Introduction à Solvabilité II et ses Principes
Introduction à Solvabilité II et ses Principes
1
Remarque préliminaire
Ce cours est une introduction à Solvabilité 2. Il présente les principes généraux et les principales formules de calculs. Toutefois, il
n’a pas pour but de retranscrire l’ensemble des formules et l’ensemble des cas possibles tels que décris dans les actes délégués.
Enfin, ce cours a été réalisé en se basant sur les actes délégués du 10 octobre 2014 que l’on peut retrouver à l’adresse suivante :
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32015R0035&from=FR
En 2019, une révision de certaines formules / certains paramètres a été réalisée. Une autre révision de la formule standard est en
cours de réalisation pour mise en place en 2025.
2
Préambule : la cotisation en assurance
1- Les assurés paient des cotisations à l’organisme
d’assurance. Cet argent est versé sur le compte de
l’organisme d’assurance.
2- La part correspondant aux taxes est payée par l’organisme d’assurance à l’Etat. Il reste la
cotisation hors taxe (celle comptabilisée pour les comptes de résultat / bilan).
3- la cotisation hors taxe permet de payer les prestations aux bénéficiaires et les frais généraux de l’organisme d’assurance.
Et le dernier billet ?
3
Préambule : la cotisation en assurance
Le dernier billet ne correspond pas seulement à la marge de l’organisme d’assurance. En effet, ce dernier doit provisionner
les sinistres non encore réglés qui statistiquement vont survenir (= l’organisme d’assurance doit « mettre de côté » cet
argent) et cela correspond à une part de ce dernier billet. Les provisions sont inscrites au passif du bilan. Les méthodes
d’évaluation des provisions sont différentes en fonction des risques.
Mais il peut aussi être investi sur les marchés financiers en actions, en obligations, en monétaire, en immobilier, etc. Ces
investissements génèrent des revenus financiers venant alimenter le résultat comptable de l’organisme d’assurance. Ils
sont inscrits à l’actif du bilan de l’organisme d’assurance.
Remarque : Si l’organisme d’assurance commercialise des produits avec participation aux bénéfices, à minima 85% des
résultats financiers doivent être redistribués aux assurés, via des intérêts, des augmentations de garanties, des diminutions
de cotisation ou en dotation sur la provision pour participation aux excédents – PPE – (aussi appelé PPB, PB, etc.).
4
Introduction
Mise en place de référentiels spécifiques à l’assurance
Une des principales caractéristiques du secteur de l’assurance est l’inversion du cycle de production, ce qui rend les organismes
assureurs particulièrement sensibles à l’évolution de plusieurs facteurs socioéconomiques.
L’autre caractéristique bien connue des organismes assureurs est qu’ils jouent un rôle essentiel dans le financement de l’économie:
• via l’investissement des cotisations collectées,
• en permettant aux assurés d’être créateurs de richesse.
Ainsi depuis le début du 20ème siècle avec notamment la loi de 1928 sur les assurances sociales jusqu’à maintenant avec Solvabilité
I et II, de nombreuses règlementations ont été mises en places pour la distribution des produits d’assurance mais également pour
préserver l’intérêt des assurés, des souscripteurs et des bénéficiaires de contrats.
Dans ce contexte, les pouvoirs publics accordent une attention particulière aux organismes assureurs, ce qui s’illustre à deux
niveaux :
• au niveau de leurs contrats,
• au niveau de leur capacité à honorer leurs engagements.
Nous allons surtout nous intéresser à l’aspect solvabilité dans la suite de ce cours.
5
Introduction
Première norme prudentielle : Solvabilité I
Le système Solvabilité I a été mis en place dans les années 1970 (et révisé en 2002) puis a été remplacé le 1er janvier 2016 par la
norme Solvabilité II.
L’EMS se calcule en fonction des volumes de primes, des sinistres et des provisions mathématiques (et éventuellement du taux de
cession en réassurance). L’EMS sous Solvabilité 1 présente donc l’avantage d’être simple et forfaitaire.
Si Solvabilité I présente l’avantage d’être simple à appréhender et à mettre en œuvre, on lui reconnaît de nombreuses limites
(notamment le fait de ne pas être assez fidèle au profil de risque des organismes assureurs) :
• elle ne représente pas le profil de risque des organismes assureurs (non prise en compte explicite des risques financiers,
des risques opérationnels, etc.) ;
• elle ne sensibilise pas assez à la nécessité d’analyser, gérer et contrôler ses risques ;
• elle est appliquée de manière différente dans les pays européens ;
• etc.
