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Zola La Bête Humaine - Commentaire Rédigé

Dans l'excipit de La Bête humaine, Émile Zola décrit une locomotive hors de contrôle, symbolisant à la fois la violence de la guerre et l'ambivalence du progrès technologique. Le texte, riche en descriptions sensorielles et en émotions, met en lumière l'angoisse des témoins face à cette catastrophe imminente. Zola, à travers cette scène dramatique, soulève des réflexions sur les dangers d'une technologie incontrôlée et les ravages de la guerre, préfigurant des questionnements contemporains sur le progrès.

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Zola La Bête Humaine - Commentaire Rédigé

Dans l'excipit de La Bête humaine, Émile Zola décrit une locomotive hors de contrôle, symbolisant à la fois la violence de la guerre et l'ambivalence du progrès technologique. Le texte, riche en descriptions sensorielles et en émotions, met en lumière l'angoisse des témoins face à cette catastrophe imminente. Zola, à travers cette scène dramatique, soulève des réflexions sur les dangers d'une technologie incontrôlée et les ravages de la guerre, préfigurant des questionnements contemporains sur le progrès.

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Zola, excipit de La Bête humaine (1890)

Commentaire rédigé Remarques de méthode


Écrivain de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, Émile Zola INTRODUCTION
est reconnu comme chef de file du naturalisme, mouvement qui a pour Amorce : présentation
objectif d’analyser la société contemporaine, en prenant la science pour de l’auteur et de
modèle. La Bête humaine est le dix-septième volume des Rougon- l’œuvre : utiliser vos
Macquart, série de romans racontant l’histoire d’une famille sous le Second connaissances et le
Empire. Dans cette fiction, Émile Zola raconte l’histoire de Jacques Lantier, paratexte.
meurtrier et mécanicien. Le roman s’inscrit dans le monde des chemins de
fers, alors synonyme de progrès.
Nous sommes ici à la fin du roman. Jacques ayant été précipité au Présentation de l’extrait.
bas de sa locomotive, cette dernière se retrouve sans conducteur et entame Situation dans le roman.
une course folle, emmenant un contingent de soldats ivres vers une
destination inconnue. Il s’agit donc d’une catastrophe, dont Zola souligne le Sujet.
caractère dramatique, voire tragique : il semble impossible d’arrêter la Tonalité.
machine monstrueuse, lancée à pleine vitesse.
Nous verrons donc comment l’écrivain donne à son roman une fin Projet de lecture.
ouverte et haletante, tout en accordant à la locomotive une valeur
symbolique, voire mythique.
Dans un premier temps, nous étudierons la manière dont cet excipit Annonce du plan.
est dramatisé. Puis nous verrons comment la machine devenue folle peut
représenter ici la menace de la guerre et l’ambivalence du Progrès.
Saut de ligne après
l’introduction.
En décrivant le « galop tout droit » d’une locomotive hors de contrôle, Une phrase : rappel de
Émile Zola construit un incipit tout à la fois ouvert et saisissant. l’axe du I.
On note tout d’abord le caractère ouvert de cet incipit. Bien que le sort I A.
du héros, Jacques, soit réglé, la destination de la machine et le sort de ses Le paragraphe
passagers restent incertains. Ainsi, on peut relever dans le texte de très commence par l’idée,
nombreux verbes de mouvement, comme « roulait » (l. 1), « traversa » (l. puis il présente les
8), « allaient » (l. 13), « traverserait » (l. 15), « arrivait » (l. 20), « fila » (l. 21)
procédés et citations qui
et « continuait sa course » (l. 26). Le verbe « rouler » est même utilisé de viennent prouver cette
