Comprendre la Constitution et ses enjeux
Comprendre la Constitution et ses enjeux
DROIT CONSTITUTIONNEL
CHAPITRE V : LA CONSTITUTION
Qu'est-ce qu'une Constitution ? Pourquoi en a-t-on besoin ? Quels pouvoirs définit-elle ? Comment est-elle élaborée
? Comment est-elle modifiée ? La place de la Constitution dans la hiérarchie des normes ? Comment protéger la
Constitution ?
Un ensemble de textes juridiques qui définit les différentes institutions qui composent un Etat. Elle
organise les relations entre ces institutions. Il peut aussi parfois y avoir une Charte des droits fondamentaux.
Souvent elles sont matérialisées et sont divisées en titres composés de plusieurs articles. D'autres pays, de droit
coutumier, n'ont pas de Constitution écrite, la coutume prévaut donc pour organiser les relations entre les
institutions. Aux Etats-Unis, la Constitution est un texte unique avec en même temps une liste de droits
fondamentaux et la définition des différents pouvoirs. Parfois la Constitution est unique et reste la même à
l'épreuve du temps (depuis 1787 aux Etats-Unis) mais d'autres en changent souvent. En France la première date
de 1791.
- 3 et 4 septembre 1791 : Constitution avec des droits fondamentaux, allusion à la DDHC de 1789.
- IIIème République : 3 lois constitutionnelles à des dates différentes (que 34 article) et pas de garantie
des droits
- Vème République : Un préambule avec des renvois, et qui promulgue l'attachement des français aux
droits de l'Homme (DDHC, de 1789, préambule de la Constitution précédente de 1946 qui lui-même faisait
référence à d'autres droits fondamentaux plutôt économiques et sociaux) et puis la Constitution formelle par la
suite. C'est une Constitution qui est alors assez dense.
Sans Constitution, on est contraint de se référer à des coutumes pour définir le cadre général de
l'organisation de l'Etat. Cela laisse donc une certaine part d'arbitraire dans la manière d'appliquer les coutumes.
La rédaction d'une Constitution apparait comme un gage de sécurité juridique. Elle assure aussi une séparation
des pouvoirs (article 16 de la DDHC).
On a la description des organes de l'Etat, la manière dont ils sont désignés et comment s'organisent les relations
entre ces organe : comment se contrôlent-ils mutuellement ? On peut aussi avoir une répartition verticale entre
les Etats fédéraux et fédérés. Si c'est un Etat centralisé, il faut définir la relation entre l'Etat et les institutions aux
échelons territoriaux.
1
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
D'autre part la séparation des pouvoirs ne s'organise pas dans toutes les Constitutions de la même
manière. Celle-ci dépend de l'analyse de la séparation des pouvoirs faite par les Etats. Tout cela pour éviter la
réunion de tous les pouvoirs dans les mains d'une seule institution ou personnalité. Soit on les sépare strictement
(ex : régime présidentiel américain) ou un régime de séparation souple c'est-à-dire de contrôle de chacun des
pouvoirs sur l'autre.
Dans tous les cas le pouvoir législatif a pour fonction de faire la loi mais a aussi un rôle de contrôle de
l'exécutif. Il s'exprime par le Parlement. Le Parlement peut être composé d'une ou de deux chambres (plus
majoritaire) en raison du type d'Etat mis en place (si on a un Etat fédéral, souvent deux chambres : une pour les
Etats fédérés et l'autre pour l'Etat fédéral). Par exemple, aux EU, le Sénat représente les Etats fédérés et la Chambre
des représentant, la population des Etats fédérés (nombre de représentant par Etat est fonction de la population).
D'autres Etats centraux (comme la France) ont conservé deux chambres par tradition historique, le Sénat datant
de l'époque romaine est étant parvenu jusqu'à nous. Dans ce cas, la chambre basse représente la population et le
Sénat, historiquement, ceux issus de l'aristocratie représente aujourd'hui les collectivités territoriales.
Le pouvoir exécutif met en œuvre les lois votées par le pouvoir législatif et conduit la politique nationale.
Il dispose de l'administration. Dans une séparation stricte des pouvoirs, aucun ne peut renverser l'autre (ex: droit
de véto du Président des EU et le Congrès peut retourner le Président mais c'est une procédure compliquée). Dans
notre système, c'est le Premier ministre qui a le pouvoir politique et qui est politiquement responsable devant le
Parlement, de même dans les monarchies. Cependant, le président peut dissoudre l'AN en cas de désaccord
sévère.
Le pouvoir judiciaire fait appliquer les lois fixées et sanctionne leur non-respect. On doit observer une
indépendance de ce pouvoir.
§1. Elaboration
Il y a système pour élaborer une Constitution : soit une assemblée parlementaire ou dans tous les cas
constituants.
Plus rarement, l'exécutif rédige lui-même la Constitution afin d'éviter les blocages et de gagner du temps. Mais
lorsqu'il s'agit d'un comité restreint qui rédige elle va paraitre moins légitime puisque moins le fait des
représentants de la Nation. On peut donc faire adopter la Constitution par référendum, ce qui donne aux texte sa
légitimité populaire.
§2. La révision
On doit distinguer les Constitution souples et rigides. D'une part, si elle est souple, la modification est très
simple, pas de système plus sévère que pour une loi. Mais la sécurité juridique peut s'avérer malmenée si le
Constitution est très simplement modifiable. D'autre part pour modifier une Constitution rigide, les formes sont
2
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
sévères autant que pour le pouvoir constituant originaire. Les organes chargés de la modifiés sont bien distincts.
Les modifications sont donc moins présentes et cela créer un renforcement de la symbolique du texte. Le
risque demeurant quand même d'entrainer des blocages constitutionnels et l'arrivée de moyens contournés
pour la modifier.
Tout un chapitre de notre Constitution française détaille précisément toute la procédure de modification de la
Constitution qui n'est en aucun point similaire à l'élaboration d'une loi. On doit utiliser le référendum suite à une
proposition du Premier Ministre ou passer par le Parlement lors d'un Congrès et pour que la révision soit
acceptée, il faut une majorité de 60%. A la fin de l'article 89 on a deux réserves qui interdisent une modification
portant atteinte à l'intégrité territoriale de la France et de revenir sur la forme républicaine du régime. Mais en
pratique, le Général de Gaulle a ouvert l'article 11 sur le référendum législatif si la modification concerne le
fonctionnement des pouvoirs publics.
§3. L'abrogation
L'abrogation est extrêmement rare, on utilise généralement les mêmes formes que pour l'élaboration. En
France seule trois Constitutions ont été abrogées selon les fromes constitutionnelles prévues. D'abord, celle de
1852 (fin de la IIème République) puis 1875 et 1946. Sinon elles ont souvent pris fin par un coup d'Etat (comme
avec Bonaparte) ou si le pouvoir est capté par un groupe (ex : assemblée législative en 1891, le Tiers-Etat en 1789).
Souvent aussi, la France a connu des phénomènes exogènes qui ont amené l'abrogation de la Constitution que
sont les guerres perdues (1814, 1815, 1940) et lors de conflits (1870 avec la défaite de Sedan, 1958).
La Constitution est considérée comme la norme la plus élevée de notre ordre normatif mais il faut encore
que cette suprématie puisse être imposée. Elle peut rentrer en conflit avec d'autres normes notamment à
l'échelon international (CEDH, CJUE, Cour européenne des droits de l'homme) et aussi la suprématie de la
Constitution n'est pas toujours assurée en droit interne.
Avant 1958 et l'instauration du contrôle de constitutionnalité, il n'y avait pas de procédure permettant de faire
respecter cette suprématie.
La Constitution bénéficie de plusieurs protections. D'abord, elle peut être protégée par le pouvoir
politique. C'est une protection publique ou certaines autorités de l'Etat ont la mission d'assurer la continuité des
institutions et de veiller au respect de l'agencement des normes juridiques. Ensuite, il y a des procédures de
révision rigides qui la protège. Enfin, la protection effectuée par le contrôle de constitutionnalité qui s'exerce
par des cours constitutionnelles. Ce contrôle peut se faire de plusieurs manières. Son rôle principal est de
s'assurer de la conformité des textes de loi par rapport à la Constitution. Il est envisagé sous différents aspects.
D'abord, dans le temps : a priori (avant l'entrée en vigueur de la règle, 15 jours, à l'origine par Président de la
République, Premier Ministre, Président de l'AN ou du Sénat et en 1974 à 60 députés ou sénateurs) ou a
3
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
posteriori (après l'entrée en vigueur). Puis ce contrôle peut être diffus ou concentré (un ou plusieurs organes).
Puis le degrés d'ouverture de ce contrôle : saisine ouverte à tous ou réservée à certaines personnes ou
institutions.
En France le système est a priori, concentré et limité. Le Conseil d'état et le juge administratif par l'intermédiaire
du contrôle de la conformité vérifie la constitutionnalité des dispositions réglementaires par rapport à la
Constitution. Les juges sont indépendants mais issus d'une décision politique et non pas des juges et magistrats.
Or si personne ne saisit le Conseil constitutionnel, une loi peut entrer en vigueur sans être constitutionnel.
Ainsi en 2008, on crée la QPC qui entrera en vigueur en 2010. L'opposition peut donc aussi saisir le Conseil
constitutionnel. Par l'intermédiaire de celle-ci, le Conseil Constitutionnel s'est retrouvé de plus en plus saisit : 15
saisines entre 1958 et 1974, 7 à 8 par an jusqu'en 1981... Seuls les justiciables peuvent saisir et proposer une QPC.
Mais elle ne permet pas de contester tous les contenus de la Constitution, la loi doit porter atteinte au respect des
droits fondamentaux. Si la loi est reconnue anticonstitutionnelle, la disposition législative est supprimée à
l'effet de tous.
Le gouvernement possède aussi des armes pour modifier par décret et a posteriori une loi anticonstitutionnelle
non sujette aux droits fondamentaux (et donc pas de QPC). Aux Etats- Unis, le contrôle est diffus ce qui diffère de
la France et aussi parce que dans le système américain la loi n'est jamais supprimée mais toujours écartée par le
juge.
