VIRUS DE LA RAGE = RHABDOVIRUS
- Virus neurotrope enveloppé à ARN monocaténaire linéaire, non segmenté, à polarité négative
- Zoonose transmise accidentellement à l’homme par la salive d’un animal enragé (chiens 95%) ++
+ par morsure
- Provoque encéphalite mortelle chez : mammifères, carnivores et chiroptères (chauves-souris)
1) Intérêts
Épidémiologique Clinique Prévention
- enzootie mondiale - provoque une encéphalite aiguë - sérovaccination efficace
- problème de santé publique - rage déclarée toujours - abattage chien errant
- homme = « accident » du cycle mortelle
2) Classification
- Ordre : Mononegavirales
- Famille : Rhabdoviridae (du grec rhabdos= baguette)
- Genre : Lyssavirus (lyssa = rage, folie en grec)
- Espèce : virus de la Rage
Séquence du génome viral codant protéine N 7 génotypes :
I- CARACTERES VIROLOGIQUES
1) Structure
- Forme de bâtonnet
- Une extrémité plate et l'autre arrondie
aspect en "balle de revolver"
- Diamètre : 75 nm
- Longueur : variable de 100 à 300 nm
- Virus enveloppé
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- Nucléocapside : symétrie hélicoïdale
2) Génome
- ARN linéaire, monocaténaire, non segmenté, de polarité négative (anti-messager)
- Donc associé à une ARN polymérase ARN-dépendante « protéine L »
- Code généralement pour 5 protéines virales :
Protéine M (matrice) : localisée dans la face interne Protéines d’enveloppe (empruntés à
Protéine G = spicules : hémagglutinante la cellule lors du bourgeonnement)
Nucléoprotéine N : capside
Phosphoprotéine NS : co-facteur de l’ARN polymérase L Associées avec ARN viral pour
Protéine L (large) : ARN polymérase ARN dépendante former la nucléocapside
3) Multiplication virale
Fixation : interaction entre glycoprotéine G virale et Rc cellulaire à la surface des neurones :
- Rc nicotinique de l’acétylcholine (nAchR)
- Rc du nerve growth factor (NGF)
- Rc neural cell adhesion molecule (NCAM)
Pénétration : par endocytose
Réplication : dans le CYTOPLASME
- Transcription primaire : ARNv (-) est transcrit en ARN messagers (+) (= ARN matrices)
- Réplication du génome : synthèse de nouveaux génomes (-) à partir de ces matrices d'ARN (+)
- Transcription secondaire : nouveaux génomes (-) transcrits en ARN messagers (+) qui seront
traduits en protéines de structure
Assemblage : ARN néosynthétisés (-) sont encapsidés puis maturation des particules virales
Libération : par bourgeonnement
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4) Caractères physico-chimiques
- Virus enveloppé fragile ne survit pas dans milieu extérieur mais bien conservé à basse T°
- Détruit par : chaleur (15 mn à 50°C), rayons UV
- Inactivé par : éther, chloroforme, eau de javel, savon, formol…
- Persiste dans : tissus, prélèvements biologiques et cadavres diagnostic tardif
Neurotropisme marqué +++ certaines zones du système nerveux (corne d’Ammon)
II- EPIDEMIOLOGIE
1) Réservoirs
- Mammifères sauvages hébergent le virus (longue durée)
- Tous les animaux à sang chaud sont réceptifs à la rage
2) Vecteurs
- Primaires : animaux sauvages infectés deviennent excréteurs
de virus dans la salive et le transmettent par morsure
- Secondaires : animaux domestiques mordus par les animaux
sauvages excréteurs (chiens, chats, bovins, chevaux)
On distingue classiquement deux grands cycles épidémiologiques :
La rage urbaine ou « rage des rues »
- Les chiens errants constituent le réservoir et le vecteur principal du virus
- OMS estime que la rage des rues est responsable de plus de 99 % des cas de rage humaine et
d'au moins 50.000 décès chaque année.
La rage sauvage :
- La rage des carnivores sauvages : présente sur tous les continents.
- La rage des Chiroptères (chauves-souris) : en Europe de l'ouest et en Australie, en Amérique du
Nord et en Amérique latine : vampires (chauves-souris hématophages).
