INTRODUCTION
GENERALE
L’entrepreneuriat se situe au carrefour de nombreuses disciplines scientifiques, notamment
l'économie, les sciences sociales comme la sociologie et la psychologie, la gestion, l'histoire et
la géographie (Fayolle, 2003; Fayolle & Messeghem, 2011; Messeghem & Torrès, 2015;
Verstraete, 2001, 2003). Cette interdisciplinarité se retrouve également au sein des sciences de
gestion, englobant des sous-disciplines telles que la finance, le marketing, la gestion des
ressources humaines et le management stratégique (Fayolle, 2003; Loué & Baronet, 2011;
Verstraete, 2001). L’entrepreneuriat peut être divisé en plusieurs concepts, dont
l’extrapreneuriat, où les salariés créent une entreprise en s'appuyant sur l'organisation parente
(Brenet, 2013), l’intrapreneuriat, qui concerne les dynamiques entrepreneuriales au sein
d'entreprises existantes (Basso & Pheulpin, 2013), le repreneuriat, qui implique la reprise
d'entreprises (Deschamps & Paturel, 2009; Grazzini et al., 2009), et la création d’entreprise
ex-nihilo (Bruyat, 1993), qui est particulièrement pertinente pour notre étude.
Après avoir présenté les origines de l’entrepreneuriat et l’évolution de ce champ, dans
l’objectif de mieux cerner les thématiques qui lui sont afférentes, nous exposerons les
véritables enjeux et la problématique centrale de la recherche. La dernière partie de
l’introduction exposera l’architecture de la recherche.
1.1. Les origines de l’entrepreneuriat
La littérature, en économie et gestion, reconnaît l’existence de l’entrepreneuriat depuis plus de
quatre siècles et présente quatre auteurs qui structurent les origines de l’entrepreneuriat : De
Serres, Cantillon, Say et Schumpeter (Boutillier & Uzunidis, 2013, 2015; Filion, 2015; Julien,
2015; Marchesnay, 2015; Savall et al., 2015). Nous allons présenter ces auteurs afin de mieux
cerner le fondement des origines de l’entrepreneuriat.
L'existence de l'entrepreneuriat est reconnue depuis plus de quatre siècles par la littérature en
économie et gestion, qui identifie quatre auteurs clés pour structurer ses origines : De Serres,
Cantillon, Say et Schumpeter (Boutillier & Uzunidis, 2013, 2015; Filion, 2015; Julien, 2015;
Marchesnay, 2015; Savall et al., 2015). Nous allons présenter ces auteurs afin de mieux
comprendre les fondements de l'entrepreneuriat.
En 1605, De Serres associe l'entrepreneur à l'agriculture, soulignant ainsi l'importance de son
rôle (Julien, 2015). Cette perspective place l'entrepreneur au cœur de l'action, responsable de
diverses activités telles que la gestion organisationnelle, le management des individus, la
réalisation des budgets, l'innovation à court et long terme, ainsi que le développement du
réseau. Ainsi, l'entrepreneur est vu comme un acteur central au sein de l'organisation,
incarnant pleinement le phénomène entrepreneurial.
Selon Marchesnay (2015), Cantillon (1757, 1955) est considéré comme le « père » de
l’entrepreneuriat. Il met en avant les aptitudes essentielles de l’entrepreneur, qui doit «
accepter d’assumer les risques liés à l’incertitude sur les prix et les quantités. Il aspire à
l’indépendance sociale. Il doit rechercher l’indépendance économique. Il doit enfin posséder
des capacités propres à l’esprit d’entreprise : savoir-faire, opportunisme, sens des affaires et
du commerce ».
Cantillon s’intéresse aux aptitudes de l’entrepreneur en tant que moyen permettant de faire
face à un facteur externe : l’environnement de l’organisation (Boutillier & Uzunidis, 2013).