Monarchie constitutionnelle (3 et 4 septembre 1791) - Louis XVI : Roi possède juste un pouvoir de véto, le
pouvoir législatif est détenu par la Convention. On faisait référence à la DDHC du 26.08.1789, abolition des
privilèges suite à la loi du 4.08.1789, une souveraineté nationale, un système censitaire assez ouvert (16% du
peuple votait).
Ière République (21.09.1792) : Période agitée postrévolutionnaire avec une succession de régimes très courts.
On distingue trois phases : (1) la Convention : Constitution de l'an I (24.06.1793), pouvoir législatif par la
Convention puis par le Comité de salut Public (9 membres élus par mois) et un autre Comité de Salut public pour
l'exécutif); puis (2) le directoire (Constitution du 22.08.1795), régime bicaméralisme avec le Conseil des Anciens
et le Conseil des 500. L'exécutif est un directoire composé de 5 personnes. La souveraineté est populaire avec un
suffrage universel pour un mandat impératif. La Constitution ne s'appliquerai quasiment jamais. C'est un régime
d'assemblée (régime parlementaire qui a mal tourné) car il y a une confusion des pouvoirs. Et enfin (3) le
Consulat (Constitution du 13.12.1799, an VIII). C'est le consulat avec le premier Consul Napoléon Ier qui nomme
des autres consuls qui n'ont qu'un rôle consultatif. Le Conseil d'Etat apparait en 1799 (réminiscence du Conseil
du Roi). Il prépare les projets de loi avec un système bicaméralisme : un tribunal avec des députés (une centaine)
et le camp législatif (300 personne). Il y a un Sénat conservateur qui nomme les députés et ceux qui appartiennent
au camp législatif. Il y a une forte prééminence de l'exécutif.
Ier Empire (Constitution du 13.05.1804, an XII) : Premier Consul devient empereur. C'est un régime autoritaire
ou les pouvoirs sont confus aux profits d'un homme. Le pouvoir se transmet par l'hérédité. Il apparait une
noblesse d'empire.
4
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
La Restauration : Charte du 4.06.1814 avec Louis XVIII (1815-1824), Charles X (1824-1830) puis Monarchie de
juillet Louis Philippe (1830-1848)
IIème République (1848-1852) : Louis Napoléon Bonaparte premier Président, suffrage universel direct
(masculin), pouvoir important au Président
5
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
La IIIème République a eu un début et une fin assez chaotique relative à la Deuxième guerre mondiale.
Juridiquement, elle a été ensevelie avec le référendum de De Gaulle. D'autre part, entre 1870 et 1875, c'est
une période d'élaboration et de réflexion autour de cette nouvelle République. Il faudra attendre ensuite
1946 pour avoir la IVème République.
Ce régime est un des plus longs, avec la Constitution ayant eu la durée de vie la plus longue ce qui dérogeait
à la constance des régimes à l'époque. La IIIème République va marquer les esprits des institutions
politiques, les mœurs politiques.
C'est une période de transition entre la fin du IInd Empire et le début de la IIIème République. Elle révèle
le contexte de mise en place des institutions et les finalités désirées par les constituants.
En 1870, c'est la guerre contre la Prusse et le IInd Empire (depuis 1852). La guerre se terminera avec
la défaite de Sedan où l'empereur Napoléon III est fait prisonnier. Le régime a donc un empereur
prisonnier, un pays occupé et on prononce donc la déchéance de l'Empire le 4 septembre 1870 pour
instaurer la République mais il va falloir attendre 5 ans pour qu'elle soit mise en place. On met en place
le Gouvernement de la défense nationale investit par les parlementaires de l'Empire (régime
bicaméralisme : chambre basse et Sénat). Ce gouvernement va exercer une sorte de dictature ayant
pour objectif de finir de perdre la guerre (signer l'armistice). Il va organiser aussi le 8 février 1871,
l'élection d'une Assemblée nationale. Dans cette assemblée, on a 675 députés parmi lesquels des
conservateurs royalistes majoritaires, quelques bonapartistes et des républicains (environ 200). Le but
est de faire la paix avec les prussiens puis d'élaborer une nouvelle Constitution.
Cela va déboucher sur le pacte de Bordeaux adopté le 17 février 1871 par l'Assemblée.
L'Assemblée va nommer Thiers chef du pouvoir exécutif de la République française. Ensuite, la loi
Rivet du 31 aout 1871 va officiellement donner le nom de Président de la République française. Le
régime fonctionne alors comme un régime d'Assemblée, le Président possède un gouvernement mais
ceux-ci sont responsables devant l'AN qui décide du sort de l'exécutif.
Thiers va achever la première partie de son mandat en signant le Traité de paix de Francfort du 10
mai 1871. Mais juste après le soulèvement de la commune crée une sorte de guerre civile où Thiers va
écraser les communards.
6
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
Thiers est donc parvenu à un certain aurat et une certaine légitimité sur la population française et cela
déplait alors aux députés. De plus, ce dernier est un bon orateur et possède une assez grande force
démonstrative. Ainsi, les parlementaires s'en méfient et Thiers devient une sorte de concurrent pour
l'AN. Les relations de Thiers avec l'AN vont alors se dégrader et pour l'empêcher de trop influer sur les
députés, l'AN va mettre en place le cérémonial chinois qui empêche Thiers de prendre la parole à l'AN.
Il a donc de moins en moins de contact avec la représentation nationale. Ainsi, le 13 mars 1873, on a la
Constitution de Broglie qui justifie le cérémonial chinois. Donc le 24 mai 1873, son gouvernement est
mis en minorité par l'AN et Thiers est alors poussé à démissionner.
Les royalistes de l'AN possèdent un petit problème quant à l'hérédité de leur souverain. Ils vont appeler
le Comte de Chambord qui a vocation a accéder au trône. D'abord, le Comte fait un blocage au niveau
de la couleur du drapeau tricolore qu'il voudrait blanc. Il voudrait réinstaurer une monarchie absolue
D'autre part, le duc d'Orléans, plus modéré, est aussi susceptible de prendre le pouvoir. Or, il n'est pas
dans la lignée officielle.
C'est Mac Mahon qui se voir confier l'exécutif par l'AN, les républicains s'abstiennent et en meme
temps, on lui donne une certaine longévité d'emblée puisqu'il a un bail de 7 ans (loi du septennat du
20 novembre 1873). On nomme aussi la Commission des trentes afin de commercer à rédiger une
Constitution. Mac Mahon apparait comme une sorte de régent mais rien n'est figé. En 1873, il n'y a donc
toujours pas d'instituion et aucun avantage entre Républicains et monarchiques.
La Commission des trentes va donc prendre un an et demi pour rédiger sa Constitution. Elle espère
favoriser une issue monarchique et va rendre son rapport au début de l'année 1875 et très vite, la nature
du régime va être tranchée par la loi du 30 javier 1875, amendement Wallon qui dit que "le Président
de la République est élu à la majorité des suffrages du Sénat et de la chambre des députés rassemblés
en Assemblée nationale." Celui-ci est accepté à 353 contre 352 voix. Au fur et à mesure des élections,
les monarchistes vont perdre des places à la faveur des républicains qui vont même devenir
majoritaires.
Cette Constitution a une rédaction particulière. Elle est constituée de trois lois constitutionnelles : deux
en février et une en juillet.
- loi sur le Sénat du 24/02/1875
- loi du 25/02/1875
- loi du 16/07/1878 sur les rapports entre les pouvoirs publics
Les monarchistes étaient défenseurs du bicaméralisme.
Mais une procédure de révision demeure prévue et n'a presque pas servi.
Les lois constitutionnelles instaurent pour la première fois dans le monde une République parlementaire
(la IIème République était présidentielle, beaucoup de monarchie parlementaire).
§1. Le Parlement
Le Parlement est bicaméral ; c'est une concession des républicains aux monarchistes ayant accepté
l'idée de République et la nomination de Président de la République.
A) Les chambres
Elle est élue au suffrage universel direct (mais masculin) et son mandat dure 4 ans. C'est un scrutin
uninominal à deux tours où la circonscription est l'arrondissement (subdivision du département).
Mais ceci n'était pas écrit dans la Constitution. C'est un scrutin majoritaire (sauf sur une petite période
avec le proportionnel). Pour se présenter, il fallait avoir 25 ans et le nombre de députés était fixé par la
loi (et non la Constitution). Ce nombre a varié entre 523 et 624.
2. Le Sénat
C'était ce que souhaitait les monarchistes. Ceux-ci voulaient que dans les nouvelles institutions, le
Sénat soit une chambre de résistance qui allait garantir une représentation aux monarchistes quoi
qu'il arrive. Cela nécessitait donc un système de désignation spécifique. Le Sénat devait aussi servir
pour l'instauration d'une éventuelle monarchie.
A l'origine, il y a avait 300 sénateurs, puis 314 en 1919 avec l'Alsace et la Moselle. 225 sénateurs étaient
élus et 75 nommés à vie et recrutés par cooptation. Ces 75 sénateurs étaient destinés à augmenter le
niveau de la représentation nationale et issus "du monde de l'intelligence" ; ils devaient être méritants
(talent, compétence...) et donc potentiellement proches des monarchistes, notables et alliés objectifs de
la monarchie. Pour les autres, ils étaient élus au suffrage universel indirect : dans chaque
département, dans les grands électeurs (conseillers généraux, conseillers d'arrondissement et un
représentant par commune) qui avantageaient les communes rurales. En 1884, on a fait varier le
nombre de délégués communaux entre 1 et 30. Ainsi, on disait que le Sénat était le "grand conseil des
communes" (Léon Gambetta) et les "Sénateurs élus du seigle et de la châtaigne". Cela avantageait donc
8
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
les communes rurales, plus conservatrices et donc monarchistes. Il y avait 75 000 grands électeurs.
Même après la réforme, les délégués de communes qui groupaient 35% de la population représentaient
58% du corps électoral des sénateurs.
