TITRE II : LE REGIME DE L’INSTANCE
Il s’agit des questions tenant aux différentes étapes de l’instance.
Chapitre I : L’introduction de l’instance
Les modes d’introduction sont variables et différentes selon la juridiction
saisie.
Section I : L’introduction de l’instance devant le tribunal de grande
instance
Elle se fait normalement au moyen de l’assignation. Cependant d’autres
moyens peuvent être utilisés.
Paragraphe I : L’assignation
Il s’agit d’un acte d’huissier par lequel le demandeur cite son
adversaire à comparaître devant le juge.
Cet acte a un certain nombre de règles de forme et doit faire l’objet d’un
enrôlement pour saisir le juge.
A/ les conditions de forme
Ce sont les mentions et les délais.
a) Les mentions obligatoires
L’assignation ou ajournement étant un acte d’huissier, elle obéit à toutes
les formes applicables aux actes d’huissier tels qu’ils sont édictés par l’art
821 du CPC. Mais à ces mentions générales doivent être ajoutées un
certain nombre de mentions indispensables à la compréhension de
l’assignation. Ainsi l’art 33 donne une liste de mentions : nom, prénom.
Mais surtout l’art 33 exige que soient précisés l’objet de la demande et
l’exposé sommaire des moyens. De même il exige que soit indiqué le
tribunal qui doit connaître de la demande, la date et l’heure de l’audience.
L’acte doit être notifié au défendeur par une signification à
personne ou à domicile conformément à l’art 832 CPC.
De même, il doit être laissé au défendeur un certain délai pour
préparer sa défense.
a) les délais d’ajournement
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Ils désignent le moment où le défendeur reçoit
l’assignation et celui du moment de l’audience.
Ce délai varie suivant la distance qui sépare le lieu où résident le
défendeur et celui où siège le tribunal.
il est de 5 jours pour ceux qui sont domiciliés dans le lieu où siège le
tribunal compétent, 10 jours pour ceux qui sont domicilies dans le
ressort du tribunal, de 15 jours pour ceux domiciliés dans les ressorts
limitrophes et de 30 jours pour ceux domiciliés dans les autres parties
de la République. Si le défenseur demeure hors du Sénégal, le délai
varie suivant la situation géographique.
B/ L’Enrôlement.
C’est la formalité par laquelle on porte à la connaissance du tribunal un
litige en faisant inscrire son litige sur un registre spécial appelé rôle
général tenu par le greffe et sur lequel doivent être mentionnés les
noms des parties, ceux de leurs avocats éventuellement et la date á
laquelle l’affaire sera appelée. L’enrôlement doit se produire au plus tard
l’avant-veille de l’audience sauf réduction accordée par le juge sur
requête.
Paragraphe II : les autres modes d’introduction de l’instance
Ce sont la comparution des parties, la déclaration au greffe.
A/ la comparution volontaire des parties
Elle est prévue par l’art 43 et elle implique pour les parties à se
présenter ensemble devant le juge pour qu’il tranche leur litige.
C’est un mode de saisine très rarement utilisé.
B/ la déclaration au greffe ; art 32 CPC
C’est un mode de saisine qui ne peut être utilisé que pour
l’exercice des actions personnelles, réelles mobilières.
Il consiste pour le demandeur à se présenter au greffe avec
indication de son nom, prénom, l’identité du défendeur, l’objet du litige.
A l’issue de ces formalités, le greffe dresse un procès-verbal et
enregistre l’affaire et remet un récépissé au demandeur.
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C/ la procédure sur requête
Elle passe par un acte écrit adressé au juge avec indication de son identité,
de l’objet du litige et de l’identité du défendeur.
Section II : Devant le tribunal d’instance et le tribunal du travail
On peut ici procéder par assignation mais cela peut être coûteux vu que les
frais d’assignation restent à la charge du demandeur. Il y a par ailleurs
d’autres modes de saisine : la déclaration du demandeur ou la requête
écrite signifiée par lui.
Il est possible de procéder par déclaration au greffe dans les mêmes
conditions que devant le tribunal de grande instance.
Devant le tribunal du travail, il n’est prévu qu’un seul mode de saisine ; la
déclaration écrite déposée au greffe. Il appartiendra au président de
convoquer les parties, ce qu’il doit faire par lettre recommandée avec
accusé de réception.
Chapitre II : Le déroulement de l’instance
Section I : Le déroulement de la procédure contentieuse ordinaire
Dans un certain nombre de cas, la procédure contentieuse est précédée
d’une procédure de conciliation. C’est le cas devant le tribunal du travail,
d’instance et de grande instance. Si la conciliation aboutit, un procès-verbal
de conciliation sera fixé et dressé par le juge et signé par les parties. Il aura
la même valeur qu’un jugement. Mais aucun appel ne sera possible. En
revanche si la procédure de conciliation n’aboutit pas, on entre dans la
phase contentieuse qui se passe en deux étapes.
Paragraphe I : l’instruction
C’est à l’issue de l’audience dite de « distribution » que la chambre décide
du jugement ou de la saisine du juge de la mise en état selon la nature et
le degré d’avancement de la procédure.