Un siècle plus tard, Say (1844) s’intéresse à l’entrepreneur « en se plaçant dans les souliers de
l’entrepreneur » (Marchesnay, 2015). Il se concentre sur le métier de l’entrepreneur, intégrant
des capacités spécifiques et des actions concrètes à réaliser (Marchesnay, 2017). Say souligne
l’importance de la connaissance de l’activité, ainsi que la capacité d’apprentissage et
d’évolution de l’entrepreneur. Il met en avant les pratiques managériales de l’entrepreneur en
tant que coordinateur et gestionnaire, et insiste sur la nécessité pour ce dernier d’évaluer
l’incertitude et le risque. Enfin, Say associe l’entrepreneuriat à la création de valeur,
directement liée à l'imagination de l’entrepreneur.
Selon Boutillier et Uzunidis (2015), Schumpeter s’est largement inspiré des travaux de Say. Il
décrit l’entrepreneur comme un innovateur sous cinq formes (Schumpeter, 1911) :
l’innovation des produits, des procédés, des modes de production, l’innovation des débouchés
et des matières premières. Cette perspective de l'entrepreneuriat met en avant une aptitude
également reconnue par Say : l’imagination de l’entrepreneur dans la création de nouvelles
combinaisons répondant aux objectifs de son organisation.
Pour définir l’entrepreneuriat, Cantillon, Say et Schumpeter « écrivent l’équation de base :
entrepreneur = incertitude + risque + innovation » (Boutillier & Uzunidis, 2013: 25). Cette
équation met particulièrement l’accent sur la dimension psychologique de l’entrepreneur qui
fait référence, dans la littérature, à des notions d’attitudes, d’aptitudes et de comportement
(Ajzen, 1991; Ajzen & Fishbein, 1980; Loué, 2012) que nous abordons de manière
approfondie dans cette recherche.
Les analyses de ces quatre auteurs permettent de synthétiser que l'entrepreneuriat se
caractérise par le rôle central de l'entrepreneur. Celui-ci se distingue non seulement par les
activités qu'il réalise, mais aussi par ses aptitudes et sa capacité à innover au sein de son
organisation. Deux acteurs clés émergent dans le cadre de l'entrepreneuriat : l'entrepreneur et
l'organisation.
Le rôle de l'entrepreneur au sein de son organisation est central dans les origines de
l'entrepreneuriat. Les activités qu'il mène témoignent de l'action humaine inévitable et
essentielle dans le développement entrepreneurial.
Nous allons explorer une approche historique de la recherche en entrepreneuriat afin de mieux
comprendre les thématiques récentes qui lui sont associées.
1.2. Evolution du champ de l’entrepreneuriat
Examiner les évolutions scientifiques d'un domaine de recherche apporte au chercheur la
cohérence et la compréhension nécessaires (Verstraete & Fayolle, 2005). Nous portons une
attention particulière aux périodes récentes en raison de la forte croissance des contributions
scientifiques dans ce domaine. L'entrepreneuriat peut être regroupé en trois grandes approches
récentes, résumées par trois questions (Messeghem, 2015; Omrane et al., 2011; Stevenson &
Jarillo, 1990) :
- Quoi ?
- Qui et Pourquoi ?
- Comment ?
Premièrement, une interrogation de plus de deux siècles portant sur le « quoi ? » se traduit par
« quelle est la fonction de l’entrepreneuriat ? ». Ancrée dans une perspective économique
forte (Messeghem, 2015), cette approche examine les effets de l’entrepreneuriat, en mettant
particulièrement l’accent sur l’impact des actions de l’entrepreneur.
Ensuite, une seconde approche, développée depuis les années 1950, se concentre davantage
sur l'individu et intègre des dimensions psychologiques et sociologiques (Omrane et al.,
2011). Cette approche s'interroge sur le « qui ? » et le « pourquoi ? ». Elle comprend des
recherches sur l'analyse des profils entrepreneuriaux, les motivations des entrepreneurs et les
comportements entrepreneuriaux. L’approche portant sur le « qui » s’intéresse aux traits de
personnalité qui favorisent la création et la croissance d’une organisation, en posant
l’hypothèse que seuls certains individus peuvent devenir entrepreneurs (Greenberger &
Sexton, 1988). L’approche sur le « pourquoi » repose sur l'idée que certaines motivations
individuelles permettent la création et la croissance d'une organisation. Elle est liée au « qui »
car ces motivations sont souvent perçues, dans la littérature, comme des caractéristiques
intrinsèques de l'individu. Cette vision statique de l’individu n’a pas pu confirmer l’hypothèse
majeure qu’elle proposait : les traits et motivations de l’entrepreneur n'expliquent pas le
succès ou l’échec des organisations (Landström et al., 2015; Laviolette & Loué, 2006).