Aussi pour conserver une stabilité, les députés élus pour 4 ans tandis que les sénateurs l'étaient pour
9 ans et renouvelés par tiers tous les 3 ans. Ainsi, même avec une élection électorale, la majorité du
sénat ne pourra pas changer, il faut gagner plusieurs fois pour faire basculer la majorité.
Normalement, dans un système bicaméral, les deux chambres se positionnent soit de manière égalitaire
ou inégalitaire. La volonté de la IIIème République était de faire un système bicaméralisme égalitaire
(aucun ascendant de l'une sur l'autre). Mais ici, le Sénat a presque plus de pouvoir que l'AN (volonté
des monarchistes de peser pour l'avenir sur les institutions).
Son attribution classique est le vote des lois. L'initiative des lois est partagée entre les parlementaires
et le Président de la République. Le mécanisme de navette entre les deux chambres ne s'arrête que
lorsqu'un accord est trouvé entre les deux chambres. Si elles ne s'entendent pas, personne ne l'emporte
et la loi ne pourra pas entrer en vigueur.
Pour le budget, la loi doit aussi être votée dans les mêmes termes par les deux chambres en
commançant par la chambre basse députés).
Les deux chambres peuvent mettre en jeu la responsabilité du gouvernement ce qui est assez rare.
Le Sénat peut aussi se transformer en cour de justice et juger les personnes qui ont voulu attaqué la
sureté de l'Etat ou, à l'initiative des députés, juger le Président pour haute trahison pour les crimes
commis lors de l'exercice de ses fonctions. Le Sénat a donc une fonction juridictionnelle (ex:
aujourd'hui Cour de justice de la République).
Le Sénat dispose à la fois de forts pouvoirs et d'une sorte d'immunité car la chambre basse peut
renverser le gouvernement et être dissoute par l'éxecutif alors que le Sénat ne peut pas être dissolu et
les mandats des parlementaires est plus court que celui des sénateurs.
§2. L'exécutif
A) Le Président de la République
A terme, le but était d'amener un royaliste au pouvoir qui pourrait s'appuyer sur le Sénat. a l'origine
jusqu'en 1879, seule le Président pouvait engager une modification de la Constitution.
Le Président est chef de l'exécutif et de l'état avec des fonctions protocolaire. Il a aussi des attributions
politiques: (1) initiative des lois avec les Parlementaires, (2) possibilité de demander une seconde
lecture (véto provisoire); (3) il promulgue les lois; (4) il veille à l'application des lois grâce à son
pouvoir réglementaire; (5) dissoudre la chambre des députés avec l'accord du Sénat; (6) faire lire un
message par un ministre à l'AN; (7) il signe et ratifie les traités; (8) il peut clôturer les cessions
parlementaires.. En revanche, il ne peut déclarer la guerre sans l'accord du Parlement.
Le Président est politiquement irresponsable. Beaucoup de ses actions politiques doivent être
conciliés par un ministre. Il est une sorte de monarque républicain et le Duc de Broglic disait a propos
du Président qu'il est "un chef revêtu des attributs de la royauté mais sans le nom ni la durée."
B) Le cabinet
Ils sont les ministres et nommés par le Président de la République. Dans la Constitution, il n'y a pas de
chef du gouvernement mais dès 1867, Dufaure va s'attribuer ce titre de Président du Conseil tout en
continuant de gérer son ministère jusqu'en 1934. Le terme de Président du Conseil ne sera consacré
dans la Constitution (et pas dans la pratique) qu'en 1934. Le Parlement n'intervient aucunement dans
la nomination des ministres. Il n'y a pas non plus de vote d'investiture des ministres dans la
Constitution mais cela s'est fait dans la pratique: une fois le cabinet constitué, il se présente devant le
Parlement pour demander un vote de confiance. Les ministres peuvent entrer dans les deux chambres
pour discuter les textes, ils sont responsables avec une responsabilité solidaire. Le cabinet a donc un
caractère collégial. N'importe quel ministre peut engager la responsabilité solidaire du cabinet.
La IIIème République était vue comme un régime de transition qui va s'avérer résistant à de nombreux
tumultes. Son assise était dès le départ assez fragile avec les conflits entre républicains et monarchistes.
De plus, il y a eu de nombreuses crises politico-financières (Wilson, canal de Panama, Dreyfus,
boulangisme...). Il y a même eu une guerre à laquelle le régime a survécu mais en se transformant. C'est
la première fois que l'on conserve une Constitution aussi longtemps. Ainsi, ce régime va marquer car en
plus de la tradition révolutionnaire, une tradition républicaine va s'installer.
Le régime va évoluer de manière assez radicale: le régime dualiste va évoluer vers un régime
parlementaire de type moniste.
10
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
Dans l'esprit du constituant, les ministres doivent avoir la confiance du Président mais le cabinet est
aussi responsable devant le Parlement ; ainsi il doit aussi avoir la confiance du Parlement.
On retrouve donc un système équivalent (monarchie de juillet).
Mais ce régime correspondait quand même toujours plus aux monarchistes modérés (partisans du Duc
d'Orléans) mais sans plaire beaucoup aux républicains puisqu'ils voulaient un exécutif responsable
devant le Parlement. Or, au fil des différents scrutins à l'AN puis au Sénat, les républicains vont assez
rapidement devenir majoritaire et infléchir le fonctionnement du régime dans un sens plus
favorable.
Le régime est installé en février et juillet 1875 et rapidement des tensions entre Mac Mahon (là depuis
1873) et les parlementaires.
Mac Mahon en tant que Président entendait utiliser pleinement les pouvoirs que la Constitution
donnait au chef de l'Etat. Cependant, en 1876, à la chambre des députés, les républicains deviennent
majoritaire aux élections législatives (360 sièges pour les républicains et 280 pour les monarchistes
dans la chambre basse). Mac Mahon se retrouve donc avec un Parlement dont une seule des chambres
lui est favorable (le Sénat). Mais normalement, le Président aurait du choisir des ministres républicains
cependant, Mac Mahon préfère choisir un républicain plus modéré et du côté opposé à Léon Gambetta
(dont il ne voulait pas): Dufaure. Ce dernier, qui n'a pas l'adhésion des républicains se retrouve
rapidement en désaccord et contraint à démissionner (mit en minorité par la Chambre des députés).
Le Président doit donc nommer un nouveau cabinet avec à sa tête Jules Simon. Plus adroit
politiquement, il parvient à concilier les républicains et les monarchistes modérés. Mais sous la pression
de certains républicains, il est amené à prendre des mesures anticléricales, ce qui déplait à Mac Mahon
"Si je ne suis pas comme vous responsable devant le Parlement, j'ai une responsabilité envers la France". Il
affirme donc le principe d'un régime dualiste ce qui n'est pas la vision des républicains. Jules Simon se
retrouve donc en désaccord avec le Président et finit par démissionner le 16 mai 1877.
C'est une sort d'épreuve de force où la majorité républicaine voit son représentant au Parlement qui
prend des mesures qui leur plaisent tandis que le Président n'est pas d'accord et avec sa déclaration il
y a donc une forte opposition de principes et les républicains rédigent le Manifeste des 363 pour
répondre au Président et lui dire que le cabinet doit avoir la confiance de la chambre. Il y a alors une
fracture entre le chef de l'exécutif et la majorité républicaine.
Mac Mahon, pour succéder à Jules Simon, va nommer De Broglie comme Président du Conseil qui n'est
pas républicain. Il va être renversé et une crispation du rapport de force s'installe.
11
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
Mac Mahon demande donc au Sénat l'autorisation de dissoudre les députés ce qu'il parvient à faire.
Le 25 juin 1877, la chambre des députés est renversée. Le Président organise alors de nouvelles
élections législatives qui révèle un conflit ouvert entre Président et chambre sortante. Le peuple peut
soit reconduire une majorité républicaine ou revenir à une majorité royaliste. Léon Gambetta dit
pendant la campagne que "si les élections législatives étaient défavorable à Mac Mahon ils devra se
soumettre ou se démettre." Les élections ont lieu en octobre 1877 et les républicains diminuent (323
au lieu de 363) tout en demeurant majoritaires. De plus, même si sur le papier, la majorité est affichée
moins importante, beaucoup d'élections de monarchistes sont invalidées et donc les républicains vont
être beaucoup plus majoritaires. On retrouve donc la même situation qu'avant.
Mais Mac Mahon s'obstine et nomme le Général de Rochebouet qui est renversé par les députés. Le
Président est donc forcé de se soumettre et nomme de nouveau Dufaure qui obtient la confiance de la
chambre et on fait signer un acte qui dit que les députés doivent être indépendants pour pouvoir
gouverner et être responsables devant le Parlement, tout en acceptant de façon sincère les lois
constitutionnelles.
En janvier 1879, des élections sénatoriales sont organisées et les républicains emportent la majorité
au Sénat. Mac Mahon n'a plus aucun soutien dans le régime et ne peut donc plus gouverner. Il finit donc
par se démettre le 30 janvier 1979. C'est aussi la fin des illusions monarchistes.
La chambre basse ne pourra donc plus être renversée puisque le Président doit avoir l'autorisation du
Sénat.
Ainsi, c'est Jules Grévy qui va succéder à Mac Mahon, il sera le deuxième Président de la République.
Une fois nommé, il va faire une déclaration au Parlement lors de laquelle Jules Grévy déclare "Je
n'entrerai jamais en lutte contre la volonté nationale exprimée par ses organes constitutionnels". Il s'efface
alors de lui-même et le cabinet n'a besoin pour gouverner que de la seule confiance du Parlement. Ce
n'est plus l'esprit des constituants de 1875. On quitte le régime dualiste. Cette déclaration va engager
aussi ses successeurs.
Cette crise va peser sur l'évolution des institutions de la IIIème République et même sur la IVème.
12
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
D'autre part, le droit de dissolution s'avère désuet. C'était ce droit qui faisait l'équilibre entre
l'exécutif et le législatif. Or, Jules Grévy annonce qu'il n'utilisera plus son droit de dissolution accordé
par la Constitution car ce droit a été discrédité par l'usage qu'en a fait Mac Mahon. Et même sous la
IVème, le droit de dissolution ne sera pas utilisé avant De Gaulle en 1962. L'exécutif est donc privé de
sa plus forte mesure vis-à-vis du Parlement. La souveraineté nationale va devenir plus
parlementaire.