La mise en état
Article 54-2 CPC
« Toutes les affaires dont la chambre est saisie et qui ne sont pas
jugées sur le siège pour une raison quelconque, sont renvoyées à
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date fixe, à l’audience du juge de la mise en état rattaché à la
chambre pour être mises en état d’être jugées… »
A- Le déroulement de la mise en état
La compétence du juge de la mise en état
Lorsqu’il est saisi, le juge de la mise en état a, jusqu’à son
dessaisissement, une compétence exclusive pour statuer sur certaines
questions.
En effet selon l’article 54-13 du CPC, le juge de la mise en état est
compétent pour statuer sur les exceptions de procédure (exception de
nullité d’un acte de procédure, d’incompétence, de connexité…à ; à
l’exclusion des fins de non-recevoir (défaut de qualité à agir, d’intérêt à
agir, chose jugée…) et des défenses au fond.
Le juge de la mise en état peut accorder une provision au créancier
lorsque l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable. La
provision est une avance sur somme due.
Il est compétent pour ordonner des mesures provisoires, même
conservatoires, à l’exception des saisies conservatoires, des
nantissements ou des hypothèques conservatoires.
Enfin le juge de la mise en état ordonne, même d’office toute mesure
d’instruction appropriée (enquête, expertise…)
Les pouvoirs du juge de la mise en état
Le juge de la mise en état dispose de larges prérogatives dans le cadre de
la conduite de l’instance et ses pouvoirs tendent à s’accroitre.
Selon l’article 54-4 du CPC, le juge de la mise en état veille au
déroulement loyal de la procédure, à la ponctualité de l’échange des
conclusions et à la communication des pièces.
A cet égard, il peut entendre les avocats ou les parties et leurs adresser
des injonctions. Il fixe des délais pour l’accomplissement des actes et peut
accorder des prolongations de délais.
Il peut ordonner la jonction des instances présentant un lien de connexité
ou à des disjonctions. Enfin, il a le pouvoir de constater l’extinction de
l’instance.
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Si les deux parties s’abstiennent d’accomplir les actes de procédure dans
les délais, le juge de la mise en état peut ordonner d’office la radiation de
l’affaire par une décision non susceptible de recours (article 54-22).
Toutefois, le juge de la mise en état voit de plus en plus ses pouvoirs
étendus même en dehors de l’instance. Ainsi, il peut constater la
conciliation entre les parties (article 54-10 du CPC) et statuer sur les
dépens (article 54-14 du CPC). Ainsi, lorsque les parties se concilient en
cours de procédure, le juge de la mise en état constate la conciliation
intervenue entre les parties et ordonne la radiation de l’affaire du rôle.
B- La clôture de la mise en état
La clôture de l’instruction est la fin de la mise en état. En principe, après la
clôture de l’instruction, aucune pièce ou conclusion ne peut être déposée
par les parties.
La clôture de l’instruction peut être d’abord ordonnée lorsqu’à la fin de
l’instruction, l’affaire est en état d’être jugée (article 54-23 du CPC). A cet
effet, le juge va rendre une ordonnance de clôture qui renvoie l’affaire
devant le tribunal pour être jugée.
La clôture de l’instruction peut être ordonnée par le juge de la mise en
état lorsque l’une des parties n’a pas accompli les actes de procédure
dans les délais (article 54-21). L’ordonnance de clôture ne peut faire
l’objet de recours. Lorsque l’affaire est clôturée, la cause et les parties
sont renvoyées devant la chambre collégiale pour la mise de l’affaire en
délibéré. En vertu de l’article 54-26 du CPC, l’ordonnance de clôture peut
être révoquée en cas de cause grave dûment justifiée depuis qu’elle a été
rendue. Il en est ainsi par exemple, lorsqu’une partie après clôture de
l’instruction, entend déposer des pièces déterminantes pour l’issue du
litige.
La révocation de l’ordonnance de clôture peut être décidée par une
ordonnance motivée d’office par le juge de la mise en état ou à la
demande des parties, ou même par une décision du tribunal. La
révocation de l’ordonnance de clôture permet la réouverture des débats et
l’échange des conclusions et pièces.
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Paragraphe II : les débats
Ils sont marqués du sceau de deux principes : l’oralité et la publicité
des débats.
Les parties devront en effet plaider cela sous un certain ordre ; le
demandeur d’abord, ensuite le défendeur. Et si le demandeur le requiert, la
parole peut lui revenir ; alors le défendeur doit répliquer. Il appartient alors
au juge de faire cesser les plaidoiries s’il le juge nécessaire.
Dans certains cas, le ministère public peut intervenir dans les débats
notamment lorsqu’il est partie jointe. Dans ce cas, il intervient pour donner
son avis sur une question portée à sa connaissance. Certaines affaires sont
obligatoirement communiquées au ministère public ; les affaires qui
concernent l’état des personnes, les personnes présumées absentes. Une
fois les plaidoiries achevées, les parties vont remettre au juge leurs
dossiers et les débats seront alors clos sauf si le juge autorise leur
réouverture. Si les débats ne sont pas recouverts l’affaire va être soit
jugée sur le champ ou mise en délibéré c'est-à-dire que le juge va
s’accorder un certain délai pour trancher, auquel cas le juge va fixer une
date au cours de laquelle l’affaire va être délibérée.