Gartner (1989) a ainsi marqué une évolution vers la troisième approche avec son article «
Who is an entrepreneur? Is the wrong question ».
Cette La troisième approche, depuis les années 1990, considère l’entrepreneuriat comme un
processus, posant ainsi la question du « comment ? ». Elle relie l’entrepreneuriat à des
disciplines telles que le management stratégique et les théories des organisations (Messeghem,
2015). On peut la formuler ainsi : « comment l’entrepreneur met-il en place son organisation ?
». Cette approche met en lumière les implications managériales apportées par la recherche
scientifique, visant à faciliter le travail de l’entrepreneur dans ses fonctions. Elle s’intéresse à
la dimension multidimensionnelle de l’entrepreneuriat et explore un vaste champ de pratiques
managériales, des ressources et compétences de l’organisation et de l’entrepreneur, tout en
tenant compte de la dimension cognitive de ce dernier.
Ces trois approches de l’entrepreneuriat partagent une caractéristique principale : la mise en
lumière du besoin de compétences pluridisciplinaires, d’aptitudes et de motivations de
l’entrepreneur pour répondre efficacement à son rôle au sein de l’organisation. Bien que
l’entrepreneuriat ait atteint une certaine maturité aujourd’hui (Messeghem et Torrès, 2015), il
ne présente pas encore un panorama unifié.
Les recherches scientifiques s'intégrant dans une approche spécifique rendent difficile
l'atteinte d'une acception commune de l'entrepreneuriat et positionnent ce domaine comme «
préparadigmatique » (Bygrave, 1989; Verstraete & Fayolle, 2005; Bréchet & Schieb-Bienfait,
2011), signifiant qu'il « manquerait un cadre unificateur ». Les articles de Verstraete et Fayolle
(2005) ainsi que d'Aldrich (2005), analysant cette accumulation de connaissances, ont
notamment contribué à la structuration de quatre paradigmes de l'entrepreneuriat que nous
aborderons par la suite : le paradigme de l'opportunité, le paradigme de la création d'une
organisation, le paradigme de l'innovation et le paradigme de la création de valeur.
1.3. Enjeux de la recherche
Cette étude se concentre sur le phénomène de pérennité des micro-entreprises et porte une
attention particulière aux entreprises qui sont déjà créées, c'est-à-dire entre 1 et 5 ans après
leur création officielle. Dans cette partie, nous exposons les enjeux de la recherche, en
expliquant pourquoi il est essentiel de se pencher sur la durabilité des micro-entreprises.
1.3.1. De l’entrepreneuriat vers la création d’entreprise
Cette analyse révèle les impacts socio-économiques positifs de l’entrepreneuriat. L’intérêt
social majeur de l’entrepreneuriat, reconnu dans la littérature scientifique depuis plusieurs
décennies, réside dans la création d’emplois qu’il génère (Arlotto et al., 2012; Chandler &
Hanks, 1993; Fayolle, 2003, 2007; Hofer & Sandberg, 1987; Pluchart, 2013; Reynolds, 1993;
Verstraete & Fayolle, 2005). Le deuxième intérêt social réside dans les « sources de
satisfaction et d’accomplissement personnel » (Fayolle, 2003) de l’individu qui développe et
fait évoluer son projet au fil du temps. L’entrepreneuriat s'aligne avec le mode de
fonctionnement et les mentalités actuelles, se révélant enrichissant pour l’individu « hyper
moderne » cherchant à donner un sens à sa vie par la création d’un véritable projet de vie
(Hernandez, 2007). L’entrepreneuriat contribue aussi, depuis de nombreuses années, à la
croissance économique et constitue une véritable source de richesse pour le pays (Cooper &
Dunkelberg, 1986; Fayolle, 2012; Hofer & Sandberg, 1987; Siegel, 2006; Verstraete &
Fayolle, 2005).