Ensuite, on va avoir une stabilité de la Constitution. C'est ainsi le cours de l'histoire puisque désormais
les républicains ont tous les avantages. Mais ils l'ont fait très peu : modification constitutionnelle en
1879 mais sur des détails symboliques (ex: la Marseillaise redevient hymne national et le siège de la
République revient à Paris au lieu de Versailles, siège de la royauté) et en 1884 (touchant
essentiellement le Sénat où l'on supprime les 75 sénateurs nommés à vie et une modification des règles
de désignation des sénateurs afin de diminuer le poids des communes rurales. Ils font aussi ajouter dans
la Constitution que l'on ne peut porter atteinte à la forme républicaine du Régime). Le but de ces
réformes est définitivement d'empêcher les monarchistes de revenir (affaiblissement du Sénat,
obligation de la République, inéligibilité des descendants des familles royales d'être à l'élection
présidentielle).
Au fil du temps, il y a une certaine inflexion du régime. Le système du régime parlementaire est que
toutes les lois doivent être approuvées ou rédigées par le Parlement. Or, pris dans le jeu politiques, des
responsables du parlements ou politiques ne vont pas gouverner et donc on a une paralysie
progressive du fonctionnement politique qui va renforcer l'exécutif. Finalement, peu de lois
parviennent à passer et à être appliquées.
Ainsi, l'administration va devoir pallier aux défaillances du régime et assurer la continuité entre les
cabinets qui se succèdent sans arrêt.
1. La primauté du Parlement
a) L'effacement de l'exécutif
Le Président n'a pas un grand rôle dans l'organisation. Il ne compte plus dans l'exécutif. C'est le
président du Conseil qui propose les lois. Le chef de l'Etat n'utilisera pas son droit de véto.
Plusieurs scandales politiques...
Le président était irresponsable politiquement et ne pouvait donc pas être contraint à partir, or sous la
IIIème République, certains présidents ont été contraints à la démission par le Parlement notamment
Jules Grévy conduit à démissionner en 1887 à la suite de l'affaire Wilson (le gendre de Jules Grévy
monnayait les titres et les décorations et en avait fait commerce).
13
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
En 1924, Millerand avait tenté de restaurer la formation présidentielle ce qui avait fortement déplut
aux parlementaires et donc lui aussi contraint de démissionner.
D'autre part, on a aussi un gouvernement affaibli. Les assemblées vont s'institutionnaliser et créer
des commissions d'enquêtes et de parlementaires. On voit apparaitre des groupes parlementaires. Le
Président pouvait au départ clore les cessions parlementaires au bout de 5 mois mais comme il ne le
fait pas, les Parlementaires vont siéger en permanence et donc le gouvernement va être
continuellement susceptible d'être renversé. Le gouvernement ne décide même plus de l'ordre du jour.
De plus, un ministre peut engager la responsabilité du gouvernement entier. Or comme il n'y a pas
de règles pour tempérer cet engagement, le gouvernement est à la merci de tous les autres ministres
(sous la Vème République, seul le Premier ministre peut engager la responsabilité de tous les autres).
Il y a donc une faiblesse due à l'absence de mécanisme contraignant à l'engagement de la
responsabilité du cabinet. Ce fut le cas en 1924 et 1930, où le Président du conseil a été renversé sans
avoir donné l'autorisation à ses ministres d'engager sa responsabilité. Souvent les gouvernements sont
renversés à la majorité relative car rien n'est précisé dans la Constitution et ils sont souvent
renversés sur des petits détails d'une loi (majorité contre un article de la loi par exemple) donc pas
souvent de désaccord politique sur le fond donc les mêmes revenaient souvent et pas de changement
de majorité.
Il n'y a aussi pas de délai entre le moment où l'engagement intervient et le vote de la dissolution.
Le Sénat renversera peu le gouvernement. Il ne le fera que 7 fois sous la IIIème République mais souvent
lors d'une opposition conservatrice à une politique voulue par le gouvernement. Par exemple, à la fin
de la IIIème République, le Sénat s'est opposé au cabinet du Front Populaire présidé par Léon Blum. Et
c'est pour cela que la gauche en 1946 quand De gaulle a rédigé la Constitution de la IVème République,
ne voulait plus du Sénat.
Le pouvoir est donc confisqué par le Parlement, le gouvernement a beaucoup de mal à gouverner et le
Président ne fait plus rien. Comme il n'y a pas de contrôle de constitutionnalité, il y a une tendance
naturelle à que ceux qui ont les pouvoirs en main en face un usage abusif.
b) Le régime d'Assemblée
c) L'administration "gouverne"
Les chambres délèguent donc leurs attributions à l'exécutif. Les institutions fonctionnent alors de
15
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
manière assez éloignée de ce qui était convenu dans les textes (courts, peu encadrés, imprécis...). Le
régime même fort arrive un peu à bout de souffle sans soutien populaire. Et au milieu des années 30, on
essaye d'atténuer cette dérive parlementariste du régime à l'origine de l'instabilité.
16
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
Fin le 10.07.1940 de la IIIème République quand Pétain se fait donner les pleins pouvoirs. IL devait réaliser
des décrets constitutionnels pour élire un nouveau Parlement mais il s'est contenté de qq actes et n'a jamais
rédigé de Constitution donc régime sans séparation des pouvoirs. Pouvoir paternaliste puis inflexion à
partir d'avril 42, on avait avant un exécutif avec juste Pétain mais à partir de cette date on voit
réapparaitre le chef du gouvernement en la personne de Pierre Laval qui va progressivement prendre les
choses en mains. Ce régime prendra fin à la Libération en 1944. Et donc se pose à nouveau la question des
institutions à mettre en place.
Dès la Libération, qui débute par l'Algérie où De Gaulle ira s'installer et en avril 1944 il créé le
Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) et s'engage à réunir une Assemblée
constituante au plus tard dans l'année qui suit la libération de la totalité du territoire français.
Le GPRF est provisoire avec De Gaulle à sa tête. Il concentrait les pouvoirs législatifs et exécutifs en
s'appuyant sur une assemblée consultative.
Question se pose de la suite. Un premier référendum est organisé par De Gaulle le 21.10.1945 pour
savoir quelle République utiliser (la IIIème ou une nouvelle), formé de deux questions : (1) Voulez-vous
que l'assemblée élue ce jour soit constituante ? si la réponse était "oui" cela voulait dire que l'on ne
voulait plus de la IIIème République et (2) Voulez-vous que jusqu'à l'adoption de la nouvelle
Constitution les pouvoirs publics soient organisés selon le texte joint ? Dans le texte joint, il était précisé
que l'assemblée élue serait constituante mais que ce ne serait pas elle qui adopterait la Constitution
mais les français par référendum. Elle ne serait donc pas souveraine.
Un seul parti défendait le "non" à la première question : les radicaux très attachés à la IIIème République
mais tous les autres favorables au "oui" pour changer de Constitution, Comme les français à 96%. Mais
sur la deuxième question, les avis étaient plus partagés. Certains partis étaient pour le "non" comme le
PC qui avait une audience électorale assez importante pour avoir une majorité dans l'assemblée
constituante et faire une Constitution selon leurs idées. Finalement le "oui" l'a emporté à 66%.
Aux élections législatives d'après-guerre, la gauche est majoritaire dans l'assemblée constituante (et
PC+PS avaient 302 députés sur 586) et c'est la première fois (sans les centristes). Il y a une chambre
unique et l'assemblée confie le pouvoir exécutif à De Gaulle mais celui-ci n'intervient pas dans le
processus constitutionnel.
17
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
L'Assemblée constituante a un objectif enfermé dans des délais assez stricts : 7 mois pour présenter son
projet de Constitution et une fois le projet adopté, le référendum aura lieu dans le mois qui suit. Au
cas où le projet ne serait pas approuvé, on réélirait unE Assemblée constituante dans les mêmes délais.
On voit alors apparaitre une opposition entre gauche majoritaire (PC et SFIO) voulant imposer leur
projet et de l'autre la droite, le centre et le reste du parti radical (Mouvement Républicain populaire,
MRP, nouveau parti avec des gaullistes et des radicaux) s'y opposent. Le Général de Gaulle va
démissionner le 20.01.1946 de sa fonction de chef de l'exécutif.
Le projet prévoit une assemblée unique (monocaméralisme), moins dans la tradition républicaine
française, assistée de deux conseils (conseil de l'union française et le conseil économique sans pouvoir
législatif). Le Président est élu par l'Assemblée et possède un rôle uniquement honorifique. Il choisit
lui-même ses ministres mais doit obtenir la confiance de l'Assemblée sur son programme et la
composition de son gouvernement. De plus, le cabinet est responsable devant l'Assemblée. Enfin, la
Constitution est précédée d'une déclaration des droits avec des droits et libertés et des droits
économiques et sociaux (on retrouve des principes généraux de la DDHC avec de nouveaux droits).
Le régime était plus parlementaire mais avait plus vocation à évoluer vers un régime d'assemblée. Ce
projet, rejeté par un assez fort pourcentage, va être soumis au referendum le 5.05.1946, où les électeurs
vont rejeter ce projet une nouvelle fois (10,5 millions de "non" pour 9,5 millions de "oui") et une
abstention assez forte. Il faut donc recommencer tout le processus. Ce sont les socialistes qui ont fait
défection car vraisemblablement ce n'est pas le cas des communistes qui auraient voter "oui", de plus
dans la Déclaration des droits le droit de propriété n'avait pas été repris clairement donc craintes de
certains socialistes.
Le 2.06.1946, une nouvelle assemblée constituante est éluE mais on a une inversion du rapport des
forces politiques : désormais, le premier parti est le MRP (donc la gauche n'est plus majoritaire) avec
169 sièges, puis le PC avec 153, les socialistes qui en ont 127 et enfin les radicaux avec 49 et la droite
70. C'est donc la fin des espoirs des communistes. Des compromis dans la rédaction seront faits afin que
le projet soit adopté.
