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Emile

Dans le livre II de l'Émile, Rousseau souligne l'importance de l'instinct naturel dans l'éducation, plaidant pour une approche qui laisse l'enfant apprendre par lui-même plutôt que d'être contraint par des méthodes pédagogiques traditionnelles. Il critique sévèrement l'éducation qui impose des chaînes aux enfants, les rendant malheureux et les privant de la joie de vivre, tout en appelant à une éducation qui respecte leur liberté et leur instinct. Rousseau évoque également la précarité de la vie humaine, soulignant l'importance de profiter des moments d'enfance avant que la mort ne les emporte.

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Emile

Dans le livre II de l'Émile, Rousseau souligne l'importance de l'instinct naturel dans l'éducation, plaidant pour une approche qui laisse l'enfant apprendre par lui-même plutôt que d'être contraint par des méthodes pédagogiques traditionnelles. Il critique sévèrement l'éducation qui impose des chaînes aux enfants, les rendant malheureux et les privant de la joie de vivre, tout en appelant à une éducation qui respecte leur liberté et leur instinct. Rousseau évoque également la précarité de la vie humaine, soulignant l'importance de profiter des moments d'enfance avant que la mort ne les emporte.

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6A Settecento 201-257 24-05-2011 11:42 Pagina 251

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

«Le bien-être de la liberté rachète beaucoup de blessures»


Dans le livre II de l’Émile, Rousseau revient souvent sur l’importance de l’ins-
❚ Jean-Jacques Rousseau,
tinct naturel. L’éducateur ne doit jamais s’imposer ou se substituer à la nature, il
Émile ou de l’éducation,
II (1762).
doit se contenter de veiller à ce que tout se passe correctement et aider, le plus dis-
Genre: traité pédagogique. crètement possible, son petit élève à devenir un «être moral», conscient de ses
propres actions.
L’auteur mêle habilement les détails pratiques de sa pédagogie à des propos
plus généraux sur l’éducation▼ d’un nouvel individu pour une société nouvelle.

Notre manie enseignante et pédantesque est toujours d’apprendre aux enfants


ce qu’ils apprendraient beaucoup mieux d’eux-mêmes, et d’oublier ce que
nous aurions pu seuls leur enseigner. Y a-t-il rien de plus sot que la peine qu’on
prend pour leur apprendre à marcher, comme si l’on en avait vu quelqu’un qui,
5 par la négligence de sa nourrice, ne sût pas marcher étant grand? Combien
voit-on de gens au contraire marcher mal toute leur vie, parce qu’on leur a mal
appris à marcher!
Émile n’aura ni bourrelets, ni paniers roulants, ni chariots, ni lisières1, ou du
moins, dès qu’il commencera de savoir mettre un pied devant l’autre, on ne
10 le soutiendra que sur les lieux pavés2, et l’on ne fera qu’y passer en hâte. Au
lieu de le laisser croupir3 dans l’air usé d’une chambre, qu’on le mène jour-
nellement au milieu d’un pré. Là, qu’il coure, qu’il s’ébatte4, qu’il tombe
cent fois le jour, tant mieux: il en apprendra plus tôt à se relever. Le bien-
être de la liberté rachète beaucoup de blessures. Mon élève aura souvent des
15 contusions; en revanche, il sera toujours gai. Si les vôtres en ont moins, ils
sont toujours contrariés, toujours enchaînés, toujours tristes. Je doute que le
profit soit de leur côté.
Un autre progrès rend aux enfants la plainte5 moins nécessaire: c’est celui de
leurs forces. Pouvant plus par eux-mêmes, ils ont un besoin moins fréquent
20 de recourir à autrui. Avec leur force se développe la connaissance qui les met
en état de la diriger. C’est à ce second degré que commence proprement la
Mouchoir-souvenir
de production anglaise 1. Tous les dispositifs dont on munit les re, où l’enfant pourrait se blesser. 3. Moisir,
intitulé Les Inventions de enfants pour éviter qu’ils ne se blessent en fai- pourrir. 4. Qu’il s’agite à son gré. 5. Les
l’an 2000, vers 1800. sant leurs premiers pas. 2. Sur un sol en pier- pleurs.
P L A N