Cette discipline ne se résume pas à la création d’entreprise, elle « peut s’exprimer en phase
d’émergence mais aussi dans les organisations existantes » (Messeghem & Torrès, 2015 :
15)3. En revanche, le phénomène de pérennité d’entreprise occupe une grande place au sein
de la recherche en entrepreneuriat (Gartner, 1985) ainsi que chez les praticiens.
Dans la partie suivante, nous examinerons la taille des créations d’entreprise en mettant
l’accent sur la micro-entreprise, qui constitue la quasi-totalité des nouvelles entreprises
enregistrées (Marchesnay, 2017 : 69).
1.3.2. De la création d’entreprise vers la création de micro-entreprise
L’étude de Reynolds (1993), qui analyse 8 pays, montre que le phénomène de création
d’entreprise est majoritairement dominé par l’émergence de petites entreprises. Dans cette
perspective, Hofer et Sandberg (1987) soulignent l'impact significatif des petites entreprises,
nous intéressant tout particulièrement. Au Maroc, le rapport de l’observatoire de la très petite
et moyenne entreprise « Edition 2023 » s’est intéressé à la création d'entreprise qui concourt à
trois objectifs distincts :
- La réduction du nombre de chômeurs en les encourageant à créer leur propre emploi,
- Le développement des entreprises innovantes, qui sont censées créer les emplois de
demain
- Le soutien au dynamisme du tissu économique et des territoires, à travers les TPE et
PME
Au Maroc, selon les données de la DGI, le nombre d'entreprises a retrouvé au cours des
années 2022-2023, un rythme d'accroissement proche de celui de la période pré-Covid, avec
des créations annuelles moyennes de près de 66 milles entreprises, en quasi-totalité des
microentreprises.
Parallèlement, le nombre d'entreprises dissoutes a connu une augmentation sensible, passant,
selon l'OMPIC, d'une moyenne annuelle de près de 7.400 pendant la période pré Covid à plus
de 10 mille au cours des années 2022-2023. Outre ces fermetures, une proportion non
négligeable d'entreprises ont été temporairement inactives comme le fait ressortir l'étude
réalisée conjointement par l'Observatoire et la Banque Mondiale sur l'analyse de la dynamique
des entreprises et de la productivité.
1.4. Objectifs de la recherche
Les très petites entreprises représenteraient près de 80% du tissu économique marocain. Elles
connaissent un intérêt de plus en plus croissant. Les enjeux de croissance et de pérennité des
TPE sont des facteurs beaucoup plus interne qu'externe, mais leur lien avec le territoire est
déterminent dans les choix de croissance et de développement. Le caractère dominant de ces
entreprises est le caractère familial, ce qui réduit la diversification des ressources humaines et
amène l'entreprise à privilégier le maintien dans un secteur et d'une taille. L'analyse empirique
confirme le caractère très personnalisé de la TPE, ainsi que sa maitrise et sa connaissance du
territoire. De plus, les difficultés internes apparaissent aussi comme freins à la croissance
interne.
Le concept de pérennité fait l’objet de différentes interprétations. Si pour le propriétaire-
dirigeant de TPE, la pérennité renvoie à la satisfaction durable de ses besoins personnels, cette
conception semble différente dans le cas des structures d’accompagnement. Ces structures
considèrent la pérennité comme l’existence durable de l’entreprise. Ces diverses conceptions
de la pérennité soulignent l’ambiguïté, voire l’inadéquation du comportement managérial des
entrepreneurs ainsi que l’offre de formation des structures d’accompagnement.
Il est pris parti tout au long de ce travail de focaliser les efforts sur les difficultés des
micro-entreprises. Pour plus de précision nous chercherons à étudier les déterminants qui
forment la pérennité des micro-entreprises, ceux relatifs à l’environnement externe, aux
qualités de l’entrepreneur et enfin les déterminants liés aux caractéristiques de la micro-
entreprise
Nous visons trois objectifs dans cette thèse, que l’on résume ci-après :
- Objectif 1 : Identifier et ressortir les principaux déterminants à partir des modèles
théoriques de l’entrepreneuriat et de la TPE étudiés.
- Objectif 2 : Proposer un modèle de pérennité des ME adapté au contexte marocain.