Le 16.06.1946, juste au début des travaux de l'assemblée constituante, le général De Gaulle revient
avec son discours de Bayeux où il réalise ses préconisations sur les nouvelles institutions. Mais son
discours ne sera pas suivi par l'assemblée mais cela servira de trame pour les institutions de la Vème
République. Le 22.09.1946, dans son discours d'Epinal, il va dire ce qu'il pense de négatif de cette
nouvelle Constitution. Le nouveau projet est adopté à 440 voix (contre 106) par l'assemblée
constituante. Un deuxième référendum a lieu le 30.09.1946, et la Constitution est adoptée de justesse
(moins de "oui" que dans le premier projet : 9,3 millions, 8 millions d'opposants mais surtout plus
18
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
d'abstention, environ 8 millions aussi). Donc la Constitution est adoptée par environ un tiers du corps
électoral.
§1. Le Parlement
Il est bicaméral mais il y a une rupture avec la IIIème République : la chambre basse des députés
s'appelle désormais Assemblée nationale et le Sénat s'appelle le Conseil de la République.
La chambre basse est élue au suffrage universel (féminin et masculin!) direct. La durée du mandat est
de 5 ans. La circonscription d'élection est le département. Mais une nouveauté : il s'agit d'un scrutin de
liste à un tour avec une représentation proportionnelle. Le scrutin proportionnel avantage les partis
les plus faibles et plus extrêmes (gauche ou plus à droite) alors que le majoritaire resserre plutôt avec
une prime majoritaire. Cela a donc profité aux gaullistes et aux communistes (moins besoin d'alliance).
Ce système électoral sera rapidement modifié par un système plus majoritaire en admettant les
apparentements. En 1951, les gaullistes étaient rassemblés dans le RPF et on applique le principe
majoritaire avec apparentement (on peut s'allier avec une autre liste) qui est plus favorables aux
partis centristes et à la SFIO qui pouvaient envisager une meilleure représentation que la
proportionnelle.
Le Conseil de la République est élu pour 6 ans au scrutin indirect. Le système était complexe afin de
diminuer l'influence des zones rurales (surreprésentées par rapport à leur poids dans la population
sous la IIIème). Mais assez rapidement, les anciens sénateurs vont se faire appeler sénateurs et on va
revenir au Sénat traditionnel avec le mode d'élection de la IIIème avec une révision constitutionnelle
en 1954.
Ce système bicaméraliste est le résultat d'un compromis mais il demeure inégalitaire. Le conseil de
la République est conçu comme une chambre de réflexion chargé d'améliorer le travail de la chambre
basse. Ainsi, l'AN a le monopole de la souveraineté nationale et le Conseil fait des propositions
d'améliorations. Il a donc un pouvoir d'initiatives très limité, il ne peut que proposer des modifications
à ce qui a été voté par l'AN qui peut tout aussi bien les rejeter. Le gouvernement n'est bien entendu par
19
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
responsable devant le conseil de la République qui ne peut en aucun cas le renverser. Donc ses pouvoirs
sont assez faibles dans la procédure législative. Mais en 1954, la révision constitutionnelle fait que les
sénateurs vont retrouver leur pouvoir d'initiative parlementaire et un système de navette sera mis
en place même si l'avis de l'AN primera toujours.
§2. L'exécutif
Mauvaise image sous la IIIème avec le Régime de Vichy et une confusion de l'exécutif et du législatif entre
les mains de Pétain.
On conserve un exécutif bicéphale (mis en place dans la pratique avec le président du Conseil
institutionnalisé à la fin de la IIIème). Mais a la différence de la IIIème, le Président a presque perdu
tous ses pouvoirs.
A) Le Président de la République
On conserve la loi du septennat pour le Président mais il est élu par les deux chambres réunies en
Congrès à Versailles et non au suffrage universel. La Constitution n'ayant rien dit sur le mode de scrutin,
l'élection se fait à la majorité absolue à bulletin secret (mais pas forcément à deux tours...). Par exemple,
il aura fallu 13 tours à René Coty pour être élu. de plus, le Président n'est rééligible qu'une seule fois. Le
Président est politiquement irresponsable contrairement au cabinet.
Ses attributions sont protocolaires, pour tout ce qu'il fait il a besoin d'une contre-signature. Il préside
l'union française, le Conseil des ministres, le comité constitutionnel, le conseil supérieur de la
magistrature... Il est chef des armées et nomme en conseil des ministres les hauts fonctionnaires,
promulgue les lois, peut adresser des messages aux assemblées, peut demander une nouvelle
délibération de la loi, tenu informé des relations internationales et il ratifie les traités. Il n'a donc que
des attributions formelles et il ne fait qu'entériner des décisions déjà prises.
Il a perdu le droit de dissolution au profit du président du Conseil tout comme l'initiative législative.
Il n'est plus responsable non plus de l'exécution des lois. Donc on s'éloigne du monarque républicain
qu'avaient désiré les constituants au début de la IIIème. Cependant, il lui appartient de choisir le
candidat à la présidence du Conseil.
1. Formation
On parle de gouvernement ce qui montre l'abaissement voulu par les constituants. Pour désigner les
ministres, le système était complexe mais a vite été détourné par le Président puis par révision
constitutionnelle. Le processus diminue l'influence du Président de la République.
Au départ, le principe était d'avoir une seule investiture. D'abord, le Président de la République
choisissait et présentait son candidat à l'AN. Le candidat y effectue son discours et présente son
programme. Puis il se fait alors investir à la majorité absolue. Enfin, il forme son gouvernement en
20
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
choisissant ses ministres (donc une seule investiture, le gouvernement ne revient pas pour un vote de
confiance devant l'AN). L'idée était de donner une autorité plus forte au Président du conseil que sous
la IIIème République et de lui donner plus de poids par rapport au Parlement tout en évitant les travers
de l'ancienne République.
Mais en pratique, dès le premier gouvernement, Rabadier? n'a pas suivi la Constitution en représentant
une seconde fois son gouvernement devant le Parlement. Il y a donc eu une double investiture
imprévue par la Constitution.
Il est dominé par le Président du Conseil (plus fort que sous la IIIème) car il est le véritable chef de
l'exécutif en récupérant une bonne partie des pouvoirs du Président de la République : initiative des
lois, lui seul peut poser la question de confiance, chargé de l'exécution des lois et dispose du pouvoir
réglementaire. Les ministres ont eu aussi un pouvoir réglementaire. Le Président dispose du droit de
dissolution, d'un pouvoir de nomination aux emplois civils et militaire tout en assurant la direction des
forces armées. Enfin, il préside les conseils de cabinet avec certains ministres sans le Président de la
République.
L'exécutif est responsable devant le pouvoir législatif. Ils sont donc amenés à collaborer avec
souplesse. Les ministres peuvent rentrer dans les hémicycles, participent aux débats et sont présents
lors du vote des lois. Le président du conseil à l'initiative des lois avec le Parlement.
On retrouve deux outils classiques. D'une part la question de confiance et d'autre part la mention de
censure (articles 49 et 50 de la Constitution). La plus utilisée à été la question de confiance. Il y a eu
des motions de censure mais aucune n'a abouti à un renversement du gouvernement.
Aussi, le vote sur la question de confiance ne peut intervenir directement après: il y a donc un
délai de 24 heures qui doit être respecté (jour franc de 1947 à 1949) pour essayer de trouver un
compromis avant le vote.
Enfin, la confiance doit être votée à la majorité absolue des députés à l'Assemblée nationale.
Sous la IIIème, le droit de dissolution était trop utilisé, il a donc été conservé mais de manière très
encadrée. Il est donc difficilement utilisable pour l'exécutif. D’abord, la dissolution est impossible dans
les 18 premiers mois de la législature. De plus, pour que la dissolution soit possible, il faut qu'il y ait eu
deux crises ministérielles pendant une période de 18 mois qui précède (crise qui ont amené à renverser
le gouvernement dans les conditions prévues par la Constitution). Cette disposition est contournée par
21
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
la pratique avec le vote calibré : avec un "non" mais à la majorité non-absolue pour que l'exécutif parte
sans majorité absolue pour ne pas craindre de dissolution donc l'arme de l'exécutif est neutralisé par
les parlementaires. Elle n'a fonctionné que le 29.11.1955 où Edgard Fort avait été renversé sur une
question de procédure et on ne savait pas si c'était volontaire du Président du conseil. Mais le
5.02.1955, Pierre Mendès-France avait aussi été battu à la majorité absolue et les députés n'ont pas fait
attention. Donc deux crises à moins de 18 mois d'intervalles donc dissolution possible de l'AN par
Edgard Fort le 2.12.1955. Il espérait ainsi de nouvelles élections législatives pour être alors reconduit
en tant que premier ministre.
Le texte rappelle l'existence de droits inaliénables et sacrés appartenant à tout être humain sans
distinction ce qui est directement en référence à la sortie de la Deuxième Guerre mondiale. C'est alors
sur ce principe que le CC s'appuye pour déterminer d'autres principes (par exemple, dignité de la
personne humaine en 1974). Il y a aussi une continuité historique avec la Révolution puisqu'on
réaffirme les droits et libertés de la DDHC de 1789 ainsi que les principes fondamentaux reconnus
par les lois de la République. Ils sont pour l'essentiel des reprises de textes importants des
Républiques précédentes (IIIème) comme notamment la liberté d'association (1.07.1901).
Il y a aussi un empreint de ce qui avait été acté dans le premier projet de Constitution, des principes
politiques, économiques et sociaux particulièrement nécessaires à notre temps. D'abord le principe
d'égalité entre les hommes et les femmes, puis une série de principes relatifs au monde du travail
(devoir de travailler, droit de grève, droit de se syndiquer, liberté syndicale, droit à la participation dans
la vie de l'entreprise), le principe de nationalisation des services publics en situation de monopole,
droits sociaux liés à la protection (droit au repos, au loisir, à l'instruction et à la formation
professionnelle, le droit au logement).
Ces principes n'ont pas connu d'application particulière dès le départ (et aujourd'hui encore), trop
difficile d'obtenir l'exécution d'un droit subjectif devant un juge mais ils peuvent être invoqués dans le
contrôle de constitutionnalité d'une loi.