6
Introduction
Genèse et principes de Solvabilité II
La norme Solvabilité II a été adopté en 2009 pour une application le 1er janvier 2016.
Objectifs : « Établir un cadre européen sûr et pérenne pour que l’assurance continue à être un vecteur de croissance et de stabilité
économique pour l’Europe ».
La réforme Solvabilité II a ainsi pour ambition de donner aux organismes assureurs les moyens de mieux garantir leur solvabilité
tout en construisant un marché unique européen de l’assurance.
Elle vise notamment à adapter le niveau d’exigence minimale de fonds propres aux risques réels auxquels les organismes assureurs
sont exposés. Ainsi, plus les actifs ou les passifs détenus par les organismes seront risqués, plus les exigences minimales de fonds
propres correspondantes seront importantes
7
Introduction
Les 3 piliers
8
I. Le bilan prudentiel
Le bilan schématisé et simplifié de la réforme Solvency 2 est donné ci-dessous
À l’actif :
Des placements
Des actifs incorporels
D’une créance de réassurance
Des autres actifs
Les actifs d’impôts différés
Au Passif :
Des provisions techniques : Best estimate et
Marge de risque
Des autres passifs
Des fonds propres
Les passifs d’impôts différés
9
I. Le bilan prudentiel
Les placements
Les placements correspondent à des titres d’actif (actions, obligations, monétaire, immobilier, etc.) que l’assureur achète afin de
gagner un rendement financier.
En norme comptable française, ces titres sont inscrits au bilan en valeur historique (donc valeur d’achat) sauf pour :
- Les placements immobiliers qui font l’objet d’un amortissement
- Les titres obligataires pour lesquels une surcote/décote est comptabilisée jusqu’à l’échéance ou la vente du titre
- Les titres soumis à la provision pour dépréciation durable (PDD) et à la provision pour risque d’exigibilité (PRE).
En norme Solvabilité 2, les valeurs inscrites au bilan sont les valeurs de marché. Lorsque les actifs sont fiables, et que des cours de
marché observables sur des marchés très actifs et liquides existent, les valeurs des actifs doivent être égales à ces cours du marché.
La détention de titres d’actifs génère donc des risques sur la valeur du bilan de l’assureur. Par exemple, une baisse du cours des actions
entraine mécaniquement une baisse des fonds propres SII.
Les actifs incorporels correspondent à des biens qui n’ont aucune substance physique et qu’une entreprise utilise dans le cadre de ses
activités (par exemple : les logiciels, les dépôts de marque, les brevets, …).
Sauf si ces actifs sont cessibles, la valeur de marché est nulle sous Solvabilité 2.
10
I. Le bilan prudentiel
Les provisions techniques
Les provisions techniques sont désormais composées comme la somme d’un Best Estimate et d’une marge de risque.
Best Estimate
Principes de base
Le Best Estimate correspond à la valeur actualisée de l’espérance des flux futurs de trésorerie, estimés de façon la plus exacte
possible. Seuls les flux associés aux contrats d’assurance (ou de réassurance) existant doivent être pris en compte.
Les flux à prendre en compte pour l’évaluation de la provision Best Estimate sont principalement :
Les primes : primes fixées contractuellement selon la définition des frontières du contrat,
Les prestations, y compris intérêts et participations aux bénéfices versés,
Les frais (frais de gestion des contrats et des placements, frais d’acquisition, commissions…) prenant en compte une hypothèses
d’inflation,
Les taxes facturées aux souscripteurs ou que l’organisme d’assurance doit acquitter pour régler ses prestations (ex: CSG, CRDS,
taxe d’assurance…),
Les reprises potentielles de provisions résiduelles.
L’actualisation est effectuée avec une courbe de taux que l’EIOPA fournit.
11
I. Le bilan prudentiel
Frontière des contrats
Les flux futurs sont à prendre jusqu’à l’extinction de la garantie sauf si le contrat prévoit que l’organisme d’assurance à une possibilité
unilatérale de mettre fin au contrat, l’assureur peut ajuster le montant des cotisations/prestations à un moment donnée, ou lorsque
l’assureur peut s’opposer au paiement des cotisations. On parle de frontière du contrat (voir article 18 des actes délégués
10/10/2014).