- Objectif 3 : Tester le modèle développé et examiner l’impact des déterminants dudit
modèle sur la pérennité des micro-entreprises.
2. Problématique et hypothèses
2.1. Problématique de la recherche
Partout dans le monde, « les PME représentent plus de 95% des entreprises, 60 à 70%
des emplois. Toutes les économies des pays de l’OCDE leur doivent une grande partie
de leur création d’emploi ». Le Maroc ne fait pas exception, les PME représentent
plus de 92% de l’ensemble du tissu économique et contribuent d’une manière
déterminante dans le développement du pays. Cependant, la Micro-entreprise au
Maroc, voit sa croissance entravée par une structure financière fragile et un mode de
gestion entrepreneuriale familialiste. Les mesures d’encouragement doivent se
renforcer pour la création des micro-entreprises.
. Dans l’objectif de présenter et de justifier l’adéquation de notre problématique centrale de
recherche avec la recherche scientifique en entrepreneuriat et les problématiques de terrain,
nous présentons, une focalisation sur les difficultés dans la survie et le développement des
créations de micro-entreprises. Notre thèse vise à examiner en profondeur les déterminants
qui influencent sur la pérennité des ME au Maroc, pour ce faire notre problématique est la
suivante :
Dans quelle mesure les difficultés de l'entrepreneuriat au Maroc influencent-ils les
intentions de l’entrepreneur sur la pérennité des micro-entreprises ?
Notre problématique centrale se décline en une série de questions auxiliaires qui précisent
les objectifs de cette recherche, à savoir les aspects spécifiques que nous souhaitons explorer
pour répondre à notre question de recherche. Ces questions serviront de guides pour notre
étude approfondie des déterminants de la survie des ME. Parmi les principales interrogations
que nous cherchons à résoudre figurent les suivantes :
- Les moyens mis en œuvre pour encourager les Micro-entreprises au Maroc sont ils en
adéquation par rapport aux objectifs des politiques publiques ?
- Est-ce que les difficultés rencontrées par les entreprises au Maroc sont les causes des
échecs des programmes d’appui à l’entrepreneuriat ?
- Comment les caractéristiques personnelles et professionnelles des entrepreneurs
influencent-elles leur capacité à faire face aux difficultés ?
- Quels sont les facteurs externes (économiques, sociaux, politiques) qui affectent les
intentions de pérennité des micro-entreprises au Maroc ?
- Comment les caractéristiques spécifiques des micro-entreprises (taille, secteur
d'activité, localisation) influencent-elles la pérennité des entreprises face aux difficultés
rencontrées par les entrepreneurs au Maroc ?
Nous nous attacherons à identifier et à analyser en détail les multiples déterminants qui jouent
un rôle crucial dans le processus de survie des ME. Notre recherche aspire à apporter une
contribution significative à la compréhension des facteurs qui soutiennent la pérennité des
micro-entreprises au Maroc
2.2. Hypothèses de la recherche
Rappelons que l’objectif principal de la présente thèse consiste à étudier les déterminants de survie des
Micro-entreprises au Maroc, la théorie montre que chaque déterminant se déclenche par un certains
nombre d’éléments A cet effet, il y a lieu de signaler que pour répondre à la problématique de
recherche, il serait utile de vérifier les hypothèses principales et dérivées ci-après
Hypothèse principale 1 : Le profil de l’entrepreneur a un impact significatif sur
la pérennité de la micro-entreprise.
Hypothèse principale 2 : L’environnement externe a un impact sur la pérennité
des micro-entreprises.
- Sous-hypothèse 1 : Les dispositifs d’appui à l’entrepreneuriat au Maroc ont un impact
direct sur la pérennité de la micro-entreprise
- Sous-hypothèse 2 : les opportunités entrepreneuriales et l’accès aux financements ont
un impact direct sur la pérennité de la micro-entreprise.
Hypothèse principale 3 : Les caractéristiques de la micro-entreprise ont une
influence positive sur la pérennité.
- Sous-hypothèse 1 : L’organisation managériale (Stratégie de l’entreprise, gestion
administrative et répartition des taches) a un impact positif sur la pérennité de la micro-
entreprise
- Sous-hypothèse 2 : La politique marketing et les chiffres d’affaires ont un impact
positif sur la pérennité de la micro-entreprise.