Souvent on assimile IIIème et IVème car elles sont caractérisées par l'instabilité ministérielle (régime
d'Assemblée) malgré les nouveaux éléments institutionnels introduits.
22
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
Sur le papier, la Constitution de la IV était plus étoffée et comprenait des mesures de rationalisation. Mais
d'abord cette rationalisation du Parlement a échoué. Le système institutionnel initial a été contourné
car le Président du Conseil a réalisé une double investiture alors que la collective n'était pas prévue. Au
niveau du pouvoir législatif, le contournement de la règle pour la mise en jeu de la responsabilité du
gouvernement avec le vote calibré. Ainsi en principe le président devait choisir librement son Président
du conseil mais en pratique c'est l'AN qui lui impose son candidat. De plus, la question de confiance
(normalement solanelle) est très souvent utilisée comme un moyen de pression sur le législatif et donc la
détourner de son usage classique et normal.
D'autre part, l'absence de majorité de gouvernement conduit à l'inefficacité. Dès le départ, le mode de
scrutin proportionnel ne garantit pas des majorités fortes et stables et les communistes ou les gaullistes
n'avaient pas voulu de cette Constitution. Ainsi, il en sont plutôt adversaires. De plus comme il n'y a pas de
majorité absolue, il faut faire des alliances au centre, une majorité ne peut donc se former juste à gauche
ou à droite. Or, la proprotionnelle incite à la multiplication des partis politiques, cela n'incite donc pas à
la fusion. Ainsi, on arrive systématiquement à des coalitions où celui qui a le moins de députés à le plus
de pouvoirs car les autres doivent faire des concessions pour obtenir le soutien de ces quelques députés.
Les majorités ne sont donc pas homogènes et toujours fragiles. Il y a en conséquence un manque de
soutien populaire car les électeurs n'ont pas un rôle central et sont rarement consultés.
Enfin, l'instabilité gouvernementale avec des gouvernements qui ne parviennent pas à durer. Il y aura
20 ministères en douze ans (presque même moyenne de longévité que sous la IIIème). De plus, sur ces 20
démissions de gouvernement, seulement 6 l'ont été en suivant les formes constitutionnelles (les autres
sont partis à la majorité relative). L'exécutif est donc faible et ne résiste pas au pouvoir législatif. Si les
règles avaient été appliquées il y aurait eu beaucoup moins de gouvernements.
Au point de vue économique, le bilan est assez bon. On conserve de cette période son côté faste et son
efficacité économique. En revanche, il y a une impossibilité à gouverner qui conduit à un immobilisme
politique. La reconstruction a été réussie avec des nationalisations, des monopoles (charbonnage,
énergie, SNCF...) mais en même temps tous la protection sociale (Sécurité sociale) a été mise en place.
Mais les problèmes économiques se sont atténués malgré les soucis d'inflation et de monnaie. Au niveau
de la politique extérieure c'est un succès relatif sur le point de l'économie (Traité de Paris de la CECA
en 1951 et Traité de Rome de la CEE en 1957). En revanche échec de la communauté européenne de
défense et le plus grand celui de la décolonisation (défaite en Indochine reprochée aux pouvoirs
politiques de ne pas avoir fait les efforts suffisants donc l'armée reproche la gestion du conflit et bien
sûr la Guerre d'Algérie qui début en automne 1954 et le pouvoir politique qui change n'aura pas une
stratégie claire sur le long terme pour aboutir à une crise internationale).
Le bon fonctionnement peut tenir quand même de l'administration. Les majorités étant plus
concernées par les renversements et formation de gouvernements ceux-ci prenaient souvent des lois
par décret-loi (pourtant interdits par l'article 13 de la Constitution de 1946) ainsi c'est l'administration
qui faisait fonctionner le système. Ils interviennent dans l'économie, le social et le domaine fiscal. De
plus sous la IVème, l'Etat intervient dans l'économie (contrairement à la IIIème) et a donc besoin de
moyens d'actions et le Parlement ne s'y opposait pas par manque de temps. Dès 1948, on a réhabilité
23
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
les décrets-lois et reconnu un certain pouvoir réglementaire par nature (dans lequel l'exécutif peut
intervenir) ce qui préfigure les articles 34 et 37 de la Constitution de 1958.
24
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
La IVème République a été emportée par son inaptitude à pouvoir résoudre la question algérienne.
C’était un régime avec une forte instabilité ministérielle mais sans la décolonisation, il aurait pu perdurer
(comme la IIIème qui a duré plus de 60 ans en étant assez instable).
Dès la deuxième guerre mondiale achevée, certains territoires ont aspiré à devenir indépendants à
commencer avec le conflit en Indochine en 1954 conduisant à leur indépendance mais aussi en
conséquence de la Guerre froide. Ensuite, par négociations, la Tunisie et le Maroc accèdent à
l’indépendance en 1955 et 1956. Mais le problème de l’Algérie va survenir. C’est un territoire qui était très
intégré à la République française (département) et donc on va hésiter sur la conduite à tenir face à l’Algérie
et les problèmes débutent dès la Toussaint 1954. Au départ, l’armée devait rétablir l’ordre mais celle-ci
n’y arrivera pas sur le long terme et la situation empire. De plus, l’opinion publique internationale devient
de plus en plus hostile à la politique algérienne menée par la IV ème République et de nombreux
ressortissants français et européens vivent en Algérie et s’inquiètent de la situation. Ainsi, une union de ses
ressortissants et une partie de l’armée n’ayant pas digéré sa défaite indochinoise va se mettre en place.
Dans les grandes villes, l’ordre était assez bien tenu (couvre-feu, présence militaire) mais hors de celles-ci
la sécurité n’était pas vraiment assurée.
Le 8 février 1958, l’armée française poursuivant des fegala va en dehors des frontières françaises
et va bombarder un village tunisien (environ 70 morts), donc la France déjà assez faiblement soutenue par
ses alliés va se retrouver seule et condamnée et donc dans ce contexte très hostile, le gouvernement de
Félix Gaillard démissionne le 15 avril 1958. Il sera remplacé par un nouveau Premier ministre, Pierre
Pflimlin qui va constituer un nouveau gouvernement mais celui-ci va se heurter aux français d’Algérie car
il n’est pas partisan de l’Algérie française et ouvert à des négociations avec le FLN. Cela mène alors à un
soulèvement des partisans de l’Algérie française à Alger le 13 mai. Le gouvernement en place va donc
chuter puisque qu’il n’a plus le contrôle effectif sur les institutions en Algérie et plus personne ne le soutien.
Le 13.05.1958, le gouvernement général à Alger est pris d’assaut et des Comités de Salut Public
composés de militaires et de civils sont instaurés. Par ailleurs, aucune manifestation tangible d’un
soutien en métropole pour les putschistes n’a lieu. Au départ, les émeutiers n’avaient pas demandé De
Gaulle et les gaullistes demeuraient assez peu nombreux. Le président démissionne le 28 mai et René
25
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
Coty décide alors de faire appel à DG et fait un discours à l’Assemblée en demandant à DG de prendre la
présidence du Conseil et si celui-ci refuse, Coty démissionnera. Il prend donc la responsabilité politique
De Gaulle accepte l’investiture de l’AN mais il va demander alors un deuxième vote pour se faire
attribuer les pleins pouvoirs (délégation du législatif) et engagera une réforme constitutionnelle et
n’attend même pas les débats des parlementaires et s’en va avant les résultats de l’investiture.
Le 1.06.1958, De Gaulle est investi à la tête du gouvernement à 329 voix contre 224 par les
députés. Les communistes s’y sont opposé tout comme Pierre Mendès-France et François Mitterrand.
Le lendemain (2.06.1958), il obtient les pleins pouvoirs et va pouvoir officiellement gouverner par
décrets. Et comme il y a une délégation des pouvoirs, certains craignent la situation.
L’Assemblée se met donc en congé et le 3.06.1958, DG a pour mission de réviser la Constitution.
La Parlement a donc accepté de modifié la Constitution en dehors des modalités constitutionnelles. Les
députés dérogent donc à l’article 90 de la Constitution. On transfert ainsi le pouvoir constituant au
gouvernement de DG. A partir de ces événements, la IVème République n’existe plus vraiment.
D’autre part, DG savait ce qu’il voulait mettre en place, comme tous les parlementaires. Dans son
discours de Bayeux, la portée est limitée mais on a gardé en tête les idées défendues par celui-ci.
La Parlement va fixer 5 conditions :
Le suffrage universel qui doit être la seule source du pouvoir
Séparation de l’exécutif et du législatif
La responsabilité politique de gouvernement depuis l’Assemblée
Indépendance des judiciaires
Les Parlementaires évoquent leurs conditions et DG va s’engager à mettre en place un régime
parlementaire et à maintenir la distinction bicéphale de l’exécutif avec un chef de l’Etat et un autre du
département. De plus des conditions de formes sont arrêtées, les parlementaires voulant être associés
au projet de rédaction de la Constitution. Ainsi, le gouvernement devra consulter un Comité
constitutionnel composé d’au deux tiers de parlementaires qui pourront amender le projet de
Constitution avant sa soumission au référendum. DG n’a donc pas un pouvoir totalement souverain.
Ses sources d’inspiration sont diverses. Déjà les parlementaires eux-mêmes avaient conscience que la
IVème ne fonctionnait pas idéalement et l’avait donc déjà réformé en 1954 mais avant même la crise de
mai 1958, il y avait déjà dans l’air des projets de révision qui avaient déjà été discutés.
1. Discours de Bayeux
Juste après élection de l’Assemblée constituante, il propose ses solutions tout en sachant que les
députés qui lui sont favorables sont assez peu nombreux. Bayeux est un retour aux sources, il y avait
fait son premier discours le 14 juin 1944. DG voulait revenir en France afin de peser dans les
26
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
négociations de la Libération afin de décider des institutions mise en place. Il espérait une ferveur
populaire suite à son discours afin que l’information remonte à Roosevelt.