Section II : Le déroulement des procédures particulières
Paragraphe I : la procédure par défaut
Il y a défaut lorsque l’une des parties ne comparait pas ou omet de
faire connaître ses moyens.
Donc c’est une procédure qui n’est pas contradictoire.
Ici, il faut éviter toute entrave à l’administration de la justice causée par
l’absence des parties. D’un autre coté aussi, il serait regrettable qu’une
personne puisse être condamnée sans avoir présenté sa défense.
Dans certains cas, le défendeur ne comparait pas. Il y a alors défaut pour
faute de comparaître causé par l’ignorance du défendeur du procès qui lui
est fait ou par le refus du défendeur.
D'un autre coté, l’une des parties peut comparaître mais refuser de
présenter ses moyens, il y a alors défaut faute de conclure.
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A/ le défaut faute de comparaître
Il ne concerne que le défendeur. La situation la plus simple est
celle où le défendeur est unique.
1) il n’existe qu’un seul défendeur
S’il n’existe qu’un seul défendeur qui ne comparait pas, il y a défaut faute
de comparaître. Il faut cependant que le délai d’ajournement soit respecté.
Apres ce délai, le juge constate le défaut. Deux solutions s’offrent alors au
demandeur.
Procéder à l’ajournement en acceptant de réassigner le
défendeur pour une nouvelle audience. Dans ce cas trois
hypothèses ;
*le défendeur comparait suite à la deuxième assignation, pas de
problème, la procédure devient pleinement contradictoire.
*le défendeur ne comparait pas alors que la seconde assignation
lui a été faite à personne. Dans ce cas, quoique le défendeur soit
défaillant, l’art 99 al 3 décide que le jugement qui va être rendu sera
contradictoire. Conséquence, le défendeur ne pourra faire opposition au
jugement ; parce que l'assignation lui a été remise à personne, donc il
en a eu connaissance.
*à la nouvelle audience le défendeur ne comparait pas parce que
l’assignation n’a pas été faite à personne, dans ce cas l’assignation est
sans conséquence.
On tombe alors dans le deuxième choix, le demandeur ne
consent pas à l’ajournement, il va alors requérir un
jugement sur le fond. C’est au tribunal alors que revient
une option.
*une première possibilité ; user de la faculté de l’art 97 CPC. Si le
juge sait que le défaut du défendeur tient à l’ignorance dans laquelle
celui-ci se trouve, dans ce cas le tribunal peut ordonner la réassignation.
On se retrouve alors dans la même situation que décrite supra.
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*une deuxième possibilité ; le tribunal n’ordonne pas la
réassignation art 98, il doit alors adjuger les conclusions du demandeur
s’il les trouve juste et bien vérifiées.
2) il existe plusieurs défendeurs
Ici l’art 99 al 1 pose une règle, il envisage l’éventualité où parmi les
défendeurs certains comparaissent alors que d’autres sont défaillants.
Pour cela, la règle n’est pas claire. Mais on pourrait penser que si tous
les défendeurs sont défaillants, les règles applicables à la non
comparution d’un seul défendeur sont applicables.
La solution en cas de comparution partielle pourrait être que à l’égard
du défendeur qui comparait le jugement est contradictoire et à l’égard
de l’autre qui ne comparait pas il est à défaut et peut donc faire l’objet
d’une opposition. La solution peut paraître choquante.
B/ le défaut faute de conclure
Le défaut faute de conclure n’appelle pas à l’égard de la partie qui
comparait la même sollicitude qu’à l’égard du défaillent faute de
comparaître.
Dans le défaut faute de conclure, la partie défaillante n’a pas comparu mais
à accompli tous les actes de procédure.
Il faut ici distinguer trois hypothèses ;
1) Le défaut de conclure des deux parties :
Il se produit quand aucune des deux parties ne fait aucun acte de
procédure. Dans ce cas, on pense que si les parties n’ont pas conclu, c’est
parce qu’elles ont trouvé un arrangement entre elles. L’art 96 décide alors
que le juge peut prononcer la radiation de l’affaire assimilable à un
désistement d’instance.
2) Le défaut de l’une des parties
Cette hypothèse est prévue par les arts 51 à 52. Lorsque l’une des parties
qui a participé à l’instruction de l’affaire ne fait pas de déclaration, elle
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s'expose à ce qu’un jugement soit rendu contre elle. Un jugement qui sera
réputé contradictoire.
3) le déport de l’avocat de l’une des parties
Il se produit lorsque l’avocat chargé de procéder aux actes
d’instruction pour l’une des parties n’y défère pas et se libère de
l’affaire sans en informer la partie qui l’a mandaté.
Le déport de l’avocat peut aboutir à la remise en cause du jugement qui
sera rendu.