La première hypothèse suggère que le profil de l’entrepreneur a un impact significatif sur la
pérennité des micro-entreprises, L'entrepreneur devra montrer des compétences managériales,
techniques et relationnelles pour bien diriger et développer une micro-entreprise. Les
compétences managériales sont relatives à la capacité de planifier, organiser, contrôler et
conduire efficacement les ressources de l'entreprise. À cet égard, elles couvriront les aspects
spécifiques du domaine d'activités commerciales de celle-ci à travers ses compétences
techniques. D'autre part, les relations avec le client doivent nécessairement des compétences
en communication et en négociation tout comme la collaboration avec les fournisseurs,
employés et autres acteurs internes impliqués nécessitent également un bon suivi des
communications interpersonnelles. Enfin toutes ces expertises permettent aux managers
d'affronter les défis à venir, de prendre des décisions stratégiques ainsi que de favoriser
l'évolution durable de leurs entreprises.
Les traits de personnalité de l'entrepreneur, tels que la motivation, la persévérance, la
tolérance au risque et l'ouverture d'esprit, sont déterminants pour la réussite d'une micro-
entreprise. La motivation pousse l'entrepreneur à atteindre ses objectifs et à surmonter les
obstacles. La persévérance permet de maintenir l'effort et de rester engagé même face aux
difficultés. La tolérance au risque est essentielle pour prendre des décisions audacieuses et
innovantes, nécessaires dans un environnement commercial incertain. L'ouverture d'esprit
favorise l'acceptation des nouvelles idées, l'apprentissage continu et l'adaptation aux
changements du marché. Ces traits de personnalité contribuent à la capacité de l'entrepreneur
à naviguer dans les défis de l'entrepreneuriat et à assurer la pérennité de l'entreprise.
Le réseau social de l'entrepreneur, composé de contacts personnels et professionnels, joue un
rôle vital dans le succès d'une micro-entreprise. Un réseau de qualité peut fournir un soutien
émotionnel, des conseils, des informations sur les opportunités de marché, et des ressources
financières. Les relations avec des mentors, des pairs, des clients, des fournisseurs, et des
investisseurs peuvent offrir des avantages concurrentiels et faciliter l'accès à des marchés, des
technologies et des compétences. Un réseau solide peut également aider à surmonter les
obstacles, à identifier de nouvelles opportunités et à établir des partenariats stratégiques.
Ainsi, la qualité du réseau social de l’entrepreneur influence positivement la création et la
pérennité de la micro-entreprise.
L'expérience professionnelle de l'entrepreneur, acquise à travers sa carrière précédente, pèse
lourdement sur la croissance et la survie de la micro-entreprise. Une expérience
professionnelle pertinente permet à l'entrepreneur de mieux comprendre les dynamiques de
l'industrie, d'anticiper les défis et de saisir les opportunités. Cette expérience enrichit
également l'entrepreneur en termes de compétences spécifiques, savoir-faire et connaissances
pratiques. En outre, une longue expérience professionnelle peut accroître sa crédibilité auprès
des partenaires commerciaux, des clients et des investisseurs. L'expérience cumulée permet à
un entrepreneur de prendre des décisions bien réfléchies et stratégiques, de gérer efficacement
les ressources et de conduire son entreprise vers une croissance durable.
La seconde hypothèse principale de notre recherche postule que l’environnement externe a un
impact sur la pérennité des micro-entreprises au Maroc, De cette première hypothèse
principale (H2) émanent deux (2) sous-hypothèses distinctes.
La première sous hypothèse (H2-1) postule que Les dispositifs d’appui à l’entrepreneuriat au
Maroc ont un impact direct sur la pérennité de la micro-entreprise.
Ces dispositifs incluent, entre autres, des aides financières, des formations, des services de
coaching et des accompagnements administratifs. Ils peuvent considérablement atténuer le
risque lié à la phase de démarrage et encourager l’entrée sur le marché (ADEI, 2020).
Ainsi, ils constituent un facteur déterminant, notamment pour des entrepreneurs peu
familiers avec les exigences légales et administratives, ou ceux manquant de ressources
financières initiales.