▼ L’école du troisième millénaire


Depuis la Renaissance, le thème de l’éducation continue à passionner.
En 1770, Louis Sébastien Mercier (1740-1814) rédige un récit d’an-
P R E M I E R

ticipation – on parlerait de science fiction aujourd’hui – intitulé L’An


2440, rêve s’il en fut jamais où, entre autres, il critique la pédago-
gie de son temps. Voici comment il imagine l’école du futur:
«Il y a quatre différentes classes dans ce collège, où l’on enseigne l’ita-
U

lien, l’anglais, l’allemand et l’espagnol. Enrichis des trésors de ces


A

langues vivantes nous n’envions rien aux Anciens [...]. La sottise et le


pédantisme sont bannis de ce collège, où les étrangers sont appelés
pour faciliter la prononciation des langues qu’on y enseigne. On y tra-
duit les meilleurs auteurs. De cette correspondance mutuelle jaillit une masse de lumières. Un autre avantage se
rencontre: c’est que le commerce de la pensée s’étendant davantage, les haines nationales s’éteignent insensible-
ment. Les peuples ont vu que quelques coutumes particulières ne détruisaient pas cette raison universelle qui parle
d’un bout du monde à l’autre, et qu’ils pensaient à peu près la même chose sur les mêmes objets qui avaient allu-

251
6A Settecento 201-257 24-05-2011 11:42 Pagina 252

LE XVIIIe SIÈCLE

Thomas Gainsborough, Les vie de l’individu; c’est alors


enfants Marshall, 1787. qu’il prend la conscience de
lui-même. La mémoire étend
25 le sentiment de l’identité sur
tous les moments de son
existence; il devient vérita-
blement un, le même, et par
conséquent déjà capable de
30 bonheur ou de misère. Il
importe donc de commen-
cer à le considérer ici
comme un être moral.
Quoiqu’on assigne à peu
35 près le plus long terme de la
vie humaine et les probabili-
tés qu’on a d’approcher de
ce terme à chaque âge, rien
n’est plus incertain que la
40 durée de la vie de chaque
homme en particulier; très
peu parviennent à ce plus
long terme. Les plus grands
risques de la vie sont dans son commencement; moins on a vécu, moins on
45 doit espérer de vivre. Des enfants qui naissent, la moitié, tout au plus, par-
vient à l’adolescence6, et il est probable que votre élève n’atteindra pas l’âge
d’homme.
Que faut-il donc penser de cette éducation barbare7 qui sacrifie le présent à
un avenir incertain, qui charge un enfant de chaînes de toute espèce8, et
50 commence par le rendre misérable, pour lui préparer au loin je ne sais quel
prétendu bonheur dont il est à croire qu’il ne jouira jamais? Quand je sup-
poserais cette éducation raisonnable dans son objet, comment voir sans indi-
gnation de pauvres infortunés soumis à un joug insupportable et condamnés
à des travaux continuels comme des galériens, sans être assuré que tant de
55 soins leur seront jamais utiles! L’âge de la gaieté se passe au milieu des
pleurs, des châtiments, des menaces, de l’esclavage. On tourmente le mal-
heureux pour son bien; et l’on ne voit pas la mort qu’on appelle, et qui va le
saisir au milieu de ce triste appareil. Qui sait combien d’enfants périssent
victimes de l’extravagante sagesse d’un père ou d’un maître? Heureux
60 d’échapper à sa cruauté, le seul avantage qu’ils tirent des maux qu’il leur a
fait souffrir est de mourir sans regretter la vie, dont ils n’ont connu que les
tourments.
Hommes, soyez humains, c’est votre premier devoir; soyez-le pour tous les
états, pour tous les âges, pour tout ce qui n’est pas étranger à l’homme. Quel-
65 le sagesse y a-t-il pour vous hors de l’humanité? Aimez l’enfance; favorisez
ses jeux, ses plaisirs, son aimable instinct. Qui de vous n’a pas regretté quel-
quefois cet âge où le rire est toujours sur les lèvres, et où l’âme est toujours
en paix? Pourquoi voulez-vous ôter à ces petits innocents la jouissance d’un
temps si court qui leur échappe, et d’un bien si précieux dont ils ne sauraient

6. Le taux de mortalité infantile étant très élevé 8. Comme plus loin le «joug insupportable» et
à l’époque, l’espérance de vie d’un enfant est les «travaux continuels», Rousseau dénonce ici
plutôt réduite; raison de plus pour respecter les obligations imposées aux enfants (discipline,
l’enfant et sa liberté, dit Rousseau. 7. Cruelle. bonnes manières).