Segmentation
Le calcul des provisions techniques Best Estimate suppose une segmentation des contrats en groupe de risques homogènes, et à
minima par lignes d’activités (LoB) telles que définies par Solvabilité 2.
12
I. Le bilan prudentiel
Courbe des taux sans risque
La courbe des taux utilisée pour les calculs du Best Estimate est construite à partir :
• des swaps de taux ajustés du risque de crédit jusqu’au dernier point liquide (LLP = 20),
• ces points sont ensuite extrapolés en faisant converger la courbe des taux forward vers l’Ultimate Forward Rate (UFR).
• Afin de limiter l’effet des mouvements des spreads sur le bilan prudentiel des assureurs, deux ajustements de la courbe des taux via
les mesures dites « branches longues » sont proposées aux organismes : l’ajustement de volatilité (VA) et la prime d’ajustement
(MA).
13
I. Le bilan prudentiel
Illustration du calcul d’un Best Estimate
Afin de pouvoir estimer le Best Estimate, il est nécessaire de disposer d’un modèle de projection des cash-flow sur un horizon donné.
Celui-ci sera adapté en fonction de la nature des polices d’assurance.
…
14
I. Le bilan prudentiel
Cas d’un assureur non vie
Le Best Estimate va se décomposer en 2 parties : un Best Estimate de sinistres (contrats en stock) et un Best Estimate de primes
(relatif à la frontière des contrats).
Pour estimer les cash-flow, généralement on utilise les mêmes Ce BE couvre les sinistres qui surviendront après la date d’évaluation
méthodes que pour le provisionnement en norme sociale basées et se calcul à partir des éléments suivants :
sur les triangles. - Primes estimées sur l’année,
1 2 3 4 5 6 Cash flow N+1
- Estimation d’un ratio sinistres/primes hors marge de prudence
N-5
- Cadence de règlements
Cash flow N+2
- Estimation des différents frais : acquisition, administration, frais
Année de survenance
Best Estimate non vie = Best Estimate de sinistres + Best Estimate de primes
15
I. Le bilan prudentiel
Cas d’un assureur vie (contrat épargne)
En épargne, pour estimer la provision Best Estimate, il faut modéliser le comportements des assurés (décès, rachats, arbitrages), les
différents frais et taxes ainsi que les options contractuelles et garanties financières des contrats (garantie en capital, Taux minimum
garantis, participation aux bénéfices) qui sont fortement dépendantes des conditions économiques.
16
I. Le bilan prudentiel
La marge de risque
La marge de risque est calculée de manière à garantir que la valeur des provisions techniques soit équivalente au montant dont les
entreprises d’assurance et de réassurance auraient besoin pour reprendre et honorer leurs engagements.
La marge de risque est calculée à partir de la formule suivante (voir article 37 des actes délégués):
SCR (t )
RM CoC
1 r (t 1)
t 1
t 0
En pratique, il est compliqué de calculer le SCR à une date t, notamment dans le cas de contrat d’épargne qui nécessiterait des
simulations dans les simulations (méthode très lourde à mettre en place et très contraignante en terme de temps de calculs). Aussi, la
plupart des organismes d’assurance utilise des formules simplifiées autorisées par la réforme.
Une des simplifications fréquemment utilisée (attention il faut s’assurer que les hypothèses permettant de l’utiliser soient vérifiées)
est la suivante :
CoC
RM DurMod (0) SCR (0)
1 r (1)
N
t (i ) Fi
o 𝐷𝑢𝑟𝑀𝑜𝑑 (0ሻ: la duration modifiée en t=0 (1 r ) t (i )
o SCR(0) : le capital de solvabilité requis en t= 0 DurMod (0) i 0
N
Fi
o r(1) : le taux d’intérêt sans risque pour l’échéance t=1
(1 r )
i 0
t (i )
17
I. Le bilan prudentiel
La réassurance
La directive européenne stipule que le Best Estimate doit être calculé brut de réassurance. En contrepartie un actif de réassurance,
tenant compte des probabilités de défaut du réassureur est reconnu à l’actif.