manière répétée dans le texte, pour renforcer cet effet (l. 9, 28 et 31). Le idée.
mouvement de la locomotive est également mis en valeur par l’hyperbate,
utilisée à trois reprises dans l’extrait (l.1, l. 18, et l. 21). la conjonction de
coordination « et », utilisée en tête de phrase, donne l’impression d’un
processus qui se prolonge : « Et la machine, libre de toute direction, roulait,
roulait toujours ». Enfin, l’imparfait, temps dominant du texte, sert ici à
décrire une action sans limites temporelles : le lecteur est entrainé dans un
mouvement sans fin.
Ouvert, cet incipit est également fortement dramatisé. Dans un récit I B. Chaque paragraphe
d’une rare intensité, l’écrivain tente de transmettre aux lecteurs l’effet commence par un
d’épouvante produit par la scène. Pour cela, il donne à voir et à entendre les alinéa.
réactions horrifiées des témoins, qui forment un groupe compact, comme le
montrent l’emploi du pronom on (« on se précipita », « on prévint », l. 18 ;
« on tremblait de peur », l. 24), et l’adjectif indéfini tous : « tous les cœurs
battaient » (l. 23). Plusieurs passages mettent en valeur des réactions
unanimes : ainsi, « l’épouvante gla[ce] la gare » (l. 11) et « le cri [est]
général » (l. 13). L’écriture de Zola est volontiers hyperbolique. On le voit
avec l’emploi de l’adverbe « follement » (« la pression monta follement », l.
4), ou encore avec la comparaison de la locomotive avec « une force
prodigieuse et irrésistible que rien ne pouvait arrêter » (l. 20-21). Cet effet En fin de paragraphe,
est renforcé par le recours à une ponctuation expressive, avec l’exclamation ne pas oublier de
et l’interrogation des lignes 29 et 30 : « Qu’importaient les victimes que la revenir à l’argument de
machine écrasait en chemin ! N’allait-elle pas quand même à l’avenir, départ, qui doit avoir été
insoucieuse du sang répandu ? » Le lecteur est alors pris à témoin par le prouvé.
narrateur : il est pour ainsi dire immergé dans cette scène catastrophique.
Zola insiste en effet sur le caractère spectaculaire de la situation. Il IC. Bien relier les
donne à voir et à entendre la scène en multipliant les notations sensorielles. paragraphe par des
On relève tout d’abord une isotopie du feu, tout au long du texte. L’écrivain connecteurs logiques,
insiste sur la « chaudière » de la machine, qui « s’embras[e] » (l. 3-4). Plus des mots de liaison.
loin, elle passe en « coup de foudre » (l. 8) dans « un vertige de fumée et de On peut modifier les
flamme » (l. 11-12), et la gare de Sottenville est « brûlée » (l. 21). Ces effets citations du texte à
lumineux sont d’autant plus marquants qu’ils contrastent avec l’obscurité condition de mettre les
environnante, puisque la scène se déroule dans la « nuit noire » (l. 28), « les éléments modifiés entre
ténèbres » (l. 30). Et, en plus de la vue, l’écrivain recourt à l’ouïe pour faire crochets.
vivre la scène aux lecteurs : outre les chants des soldats, il met en valeur le Je ne développe pas sur
vacarme de la locomotive, son « grondement » (l. 22), et il crée même une les chants des soldats,
synesthésie, qui mêle son et odeur, avec « le bruit strident de son haleine » vu que je le ferai dans le
(l. 9-10). On observe donc un travail très poussé sur les sensations, qui rend II.
la scène particulièrement vivante.
Le romancier multiplie donc les moyens pour créer, à la fin de son
roman, une forte tension narrative. Pour autant, il ne s’agit pas seulement de
faire vivre au lecteur des émotions fortes : cet excipit a aussi une forte Conclusion partielle.
dimension symbolique. Transition vers le II.

