raisonnement en permutant les axes et trouver y = ±rx′ . Il suffit
alors de noter que
x2 + y 2 = r2 (x′2 + y ′2 ) = r2 ,
on a bien un cercle.