La méthode d’évaluation de l’actif de réassurance doit tenir compte de la probabilité de défaut du réassureur.
Le calcul du SCR est lui effectué net de réassurance (et donc à partir de Best Estimate nets de réassurance).
La réforme prévoit la prise en compte des impôts différés. Les impôts différés représentent les impôts à venir sur les résultats futurs
qui sont intégrés dans la valorisation de marché du bilan économique (= bilan prudentiel).
Il y a des impôts différés lorsque la valeur solvabilité II d’un actif ou d’un passif est différente de la valeur fiscale.
Lorsque la valeur de marché d’un actif est supérieure à sa valeur fiscale, l’organisme d’assurance paiera des impôts correspondant à la
différence de valeur multiplié par un taux d’imposition. On dit que l’on a un passif d’impôts différés.
Ce passif va donc venir diminuer les fonds propres.
Lorsque la valeur de marché d’un passif est supérieure à sa valeur fiscale, l’organisme d’assurance ne paiera d’impôts. On dit que l’on a
un actif d’impôts différés (crédit d’impôts). Cet actif va donc venir augmenter les fonds propres seulement si l’organisme d’assurance
est capable de prouver qu’il fera des bénéfices fiscaux.
Exercice
Compléter les 2 phrases ci-dessous :
Lorsque la valeur de marché d’un actif est inférieure à sa valeur fiscale, …
Lorsque la valeur de marché d’un actif est inférieure à sa valeur fiscale, …
18
I. Le bilan prudentiel
Les fonds propres
Les fonds propres sont calculés par différence entre la valeur totale des actifs et la valeur du passif hors fonds propres.
Les fonds propres sont ventilés en fonction de degrés d’éligibilités appelés « tiers » dépendant de leur niveau de disponibilité. Il existe
3 Tier (T1, T2 et T3).
19
II. Le capital de solvabilité requis
Le SCR (Solvency Capital Requirement) marque le niveau de capital requis ;
c’est un niveau de capital qui permet à un organisme d'assurance d’absorber
des pertes imprévues importantes (sinistre exceptionnel) et de pouvoir
continuer son activité.
Le SCR est calculé de telle manière que le besoin en capital corresponde à une
Value-At-Risk de 99,5% à 1 an (= un organisme d’assurance a une probabilité
d’être en ruine dans 1 an de 0,5%).
VaR( X , ) Inf x Pr X x
La norme Solvabilité II permet aux organismes d’évaluer leur SCR de deux façons :
Via la formule standard commune à tous les organismes et définie explicitement dans les actes délégués,
Via un modèle interne spécifique à l’entreprise.
20
II. Le capital de solvabilité requis
Formule standard Modèle interne
L’approche avec la formule standard nécessite avant toute chose Si l’entreprise d’assurance juge que la formule standard n’est pas
la constitution d’un bilan économique à la date t=0 car se base totalement adaptée à son profil de risque, elle peut calculer,
sur des chocs instantanés. pour un ou plusieurs sous module de risque de la FS, via un
modèle interne partiel ou complet, la charge en capital
L’évaluation des besoins en capitaux s’effectue ensuite en trois correspondante.
étapes :
Pour calculer ce capital, il est donc nécessaire de disposer de la
1. Une cartographie des risques (modules et sous modules de distribution des fonds propres (ou actif net, ou situation nette)
risques) économiques dans un an (en t=1).
2. Un calcul de capital pour chaque sous module et module de Il convient alors de déterminer tous les aléas (économiques,
risque : financiers, démographiques, opérationnels, etc.) susceptibles
Via une approche par scénario d’intervenir entre t=0 et t=1 et d’avoir un impact sur le bilan
Via une approche par facteur économique en t=1. -> Complexité accrue
3. Une agrégation des capitaux grâce à des matrices de L’utilisation d’un modèle interne partiel ou complet nécessite
corrélations linéaires imposées par les textes afin de tenir l’approbation des autorités de contrôle.
compte de l’effet diversification entre les risques.
21
II. A. La formule standard (Principes)
La pieuvre
Pour calculer le SCR de chaque module/sous-module, il faut déterminer la variation de l’actif net suite à un choc instantané. Ces
chocs ont été calibrés pour tenir compte de la probabilité de 99,5% à 1 an.