De fait, la locomotive est dans cet extrait bien plus qu’une simple Saut de ligne après le I.
machine : devenue un monstre mythologique, elle incarne la violence de la Axe du II en une phrase.
guerre et l’ambivalence du Progrès.
Tout d’abord, Zola transforme la machine en un véritable monstre, qui
rappelle les créatures de la mythologie, comme le minotaure. Cette II A
métamorphose passe par plusieurs images. Décrite comme « rétive et
fantasque », la locomotive est tout d’abord comparée à une
« cavale indomptée encore » (l. 2-3) : elle est alors animalisée et assimilée à
une jument de race, ce que reprennent les termes « galopant » et « galop
tout droit » (l. 3 et 8-9). Mais peu à peu s’affirme dans le texte une image
moins noble et plus inquiétante : celle de la bête brute, qui « fon[ce] la tête
basse et muette » (l. 8-9). On a alors l’idée d’un animal sauvage, au « galop
furieux » (l. 20), qui prend la forme concrète du « sanglier dans la futaie » (l.
25), capable de tout détruire sur son passage, en « bête aveugle et sourde »
(l. 30). La locomotive incarne donc une violence aveugle, et l’on ne
s’étonnera pas que surgisse, au cœur du texte, l’image du « monstre », que
met en valeur une allitération en [R] (« le roulement du monstre échappé »,
l. 19). Partout où elle passe, la locomotive apporte le chaos et la destruction.
Ces connotations négatives peut s’expliquer par le contexte historique : II B
cette scène se déroule au début de la guerre franco-prussienne de 1870, et
la locomotive est remplie de soldats en route pour le front. La machine
lancée à pleine vitesse symboliserait alors la violence de la guerre
inéluctable. Cette présence de la mort dans le texte est mise en valeur, par
contraste avec la gaieté des soldats ivres qui « chant[ent] » (l. 7), voire
« hurl[ent] des refrains patriotiques » (l. 13). Le verbe chanter est d’ailleurs
le dernier mot du texte, donc du roman : il dénonce l’inconscience des
soldats, « chair à canon » en route vers « la mort » (l. 31). Ces hommes
choisissent d’ignorer, en s’étourdissant par l’alcool et le chant, le triste sort
qui les attend. Cette tension au cœur du texte est marquée par le contraste
entre lumières et « nuit noire » (l. 28), que nous avons déjà relevé, mais
aussi par l’oxymore : « [ils] s’égayèrent de cette course violente » (l. 6-7).
Les ravages à venir de la guerre sont d’autant plus terribles que seuls le
narrateur – et le lecteur avec lui – semblent en avoir conscience.
Mais la machine ne représente pas seulement la guerre, dans ce texte. II C
Elle incarne aussi le progrès technologique, dont elle porte ici toute
l’ambivalence. En même temps qu’elle avance vers « l’avenir » (l. 29), la
locomotive écrase tout sur son passage : elle sert les hommes autant qu’elle On peut évoquer
menace de les détruire. C’est ce que souligne dans le texte l’isotopie du feu, brièvement des
que nous avons relevée plus haut. Le feu renvoie à l’énergie nécessaire à la éléments vus dans le I,
machine, à la puissance qu’elle dégage, mais aussi à l’image négative des mais sans se répéter.
flammes de l’enfer, comme le montrent le verbe « s’embrasait » (l. 5), ou
l’expression « vertige de fumée et de flammes » (l. 12). La locomotive, c’est
le progrès technique devenu fou, car sans être humain pour le contrôler.
Ainsi, le romancier insiste à plusieurs reprises sur la liberté dangereuse de
la machine : « libre de toute direction », l’engin est aussi « affol[é] » (l. 9),
« fou » (l. 12), ou « débridé » (l. 15). Il renvoie au lecteur l’image d’une
création qui échappe à son créateur.

Ainsi, alors qu’il achève son récit, Émile Zola fait la démonstration de Conclusion. Retour au
son talent de romancier : il crée une scène palpitante, qui plonge le lecteur projet de lecture.
dans une atmosphère de catastrophe, tout en favorisant sa réflexion. Cet
excipit propose en effet une méditation à plusieurs niveaux : sur les ravages
de la guerre, bien sûr, mais aussi sur les dangers d’une technologie sans
limite ni contrôle. Grand admirateur de la science, et partisan du progrès
technique, Zola se montre à la fois prudent et prophétique. Il préfigure en
effet des questionnements qui se développeront aux vingtième et vingt-et-
unième siècle, où se apparaissent des technologies qui peuvent détruire Lien avec une autre
l’humanité entière. C’est ce qu’interroge, en particulier, le film récent œuvre (ici
Oppenheimer, de Christopher Nolan, consacré au « père » de la bombe cinématographique)
atomique.

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