3) Transmission
- Principales sources : salive +++ et LCR
- Jamais présent dans le sang
- Transmission +++ accidentelle par inoculation de la salive virulente par :
+ morsure (99% des cas)
+ griffure (plus rarement)
+ léchage d'une peau lésée ou d'une muqueuse
+ inhalation d’aérosols (urines de chauve-souris)
- Au laboratoire : manipulation d’un animal vivant ou mort
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- Transmission interhumaine possible : + soins d’un homme enragé potentiellement infectant
+ lors de greffe de cornée
III- PHYSIOPATHOLOGIE
- Virus neurotrope modifie fonctionnement du système nerveux
- Ne provoque pas de lésions physiquement visibles dans le cerveau, mais perturbe les neurones, +
++ ceux régulant les fonctionnements rythmiques comme l’activité cardiaque ou la respiration
Pénétration du virus :
- Après morsure multiplication du virus d'abord dans les cellules musculaires
- Puis pénétration dans le système nerveux par endocytose au niveau des terminaisons
nerveuses libres et des jonctions neuromusculaires
Invasion centripète du système nerveux
- Virions transportés dans l'axone (par la dynéine) vers le corps cellulaire où il se multiplie
- Virions bourgeonnant du neurone infecté libérés dans l’espace inter-synaptique et infectent le
neurone post-synaptique suivant
- Virus parvient au cerveau où il continue sa réplication
- Maturation nouveaux virions : surface de la cellule et à l’intérieur du cytoplasme
La diffusion centrifuge à partir du cerveau
Virus se dissémine ensuite dans tous les tissus par voie centrifuge infectant :
- glandes salivaires
- œil (cornée conjonctivites)
- follicules pileux
- pancréas et les reins
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IV- CLINIQUE
1) Rage humaine
Phase d’incubation :
- Silencieuse
- Variable : 6 jours - 12 mois (40 jours en moyenne)
- Dépend de : localisation, profondeur et nombre de morsures
- Courte chez l’enfant
Prodromes (2 à 10 jours) :
- Début rapide (d’autant plus que la porte d’entrée du virus se situe près du système nerveux)
- Syndrome pseudo grippal
- Douleur + prurit au niveau du point de morsure
- Hyperesthésies généralisées (ne supporte aucun contact)
- Insomnie, anxiété́
Phase d’état (encéphalite rabique) : 2 formes cliniques principales :
Forme spastique = rage furieuse (70%)
- Troubles du comportement
- Hyperactivité
- Spasmes phobiques ou inspiratoires
- Dysfonctionnement SNA (hypersalivation, énurésie, priapisme, hypersudation)
- Dysphagie
- Coma cardiorespiratoire
Forme paralytique = rage muette (30%)
- Paresthésie
- Paralysie flasque avec aréflexie
- Para/quadriplégie
- « Myélite transverse » (peut aussi évoquer un SD de Guillain-Barré)
- Paralysie respiratoire
- Décès
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2 signes pathognomoniques de la rage
- hydrophobie = peur de l’eau (signe spécifique de la rage)
- aérophobie = peur de l’air
Ces 2 signes peuvent manquer dans la rage paralytique pouvant retarder le diagnostic
NB : diagnostic différentiel avec autres encéphalites virales difficile voire impossible
ainsi seul examen de laboratoire diagnostic de certitude
2) Rage animale
2 formes cliniques : - rage furieuse : chien, chat, renard
- rage paralytique : ovins, bovins, chiens ne mordent pas (contage salivaire)
Animal sauvage perd son instinct de conservation approche l’homme sans crainte
V- DIAGNOSTIC BIOLOGIQUE
Agent de classe 3 manipulation dans un labo de type de 3
1) Circonstances de diagnostic
Arguments épidémiologiques Arguments cliniques
- Notion de morsure par un animal suspect - Signes encéphaliques
- Absence de vaccination - Hydrophobie
- Profession à risque - Aérophobie +++
2) Prélèvements
Chez l’animal Chez l’homme
-Animal entier (petit mammifère : fouine, Vivant :
furet, écureuil) - Recherche virus et Ag rabiques :
- Tète entière (gros animaux : chien, chat, salive, biopsies cutanées,
renard) appositions cornéennes, LCR
- Cerveau (gros herbivore) - Recherche et dosage des Ac : sang total, LCR
Recherche sur zones riches en virus : Après la mort :
- Corne d’Ammon - Cortex cérébral, bulbe rachidien
- Bulbe rachidien - Hippocampe, glande salivaire, œil
- Cervelet, cortex
- Glandes salivaires
3) Transport des échantillons : triple emballage
4) Diagnostic direct identification des Ag rabiques
a) IFD détection Ag de capside (technique de référence)
- Mee Ag à l’aide d’Ac poly/mono-clonaux anti
nucléocapsides couplés à la fluorescéine