Pour tenir compte de la corrélation entre différents risques, les SCR des modules/sous modules sont agrégés à partir des matrices
de corrélations linéaires imposés par l’EIOPA et basée sur la formule suivante :
( X Y ) ( X ) 2 (Y ) 2 2 ( X , Y ) ( X ) (Y )
22
II. A. La formule standard (Principes)
Evaluation du SCR pour un sous module de risque
Application du choc
Bilan initial Bilan après choc
Capitaux propres
S2
Capitaux propres
S2
Valeur de marché
totale Valeur de marché
Engagements
totale Engagements
(Prov. BE ,
(Prov. BE ,
dettes…)
dettes…)
23
II. A. La formule standard (Principes)
Les ajustements
Deux types d’ajustement viennent diminuer le SCR : l’ajustement pour la capacité d’absorption des pertes par les impôts différés
et celui pour la capacité d’absorption des pertes par les provisions techniques.
L’idée est de dire que si l’on a un choc à 99,5% à 1 an, les impôts différés auront bougé et que la perte liée à ce choc sera moins
importante car l’organisme d’assurance aura moins de résultat. Par conséquence, le besoin en capital devra être ajusté de cette
variation.
On calcule la capacité d’absorption des pertes par les provisions techniques sur les modules ayant un triangle en haut à droite
dans la « pieuvre ».
L’idée est de dire que si on a un choc sur un élément du bilan, on ne pourra pas servir autant de revalorisation que prévue et que
par conséquent le Best Estimate (qui doit tenir compte des revalorisations futures) diminuera. Et par conséquence, le SCR au final
ne sera pas autant impacté.
Le nSCR d’un module de risque correspond à un SCR du module intégrant cette capacité de perte.
L’ajustement est plafonné par le montant des prestations discrétionnaires futures («FDB»), dont l’évaluation dépend de
l’évaluation du «Best Estimate».
24
II. A. La formule standard (Principes)
Basic SCR (BSCR)
Pour calculer le BSCR (Solvency Capital Requirement), il faut calculer chacun des besoins en capitaux des modules cités
précédemment en tenant compte coefficients de corrélation entre ces risques.
La méthode de calcul de chacun de ces besoins en capitaux des risques précédents suit toujours la même logique : comparer le
bilan calculé avec un bilan sur lequel on a appliqué des chocs. La différence entre les 2 valeurs conduit aux besoins en capitaux.
25
II. B. Le risque de marché
SCR Marché
Pour calculer le SCR taux intérêt, il faut évaluer la variation de l’Actif net suite à une hausse des taux de la courbe de taux
et à une baisse de la courbe de taux. La valeur à retenir est celle qui est la plus élevée.
Risque sur actions (article 168 des actes délégués) : Le module « action » comprend un sous module « action type 1 » et
un sous-module « action type 2 ».
Les actions de type 1 comprennent les actions cotées sur des marchés réglementés dans l’EEE ou dans l’OCDE et
sont choquées à 39%.
Les actions de types 2 comprennent les actions cotées en bourse dans des pays non-membre de l’EEE ou de
l’OCDE, les actions non cotées, les produits de base et autres investissements alternatifs et sont choquées à 49%.
Mkteq Mkteq2 _ type1 Mkteq2 _ type 2 2 0.75 Mkteq _ type1 Mkteq _ type 2
Les actions peuvent également être classées en participations stratégiques selon des conditions décrites dans l’article
171 des actes délégués. Elles seront alors choquées à 22%.
Un ajustement symétrique ou dampener (article 172) vient s’ajouter au choc pour les actions autres que stratégiques.
Cet ajustement est assimilable à une prime contra-cyclique.
26
II. B. Le risque de marché
SCR Marché
Risque de spread (article 175 des actes délégués) : l’exigence de capital du risque de spread correspond à la somme
de 3 exigences de capital :
SCR spread sur les obligations et les prêts
SCR spread sur les positions de titrisation
SCR spread sur les dérivés de crédit
Les chocs appliqués aux valeurs de marchés des obligations dépendent du type d’obligation, du rating et de la maturité
(cf. exemple ci-après).
27
II. B. Le risque de marché
SCR Marché
Risque de change (article 188 des actes délégués) : le besoin en capital se calcule pour les titres en monnaie
étrangère. Pour chaque monnaie étrangère, il faut calculer l’impact d’un choc à la hausse et d’un choc à la baisse. Les
valeurs des chocs dépendent des monnaies (25% dans le cas général).