DG est favorable à une séparation des pouvoirs, sans confusion. Le peuple doit aussi avoir son
importance et l’élection du Président de la République ne doit pas dépendre des partis politiques et
donc être élu par un collège d’électeur comprenant les Parlementaires mais aussi beaucoup d’autres
individus. De plus, le Président doit être un arbitre ce qui nécessite une certaine indépendance pour
parvenir à un meilleur arbitrage et il doit donc être possesseur de recours pour tenir un cap sur le long
terme.
Il possède le droit de dissolution si la majorité et le gouvernement ne sont plus en accord. Cela
permet de clarifier la situation.
De Gaulle est favorable à un régime bicamériste inégalitaire : une chambre pour la vie économique
locale et une autre pour le peuple.
De Gaulle n’est pas favorable au régime présidentiel puisque dans celui-ci le président s’oppose au
Parlement et s’y confronte alors que lui défend l’idée d’un régime parlementaire avec un gouvernement
responsable devant le Parlement et un chef de l’état fort qui n’est pas partie prenante.
Le Président de la République doit être le symbole de la continuité politique et être protégé des
querelles politique en étant irresponsable.
Le bicamériste se caractérise par une chambre de représentants du peuple mais qu’elle doit
être contrebalancée par une chambre haute qui ne représente plus le peuple mais « la vie locale » et
donc les collectivités.
De Gaulle montre aussi son attachement à l’héritage révolutionnaire, à la garantie des droits et à
la démocratie. Il cherche aussi à se différencier en 1946 du Maréchal Pétain. En 1946, dans l’opinion
publique, certains craignent une prise de pouvoir par les communistes très forts à la sortie de la guerre.
DG va appeler à voter contre le deuxième projet de Constitution (passé mais avec un soutien encore
moindre que le premier, avec beaucoup d’abstention).
Michel Debré sera celui qui aura le plus d’influence auprès de De Gaulle. C’est un brillant juriste et
assez pragmatique, parfois un peu plus ouvert que DG. Il est garde des sceaux dans le gouvernement
nommé, ministre de la justice du Général de Gaulle. Il va animer tous les groupes de travail, conseil où
l’on va discuter des articles de la Constitution. Il était convaincu de la nécessité de restaurer l’autorité
de l’Etat et de l’exécutif (« monarque républicain »). Il avait une vision plus claire des mécanismes
institutionnels que DG, il sera donc à la base de la rationalisation du Parlement (techniques juridiques
pour encadrer le Parlement comme la fixation de l’OJ des assemblées, le rôle des commissions
permanentes, non cumul d’un portefeuille ministériel avec un mandat de parlementaire…).
Mais Michel Debré avait aussi d’autres idées. Il admirait le régime parlementaire britannique et
était donc très favorable au scrutin majoritaire uninominal à un tour (bipartisme, clarification) où les
coalitions sont impossibles et le jeu des partis impossible.
Beaucoup de hauts fonctionnaires conseillers d’état, avec une bonne expérience des institutions
de la IIIème République, s’étaient pris au gout d’intervenir dans le domaine législatif (par
l’intermédiaire des décrets-lois). Janot a fait alors accepter à De Gaulle le principe d’une limitation du
domaine du Parlement.
De plus, d’anciens présidents du conseil de la IVème qui avec leur expérience et leur vécut ont
activement collaboré au projet de Constitution (Guy Mollet, Pflimlin) avec les questions de la
responsabilité du gouvernement et le référendum particulièrement.
Le souci de De Gaulle principal est d’aller vite. Il a fait appel à des experts plus qu’à de parlementaires pour
gagner en efficacité. Cette élaboration s’est donc fait sans les parlementaires. De plus, les congés payés
avaient lieu pendant la procédure de discussion de la Constitution.
Pour les français, DG est au pouvoir, l’opinion pouvoir sait que la République va changer et laisse l’exécutif
en attendant la consultation de la rentrée. Il n’y a donc pas beaucoup de débats politiques.
A) La rédaction
1. Phase gouvernementale : organisée par Debré. Il y a un avant-projet qui est préparé dès le mois
de Juin qui sera contrôlé par un comité interministériel et donc cela débouche sur la proposition
du projet en conseil des ministres le 29 juillet 1958.
2. Comité consultatif constitutionnel (organe prévu par la loi du 3 juin) : il y avait 39 membres donc
2 tiers de parlementaires (16 députés et 10 sénateurs) et un dernier tiers de hauts
fonctionnaires. Ils ajoutent quelques modifications et amendements mais c’est l’exécutif qui en
a arrêté les grandes lignes.
28
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
3. Phase finale : Retour vers le conseil des ministres qui l’adopte le 3 septembre 1958. Entre
temps, un avis du conseil d’état avait été demandé.
Cela été aussi prévu par le dernier Parlement de la IVème République le 3 juin 1958, le peuple
souverain devrait se prononcer. On organise une campagne électorale et prévoit le référendum. Les
partis existants de la IVème vont se prononcer sur ce projet de Constitution.
Les gaullistes soutiennent évidemment le projet, les partis du centre (équivalent du MRP) y sont
aussi favorables, l’extrême gauche essentiellement composée par le PC est contre car ne voulait pas
abandonner la IVème République. De plus, les socialistes toujours partagés (SFIO appelle à voter « oui »
et Mitterrand jusqu’au dernier moment les proches de DG vont essayer de le rallier au oui, donc le PC
fera compagne pour le « non » et une minorité des socialistes de Mitterrand et Mendès-France).
Le résultat sera adopté très largement : un peu moins de 18 millions de « oui » contre un peu plus
de 4,5 millions de « non » et 4 millions d’abstention, donc un oui largement majoritaire à 79,25%. Un
seul département vote « non » : la Lozère avec une majorité communiste. Ainsi, même une bonne partie
des communistes n’a pas suivi les prérogatives de son parti en votant « oui ».
Or certains ont peut-être pas plus voté pour la Constitution que pour DG (ex : DG avec les
communistes dans la résistance, création de la sécurité sociale, nationalisation, pas libéral et étatiste
donc certaines convergences).
Le « oui » avait été majoritaire mais pas forcément par conviction pour la Constitution mais malgré tout
il demeurait des détracteurs qui critiquaient le caractère « sur mesure » pour DG. Cependant ces critiques
vont s’estomper et arriver à un certain consensus, malgré certains clivages au départ, au fil du temps, les
opposants s’adaptent au moule (ex : Mitterrand, Président pendant 14 ans sans grande réforme
constitutionnelle alors qu’il aurait pu en réaliser).
29
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
La première critique est que la Constitution semble être très fondée sur le caractère de DG mais
on comprend que dès le départ elle est quand même un compromis puisque DG était obligé d’obtenir
un minimum de soutien des parlementaires afin de faire passer son projet (il n’est pas allé aussi loin
qu’il l’aurait voulu dans la primauté de l’exécutif). Il devait laisser des moyens d’action au Parlement et
une autonomie certaine au Gouvernement. De plus, le comité consultatif pouvait lui aussi amender le
projet et les parlementaires ne voulaient pas d’une élection du Président de la République au suffrage
universel direct donc DG a trouvé un compromis.
Cette Constitution va se révéler à l’usage relativement souple et va permettre d’être utilisé pour
quelque chose pour laquelle elle n’avait pas été conçue notamment en période de cohabitation. Par
ailleurs, la Constitution a survécu au Général de Gaulle. La Vème a connu des alternances politiques
(1981), des cohabitations à trois reprises mais toutes les crises institutionnelles ont été surmontée par
les mécanismes de la constitution.
Mais il y a aussi une évolution de la Constitution qui a réussi à se démarquer de l’esprit de ses
fondateurs (ex : Conseil constitutionnel dont le rôle a évolué). Pour faire perdurer la Constitution, de
nombreuses réformes ont été employée et la Vème d’aujourd’hui n’est plus la même que celle de 1958
avec notamment la grande réforme de Sarkozy du 23.07.2008 qui a modifié la moitié des articles de
la Constitution. La volonté était de moderniser les institutions en prenant en compte la pratique faite
sur la base du texte pour voir si les règles posées au début avaient encore vocation à demeurer dans la
Constitution. De plus, les mécanismes de rationalisation du Parlement n’ont pas été nécessaires en
donnant des armes supplémentaires dont l’exécutif n’avait pas besoin, les craintes initiales se sont vues
dissipées.
Le but était aussi d’ancrer davantage la Constitution dans la garantie des droits des
citoyens puisqu’une des mesures phares de la réforme constitutionnelle (déjà la DC de juillet 1971)
demeure la QPC (pas du tout envisagée au début de la Vème République).
Donc rehausser le rôle du Parlement et intégrer davantage les citoyens pour la garantie de leurs droits
individuels mais sans remettre en cause les fondements de la Vème avec un exécutif stable et un
président qui reste l’arbitre avec un rôle prééminent. La majorité des réformes du Comité Baladur
(2007) ont été suivie (sauf par exemple une partie de proportionnelle dans les élections législatives).
30
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
n’apporterait rien de plus notamment suite à l’évolution du rôle du Conseil constitutionnel qui offre une
garantie effective.
Conservation des symboles républicains à l’identique de la IIIème et de la IVème : couleur du
drapeau, hymne, devise de la République puisqu’il s’agit de l’identité républicaine du Régime.
Le constituant de 1958 a repris le principe de régime Républicain mis en avant avec des difficultés
au début de la IIIème. Pour marquer cet attachement, l’article 89 de la Constitution prévoit la possibilité
de réviser la Constitution fixe une limite à la révision puisque le caractère républicain d’un régime ne
peut faire l’objet d’une modification. La République repose sur des principes souvent mis en avant :
Souveraineté : concept fort autrefois, assez débattu, elle fait l’objet du Titre Premier ; il ne peut
être porté atteinte aux conditions essentielles de l’exercice de la souveraineté. Mais sur les
notions traditionnelles de la souveraineté (citoyenneté, justice, police) n’excluent pas des
abandons de souveraineté.
Démocratie
Egalité : on ne fait pas trop référence aux citoyens sauf dans la DDHC et en tant que citoyen. Rien
de plus depuis 1958. En 2008, quand on a voulu en rajouter, on a estimé leur suffisance. Egalise
de tous les citoyens devant la loi sans pression.