252
6A Settecento 201-257 24-05-2011 11:42 Pagina 253

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

70 abuser? Pourquoi voulez-vous remplir d’amertume et de douleurs ces pre-


miers ans si rapides, qui ne reviendront pas plus pour eux qu’ils ne peuvent
revenir pour vous? Pères, savez-vous le moment où la mort attend vos
enfants? Ne vous préparez pas des regrets en leur ôtant le peu d’instants que
la nature leur donne aussitôt qu’ils peuvent sentir le plaisir d’être, faites
75 qu’ils en jouissent; faites qu’à quelque heure que Dieu les appelle, ils ne
meurent point sans avoir goûté la vie.

«Dolci memorie»
❚ Jean-Jacques Rousseau, La quatrième partie de la Nouvelle Héloïse se termine sur cette longue lettre
Julie ou la Nouvelle Héloïse, que Saint-Preux adresse à son ami et confident Milord Edward, pour lui décrire ses
IV, 17 (1761). sensations lors d’une promenade en bateau avec Julie. Celle-ci est désormais
Genre: roman épistolaire. mariée et tous deux ont accepté la fin de l’amour qui les a jadis unis, mais la natu-
re apaisée laisse affleurer les souvenirs et réveille les sentiments assoupis de Saint-
Preux.
Il s’agit de l’une des pages les plus célèbres du roman. La mélancolie, l’in-
trospection dont font preuve ses personnages, leurs larmes, l’harmonie entre le
héros et le paysage, annoncent déjà l’imaginaire romantique du siècle suivant.

Après le souper, nous fûmes nous asseoir sur la grève1 en attendant le


moment du départ. Insensiblement la lune se leva, l’eau devint plus calme,
et Julie me proposa de partir. Je lui donnai la main pour entrer dans le
bateau, et, en m’asseyant à côté d’elle, je ne songeai plus à quitter sa main.
5 Nous gardions un profond silence. Le bruit égal et mesuré2 des rames m’ex-
citait à rêver. Le chant assez gai des bécassines3, me retraçant les plaisirs d’un
autre âge4, au lieu de m’égayer m’attristait. Peu à peu je sentis augmenter la

1. Rive, plage au bord du lac. 2. Régulier. 3. Oiseaux échassiers. 4. Le passé, lorsque Julie n’était
pas encore mariée.

✱ C L É S P O U R L ’ A N A L Y S E

1. Condamnation de l’éducation traditionnelle et évocation d’une image douloureuse de l’enfance, ce texte est un
plaidoyer ému et émouvant. Voici dans le désordre, les quatre étapes principales. Remettez-les en ordre et com-
plétez avec l’indication des lignes correspondantes.
a Appel poignant à l’humanité et à la raison (lignes ...................-..................). b Critique de la pédagogie
habituelle (lignes ...................-..................). c Indignation envers les contraintes (lignes ...................-
..................). d Remarque démographique (lignes ..................-..................).
2. La démarche critique de Rousseau repose essentiellement sur les contrastes. Étudiez successivement les réseaux
lexicaux opposés:
a De la liberté et de la contrainte. b De la souffrance et de la joie.
Quels éléments appartiennent à la fois au thème de la souffrance et à celui de la contrainte?
3. À quoi les enfants sont-ils comparés? et les parents? Comment qualifieriez-vous l’éducation traditionnelle? Choi-
sissez la réponse qui vous semble la plus convenable:
a Autoritaire et insensible. b Négligente et insouciante. c Protectrice mais cruelle. d Vigilante mais méprisante.
4. Trouvez dans le texte des exemples qui illustrent que la nouvelle éducation repose sur:
a Le respect de la spontanéité. b L’autonomie de l’enfant. c La conscience de la précarité.
5. Dans le dernier paragraphe, comment se manifeste le ton qui devient emphatique voire pathétique?
6. Résumez ce texte en 200 mots environ, en respectant l’ordre du raisonnement et la personne de l’énonciation.

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