Le chargement au titre de la concentration des risques par émetteur i (on parle aussi de signature unique) est calculé
comme suit : Mkt =
Conc
2
conc i
i
Conci XSi g i
avec
Max 0; Ei CTi Assets g i
E_i correspond à la valeur de marché relatif à la signature, Assets à l’assiette de placements et les valeurs de CT et de g
dépendent de la notation de l’émetteur et sont définis par la norme.
28
II. B. Le risque de marché
SCR Marché
Le SCR marché est l’agrégation des besoins en capitaux des différents modules composant le risque de marché.
Comme pour le SCR taux d’intérêt, il y a deux calculs à effectuer. L’EIOPA a proposé deux matrices de corrélation synthétisées
par la matrice ci-dessous (dans laquelle le paramètre A prend la valeur 0 lorsque le choc retenu pour les taux d’intérêts est le
choc haussier et la valeur 0,5 sinon).
29
II. C. Le risque souscription Santé
Le module SCR santé est divisé en 3 sous modules (article 144 des actes
délégués):
Santé similaire à la vie (SLT)
Santé non similaire à la vie (NSLT)
Risque catastrophe en santé
Les corrélations entre ces risques sont donnés dans le tableau ci-dessous :
30
II. C.1. Le risque NSLT
SCR Santé NSLT
Le calcul besoin en capital de ce risque se décompose en 2 sous modules (article 145 des actes délégués) qui seront ensuite
agrégés :
Risque de chute
Risques de tarification et de provisionnement
Le besoin de capital lié au risque de chute est calculé en considérant un taux de chute de 40%. Ce taux de chute doit être pris
en compte pour des contrats d'assurance dans le cas desquels cette cessation a pour effet d'entraîner une augmentation des
provisions techniques sans la marge de risque.
Les méthodes de calcul sont celles utilisées pour l’assurance non vie. Les calculs doivent être effectués par branches ou « lines
of business » puis ensuite agrégés. Pour ce risque, 4 « lines of Business » sont définies par l’EIOPA :
• Dépenses Médicales (santé)
• Protection du revenu (arrêt de travail incapacité/passage en invalidité)
• Indemnisation chômage
• Réassurance santé non proportionnelle
31
II. C.1. Le risque NSLT
Risque de tarification et de provisionnement
Le capital en chargement des risques de tarification et de provisionnement est donné par la formule suivante :
𝑁𝑜𝑛𝑆𝐿𝑇𝑝𝑟 = 3 × σ × 𝑉𝑁𝑜𝑛𝑆𝐿𝑇
Où VNonSLT est le volume de prime et réserve.
VNonSLT = V prem,lob + V res,lob × 0.75 + 0.25 × DIVlob
lob
Avec :
• 𝑉 𝑝𝑟𝑒𝑚,𝑙𝑜𝑏 = 𝑀𝑎𝑥 𝑃𝑙𝑜𝑏 , 𝑃𝑙𝑎𝑠𝑡,𝑙𝑜𝑏 + 𝐹𝑃𝑒𝑥𝑖𝑠𝑡𝑖𝑛𝑔,𝑙𝑜𝑏 +𝐹𝑃𝑓𝑢𝑡𝑢𝑟𝑒,𝑙𝑜𝑏
• V res,lob = Best Estimate sinistre
𝑃𝑙𝑜𝑏 représente le montant de prime à acquérir sur le lob au cours des 12 mois à venir
𝑃𝑙𝑎𝑠𝑡,𝑙𝑜𝑏 représente le montant de primes acquises sur le lob au cours des 12 derniers mois
𝐹𝑃𝑒𝑥𝑖𝑠𝑡𝑖𝑛𝑔,𝑙𝑜𝑏 représente la valeur actuelle attendue des primes à acquérir par l'entreprise d'assurance et de réassurance sur le
segment s après les 12 mois à venir pour les contrats existants
𝑃𝑙𝑎𝑠𝑡,𝑙𝑜𝑏 représente la valeur actuelle attendue des primes à acquérir par l'entreprise d'assurance ou de réassurance sur le
segment s pour les contrats dont la date de comptabilisation initiale survient dans les 12 mois à venir, mais à l'exclusion des
primes à acquérir au cours des 12 mois qui suivent cette date initiale.