La deuxième sous hypothèse (H2-2) postule que Les opportunités entrepreneuriales et
l’accès aux financements ont un impact direct sur la pérennité de la micro-entreprise.
En effet, l’identification d’opportunités et la disponibilité de fonds (par exemple, micro-
crédits, prêts bancaires à taux préférentiels, subventions d’État) favorisent l’éclosion de
nouveaux projets (Beck & Demirgüç-Kunt, 2006). Dans le contexte marocain, ces facteurs
revêtent une importance cruciale pour les porteurs de projets issus de régions enclavées ou
de milieux socio- économiques défavorisés.
La troisième hypothèse suppose que les caractéristiques de la micro-entreprise ont un impact
sur la pérennité de l’organisation, De cette troisième hypothèse principale (H3) émanent deux
(2) sous-hypothèses distinctes.
La première sous hypothèse (H3-1) postule que L’organisation managériale (Stratégie de
l’entreprise, gestion administrative et répartition des tâches) a un impact positif sur la
pérennité de la micro-entreprise.
Une bonne organisation managériale assure une répartition claire des responsabilités, une
planification stratégique cohérente et une gestion administrative rigoureuse. De plus, le
leadership de l’entrepreneur, sa capacité à motiver le personnel et sa maîtrise des outils de
gestion renforcent la compétitivité de la micro-entreprise et augmentent les chances de survie.
La deuxième sous hypothèse (H3-2) suppose que La politique marketing et les chiffres
d’affaires ont un impact positif sur la pérennité de la micro-entreprise.
En effet, une politique marketing bien définie permet d’identifier les segments de marché
porteurs, d’adapter l’offre de produits et services, et de bâtir une notoriété solide (Kotler&
Keller,2012). Par ailleurs, la capacité de la micro-entreprise à générer un chiffre d’affaires
stable et croissant traduit la solidité de son modèle économique, conditionnant sa résilience
financière.
3. Positionnement Epistémologique et démarche adoptée
3.1. Posture épistémologique
Le débat entre positivisme et constructivisme alimente un faux débat méthodologie entre
d’une part la démarche inductive et la démarche déductive et d’autre part entre l’approche
quantitative et l’approche qualitative.
La démarche inductive consiste à partir des observations limitées pour inférer des
hypothèses et construire des théories. Elle constitue une base importante dans les nouveaux
domaines de recherche. C’est une étape importante de la phase exploratoire avant de passer
à la phase déductive. Son principal objectif est l’exploration et la compréhension.
La démarche déductive quant à elle consiste en la validation empirique des hypothèses
théoriques. La vérification et l’explication sont les deux principaux objectifs de cette
démarche. Pour la plupart des spécialistes en méthodologie de recherche, les deux
démarches sont inséparables et le processus de la création de connaissance est un cercle
vertueux d’induction et de déduction, de construction et d’application de la théorie.
La validation empirique et la mise en oeuvre de la recherche soulèvent le problème de
l’approche utilisée pour collecter et analyser les données. Par conséquent, nous sommes
amenés à répondre à l’interrogation suivante : comment aborder la dimension empirique de
cette recherche ?
L’objectif de notre travail de recherche est de mener une réflexion qui a pour finalité de
mieux comprendre les difficultés de l’entrepreneuriat, en particulier, les déterminants de
l’échec entrepreneuriale
3.2. Démarche adoptée
Appliqué aux sciences de gestion, le positivisme s’appuie sur des méthodes quantitatives
visant à mettre en évidence des relations de causalité entre des variables claires et
opérationnalisables (Haryono, 2019). Cette approche suppose une forme d’objectivité et de
distanciation du chercheur par rapport à l’objet étudié. Ainsi, la méthode déductive,
consistant à partir de théories préexistantes pour formuler des hypothèses testables,
demeure privilégiée. L’objectif est de dégager des lois générales ou, tout au moins, des
régularités susceptibles d’éclairer le comportement des micro-entreprises face aux
difficultés rencontrées.