Laïcité : neutralité de l’Etat vis-à-vis des religions, la Constitution respecte toutes les croyances
(ou aucune). L’Eglise et l’Etat sont deux entités séparées.
Sociale : référence au principe de justice mais aussi d’égalité
Indivisibilité : un peu moins pesante qu’autrefois. Dans les premières Constitutions
républicaines « la République est une et indivisible », en 1946, on oublie l’unité. L’indivisibilité
signifie que le territoire ne peut pas être morcelé (abandonner une parcelle du territoire,
accepter l’installation d’un autre Etat). Article 53 de la Constitution atténue ce principe « ceux
qui comportent cession, échange ou adjonctions de territoire ne peuvent être faits sans loi » « Ils ne
prennent effet qu’après ratification et le consentement des peuples sur place doit être donné ». Les
contours de l’Etat peuvent donc changer. Mêmes règles qui s’appliquent.
B) La décentralisation
Transfert de pouvoir de l’Etat vers les collectivités territoriales. Donc il y a une possibilité de
différenciation à la marge du droit applicable selon les territoires de la République. Même si les
collectivités n’ont pas la compétence de leur compétences, mais cela peut donc différencier (ex :
communes avec les écoles élémentaires). Depuis article 73, les DOM-ROM (« ils peuvent faire l’objet
d’adaptation ») et les collectivités d’outre-mer les COM. Les lois nationales s’appliquent mais il y a une
possibilité ouverte d’adaptation et encore plus pour les COM où chacune fait l’objet d’une loi organique
avec des institutions particulières donc la possibilité de divergence est plus importante. Enfin, l’article
76 (titre 13) spécifique pour les dispositions transitoires sur la Nouvelle-Calédonie (lois prises par les
instances du territoire et non pas par l’AN et le Sénat même si contrôle du CC ; par exemple,
discrimination positive puisque les habitants de ce territoire doivent avoir une résidence de 10 années
31
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
sur ce territoire pour pouvoir accéder aux emplois publics et participer aux élections). Donc unité et
indivisibilité sont battues en brèche.
Il y a quand même une certaine ligne à ne pas franchir, la Nouvelle-Calédonie, les choses sont faites
pour qu’elle puisse acquérir sa propre autonomie. La Corse fait l’objet d’institutions particulières
(pas de Conseil général mais une Assemblée Corse) et en 1991 lors de la mise en place de leur statut, le
CC avait censurée la notion de « peuple Corse » comme composante du peuple français. Les articles 1 à
3 de la Constitution s’opposent à ce que soient adoptés des droits collectifs à des groupes avec une
origine de culture, de langue ou de croyance (CC en 2004). Pendant longtemps aussi un blocage avec
les langues régionales où la France avait bloqué la ratification de l’accord européen sur ces langues
régionales. Aujourd’hui, elles font partie du patrimoine de la France (l’enseignement de ces langues est
proposé).
Deux objectifs de De Gaulle : restaurer l’autorité de l’exécutif et limiter l’influence des partis politiques.
On respect la tradition bicéphale mais avec une qualité nouvelle : le chef de l’Etat va avoir des
attributions qui tranchent sur celles de ses prédécesseur et donc d’avoir une autorité bien plus forte.
Mais en toute circonstance, De Gaulle avait prévu une personne à la tête de l’état, même en cas de crise.
Il est l’arbitre et doit forcément avoir une existence détachée du Parlement et ne plus être son élu
(renforcement avec la réforme de 1962 sur le suffrage universel direct donc légitimité plus forte que
les Parlementaires).
Le Président va gagner en autonomie par rapport au Parlement à qui il ne doit rien. Le
gouvernement est responsable devant l’AN mais pas le chef de l’Etat. Il se voit aussi attribuer des
pouvoirs propres ce qui va différencier les pouvoirs du Président de la IIIème par rapport à ceux de la
Vème où sous la IIIème tout était soumis au contreseing. C’est là tout le paradoxe de la Vème (fort
pouvoir mais irresponsabilité).
Le Premier ministre voit lui aussi son pouvoir renforcé. Il va pouvoir choisir certaines orientations
(surtout en période de cohabitation) et a les moyens de mettre en œuvre sa politique. Grâce à la
rationalisation du Parlement, il a une majorité stable et il se dote d’un pouvoir réglementaire de
droit commun. Il gagne donc une certaine indépendance dans l’action. Il a aussi un pouvoir législatif
avec ses projets de loi souvent plus entendus que les propositions de lois du gouvernement.
Par rapport aux IIIème et IVème, l’exécutif parait renforcé et ses deux membres aussi. Il y a donc
une primauté de l’exécutif même si le Président prend l’ascendant en période de cohabitation. Mais le
Premier ministre n’est pas affaiblit s’il n’a pas les mêmes idées que le Président.
B) L’abaissement du Parlement
Le Parlement voit son rôle cantonné et la souveraineté de la loi disparait. Le légiscentrisme est
progressivement délaissé. La loi n’est plus intouchable et peut être invalidée par des conseillers au CC.
L’encadrement du domaine de la loi (articles 34 et 37) inclut un pouvoir réglementaire, tout ne
se fait pas au Parlement.
32
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
Même dans son domaine respectif, la loi n’est l’expression de la volonté générale que dans le respect
de la constitution. De plus, la construction européenne a elle aussi entaché la souveraineté de la loi
(dispositions conventionnelles).
D’autre part, même dans son domaine, la loi n’est plus maitre chez elle : c’est le gouvernement
(grâce à la rationalisation qui va bien fonctionner), par le biais du contrôle de l’ordre du jour des
assemblées, va mettre en premier ses projets de loi donc les parlementaires sont amenés à voter des
lois qu’ils n’ont pas eux même écrites. Le Parlement n’a donc pas une grande liberté, la Constitution
donne les moyens à l’exécutif de contraindre le Parlement.
Par ailleurs, le Parlement se voit concurrencer aussi par le référendum législatif qui est une
innovation (article 11) : le peuple peut venir concurrencer sur un sujet le Parlement.
Enfin, le Parlement n’élit plus le Président de la République dès 1958. Le gouvernement n’a plus
besoin d’être investi par le parlement pour avoir la plénitude de ses pouvoirs et commencer à
gouverner. Mais très rapidement, le Président aura une très grande latitude dans le choix du premier
ministre qu’il va nommer. Au sein de l’exécutif, c’est le Président qui va s’affirmer que le Premier
ministre.
L’exécutif est bicéphale mais déséquilibré au profit du Président de la République. C’est bien un
régime dualiste car le Premier ministre, sans la confiance du Président, démissionne. Un seul premier
ministre est parti de son plein gré : Chirac (sous Giscard).
Ce raisonnement est différent pendant les périodes de cohabitation (1986, 1987 et 1997) avec la
dépendance du gouvernement à l’égard de la seule Assemblée nationale.
33
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
En 1958, DG hostile aux partis politique veut couper le cordon entre le Parlement et le Président et donc cesser le
processus de désignation du président par le Parlement.
A) Le système de 1958
Dans les Constitutions, il y a toujours des compromis même si DG sait qu’il a un fort soutien et que le
référendum de fin de la IVème était assez positif ; il sait qu’il ne peut aller à l’encontre des parlementaires et des
partis politiques. Il ne veut pas laisser la critique d’un régime trop présidentiel. Il envisage donc un système
qui n’écarte pas les parlementaires mais qui dilue leur force.
L’élection a donc lieu au suffrage universel indirect mais au lieu d’un collège restreint et limité aux
parlementaires, on élargit le collège de 80 000 grands électeurs (dont 1% sont les parlementaires). L’essentiel
des grands électeurs sont des élus municipaux, délégués désignés par les conseils municipaux dont peut être
un électorat un peu plus conservateur et favorable aux plus petites communes où le parti politique est moins
important que la personnalité et l’implication du maire.
Par ailleurs, il est contraint par les Parlementaires et partis politiques attachés à leur capacité d’élire le
Président. De plus, l’élection au SU direct présentait un risque pour DG en 1958 parce que l’Algérie est encore
française et il y a donc un risque pour que le Président soit élu par des électeurs non métropolitains… Il y avait
un risque aussi sur l’influence du parti communiste. Cela va fonctionner pour DG le 21 décembre 1958 avec
un DG très largement élu.
Le Président de la République est rééligible. Il peut donc être candidat au renouvellement de son mandat.
B) Réforme de 1962
34
Droit constitutionnel – M. GOLFIER – ENS1D1 Turgot (Paris III)
1. La période électorale
Il y a deux dates dans l’organisation avec des délais relativement brefs : au terme des 5 ou 7 ans si le
Président parvient aux termes de son mandat (sauf DG qui a démissionné et Pompidou décédé en cours de
mandat) : l’élection a lieu 20 jours au moins avant la fin du mandat présidentiel et 35 jours au plus tard. Donc on
consulte le corps électoral avant la fin du mandat mais surtout assez tard pour conserver l’autorité et la
légitimité au Président sortant. Ce serait la même chose pour une destitution ou un empêchement, les
mécanismes prévus lorsqu’il y a une déclaration de vacance du pouvoir (réalisée par le CC sur demande du
gouvernement). Et à partir de cette déclaration, les délais sont les mêmes. Lorsque l’élection arrive à son terme,
rien n’interdit aux candidats de se déclarer à l’avance. Les candidats partent en campagne bien avant sauf lorsque
le Président quitte ses fonctions de manière imprévue. C’est le gouvernement qui fixe les dates.
2. Les candidatures
Il fallait que les personnalités qui se présentaient aient une petite envergure nationale, une assise et une
notoriété nationale. Les règles fixées au départ étaient insuffisantes mais des règles trop strictes fausserait la
règle avec trop de sélection et en enlevant la possibilité de choix aux électeurs. On a donc renforcé les mesures
de DG par une réforme du 18.06.1976. En 2002, il y avait 16 candidats ; en 2007 une douzaine et en 2012 une
dizaine. Mais un afflux de candidats peut diminuer un peu la légitimité de l’élu au premier tour.
35