32
II. C.1. Le risque NSLT
Ecart type du risque de tarification et de provisionnement par Lob
L’écart type du risque de tarification et de provisionnement de la branche est défini en agrégeant les écarts types des deux sous-
risques avec un coefficient de corrélation de
( prem,lob ) ( res.lob )V( prem,lob )V( res.lob ) ( res ,lob )V( res ,lob )
2 2
V
(lob )
( prem ,lob ) ( prem ,lob )
CorrLob r ,c r c Vr Vc
NonSLT r c
V r
r
33
II. C.2. Le risque SLT
Le besoin en capital pour le risque SLT est calculé avec la formule suivante :
HealthSLT CorrHealth
r c
SLT
r c HealthrSLT HealthcSLT
Le besoin en capital pour le risque les risques suivants se calculent avec la même méthode que dans le module de souscription
vie :
Risque de mortalité : +15% sur la table de mortalité
Risque de longévité : -20 % sur la table de mortalité
Risque de dépense : +10% des dépenses et 1% d’inflation en plus par an
Risque d’invalidité : -20 % sur la table de maintien
Risque de révision : +4%
Risque de chute : 3 chocs différents sont à réalisés (hausse des taux de chute, baisse des taux de chute et risque de chute
en masse).
Le risque catastrophe n’est pas pris en compte dans ce sous module (il est intégré directement au module santé)
34
II. C.3. Le risque Catastrophe Santé
Pour calculer le risque catastrophe en santé, il faut considérer les scénarios suivants:
• SCR accident de masse
• SCR concentration d’accident
• SCR pandémie
SCRHealthCAT SCRma
2
SCRac2 SCR p2
Pour les 2 premiers SCR, il est fait notion de 5 types d’évènements (notés « e » dans les actes délégués) :
Traitement médical causé par un accident
Décès accidentel
Handicap permanent causé par un accident
Handicap de dix ans causé par un accident
Handicap de 12 mois causé par un accident
35
II. C.3. Le risque Catastrophe Santé
SCR concentration d’accident (article 163)
36
II. D. Le risque souscription Vie
Le SCR Vie prend en compte les risques suivants
Risque de mortalité
Risque de longévité
Risque de morbidité
Risque de dépense
Risque de révision
Risque de rachat
Risque catastrophe
SCRVie CorrVie
r c
r c SCRr SCRc
Le besoin en capital pour le risque les risques suivants se calculent à partir des chocs suivants :
Risque de mortalité : +15% sur la table de mortalité
Risque de longévité : -20 % sur la table de mortalité
Risque de morbidité : -20 % sur la table de maintien + hausse de 35% des taux d’entrée en invalidité au cours des 12 mois
à venir et de +25% pour les mois postérieurs aux 12 premiers mois
Risque de dépense : +10% des dépenses et 1% d’inflation en plus par an
Risque de révision : +4%
Risque de chute : 3 chocs différents sont à réalisés (hausse des taux de chute, baisse des taux de chute et risque de chute
en masse).
Risque de catastrophe : hausse de 0,15 point de pourcentage des taux de mortalité
37
II. E. Le risque souscription Non Vie
SCR NL
Risque de chute,
Risques de tarification et de provisionnement,
Risque catastrophe.
Risque catastrophe
Risque de catastrophe naturelle : les scénarios couvrent une tempête, un tremblement de terre, une inondation,
de la grêle et un glissement de terrain.
Risque de catastrophe humaine : les scénarios réalisé couvrent la RC Auto, la Marine, l’Aviation, l’Incendie, la RC
et Crédit et Caution.
38
II. F. Le risque contrepartie
Le risque de défaut reflète les pertes possibles liées au défaut d’une contrepartie. Le calcul est composé en deux types de défaut
(type 1 et type 2) (article 189 des actes délégués).
L’exposition de type 2
Les contreparties de type 2 correspondent globalement aux diverses créances (les dettes des assurés –primes non acquises-, les
créances des intermédiaires, les capitaux non appelés dans les fonds propres, etc.)
Le calcul distingue 2 types de créances : - de 3 mois et + de 3 mois. La formule de calcul est donné ci-dessous :
39
II. F. Le risque contrepartie
L’exposition de type 1
Les contreparties de type 1 correspondent à la partie réassurance, le cash en banque et les différents prêts.