Si certains critiques soulignent les limites du positivisme, notamment son manque de prise
en compte des aspects subjectifs et complexes de la réalité sociale (Popper, 1968; Kuhn,
1962; Rully Andi Yaksa et al., 2024), il n’en reste pas moins un courant central pour
conduire des recherches empiriques rigoureuses et reproductibles (RanintyaMeikahani et
al., 2023). Dans le cadre de cette thèse, un paradigme positiviste permet de mobiliser des
outils de mesure standardisés afin de tester, de manière quantitative, l’impact des difficultés
externes et internes sur la pérennité des micro-entreprises marocaines.
Figure 1 : démarche générale de la thèse
Problématique
quelle mesure les difficultés de l’entrepreneuriat au Maroc influencent-ils les intentions de l’entrepreneur sur la pérennité de la micro-
Étude Quantitative
Revue de littérature
(Résultats de l’enquête par
(Éléments issus de la théorie).
questionnaire).
Conception du modèle de recherche
et formulation des hypothèses.
Etude confirmatoire
(Tests statistique et validation du
modèle structurel).
4. Structure de la thèse
La présentation de ce travail doctoral s’articulera en quatre chapitres, les deux premiers aborderont
le volet théorique de notre sujet de recherche, alors que le troisième et le dernier seront réservés à la
recherche empirique réalisée.
Dans le premier chapitre, nous explorons l'origine, l'évolution historique et les principales définitions
de l'entrepreneuriat. Nous définissons également le concept d'entrepreneur et ses caractéristiques. En
outre, nous abordons les différentes approches, telles que l'approche par les traits et celle par les faits,
ainsi que les paradigmes de recherche en entrepreneuriat, à savoir le paradigme de l'opportunité
d'affaire, le paradigme de la création d'organisation, le paradigme de la création de valeur et le
paradigme de l'innovation.
Le deuxième chapitre porte sur la mise en lumière la présentation des principaux modèles de PME et
de TPE , à savoir les modèles de l’événement entrepreneuriat proposé par Shapero, le modèle pour la
croissance des petites entreprises proposé par Scott et Bruce, le modèle de cycle de vie des entreprises
proposé par Greiner dans la finalité d’identifier les déterminants de chaque modèle étudié et
d’améliorer le caractère explicatif de ces déterminants.
Le troisième chapitre Le chapitre 3, à travers duquel nous préciserons notre positionnement
épistémologique de recherche (positivisme), nous évoquerons le questionnaire pour l’étude
quantitative). De plus, nous conceptualiserons notre recherche en dressant un aperçu global des micro-
entreprises et en établissant un état des lieux de la situation au Maroc. Aussi, nous présenterons le
modèle conceptuel de recherche. Et finalement, nous annoncerons les hypothèses de recherche et nous
expliquerons l’importance et l’apport de chacune d’entre-elles pour notre sujet.
Le dernier chapitre sera dédiée à la présentation de l’étude statistique descriptive réalisée par le
logiciel SPSS, Sphinx et d’exposer également les tests de validité, de fiabilité des échelles de mesures,
et de l’analyse en composantes principales. Nous présenterons, dans une dernière partie, les résultats
de mesure de validité du modèle structurel réalisés par le logiciel SmartPLS. Nous exposerons
également les divers tests de validation des mesures des variables de notre modèle. Et en fin, nous
discuterons la validation de nos hypothèses de recherche.
La démarche globale que nous adoptons dans cette thèse doctorale se récapitule clairement dans le
tableau 1.
Tableau 1 : Architecture de la recherche
Introduction générale
Origines de Evolution de Objectifs de la Problématique centrale Architecture de la
l’entrepreneuriat l’entreprenariat recherche de la recherche recherche
Partie 1 : Positionnement de l’entreprenariat
CHAPITRE 1 : CHAPITRE 1 :
Champs conceptuel : Entrepreneuriat, Les dispositifs d’appui à l’entrepreneuriat au
Entrepreneur et Micro-entreprise Maroc
Partie 2 : Positionnement de l’entreprenariat
CHAPITRE 1 : CHAPITRE 1 :
Raisonnement scientifique et conception du
modèle de recherche
Conclusion générale
Les résultats de la Apports théoriques, Limites méthodologiques Perspectives de la
recherche méthodologiques et managériaux et conceptuelles recherche