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- Ag sous forme inclusion intracytoplasmique fluorescents
(= corps de Negri nucléocapsides vides restant dans les cellules infectées et visibles après
coloration)
- Rapide (quelques heures)
b) ELISA sandwich
- Réalisée à partir de broyats cérébraux
- Par immunocapture des nucléocapsides
- Surnageant de ces broyats mis en présence de cupules sensibilisées avec des Ac mono ou
polyclonaux antinucléocapsides
- Révélation par un mélange d’Ac antinucléocapsides couplés à une enzyme (peroxydase)
- Avantages : rapide (< 2h), sensible (comme IFD), peu onéreux
c) Immunohistochimie
- Analyse d’appositions ou de frottis cérébraux
- A l’aide Ac monoclonaux anti-nucléocapside couplés à la biotine
- Incubation avec des complexes streptavidine-peroxydase
- Révélation par addition d’un substrat chromogène (3-amino-9-ethylcarbazole = AEC)
- Lecture au microscope classique Ag viraux sous forme d’inclusion magenta
d) Culture cellulaire isolement du virus
- Réalisée sur neuroblastomes murins
- A partir de broyats cérébraux ou salive chez l’homme
- Mee les inclusions virales dans le cytoplasme des cellules par IFD
- Avantages : rapide (< 24 h) et très sensible (condition que virus conserve son pouvoir infectieux)
- Remplace avantageusement isolement viral sur animal (souriceau nouveau-né)
e) RT-PCR détection de l’ARN viral
- A partir de : biopsies cutanées (plus riche en virus), salive, LCR
- Rétrotranscription de l’ARN viral en ADN amplifié par polymérisation en chaîne (PCR)
- Utilisation amorces viraux ciblant certains gènes nucléoprotéines N et polymérase L
5) Diagnostic indirect dosage des Ac
- Permet de vérifier et d’évaluer le degré d’immunité
- Avant ou après exposition au risque de contamination
- Intérêt très limité dans le diagnostic : apparition tardive
- Très utile pour le suivi de l’efficacité vaccinale
- Techniques : - RFFIT : épreuve de réduction des foyers de fluorescence
- Test FAVN : épreuve de neutralisation virale par Ac fluorescents
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- ELISA : + sensible, + rapide, - coûteuse (seuil > 0,5/ml)
VI- TRAITEMENT ET PROPHYLAXIE
1) Traitement : Que faire devant une morsure ou griffure ?
Urgence
- Laver à grande eau la région blessée avec du savon ou un détergent puis on rince abondamment
- Appliquer : alcool à 60°, Bétadine ou eau de Javel diluée
- Ne pas suturer la plaie (pour éviter de créer des conditions d’anaérobiose B. anaérobies)
- Vérifier la prévention du tétanos
- Faire une antibiothérapie pour éviter l’infection
Aucun TTT de la rage déclarée
Chez l’homme :
- Hospitalisation en service de réanimation
- Adm. locale et générale sérum antirabique spécifique : vaccin « traitement » PEP 2,5 UI (OMS)
2 protocoles vaccinaux : - 5 injections en IM J0 - J3 - J7 - J14 - J28 (ESSEN)
- 4 injections en IM 2 à J0 en deux points puis à J7 et J21 (ZAGREB)
- Vaccination préventive : même vaccin (1,5 UI en 3 injections en IM) J0, J7 et J21 ou J28 puis
rappel 1 an plus tard et tous les 5 ans
- Avenir : actuellement préparation de vaccins à valences multiples :
protection contre ensemble des Lyssavirus
association Gp de plusieurs génotypes et la Nucléoprotéine N d’antigénicité + large
Chez l’animal :
- Capture et sacrifice des chiens et chats errants
- Mise en observation de l’animal suspect de rage ou mordeur
- Vaccination / Test de vaccin à ADN
2) Conduite à tenir
Chien vivant et récupéré Chien abattu
- Visite vétérinaire à J0, J8 et J15 Expédition tête de l’animal dans un conteneur
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- Si le chien court encore prévenir réfrigéré à un laboratoire spécialisé par les
commissariat de police, gendarmerie et services vétérinaires sur ordre de la mairie
pompiers ou mairie + TTT antirabique en attendant les résultats du
- Si le chien meurt au cours de la période laboratoire
d’observation commencer TTT antirabique Chien disparu
complet chez le sujet exposé TTT antirabique complet
3) Prophylaxie éviter contacts avec animaux suspects / abattage chiens errants / vaccination
Contact sans lésion avec animal sain Pas de TTT
Contact indirect ou pas de contact avec animal suspect Pas de TTT
Léchage de peau, égratignures, érosions ou morsures mineures
d’un animal sain Pas de TTT
d’un animal suspect ou enragé TTT vaccinal
Léchage des muqueuses ou morsures importantes d’un animal suspect ou enragé TTT vaccinal