V est la variance de la distribution des pertes de type 1, calculée à partir de la formule suivante :
Avec
Dans ces formules, p est la probabilité de défaut donné dans les tableaux ci-dessous en fonction de la notation de l’émetteur
(si la contrepartie n’est pas notée, on utilise son Solvency ratio).
40
II. F. Le risque contrepartie
Le LGD (Loss Given defaut) est défini comme étant la perte de fonds propres suite à un défaut d’une contrepartie.
En cas de défaut, une partie de l’exposition peut être quand même perçue. C’est pourquoi dans la formule du LGD, il est
possible de prendre un taux de recouvrement. Ce taux dépend du type de la contrepartie.
Pour la réassurance
41
II. G. Le risque opérationnel
Le risque opérationnel traduit le risque de perte résultant de procédures internes, de membres du personnel ou de
systèmes inadéquats ou défaillants, ou d’évènements extérieurs.
Le SCR opérationnel tient compte du volume des primes acquises, du volume des provisions techniques, et de la croissance
des primes par rapport à l’année précédente si croissance très forte.
42
III. Le Pilier 2
Le Pilier 1 offre des éléments quantitatifs sur la structure de risque de l’entreprise et de sa solvabilité. Solvabilité II vise
également un renforcement de la gouvernance et de la gestion des risques qui se traduit notamment via le Pilier 2.
Introduction du dispositif de gestion des risques au cœur de la stratégie des organismes d’assurance:
Nécessité de réaliser un exercice d’évaluation interne des risques et de la solvabilité (ORSA)
Définition de critères d’appétit au risque pour chaque organisme d’assurance, et déclinaison de ces critères en
tolérances au risque
Les organisations et procédures mises en œuvre doivent toutefois l’être en prenant en compte le critère de proportionnalité
(selon à la taille de l’organisme d’assurance et aux enjeux associés).
43
III. A. Le système de gouvernance
La norme Solvabilité 2 exige des principes de bonne gestion de l’entreprise, en particulier un système de gouvernance qui
doit comprendre à minima :
44
III. B. L’ORSA
Principes :
L’ORSA est un processus de gestion des risques devant permettre d’identifier, de qualifier, de mesurer et de maîtriser tous
les risques auxquels est soumis l’organisme (Own Risk) et d’en mesurer l’impact sur sa solvabilité (Solvency Assessment).
L’ORSA est un processus essentiellement prospectif dans lequel il est demandé aux organismes de procéder à 3 évaluations:
l’évaluation du besoin global de solvabilité (BGS), compte tenu du profil de risque spécifique, des limites
approuvées de tolérance au risque et de la stratégie commerciale de l’entreprise.
l’évaluation du respect permanent des exigences de capital et des exigences concernant les provisions techniques.
l’évaluation de la mesure dans laquelle le profil de risque de l’organisme s’écarte des hypothèses qui sous-tendent le
calcul du SCR.
Ce processus doit être réalisé à minima une fois par an et faire partie intégrante des décisions stratégiques de l’entreprise.
45
III. B. L’ORSA
Mise en oeuvre :
46
IV. Revues Solvabilité 2
Depuis sa mise en application en 2016, deux clauses de revues ont été prévues :
Une première revue en 2018 avec une mise en application à partir de 2019 a été réalisée. Cette revue portait
essentiellement sur les paramètres sous-tendant les calculs relatifs aux exigences de la formule standard.
Une seconde revue est en cours actuellement pour une mise en application espérée en 2025-2026. Cette seconde revue
couvre un spectre plus large de sujets. Parmi ces sujets, on retrouve par exemple :
Sur les exigences quantitatives : Revue du SCR de taux à la baisse, Revue de la méthode d’évaluation du VA ou
encore limiter les besoins en capitaux pour les investissements durables de long terme.
Sur le contrôle et la publication d’informations : les exigences seraient renforcées via l’obligation d’un audit des
calculs S2 par exemple.
Sur la finance durable : Prise en compte des risques climatiques et de biodiversité dans la cartographie des risque
et évaluation de scénarii de changement climatique par exemple.
Sur la proportionnalité : Nouveau cadre de simplification pour les assureurs au profil de risque « limité ».
47